Carré de Soie - L’esprit des lieuxÉléments de diagnostic territorial                              Brice Dury              ...
Situé à l’Est de l’agglomération lyonnaise, à cheval sur les communes de Vaulx-en-Velin etVilleurbanne, le territoire du C...
SOMMAIRE               1 Vivre au milieu des grands équipements........7         2 Des porosités entre l’habitat et les en...
1Vivre au milieu des grands équipements                                     7
Grands équipements, frontières : un territoire obstrué
Le territoire du Carré de Soie estconstitué artificiellement de deux mor-ceaux de communes : Vaulx-en-Velin,dont il est sé...
Traversées
À la manière des traboules typiques des vieux quartiers de Lyon, certains passagespermettent, à condition d’être connus et...
Investir la grande échelle
Vivre et « maîtriser » ce territoire fait d’équipements et d’infrastruc-                                                 t...
L’esprit des lieux ?
Bien que peu mentionnés, le territoire du Carré de Soiecompte trois cimetières : l’ancien et le nouveau cimetièrede Villeu...
2Des porosités entre l’habitat et les entreprises                                               17
Cohabitations de fonctions
L’ensemble Tase affirme fortement, dès sa constructiondans les années 1920/1930, l’idée de mixité des fonc-tions. La pénur...
Quelles porosités ?                      © http://billy69150.skyrock.com
L’idée de mener une réflexion sur la cohabitation des fonctions du territoire dans leprojet du Carré de Soie peut s’articu...
Vivre avec le danger
Un des aspects de la cohabitation desfonctions sur le territoire du Carré de Soieconcerne les risques. Le canal et l’usine...
3Vacuité, errance : penser les marges ?                                     25
De l’espacedisponible...
Le Carré de Soie s’étend sur un vaste territoire, et ne fonctionne donc pascomme un seul et même quartier, mais comme un e...
Les marges comme lieux de diversitéet de créativité ?
« Si l’on cesse de regarder le paysage comme l’objet d’uneindustrie on découvre subitement - est-ce un oubli du cartograph...
4Se loger ou habiter ?                    31
S’approprier c’est habiter
Catherine Foret évoque dans Carré de Soie : l’esprit des lieux en10 caractères un « laboratoire de l’habitat populaire », ...
Comment innover aujourd’hui dans l’habitatpour ne pas se banaliser ?
Si les constructions récentes du quartier ne sont pas encore des gated com-munities, elles ne brillent pas par leur origin...
5Centre commercial : quand l’agglo           rencontre le quartier                                37
Centre commercial ou haut lieu touristique ?
Aux clients du centre commercial Carré de Soie s’ajoute un public de curieux qui par-fois ont traversé l’agglomération en ...
Créer des liens, s’ouvrir aux lieux
Le projet du Carré de Soie doit être l’occasion de détermi-         ner et de développer les liens qui pourront se nouer e...
L’usine Tase comme passage entre le quartier« hérité » et le nouveau quartier ?
Bâtiment emblématique du quartier, l’usine Tase marque                 également une séparation physique entre le quartier...
6Articuler passé, histoire récente                      et devenirs                                45
Le poids de l’histoire récente
Entre septembre 2006 et août 2007,plusieurs centaines de Roms ont vécusur le terrain ci-contre (www.flickr.com/photos/vand...
Quelles utilisations des traces de l’histoiredans le projet urbain ?
Les différents moments de l’histoire du territoire du Carréde Soie ont laissé des marques physiques, des codes es-thétique...
Quels rôles des habitants dans la transmission ?© archives municipales Vaulx-en-Velin
Les grands projets urbains sont immanquablement une source de fantasme pour lesélus, les urbanistes et les architectes. Ma...
Carre de Soie - Diagnostic territorial
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Carre de Soie - Diagnostic territorial

  1. 1. Carré de Soie - L’esprit des lieuxÉléments de diagnostic territorial Brice Dury Octobre 2010
  2. 2. Situé à l’Est de l’agglomération lyonnaise, à cheval sur les communes de Vaulx-en-Velin etVilleurbanne, le territoire du Carré de Soie fait aujourd’hui l’objet d’un vaste projet urbain initiépar le Grand Lyon.Ce carnet s’inscrit dans la démarche Carré de Soie - L’esprit des lieux, portée par deux ser-vices du Grand Lyon : la Direction de la Prospective et du Dialogue Public et la Mission Carréde Soie. Cette démarche a pour ambition d’enrichir et de singulariser le projet urbain du Carréde Soie en s’appuyant sur l’histoire du territoire et sur ce qui fait son identité.La sociologue Catherine Foret a conçu pour point de départ de cette démarche un documentintitulé Carré de Soie : l’esprit des lieux en 10 caractères qui propose, à partir d’un travaildocumentaire, dix traits forts de l’identité de ce territoire. Parallèlement à ce travail, ce car-net vient restituer une démarche d’observation et d’investigation de terrain sur le territoiredu Carré de Soie. Cette démarche vise, sans prétention à l’exhaustivité, à appréhender cetesprit des lieux à partir du territoire et à voir comment les caractères décrits par CatherineForet sont aujourd’hui appréhendables sur le territoire et dans les premières réalisations duprojet du Carré de Soie. Ces éléments de diagnostic se veulent résolument tournés vers laprojection, et le propos est ici d’ouvrir des champs et pistes de réflexion sur les façons dontces caractères de l’esprit des lieux peuvent s’intégrer au projet de territoire et se réinventerdans le contexte local et sociétal actuel.
  3. 3. SOMMAIRE 1 Vivre au milieu des grands équipements........7 2 Des porosités entre l’habitat et les entreprises......17 3 Vacuité, errance : penser les marges ?......25 4 Se loger ou habiter ?......315 Centre commercial : quand l’agglo rencontre le quartier......37 6 Articuler passé, histoire récente et devenirs......45 5
  4. 4. 1Vivre au milieu des grands équipements 7
  5. 5. Grands équipements, frontières : un territoire obstrué
  6. 6. Le territoire du Carré de Soie estconstitué artificiellement de deux mor-ceaux de communes : Vaulx-en-Velin,dont il est séparé par le canal de Jo-nage et Villeurbanne, qui s’étend del’autre côté du périphérique. Avant queles lignes de transports en communne le « rapproche » du centre-ville, savaste superficie a suscité l’installationde grands équipements (hippodrome,installations sportives, infrastructuresde transport, ateliers du métro, etc.) etd’entreprises. Les nouvelles construc-tions comme le parking relais ou lecentre commercial s’inscrivent pleine-ment dans cette tendance.Ces grands volumes, qui sontcaractéristiques du lieu et contri-buent à sa singularité, créent dansle même temps des espaces diffi-ciles à comprendre et à pratiquer àl’échelle du piéton. 9La perspective d’une nouvelle urba-nité du quartier doit être l’occasiond’inventer de nouveaux liens et denouveaux passages, physiques etsymboliques, pour permettre auxusagers du quartier de comprendreet s’approprier ce territoire. 9
  7. 7. Traversées
  8. 8. À la manière des traboules typiques des vieux quartiers de Lyon, certains passagespermettent, à condition d’être connus et autorisés, des traversées du quartier. Pour quele Carré de Soie s’affirme comme un quartier piéton et cycliste, il faut permettre ces traverséescar ces modes de déplacement ne se développent que dans des trajets « au plus court ». Laplace du vélo pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une réflexion spécifique car, s’il constitueun mode de déplacement particulièrement adapté à l’échelle du territoire, son fonction-nement n’y sera sans doute pas le même qu’en centre ville.Cette question des traversées est également liée à des aspects abordés plus loin dansle document comme les formes d’habitat (résidences fermées vs passages entre leshabitations), et la question des liens entre les fonctions du territoire (cloisonnement vsporosités). Sans opposer un modèle de développement à un autre, il faut noter que dans sesformes actuelles, le « tout-privatisé » laisse peu de place à ces circulations. Tant en termed’espace public que sur les formes d’habitat, la collectivité a peut-être un rôle à jouerdans le développement et l’incitation à des aménagements « perméables ».Ces formes de traversées et leurs modalités sont à inventer. Dans ce registre des traverséeset à moins d’être pensés comme des lieux « habités », la passerelle et le souterrain sont biensouvent les dernières options à envisager car c’est les pieds sur terre que le piéton marche...Une réflexion pourrait également être engagée sur la frontière, et notamment sur celleentre Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, qui traverse le territoire du Carré de Soie du Nordau Sud en son milieu. Ces morceaux de villes isolés bénéficient-ils des mêmes servicesque leurs centres-villes ? Comment relier les deux villes sur le territoire ? Et pourquoipas un équipement culturel « bi-municipal » à cheval sur la frontière ? Une médiathèquedotée d’espaces thématisés sur les caractères du quartier (industrie de la soie, grandsensembles industriels, formes d’habitats) ? Etc. 11
  9. 9. Investir la grande échelle
  10. 10. Vivre et « maîtriser » ce territoire fait d’équipements et d’infrastruc- tures de grande échelle suppose de le connaître et d’en comprendre la géographie. Quels outils (numériques, cartographiques, etc.) ima- giner pour se représenter le quartier, le pratiquer, le découvrir ? On pourrait également imaginer des dispositifs d’interprétation, d’ani- mation exploitant des points de vue en hauteur du territoire (étages supérieurs du parking relais et du centre commercial, installations créées pour l’occasion, etc.). La connaissance et l’appropriation du territoire passent également par l’invention de formes d’urbanités s’appuyant sur ses caracté- ristiques. Face aux grands espaces et aux imposants bâtiments du quartier, ne pourrait-on pas imaginer des manifestations, des évé- nements de grande ampleur (festif, populaire, culturel ?), à l’échelle du territoire ? Cela pourrait constituer, après le centre commercial, un deuxième signal fort de l’émergence du Carré de Soie vers le Projet Ecobox reste de l’agglomération. L’événementiel peut également avoir un rôle en « local », à la fois pour développer le « vivre ensemble » et pour contribuer à « faire territoire ».Friche la Belle de Mai © Le site du skateboard 13
  11. 11. L’esprit des lieux ?
  12. 12. Bien que peu mentionnés, le territoire du Carré de Soiecompte trois cimetières : l’ancien et le nouveau cimetièrede Villeurbanne, et le cimetière dit « Tase » de Vaulx-en-Velin. Bien loin du « site exceptionnel » que le Carré deSoie ambitionne de devenir, la présence de ces cime-tières témoigne de ce qui fut un territoire de reléga-tion, à la marge de Villeurbanne et Vaulx-en-Velin. Parleurs importantes superficies, ils s’inscrivent égalementdans la lignée des grands équipements du quartier. Cescimetières participent donc à l’identité de ce territoire,et l’on y retrouve d’ailleurs certains de ses traits decaractère comme par exemple la grande diversité desorigines et les différentes confessions (carrés musul-mans, cimetière juif). En s’attardant dans le cimetière«Tase » (cf. photos), on peut même réécrire l’esprit deslieux à travers les plaques funéraires : militantismes,sports et loisirs, ensemble Tase, etc. !Ces cimetières s’inscrivent donc dans l’identité duquartier, et pourraient à ce titre s’intégrer au projet duCarré de Soie. En s’appuyant sur le concept de « parchabité » porté par le projet et en tenant compte deleur potentielle valeur paysagère, on peut les imagi-ner comme des formes nouvelles de parc urbain, plusouverts sur la ville, traversés, visités...Certes, un cimetière n’est pas vraiment le symbole d’un« territoire idéal », mais après tout ces cimetières sont là.N’aurait-on pas meilleur compte à les assumer et àinventer pour eux une forme innovante d’intégrationau projet ? Après tout, c’est peut-être un peu ennuyeuxun « territoire idéal »... 15
  13. 13. 2Des porosités entre l’habitat et les entreprises 17
  14. 14. Cohabitations de fonctions
  15. 15. L’ensemble Tase affirme fortement, dès sa constructiondans les années 1920/1930, l’idée de mixité des fonc-tions. La pénurie de main d’œuvre, notamment, conduitla direction à construire autour de l’usine un ensembled’équipements incitant les travailleurs à s’établir dans lequartier : habitations, stade, église, école (voir à ce pro-pos le point 6 du document de Catherine Foret Carré deSoie : l’esprit des lieux en 10 caractères)...Les intentions de la direction n’étaient sans doute passimplement altruistes, mais cette cohabitation des fonc-tions a contribué à la création d’une identité spécifique duquartier, et à une identification et un certain attachementdes travailleurs à l’entreprise.S’il n’est ni souhaitable ni envisageable de retrouvertelle quel ce type d’organisation paternaliste, il seraitintéressant de voir comment ces liens particuliersentre l’entreprise et les habitants pourraient se renou-veler à travers une réinterprétation de la question du« vivre et travailler sur un même territoire ».Les habitants du quartier travaillent aujourd’hui ail-leurs. Quels liens peuvent-ils tisser avec les entre-prises et industries présentes sur le territoire ? Àl’inverse, les évolutions du monde du travail commele télétravail ne peuvent-elle pas être une opportunitépour imaginer des transpositions contemporaines decette notion de « vivre et travailler sur un même terri-toire » ? 19
  16. 16. Quelles porosités ? © http://billy69150.skyrock.com
  17. 17. L’idée de mener une réflexion sur la cohabitation des fonctions du territoire dans leprojet du Carré de Soie peut s’articuler autour de la notion de « porosités », dont on peuttrouver quelques illustrations intéressantes sur le terrain. Ce peut être le bar/restaurant LaBoule en Soie (ci-contre), ancienne cantine de l’usine Tase reprise par le fils de la patronne il ya trente-sept ans, devenu aujourd’hui un haut lieu de convivialité où se côtoient le midi anciensde la Tase, habitants, ouvriers de chantier et nouveaux employés du quartier en costume.Ces porosités existent également de manière temporaire dans les parcours des journées dupatrimoine et notamment dans le succès des visites des Ateliers de la Poudrette (ateliers dumétro).Or le premier réflexe des aménageurs pourrait être de cloisonner. Il paraît donc néces-saire d’engager une réflexion en amont pour passer de cohabitations « forcées » à des coha-bitations « pensées ». Loin d’être des contraintes pour les uns ou les autres, les porosi-tés si elles sont originales et anticipées permettront au quartier de proposer des modesd’habiter innovants et d’affirmer sa singularité et son attractivité.Alors, d’une manière plus large, quelles porosités imaginer entre habitat, entreprises,commerces et loisirs dans le projet du Carré de Soie ? 21
  18. 18. Vivre avec le danger
  19. 19. Un des aspects de la cohabitation desfonctions sur le territoire du Carré de Soieconcerne les risques. Le canal et l’usinehydroélectrique, le périphérique, la voieferrée tram/Rhônexpress, les pollutionset risques industriels sont autant de dan-gers dont la cohabitation avec l’habitat etle développement de la vie de quartier n’arien d’évidente.Les choix d’aménagement ne peuvent sefaire sans prendre en compte cet aspect,et l’on ne peut évidemment pas faire tout etn’importe quoi. Mais là aussi, la tentationsera grande d’opter pour la facilité en cloi-sonnant les fonctions. Or il faut bien seposer la question de ce qu’on fait, et dece qu’on pourrait perdre dans cette sépa-ration. Quel intérêt y aurait-il à trouver demultiples fonctions sur le territoire si ellesne sont pas reliées entre elles ? Si cesfonctions ne sont que des boîtes fermées,des obstacles, la cohabitation des fonctionsne sera vécue que comme une contrainte.Il ne faudrait pas qu’au nom d’une volontéde tout sécuriser et parce que le quartierse développe et accueille plus d’usagerson se prive de frictions créatives et por-teuses de sens. Des compromis sont sansdoute imaginables, et l’on pourrait fairede cette question du « vivre avec lerisque » un sujet de réflexion. 23
  20. 20. 3Vacuité, errance : penser les marges ? 25
  21. 21. De l’espacedisponible...
  22. 22. Le Carré de Soie s’étend sur un vaste territoire, et ne fonctionne donc pascomme un seul et même quartier, mais comme un ensemble de petits quar-tiers, de lieux de vie et de « micro-centralités ». Ces différents lieux ne viventdonc pas tous au même rythme et il convient pour décrire ce territoire de bienen appréhender les nuances. On peut cependant relever des caractéristiquesrécurrentes sur le territoire, et le vide en est une. Il ne s’agit pas de dire quele quartier est vide, mais bien qu’il est « parcouru » de vides, que s’y alternentdes pleins et des vides.Historiquement, cette notion de vide vient des grands espaces inoccu-pés de ce territoire et de la place de la nature. S’y ajoutent aujourd’huiles friches, et l’abandon du territoire pendant les dernières décennies(un vide d’activité).Le vide, les espaces libres ou à l’abandon jouent un rôle dans le fonc-tionnement du quartier et les modes de vie qui s’y développent. On yobserve des pratiques d’« errance » en bord de canal, de longues marches àtravers le quartier et des lieux où l’on vient se mettre au calme.Il ne s’agit pas là de faire un « plaidoyer pour le vide », mais plutôt d’unappel à la vigilance sur le risque de surcharge. Comment s’appuyer surce que cette vacuité confère au quartier pour poser la question de la« place du vide » dans le projet ? Quelle alternance des pleins et desvides ? Si l’on pose la question « que faire du vide ? », la réponse des pro-moteurs sera de l’occuper et la tendance sera certainement de vouloir donnerune fonction à chaque partie du territoire. Or le vide n’est pas tout à fait lamême chose que l’« espace vert », et les pratiques autour de l’errance nesont pas tout à fait des « loisirs ». Pourraient-on inventer des lieux « dis-ponibles », non pas dans une logique de « laisser faire » mais bien dansl’idée de « laisser la place à » (des possibles, des appropriations...) ? 27
  23. 23. Les marges comme lieux de diversitéet de créativité ?
  24. 24. « Si l’on cesse de regarder le paysage comme l’objet d’uneindustrie on découvre subitement - est-ce un oubli du cartographe,une négligence du politique ? - une quantité d’espaces indécis,dépourvus de fonction sur lesquels il est difficile de porter un nom.Cet ensemble n’appartient ni au territoire de l’ombre ni à celuide la lumière. Il se situe aux marges. En lisière des bois, le longdes routes et des rivières, dans les recoins oubliés de la culture,là où les machines ne passent pas. Il couvre des surfaces dedimensions modestes, dispersées comme les angles perdus d’unchamp ; unitaires et vastes comme les tourbières, les landes etcertaines friches issues d’une déprise récente.Entre ces fragments de paysage aucune similitude de forme.Un seul point commun : tous constituent un territoire derefuge à la diversité. Partout ailleurs celle-ci est chassée.Cela justifie de les rassembler sous un terme unique. Je proposeTiers paysage. »Gilles Clément, Manifeste du Tiers paysage.Le propos de Gilles Clément s’intéresse bien sûr à la diversitévégétale, mais on pourrait facilement le transposer de ma-nière plus large aux différentes formes de diversité, de créa-tivité qui s’expriment et se développent dans ces « marges ».Elles s’illustrent sur le territoire du Carré de Soie dans la qualité decertains tags, dans les pratiques de « bidouille » et de récupérationdans les friches, ou dans ces déclarations enflammées inscrites...sur une porte condamnée de l’ex-Célibatorium(!).Comment préserver des espaces (physiques et symboliques)d’expression et de créativité ? Comment réinterpréter la frichedans le projet urbain ? Ne pourrait-on pas proposer des lieux« sans fonction » mais conçus et proposés pour des appro-priations temporaires par des associations, des habi-tants, des entreprises ou la collectivité ? 29
  25. 25. 4Se loger ou habiter ? 31
  26. 26. S’approprier c’est habiter
  27. 27. Catherine Foret évoque dans Carré de Soie : l’esprit des lieux en10 caractères un « laboratoire de l’habitat populaire », citant notam-ment les cités Tase et les maisons « castors », construite selon unsystème d’auto-construction. Elle précise - et c’est un point impor-tant - que ces ensembles d’habitat sont fortement appropriés parleurs occupants. Les habitants de la grande Cité Tase, et même lesplus jeunes, ont conscience de la spécificité de leur habitat puisquelorsqu’on les interroge sur leur lieu de vie ils évoquent spontané-ment la qualité de vie associée aux jardins mis à leur disposition.Les habitants s’approprient non seulement leur forme d’habi-tat, mais également l’espace public. En ce sens, l’« habiter » nes’arrête pas à la porte du foyer. C’est par exemple le cas lorsqueles pêcheurs créent leurs installations en bord de canal.L’habitat peut être une entrée intéressante pour réinterpréter lescaractères de l’esprit des lieux dans le projet urbain. En s’appuyantsur cette question des appropriations, on voit que l’innovationen matière d’habitat doit se penser également dans le lien àl’environnement et à l’espace public. 33
  28. 28. Comment innover aujourd’hui dans l’habitatpour ne pas se banaliser ?
  29. 29. Si les constructions récentes du quartier ne sont pas encore des gated com-munities, elles ne brillent pas par leur originalité et seraient plutôt de fidèles re-productions de ce qui se fait partout ailleurs. L’ambition qui consiste à vouloirimaginer une transposition contemporaine des habitats innovants du quartierconsiste justement à affirmer que ici, « on n’est pas comme partout »...Dès lors, tout reste à inventer. On peut pour cela relever dans le quartier deséléments qui pourraient être exploités dans l’invention de formes d’habitat in-novantes. Ce peut être par exemple ces garages, omniprésents dans la petiteet la grande cité Tase. S’ils sont loin de rentrer dans les canons de l’archi-tecture, ils possèdent en tant que lieu un potentiel intéressant. Il s’agit demorceaux d’habitat extraits des logements et regroupés sur l’espace public, etles multiples autres usages que d’y garer une voiture peuvent leur conférer unrôle intéressant. En s’inspirant de ces lieux intermédiaires, quels espacesde convivialité, de bricolage, d’échange de savoir-faire pourrait-on ima-giner ? Quelles solidarités ? Pourquoi-pas des liens entre le système descastors, l’appétence actuelle pour le bricolage et le magasin Castoramaétabli dans le centre commercial ? Etc. La présence sur le territoire del’association des Castors Rhône-Alpes pourrait être une opportunité à saisir.D’une manière plus générale, le regain d’intérêt que connaissent actuel-lement les différentes formes d’habitat coopératif peuvent être l’occa-sion d’en inventer des déclinaisons sur le territoire. Cette réflexion pour-ra évidemment associer les acteurs du pôle de la coopération et de lafinance éthique.On trouve également dans le périmètre du Carré de Soie de nombreux arti-sans et petites entreprises imbriqués dans les zones résidentielles, qui pour-raient être valorisés et mis en lien avec les nouveaux habitants du quartier. 35
  30. 30. 5Centre commercial : quand l’agglo rencontre le quartier 37
  31. 31. Centre commercial ou haut lieu touristique ?
  32. 32. Aux clients du centre commercial Carré de Soie s’ajoute un public de curieux qui par-fois ont traversé l’agglomération en voiture ou en transports en commun, et qui sontvenus « pour voir », en famille ou par groupe d’amis. On observe, on déambule, oncommente, et à l’étrangeté de ce centre commercial parachuté sur le territoire s’ajouteun tourisme non moins étonnant.Dans le projet du Carré de Soie, le centre commercial est le premier signal envoyé à lamétropole. Il présente à la fois l’intérêt de montrer que quelque chose se passe sur leterritoire, et le risque de laisser à penser que le projet se limite à ça (l’un et l’autre portentd’ailleurs le même nom). On peut ici faire un parallèle avec la Part-Dieu qui, dans les repré-sentations de nombreux lyonnais, se limite à son centre commercial.Dans ce fonctionnement se dessine le risque d’une rencontre ratée entre l’agglomé-ration et le Carré de Soie, où l’on verrait deux quartiers (le centre commercial d’unepart et le quartier « hérité » d’autre part) cohabiter sans dialoguer. Il ne faut certespas penser naïvement que les deux puissent complètement se mélanger (ce qui n’estsans doute pas souhaitable), mais l’un et l’autre auraient sans doute à y gagner si desconnexions se développaient.Si l’on veut assumer le choix d’avoir commencé le projet urbain par ce centre commer-cial, il faut aujourd’hui se tourner vers ses clients et profiter de leur curiosité pour créerdes ouvertures et de l’intérêt vers le quartier et le reste du projet. 39
  33. 33. Créer des liens, s’ouvrir aux lieux
  34. 34. Le projet du Carré de Soie doit être l’occasion de détermi- ner et de développer les liens qui pourront se nouer entre le centre commercial et le quartier. Le centre commercial Carré de Soie parvient à trou- ver son positionnement en cultivant ses différences avec celui de la Part-Dieu (plus d’espace, à ciel ouvert, au calme), auxquelles certains usagers sont effectivement sensibles. Mais les réactions des visiteurs montrent également qu’un certain nombre d’entre eux ont le sentiment d’en avoir rapidement « fait le tour » (ren-Ouvrir forcé par sa configuration en cul-de-sac). N’est-ce pas l’occasion de leur donner envie de revenir en leur montrant ce que le quartier recèle d’autre ? Com- ment ? Et les « touristes », que leur donne-t-on à voir et à faire ? Le centre commercial gagnerait sans doute à renforcer sa spécificité en tissant des liens avec le quartier. À l’inverse, il est important de se questionner sur ce qu’apporte le centre commercial aux habitants du quartier. Il présente l’intérêt de créer une offre nouvelle, certes imparfaite mais qu’il ne faut pas négliger, d’autant que le quartier possède peu de commerces. Il crée éga- lement un lieu de vie le soir (cinéma, restaurants). Que pourrait-il apporter de plus aux habitants ? Il ne peut par exemple pas accueillir de commerces alimentaires pour des questions de concurrence. On pourrait néanmoins jouer sur les temporalités, en s’appuyant sur le fait que le centre commercial est bondé le week-end, mais vide la semaine. Et si le centre commercial se tournait plus vers le quartier la semaine ? Et pourquoi pas un marché sur l’esplanade ?... 41
  35. 35. L’usine Tase comme passage entre le quartier« hérité » et le nouveau quartier ?
  36. 36. Bâtiment emblématique du quartier, l’usine Tase marque également une séparation physique entre le quartier qui se construit (pôle multimodal, centre commercial, hippodrome) et le quartier existant (Cités Tase, place Cavellini...). Il paraîtrait particulièrement intéressant que cet objet symbolique s’ins- crive dans ce travail de lien entre les « deux quartiers », en fai- sant l’objet d’un traitement spécifique (architectural, mais aussi pourquoi pas social). Actuellement, l’usine est orientée vers la Petite Cité Tase et « tourne le dos » au pôle multimodal, or ce qui était auparavant l’arrière de l’usine est ce que voient aujourd’hui les nombreux nouveaux usagers du quartier. En s’attachant à l’idée d’une « double ouverture » de l’usine, on imaginerait bien une « rue » (modes doux) qui traverserait l’usine pour rejoindre le pôle multimodal ! Même symboliquement, le fait que les nouveaux usagers du quartier comme les anciens de la Tase puissent « passer par l’usine » semble une perspective assez stimulante. Notons à ce propos que le projet proposé par l’association le Cercle de la Soie Rayonne avec les Robins des Villes (www.libelyon.fr/ info/files/csr_presentation_250908_projet.pdf) va également dans ce sens en dédiant le rez-de-chaussée de l’usine à des traversées et des activités ouvertes au grand public. L’idée que les usagers du quartier et notamment les anciens puissent accéder, même temporairement, aux nouveaux espaces de la Tase est une forme d’implication qui pourrait s’avérer pertinente. Le projet architectural de la Cité du Design à Saint-Étienne, installée sur le site de Manufrance, utilise ce type de traversées pour des bâtiments de grande longeur (photo ci-contre). Notons que cette idée de traversée de l’usine Tase n’est pas sans questionner la forme des programmes d’habitation prévus àCité du Design l’arrière du bâtiment. 43
  37. 37. 6Articuler passé, histoire récente et devenirs 45
  38. 38. Le poids de l’histoire récente
  39. 39. Entre septembre 2006 et août 2007,plusieurs centaines de Roms ont vécusur le terrain ci-contre (www.flickr.com/photos/vanderlick/399894981).Cetépisode est symbolique d’un moment del’histoire du territoire finalement bien peuévoqué.Depuis la fermeture de l’usine Tase audébut des années 80 et avant que leterritoire ne soit désigné comme « siteexceptionnel » par la collectivité, lagrande histoire industrielle a laissé laplace à une période d’abandon et delente dégradation, de friche et de bâti-ments condamnés.Les plus jeunes habitants n’ont connuque cette période, qui fait aujourd’huipartie de l’histoire du quartier. Il ne s’agitcertes pas de l’épisode le plus glo-rieux, mais celui-ci ne doit pas êtrepour autant occulté car il a évidem-ment influé sur les représentationsactuelles du quartier par les habitantset sur l’oubli de son passé industrielpar l’agglomération.Quel travail de mémoire envisagerpour cette période ? Quels impactssur le projet urbain et son lien avec leshabitants ? 47
  40. 40. Quelles utilisations des traces de l’histoiredans le projet urbain ?
  41. 41. Les différents moments de l’histoire du territoire du Carréde Soie ont laissé des marques physiques, des codes es-thétiques que l’on pourrait réutiliser ou transposer dansle projet urbain. L’utilisation du verre dans l’enveloppe dupôle multimodal n’est par exemple pas sans rappeler sa forteprésence dans le bâtiment de l’usine Tase voisine. Dans lesannées à venir, un nombre important de constructions va voir lejour sur le territoire, portées par différents promoteurs. Quellecohérence architecturale développer à l’échelle du quar-tier ? Quelles utilisations des traces de l’histoire dans laconception urbaine ?On peut imaginer qu’un travail de collecte sur le territoiredonne lieu à une charte, à un cahier de préconisations ar-chitecturales, et plus largement à une démarche qui créedes liens et des interactions entre les concepteurs. Et si,pour tendre vers une haute exigence architecturale et pro-grammatique, on créait un centre de ressources collabora-tif ? Il pourrait autant s’agir d’un lieu physique, comme unatelier de travail in-situ pour les équipes d’architectes, quede ressources et d’espaces de travail « en ligne ». On peutégalement imaginer la mise en place d’une « banque de ma-tériaux » qui permettraient de proposer la réutilisation dematériaux et d’objets disponibles sur le territoire (commeci-contre ces lourdes plaques métalliques taguées), maisaussi des données immatérielles (banque d’images, nuan-cier, mais aussi des ressources historiques, artistiques,sociologiques). 49
  42. 42. Quels rôles des habitants dans la transmission ?© archives municipales Vaulx-en-Velin
  43. 43. Les grands projets urbains sont immanquablement une source de fantasme pour lesélus, les urbanistes et les architectes. Mais même le projet le plus extraordinaire, lemieux pensé et porteur de réelles améliorations pour un quartier, engendrera une formede violence pour les habitants et les modes de vie présents sur le territoire. Il faut sansdoute considérer que le résultat final justifie ces difficultés, mais sans oublier de toujoursrepenser et réinventer la place donnée aux populations concernées, et de prendre en consi-dération le fait que ces habitants vont vivre pendant de nombreuses années dans une « ville-chantier » . On peut imaginer, et d’autant plus dans une démarche qui porte l’ambitionde transmettre le vécu du territoire dans le projet urbain, qu’au-delà d’un simple rôle decommentateur du projet les habitants soient directement impliqués dans les processusde transformation et de transmission.Comme évoqué précédemment, la période d’abandon des dernières décennies a commencéà effacer des mémoires et du territoire l’histoire de ce quartier. Ce risque d’oubli soulignel’importance de l’invention de formes de transmission intergénérationnelle. Avec l’arri-vée de nouvelles fonctions sur le territoire, et de nouveaux visiteurs, cette question dela transmission doit également se poser sous l’angle des liens avec le « nouveau quar-tier ». Les formes à imaginer peuvent aller du simple témoignage dans une école à desapplications en réalité augmentée pour téléphone mobile. Elles doivent avant tout sepositionner comme des moyens de mobiliser les vécus pour enrichir le territoire d’une« coloration » originale et distinguante. 51

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