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Un lycéen avide de savoirUne jeunesse Sigmund Freud naît en 1856                                                          ...
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Freud différencie paralysie                             il est possible de postuler une lésion psychiqueLes paralysies org...
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Freud et l'inconscient
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Freud et l'inconscient

  1. 1. Comprendre les questions les plus diverses présentéespar les meilleurs spécialistes. Des textes clairs, fiableset précis qui vont a lessentiel. Une iconographieappropriée permettant de compléter linformation.Une présentation agréable pour faciliter la lecture. FREUD ET LINCONSCIENT Freud a emprunté à sa propre vie le matériel de la psychanalyse. Il a dû sappuyer sur un désir inédit pour imposer sa découverte, soutenir la pratique de la cure et transmettre vivante la psychana- lyse. Sexualité infantile, inconscient, trans- fert, répétition, pulsion, les concepts de la psychanalyse, un siècle après son invention, continuent à faire des vagues dans la mare du savoir : indissociables de la main qui les a lancés. Cet ouvrage fait le lien étroit entre la vie et lœuvre du « père de la psychanalyse ».Marie-Jean Sauret est psychanalyste, professeur depsychologie à luniversité de Toulouse-II et membredu comité de rédaction de la revue Barca ! // estlauteur de La Psychanalyse, parue dans la collection« Les Essentiels Milan ».
  2. 2. Ce livre vous est proposé par Tari & LenwëA propos de nos e-books : Nos e-books sont imprimables en double-page A4, en conservant donc la mise en page du livre original. Limpression dextraits est bien évidemment tout aussi possible. Nos e-books sont en mode texte, cest-à-dire que vous pouvez lancer des recherches de mots à partir de loutîl intégré dAcrobat Reader, ou même de logiciels spécifiques comme Copernic Desktop Search et Google Desktop Search par exemple. Après quelques réglages, vous pourrez même lancer des recherches dans tous les e-books simultanément ! Nos e-books sont vierges de toutes limitations, ils sont donc reportables sur dautres plateformes compatibles Adobe Acrobat sans aucune contrainte.Comment trouver plus de-books ? Pour consulter nos dernières releases, il suffit de taper « tarilenwe » dans longlet de recherche de votre client eMule. Les mots clé « ebook », « ebook fr » et « ebook français » par exemple vous donneront de nombreux résultats. Vous pouvez aussi vous rendre sur les sites http://mozambook.free.fr/ (Gratuits) et http://www.ebookslib.com/ (Gratuits et payants)Ayez la Mule attitude ! Gardez en partage les livres rares un moment, pour que dautres aient la même chance que vous et puissent trouver ce quils cherchent ! De la même façon, évitez au maximum de renommer les fichiers ! Laisser le nom du releaser permet aux autres de retrouver le livre plus rapidement Pensez à mettre en partage les dossiers spécifiques ou vous rangez vos livres. Les écrivains sont comme vous et nous, ils vivent de leur travail. Si au hasard dun téléchargement vous trouvez un livre qui vous a fait vivre quelque chose, récompensez son auteur ! Offrez le vous, ou offrez le tout court ! Une question, brimade ou idée ? Il vous suffit de nous écrire à Tarilenwe@Yahoo.it . Nous ferons du mieux pour vous répondre rapidement ! En vous souhaitant une très bonne lecture, Tari & Lenwë
  3. 3. SommaireParcours et apprentissage Une jeunesse viennoise 4-5 Sigmund fait médecine 6-7 Goût et phobie des voyages 8-9 De Vienne à Londres, le fil dune vie 10-11Freud dans le savoir de son temps Neuropsychologie et cocaïne 12-13 Freud et la philosophie 14-15 Freud et les sciences de la nature 16-17 À lécoute de lart et de la littérature 18-19Un savant en rupture Hypnose, suggestion et catharsis 20-21 Les paralysies hystériques 22-23 La rencontre avec lhystérique 24-25Linvention de la psychanalyse Lassociation libre et la cure 26-27 Le sexuel est traumatique 28-29 Fantasme et réalité 30-31 Linconscient dans tous ses états 32-33Le désir de Freud Lautoanalyse 34-35 Freud intraitable 36-37 Le désir de lanalyste 38-39Un nouveau savoir Le complexe dŒdipe, la première topique 40-41 Pulsion et instinct, la seconde topique 42-43 Transfert et répétition 44-45 Complexe de castration et au-delà de lœdipe 46-47Actualité de Freud Pulsion de mort et civilisation 48-49 Freud, le juif athée 50-51 Psychanalyse et religion 52-53 Politique et transmission de la psychanalyse 54-55 Freud, passeur vivant 56-57Approfondir Glossaire 58 à 62 Bibliographie 62-63 Index 63 Les mots suivis dun astérisque (*) sont expliqués dans le glossaire.
  4. 4. Un lycéen avide de savoirUne jeunesse Sigmund Freud naît en 1856 Une analyse Entré au lycée (Gymnasium) avec un an davance, par lécrit dans une famille juive De nombreux Freud se passionne pour la culture. Rome et Athènes viennoise qui émigre àet travaille il fait ses études, Vienne où presque resteront des références constantes, mais aussi éléments biographiques jusquà sa mort. Goethe, Heine, Zola et... Darwin. Dans la présentation de la vie de Freud quil fait de lui-même en 1925, il se décrit comme ont été livrés par Freud lui-même, habité dune grande soif de savoir. Très imprégné notamment Une enfance heureuse de la culture juive de son enfance, connaissant lhébreu dans son abondante Freud voit le jour le 6 mai 1856 et le yiddish, il se plonge très tôt dans la Bible. correspondance en Moravie (actuelle République Et il nest pas douteux que son intérêt pour linterpré- mais aussi tation porte la marque de cette lecture assidue dans LInterprétation tchèque), dans la petite ville des rêves (1899) et de Freiberg dont il garde des des textes bibliques. la Psychopathologie souvenirs heureux et vivaces, À lissue de ses études secondaires, Freud, comme de la vie quotidienne bien quil la quitte à 4 ans. beaucoup de fils de marchands moraves, sinscrit (1904), véritable autoanalyse Sa famille - des négociants juifs en médecine à luniversité, sans véritable vocation. {voir pp. 32 à 35). (surtout de laines) dabord aisés puis mis en difficulté par le Des rapports tendus Un prénom développement du machinisme avec la capitale autrichienne et une femme et la montée de lantisémitisme - Freud naime pas Vienne où ses premières années sont pour la vie... sinstalle à Vienne dans un quartier assombries par les difficultés économiques de sa famille. Sigimund Freud démigrants juifs peu fortunés. La vie culturelle (littéraire, musicale, architecturale) (de prénom juif Schlomo) devient Freud en garde une certaine hantise y est pourtant intense et novatrice. Les promenades Sigmund en 1878 ; de la pauvreté. sur le Prater, proche du quartier-ghetto où réside il rencontre Martha Le jeune Sigmund a tout de même sa famille, le mettent en contact avec la brillante Bernays, fille dune famille une enfance heureuse entre société viennoise. dérudits, en 1879 une mère et un père fiers de lui Freud souffre de lantisémitisme et du pangermanisme et lépouse le 14 et quil aime tendrement. Son père, de plus en plus déclaré régnant à Vienne. Dans un passage septembre 1886. Jacob Freud, remarié, a deux de LInterprétation des rêves, il raconte un souvenir grands fils lorsque Sigmund naît. denfance. Au cours dune promenade, son père croise Celui-ci est le fils aîné dune mère un chrétien qui envoie son bonnet dans la boue Freud reçoit de 21 ans et de 20 ans plus jeune en criant : « Juif! descends du trottoir ! » Le père se rési- une formation que son mari, déjà grand-père. gnant à ramasser son bonnet, Freud avoue sa déception : classique au lycée Freud est très attaché à sa mère « Cela ne me sembla pas héroïque de la part du grand mais est aussi dont il reste lenfant préféré. Connue pour son caractère homme fort, qui me conduisait par la main, moi, le petit. marqué parLe jeune SigmundFreud et son père, vif et enjoué, aimant la musique et les jeux de cartes, Jopposais à cette situation qui ne me satisfaisait pas la culture juiveJacob, ici en 1867. elle vit jusquà 95 ans et ne séteint, en 1930, que une autre qui correspondait mieux à mes sentiments, de son enfance et quelques années avant son fils. Elle a en tout huit la scène dans laquelle le père dHannibal, Hamilcar, par lantisémitisme enfants. Freud passe son enfance dans une famille fait jurer à son fils devant lautel domestique de prendre régnant à Vienne très nombreuse et unie, dont il reste longtemps le seul vengeance sur les Romains. » De cette position dopprimé à la fin garçon (après lui et un frère mort en bas âge, minoritaire, Freud garde ce qui le prépare aussi du xixe siècle. cinq filles se succèdent avant un dernier garçon). à « une certaine indépendance de jugement».
  5. 5. il accomplit une série Sigmund Lengagement de et une voie dans des études Freud de travaux anatomiques et biologiques remarqués,fait médecine des déterminations strictes, professionnelle obéit à anticipant la découverte non sans comporter, comme toujours, du neurone* et de la une part de contingence. synapse*. Véritable cher- cheur, il se passionne pour lexamen de la structureSes héros denfance « Soif de savoir » de lorganisme, et se défieÀ ladolescence, Freud bénéficie dun contexte historique, culturel, de lexpérimentation etFreud traverse social et familial, contrasté : antisémitisme de lEmpire de la manipulation. Il en garde une méfiance pourune phase militariste. toute forme dinfluence, préférant dégager, derrièreIl lattribue au fait austro-hongrois en décomposition, milieu à la foisquenfant il sest conservateur des traditions judaïques mais ouvert le phénomène, laction propre de la structure. livré à de grandes à la modernité. « Né coiffé », soutenu par sa famille Ainsi, dans le traitement, il abandonne stimulation batailles avec et un père qui lencourage à le dépasser, il a le goût électrique, hypnose* et suggestion (voir pp. 20-21) un neveu du même pour repérer la structure des névroses* et les forces âge. Parmi des lettres et des langues (allemand, latin, grec, français, ses lectures anglais, italien, espagnol, hébreu), et, selon ses ensei- qui les provoquent. se trouve lHistoire gnants, un style bien à lui. Enfant et adolescent, Freud du Consulat a pris ses modèles chez les « grands hommes » (voir ci- Le choix de la pratique psychiatrique et de lEmpire (1845-1862) de contre) militaires puis politiques, avant de se tourner, Malgré ses succès, lappui de ses professeurs et Louis AdolpheThiers sans renier son réalisme, vers les intellectuels. Animé de son père, le sort des juifs autrichiens lempêche (1797-1877). « dune sorte de soif de savoir», dun désir de comprendre dobtenir un poste pour succéder à ses maîtres. Ses soldats Brucke le pousse alors vers la médecine libérale. de bois portent les énigmes de lunivers et de lexistence humaine, des étiquettes inspiré par les exemples de Johann Wolfgang von Goethe À contrecœur, Freud cherche dans la pratique hospi- De ses études, avec le nom (1749-1832) et Charles Darwin (1809-1882), il préfère talière la formation nécessaire à laccueil dune clientèle Freud conserve des maréchaux la science et la philosophie, malgré un vif intérêt privée. Sur les bases de ses connaissances en neurologie, de Napoléon. il se dirige vers la psychiatrie et deux maîtres dont le modèle Son favori est pour la spéculation pure. Il garde ce souci de méthode il apprécie le sens clinique : des sciences : Masséna dont et une liberté de pensée peu ordinaire, contrebalançant Ni médecine Theodor Meynert (1833- pratique, rigueur, on dit quil était juif. les jeux de limagination par une discipline scientifique. ni sciences humainesIl compte dautres 1892) et Hermann Nothnagel inventivité, Sans doute, héros tels Hannibal (1841-1905). Il passe des ouverture, rejet des ou encore Examiner la structure de lorganisme la vocation médicale de Freud ne cessera pas. soins apportés « aux malades systématisations Cromwell... À 17 ans, il doit choisir : industrie, commerce, droit Sil considère des nerfs » au traitement outrancières ou médecine ? Excluant les trois premiers trop restrictifs que cette formation à son goût, il hésite devant médecine. Il ladopte des « névroses » par un des religions, ne prépare pas à lexercice pour un usage surprenant, au point quil a du mal de la psychanalyse, glissement qui tient plus des philosophies à terminer son cursus : rebuté par la pratique médicale, il ne préconise pas du jeu de mots que de la et des sciences pour autant le recours logique des sciences. Avant humaines. il occupe ses études à la méthode scientifique, profitant aux sciences humaines, des rencontres quelles lui permettent. Brucke, la rencontre décisive avec Il sen souvient en dont il critique lesprit Du Bois-Reymond, Helmholtz et Ludwig (voir encadré) de système emprunté le médecin français Jean sorientant, forcé, sont pour lui des maîtres, des modèles de rigueur à la philosophie. Martin Charcot (1825-1893, vers la psychiatrie. et des soutiens admirés et craints. Sous ce patronage, voir pp. 8-9).
  6. 6. mités de la neurologie mais, pour la première fois,Goût et phobie Freudilaest phobie desvoyageur. la voyages « Rome était étudie les enfants. Par la suite, il y retourne fréquem- ravissante, tout mais un grand particulièrement ment, dabord pour retrouver son ami Fliess (voir des voyages, la psychanalyse, sa formation, Pour ses études, ses loisirs pp. 34-35), puis pour des visites familiales et, à la fin pendant les deux premières semaines, et son plaisir... de sa vie, pour soigner son cancer de la mâchoire. avant que ne Il y contacte le physicien allemand Albert Einstein se lève le siroccoOn ne parle pas qui augmentade ces choses-là (1879-1955) en 1928, rencontre en 1930 William mes douleurs. Annaen public... Voyageur malgré lui C. Bullitt - ambassadeur américain - avec qui il écrira a été merveilleuse.Charcot sexclameen privé à propos Nombreux sont les pays quil visite, en Europe et dans un livre, en 1938, sur le président américain Wilson. Elle comprit tout, prit plaisir à tout,des symptômes* le Nouveau Monde. Quelques capitales le passionnent Berlin est pour Freud lantithèse de Vienne [voir et jétais fier delle. »dune hystérique : et stimulent son travail. Ses descriptions et récits pp. 10-11), le centre dun pays en plein progrès Freud, lettre du« Mais, dans montrent sa capacité à saisir le « génie » des lieux, côté économique, jouissant dun relatif libéralisme. 26 septembre 1 9 2 3des cas pareils,cest toujours ange et côté démon ! Les choses changent avec larrivée des nazis... à Max Eitingon, lun de ses élèvesla chose génitale*, et amis les plustoujours... toujours... toujours. » Freud Paris et la rencontre avec Charcot Rome : une passion intimes.se souvient être Son premier séjour à Paris, de 1885 à 1886, a lieu En contrepoint se situe Rome, objet dune passion resté stupéfait : pendant sa formation médicale. Son avis est mitigé. sans pareille. Et lItalie en général... Lieu privilégié « Puisquil le sait, du loisir et du repos, où se mêlent plaisir et intérêt, Véritable bonheur, son départ permet de réaliser pourquoi ne le dit-il jamais un rêve ancien. Sur place, il est seul, désargenté et au cours de nombreux voyages (avec sa belle-sœur publiquement ? » désorienté. Il visite monuments historiques et musées Minna Bernays, avec sa fille Anna). Il sy console Ci-dessous: (Louvre, Cluny), enthousiasmé par Notre-Dame de ses déboires (difficultés de nomination à lUniversité), le docteur Charcot de Paris (et Victor Hugo, 1802-1885). Plus réticent récupère des forces, renoue avec des désirs infantiles donnant une leçon dans ses contacts, il a une mauvaise opinion de conquête, de revanche, nourris des héros clinique sur Dans ses des Français, « boulangistes* et revanchards » contre de lAntiquité (voir pp. 4-5). À Rome, source inépui- lhystérie* à la sable de joie de vivre, dexaltation même, il visite, rencontres avec Saipêtrière en 1887. les Allemands. Il se méfie de ravi et enivré, la villa Borghèse, Saint-Pierre, les intellectuels (Tableau dAndré ce « peuple des convulsions les Catacombes, le château Saint-Ange, la chapelle et les cultures Brouiller, muséée historiques ». Jean Martin de lAssistance Charcot (1825-1893), médecin Sixtine, les musées du Vatican. Ses lettres rendent, dont son monde publique, Paris.) français dont il suit les cours en un tableau vivant, latmosphère dune place a hérité, Freud à la Salpêtrière et qui linvite animée par la musique et le cinéma, lambiance trouve la force à ses réceptions, le marque. sans façon de la foule romaine, avec les jeux de passer outre Il est sous le charme mais des enfants, la beauté des femmes, le vin délicieux. sa phobie sen veut de son besoin Il y est chez lui ! Le culte de la divine cité emporte des voyages ; de patronage. Il revient à Paris Freud dans des jouissances qui nont rien déthéré, il recueille en 1889, en 1910 et en 1938, y compris dans celles du savoir et de la recherche. les enseignements en partance vers Londres. Dans ce creuset de forces contradictoires (Antiquité, grâce auxquels judaïsme, christianisme), il concocte cet étrange essai il réunit Berlin : que sera LHomme Moïse et la Religion monothéiste, les conditions lantithèse de Vienne un brûlot contre la religion, quil nécrira quà la fin dinvention En 1886, en séjour détudes à de sa vie, et ne publiera quune fois exilé à Londres de la psychanalyse. Berlin, il est déçu par les som- en 1939 (voir pp. 10-11).
  7. 7. " Cette époque insensée ••De Vienne à Londres, Vienne natalepas la ville nest Le 1 0 mai 1 9 3 3 , les nazis mettent en scène des « feux le fil dune vie de Freud, ville » mais « sa de joie » sur les places publiques - de son enfance, de son adolescence, des grandes villes et des centres de sa vie de famille, de travail et de recherche. universitaires, Il finit son existence à Londres, en exil. lisant lautodafé dun siècle de culture allemande. Vienne : la ville de toutes les aversions... L exil à Londres Les écrits Freud nourrit une aversion déclarée pour Vienne ; Après avoir :rechigné avec ténacité à « quitter le navire », « de gauche » il y a pourtant passé sa vie. Il ne peut reprendre force Freud se résout à émigrer à Londres en 1938, en raison et toute la littérature quà fouler un autre sol que celui de la terre mère. démocratique du climat de terreur engendré par les persécutions ou juive sont brûlés, Son antisémitisme, son antilibéralisme, son influence nazies. Le départ de Vienne est dur à obtenir : il faut de Heine à Kafka déprimante et son étroitesse desprit le répugnent. faire jouer toutes les influences et toutes les aides en passant par Marx. Sil y bénéficie, un temps très bref, dune relative (anglaises, américaines ; psychanalystes, ambassadeurs, Cet acte barbare, inaugurant reconnaissance et dhonneurs limités (nomination ministres) pour arracher lautorisation aux nazis. une époque que« Jai voué à Vienne comme Privat Dozent- « chargé de cours » - en 1885, Une véritable chaîne de solidarités et de dévouements Freud dépeintune haine personnelle puis « citoyen dhonneur de Vienne » en 1924), est nécessaire pour faire passer Freud, les siens comme « insensée »,et, à linverse il ressent cruellement lostracisme général dont il est et une maigre part de ses biens (livres et collections) vise en particulier du géant Antée, ses œuvres. victime. Beaucoup de proches souhaitent fêter avec « à létranger ». Il a fallu tous ces efforts et il sen estje prends des forces Après lannexion de nouvelles dès que je solennité son quatre-vingtième anniversaire ; il refuse fallu de peu que le pire arrive à Freud, comme à ses lAutriche en 1 9 3 8 ,pousse le pied hors ce « happy end », irréconcilié et irréconciliable envers sœurs par exemple, mortes cinq ans plus tard en camp il faudra toute du sol de la ville les impostures et les faux amis, mais chaleureux de concentration (voir pp. 56-57). En Angleterre, Freud la pression où je demeure. » du psychanalyste et reconnaissant vis-à-vis des témoignages sincères, connaît un accueil particulièrement chaleureux, Ernest Jones Lettre à Fliess, (voirpp. 34-35), tel celui du physicien allemand Albert Einstein de la part des officiels comme de simples inconnus qui (1879-1958) et 1 1 mars 1 9 0 0 . (1879-1955). lui écrivent pour signifier leur contentement. de la princesse Marie Bonaparte pour que Freud ... mais jamais abandonnée Une vie jusquau bout, sans céder consente à lexil. Freud forme plusieurs projets démigration (Amérique, Bien que très malade et triste de son départ, Freud nest Angleterre, Hollande), sans jamais les réaliser. Malgré pas accablé et poursuit son travail, soutenu par les siensPage de droite: les relations difficiles avec sa ville, il ne renonce pas et la communauté des analystes. Il continue à recevoir Freud na jamaissur le cheminde lexil à Londres à y faire sa vie, contre les occasions de la quitter des patients, des lettres (entre autres dEinstein), oublié Vienne :en 1 9 3 8 , Sigmund et bien quil la fuie chaque fois quil peut. Au moment des visites (de Stefan Zweig, Salvador Dali, Malinowski, cest là quest néeFreud est accueilli des pires dangers {voir ci-contre à droite), il narrive Arthur Koestler...). Il écrit toujours des textes importants la psychanalyse,à Paris et quil a menépar la psychanalyste pas à se décider à abandonner son poste. Pourquoi (Analyse avec fin et analyse sans fin, 1937 ; LAbrégéfrançaise cette obstination à rester à Vienne, cette difficulté de psychanalyse, 1938 ; LHomme Moïse et la Religion sa vie. Ayant fuiMarie Bonaparte à loublier ? « ... Je nai pas cessé daimer la prison monothéiste, 1939). Les atteintes et les douleurs du cancer le nazisme,(1882-1962), dont jai été libéré. » Parce que cest à Vienne quest née se précisent : Freud les supporte avec stoïcisme il séteint à Londreset William C. Bullitt, la psychanalyse et quelle a commencé à se développer et réalisme. Jusquà demander, le moment venu, en 1939.ambassadeurdes États-Unis. contre toutes les résistances ? les palliatifs qui arrêteront sa souffrance et sa vie.
  8. 8. Neuropsychologie -Deux les aphasies sur recherches dans le fonctionnement normal de lappareil du langage les raisons et cocaïne et la cocaïne -, Freud entreprises par du fonctionnement normal et aphasique du langage. sous le patronage de ses maîtres - Brùcke, Freud opère un renversement Du Bois-Reymond, Helmholtz et Ludwig -, décisif : le fonctionnement tiennent une place particulière sur le chemin du cerveau - le psychique - de la psychanalyse. est structuré comme un langage. Il énonce sa thèse sur les aphasies en 1891. Sa démarche constante« Jen suis venu Broca et Wernicke, les précurseurs consiste à doter les phénomènesà croire que Freud consacre une part importante de ses premiers psychiques non pas dun sub-la masturbation travaux aux aphasies* : en 1861, le chirurgien strat anatomique mais à les lierétait la seulegrande habitude, et anthropologue français Pierre Paul Broca à une structure du langage.le besoin primitif, (1824-1880) regroupe, sous le terme daphasie Elle sera vérifiée en 1956 par leet que les autres motrice, des pertes du langage articulé (en labsence linguiste Jakobson (voir encadré).appétits, tels quele besoin dalcool, de lésions des nerfs et des organes dexécutionde morphine, concourant à larticulation) ; elles dépendent de laire Les travaux sur la cocaïnede tabac, du cortex (dans le cerveau) qui porte son nom. Préoccupé par son avenir matériel, Freud tombenen sont que Sémantiquement correct, le langage prend une alluredes substitutifs. » en 1884 sur un article américain qui vante les vertusLettre à Fliess télégraphique. dun médicament : la cocaïne. Celle-ci agirait(voir pp. 3435) du En 1874, le psychiatre allemand Cari Wernicke sur les « troubles fonctionnels », cest-à-dire sans lésion22 décembre 1897. (1848-1905) ajoute les aphasies sensorielles au langage organique décelable, et vaincrait de façon notable phonétiquement et grammaticalement correct, la neurasthénie* - dont Freud déclare souffrir -, mais sémantiquement incohérent ; elles sont dues lhypocondrie*, les difficultés digestives et cardiaques... à une atteinte de la réceptivité du langage, liée Freud a le sentiment davoir rencontré à la fois ce qui à une autre aire corticale à laquelle il donne son nom. convient à sa propre pathologie et au succès de la psy- Le déterminisme Broca comme Wernicke soutiennent lidéal médical chiatrie vers laquelle il se réoriente. Mais il aurait biologique en psychiatrie : les troubles psychiatriques sont rendu visite à sa fiancée plutôt que de mettre au point de la névroseLa localisation les symptômes* dune atteinte organique. Lexamen les propriétés analgésiques de la cocaïne, et son collègue est battu en brèchecérébrale des aphasies le démontrerait. par les travauxBroca et Wernicke Karl Koller invente lanesthésie locale en 1884. Outre un traitement calmant sa propre douleur, sur les aphasies.ont contribuéà lélaboration Des aphasies sans lésion Freud retient la leçon : la cocaïne « accélérait La cocaïne suggèrede la théorie dite Mais Freud saperçoit quil est impossible de mettre la révolution des idées » ; une action sur lorganisme à Freud de penserde la localisation la sexualité commecérébrale, en évidence un accident organique dans bon nombre nest pas sans incidence sur le psychisme.selon laquelle daphasies. Il en déduit que toutes les aphasies Freud décrira, métaphoriquement - sur le modèle une substancechaque fonction ne sexpliquent pas par une lésion localisée dans de leffet de la drogue -, la libido* (toxine), toxique,mentale serait lappareil cérébral du langage (voir ci-contre), lénergie sexuelle et la névrose* (intoxication par ce qui préparelocalisée dansune zone spécifique mais surtout quil ne peut exister deux types danatomie une « substance chimique sexuelle »). En outre, à linventiondu système nerveux du cerveau : une pour les aphasies avec lésion, la cocaïne lui pose la question de la façon dont le désir* de la pulsion*.central. une pour les aphasies sans lésion. Il faut donc chercher se lie à lorganisme.
  9. 9. représentatifs. La représentation est lacte le plus Freud conceptions dules grandes Méfiant envers monde, élémentaire de la conscience. Lacte psychique (voir une couleur) porte toujours en lui « lintention »et la philosophie philosophiques solides, malgré des connaissances vers lobjet auquel il se réfère. Une couleur nest pas Freud proteste contre lidentification psychique, cest le fait de voir qui lest : un acte de la psychanalyse à une philosophie. mental visant un objet coloré. Herbart et la théorie de la représentationFreud reprend Critique du système philosophique Freud est marqué par le philosophe allemand Johannla boutade du poète Sa critique de la philosophie surprend car la langue Friedrich Herbart (1776-1841). Influencé par Kant,allemand Heinrich Herbart a lambition de fonder la psychologie commeHeine (1797-1856) : allemande est celle des grands philosophes encore« Avec ses bonnets influents : Schelling (1775-1854), Kant (1724-1804), science. Associationniste, il pense que les représenta-de nuit et Hegel (1770-1831), Marx (1818-1883)... tions, une fois nées, ne disparaissent pas. Le champles lambeaux de Dans « Dune conception de lunivers » (1932), Freud de la conscience est étroit, et les représentationssa robe de chambre, dénonce lesprit de système. La philosophie ségarerait se le disputent. Elles agissent sur lhumeuril [le philosophe]bouche les trous en surestimant la valeur du pur raisonnement pour consciente*, même « refoulées ». Les repré- Les références de Freudde lédifice la connaissance. La prétention doffrir un tableau sentations sont des forces dintensité On distingue entre autres universel. » cohérent et sans lacune de lunivers est « constamment variable. Les idées ne sont jamais isolées les philosophes battue en brèche par le progrès mais forment des « chaînes de représenta- - Theodor Gomperz Les philosophes, (1832-1912), Wilhelm de la connaissance ». de grands enfants ? tions ». Les processus psychiques obéissent ainsi à des lois scientifiques. Jérusalem (1854-1923) -, Freud compare la pensée philo- La psychanalyse les linguistes sophique à lanimisme*. Mais la attribue lévitement - Karl Abel (1837-1906) du réel* par lesprit philosophie nest pas dangereuse de spéculation Lassociationnisme* anglais et Franz Miklosich contrairement à la religion : Freud préfère les savants {voir ci-contre) (1813-1891) -, de certains et un neurologue véritable interdiction de penser, philosophes à qui se réfèrent aux psychologiciens britan- - Salomon Stricker celle-ci se substitue à la névrose* « la toute-puissance niques traitant la logique dans le champ (1834-1898). de la pensée du sujet* et à ses solutions de la psychologie : John Stuart Mill (1806- infantile » ! existentielles {voir pp. 52-53). 1873), Alexander Bain (1818-1903), Herbert Spencer« Pour moi, je nourris (1820-1903) et David Hume (1711-1776). Pour eux,dans le tréfonds Brentano : non seulement lassociation didées* ou de représen- Freud inventede moi-même tations est à la base du fonctionnement mental, mais la psychanalyselespoir datteindre « la science des phénomènes psychiques » Freud hérite de certaines valeurs philosophiques telles les éléments issus de la perception se combinent selon à partir de la cure.par la même voie[la médecine] que la conception de la représentation* du philosophe un automatisme qui définit des lois primaires. Mais,mon premier but : Franz Brentano (1838-1917), dont il a suivi les cours Freud déclare avoir très peu lu de philosophie malgré pour la théoriser,la philosophie. il emprunte sur la logique aristotélicienne. Précurseur du philosophe son attrait pour elle. La psychanalyse objecte à touteCest à quoi jaspiraisoriginellement avant allemand Edmund Husserl (1859-1938), contestant conception de lunivers qui simposerait aux largementdavoir bien compris les prétentions quantitatives de la psychophysique, hommes : chacun doit élaborer une réponse qui ait à la linguistique,pourquoi jétais Brentano propose une psychologie, « science des chance de valoir au-delà de lui. Freud soppose égale- à la logique etau monde. »Lettre à Fliess phénomènes psychiques » : on atteint les faits de ment au solipsisme*, interrogeant les conditions à certains apportsdu 1 e r janvier 1896, conscience par intuition directe (perception interne) du lien social. Pour lui, toute psychologie est une de la philosophie.(voir pp. 34-35). des phénomènes psychiques. Ceux-ci sont toujours psychologie sociale.
  10. 10. Freud Freud range la psychanalyse parmi les sciences modernes 1) la science la plus exacte ne peut répondre à lexigence de concepts clairs et définis ;et les sciences de la naturelintroduction dune nées avec parce quelles sont 2) les idées « comportent un certain degré dindétermi- nation » ; de la nature de nouvelles savoir, promesse limite dans le découvertes. 3) le processus théorique vise à transformer ces idées abstraites en concepts ; 4) ces idées ont le caractère de conventions, de constructions provisoires (fictions) qui emportent, Une science empirique malgré tout, une dimension de vérité* ; En 1923, dans Psychanalyse et théorie de la libido*, 5) les concepts ne correspondent pas à un savoir figé, Freud énonce que la psychanalyse est une « science ils peuvent être modifiés comme ceux de la théorie empirique » et loppose à la philosophie. Il se de la relativité élaborée par Albert Einstein (1879-1955). démarque de « lidéal dintelligibilité absolue et de déduction absolue ». Pour étayer cette position, «La psychanalyse Freud se réfère à la physique et la chimie, en faisant est une partie valoir que ces régions du savoir admettent un point de la science » de « non-savoir », que la science est toujours Dans sa conférence inti- « inachevée ». tulée « Dune conception Cest en opposition à lexigence dun savoir qui de lunivers », Freud arti- voudrait tout englober et tout synthétiser que Freud cule sa position, offrant prend position en faveur de la science. Et cest contre même loccasion de saisir lambition dun « tout-savoir » quil range la psycha- sur le vif une évolution nalyse du côté de la science. du raisonnement. Question de départ : Des concepts fondamentaux la psychanalyse est-elle Sa référence constante à la démarche scientifique une représentation* du passe par lanalyse quil fait du statut euristique* monde, et laquelle ? de ces fondements. Que ce soit dans Psychanalyse La « représentation du et théorie de la libido, ou dans son autobiographie, monde » (Weltanschauung) Freud déclare que ses concepts ne pourraient avoir y est définie comme un système symbolique, Les sciences des « contours nets » que si la psychanalyse était entièrement déterminé, « commandé » par un de lesprit une science de lesprit. Dans les sciences de la nature, « tout-savoir ». Dans un premier temps, Freud dit se ramènent on admet des concepts flous, parce quil est que la psychanalyse doit adopter la « représentation à un système impossible quil en soit autrement. Les sciences du monde » de la science car, en tant que spéculatif. de lesprit parviennent à des concepts clairs et certains Spezialwissenchaft (« science spécialisée »), elle est Cest pourquoi car elles « veulent englober un domaine factuel inapte à en former une qui lui soit propre. Freud cherche dans le cadre dun système intellectuel constitué ». Dans un second temps, Freud dénie que la science à ranger Cest certainement dans Pulsions* et destin des pul- ait une « représentation du monde » : il ne cesse la psychanalyse sions (1915) que Freud fait valoir le plus nettement de démontrer lopposition entre système spéculatif parmi les sciences que lindétermination des concepts ninfirme pas et sciences de la nature, celles-ci relevant de la science de la nature. pour autant leur validité : au sens moderne du terme.
  11. 11. À lécoute de lart Freud manifeste un rapport singulier avec un « plaisir préliminaire » - de rencontrer un écho de son propre inconscient* jusquà en tirer satisfaction. Compensation et suppléance Appartenant au et de la envers lart : il témoigne Le sens esthétique est subordonné à la curiosité : Freud doit comprendre une œuvre pour la goûter. registre imaginaire, la compensation littérature de renseignement toujours Il est modeste vis-à-vis des deux éléments qui composent le don artistique — inspiration dérivée dun fantasme* vise à masquer le défaut et goût de lesthétique - et dont il ne sait doser (exemple : un cadeau quil en tire. pour réparer le mélange. une frustration). Lhomme cultivé La suppléance est du Ni connaisseur ni amateur, Le cœur du fantasme fait le style registre symbolique ; elle propose un ni spécialiste ni dilettante, Freud use de ce rapport à la littérature pour préciser élément susceptible ni esthète ni moraliste, ses conceptions. Les détracteurs de la psychanalyse de remplir la fonction Freud se réfère de façon le traitent dartiste plus que de scientifique. de lélément ajustée à lart et à la litté- Ses histoires cliniques se lisent comme des nouvelles. manquant (exemple : une rature. Sans être « psycha- II a des affinités électives avec les romanciers, pense image consciente*Attribution du prix nalyste de lart », il prend une leçon dont lintérêt que le créateur précède le savant et définit le processus représenteGoethe concerne le sens, la fonction et lutilité pour la de création par rapport au processus analytique : un élément refouléSes professeurs et agissant). psychanalyse. Il envie les artistes, et apprécie, la production artistique opère une élaborationsaluaient déjà le stylede Freud, avant quil par ordre de préférence, poésie, littérature, sculpture, du fantasme, et transforme en œuvre dart le désir*ne reçoive, en 1930, architecture, peinture et musique. infantile qui en constitue le noyau. Lartiste y consentle prix Goethe avec son savoir-faire : le plaisir préliminaire derécompensantun maître de Ladmiration pour le créateur sa technique conduit au plaisir final de lœuvre.la langue allemande. ll tire de son expérience de lart une définition Lart a une fonction sociale entre compensation du créateur. Il y a continuité et séparation entre et suppléance (voir ci-dessus) : il offre des œuvres qui Curieux, Freud le névrosé et lartiste : le créateur se détourne procurent des satisfactions à la place des renoncements est « intéressé de la réalité pour y retourner, plus apte à la sublimation* exigés par la civilisation. Son activité se substitue particulièrement quau refoulement*. Il retrouve le chemin de la réalité à la satisfaction impossible (il ny a pas dœuvre aux personnes dans un renouvellement de la vie imaginaire, qui arrêterait le « travail silencieux » de la pulsion*). et aux choses commune à tous, mais que chacun Outre sa part dillusion, lart permet, in fine, de qui ne sont pas garde secrète. Il fait de lactivité « reprendre solidement pied dans la réalité ». ce quelles fantasmatique un visage plaisant, semblent être », source de jouissances* autrement Freud et les livres selon lexpression inaccessibles, et procure aux autres Lecteur traditionnel, Freud cherche plaisir et instruction, du psychanalyste consolation et soulagement. Il fraie préférant la construction du récit à larrangement britannique une voie vers ce qui demeurerait esthétique, curieux de la relation de lauteur à Ernest Jones refoulé. Il obtient ainsi certains son œuvre. Intéressé par les thèmes, les personnages, (1879-1958). pouvoirs et avantages (on lécoute, lauteur, etc., il ne vise pas à analyser lart ou lartiste : Un terrain on le voit). Freud ne prête pas de il recherche, dans lactivité artistique ou lœuvre, que se disputent cynisme à lartiste. Il rend hommage tout ce qui anticipe lanalyse* et, dans lartiste, littérature à son « don » qui permet à chacun tout ce qui en fait un précurseur susceptible de montrer et psvchanalvse ! devant une œuvre - « appâté » la voie à lanalyste {voir encadré).
  12. 12. de son comportement. Selon ce modèle dhystérie* La catharsis, purifierHypnose, suggestion du mise en place La procédé expérimentale, des mots créent des maux par le psychisme Le psychiatre une action inconsciente*. Doù la thérapeutique : et catharsis au désir de savoir freudien est liée se remémorer lordre inconscient qui agit en autrichien Josef Breuer (1842-1925) sourdine, première version de lexistence dun savoir estime que qui pousse Freud à se laisser enseigner les symptômes inconscient déterminant la vie du sujet. Les symp- par ses patients. Ce désir lamène à explorer tômes hystériques, sensibles à la parole - qui les cause hystériques sont les thérapies : hypnose, suggestion liés au fait que ou qui les résout -, sont traitables par un moyen le sujet na pas réagi hypnotique, méthode cathartique. psychologique. émotionnellement à tel événement traumatique. Electrothérapie et Freud enregistre la protestation du sujet II cherche donc Freud traite Les limites de lhypnotisme ne tardent pas à se faire à obtenir son premier patient suggestion sous transfert une « abréaction » par lélectricité En neurologie, Freud étudie jour : des patients ne sont pas hypnotisables alors que (réaction après coup) en 1883 et poursuit les traitements électriques par dautres, hypnotisés, sopposent aux ordres du médecin par les moyens ses recherches sans galvanisation* ou faradisation* ou, réveillés, à la remémoration. Des praticiens de la suggestion doute jusquen 1885. (tel Theodor Meynert, 1833-1892) voient dans ce procédé hypnotique. Mais il doit conclure : et leurs incidences (voir enca- Cette abréaction dré) : influence de la fièvre sur une aliénation privant le patient de volonté et de raison. « Si le jugement est susceptible de Mœbius, daprès la conduction électrique dans Enfin, lamélioration par le traitement hypnotique de procurer un effet lequel les succès le système neuromusculaire ; est provisoire, les symptômes réapparaissant une fois de purification du traitement rompue la relation avec le médecin. Freud prend acte - catharsis - de ce électrique seraient réaction du nerf optique à qui encombrerait« // sagissait des limites de cette méthode et labandonnedapprendre dus à la suggestion, lélectricité. Il y associe bains le psychisme. ne sest pas alors et massages, et constate que définitivement en 1896 : la résistance à lhypnosedu malade quelquechose quon ne savait présenté à mon esprit, la personnalité du médecin et à la suggestion hypnotique, le caractère rebellepas et que lui-même ce fut pour une cause du symptôme constituent une protestation du sujet.ignorait. [...] simple :je nai pas eu produit autant deffets sur À entendre...Je naimais pas un seul succès le patient que le traitement. Des thérapies,lhypnose ; cest à enregistrer. » Il attribue cette efficacité (faible) La résistance à la catharsis Freud retientun procédé incertain Contribution à lhistoireà la présence et aux paroles duet mystique. » du mouvement Freud adopte une « technique de concentration » le savoirCinq leçons sur la psychanalytique, 1914. clinicien : il parle de « suggestion inconscient, sous transfert* ». alliée à un « petit artifice technique » inspirépsychanalyse, 1924. laction des mots, de la méthode cathartique de Breuer (voir ci-dessus). Il informe le patient - dune pression sur son front - une théorie Une hystérie expérimentale de lhystérie et que va surgir à la conscience une pensée quil devra Sa clientèle privée le contraint à sintéresser à la question de son traitement, communiquer sans retenue et sans critique.« Mais je me rappelle psychothérapeutique. Il se tourne vers lhypnotisme*. convaincu que, Aucun mot préalable nest donné au patient, libreque déjà à cette Cette méthode, quil a vu pratiquer par Hansen,époque [en 1889, de ses représentations* (voir pp. 14-15). Freud répète dans la résistance Charcot, Liébault, Bernheim, Mœbius et Heidenain,chez Bernheim] cette pression plusieurs fois si nécessaire, jusquà à se remémorer etjéprouvais une sorte lui permet dexplorer la genèse des symptômes* ce que soient retrouvées les scènes pathogènes dans linsistance de sourde révolte hystériques, inaccessible à létat de veille, et dobserver oubliées par le patient mis en position de détenteur du symptôme, contre cette tyrannie quil est possible de les provoquer sous hypnose*. de la suggestion. » dun savoir à révéler. Freud découvre alors quil existe réside le plus Un sujet* suggestionné de façon à souffrir de chaleur Psychologie des résistances* entravant la chaîne associative particulier du sujet. des foules et analyse en plein hiver, continuera, éveillé, à obéir à la suggestion (voir association libre*) et ce malgré son insistance. du moi*, 1921. jusquà sortir et fournir une explication rationnelle
  13. 13. Freud différencie paralysie il est possible de postuler une lésion psychiqueLes paralysies organique et paralysie hystérique. distincte de latteinte organique ; cette « lésion » isole hystériques Sescritique du biologisme. sa travaux confirment une représentation (du bras ou de la jambe...) des autres représentations qui composent le « moi-corps ». La causalité psychique de lhystérie Deux types de paralysies Pourquoi cette représentation est-elle refoulée ? La comparaison entre ces deux types montre Parce quelle est chargée dune valeur affective que les paralysies organiques sont causées par incompatible avec les autres représentations. des lésions nerveuses. Leurs propriétés dépendent Cette valeur affective se traduit en excès de sensibilité : de la localisation des lésions (voir pp. 12-13) elle peut naffecter que tel segment du corps qui, et des connexions nerveuses. dans le cas dune paralysie organique, exigerait Les paralysies hystériques se distinguent par une loca- lintervention dun microchirurgien ! lisation précise mais insoumise aux lois de lanatomie. Pour lheure, Freud nexplique ni la nature de cette Freud soutient quil ne valeur affective ni la raison de lincompatibilité. peut exister autant de « Je voulais soutenir Avant lui, la psychiatrie ne connaît que la causalité systèmes neurologiques la thèse que, dans le cas de lhystérie, organique. Il propose une théorie du psychisme, que de types de paralysies. les paralysies la psychogenèse manquant à la psychiatrie. Celle-ci Les patients - « orga- et les anesthésies tentera alors de récupérer les concepts de la psychanalyse niques » ou « hystériques » de parties du corps tout en rejetant sa pratique. Cette théorie explique isolées sont délimitées que les hystériques abandonnent leurs atteintes - possèdent la même ana- dune manière tomie : il faut imaginer qui correspond organiques sous hypnose* et par suggestion (voir une étiologie* de lhystérie* à la représentation pp. 20-21) mais récupèrent leurs symptômes*, passé compatible avec un orga- commune les effets de la suggestion. nisme sain. Doù la néces- (non anatomique) Freud déduit de lhomme. » de son travail sité dinventer une autre Freud, Ma vie Une double détermination de lhystérie détermination que le seul et la psychanalyse, 1924. Dun côté, Freud relève lincidence de la représentation sur les paralysies organisme. de lorgane associé à un souvenir biographique. lexistence De lautre côté, il faut compter avec la valeur affective, dune « cause » Linvention du corps comme « moi » ce « quelque chose » qui ne se réduit pas à la représen- psychologique Freud note que la paralysie hystérique est conforme tation mais sy rajoute, en rupture avec la détermination et une nouvelle à lidée que le sujet* se fait de lorgane atteint : langagière. thérapeutique. cest la représentation* de lorgane qui est malade ! Freud dispose dun nouveau principe thérapeutique : Pour la première Il en déduit que lorganisme est recouvert dun réseau restaurer le tissu déchiré des représentations fois dans la clinique de représentations séparant le sujet de son organisme, en retrouvant ou en reconstruisant celle qui manque médicale, mais lui permettant de limaginer et den parler. par la parole. Avec des difficultés inédites : le caractère il est fait appel Grâce à ces représentations, le sujet retrouve « inconciliable » de la représentation qui a entraîné à « la décision du la fonction de ses organes et les utilise. Ce tissu le refoulement* est-il définitivement curable ? sujet » dassumer de représentations, Freud lappelle « corps » Si le sujet a refoulé une première fois une représenta- ou non ce quil a ou « moi* », différencié de lorganisme. La rupture tion, et sa charge affective, pourquoi laccepterait-il dabord refoulé. de la psychanalyse avec le biologisme* est consommée : plus tard ?
  14. 14. que Breuer a interrompu le traitement dAnna O... La rencontre Le Moyen Âge traite lhystérique de possédée, devant le désir* éveillé en lui par les avances e (sous transfert*) de la jeune fille.avec lhystérique et le xix siècle de simulatrice. Genèse sexuelle des symptômes Freud, le premier, renverse lordre du savoir Freud entreprend déclaircir la genèse des symptômes pour une étude scientifique de lhystérie. hystériques hors laboratoire. Il vérifie que face à une représentation* insupportable sélève une défense, un refoulement*, qui la met à lécart de la conscience, Lhystérie est une névrose... que cette pensée a souvent un contenu sexuel, Lhystérie* (du grec usteron, « utérus ») affecterait et que le symptôme vient à sa place. Les paralysies les femmes. Les Égyptiens anciens considéraient lutérus hystériques lexpliquent déjà : celui qui refoule comme un animal migrateur responsable des sautes la représentation de la jambe perd lusage de la jambe ; dhumeur. Freud donne à ce mythe toute sa portée : la paralysie hystérique est le symptôme du conflit avec la névrose* est liée au sexuel ; la sexualité féminine la charge affective de la représentation « jambe ». est une énigme ; la jouissance* féminine est étrangère Anna O se protège ainsi du désir sexuel quelle éprouvait même pour une femme : sa spécificité se dérobe quand son père posait sa jambe sur sa cuisse pour aux mots des analysantes* ; le choix du sexe nest pas des soins. déterminé par lanatomie. Le symptôme hystérique est une formation substitutive entre un désir attaché à la valeur affective et une défense ... qui affecte les hommes contre ce désir. Il est un symbole, un fait psychique comme les femmes de lordre du langage, même sil a prise sur lorganisme Les études sur les aphasies* et les paralysies via le corps. Cest pourquoi il disparaît quand Anna O... hystériques montrent comment Freud abandonne le met en mots. Si linterprétation psychanalytique, lanatomie pour la psychopathologie. Trois idées faite de mots, agit sur le symptôme, cest quils ont dominent sa rencontre avec Charcot (voir pp. 8-9) : sinon même nature, du moins même structure. de nombreux symptômes* résultent de lhystérie ; ils touchent les hommes Avec lhystérique, et les femmes ; certains sont provoqués Linconscient, ce « savoir insu » Deux mécanismes psychiques « convertissent » Freud vérifie sous hypnose* par des mots. Une théorie la nature du fonctionnement psychique en découle une idée refoulée en symptôme : la condensation* (un élément du symptôme représente plusieurs de la névrose (voir pp. 22-23). et la double Autre rencontre décisive, celle du éléments du conflit) et le déplacement* (un élément du symptôme représente un élément du conflit par détermination psychiatre autrichien Josef Breuer — inconsciente (1842-1925) qui impressionne Freud un trait commun). Plusieurs représentations sont susceptibles de surdéterminer* un seul symptôme. et sexuelle - avec lune de ses patientes, Anna O... La tâche thérapeutique vise à retrouver lensemble du symptôme. (voir encadré). Ses symptômes dispa- des refoulements et transformations. Freud demande Il met à lépreuve raissent quand elle détaille les souvenirs à lhystérique de se souvenir, et de lui enseigner une direction qui leur sont liés. Freud est intrigué ce savoir particulier : « Le sujet sait tout sans le savoir », du traitement par le fait que Breuer ne proteste paradoxe de ce « savoir insu » nommé par Freud par ce sexuel. pas davantage contre son intuition dune étiologie* sexuelle. Il découvre « inconscient* ».

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