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  1. 1. Le stade de football:une carte de la ville en réductionChristian BROMBERGER*RESUME Lanalyse du public desspectateurs des matches defootball de lOlympique de Marseillerévèle la recomposition géographiqueet sociale de la ville dans les gradins dustade. Cette situation nest pas figée,puisque la dynamique sociale de cha-cun se traduit par une trajectoire parti-culière dans les différents espaces destribunes. Spectateur de son proprespectacle, chaque groupe de supportersva aussi chercher, dans la diversité desrôles tenus par les joueurs, sa propreidentification." DYNAMIQUE SOCIALE-FOOTBALL" MARSEILLE-SPECTACLEABSTRACT Analysis of the audienceattending football matchesof the Olympique de Marseille revealsthe geographical and social recompositionof the city in the stadium tiers. Thesituation is not set once for all, sincepersonal social dynamics results inspecific moves within different spatialareas round the stands. Part of theshow themselves, each supportingteams are also in search of their ownidentity through the personality and therole played by professionals.-FOOTBALL" MARSEILLE-SHOW" SOCIAL DYNAMICSRESUMEN El análisis del público delos partidos de fútbol delOlímpico de Marsella pone de mani-fiesto la recomposición geográfica ysocial de la ciudad en las gradas del es-tadio. Dicha situación no es estática yaque la dinámica social de cada especta-dor se traduce en una trayectoria parti-cular por los diferentes espacios de lastribunas. Espectador de su proprio es-pectáculo, cada grupo de hinchas buscatambien su propia identificación a tra-vés de la diversidad de los papeles quedesempeñan los jugadores." DINAMICA SOCIAL" ESPECTACULO"FUTBOL"MARSELL AContrairement à une idée fortement ancrée, les foulessportives ne forment pas des masses invertébrées, unani-mes et anonymes, où les différences de statut entre spec-tateurs sannuleraient dans la joie festive dêtre ensemble.Sur les gradins des stades, cloisonnés en espaces hiérar-chisés (tribunes centrales, quarts-de-virage, virages...), lepublic se répartit par affinités dâge, de quartier, de pro-fession, voire dorigine ethnique ou régionale. Chaque ca-tégorie de spectateurs affiche des habitudes (heure et mo-de darrivée au stade: seul, en famille, avec un groupedamis) et des comportements (gestuels, vocaux, vesti-mentaires) bien spécifiques. Par sa forme en anneau com-partimenté, où sinscrivent et se lisent ces différences, lestade soffre ainsi comme un des seuls espaces où une so-ciété urbaine, à léchelle des temps modernes, peut sedonner une image sensible à la fois de son unité et descontrastes qui la façonnent. Lieu de spectacle dune prati-que sportive, le stade est aussi le lieu du spectacle dunspectacle, celui fourni par le public, une occasion excep-tionnelle dexpression et de théâtralisation des rapportssociaux. Chaque secteur du stade apparaît comme unesorte de territoire où sancre une conscience dappartenan-ce commune; parmi ces secteurs, certains sont plus forte-ment symbolisés: les virages situés dans laxe des butsaux deux extrémités de lovale formé par les gradins, oùse regroupent les jeunes supporters les plus ardents; la tri-bune officielle, dont les places des premiers rangs sont ri-goureusement réparties entre les détenteurs du pouvoirpolitique, sportif, économique.Les observations, tribune par tribune, et deux enquêtessystématiques menées auprès du public du Stade Vélodro-me de Marseille (1) ont fait clairement apparaître ces pro-cessus de «territorialisation».Nordistes et sudistesUn trait frappe demblée quand on examine la réparti-tion des spectateurs: la géographie sociale de la cité seprojette grosso modo sur celle du stade, offrant une cartevivante et en modèle réduit de la ville. Au nord du stade seregroupe, en forte proportion, un public issu des quartierspopulaires du nord de la ville (13e, 14e, 15e et 16e arrondis-sements); la distribution des spectateurs des quartierschics et résidentiels du sud de lagglomération (8e, 9e, et10e arrondissements), bien que plus diffuse, est particuliè-rement dense dans le virage sud et dans les tribunes cen-trales. Ainsi se reproduit dans les gradins le grand partageentre le nord et le sud, qui façonne la cité (fig. 1 et 2). Unerépartition aussi tranchée ne procède ni de simples méca-nismes de ségrégation par le prix des places (variant de unà sept), ni de pures commodités pratiques (venant du nordde lagglomération on se dirigerait vers les entrées situéesau nord pour sépargner quelques mètres de marche!).Sinstaller dans telle tribune-releve, sauf exception, dunchoix délibéré. Tel est particulièrement le cas quand unjeune supporter va rejoindre «son» virage. Celui du nordest occupé par une cohorte bruyante, désordonnée et facé-tieuse, venant des quartiers et banlieues populaires dunord de la ville: lEstaque, Saint-Louis, Saint-Antoine,* Maître de Conférences, Université dAix-en-Provence.
  2. 2. Sainte-Marthe. Ce public, où loncompte bon nombre de fils dim-migrés maghrébins (fig. 3), estfortement conscient de ce quil re-présente dans le stade et dans lacité: il expose aux regards uneimmense banderole où est inscrit«NORTH YANKEE ARMY»,emblème symbolisant une appar-tenance territoriale mais aussi, defaçon diffuse, idéologique. Pourun jeune supporter des quartiersnord, quitter «son virage» nestpas un geste anodin mais corres-pond à un changement dans sa viepersonnelle et sociale; par exem-ple, fiancé ou marié, il sinstalleradans les quarts-de-virage; devenuartisan ou commerçant, il fré-quentera la tribune est, etc. Aupublic turbulent du virage nordsoppose celui, tout aussi passion-né mais beaucoup plus organisé,du virage sud, fief du «Comman-do Ultra»; ces jeunes supporters«inconditionnels», aux manifesta-tions de soutien rigoureusementprogrammées, sont installés aucentre des gradins occupés par unpublic issu massivement des quar-tiers sud de la ville. A la bandero-le «NORTH YANKEE ARMY»,répond lhymne sudiste quentonnentles Ultras et qui nest pas dé-pourvu non plus de résonancesidéologiques (ne len surchar-geons pas pour autant). Du nordau sud, le contraste est donc net,non seulement entre les originesdu public, mais aussi entre les sty-les de «supportérisme».Les joueurs, des figures emblé-matiques des identités socialesCette variété du public se litencore à travers les préférencesquaffiche chaque catégorie despectateurs pour tel ou tel type dejoueur. On sait (2) que le football,comme dautres sports déquipe,se caractérise par la mise en oeuvreconcomitante de schèmes,corporels et intellectuels, quedautres disciplines valorisent iso-lément: la force du stoppeur (quisait «se faire respecter»), lendu-rance des milieux de terrain1. Les spectateurs originaires des quartiers nordPourtoutes les cartes, lintensité des symobles traduit le gradient dintensité du phénomène.2. Les spectateurs originaires des quartiers sud
  3. 3. («poumons de léquipe»), la fines-se (les ailiers «dribblant dans unmouchoir de poche»), le sens tac-tique et de lorganisation (la fa-meuse «vision périphérique dujeu»), etc. Chaque catégorie despectateurs peut ainsi trouver surle terrain de football matière à re-connaître des qualités («socio-sportives») propres à luniversculturel dont il participe. Les en-quêtes systématiques comme lesentretiens ont fait ressortir, au-delà de préférences communespour des vedettes incontestées, desensibles variations dans les pal-marès établis par les divers typesde public. Considérons, à titredexemple, les différences de po-pularité, dune catégorie de specta-teurs à lautre, de trois joueurs re-nommés de lOlympique de Mar-seille. En 1985-86, Jacky Bon-nevay est capitaine de léquipe:cest le joueur le plus réputé poursa sobriété, son sérieux et sonsens tactique; il est, de façon si-gnificative, plus prisé par les pa-trons de lindustrie et du commer-ce, les artisans, les cadres supé-rieurs et moyens que par les ou-vriers et les petits employés. Ce«petit patron» sur le terrain réali-se son meilleur score dans la tri-bune est du stade (fig. 4), qui re-groupe surtout un public darti-sans et de cadres moyens. Nexhibe-t-ilpas des qualités similairesà celles que prisent, dans leur uni-vers professionnel, les spectateursde cette tribune? Ces différencesdans les goûts et les identificationsapparaissent encore plusnettement quand on compare lescotes de popularité des deux ve-dettes de lO.M. en 1987, Joseph-Antoine Bell et Alain Giresse. Lepremier est le goal camerounais,fantasque, virtuose, facétieux,mettant en oeuvre un style que lonapprécie traditionnellement àMarseille: le panache et lefficaci-té spectaculaire. Vedette étrangè-re, comme tant dautres gloires delO.M., il symbolise le cosmopoli-tisme idéal dune cité modelée parde puissants mouvements migra-toires. Bell jouit dune aura maximum dans les virages (fig. 5) où sentasse unpublic jeune et populaire, amateur dexploits fantasques, et singulièrement dansle secteur nord, où se regroupent, on la dit, des spectateurs résidant dans lenord de lagglomération, dont beaucoup sont des fils dimmigrés. De façonsymptomatique, lors du dernier match de Bell sous les couleurs de lO.M., à lafin de la saison 87-88, une banderole portant «Joseph reste avec nous» étaitbrandie par les supporters du virage nord. La carte de popularité dAlainGiresse est, pour ainsi dire, le négatif de celle de Joseph-Antoine Bell. Giresseest avant tout un organisateur, doué dun extraordinaire sens tactique, plutôtquun amateur dexploits fantasques et virevoltants. Il jouit dune cote de popu-larité maximale dans les tribunes centrales (fig. 6), où se regroupe un publicplus âgé que dans le virage et composé, en majorité, de cadres supérieurs,commerçants, artisans, patrons de lindustrie, membres des professions libé-rales. De façon significative, cest dans le virage nord, bruyant et désordonné,quAlain Giresse réalise son plus faible score.Ainsi, les préférences pour tel ou tel joueur se modulent-elles en fonctionde lappartenance sociale, du style de vie et de comportement des différentescatégories de spectateurs. Vus sous cet aspect, les joueurs, dans leur diversité,apparaissent comme des figures emblématiques des identités sociales. Nuan-çons cependant notre propos: dune part, ce sont les vedettes au type de jeubien tranché qui suscitent des réactions aussi contrastées; dautre part, les mé-canismes identificatoires ne suivent pas toujours le chemin de lhomologie.Certains spectateurs affichent des préférences pour des joueurs qui, loin decristalliser lidéal socio-sportif de leur moi, paraissent plutôt comme des figu-res inversées de ce quils sont dans le quotidien.La présence au stade: un baromètre de lintégration dans la cité?Un examen de la ventilation du public par origine nationale ou régionale(lieu de naissance des spectateurs et de leurs parents) fait apparaître une pré-sence massive de descendants dimmigrés italiens, de pieds-noirs et de fils depieds-noirs, qui se sont fortement identifiés à la ville où ils se sont établis. Filsdimmigrés italiens, et pieds-noirs participent très largement aux activités desclubs de supporters, et certains dentre eux y exercent des responsabilités de3. Les spectateurs dorigine maghrébine
  4. 4. dirigeants. La population maghrébine, surtout celle dâgemûr, apparaît, en revanche, sous-représentée dans lestade et ne participe pas, ou très peu, aux activités asso-ciatives, indice de sa faible insertion institutionnelle.Cependant cette situation, frappante quand nous avonscommencé lenquête en 1985, semble se transformer pro-gressivement; si les pères fréquentent en effet peu lestade, leurs fils forment une forte minorité du public duvirage nord (fig. 3); cette présence, très localisée, se dif-fuse vers la tribune est, où se regroupe un public plusâgé. Ainsi se dessine une trajectoire dont nous avons puvérifier la fréquence relative pour dautres catégories depopulation: du virage nord vers la tribune est, au rythmedes âges de la vie, le virage sud «menant» plus générale-ment vers la tribune ouest, plus prestigieuse. La présencede jeunes dorigine maghrébine dans le virage nord, deleurs «frères» aînés dans la tribune est, peut-être, inter-prétée comme lindice dun rite dintégration dans la cité,que navaient pas accompli les générations antérieures.Au total, le stade apparaît comme un observatoire pri-vilégié dune société urbaine, dans sa moitié masculineau moins (85% des spectateurs sont des hommes). Sythéâtralisent les rapports sociaux et vicinaux, selon desmécanismes dont sont largement conscients les specta-teurs. Des «cartes mentales» du stade accentueraient lescontrastes repérés par lenquête, que les usagers perçoi-vent de façon plus marquée encore. Sy expriment tout àla fois un consensus autour de léquipe qui symbolise laville et des différences dans les styles de supportérisme,dans lengouement relatif pour telle ou telle catégorie dejoueurs. Un tel site, miroir didentités, centrale dintégra-tion -et non de fusion- dans la ville, mérite, à coupsûr, le détour, y compris pour le cartographe.(1) La première a été menée le 15 décembre 1985 à loccasion du matchOlympique de Marseille - Paris Saint-Germain, alors leader du champion-nat; la seconde le 22 mai 1987 lors du match O.M.- R.C. Lens. On trouve-ra un bilan détaillé de la première enquête dans BROMBERGER C.,HAYOT A., MARIOTTINI J.M., 1987, «Allez lO.M.! Forza Juve! Lapassion pour le football à Marseille et à Turin», Terrain, n° 8, pp. 8-41.Voir aussi: BROMBERGER C., «Les dieux de lOhème», Autrement,numéro spécial sur Marseille (Sous presse).La recherche que nous conduisons, avec A. Hayot et J.M. Mariottini, surlengouement pour les clubs et les matchs de football à Marseille, Turinet Naples est soutenue par la Mission du Patrimoine Ethnologique(Ministère de la Culture) et par IURA 648 (Ethnologie des Pays de laMéditerranée nord-occidentale) du CNRS.(2) Voir sur ce point: BROMBERGER C., HAYOT A., MARIOTTINIJ.M., op. cit., pp. 14-20; et POCIELLO C., 1982, «La force, lénergie, lagrâce et les réflexes. Le jeu complexe des dispositions culturelles etsportives», Sports et sociétés: approche socio-culturelle des pratiques,Paris, Vigot, pp. 171-238.4. Où apprécie-t-on Bonnevay?5. Où apprécie-t-on Bell?6. Où apprécie-t-on Giresse?

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