*Jerricane Editions*
Under Pressure
Atef AttiaUnder Pressure        (Nouvelle)    -Jerricane Editions-
“Turn on, I see red                      Adrenaline crash and crack my head                               Nitro junkie, pa...
6h40        _ ‘’Chériiiiiiiiiiiiiiiiiii, tu vas être en retard !!!!’’        _ ‘’Voilà, voilà maman, j’me lève !!’’D’un bo...
Under PressureCette idée le fit sourire de toutes ses dents. En fait iln’arrivait toujours pas à croire qu’après des heure...
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Under Pressure       _ ‘’ Et surtout garde la tête froide fiston, tu saisque les chauffards…’’ commença son père par-dessu...
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Under PressureAprès avoir fait deux fois le tour du parking et ignoré pasmoins de huit places vacantes, il se décida pour ...
Under Pressure6h45       _ ‘’Le petit déjeuner des champions !’’ lui dit samère avec un sourire complice.Œufs brouillés, j...
Under Pressurene supporte aucune de mes amies... Ce sera notre petitsecret, rien que tous les deux d’accord ?’’Son sourire...
Under PressureOh mon dieu je vous en supplie, faites que ce ne soit pasce que je pense.Il hésita un moment puis se résigna...
Under PressureC’est alors qu’il fut tiré de sa rêverie par un cri de joiestrident :       _ ‘’Ah voilà !!! C’est par là qu...
Under PressureNon seulement elle l’étouffait avec ses recommandationsexagérées mais en plus elle s’écriait comme une pucel...
Under PressureDans un geste qui lui parut durer une éternité, il ouvrit laportière et se décida enfin à sortir. Ses jambes...
Under PressureAu loin l’autre type continuait à se morfondre enexcuses : Je… Confus… Regrette de… Pardon… Merci…Au revoir…...
Under PressureEn tout cas, fierté ou pas il se garda bien d’en faire part àson père qui n’était pas exactement le genre à ...
Under Pressure13h08       _ ‘’Alors, on y va ma couille ?’’ Lui demandaquelqu’un dont il avait complètement oublié le nom....
Under Pressure  En jetant un rapide coup d’œil au compteur il vit qu’ilfaisait du 110 Km/h. Il ne se risquerait pas à alle...
Under Pressurejamais compris cette manie surnaturelle qu’avaient lesflics de vous tomber dessus en sortant de nulle part e...
Under Pressurecon mieux c’est. Putain pour une fois qu’ils ontl’occasion de s’en donner à cœur joie ils vont pas s’enprive...
Under Pressure     _ ‘’Tes papiers et ceux du véhicule, enVITESSE !!!’’ Aboya le flic.Non sans peine il décolla ses doigts...
Under PressureIl remarqua quand même que le flic ne lui avait pas rendusa carte d’identité et n’avait pris aucune note. Ça...
Under Pressurecoup il ne se soucia plus de son permis, de l’amende oude leur procès verbal. De rage, il se sentait capable...
Under PressureIl se retourna complètement vers lui, plongea ses yeuxdans les siens et lui souffla entre les dents d’une vo...
Under PressureIl prit les papiers et les rangea dans la boite à gants. Ilremit le contact et reprit la route.Coup de pot. ...
Under Pressure6h50  Il passa une nuit horrible. Un vrai supplice, sa têten’avait pas cessé de le marteler. La douleur suiv...
Under PressureŒufs brouillés, jus d’orange. Il y avait aussi quelquestartines à la confiture dont la vue lui souleva l’est...
Under PressureQuand vous passiez une sale nuit il y aura toujoursquelqu’un le lendemain pour vous demander si vous enaviez...
Under PressurePour ne rien arranger, son prof d’économie (qui n’avaitvisiblement rien à battre de sa mine de déterré) leur...
Under Pressurenarguer, il se mit à clignoter de sa lumière bleuphosphorescente : Play. Play. Play. Play.Bordel…mais tu vas...
Under Pressurecheveux et j’ai même pas pu réviser mon coursd’économie ce qui fait que mon interro je l’ai dans lecul… Alor...
Under Pressureimportance maintenant parce que tu vas être en retardpour l’école mon bébé ! ‘’        _ ‘’En retard ou pas,...
Under Pressure       _ ‘’Rien dans le ventre, rien de rien…’’Cette fois la panique fondit impétueusement sur luicomme un c...
Under Pressureeffronterie. Dans tout ce brouhaha, il lui sembla mêmequ’il lui adressa un clin d’œil espiègle.Ce fut le dét...
Under Pressure             Extrait du journal local :…aucune thèse n’a encore été avancée pour lemoment pas plus que l’ide...
Under PressureMr D. se trouvait deux kilomètres plus loin ; il étaitaccompagné de sa femme qui a été admise àl’hôpital en ...
« Under Pressure » de Atef Attia est mise à disposition selonle contrat Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unporteddis...
(N o u v e l l e)■ Jerricane Editions ■
Atef Attia                   Under PressureSur la route, une merde est vite arrivée. Surtout si onest un jeune blanc bec a...
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  1. 1. *Jerricane Editions*
  2. 2. Under Pressure
  3. 3. Atef AttiaUnder Pressure (Nouvelle) -Jerricane Editions-
  4. 4. “Turn on, I see red Adrenaline crash and crack my head Nitro junkie, paint me dead And I see red Oh then I burn, Fuel is pumping engines, Burning hard, loose and clean, And then I burn Quench my thirst with gasoline, So give me fuel, give me fire Give me that which I desire” Metallica / Fuel‘’Quand c’est oranger on ralentit parce que le suivant c’est rouge… Et quand c’est rouge on s’arrête !’’ Le Flic
  5. 5. 6h40 _ ‘’Chériiiiiiiiiiiiiiiiiii, tu vas être en retard !!!!’’ _ ‘’Voilà, voilà maman, j’me lève !!’’D’un bond il était hors du lit.‘’Et comment que je vais me lever pensa-t-il, aujourd‟huic‟est le grand jour !! Je vais frimer à mort devant tousles copains !!’’Il alla à la salle de bain et y fit sa toilette en vitesse.‘’Mademoiselle, puis-je vous raccompagner ? Oui, mavoiture est juste garée là. Pardon ? Mais, très chère çafait fort longtemps que j‟ai eu mon permis, niarf, niarf,niarf !!!’’ 5
  6. 6. Under PressureCette idée le fit sourire de toutes ses dents. En fait iln’arrivait toujours pas à croire qu’après des heures et desheures d’entraînement acharné, un sacré paquet de fric etdes tonnes de paperasse, il avait finalement réussi àobtenir ce fameux bout de papier, objet de convoitise detous les mâles post-pubères de son espèce et qui luiautorisait très officiellement de conduire n’importe quelvéhicule à quatre roues de type B. J’ai nommé : lePERMIS !!!!! Il se souvenait encore de la voix de son moniteur luidéversant son flot de recommandations, de consignes, detrucs et astuces diverses (et aussi un nombre nonnégligeable de blagues graveleuses à deux balles qu’ilavait écouté avec une patience forcée).Il se souvenait aussi de toutes les fois où il avait fait calerla voiture à un feu vert (en tête de file, bien évidemment)ou sur une pente raide (putain de démarrage en côte) cequi lui avait valu une pluie de klaxons et d’injures de lapart des autres automobilistes, toujours trèscompatissants envers les auto écoles. Enfin, il se remémora la fois où, amorçant un créneaule jour de l’examen final il avait vu au rétroviseur levisage de son moniteur se déformer violemment et virerau cramoisi. Il avait alors compris in extremis qu’il étaitsur le point de toucher le bord du trottoir, de foirer sonépreuve et de dire adieu à tous ses efforts. Luttant contreune crise de fou rire, il avait redressé la voiture la plaçantcorrectement entre les deux barres avec un cri detriomphe. Cela dit il n’oublia jamais l’expression de sonmoniteur ce jour là et à chaque fois qu’il le revoyait parla suite ou qu’il exécutait un créneau, cette images’imposait à lui et il éclatait de rire systématiquement. 6
  7. 7. Under PressureTant de souvenirs, mais il y était finalement arrivé et iln’en était pas peu fier ! Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule,son père lui avait fait la surprise de lui offrir une voiture.Une petite cylindrée d’occasion. Pas une bête de coursescertes, mais qui avait un sacré tempérament.‘’Le temps que je prenne ma retraite, tu pourras l‟utiliserà ta guise fiston.‟’ Lui avait dit son père.Et c’est vrai qu’il crevait d’envie d’aller à la fac avec. _ ‘’Chériiiiiiiii, tu vas être en retard !!’’ _ ‘’voilà, voilà, j’arrive m’man !’’Il fourra quelques livres et cahiers dans son sac à dos, sedonna quelques coups de peigne sur ses cheveux, puis surla commode : Les clés, les clés, les clés !!! Il descenditensuite à la cuisine où l’attendaient son père, sa mère etson petit déjeuner. Œuf brouillés, jus d’orange. _ ‘’Le petit déjeuner des champions mon chéri!’’lui dit sa mère avec un sourire complice.Il avala le tout d’un trait, manqua de peu de s’étoufferpuis ses ressaisit. _ ‘’Bon. Alors à ce soir !!!’’ leur dit-il avec sonplus beau sourire. _ ‘’A ce soir mon chéri ! N’oublie pas ta ceinturede sécurité’’ lui recommanda sa mère. 7
  8. 8. Under Pressure _ ‘’ Et surtout garde la tête froide fiston, tu saisque les chauffards…’’ commença son père par-dessusson journal. Mais la porte s’était déjà refermée.7h10 Il jeta son sac à dos sur la banquette arrière, s’installaau volant de sa voiture et mit le contact.« …Coté météo encore du beau temps en perspectiveavec des températures comprises entre 22 et 25 degrés,bref que du bonheur auditeurs de KLFM, la plus belledes radios, celle qui vous aime... retour à la musiqueavec… » _ ‘’Que du bonheur tu l’as dit ma couille !’’ Il entama la sortie du garage. Une file de voitures sepressait devant lui. Il attendit une, puis deux minutes…La file était toujours aussi longue.Sa maison se trouvait en bordure d’une avenue principalequi était quasiment sillonnée en permanence de voituresroulant parfois jusquà 60 Km/h. Aux heures de pointec’était encore pire comme c’était le cas aujourd’hui, cequi rendait ses sorties du garage un vrai calvaire.Malgré les appels répétitifs des riverains pour installerdes dos d’ânes sur cette portion de route, la municipalitéfaisait la sourde oreille. Généralement elle ne se décidaità agir qu’en période d’élection ce qui n’arriverait quedans deux ans, alors… _ ‘’Et bien sûr, pas un connard pour céder le passage…’’ grommela-t-il. 8
  9. 9. Under PressureIl réussit enfin s’engager sur la route (en coupantlittéralement la voie à un autre automobiliste) alors qu’ilcommençait sérieusement à perdre patience.7h45 La fac n’était plus qu’à quelques centaines de mètresdevant lui. Son sourire s’élargit : ‘’Nous y voilà !!’’. Ilajusta les lunettes de soleil sur son nez, dégrafa saceinture de sécurité (trop ringard, la ceinture) et monta àfond le son du poste radio qui se mit à gueulerbruyamment. La première chose qu’il avait faite lorsqu’il eut savoiture n’avait pas été de s’acheter des tapis neufs, nonplus de s’acheter une nouvelle couverture pour les sièges,encore moins de s’acheter les produits d’entretien de basetel que la bombe odorante, la peau de chamois ou lebrillant pour tableau de bord. Non, la première chosequ’il fit avait été de claquer la montage de fric quiconstituait ses dernières économies dans un attirail desonorisation monstre.La totale : Le poste radio cassette, Mp3, USB, chargeurdouze Cd’s avec télécommande plus quatre haut parleursKenwood sans oublier l’amplificateur Sub-woofer NoisyBastard pour bien amplifier tout ça et transformer ainsi lavoiture en Rave Parade sur quatre roues. Elle faisait dubruit et il aimait ça. _ ‘’Alors, voyons voir... Où vais-je bien pouvoirgarer ma Ferrari ? Là. Trop de soleil… Ici ? Rentrerajamais… Là… Ah non, pas assez en évidence. ‘’ 9
  10. 10. Under PressureAprès avoir fait deux fois le tour du parking et ignoré pasmoins de huit places vacantes, il se décida pour unemplacement satisfaisant où il put se garer.Il prit son sac à dos, verrouilla les portières et pritquelques secondes pour contempler sa voiture d’un œilamoureux. _ ‘’A ce soir ma belle !’’18h30 _ ‘’Alors fiston, bonne journée ?’’ _ ‘’Super papa ! La caisse est d’enfer !!!’’ 10
  11. 11. Under Pressure6h45 _ ‘’Le petit déjeuner des champions !’’ lui dit samère avec un sourire complice.Œufs brouillés, jus d’orange, trois tartines de Nutella.Il commença à ingurgiter tout ça lorsque sa mère luilança d’un air détaché : _ ‘’Tiens, j’irais bien faire un tour moi, cet après-midi…’’Il déglutit en silence et reposa sa tartine sans lever la tête.Il savait très bien ce que ça voulait dire. Il ne connaissaitque trop bien cet air détaché que prenait sa mère, l’air deparler de la pluie et du beau temps. Qu’elle ait justementchoisi l’unique après-midi de libre de son fils pourétudier la possibilité d’aller faire un tour dieu sait oùn’était d’aucune façon lié au hasard. Tout ça puait lapréméditation et s’il avait levé la tête, il aurait trouvé samère qui le contemplait de ses yeux avides comme unfaucon repérant son prochain déjeuner.Il savait. Elle savait. _ ‘’M’enfin m’man…’’ protesta-t-il sans grandeconviction. _ ‘’Oh mais ça ne prendra pas longtemps monchéri, tu me déposes et tu t’en vas! Une de mes copinesvient tout juste d’emménager dans sa nouvelle maison etelle me bassine pour venir la voir depuis un bail. Et puisen plus je n’ai pas envie de le dire à ton père, tu sais qu’il 12
  12. 12. Under Pressurene supporte aucune de mes amies... Ce sera notre petitsecret, rien que tous les deux d’accord ?’’Son sourire était désarmant. _ ‘’Bon… Tu connais l’itinéraire au moins ?’’ demanda-t-il, râleur. _ ‘’Mais bien sûr mon chéri, bien sûr.’’Il savait qu’il était foutu et qu’il n’avait aucune chance. _ ‘’Bon bon d’accord.’’Il se maudissait intérieurement de sa couardise.15h37 La circulation était un vrai supplice. Les gaz des potsd’échappement, en plus de rendre l’air irrespirable,faisaient grimper le mercure déjà assez élevétransformant la voiture en une vraie fournaise. Et commesi ça ne suffisait pas, tous les feux s’étaient ligués contrelui virant immanquablement au rouge dès qu’ils’approchait. Il avait toujours pensé que l’unique but desfeux était de vous faire patienter jusqu’au prochain.Il continua néanmoins de rouler péniblement en suivantles directives de sa mère. Au bout d’un moment il remarqua que les silences sefirent de plus en plus longs. 13
  13. 13. Under PressureOh mon dieu je vous en supplie, faites que ce ne soit pasce que je pense.Il hésita un moment puis se résigna à poser la questiondont il connaissait déjà la réponse. _ ‘’Maman, c’est par où maintenant ?’’Sa mère garda le silence un instant puis, d’un air confus : _ ‘’Et bien, tu vas rire mais je crois qu’on auraitdu prendre la dernière sortie à droite…’’Et bien non, je vais pas rire du tout. Mais alors pas dutout… _ ‘’Bon, c’est pas grave. On n’aura qu’à tourner àdroite au prochain tournant.’’ Dit-il en essayant dedissimuler son exaspération.Ils arrivèrent à un enchevêtrement de routes diverses.Cette fois il ne prit même pas la peine de poser desquestions, ils étaient bel et bien perdus. Inutile deharceler sa pauvre mère qui avait gardé le silence, grandbien lui en fasse.Il bifurqua ici et là, allant de droite à gauche et annulantmentalement ses projets pour les trois prochaines heures.Il ne put dire qu’il était totalement surpris de se trouverdans la merde. Comme le lui avait maintes fois répété sonpère, sa mère avait le don de les mettre toujours dans lessituations les plus délicates. Et plus il avait su dès lemoment où il avait accepté de la déposer qu’une crotte dece genre arriverait. 14
  14. 14. Under PressureC’est alors qu’il fut tiré de sa rêverie par un cri de joiestrident : _ ‘’Ah voilà !!! C’est par là qu’il faut allermaintenant !!!’’ Elle trépignait comme une petite fille dequatre ans.Il suivit patiemment ses directives. En effet ilcommençait à reconnaître lui aussi la zone. _ ‘’Tu vois bien que je connaissais la route !’’ luilança-t-elle avec un air de triomphe non dissimulé.Il la contempla un instant. Le pire c’est qu’elle étaitsérieuse. _ ‘’Mais bien sur maman…’’Arrivés à destination, sa mère descendit de voiture etavant de claquer la portière lui déversa son flot deconsignes élémentaire du genre : regarde bien à droite età gauche avant de t’engager sur une route, n’oublie pas taceinture, arrêtes-toi aux feux, pas trop de vitesse. _ ‘’Je ferai attention m’man ! A plus’’16h30 Maintenant que sa mère était partie il se sentait mieux.Triste à dire mais pas faux. Il était soulagé, plus léger etlibre comme l’air. Elle l’avait terriblement stressé commeà chaque fois qu’elle montait en voiture avec lui. 15
  15. 15. Under PressureNon seulement elle l’étouffait avec ses recommandationsexagérées mais en plus elle s’écriait comme une pucelle àchaque fois qu’une voiture les doublait, qu’il dépassait lavitesse de 50 km/h ou qu’elle voyait un agent decirculation en poste. De plus elle insistait toujours pourprendre des raccourcis foireux qui faute d’abréger laroute la rallongeaient considérablement. Les raccourcisen question étaient presque exclusivement des portionsde routes tellement mal en point qu’il en avait mal pourses pauvres amortisseurs.En tout cas il était sur le chemin du retour à présent et ilétait bien content d’en avoir fini avec cette corvée.Il commença même à siffler gaiement lorsqu’une voitureblanche voulant doubler le serra de près. Trop près. Iln’eut pas le temps de réagir, juste le temps d’entendre unbref claquement sourd.16h42 Il ne se rendit pas compte tout de suite de ce qui sepassait. Il se vit juste mettre le clignotant et se rangerdocilement sur le bas coté. Il vit l’autre voiture en faireautant et se placer devant lui. Il ne descendit pas devoiture, l’eut-il voulu il n’y serait pas arrivé tellement sesjambes tremblaient.Cette fois ça y est mon coco, tu l‟as dans l‟os et pour debon… pensa-t-il. 16
  16. 16. Under PressureDans un geste qui lui parut durer une éternité, il ouvrit laportière et se décida enfin à sortir. Ses jambes arrivaientencore à le soutenir ce qui était un bon début.A ce moment là il y avait une multitude de chosesauxquelles il aurait pu ou du penser, mais la seule qui luivint à l’esprit avait été :Il faudrait vraiment penser à la laver cette bagnole, ellecommence à devenir crasseuse.Fascinant ce que le cerveau humain était capable dedébiter comme conneries à des moments qui ne s’yprêtaient vraiment, mais vraiment pas.Il sentit distraitement qu’on lui parlait. Une voix quisemblait parvenir d’un million d’années lumières luidisant quelque chose comme : Je… Désolé… Pas vu….Arrivé si vite… Terriblement confus…. Allez bien ?Le temps d’assimiler ce que lui disait ce connard dechauffard qu’il entendit une autre voix prendre la parole,une voix posée, calme et étonnamment logique. Il serendit compte avec stupeur qu’il s’agissait de la sienne. _ ‘’Non écoutez, ne vous en faites pas. Regardezc’est juste une égratignure, vous m’avez juste effleuréavec votre pare-chocs arrière. Un bon coup de chiffon etelle n’y paraîtra presque plus. Mais faites gaffe à l’avenirmon vieux, ça aurait pu être pire.’’Toujours au ralenti (il se faisait l’impression d’avoirsniffé de la colle) il contempla pour la première fois lepoint d’impact sur la carrosserie. En effet, ce n’était pasbien grave. Juste une petite éraflure qui partiraitprobablement avec un bon coup de chiffon. 17
  17. 17. Under PressureAu loin l’autre type continuait à se morfondre enexcuses : Je… Confus… Regrette de… Pardon… Merci…Au revoir…Il avait voulu dire à cet enfoiré:„‟Hé, pas si vite mon pote ! Si tu permets je vais juste tedéfoncer la gueule avec un démonte pneu et ensuite jevais déglinguer ta caisse pièce par pièce, rien que pourla trouille bleu que tu m‟as foutu ! Ça te va ?‟‟Au lieu de quoi la voix extraterrestre sortit de nouveau desa bouche : _ ‘’Y’a pas de mal. Au revoir !’’Il se surprit à serrer la main du type, retourner à savoiture, remettre le contact et reprendre tranquillement laroute comme si de rien n’était. Ce n’est qu’à ce momentlà qu’il reprit enfin ses esprits et un certain contrôle surce qui se passait.Juste une éraflure. Super. Son père ne lui cassera que lesdeux jambes.Mais d’un autre côté, comme il l’avait fait remarquer(Non, comme l‟autre lui l’avait dit) ça aurait pu être bienpire. Lui qui sortant de sa voiture s’attendait à voir touteson aile gauche disparue sous l’impact…Et puis en plus, maintenant qu’il était seul, il pouvait sel’avouer. Il se sentait bizarrement… content. Son premieraccrochage, il en était un peu fier ! Comme un garçon decinq ans qui exhiberait fièrement sa première cicatrice,séquelle d’une chute dans un terrain de jeu quelconque.Lui il avait eu à présent son premier accrochage. 18
  18. 18. Under PressureEn tout cas, fierté ou pas il se garda bien d’en faire part àson père qui n’était pas exactement le genre à saisir toutela portée symbolique de la situation.Et de plus il se rendit compte qu’il avait violemmentenvie de faire pipi. 19
  19. 19. Under Pressure13h08 _ ‘’Alors, on y va ma couille ?’’ Lui demandaquelqu’un dont il avait complètement oublié le nom.C’est marrant comme votre côte de popularité grimpaiten flèche lorsque vous possédiez votre propre voiture.Vous deveniez tout d’un coup plus beau, plus drôle, plusintéressant… Tout le monde savait votre nom et savaittoujours où vous trouver. Il se découvrit ainsi un tasd’amis dont il ne soupçonnait pas l’existence,spécialement lorsqu’il faisait une météo de chien.D’ailleurs pourquoi s’emmerder à prendre le métrolorsque votre ‘’pote’’ avait sa propre voiture ?A vrai dire il était loin de s’offusquer de cette idée. Aucontraire, il adorait sa notoriété soudaine et en savouraitchaque moment. Aujourd’hui pour rentrer ils étaientquatre avec lui : Trois réguliers et un petit nouveau. _ ‘’La première règle est : on ne parle pas duFight Club !’’ répondit-il en pouffant de rire. _ ‘’Hein ?’’ _ ‘’Non rien, laisse tomber. On y va ma couille !’’13h22 _ ‘’Ohlala, mais elle a rien sous le capot ta caisseou quoi ?’’ Lui demanda celui dont il ne se rappelaitdécidément pas le nom. 21
  20. 20. Under Pressure En jetant un rapide coup d’œil au compteur il vit qu’ilfaisait du 110 Km/h. Il ne se risquerait pas à aller au delà,non pas parce qu’il avait la trouille mais parce qu’avec lamusique qui gueulait à fond (à ce stade là ce n’était plusde la musique mais du bruit à l’état brut) et les quatrezouaves qui faisaient les cons derrière en braillant,ricanant bêtement et posant des questions plus débiles lesunes que les autres, il avait toutes les peines du monde àse concentrer. Sans compter qu’il sentait poindre unevive douleur au niveau de sa tempe droite qui pulsait aumême rythme que son coeur.Il allait dire à ses copains de la fermer un peu quand il vitle feu vert à deux cent mètres devant lui se mettre àclignoter.Meeeeerde !!!Inutile d’essayer de freiner, ça ne servirait rien il étaitdéjà sur les chapeau de roues. A moins qu’il ne veuilletenter un triple tonneau avant.J‟vais y arriver, j‟vais y arriver, j‟vais y arriver…Le feu vira à l’oranger quand il le dépassa en vitesse. Ala périphérie de son champ de vision il vit un autrevéhicule à côté de lui freiner juste à temps et s’arrêter inextremis. Il comprit bien trop tard pourquoi l’autreconducteur avait fait ça. _ ‘’Enfoiré !!’’ poussa-t-il entre ses dents.Devant lui, comme par enchantement, il vit un uniformebien caractéristique lui faire signe de s’arrêter. Il n’avait 22
  21. 21. Under Pressurejamais compris cette manie surnaturelle qu’avaient lesflics de vous tomber dessus en sortant de nulle part et pileau mauvais moment. En plus ils étaient deux. Ou est cequ’ils se terraient ces salopards ?La bande de crétins derrière lui se mit à pousser des‘’Houuuuuuuuu’’ grotesques. Il n’eut pas d’autre choixque de se ranger docilement sur le bas côté et attendrepatiemment que son bourreau vienne prononcer lasentence. Pendant une fraction de secondes, l’idéed’écraser l’accélérateur à fond et de décamper au plusvite lui traversa l’esprit, brièvement mais très clairement.Mais on n’était pas dans un épisode de ‘’Cours après moiSheriff !!’’Tu parles d’une tuile… Il coupa le son de la radio etregarda dans le retro. Un des flics (le plus gradéremarqua-t-il) s’avançait vers lui nonchalamment, lesmains autour de sa ceinture en esquissant un rictussatisfait. Ce rictus ne lui disait rien de bon. Il pouvait déjàlire dans les pensées du gars :„‟Une bagnole bourrée de blancs becs de la haute, excèsde vitesse, pollution sonore, avec un peu de chance jetrouverai deux ou trois canettes de substancesalcoolisées… Je vais me les farcir !!!‟‟ _ ‘’Alors mon vieux, on n’a pas vu que c’était aurouge ? Trop d’soleil dans v’zieux ?’’13h33 Comme toujours il fallait qu’ils commencent par unequestion complètement con. Plus fort qu’eux. Une façonde dire que c’est moi le boss et je t’emmerde. Plus c’est 23
  22. 22. Under Pressurecon mieux c’est. Putain pour une fois qu’ils ontl’occasion de s’en donner à cœur joie ils vont pas s’enpriver.Il fit cependant un effort surhumain pour se maîtriser etdessina un sourire de faux cul sur ses lèvres. Déjà ilsentait ses mains devenir moites et une fine goutte desueur se former sur le haut de son front. Il était certainque le flic le remarquerait aussi, sentant sur lui la peurcomme un requin reniflerait l’odeur du sang à deskilomètres à la ronde.Ce dernier se baissa sur sa vitre en jetant un regard auxoccupants puis son regard se posa de nouveau sur leconducteur. Il attendait visiblement une réponse. _ ‘’Ben heu… Il était oranger monsieur l’agent etje… ‘’ Il regretta aussitôt d’avoir ouvert la bouche. _ ‘’Et bien c’est du pareil au même mon gaillard !Quand c’est oranger on ralentit, parce que le suivant c’estrouge. Et quand c’est rouge on s’arrête !’’ Répliqual’agent.Il serra imperceptiblement le volant dans ses mainsfaisant blanchir les jointures de ses doigts. Il était tombésur un trou du cul de première avec une logique debouseux, c’était bien sa veine. De la banquette arrière luiparvinrent des ricanements étouffés.Bande de salopards… _ ‘’C’est très juste monsieur l’agent, répondit-il,d’ailleurs j’allais effectivement….’’ 24
  23. 23. Under Pressure _ ‘’Tes papiers et ceux du véhicule, enVITESSE !!!’’ Aboya le flic.Non sans peine il décolla ses doigts du volant et ouvrit laboite à gants. Sur le coup il eut la certitude qu’il neretrouverait aucun papier. Il serait dans la merde pour debon et l’agent ne ferait de lui qu’une bouchée. Déjà queleur rencontre n’avait pas démarré sous les meilleurshospices…Il farfouilla longtemps, les gouttes de sueur perlant deplus belle sur son front. La douleur dans sa tempe se fitplus intense. Il finit tout de même par les dénicher sousune pile de Cd’s et de vieux emballages de condimentsdivers.Il les remit à l’agent en luttant contre l’envie tellementséduisante de les lui balancer au visage.Celui-ci fit mine de les lire, puis les fourra dans sa poched’un air satisfait. _ ‘’Bravo mon gaillard, tu viens de gagner un joliprocès verbal assorti d’une toute aussi jolie amende, biengratinée’’ dit-il en s’éloignant de la voiture et rejoignantson coéquipier qui était resté en retrait.„‟Meeeeeeeeerde‟‟Déjà les deux uniformes s’éloignaient avec ses papiers. Ilouvrit la portière et entreprit de les rejoindre. Dans sa têteil faisait le tri des options qui s’offraient à lui. Il se renditcompte avec angoisse qu’elles étaient très limitées, voirequasiment nulles. Manque de pot il n’avait même pas deliquide sur lui pour graisser la patte à ces deux pédés, àsupposer évidemment qu’ils y soient sensibles ce quipouvait très bien ne pas être le cas. Et là… 25
  24. 24. Under PressureIl remarqua quand même que le flic ne lui avait pas rendusa carte d’identité et n’avait pris aucune note. Ça ne lerassura qu’a moitié mais vu les circonstances il préféra yvoir un signe et s’y raccrocha comme un naufragé à unmorceau de bois flottant. Après tout ils avaient peut êtredécidé de l’emmerder un peu en jouant avec ses nerfs.Force est de constater qu’ils y avaient brillamment réussi.On devait sûrement leur apprendre ça à l’école de police. _ ‘’Monsieur l’agent je vous assure que…’’Commença-t-il avec l’intention de faire le maximum delèche cul possible. Il prépara aussi toute un assortimentd’excuses bidon du genre : On a un avion à prendre… ona une fille qui va accoucher d‟une minute à l‟autre… Jeviens de recevoir un appel m‟informant que ma maisonest en feu, et le chat est resté coincé à l‟intérieur… _ ‘’Tu perds ton temps mon gaillard, la loi est lamême pour tous.’’ Rétorqua l’agent sans même daignerle regarder. _ ‘’Mais je comprends parfaitement monsieurl’agent, j’ai été très imprudent, je n’aurais pas du grillerce feu oran… heu… rouge. Je vous promets que ça ne sereproduira plus si vous…’’ _ ‘’Ben je veux mon n’veux !’’ répondit cedernier, cette fois en lui tournant carrément le dos.Ah c‟est comme ça que tu le prends…Cette fois il sentit vraiment toute sa patience s’envoler àmesure que sa migraine gagnait en intensité. Tout d’un 26
  25. 25. Under Pressurecoup il ne se soucia plus de son permis, de l’amende oude leur procès verbal. De rage, il se sentait capable detuer de la façon la plus lente, la plus raffinée et la plusatroce possible. Rien qu’à cet instant il s’imagina leplaisir de sentir le craquement que produirait le cou deMôssieur l’Agent De la Paix lorsqu’il le briseraitsubtilement de ses propres mains.Merde à la taule.Merde à la loi.Et merde à la flicaille de mes deux.Il en était là lorsqu’il sentit une main se poser doucementsur son épaule. C’était le coéquipier. Il avaitcomplètement oublié sa présence. A son grandétonnement il découvrit qu’il était beaucoup plus jeuneque son compagnon, moins empâté aussi et pour uneraison qu’il ne sut définir, beaucoup moins antipathique. _ ‘’C’est bon mon gars, vas dans la voiture je vaislui parler.’’Il ne répondit pas. Il n’avait pas beaucoup le choix nonplus. Il regagna sa voiture en traînant les pieds et repritplace derrière le volant. _ ‘’Alors ma poule ? Tu les as baisé ?’’ C’était lepetit nouveau. _ ‘’Ta gueule.’’ Le coupa-t-il sèchement. _ ‘’Hé ! Mais c’est pas la peine d’êtredésagréable…’’ 27
  26. 26. Under PressureIl se retourna complètement vers lui, plongea ses yeuxdans les siens et lui souffla entre les dents d’une voixaussi froide et tranchante qu’une lame de couteau : _ ‘’Et si je te défonçais ta tronche, là tout de suite,tu trouverais ça désagréable ? Ma poule ?’’Le nouveau le dévisagea un moment, halluciné. Sansdoute lût-il dans les yeux de son ami (plus maintenant àvrai dire) qu’il ne plaisantait pas car il décida de ravalersa langue et de la boucler. Les autres occupants eurentaussi le bon sens de ne pas la ramener et gardèrent euxaussi le silence.Dans le rétroviseur, les deux connards se concertaientencore sur ce qu’on allait bien faire du blanc-bec et deson permis tout neuf. Puis le coéquipier se dirigea verslui. Il voulut déglutir mais se rendit compte que sa gorgeétait sèche.Au moins n’étais-ce pas Robocop qui était venu le voir. Iln’aurait pas supporté de lui adresser la parole uneseconde de plus.Le coéquipier lui tendit ses papiers. _ ‘’C’est ton jour de chance mon gars. Prends çaet file.’’Il n’en crut pas ses yeux. _ ‘’Merci. ‘’ S’efforça-t-il de dire. _ ‘’ Et fais gaffe la prochaine fois… Sinon !’’ _ ‘’Merci.’’ Répéta-t-il tout hautJe t‟emmerde. Pensa-t-il tout bas. 28
  27. 27. Under PressureIl prit les papiers et les rangea dans la boite à gants. Ilremit le contact et reprit la route.Coup de pot. Ce qui venait de se passer était un coup depot phénoménal. Clair. Il était passé à deux doigts duretrait de permis, d’une amende pour excès de vitessesans compter qu’il n’avait même pas mis la ceinture desécurité et si les deux agents avaient poussé leursrecherches plus loin ils auraient découvert qu’il n’avaitmême pas encore payé la vignette.Voilà ce qui s’appelait avoir du cul !En tout cas, chance ou pas sa migraine ne se calma paspour autant. A bord tout le monde gardait un silence deplomb. Personne ne prononça un mot. Il ne prit pas lapeine de remettre en marche le poste radio. Personne nes’en plaignit non plus. Tout compte fait, certains allaientprendre le métro dorénavant.Putain ce qu’il avait mal à la tête. 29
  28. 28. Under Pressure6h50 Il passa une nuit horrible. Un vrai supplice, sa têten’avait pas cessé de le marteler. La douleur suivaittoujours le même schéma : de petits élancements secs quiallaient en s’amplifiant jusqu’à atteindre une ‘’vitesse decroisière’’ et qui demeurait stable pendant quelquesminutes. Le point de départ était généralement sa tempegauche pour se propager ensuite à tout l’hémisphèregauche. Ensuite c’était le processus inverse, la douleurallait en décroissant pour s’estomper un peu, mais jamaisdéfinitivement.Le plus rageant c’était que les médicaments n’avaient euaucun effet sur la chose à tel point qu’il commençait àavoir sérieusement la frousse. Avec tout ce qu’il avaitpris comme cachets il n’aurait pas été étonné d’êtredépendant au paracétamol pour le restant de ses jours.Ce matin il y avait une légère accalmie, mais il avait finipar devenir complètement paranoïaque : il savait que ladouleur était tapie là quelque part au fond de sa tête etqu’elle pouvait ressurgir à n’importe quel moment pourruiner sa journée. Il n’y avait rien qu’il puisse y fairedonc il ne s’en soucia pas pour le moment.Dans l’immédiat ce qui le préoccupait c’était sa tête dansle miroir : il avait la gueule de bois sans avoir pris uneseule goutte d’alcool.6h54 _ ‘’Le petit déjeuner des champions mon chéri !’’Lui dit sa mère. 31
  29. 29. Under PressureŒufs brouillés, jus d’orange. Il y avait aussi quelquestartines à la confiture dont la vue lui souleva l’estomac.Probablement de la confiture de fraise.Il coula un regard en biais à sa mère. Il ne se souvenaitpas exactement du temps où elle avait commencé à luiservir cette réplique de :’’ petit déjeuner des champions’’.Elle semblait trouver ça très drôle et appuyait toujours saphrase par un sourire complice, comme s’il était sensécomprendre ce qu’elle sous entendait. Le fait est qu’iln’y avait jamais accordé d’importance avant aujourd’huiet très franchement il s’en foutait. Déjà que les joursnormaux il ne voyait pas ce que ça voulait dire alors avecla nuit pourrie qu’il venait de passer il ne sentait vraimentpas d’humeur à le découvrir.Il entreprit d’ingurgiter son petit déjeuner. Comme il s’yétait attendu, la confiture était infecte.Tu parles d‟un p‟tit déj… Le champion va bientôt viderses tripes si ça continue…Avec le temps il s’était rendu compte que les œufsbrouillés n’avaient plus aucun goût pour lui à force d’enmanger tous les matins. Il aurait pu tout autant avaler ducarton bouilli pour le plaisir qu’il en tirait. Par contre lejus d’orange, lui, continuait de lui faire le même effet àsavoir la sensation d’avoir un marteau piqueur au fond del’estomac pour le reste de la journée. _ ‘’Bien dormi mon chéri ?’’Et voilà ! LA question à deux balles ! 32
  30. 30. Under PressureQuand vous passiez une sale nuit il y aura toujoursquelqu’un le lendemain pour vous demander si vous enaviez passé une bonne. Obligé.Ben regarde ma tronche et tu verras…Il marmonna quelques mots incohérents puis sereplongea dans son assiette. Rien que de parler, c’était uneffort trop gros pour lui ce matin. _ ‘’Tu as mauvais mine mon poussin, tu es sûrque tout va bien ?’’„‟Mais putain de dieu tu vas la fermer oui ??? C‟est peutêtre à cause du petit déjeuner infecte que tu me serschaque matin que j‟ai aussi mauvaise mine ??? Petitdéjeuner des champions MON CUL !!!‟‟L’espace d’un instant, pendant une fraction de seconde cefut l’horreur. Il crut qu’il avait effectivement parlé à voixhaute et risqué l’incident… Mais l’expression de sa mèrene changea pas, restant dans l’expectative. Il n’en fut quemoyennement soulagé. Mieux valait la fermer et se tirerd’ici au plus vite il était passé à deux doigts d’hurlercontre sa mère. _ ‘’Oui oui m’man ça va… Faut que j’y aille !’’16h15 _ ‘’Waw !! T’as une gueule de déterré !’’C’était la dixième fois qu’on lui faisait la remarquedepuis ce matin et ça commençait à bien faire. Il fautcroire que ce n’était pas son jour. 33
  31. 31. Under PressurePour ne rien arranger, son prof d’économie (qui n’avaitvisiblement rien à battre de sa mine de déterré) leur avaitfait passer à tous un contrôle surprise.L’enflure.1h49 Il était au volant de sa voiture, incendiant le bitume etavalant les kilomètres. Il essayait de se focaliser sur laroute mais n’y arrivait pas. Il faisait trop noir et malgréles phares allumés, il ne discernait pas plus que le bout deson capot. De plus la musique gueulait à plein régime ce quil’empêchait de se concentrer. _ ‘’Ohlala, mais elle a rien sous le capot ta caisseoù quoi ? ‘’ lui demanda une voix dans son dos.Il voulut dire à ce connard de la boucler et de s’occuperde ses oignons, mais lorsqu’il jeta un coup d’œil dansrétroviseur, il vit que la banquette arrière était totalementvide.La musique braillant toujours aussi fort lui crevait lestympans. Il essaya de baisser le volume maisapparemment le bouton qui commandait le son nefonctionnait plus.Il essaya d’éteindre directement le poste radio.Il appuya une fois.Deux fois.Trois.Rien. Son poste ne voulait rien savoir et continuait des’acharner contre ses oreilles. Et comme pour bien le 34
  32. 32. Under Pressurenarguer, il se mit à clignoter de sa lumière bleuphosphorescente : Play. Play. Play. Play.Bordel…mais tu vas te taire, nom de…Il lui mit un bon coup de poing qu’il regretta aussitôt, unevive douleur lui paralysa le bras jusqu’à l’épaule. Enmême temps la voiture poussa un rugissement de fureurqui lui glaça le sang et fit une folle embardée en avant. Ildut lutter pour maintenir une trajectoire droite, alors quetous les voyants de son tableau de bord se mirent àclignoter en rouge sang.La panique commença à le ronger à mesure qu’un vifélancement au fond de son crâne se fit sentir. Il voulut seressaisir lorsqu’une voiture blanche surgie de nulle partvoulant le doubler, le serra de trop près et lui emboutitson aile gauche. Cette fois tous ses efforts furent vains ; ilfinit en queue de poisson dans un bruit strident decrissement de pneus, une forte odeur de gomme qu’oncramait lui emplit les narines, accentuant le sentiment denausée qui le tenaillait. Au moins le poste radio la fermapour de bon, c’était déjà ça.Son ‘’assaillant’’ se rangea à quelques mètres devant,descendit de voiture et se dirigea vers lui, d’unedémarche de balourd qu’il reconnut aussitôt. _ ‘’Alors mon vieux, on n’a pas vu que c’était aurouge ? trop de soleil dans v’zieux ?’’C’était son ami, l’officier trou du cul Robocop. _ ‘’Je suis terriblement désolé monsieur l’agent,en fait tout ça c’est à cause de ma putain de migraine quim’a pas lâché depuis le matin… J’ai mal jusque dans les 35
  33. 33. Under Pressurecheveux et j’ai même pas pu réviser mon coursd’économie ce qui fait que mon interro je l’ai dans lecul… Alors vous pensez bien que votre feu à la con… enplus il était oranger et…’’ _ ‘’Et bien c’est du pareil au même mon gaillard,quand c’est oranger on ralentit parce que le suivant c’estrouge. Et quand c’est rouge on s’arrête !’’Cette fois Robocop lui cria dessus tellement fort qu’il putsentir son haleine fétide où se mélangeaient relents decigarettes, de bière bon marché et de pizza avariée. _ ‘’Tu vois mon chéri, on aurait peut être dûprendre la dernière à droite…’’Sa mère se tenait assise à coté de lui sur le siège passageret regardait distraitement un point éloigné par sa fenêtre.Il ne fut pas plus surpris que ça de la voir. _ ‘’Ah toi et tes raccourcis foireux maman !Regarde où ça nous mène, regarde !! J’ai même pas assezd’agent sur moi pour graisser la patte à ce fumier, j’aitout claqué dans mon poste radio…’’Elle tourna le visage vers son fils, comme si elle venaitde se rendre compte de sa présence. Elle lui adressa unsourire indulgent puis mit un index devant ses lèvres etlui dit d’un air conspirateur : _ ‘’Chuuuut mon chéri, ça restera entre nous, jene veux pas que ton père le sache. Et puis… Et puis Ŕellesembla chercher ses mots- Et puis ça n’a plus aucune 36
  34. 34. Under Pressureimportance maintenant parce que tu vas être en retardpour l’école mon bébé ! ‘’ _ ‘’En retard ou pas, cette caisse a rien dans leventre, mais rien de rien, je te le dis ma couille’’Cette fois lorsqu’il regarda dans le rétroviseur, le petitnouveau dont il ne se souvenait pas du nom était bel etbien affalé sur la banquette arrière avec son air de blancbec cool et une cigarette largement entamée clouée auxlèvres.Il voulut se retourner vers lui, bien décidé cette fois à luirefaire le portrait, lorsque l’officier Robocop (il l’avaitpresque oublié) le saisit par le col de sa chemise et le tirasi violemment vers lui qu’il en eut le souffle coupé. Sonvisage n’était qu’à quelques centimètres du sien et sonhaleine lui retourna l’estomac.Il se mit à le secouer comme un pommier en hurlant : _ ‘’Quand c’est oranger on ralentit !!! Et quandc’est rouge on s’arrête !!! C’est compris mon gaillard ??Est-ce que c’est rentré ta petite tête, oui ou non?’’Sa mère l’agrippa par le bras et y planta profondémentses ongles. Se joignant à l’officier elle se mit à vociférerà son tour : _ ‘’ Tu vois bien que je connaissais le chemin,hein ? Dis le que je connaissais le chemin, espèce de saleingrat !! Mais tu vas être en retard mon chéri, en retard,en retard !!!’’Le petit nouveau, cigarette au bec, lui tira les cheveux sifort qu’il lui arracha quelques larmes : 37
  35. 35. Under Pressure _ ‘’Rien dans le ventre, rien de rien…’’Cette fois la panique fondit impétueusement sur luicomme un condor sur sa proie. Son cœur s’emballa etcognait fort à s’en éclater la cage thoracique.Nom de dieu, mais qu‟est-ce qui…Le poste radio qui l’avait mise en sourdine jusque là,reprit son boucan de plus belle. Le moteur de la voiturese mit en marche de lui même et tous les voyants dutableau de bord se mirent à clignoter de leur lumièreblafarde.(Quand c’est oranger on ralentit…)(Tu vas être en retard chéri…)(Rien dans le ventre, rien de rien…)C’est alors qu’il se rendit compte avec horreur que leursvisages se mirent à fondre lentement, accompagnés d’uneodeur pestilentielle de fond d’égout. Il tenta de sedégager de toutes ses forces mais il était fait. Leur peause craquelait lentement puis se liquéfiait laissantapparaître les muscles nus puis un amas de chair informe,semblable à de la bouillie gélatineuse (non, à de laconfiture de fraise, pensa-t-il dans son délire).Les voix qui sortaient de leurs bouches n’étaient plusqu’un gargouillis guttural provenant du fond de l’enfer.Un œil du policier, se décolla de son orbite et pendouillaavec indolence pendant quelques secondes, rattaché à latête uniquement par quelques capillaires. Il finit par sedétacher complètement et tomba pile sur son siège, entreses propres cuisses. Œil unique dont l’iris le fixait avec 38
  36. 36. Under Pressureeffronterie. Dans tout ce brouhaha, il lui sembla mêmequ’il lui adressa un clin d’œil espiègle.Ce fut le détail de trop. Il sentit son estomac se révulseret sa raison défaillir. Dans sa tête des rigolos avaient prissa cervelle pour une enclume et s’en donnaient dessus àcœur joie avec d’énormes massues. Un filet d’urine vintlui réchauffer le bas du ventre et un grand crid’épouvante monta du fond de ses poumons sans qu’iln’arrive à l’évacuer.Il fallait(Quand c’est oranger…)Qu’il sorte d’ici, sinon(Tu vas être en retard chéri…)Il allait devenir(Rien dans le ventre, rien de…)Complètement(Rouuuuuuge….)Fou.Il se réveilla en sursaut, baignant dans son urine et sasueur mordant à pleines dents son oreiller pour étoufferson hurlement. 39
  37. 37. Under Pressure Extrait du journal local :…aucune thèse n’a encore été avancée pour lemoment pas plus que l’identité de la victime. Lespremiers éléments de l’enquête se résument en toutet pour tout aux quelques témoignagesd’automobilistes présents sur les lieux du dramedont nous vous présentons quelques extraits :Mr M. « On était là dans ce croisement et onattendait peinard le feu vert quand j’ai vucette caisse qui dévalait la pente et grille lefeu… Je me dis, mais il est complètement conce mec y’ a une patrouille visible à même pas15 mètres… En effet y’ a ce flic qui le sifflepour qu’il s’arrête vous comprenez ? »Le témoin se tait un instant, s’essuie le frontet la nuque visiblement très secoué…« Et la je comprends pas ce qui s’est passé, lavoiture au lieu de ralentir, elle lui alittéralement foncé dessus vous comprenez ? ?J’veux dire, c’est pas qu’il ne l’avait pas vu, oùqu’il roulait trop vite pour s’arrêter, non…Il luiétait DELIBEREMMENT rentré dedans. Le mecil était projeté à 10 mètres en arrière avec dusang partout c’était dingue… Et puis cettevoiture, nom de dieu elle s’est pas arrêtée,elle a continué vers les autres flics de lapatrouille et leur est rentrée dans le lardcomme un chien dans un jeu de quilles. Lestypes ils ont rien vu venir, ils ont été réduitsen charpie avec leurs bécanes et tout…Et puisla voiture est partie…Comme ça, comme elleétait venue… Je vous le dit il était taré lemec… Complètement taré… » 41
  38. 38. Under PressureMr D. se trouvait deux kilomètres plus loin ; il étaitaccompagné de sa femme qui a été admise àl’hôpital en état de choc.« On roulait peinards tranquilles voyez, quandj ’vois cette masse noire qui se pointe à unevitesse folle et avant que je réalise, il m’avaitfauché tout mon coté droit, pare chocs avantarrière rétroviseur… On est parti s’écrasercontre la rampe… Je sors tout abasourdi etc’est là que je réalise que le type était plusqu’un forcené… Il a sauté sur le bas cotédevant un arrêt de bus et… (sa voix se faitplus stridente et son souffle plus saccadé) il acommencé à faucher tous ceux qui étaient là,hommes, femmes… Mon dieu c’était vraimenthorrible, les cris, le sang… Je me suis mis surles genoux et j’ai dégobillé toutes mestripes… »Par ailleurs nos sources indiquent que la voiture aété prise en chasse par six voitures de police. Lacourse poursuite a duré plus de vingt minutes sur lavoie rapide, la voiture roulant à plus de 18Okm/h. Ellea ensuite terminé sa course en se crachant du hautdu pont de la nationale 7, prenant immédiatement feuet provoquant la mort de son conducteur…Cette tragédie a soulevé l’indignation l’horreur etl’effroi des habitants… Le maire a immédiatementtenu à présenter ses plus vifs regrets aux… -Fin- Mégrine. Février 2009. 42
  39. 39. « Under Pressure » de Atef Attia est mise à disposition selonle contrat Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 Unporteddisponible en ligne http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/ ou par courrier postal à : Creative Commons, 171Second Street, Suite 300, San Francisco, Californie 94105,USA. -Jerricane Editions. 2009. Tous droits réservés-
  40. 40. (N o u v e l l e)■ Jerricane Editions ■
  41. 41. Atef Attia Under PressureSur la route, une merde est vite arrivée. Surtout si onest un jeune blanc bec avec à peine quelques poils aumenton et qu’on se prend pour le roi du bitume.Entre la circulation, les chauffards, les corvéesinattendues et les agents de circulation qui n’attendentque de vous tomber dessus, il faut garder la tête froide.Sinon il y a de quoi devenir… complètement fou. Jerricane Editions Tous droits réservés. Tunis 2009.

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