S. AUDRAS/REA
enjeux      Campagnes : résister       au grignotage                                       O                              ...
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enjeux                                                        Redevenirperd chaque année des parcelles ». Son exploi-     ...
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Sandrine Boucher-4saisons-agriculture périurbaine

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Sandrine Boucher-4saisons-agriculture périurbaine

  1. 1. S. AUDRAS/REA
  2. 2. enjeux Campagnes : résister au grignotage O n peut se rendre dans ces fermes en métro et bus Le maintien de terres urbains. Parfois, un tracteur circule sur les voies rapides agricoles aux portes de banlieues. Les TER ne cessent de gronder au bout de la rangée de choux de trois jeunes maraîchers, en conversion des villes se trouve à bio, des Monts d’Or, dans la périphérie chic lyonnaise. Ils ont la croisée de multiples fait leur première récolte au printemps dernier, travaillent déjà avec quatre Amap, vendent à la ferme, fournissent un boulan- enjeux. Pourquoi et ger, font les marchés. Il leur a fallu deux ans pour trouver des comment conserver terres, qu’ils voulaient proches de la ville. Question de débou- aujourd’hui des chés, mais aussi de mode de vie pour ces jeunes ingénieurs : « Des amis lyonnais viennent nous aider bénévolement. Nousceintures maraîchères ? sommes aussi des urbains. Nous aimons parfois sortir au théâtre ou prendre un verre », observe Marion Frichet, membre du trio du Gaec La boule d’Or, chimiste dans une courte vie antérieure. Le syndicat intercommunal a fourni le bâtiment, un terrain, le forage, un logement. Un agriculteur voisin, une autre parcelle. « Sinon, nous n’aurions pas pu concrétiser notre projet. Nous avons eu beaucoup de chance. Jamais je n’aurais imaginé que nous aurions affaire à des élus pour nous installer ». Yvon Leprince, directeur du Syndicat mixte des Monts d’Or, qui a porté le projet, soupire : « C’est un parcours du combattant pour constituer un seul outil de production. La ville est un rouleau compresseur qui avance tout seul. Le rôle de la collec- tivité est d’être capable de le maîtriser, de dire non. » Un métier en mutation Chaque jour en France, Aujourd’hui, 35 % des exploitations agricoles sont en zone 35 hectares de terres agricolessont urbanisées. Ici une exploita- périurbaine, 9 % en zone urbaine (chiffres Agreste). L’agri- tion maraîchère au Guisay, domi- culture périurbaine se trouve aux croisements d’enjeux aussi nant la ville de Saint-Etienne. essentiels que la sauvegarde des paysages, la fourniture de lieux janvier - février 2012 | les 4 saisons n° 192 73
  3. 3. enjeux LUDOVIC/REA Une exploitation maraîchère à quelques kilomètres du quartier de la Défense, symbole de l’hyper-urbanisation. de détente et de promenade pour les enfants des Pour Hervé Garin, céréalier à Feyzin et membre villes, la sécurité alimentaire, l’entretien d’es- de la chambre d’agriculture du Rhône, la proxi- paces naturels, la lutte contre le réchauffement mité de la ville est même « pesante ». A l’horizon, climatique. Liste incomplète à laquelle il faut le périphérique et les tours des Minguettes. « Il ajouter les révolutions que traverse le monde y avait soixante exploitations avant, il n’y en a agricole. « Pas un métier n’a évolué aussi vite plus qu’une. Nous vivons parmi des centaines en quarante ans », remarque Christian Bardin, de milliers de gens mais personne qui saurait vice-président du Grand Parc, un espace naturel donner un coup de main. On ne peut pas s’en- de détente et de baignade aux portes de Lyon, traider, échanger du matériel. A la campagne, il qui compte 17 exploitants agricoles, dont deux y a toujours un voisin qui passe ». Hervé Garin en conversion bio. a pensé un temps tout lâcher, s’installer loin de la ville. Il ne l’a pas fait. Il aurait eu le sentiment Urbanisation galopante de « trahir ». L’un d’eux, Guillaume Plantier, a repris Chaque jour en France, 35 hectares de la ferme de son père et grand-père, près de terres agricoles sont urbanisées. Souvent les 200 hectares de céréales et de fourrage de part meilleures : accessibles, plates, depuis longtemps et d’autre d’une autoroute. Il a le sentiment que cultivées justement pour nourrir les villes… Pour « l’agriculteur n’est pas le bienvenu près des de bonnes ou mauvaises raisons, elles sont villes. Les gens balancent leurs tontes de gazon englouties par des lotissements, des projets de dans les champs, leurs vieilles machines à laver, se ZAC, des parkings, des prisons, des ronds-points, garent devant les chemins d’accès. Aujourd’hui, des crèches ou des logements sociaux. « A popu- nous n’avons pas les avantages de la proximité lation égale, la France consomme quatre fois avec la ville. Nous cherchons un équilibre qui plus d’espace que l’Allemagne », remarque nous permette de conserver nos surfaces sans Serge Bonnefoy, responsable du réseau Terres trop nous endetter. » Il vient de se lancer dans en villes, créée en 2000, qui mobilise aujourd’hui le lombricompostage du fumier d’un centre 23 métropoles françaises sur les questions d’agri- équestre voisin, envisage, avec sa compagne, de culture périurbaine. Jean-Luc Morel, maraîcher à diversifier ses cultures, faire de la vente directe, Chassieu, voit « la ville grignoter peu à peu. On fournir les constructeurs de maisons en paille. se retrouve à labourer au milieu des villas. On74 les 4 saisons n° 192 | janvier - février 2012
  4. 4. enjeux Redevenirperd chaque année des parcelles ». Son exploi- acteur du territoiretation est menacée par la construction de la des- Peut-on relocaliser l’agriculture au plusserte du futur Grand Stade de l’OL, qui passerait proche des villes ? Eléments de réponse avecsur ses tunnels. « Soit la moitié de mon outil Bernard Pecqueur, géographe, spécialiste dude travail. Le plein champ paye les factures, les développement local et professeur à l’universitétunnels sont mon gagne-pain ». Il n’imagine pas Joseph-Fourier (Grenoble).la “galère” s’il devait déplacer ses cultures plusloin. Déjà la distance entre ses deux terrains, 10 Comment analysez-vous l’évolution des rapportskm, et les difficultés de circulation, lui imposent entre le monde urbain et agricole ?d’avoir tracteurs et matériel en double. Nous assistons aujourd’hui à un retournement complet des relations entre les villes et les campagnes, Quelles solutions ? entre les producteurs et les consommateurs. Notre Parfois, ce sont les agriculteurs eux-mêmes agriculture, la plus moderne du monde, a été victimequi contribuent à l’extension des villes. Les de son succès. Des sociétés entières, agricoles etrevenus agricoles sont faibles, les retraites encore rurales ont disparu. On ne sait plus d’où vient ceplus. Les terres sont un bas de laine. « Si je le que nous mangeons, les agriculteurs ne savent pluspouvais, je vendrais demain une surface qui est ce que deviennent leurs productions. Or le rapportprès d’un centre commercial. Je pourrais avoir à la nourriture est un marqueur de notre société.trois ans de trésorerie devant moi, moins de pres- Le droit à l’alimentation ne peut pas être laissé auxsion et mieux faire mon travail », explique l’un marchés internationaux. La relocalisation ne se posed’eux. La disponibilité des terres, cruciale pour pas seulement en termes de transport, dont le coût val’agriculture, l’est encore plus face à la pression inévitablement augmenter. L’enjeu est plus profond :du béton et de l’asphalte. Paradoxe : alors que c’est celui de notre reconnexion avec la terre et deles paysans n’arrivent ni à acheter, ni à louer l’auto-suffisance alimentaire.des terres, des vergers sont abandonnés, les préss’enfrichent aux portes des villes. « Les proprié- Un exemple ?taires ne veulent pas se ligoter avec un bail rural : Ce qui se passe à Détroit est incroyable. Avec lale jour où leurs terrains deviennent construc- crise, cette ville, siège de General Motors, a perdutibles, c’est le loto sans avoir besoin d’y jouer », les deux tiers de sa population. Dans ce symbole durésume Hervé Garin. L’équation est simple : capitalisme triomphant, on fait aujourd’hui pousserun mètre carré de champ vaut 50 centimes, le des choux-fleurs et des carottes sur d’anciennesmême, constructible, entre 100 et 200 euros. Ce friches industrielles. Quelle image du futur ! 40 % dequi vaut le coup d’attendre… « La spéculation l’alimentation est assurée sur place. On n’avait jamaisest souvent plus forte que les bonnes volontés », cru, jusqu’à présent, qu’une terre bétonnée pourraitregrette Sjoerd Wartena, président-fondateur de redevenir agricole.l’association Terre de liens, qui acquiert et trans-met des fermes sous forme collective. Qu’observez-vous en France ? Outre les documents d’urbanisme (SCOT, Les campagnes ne sont plus considérées comme lesPLU), des dispositifs existent aujourd’hui, qui per- réserves foncières des villes. Le discours productivistemettent aux collectivités de pérenniser les terres officiel a changé, les labels se multiplient et il devientcultivables : zones agricoles protégées (ZAP), rentable de faire de la qualité. De leur côté, lescréées en 1999, périmètres naturels et agricoles agriculteurs diversifient leur activité. Ils passent de lapériurbains (Penap), depuis 2005. « Les agricul- filière au territoire, dont ils redeviennent les acteurs.teurs ne sont pas les jardiniers de la nature. Ils Mais tout cela prend du temps. On ne fait pas tourneront besoin de 15 à 20 ans de visibilité au moins un paquebot sur un claquement de doigts. janvier - février 2012 | les 4 saisons n° 192 75
  5. 5. enjeux S. AUDRAS/REA Les tracteurs quittent parfois leur terrain de prédilection pour emprunter les voies rapides des banlieues ! pour assurer leur activité économique », estime publics, toits plats !) avec l’objectif de couvrir plus Bernard Giraudy, ancien maire de Vernouillet, d’un tiers des besoins en légumes. Mais aussi des petite ville des Yvelines située à trente kilomètres projets de réinstallation à terme de cinq à dix de la Défense. Il a été à l’initiative de l’une des maraîchers à Vaulx-en-Velin, en banlieue lyon- très rares ZAP de France. Sur 110 hectares tombés naise, de vente des produits de la région sous en friche, 80 ont été remis en culture. Le prix une marque commune, d’ouverture de lieux de du foncier a diminué de moitié. « Je suis caté- vente collectifs, de création de filières locales gorique, affirme-t-il, si l’agriculture périurbaine pour la grande distribution et la restauration régresse, ce n’est pas par manque d’outils, mais scolaire, etc. « Il n’y pas que la production. La ville par manque de volonté ». doit s’emparer largement des enjeux de trans- L’agglomération lyonnaise a choisi la voie du formation, de distribution », estime Serge Bon- Penap. Véronique Hartmann, chargée de mission nefoy. « La question agricole est redevenue une au Grand Lyon, explique : « Ce périmètre fixe les question de société. L’agriculture périurbaine est limites maximales de la ville. En s’imposant ce la table de ping-pong entre la ville et la ruralité, carcan, nous faisons le pari que les petits pro- où cette question se joue ». priétaires vont débloquer des terres à la culture au lieu d’attendre qu’elles deviennent construc- Sandrine Boucher, membre des JNE (journalistes tibles. Le regard s’est inversé : ces espaces ne sont écrivains pour la nature et l’écologie) plus considérés comme hors de la ville mais partie prenante de la dynamique urbaine ». Partout, les projets émergent : soutien aux circuits courts et développement du pâturage EN SAVOIR PLUS dans un marais qui protège la ressource en eau ◗ La Revue durable, août-octobre 2011, dossier de du Grand Besançon, chiffrage du potentiel d’es- 40 pages sur l’agriculture “dans et autour des villes”, paces cultivables dans Rennes Métropole (parcs www.larevuedurable.com76 les 4 saisons n° 192 | janvier - février 2012

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