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Discours d’ouverture                          Isabelle Autissier,                                                         ...
© pauline dame / wwf franceIsabelle Autissier, Présidente du WWF France.                                                Gr...
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Jeudi 27 septembreQuels sont les leviers de financement et d’investissement pour larelance écologique de l’économie europé...
© pauline dame / wwf franceStéphane Voisin, Responsable de l’Investissement socialement responsable (ISR)et du programme «...
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Quelle relance écologique pour l’économie européenne ?

  1. 1. EVENT GREEN FORUM 2012Quelle relance écologiquepour l’économie européenne ?Synthèse
  2. 2. WWFLe WWF est l’une des premières organisations indépendantes de protection de l’environnement dansle monde. Avec un réseau actif dans plus de 100 pays et fort du soutien de 5 millions de membres,le WWF œuvre pour mettre un frein à la dégradation de l’environnement naturel et construire un aveniroù les humains vivent en harmonie avec la nature.Avec ses bénévoles et le soutien de ses 190 000 donateurs, le WWF France mène depuis 1973 des actionsconcrètes pour sauvegarder les milieux naturels et leurs espèces, assurer la promotion de modes de viedurables, former les décideurs, accompagner les entreprises dans la réduction de leur empreinte écologiqueet éduquer les jeunes publics.WWF is one of the world’s largest independent conservation organizations with 5 million supporters, WWF is a global organization acting locally through a network of over 100 offices around the world. WWF’s mission is to stop the degradation of the natural environment and to build a future in whichhumans live in harmony with nature.Supported by volunteers and 190,000 donors, WWF France has carried out since 1973 concrete actionsin order to protect natural places and the species who inhabit them, promote sustainable lifestyles,train decision makers, accompany businesses to reduce their carbon footprints and educate children.GREEN FORUMDepuis six ans, le Green Forum vise à donner aux décideurs politiques et économiques des clés pourcomprendre les enjeux environnementaux et sociétaux actuels, mettre en exergue les bonnes pratiquesqui ont déjà fait leurs preuves à l’étranger ou en France, et partager les leviers de changement pour faciliterla transition écologique.For six years, the Green Forum has been aiming to provide political and economical decision makers the keysto understanding current environmental and societal challenges, highlight best practices that havealready proved effective in France or other countries, and share levers for change in order to facilitateecological transition.© Concept & design by © ArthurSteenHorneAdamson© 1986 Panda Symbol WWF - World Wide Fund For nature (Formerly World Wildlife Fund)® “WWF” & “living planet” are WWF Registered Trademarks / “WWF” & “Pour une planète vivante”sont des marques déposées.WWF France. 1 carrefour de Longchamp. 75016 Paris. Green Forum 2012 page 2
  3. 3. sommaireEDITO 4discours d’ouverture d’Isabelle AUTISSIER, présidente du wwf france 6SYNTHÈSE DES TABLES RONDESL’économie verte en Europe : quelle définition ? Quels objectifs ? 8Quels sont les leviers de financement et d’investissement pour la relance écologique de 18l’économie européenne ?Quel budget pour une Europe plus soutenable ? 26Réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) : une opportunité manquée pour la transition 30du modèle agricole européen vers l’économie verte ?Vers une Europe décarbonée à l’horizon 2050 : quelle politique énergétique pour participer à la 32relance écologique de l’économie européenne ?Comment la France peut-elle mener une transition énergétique ambitieuse 38dans le cadre européen ?DISCOURS DE CLÔTURE de Serge Orru, Directeur Général du WWF France 44Appel du WWF pour une Europe plus soutenable 46RÉFÉRENCES 48NOS PARTENAIRES 52remerciements 54 Green Forum 2012 page 3
  4. 4. Edito« Ecologie » et « économie » ont la même étymologie grecque : “Ecology” and “Economics” have the same greek etymology:« oikos », « maison ». De l’échelle domestique nous sommes “oikos”, “house”. From a domestic scale, we move to a globalpassés à l’échelle planétaire. L’économie administre aujourd’hui scale. Nowadays, economics governs production, distributionla production, la distribution et la consommation des biens et and consumption of goods and services from natural and energyservices issus des ressources naturelles et énergétiques. L’écologie resources. Ecology is the study of the ecosystems, their relations,étudie les écosystèmes, leurs interactions, et leurs évolutions liées and how they can be modified by human activities.à l’impact des activités humaines. Often considered as opposites in theory, those two disciplinesCes deux disciplines, souvent opposées dans les discours, sont have in fact always been intrinsically linked. With the currentintrinsèquement liées depuis toujours. Le capital naturel de ecology and financial crisis, there is a need of long-termnotre planète est la base du capital financier de nos économies. economical, environmental and social plans to recover. It isAujourd’hui, à l’urgence de la crise écologique s’impose la important to step back from the actual economical model innécessité d’un plan de sortie de la crise financière qui soit durable order to avoid the increase of the ecologic deficit and aggravatesur les plans économique, environnemental et social. Ne pas the causes of the upcoming economic crisis. The problems we faceprendre de distance face au modèle économique actuel ne ferait have common solutions; we just have to change our approachque creuser le déficit écologique de nos économies en aggravant and to consider ecology as part of the solution.les causes profondes de la prochaine crise. Les problèmes quenous devons affronter ont des solutions communes, il suffit de What ecological reflation do we want for the European economy?changer notre approche et considérer l’écologie comme une partie We would like French and European leaders to include greende la solution. criteria in decision-making because, without the preservation of the natural capital, there won’t be a durable prosperity.Quelle relance écologique souhaitons-nous pour l’économieeuropéenne ? Nous attendons que les dirigeants français et We can use ecological constraints as a financial lever toeuropéens intègrent désormais les critères écologiques dans les consolidate the construction of Europe and favour innovatingprocessus décisionnels car sans la conservation du capital naturel green technologies, generating employment and newil n’y aura pas de prospérité durable. investments.Nous pouvons utiliser la contrainte environnementale comme The next seven years, European budget or Multiannual Financialun levier pour consolider l’avenir de la construction européenne Framework 2014-2020, is an opportunity to build a stronger andet favoriser le développement des filières vertes, innovantes more forward-thinking Europe and start investing in it.et prometteuses en termes d’emplois et d’investissement.Le prochain exercice budgétaire européen peut devenir un Only a common endeavour from public policies could bring us toinstrument important de la transition vers un modèle économique a significant decrease in greenhouse gas emissions, further thedu moindre impact. Un effort conjoint des différentes politiques aims of the “ Europe 2020 ” strategy and fulfil our commitmentspubliques est nécessaire pour atteindre les objectifs de la stratégie in terms of biodiversity protection.« Europe 2020 » et nos engagements en termes de protection de labiodiversité. We meet again for a new edition of the Green Forum, to learn from latest research, to build on our participant’s contributionsNous sommes réunis pour une nouvelle université de rentrée ; and to find common solutions to environmental, energy-related,pour nous enrichir des dernières recherches dans ce domaine, agricultural and fishery challenges for tomorrow’s Europe.pour s’inspirer des contributions de nos différents intervenantset pour chercher des solutions communes aux enjeux A greener, fairer and stronger Europe is at the heart of the 6thenvironnementaux, énergétiques, agricoles et halieutiques qui edition of the Green Forum.feront l’Europe de demain. Une Europe plus écologique, plusjuste et plus forte, est à l’honneur de cette 6ème édition du GreenForum. Isabelle AUTISSIER, Serge ORRU, Présidente du WWF France Directeur Général du WWF France President of WWF France WWF France CEO Green Forum 2012 page 4
  5. 5. Green Forum 2012 page 5© pauline dame / wwf france
  6. 6. Discours d’ouverture Isabelle Autissier, Présidente du WWF France«  Tout d’abord, merci d’être là pour cette 6ème édition du Green Forum version 2012. Ce temps de rencontreset d’échange est une occasion importante pour le WWF France de faire bouger les lignes, tant avec nos partenairesinstitutionnels qu’avec les entreprises qui nous accompagnent ou encore avec les personnalités qui nourrissentnos réflexion quotidiennes pour enclencher la transition écologique.Cette année 2012 a quelques particularités, et je souhaiterais les partager avec vous. Il y a 40 ans, le Club de Romerendait un rapport qui aujourd’hui encore fait grand bruit. Il indiquait déjà que notre modèle économique n’étaitpas soutenable, notamment du point de vue des matières premières. Il y a 25 ans la publication du rapport de l’ONUintitulé Our common future créait le terme de « développement durable ». Depuis ces grandes échéances, qu’avons-nous fait ? Où en sommes-nous ? Nous avons tous conscience que la situation ne s’est pas arrangée.Au contraire, elle a même empiré. Pour preuve : l’indice Planète Vivante du WWF ne cesse de se dégrader etl’empreinte écologique de l’homme sur la planète ne cesse d’augmenter.Il y a une quinzaine de jours, plusieurs organisations environnementales ont été reçues par le nouveau Présidentde la République. Nous lui avons fait part d’un constat alarmant : le 21 novembre 1995, la France avait épuisé son quotade ressources naturelles pour l’année en cours. En 2012, notre dette écologique vis-à-vis de la planète commence le 22août, soit un trimestre plus tôt. Nous sommes certes dans un pays sous contrainte de la dette. Pourtant, la justice socialede notre pays, mais aussi de l’Europe tout entière, dépend de notre capacité à préserver et respecter notre capital naturel.En effet, ce capital naturel permet la survie des hommes tout en étant à la base de leurs activités économiques. C’est faceà la convergence, certainement inédite dans l’histoire, des différentes crises écologique et économique que le constat del’échec des recettes d’hier est frappant.La crise écologique aggrave la crise économique, l’inverse se vérifie tout autant. Pourquoi ne pas renverser ce paradigmeet se dire qu’un nouveau fonctionnement économique peut venir au secours des problèmes économiques actuels ?La préservation et la reconstitution du capital naturel sont une opportunité et pas seulement une charge. La mise enplace de « l’économie du moindre impact », « économie légère », ou encore « économie verte », peu importe son nompourvu qu’elle participe à la transition écologique, nous permettra de conjuguer à la fois économie et humanisme.Aujourd’hui, quelle est notre préoccupation ? Immanquablement savoir comment créer de la richesse sans détruirela planète. Certes, nous pouvons remarquer quelques signes encourageants : nous sommes par exemple capablesde réduire efficacement notre consommation d’énergie, de construire des bâtiments à haute qualité environnemen-tale, de recycler une partie des déchets de notre production, d’assurer une alimentation de qualité à une partie dela planète. Grâce à la science et à la technique, nous allons d’ailleurs encore progresser. Comment faire maintenantpour que ces transformations s’imposent auprès des décideurs qu’ils soient politiques, économiques ou financiers ?Comment faire pour que l’ensemble de ces décideurs délaissent les aides aux secteurs qui consomment, prélèvent etdétruisent les ressources planétaires pour les orienter vers des secteurs d’avenir ?Je souhaite vous donner deux exemples liés aux enjeux européens. Aujourd’hui, une grande partie des fonds européenssoutient le secteur du transport routier, grand émetteur de gaz à effets de serre. La Politique Agricole Commune,qui représente 40 % du budget de l’Union européenne, soutient encore quant à elle un modèle agricole dommageable àl’environnement. Ces deux exemples sont en contradiction avec les engagements qu’affiche l’Union européenneen matière de lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité.En termes de cohérence économique et de crédibilité politique, l’Europe nous a paru une échelle de réflexionintéressante pour ce Green Forum consacré à la relance écologique de l’économie européenne. On entend souventdire que l’Europe serait contre les peuples et ne porterait pas d’espoir. Est-ce que la transition écologique ne seraitpas justement une source d’espoir pour le projet européen lui permettant de se réconcilier avec les populations ?En tant que membre de l’Union européenne, la France a une voix et nous voulons que sa parole soit la bonne.Comment faire en sorte que le budget européen se base sur un nouveau modèle économique, celui de l’économie verte ?Comment conditionner les décisions prises à Bruxelles à des critères environnementaux ? Pour nous, la transitionécologique est le seul avenir possible, et c’est ce message que le WWF et toutes ses équipes portent au quotidien.Un changement de mentalité et des solutions pratiques pour aider à l’avènement d’un monde humainement durable. » Green Forum 2012 page 6
  7. 7. © pauline dame / wwf franceIsabelle Autissier, Présidente du WWF France. Green Forum 2012 page 7
  8. 8. Jeudi 27 septembreL’économie verte en Europe : quelle définition ? Quels objectifs ?Les crises écologique et financière auxquelles font face les Etats européens ont des racines communes. Une stratégie desortie de crise à l’échelle européenne ne peut faire l’impasse sur les questions environnementales. Il est souhaitable dedéfinir le périmètre d’une transition vers un modèle économique soutenable, intégrant efficience économique, justicesociale et respect de l’environnement. L’approche économique court-termiste a échoué, transmettant aux générationsfutures une dette écologique et économique. En quoi l’économie verte peut-elle apporter des réponses à ces enjeux ?Thomas Henrichs, Chargé de projet « Evaluations environnementales intégrées » de l’Agence Européenne pourl’Environnement (AEE)Tony Long, Directeur du Bureau européen (EPO) du WWFFanny Demassieux, Coordinatrice du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)« Utilisation efficiente des ressources », Chef de l’Unité Consommation responsable - Service Consommation etProduction DurablesEloi Laurent, Economiste et conseiller scientifique à l’Observatoire Français des Conjonctures économiques (OFCE) ,Professeur à la Stanford University et à Sciences Po Paris, Co-auteur de L’économie verte contre la crise (2012),Presses Universitaires de FranceTable Ronde présidée par  Jean-Christophe Boulanger, Directeur de EurActiv.frLe Concept d’économie verte est la réponse économique systémiqueà l’interdépendance des questions environnementales. Thomas HenrichsEn ouverture de la table ronde Thomas Henrichs être l’exemple plus simple et immédiat. Le lien entreprésente les principales missions et actions de l’Agence les problèmes environnementaux et les décisionsEuropéenne pour l’Environnement (AEE). Parmi celles- et tendances économiques globales, en Europeci, le rapport The European environment – state comme au niveau international, est central et aand outlook (SOER), publié tous les 5 ans, propose un pour conséquence le développement du paradig-état des lieux de l’environnement en Europe et dessine me de l’économie verte. Les solutions apportéesles perspectives des enjeux environnementaux à moyen doivent par conséquence s’adapter à cette nou-et long terme. Les conclusions du dernier rapport SOER velle perception et compréhension des enjeux.(2010), ne s’écartent pas de l’édition de 2005 : 40 ans de Les politiques environnementales avec des objectifs et despolitiques environnementales européennes ont abouti indicateurs temporels ainsi que les politiques intégréesaux résultats escomptés. En effet, les progrès reposent restent des instruments performants. Toutefois, pour êtresur des éléments concrets et mesurables : les émissions de à la hauteur des défis et surmonter leur complexité nousGES ont diminué, la qualité de l’eau et de l’air s’est amé- devons apprendre à les aborder différemment et à déploy-liorée, en revanche les défis principaux restent devant er une approche systémique des problèmes. Le conceptnous. Les conséquences des changements climatiques, d’économie verte s’intègre précisément dans ce contexte.l’appauvrissement de la biodiversité, la surexploitationdes ressources naturelles et les enjeux environnement- Pour l’AEE, l’économie verte est un systèmesanté sont des défis auxquels nous devons encore apport- économique qui accroit le bien-être collectif touter des réponses. en préservant le système naturel qui le sous-tend. Ce système repose sur un double défi : promouvoir uneA la fois dans le dernier (2010) et dans le précédent rapport utilisation plus efficace des ressources et assurer la résil-(2005), un facteur de nouveauté mérite d’être surligné : ience écologique des écosystèmes. En d’autres termesl’appréhension des problèmes environnemen- l’économie verte tente d’équilibrer la dimension du capitaltaux a changé. Si auparavant le risque pouvait être naturel (l’état des écosystèmes) et la dimension du capitalperçu de façon ponctuelle et locale, aujourd’hui nous économique (le système productif).ne pouvons plus faire abstraction du caractèrediffus, global et intégré des problèmes envi- Plusieurs autres définitions de l’économie verte peuventronnementaux. L’approche par thématique en silo a été être données : « croissance verte », « économie verteabandonnée pour aller dans le sens d’une compréhension inclusive » ou encore « verdissement de l’économie ».plus articulée. Cette articulation accrue permet de res- Celles-ci différent en fonction du « périmètre » attribuétituer les liens existants entre les différentes thématiques à l’équilibre entre la dimension du capital naturel et celleconstitutives des problèmes environnementaux ainsi que du capital économique, et à la prééminence attribuée auleur interdépendance. Le lien avéré entre les change- capital social et humain (bien-être des individus).ments climatiques et la perte de la biodiversité est peut Deux définitions nous permettent de mieux comprendre Green Forum 2012 page 8
  9. 9. Définition de l’économie verte dans le cadre du développement soutenable Écosystème Économie (capital naturel) (capital productif ) Objectif: assurer la Objectif: utilisation résilience écologique efficiente des ressources des écosystèmes ÉCONOMIE VERTE Bien-être humain (capital humain et capital social) Objectif: améliorer l’équité sociale et la répartition équitable des charges Source: Environmental Indicator Report 2012, European Environment Agency (© EEA, 2012)les enjeux liés au développement de l’économie verte en seront les challenges environnementaux à affronter dansEurope : le cadre de cette transition.● Le concept de résilience des écosystèmes : Dans ce cadre, 6 indicateurs environnementaux ont la capacité des écosystèmes à résister aux prélèvements été arrêtés, Thomas Henrichs a donné l’exemple des et à s’adapter aux changements, conséquence des émissions de gaz à effet de serre (GES). Entre 1990-2010 activités humaines, sans basculer dans un autre état. les émissions de GES ont globalement diminué en Europe Les écosystèmes résilients, continuent à être cohérents et la tendance est positive ; en revanche la température dans leur structure et dans leurs fonctions et en mesure mondiale ne cesse d’augmenter. Ce constat montre d’absorber les pressions du système économique. Dans que le succès des politiques climatiques ne se sont pas ce cadre sont souvent évoquées les notions de « risque traduits par une meilleure résilience des écosystèmes, environnemental » et de « point de bascule », ce dernier la pression exercée sur le climat au niveau mondial est fixe le seuil qui détermine un changement irréversible. encore très élevée. Cet exemple montre que les enjeux La résilience, tout comme le « point de bascule » sont liés à la mise en place d’une économie verte ne s’arrêtent encore difficiles à mesurer et donc à déterminer avec pas aux frontières de l’Europe. Les décisions prises dans précision. Ces considérations font état d’un niveau de le domaine des politiques climatiques demandent une connaissance encore limité des qualités de résistance réflexion globale et une mise en œuvre sur le long terme des écosystèmes. pour en apprécier les résultats.● Le concept d’utilisation efficiente des Le rapport présente les résultats des politiques envi- ressources : concrètement il s’agit d’utiliser moins ronnementales européennes. Dans l’ensemble, celles-ci de ressources et donc « faire le même ou mieux » ont été plus efficaces dans le domaine de l’utilisation avec « moins ». Cette idée est reliée à celle de décou- efficiente des ressources que celui de la résilience des plage : parvenir à une croissance économique tout en écosystèmes. Ce double défi sur lequel repose l’économie réduisant la pression exercée sur les écosystèmes et verte a été au centre de plusieurs rendez-vous institution- les ressources naturelles. nels au cours des derniers mois, et les prospectives pour continuer le travail dans ce sens, avec des indicateurs etLe rapport Environmental indicator report 2012 objectifs ciblés, sont positives et prometteuses. Ces deuxprésenté par Thomas Henrichs repose sur l’intersection concepts et leur interdépendance ont montré leur perti-de ces deux concepts avec la base de données nence par exemple dans le domaine de la lutte contre lesd’indicateurs environnementaux de l’AEE. L’objectif du changements climatiques. Ils ont suscité de nombreuxrapport est de comprendre dans quelle mesure la mise travaux et de nombreuses actions, qui ont mené à desen place d’une économie verte en Europe participe à succès. Pour Thomas Henrichs cela a permis le dével-l’atteinte d’objectifs en termes de résilience des écosys- oppement d’un véritable débat public sur le degré de ris-tèmes et d’utilisation efficiente des ressources, et quels que que la société est prête et capable d’assumer dans le Green Forum 2012 page 9
  10. 10. cadre des changements climatiques. De son point de vue, Thomas Henrichs partage les points de vue exprimés.un débat dans les mêmes termes, sur les objectifs, les con- Il précise que le caractère territorial des indicateurs deséquences et les risques que la société est prête à prendre l’AEE tient aux systèmes d’information et de récolteafin de changer de modèle économique, est le premier pas des données historiquement utilisés par l’AEE etpour amorcer une réelle transition vers l’économie verte. précise que des nouvelles méthodes comptables et statistiques sont en train d’être développées au sujetEloi Laurent et Fanny Demassieux ont souhaité re- des impacts de la consommation de l’UE hors Europe.bondir sur le changement dans l’appréhension des prob- Si la récolte des données est en cours, leur traitement etlèmes environnementaux cité par le représentant de l’AEE. la construction d’indicateurs fiables, au même niveau queEn tant que chercheur, Eloi Laurent propose le développe- ceux actuels, requièrent beaucoup de temps pour apporterment de deux nouveaux types d’indicateurs qui lui sem- la même finesse d’analyse et pour permettre d’exprimerblent opérationnels pour l’avancement de la réflexion sur des recommandations.ces thématiques et pour permettre le déploiement d’uneapproche systémique des problèmes : L’absence d’un système de comptabilité extra-financier rend difficile la prise● fin d’illustrer l’impact du développement de l’Union A européenne sur le reste du monde, il propose de concev- en compte des externalités sociales oir des indicateurs (ex. flux de carbone, eau virtuelle) et environnementales. Tony Long des liaisons écologiques globales. L’exemple don- né par l’AEE au sujet des émissions des GES, globales et En ouverture de son intervention Tony Long, Directeur européennes, illustre cette nécessité et rejoint la ques- du WWF Europe, alerte sur le risque lié au concept tion des émissions de consommation versus les émis- d’« économie verte », dont la surexploitation et le mésus- sions de production. Par ailleurs, il rappelle que l’Union age sont en passe d’en faire le nouveau « développement européenne peut agir sur les taux d’émissions importées durable ». Un terme vague, utilisé dans divers contextes et de consommation, par exemple par les biais des taxes pour satisfaire tout public. Pour le WWF, le sujet de carbone aux frontières. l’économie verte est important pour trois raisons :● ien que complexes à calculer, la mise en place B 1. es problèmes concernant la perte de la biodiversité ne L d’indicateurs de transition sociale et écologique peuvent pas être résolus en soignant les symptômes, il (indicateurs socio-écologiques) permettraient de con- faut aborder leurs causes à la racine. naitre les modalités de transition des sociétés et leur 2. ’approche écologique traditionnellement utilisée pour L capacité, ou pas, à se reformer pour la soutenabilité. lutter contre la dégradation de la biodiversité, n’apporte pas de solution. La seule injonction à conserver les es-Fanny Demassieux se félicite qu’on aborde la ques- paces naturels et les espèces animales, n’entrainera pastion du transfert des charges et des impacts directs et une « transformation » quant aux causes et aux activi-indirects, à la fois économiques et environnementaux de tés à l’origine de l’érosion de la biodiversité.la consommation de l’Union européenne sur le reste dumonde. L’Europe est un importateur net de maté- 3. ’engagement en faveur de l’environnement peut se Lriaux et n’est pas autosuffisante du point de vue transformer en message d’espoir pour la planète ainsides ressources naturelles. L’UE a effectivement con- que pour la société. La perspective positive d’un futurstruit sa croissance, et continue de le faire, en s’appuyant soutenable représente une voie de sortie au débat sté-sur l’exploitation des ressources naturelles d’autres pays. rile entre les partisans de l’austérité et ceux préconi-De ce fait, mesurer les f lux de matériaux et leurs sant une relance économique conventionnelle. Les con-externalités sur les pays extra-communautaires férences tel le Green Forum, permettant la rencontrelui semble urgent notamment en raison de l’impact et le débat entre plusieurs institutions aux différentsque ces données peuvent exercer dans le cadre champs d’action, sont nécessaires et participent à cedes négociations internationales. A titre d’exemple, message d’espoir.Fanny Demassieux rappelle que 25 % des émissions de Dans le passé, l’impact des activités humaines sur la bio-CO2 de la Chine sont liées à l’exportation de ses sphère pouvait être ignoré car il était inférieur aux ca-produits. Sur ce sujet, il n’est pas encore déterminé qui pacités écologiques de la planète. Dans ce contexte, lesest, entre le producteur ou le consommateur, le débiteur. économistes pouvaient développer des théories négli-De même, du fait de ses importations de produits notam- geant la prise en compte des contraintes environnemen-ment agricoles, l’UE est un importateur massif d’eau tales relatives à l’utilisation des ressources, à la fois dansvirtuelle. Pour l’instant, l’unique donnée exploitable est le secteur productif et dans celui de la consommation.le poids des matériaux à l’arrivée dans l’UE. Il s’agit en Encore aujourd’hui certains économistes opèrent selonrevanche d’une donnée partielle qui sous-estime la quan- le postulat qui considère les ressources illimitées. En ef-tité de matières premières nécessaires à la réalisation du fet, dans la plupart des cas, l’exploitation des écosystèmesproduit fini. peut encore être dépeinte telle une activité profitable car Green Forum 2012 page 10
  11. 11. © pauline dame / wwf franceTony Long, Directeur du Bureau européen (EPO) du WWF. Green Forum 2012 page 11
  12. 12. les coûts à long terme pour protéger, maintenir et inve- - management soutenable des ressources naturelles etstir dans le capital naturel et les services éco-systémiques de la biodiversité ;sont trop souvent pas évalués ou sous évalués. L’incapacité - réduction du gaspillage et maintien de conditionsdu système économique à se confronter aux externalités écologiques stables.environnementales est l’un des principaux éléments dontil faut tenir en compte. Pour Tony Long, le sujet des ex- Ces changements sont interdépendants et reposent surternalités, à la fois environnementales et sociales, illus- une prise de décision qui se situe au niveau institution-tre l’interconnexion entre la crise écologique et la crise nel et qui engage le secteur privé :financière. Dans les deux cas, la source du problème estl’incapacité à gérer les externalités en raison de ● L’orientation des flux financiers vers la tarification desl’absence d’un système de comptabilisation extra externalités et leur internalisation, le paiement pour lesfinancier. services éco-systémiques et la reforme des subventions dommageables à l’environnement ;La définition que le réseau du WWF attribue au terme ● La progression des outils de mesure et d’analyse législa-d’économie verte repose notamment sur les secteurs tifs et institutionnels (standards, priorités, indicateursd’intervention prioritaires ainsi que sur les actions qu’une de performance - nouveaux indicateurs de richesse).transition vers un modèle économique vert implique.La mise en place d’une gestion soutenable du Pour Tony Long la finalité d’une transition vers lecapital naturel et la transformation des secteurs modèle de l’économie verte est la soutenabilité de la pla-à fort impact environnemental sont interdépen- nète. Afin d’en préciser davantage les objectifs, il proposedants. Ils reposent à la fois sur la réorientation de se référer au classement des régions géographiquesdes f lux financiers et la progression des outils de produit par le Global Footprint Network. Le graphiquemesure et d’analyse. croise deux indices largement employés : l’Empreinte Ecologique exercée par les activités humaines sur les éco-Plus précisément, la transition vers une économie verte systèmes (Ecological Footprint, développée par le Globalse construira en opérant deux changements principaux : FootPrint Network) et calculée en hectares par habitant,● La transformation des secteurs (marchand, énergé- et l’Indice de Développement Humain construit par les tique, immobilier, alimentaire, transports, infrastructures) Nations Unies (Human Development Index - IDH). à fort impact environnemental afin de les rendre moins émetteurs ; Le croisement des deux indices dessine un espace en bas à droite du graphique. Cet espace représente des critères● Une gestion du capital naturel (ressources et ser- minimums pour la soutenabilité. A l’extérieur de cet vices éco-systémiques, perte de biodiversité) dans les espace, l’impact des activités humaines, sur la planète tout limites écologiques de la planète : comme sur les populations, ne respecte ni l’indice moyen Notes 12 Développement humain moyen Développement humain élevé Développement humain très élevé Développement Amérique du Nord Empreinte écologique (en hag par habitant) humain faible Union Européenne 10 Reste de Europe Amérique Latine Moyen-Orient 8 Asie Centrale Asie-Pacifique Afrique 6 4 Biocapacité mondiale moyenne par personne en 2008 2 Rencontre les critères minimums pour la soutenabilité 0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 Indice de développement humain (IDH)Comparaison de l’Empreinte écologique et de l’Indice de développement humain pour tous les pays (2008)Le point représentant chaque pays est coloré en fonction de sa région géographique et a une taille proportionnelle à sa population.Le grisé de fond dans cette figure indique le seuil d’IDH pour les pays à développement humain bas, moyen ou élevé, baséssur PNUD, 2010 (Global Footprint Network, 2011). Green Forum 2012 page 12
  13. 13. de biocapacité par personne (Global Footprint Network, environnementales européennes se sont développées2008), ni les critères relatifs au niveau de développement et ont évolué. En écho au discours d’Isabelle Autissier,humain requis par les Nations Unies (IDH). Bien que Présidente du WWF France, il rappelle que 2012certaines régions se rapprochent de ces critères, aucune n’y représente également le 40ème anniversaire de larépond pour l’instant. Quant aux pays européens, malgré Déclaration du sommet de Paris. En 1972, ce texteleur classement positif sur le plan du IDH, ils affichent affirmait la volonté de l’Europe de peser sur les affairesune empreinte écologique deux fois plus importante par internationales via l’angle écologique. A l’époque, lerapport aux capacités de la planète. Comme déjà évoqué leader écologique global étaient les Etats-Unis. Lesau sujet du transfert des charges, les pays européens premières régulations environnementales mises en placeutilisent deux fois plus de ressources que celles par l’administration Nixon constituaient un modèledisponibles leur région géographique. pour les Etats membres ainsi que pour les responsables européens. La Déclaration de Paris représente ainsiTony Long en conclut que ce graphique, et d’autres le premier pas de la politique environnementaleoutils de mesure encore, seront sans doute peaufinés communautaire, qui se développera par la suite grâce àdans les années à venir. Leur intérêt est de synthétiser la mise en place du marché unique et des quatre libertésde façon immédiate les dimensions écologique et so- de circulation listées dans le traité de Rome. Le droitciale qui constituent les objectifs d’une transition vers environnemental européen s’étant développé selon unel’économie verte. L’atteinte des critères de soutenabilité logique d’intégration de marché, le lien étroit entrepermet d’illustrer la finalité ultime et l’importance d’un écologie et économie à l’échelle européenne, semble,changement de modèle économique dans le sens d’une pour le chercheur, pertinent depuis ses origines.meilleure équité sociale et dans le respect des limitesécologiques de la planète. Dans le contexte actuel où les Etats-Unis ne veulent et ne peuvent plus assumer le rôle deL’économie verte peut redonner un leader écologique global, il ne fait plus aucun doute que l’Union européenne a pris ce rôle. Parnouvel horizon positif aux citoyens conséquent, l’UE est en mesure de jouer un rôle de premiereuropéens. Eloi Laurent plan dans le cadre d’une transition vers l’économie verte européenne. A cette légitimité historique s’ajoute uneEloi Laurent débute son intervention en précisant donné statistique, la « préférence » européenne pourqu’il s’attachera à montrer que la relance écologique l’environnement. Les études d’opinion montrentde l’Europe est une réelle opportunité pour sortir de la que les citoyens européens sont plus concernéscrise économique. Ce sujet fait l’objet de la préface de par les questions environnementales que lesson dernier ouvrage en tant que co-auteur : L’économie autres peuples.verte contre la crise – 30 propositions pour uneFrance plus soutenable. Les propositions contenues En revanche, dans le contexte de crise globale, ces deuxdans ce livre concernent la France, mais s’inscrivent facteurs d’analyse ne sont plus suffisants. Démarréedans le contexte Franco-européen. Il rappelle que 80 % comme une crise financière américaine, la crise à dégé-du droit de l’environnement des Etats membres dérive néré depuis quelques années en une crise politique eu-des institutions européennes. Par conséquent l’espace ropéenne. La question centrale est actuellementeuropéen lui semble actuellement l’échelle la plus per- celle de savoir ce que l’économie verte est entinente pour penser les réglementations et les politiques mesure de faire pour l’Europe.environnementales. Eloi Laurent poursuit la deuxième partie de son inter-Le chercheur donne une troisième définition de vention en expliquant concrètement que l’économie vertel’économie verte qui repose essentiellement sur l’idée de peut apporter aux cinq principaux problèmes :faire de la contrainte environnementale un levier pour 1. e sous-emploi : le modèle de l’économie verte est Lle bien être, pour la réduction des inégalités sociales et plus intensif en nombre d’emplois générés. La mise enenvironnementales, pour l’emploi et pour la soutenabil- place à l’échelle européenne d’un plan de formation etité. L’économie verte qui répond à cette définition vise d’emplois verts est ainsi prioritaire.d’après lui trois horizons temporels : 2. a soutenabilité des finances publiques : L● e développement des éco-industries et des emplois verts ; L actuellement la fiscalité environnementale représente● e changement des structures de consommation et de L 3  du PIB européen et 7/8  des recettes fiscales % % production (économie circulaire, économie fonction- globales, la France est avant–dernière en Europe nelle et découplage) ; sur le sujet. Cet instrument peut être davantage développé.● e changement des indicateurs de développement L économique, et plus globalement, l’évolution de la 3. dépendance de l’Europe aux énergies La manière dont on conçoit le développement économique. fossiles : l’Europe est le continent le plus dépendant des énergies fossiles. En raison de son coût, cetteAfin de discuter dans quelle mesure l’Europe peut aider la dépendance engendre l’exposition des populationstransition vers l’économie verte, Eloi Laurent souhaite européennes à la précarité énergétique, il est urgent depréciser le contexte historique dans lequel les politiques mettre en place des programmes d’économie d’énergie. Green Forum 2012 page 13
  14. 14. 4. e manque de ressources naturelles : L à l’occasion des crises économique et financière de 2008 le problème de carence des ressources naturelles et a culminé en tant que thème principal des discussions sur le continent européen a été abordé auparavant. de Rio +20. Le texte final approuvé à Rio encourage chaque La transition vers une économie verte permettrait pays à emprunter la voie d’une transition vers l’économie d’affronter ce problème structurel en économisant verte et peut, de son point de vue, être interprété comme leur gestion et leur préservation. une avancée. Le texte n’étant pas contraignant, l’initiative relève encore d’une démarche nationale volontaire.5. a question de la citoyenneté européenne : L Pourtant, d’un point de vue opérationnel, les pays ce problème politique, souligné en ouverture par qui souhaitent s’engager dans cette démarche, auront Isabelle Autissier, Présidente du WWF France est crucial. le soutien des agences des Nations Unies, des banques de développement et du secteur privé.Eloi Laurent insiste sur la menace représentée par lacrise de la citoyenneté : les Européens se demandent si Le rapport du Programme des Nations Unies pourl’Europe n’est pas « mortelle » car ils en perçoivent seule- l’Environnement (PNUE) de 2011, Vers une économiement l’influence négative sur leur niveau de vie. Or, envis- verte : pour un développement durable etager la désagrégation de l’Union européenne sous l’effet une éradication de la pauvreté, propose und’une crise financière est pour le chercheur une sérieuse scenario économique de transition en prenant commemise en danger de l’idéal européen qui risque de détruire hypothèse le transfert de 2 % du PIB de chaque pays versles acquis de 50 ans. L’économie verte peut, selon lui, per- le verdissement de 10 secteurs économiques clé entremettre à l’Europe de sortir de cette impasse. 2010 et 2050. Les projections à l’horizon de 10 ans, montrent que les résultats de ce transfert engendreraientDepuis la Déclaration du sommet de Paris de 1972, la des bénéfices économiques supérieurs aux scénariisquestion écologique et la structuration d’une politique économiques actuels (status quo), tout en réduisantenvironnementale communautaire ont permis à l’Union de façon significative les impacts environnementauxeuropéenne d’exercer une sorte de politique étrangère de ces 10 secteurs. Concernant l’emploi, les chiffres à« cachée ». Pour illustrer l’influence que les normes en- court, moyen et long terme, montrent les bénéfices d’unvironnementales européennes exercent sur les marchés basculement vers l’économie verte, en Europe et ailleurs.étrangers, Eloi Laurent évoque le cas des constructeurs Au niveau mondial, les secteurs les plus créateurs d’emploiautomobiles asiatiques. Afin d’être présents sur le plus à court terme sont le bâtiment, les transports, la forêtgrand marché au monde (500 millions de consomma- et l’agriculture :teurs européens), ces derniers appliquent les normes etstandards environnementaux européens à leurs produits. ● griculture : occupation en augmentation de 4 % AL’Union européenne « exporte » ainsi ses normes au cours de la décennie à venir ;environnementales et exerce une pression im-portante sur les marchés extérieurs. De ce fait, ● orêts: la conservation et le reboisement pourraient am- Felle peut être considérée comme une puissance plifier l’emploi formel dans ce secteur de 20 % d’ici 2050 ;« normative ». ● ransports : l’amélioration de l’efficacité énergétique T combinée avec le changement de modes de transportD’après Eloi Laurent, au début du 21ème siècle, dans un augmenterait l’emploi d’environ 10 % d’ici 2050 ;contexte de crise globale, l’économie verte peut et doit ● Énergie : l’expansion des énergies renouvelables et des permettre à l’Union européenne de structurer également investissements dans l’efficacité énergétique pourraientune politique « intérieure » capable de borner les pulsions créer 20 % d’emplois en plus d’ici 2050.de désagrégation et d’écarter le risque de sa dislocation. Fanny Demassieux attire l’attention sur la limite desEn conclusion de son intervention, Eloi Laurent rappelle modélisations économiques, insuffisantes pour engagerque la justice sociale et l’Etat providence distinguent les acteurs politiques de manière efficace car incapablesl’Europe dans le monde et constituent le premier pilier de restituer dans toute leur complexité les enjeux d’unedu modèle européen. Au travers de l’économie verte, transition vers l’économie verte. Par ailleurs, le débatl’écologie et le développement soutenable peuvent au sujet de ce nouveau modèle économique se polar-devenir le deuxième pilier de son modèle sociétal ise souvent autour des deux piliers du développementet redonner un horizon positif à la politique inté- soutenable, l’environnemental ou le social, en fonctionrieure européenne. des parties prenantes impliquées. Au niveau européen notamment, les questions sociétales et d’emploi sontLe paradigme économique européen souvent abordées en dernier lieu. La polarisation duagit comme un modèle pour les pays débat fragilise le concept, complique la com-émergents et en développement. préhension des enjeux et brouille le message. Pourtant les politiques publiques nécessaires àFanny Demassieux déployer ce nouveau modèle économique devront nécessairement entraîner des changements tantEn ouverture de son intervention, Fanny Demassieux dans le secteur des infrastructures sociétalesrevient sur le concept d’économie verte qui a émergé et financières que dans le secteur écologique. Green Forum 2012 page 14
  15. 15. Pour accélérer l’appropriation de l’économie verte par les du secteur des transports et des politiques d’incitationacteurs politiques il serait nécessaire de travailler da- au changement des combustibles ;vantage et de manière plus intégrée sur ces deux piliers ● ’incitation à l’innovation et au changement des pra- Là la fois. tiques (sobres en combustibles)  auprès des acteurs in- dustriels ;Une vingtaine de pays dans le monde bénéficient actu-ellement de l’accompagnement des Nations Unies sur le ● ’incitation au changement des comportements indivi- Lsujet de l’économie verte. Fanny Demassieux rappelle duels de consommation.qu’il n’existe pas une seule méthode et un seul parcoursde transition. Chaque pays s’interroge de façon différente En conclusion de son intervention, Fanny Demassieuxsur les spécificités liées à ses propres secteurs productifs souhaite rebondir sur l’intervention d’Eloi Laurent etet sur les bénéfices de la transition pour ses citoyens. confirme que le paradigme économique européen agitElle insiste sur l’importance de l’inclusion de toutes les clairement comme un modèle pour les pays émergentsparties prenantes dans la démarche et cite l’exemple de et en voie de développement. A l’échelle individuelle,l’Afrique du Sud dont le gouvernement à conclu en 2011 les modes de consommation européens sont utilisésun accord pour la création de 300 000 nouveaux emplois comme un modèle par les classes moyennes des paysverts avec les syndicats, le secteur privé et les ONG. émergents et des pays en voie de développement. De ce fait, les modes de consommation générés par lesDans les pays en développement les approches sont en- politiques publiques européennes ont une doublecore sectorielles et concernent notamment : responsabilité : l’impact environnemental généré sur le territoire européen et l’effet multiplicateur● e secteur énergétique, en raison des difficultés L indirect sur l’empreinte écologique des autres que ces pays rencontrent dans l’accès à l’énergie. En pays. En tant que puissance mondiale, l’Europe peut jouer 2010, et pour la première fois, l’investissement des un rôle de premier plan dans la réduction de l’empreinte pays en voie de développement dans le secteur des én- écologique actuelle et future de ces mêmes pays. ergies renouvelables a été supérieur à celui des pays développés (72 milliards de dollars investis). A titre Au sujet du changement des comportements de d’exemple, la première centrale solaire en Afrique a consommation, Fanny Demassieux salue l’accent été inaugurée en mai 2010 et devrait produire environ mis par le WWF Europe sur la nécessité de passer à des 13 % des besoins énergétiques du Maroc. achats publics durables au niveau européen (voir rapport Unlocking the potential of the EU budget - WWF EPO● e secteur agricole. A titre d’exemple, la transition L et synthèse de la table ronde « Quel budget pour une agricole vers des modes de production en Ouganda a Europe plus soutenable ? »). Ce changement dans les démarrée au milieu des années 2000. Si en 2004 les politiques d’achats publics communautaires montrerait agriculteurs concernés étaient 45 000 pour 185 000 une démarche en profondeur et aurait un effet de levier hectares, en 2008 ils sont passés à plus de 200 000 extraordinaire sur l’ensemble de l’économie européenne pour environ 300 000 hectares. en dynamisant la conception et la production des produits verts.Au delà des approches sectorielles, le PNUE recom-mande que les politiques publiques de transition vers Le débat suivant la table ronde porte notamment sur troisl’économie verte abordent et se développement notam- sujets :ment autour de 5 axes : ● e rôle de l’Union européenne et ses moyens d’actions L● mise en place de politiques et cadres réglementaires ; La pour la transition vers l’économie verte ;● ’augmentation des investissements verts ; L ● a question du transfert des charges aux pays extra- L● a mise en place de marchés publics durables ; L communautaires ;● e développement de politiques des prix et taxation ; L ● ’importance de la dimension sociale à la fois dans la L définition et les objectifs de l’économie verte, afin que● e développement des capacités et la coopération in- L le changement de modèle économique soit acceptable. ternationale.En revenant sur le scenario du PNUE d’investissement Discussion :de 2 % du PIB, Fanny Demassieux insiste sur la questionde la transition énergétique et des politiques publiques à Thomas Henrichs souhaite rappeler que dans le texte dumettre en place pour l’accompagner : Traité de Maastricht, l’un des objectifs principaux de l’Union européenne est de promouvoir le progrès économique et● a mise en place de politiques ambitieuses de transi- L social des peuples dans le cadre de l’achèvement du marché tion énergétique qui impliquent des investissements intérieur. Dans ce même article il est précisé que la protection pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, de l’environnement doit être intégrée à cet objectif. D’après des investissements dans le secteur des énergies re- lui, cet élément est un point d’entrée intéressant pour le nouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique débat sur l’économie verte au niveau européen. Green Forum 2012 page 15
  16. 16. Par ailleurs, concernant les moyens d’action que l’Union rapide des pays émergents de plus en plus indépendantseuropéenne est en mesure d’engager pour la transition, des normes européennes. L’avenir de l’économie verteThomas Henrichs cite les principes sur lesquels repose le sera aussi déterminé par la capacité de dialogue queTraité européen, et notamment le principe de précaution. l’Union européenne saura développer avec ces acteursCes outils sont sous-estimés, souvent non transposés et économiques extra-communautaires et en particulierdont l’application pourrait participer à l’amélioration de avec le continent africain.la résilience des écosystèmes et à la mise en place d’uneutilisation efficiente des ressources. Le représentant L’intervention de Armand Rioust de Largentaye dede l’Agence Européenne pour l’Environnement précise l’Agence française de développement (AFD) revient sur laégalement qu’aborder l’économie verte par la question relation entre l’économie et l’écologie, d’après Tony Longdes ressources a du sens sous l’angle économique, reliées par la question des externalités, mais d’après luicar augmenter l’efficacité dans l’usage des ressources plutôt relié par la question sociale et notamment par lanaturelles permet globalement de réduire les coûts et question de l’emploi. En faisant l’hypothèse que l’économiedonc de faire progresser les profits, tant économiques verte est un régime de plein emploi, il considère qu’ilqu’écologiques, et par conséquent d’agir sur le bien-être faudra prévoir non seulement des reformes financières etdes populations (emplois verts, innovation écologiques, fiscales, comme déjà évoqué, mais également monétairesinvestissements verts). Cette approche est pertinente tant et bancaires.au niveau national qu’au niveau local. Tony Long précise que l’internalisation des externalitésMonsieur Jean-Pierre Thibault, Ambassadeur est primordiale car il s’agit d’une correction nécessairedélégué à l’environnement au Ministère des au système macroéconomique. Si le prix de substitutionAffaires étrangères et européennes, intervient du carbone (price proxy) a été déterminé, la perte de ladepuis la salle et souhaite partager quelques considérations biodiversité, la disparition des stocks halieutiques et laau sujet de son expérience directe en tant que Chef de fertilité des sols n’ont toujours pas un « prix », ni un prix dela délégation française technique à la Conférence de substitution. Ce qui ne peut pas être mesuré ne peut doncRio + 20. Rio semble avoir mis en lumière un gigantesque pas être administré. Au delà de la question de l’évaluationmalentendu au niveau international sur l’objet et la en termes de quantité ou de volume, il faudrait pouvoirméthode des débats et la manière selon laquelle l’action apprécier ces services et ces biens communs égalementcollective aurait été engagée après la formulation d’une en termes de « valeur ». Sans valeur il est impossible deposition commune. Comme démontré par Eloi Laurent, mesurer les pertes (en termes de services rendus et del’Union européenne a repris le flambeau du leadership capital naturel) ni même d’évaluer le prix de l’inaction,écologique en matière environnementale et il s’agissait à ou à l’inverse, les intérêts de la préservation. Des calculsRio de convaincre les autres pays par l’exemple. sophistiqués peuvent aider la prise de décision. A titre d’exemple Tony Long cite les projections faites sur lesL’un de principaux éléments d’incompréhension à Rio coûts du maintien de l’actuelle Politique Commune deétait la notion d’économie verte, et ce frein a constitué un la Pêche (PCP) pour les prochaines 10 années. Au delàproblème politique majeur. Si une référence à l’économie des volumes de stocks halieutiques perdus, les calculsverte a pu être incluse dans le texte final de Rio, malgré incluent également le nombre d’emplois perdus, critèrede très fortes réticences des pays émergents, c’est déterminant pour le maintien de cette filière et desgrâce à l’intervention de l’UE qui a dit comprendre ces communautés de pêcheurs.réticences et a abandonné le terme de « croissance verte »(porté par les pays plus riches et l’OCDE en particulier) Enfin, pouvoir mesurer et attribuer une valeur détermineau profit de celui d’« économie verte et inclusive ». la prise en compte de ces sujets par le secteur financier, le changement de son mode de fonctionnement, ainsi queDe ce fait, l’inclusion du pilier social dans la défini- l’allocation et la nature des subventions attribuées par lestion de l’économie verte lui semble essentielle. La di- ministères des finances.mension sociale, et particulièrement la question de l’emploi,représentent des éléments d’acceptabilité indispensables Beaucoup reste encore à faire au niveautant pour les pays émergents, car il s’agit d’un instrument européen pour faire avancer l’approche globalede lutte contre la pauvreté, que pour l’Europe. Si les États et systémique de l’économie verte dont il amembres et l’UE, dans toutes leurs composantes, des pou- été question autour de cette table ronde, àvoirs publiques à la société civile, ne sauront pas assumer savoir une démarche incluant les dimensionsla dimension sociale de l’économie verte et l’intégrer à sa environnementales, financières, économiques etdéfinition, puis agir de façon opérationnelle pour la rendre sociales.inclusive, ils failliront d’après l’Ambassadeur, car il s’agit del’un des principaux leviers en mesure de favoriser la transi- WWF Francetion au niveau international.Nonobstant le rôle avéré de l’Europe en tant que puis-sance « normative » en mesure d’influencer d’autres ré-gions mondiales, il souligne la montée en puissance très Green Forum 2012 page 16 LE TWEET Eloi Laurent #GreenForum Si on ne donne pas un
  17. 17. © pauline dame / wwf france Thomas Henrichs, Chargé de projet « Evaluations environnementales intégrées », Agence Européenne pour l’Environnement (AEE).horizon positif aux citoyens, l’idéal européen est en danger @MllePeg_  Green Forum 2012 page 17
  18. 18. Jeudi 27 septembreQuels sont les leviers de financement et d’investissement pour larelance écologique de l’économie européenne ?Une relance écologique de l’économie européenne nécessiterait d’engager investisseurs et marchés financiers vers dessolutions de long terme pour soutenir les secteurs d’avenir. Quels nouveaux outils seraient alors à leur disposition ?Quel pourrait-être le rôle des Partenariats Publics/Privés ? Quels scénarios pourrait-on explorer pour verdirl’investissement et les marchés ?Dimitri Zenghelis, Chercheur émérite invité à l’Institut de recherche Grantham - London School of Economics,Chercheur Associé de Chatham House et Conseiller économique senior chez Cisco, Co-auteur du rapport Stern dont ila dirigé la rédaction entre 2007 et 2008.Ivan Fauchaux, Directeur de programme Energie, économie circulaire, Commissariat général à l’investissementNathalie Girouard, Coordinatrice pour la croissance verte et le développement durable, Organisation deCoopération et de Développement Économique (OCDE)Stuart Clenaghan, Directeur d’Eco System Services Limited, Conseiller de la « Climate Bonds Initiative »Table Ronde présidée par Stéphane Voisin, Responsable de l’Investissement socialement responsable (ISR) et duprogramme « Sustainability Research » , CA Cheuvreux.L’investissement privé : un apport Cependant, de nombreux éléments freinentindispensable à la relance écologique l’engagement du secteur privé dans la lutte contre les changements climatiques. Les investisseurs neLa transition vers l’économie verte requiert des sont pas familiers des opportunités d’investissement danschangements majeurs dans le cadre des investissements les technologies sobres en carbone et les infrastructuresà long terme dans les secteurs de la construction résilientes aux changements climatiques. Un obstacled’infrastructures résilientes aux changements supplémentaire tient à la nature des technologies etclimatiques, de l’énergie, des transports, de l’eau et du infrastructures citées, qui impliquent un capital initialbâtiment. Il existe déjà un écart entre les besoins en conséquent avec un retour sur investissement faible et àinvestissements dans ces secteurs et le nombre de projets très long terme.financés. Il s’agit donc de s’assurer que cet écart soit réduitau travers de solutions qui relèvent non pas du business Par ailleurs, le contexte réglementaire est défavorableas usual, mais des logiques de l’économie verte. aux investissements dans ce secteur en raison de la nouvelle régulation financière (Basel III) qui limite leFace à une pression accrue sur les fonds publics, l’apport capital disponible et réduit ainsi la capacité de financementdes investisseurs privés est nécessaire afin de répondre de projets. Par conséquent, les niveaux de risque et deaux besoins croissants d’investissements dans les retour sur investissement actuels n’encouragentinfrastructures. En tant que moteurs de développement, pas suffisamment l’investissement privé dans cesl’investissement privé et la finance sont des clés infrastructures.incontournables pour mettre en place un financementsoutenable et réussir le challenge du financement des Le rapport de l’OCDE Towards a Green Investment Policyinfrastructures vertes. Framework souligne que les politiques publiques pourraient corriger et compenser cette situation via la levée de fondsLe débat s’ouvre avec la présentation du rapport de publics et la mise en place d’une meilleure régulation.l’OCDE Towards a Green Investment Policy Nathalie Girouard a rappelé les cinq étapes suivantes :Framework par Nathalie Girouard. En 2009, 1. Etablir des objectifs et des « règles du jeu » clairs ;l’OCDE a été mandatée pour la rédaction de ce rapport 2. aciliter les investissements dans les secteurs « verts » Favec l’objectif de définir les mesures de politique publique par la mise en œuvre de mesures d’incitation et deadaptées à la résolution simultanée des crises financières protection ou de soutien de court terme ;et climatiques. Le rapport démontre que pour répondreaux défis climatiques dans un contexte de réduction des 3. Ouvrir les marchés et mettre fin aux monopoles ;fonds publics il est essentiel d’attirer les investisseurs 4. Réformer les politiques financières ou en mettre enprivés. Green Forum 2012 page 18
  19. 19. © pauline dame / wwf franceStéphane Voisin, Responsable de l’Investissement socialement responsable (ISR)et du programme « Sustainability Research », CA Cheuvreux . Green Forum 2012 page 19
  20. 20. œuvre de nouvelles pour faciliter les investissements Dans ce contexte, pour Dimitri Zenghelis, le secteurdans les secteurs « verts » en ouvrant les marchés, en public devrait nécessairement agir afin de « débloquer »cassant les monopoles et en mettant en place des mesures cette épargne gelée en donnant un signal positif auxincitatives ; investisseurs privés de manière à les rassurer sur les opportunités d’investissement à long terme. La lutte5. Mobiliser les ressources et les capacités des acteurs contre l’inefficacité énergétique et la dispersion despublics et privés pour le développement de l’économie ressources impliquent des investissements conséquentsverte et notamment le développement des secteurs (construction de réseaux électriques, réindustralisationsobres en carbone et des structures résilientes et création d’emplois) et représentent une opportunitéaux changements climatiques ; pour sortir de l’impasse économique. En revanche, pour6. Promouvoir l’économie verte et orienter les consom- permettre la relance économique il faut être en mesuremateurs vers des comportements responsables. de supporter le coût de ces investissements initiaux. La mise en place d’une régulation structurée et d’un prix carbone stable, soutenus par desL’implication du secteur public : facteur politiques publiques crédibles, pourraientdéterminant pour la confiance du secteur rassurer les investisseurs privés et faciliter leurprivé implication dans les nouveaux secteurs de la croissance verte.C’est aux autorités publiques de Pour illustrer l’impact que la crédibilité des politiquescréer les conditions de confiance publiques peut avoir sur la mobilisation despour que les opérateurs financiers investissements privés, Dimitri Zenghelis a donnéprivés investissent dans la transition l’exemple de la signature du protocole de Kyotoécologique. Dimitri Zenghelis en 1997. Les investissements privés dans les secteurs des technologies decarbonées (énergies solaires etDimitri Zenghelis dresse un portrait macroéconomique photovoltaïques, voitures hybrides et électriques etc) ontde la crise financière actuelle et restitue les enjeux et les dé- augmenté de façon exponentielle grâce à la coordinationfis climatiques en précisant que ces derniers ne pourront être des politiques globales. Les ressources financières etrelevés tant que la crise économique ne sera pas résolue. les opportunités d’investissement ne manquent pas. Clé de la réussite de la transition vers une économie verte,Selon Dimitri Zenghelis, une croissance économique la confiance des acteurs privés ne pourrasoutenable nécessite : s’acquérir qu’au travers de l’implication des pouvoirs publics.1. La résolution de la crise de la dette européennepar la mutualisation des dettes nationales. La dette La plupart des investissements vertssouveraine de l’Union européenne en tant que telle estrelativement basse (inférieure à celle des Etats-Unis), le requièrent une capacité de projectionprincipal défi est le rétablissement de la croissance sur le à long terme, parfois jusqu’à 40 ans.continent. De ce fait, dans une société qui se2. Un partage des responsabilités fiscales accru au projette vers l’avenir, l’interventionsein d’Union européenne et l’intégration de mécanismes publique, notamment au travers dede gestion des flux fiscaux transnationaux à long terme, ses choix d’investissements, restepermettant ainsi la prévention de futurs déséquilibres. incontournable. Ivan Faucheux3. La mise en place d’un programme visantà stimuler la croissance en encourageant les Ivan Faucheux a présenté le Programme d’investissementinvestisseurs privés. Le programme doit intégrer une stratégique français (Grand emprunt). Le programme estpolitique économique européenne de « transition » vers une doté de 35 milliards d’euros destinés à être investis jusqu’enéconomie efficace dans l’utilisation des ressources. 2020. Les investissements sont coordonnés par des opéra- teurs nationaux, avec la participation de co-investisseursLa crise financière actuelle représente un frein pour la privés. Dans le cadre du pilotage de ces investissements,finance verte, car pour le moment les investisseurs ne la gouvernance, la transparence et la responsabilité desveulent prendre aucun risque, et préfèrent renoncer à acteurs font l’objet d’une attention accrue. Les prioritésl’investissement et se « décharger » de leur capital via des du programme reflètent la stratégie « Europe 2020 » etobligations nationales. Alors que le secteur privé augmente mettent l’accent sur l’innovation et l’économie verte.son épargne, le secteur public « paye l’addition ». Pourtant, lecapital privé est présent en quantité et pourrait être investit Si les crédits ont été rapidement engagés dans les projetsdans des projets verts productifs. d’investissement concernant l’enseignement supérieur Green Forum 2012 page 20
  21. 21. et la recherche, il a été difficile d’identifier des projets Stuart Clenaghan, ex trader et gérant des bondsqui remplissent à la fois les critères de rentabilité et à la City de Londres et à Wall Street, présente lesles critères d’exigence écologique dans le domaine de activités de la Climate Bonds Initiative (CBI), ONGl’énergie et de l’économie circulaire. Paradoxalement, comptant de nombreux membres ainsi qu’un groupe deune partie du grand emprunt n’a pas encore été allouée conseillers dont il fait partie. La CBI définit les normescar il n’y a pas suffisamment de projets et par conséquent des climate bonds, évalue les instruments de financede co-investisseurs prêts à se lancer dans ces secteurs. publique, fournit des modélisations et des conseils de gouvernance. En parallèle, la CBI mène des activités deComme précisé ci-dessus, le secteur privé recherche recherche et réunit les émetteurs, les investisseurs et lessouvent des investissements à court terme, d’une durée banques pour les renseigner au sujet des opportunitésmaximale de 8 ans afin de maximiser les profits. Or, d’investissements liées aux climate bonds.la plupart des investissements verts requièrent unecapacité de projection à long terme, parfois jusqu’à 40 Les bonds sont un mécanisme de financementans. De ce fait, dans une société qui se projette vers conséquent : les marchés obligataires représententl’avenir, l’intervention publique, notamment au travers aujourd’hui deux fois la taille des marchés dude ses choix d’investissements, reste incontournable. capital investissement.Cette intervention peut être directe ou prendre la formed’un glissement des investissements à court terme vers La moitié des obligations sont émises par lesdes investissements à long terme. En revanche, dans gouvernements, 40 % par les institutions financières, etun contexte économique chaotique, où la tendance au l’équivalent de 80 mille milliards de dollars d’obligations« court-termisme » est accrue, faire des choix et assumer sont gérées par des clients institutionnels. D’après lesla prise de risques reste également délicat à envisager recherches de la CBI, seulement 174 milliards de dollarspour les opérateurs publics. d’obligations (2  du marché des bonds) sont liées aux % secteurs de l’énergie, au bâtiment, à l’industrie, auxEn conclusion, Ivan Faucheux soulève la question des transports, à la finance climat, à l’eau, au contrôlemécanismes d’échange trans-générationnels comme des déchets et des pollutions, à l’agriculture ou à laun frein à l’engagement des investisseurs privés dans forêt. Aujourd’hui, 70  de ce montant est alloué au %les secteurs verts. Le développement d’instruments financement du transport ferroviaire. Par conséquent,financiers innovants est, de son point de vue, une partie le potentiel d’investissement dans les projetsde la solution. verts au travers du marché obligataire est considérable et permettrait une multiplicationLe marché obligataire : un effet de levier des investissements à grande échelle.important pour les investissements Le soutien des politiques publiques est encore une foisverts nécessaire pour attirer les capitaux privés. Des normes claires sur les projets de finance verte devraient êtreLe potentiel d’investissement au travers développées. La CBI travaille notamment dans cedu marché obligataire est considérable sens afin d’établir des critères écologiques clairs via la certification des bonds. Les standards proposés par la CBIet permettrait une multiplication des permettent également aux investisseurs d’identifier et deinvestissements à grande échelle dans différencier les bonds  verts  des bonds conventionnelsles secteurs verts. Stuart Clenaghan et d’en évaluer les opportunités d’investissement. La mise en place de politiques fiscales adaptées ainsi quePour financer de grands projets d’infrastructures, de mécanismes de régulation permettrait égalementnotamment dans les secteurs des transports, de de convertir les bonds conventionnels pour financer lal’énergie et des réseaux de l’information, la Commission transition vers l’économie verte.européenne a décidé de recourir aux émissionsobligataires à travers les project bonds gérés par la Ivan Faucheux rappelle que les project bonds sont enBanque Européenne d’Investissement (BEI). Pour phase d’expérimentation en France mais qu’à l’heurefinancer et investir dans la relance écologique de actuelle des projets ont été identifiés dans le domaine dul’économie européenne en intégrant l’apport des numérique. Cependant aucun projet d’investissement dansinvestisseurs privés, une des solutions évoquées par le domaine de la soutenabilité n’a permis d’articuler celes intervenants est donc la structuration d’un marché nouvel instrument avec le grand emprunt. De son point deobligataire dédié au financement des projets verts. Par vue les project bonds sont un instrument intéressant car ilsailleurs la Banque Mondiale a déjà lancé des émissions permettent de mutualiser la prise de risque. Pourtant, dansde Green bonds depuis 2008 pour compléter ses propres un contexte où les Etats membres sont lourdement endettés,financements en vue de la réalisation de projets verts. l’appel aux garanties publiques est encore illusoire. Green Forum 2012 page 21
  22. 22. En conclusion de la table ronde Stéphane Voisin Au sujet de la confiance et du profil de risque desrappelle que les marchés financiers ont été séduits investissements verts, Nathalie Girouard a précisédès 2004 par les thèmes environnementaux et ont que la mise en place d’un cadre politique deprogressivement puis massivement investis sur les acteurs transition vers l’économie verte clair et tournédits « Renouvelables » : Solaire, Eolien, Biocarburants. vers le long terme doit s’accompagner d’unAvant 2008 les promesses des énergies renouvelables courage politique et d’un leadership au niveauétaient aussi fantastiques que fut la chute de leur cours des institutions publiques, ainsi que d’uneen bourse dans le contexte de crise économique et de gouvernance innovante, dans le sens notammentcoupes sévères sur les subventions gouvernementales d’une coordination interministérielle solide.pour l’économie verte. En revanche, les investisseurs En conclusion, elle cite notamment les exemples deayant acquis directement des actifs verts tels que les la Corée du Sud et de la Norvège. La première a fait depanneaux solaires, fermes éoliennes, usines de biomasse la croissance verte la priorité numéro un de son planetc, et non pas les sociétés liées à ces actifs, ont obtenu de développement et s’est dotée d’un « Comité pourdes bénéfices. Voici une preuve tangible de l’inclinaison la croissance verte » au-dessus des ministères et sousdes marchés financiers à créer des bulles spéculatives la responsabilité du Président, avec des résultats nondéconnectées de la réalité économique et industrielle. négligeables. La deuxième a intégré le développementCe qui pose problème est la mémoire des investisseurs : durable dans le portfolio du Ministre des finances et estdésormais une méfiance s’est installée à court et moyen en mesure d’intégrer des politiques d’investissement et determe vis-à-vis des entreprises exposées aux technologies développement durable à moyen terme dans sa politiquevertes. Dans ce contexte, la mise en place de nouveaux économique. Ces nouvelles formes de gouvernance,instruments financiers et d’une architecture financière doivent ainsi s’accompagner d’instruments financiersinnovante, tournée vers les actifs (via notamment les innovants pour permettre une meilleure articulation desmarchés obligataires et les project bonds), et non pas vers politiques publiques et octroyer plus d’efficacité à l’actionl’investissement boursier des actions liées aux sociétés, publique de long terme dans le cadre de la transition versapparaît comme une solution porteuse d’espoir. l’économie verte.Discussion Kristina Maslauskaite, Chercheur associé, Notre EuropeSuite à la table ronde le débat a porté notamment surla nécessité d’établir un cadre politique detransition vers l’économie verte, clair et à longterme pour permettre son financement. D’une part,ce cadre permettrait une meilleure coordination entrel’économie publique en manque de moyens et l’économieprivée en manque de visibilité. D’autre part, il permettraitd’affronter plus efficacement le discours de « défiance »lié aux investissements dans les projets verts.Nicolas Pirotte, Chef de cabinet adjoint de Jean-Marc Nollet, Ministre du Développement durabledu gouvernement Wallon, a tenu à préciser qu’ensortant du cadre macroéconomique, la majorité desacteurs économiques susceptibles de participer à larelance écologique de l’économie sont des PME. Lesleviers de financement et les mécanismes de garantiepour stimuler les investissements dans les projets vertsexistent également à ce niveau, menés par exemple parOséo. Le rapprochement de ces acteurs et leur mise enconfiance sont nécessaires dans le cadre de la transitionécologique et souvent plus faciles à mettre en place car lerisque à prendre en compte et les montants à investir sontsensiblement moindres. Green Forum 2012 page 22 LE TWEET Dimitri Zenghelis #GreenForum La zone euro
  23. 23. © pauline dame / wwf france Stuart Clenaghan, Directeur d’Eco System Services Limited, Conseiller de la Climate Bonds Initiative.est très bien placée pour être leader de la croissance verte @WWFFrance Green Forum 2012 page 23

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