ARCHITECTURE FR.- VIOLLET LE DUC 8

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ARCHITECTURE FR.- VIOLLET LE DUC 8

  1. 1. DICTIONNAIRE RAISONNÉLARCHITECTURE FRANÇAISE OU XI* AU XVI SIÈCLE VIII Droits de traduction et de reproduction rfservf-3
  2. 2. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE PAR E. VIOLLET - LE - DUC ARCHITECTE TOME HUITIEME PARIS LIBRAIRIES - IMPRIMERIES RÉUNIES ANCIENNE MAISON MOBEL 5, RUE SAINT - BENOIT, 5
  3. 3. DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FKANÇAISE DU XIe AU XVI SIÈCLE QUAI, m. (qufiy)-Mur de soutènementélevépour maintenir les ber- s.ges dune rivière ou dun port, pour encaisserles coins deau, éviter lesinondations ou les empiétements. Les ports antiques étaient munis de beaux quais, et, dans toutes lesvilles romaines élevées sur le bord des fleuves, des quais réglaient leurcours. Nos villes du moyen âge laissent voir Couventencore de- (races dequais, bien bâtis, en gros quartiers de pierre. Les anciennes murailles romaines de la Cité de Paris servirent Ion--temps de quais, et lon en retrouve la trace sur beaucoup de points; maison nélevaquassez tard desquaissur les rives de droite et de gauchedela Seine et lorsque la ville sétait déjà fort étendue au nord et au sud. » Anciennement », dit le P. Dubreul , « le Ion:; du petit bras de la<(Seine, qui passepar dessousle pont Saint-Michel, et sVstend jusques« à la porte de Nesle2, il ny avoit point de muraille du costc des Au-« uustins : ains seulement une saulsaye, à lombre de laquelle les habi-M tans de Paris souloient promener et rafraischir en esté. Mais pource<(quen hyver le débordement des eaux venoit jusques dans les maisonsH de la dicte rue, le roy Philippe quatrième, dit le Bel, commanda aux« prevost et eschevinsde Paris de faire (ou plustui continuer le quay jaM commencé) de grossesmurailles en toute diligence avant lhyver.!<seslettrespatentesdonnées rif/ali abbatiah-utSMariic,juxtu in« saram(qui est Maubuisson), 9 de juin 1312 le >j 1 Le Théùtn-desantiquitésde Paris, édit. du 1612, p. 772. 2 Le quai Conli. VIII. - 1
  4. 4. [ QUAI] - 2 - Les murs de ce quai existaient encore en partie avant les travaux decanalisation du petit bras de la Seine. Ils étaient faits en belles assisesréglées de roche de la plaine. SousFrançois I" et Henri II, on construisit à Paris desquais sur lesdeux rives de la Seine, depuisla valléede Misèrejusquà la porte Neuveen aval du Louvre*, et depuis la porte Saint-Bernard jusquau bas deSaint-Victor -. La construction de cesquais ne différait pas de celle adoptéed; nosjours; elle consistaiten un mur très-épaisde blocagerevêtuextérieure- ment dun parementde pierre de taille; quelquefois,si cesmurs de sou-tenement avaient beaucoup de relief, on leur donnait de la résistance etde lariette par des contre-forts intérieurs noyésdansles remblais.Laplaceétant rare, dansla plupart desvilles du moyen âge, on cherchaitàgagner sur la rivière au moyen dencorbellements, sans rétrécir le che-nal. Maiscemodedeconstruction,dont nousdonnonsun exemple(fig. 1),avait linconvénient de présenterune suite dobstacles cours de leau audansles fortescrues,et on ne lemploya guère que si les murs de quais;iai.-nt un très-grandrelief au-dessusde létiage. On préféra, danscer-tainescirconstances, laisserun chenalvoûtésousle quai, en posantlemur extérieursurdes pilo isolées réuniespar desarcs.Quelques por-tions de quaisavaient ainsiété construites Paris,notamment long à lede la Cité,roté nord.La ville de Lyonpossédaitdassezbellespartiesdequaissur la rive droit.-.!."la Saune le xvcsiècle, avaientétééle- dès qui l Corrozet,Antiquitésd? lun-,, p. 160. 2Dubreul,p. 771.
  5. 5. - 3- [ QUATREFEUILLE ]véespour garantircetterive basse, long des coteaux Fourrières, le decontre les inondations de la rivière. .Toutefois cestravaux, dans les gran-desvilles du moyen âge, manquaient"lensemble; ils étaient fractionnés,laissaient des lacunes, des bergesabandonnées. Il fallait, ou la puis-sance romaine, ou notre centralisa-tion administrative moderne, avecses moyens dexpropriation, pourpouvoir ordonner et mener à fin toutun systèmede quais le long des rivesdun fleuve traversantune ville po-puleuse. Ce nest que de nos jours,en effet, quon a pu établir deslignesdt- quais continues dans des villesminme Paris, Lyon, Bordeaux, Nan-tes,Rouen, etc., et noire générationa vu encore, dans la plupart de cesgrandes cités, les maisons, sur biendes points, baignées par les coursdeau. QUATREFEUILLE, m. Dans le lan- s.gage des archéologues, cest le nomquon donne à un membre dar-chitecture composé de quatre lobescirculaires. La ligure 1 donne en A unguatrefeuille parfait, cest-à-direcom-poséde quatre demi-cercles, dont lesdiamètres sont les quatre côtés duncarré.Lesquatrefeuillessontparfoistracés de telle façon que les cerclesne se rencontrent pas, comme on levoit en a. Nous signalons aussi desouvertures en quatrefeuille dispo-MTS comme le tracé B : sur les flancsdes tours de la cathédrale de Paris,par exemple, et principalement dansdesconstructions du commencementdu xnie siècle. On dit aussi quinte-feuille pour désigner un membrecomposéde cinq lobes (voy. en G).Pendantle xn" siècle, le quintefeuilleestquelquefois tracésuivantla figureD, cest-à-dire moyendarcsbrisés; toutefoiscette forme estrarement au
  6. 6. [ RECLUSOin ] - d -adoptée.Cesfigures géométriques remplissenthabituellement(saufcelk- B) les Sils supérieursdes fenêtresà meneaux; cest un moyen de diminuer lespace à vitrer et de maintenir les panneaux de verre. Lesquatrefeuilles et quintefeuilles forment aussi des ornementssur desnus, et alors sont aveugles;les extrémités de redentssont fréquemmentornées de bouquets feuillus (voy. FE.ÈTKE, MEXEAU, REDE.XT). RECLUSOIR,m. Il était dusagede pratiquer, auprès de certaines s.église*du moyen âge, de petites cellules dans lesquelles senfermaientdes femmes renonçant pour jamais au monde. Ces reclusoirs avaientle plus souvent une petite ouverture grillée souvrant sur lintérieurde léglise. Le P. Dubreul raconte quune certaine Alix la Bourgottesétait fait enfermer ainsi dans un petit logis proche du grand portail deléglise desInnocents : « Et pour remarque, ajoute-t-il, sevoit encore« un treillis en une petite fenêtre qui a veuë dans léglise, par où elle« entendait la messe. » Un tombeau de bronze avait été élevé à cetterecluse en la chapelle Xotre-Daine, en l/t66. Toutes les recluses nétaientpas volontaires, « Renée de Vendomois ayant fait tuer son mari », ditlabbé Lebeuf en parlant du reclusoir des saints Innocents, « le roi, en« considération du duc dOrléans lui fit grâce en 1485; et le parlement,« entre autres punitions, la condamna à demeurer perpétuellement re-« cluse et uturce au cimetière des Innocents, en une petite maison qui« lui devoit être faite... Javois pensé, ajoute Lebeuf, que la turricule« octogoneet isoléequelon voit dansce cimetière auroit pu être lapri-« son quon lui donna. » Mais lédicule dont parle Lebeuf était bienplutôt une lanterne desmorts, commeil était dusage den élever danspresquetous les cimetièresdu moyen âge. Le même auteur rapporte quen léglise Saint-Médard « avoit été fait« comme en plusieurs autres de Paris, au xive et xve siècle un reclu-« soir, cest-à-direune cellule où vivoit une femmereclusepour le reste« de sesjours. » 11 avait jamais, dans chaque église,quune seulerecluseà la fois, nycellesqui prétendaientlui succéderattendaient quelle fût morte. Cetusige était fort ancien, puisquedans lancienneabbayede Saint-Victor,et avant sa reconstruction par Louis le Gros, une certaine Basilla, re-dire, avaitétéensevelie le reclusoiroù elleavaitpassé vie2. dans sa on voit encore dansléglisedu Mas-dAzil (Ariége), prochedu chSurcl dans lépaisseur mur,une du petite cellule laquelle étaitdusage dans il 1 Théâtre antiq. de Pan*, edit. de 1612, p. 837.- des LabbéLebeuf,Hist. du"(Hoc. rie Paris, t. I, p. 80. - LabbéLebeUf, Hùt. du dioc.deParis, t. II, p. 5i2.
  7. 7. - 5- [ REDENT ]denfermerun fou. Cettecellule très-exiguëne prenait de jour et dairque de lintérieur de léglise. Il y avait bien là tout ce quil fallait pourrendrefou un hommesensé nousnavonspu savoirsi cétait dans les- ;poir de guérir cesmalheureuxquon les chartrait ainsi. Charles fit éle- Vver un bel oratoire de boiseries à Saint-Merry, sa paroisse, pour une cer-taine Guillemette,qui passaitpour sainteet se tenait constamment danscelieu, où on la pouvaitvoir en extase. Toute la cour avait grandefoi ensa sainteté et se recommandait à sesprières. REDENT, m. Cestainsi quon nomme les découpuresde pierre en s.forme dents garnissent de qui lintérieur compartiments meneaux des desde fenêtresou des intradosdarcs, ou desgables de pignons(voy. FE-NÊTRE. MENEAU). figure 1 donne un redent. Quelquefoiscesredents Lasont terminéspar un ornementfeuillu, commeaux fenêtresde la sainteChapelle du Palais à Paris. Les redentssont simplesou redentés.La figure 1 présente redent unsimple; la figure 2, des redentsredentés deux sortes.Le premier, A, deest le plus ancien et apparaît déjà au commencement du xnr siècle; lesecond,B, ne se rencontre guèrequà dater de 1260.Dans le premierde cesexemples, double redent ne secomposeque du mêmemembre lede profil. Dansle second, y a deux membres profils, lun pour le re- il dedent principal, lautre pour le redent secondaire. Quelques fenêtres hautesdu transseptde cathédraledAmiensmontrent, dansles grandsSils de laleurs meneaux, desredents composéscomme celui A. Larchitecture deNormandie de la fin du xme siècle et du xive possèdesouvent des re-dents composéscomme celui qui est figuré en B. Il est facile de recon-naîtreque cesportions deschâssis pierre sont combinéespour dimi- denuer les dimensions des panneaux des vitraux. Les redents dSils lesplusancienssont enchâssés la moulure circulaire(voy. la sectiona}. dansPlus tard ils font partie de lappareil mêmedes meneaux(voy. la sec-
  8. 8. [ HEDENT ] - 6 -lion b}. Lespetitsarcsbrisés couronnent meneaux qui les verticauxdesfenêtres,à dater de 1230,sont souventarmésde redents(voy. le tracéD,«n d). Cestaux fenêtresde la sainteChapelle Palaisà Parisquon durencontre, peut-êtrepour la premièrefois, ces derniers redents, qui ontpour résultat de donner de la solidité et du nerf aux branches darcs e(voy. MENEAU). Des redents sont posésaussi comme simple décoration, à dater ducommencement xme siècle,soit à lintrados darcs de porchesou de duportes,soit sur desrampantsde pignons ou sur des gables. Cestainsiquon voit de très-beaux grandsredentsborder intérieurement larchi- etvolte dentréedestrois avancéesdu portail de la cathédraledAmiens.Cesredentssont terminéspar des bouquetsde feuillage dun bonstyle et bien composés, dont nous donnons(fig. 3)un échantillon. En A,est tracé lensemblede cette découpure de pierre, maintenue à lin-
  9. 9. trados de larchivolte, dabord par les coupesf et par des T de cuivre«ouïes en plomb. En B, est donnée la section des redents sur les bran-
  10. 10. ( RÉDUIT] - 8 -<-he> riiurbes en ab et sur les intervalles en ac. Ces redents datent de1240 environ. Au Heu dêtre ferméepar des linteaux, la porte centraledu portail dela cathédralede Bourgesest terminée par deux arcs plein cintre ornésde redents richement sculptés qui se découpent sur le vide de la baie. Laligure k est un de cesredentstenant au claveau de larc de structure etli- renforçant. Cettedécorationappartientaux constructionsde la cathé-drale de Bombes élevées entre 1240 et 1250. Les articles GABLE, PIGNON, montrent lapplication des redents auxrampants qui se détachent, soit sur des nus, soit sur le ciel. Il est utiledobserver, à ce sujet, combien ces détails sont généralement bien mis àléchelle de larchitecture quils couronnent, et comme, lorsquils sontdéclinés à M. découper sur le ciel, ils prennent juste la valeur relativequils doiventavoir. Nous citerons, parmi les redents les plus heureu-sement mis en proportion, ceux qui couronnent le pignon du trans-M-ptnord de la cathédrale de Paris, redents dont desmorceaux entiersont été retrouvés sous les combles, et qui ont été replacés depuis peu.(Vov. SCULPTURE.) RÉDUIT, m. Dernier refuge dune forteresse.Les villes fortifiées du s.moyenâge avaientleur réduit, qui était le château; le châteauavait sonréduit, qui était le donjon. Le donjon avait mêmeparfoisson réduit, der-nière défensepermettant dobtenir une capitulation, ou de prendre letempsdévacuerla placepar des souterrains ou des poternesmasquées.La défensedes places et des postes était si bien divisée pendant lenu>yen quelle pouvait seprolongerpour chaqueposte,pour chaque âge,tour. Elle était à outrance au besoin; de telle sorte quune poignéedhommes déterminés tenait en échec, à loccasion, un corps darmée.Cestainsi que nous voyonsde puissantsseigneurs,à la tète de troupesnombreuses, obligés dassiéger pendant des mois une petite garnisondune centaine dhommes.On prenait un ouvrage,il fallait recommen-cer. On prenait une partie dun donjon, il fallait prendre lautre. Onsemparait dune porte; la tour voisine, réduit de cette défense, tenaitencore. La ténacité est certainement,danslart de la guerre et surtout dansla guerre de sièges,une qualité supérieure. La féodalité nous a été unedure écolepour acquérir cette qualité. Nousla possédions, nousavons etmontréquenous la possédons encore, la guerre du moins. Soyons àdonc plus équitables lorsquilsagit de porter un jugement sur cettevieille institutioncontrelaquelleil nest pasbesoinde tant invectiver,puisquelleest bien morte et que nous avons recueilli le meilleur et lepluspur de son héritage.Qui oseraitdire que dans les veinesde cespetitsfantassins abandonnés unblockhaus dans dans ou quelque village,pivotdune grandemanSuvre, quibrûlent et jusquà dernière leur car-touche, espoir sans dêtre secourus, a pas peu cesang il ny un de tra-
  11. 11. - 9 - [ RÉFECTOIRE ]ditionnel des vieilles garnisons féodales, défendant pied à pied chaquetour, chaque étage dune tour, singéniant à accumuler les obstacles età retarder la chute dun poste, ne fût-ce que dune heure ! Nous avonsdécrit ailleurs les défenses générales particulières desplaceset châ- outeaux, il ny a pas lieu dy revenir ici à propos des réduits, qui ne soni,quun point relatif de ces défenses; aussinos lecteurs voudront-ils recou-rir aux articles : ARCHITECTURE MILITAIRE,CHATEAU, DONJOX, SIÈGE, TOUR. RÉFECTOIRE, m. (refretouer). Salle destinée à la réfection des mem- s.bres dune communauté.Les maisonsconventuelles possédaient leurréfectoire; les religieux réguliers prenaient leurs repasen commun dansune salle spacieuse, bien aéréeet donnant sur le cloître (voy. ARCHITEC-TURE MONASTIQUE). Habituellementléglise longeaitlun desportiquesducloître, le réfectoireétait accoléau portique opposé. H , , 0 f==^rj2^ f t/ tt 6 fL=; 0 a DBD 1 1 cpo | A rrrrrri m~m B E TJ Un des plus anciens documentsqui nous restent sur les réfectoiresdesmaisonsreligieusesdu moyen âge est certainementle plan manu-scrit de labbayede Saint-Gall, adressé un abbé. Ceplan, que Mabillun àattribue à labbé Eginhard, est certainementde lépoque carlovingienne(820environ). Il indiquele long du cloître,à loppositede léglise,leréfectoire. Nous donnons (flg. 1) le fac-similéde cette portion du planmanuscrit. En A, est le portique qui longe le réfectoire G ; en B, le por- 1 Archivesde labbaye de Saint-Gall. -Voyez lensemble ce plan, ARCHITECTURE deMONASTIQUE et lArchitecture monastique M. Albert Lenoir. (flg. 1), par vin. - 2
  12. 12. [ RÉFECTOIRE ] - 10 -tiquequi longe chauffoir moinesen C,celui qui souvre les le des ; surcellules, en D, celuiqui estplantélatéralement léglise.Ceplan est et àintéressant cequil indique la placeréservée chaque en à portion desmembresde la communauté.En a, est marquée la communication dé-tournée du réfectoire avecla cuisine F; en d, les tablesdes moines,avecleurs bancs adossés murs; en c, la chaire du lecteur; en b, le buffel aux-.mtenant la vaisselle;en e, la table de labbé et desdignitaires; en f, latable deshôtes.Le couloir H communique avecle bâtiment réservéauxprovisions. Cesdispositions généralesse retrouvent dans toutes les grandesab-bayes.Le réfectoireest toujours en communication directe avecla cui-sine. 11affectela forme barlongue,est habituellement voûté,à dater dela fin du xnc>>iècle, dune seulevolée,par travées, soit soit sur une épinede colonnes. Une chaire est réservéeau lecteur sur lun des grands côtésdu parallélogramme. proximité du réfectoire,et même parfois sur lun Ade sescôtés, se trouve placé le lavabo pour les ablutions des moines.Lorsque le lavabo nest point disposédans un édicule séparé, il consisteen une cuve barlongue placéele long desmurs du clokre ou dansle ré-fectoire même. Un enfoncement ménagé dans la maçonnerie la reçoit.On voit encore des niches de lavabo à labbaye de la Luzerne, prèsdAvranches, et à labbaye de Beaufort (Normandie). Un des plus beaux réfectoires dabbayes est celui qui fut construit au commencement duxme siècle, dans le prieuré clunisien de Saint-Martin des Champs,à Paris.Cette salle, dont la composition est attribuée à tort à Pierre de Montereau, puisque, lorsquelle fut élevée, ce maître des Suvres devait être encore"enfant, se compose de deux rangs de voûtes posant sur des colonnestrès-délicates de pierre de liais. De belles fenêtres à rosaces léclairentlatéralementet par les bouts. Celles-cisont percéesdans des pignons.La porte de ce réfectoire1, styleadmirable, donnait sur le cloître, en dunfacedu lavabo,placé dans un des angles de ce cloître. Une chaire delecteur souvre sur lun des côtés (voy. CHAIRE, ûg. 3) -. Labbayede Sainte-Geneviève (aujourdhui lycée Napoléon)conserveencoresonancien réfectoiredu xme siècle: cest une grande salle voûtée en arcsogives sans épine de colonnes. Le réfectoire labbayeSaint-Germain Prés,à Paris,était une de desdes Suvres remarquables Pierrede Montereau. de Bâti vers 1240, parlabbéSimon, réfectoire ce avaitcentquinze pieds longsurtrente-deux dede largeur (M) mètressur 10). Il navait pas dépine de colonnes aumilieu, et la clef des voûtes sélevaità près de 16 mètres au-dessus dusol. Seizefenêtres décorées vitraux léclairaient, de huit de chaque côté. 1 Voy. LAVABOVoyezlarticle LAVOIR, Dictionnaire mobilier du français. - Lamonographie complète réfectoire Saint-Martin Champs gravée du de des est dansla Statistiquemonumentale Paris, sur los dessins feu Lassus. réfectoiresert au- de de Cejourdhui de bibliothèque au Conservatoire des arts et métiers.
  13. 13. - 11 - [ REPOS01R ]Saconstruction,au dire deD.Bouillard, était dune apparencetrès-déliée.La chairedu lecteur, très-ouvragée soutenuesur un cul-de-lampe de etpierre dure, secomposaitde deux assisesdécoréesdun cep de vigneajouré . Le réfectoire de labbaye royale de Poissy,bâti par Philippele Bel, était plus vaste encore; il avait dans Suvre 47 mètres de lon-gueur sur 12 de largeur, et les clefs de voûtes étaient poséesà 20 mètresau-dessusdu sol. Cétait une admirable construction du xiv siècle, quisubsistajusque sous le premier empire. Ce réfectoire navait pasdépinesde colonnes. Contrairement à lusage, le réfectoire de labbaye royale de Poissyétait planté perpendiculairement à léglise, à lextrémité sud du trans-sept, donnant dailleurs sur un des côtés du cloître. Sauf quelques détails, tels que les lavabo et les chaires de lecteurs,les réfectoiresrentrent dansles programmes ordinaires dessalles.Nousne croyons pasdevoir en donner ici desfigures, qui trouvent leur place-danslarticle spécialement destinéaux salles.Cestdoncà cet article quenous renvoyons nos lecteurs. Les réfectoires des communautés du moyen âge nont plus dana-logues dans nos édifices,-tels que lycées, séminaires.Il faut passer htManche, et aller en Angleterre, pour trouver encore dans les vieilles uni-versités de Cambridge et dOxford les dispositions vastes, saines, bienentendues, qui rappellent celles de nos anciens réfectoires détablisse-ments français. Encore les réfectoires des communautés dAngleterresont-ils couverts par descharpentes lambrisséeset bien rarement voûtésen maçonnerie. Les réfectoires de nos grands établissements françaissont aujourdhui des salles mal aérées, bassessous plafond, surmontéesdétages, tristes,simprégnantdune odeurnauséabonde, font regretter etles dispositions si larges et bien étendues du moyen âge. En cela, nousaurions quelque chose à leur prendre. Les châteaux navaient pas,à proprement parler, de réfectoires. Si lonréunissait un grand nombre de convives, la grandsalle était transforméeen réfectoire, mais cela navait lieu quà loccasion de certaines solenni-tés. Les garnisons,divisées postes, par prenaient leurs repasséparémentdans chacun de ces postes, et le seigneur se faisait servir avec sa familledans le donjon ou dans sesappartements. (Voy. SALLE.) REMPART, m. - Voy. ARCHITECTURE s. MILITAIRE, CHATEAU, COURTINE,CRÉNEAU, HOURD, MACHICOULIS, SIÈGE. REPOSOIR, m. Il ne sagit point ici de cesouvrages provisoiresde s.tentures, que lon élèvepour permettreaux processions la Fête-Dieu dede stationner pendant quelquesinstants, mais de petits édificesquonélevait sur le bord des grandesroutes pour offrir un abri aux voyageurs, 1 Voyez YHist. de Saint-Germain des P;r.«, parD. Bouillard, p. 123.
  14. 14. [ REPOSOIR ] - 12 -un asileet un lieu de prière.On rencontre encorebeaucoup cesédi- deculesle long desvoiespubliques Italie,mais sontdevenus en ils très-raresen France. a penséquils étaientavantageusement On remplacésparlesbrigadiers gendarmerie, qui estcertain. il nétaitpas de ce Maisnécessaire pour cela de les détruire. Quelques-uns cesmonuments étéconvertis chapelles, les de ont en etcontrées du centre de la France en conservent encore sous ce titre. Cene sontplus toutefois refugesouvertspendant tempête, des la maisdessacraires à certaines où, occasions, prêtrele plusvoisinvient direune lemes-»-. Nousne connaissonsquun seul de cesédicules ayant la doubledestination refugeet de lieu de prière,conservé de dansle nord de laFrance.Il est situé prèsde Fismes,sur le bord de lanciennevoie romaineallant de Reims à Soissons. Encore le couronnement de ce petit monu-ment a-t-il été refait à la (in du xvie siècle. Il fut bâti par Enguerrandde Courcelles,en 1265.Nous en donnonsle plan (iig. 1). Un autel rem-plit le fond de la cellule. Une piscineest ménagéedansle mur de droite.Une voûte en arcs dogive ferme cette cellule, et le mur du devant estpercé dune porte et de deux claires-voies. Nous traçons en A. le détail dujambagede la porte avecune des claires-voies. porte nétait fermée Laquau loquet, afin dempêcherles bestiaux dentrer dansla cellule. Lesclaires-voies nétaient pasvitrées,mais muniesde barresdefer verticales,commelindique le détail A. La figure 2 donnela coupede ce repo-soir, et la flgure 3, son élévationperspective, avec le couronnementres-
  15. 15. f BEPOSOIR ] . Sixgrands séculaires, arbres et probablement à la replantés même forment ombragelemonument, était place, un sur lequel couvert, - "S ll Jàe^" ^ILu-1^-!^: -*semblerait-il, dalles, doffrir abri sur déviterréparations. par des afin un plus et des «M.Leblan, architecte,voulu pour ce abien relever nouscurieux reposoir.
  16. 16. f BESTAURATION ] - 14 - Les deux niches latérales,refaites au xvie siècle,sont veuvesde leursstatues, crucifixquenousavons elle replacé sous pignonnexiste le plus.Mais au-dessus linteau de cette porte on voit encorela petite niche ducarréequi était destinée contenirun falot. Un mur de soutènement, àavecdeuxdegrés, bordela voiepublique,et laisse terrasse avant une ende lédicule. RESTAURATION, f. Le mot et la chose sont modernes. Restaurer un s.édifice, nest paslentretenir,le réparerou le refaire,cestle rétablir cedansun état complet qui peut navoir jamaisexistéà un moment donné. Ce nest quà dater du secondquart de notre siècle quon a prétenduiotaurer desédifices dun autre âge, et nous ne sachions quon ait pasdéfini nettement la restauration architectonique. Peut-être est-il opportunde serendre un compte exact de ce quon entend ou de ce quon doitentendre par une restauration, il semble que deséquivoquesnom- carbreusesse sont glisséessur le sens quon attacheou quon doit atta-cher à cette opération. Nous avonsdit que le mot et la chose sont modernes,et en effet au-cune civilisation, aucun peuple, dans les temps écoulés,na entendufaire des restaurations comme nous les comprenons aujourdhui. En Asie, autrefoiscommeaujourdhui, lorsquun temple ou un palaissubissait les dégradationsdu temps,on en élevait ou lon en élèveunautre à côté. On ne détruit pas pour cela lancien édifice; on laban-donne à laction des siècles, qui sen emparent comme dune chose quileur appartient, pour la ronger peu à peu. Les Romains restituaientmais ne restauraient pas, et la preuve, cest que le latin na pas de motqui corresponde notre mot restauration, suivant la signification quon àlui donne aujourdhui. Instaurare. reficere, renovare,ne veulent pasdire restaurer, mais rétablir, refaire à neuf. Lorsque lempereur Adrienprétendit remettre en bon état quantité de monuments de lancienneGrèce ou de lAsie Mineure, il procéda de telle façon quil soulèveraitrinitre lui aujourdhui toutes les sociétés archéologiques de lEurope,liit-n quil eût des prétentions aux connaissances de lantiquaire. Onne peut considérer le rétablissement du temple du Soleil, à Baalbek,comme une restauration, mais comme une reconstruction, suivant lemode admis au moment où cette reconstruction avait lieu. Les Ptolé-mées eux-mêmes,qui se piquaient darchaïsme,ne respectaient pasabsolumentles formesdesmonumentsdesvieilles dynastiesde lEgypte,mais les restituaient suivant la modede leur temps. Quant aux Grecs,loin de restaurer, cest-à-direde reproduire exactementles formesdesédificesqui avaientsubi desdégradations,ils croyaient évidemmentbienfaire en donnant le cachet du moment à ces travaux devenus nécessaires.Éleverun arc de triomphecomme celui de Constantin, Rome, à aveclesfragments arrachés larc de Trajan, ce nest ni une restauration,ni àune reconstruction; cest un acte de vandalisme,une pillerie de bar-
  17. 17. - 15 - [ RESTAURATIONbares. Couvrir de Allies larchitecture du templede la Fortune virile, àHome, ce nest pas non plus ce quon peut considérer comme une res-tauration ; cest une mutilation. Il faut reconnaître que le goût pour lesrestaurations sinon archaïques, au moins considérées comme renouvel-lement des édifices, sest manifesté de tout temps à la fin des périodes de-civilisation chez les sociétés. On restaurait, ou plutôt on réparait lesmonuments antiques de la Grèce, lorsque séteignait le génie grec sous lalourde main de Rome. Lempire lui-même se prit à restaurer les templesau moment où léglise allait leur être substituée,et chez nous cétaitavec une sorte de hâte quon reprit, quon répara et quon acheva quan-tité déglises catholiques à la veille de la réformation. Mais dailleurs le moyen âge neut pas plus que lantiquité le sentimentdes restaurations comme nous les comprenons aujourdhui; loin de là.Fallait-il dans un édifice du xii* siècle remplacer un chapiteau brisé,cétait un chapiteau du xm% du xive ou du xve siècle quon posait à>aplace. Sur une longue frise de crochets xmesiècle,un morceau, duun seul, venait-il à manquer, cétait un ornement dans le goût dumoment quon incrustait. Aussi est-il arrivé bien des fois, avant quelétude attentive des styles fût pousséeà ses dernières limites, quon étaitentraîné à considérer ces modifications comme des étrangetés, et quondonnait une date fausseà des fragments quon eût dû considérer commedes interpolations dans un texte. On pourrait dire quil y a autant de danger à restaurer en reprodui-sant en fac-similé tout ce quon trouve dans un édifice, quen ayantla prétention de substituer à des formes postérieures celles qui devaientexister primitivement. Dans le premier cas, la bonne foi, la sincérité delartiste peuvent produire les plus graves erreurs, en consacrant, pourainsi dire, une interpolation ; dans le second, la substitution dune formepremièreà une forme existante,reconnue postérieure,fait égalementdisparaître tracesdune réparationdont la causeconnue aurait peut- lesêtre permis de constaterla présencedune disposition exceptionnelle..Nousexpliquerons ceci tout à lheure. Notre temps, et notre temps seulement depuis le commencement dessiècles historiques, a pris en face du passé une attitude inusitée. Il avoulu lanalyser, le comparer, le classer et former sa véritable histoire,eu suivant pas à pas la marche, les progrès, les transformations de lhu-manité.Un fait aussiétrangene peut être,commele supposentquelques-esprits superficiels,une mode, un caprice, une infirmité, car le phéno-mène est complexe.Cuvier,par sestravaux sur lanatomie comparée,par sesrecherchesgéologiques, dévoile tout à coup aux yeux descon-temporainslhistoiredu mondeavantle règnede lhomme.Lesimagi-nations suiventavec le ardeurdanscettenouvellevoie.Desphilologues,aprèslui, découvrentles origines deslangueseuropéennes, toutessortiesdune même source. Les ethnologues poussent leurs travaux vers létudedesraces de leurs aptitudes. et Puis enfin viennentles archéologues.
  18. 18. [ RESTAURATION ] - 16 -qui, depuislInde jusquà lEgypteet lEurope,comparent, discutent,séparent productionsdart, démasquent les leurs origines,leurs filia-tions, et arrivent peu à peu, par la méthodeanalytique,à lescoordonnersuivant certaineslois. Voir là une fantaisie,une mode,un état de malaisemoral, cest juger un fait dune portéeconsidérable peu légèrement. unAutant vaudrait prétendre lesfaits dévoilés la science, que par depuisNewton, sont le résultat dun caprice de lesprit humain. Si le fait estconsidérabledansson ensemble,comment pourrait-il être sansimpor-tance dans ses détails ? Tous ces travaux senchaînent et.se prêtent unconcours mutuel. Si lEuropéen en est arrivé à cette phasede lesprithumain, que tout en marchant à pas redoublés vers les destinées àvenir, et peut-être parce quil marche vite, il sentele besoinde recueillirtout son passé,commeon recueille une nombreusebibliothèque pourpréparer deslabeurs futurs, est-il raisonnablede laccuserde selaisserentraîner par un caprice, une fantaisie éphémère? Et alors les retarda-taires, les aveugles,ne sont-ils pas ceux-là môme qui dédaignentcesétudes,en prétendantles considérer commeun fatras inutile ? Dissiperdes préjugés,exhumer des vérités oubliées,nest-cepas,au contraire,un des moyens les plus actifs de développer le progrès? Notre temps naurait-il à transmettre aux siècles futurs que cette mé-thode nouvelle détudier les chosesdu passé, soit dans lordre matériel,soit dans lordre moral, quil aurait bien mérité de la postérité. Mais nousle savons de reste; notre temps ne se contente pas de jeter un regardscrutateur derrière lui : ce travail rétrospectif ne fait que développer lesproblèmes posésdans lavenir et faciliter leur solution. Cest la synthèsequi suit lanalyse. Toutefois ces scrutateurs du passé, ces archéologues, exhumantpatiemment les moindres débris des arts quon supposait perdus, ontà vaincre des préjugés entretenus avec soin par la classenombreuse desgenspour lesquelstoute découverte tout horizon nouveauestla perte oude la tradition, cest-à-dire dun état de quiétude de lesprit assezcom-mode. Lhistoire rb Galilée est de tous les temps. Elle sélève dun ouplusieurséchelons,mais on la retrouve toujours sur les degrésque gra-vit lhumanité. Remarquons,en passant,que les époquessignalées parun grand mouvementen avant, sesont distinguéesentre toutes parune étude au moins partielle du passé.Le xne siècle,en Occident,futune véritable renaissance politique, sociale,philosophique, dart et delittérature ; en mêmetemp>quelqueshommesaidaient à ce mouvementpar desrecherches dansle passé. xviesiècle présenta mêmephé- Le lenomène. archéologues Les nont doncpasà sinquiéterbeaucoup ce detemps darrêt quonprétendleur imposer, non-seulement France, car enmaisdanstoute lEurope, leurslabeurs sont appréciés un public paravidede pénétreraveceuxau sein desâgesantérieurs. Queparfoiscesarchéologues laissent poussière passé la du poursejeter dans poé- lamique,ce nest pas du tempsperdu, car la polémiqueengendreles idées
  19. 19. - 17 - [ RESTAURATION }et pousse lexamen plus attentif desproblèmesdouteux; la contradic- àtion aide à les résoudre..Naccusonsdonc pas ces esprits immobilisésdansla contemplationdu présent ou attachésà des préjugé-; parésdunom de tradition, fermant les yeux devant les richesses exhumée- dupassé,et prétendant dater lhumanité du jour de leur naissance, calnous sommes ainsi foires de suppléer à leur myopie et de leur montrerde plus près le résultat de nos recherche-. Mais que dire de ces fanatiques, chercheurs de certains trésors, nepermettantpas quon fouille dansun sol quils ont négligé,considérantle pa-sé comme une matière à exploitera laide dun monopole, et décla-rant hautement que lhumanité na produit desSuvres bonnes à recueillirque pendant certaines périodes historiques par eux limitées; qui préten-dent arracher deschapitres entiers de lhistoire destravaux humains; qui.sérigent en censeursde la classedes archéologues, en leur disant : « Telleveine est malsaine, ne la fouillez pas; si vous la mettez en lumière, non- oiis dénonçonsà vos contemporains comme des corrupteur- ! n On trai-tait ainsi, il y a peu dannées, hommespassantleurs veille- à dévoiler lesles arts, les coutume-, la littérature du moyen âge. Si ces fanatique^ont diminué en nombre, ceux qui persistent nen sont que pins pas-sionnés dans leurs attaques, et ont adopté une lactique assezhabile pouren imposer aux gens peu disposésà voir le fond des chose-. 11-raison-nent ainsi : « Vous étudiez et vous prétendez nous faire connaître le- ait-du moyen âge, donc vous voulez nous faire revenir au moyen âge, etvous excluez létude de lantiquité; si lon vous laisse faire, il y aura desoubliettes dans chaque violon et une salle de torture à côté île la sixièmechambre. Vous nous parlez des travaux des moines, doue Mm- vouleznous ramener au régime desmoines, à la dîme ; non- laire ret< mibcr dansun ascétisme énervant. Tous nous parlez des châteaux féodaux, donc,vous en voulez aux principes de 89, et si lon vous écoute, les corvéesseront rétablies. » Cequil y a de plaisant, cest que ces fanatique- (non-maintenons le mot) nous prodiguent lépithète dexclusif, pane qnr,probablement, nous nexcluons pas létude des art- du moyen àue et quenous nous permettons de la recommander. Un nous demandera peut-être quels rapports ce- querelle- peinentavoir avec le titre de cet article, nous allons le dire. Le- architectes, enFiance, ne se pressent pas. Déjà, vers la fin du premier quart de cesiècle,les étudeslittéraires sur le moyenâgeavaientpris un développe-ment sérieux,que les architectesne voyaientencoredan- le- outes go-thiques que limitation desforêts de la Germanie(cétait une phrase con-sacrée)et dans logive quun art malade.Larc en tiers-point est brisé,donc il est malade,cela estconcluant. Les églisesdu moyenâge. dévas-tée-pendantla révolution, abandonnées, noirciespar le temps,pourriespar lhumidité, ne présentaient lapparence grand- cri eneilsvides. que deDe là les phrasesfunèbresde Kotzebue,répétées aprèslui . Lesintérieurs 1 VoyezdanslesSouvenir*de Paris en 1804, par Aug. Kotzebue (trad. île lalleiii,jinl, VIII. - 3
  20. 20. [ RESTAURATION ]des édifices gothiques ninspiraient latristesse est àcroire que (cela aisédanslétatoùon lesavaitmis).Lesflèchespercéesjour sedétachant àdans brumeprovoquaient périodes la des romantiques décrivait ; on lesdentelles pierre,lesclochetons de dressés lescontre-forts, élégantes sur lescolonnettes groupéespour soutenir desvoûtesà àeffrayanteshauteurs.Ces témoins de la piété (dautres disaient le fanatisme)de nos pèresnereflétaient quune sorte détat moitié mystique, moitié barbare, danslequel le capricerégnait en maître.Inutile de nous étendreici surcegalimatias banalqui faisaitrageen 1825,et quon ne retrouveplusquedans les feuilletons de journaux attardés. Quoi quil en soit, ces phrases-creuses, le Musée des monuments français aidant, quelques collections,.comme celle de du Sommerard,firent que plusieursartistesseprirent àexaminer curieusement ces débris des siècles dignoranceet de barbarie.Cetexamen,quelque peu superficiel et timide dabord, ne provoquaitpas moins dassez vertes remontrances. On se cachait pour dessiner cesmonuments élevés par les Goths, comme disaient quelques gravespersonnages. fut alors que des hommes qui, nétant point artistes, Cese trouvaient ainsi hors de portée de la férule académique, ouvrirent lacampagne par des travaux fort remarquables pour le temps où ils furentfaits. En 1830, M. Vitet fut nommé inspecteur général des monumentshistoriques. Cetécrivain délicat sut apporter dans ces nouvellesfonc-tions, non de grandesconnaissances archéologiques que personne alors.ne pouvait posséder,mais un esprit de critique et danalyse qui fitpénétrer tout dabord la lumière dans lhistoire de nos anciensmonu-ment-. En 1831,M. Vitet adressaau ministre de lintérieur un rapportlucide, méthodique. >ur linspection à laquelle il sétait livré dans lesdépartement du Nord, qui dévoila tout à coup aux esprits éclairésdestn>>orsjusqualors ignorés, rapport considéré aujourdhui comme unchef-dSuvre en ce genre détudes. Nous demanderons la permissionden citer quelques extraits : « Je sais, dit lauteur, quaux yeux de bien« desgensqui font autorité, cest un singulier paradoxe que de parler(t sérieusementde la sculpture du moyen âge. A les en croire, depuis<i les Antonins jusquà François Ier,il na pas été question de sculpture<i en Europe, et les statuaires nont été que des maçons incultes et« grossiers.Il suffit pourtant davoir des yeux et un peu de bonne foi,« pour faire justice de ce préjugé, pour reconnaître quau sortir des« siècles pure barbarie,il sestélevédansle moyenâgeune grande de1805),sausité à labbaye Saint-Denis. voit poindredans chapitre de On ce ladmiratiotrromantique romanesque lesvieux ou pour édifices. Enpartant celieusouterrain, « de« dit lauteur,nous remontâmes lenceinte dans solitaire, le temps où commence main-« tenantà promenersa faux. Le vieillard(car il va toujoursun ieillard dansles« ruines)flalte voirunjourrestaurer abbaye; se de cette il fonde espoir quel- cet sur« ques motséchappés à Bonaparte. comme réparations Mais ces seraient extrêmement« coûteuses, ne fautpasy penser il pourle moment »
  21. 21. ^19 - [ RESTAURATION J« et belle école de sculpture, héritière des procédés même du style etc de lart antique, quoique toute moderne dans son esprit et dansses« effets,et qui, comme toutesles écoles,a eu sesphases sesrévolu- et celions, cest-à-dire son enfance, sa maturité et sa décadence « Aussi faut-il sestimer heureux quand le hasard nous fait dé-ci couvrir dans un coin bien abrité, et où les coups de marteau nont« pu atteindre, quelques fragments de cette belle et noble sculpture. » Et comme pour combattre linfluence de cette phraséologie sépulcraleemployée alors quil sagissait de décrire des monuments du moyenâge, plus loin M. Vitet sexprime ainsi à propos de la coloration appli-quée à larchitecture : « En effet, de récents voyages, des expériences(( incontestables, ne permettent plus de douter aujourdhui que la Grèce« antique poussasi loin le goût de la couleur, quelle couvrit de pein-<i turcs jusquà lextérieur de ses édifices, et pourtant, sur la foi de« quelques morceaux de marbre déteints, nos savants, depuis trois« siècles,nous faisaient rêver cette architecture froide et décolorée. On« en a fait autant à légard du moyen âge.Il sest trouvé quà la fin<< xvi6 siècle, grâce au protestantisme,au pédantisme, et à bien du(( dautres causes, notre imagination devenantchaquejour moins vive,« moins naturelle, plus terne pour ainsi dire, on se mit à blanchir ces« belles églisespeintes, on prit goût aux murailles et aux boiseries« toutes nues, et si lon peignit encore quelques décorations intérieures,« ce ne fut plus, pour ainsi dire, quen miniature. De ce que la chose« est ainsi depuis deux ou trois cents ans, on sest habitué à conclure« quil en avait toujours été de même, et que ces pauvres monuments« sétaient vus de tout temps pâles et dépouillés comme ils le sont« aujourdhui. Mais si vous les observez avec attention, vous découvrez« bien vite quelqueslambeauxde leur vieille robe : partout où le badi-<( geon sécaille, vous retrouvez la peinture primitive » Pour clore son rapport sur les monuments des provinces du Nordvisitéespar lui, M. Vitet, ayant été singulièrement frappé de laspectimposant des ruines du châteaude Coucy,adresseau ministre cettedemande, qui aujourdhui acquiert un à-propos des plus piquants : « En terminant ici ce qui concerne les monuments et leur conserva-» tion, laissez-moi, monsieur le ministre, dire encore quelques mots à« propos dun monument plus étonnant et plus précieux peut-être que« tous ceux dont je viens de parler, et dont je me propose de tenter« la restauration. A la vérité, cest une restauration pour laquelle il ne« faudra ni pierres, ni ciment, mais seulement quelques feuilles de« papier. Reconstruire ou plutôt restituer dans son ensemble et dans« ses moindres détails une forteresse du moyen âge, reproduire sa dé-fi coration intérieure et jusquà son ameublement ; en un mot, lui rendre« sa forme, sa couleur, et, si jose le dire, sa vie primitive, tel est le« projet qui mest venu tout dabord à la pensée en entrant dans len-« ceintedu châteaude Coucy. Cestours immenses, donjon colossal, ce
  22. 22. . [ KEsTAURATIUN ] - 20 - (i semblent. s<,ii-certains aspects,bâtis dhier. Et dans leurs parties <idégradées, devestiges peinture, sculpture, distributions que de de de « intérieures que de documentspour limagination. que de jalons <i pourla guideravec certitudeà la découverte passé, compter du sans« les anciens plans de du Cerceau,qui, quoique incorrects, peuventri être axissidun grand secours « Jusquici ce genre de tr;iail na été appliqué quaux monuments « de lantiquité.Jeémis que,dansle domaine moyen du âge,ilpourrait u conduire à des résultats plus utiles encore; car les indicationsayant « pour hasede- lail- plus récents des monuments et pins entiers,ce » qui nc-t sinivent que conjecturesà légard de lantiquité, deviendrait o piv-que certitude quand il sagirait du moyen Age: et par exemple, « la restauration dont je parle, placéeen regard du châteautel quil est " aujourdhui, ne rencontrerait, jose le croire, que bien peu dincrc- » dules. » Ce programmeM vivement tracé par lillustre critique il y a trente-quatre ans, nous le voyonsréalisé aujourdhui, non sur le papier, nonpar de- de-in- ln.nitifs,mai- en pierre, en hoi- et en fer pour un châteaunon moin- intéressant, celui de Pierreionds. Bien de- événements se-ont écoulé- depni-le rapport de linspecteur général îles monumentshistorique- en 1S31.hie:i de> di-.-u-mus dart ont été soulevées; cepen-dant le-premières semencesjetées par M. Vite! ont porté leurs fruits.Le premier. M. Vitei sest préoecipé de la restauration sérieuse de nosancien- monument-; le premier il a émisa ce sujet de- idée- pratiques;le premier il a lait intervenir la critique dan- ces -orie- de travaux : lavoie a été ouverte, dautres critique-, dautre- -,iant- -y -mit jetés, etdesai ti-te- après eux. (Juator/.e an- plus tard, le même écrivain, toujours attaché à licuvrequil avait si bien commencée, faisait lhistoire de la cathédrale deXoyoïi. et cest ainsi que dans ce remarquable travail il con-tatait lesétapes parcourues p;ir le savants et les artistes attachés aux mêmesétudes, uEn eHet-, pour connaître-lhistoiredun art, ce nest pasassez<(de déterminer les diversespériodes quil a parcourues dans un lieu(i donné, faut suivresamarchedanstousleslieux où il sestproduit, il« indiquer le- variétés de tonne quil a successivement revêtues, et ii dres-n le tableau comparatif de toutes ces arietes en mettant en« regard,non-seulement chaquenation, mais chaqueprovincedun"i mêmepays...Cest versce doublebut, cestdan.- espritquont été cet« dirigéespresquetoutesles recherchesentreprisesdepuisvingt ansa parmi nousau sujet dosmonuments moyen âge. Déjà, versle du« commencement quelques dAngleterre dusiècle, savants etdAllemagne 1 Voyez Monographie la deVéglise Xotre-Dame deXoyon, M. L. Vitet par par eth.micl Ramée, 1845. Paire 38.
  23. 23. - 21 - [ BEST.UHATIO.N ]« nous avaient donné lexemple par des osais spécialement appliqués» aux édifices de ces deux pays. Leurs travaux neurent pas plutôt« pénétréen France,et particulièrementeu Normandie,quils excitèrent« une vive émulation. En Alsace, en Lorraine, en Languedoc, en Poitou,« danstoutes nos provinces,lamour de cessortes détudessepropagea« rapidement, et maintenant partout on travaille, partout on cherche,(i on prépare, on amasse des matériaux. La mode, qui se gli-se et sea mêle aux choses nouvelles, pour les gâter bien souvent, na rnalheu-(i reusementpas respectécette science naissante en a peut-être un et(i peu compromis les progrès. Les gens du monde sont pressé-* jouir; de(( ils ont demandé des méthodes expéditives pour apprendre à donner<i sa date à chaque monument quils voyaient. Dun autre rôle, quel-« ques hommes détude, emportéspar trop de zèle, sont tombésdan-<(un dogmatisme dépourvu de preuves et hérissé dassertionstran-<(chantes,moyende rendre incrédulesceux quon prétend conertir.« Mais,malgré ces obstacles, inhérents à toute tentative nouvelle, le-» vrais travailleurs "continuent leur Suvre avec patience et modération.(i Les vérités fondamentales -nul aequises; la -ri,.née existe, il ne sagit(( plus que de la consolider et de létendre, en dégageantquelque-« notions encore embarrassées,en achevant quelques démonstrations« incomplètes.Il restebeaucoup faire; mais les résultats obtenus-ont à(( tels quà coup sur le but doit être un jour définitivement atteint. » II nous faudrait citer la plus grande partie de ce texte pour montrercombien son auteur sétait avancé dans létude et lappréciation de cesarts du moyen âge, et comme la lumière se taisait au sein des ténèbre-répandues autour deux. « Cest », dit M. Vitet après avoir montréclairement que larchitecture de ces temps est un art complet, ayantseslois nouvelleset sa raison, « faute davoir ouvert les yeux, quon(i traite toutes ces vérités de chimères et quon se renferme dans une.. incrédulité dédaigneuse ». Alors M. Vitet avait abandonnélinspection généraledesmonumentshistoriques; ces fonctions, depuis 1835, avaient été confiées à lun desespritslesplus distinguésde notre époque,à M. Mérimée. Cestsouscesdeux parrainsque seforma un premier noyau dartistes.jeunes, désireux de pénétrer dans la connaissanceintime de ces artsoubliés; cestsousleur inspiration sage,toujours soumise une critique àsévère,que desrestaurations furent entreprises, dabord avecune granderéserve,puis bientôt avecplus de hardiesse dune manière plus éten- etdue. De 1835 à 1848, M. Vitet présida la Commission des monumentshistoriques, et pendant cette période un grand nombre dédificesdelantiquité romaine et du moyen âge, en France, furent étudiés, maisaussi préservés la ruine. Il faut dire que le programme dune res- detauration était alors chose toute nouvelle. En effet, sans parler des 1 Page 45.
  24. 24. - 22 -[ RESTAURATION jrestaurations faites dansles sièclesprécédents, qui nétaient que des etsubstitutions, avait déjà,dèsle commencement siècle, on du essayé dedonner une idée desarts antérieurs par descompositionspassablementfantastiques, mais qui avaientla prétentionde reproduiredesformesanciennes.M. Lenoir, dansle Muséedes monuments français, composéparlui, avaittentéderéunir touslesfragments sauvés la destruction, dedans un ordre chronologique.Mais il faut dire que limagination ducélèbreconservateurétait intervenue dansce travail plutôt que le savoiret la critique. Cest ainsi, par exemple,que le tombeau dHéloïseetdAbélard, aujourdhui transféré au cimetière de lEst, était composéavec des arcatures et colonnettes provenant du bas côté de légliseabbatiale de Saint-Denis, avec des bas-reliefs provenant des tombeauxde Philippe et de Louis, frère et fils de saint Louis, avec des mascaronsprovenant de la chapelle de la Vierge de Saint-Germain des Prés,etdeux statues du commencement du xive siècle. Cest ainsi que les.statuesde Charles V et de Jeanne de Bourbon, provenant du tombeaude Saint-Denis, étaient posées sur des boiseries du xvi* siècle arrachéesà la chapelle du château de Gaillon, et surmontéesdun édicule de lafin du xme siècle; que la salle dite du xiv* siècle était décorée avecune arcature provenant du jubé de la sainte Chapelle et les statuesdu xme siècle adosséesaux piliers du même édifice; que faute dunLouis IX et dune Marguerite de Provence, statuesde CharlesV et lesde Jeannede Bourbon, qui autrefois décoraientle portail desCélestins,à Paris, avaient été baptisées du nom du saint roi et de sa femme . LeMusée des monuments français ayant été détruit en 1816, la confusionne fit que saccroître parmi tant de monuments, transférés la plupartà Saint-Denis. Par la volonté de lempereur NapoléonIer, qui en toute chosedevan-çait son temps, et qui comprenait limportance desrestaurations,cetteéglisede Saint-Denisétait destinée,non-seulement servir de sépulture àà la nouvelle dynastie,mais à offrir une sorte de spécimendesprogrèsde lart du xnieau xvie siècle en France.Des fonds furent affectésparlempereurà cette restauration; mais leffet répondit si peu à son attentedès les premiers travaux,quelarchitectealorschargéde la directiondelSuvre dut essuyer reproches des assez de la part du souverain, vifset en fut affecté point, dit-on,den mourir de regret. au Cette malheureuseéglise de Saint-Denisfut comme le cadavre surlequel sexercèrent premiers artistes entrant dansla voie desrestau- lesrations. Pendanttrenteansellesubittoutes mutilations les possibles, sibienquesasoliditéétantcompromise, des après dépenses considérablesetaprès sesdispositions que anciennesavaient modifiées, les été tousbeauxmonuments quellecontient bouleversés, fallut cesser il cette Cette substitutioncause depuis presque les fut que, lors, tous peintres sculpteurs ouchargés représenter personnages de ces donnèrent àsaint Louis masque Charles le de V.
  25. 25. - 23 - [ RESTAlHATIU.V 1^coûteuseexpérience et en revenir au programme posé parla Commissiondes monuments historiques en fait de restauration. Il esttemps dexpliquer ce programme, suivi aujourdhui en Angleterreet en Allemagne, qui nous avaient devancés dans la voie des étudesthéoriques des arts anciens, accepté en Italie et en Espagne, qui pré-tendent à leur tour introduire la critique dans la conservation de leursyieux monuments. Ce programme admet tout dabord en principe que chaque édifice ouchaque partie dun édifice doivent être restaurés dans le style qui leurappartient, non-seulement comme apparence, mais comme structure. IVest peu dédificesqui, pendant le moyen âge surtout, aient été bâtis-dun seul jet, ou, sils lont été, qui naient subi des modifications notables, soit par des adjonctions, des transformations on des change-ments partiels. Il est donc essentiel, avant tout travail de réparation,-de constater exactement lâge et le caractère de chaque partie, dencomposer une sorte de procès-verbal appuyé sur des documents certains,soit par des notes écrites, soit par des relevés graphique*. De plu-, enFrance, chaque province possède un style qui lui appartient, une école^ont il faut connaître les principes et les moyens pratiques. Des ren-seignements pris sur un monument de lIle-de-France ne peuvent donc-servirà restaurer un édificede Champagne de Bourgogne.Cesdiflé- ourences décoles subsistent asseztard ; elles sont marquées suivant uneloi qui nest pas régulièrement suivie. AIHM, par exemple,si lart duxrv* siècle de la Normandie séquanaisese rapproche beaucoup de celuide lIle-de-France à la même époque, la renaissance normande diffèreessentiellement de la renaissance de Paris et de ses environs. Dans quel-quesprovincesméridionales,larchitecture dite gothique ne fut jamaisquune importation; doncun édificegothiquede Clermont,par exemple,peut être sorti dune école, et, à la même époque, un édifice de Careas-sonne dune autre. Larchitecte chargé dune restauration doit doncconnaître exactement, non-seulement les types afférents à chaque pé-riode de lart, mais aussi les styles appartenant à chaque école. Ce nestpas seulementpendantle moyen âge.que cesdifférencessobservent le ;même phénomène apparaît dans les monuments de lantiquité grecqueet romaine. Les monuments romains de lépoque automne qui couvrentle midi de la France diffèrent sur bien des points des monuments deRome de la même époque. Le romain des côtes orientales de lAdriatiquene peut être confondu avec le romain de lItalie centrale, de la Provinceou de la Syrie. Mais pour nous en tenir ici au moyen âge, les difficultés saccumulenten présencede la restauration.Souvent des monumentsou despartiesde monuments dune certaine époque et dune certaine école ont étéréparés diverses reprises,et cela par des artistesqui nappartenaient àpas à la province où se trouve bâti cet édifice. De là des embarras consi-dérables.Sil sagit de restaureret les parties primitives et les parties
  26. 26. [ RESTAURATION ] - 2/4-modifié»-,faut-il ne pa- tenir comptedes dernièreset rétablir lunité desivie déi-angée, reproduire exactement tout avecles modifications ou lepostérieuiv-?CV-t alor- que ladoption absoluedun desdeux parti- peutoffrir de- dangers,et quil est nécessaire, contraire, en nadmettant auaucun de- deux principe^-dune manière absolue,dagir en raison descirconstances particulière-. Quelles sont ces circonstances particulière- ?Nous ne pourrions les indiquer toutes: il nous suffira den signalerquelques-unesparmi le- plus importante-, afin de faire re-ortir le côtécritique du travail. Avant tout, avant dêtre archéologue, larchitectechargédune n-iauration doit être constructeurhabile et expérimenté,non jia- -enleinenl à un point de vue général,mais au point de vueparticulier; cc>t-à-dircquil doit connaîtreles procédésde construction.admis aux différente- époijucsde notre art et dan- le- diversesécole-.Ces procédé- île coii-trnctiMH nui uni-valeur relative et ne sont pas ton-également bon-, onelqne-un- même ont dû être abandonnésparcequil- étaient défectueux. Ainsi, par exemple, tel édifice bâti au xilesiècle, et qui navail pa- de cheneanx -ou- le- é^oiil- de- combles, adu être restauré an xnr -iècle et muni de chéneaux avec écoulementscombiné-. Tout le couronnement est en mauvais état, il sagit de le refaireMI Mitier. Supprimera-t-on le- chéneaux du .mesiècle pour rétablirlancienne corniche du xue,dont on retrouverait dailleursles éléments?Certes non: il faudra rétablir la corniche à chéneaux du xme siècle, enlui conservantla forme d,. cette époque,puisquon ne saurait trouverune cornichea cliéueauxdu ir. et quen établir une imaginaire, avecla prétention de lui donner le caractèrede larchitecture de cette époque,ce serait faire un anachroni-nieen pierre. Autre exemple: Le- voûtes.dune nef du ir -iècle. par -mte dun accident quelconque,ont étédétruit»--en partie et refaite- plus tard, non dans leur forme première,mais daprè- le mode alors admis. Ces dernières voûtes, à leur tour,menacent ruine; il faut le- reconstruire. Les rétablira-t-on dans leurforme po-ténenre. ou i établira-t-on le- voûtes primitives? Oui, parcequil ny a nul avanla-e à taire autrement, et quil y en a un considé-rableà rendreà lédifice-mi unité. II ne sagit pasici, commedanslecas précédent, conserver de une améliorationapportéeà un systèmeiletectlieux, mais di.-con-idérer que la restauration postérieurea étéfaite -an- critique,suivantla méthodeappliquéejusquànotre siècle,et qui consistait, dan- toute réfection ou restauration dun édifice, àadopter formesadmises les dansle temp-présent; que nous procédonsdaprès principe opposé, un con-i-tantà iv-taurer chaqueédificedan-lé -tylequi lui estpropre. ce-voûte-dun caractère Mai- étranger auxpremières que lon doit reconstruire, et sont remarquablement belles.Ellesont étélocca-ion douvrirdesverrièresgarnies beauxvitraux, deellesont étécombinée- façon sarranger tout un système de à avec deconstruction extérieure dune grande valeur. Détruira-t-on tout celapoursedonner satisfaction rétablirla nefprimitive sapureté? la de dans
  27. 27. - 25 - [ RESTAURATION ]Mettra-t-on ces verrières en magasin ? Laissera-t-on, sans motif, desn(litre-forts et arcs-boutants extérieurs qui nauraient plus rien ; sup-porter ? Non, certes.On le voit donc, les principes absolus en ces ma-tières peuvent conduire à labsurde. Il sagit de reprendre en sous-Suvre les piliers isolés dune -allé, les-quels sécrasent sous la charge, parce que les matériaux employés sonttrop fragiles et trop bas dassises.A plusieurs époques, quelques-uns deces piliers ont été repris, et on leur a donné des sectinns qui ne sontpoint cellestracéesprimitivement. Devrons-nous, refaisantcespiliers enà neuf, copier ces sections variées, et nous en tenir aux hauteurs dassisesanciennes, lesquelles sont trop faibles? Non ; nous reproduirons pourluis les piliers la section primitive, et nous les élèverons en gros blocspour prévenir le retour des accidents qui sont la cause de noire opéra-tion. Mais quelques-uns de ces piliers ont eu leur section modifiée parsuite dun projet de changement quon voulait faire subir au monu-ment; changement qui, au point de vue des progrès de lart, e-l dunegrande importance, ainsi que cela eut lieu, par exemple, à Notre-Damede Paris au ive siècle. Les reprenant eu sous-Suvre, détruirons- i-cette trace si intéressante dun projet qui na pasété entièrement exécuté.mais qui dénote les tendances dune école ? Non; nous les reproduironsdans leur forme modifiée, puisque ces modifications peuvent éclairchun point de lhistoire de lart. Dansun édifice du xmc siècle, dont lécou-lement des eaux se faisait par les larmiers, comme à la cathédrale deChartres, par exemple, on a cru devoir, pour mieux régler ci I écoule-ment, ajouter des gargouilles aux chéneaux pendant le xv siècle. Cesgargouillessont mauvaises,il faut les remplacer. Substituerons-nousà leur place, sons prétexte dunité, des gargouilles du xni( siècle? Non ;car nous détruirions ainsi les traces dune disposition primitive intéres-sante. Nous insisterons au contraire sur la restauration postérieure, enmaintenant son style. Entre les contre-forts dune nef, des chapelles ont été ajoutées aprèscoup. Les murs sous les fenêtres de ces chapelles et les pieds-droits deshaiesne se relient en aucune façon avecces contre-torts plus anciens, et font bien voir que ces constructions sont ajoutées après coup. Il e-t nécessairede reconstruire, et les parements extérieurs de ces contre-loris qui sont rongés par le temps, et les fermetures des chapelles. Devrons-nous relier ces deux constructions dépoques différentes et que nousrestaurons en même temps? Non; nous conserverons soigneusementlappareil distinct des deux parties, les déliaisons, afin quon puisse tou-jours reconnaître que les chapelles ont été ajoutées après coup entre le-contre-forts. De même,dansles partiescachées édifices,devrons-nousrespec- dester scrupuleusement toutes les traces qui peuvent servir à constater desadjonctions, des modificationsaux dispositionsprimitives. Il existe certainescathédrales France,parmi cellesrefaites à la fin en vin. - i
  28. 28. [ RESTAURATION ] - 26 -du xnf siècle, navaient qui point de transsept. Tellessont,par exemple,lescathédrales Sens, Meaux, Senlis. de de de Aux xiveet vc siècles, destranssepts été ajoutés nefs, prenantdeux leurs travées. ont aux en deCes modifications ont été plus ou moins adroitement faites; mais, pourlesyeux exercés, elleslaissent subsister tracesdesdispositions des pri-mitives. Cest dans des cas semblables que le restaurateur doit être scru-puleux jusquà lexcès,et quil doit plutôt faire ressortir les tracesdeces modifications que les dissimuler. Mais sil sagit de faire à neuf des portions de monument dont il nereste nulle trace, soit par des nécessités construction, soit pour decompléter une Suvre mutilée, cest alorsque larchitecte chargédunerestauration doit sebien pénétrer du style propre au monument dontla restauration lui est confiée.Tel pinacle du xnie siècle,copié sur unédifice du même temps, fera une tache si vous le transportezsur unautre. Tel profil pris sur un petit édificejurera appliquéà un grand. Cestdailleurs une erreur grossière croire quun membre darchitecture dedu moyen âge peut être grandi ou diminué impunément. Danscettearchitecture, chaque membre est à léchelle du monument pour lequelil estcomposé. Changercette échelle, cest rendre ce membredifforme.Et à ce sujet nous ferons remarquer que la plupart des monumentsgothiques lon élèveà neuf aujourdhui reproduisent souventà une queautre échelle des édifices connus. Telle église sera un diminutif de lacathédrale de Chartres, telle autre de léglise Saint-Oum de Rouen.Cestpartir dun principe opposéà celui quadmettaient,avec tant deraison, les maîtres du moyen âge. Mais si ces défauts sont choqilmtsdans des édifices neufs et leur enlèvent toute valeur, ils sont monstrueuxlorsquil sagit de restaurations. Chaque monument du moyen âge ason échelle relative à lensemble, bien que cette échelle soit toujourssoumise à la dimension de lhomme. Il faut donc y regarder à deux foislorsquil sagit de compléter des parties manquantes sur un édifice dumoyenâge,et sêtre bien pénétréde léchelle admisepar le constructeurprimitif. Dans les restaurations, il est une condition dominante quil fauttoujours avoir présente lesprit. Cestde ne substituer à toute partie àenlevée desmatériauxmeilleurs desmoyensplus énergiques que et ouplus parfaits.Il faut que lédifice restauré passé ait pour lavenir,parsuitedelopération laquelle la soumis, bailpluslongquecelui à on undéjàécoulé. ne peut nier que tout travail de restauration pour On estune constructionune épreuveassezdure.Leséchafauds, étais,les lesarrachementsnécessaires, enlèvements les partielsde maçonnerie, cau-sent danslSuvre un ébranlementqui parfois,a déterminé desaccidentstrès-graves. est doncprudent de compterque toute construction laissée Ila perduune certainepartie desaforce,par suite de ces ébranlements,et quevous devez suppléercetamoindrissementforce la puis- à de parsancèdes partiesneuves, desperfectionnements le système par dans de
  29. 29. 27 - [ KESTAUtATlON]la structure, par deschaînagesbien entendus,par des résistances plusgrandes.Inutile de dire que le choix des matériaux entre pour unegrande part dans les travaux de restauration.Beaucoup dédifices nemenacentruine que parla faiblesse la qualité médiocredesmatériaux ou"employés. Toute pierre à enleverdoit donc être remplacée une pierre pardune qualité supérieure.Tout système cramponnagesupprimé doit deêtre remplacé par un chaînage continu poséà la place occupéeparcescrampons;car on ne saurait modifier les conditions déquilibre dunmonument qui a six ou septsièclesdexistence,sanscourir des risques.Les constructions,comme les individus, prennent certaines habitudedêtreaveclesquelles fautcompter. ont (si lon oseainsisexprimer) il Ilsleur tempérament,quil faut étudier et bien connaître avant dentre-prendre un traitement régulier. La nature desmatériaux, la qualité de*mortiers, sol, le système le généralde la structure par points dappuiverticaux ou par liaisons horizontales,le poids et le plus ou moinsde concrétion des voûtes,le plus ou moins délasticité de la bâtisse,"constituentdes tempéramentsdifférents.Danstel édificeoù lr> pointsdappui verticaux sont fortementroidis par descolonnes délit, romiiie enen Bourgogne, par exemple, les constructions se comporteront toutautrement que dansun édificede Normandie ou de Picardie,où toutela structure est faite en petites assisesbasses. moyensde reprises, Lesdétayementqui réussiront ici, causerontailleurs des accidents.Si lonpeut reprendre impunément par parties une pile composéeentièrementdassises basses, mêmetravail, exécutéderrière descolonnesen délit, cecauseradesbrisures. Cestalors quil faut bourrer les joints de mortierà laide de palettesde fer et à coupsde marteau,pour éviter toute dépres-sion, si minime quelle soit; quil faut môme,en certainscas,enlever lesmonostyles pendant les reprises des assises,pour les replacer après quetout le travail en sous-Suvre est achevé et a pris le temps de sasseoir. Si larchitecte chargéde la restaurationdun édificedoit connaîtrelesformes, les styles appartenant à cet édifice et à lécole dont il est sorti, ildoit mieux encore,sil est possible,connaîtresa structure, son anato-mie, son tempérament,car avant tout il faut quil le fassevivre. Il fautquil ait pénétré dans toutes les parties de cette structure, comme silui-même lavait dirigée, et cette connaissance acquise,il doit avoir à sadispositionplusieurs moyenspour entreprendre un travail de reprise.Si lun de ces moyens vient à faillir, un second, un troisième, doiventêtre tout prêts. Noublionspasque lesmonumentsdu moyenâgene sontpasconstruitscommeles monumentsde lantiquité romaine, dont la structure procèdepar résistances passives,opposéesà des forces actives. Dans les con-structionsdu moyen âge,tout membre agit. Si la voûte pousse, larc-boutant ou le contre-fort contre-butent.Si un sommier sécrase, ne ilsuffit pasde létayer verticalement,il faut prévenir les poussées diversesqui agissent sur lui en sens inverse. Si un arc se déforme, il ne suffil
  30. 30. [ RESTAURATION ] - 28 -point dele cintrer,caril sertdebutéeà dautres arcsqui ont uneactionoblique.Si vousenlevez poids quelconque une pile, cepoidsa un surune action de pressionà laquelle il iaut suppléer. En un mot, vousnavez pasà maintenir desforcesinertesagissantseulementdansle sensvertical, mais desforcesqui toutes agissenten sensopposé,pour établirun équilibre ; tout enlèvement dune partie tend donc à déranger cetéquilibre. Si cesproblèmesposésau restaurateur déroulent et embar-rassentà chaqueinstant le constructeurqui na pas fait une appréciationexacte de ces conditions déquilibre, ils deviennentun stimulant pourcelui qui connaît bien lédifice à réparer. Cest une guerre, une suitede rnaniruvre- quil faut modifier chaque jour par une observation con-stantedes effets qui peuventse produire. Nous avonsvu, par exemple,des tours, des clocher- établis sur quatre points dappui, porter lescharges,par suite de reprisesen sous-Suvre,tantôt sur un point, tantôt-MI un autre,et dont laxe changeaitson point de projection horizontalede quelques centimètres en vingt-quatre heures. (> sont là de ces effets dont larchitecte expérimenté se j«>ue,maisà la condition davoir toujours dix moyens pour un de prévenir unaccident : à la condition dinspirer assezde confiance aux ouvriers pourque despanique-ne puissentvous enleverles moyensde parer à chaqueévénement, sans délais, sans tâtonnements, sans manifester descraintes.Larchitecte, dans ces cas difficiles qui se présentent souvent pendant lesrestauration-, doit avoir tout prévu, ju-quaux effets les plus inattendus,et doit avoir en ré-cne, sans hâte et sans trouble, les moyens denprévenir les conséquences dé-a-lreu-es. Disons que dans ces sortes detravaux les ouvriers, qui chez nous comprennent fort bien les manSuvresquon leur ordonne, montrent autant de confiance et de dévouementlorsquils ont éprouvé la prévoyanceet le sang-froid du chef, quilsmontrent de défiance lor-qifil- aperçoivent lapparence dun troubleilan- les ordres donnés. Les travaux de restauration qui, au point de vue sérieux, pratique,appartiennent à notre temps, lui feront honneur. Ils ont forcé lesarchitectes à étendre leurs connaissances, senquérir des moyens àénergiques,expéditifs, sûrs; à se mettre en rapports plus directs avecle- ouvriersde bâtiments,aies instruire aussi, et à former des noyaux,soit en province,soit à Paris, qui fournissent, à tout prendre, les meil-leurs sujets, dansles grandschantiers. Cestgrâceà ces travauxde restauration, des industriesimpor- quetantes se sont relevées que lexécution des maçonneriesest devenue ,plus soignée, lemploi desmatériauxsestrépandu;car lesarchi- que 1 Cest leschantiers restauration lesindustries la serrurerie forcée, dans de que de finedelàplomberie ouvragée, la ini-nuiscrie, de comprise comme structure une propre; dela vitreriedart, de la peinturemurale,se sontrelevées létat dabaissement elles de oùétaient tombées commeucement siècle. Il serait intéressantde donner un état de au du
  31. 31. - 29 - [ RESTAURATION ]tecteschargés travauxde restauration, de souventdans desvilles ouvillages ignorés,dépourvusde tout, ont dû senquérir de carrières,aubesoin en faire rouvrir danciennes, former des ateliers. Loin de trouvertoutes les ressourcesque fournissent les grands centres,ils ont dû encréer, façonner des ouvriers, établir des méthodes régulières, soit commecomptabilité, soit comme conduite de chantier-. </e-l ainsi que desmatériauxqui étaient inexploitésont étémis dansla circulation ; que desméthodesrégulière* se-ont répandues dans de* départements nen quipossédaient pas; que descentra douvrier* devenu*capable-ont fournide* sujets dansun rayon étendu; que lhabitude de résoudredes diffi-cultés de construction sest introduite au milieu de populationssachantà peineéleer les maison*le* plu* simples.La centralisationadniini-tra-tive française a des mérites et des avantages que non* ne lui mute-ton.*pas,elle a cimentélimité politique; maisil ne faut pa*-e dissimulersesinconvénients.Pour ne,parler ici que de larchitecture, la cenlrali*ati(>na non-seulement enlevé aux provinces leurs écoles, et avec elle* le-procédésparticuliers, les industries locale*, mais les sujet* capable*quitous venaient sabsorber à Paris ou dans deux ou troi* grand* centres;si bien que clansles chefs-lieux de déparlement, il y a trente ans. on netrouvait ni un architecte, ni un entrepreneur, ni un chef dalelier, ni unouvrier en état de diriger et dexécuter des travaux quelque peu impor-tants. Il suffit, pour avoir la preuve de ce que nous disons ici, de regarderen passant les églises, mairies, les marché*, hôpitaux, etc., bâti* de 1S1.1à 1835, et qui sont resté* debout dan* les villes de province (car beaucoupnont eu quune durée éphémère). Les neuf dixième* de ce* édilice*(nous ne parlons pas de leur style) accusent une ignorance donloureu-edes principes les plus élémentaires de la construction. La centralisai ionconduisait, en fait darchitecture, à la barbarie. Le savoir, le- traditions,les méthodes, lexécution matérielle, se retiraient peu à peu de* extré- mités. Si encore, à Paris, une école dirigée vers un but utile el pratiqueavait pu rendre aux membres éloignés des artistes capable- dordonnerdes constructions, les écoles provinciales nauraient pu* moin* été per-dues, mais on aurait ainsi renvoyé sur la *urface du territoire deshommes qui, comme cela se voit dans le service de* pont- et chau--ee-,maintiennent à un niveau égal toutes les construction* eiilrepri-e- dansles départements. Lécole darchitecture établie à Paris, et établie à Parisseulement, songeait à toute autre chose; elle formait de- lauréat* pour1.cademie_ France à Rome,bons dessinateurs, de nourris de chimères.maisfort peu propresà diriger un chantier en Franceau ie siècle.O-élus, rentréssur le sol natal aprèsun exil de cinq année-,pendantlequelils avaientrelevéquelquesmonuments antiques,nayantjamais étémi*touslesateliersformés par les travauxde restauration,et danslesquelsles plus ardentsdétracteurs de ces sortes dentreprises sont venus chercher des ouvriers et des méthodes.On comprendra le motif qui nous interdit de fwurnir une pièce de cette nature.
  32. 32. [ RESTAIRATIOX ] - 30 -aux prisesavecles difficultéspratiques métier,préféraientresterà. duParis, en attendant quon leur confiât quelque Suvre digne de leurtalent, au labeur journalier que leur offrait la province.Si quelques-unsdentre eux retournaient dans les départements, ce nétait que pouroccuperdes positionssupérieures dansnos plus grandesvilles. Leslocalités secondaires restaient ainsi en dehors de tout progrès dart, detout savoir,et sevoyaientcontraintesde confier la direction destravauxmunicipaux à desconducteursdesponts et chaussées, desarpenteurs, àvoire à des maîtres décole un peu géomètres. Certes,les premiersquipensèrentà sauver de la ruine les plus beaux édifices sur notre sol,légués le passé, qui organisèrent service monuments par et le des histo-riques,nagirentquesousune inspiration dartistes. furent effrayés Ilsde la destruction qui menaçait tous ces débrissi remarquables,et desactesde vandalismeaccomplischaquejour avecla plus aveugleindiffé-rence; mais ils ne purent prévoir tout dabord les résultatsconsidérablesde leur Suvre, au point de vue purement utile. Cependant ne lar- ilsdèrent point à reconnaîtreque plus les travaux quils faisaientexécuterse trouvaient placésdansdeslocalités isolées,plus linfluence bienfai-sante de ces travaux se faisait sentir et rayonnait, pour ainsi dire. Aprèsquelques années,des localités où lon nexploitait plus de belles carrières,où lon ne trouvait ni un tailleur de pierre, ni un charpentier, ni unforgeron capable de façonner autre chose que des fers de chevaux, four-nissaient à tous les arrondissements voisins dexcellents ouvriers, desméthode-* économiques et sûres, avaient vu sélever de bons entrepre-neurs, des appareilleurs subtils, et inaugurer des principes dordre etde régularité dans la marche administrative des travaux. Ouelques-uns-de ceschantiersvirent la plupart de leurs tailleurs de pierre fournir desappareilleurs pour un grand nombre dateliers. Heureusement, si dansnotre paysla routine règne parfois en maîtressedans les sommités,il<--t aisé de la vaincre en bas, avec de la persistanceet du soin. Nosouvriers, parcequils sont intelligents, reconnaissent ne guèrequelapuissance lintelligence.Autant ils sont négligentset indifférents dedansun chantieroù le salaire la seulerécompense la discipline est et leseul moyendaction,autant ils sont actifs,soigneux, où ils sentent làune directionméthodique sûre danssesallures,où lon prendla peinede leur expliquer lavantageou linconvénient dételle méthode.Lamour-propre est le stimulant le plus énergiquechez ceshommesattachésà untravail manuel, en sadressant intelligence,leur raison, et, àleur à onpeut tout en obtenir. Aussi avec quel intérêt les architectes sétaientattachés cette qui àSuvre de la restauration nos anciensmonuments, suivaient-ils, de nepasde semaine semaine progrès cesouvriers en les de arrivantpeuàpeuà seprendredamourpour lSuvre à laquelleils concouraient il ?y aurait notre delingratitudenepas de part à consigner ces dans pageslessentimentsdésintéressement, de le dévouement bien quont souvent
  33. 33. - 31 - [ RESTAURATION^ manifestés ouvriersde nos chantiersde restauration; lempressement ces avec lequel ils nous aidaient à vaincre des difficultés qui semblaient insurmontables, périls même quils affrontaient gaiement quand ils les avaient une fois entrevu le but à atteindre. Cesqualités, nous les trou-vons dans nos soldats, est-il surprenant quelles existent chez nos ou-vriers ? Les travaux de restauration entrepris en France, dabord sousla direc-tion de la Commissiondes monuments historiques,et plus tard par leservice des édifices dits diocésains, donc non-seulement sauvé de la ontruine des Suvres dune valeur incontestable, mais ils ont rendu un ser-vice immédiat. Le travail de la commissiona ainsicombattu,jusquà uncertain point, les dangersde la centralisation administrative en fait detravaux publics; il a rendu à la province ce que lÉcole des beaux-artsne savait pas lui donner. En présence de cesrésultats, dont nous sommesloin dexagérer limportance, si quelques-unsde ces docteursqui pré-tendent régenter lart de larchitecture sans avoir jamais fait poser unebrique, décrètent du fond de leur cabinet que ces artistes ayant passéune partie de leur existenceà ce labeur périlleux, pénible, dont la plu-part du temps on ne retire ni grand honneur, ni profit, ne sont pas desarchitectes; sils cherchent à les faire condamner à une sorte dostracismeet à les éloigner des travaux à la fois plus honorables et plus fructueux,et surtout moins difficiles, leurs manifestes et leurs dédains seront oubliésdepuis longtemps,que ces édifices,une des gloires de notre pays,pré-servés de la ruine, resteront encore debout pendant des siècles, puurtémoigner du dévouement de quelques hommes plus attachés à perpétuercette gloire quà leurs intérêts particuliers. Nous navons fait quentrevoir dune manière générale les difficultésque doit surmonter larchitecte chargé dune restauration, quindiquer,comme nous lavons dit dabord, un programme densembleposépardes esprits critiques. Ces difficultés cependant ne se bornent pas à desfaits purement matériels. Puisque tous les édifices dont on entreprend larestaurationont une destination,sont affectés un service,on ne peut ànégliger ce côté dutilité pour serenfermer entièrement dansle rôle derestaurateurdanciennes dispositionshors dusage.Sorti des mains delarchitecte, lédifice ne doit pasêtre moins commodequil létait avantla restauration. Bien souvent les archéologues spéculatifs ne tiennentpas compte de ces nécessités, et blâment vertement larchitecte davoircédéaux nécessités présentes, comme si le monument qui lui est confiéétait sachose,et commesil navait pasà remplir les programmesqui luisont donnés. Mais cest dans ces circonstances, qui se présentent habituellement.que la sagacité de larchitecte doit sexercer. Il a toujours les facilités deconcilier son rôle de restaurateuraveccelui dartiste chargéde satisfaireà desnécessités imprévues.Dailleurs le meilleur moyenpour conserverun édifice, cest de lui trouver une destination, et de satisfaire si bien à

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