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Branche armée du Front Populaire de Libération de la Palestine.
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Portrait d'Abu Ali Mustafa dans les bureaux du FPLP
Abu Jamal, porte parole des Brigades
Gaza City, Croix Rouge. Portrait de Ahmad Saadat, le leader emprisonné du
FPLP, manifestation hebdomadaire de soutien aux ...
« La femme palestinienne a participé aux actions militaires dès le
début »
Jamil, 23 ans de prison. « Redoutez de mourir d...
« Maintenant c'est mon tour de participer à la résistance soit en
portant les armes soit en étudiant. » dit la jeune fille...
Chef de groupe
Les Brigades tentent de médiatiser leurs actions afin de gagner le soutien
populaire, et montrer qu'elles existent.
Rami, membre des brigades mort au combat, et ses parents. Malgré la
douleur de la perte, ils sont fiers du combat de leur ...
Mère de Rami : « Quand il y a une occupation, il y a des résistants.
Quand il y a des résistants, il y a des martyrs »
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Obus de 77mm
« Donnez moi des avions de guerre, et nous arrêterons les tirs de
roquettes."
Mazen et son père, 19 ans de prison
Tunnel creusé par la résistance pour approcher les lignes israéliennes.
« Nous veillons sur nos membres, c'est le plus important pour nous »
« Nous aimons la vie. Mais comment vivre sans liberté...
Groupe spécialisé dans la sécurité des personnes.
Les Brigades Abu Ali Mustafa :
Le soleil d'hiver commence à rougeoyer à l'horizon. Debout au bord de la route, nous tourno...
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Omar a été condamné en même temps que trois autres. Ceux-là ont été libérés lors de l'échange avec
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Reportage sur les brigades Abu Ali Mustafa à Gaza, groupe de résistance de la gauche palestinienne.

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Les Brigades Abu Ali Mustafa

  1. 1. Les Brigades Abu Ali Mustafa, Branche armée du Front Populaire de Libération de la Palestine. Synopsis : la dernière guerre à Gaza a montré la détermination de la résistance Palestinienne à s'opposer aux attaques Israéliennes. Chaque faction politique, Fatah, Hamas, FPLP, FDLP, Djihad Islamique possède une branche armée qui participe à cette résistance. Alors que Hamas et Djihad Islamique surmédiatisent leurs actions grâce à d'importants moyens financiers, la branche du FPLP, parti de la gauche palestinienne, reste peu connue malgré un rôle de premier plan dans les années 70/80. Ses combattants, issus de la société civile, ont choisi la voie des armes pour défendre leur peuple et leur terre et s'opposer à l'occupation israélienne. Ils luttent pour la libération de la Palestine (objectif à long terme) et la libération des prisonniers politiques palestiniens (objectif à moyen terme). Les photos et interviews ont été réalisés lors de trois voyages dans la Bande de Gaza, en juillet 2012, décembre 2012 et mars 2013. A titre exceptionnel, les brigades ont accepté de me laisser photographier deux de leurs entraînements. Sommaire : 1- Reportage photographique au sein des kattaeb 2- Article sur les Brigades Abu Ali Mustafa construit sur la base d'entretiens 3- Témoignages de prisonniers et de familles de combattants. Contact : y.annwvyn@gmail.com
  2. 2. Portrait d'Abu Ali Mustafa dans les bureaux du FPLP
  3. 3. Abu Jamal, porte parole des Brigades
  4. 4. Gaza City, Croix Rouge. Portrait de Ahmad Saadat, le leader emprisonné du FPLP, manifestation hebdomadaire de soutien aux prisonniers.
  5. 5. « La femme palestinienne a participé aux actions militaires dès le début » Jamil, 23 ans de prison. « Redoutez de mourir d'une mort naturelle »
  6. 6. « Maintenant c'est mon tour de participer à la résistance soit en portant les armes soit en étudiant. » dit la jeune fille. Allam, 15 ans de prison
  7. 7. Chef de groupe
  8. 8. Les Brigades tentent de médiatiser leurs actions afin de gagner le soutien populaire, et montrer qu'elles existent.
  9. 9. Rami, membre des brigades mort au combat, et ses parents. Malgré la douleur de la perte, ils sont fiers du combat de leur fils.
  10. 10. Mère de Rami : « Quand il y a une occupation, il y a des résistants. Quand il y a des résistants, il y a des martyrs » 8 mars 2013 : cérémonie en mémoire des martyrs du FPLP. Sur l'affiche au centre, les morts des Brigades.
  11. 11. Obus de 77mm
  12. 12. « Donnez moi des avions de guerre, et nous arrêterons les tirs de roquettes."
  13. 13. Mazen et son père, 19 ans de prison Tunnel creusé par la résistance pour approcher les lignes israéliennes.
  14. 14. « Nous veillons sur nos membres, c'est le plus important pour nous » « Nous aimons la vie. Mais comment vivre sans liberté »
  15. 15. Groupe spécialisé dans la sécurité des personnes.
  16. 16. Les Brigades Abu Ali Mustafa : Le soleil d'hiver commence à rougeoyer à l'horizon. Debout au bord de la route, nous tournons la tête pour éviter les nuages de poussière soulevés par les voitures qui passent en trombe. L'une d'elle freine brusquement et s'arrête à côté de nous. Après un rapide regard, le conducteur nous invite d'un geste à entrer dans le véhicule, avant de faire demi-tour sur les chapeaux de roue. Le vent s'engouffre par les fenêtres grandes ouverte, soulevant le keffieh rouge qu'il porte autour du coup et rendant toute conversation inaudible. Quelques kilomètres plus loin, il bifurque sur un petit chemin de terre, avant de s'arrêter devant la grille rouillée d'une enceinte en béton devant laquelle il klaxonne trois fois. De l'autre côté, des hommes en armes, cagoulés, jaillissent de la végétation et viennent ouvrir le portail. Quelques voitures sont garées à l'abri des oliviers, leurs plaques masquées par un tissu. Sous le couvert des arbres, plusieurs combattants montent la garde. Hormis notre guide, tous ont leur visage masqué, le front souvent ceint d'un bandeau rouge qui identifie leur appartenance. Nous voici au milieu d'un groupe – kattaeb – des brigades Abu Ali Mustafa. Les brigades Abu Ali Mustafa sont l'aile militaire du FPLP, le Front Populaire de Libération de la Palestine. Fondé en 1967 par Georges Habash et quelques autres sur la base d'une théorie marxiste, ce parti se bat pour la libération de la Palestine, et l'instauration d'un état Palestinien démocratique et laïque « où tous, arabes, israéliens, juifs, musulmans, chrétiens puissent vivre ensemble et en paix sans distinction de couleurs, de sexe et de religion » précise le Dr Rabah Mohanna, membre de son bureau politique. Aujourd'hui, le parti a conservé ces objectifs, et s'oppose à l'impérialisme, au capitalisme et bien sûr au sionisme. Pour le FPLP, le combat pour la libération de la Palestine doit prendre toutes les formes possibles : politique, culturelle, sociale, mais aussi armée. Dès ses origines en effet, le parti a considéré et justifié la lutte armée comme un moyen de résistance légitime à l'occupation israélienne. Aux débuts des années 1970, le FPLP s'est illustré en organisant de nombreux détournements d'avions de ligne dans le but de médiatiser la situation des Palestiniens, et de demander la libération de prisonniers. Les avions ont été forcés à se poser dans des pays sympathisants, et leurs passagers libérés rapidement pour la plupart. Mère de Omar combattant du FPLP emprisonné depuis 23 ans Famille de Omar. Il a été arrêté en 1993 lors de la 1ere Intifada et jugé pour avoir tué un soldat. Il avait 17 ans.
  17. 17. Sa branche armée a eu différentes appellations au fil du temps. A Gaza dans les années 80/90 elle s'appelait « L'Aigle Rouge ». Mais suite à l'assassinat en 2001 dans son bureau de Abu Ali Mustafa, le successeur de Georges Habash à la tête du parti, les brigades prirent son nom pour lui rendre hommage. Sa politique de lutte armée a valu au FPLP d'être classé, encore jusqu'à ce jour, sur la liste des organisations terroristes des pays occidentaux, notamment à cause des détournements d'avions des années 70. A travers les armes, son but est d'atteindre plus particulièrement deux objectifs : d'une part, résister à l'occupant et maintenir une pression sur lui. D'autre part, libérer les prisonniers. La suite de l'article sera écrite d'après les interviews du Dr Rabah Mohanna, membre du bureau politique du FPLP, de Abu Jamal, le porte-parole des brigades, et de propos recueillis auprès des combattants sur le terrain dans la Bande de Gaza. Les Brigades Abu Ali Mustafa sont également présentes, comme le FPLP, en Cisjordanie. « Nous aimons la vie. Mais comment vivre sans liberté ? » Le Dr Rabah tente d'expliquer la stratégie de la lutte armée et les victimes collatérales qu'elle peut occasionner. « En tant qu'être humain et docteur en médecine, je me sens vraiment désolé pour chaque vie israélienne perdue, jeune, femme ou homme, quand quelqu'un se fait exploser près d'eux alors qu'ils faisaient leurs courses, ou qu'ils sont blessés par le tir d'une roquette. Mais je veux que chacun se pose la question : pourquoi et pour quelle raison cela arrive-t-il ? Pourquoi ? Parce que nous subissons l'occupation israélienne tous les jours. Pour quelle raison ? Parce que nous voulons empêcher les israéliens de tuer nos enfants, nos femmes. Donnez moi des avions de guerre, et nous arrêterons les tirs de roquettes à l'aveugle. Si nous utilisons ces armes c'est que ce sont les seules disponibles pour nous. Bien sûr nous essayons de concentrer nos attaques sur les soldats. Durant la dernière guerre qui a duré dix jours [en novembre 2012], il y a eu environ 175 personnes de tuées, principalement des femmes et des enfants. Comment peut-on les protéger, sinon en faisant sentir aux Israéliens qu'ils sont en danger afin qu'ils poussent leur gouvernement à stopper les attaques. La communauté internationale soutient ce dernier. Les USA lui donnent des armes. » Il confirme également les objectifs des brigades. « C'est aussi notre responsabilité de faire libérer les prisonniers par tous les moyens possibles, que ce soit la violence ou la diplomatie. Mais l'objectif principal reste de harceler l'occupant. Il y a des colonies, des incursions, un blocus à Gaza. Les Israéliens, malgré qu'ils se soient retirés de Gaza, contrôlent toujours l'eau, la mer et le ciel avec leurs drones. Environ 85% des Gazaouis ne sont pas autorisés à aller en Cisjordanie. » Un combattant va dans le même sens : « Pourquoi prendre les armes ? Pourquoi combattre les Israéliens ? Parce que nous aimons la vie ! Mais comment vivre sans liberté ? Nous combattons pour notre liberté, pour une vie meilleure. Nous avons combattu dans le passé, nous combattons aujourd'hui et nous continuerons à combattre pour la Palestine, pour la liberté, le droit au retour, la libération des prisonniers. Nous avons le devoir de les libérer, par tous les moyens possibles, la force ou la diplomatie. Les prisonniers sont la lumière sur le chemin de notre liberté. Che Guevara a dit : La route est sombre et triste. Mais, si je ne me consume pas, si tu ne te consumes pas, qui éclairera le chemin ? Donc nous continuerons. Le meilleur moyen de se défendre est d'attaquer. C'est très simple. Même avec un matériel rudimentaire, nous maintenons la pression sur les israéliens. » » Nous rencontrons Abu Jamal, le porte-parole des brigades, dans une maison à l'abri des regards au nord de Gaza. Derrière le masque qui dissimule ses traits, la voix est forte et déterminée, sans l'ombre d'une hésitation. Abu Jamal signifie littéralement « père de la beauté ». « Ca vient de la beauté, la beauté de la nature du combat. Je suis la seule personne qui peut parler au nom des brigades, sauf si elles désignent quelqu'un d'autre». «Les brigades Abu Ali Mustafa ont comme objectif, comme les autres factions palestiniennes, de résister à l'occupation israélienne. C'est une occupation brutale et tout le monde sait que nous sommes légitimes. Le droit international nous donne le droit de résister et de nous battre contre l'occupation et la colonisation israélienne, qui tue les civils et détruit les maisons, alors nous avec les autres factions on se bat et on se défend contre les israéliens et leurs soldats et les colons. Nos objectifs et notre stratégie sont clairs, nous ne soutenons pas la trêve en cours, mais nous la respectons car nous sommes pour la réconciliation palestinienne. Nous avons le droit de répondre aux violations
  18. 18. commises par l'ennemi israélien à Gaza, en Cisjordanie et dans la diaspora. Notre premier objectif c'est de résister contre l'occupation israélienne. On veut que notre peuple vive comme les autres peuples du monde dans la sécurité, le calme, la paix. Mais les Israéliens ne sont pas partisans de la paix. Nous n'aimons pas les effusions de sang, nous sommes un peuple non violent. Nos terres ont été volées, nos enfants, nos femmes, nos vieux ont été tués. Nous ne sommes pas belliqueux, mais nous voulons les défendre, défendre nos terres. On demande à tout le monde de soutenir les Palestiniens pour qu'ils aient leur liberté et leur indépendance, et pour le retour des réfugiés. Nous appelons tout le monde à faire stopper l'agression Israélienne sur la bande de Gaza et la Cisjordanie. La famille Al Dalou est un exemple. Quelle faute ont-ils commis pour être tués ? [13 membres de la famille Al Dalou, en majortié des enfants et des femmes, sont morts dans le bombardement de leur maison en novembre 2012] On demande la paix, une paix qui voit nos souhaits devenir réalité : le retour des réfugiés, l'autodétermination et la création d'un Etat Palestinien avec Jérusalem comme capitale, c'est ça la paix. Nous ne reconnaîtrons jamais Israël et nos frontières vont de la rivière à la mer. Arrêtez de nous demander d'arrêter de nous battre, nous n'avons pas attaqué les Israéliens c'est eux qui nous attaquent ». « Les brigades Abu Ali Mustafa représentent toute la population Palestinienne, les pauvres et les travailleurs, les intellectuels et les savants » Les combattants sont issus de toutes les couches de la société Palestinienne, et à l'instar de celles-ci, sont souvent jeunes. Le Dr Rabah le confirme: « La plupart des combattants sont des travailleurs, des fermiers car beaucoup des nos membres viennent de là». Pour rejoindre les brigades, un jeune demande normalement la permission de ses parents. Un homme marié doit avoir l'accord de sa femme, et lorsque son premier enfant naît, on lui propose d'arrêter. « Les jeunes sont prêts à continuer ce combat. » reprend le Dr Rabah. « Des dizaines, voire des centaines veulent rejoindre la branche militaire. Tous les jours nous recevons des demandes pour en faire partie. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d'en recruter beaucoup car nous n'avons pas beaucoup de moyens. Nous en prenons seulement un petit nombre que nous pouvons entraîner correctement et à qui nous pouvons fournir de bonnes armes. » Abu Jamal tient le même discours : « Les brigades Abu Ali Mustafa représentent toute la population Palestinienne, les pauvres et les travailleurs, les intellectuels et les savants, parce qu'ils croient qu'il faut se battre contre les israéliens, et ceci depuis plus de cinquante ans. Lorsqu'on choisit une personne pour les brigades, il faut qu'il fasse partie du FPLP et qu'il ait une personnalité solide. Après une vérification de sécurité, on lui fait accomplir de petites tâches pour le tester. Ensuite il va recevoir un entraînement aux armes avec les combattants. A la fin on le met dans un groupe de la spécialité où il se révèle le plus doué. Par exemple dans un groupe de snipers, dans un qui lance des missiles ou à la fabrication de ceux-ci. Avec l'entraînement il va devenir plus solide et plus fort, plus intelligent aussi car s'il tombe un jour prisonnier les enquêteurs ne doivent rien tirer de lui ». « Maintenant c'est mon tour de participer à la résistance soit en portant les armes soit en étudiant. » Les brigades comptent aussi des femmes parmi leurs membres, et ce depuis le début comme l'expliquent deux combattantes. A leur voix et à leur corpulence, on devine que la première est d'âge mûr, alors que la seconde semble avoir une vingtaine d'années. « La femme palestinienne a participé aux actions militaires dès le début, depuis 1936, 1948 et dans les années soixante et soixante-dix. On peut citer par exemple Leila Khaled. Il y a aussi des femmes martyres à cause des Israéliens. Cela montre que la femme palestinienne a participé dès le début à la résistance. » dit la femme. La jeune fille surenchérit : « Depuis la création des factions palestiniennes la femme a participé à l'action militaire et politique et il a y beaucoup de femmes qui ont mené des opérations à l'intérieur des territoires occupés, comme Dalal Al-Mughrabi et Taghrid Al-Batna ». Leur nombre n'est pas précisé, toutefois la jeune fille explique que dans certaines familles, le rôle de combattante se transmet de mère en fille. « Moi par exemple ma grand-mère est une réfugiée de 1948 et elle a participé à la révolution Palestinienne dès la début ainsi qu'en 1967, ensuite ma mère a pris part à la première
  19. 19. intifada. Maintenant c'est mon tour de participer à la résistance soit en portant les armes soit en étudiant.» Comme les hommes, «les femmes viennent de toutes les classes sociales : intellectuelles, paysannes, travailleuses, médecins... La participation de la femme ne se limite pas à l'action militaire. A son travail elle combat, à l'hôpital pour aider les autres elle combat, lorsqu'elle aide les camarades c'est aussi un type de résistance, tout comme lorsqu'elle enseigne et garde ses enfants. Ce sont les raisons pour lesquelles on ne peut pas séparer les hommes et les femmes dans la résistance et l'action militaire ». Les femmes ont donc bien un rôle de terrain, identique initialement à celui des hommes. « Oui bien sûr » dit la femme « sans discussion, si elle a grandi dans la pensée du FPLP et connaît Abu Ali Mustafa et George Habache et Wadih Haddad bien sûr qu'elle a la capacité de résister côte à côte avec les hommes. Parce que c'est elle qui élève ses fils et ses filles et qui aide son mari et lui donne le courage de résister. Alors les femmes, elles ont un rôle pas moins grand que celui des hommes » La jeune fille ajoute : « Les femmes prisonniers c'est un bon exemple de la participation de la femme dans à la résistance. » Malgré tout, aujourd'hui, les femmes occupent plus souvent un rôle logistique que combattant. A Gaza notamment, il semble difficilement imaginable pour une femme d'avoir assez de liberté de mouvement dans un climat social souvent pesant pour participer de façon active aux activités sur le terrain. Le pantalon trop long et les ballerines aux pieds de la jeune fille vont dans ce sens, malgré qu'elle tienne correctement le fusil qu'elle à la main. Y a-t-il un lien pour ces deux femmes entre leur combat contre l'occupation, et une avancée du droit des femmes ? La plus âgée pense que « lorsque la femme participe aux différentes actions ça développe sa personnalité et améliore sa place dans la société ». La jeune fille complète : « La situation dans les territoires occupés est un peu spéciale alors les femmes font des blocs féministes pour participer à la lutte. Les femmes Palestiniennes créent actuellement des syndicats participant au Conseil législatif, elles ont un grande rôle dans les factions palestiniennes. Les femmes palestiniennes sont patientes et cherchent à améliorer leur situation. Les femmes sont arrivées au statut de membre de bureau politique du FPLP, ce qui montre qu'on peut leur confier des responsabilités. » « La femme ne participe pas seulement à l'action militaire. Elle représente une grande partie de la société et contribue à la bâtir. De plus, l'action militaire n'est pas un objectif en soi, ni le but de la société palestinienne. C'est une société qui veut développer l'éducation et la justice, un peuple qui veut vivre une vie sûre et veut parvenir à une paix juste, pas une paix à la manière américaine. » « Il n'y a pas de contradiction entre le rôle de mère et de combattante parce que la femme doit être un modèle pour ses enfants, pour élever une génération qui puisse défendre les droits de leurs mères et leur terre. » « Oui, on s'entraîne souvent, le combattant qui ne s'entraîne pas, il n'est plus un combattant ! ». L'entraînement des brigades s'effectue avec la plus grande discrétion possible. « Depuis la première Intifada les brigades travaillent en secret, nous avons nos propres lieux pour nous entraîner» déclare Abu Jamal. Ces lieux sont par exemple des serres, des terrains isolés et boisés ou des bâtiments isolés. Un combattant confirme : « Nous nous entraînons tout le temps pour être prêts à tout moment. C'est dur car les drones israéliens sont constamment à notre recherche. » Concernant les techniques d'entraînement, un combattant cite l'utilisation d'internet pour apprendre à maîtriser le maniement des armes plus complexes, comme les missiles anti-char. Il y a donc dans leur préparation à la fois une partie physique et de terrain, et à la fois un aspect théorique. Comme le dit ce combattant : « Oui, on s'entraîne souvent, le combattant qui ne s'entraîne pas, il n'est plus un combattant ! ». Si dans le passé, certains ont pu s'entraîner à l'étranger, cela ne semble plus être le cas, sauf très exceptionnellement. De la même façon, l'organisation et le fonctionnement des brigades reposent sur le plus grand secret, afin de protéger leurs membres des représailles Israéliennes...ou même Palestiniennes. En Cisjordanie notamment, l'autorité Palestinienne traque et emprisonne les combattants au nom de la collaboration sécuritaire avec Israel. Tout comme il existe un bureau politique, c'est un bureau militaire qui décide des opérations à mener sur
  20. 20. le terrain. Tous les groupes sont indépendants les uns des autres et ne se connaissent pas. Au sein d'un même groupe, les combattants ne sont pas censés savoir qui ils sont les uns les autres, et viennent de différentes zones de la bande de Gaza. Chaque groupe a un secteur géographique et une spécialité.Abu Jamal explique : « On travaille dans des groupes secrets, chaque zone a ses frontières, chaque groupe ses spécialités et ses combattants. Par exemple moi je suis à côté de deux camarades je ne les connais pas et eux non plus ne me connaissent pas. Les groupes ne se connaissent pas les uns les autres. Chacun a son chef et une spécialité, par exemple il y a des groupes pour les missiles, d'autres pour placer des explosifs, des snipers, des formateurs, d'autres pour fabriquer les armes, d'autres pour stocker le matériel etc... ». Il existe même un groupe chargé de la protection des personnes. Le nombre de combattants par groupe est généralement variable. Aucun chiffre n'est donné, mais on peut l'estimer entre 10 et 20 personnes par groupe. Sur le terrain aussi, le secret reste la règle. « Nous travaillons dans des lieux abandonnés » explique Abu Jamal, « On reçoit par exemple l'ordre de récupérer trois missiles dans un certain lieu. Un groupe chargé de tirer les missiles envoie trois camarades. Ils se contactent, comment on ne sait pas, vont vers tel lieu lancer les missiles et reviennent. Et ce groupe qui lance les missiles ne revient jamais au même endroit, ils envoient un autre groupe la fois d'après. Jusqu'à aujourd'hui on a travaillé en cachette et on va continuer ainsi. Nous veillons sur nos membres, c'est le plus important pour nous, on n'organise pas une action sauf lorsqu'on est sûrs que nos camarades vont pouvoir revenir. » Si des combattants sont blessés sur une opération, ils ne vont pas à l'hôpital mais sont soignés dans des maisons anonymes, où des médecins de confiance viennent leur procurer les soins nécessaires. En effet, dans un hôpital public, le blessé serait susceptible d'être repéré par les espions israéliens. Seuls les martyrs sont conduits dans les hôpitaux civils. Alors que l'Iran fournit un important soutien logistique au Hamas et au Djihad Islamique, leur permettant d'équiper un grand nombre de combattants et d'assurer une importante présence médiatique auprès de la population, le soutien financier est le point faible des Brigades. « Nous avons besoin de soutien financier pour notre activité politique, et pour notre branche armée qui coûte très cher. » déplore le Dr Rabah. Autrefois soutenues par les groupes d'extrême gauche un peu partout dans le monde, comme l'IRA, l'Armée Rouge Japonaise, des groupes italiens et allemands et bien sûr des puissances comme l'URSS, au fur et à mesure de leur disparition, les brigades ont perdu leurs moyens. Aujourd'hui seuls quelques pays les aident encore en terme de financement et d'approvisionnement en matériel, mais pas de manière importante. Ce manque de soutien est aussi dû à la volonté du parti de garder son indépendance politique. Abu Jamal refuse d'être plus précis sur les pays qui les appuient. « Nous, nous ne nous occupons pas de ce domaine. On est des combattants de terrain. Il se dit que les brigades ont quelques armes modernes. Aujourd'hui n'est pas comme hier, et demain n'est pas comme aujourd'hui, notre équipement progresse, et celui de nos ennemis aussi. Nous sommes toujours prêt. Il y a des responsables et des politiciens et des militaires qui ont leurs connaissances bien sûr, mais nous on ne sait pas comment ces armes rentrent dans la bande de Gaza. Nous on sait juste résister contre l'occupation, lancer les missiles, attaquer les chars et les soldats qui pénètrent dans la bande de Gaza ou qui versent le sang en Cisjordanie. On est des combattants de terrain, chaque personne a son domaine. Nos moyens sont sommaires, mais nos combattants ont des armes et des engins et le défi et la force contre l'ennemi. » La plupart du matériel utilisé consiste en des armes légères. L'arme de base est le AK47. Les tireurs d'élite sont équipes de fusils Dragunov. S'y ajoutent des mitrailleuses PK, des lance roquette RPG. Quelques M16 aussi, et des armes occidentales parfois. En terme d'équipement lourd, en plus des obus de mortier et des roquettes de différent types mais souvent rudimentaires, parfois fabriquées sur place, les brigades ont surpris récemment en utilisant un missile anti-char français Milan dans l'attaque d'une jeep israélienne. Ce missile vient probablement des stocks lybiens, qui s'éparpillent un peu partout dans la région depuis la chute de Kadhafi. Les combattants des brigades Abu Ali Mustafa ne gardent pas leur arme chez eux, elle ne leur appartient normalement pas. Sur le terrain, la différence avec une armée régulière se voit aussi dans leur tenue : elle varie d'un combattant à l'autre, treillis noir ou camouflé, cagoule de sniper ou cagoule classique, chaussures militaires ou simples baskets. Sous le gilet de combat et les cartouchières apparaît parfois une boucle de ceinture à la
  21. 21. mode ou un T-Shirt décoré. Presque tous par contre portent, au bras ou autour du front, un bandeau rouge marqué du signe du FPLP afin de bien marquer leur appartenance politique. Les brigades Abu Ali Mustafa ont pris part aux tirs de roquettes durant la dernière guerre. C'est d'ailleurs l'attaque d'une jeep israélienne par un de leur groupe qui a contribué à déclencher les dernières hostilités. En plus des tirs de roquette ou de missiles, les brigades essayent d'installer des mines et des charges explosives de l'autre côté de la frontière. Le contact direct avec les troupes israéliennes reste toutefois rare. « Les brigades Abu Ali Mustafa ont joué un rôle important dans la dernière agression sur la bande de Gaza, comme dans toutes les autres agressions » déclare Abu Jamal. « Nous nous sommes battus contre l'agression Israélienne dans la mesure de nos capacités, nous sommes satisfait du résultat mais les pertes matérielles et humaines dans la bande de Gaza ont été trop élevées. Chaque jour les brigades Abu Ali Mustafa ont tiré des missiles, plus de 350 au total dont des fusées Grad, des kornet, fagot, des obus de 107 et 132mm et un missile Milan anti-char. Nos camarades sont toujours prêts, ils observent l'ennemi parce qu'on ne fait pas partie de cette trêve et on va continuer à se battre et à chasser l'ennemi partout. » Et la Paix ? Le sourire du combattant qui parle transparaît sous son masque. « Quel genre de paix ? Nous parlons de droits volés. La seule paix que nous recherchons, c'est de chasser les Israéliens de notre pays. Ensuite, nous pourrons parler de paix. » Les prisonniers. Ils ont combattu dans les Brigades, souvent au moment de la première Intifada, et se sont fait capturés. Mais malgré les longues années de prison, leur volonté est toujours intacte et leurs convictions inébranlées. Jamil, 23 ans en prison. (juillet 2012) « Redoutez de mourir d'une mort naturelle » Jamil allume une cigarette. Sur son briquet, le visage de Che Guevera au milieu d'un drapeau rouge. Il commence son histoire dans un nuage de fumée. En 1993, peu avant les accords d'Oslo, l'armée israélienne qui occupait la Bande de Gaza à l'époque a arrêté Jamil chez lui. Il était alors un des commandants en chef de l'aile militaire du FPLP à Gaza, qui s'appelait en ce temps les brigades de l' « Aigle Rouge ». Sur le moment, il se rappelle avoir été surpris et choqué par le nombre de soldats et les moyens disproportionnés utilisés pour l'arrêter. Son arrestation faisait partie d'une plus vaste opération d'Israël visant à nettoyer le terrain avant les accords d'Oslo en 1994. A cette époque, les deux organisations politiques les plus importantes étaient le FPLP et le Fatah. Les israéliens étaient effrayés par le FPLP et ses actions. A peine quelques minutes après avoir été arrêté, on l'a soumis à un premier interrogatoire sur place. Puis il a été emmené à la prison de Majdal. Pendant 6 mois, les services israéliens l'ont interrogé. Les juges l'ont finalement condamné à six peines de 99 ans de prison. Sur le coup, il a trouvé cette sentence ridicule. Mais il a dû se convaincre qu'il allait finir sa vie en prison, et se créer à l'intérieur de celle-ci un nouvel environnement où il passerait le reste de sa vie. Tout ce qui était en dehors de la prison, était pour lui fini. La journée démarrait à 6:30 par un comptage des prisonniers. Ils avaient ensuite droit à une demi-heure pour faire du sport, puis se doucher. Pendant la journée, ils dormaient, discutaient ou regardaient la télé. Ils avaient droit à deux heures de lecture par jour. Mais parfois les gardiens confisquaient TV et livres. Pendant la nuit, les prisonniers discutaient.
  22. 22. Chaque cellule était occupée par une dizaine de détenus. Pour des choses simples, comme par exemple regarder la TV, ils devaient s'accorder entre eux pour savoir quoi regarder, créer une communauté pour vivre ensembles.Pas un jour ne passe sans conflit entre les prisonniers et les gardiens. Ces derniers prennent des mesures punitives quotidiennes contre les prisonniers, parfois vingt fois par jour. Ils organisent des fouilles nocturnes. « Vous perdez votre dignité, vos droits. Même si nous sommes des prisonniers, nous restons des êtres humains et nous voulons garder notre dignité. » Quand ils fouillent les cellules, les gardiens mettent les prisonniers nus dehors sous la pluie, en plein hiver, dans le froid glacial du désert. Ils laissent plusieurs heures menottés sous le soleil, la pluie, le froid. Peu à peu, ils perdent le respect d'eux-mêmes. Ce qui les fait tenir, c'est la conviction que leur combat contre l'armée qui occupent leur pays est juste et que d'autres à l'extérieur ont pris la relève et préparent des actions contre l'ennemi. Parce que ce qu'ils disent sur la paix, la libération de prisonniers n'a aucun sens pour lui. Du vent. Les organisations palestiniennes doivent se battre contre Israël, kidnapper des soldats. En tant que membre du FPLP, il pense que Fatah comme Hamas, tant qu'ils ne pensent qu'à agir l'un contre l'autre, sont des criminels qui nuisent à la cause palestinienne. Ils sont responsables de ce qui arrive maintenant à la Palestine. L'un comme l'autre devraient penser à la Palestine et à ce qu'ils lui font. Il demande au Hamas et au Fatah d'arrêter leur conflit parce que la Palestine est une cause bien plus grande que celle de leur deux partis. La Palestine est la source de tous les combats, ils doivent, et ce n'est pas un choix mais un devoir, mettre un terme à leur conflit ridicule. Au bout de 23 ans de prison, suite à l'échange de prisonnier effectué après la libération de Shalit, Jamil a été relâché. C'était son troisième séjour en prison. Mais avoir passé plus d'un quart de sa vie derrière les barreaux ne l'arrêtera pas. Il continuera à se battre d'une manière ou d'une autre et à s'engager, par exemple en faisant des conférences, en formant la jeunesse, en évoquant le sort des prisonniers. Et même si il est heureux d'être libre, cette joie est entachée par la situation actuelle que Hamas et Fatah ont créé. Il a l'impression de ne pouvoir rien faire. Ses armes lui ont été confisquées. Mais il trouvera un autre moyen de continuer à se battre. « Redoutez de mourir d'une mort naturelle » dit-il en citant Ghassan Kanafani. Mourir de vieillesse n'est pas dans ses prévisions. Allam, 15 ans en prison... (décembre 2013) Allam est originaire de Naplouse. Là bas, il était le chef de la branche armée du FPLP. Allam a été emprisonné trois fois. La première fois en 1990, il a été condamné à 5 ans. La deuxième fût en 1998. Cette fois là, il a passé 3 mois en interrogatoire, c'est à dire en isolement dans des conditions particulièrement dures. Il a été ensuite emprisonné un an sans jugement, avant d'être libéré à la fin de 1999. La troisième fois, c'était en 2003, avec son ami Amir, à l'époque de la seconde Intifada. En tant que résistant, « défendre [son peuple] était son devoir. » C'est à cette période que la branche armée du FPLP a pris le nom de brigades Abu Ali Mustafa. Ils ont organisé des opérations contre les soldats israéliens, durant lesquels certains furent tués. Pourchassés pendant 3 ans, ils finirent par être pris dans une opération militaire durant laquelle ils furent blessés. Il a alors été condamné neuf fois à perpétuité. Les juges ajoutèrent à ces neuf peines 15 ans de détention en plus. Il est passé dans presque toutes les prisons israéliennes. Ces déplacements sont une forme de punition pour les prisonniers qui posent problème. Au total, il aura passé plus de quinze années de sa vie derrière les barreaux. La vie en prison était une vie de Palestinien...à l'intérieur de la prison. Les prisonniers ont tous été incarcérés pour des raisons politiques et toutes les factions palestiniennes y sont présentes. Mais derrière les barreaux, les différences politiques sont oubliées. Les détenus s'unissent contre les autorités pénitentiaires. Les prisonniers sont cultivés. Ils essaient d'améliorer leur situation en développant leurs connaissances culturelles, politiques, artistiques... Il n'est pourtant pas facile de faire entrer des livres en prison, ils sont généralement interdits. Les Israéliens essayent de faire passer les prisonniers pour des terroristes. Parmi eux, on trouve toutes les classes sociales, donc des médecins, des professeurs, des intellectuels qui partagent leur savoir. C'est la première façon de résister contre les Israéliens. Ils mettent même en place des cours de langue, des cours pour les personnes illettrées, des cours de dessin. Ils essaient d'organiser chaque semaine des concours avec des prix, même des concours sportifs ! Ces activités sont une partie importante de la vie des prisonniers. Entre détenus, il y a un fonctionnement démocratique. Il y a des élections pour les chefs des différentes factions. C'est comme une micro société palestinienne. Beaucoup de Palestiniens ont connu les geôles israéliennes. Cela les a aidés à construire leur personnalité, leur culture, leur place dans la société. Ahmad
  23. 23. Saadat par exemple est le secrétaire général du FPLP bien qu'il soit incarcéré depuis 2002. Les Israéliens ont peur de lui malgré qu'il soit enfermé, peur de sa place au sein même de sa prison, car il a le respect de tous les prisonniers, quelque soit leur camp. Beaucoup souhaitent même se retrouver dans la même prison que lui. A cause de ça, les Israéliens l'ont placé pendant des années en isolement, pour qu'il n'influence pas les autres détenus. Allam souhaite la libération de tous les prisonniers. La cause des prisonniers est celle de tous les Palestiniens. Quand un pays est occupé, il y a des prisonniers et il y a des résistants. Le monde entier aurait du reconnaître les prisonniers israéliens comme des prisonniers de guerre et pas des otages. « Des prisonniers sont libérés grâce aux échanges ». Pour Allam, il est mieux de libérer la Palestine par la résistance. Il sait que la négociation ne donne rien avec les israéliens. Ils ne font pas de concessions, si ce n'est confronté à une opposition forte. Il affirme que les Européens sont responsables d'avoir encouragé les Israéliens et leur avoir apporté de l'aide, comme par exemple quand les Français ont aidé à construire une centrale nucléaire en Israël. « Il faut maintenant que l'Europe soutienne les Palestiniens. C'est une responsabilité historique, que les Européens ne peuvent pas négliger. » Pour les anciens prisonniers, résister, c'est à présent dénoncer les conditions de vie en prison. Ils demandent aux associations de défense des droits de l'homme de visiter les prisons palestiniennes. Particulièrement dans le cas où les prisonniers font fait des grèves de la faim, comme celle de Samer Issawi ou Ayman Sharawneh qui dure depuis plus de 6 mois. Lorsque les résistants Palestiniens ont capturé Gilad Shalit, la France, parce qu'il porte la nationalité française, a fait beaucoup d'efforts pour le libérer, alors que Salah Hamouri croupissait dans les prisons israéliennes sans que personne ne fasse rien pour lui. Pour Allam c'est de la discrimination. Il demande au gouvernement français de ne pas dire que les résistants Palestiniens sont des terroristes. La Résistance est un droit. Israël est un pays qui ne respecte pas les décisions des nations unies. « Aucun Palestinien ne vit une vie normale. Même sorti de prison, on est encore à moitié prisonnier parce que la Palestine est toujours occupée par les Israéliens, et que trop sont encore enfermés dans les geôles israéliennes. On ne peut pas dire qu'on est libre, sauf quand notre peuple tout entier sera libéré. » A sa libération, Allam espérait que plus de prisonniers auraient été relâchés. Lui ils l'ont déplacé loin de sa terre. Il devrait avoir le droit de vivre près de sa famille. Mais les Israéliens interdisent à ses proches de venir à Gaza. Ils empêchent des familles de sortir du territoire pour visiter leurs parents. Par exemple, un prisonnier de Gaza a envoyé son fils en Cisjordanie pour voir sa famille. Mais les Israéliens lui ont interdit de revenir dans la bande de Gaza ! Même chose pour des femmes de prisonniers de Gaza dont la famille est en Cisjordanie. « Ce sont des crimes contre les Droits de l'Homme ». Depuis sa sortie de prison, Allam s'est marié et est devenu père. Mazen, 19 ans en prison. (décembre 2013) Mazen a passé 19 ans en prison. Parce qu'il a résisté contre l'occupation, il a été condamné à une peine de réclusion à vie pendant la première Intifada alors que le climat général était à la résistance. Il appartenait à la branche armée du FPLP, appelée « L'aigle rouge » à l'époque. Après avoir tué un soldat israélien il a été capturé en 1993. Il est allé dans plusieurs prisons. Au début, Mazen a été placé en isolement à la prison de Ramle, puis au cours de sa peine il a été transféré dans différentes prisons : Ashkelon, Nafha et Ramon. Après son arrestation, il a tout d'abord été interrogé par la shabak, la police secrète. Cet interrogatoire dure parfois 4 ou 5 mois. Au cours de celui-ci, tous les moyens possibles pour faire parler les prisonniers sont utilisés : torture physique, psychologique. Il est ensuite passé devant une cour militaire. Les prisonniers y sont jugés selon des lois militaires datant de l'époque du mandat britannique. La vie en prison est très difficile. L'enfermement est dur à vivre. Les soins médicaux sont précaires, la nourriture mauvaise. En tant que prisonniers militaires, ils n'ont pas les mêmes droits que les prisonniers civils. Par exemple, ces derniers ont droit aux visites de leur famille, à de meilleurs soins. Ils obtiennent des permissions au bout d'un certain temps. Les résistants Palestiniens n'ont pas le droit à toutes ces choses. Durant ses 19 ans d'emprisonnement, il n'a pas eu souvent l'occasion de voir sa famille. Il a pu parfois passer des années entières sans une seule visite. Au début de sa peine, il est même resté 5 ans sans les voir. Il y avait aussi des conditions spéciales pour les courriers. Les lettres sont contrôlées avant d'être envoyées aux familles. Il faut parfois un an pour qu'un courrier arrive à destination.
  24. 24. Les prisonniers sont tous là pour les mêmes raisons : la résistance. Plusieurs choses les unissent : la cause Palestinienne, les affinités politiques... De toute façon, tous subissent l'occupation israélienne de la même manière. Pour cette raison, ils doivent être unis, comme une famille. Ils avaient droit à deux sorties par jour, le matin et le soir, 1h30 à chaque fois. Soixante détenus sortent en même temps dans une cour d'à peine 400m. Dans la prison, ils organisent des programmes pour se cultiver. Ils essayent de lire des livres, ils parlent politique, société. Il y a une TV, mais avec seulement 11 chaînes. Ils l'utilisent pour s'informer des actualités. C'est leur vie quotidienne. Mazen est sorti de prison le 18 octobre 2011. Il avait 19 ans en y entrant, presque 40 ans à sa sortie. Le retour à la vie civile est difficile. Sa joie d'être libéré était assombrie par la pensée de ses camarades toujours derrière les barreaux. Et puis il n'a pas pu revoir certains membres de sa famille. Sa mère est morte alors qu'il était emprisonné. Son frère a été tué pendant la guerre de 2008. « C'est pas facile lorsque tu passes plus de 19 ans en prison de retrouver une activité. » Il a gardé des habitudes de la prison qu'il n'a pas réussi à abandonner. Pas facile aussi de s'intégrer dans la vie quotidienne. D'abord parce que l'occupation est toujours là. Ensuite parce que en 19 ans, le monde a beaucoup changé. Quand il a été arrêté, il n'y avait pas d'ordinateurs, pas de téléphone portable, pas d'internet. Il essaye malgré tout de s'en sortir. A sa sortie de prison, il a eu une aide du gouvernement de Ramallah. Il n'a pas de travail encore mais il étudie à l'université. Il s'est marié et il a eu un enfant. Sa liberté est conditionnée à celle de son peuple. Personne ne peut accepter que la Palestine reste encore occupée. « On déteste Israël parce qu'il nous occupe. Sinon on pourrait vivre ensemble. » Pour avoir une vie normale, il faut que l'occupation cesse. Par exemple, cela fait un an qu'il est sorti de prison, mais à cause du blocus il n'a pas pu quitter la bande de Gaza. « La situation ici ne permet pas une vie normale ». Rencontre avec les parents de Omar, combattant des brigades prisonnier : Les parents de Omar vivent à Beach Camp, un camp de réfugié au coeur de la ville de Gaza. L'intérieur de leur maison est modeste. A cette heure, l'électricité est coupée et la seule lumière qui éclaire la pièce est celle du soleil déclinant à travers l'ouverture de la porte. Un immense portrait de Omar est accroché sur un mur de la pièce. Le père du prisonnier parle fort et de manière volubile. Un ami de la famille nous explique à voix basse que l'arrestation de son fils a été un choc pour lui. Au fil des ans, sa raison a décliné. C'est la mère qui se charge de raconter son histoire. Omar Issa Messaoud a été capturé en 1993 pendant la première Intifada, et jugé pour avoir tué un israélien. Il avait seulement 17 ans. On l'a condamné à trois fois une peine de perpétuité. « Les Israéliens ont beaucoup tué » dit la mère. « Des Arabes, des Palestiniens, des étrangers, des journalistes, des enfants. Il y a même des étrangers dans les prisons israéliennes ! Ils ont beaucoup tué. Ils ont tué des civils, des innocents. Les passagers du Marmara portaient-ils des armes ? Mon fils a tué un soldat. Et alors ? C'est seulement justice ! Il a défendu sa terre occupée. » Elle savait qu'il faisait partie du FPLP, mais elle ne savait pas qu'il s'était engagé dans la lutte armée. Cela fait maintenant 23 ans que Omar est en prison.Tous les quatre mois, elle a droit à une visite de 45 minutes pour voir son fils, enfermé dans la prison de Ramon. Elle ne peut le voir qu'à travers un glace et ne lui parler que dans un combiné. Au moment de partir, elle embrasse la vitre à défaut de pouvoir serrer son fils dans ses bras. La vie dans les geôles israéliennes est terrible. Régulièrement, les prisonniers sont battus, victimes de brimades ou de tortures. Les repas sont immondes. Il y a dans les prisons une sorte de cafétéria où les prisonniers doivent acheter leur propre nourriture. Ce sont les familles qui doivent envoyer l'argent nécessaire. Parfois la nourriture est périmée. L'enfermement et l'absence de sortie causent des maladies de peau et des articulations. Dans le passé, la mère de Omar visitait également un étranger enfermé avec son fils et qui n'avait pas de famille sur place. Elle leur envoyait des vêtements à tous les deux. Mais depuis sept ans, depuis le blocus, les familles des prisonniers de Gaza n'ont pas pu leur envoyer d'affaires. Et maintenant les Palestiniens ne peuvent plus visiter les étrangers en prison.
  25. 25. Omar a été condamné en même temps que trois autres. Ceux-là ont été libérés lors de l'échange avec Shalit, mais son fils a du rester en prison. Elle est triste et fière à la fois que son fils soit en prison. Elle garde l'espoir qu'il sera relâché un jour. En attendant, elle ne manque pas une visite. Elle ira visiter autant de prisonniers qu'elle pourra, car tous ont besoin de leur soutien. Omar sera finalement libéré en octobre 2013, dans le cadre des négociations entre l'autorité palestinienne et le gouvernement israélien. Rencontre avec les parents de Rami, martyr des Brigades Abu Ali Mustafa. « Rami a connu la vie de tout Palestinien, la vie d'un peuple qui subit l'occupation. A peine ses yeux ouvert sur le monde, il a vu son père et ses oncles en prison. Cela a semé en lui dès son plus jeune âge les germes de la résistance et lui a fait détester l'occupation. » Avant lui, son père aussi avait participé à la résistance. Il a donné à son fils son nom de guerre : Rami. Son oncle a été tué lors de la bataille de Karameh en Jordanie. Sa mère aussi a connu les geôles israéliennes. Les visites que Rami a fait en prison pour voir sa famille l'ont profondément marqué, quand il a vu comment les soldats traitaient les détenus. Elles ont nourri son ressentiment contre l'armée israélienne. Un jour, des soldats ont investi la maison de sa famille. Ils lui ont demandé son nom et celui de son frère. En apprenant qu'ils s'appelaient Rami et Khalil, les noms de deux villes palestiniennes, ils se sont moqués d'eux en disant que malgré leur nom, c'était eux qui occupaient ces villes. C'est ainsi que, petit à petit, poussé par les événements personnels et par la situation globale autour de lui, Rami est entré en résistance et a intégré l'aile armée du FPLP, les brigades Abu Ali Mustafa. Sa famille savait juste qu'il faisait partie du FPLP. Pour le reste, le secret était de mise. Mais ses parents n'ont pas été surpris d'apprendre sa mort, un jour de février 2008, découvrant du même coup son engagement. Leur fils a été tué dans des combats près de la colonie israélienne de Nahel Oz. Ces drames sont courants dans la société palestinienne. «Lorsque nous avons appris qu'il était mort au combat nous n'avons pas été choqué, c'est chose courante ici, c'est la faute à la situation générale. Quand il y a une occupation, il y a des résistants. Quand il y a des résistants, il y a des martyrs » dit sa mère. « La résistance est un héritage pour les Palestiniens. Le père la transmet à ses fils, le fils à ses enfants. » Ses parents ne regrettent pas le choix de leur fils et sont fiers de son engagement. « C'est lui qui a choisi son chemin, personne ne pouvait l'obliger à s'en détourner. » Aujourd'hui, ils soutiennent toujours la résistance. « C'est clair pour tout le monde qu'il n'y a pas d'autre choix que la résistance. » affirme le père. « Ca fait vingt ans qu'on négocie avec les Israéliens et ça n'a rien amené pour les Palestiniens. Ce qu'on perd par la force, on ne peut le reprendre que par la force. » Après sa mort, les camarades de combat de Rami sont venus trouver ses parents pour leur raconter sa fin, et leur donner un enregistrement de leur fils, réalisé dans l'éventualité d'un tel dénouement. Le FPLP ne donne pas d'argent aux familles des martyrs, afin de ne pas mercantiliser leur sacrifice, contrairement à d'autres partis. C'est un principe. Mais chaque année ils organisent des commémorations pour les martyrs, afin que leur mort ne soit pas oubliée et pour ranimer la flamme de leurs idéaux.

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