Liber sacramentorum (tome_3)
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Liber sacramentorum (tome_3) Liber sacramentorum (tome_3) Document Transcript

  • LIBERSACRAMENTORUMNOTES HISTORIQUES E T LITURGIQUES SUR LE MISSEL ROMAIN PAR D O M I . SGHUSTER, o. S . B . Abbé de Saint-Paul hors les Mura. TOME TROISIÈME LA SAINTE LITURGIE, DE LA SEPTUAGÉSIME A PAQUES(La Nouvelle Alliance par le Sang du Rédempteur) BRUXELLES V R O M A N T & C° f IMPRIMEURS-ÉDITEURS 3, RUE DE LA CHAPELLE Dépôt à Parla : 37, rue de Lille (VIP) 1929
  • Biblio!èque Saint Libère http://www.liberius.net © Bibliothèque Saint Libère 2010.Toute reproduction à but non lucratif est autorisée.
  • L/1B E RSACRAMENTORUMNOTES HISTORIQUES & LITURGIQUES SUR LE MISSEL ROMAIN TRADUIT DE LITALIEN AVEC LAUTORISATION DE LAUTEUR
  • N1HIL OBSTAT : IMPRIMATUR : Mechliniae, 18 Martii 1929* M e c h l i n i a e , 21 Martii 1929-J. NAULAERTS, can., lib. c e n s . F . TESSENS, v i e . g e n . DES PRESSES DE LIMPRIMERIE VRQMANT & C ° , 3, RUE DE LA CHAPELLE, BRUXELLES
  • ECCLESIAE • MISERICORDIAM . CONSECVTAE . I N • MAGNIFICENTIA PATRIS • ALTISSIMI • ET - IESV • CHRISTI ECCLESIAE • DILECTAE • ET - ILLVMINATAEQVAE • ETIAM - PRAESIDET • IN . LOCO • REGIONIS - ROMANORVMD I G N A D E O - DIGNA • DECORE -DIGNA < QVAE -BEATA • PRAEDICETVR VNIVERSO • COETVI • CHARITATIS PRAESIDENS CHRISTI • HABENS - LEGEM . PATRIS . NOMEN IGNATII EPIST . AD ROMAN
  • CHAPITRE PREMIER LA LITURGIE QUADRAGÉSIMALE A ROME E même que la vigile dominicale, dans lattente de la D « Parousie » du divin Juge, contribua de très bonne heure à substituer le dimanche chrétien à lanciensabbat de la Synagogue, ainsi les deux jeûnes hebdomadairesdu mercredi et du vendredi furent considérés, dès les tempsapostoliques, comme les deux premières bases de la semaineliturgique. Nous en trouvons les premiers indices dans la doc-trine des Douze Apôtres, dans le Pasteur dHermas, et chez Ter-tullien, selon lequel la statio comportait un lever matinal, avecla triple prière aux heures de tierce, de sexte et de none, suiviedu sacrifice eucharistique au coucher du soleil. Hermas nous atteste que, dès son temps, cette observance recevait, dun vocable militaire, le nom de s t o ; pourtant,comme nous le fait remarquer Tertullien, cette « garde » quemontait le troupeau chrétien avait le caractère dune dévotionpurement libre, au point de donner naissance à des disputesentre les montanistes et les catholiques, les premiers prétendantque ces jeûnes étaient obligatoires et se devaient prolongerjusquau coucher du soleil, les autres soutenant au contrairequon pouvait les terminer à none, après loffrande du sacrifice,et que personne ny était nécessairement astreint. Unç observance préparatoire à la fête de Pâques dut naîtreplus encore du sens même et du génie surnaturel du christia-nisme, que des canons conciliaires. En effet, Ton ne peut expli-quer dune autre façon la discipline différente des diversesEglises sur ce point; ainsi, tandis que, depuis le début, àAlexandrie, à Rome et dans les Gaules, le jeûne ne duraitquune semaine, dautres Églises se bornaient à consacrer àlabstinence les deux derniers jours de la Semaine sainte seule-ment, depuis la Cène du Seigneur le Jeudi saint, jusquau matin
  • de Pâques, précisément comme lavait fait lapôtre saintJacques le juste. e Nous ignorons les raisons qui, au 111 siècle, déterminèrentRome à prolonger le jeûne pendant trois semaines; mais ce futcertainement lexemple du Sauveur jeûnant quarante jours audésert qui influa sur les Pères de Nicée, pour que le carême pascalprescrit par eux comprît précisément quarante jours. Après cetemps, les saints Pères, daccord avec la législation civile deByzance, ne font quinculquer lobservance, déterminer lesrites, expliquer les motifs et les avantages de cette quarantainede pénitence, en sorte que, jusquà ces derniers siècles, le Carêmeétait considéré comme le pivot de la discipline catholique, la« trêve de Dieu » où la société chrétienne tout entière, ayant misde côté toute autre affaire, ayant fermé les tribunaux et lesthéâtres, se renouvelait par la pénitence et par linstructionliturgique, accumulant de nouvelles énergies pour renaître àune vie sainte avec le Christ ressuscité et triomphant. Les Orientaux, considérant comme jours de fête et, par suite,exempts du jeûne, tous les samedis et dimanches, à lexceptiondu Samedi saint, en arrivèrent à soustraire trop de jeûnes auCarême, pour quon ne lui donnât pas une espèce de compen-sation, en anticipant de quelques semaines labstinence pascale.A Jérusalem, le Carême commençait huit semaines avant Pâques,usage qui fut en partie imité même par les Latins, quand, pourajouter les quatre jours qui manquaient chez eux aux trente-sixdu jeûne quadragésimal, ils commencèrent à jeûner eux aussidepuis le mercredi de la semaine de quinquagésime, jour qui, plustard, prit son nom des Cendres imposées aux pénitents publics. Il semble que la toute première idée dun temps de pénitenceen préparation à Pâques, ait surgi surtout en vue des catéchu-mènes, qui, dans le jeûne et la prière, se préparaient à recevoirle baptême la nuit précédant Pâques. Cette conception duBaptismum poenitentiae informe aujourdhui encore une bonnepart de la liturgie quadragésimale, aussi le meilleur moyen deressusciter en nous la grâce de notre baptême et de nous exciterà en remplir les obligations sera-t-il toujours de suivre pas à paslÉglise dans le cours des instructions contenues dans le missel. A la différence de Jérusalem, où, en signe de pénitence et de
  • deuil, on ne célébrait pas le divin Sacrifice aux jours des fériés 1 de Carême, Rome ne considéra comme aliturgiques que les deux derniers jours de la sainte Quarantaine; tous les autres avaient leurs rites particuliers, leurs processions, leurs chantspropres, en sorte quil semble quen harmonie avec le caractère 2 des anaphores eucharistiques latines, les Occidentaux, etRome surtout, aient voulu, par la splendeur de la liturgie qua-dragésimale, obéir fidèlement au commandement du Sauveur,qui nous exhorte à dissimuler sous des formes joyeuses larigueur de notre pénitence. Depuis longtemps, les ieiuniorum veneranda solemnia com-mencent le mercredi des Cendres; mais dans la liturgie romaine,lon peut distinguer, aujourdhui encore, à travers diversesstratifications, différentes formules initiales de la sainte Qua-rantaine, qui, à certaines époques, se superposèrent les unes auxautres. Après le sacrifice quadragesimalis initii au premierdimanche de Carême, la signification de lantique solennitéromaine de la dominica mediante (die festo), ou mediana, troissemaines avant Pâques, est très importante. Le Pape parcou-rait la distance qui sépare du Latran la basilique stationnale 3Sessorienne, la tête ceinte du regnum , comme dans les plusgrandes solennités, et tenant en main une rose dor enduite debaume, quil donnait ensuite au préfet de la Ville. Au temps de saint Grégoire, le vrai jeûne pascal commençaitle premier lundi de Carême, comme il ressort encore aujourdhui e rde la Secrète du I dimanche de Carême, qui mentionne pré-cisément le Sacrificium quadragesimalis initii, cest-à-dire le 4début du jeûne sacré. De même le cursus de loffice divin, leshymnes, les versets, les répons, ne connaissent aucune variationdurant toute la semaine de quinquagésime. Il y a plus : le mêmesaint Pontife, dans une homélie sur lÉvangile, prononcée le e rI dimanche in quadragesima, nous atteste que de ce jour 1. Cest-à-dire jours o ù le s a i n t Sacrifice nest p a s offert. 2. Cest l e n o m d o n n é dans lantiquité par les Orientaux à c e t t e prièreintitulée aujourdhui Canon Missae. 3. Ainsi sappelait autrefois l a tiare pontificale, quand elle é t a i t c e i n t edune seule couronne. L e iriregnum d a t e d e s derniers t e m p s du m o y e n â g e . 4. Cest-à-dire lordonnance, l a disposition.
  • jusquaux joies de la fête pascale il y a bien six semaines; mais parce que, de ces quarante-deux jours de pénitence lon soustrait au jeûne les six dimanches, il ne reste en réalité que trente-six jours consacrés à la pénitence rigoureuse. Il ne comptait pointles quatre jeûnes actuels de la semaine de quinquagésime. Outre le jeudi, où, à Rome, lon omettait la messe stationnale,le dimanche après la grande vigile nocturne du samedi desQuatre-Temps était également considéré comme jour libre (Dominica vacat). La raison en était que la messe était célébrée au lever de laurore, à la fin de loffice de vigile. Toutefois sous Grégoire I I (715-731) on institua les stationsdes jeudis de Carême, en glanant les éléments psalmodiques çà etlà dans lAntiphonaire. Plus tard, et spécialement hors de Rome»là où lon ne célébrait pas les solennelles vigiles papales, le seconddimanche de Carême eut, lui aussi, lhonneur dune messe sta-tionnale propre. Ainsi fut au complet loffice quadragésimal. Une particularité très importante de lancien rite quadra-gésimal était lusage de ne prendre ni nourriture ni boissonavant le coucher du soleil. Durant le jour, le peuple et le clergévaquaient à leurs occupations habituelles, mais quand, auforum, le cadran solaire marquait lheure de none, cétait, detous les points de la cité, un concours empressé de fidèles sedirigeant vers léglise stationnale, où, très souvent, le Papeintervenait lui-même pour offrir le divin sacrifice. Ordinairement,la procession stationnale partait dune autre basilique voisine,où le peuple, arrivant peu à peu, attendait le Pontife et seshauts officiers du palais de Latran, qui apportaient les étendardset les objets précieux pour le saint Sacrifice. A peine le célébrant avait-il terminé la collecte, le cortège sedirigeait, au chant pieux de la litanie, vers léglise stationnale,où le saint Sacrifice sachevait quand déjà le soleil baissait aucouchant. Cétait comme une offrande vespérale de toute lafamille chrétienne, au terme dune journée laborieuse, sanctifiéepar la prière, par la mortification et par le travail. 1 Les Ordines Romani décrivent ainsi le rite de la feria IV x. I l s forment c o m m e une collection d e prescriptions concernant lescérémonies, m o y e n n a n t lesquelles n o u s p o u v o n s suivre p a s à p a s t o u t l e e ed é v e l o p p e m e n t de la liturgie p a p a l e à R o m e , du v i a u x v i siècle.
  • cinerum. Après none, le peuple et le clergé se rassemblaientdans la basilique de Sainte-Anastasie, au pied du Palatin, où lePontife, entouré des diacres, montait à lautel et chantait une Eprière. Par la suite, vers le X siècle, lancien rite des Cendres,imposées auparavant aux pénitents publics, se popularisa tou-jours davantage, en sorte que YOrdo Romanus XI finit par enétendre la prescription à tous les fidèles indistinctement. Quandcette cérémonie était terminée, un sous-diacre élevait la pré-cieuse croix stationnale *, et, tout le monde étant rangé enprocession, au chant des litanies et dantiennes propres à lacirconstance, on montait sur lAventin, à la basilique de Sainte-Sabine, où se célébrait la messe. Selon le même coutumier romain,le Pontife et les diacres faisaient la route nu-pieds, usage assezfréquent dans la liturgie pénitentielle de la Rome médiévale. La messe navait pas le Kyrie ou la litanie, puisque en tenaitlieu celle qui avait été récitée le long de la route; pourtant Tonrépétait lintroït, et lon accomplissait toutes les autres céré-monies habituelles de la messe papale. Avant la communion, unsous-diacre régionnaire annonçait au peuple : Crastina dieveniente, statio erit in ecclesia sancti Georgii martyris ad VélumAureum. E t la schola répondait : Deo grattas. Ensuite, après laCommunion et la collecte super populum, qui remplaçait alorsla bénédiction finale, les fidèles étaient congédiés (ite, missaest) et le clergé se retirait chez lui. On ne dit rien des Vêpres, parce quà Rome, dans le hautmoyen âge, sauf aux jours les plus solennels, elles étaient célé-brées exclusivement dans les monastères. Quand le Papenintervenait pas à la fête stationnale, un acolyte se rendaitchez lui et lui portait par dévotion un peu de coton trempé danslhuile des lampes du sanctuaire. Il disait dabord : Jube,domne, benedicere; et ayant reçu la bénédiction, il ajoutait :Hodie fuit statio ad sanctam Sabinam, quae salutat te. Le Paperépondait : Deo grattas, et ayant baisé respectueusement cettetouffe de coton, Ja remettait au cubiculaire pour quil la gardâtavec diligence, afin de la placer, après la mort du Pape, dans soncoussin funèbre. i . Elle é t a i t ainsi appelée, parce quelle é t a i t portée précisément d u r a n tl e s processions stationnales.
  • On na pas réussi à découvrir exactement le critérium qui aprésidé au choix des églises stationnales pour la sainte Qua-rantaine. De cette liste sont toujours exclues les basiliquescimitériales des martyrs, ce qui semble révéler une régle- ementation postérieure au V siècle, époque où, à cause du peude sécurité quoffrait alors la campagne romaine désolée, ladévotion populaire envers les cimetières suburbains vint à serefroidir quelque peu. On fait à peine exception pour les grandesbasiliques apostoliques et pour le sépulcre de saint Laurent, qui,dans les plus grandes solennités de lannée, cest-à-dire durantla préparation au Carême, dans la semaine pascale et pendantles trois jours qui suivent la Pentecôte, devaient constituercomme le but nécessaire des pieuses excursions des fidèles et desnéophytes hors de lenceinte de la Ville. Surtout après le bap-tême administré au Latran en la solennelle vigile de Pâques, ilsemblait dû que lÉglise entière, clergé et peuple, accompagnâtofficiellement les néophytes à ces insignes sanctuaires, et lesprésentât, pour ainsi dire, aux trois grands Patrons de Rome,Pierre, Paul et larchidiacre Laurent. Les jours consacrés aux jeûnes des Quatre-Temps ont, euxaussi, leurs stations particulières : le mercredi à la basiliqueLibérienne, le vendredi à VApostoleion du pape Pelage, et, dansla nuit du samedi, à Saint-Pierre, où se célébraient aussi les ordinations. Les saints Ordres étaient toutefois conférés dans un oratoirecontigu à la basilique Vaticane, cest-à-dire dans lintérieur dumonastère de Saint-Martin, puisque lon considérait comme unprivilège exclusif du Pape dêtre consacré sur la tombe mêmede lApôtre. Dans la liturgie romaine, la station prend souvent le caractèredune véritable fête en lhonneur du saint titulaire de légliseoù se fait la synaxe; cela apparaît fort bien, dans le misselactuel, le dimanche de sexagésime, jour où la station est dans labasilique de Saint-Paul, et le jeudi avant le dimanche inmediana, quand on célèbre la messe dans léglise des martyrsCôme et Damien. Des préoccupations hagiographiques locales ont plus ou moinsinflué sur le choix du lectionnaire quadragésimal, à ce point
  • quun examen attentif de ces péricopes scripturaires assignées par le missel romain, nous révèle mille détails historiques de grande valeur. Ainsi la messe du jeudi après les Cendres, dansléglise de Saint-Georges au Vélabre, avec le récit évangélique du Centurion de Capharnaiim, tend à faire allusion à saintGeorges, qui nous est précisément représenté par la tradition comme un valeureux soldat. Le jour suivant, la messe station-nale est dans léglise de Pammachius, contiguë au Xenodochiumdes Valerii sur le Coelius; en effet, les lectures scripturaires quiy sont faites enseignent la véritable manière de faire laumône,cest-à-dire avec la conscience pure et lâme droite. Le lundisuivant, la station se réunit sur lEsquilin, dans la basiliquead Vincula. Par suite, le souvenir du Pastor Ecclesiae simpose,et cest pourquoi il suggérera le choix de la description clas-sique du Bon Pasteur, tirée du livre dÉzéchiel. Le mercredisuivant, la fête stationnale sera dans la basilique Libérienne,et la liturgie trouvera un moyen très délicat dinsinuer leslouanges de la sainte Vierge dans la lecture évangélique elle-même. On pourrait multiplier ces exemples, en insistant sur limpor-tance de cette couleur locale qui domine toute lantique liturgieromaine et lui donne ce caractère éminemment populaire, cettevariété, cette Vive teinte dactualité, cette délicatesse de senti-ments enfin, qui pénètre si profondément dans les âmes. Cestpourquoi, si lon veut goûter lexquise beauté religieuse etesthétique du patrimoine liturgique romain, on ne peut négligerlambiance extérieure où il naquit et se développa, pour ne riendire des conditions intérieures de lâme, qui exigent une foivive et opérante, sans quoi animalis homo non percipit ea guae 1spiritus simt . Mais, en outre du culte des saints dans leurs églises station-nales, une autre grande idée domine toute la liturgie quadra-gésimale de lÉglise romaine; linstitution du Carême avait reçucomme une première impulsion de la préparation des catéchu-mènes au baptême, et ce concept grandiose de la résurrectionde lhumanité, par le moyen du Christ se relevant de la mort, i . / Cor., i l , 14.
  • ne pouvait pas ne pas influer puissamment sur la liturgie rte cesaint temps. Au commencement du Carême, ou vers le dimanche inmediana les catéchumènes les mieux disposés et les plus in-struits donnaient leur nom à lévêque pour être admis aubaptême. Ecce Pascha est, répétait saint Augustin, da nomen adBaptismum, Les noms ayant été enregistrés, le mercredi suivantlon célébrait la station dans la vaste basilique de Saint-Paul,où se faisaient les grands scrutins. Maintenant encore, laliturgie de ce jour est dominée par lidée du baptême, et lÉgliseromaine désigne aux nouveaux prosélytes, comme le modèle dela conversion véritable, lApôtre des Gentils, qui passa dans laprière et dans le jeûne les trois jours de son catéchuménat. Enoutre de la signification spirituelle de la faute originelle aveclaquelle tous les hommes naissent aveugles à la lumière de laFoi, le choix de la lecture évangélique de laveugle-né contientune délicate allusion à la cécité matérielle de lApôtre, dont ilfut guéri au moment de son baptême. La cérémonie commençait vers lheure de tierce; un acolytefaisait lappel nominal des catéchumènes, les rangeant enfile, lesgarçons à droite, les filles à gauche. Un prêtre passait ensuite,et, leur ayant imposé les mains sur la tête, il récitait une for-mule dexorcisme, mettant sur leurs lèvres du sel bénit. Lescatéchumènes se retiraient après cela, et la messe commençait.Pourtant, après la première collecte, ils étaient de nouveauappelés, et, à linvitation du diacre, ils récitaient à genouxquelques prières. Alors le lévite disait aux parrains et auxmarraines : Signale illos; et ceux-ci leur traçaient au front unsigne de croix. Trois acolytes venaient ensuite, faisant dautresimpositions des mains, signes de croix et exorcismes, après quoile diacre ordonnait : Catechumeni recédant ; si quis catechumenusest, recédât; omnes catechumeniexeant foras ; et les catéchumènesse retiraient. A lOffertoire, les parrains et les marraines présen-taient au Pape les oblations pour leurs futurs filleuls, dont lesnoms étaient lus publiquement durant le canon. Après lacommunion, le Pape faisait annoncer au peuple le jour du secondscrutin, qui commençait par les mêmes rites que le premier. e X. Correspondant a u I V dimanche d e Carême.
  • Cette seconde cérémonie avait toutefois à Rome un nomspécial : in aurium aperitione, puisque en ce jour les oreilles descatéchumènes souvraient pour la première fois à lauditionpublique de la lecture des saints évangiles. Après le chant du graduel, quatre diacres se présentaient,portant les volumes des évangiles, quils déposaient sur lesquatre angles de la table sacrée. Le Pape faisait alors unehomélie sur le caractère et limportance de la Loi évangélique ;puis un diacre lisait les premiers versets de lévangile selonsaint Matthieu, et remettait ensuite le livre à un sous-diacre,qui, après lavoir respectueusement entouré dun voile, lerapportait dans le sacrarium. Le Pontife commentait successivement les premiers versetsdes quatre évangiles, selon Tordre dans lequel ils avaient étélus par les diacres, puis il expliquait le Symbole de la Foi, ignoréjusqualors des nouveaux aspirants. Le discours terminé, unacolyte tenant dans ses bras un des enfants grecs, très nom-breux à Rome durant la période byzantine, se présentait auPape. Le Pontife demandait : Qua lingua confitentur Dominumnostrum Iesum Christum? — Graece. — Annuntia fidem illo-rum; — et lacolyte chantait ; 7UOTEiw zlq Iva au nom desenfants byzantins, fils des hauts fonctionnaires impériaux. U nautre acolyte faisait la même cérémonie pour les enfants latins;puis le Pape, après un bref exorde, enseignait aux catéchu-mènes loraison dominicale. Au commencement, il y avait à Rome trois scrutins; plustard il y en eut jusquà sept, le dernier étant réservé aumatin même du Samedi saint, quand on ne célébrait aucunautre office. Un prêtre passait alors et, traçant à nouveau surle front de chacun des aspirants le signe de la croix, il leurimposait les mains en proférant une formule dexorcisme. Puisil leur touchait les oreilles et la lèvre supérieure avec son doigthumecté de salive ; Ephpheta, quod est adaperire, in odorem sua-vitatis; et après une nouvelle imposition des mains, il faisaitréciter le Credo (Redditio symboli). Après une dernière prièrerécitée en commun, les aspirants étaient enfin congédiés, pourattendre, dans une sainte impatience, le coucher du soleil,heure où commençait précisément la solennelle vigile pascale,
  • e la seule qui, depuis le 111 siècle, fût obligatoire pour tout le peuple chrétien. Après la lecture des plus beaux passages de la Bible, où lon prélude au triomphe définitif du peuple chrétien moyennant la grâce du saint Baptême, le Pape, accompagné de quelques prêtres, diacres et ministres inférieurs, se rendait procession-nellement au magnifique baptistère du Latran, laissant dansléglise le reste du clergé et du peuple qui chantait, en répétantles invocations, les litanies des saints. Lon bénissait dabord la fontaine baptismale, dans les eaux de laquelle était répandu du chrême parfumé, puis le Papeconférait le baptême à quelques catéchumènes, et, tandis queles prêtres, les diacres et les acolytes descendus pieds nus dansla vasque sacrée, accomplissaient sur les autres le rite du sacre-ment, le Pontife entrait dans le consignatorium, et confirmaitavec le chrême les nouveaux fidèles, à mesure quon les luiprésentait. Le soleil naissant dorait déjà le sommet des monts Albainsqui se dessinent, majestueux, sur le fond de la place du Latran,quand la procession des néophytes, vêtus de blanc, suivis deleurs parrains et du Pape, rentrait dans léglise pour la célé-bration du sacrifice eucharistique pascal, où, pour la premièrefois, ils recevaient la sainte communion. Quelles douces émo-tions ! tout était nouveau pour eux, tout représentait la magni-ficence et la surabondance de la rédemption : la céleste doctrine,les saints Sacrements, la divine Liturgie de lÉglise, qui, en cejour, devait vraiment apparaître aux nouveaux fidèles, telleque la vit Hermas, sous laspect dune matrone splendide,toute rayonnante de lumière et déternelle jeunesse. La solennité baptismale à Rome se prolongeait pendant unesemaine entière; chaque jour, après vêpres, la procession recon-duisait les néophytes vêtus de blanc au baptistère, jusquaudimanche suivant, où, à la déposition des vêtements blancs, oncélébrait la station dans léglise suburbaine du martyr dequatorze ans, Pancrace, que la liturgie indiquait comme lemodèle à imiter, aux jeunes recrues de la milice chrétienne. L amesse, en ce jour qui prend maintenant encore son nom, inAlbis, de la blancheur des robes baptismales quon allait
  • déposer, semble en effet inspirée par cet enthousiasme sublime et par cette joie qui est propre aux jeunes énergies — quasi modo geniti infantes — et elle devait certainement remplir les néophytes des plus joyeuses espérances et des plus douces promesses de grâce et de bénédictions. Telle est, à grands traits, la splendide liturgie stationnale delÉglise romaine, où cette divine mère et maîtresse des peuples chrétiens manifeste un génie tout à fait spécial, pour les former à la sainteté et réaliser dans les âmes des fidèles, au moyen de ses processions, des rites et de la psalmodie sacrée, une caté- chèse aussi sublime que fructueuse. Ce que font aujourdhui les tableaux plastiques et les caté-chismes illustrés, la sainte liturgie elle-même laccomplissait directement autrefois, quand le peuple la comprenait : et len-seignement nétait pas alors moins profond, puisque, devantles tribunaux païens, il suscitait ces apologistes inspirés de notrefoi que sont les martyrs. Cette catéchèse primitive, de caractère, avant tout, liturgique, demeurait fortement gravée dans les âmes, et faisait que la doctrine chrétienne était non seulement comprise et crue, mais, ce qui est mieux, traduite pour ainsi dire en acte, dans la vie même du peuple fidèle. e r Ce fut Grégoire I , le grand restaurateur de lesprit chrétien au moyen de la liturgie surtout, qui réordonna à Rome lan-tique service stationnai. Les historiens nous le décrivent, eneffet, à la tête du troupeau chrétien, se portant en processionà tel ou tel sanctuaire des martyrs, afin de paître les fidèles parlexemple, par la parole vivante et par les saints Sacrements. Certes, même en faisant abstraction, si cétait possible, delefficacité surnaturelle de ces rites et de ces prières présentéesà Dieu collectivement par un peuple entier, il ne devait rieny avoir de plus beau et de plus émouvant que de voir ces milliersde fidèles de tout âge et de toute condition, ouvriers, patriciens,moines et haut clergé, qui, après les fatigues de la journée, trou-vaient le réconfort de leur esprit assoiffé de Dieu et du ciel dansla fête stationnale, où lunité ecclésiastique dun seul troupeauet dun seul pasteur était visiblement affirmée par la tableunique, lunique pain et le même calice eucharistique, offert àDieu au nom de tous par le suprême Pasteur.
  • Aujourdhui les conditions différentes de la vie sociale ontfait que lÉglise elle-même a dû introduire quelques modifi-cations dimportance secondaire dans ses rites. La disciplinedu catéchuménat est tombée depuis longtemps en désuétude,mais on ne peut pas dire pour cela que la liturgie quadragé-simale ait perdu son caractère de vivante actualité, puisque,encore de nos jours, les âmes qui, hors du sein de lÉglisecatholique, attendent lheure de la divine miséricorde, sontnombreuses, et cest un devoir pour lÉglise de hâter par sesprières leur conversion. Oremus et firo catechumenis nosiris,comme nous le fait dire lÉglise le vendredi saint. Le Carême est en outre le temps de la pénitence, de la cor-rection des mœurs et de la préparation à la solennité pascale,et ces conditions de lascèse chrétienne dépassent universelle-ment les siècles et simposent encore aujourdhui à tous lesfidèles. Les saintes joies de Pâques alors seront plus vives et inon-deront plus intimement le cœur du chrétien, quand celui-ci, déjàmortifié par la pénitence, se sera rendu digne de vivre une vietoute sainte, uniquement pour Dieu, à lexemple de Jésusressuscité, de qui lApôtre écrit : Mortuus est semel, quoi autem xvivit, vivitDeo > i . Rom., v i , 10.
  • CHAPITRE II LE TRIDUUM PASCAL DANS L E MISSEL ROMAIN "T ous voulons parler des cérémonies des trois derniers jours de la semaine sainte, et nous les appelons triduum x ~ pascal, selon lusage antique, qui élargissait la signi-fication de la Pâque chrétienne en sorte que le cycle liturgiquecomprît tout le mystère de la rédemption humaine, depuis lacène pascale du cénacle, jusquà laurore de la résurrection.Cest précisément en ce sens que les anciens, sans plus, don-naient le nom de Pâques au jeudi saint. Maintenant encore, lepremier jour du jeûne quadragésimal est indiqué ainsi dans uneoraison du missel : le commencement du vénérable sacrement xpascal : ipsius venerabilis Sacramenti celebramus exordium . Mieux que les autres temps, ces derniers jours du jeûne deCarême ont conservé plus fidèlement inaltéré leur caractèreliturgique primitif, sans que les modifications successives aienttrop atteint larchaïsme du rite. Nous trouverons bien desstratifications, autant que nous en voudrons ; mais non pas devraies altérations, ou déformations des cérémonies, comme celaest arrivé pour les autres parties du missel. Létude des rites du triduum pascal est très utile pour mettreen lumière ceux dont les anciens faisaient usage dans les synaxessacramentaires ordinaires tout le long de lannée. En effet,lobservance pénitentielle de ce triduum fut comme le premiernoyau, ou, pourrions-nous dire, comme la cellule primordialeautour de laquelle vint se grouper dans la suite tout le systèmeactuel de labstinence durant la sainte quarantaine. z. Secrète d u mercredi d e s Cendres.
  • L E S RITES DE LA « FERIA V IN COENA DOMINI ».L E jeudi de la semaine sainte à Rome sintitule de préférence de la CoenaDontini, tandis que dans les pays francs il prendson nom de la solennité pascale. A Rome, lhabituelle résidence papale au Latran réclamait ence jour lhonneur de la station dans la basilique du Sauveur :dautant plus que la longueur des cérémonies ne permettait pasla procession à un autre Titre urbain. Autrefois — contraire-ment à lusage ordinaire qui nadmettait quune seule messeen chaque temple — il y avait trois synaxes eucharistiques lejeudi saint : une le matin, pour la réconciliation des pénitentspublics (il faut remarquer en effet quà lorigine, ladminis-tration de tous les sacrements était unie à la célébration dusacrifice eucharistique, en sorte que le Liber Sacrameniorum,que maintenant nous appellerions le missel romain, contenait enréalité les rites des sept sacrements, en tant quils venaientsinsérer dans la célébration de la sainte messe); la secondesynaxe eucharistique avait pour but la consécration des saintesHuiles, et la troisième, in Coena Domini, vers le soir, étaitpour la communion pascale. Maintenant le rite est moins prolixe, et la discipline de lapénitence publique étant tombée en désuétude, au moins quantà la partie réservée àlévêque, les saintes Huiles sont consacréesdurant la messe même de la communion pascale. {LA RÉCONCILIATION DES PÉNITENTS. Lusage de réconcilierles pénitents à loccasion de la solennité pascale, était universelet remonte à une haute antiquité. Lesprit de lancienne liturgie romaine était en généralétranger à ce zèle exagéré si cher à lesprit irlandais et franc,peuples chez lesquels étaient en vigueur des pénitences cano-niques de douzaines et douzaines dannées, avec ladjonctiondautant de quarantaines. Ce furent précisément ces excès, quipouvaient seulement être tolérés dans un premier instant dexu-bérance délan juvénile, qui, par limpossibilité même où lepénitent se trouvait ordinairement de les exécuter, contri-buèrent à discréditer tout le système de la pénitence publique.
  • e Nous savons au contraire quau V I siècle, à Rome, la péni-tence canonique ne durait que quarante jours. Au commence-ment du Carême les coupables se présentaient au prêtre péni- etencier — il y en avait dès le I V siècle dans les principalesbasiliques de la Ville — et recevaient de lui un cilice couvert decendre quils devaient revêtir. Parfois, quelques-uns se reti-raient pour passer la sainte quarantaine enfermés en un monas-tère; toutefois la peine cessait au commencement de la solennitépascale, le jeudi saint, jour où on leur accordait publiquementlabsolution des péchés, et où on les admettait de nouveau à lacommunion. Ainsi en fut-il pour Fabiola, comme le rapportesaint Jérôme. Les rites grandioses de cette réconciliation, décrits dans le Pontifical romain actuel, proviennent en grande partie delusage gallican. Dans le rit mozarabe également, labsolutiondes coupables assume un aspect éminemment tragique, tandisque la mentalité romaine conserve jusquà lafinde lâge antiquelaustère dignité primitive, se maintenant extrêmement sobre ettrès peu encline aux effets scéniques. e Au x n siècle, la tnissa poenitentium devait être complètementtombée en désuétude, puisque VOrdo Romanus X prescrit quele Pape, vers lheure de midi, fasse simplement réciter la listedes noms de ceux qui avaient été frappés des censures promul-guées in Coena Domini, et accorde ensuite au peuple lindul- xgence habituelle . L A CONSÉCRATION DES SAINTES HUILES. L a tnissa ckrismalis,dont les formules nous sont conservées en partie dans le rite dela consécration des saintes Huiles, décrit dans le Pontificalromain actuel, a des précédents fort anciens, L a bénédiction delhuile apparaît déjà dans les Canones Hippolyti comme unecérémonie ordinaire en chaque messe de fête célébrée parlévêque. Avant de terminer lanaphore eucharistique, quandon bénissait les prémices de la saison, les herbes, les légumeset les fruits, on consacrait aussi lhuile, pour quelle servîtensuite à oindre les malades, tant dans un but de dévotion i . P. L. (édit. Migne), L X X V I I I , col. 1009.
  • privée que pour ladministration rituelle du sacrement delExtrême-Onction. Aujourdhui encore, en effet, dans le missel, à cet endroit ducanon, se conserve intacte la conclusion de cette bénédictionprimitive : Per quem haec omnia, Domine, semper bona créas, sanc-tificas, vivificas, benedicis et praestas nobis; ici les mots Haecomnia signifient les céréales, les fruits, lhuile, apportés à lautel,et non, comme on pourrait le croire aujourdhui, les oblatseucharistiques, qui ne seraient certes pas désignés trop conve-nablement par le terme collectif : haec omnia... créas... vivi-ficas, benedicis. Les Ordines Romani nous décrivent le rite observé par lePape dans la bénédiction des saintes Huiles. Quelques ampoulesdhuile étaient déposées sur la table même de lautel, mais,pour satisfaire les instances du peuple, tandis que le Pontiferécitait les prières prescrites par le Sacramentaire pour la béné-diction de lhuile des infirmes, les évêques et les prêtres qui,aux jours les plus solennels, concélébraient avec le Pape, serendaient au Podium et y répétaient des rites identiques sur lespetits vases que leur présentaient les fidèles. Dans lantiquité en effet, chacun voulait conserver chez soide cette huile bénite; dautant plus que dans la formule deconsécration toujours en usage, il ne sagit pas exclusivementde lhuile destinée à ladministration sacramentelle de lExtrême-Onction aux mourants, mais on invoque en général la grâce dela santé : Omni ungenti, gustanti, tangenti tutamentum mentiset corporis... ad evacuandos omnes dolores, omnem infirmitatemomnem aegritudinem. Cest pourquoi les fidèles se servaientautrefois de cette huile comme aujourdhui de celle des lampesde quelque sanctuaire plus vénéré, ou de leau de la grottede Lourdes. Quand la maladie devenait sérieuse et que lesonctions de pure dévotion privée étaient jugées insuffisantes,on appelait les prêtres, et alors lhuile bénite, employée pré-cédemment en un rite de simple piété personnelle, devenaitla matière nécessaire du sacrement de TExtrême-Onction.Quelque chose de ce genre se voit encore chez les Orien-taux, qui, après avoir donné lHuile sainte au malade, ontlhabitude doindre, par dévotion, avec celle qui reste en sur-
  • plus, les assistants et même les murs de lhabitation où se dé-roule la cérémonie. La consécration du Chrême se faisait entre la communion duPape et celle du clergé. Dabord le Pontife soufflait sur lam-poule dhuile parfumée, y traçant le signe de la croix; puis,comme il était de règle à Rome pour toute consécration, ilchantait une longue prière eucharistique, ou préface, conservéeencore aujourdhui dans le Pontifical. On y retrace lhistoiredu symbolisme scripturaire appliqué à lonction dhuile depuisle rameau dolivier porté à Noé par la colombe, jusquà FonctiondAaron par Moïse, et à lapparition de la colombe après lebaptême du Christ dans le Jourdain. Cette Consecratio chris-matis, comme on lappelle, a la forme dune véritable épiclèse,puisque la prière est adressée au Père, afin que, par les méritesdu Sauveur Jésus, Il envoie lEsprit Saint, infusant sa puissancedivine dans la liqueur parfumée, pour quelle devienne pourles baptisés le Chrême de salut. La bénédiction de lHuile pour les onctions qui précédaient le baptême des catéchumènes était plus simple. Dans lancienne liturgie, ces onctions voulaient évoquer celles dont usaient les lutteurs dans le cirque, afin de rendre les membres agiles et de sentraîner à lépreuve. Comme ceux quon allait baptiser devaient soutenir le dernier et définitif combat contre le démon, dans lacte quils étaient sur le point daccomplir solen- nellement, pour renoncer à ses oeuvres et à ses vanités, ainsi, comme pour les fortifier, leur faisait-on sur la poitrine et surles épaules — en Orient sur tout le corps — ces typiques onctions dhuile bénite. La collecte que le Pape récitait sur lhuile des catéchu-mènes, exprimait élégamment cette pensée que la vertu delEsprit Saint prépare intérieurement les aspirants au sacrementde la régénération spirituelle, en dissipant dans ce but tous lesartifices du démon, et en purifiant les âmes et les corps afin queSancti Spiritus operatione... sit unctionis huius praeparatiouiilis ad salutem. Doù apparaît simplement comme un contre-sens, venu de lusage gallican et passé ensuite dans le Pontificalromain, le rite doindre les mains des nouveaux prêtres aveclhuile destinée aux catéchumènes avant le baptême.
  • Il faut remarquer à ce propos que, en général, les onctionsfaites avec le Chrême sur la tête des évêques et même sur lescloches lors de leur bénédiction, sont des cérémonies que, durantde nombreux siècles, les Ordines Romani se refusèrent à admet-tre. L a tradition liturgique papale, durant le haut moyen âge,préféra en effet ignorer ces onctions si chères aux pays de ritgallican, et aux fantaisies de limagination elle préféra la rigueuret lexactitude de lexpression théologique ; ce don précieux grâceauquel la Summa Theologica de saint Thomas, sans aucunsentimentalisme, mais avec une angélique perspicacité, res-semble à Tune de ces classiques constructions de la Renaissance,sobres, élégantes, dignes et sérieuses, auxquelles on ne peutrien enlever ni ajouter. L A MESSE POUR LA COMMUNION PASCALE. Les deux synaxesprécédentes devaient absorber une bonne partie de la journéedu jeudi saint; aussi était-il explicable que la troisième messe,celle du soir in Coma Domini, restât fidèle au rite archaïque dela Pannuchis, cest-à-dire commençât immédiatement par lecanon le divin Sacrifice. On sait en effet que toute la premièrepartie de la liturgie eucharistique, avec la triple lecture, lapsalmodie intercalaire, le sermon du président, la prière lita-nique à la fin, provient de lusage des synagogues et na aucunerelation essentielle avec la messe. Dautres synaxes non sacra-mentaires se déroulaient aussi avec un rite identique. Loffrandedu divin Sacrifice pouvait suivre ou non, selon les cas, cettecatéchèse dorigine juive; mais souvent, comme dailleurs àRome tous les vendredis primitivement, lassemblée se séparaitaprès la prière litanique, sans quaucune consécration ni com-munion ne suivît. La liturgie des Présanctifiés, à la férié inParasceve, est dorigine tardive et étrangère, comme nous leverrons par la suite. En vue dépargner le temps, à la messe vespérale de laCoena Domini, lon omettait les lectures et la psalmodie, pourcommencer tout de suite par la préface. Cette disposition estprimitive, et nous est aussi attestée par les Ordines. Il en demeuremême quelque trace dans le missel actuel. En effet, la première partie de la messe du jeudi saint na
  • point un caractère vraiment propre, puisque lintroït est pris eà celle du mardi saint, la collecte à la V I férié in Parasceve, lalecture de lApôtre à la vigile nocturne, et que celle de lévangileselon saint Jean est empruntée au mardi précédent. Dans lemissel de Pie V, au mardi de la semaine sainte est assignée lalecture de la Passion du Seigneur selon saint Luc, mais cestlà une disposition assez tardive, puisque, dans les lectionnairesromains du haut moyen âge, la lecture du lavement des piedsselon le texte de saint Jean se trouve régulièrement assignée à lastation du mardi. Du reste, que la lecture évangélique de saintJean à la messe du jeudi saint révèle un caractère adventiceet accuse une modification postérieure, on peut aussi le déduiredu fait quelle nest point en relation intime avec la CoenaDomini, dont le concept domine au contraire toute la liturgiede cet après-midi. La collecte sur loblation est importante — la secrète actuelle, qui avait, dans la liturgie romaine antique, le caractère dune préparation des âmes avant quon procédât, dans le canon, à lasanctification et à loffrande du sacrifice. —«Que notre sacrificevous soit rendu acceptable, par Celui qui aujourdhui mêmelinstitua, et voulut que nous aussi loffrions en sa mémoire. » Dans lantiquité, le canon eucharistique commençait préci-sément par ce que nous appelons improprement aujourdhui laPréface. Le Sacramentaire grégorien en contient une qui estvraiment splendide, pour la messe in Coena Domini, et il estregrettable que le goût liturgique amoindri du bas moyen âgenait transmis au missel de saint Pie V que la seule douzainede préfaces plus communes qui se répètent avec monotoniedurant les longues saisons de lannée, alors quune si granderichesse liturgique primitive de lÉglise romaine gît, presqueignorée, dans les manuscrits. La préface de ce jour se déroulaittout entière sur la trahison de Judas et sur la bonté du Seigneur,qui, au moyen du banquet eucharistique, tenta les suprêmesefforts pour attendrir, mais en vain, ce cœur endurci. Le mot Praefatio, comme nous lavons déjà dit ailleurs, causeune équivoque parce quil semble désigner le chant Vere dignumet iustum est qui précède le Te igitur du Canon consécratoire.A u contraire, la préface est ce bref dialogue entre le peuple et le
  • prêtre qui, maintenant encore, précède le chant sacerdotal Vert dignum, en sorte que le Canon missae commence véritablement aux mots : Vere dignum et iustum est, pour se terminer avec la doxologie : Omnis honor et gloria. A lorigine, rien ne venait troubler lunité littéraire de cetteanaphore eucharistique. Du trisagion, à travers le Te igitur etles diptyques épiscopaux, tandis que le diacre récitait sonmémento des vivants, on passait immédiatement à lépiclèsepré-consécratoire; puis venait le récit de la dernière cène,lanamnèse, loblation, la seconde partie de la prière appelée parles Orientaux de la grande intercession, qui accompagne lalecture faite par le diacre des diptyques des défunts, et enfin lafraction des saintes Espèces. Le texte de lépiclèse dont parle le pape Pelage a subi trop deremaniements pour que nous puissions en retrouver la teneurprimitive. Pour en donner une idée approximative aux lecteurs,voici lépiclèse de la messe de la Coena Domini telle quelle étaitsans doute, à peu de chose près : Hanc oblationem Servitutis nostrae — le presbyterium toutentier des Servi Dei — sed et cunctae familiae tuae, quant iibiofferimus ob diem in qua Dominus noster lesus Christus tradiditdiscipulis suis Corporis et sanguinis sui mysteria celebranda; 1quaesumus, Domine, ut placatus accipias. (Descendat etiam,Domine, super eam Ma Sancti Spiritus lui incomprehensibilisquemaiestas, sicut quondam in hostias Patrum descendebat), quiet oblationem nostram benedictam, adscriptam, ratam, rationa-bilemque facere dignetur, ut nobis Corpus et Sanguis fiâtdilectissimi Filii tui Domini nostri Iesu Christi, qui pridiequant pro nostra omniumque sainte pateretur, hoc est hodie, accepitpanem etc. Lantienne ad Communionem, en relation avec lévangile dulavement des pieds, nest pas, elle non plus, primitive. Après lamesse, on transporte la sainte Hostie consacrée pour le jour i . Cette reconstruction, quoique h y p o t h é t i q u e , nest p o u r t a n t p a sentièrement arbitraire. Lépiclèse introduite d a n s notre t e x t e se t r o u v eencore dans u n e prière du missel, s o u s le n o m de saint Ambroise, m a i selle est dAmbroise Autpert, abbé de Vulturne. Lauteur y paraphraseet amplifie u n e ancienne anaphore hors dusage.
  • suivant, dans une chapelle convenablement ornée; ce rite luiaussi date seulement de la fin du moyen âge, durant la périodedAvignon. A Rome, à chaque messe papale, — et dans lesGaules et en Orient lon faisait de même, — on avait coutumede porter processionnellement un coffret contenant les saintesEspèces consacrées pendant une messe précédente; et cela avaitpour but dindiquer la continuité, le iuge sacrificium offert parlÉglise, depuis le soir du premier jeudi saint, jusquà la dernièremesse qui saluera laurore de la parousie : donec veniat. Quand prévalut lusage de la Communion du Pontife lui-même le vendredi saint, il suffit que lon portât la Parcelleconsacrée, selon la coutume, depuis le Latran jusquà la basi-lique stationnale de Sainte-Croix, afin quaprès la litanie ellefût versée avec le vin dans le calice pour être consommée par lecélébrant. Lusage de la déposer auparavant dans une chapelleparée comme pour les Quarante-heures, et de la porter proces-sionnellement à lautel où se célèbre la liturgie des Présanctifiés,provient de la cour dAvignon. e A u x n siècle, selon YOrdo Romanus XI, le Pape, après lamesse des Présanctifiés, se rendait directement dans loratoirede Saint-Laurent, appelé aussi Sancta Sanctorum et il y lavait tles pieds à douze clercs, tandis que les cardinaux récitaientloffice du soir. Ensuite avait lieu la distribution du presby-terium habituel, — don pécuniaire en faveur du haut et du basclergé de Rome, — après quoi, tandis quau dehors la nuit com-mençait à venir, la cour pontificale se rendait au tricliniumdu pape Théodore pour le repas. Le pardon aux pénitents, le chrême dallégresse pour lesnéophytes, lhuile fortifiante sur les membres des malades, ladivine Eucharistie dans le cœur des amis, autant de mystèresineffables damour en cette journée de la Cène du Seigneur.Avant de mourir, Il épancha la plénitude de son cœur, et,quoique nous ayant toujours aimés, de toute éternité, in finemditexit, en allant aujourdhui jusquà donner sa vie pour nous.
  • E LA V I F É R I É « IN PARASCEVE ».L A PROCESSION STATIONNALE. Jésus avait prédit quun pro- phète ne pouvait mourir hors de Jérusalem; cest pour- quoi la station de ce jour se célèbre dans la basilique Sesso-rienne, appelée aussi Sancta Hierusalem, où lon conserve unepartie considérable du bois sacré de la Croix. Il est grandement probable que, dans la disposition même dece sanctuaire, avec sa chapelle inférieure, lon ait voulu imiterle Martyrium érigé par Constantin sur le Golgotha, en sorte que, tandis que la basilique du Sauveur au Latran, avec son baptis-tère circulaire, jouait à Rome le rôle de lAnastasie de Jéru-salem, la basilique Sessorienne, avec ses oratoires anie et postcrucem correspondait au contraire an Martyrium constantinien,dont parle Ethérie dans la relation de son voyage aux lieux saints. Autrefois, le Pape avait coutume de se rendre pieds nus à lastation de ce jour, en balançant lencensoir fumant devant lesaint bois de la Croix soutenu par un diacre; tandis que lechœur chantait le long du chemin le psaume Beati immaculatiin via. En signe de profonde tristesse, ce jour était originaire-ment aliturgique, le jeûne rigoureux de la Coena Domini devantse prolonger jusquà lannonce de la résurrection. Ce fut vers ele v n siècle que lÉglise se relâcha en partie ae lanciennerigueur; et comme à Rome sétait déjà introduit lusage desmesses stationnales aux vendredis du carême, ainsi toléra-t-onaussi que, dans les titres urbains, le peuple communiât même le vendredi saint. Pendant plusieurs siècles, le Pape et ses diacresdemeurèrent fidèles à lantique discipline qui voulait quonsabstînt complètement de participer aux saints Mystères, etpar conséquent de nourriture, en un jour dédié aux larmes et eau jeûne le plus rigoureux; mais les Ôrdines Romani du x siècleinaiquent que la cour pontificale elle-même avait fini parsadapter à la coutume universelle. e Selon ces derniers rituels, en la V I férié in Parasceve, tout le 1monde à Rome communiait : communicant omnes sub silentio ;en sorte que lusage actuel de sabstenir de la communion levendredi saint est, en tant que loi liturgique universelle, i . Ordo Romanus J, P. L., loc. cit., col. 963.
  • dépoque très postérieure, et représente un souvenir amoindri, nous dirions même déformé, de ce qui fut lusage primitif de lÉglise de Rome. La cérémonie, ordinairement appelée, selon la terminologie byzantine, Messe des Présanctifiés,— laquelle est en vigueur au e moins depuis le v n siècle chez les Grecs et se célèbre tous les jours de Carême consacrés au jeûne, — résulte de la fusion de trois rites distincts : ladoration du bois de la sainte Croix, la synaxe catéchistique habituelle (lectures, psalmodie, prière litanique) précédant lanaphore eucharistique, et la communion des Présanctifiés. Dans le missel actuel, ces cérémonies sont tout à fait fondues ensemble, ce qui trouble un peu lordre et la clarté du rite; mais dans les anciens Ordines Romani elles nous sont décrites avec toute ]a précision et lexactitude désirables. Dabord le Pape se rendait processionnellement du Latran àla basilique Sessorienne, et, comme conclusion de la procession,il faisait baiser au peuple le bois sacré de la Croix, imitant encela le rite hiérosolomytain décrit par Ethérie. Cette adoration terminée, on commençait les lectures, comme cela était derègle en chaque synaxe, eucharistique ou non. Après lÉvangilevenait la grande prière litanique : Oremus, dilectissimi, etc., qui,dès le temps de Justin, faisait partie du formulaire habituel delaction sacrée, à ce point que, dans le missel actuel de saintPie V, nous invitons encore le peuple à la prière litanique aumoment de loffertoire. Oremus, dit en effet le prêtre en sadressantau peuple; mais aujourdhui aucune collecte ne suit plus linvi-tation, en sorte quil est facile de sapercevoir quil y a là unvide, un certain hiatus, qui brise le rythme; cest précisémentlabsence de la grande prière dintercession qui en est cause. Quand la litanie était terminée, le Pape, à lorigine, con-gédiait lassemblée, et sans avoir communié retournait auLatran, comme cela se faisait à Rome le mercredi saint égale- ement. Pourtant, il résulte des rituels romains du x n siècle queladoration de la Croix qui, au début, précédait la synaxestationnale et mettait fin à la procession, était alors différéejusquaprès la grande litanie, comme un rite de transition entrela cérémonie précédente et la communion des Présanctifiés.Pratiquement, une place peut sembler valoir autant que lautre,
  • mais lordre romain primitif apparaît toutefois meilleur et pluslogique : au terme de la procession stationnale avec la sainteCroix, on ladore, selon lusage de Jérusalem; ensuite commencela messe avec ses lectures habituelles, ses psaumes et ses lita-nies. Comme pourtant aujourdhui lon ne consacre pas lesdivins Mystères, ainsi, après la grande prière dintercession, lonomet lanaphore consécratoire et lon passe tout de suite auPater, qui, avant la réforme de saint Grégoire, précédait immé-diatement la communion. Ladoration de la sainte Croix le vendredi saint provient,comme nous lavons dit, de lusage de Jérusalem, tel quà la fin edu i v siècle il nous fut décrit par la pèlerine Ethérie. Mais enpeu de temps, ce rite se répandit dans toute la chrétienté etdevint une des cérémonies caractéristiques du vendredi inParasceve. Selon lusage de Rome, le Pape aspergeait dabordle bois sacré avec du baume parfumé, dans la chapelle de Saint-Laurent au Sancta Sanctorum; puis, durant le trajet du Latranà la basilique Sessorienne, lui-même, contrairement à la cou-tume occidentale, balançait lencensoir devant la sainte relique,ce qui indique que la cérémonie a été importée à Rome delOrient où précisément cette fonction dencenser est attribuéeparfois aux évêques et aux prêtres. L A SYNAXE DANS LA BASILIQUE SESSORIENNE. La premièrepartie de la messe de ce jour conserve intact le caractère antiquede la synaxe romaine, telle quelle était ordinairement avant e rque, vers lépoque du pape Célestin I , surgît la Schola avec sesgrandes exécutions de psalmodie antiphonique, qui modifièrenten partie la simplicité primitive des synaxes stationnales. Aujourdhui donc, aucun chant dintroït, aucune litanieprécédant les lectures, mais, comme dans les anciennes syna-gogues où prêchaient Paul et Barnabe, trois lectures alternantavec le chant dun répons et la collecte du président. On com-mence par la lecture du chapitre v i dOsée, où est annoncé le plandivin de la rédemption future. Après trois jours dattente dansle sépulcre des vices, lhumanité ressuscitera à la voix du Christ,triomphateur de la mort et de lenfer, Lui qui substituera leculte universel de la foi et de lamour, à lantique régime des
  • sacrifices et des holocaustes sanglants dans le temple national des Hébreux. Vient ensuite le cantique responsorial dHabacuc, que la tradition ecclésiastique avait déjà destiné à loffice du vendredi. Cest un hymne détonnement, dadmiration, démotion pro- fonde de lâme à la vue des nouvelles œuvres de Dieu qui, dans la plénitude des temps, manifesta sur le Calvaire, dans toute sa redoutable majesté, la sainteté infinie de sa nature, laquelle exige du monde pécheur un si terrible sacrifice de réconciliation. Justice effrayante qui remplit de terreur le prophète; mais en même temps, mystère damour ineffable, puisque cest le même Dieu qui prend sur Lui-même la peine qui menaçait le coupable. La lecture de lExode vient ensuite; elle se rapporte au repas de lagneau pascal. Le symbolisme ne pouvait être ni plus approprié ni plus parfait, puisquil ressort de la narration évan- gélique quà lheure même où, dans le temple, la trompette donnait le signal de limmolation des agneaux, le véritable Agneau de la Pâque éternelle, Jésus, expirait sur la Croix. Après cette lecture vient le psaume responsorial 13g qui décrit si bien les sentiments de la divine Victime du Golgotha, la désolation de son âme et la confiance entière quelle met en Dieu, qui la ressuscitera et la rendra bienheureuse par la gloire de son visage. Comme troisième lecture, on récite la Passion selon saint Jean, suivant lindication déjà donnée par les Ordines Romani e du i x siècle. A lorigine, quand cette lecture était terminée, ilétait de règle que lhomélie du président la suivît; il en étaitainsi du temps de saint Léon et de saint Grégoire, et cette pré-dication épiscopale mettait fin à la première partie, disonscatéchistique, de la synaxe, cest-à-dire celle à laquelle étaientadmis même les catéchumènes. Après quils avaient été con-gédiés, les fidèles initiés demeuraient seuls dans léglise, et ilscommençaient par échanger le baiser de paix, afin de prendrepart ensuite à la commune prière dintercession, de formelitanique, dont nous avons parlé précédemment. Le texte de cette prière, tel quil nous est conservé pour levendredi saint dans le missel, est très ancien quant à son noyauprimitif; mais la rédaction actuelle peut difficilement remonter
  • eau delà du V siècle, car la terminologie et linspiration révèlentprécisément lépoque léonienne. Dans la hiérarchie religieuse, lantépénultième rang estattribué aux confessores. Sous ce titre, ce ne sont déjà plus ceuxqui avaient souffert pour la foi sans toutefois succomber auxtourments quon désigne, comme cela se faisait encore au eI V siècle, mais, selon la terminologie du Sacramentaire léonien,il sagit simplement ici au contraire des moines, en tant que,par laustérité de leur vie, ils exprimaient une confession con-tinuelle, douloureuse, sinon sanglante, de la foi chrétienne. La collecte pour lempire romain est significative, et ellereçoit sa pleine lumière des formules parallèles du Sacramen-taire léonien, dans lesquelles les destinées du monde semblentindissolublement associées à celles de la Res Publica de la Romeéternelle. Tertullien nous atteste lui aussi quon priait pro mot a finis, dans ce sens que, précisément, la conservation de la pax romana était ce qui retardait la fin du monde, qui, sans le Capitole, aurait au contraire couru à labîme. Cest en ce sens que quelques-uns interprétaient les phrases obscures de lApôtreaux Thessaloniciens, relativement à la Puissance qui empêche Satan de triompher du christianisme, A la différence dune prière ambrosienne très connue, oùTon intercède aussi pour les confesseurs condamnés au bagne,ad metalla, — et ce sont là les vrais conf essores au sens primitifdu mot, — la litanie romaine se contente simplement dinvoquerla divine piété afin que aperiat carceres ; non pas pour inonder ànouveau les cités de malfaiteurs, mais pour que — selon lan-tique concept romain du carcer, destiné moins à faire subir unepeine aux coupables, quà garder les accusés durant le procès— elle démontre linnocence, rouvre la prison et que laccusérecouvre la liberté. La litanie terminée, il aurait été plus régulier que, laissant decôté lanaphore consécratoire, lon eût repris laction eucha-ristique au Pater noster. Il eût suffi de porter sur lautel loffrandeconsacrée, et den déposer une parcelle dans le calice, selon le erite habituel de Yintinction qui peut dater au moins du I I siècle,et dont il est demeuré un souvenir dans notre messe privée elle-même; puis lon eût procédé à la communion. On se serait
  • aperçu de la profonde lacune produite par labsence de lana-phore eucharistique, mais, du moins, lordonnance habituellenaurait subi aucune altération. A u contraire, vers la fin dumoyen âge, on voulut transporter à ce moment de la cérémonieladoration de la sainte Croix, et il en résulta la séparation dela grande litanie dintercession davec la présentation surlautel des oblats présanctifiés. LADORATION DE LA SAINTE CROIX. Le rite et le formulairepour ladoration du bois sacré — puisquil sagissait exclusi-vement de la vraie Croix du Seigneur et non dune simulacre debois ou de métal représentant le divin crucifié, comme cela estpermis aujourdhui par la rubrique — sont assez antiques, ettrahissent une origine franchement orientale. Toutefois ilsfurent introduits un peu tard à Rome, puisque les Ordines lesplus anciens mentionnent simplement le verset : Ecce Lignumavec, pour le trajet, le psaume 118 : Beati immaculati in via...Cette cérémonie sappelait en grec « Exaltation de la sainteCroix », ce qui explique bien le titre et lorigine de la fête hié-rosolymitaine du 14 septembre où lon célébrait justement ladédicace du Martyrium et Ton montrait la Croix au peuple. Le trisagion bilingue intercalé dans le chant des Improperia— en partie inspirés par lapocryphe dEsdras — est antique,à tel point que les monophysites tentèrent den détourner lasignification trinitaire, en y ajoutant les mots : Toi qui pour nousftùs crucifié. Linterpolation fut condamnée comme hérétique, etsi lÉglise romaine continua à chanter le trisagion durant lado-ration de la sainte Croix, elle le fit justement pour confirmer lasignification trinitaire de linvocation, puisque le sacrifice duCalvaire représente précisément lacte de culte définitif et parfaitrendu par le Pontife suprême de la création à lauguste Trinité.Jamais en effet, comme sur le Golgotha, ne resplendit lineffablesainteté du Dieu Un et Trine, et la gloire du divin Crucifiéqui meurt en entonnant lhymne de la résurrection, ce splen-dide psaume 21 avec lalléluia de la reconnaissance à Yahweh. Le poème de Venance Fortunat, Lustris sex que lon chante tdurant ladoration de la sainte Croix, provient de lusagegallican, et quelque plein damour quil soit, il représente pour-
  • tant toujours une interpolation dans le missel de lÉglise deRome, où, jusquau bas moyen âge, lhymnodie ne fut jamaisadmise dans les divins offices. Selon les Ordines, durant ladoration de la sainte Croix, lesprêtres — dans la suite ce furent les cardinaux-diacres — dépo-saient sur lautel le coffret avec loblat consacré, apportédu Latran pour la communion. Toutefois à Avignon, en uneambiance différente de celle dans laquelle était né le rite sta-tionnai, les Papes français préférèrent se rendre eux-mêmes à lachapelle où lon gardait les saintes Espèces, pour les transporterensuite processionnellement à lautel du chœur. LhymneVexilla que lon chante maintenant durant le parcours, naaucune relation avec le Très Saint-Sacrement et provient ausside lusage dAvignon. L A COMMUNION. Selon les Ordines Romani, quand les saintesEspèces avaient été déposées sur lautel, — comme cela sefaisait dailleurs au commencement de toute messe papale, —lon récitait la prière préparatoire à la sainte Communion, lePater, et on les consommait. Plus tard, par un plus grand res-pect, on y ajouta lencensement, tant des oblats présanctifiésque de lautel, puis le lavement des mains, lostension dessaints Mystères, la fraction, ainsi que dautres prières, qui don-nèrent à ce rite une certaine apparence de messe. L A VIGILE PASCALE.L A vigile précédant la solennité pascale peut être considérée comme le point de départ de tout loffice nocturne durantle cours de Tannée. Du temps de Tertullien, les fidèles étaientlibres dintervenir ou non à la Pannuchis dominicale ordinaire,mais personne naurait pu se dispenser, sans pécher, de prendrepart aux rites nocturnes de la vigile de Pâques; dautant plusque dans certains milieux on ne renonçait pas à lespérance devoir se réaliser, précisément durant cette veillée, les aspirationsà la parousie. On était dans lattente, comme le raconte saintJérôme, jusquà minuit. Après cette heure, puisque le Christnétait pas encore venu, on croyait que la parousie était remiseà lannée suivante, et lon célébrait à sa place la Pâque de
  • la Résurrection. Quoique complexes, les rites décrits dans lemissel romain se réduisent tous cependant à un schéma trèsordonné et très simple. Les prières du Lucernaire viennentdabord, et sont suivies de la vigile proprement dite; en der-nier lieu lon administre le baptême aux catéchumènes, et lasainte Messe met fin à la cérémonie. L E S PRIÈRES DU LUCERNAIRE. Le rite du Lucernaire ou deYEucharistia Lucernaris, par lequel on offrait au Seigneur lalumière du soir que lon allumait en son honneur au commence-ment de la synaxe nocturne, était très répandu dans toutlOrient et commun à beaucoup déglises dItalie et des Gaules; eMilan le conserve encore aujourdhui. Toutefois après le 111 siè-cle il dut disparaître complètement de la liturgie romaine avecloffice du soir, dont il était comme le prélude ordinaire. Donc le Lucernaire de la Vigilia Paschae décrit dans le misselromain est dû à son retour après quatre siècles, au moins,dabsence; et cette fois lenfant prodigue se présente au pèreen habits de voyage presque méconnaissables. E n effet, labénédiction du feu, selon le missel de saint Pie V , celle de len-cens et celle du cierge, se rapportent toutes les trois à un riteidentique, celui dallumer la flamme sacrée qui devait éclairerlambon durant les lectures de la veillée, en sorte que la triplebénédiction actuelle ne représente que trois formules derechange. Il ne sagit donc ni du feu sacré ni des grains den-cens à enfoncer dans le cierge, mais, selon le texte des collectesencore aujourdhui survivantes dans le missel, le novtts ignis estprécisément un lumen Christi, comme aussi Vincensum ne désignepoint la résine parfumée de lArabie, mais bien le noctumussplendor du cierge alhimê, lequel figure le Christ, splendeur dela nuit de ce siècle. Quoi quil en soit de linterprétation erronée donnée posté-rieurement à ces textes, on ne peut nier cependant quils repré-sentent tout ce quon peut entendre de plus artistique et de plusprofond à loccasion de la Pâque. L a Préface en particulier— chantée cette fois seulement par le diacre, parce que, àlorigine, cest à lui que revenait le soin dallumer la flamme— est dune inspiration si sublime quà elle seule elle vaut
  • bien tout un traité théologique sur le mystère de la rédemption. Saint Jérôme, écrivant à un diacre de Plaisance, a desparoles très fortes contre les diacres de son temps, qui, danslannonce pascale, faisaient parade de toute leur imagination eten arrivaient à enchâsser dans la composition sacrée les versde Virgile où est chantée Y apis mater qui produit la cire. Letexte qui a pénétré dans le missel actuel date certainement dece temps; mais, tout en accusant une certaine ardeur juvé-nile, il est sobre avec élégance, et, du point de vue théologique,un esprit étroit peut seul se méprendre sur les expressionsenthousiastes 0 felix culpa, o certe necessarium Adae peccatumet sen scandaliser. En certains endroits pourtant, entre autresà Cluny, elles furent exclues du sacramentaire. L E RITE DE LA VIGILE. Après loffrande de la lumière du cierge resplendissant — que, pour cette raison, lon place à côté du Lectorium sur lambon — commence, le rite de la vigile, qui, à Rome, consistait uniquement en une série de lectures en latin et en grec,, séparées par des répons et des collectes. Ce type deveillée nocturne est très antérieur à celui des nocturnes actuelsdécrits dans le bréviaire, qui doivent leur origine à la dévotionmonastique. A Rome, il y avait régulièrement douze lectures; on les répé-tait tant dans la langue du Latiiun quen grec, et cela était dûà la population mélangée de la ville durant la période byzantine.Les répons intercalaires, au lieu dêtre empruntés au psautier,comme à la messe, proviennent du recueil des Cantiques pro-phétiques des Laudes, déjà en usage chez les Juifs eux-mêmes.Mais, pour compléter tout le rite, tel quil était autrefois, il fauttenir compte des homélies des prêtres et du Pape, qui, à lori-gine, devaient commenter successivement au peuple les pagessacrées; il ne faut pas non plus négliger la méditation et laprière individuelle à laquelle chacun se livrait quand le diacreen donnait lavis : Flectamus genua. Prosternés sur le sol, touspriaient alors en silence, et seulement après quelque temps, leprésident faisait annoncer : Levate, pour résumer lui-même, enune unique formule euchologique — collecta — les vœux géné-raux de lassemblée et les présenter à Dieu tous ensemble.
  • L E BAPTÊME. Ainsi sécoulait la plus grande partie de la nuit;vers laurore, la procession des catéchumènes et du haut clergé— excepté la schola restée dans léglise avec les fidèles pour exé-cuter la litanie qui mettait régulièrement fin à la veillée —descendait au baptistère. Je dis descendait, comme sexprimeaujourdhui encore la rubrique du missel, soit que cette rubriquese rapporte primitivement au baptistère apostolique ad Nim-phas, ubi Petrus baptizabat, entre les voies Nomentane etSalaria, soit au contraire quelle ait en vue les piscines baptis-males érigées au Vatican par Damase, et dont le niveau étaittoujours de beaucoup inférieur à celui de la salle où lon avaitveillé, et doù, par suite, le cortège devait descendre ad fontes. La bénédiction de la fontaine baptismale saccomplissait à Rome au mo3^en du chant dune longue oraison eucharistiqueou daction de grâces, sur le modèle de celle dont nous avonsdéjà parlé pour la consécration du Chrême. Elle sadresse au Père,et, après avoir rappelé toutes les significations symboliques attri-buées à leau dans les saintes Écritures, et à linstitution duBaptême faite par Jésus-Christ dans le Jourdain, elle invoque(épiclèse) la grâce de lEsprit Saint, afin quil descende dans lapiscine pour sanctifier londe régénératrice. A ce moment de ela cérémonie, vers le I X siècle, deux assistants, et, dans la suite,le célébrant lui-même, commencèrent à immerger le ciergepascal dans leau avant quon y versât la fiole du saint Chrême. A lorigine, à Rome même, le baptême sadministrait à lafois par immersion et par infusion. Comme leau de la vasquenarrivait jamais au-dessus de la cheville, il y avait des jetsdeau sous lesquels le ministre sacré plaçait le catéchumène afinque londe purificatrice descendît de la tête sur tout le corps. e Vers le x m siècle, de nombreux diocèses dItalie gardaienttoutefois lancien rite du baptême par immersion ; mais par lasuite prévalut la forme dinfusion actuellement en usage, etdont le premier témoignage se trouve déjà dans la Didachè des e rdouze Apôtres, cest-à-dire à la fin du I siècle. Avec le Baptême, les anciens avaient lhabitude dadministreraussi la Confirmation, qui, après le sacrement de la régénération fchrétienne, avait quelque analogie avec l épiclèse paraclétiquepost-consécratoire de la messe, à ce point quelle fut appelée
  • « Confirmatio » précisément du nom attribué à lépiclèse eucha-ristique dans la liturgie espagnole : confirmatio sacramenti.Limposition épiscopale des mains, lonction du Chrême et lesigne de la croix sur le front, consignation sont donc trois actessacramentels qui se complètent réciproquement et constituentun unique sacrement, que les Byzantins appellent : Signaculumdoni sancti Spiritus. Ce don du Paraclet met pour ainsi dire lesceau au saint amour qui unit lâme à Dieu comme en unmystique mariage; cest une espèce donction intérieure quidédie et consacre lâme chrétienne pour en faire le temple de latrès sainte Trinité. L A MESSE. Ces rites étant accomplis, le cortège, accompagnécette fois de la troupe des néophytes vêtus de blanc, retournaitenfin dans la nef où avait eu heu la veillée, et dont les voûtesrésonnaient encore des cris suppliants des invocations lita-niques, répétées chacune dabord sept fois, puis cinq fois,puis trois fois. Dans la nuit pascale, lintroït était superflu, puisque lassem-blée était entrée et se tenait là depuis huit heures au moins.Il est douteux que le Gloria in excelsis y ait trouvé place àlorigine, bien quà Rome on ait voulu le considérer comme levéritable chant pascal. Il peut difficilement avoir occupé audébut la place quil a maintenant dans la messe de la vigile dePâques, puisque même les deux lectures actuelles, de lApôtre etde lévangile de saint Matthieu annonçant la résurrection,représentent une adjonction inutile au précédent office de vigile.Comme pour la Coena Domini, la messe pascale devait commen-cer directement par la préface Sursum corda. Quand loffice de la vigile de Pâques fut anticipé à laprès-midi du samedi, — cest-à-dire durant le bas moyen âge — on.voulut ajouter à cette messe de la nuit pascale un autre petitoffice qui remplaçât les vêpres du samedi saint. L a liturgieromaine se maintint toujours étrangère, tant quelle le put,à cette innovation qui ne tient pas même compte de lana-chronisme dans lequel elle tombe, en célébrant la triste soiréedu samedi saint après que le diacre a, depuis plusieurs heuresdéjà, salué laube du dimanche de la Résurrection.
  • LA SAINTE LITURGIE DE LA SEPTUAGÉSIME A PAQUES DIMANCHE DE SEPTUAGÉSIME. Station à Saint-Laurent hors les Murs. USAGE oriental considérait le samedi et le dimanche comme des jours de fête, exempts, par suite, du jeûne quadragésimal. Aussi, pour compléter la sainte quaran-taine, les Grecs anticipèrent-ils labstinence de quelquessemaines, et dès ce dimanche commencèrent-ils le cycle péni-tentiel en sinterdisant lusage de la viande. L a semaine sui-vante, ils renonceront aussi aux laitages, et enfin, le lundi dequinquagésime, ils commenceront le jeûne rigoureux en prépa- ration à Pâques. Chez les Latins la pratique du jeûne eut des fluctuations. E n e Icommençant le cycle quadragésimal le i dimanche de Carême,on a en réalité, comme lobserve fort bien saint Grégoire leGrand, quarante jours de préparation, mais, de ceux-ci, trente-six seulement consacrés au jeûne. Pour remplacer les quatrejours manquants, les personnes pieuses, les ecclésiastiques,commencèrent de très bonne heure à sabstenir de chair lelundi de quinquagésime {in carnis privio ou in carne levario =Carnaval); il faut toutefois attendre jusquau temps de saintGrégoire le Grand pour retrouver dans lantiphonaire la consé-cration liturgique du caput ieiunii au mercredi de quinqua-gésime. Mais la piété des fidèles ne se contenta pas de ces quatre seulsjours supplémentaires. Les Grecs commençaient plus tôt, aussi,vivant avec eux durant la période byzantine il fallait queles Romains ne se montrassent pas inférieurs à eux. SaintGrégoire institua donc, ou du moins sanctionna définitivementun cycle de trois semaines préparatoires au Carême, avec trois
  • stations solennelles aux basiliques patriarcales de Saint-Laurent,Saint-Paul et Saint-Pierre, comme pour mettre le jeûne pascalsous les auspices des trois grands patrons de la Ville éternelle. Le cycle stationnai commence aujourdhui, mais dans lordreinverse, par la basilique de Saint-Laurent, laquelle occupe seu-lement le quatrième rang entre les basiliques papales. La raisonen est, quil ne convenait pas de déplacer la station inaugurale edu Carême au Latran, où effectivement, dès le i v siècle, lesPontifes eurent coutume dimmoler le sacrificium quadrage-simctlis initii, comme sexprime le Sacramentaire. Il semble que les trois messes de septuagésime, sexagésime etquinquagésime datent de la période grégorienne, car ellesreflètent parfaitement la terreur et la tristesse qui avaientenvahi lâme des Romains, en ces années où la peste, la guerreet les tremblements de terre paraissaient devoir abattre au rasdu sol lantique reine du monde. Lintroït est pris du psaume 17 : « Les angoisses de la mortmoppressèrent et les filets du Schéol mentourèrent ; dans monangoisse, jai appelé Yahweh, et Lui, de son saint temple, aentendu mon cri. » Depuis ce dimanche jusquau jeudi saint, dans les messesde tempore, on nentend plus lhymne angélique qui, à lorigine,ne se chantait quà Noël et à Pâques. Dans la suite on retendità tous les dimanches hors du Carême, et aux fêtes des martyrs,mais toujours comme par un privilège exceptionnel, en sorteque la collecte, qui, les jours de jeûne et de pénitence, se reliedirectement à linvocation litanique, représente la conclusionnaturelle, normale et ordinaire de la litanie, telle quelle étaiten usage dans lancienne liturgie de la messe et de loffice divin. La collecte révèle la peine profonde qui débordait de lâmede saint Grégoire devant le désolant état social de Rome et delItalie durant son pontificat. « Accueillez avec clémence,Seigneur, les prières de votre peuple; et tandis que nous suc-combons sous les châtiments, layant bien mérité par nospéchés, que votre miséricorde nous en délivre pour la gloirede votre nom. » La lecture est tirée de la lettre aux Corinthiens (I, ix, 24-27,
  • et x, 1-5). Cela peut être seulement leffet dune coïncidencefortuite, mais cela peut être aussi leffet dun choix intentionnel :après le long chemin fait par les fidèles pour arriver à cettestation suburbaine de YAgro Verano, — dont léloignementfut cause quon désigna parfois à sa place, au moyen âge,quelque autre basilique dans lintérieur de la Ville, —rien nestplus approprié que la comparaison de la vie chrétienne aveclexercice des gymnastes du stade, lesquels, grâce à la souplessede leurs mouvements et à lagilité de leurs membres, méritaientla couronne dans les joutes athlétiques. Pour conclure, lApôtre nous dit que ce nest pas le seul faitdappartenir au Christ ou à Moïse, qui nous sauve. Les Israé-lites obtinrent bien tous ces dons, pain miraculeux, eau jailliedu rocher, passage à pied sec de la mer Rouge, etc., qui sym-bolisaient les sacrements de la Nouvelle Alliance; et pourtant,dune troupe si nombreuse, deux hommes seulement entrèrentdans la terre promise. Ce nest donc pas la caste à laquelle onappartient qui assure une place privilégiée devant Dieu, maisce sont les bonnes œuvres, la lutte quon soutient pour lesaccomplir, la fermeté et la constance dans le bien. Le graduel provient du psaume 9 : « Yahweh est le refuge delopprimé, le salut dans la tribulation; en Vous se confient ceuxqui vous connaissent, parce que, Seigneur, vous nabandonnezpas celui qui vous cherche. E n effet, le pauvre ne sera pas tou-jours en oubli, lespoir des malheureux ne périra pas éternelle-ment. Levez-vous,ôYahweh,et que lhomme ne prévale pas.» A u lieu du verset alléluiatique, qui était peut-être à lorigineune simple acclamation après lévangile, distincte, par suite,de la psalmodie, ou qui suivait la seconde lecture, celle duNouveau Testament, on a aujourdhui le psalmus tractus, qui,au début, cest-à-dire avant que saint Grégoire étendît lusagede lalléluia à tous les dimanches en dehors du Carême, faisaitpartie de la psalmodie de toute synaxe de fête. « De labîme jevous appelle, ô Yahweh, écoutez ma voix. Que vos oreilles soientattentives à la prière de votre serviteur. Si vous regardez lesfautes, ô Yahweh, qui jamais peut résister? Toutefois, la misé-ricorde est avec vous, et en raison de Votre loi je vous ai attendu,Seigneur. » (Ps. 129.)
  • La parabole évangélique (MATTH., X X , 1-16) du vigneronet des ouvriers fait allusion à la vocation des gentils à la foi.Ils ont été appelés à la onzième heure de lhistoire de lhumanité,mais, par un impénétrable jugement de la miséricorde divine,ils ont reçu le salaire complet et abondant, ni plus ni moinsque les patriarches et les prophètes de la troisième, de lasixième et de la neuvième heure. Saint Grégoire, commentantaujourdhui cette parabole au peuple réuni à Saint-Laurent,touche le profond mystère de la distribution gratuite de lagrâce, qui trouve en Dieu seulement sa raison suffisante. A cesujet il parle de ses trois tantes, vierges consacrées et de ferventpropos, dont deux seulement persévérèrent, Tarsilla et Emi-liana, qui sont vénérées parmi les saintes. L a troisième au con-traire, Gordiana, viola son vœu et finit misérablement. Loffertoire provient du psaume 91 : « Il est bon de louerYahweh et de chanter des hymnes à votre nom, ô Très-Haut. » La collecte sur les oblations est identique à celle de loctavede Noël, qui est de caractère général. Lantienne durant la distribution des Dons sacrés, est tiréedu psaume 30 : « Faites resplendir votre visage sur votre servi-teur; secourez-moi par votre grâce. Seigneur, que je ne restepas confondu après que je vous ai invoqué. » Voici la prière eucharistique : « Que vos dons, Seigneur, con-firment vos fidèles dans la charité, afin quen y participant ilsen soient toujours plus avides, et que leur avidité soit rassasiéepar une possession impérissable. » Lincertitude du salut éternel ! Cutn metu et tremore vestramsalutem operamini, comme le dit lApôtre (Philippe 11, 12);voilà le fruit de la méditation de ce jour sur lépître de saint Paulet sur la parabole du vigneron ! Combien de prodiges Dieunavait-il pas opérés durant les quarante années quIsraëlpassa dans le désert ! Nourriture céleste, eau miraculeuse, nuéeet colonne de feu, la mer Rouge et le Jourdain souvrant à sonpassage ! E t pourtant, de tant de milliers de bénéficiaires deces miracles, un grand nombre prévariquèrent, et deux à peineatteignirent le but. Ainsi ne suffit-il pas dêtre baptisé, davoirété appelé de Dieu à un état saint, à la dignité sacerdotale,dêtre devenu lobjet de ses spéciales complaisances moyennant
  • laccès facile aux sacrements, et davoir entendu la parole divine. Il faut faire effort : operamini; il faut suivre la voie étroite qui conduit à la vie; il faut imiter le petit nombre, cest-à-dire les saints, pour se sauver avec le petit nombre. Combien plus de force nacquièrent pas ces grandes maximes évangéliques, quand on les médite, comme dans la station de ce jour, près des tombes des anciens martyrs qui ont sacrifié les richesses, la jeunesse et la vie dans le but dobtenir le ciel ! DIMANCHE DE SEXAGÉSIME. Station à Saint-Paul. L A rigueur de la saison hivernale est déjà en partie adoucie, et la brise dune belle matinée semble inviter les heu- reux habitants urbis aetemae gentemque togatam à faire une promenade sous les portiques qui, presque du centre même de Rome, conduisent directement à la basilique de Saint-Paul.E t cela, bien entendu, avant que commence le jeûne quadra-gésimal. Cest pourquoi la messe de ce jour est un mélange detriste sentiment de pénitence et dexpressions de grandeur solen-nelle en lhonneur de lApôtre des Gentils; peut-être la premièreimpulsion en faveur de la station daujourdhui fut-elle donnéepar une énigmatique translatio sancti Pauli signalée dans leHiéronymien au 25 janvier, et dont se serait conservé le derniersouvenir à Rome dans la synaxe de ce jour. e On connaît, en effet, la tendance romaine, vers le v n siècle,à remettre au dimanche quelques fêtes locales de moindreimportance qui se présentaient durant les jours de travail. Ilfaut aussi noter le fait que, dans différentes et anciennes litur-gies, orientales et gallicanes, se trouve toujours une fête distincteou commune, en lhonneur des saints apôtres Pierre et Paul,durant le cycle de Noël, ou immédiatement après Noël, ou mêmedurant le mois de janvier. La station daujourdhui à Saint-Paul est imposée en outrepar lordre qui doit être suivi pour solenniser les titulaires desgrandes basiliques patriarcales romaines avant le Carême. Le« staurophore » Laurent vient dabord, Paul et Pierre le suivent,et en dernier lieu vient le Sauveur.
  • Lintroït est triste, mais solennel, tel quil convenait auxcirconstances dans lesquelles la station fut instituée, cest-à-direquand les Lombards mettaient à feu et à sang une grande partiede lItalie et menaçaient déjà la Ville éternelle. Il est pris dupsaume 43 : c Éveillez-vous : pourquoi dormez-vous, Seigneur? eÉveillez-vous, et ne nous repoussez pas tout à fait. Pourquoicachez-vous votre visage et oubliez-vous notre oppression? Nosfronts sont penchés vers la terre. Levez-vous, 6 Yâhweh, venezà notre secours et rachetez-nous. » La collecte, qui est commune parmi les nombreuses collectesdes Sacramentaires pour les temps de calamité, a une additionspéciale en lhonneur de lApôtre, dont le souvenir donne toutelintonation, et je dirais presque son caractère, à cette messe :« Vous savez, Seigneur, que nous navons aucune confiance dansnos forces; aussi nous vous prions afin que, contre toute hosti-lité, le Docteur des Gentils nous protège par sa puissance. » Le passage de la lettre aux Corinthiens (II, xi, 19-33; x u ,1-9) qui se lit ensuite, est comme une autobiographie de lApôtre,dautant plus précieuse quelle supplée en partie aux lacunesdes Actes et nous décrit au vif les peines incroyables soutenuespar Paul dans son apostolat parmi les Gentils. Jésus le lui avaitdit dès le premier moment sur le chemin de Damas : « Je luimontrerai — déclarait-il à Ananie — combien il devra souffrirpour mon nom ! » Cest une loi du royaume de la grâce, qui danslordre présent de la divine Providence nadmet pas dexception. La douleur est comme latmosphère surnaturelle dans laquelledoit vivre tout chrétien, baptisé, comme il lest, dans la mort du Christ. Ensuite, dans la lecture de ce jour, lApôtre est contraint defaire sa propre apologie, à cause du puissant parti des judaï-sants, qui prétendaient asservir aux rites dIsraël même leséglises de la gentilité. Les Corinthiens estimaient ces prédica-teurs, sortis directement de la race dAbraham, comme dessurhommes, en comparaison de Paul qui, à cause de sa parolesans ornement et facile, passait à leurs yeux pour un pauvrehomme simple. Saint Paul accepte de jouer ce rôle, et, en facedes titres pompeux de ses adversaires il met les siens propres,lesquels confirment sa mission dapôtre : Ceux-ci sont Hébreux,
  • et moi aussi je le suis; ils sont de la descendance dIsraël, etmoi aussi; ils sont de la race dAbraham, et moi aussi; ils sontserviteurs de Jésus-Christ, et moi — à présent je parle commeun homme simple — je le suis bien plus queux. E t ici il démon-tre de quelle manière le service du Christ pèse terriblement surses épaules, désormais courbées par les fatigues, par les per-sécutions, par les flagellations subies pour la foi, lui qui, aumilieu de tant de martyres, porte la sollicitude du gouvernementde toute lÉglise dOccident. Que dire ensuite de ses ravisse-ments, de son élévation au troisième ciel, quand il lui fut révéléce qui ne peut se traduire en langue humaine? Mais ces donscomptent peu ou point; ce qui vaut, ce sont les tribulations etles misères de la vie, quand elles donnent loccasion au Sei-gneur dériger le trophée de sa grâce sur les ruines de la superbiaviiae. Le répons-graduel est tiré du psaume 82, et semble un puis- sant cri de guerre contre les ennemis du peuple de Dieu. « Que les nations connaissent votre nom, ô Yahweh, qui seul êtes le Très-Haut sur toute la terre. Mon Dieu, réduisez-les à nêtre que balle qui roule, comme la paille emportée par le vent. » Le trait provient du psaume 59, et il est de même ton et demême inspiration : « Vous avez bouleversé la terre, Seigneur, etvous lavez déchirée; réparez ses brèches, car elle sest écroulée.Afin que vos élus échappent à larc qui les vise, et quils soientsaufs. » Le grand Semeur auquel aujourdhui lÉglise, en une heu-reuse adaptation scripturaire, rapporte la parabole évangé-lique ( L u c , vin, 4-15), est lapôtre Paul, qui répandit la bonnenouvelle, de Damas et de lArabie jusquaux colonnes dHercule,dans la péninsule Ibérique. Comme alors, aujourdhui aussi saparole qui sélève chaque jour durant laction eucharistique,ne produit pas partout un fruit égal; car la légèreté des esprits,lamour désordonné des choses terrestres et lendurcissementvolontaire du cœur aux attraits de la grâce, rendent souventstérile laction du semeur évangélique. Sous la figure du chemin,des rochers, des épines, sont désignées les diverses espècesdobstacles qui sopposent à la parole de Dieu, pour lempêcherdopérer dans lâme avec toute son efficacité.
  • De son côté, saint Grégoire commenta cette parabole aupeuple de Rome, rassemblé aujourdhui près du sépulcre desaint Paul. Laffluence des Romains à la station continua mêmedans le bas moyen âge, et lon sait quune fois sainte FrançoiseRomaine profita du concours du peuple pour se mêler à la troupedes pauvres qui, en ce jour, mendiaient à la porte de la basi-lique de la voie dOstie. Loffertoire provient du psaume 16 : « Soutenez mes pas dansvos voies, afin que mes pieds ne vacillent pas ; prêtez loreille etécoutez ma prière; exaltez votre miséricorde, vous qui sauvezceux qui se confient en vous. » La collecte sur les oblations, dun caractère général, est lamême que celle du dimanche dans loctave de lEpiphanie. Lantienne pour la communion est prise au psaume 42 :« Je mapprocherai de lautel de Yahweh, du Dieu qui réjouitma jeunesse. » |La prière daction de grâces est la suivante : « Seigneur, à tousceux que vous daignez réconforter par vos sacrements, faites,nous vous en prions, la grâce que leurs œuvres et leur servicevous soient agréables. » Dans quel immense péril se trouve laffaire du salut éternelau milieu du monde ! Le bon grain tombe, il est vrai, même aumilieu de la route, mais pour ne rien dire du piétinement despassants, de la voracité des oiseaux et de la vigueur des brous-sailles et des épines qui étouffent la petite plante évangélique,on est terrifié de ce que dit Jésus sans ambage aucun : le diablevient et arrache du cœur la parole de Dieu, afin que les croyantsnarrivent pas au salut. Dans une affaire de telle importance, etdoù toute léternité dépend, aucune précaution nest superflue,et, au pied du saint autel, chacun doit sengager à employer,comme le veut saint Pierre, tous les moyens qui rendent moinsdouteuse laffaire de notre fin dernière. Cest précisément cettepensée qui, sérieusement méditée, a ouvert dans lantiquité tantde milliers de monastères, et a conduit au cloître un si grandnombre de fidèles de tout âge, de tout sexe et de toute condition.Quimporte de gagner même le monde tout entier, quand aveccela on porte préjudice à son âme.
  • DIMANCHE DE QUINQUAGÉSIME. Station à Saint-Pierre.C ETTE solennelle synaxe près de la confession vaticane, clôt le triduum de préparation à la vénérable solennité des jeûnes ;désormais, après nous être assuré la protection de Laurent, dePaul et de Pierre, nous pourrons inaugurer avec une pleineconfiance, dimanche prochain, dans la basilique du Latran, lecycle sacré de la pénitence. A limitation des Grecs, les pieuxfidèles et les familles religieuses avaient coutume, dès lanti-quité, de commencer cette semaine à sabstenir de viande.LÉglise a imité en partie cet usage, en anticipant les jeûnes eà la I V férié suivante. Lantienne dintroït vient du psaume 30 : « Soyez pour moiun Dieu protecteur, et un lieu de refuge où je trouverai le salut; car vous êtes mon rocher et ma forteresse, et, pour votre Nom, guidez-moi et dirigez-moi. » Le péché est la cause du malheur de lhumanité; aussi en cejour lÉglise prie-t-elle le Seigneur, dans la collecte, afin que, leslacets de la faute une fois brisés, il éloigne tout mal de son peuple. Celui qui, dimanche dernier, nous disait avoir été ravi autroisième ciel, et y avoir entendu des choses inexprimables pourle langage humain, aujourdhui, dans une des pages les plussublimes de ses épîtres (I Cor., x i n , 1-13), tente de souleverun peu du mystère qui cache aux mortels la vie du souverainamour. Lobjet premier et immédiat du précepte de la charité,cest Dieu, fin dernière de la créature; toutefois lApôtre insisteà décrire plutôt ses irradiations vis-à-vis des hommes, en tantquimages de Dieu et membres mystiques du Christ; puisquepersonne ne pourra facilement se flatter daimer Dieu, lInvi-sible, si, en même temps, il ne laime à travers les créaturesqui le représentent visiblement. Aujourdhui, le répons-graduel est pris au psaume 7 6 ; il estmoins triste que celui des deux stations précédentes, parce quelâme entrevoit déjà la victoire, grâce à son espérance danslaide de Yahweh : « Vous êtes le Dieu qui, seul, opérez des mer-veilles; vous avez rendu célèbre votre puissance parmi les
  • nations. Par la force de votre bras vous avez racheté votre peu-ple, les fils dIsraël et de Joseph. » Le trait est un bel hymne de reconnaissance à Dieu pour sesdivins attributs de père et de pasteur de son peuple. « Exultezen Yahweh sur toute la terre, servez Dieu dans la joie. Approchezen sa présence avec jubilation; sachez que Yahweh est Dieu.Cest lui qui nous a faits, et non point nous; nous sommes sonpeuple et le troupeau de ses pâturages. » Lannonce définitive du drame pascal vient ensuite ( L u c ,xviii, 31-43). Jésus v a vers la cité qui avait le triste privilègedêtre le lieu où devait régulièrement se consommer le meur-tre de chacun des prophètes : Non capit Prophetam perireextra Ierusalem; et quand Pierre, dans son amour impétueux,tente de dissuader le Rédempteur de sexposer à ce péril,celui-ci le repousse loin de lui en lappelant Satan, le tentateur,et en observant que celui qui naime pas la croix nentend rienaux choses divines. Un miracle, celui de laveugle de Jéricho,vient réconforter la foi hésitante des douze disciples, en leurmontrant que, si lhumanité du Christ succombait volontaire-ment sous la violence de ses ennemis, la divinité, qui, en lui,opérait de si grandes merveilles, laurait bientôt, dès le troi-sième jour, rappelé à la lumière de la vie indéfectible et glorieuse. Lantienne du psaume doffertoire (ps. 118) bénit Yahweh dece quil a donné la grâce au psalmiste de proférer intrépidement tous ses jugements, même en présence des puissants de la terreet des impies; en même temps elle le prie de continuer à lin-struire intérieurement relativement à ses commandements. e La collecte sur les offrandes est identique à celle du I I I di-manche après lEpiphanie. Lantienne pour la communion provient du psaume 7 7 , et,littéralement, concerne les Hébreux, qui, dans le désert, senourrirent miraculeusement de la chair des cailles quils avaientconvoitées. Mais elle sapplique aussi à la nourriture eucha-ristique, dont ces miracles de lAncienne Loi étaient autant desymboles ou de figures prophétiques : « Ils mangèrent et furentrassasiés, et le Seigneur contenta leur désir; leur espérance ne fut pas trompée. » Dans la collecte eucharistique, nous demandons au Seigneur
  • que la nourriture céleste à laquelle nous avons participé, nousprotège contre tout assaut hostile. iCombien profond est le mystère de la Croix, puisque mêmeles apôtres, initiés depuis trois ans déjà aux enseignements deJésus, ne le comprennent pas encore ! Non seulement ils ne lecomprirent pas en montant ce jour-là à Jérusalem, mais ilsny arrivèrent pas davantage le soir du banquet pascal, durantlequel ils furent consacrés pontifes du Testament Nouveau. Peudinstants plus tard, omnes, rélicto eo fugerunt et laissèrent tJésus gravir seul le Calvaire. Combien donc il importe détudieret de méditer Jésus crucifié, afin de ne pas errer sur un pointde la plus grande importance, vers lequel doit sorienter toutenotre vie surnaturelle : le mystère de lexpiation dans la douleur. Lantiphonaire grégorien ne contient de chants propres quepour les messes du mercredi et du vendredi de quinquagésime,tandis que le jeudi et le samedi, aujourdhui encore, empruntentleurs mélodies à dautres messes. Cette anomalie est peut-être een relation avec le fait que, dès le 11 siècle, les stations hebdo- e emadaires des I V et V I fériés étaient en honneur en Afriqueet à Rome; le jeûne quadragésimal, étendu aux quatre der- niers jours de la quinquagésime, put facilement se combiner avec la double messe stationnale de cette semaine sans quil fûtbesoin de troubler par trop lordre de lantiphonaire. Le Carêmeavait ses stations quotidiennes bien déterminées; quant à ces abstinences supplémentaires qui avaient, au début, un carac- tère de dévotion particulière, on se contentait sans doute des deux messes traditionnelles qui, dès lâge apostolique, avaientconsacré le jeûne hebdomadaire chaque mercredi et chaquevendredi de lannée. MERCREDI DES CENDRES.D EPUIS le temps de saint Grégoire, ce jour inaugure à Rome la sainte quarantaine, et il est aussi appelé in capite eieiunii; au i v siècle, il marquait le commencement de la péni-tence canonique que les pénitents publics devaient accomplir, eafin dêtre absous le jeudi saint. Selon les rituels du v n siècle,le matin de ce jour, les pénitents se présentaient aux prêtresdéputés à ce ministère dans les différents titres et dans les
  • basiliques patriarcales; ils leur confessaient leurs fautes, et sicelles-ci avaient été graves et publiques, ils recevaient des mainsdu pénitencier un vêtement de cilice rugueux couvert de cendre,avec Tordre de se retirer dans lun des monastères, — unecentaine environ sélevaient alors dans la Ville éternelle, —afin daccomplir la pénitence de cette quarantaine qui leur étaitimposée. Voilà lorigine des quarantaines quon retrouve dansles anciennes formules de concessions dindulgences, Pour le rite de la bénédiction des cendres, le missel actuelconserve encore une dernière trace de la cérémonie de limpo-sition de la pénitence canonique aux pénitents publics. A lori-gine, le concept de la sainteté transcendante de létat sacer-dotal était si élevé et si vif, que les ministres sacrés nétaient pas eadmis dans cette humiliante catégorie. Ce fut vers le X I siècleque, dans la cérémonie de ce jour, la discipline de la pénitencepublique ayant cessé, aux pénitents dautrefois se substituèrentindistinctement le Pape, les membres du clergé et le peupleromain, qui commencèrent dès lors à marcher pieds nus, etla tête couverte de cendre, jusquà la basilique de Sainte- Sabine. e Au i x siècle, limposition des cendres était encore un ritepénitentiel formant un tout à lui seul, sans aucune relationavec la station eucharistique. Vers la septième heure, — cest-à-dire quand le Romain sapprêtait à terminer sa journéecivile de travail, pour aller prendre son bain aux thermes et sedisposer ensuite à la coena qui constituait le principal repas tde tout le jour, — le peuple, ayant à sa tête le Pape et leclergé, se rassemblait dabord dans le titre dAnastasie, danslétroite vallée comprise entre le Palatin et lAventin, et, de là,au chant plaintif de la litanie, il se dirigeait processionnellementvers la basilique de Sabine. Quand on y était arrivé, lintroïtétant omis puisquil avait déjà été exécuté dans le temple dela « collecte », on célébrait le sacrifice eucharistique; après ladernière prière de bénédiction, à linvitation du diacre : ite,missa est les fidèles rentraient chez eux et rompaient le tjeûne. e A u x n siècle, ce rite apparaît beaucoup plus développé dansYOrdo Romanus du chanoine Benoît. Le Pontife imposait
  • dabord les cendres dans le titre dAnastasie, puis, en habitsde pénitence et nu-pieds, le cortège gravissait les pentes doucesde lAventin, jusquà la basilique de Sabine, où se célébrait lamesse. Avant la communion, un sous-diacre régionnaire aver-tissait le peuple : « Crastina die veniente, statio erit in ecclesiaSancti Georgii Martyris ad vélum aureum > et tous répondaient :Deo gratias. Si le Pape était retenu par des occupations urgentes dansVepiscopium du Latran, un acolyte, après la messe, trempaitun peu de coton dans lhuile parfumée des lampes qui brûlaientdevant lautel de léglise stationnale, et, se rendant au palri-archium, il se faisait introduire en présence du Pontife : lube,domne, benedicere, lui disait respectueusement le clerc. Ayantobtenu la bénédiction, il présentait le coton en ajoutant :hodie fuit statio ad Sanctam Sabinam, quae salutat te. Le Papebaisait alors avec révérence ce flocon de coton, et le remettaitau cubiculaire, pour que, après sa mort, on le mît dans soncoussin funèbre. Ainsi avait-on coutume de faire toutes les foisque le Pontife nintervenait pas à la station. Collecte ou assemblée à Sainte-Anastasie. Telle est précisément la signification de cette collecta, qui, dans les anciens OrdinesRomani, est indiquée régulièrement pour chaque jour du Carême. E Le psaume dintroït est le 6 8 , avec lantienne : « Écoutez-nous, Seigneur, car votre miséricorde est bienveillante; regar-dez-nous selon la grandeur de votre bonté. » La prière vient ensuite : « O Dieu éternel et tout-puissant,accordez le pardon aux pénitents, soyez propice à ceux qui voussupplient, et envoyez-nous du ciel votre saint Ange qui bénisseet consacre cette cendre, afin quelle devienne un remède salu-taire pour quiconque invoque humblement votre saint Nom,savoue coupable de ses péchés, les déplore devant votre clé-mence, et, avec une véritable douleur et pleurant amèrement, serecommande à votre inaltérable bonté. En vertu de votre saintNom, faites que ceux qui, pour la rémission de leurs fautes, sontcouverts de cette cendre, obtiennent, avec la santé du corps, laprotection de leur âme. Par le Christ notre Seigneur. >*
  • Prière. « Seigneur, qui désirez non la mort des pécheurs, maisleur pénitence, regardez avec bonté la faiblesse de la naturehumaine, et, dans votre miséricorde, daignez bénir cette cendreque nous nous proposons de répandre sur notre tête afin de noushumilier et de mériter le pardon ; et puisque nous confessons quenous ne sommes que cendre, et que nous reconnaissons que, àcause des démérites de notre malice, nous devons tomber enpoussière, faites, dans votre miséricorde, que nous obtenionsle pardon de nos péchés et la récompense promise aux péni-tents. Par notre Seigneur. » Prière. « Seigneur, que lhumilité touche de pitié, et que lapénitence apaise, prêtez une oreille bienveillante à nos prières,et répandez avec miséricorde la grâce de votre bénédiction surla tête de vos serviteurs couverte de cette cendre; remplissez-les de lesprit de la componction du cœur; accordez abondam-ment ce que justement ils implorent, et ce que vous aurezdonné, daignez ensuite le conserver pour toujours ferme etintact. Par le Christ. » Prière. « Seigneur éternel et tout-puissant qui, aux habitantsde Ninive, pénitents et recouverts de cilice et de cendre, avezaccordé le remède de votre pardon, concédez-nous de les imiternous aussi dans notre tenue extérieure, de manière à obtenirla grâce du pardon. Par le Seigneur. » Ces prières ne se trouvent pas dans les anciens sacramentairesromains, aussi convient-il de penser quelles ont pénétré plustard dans le missel romain au moyen des liturgies franques. Selon une tradition médiévale, les cendres proviennent desrameaux dolivier bénits lannée précédente. Le prêtre, aprèsavoir récité sur elles ces prières, les asperge deau bénite et lesencense; puis il les impose sur la tête des fidèles en disant :« Souviens-toi, ô mortel, que tu es poussière et que tu retour-neras en poussière. » Durant limposition des cendres, la« schola » des chantres exécute les antiennes et les répons sui-vants, tirés de loffice nocturne du Carême : a) « Changeons de vêtement et revêtons le cilice couvert decendre; jeûnons et gémissons devant le Seigneur, car notre Dieunous pardonne très facilement nos péchés. »
  • b) Entre le vestibule et le sanctuaire gémiront les prêtres,serviteurs du Seigneur, et ils diront : « Épargnez, Seigneur,épargnez votre peuple, et ne rendez pas muettes les lèvres deceux qui chantent vos louanges. » c) « Corrigeons-nous des fautes commises par ignorance, afinquune mort inattendue ne survenant, nous ne cherchions undélai pour faire pénitence et que nous ne puissions lobtenir. » « rç Regardez-nous avec compassion, Seigneur, parce quenous avons péché contre vous. y . Ps. O Dieu, notre salut,aidez-nous, et, pour la gloire de votre nom, délivrez-nous.— Regardez-nous. — Gloire au Père. — Regardez-nous. » Quand limposition des cendres est accomplie, le prêtre récitela prière suivante : Prière. « Faites, Seigneur, que nous consacrions par lesjeûnes sacrés les débuts de la milice chrétienne, et pour com-battre contre les esprits de malice, fortifiez-nous par les armesde labstinence. Par le Christ. » Dans les Ordines Romani du bas moyen âge, il est prescrit que, après limposition générale des cendres sur la tête du clergé et des fidèles, Ton monte en procession et nu-pieds la colline de lAventin jusquà la basilique de Sainte-Sabine, sousle portique de laquelle était alors un petit cimetière. Ces tombes,en un tel lieu, éveillaient tout de suite la pensée de la mort, etcest pourquoi la schola chantait le répons funèbre : Immutemurhabitu... ne subito preoccupati die mortis... conservé encoreaujourdhui dans le missel. Le cortège faisait alors un arrêt debrève durée, pour permettre au Pape de réciter une collectedabsolution sur ces sépulcres; puis il faisait son entrée dans lavaste basilique de lAventin, au chant du répons : Petre, amasme? avec le verset : Simon Ioannis..., en lhonneur du Princedes Apôtres. Cette mémoire de saint Pierre, à ce moment dela cérémonie, est étrange; à moins que ce ne soit un iisagepapalprovenant de la basilique Vaticane et répété chaque lois que,traversant le portique où étaient les sépulcres, on y entraitprocessionnellement; peut-être a-t-il été suggéré par le fait que, eau x i n siècle, la résidence pontificale était à Sainte-Sabine, et,pour cette raison, cette basilique était considérée comme lesiège habituel du successeur de saint Pierre.
  • Station au titre de Sabine. e r Il fut fondé ou reconstruit sous Célestin I par un certainPierre, prêtre illyrien, mais une femme appelée Sabine dut ycontribuer elle aussi, en sorte que la basilique reçut son nom,avant même que Ton y transportât, de Yarea Vindiciani les trestes de la martyre homonyme, Sabine. Grégoire le Grand y intima sa fameuse litanie Septiformis depénitence, et, au moyen âge, lhabitation qui y est annexéeservit plusieurs fois de demeure au Pontife, Le pape Silvère yhabitait quand il fut exilé de Rome par Bélisaire; Honorius I I I(Savelli) la munit de murailles et de tours qui subsistent enpartie aujourdhui encore; et à la mort dHonorius IV, les car-dinaux sy réunirent pour le conclave qui dura une annéeenviron. Après ce temps, le prestige de la résidence pontificale surlAventin décrut peu à peu, et lancien palais fortifié devintfinalement lasile paisible des Frères Prêcheurs, qui, main-tenant encore, montrent avec vénération aux visiteurs lescellules jadis sanctifiées par la résidence de saint Dominiqueet de saint Pie V, Sous lautel majeur, avec les ossements de sainte Sabine etde sainte Sérapie, lon conserve les corps des martyrs de Ficuleasur la voie Nomentane : Alexandre, Eventius et Théodule. Lintroït de la messe est tiré du chapitre x i de la Sagesse(vers. 24-27), où il est attesté quaucun pécheur, quelque impiequil soit, nest jamais exclu de la miséricorde divine, qui regardenon le péché, œuvre de lhomme, mais la créature, œuvre etchef-dœuvre de Dieu : « Vous, Seigneur, vous avez pitié detous, et vous navez de haine contre rien de ce que vous avezcréé; en raison de la pénitence, vous dissimulez la vue despéchés des hommes, et vous les épargnez, parce que vous,Seigneur, vous êtes notre Dieu. » La prière veut consacrer les prémices du jeûne de ce jour :« Faites que vos fidèles entreprennent ce cours solennel depénitence avec la piété convenable, et que, pleins de confiance,ils le mènent à bonne fin. »
  • On y ajoute deux autres collectes assez anciennes, et duneprofonde signification théologique, spécialement la seconde, quitouche au mystère si obscur de la prédestination. La premièreimplore lintercession des saints : « Défendez-nous, Seigneur,de tout péril de lâme et du corps; et, par les prières de la bien-heureuse et glorieuse Marie, mère de Dieu, vierge sans tache,du bienheureux Joseph, des bienheureux apôtres Pierre etPaul, du bienheureux N . et de tous les saints, accordez-nousdans votre bonté le salut et la paix; afin que, toute hostilitéou erreur étant écartée, lÉglise puisse vaquer à votre service,dans la paix et dans la liberté. » La seconde collecte, qui est pour les besoins particuliers deschrétiens, se trouve souvent sous le nom de saint Augustindans les manuscrits : « O Dieu éternel et tout-puissant, qui avezlempire sur les vivants et sur les morts, et qui faites miséri-corde à tous ceux que vous connaissez déjà comme devant êtrevos élus à cause des mérites de leur foi et de leurs œuvres; nousvous supplions par une humble prière, afin quà ceux pour quinous avons lintention dintervenir par nos supplications, soitque la vie présente les retienne encore dans leurs corps, soit que,ayant déposé cette enveloppe mortelle, léternité les ait déjàaccueillis, vous accordiez le pardon des péchés, par Tinter-cession de vos saints et dans la suavité de votre miséricorde.Par Jésus-Christ, etc. » Le fruit de ce premier jour de jeûne est lesprit dintime con-trition et de sincère retour à Dieu, les signes de pénitenceextérieure étant inutiles, quand le cœur ne séloigne pas dupéché. Cest précisément ce que nous enseigne Joël dans lalecture (n, 12-19). En signe de deuil et de douleur, les Hébreuxavaient coutume de déchirer leurs vêtements, de sarracher lescheveux, de se couvrir la tête de poussière, mais cest bienautre chose que cherche le Seigneur, quand il envoie sesfléaux sur les peuples. Il entend alors les inviter à réformerleur vie, en leur arrachant violemment ces biens de nature,dont ils abusaient pour sendurcir toujours davantage danslimpiété. Le répons-graduel est tiré du psaume 5 6 : « Ayez pitié demoi, Seigneur, ayez pitié de moi, car mon âme met en vous
  • toute son espérance. Dieu envoya son secours du ciel et medélivra, remplissant de confusion mes persécuteurs. » En règle générale, les messes quotidiennes navaient pas detrait; celui qui est aujourdhui assigné par le missel, et quisera répété en Carême trois fois par semaine, est de structureplus récente et irrégulière, puisquil consiste en fragmentsdhémistiches de différents psaumes. Il semble avoir été intro- e rduit dans la liturgie par Je pape Hadrien I , qui ordonna de le 1réciter à la demande de Charlemagne . Ps. 102 : « Seigneur, nenous rémunérez pas selon les péchés que nous avons commis, etselon nos iniquités. » Ps. 7 8 : « Seigneur, ne vous souvenez pasdes iniquités que nous avons commises, mais que votre misé-ricorde se hâte de nous aider, car nous sommes réduits à unegrande misère. » Ici tous se prosternent : « 0 Dieu, notre salut,venez à notre secours, et, pour la gloire de votre Nom, délivrez-nous; pour lhonneur de votre Nom, soyez indulgent pour nosfautes. » La lecture évangélique vient ensuite (MATTH., VI, 16-21); leSauveur y donne lui-même les règles pour jeûner avec fruit.Lhumble sincérité du cœur, la sainte joie de lesprit, la fuitede la vaine ostentation, voilà les conditions de la pénitence chrétienne. Jésus recommande en outre de recueillir des riches- ses, non pas celles qui peuvent nous être ravies par les voleurs, mais celles de la vie éternelle. En effet, se fatiguer jour et nuit, vivre péniblement pour amasser de largent, être toujours à craindre que les malfaiteurs nous le dérobent, être tourmentés par le chagrin davoir un jour à abandonner nos biens sur le seuil de léternité, tout cela nest-il pas un travail ingrat, vanitas et affliciio spiritus comme dit lEcclésiaste? Loffertoire est tiré du psaume 29 : « Je vous célèbre, ô Yahweh, qui mavez délivré du péril, et qui navez pas voulu quemes ennemis fussent transportés de joie par ma ruine; je vous ai invoqué, et vous mavez sauvé. » Dans la prière sur les oblations, nous supplions le Seigneur de nous accorder les dispositions convenables, afin que nous lui offriions ce sacrifice solennel qui inaugure les prémices du saint r. Cf. OH, Rom. T P. L., L X X V I I I , col. 949- t
  • temps pascal. Dans lancienne terminologie liturgique, en effet,Pâques commençait précisément le jeudi saint par la CoenaDomini ; de là vient que le sacrifice de ce premier jour du Carêmeest considéré, en une phrase fort élégante, comme le rite inau-gural ou le prélude du cycle pascal : ipsius venerabilis sacra-menti celebramus exordium. A la Secrète, on ajoute les collectes suivantes : Pour demander lintercession des saints : « Écoutez notre prière, ô Dieu notre Sauveur, et, par leffi-cacité de ce sacrifice, protégez-nous de tout péril de lâme etdu corps, et donnez-nous la grâce dans la vie présente et lagloire dans la vie future. » Pour les vivants et les défunts : « 0 Dieu à qui seul est connu le nombre de ceux qui devront être admis à la félicité éternelle; faites, par lintercession de vossaints, que les noms de ceux que nous avons résolu de vousrecommander, comme aussi les noms de tous vos fidèles, soientécrits sans en être jamais effacés, dans le bienheureux livre des prédestinés. » Cette dernière prière, qui pénétra dans le missel romain aumoyen des liturgies franques, conserve un souvenir précieux deVoratio post nomina, cest-à-dire de la prière sacerdotale quiterminait, dans les Gaules et en certaines régions dItalie, lalecture des diptyques avant que ne commençât le canon. Onsait, en effet, quautrefois, les noms des offrants, des évêques, despersonnages insignes avec lesquels chaque Église entretenait unepieuse union de prières, étaient inscrits sur les diptyques, quele diacre récitait à haute voix après loffertoire, en sorte que lecanon eucharistique nen souffrait aucune interruption. Lusage romain actuel, quoiquil représente une innovation, e rdate toutefois de lépoque dInnocent I , qui, écrivant à cesujet à lévêque Decentius de Gubbio, en soutient la légitimitédans un sens rigoureusement exclusiviste. Pourtant, quoiquele Pontife proteste contre linnovation liturgique supposée delÉglise de Gubbio, il est permis de soupçonner que ce futRome au contraire qui a changé ses diptyques de place.
  • Le verset pour le psaume de la Communion appartient augracieux chant qui sert comme de préface à tout le psautier :« Celui qui, jour et nuit, médite la loi du Seigneur, portera dufruit en son temps. » (Ps. i, 3.) Le psalmiste dit « en son temps » car, durant le Carême, Tonsème les jeûnes et les pénitences, mais le temps de récolter lesfruits de la voie purgative est la sainte fête de Pâques, quiprécisément nous initie aux mystères de la voie unitive. La série des antiennes ad Communionem durant les messesfériales du Carême, est tirée du psautier dans lordre mêmedes Psaumes, et constitue un cycle spécial. Les exceptions sonttrès rares, et représentent des additions postérieures. DomCagin, après avoir étudié soigneusement la question, a conclu e eque les deux messes des I V et V I fériés de quinquagésime,avec les antiennes ad Communionem, tirées respectivement despsaumes 1 et 2, appartiennent vraiment au cycle grégorien pri-mitif des messes quadragésimales. Dans la prière eucharistique, nous implorons aujourdhui du Seigneur que le divin Sacrement nous protège, que nosjeûnes soient acceptés par Dieu, et servent aussi à nous guérirde nos vices. On ajoute deux autres collectes; la première, pour demanderlintercession des saints : « Que loffrande du divin Sacrifice nous protège et nouspurifie, et que, par les mérites de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. et de tous les saints, elle nouspurifie de toute tache et nous défende contre toute adversité. » Pour les vivants et les défunts : « Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant et miséricor-dieux, de nous purifier de nos fautes par le Sacrement que nousvenons de recevoir. Faites qtie, par les prières de vos saints, laparticipation à vos Mystères ne nous soit pas imputée comme une faute, mais nous obtienne le pardon; quelle nous purifie de toute souillure, quelle donne la vigueur à ceux qui sont faibles, quelle soit notre défense contre tous les périls de la vie présente, quelle remette les fautes des fidèles vivants et défunts. Par notre Seigneur. »
  • Il y avait un rite très ancien, appartenant à toutes les litur-gies, même orientales, cétait celui de réciter, avant de renvoyerlassemblée, des formules spéciales de bénédiction sur les caté-chumènes, sur les pénitents, sur les fidèles, sur les vierges, etc.,à la fin de toute synaxe. Souvent, à Jérusalem par exemple, àces invocations étaient jointe limposition des mains par lévê-que; si bien que, au dire de saint Augustin, les trois termes debénédiction, oratio super hominem et imposition des mains duprêtre, devinrent synonymes. Dans les sacramentaires romains,cette collecte finale a pour titre : Ad complendum, et linvitationprécédente du diacre : Humiliate capita vestra Deo rappelle encore sa première signification euchologique. Dans la liturgie romaine, ces formules de congé ad complendum se sont conservées seulement aux fériés du Carême, car, ayant un caractère solennel et épiscopal, elles furent facilement omises par les copistes, dans les synaxes privées et toutes les fois quil n y avait pas station une unique formule pouvant suffire, quele prêtre savait par cœur et répétait chaque jour. Cest précisé-ment la même raison qui fait que nous avons perdu, aux matineset à loffertoire, les différentes missae ou prières, par lesquelleson congédiait autrefois les pénitents, les catéchumènes, les possédés, etc. Nous avons déjà dit ailleurs combien le peuple tenait à cesbénédictions; à ce point que, le pape Vigile ayant été arraché de lautel de Sainte-Cécile tandis quil célébrait le diesnatalis de la martyre dans sa basilique transtévérine, le peuplese souleva, exigeant que la barque qui devait conduire leprisonnier à Ostie pour le mener ensuite en exil à Constanti-nople, ne partît pas avant que Vigile ait récité la collecte adcomplendum, laissant ainsi sa bénédiction aux Romains. Le rite de la bénédiction quon donne maintenant au peupleaprès la formule de renvoi, représente une stratification posté-rieure. Elle dérive de ce fait que, quand le Pape retournait delautel au secretarium, les évêques, le clergé, les moines, etc. seprosternaient devant lui à son passage, lui demandant tous labénédiction; et lui, traçant le signe de la croix, leur répondait :Dominus nos benedicat. L a formule euchologique ad complendum daujourdhui est
  • très significative : « Regardez avec bienveillance, Seigneur, le peuple qui est prosterné devant votre majesté; et, après avoir daigné le ranimer par le divin Sacrement, fortifiez-le sans cesse par la protection céleste. » JEUDI APRÈS LES CENDRES. Collecte à Saint-Nicolas in Carcere. Station à Saint-Georges au Vêlabre. L A basilique de Saint-Nicolas sélève dans lancien forum où se tenait le marché aux légumes, près du théâtre de Mar-cellus; et, au moyen âge, en raison de sa situation centrale, elledevint très célèbre et fut érigée en diaconie. L a station à Saint-Georges fut instituée par saint Grégoire II,quand le culte envers le mégalomartyr oriental était devenuvraiment populaire à Rome. Le titre paraît avoir été déjàérigé en 482, puisquune épigraphe de cette année mentionneun Augustus lecior de Belabru; mais la dédicace du temple aumartyr saint Georges est certainement postérieure. L a lecture évangélique de ce jour, concernant le centurionde Capharnaûm, fait allusion au caractère militaire attribué àsaint Georges par la tradition, si bien que, au moyen âge, cesaint fut spécialement invoqué comme le défenseur armé dela famille chrétienne. Lintroït est emprunté au psaume 54 : « A u cri de ma prière, Yahweh a écouté ma voix du milieu de ceux qui massiégeaient;Celui qui est avant tous les siècles et qui demeure pour touteléternité, les remplit de honte. Remets ton sort entre les mainsde Yahweh, et II prendra soin de toi. » L a collecte supplie le Seigneur offensé par le péché, mais quipourtant est apaisé par la pénitence, daccueillir les demandesdun peuple tout entier en prière, et déloigner ces fléaux queles hommes auraient bien mérités par leurs fautes. L a messe de ce jour, composée sous Grégoire II, est un centonde chants et de lectures empruntés à dautres synaxes, et adaptésà celle daujourdhui. L a scène dIsaïe, qui prédit au roi Ezé-chias sa fin prochaine (Is., x x x v m , 1-6) était assez populaire
  • eL E P R O P H È T E ISATE E N PRÉSENCE Fresque du v i n siècle, à Sainte-Marie-An tique,TVU ROT É Z É C H Ï A S au Forum romain.
  • dans lantiquité, et nous la voyons reproduite dans une peinture de la basilique de Sancta Maria antiqua, au forum romain.Comme cette scène ne semble pas être en relation avec saintGeorges, il peut se faire quelle contienne quelque allusion àlhistoire de Grégoire II, lequel, par exemple, ayant échappépar miracle à quelque maladie mortelle, mais encore préoccupépar les menaces de siège de la part des Lombards, aurait instituéles stations du jeudi de Carême, comparant précisément soncas avec celui dEzéchias, menacé de maladie mortelle, au tempsmême où, au dehors, larmée assyrienne assiégeait Jérusalem. Il est toutefois certain que, tandis quà Rome, à la fin destrente premières années du V I I I siècle, on Usait ces paroles : E« Je te délivrerai des mains du roi des Assyriens et je délivreraicette cité », la pensée des citoyens devait se reporter sur Luitprand et sa nefandissima gens langobardorum comme les Romains appelaient alors les adversaires qui assiégeaient la capitale du monde. A lannonce de sa mort prochaine, Ezéchias, bien que juste et pieux, pleura, car la mort est un état violent, une peine qui répugne à la nature. Il pleura, car personne, sans la pénitence, ne doit oser se présenter au jugement de Dieu. Dieu accueillit sa prière et lui accorda un délai de trois lustres ; non pas que la vie présente soit un don plus précieux que la gloire éternelle, mais parce que les années de ce voyage terrestre représentent un temps estimable pour semer les fruits de la vie éternelle, fruits quon recueillera plus tard dans la gloire. Celui qui travaille et sème davantage, récolte aussi davantage et glorifiemieux le Seigneur dans le ciel. L e répons-graduel est en intime relation, non seulement avecla lecture, mais aussi avec lintroït, à ce point que souvent, etaux dimanches après la Pentecôte en particulier, ces deuxchants proviennent dun même psaume. Le graduel daujour- edhui est tiré précisément d u psaume de lintroït, le 54 : « Confieton sort à Yahweh, et il prendra soin de toi. A mon cri, au milieude ceux qui massaillent, Y a h w e h a écouté ma voix. » L a lecture évangélique (MATTH., VIII, 5-13), avec lhistoiredu centurion qui sestime indigne daccueillir Jésus sous sontoit, mais le prie de dire au moins une parole pour que son ser-
  • viteur guérisse, prélude à la vocation des Gentils qui, tout enétant loin du Messie par la race, par les institutions, par lanationalité, ont part, grâce à leur foi dans sa divinité, auxprivilèges réservés aux fils dAbraham, et obtiennent lesalut. Lexemple de ce centurion, comme aussi celui desaint Georges, tous deux adonnés aux lourdes charges de lamilice, dans une ambiance trop souvent livrée au dérèglementdes passions, démontre que la vertu nest pas le privilège dunecaste, comme le prétendaient les Pharisiens superbes, et que,au contraire, lhumble confiance dun pauvre centurion païenest aussi agréable au Seigneur que celle de Matthieu et de Nicodème. e r Loffertoire est le même quau I dimanche de lAvent (ps. 24); cest une sublime élévation vers Dieu, en qui lâmemet toute sa confiance, alors que ses ennemis la poursuivent deplus près. L a secrète est la même que celle du samedi des Quatre Temps :« Regardez favorablement, Seigneur, ce sacrifice, afin quil serveà augmenter notre piété et nous soit un gage de salut. » Lantienne ai communionem trouble la série de ces chantseucharistiques, puisquelle devrait être tirée du psaume 2. A ucontraire, la messe de ce jeudi étant de surplus, la communiondaujourdhui est empruntée au psaume 50, et le psaume 2 estréservé pour demain : « Sur votre autel, Seigneur, vous accueil-lerez le sacrifice dun cœur pur, les oblations et les holocaustes. » L a collecte daction de grâces a une exquise saveur clas-sique qui, nécessairement, se perd en grande partie dans la tra- duction en langue vulgaire : « Après avoir participé au donbéni du ciel, nous vous supplions, Dieu tout-puissant, afin quece pain soit en même temps le signe visible du Sacrement etla cause de notre salut éternel. » L a bénédiction sur le peuple a un caractère nettement péni-tentiel. I l sagit des Romains frappés par la guerre, la famineet les épidémies. « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votrepeuple que vous punissez maintenant à juste titre par vosfléaux, afin quil puisse se relever et respirer par votre grâce. » L a pensée de la mort est un puissant stimulant qui nous pousseà changer de vie. Ainsi, dès que le pieux Ezéchias sut quil était
  • temps de mettre ordre à ses affaires parce quil était sur le pointde mourir, il se tourna vers le mur qui séparait du temple le palaisroyal et versa damères larmes de contrition. Si les chrétiensréfléchissaient à cette pensée, que le passage de ce monde àléternité arrivera à Timproviste, et que, au dire de lApôtre, ilest terrible de tomber dans les mains d u Dieu vivant, combienplus fortement ils sentiraient le besoin dimplorer spatium veraepoenitentiae, et de laccomplir résolument ! e VI F É R I É APRÈS LES CENDRES. Collecte à Saint-Lucie « in Septizonio ». Station aux Saints-Jean-et-Paul. est une ancienne diaconie détruiteS AINTE-LUCIE in Septizonio sous Sixte-Quint; elle sélevait à langle méridional d uPalatin, près du Septizonium de Septime Sévère. L e LiberPontificalis la mentionne dans les biographies de Léon I I I etde Grégoire IV, qui y firent des offrandes. Nous savons quelleétait très vaste et bien ornée. L a messe stationnale est sur le Coelius, dans la basilique deBisantius, érigée par ce sénateur et par son fils Pammachiusdans la maison des saints Jean et Paul. Les deux martyrs yavaient trouvé la mort pour la foi, et y avaient été secrètementensevelis dans un souterrain. Ainsi arriva-t-il que, seuls entretous les martyrs romains, — enterrés régulièrement dans lescimetières situés hors les murs, comme limposait la loi, —Jeanet Paul reposèrent dans le cœur même de la Ville éternelle,privilège particulier que fait bien remarquer le Sacramentaireléonien dans la préface de la fête des deux saints. Lintroït est tiré d u psaume 29 : « L e Seigneur a écouté moncri et il a eu compassion de m o i ; Yahweh est venu à mon aide. » L a collecte supplie le Seigneur de favoriser par sa grâce lejeûne commencé, afin que labstinence de nourriture soit jointeà la purification de lesprit. L a lecture dTsaïe (LVIII, 1-9) insiste pour montrer linutilitédes cérémonies extérieures, si celles-ci ne sont pas accompagnéesdun vif désir de plaire à Dieu, et de lesprit intérieur dune
  • pénitence sincère qui nous éloigne du péché et nous fait revenir au Seigneur. Sans cela jeûner, revêtir le cilice, marcher la tête inclinée et le cou tordu, comme Isaïe le reproche précisément aux Hébreux, sont dépourvus defficacité. Le répons-graduel appartient au psaume 26 : « Jai demandé une seule chose à Yahweh, et je la désire ardemment : Rester dans la maison de Y a h w e h et me réfugier dans son saint temple. » L e psalmiste souffre violence de la part dadversaires, sans doute de la caste sacerdotale, qui voudraient lexpulser, comme indigne du service du Sanctuaire; il en fut de même pour Jésus, qui fut déclaré blasphémateur et digne de mort par les pontifes eux-mêmes et par le sanhédrin. L e psalmiste, figure du Christ, prie, et Dieu lexauce, lui conférant un sacerdoce éternel. L a lecture évangélique (MATTH., v, 4 3 - 4 8 ; v i , 1-4) décrit aujourdhui les lois suprêmes de lamour envers le prochain et celles de la bienfaisance chrétienne. Répondre à lamabilité dautrui avec une égale politesse, cest une bonne règle dédu- cation à laquelle le païen lui-même peut adhérer; mais, pour pardonner les injures, pour faire du bien à celui qui est incapable de se montrer reconnaissant, pour se priver du nécessaire et le donner aux autres sans que personne ne vienne à connaîtrenotre bienfaisance, lexemple, le commandement et la grâce de Jésus-Christ sont nécessaires. Peut-être le choix de cette péricope de saint Matthieu a-t-il été inspiré par les souvenirs mêmes de lambiance dans laquelle se déroulait aujourdhui solennellement le rite sacré. Pamma- chius consacra ses biens aux pauvres, et, après avoir convertisa maison en titre, il fonda à Porto lun des premiers hospicespour les pèlerins et pour les malades. Les Valerii chrétienslimitèrent, et là où, autrefois, étaient les riches palais deMélanie, de Pinien, des Gordiani, des martyrs Jean et Paul, eséleva au r v siècle le Xenodochium Valerii, qui fut uni dansla suite à un célèbre monastère dédié à saint Érasme. Loffertoire est tiré du psaume 118 : « Seigneur, selon votreparole, établissez-moi dans une vie nouvelle, afin que j a p -prenne vos vérités. » Dans la collecte sur les oblations, nous supplions le Seigneurafin que le sacrifice qui accompagne le jeûne quadragésimal fasse
  • agréer nos cœurs, et nous obtienne la grâce dune sainte ardeur spirituelle dans lobservance de labstinence sacrée. Voici le verset de la Communion emprunté au psaume 2, ce qui nous démontre que la station dhier nest pas primitive : « Servez le Seigneur dans la crainte, et rendez-lui gloire en trem- blant. Pénétrez-vous de la discipline, pour ne pas vous éloigner du droit chemin. » L a collecte eucharistique sinspire de saint Paul. Comme le pain est le fruit de nombreux grains de blé qui, broyés, pétris, forment une masse unique; ainsi, la nourriture eucharistique symbolise et produit lunité de lEglise, dans un seul idéal de foi et damour. L a prière sur le peuple avant de le congédier est ainsi con- çue : « Protégez, Seigneur, votre peuple, et purifiez-le de toute tache; car aucune adversité ne pourra lui nuire, quand il ne sera plus dominé par aucune passion. » Dieu ne nous veut pas seulement bons, mais parfaits; bien plus, parfaits selon lexemplaire de linfinie sainteté divine. Il nous a procuré largement tous les moyens d y arriver, vou- lant que la rédemption fût, non seulement suffisante, mais copieuse et abondante; cest pour cela quil a répandu toutson précieux Sang. Quelle pernicieuse erreur est donc celle dun grand nombre,qui estiment que, tout au plus, les religieux et les ecclésias-tiques sont appelés à la perfection 1 A un Dieu qui nous aaimés infiniment, jusquà sanéantir lui-même, selon la phraseénergique de saint Paul, quelle noire ingratitude de répondre :Je vous aimerai jusquà tel point, sans vous offenser grave-ment, mais pas plus ! SAMEDI APRÈS LES CENDRES. Collecte à Saint-Laurent-in-Lucina. Station à Saint-Tryphon.S AiNT-LAURENT-w-Lwma sélève sur" la via Lata, sur le champ de Mars, et doit peut-être son origine à une m a -trone nommée Lucine, qui tient une grande place dans lesactes de saint Marcel pape et de saint Sébastien, et qui, vrai- 6
  • esemblablement, dut, au i v siècle, laisser lÉglise héritière deses grandes richesses. Dans lordre hiérarchique, le titre deLucine est, aujourdhui encore, le premier des titres presby-téraux, et, dans la vaste basilique consacrée par le pape Cèles-tin I I I en 1196, lon conserve une grande partie du gril de fersur lequel fut brûlé saint Laurent, et beaucoup de reliquesdanciens martyrs. Le titre de Saint-Tryphon est dorigine médiévale; il semble eavoir été érigé et refait au x siècle parles fameux Crescenzi qui yavaient tout auprès leur château fort. Sous lautel étaient con-servés les corps des martyrs Tryphon, Respice et Nymphe, dequi lon célèbre la commémoraison (Mes natalis) le 10 novem-bre. Mais, au temps de Clément V I I I , lédifice étant près detomber en ruine, reliques et station furent transférées à léglisevoisine de Saint-Augustin. D u temps de saint Grégoire, tout en anticipant de quatrejours le jeûne quadragésimal, la semaine de quinquagésimenavait, comme nous lavons dit, que les deux traditionnelles e esynaxes des I V et V I fériés; cest pourquoi lantiphonaire nedésigne aujourdhui aucun chant pour la messe, et lon répèteceux dhier. L a collecte est ainsi conçue : « Écoutez, ô Dieu, nos suppli- cations, et faites que nous accomplissions dévotement ce jeûne solennel institué pour purifier les âmes et les corps. » L a lecture dIsaïe (LVIII, 9-14) est la continuation du chapitre dhier. Le sujet est le même. Si Israël veut mériter les grâcesdivines, quil brise la chaîne de ses péchés, quil sefforce depratiquer les œuvres de miséricorde et rende à Dieu non seu-lement un culte extérieur et rituel, mais intime et spirituel.L e sabbat auquel tient par-dessus tout le Seigneur, cest quelhomme sabstienne de pécher et de faire sa volonté propre.LÉglise, en ces premiers jours du Carême, sapplique par-dessus tout à nous insinuer cette élévation spirituelle de notrepénitence, qui na rien de commun avec lobservance phari-saïque, ni avec celle des musulmans. L a lecture évangélique ( M A R C , VI, 47-56) parle du Sauveurqui, après sêtre montré aux apôtres tandis quil marchait à
  • PREMIER DIMANCHE DE CARÊME 67 pied sec sur les eaux de la mer en furie, retourne avec eux dansles campagnes de Génézareth, où il rend la santé à tous ceux qui se pressaient autour de lui et rivalisaient pour toucher au moins ses vêtements. Le choix de cette péricope est en relation avec les nombreuxmiracles que les fidèles obtenaient à la tombe du martyr titu-laire de la basilique. L a prière sur les oblations est la suivante : « Accueillez,Seigneur, ce sacrifice, dont limmolation vous apaise à notreendroit, et faites que, purifiés par sa vertu efficace, nous puis-sions vous présenter loffrande qui vous est toujours agréable,de notre cœur. » L a collecte eucharistique, ou daction de grâces, est ainsiconçue : « Réconfortés par le don céleste, nous vous prions,Seigneur, afin que, ce qui dans la vie présente est pour nousun mystère, soit aussi le moyen qui nous fasse parvenir àléternité. » Le sabbat symbolise la paix de Dieu et le repos de lâmeaprès les tempêtes de la vie. Beaucoup voudraient arriver à cesabbat, mais en réalité peu nombreux sont ceux qui y par-viennent, parce quon n e veut pas se persuader que pour yatteindre, il faut dabord passer par le vendredi in parasceve.Qui veut reposer avec Jésus dans la tombe de Joseph dAri-mathie doit avant tout monter au Calvaire, mourir sur la croixet, ayant expiré, être décloué et descendu du gibet. PREMIER DIMANCHE DE CARÊME. Station au Latran.E N quelques fêtes plus solennelles de lannée, la liturgie romaine célèbre la station dans l a basilique de lanciennemaison de Fausta, qui appartenait déjà sous Néron aux Late-rani. Constantin la donna au pape Melchiade, et le palais devintdès lors, et pour tout le moyen âge, la résidence habituelle desPapes, Yepiscopium ou le patriarchium du Latran. Saint-Pierre est lantique cathédrale liturgique des pontifes romains,qui s y transportaient pour officier en toutes les grandes solen-nités.du cycle; pourtant, le siège habituel, la résidence normale
  • des Papes est au Latran, en sorte que sa basilique du Sauveur apu revendiquer le titre de Mère et Maîtresse de toutes leséglises de la Ville et du monde. Il est donc convenable que le sacrifice inaugural de la saintepériode quadragésimale soit immolé aujourdhui au Latran,dans la basilique insigne consacrée au Sauveur, laquelle, plus tard seulement, et de lusage établi, reçut le nom de Saint-Jean. A u x deux saints Jean, à la vérité, cest-à-dire au baptisteet à lévangéliste, nauraient été dédiés que deux petits ora-toires, érigés près du baptistère du pape Hilaire, en monumentvotif de son heureuse délivrance des violences de ce conciliabuleque lhistoire a, par la suite, appelé le brigandage dÉpkèse. Sous lautel-majeur du Latran et dans les oratoires de Saint-Venance, de Saint-Laurent, etc., qui y sont contigus, lon con-serve beaucoup de précieuses reliques de martyrs, en sorte quelantique chapelle papale du Pairiarchwm sappelle encoreaujourdhui Sanota Sanctorum. A u moyen âge, il n y avait pasmoins de quatre monastères avec un nombreux chœur dechantres pour vaquer à loffice divin de jour et de nuit dans labasilique du Latran. Le dimanche ne comportant pas le jeûne, il n y a pas aujour-dhui de collecte précédant la procession stationnale, rite decaractère nettement pénitentiel, et peu conciliable par suiteavec la solennité dominicale. Dans la messe de ce jour, les honneurs sont réservés au psaume 90, celui-là même qui fut cité au Christ par le satan tentateur. Nous le répéterons à lintroït, au graduel, à loffer-toire et à la communion, comme pour faire acte de protestationet de réparation pour la suggestion téméraire. Dautre part, lepsaume 90 exprime si bien les sentiments de lâme qui revientà Dieu par la pénitence et met en lui toute sa confiance, quelÉglise en a fait comme le chant quadragésimal par excellence. Lintroït commence en exprimant les magnifiques promessesque Dieu fait à celui qui recourt à Lui : « Il minvoquera, etmoi je lécouterai; je le délivrerai des périls et lexalterai; jelui donnerai de longues années de vie. » Voici la collecte : « 0 Dieu qui purifiez annuellement votre
  • PREMIER DIMANCHE DE CARÊME 69 Église au moyen de labstinence quadragésimale, faites que votre famille rende fructueuses, au moyen des bonnes œuvres, ces grâces quelle sefforce dobtenir par la diminution des aliments. » Les saints Pères, et saint Léon en particulier, font remarquer avec insistance que le Carême est le temps spécialement accepta- ble à Dieu, comme lApôtre lexplique bien dans la lecture sui- vante (77 Cor., v i , 1-10); temps de miséricorde, où, avec les catéchumènes et les pénitents, tous les fidèles sont invités à changer de vie. Dans lantiquité en effet, le Carême avait pour ainsi dire la signification dun grand cours dexercices spirituels annuels pour toute la chrétienté. Cest pourquoi le passage de saint Paul quon lit aujourdhui, contient comme un vaste plan de réforme intérieure qui demande à être bien médité, spéciale- ment par le clergé à qui il sadresse de préférence. LApôtre expose, telle quelle se réalise pour lui-même, la double signi- fication de la profession chrétienne; signification négative, cest-à-dire pauvreté, calomnies, persécutions, mortification du corps et de lesprit; signification positive, qui est le résultat des conditions énumérées à linstant, richesses intérieures, libé- ralités envers les pauvres, joie de lesprit, édification du pro-chain, possession de toutes choses en Dieu. Le répons-graduel annonce, en lhonneur de Jésus, cet hom-mage que tous les Anges doivent au Caput hominum et Ange-lorttm, et dont, tout à lheure, dans lévangile, Satan prendraprécisément motif pour le tenter : « Par égard pour toi, Dieucommanda à ses anges de garder partout tes pas. Ils télèverontsur leurs mains, pour que ton pied ne trébuche pas. » Ce versetse rapporte au Christ dans sa sainte humanité, et dans son corpsmystique. L e service rendu par les anges à Jésus dans sonhumanité, est un service de juste adoration, car le Rédempteurna pu avoir besoin de laide des esprits angéliques. L a gardede lÉglise et des fidèles, confiée aux saints anges est, de la partde Jésus, un acte de condescendance quil accomplit en admet-tant ces esprits bienheureux à la gloire de coopérer avec lui ausalut des hommes. D e la part des anges, cette tutelle, outrequelle est un service de justice quils rendent au Sauveurdans son corps mystique, est aussi un office qui leur convient
  • souverainement, en tant que par là ils reflètent sur la créaturede degré un peu inférieur au leur, cette lumière et cette grâcequils puisent aux sources divines. Ainsi rien narrive-t-il ducentre dun cercle jusquà la circonférence, sinon au moyen desrayons. Quant au ministère et à la garde des saints anges à notreendroit, ils correspondent à un vrai besoin de notre part, etlaide est tout à fait proportionnée à la nécessité. Nous devonsen effet soutenir la lutte contre les démons, spirilualia nequiiiaein coelestibus, comme saint Paul les appelle, il est donc néces-saire que dautres créatures spirituelles, bonnes et plus puis-santes, viennent à notre aide et soient égales et même supé-rieures à nos terribles adversaires. D e plus, selon le sentimentdes saints Pères, les prédestinés doivent remplir les videslaissés dans les phalanges angéliques par la défection de Luciferet de ses adeptes. Il est donc convenable que les bons angescoopèrent avec Jésus-Christ à compléter leurs milices. Le trait, cela v a sans dire, est formé du psaume 90 : « Demeu-rant à labri du Très-Haut, et à lombre du Tout-Puissant, jemadresse à Yahweh, mon refuge, ma forteresse, en qui je meconfie. Car il te sauvera du lacs, du piège et du précipice; iltaccueillera sous ses ailes, et tu t y réfugieras. Sa vérité est unbouclier, et tu ne craindras pas les angoisses de la nuit, ni laflèche volant pendant le jour, ni la peste qui erre dans lobscu-rité, ni le malin désolant de midi. A tes côtés en tomberontmille, et dix mille à ta droite, néanmoins ils napprocheront pasde toi. Car, pour toi, il commande à ses anges de te garder danstoutes tes voies. Ils télèveront sur leurs mains, de peur que tonpied ne trébuche sur les pierres; tu marcheras sur le reptile etsur la vipère, tu fouleras au pied le lionceau et le dragon. Parcequil est uni à moi, je le sauverai; je le protège parce quil con-fesse mon nom. Quil minvoque, et moi je lui répondrai; jeserai avec lui dans la tribulation; je le sauverai, je le glorifierai,je le rassasierai dune longue suite de jours, et je lui révéleraimon Sauveur. » Il faut remarquer que, à lorigine, le graduel et le trait nonseulement avaient deux places distinctes, cest-à-dire après lapremière et après la seconde lecture scripturaire, mais en outre
  • PREMIER DIMANCHE DE CARÊME 71 ils différaient complètement comme genre de psalmodie mélo- dique. L e trait de ce jour est un des rares exemples subsistants de lextension quavait dabord ce chant, qui consistait ordi- nairement en un psaume tout entier. L a lecture évangélique (MATTH., IV, I - I I ) décrit les tenta- tions de Jésus dans le désert, quand Satan, mis en éveil par sa vie admirable, et voulant sassurer si cétait lui le Messie promis, lui suggéra dabord de prouver son caractère messianique en transformant les pierres en pain, puis en se précipitant en bas du pinacle du temple; et enfin de ladorer comme maître du monde. Jésus ne daigna pas lui donner une réponse directe, mais illui fit observer, relativement à sa première suggestion, quelhomme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole divine, et que, par suite, le prodige demandé était superflu. Quant au second miracle, la présomption de lobtenir sur un pur caprice du démon aurait été tenter Dieu. Enfin pour ce qui est de latroisième tentation, Jésus ne toléra plus désormais tant dau- dace, mais il chassa de sa présence Satan, en disant que Dieuseul doit être adoré et servi. Les saints Pères, et spécialement saint Grégoire, dans unehomélie célèbre qui fut prononcée en ce même jour devant lepeuple assemblé au Latran, se demandent comment Jésus putconsentir à être tenté par Satan ; ils observent quil agit ainsipour participer à linfirmité de notre nature, pour humilier etpour vaincre le tentateur à notre profit, et pour nous obtenir lagrâce de surmonter nos tentations par les mérites de sa victoire.Jésus voulut nous montrer aussi que le mal nest pas dêtre tenté,mais de céder au tentateur. E n outre, les tentations de Jésusfurent tout extérieures, puisque sa très sainte humanité ne pou-vait aucunement sy complaire, et, moins encore, y consentir. Les fidèles doivent professer une dévotion spéciale à cemystère de Jésus tenté dans le désert, puisquil n y a rien deplus profond que la manière dont l a divine Providence faitrentrer dans le plan de notre sanctification les hostilités mêmesdu démon, transformant l a tentation en un creuset de purifi-cation, et en une occasion de plus grande grâce et de profitpour les voies spirituelles.
  • Voici lantienne du psaume doffertoire : « Dieu te cacherasous ses ailes, il t y abritera; sa vérité est protection. » Aujourdhui sinaugure le Carême; aussi lÉglise le consacre-t-elle au moyen de ce Sacrifice parfait et définitif qui centraliseen soi et sanctifie tout autre acte cultuel rendu à Dieu dans toutle cours des siècles, selon la pensée de lApôtre : Una enimoblatione consummavit in sempiternum sanctificatos (Hebr., x , 14). Voici la splendide collecte sur les oblations : « Nous vousimmolons, Seigneur, ce solennel sacrifice inaugural du Carême, vous suppliant que, par la restriction de la nourriture maté- rielle, nous refrénions aussi nos penchants pervers. » Quoique les fidèles jeûnent depuis mercredi, la liturgiecélèbre néanmoins aujourdhui seulement le commencement du Carême. Jusquà ce dimanche en effet, rien nest changé dans eloffice divin ni dans l a messe. Les deux stations des I V et e V I fériés sont un souvenir du primitif jeûne hebdomadaire du mercredi et du vendredi, dont il est parlé pour la première fois dans la Didachè, quand elle les oppose au ieiuno bis in sab- bato des Pharisiens qui consacraient à labstinence le lundi etle jeudi. Les messes du jeudi et du samedi de quinquagésime représentent une addition postérieure, du temps de Grégoire I L Saint Grégoire le Grand est explicite sur ce point, quand il e atteste, dans sa X V I homélie sur lÉvangile, que le Carêmeromain comprenait alors en réalité trente-six jours seulementde jeûne. La secrète mentionnée plus haut se trouve déjà dans leGélasien. Il faut remarquer ces mots : sollemniter immolamus.En effet, le véritable caractère des messes décrites dans lessacramentaires est, régulièrement, ce caractère public et solen-nel des synaxes stationnâtes auxquelles prenait part, avecle clergé, toute la communauté des fidèles. Dans les messesprivées cotidianae, comme on les appelait alors, de carac-tère quasi votif, on employait probablement un formulaireplus simple. Lantienne ad Communionem est identique à celle de loffer-toire. Voici le texte de YEucharistia, ou action de grâces après lasainte Communion : « Que loffrande sacrée de votre sacrement,
  • PREMIER DIMANCHE D E CARÊME 73Seigneur, nous fasse revivre; et, nous purifiant de nos fautespassées, quelle nous initie à la participation du mystère déter-nel salut. » Dans cette collecte est insinuée lidée, très commune dans lesanciennes liturgies, que le carême, en tant quil commence déjàle drame pascal, est une période de renouvellement intérieur, àlimage du Christ ressuscité. L e Sacramentaire Gélasien revientplusieurs fois sur cette pensée en ces premiers jours de la saintequarantaine. E n voici quelques exemples : Sacrificium, Domine,observantiae paschalis exerimus... (Fer. V I in quinq.); Aufer anobis... ut ad Sancta Sanctorum ( = Pâques)... mereamur... in-troire (a quinquag. ad quadrag.); ieiuniis paschalibus conve-nienter aptari (Fer. V I in quinquag.); Paschalibus actionibus inhaerentes (Fer. V I I in quinquag.) *. Il manque, dans le missel actuel du Concile de Trente, la préface propre à ce premier dimanche, et la collecte sur le peuple avant de le congédier de léglise. Cette collecte seretrouve toutefois, tant dans le Gélasien — le Léonien estmutilé dès le commencement — que dans le Grégorien. L a voici : « Nous vous supplions, Seigneur, afin que votre bénédic- tion descende, abondante, sur votre peuple, et y répande l aconsolation, fortifie la sainte foi, rende fermes dans la vertu ceux qui ont été rachetés par vous. » L a famille chrétienne ne pourrait commencer le jeûne pascalsous de plus heureux auspices. Jésus l a précède au désert delexpiation; puis vient lApôtre, qui, en lun des plus sublimespassages de ses lettres, oppose a u x jeûnes, a u x persécutions,a u x souffrances corporelles, les dons surabondants du Saint-Esprit, l a longanimité, l a suavité, le bonheur de souffrir pourlamour de Dieu, la joie daider le prochain, en coopérant avecle Christ au sublime ministère de la rédemption du monde. 1. II sagit du s a m e d i de quinquagésime, qui, d a n s le Gélasien, e s ti n d i q u é ainsi. ( N . d e TA.)
  • e r LUNDI APRÈS LE I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte aux Saints-Côme-et-Damien. Station à Saint-Pierre « ad Vincula ».L A basilique où se fait la collecte de ce jour, et qui est dédiée aux deux célèbres anargyres orientaux, fut érigée parFélix I V dans les salles du templum Romuli et du templumsacrae Urbis, où étaient conservées les archives de la Ville.Durant la période byzantine, elle fut en grande vénération, etle peuple affluait au sanctuaire des deux martyrs médecins,comme à une source assurée de santé. Les vers que Félix I Vfit apposer sous la mosaïque de labside lattestent encore : Martyribus medicis, populo spes certa salutis Fecit, et ex sacro crevit honore locus. Optulit hoc Domino Félix aniistite dignum Munus ut aetheria vivat in arce poli. Après le Latran, pour bien inaugurer le jeûne, lÉglise désigneaujourdhui pour la station la basilique in exsquiliis, dédiée parSixte I I I aux apôtres Pierre et Paul, les grands patrons de Rome.Bien que leurs sépulcres soient distincts et se trouvent a u x deuxextrémités de la Ville, Rome ne les a toutefois jamais séparésdans sa vénération, et, quand, dans la liturgie, elle fête lamémoire de lun, elle y unit immédiatement la commémoraisonde lautre. Linsistance avec laquelle le pontife fondateur du titre jointensemble les gloires des deux princes du collège apostolique estdigne de remarque : Haec Pétri Paulique simul nunc nomine signa Xystus, Apostolicae Sedis honore fruens. Unum quaeso, pares, unum duo sumite munus Unus honor célébrât quos habet una fides. Plus tard, toutefois, le titre de Saint-Pierre ad Vincula pré-valut, en raison des chaînes de lapôtre Pierre, conservées ence lieu. Celles de saint Paul, comme latteste saint Grégoire leGrand, sont conservées dans la basilique de l a voie dOstie. Les lectures dEzéchiel et de saint Matthieu, que lon fait
  • à la messe, évoquent le souvenir du munus pastorale des deuxapôtres, quos operis vicarios... eidem (cest-à-dire à Rome),contulisti praeesse pastores. Sous lautel, sont également con-servées des reliques des sept martyrs Macchabées. Lintroït est pris au psaume 122. Remarquons-le ici une fois pour toutes : !a psalmodie de la messe était destinée à être revêtue des splendeurs mélodieuses de lantiphonaire grégorien. En conséquence, celui qui veut goûter tout lart liturgique romain, ne doit pas se contenter de lire, ni même de méditer les textes du missel; ceux-ci peuvent être comparés à un livret de théâtre, qui ne peut donner lidée de toute la beauté de la pièce; il faut la voir et lentendre interpréter. Cest pourquoi la liturgie romaine veut être goûtée dans les basiliques, avec les chants, dans lappareil solennel des ministres sacrés, des rites et des processions qui la rendent si riche et si variée, si sublime et si efficace. Réalisée comme le prescrivent le cérémonial des évêques et le missel, la liturgie est un chef-dœuvre de tant de beauté et de grâce céleste quelle dépasse tout art et toute manifestation de culture. Voici le texte de lantienne dintroït : « Comme les y e u x desserviteurs sont attentifs au signe des maîtres, ainsi nos y e u xsont levés vers Y a h w e h notre Dieu, afin quil soit touché de pitiéenvers nous; ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous. » L a collecte conjure le Seigneur déclairer notre âme par sacéleste lumière; afin que le jeûne soit quelque chose de plusquune simple affliction du corps, et sélève au caractère dunvrai sacrifice de lesprit contrit et pieux. L a belle lecture dÉzéchiel ( x x x i v , 11-16) vient ensuite, oùle Seigneur se compare au bon Pasteur qui paît amoureusementson troupeau. Il le conduit à travers les prés fleuris et rafraîchispar les ruisseaux, et si quelque brebis se sépare et se perd, il v aà sa recherche et la reconduit au bercail. L a docilité de lâme aux soins du divin Pasteur léloigné detout péril et fait quelle devient lobjet des ineffables sollici-tudes de son Cœur si tendre. L a scène décrite ici par Ézéchielavait été souvent reproduite dans les cubicula des ancienscimetières, et, peut-être, dans labside même de la basilique
  • delEsquilin. Lorsquon lisait ce passage du Prophète, le peuplepouvait probablement le voir représenté dans la coquilleabsidale, telle une première page de cette célèbre Biblia pau-perum imaginée dans le bas moyen âge, et qui servit tant àlinstruction catéchétique des classes populaires. Le répons-graduel est tiré du psaume 83 : « O Dieu, notregage de protection, regardez-nous; dirigez votre regard sur vosserviteurs; Seigneur, Dieu des puissances, écoutez les prièresde vos serviteurs, » La lecture de saint Matthieu ( x x v , 31-46) revient à limagedu bon Pasteur qui sépare les brebis des boucs, mettant les pre-mières à sa droite et les seconds à sa gauche. Le divin Maîtreinsiste sur labsolue nécessité, pour notre foi, dêtre agissante,sans quoi elle est morte et ne peut nous sauver. E n effet, lesélus et les réprouvés sont récompensés ou condamnés, non pré-cisément pour avoir ou non écouté lÉvangile, mais pour lavoir,ou non, vécu. Le christianisme nest pas simplement une philo-sophie, une conception abstraite; cest une vie qui se révèledans laction et dans le sacrifice. Lantienne doffertoire vient du psaume 118 : « Je porteraimes yeux en haut, et je considérerai les merveilles de votre loi;enseignez-moi les voies de votre sainteté, et donnez-moi lalumière pour comprendre vos commandements. » Dans la secrète, présentant à Dieu notre oblation pour quilla sanctifie, nous le prions de nous purifier aussi de toute tachede péché. Lantienne de la communion devrait être tirée du psaume 3;elle a été remplacée de bonne heure par une autre, empruntéeà lévangile daujourdhui : « Je vous le dis en vérité, tout ceque vous aurez fait à lun de ces malheureux qui sont miens,vous laurez fait à moi-même. Venez donc, bénis de mon Père;entrez en possession du royaume qui vous a été préparé depuisle commencement du monde. » L a série des antiennes psalmo- ediques présente une lacune, puisque, le 3 psaume étant omis, enous aurons demain le 4 . Ces stratifications de la liturgieromaine sont donc fort anciennes. Voici la belle collecte eucharistique : « Fortifiés par le dondu salut éternel, nous vous prions, ô Dieu, afin que le Sacrement
  • auquel nous venons de participer avec une sainte joie nousrenouvelle par son efficacité. » L a collecte sur le peuple est ainsi conçue : « Brisez, Seigneur,les lacs de nos péchés; et, dans votre bonté, éloignez de nous leschâtiments que nous méritons. » L a brebis est docile et douce, telle que doit être précisémentlâme à lécole de Celui qui est doux et humble de cœur. Le bonPasteur nourrit une amoureuse sollicitude pour son troupeau,alors que les brebis qui séloignent de lui et qui ont la pré-somption de se suffire, soustraites à ses tendres soins, rencon-trent le loup et périssent. E R MARDI APRÈS LE I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte à Saint-Nicolas « in Carcere ». Station à Sainte-Anastasie. T V T o u s connaissons déjà la basilique diaconale de Saint- 1 ^1 Nicolas au forum olitorium laquelle, au moyen âge, devint tlune des églises les plus centrales et les plus importantesde Rome, quand les Pierleoni, les Orsini, les Frangipani, etc.,se furent retranchés, pour ainsi dire, autour du Capitole. T o u tauprès, en 1099, expira le pape Urbain I I , hôte des Pierleoni,et son corps reçut les honneurs funèbres, précisément à Saint-Nicolas « in Carcere ». Lappellation < in Carcere » remonte au emoyen âge, mais il ne faut pas confondre la prison « ad Ele-phantum » du forum olitorium, avec les latomies du Tullianum, sous le Capitole. L a célébrité du culte de sainte Anastasie, plus ancien peut-être à Rome que la fête même de Noël, fit que, sous linfluencedes Césars byzantins, son titre, qui, placé au pied du Palatiumimpérial, était considéré comme léglise de la cour, fut choisipour la seconde messe de Noël et pour la seconde station qua-dragésimale. E n effet, il ne semble point .résulter dune purecoïncidence que, après la basilique de Pierre-et-Paul sur l E s -quilin, vienne aussitôt la basilique impériale au pied du Palatium. Une tradition veut que le titulus Anastasiae, déjà mentionnédans un synode de 499, rappelle la maison de la martyre; maisil ne faut pas exclure lopinion suivant laquelle il sagissait au
  • contraire dune simple identité de nom entre la fondatrice de e rla basilique et la sainte titulaire. Saint Léon I fit, à Sainte-Anastasie, une énergique homélie contre lhérésie dEutychès,probablement pour Noël. Léglise est enrichie de très précieusesreliques. e Lantienne du V mode pour lintroït, dans le texte de lan-tiphonaire grégorien, a tant de souplesse et délan quelledemande quon lentende : « Seigneur, vous êtes pour nous unrefuge dâge en âge, de siècle en siècle. » (Ps. 89.) Voici le texte de la première prière après linvocation lita-nique : « Regardez, ô Dieu, votre famille, et faites que, tandisque la chair est refrénée par la mortification, notre âme resplen-disse à vos y e u x par lardeur des saints désirs. » L a lecture suivante (Is., LV, 6-11) décrit les qualités de la vraie pénitence, qui doit être accompagnée dun ferme propos de conversion. Lhomme narrive pas à comprendre tout le mystère de miséricorde qui se cache dans la propension qua Dieu à pardonner au pécheur. Sa grâce est comparée à une pluiebienfaisante, qui rafraîchit et féconde le sol, et le fait germer. Le graduel est pris au psaume 140, lequel, dans toutes lesliturgies orientales, est propre à loffice lucernaire du soir : « Quema prière monte comme lencens en votre présence, ô Y a h w e h ;que lélévation de mes bras soit comme le sacrifice du soir. » Il faut remarquer limportance liturgique de ce psaume duLucernaire dun usage presque universel, sauf à Rome. E n effet, esi la Ville éternelle connut au 111 siècle loffice ad incensumlucernae du soir, bien vite du moins en abandonna-t-ellelusage. Aussi saint Benoît détermina-t-il librement son proprecursus psalmodique des vêpres, sans égard pour les traditionsorientales daucune sorte, précisément parce que Rome ne con-naissait pas ces traditions. Dans le rit bénédictin, le psaume 140 ne fait partie deloffice des vêpres que le jeudi; tandis que dans lantiphonairegrégorien, nous trouvons au contraire le répons-graduel tiréde ce même psaume, tant dans la messe vespérale daujourdhuique dans la messe nocturne des vigiles dominicales après lesamedi des Quatre Temps. I l ne faut pas oublier que, durant
  • plusieurs siècles, Rome ne connut pas loffice canonial de Vêpres; la messe stationnale, célébrée, en Carême ou au jour de vigile de quelque fête solennelle, à lheure du coucher du soleil, à laquelle les Orientaux célébraient loffice du Lucernaire, en tenait lieu. L a lecture évangélique (MATÏH., XXI, 10-17) décrit Jésus qui, au milieu des Hosannah des petits enfants, expulse les mar- chands, profanateurs du temple. Le parti dominant, les Phari- siens, le sanhédrin, se fâchent et veulent que le Sauveur impose silence à ces foules : mais II fait remarquer que ces acclamations accomplissent la prophétie messianique, qui, par la bouche du psalmiste, annonçait que Dieu mettrait sur les lèvres des petits enfants un hymne de louange contre lenvie des dénigreurs de son Christ. Comme, à lépoque byzantine, le titre dAnastasie était léglise palatine, il est probable que le choix de la lecture évan- gélique a été causé par quelque abus contre le respect dû au lieu saint, ayant nécessité lintervention ecclésiastique. Lantienne pour loffertoire appartient au psaume 30 : a Jai espéré en vous, ô Y a h w e h ; j a i dit : « Vous êtes mon D i e u ; » mes jours sont dans vos mains. » Prière sur les oblations : « Soyez apaisé, Seigneur, par lof-frande de cette oblation, et défendez-nous de tout péril, » Voiciexprimés, en peu de mots, les fruits propitiatoires et impétra- toires de la communion. Lantienne pour la communion est empruntée au psaume 4 :« A mon cri vous avez répondu, ô Dieu, Auteur de ma justice;dans langoisse vous mavez mis au large; ayez pitié de moi,Seigneur, et écoutez ma prière. » e L a collecte daction de grâces est celle du V dimanche aprèslEpiphanie. Voici la collecte sur le peuple : « Seigneur, que nos prièresmontent jusquà vous, et éloignez de votre Église toute ma-lignité. » Aujourdhui lÉvangile nous décrit quatre sortes de personnesqui entrent en relation avec Jésus dans le temple : ce sont lesmarchands, les infirmes, les enfants et les membres du sanhé-drin. Chacun en retira un fruit proportionné aux dispositions
  • de son âme. Les vendeurs sacrilèges et les scribes orgueilleuxsobstinèrent de plus en plus dans leur malice, tandis quelinnocente simplicité des petits enfants et lhumilité des maladesémurent de miséricorde le Cœur de Jésus, qui répandit sur leurfaiblesse les trésors de son amour. T a n t il importe, donc, desapprocher des sacrements, de prier, de méditer, avec la pré-paration convenable. E IV FÉRIÉ DES QUATRE-TEMPS DE CARÊME. Collecte à Saint-Pierre « ad Vincula ». Station à Sainte-Marie-Majeure.QARLER de Quatre-Temps en Carême semble vraiment choseA superflue, puisque les trois jours de cette semaine, consa-crés au jeûne IV Temporum rentrent simplement dans la sériede la sainte quarantaine et ne sen distinguent aucunement.Les sources romaines antiques nous parlent en effet du jeûne e e edu I V , du V I I et du X mois, et le Liber Pontificalis dit d upape Callixte : Hic constituit ieiunium die sabbati ter in anno x fieri , sans rien dire des trois jeûnes des Tempora de mars. Le Carême était un jeûne à part, et nentrait pas dans lecycle III Temporum, à moins que la première semaine de ces Quatre-Temps neût coïncidé avec la Quinquagésime, ou que lafixation actuelle du jeûne à la sixième semaine avant Pâques ne date dun temps où le jeûne pascal commençait seulement trois semaines avant la grande solennité. Pour conclure nousdirons : ou que le jeûne de ces Tempora en Carême est uneaddition privée de signification spéciale, ou quil faut leurtrouver une place, hors du jeûne pascal. Les ordinations mense martio ne sont pas, elles non plus,primitives; la première fois quil en est question, cest dans une e r 2lettre du pape Gélase I aux évêques de Lucanie , tandis que ERdu temps de Léon I , elles étaient permises durant la vigile sdominicale, ou au matin du dimanche . e Quoi quil en soit, à Rome le rite veut quà la I V férié 1. E d . Duchesne, 1 , 1 4 1 . 2. P. L., L I X , col. 47. 3. Ep. ad Diosc, P. L . LIV, col. 626. f
  • précédant la cérémonie sacrée, les scrutins des candidats ausacerdoce se fassent dans la basilique Libérienne, où se tientpour cette raison la station, comme pour les mettre sous lepatronage de celle que Proclus de Constantinople saluait en cestermes : O templum, in quo Deus sacerdos factus est! L a basilique Libérienne, au sommet de lEsquilin, fut établieà lorigine par le pape Libère dans un édifice civil, qui avaitpris son nom de Sicininus; de là vient quAmmien Marcellinlappela simplement : Basilica Sicinini. A u temps de Damase,elle fut occupée parles schismatiques du parti dUrsicin. Sixte I I Ila fit restaurer et décorer de mosaïques représentant la v i e dela Vierge; peut-être est-ce aussi de son temps que date lérec-tion de loratoire de la Crèche, minuscule reproduction romainedu sanctuaire de la Nativité à Bethléem. Sous lautel-majeursont les corps de "saint Mathias et de saint Epaphras, disciplede saint Paul à Colosses. Lintroït est triste, au delà de toute expression, mais plein deconfiance, et lart du compositeur grégorien a su exprimer étonnamment cet état dâme dans la mélodie de lantiphonaire. Le texte est emprunté au psaume 24 : « Souvenez-vous, Seigneur, de vos miséricordes, et de votre éternelle compassion. A h ! que nos ennemis ne prévalent jamais. Dieu dIsraël, délivrez-nous de toute angoisse. » Après la prière litanique, le diacre invite lassemblée à seprosterner à terre : flectamus genua; puis, après une courte prière que chacun fait pour son compte, le même lévite avertit quon doit se lever : levate, afin que le prêtre puisse résumer dansla collecte — telle est l a véritable signification de ce mot — lesv œ u x de chacun pour les présenter à Dieu. Voici le texte de l acollecte de ce jour : « Accueillez avec bonté, Seigneur, nos prières,et étendez votre droite puissante contre tous nos adversaires. » Le jeûne de la sainte quarantaine, et la catéchèse aux aspi-rants au Baptême, évoquent le souvenir de lHoreb {Ex., x x i v ,12-18), quand Moïse demeura quarante jours dans le jeûne etles colloques avec Y a h w e h sur les cimes granitiques du Sinaï,afin de recevoir les tables de la Loi. Solitude, prière, jeûne, nuée, feu, éclairs, devaient purifier
  • dans la pénitence et lhumilité lâme d u grand conducteur desIsraélites, et inspirer à celui-ci une grande crainte de Dieu etune très haute idée de la transcendance et de la sainteté deYahweh. E t pourtant, sur le Sinaï, ce fut seulement un angequi remplit loffice denvoyé de Dieu. Quelle sainteté ne requiertdonc pas de nous le ministère de lautel sacré, où est contenuenon plus lombre, mais la réalité même des mystères pré-figurés dans lAncienne Loi ? Le répons-graduel est tiré du psaume 24, comme lintroït :« Les angoisses de mon cœur se sont accrues; délivrez-moi demes peines, Seigneur.Voyez le peu que j e suis et m a tribulation,et pardonnez-moi mes fautes. » Après cela vient la seconde collecte, qui ne fait quun avecla lecture précédente et avec le graduel, dont elle est comme laconclusion : « Regardez favorablement, ô Dieu, la piété de votrepeuple, afin que lâme se fortifie, portant un fruit abondant debonnes œuvres, tandis que le corps sexténue par le jeûne. » Dans lhymne nocturne du Carême, nous chantons, à proposdu jeûne sacré : Lex et Prophetae primitus Hoc praetulerunt.,. Après Moïse et la Loi, vient Élie, le prophète par excellence. Élie, en un moment dindicible angoisse, sent tout le découra- gement de lisolement et des persécutions de Jézabel; mais, fortifié par le pain subcinericius du jeûne et par la grâce, ilsoutient la fatigue dune quarantaine tout entière, quil passesur la sainte montagne où auparavant avait été promulguéela Loi ( / / / Reg-, x i x , 3-8). Cette nourriture miraculeuse quiréconforte le prophète, préfigurait le pain eucharistique, véri-table azyme de mortification, qui fait germer, comme le ditlÉcriture, des pensées virginales et élève lâme sur la cime duCalvaire, Le trait est tiré du même psaume 24, comme cela est de règledans les messes les plus anciennes, où un seul psaume fournittous les chants, tant antiphoniques que responsoriaux. Il faut remarquer quen ce jour, le trait, séparé du répons-graduel, est à sa vraie place, cest-à-dire après la seconde lecture :
  • « Délivrez-moi, ô Yahweh, de mes angoisses; voyez ma misère et mes peines, et pardonnez-moi toutes mes fautes. Yahweh, jélève mon âme vers vous; mon Dieu, en vous je me confie; ah ! que je ne sois pas déshonoré, et que mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet. Non, ils ne seront pas confondus, ceux qui espèrent en vous; au contraire, tous ceux qui, bien en vain, se révoltent, seront couverts de honte. » E n ce jour où la station est dans la principale basilique mariale de Rome, le saint Évangile (MATTH., XII, 38-50), en une allusion très délicate et très profonde relativement à Notre-Dame, met en relief sa sainteté et lintime union qui joint le cœur de la Mère à celui de son divin Fils. Celui-ci était occupé à enseigner les foules, quand on lavertit quau dehors sa Mère et ses cousinsle cherchent. Jésus profite de la circonstance pour insinuer queles vertus intérieures et la soumission absolue au bon plaisir divin, nous unissent beaucoup mieux à Dieu que les simplesliens dune parenté charnelle. Loffertoire est tiré du psaume 118 : « Je méditerai vos com- mandements dont je me délecte souverainement. Je me mettraià exécuter vos préceptes, où je trouve un si grand réconfort. » E L a secrète sur loblation est la même quau V dimancheaprès lEpiphanie. Lantienne pour la communion est empruntée au psaume 5 :« Écoutez mon cri, prêtez loreille à la v o i x de ma douleur, monRoi et mon Dieu, car cest vous que je supplie, ô Yahweh. » Voici la belle collecte eucharistique : « Que la participa-tion à votre Sacrement, Seigneur, serve à nous purifier desfautes les plus intimes et à nous délivrer des embûches delennemi. » L a collecte sur le peuple insiste à nouveau sur la nécessitéde la lumière divine pour découvrir toute la malice qui se cachedans les replis de notre conscience : « Que le rayon de votresplendeur illumine nos âmes, afin que nous puissions connaîtrece qui doit se faire, et que nous ayons la force dexécuter ce quiest juste. » Cest le propre de toute époque frivole et incrédule, commela nôtre, de manifester une certaine curiosité dexpériencereligieuse, comme on lappelle; mais celle-ci, à cause des mau-
  • vaises dispositions de laine, si elle peut atteindre le cœur,narrive jamais à le ramener sincèrement à Dieu. Dételles géné-rations incrédules, qui, à la façon dHérode, durant l a Passionde Jésus, cherchent le sensible, lémotion, — aujourdhui sontrevenus à l a mode le spiritisme, la théosophie, etc., — lemiracle, comme pour assouvir le prurit morbide de leur curio-sité religieuse, se trompent entièrement. Dieu se cache a u xcurieux et a u x investigations orgueilleuses du savant quiprétend vouler scruter les empreintes divines sur le terrain dela création; il dissimule sa gloire sous le voile de lhumilité,dans lanéantissement de la Croix et du tombeau. Voilà le signepréfiguré par le prophète Jonas, qui seul est accordé, commelatteste aujourdhui le saint Évangile, à une génération sou-riante de scepticisme et dincrédulité. E R JEUDI APRÈS LE I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte à Sainte-Agathe « in monasterio ». Station à Saint-Lattrent « in Panisfierna ».S Suburra, ornée est titulaire de la célèbreFlavius Ricimer, AINTE-AGATHE jadis de mosaïques par diaconie de lapuis transformée en église arienne par les Goths. Elle passaensuite au culte catholique par les soins de saint Grégoire leGrand, qui la dédia à la célèbre martyre sicilienne, Agathe, très evénérée à Rome. A u v n i siècle un monastère y était annexé;plus tard elle devint une collégiale. L a station de ce jour, à Saint-Laurent sur le Viminal, futinstituée par Grégoire I I , qui lui appliqua lintroït de l a messede la fête de saint Laurent. A v e c une très gracieuse allusion àsa basilique sépulcrale, que sa beauté fit surnommer sfieciosa,lantienne de lintroït célèbre la sainteté du grand archidiacre,aux prières duquel les Pères attribuèrent spécialement letriomphe final de la Croix sur le paganisme à Rome. Pourexprimer ce concept, les mosaïques antiques nous représententsaint Laurent soutenant le trophée de la Rédemption, faisantfonction de staurophore et porte-étendard de lÉglise romaine.Une tradition veut que le martyr ait subi le tourment du feuprès de léglise stationnale de ce jour, appelée aussi « in For-
  • moso ». Le monastère contigu était, au moyen âge, lune desvingt abbayes privilégiées de la Ville éternelle. Introït (ps. 95) : « L a gloire et la splendeur sont devant lui, la puissance et la majesté sont dans son sanctuaire. » Comme hier, la collecte demande au Seigneur de regarder favorablement la dévotion de son peuple, afin que, tandis que celui-ci afflige sa chair par le jeûne, lesprit soit nourri par les œuvres dune vie sainte. L a liturgie revient souvent, en ces jours, sur lidée de la mortification corporelle au moyen du j eûne : Qui per a bstinentiatn macerantur in corpore. E n effet, le jeûne était pour nos pères tout autre chose quune cérémonie rituelle, comme il y est sou- vent réduit pour beaucoup de chrétiens daujourdhui, mais ilcomportait labstinence de toute sorte de nourriture et de bois-son jusquau soir. A u coucher du soleil, cest-à-dire après lamesse stationnale, on dressait la table, mais on usait seulement,même le dimanche, daliments strictement maigres, et le vin,la viande, les œufs et les laitages étaient toujours exclus.On devine quune pénitence aussi rigoureuse nétait pas apteà fortifier le corps. L a lecture dÉzéchiel pour ce jour (XVIII, 1-9) expliquecomment les mérites ou les démérites sont quelque chose depersonnel, et non pas une espèce de blason nobiliaire hérité desancêtres. Il fallait par suite que le Juif ne participât pas aux cultesidolâtriques qui se célébraient sur les hauteurs et dans les boissacrés, lesquels, dans le royaume dIsraël, après le schisme desdix tribus, avaient été plantés de toutes parts en lhonneur desfausses divinités. Ceci relativement à Dieu; quant à ce quiregardait le prochain, il y avait le sixième et le neuvièmepréceptes du décalogue, la loi qui réglait les prêts entre Israéliteset les diverses œuvres de miséricorde. Celui qui pratique toutcela, conclut le prophète, celui-là est juste, et il vivra en pré-sence du Seigneur. Il faut remarquer ici la part essentielle attri-buée aux bonnes œuvres, sans lesquelles la foi seule ne sauvepoint, étant morte en elle-même, semblable à un tronc dessé-ché qui ne produit ni feuilles ni fleurs.
  • Le répons-graduel provient du psaume 16. Cest le martyrLaurent qui, torturé sur son gril, en appelle au jugement deDieu: « Protégez-moi, ô Yahweh, comme la pupille de vos y e u x ;cachez-moi à lombre de vos ailes. Que de votre puissance sortemon droit; que vos yeux voient avec rectitude. » On a choisipour ce jour lépisode de la Chananéenne qui, a u x pieds deJésus, •— même quand le Sauveur, pour léprouver et stimulerde plus en plus sa confiance, la traite apparemment avec dureté,— obtient, à force de prières et dhumilité, la guérison de safille. Ce choix a été suggéré à Grégoire I I par un magnifiquerépons de loffice nocturne de cette première semaine duCarême : Tribularer, si nescirem misericordias tuas... qui Cana-neatn et publicanum vocasti ad poenitentiam... Il est intéressant de constater ce merveilleux développement de l a liturgie romaine, qui, même après son âge dor, lépoque de saint Grégoire, déploie avec tant de naturel ses propres riches-ses, quelle produit toujours de nouveaux chefs-dœuvre. Le répons en question est probablement traduit du grec, maisde ce thème oriental, Rome a su dabord tirer une magnifiquemélodie responsoriale, puis le motif dune des plus émouvanteslectures évangéliques (MATTH., x v , 21-28) pour la solennitéstationnale de Saint-Laurent. La pauvre Chananéenne est le symbole de la gentilité, qui,sans le privilège de la circoncision israélite, mais par le mérite dela foi, demande le salut. Grâce à cette foi, Rome chrétienne prendla place de Jérusalem déicide; car Dieu ne regarde pas la des-cendance charnelle, mais lhumble pureté du cœur. Le premier refus du Sauveur dopérer le miracle en faveurdune femme de la Gentilité, outre les motifs allégués ci-dessus,avait pour but de faire comprendre que le Seigneur est le Dieude lordre, et que, par conséquent, il ne voulait pas prévenirle moment fixé par sa Providence pour la vocation des gentilsà la foi, jusquà ce quIsraël se fût rendu, par sa propre faute,indigne de la grâce, en fermant volontairement les y e u x à lalumière de lÉvangile. De plus, Jésus voulait éviter de fournir à ses ennemis unnouveau prétexte dattenter avant le temps à ses jours, enentrant en relations avec une païenne, qui, devant le fanatisme
  • judaïque, naurait pas mérité dautre titre que celui encore en usage parmi les Arabes, de chien dinfidèle. Lantienne de loffertoire, prise du psaume 33, fait allusion à saint Laurent, lequel, selon les actes de son martyre, fut récon- forté par un ange qui essuyait sa sueur, tandis quil était étendu sur le gril incandescent : « Que lange du Seigneur campe autour de ses fidèles et les sauve. Goûtez et voyez que Y a h w e h est bon. » Voici la collecte sur les oblations : « Dans votre bonté, Seigneur, faites que le sacrifice qui accompagne ces jeûnes salutaires, soit pour nous le gage du salut. » Les messes de Grégoire II ont souvent pour la communion une antienne de caractère eucharistique. Celle daujourdhui est empruntée à lÉvangile selon saint Jean et accuse en conséquence une double infraction aux lois qui réglaient autrefois la psalmodie de la messe à lâge dor de la liturgie romaine. Les antiennes étaient alors régulièrement psalmodiques, et, en tout cas, nétaient jamais tirées du saint Évangile. E n un temps quelque peu postérieur, lantienne ad Communionem provient au con- traire, comme cela se rencontre au Commun des Saints, de lalecture évangélique assignée à la messe du jour. Aujourdhui toutefois, lantienne est empruntée à lévangile selon saint Jean, et na aucune relation, pas même de penséegénérale, avec la précédente lecture de saint Matthieu sur la vocation de la Chananéenne. Dans la collecte eucharistique de ce jour, on admire un équi-libre admirable entre deux excès : celui du matérialisme, quireconnaît seulement les lois de la matière, et celui de Jillumi-nisme gnostique, qui ne veut connaître que la morbidité dunesprit égaré. LÉglise sest toujours opposée à ces aberrations hérétiquesqui ne tiennent pas compte de la nature du composé humain,et qui réduisent pour cela lhomme à létat de brute, ou àune construction très élevée qui sécroule parce quellemanque de base. L a nature est le substratum de la grâce; ellenest jamais détruite, même quand elle est soulevée par lac-tion du Saint-Esprit. « Seigneur, qui êtes si magnifiquedans vos dons, soutenez-nous matériellement par vos secours
  • temporels, et renouvelez-nous intérieurement par vos secourséternels. » L a collecte sur le peuple a, elle aussi, un caractère eucharisti-que : « Accordez, Seigneur, au peuple chrétien une intelligencetoujours plus claire de la foi quil professe, et un amour plusintense pour le Sacrement quil fréquente. » Dans le cantique qui termine le Deutéronome, Moïse dit queDieu fait comme laigle qui incite ses petits à prendre leur volpour la première fois. Nous admirons aujourdhui cela danslattitude de Jésus avec la Chananéenne. Il la traite dabordavec une grande austérité, mais sous ces paroles dures, il cacheune miséricorde et une grâce si attirante, que l a pauvrefemme, au lieu de sen aller, sent au contraire se fortifier sa foi,méritant à la fin dentendre de la bouche même du Sauveurce bel éloge : « O femme, t a foi est grande ! » Cest toujours la fin que Dieu se propose quand il nous traiteavec rudesse, quand il nous tient en arrière ou quil séloigneun peu de nous. Le Seigneur vise toujours à nous faire avancerdans la voie de la perfection, nous contraignant, pour ainsi dire,à nous entraîner, pour hâter le pas afin d y atteindre avant ladouzième heure, avant lheure de la mort. e V I F É R I É D E S QUATRE-TEMPS e r APRÈS LE I DIMANCHE D E CARÊME. Collecte à Saint-Marc. Station aux Saints-XII-Apôtres. N Lectorde Pallacine est déjà mentionné dans une épigrapheU de lan 348, car le titre édifié par le pape Marc est comptéparmi les premiers de la Ville. Il est possible que l a dédicaceà lévangéliste dAlexandrie soit postérieure; le titulus Marciserait devenu, avec le temps, la basilique de Saint-Marc, commeles titres de Sabine, de Balbine, etc., devinrent respectivementconsacrés aux martyres homonymes. Dans la basilique ad balneas pallacinas les deux célèbresdiacres de Sixte II, Félicissime et Agapit, représentés dans lamosaïque de labside du temps de Grégoire I V , ainsi que lesdeux martyrs persans Abdon et Sennen, ensevelis sous lautel
  • de la confession, reçurent dans lantiquité un culte parti- culier. Dans lancienne liturgie romaine saccomplissait aujourdhuile second scrutin des candidats au sacerdoce et au diaconat; ecest pourquoi, après la station de la I V férié à la basiliquemariale de lEsquilin, lÉglise sollicite fort à propos en ce jourla protection de tout le collège apostolique, dont les ministressacrés continuent sur la terre la grande mission. L a vénérable basilique des Saints-Apôtres, édifiée jadis parPelage et dédiée ensuite par Jean I I I comme monument votifde la délivrance de Rome reprise a u x Goths par Narsès, gardesous son autel les reliques des apôtres Philippe et Jacques.A u moyen âge, on y transporta du cimetière dApronien surla voie Latine plusieurs corps saints, parmi lesquels celui dela martyre Eugénie, en lhonneur de qui on célébrait la station ele I V dimanche de lAvent. Lantienne dintroït est tirée du psaume 24 : « Arrachez-moiaux angoisses, voyez ma misère et mon labeur, et pardonnezmes fautes. » L a collecte est ainsi conçue : « Seigneur, soyez propice à votrepeuple, et, tout en vous le rendant dévot, réconfortez-le parvotre secours. » Pour les anciens, et spécialement alors que, à lépoque deTertullien, par exemple, Christiani non nascuntur, sed fiunt,le baptême étant administré a u x adultes devait déterminerles catéchumènes à une parfaite conversion du cœur. Cest pour-quoi la liturgie quadragésimale, surtout en ces premières jour-nées, insiste tant sur la réforme de l a vie. La lecture de ce jourest la continuation de celle dhier (EZECH., XVIII, 20-28). Lesœuvres et l a responsabilité sont strictement personnelles, etDieu ne regarde pas aux mérites de la race. Voici déjà esquisséeluniversalité du Nouveau Testament, différent de lAnciendont le caractère était national. Celui donc qui, par son librearbitre, séloigne de Dieu en transgressant sa sainte loi, celui-làpeut retourner sur ses pas, refaire le chemin en sens contraire,pour revenir au Seigneur, repenti et pénitent. Le répons est pris au psaume 85 : « Sauvez, ô Yahweh, votre
  • serviteur qui se confie en vous; prêtez loreille à ma prière,Seigneur. » La piscine de Bethsaïde dont parle le saint Évangile (IOAN. , v,1-15) symbolise aujourdhui les fonts baptismaux pour lescatéchumènes, et le Cœur adorable de Jésus pour tous les fidèles,qui, à travers le côté transpercé du Rédempteur, trouvent unocéan de compassion et damour. Dans les cinq portiques dele piscine Probatique, les saints Pères voient le symbole descinq plaies du divin Crucifié, dont saint Augustin disait :Vidnera tua, mérita mea. Lhomme paralysé depuis trente-huitans restait en cet état, sans trouver une âme bienveillante pourle déposer dans la piscine quand lange en agitait les eaux, soitparce que laide des créatures est défaillante, celles-ci nepouvant ou ne voulant nous secourir; soit encore parce que lapiscine Probatique symbolisait la grâce, qui excède la puissanceet les exigences de lhomme, et qui ne peut nous être donnée que par Celui qui, dans les Écritures, sappelle précisémentVir oriens, Vir, Filius hominis, lhomme par excellence. Lantienne de loffertoire provient du psaume 102 : « Bénis Yahweh, ô mon âme, noublie jamais ses récompenses; il renou-vellera ta jeunesse comme celle de laigle. » Voici la collecte sur les oblations : « Accueillez, Seigneur,loffrande qui accompagne le service divin, et daignez miséri-cordieusement sanctifier vos dons. » Le concept romain de lorai-son sur les oblations nous est révélé par le pape Innocent, quandil écrit à Décentius de Gubbio : Oblationes sunt commendandae ;non pas que la transsubstantiation eucharistique ait besoindautres prières dintercession de la part du prêtre — puisqueles sacrements tirent leur valeur de linstitution divine — maisafin que le sacrifice soit agréé et accepté quant au ministre etaux fidèles qui loffrent, et soit profitable à leur salut commun. Lantienne pour la communion est tirée du psaume 6 : « Quemes adversaires rougissent et se troublent, quils soient viterepoussés en arrière et couverts de honte. » Les imprécations etles châtiments dont le psalmiste menace souvent dans lessaintes Écritures, concernent limpénitence finale des ennemisdu Christ au dernier jugement, ou ont simplement un caractèrepénal dans le but de stimuler leur conversion.
  • L a collecte eucharistique est semblable à celle du dimanchedans loctave de Noël. L a prière sur le peuple, avant de le congédier, implore duSeigneur la lumière intérieure qui éclaire les ténèbres du cœuret de lâme, et nous découvre ce que nous sommes, et ce questDieu à notre égard. Noverim te, noverim me, comme demandaitle grand saint Augustin. Voilà le bénéfice quon a à mettre sa confiance dans les créa-tures ! Après une attente anxieuse de trente-huit ans, il fautpourtant finir par confesser quon n a trouvé personne quiveuille et puisse nous secourir ! Hominem non habeo. Quanddonc se dissipera pour nous aussi cet enchantement qui nous lieaux choses dici-bas ? Quand nous persuaderons-nous, avec lecélèbre chancelier de Paris, Gerson, que omnis copia quae Deustuus non est, tibi inopiae est? SAMEDI DES DOUZE LEÇONS, AUX QUATRE-TEMPS APRÈS LE PREMIER DIMANCHE D E CARÊME. Collecte à Sainte-Marie « in Transpontina » Station à Saint-Pierre. sélevait, comme nous lattestentS AINTE-MARIE Transpontina les auteurs, in capite porticus, cest-à-dire entre le pontAelius et le portique qui conduisait à Saint-Pierre. Tout auprèsétait le terebinthus Neronis, doù partait la procession du clergé,quand elle accompagnait le nouvel empereur allant recevoir lacouronne à Saint-Pierre des mains du Pape. Cette église futdétruite, sous Pie I V peut-être, et celle qui en porte actuelle-ment le nom nest pas ancienne et ne sélève pas au mêmeendroit, mais environ à trois cents mètres plus près du Vatican. Ce samedi était autrefois aliturgique, devant se passer dansun jeûne absolu, et la messe était retardée jusquau terme dela veillée dominicale que Ton célébrait à Saint-Pierre, Pourtantdepuis plusieurs siècles déjà, lÉglise mue par un sentimentexquis de condescendance maternelle, anticipe les rites de lavigile à la matinée du samedi. Le choix de la station dans la basilique vaticane a été suggérépar lidée éminemment romaine que toute transmission de puis-
  • sance ecclésiastique grâce à la collation dun ordre sacré,provient de Pierre qui en a la plénitude. Cest pour cette raisonquà Rome, les saintes ordinations doivent être célébrées auVatican, avec cette différence que, tandis que celle du Papeavait lieu à lautel même qui recouvrait la tombe du Prince desApôtres, la cérémonie se déroulait pour les autres dans lun desoratoires contigus à la basilique. Lambiance était extrêmement suggestive : cette basilique,qui ne sera jamais assez pleurée par les archéologues, depuisquelle a été rasée pour faire place à celle du Bramante et deMichel-Ange, était comme le trophée des victoires du christia-nisme sur lempire païen, là même où Néron avait crucifié lepremier Pape. Autour de la tombe du pêcheur de Galilée, élevépar le Christ à la dignité de pierre fondamentale de lÉglise,dormaient leur sommeil de mort une couronne élue de pontifes ;toutes les nations catholiques avaient érigé à lentour des hospi-ces pour leurs compatriotes pèlerins, en sorte que lon pouvaitbien dire que le sépulcre de saint Pierre était le but des aspira-tions de l a chrétienté, le centre du monde catholique. Autrefois, tout le peuple passait cette nuit en prière, chantantdes psaumes et écoutant la lecture de douze passages delÉcriture, en grec et en latin. L a cérémonie était embellie parles mélodies harmonieuses de la Schola, par la vive lumièrequi tombait des lampadaires dargent pour dissiper les ténèbresde la nuit, et par le parfum de lencens et des aromates asia- tiques dont, à chaque lecture, on encensait la tombe de saint Pierre. Saint Grégoire le Grand réduisit de moitié les douzelectures primitives de la Pannuchis romaine et les cinq lecturesqui précèdent actuellement lépître conservent lultime souvenirde cette antique solennité nocturne. Lintroït emprunte son antienne au psaume 87, que nouspourrions appeler le chant nocturne par excellence, car, enraison des mots : In die clamavi et nocte coram te, il revientchaque fois quon célèbre la Pannuchis. D u Liber Pontificalis, dans la notice sur le pape Callixte, ilsemble résulter que primitivement à Rome, lon célébraituniquement le rite des jeûnes des Trois-Temfts, correspondant
  • aux anciennes fêtes champêtres de la moisson, de la vendangeet du décuvage, cest-à-dire au commencement de lété, delautomne et de lhiver. L e printemps nétait pas compris ence cycle, puisquil tombait régulièrement durant la sainte qua- e rrantaine pascale. Toutefois quand, vers lâge dor de Léon I ,lon tint à faire coïncider le jeûne hébraïque du premier moisavec le commencement du Carême et de la saison printanière,la liturgie dut nécessairement subir quelques retouches, et leslectures de la vigile en particulier furent mises en relation plusintime avec le caractère agricole propre à ces fériés solennellesdes anciens Romains. Après l a première litanie, la collecte supplie Dieu de regarderfavorablement son peuple, afin déloigner de lui les fléaux de sajustice. Puis vient un passage du Deutéronome (xxvi, 12-19),relatif à l a présentation des dîmes pour les Lévites et pour lespauvres. Une espèce de contrat entre Yahweh et le peupleintervient. Celui-ci sengage à observer l a loi du Seigneur et àêtre un spécial disciple de Dieu parmi les autres nationsidolâtres; et, dautre part, le Seigneur promet dexalter Israëlpar toutes sortes de prospérité, tant matérielle que spirituelle. Comme lexplique saint Paul a u x Galates, lidée de contratest le propre de lAncienne Loi ; cela nempêche pas que la lecturede ce jour ait une signification profonde, avec une claire allusionaux catéchumènes, qui, moyennant les promesses baptismales,sengagent à observer lÉvangile, héritant de la sorte en unsens beaucoup plus élevé, des privilèges messianiques promisà celui que lapôtre appelle Israël Dei, en opposition avecVIsraël secundum carnem. Le graduel est emprunté au psaume 7 8 , où lon invoque laprotection de Dieu contre les Gentils. Pendant le Carême, lelundi, le mercredi et le vendredi sajoute dans le missel untractus avec une mélodie dun genre tout différent, mais avecun texte dinspiration analogue. Cela représente deux genrespsalmodiques absolument indépendants; aussi bien, lintroduc-tion du trait Domine, non secundum, etc. durant les messesquadragésimales, date seulement de l a première période caro-lingienne. Après le répons, la collecte. On supplie le Seigneur de nous
  • délivrer du poids opprimant de nos fautes, poids dautant plusintolérable quil ne sagit pas seulement de la dépression desfacultés de lâme en raison des passions déréglées, mais aussidu châtiment par lequel, dès cette vie, Dieu punit le mal. - L a seconde lecture est tirée également du Deutéronome(xi, 22-25). Le Seigneur propose au peuple de choisir entre labénédiction et la malédiction. Si Israël garde la Thora et le pacteconclu avec Dieu, il aura toute sorte de prospérités, symboliséespar ces avantages matériels qui pouvaient produire uneimpression plus profonde sur ce peuple grossier et sensuel.Si, au contraire, le peuple vient à abandonner Dieu, Yahwehde son côté abandonnera Israël à son sort. Le répons-graduel Protector est le même quà la messe du lundiprécédent ; la collecte supplie Dieu dimprimer lui-même dansnotre conduite ce juste milieu que les anciens estimaient plusexcellent que tout, et que Cassien appelle la reine des vertus,en sorte que ni la prospérité excessive ne nous enorgueillisse,ni ladversité ne nous déprime. Cest là létat dune âme affermie dans les vertus les plusardues; cette âme, bien établie sur la roche solide de la confor-mité à la volonté de Dieu, jouit dune paix inaltérable, quenarrive pas à troubler la variation des événements humains. L a troisième lecture est tirée des Chroniques des Macchabées (III, 1, 23-27), et rapporte la prière de Néhémie quand, aprèsle retour de lexil, le feu céleste descendit sur le sacrifice et que le culte fut restauré dans le temple. L e répons est pris au psaume 89, qui, de toute antiquité,appartenait aux psaumes matutinaux. On prie le Seigneur deregarder favorablement et daccueillir les supplications dupeuple fidèle, dont, à travers tous les siècles, il a toujours été lesuprême refuge. L a collecte est identique à celle du dimanche de septuagésime. L a quatrième lecture est tirée de lEcclésiastique, mais sous letitre général de la Sagesse, conformément à la coutume romaineà légard de tout le recueil des livres sapientiaux. Cest uneémouvante prière ( x x x v i , 1-10), mais qui se ressent par tropdu caractère de servage de lAncienne Loi de crainte; en effet,tout en désirant la bénédiction de Y a h w e h sur le peuple dIsraël,
  • on invoque le bras de sa justice sur les goiim, afin queux aussi, après avoir été les ministres de cette même justice sur la nation juive prévaricatrice, reçoivent à leur tour le châtiment mérité, et apprennent à craindre le Dieu dIsraël. Le répons est celui de la messe du mardi précédent, et parce que nous avons v u plus haut un cas analogue pour la messe du lundi, cela nous indique que loffice de la Pannuchis de printemps a été composé un peu plus tard, tirant ses éléments de messes plus anciennes, L a collecte vaut, à elle seule, un beau traité sur la grâce à lépoque des controverses pélagiennes. On y invoque en effet le secours divin, afin que, moyennant linspiration céleste, il prévienne en nous le bien faire et le seconde dans lexercice actuel de notre vouloir et de notre agir. Si ce concours préalable et simultané, comme disent les scolastiques, vaut pour lopéra- tion humaine dans lordre purement naturel, il devient absolu- ment nécessaire dans lordre surnaturel, en sorte que nature etgrâce opèrent en recevant de Dieu la première impulsion, et,avec son concours simultané, atteignent leffet proposé. L a dernière lecture — comme le samedi des Quatre-Tempsd A v e n t — est celle de Daniel, avec lhistoire des trois jeunes gens jetés dans la fournaise de Babylone; elle est suivie, comme il est de règle au terme de la vigile, du cantique des Benedic-tiones — ainsi lappelaient les anciens — qui fait fonction dechant de transition entre loffice nocturne et la messe propre-ment dite. Dans le haut moyen âge, durant ces lectures, le Pape se reti-rait dans lOratoire de Saint-André, contigu à la confession deSaint-Pierre, et là il consacrait les nouveaux prêtres et diacres.Lordination accomplie, il rentrait dans la grande basilique aumilieu des acclamations de lhymne des trois enfants, et célé-brait le divin Sacrifice; la Communion mettait fin au long jeûnesoutenu rigoureusement par le peuple depuis le vendredi soir. Les deux lectures qui suivent — cest-à-dire lépître auxThessaloniciens et lévangile selon saint Matthieu •— constituentune sorte de répétition de loffice précédent; on sait en effet quetoute la première partie de la messe actuelle reproduit, en desproportions plus restreintes, le rite de la vigile qui, dans lanti-quité, précédait régulièrement la messe dominicale. Par suite,
  • conformément à un très ancien usage ecclésiastique, lhymnedes Bénédictions devrait précéder immédiatement lanaphoreconsécratoire. Dans le passage de la lettre a u x Thessaloniciens choisi pource jour (I, v, 14-23), lApôtre trace un beau tableau de la viechrétienne, avec une allusion particulière a u x dons charisma-tiques, très opportune pour les nouveaux candidats au sacer-doce. Plus que jamais en effet, le clergé doit aujourdhuitravailler et agir. Spiritum nolite extinguere; le renouvelle-ment, pour ne pas dire l a révolution sociale à laquelle nousassistons, exige peut-être de nouvelles formes, de nouvellesméthodes de propagande et dapostolat. Néanmoins, les ecclé-siastiques ne doivent pas, dans leur saint ministère, selaisser attirer par les systèmes quemploie le prosélytismelaïque. Ce qui a apparence de nouveau, de bien et dutile,ne doit pas être accepté demblée et introduit dans lÉglise,mais dabord être examiné par lautorité compétente : Om-nia probate; lÉglise seule peut donc choisir ce quil y a devraiment bon dans tous ces systèmes récents : Quoi bonum esttenete. e Le psaume daction de grâces, le 1 1 6 , vient ensuite, et formecomme la conclusion du rite des saintes ordinations. L a liturgieromaine le réserve toujours, en effet, au terme de l a vigile, etavant le chant solennel de lévangile. Il est conforme à lesprit de lancienne liturgie que l a péricope évangélique soit plus ou moins en relation avec le titulaire deléglise stationnale. Cette nuit, la Pannuchis se célébrant autourde l a tombe de saint Pierre, vient le récit de la Transfiguration (MATTH., XVII, 1-9) où, parmi les Apôtres, Pierre seul prend l aparole, pour devenir en son temps le témoin le plus autorisé decette théophanie. Le sommet haut et solitaire sur lequel Jésusse revêt de splendeur, symbolise létat sacerdotal, qui exigeun grand détachement des choses terrestres, une vie intérieureintense, et un sublime esprit de contemplation. A u ciel, lamajesté de Dieu siège sur les chérubins; sur l a terre les prê-tres remplissent cet honorable office. L e verset de loffertoire est pris, comme à lordinaire, du Epsaume vigilial 8 7 : « Jai élevé jour et nuit m a prière vers
  • eLES TROIS ENFANTS D A N S LA FOURNAISE Fresque du 111 siècle, au cimetière de Priscille.
  • DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME 97vous, Seigneur. » Il est de règle que ce psaume se présentechaque fois quon célèbre à Rome la Pannuchis dominicale. Dans la collecte sur les oblations, nous prions Dieu de sanc-tifier notre jeûne par les mérites du divin Sacrifice, afin quelabstinence corporelle de nourriture soit accompagnée de celle,intérieure, de lesprit renonçant à toutes ses inclinations déré-glées. Durant le carême, les psaumes pour la communion consti-tuent une série à part dans lantiphonaire grégorien, et ils sesuccèdent selon lordre du psautier. Quand quelque antiennead Communionem vient troubler cet ordre, nous pouvons êtrecertains quelle représente une interpolation ou une additionà la disposition primitive de saint Grégoire. Aujourdhui vientle psaume 7 avec lantienne qui répand tant despérance dansle cœur : « Seigneur, j a i mis ma confiance en vous, délivrez-moide mes ennemis. » L a petite collecte eucharistique demande au Seigneur que ledivin Sacrement devienne en nous un remède efficace contre nosvices, et un gage de la récompense éternelle. Voici le texte de la bénédiction avant de congédier le peuple :« Que votre bénédiction tant souhaitée, Seigneur, confirme vosfidèles dans le bien, afin que, ne nous éloignant jamais de votrevolonté, nous ayons toujours à nous réjouir de vos bienfaits. » Combien la Croix est profondément enracinée dans le cœurde Jésus ! Même au milieu des gloires du Thabor, il sentretientavec Moïse et Élie de sa mort prochaine, pour nous montrertoute la véhémence de lamour qui le pousse à simmoler pournous. e II DIMANCHE DE CARÊME. Station à Sainte-Marie « in Domnica ». il ne devrait pas y avoir, à vrai dire, de messeA UJOURDHUI stationnale, puisque celle-ci a déj à été célébrée à Saint-Pierreà la fin de la Pannuchis. E t en effet, dans les anciens Sacra-mentaires, ce jour se trouvait indiqué comme Dominica vacat,pour cette raison aussi, que le peuple était fatigué de la veilléeet du jeûne prolongé. Quand le Sacramentaire Romain eut ététransporté hors de Rome, là où ne se célébraient ni stations 8
  • ni vigiles, on sentit le besoin de doter ce dimanche, au moyendéléments empruntés à dautres messes, dune liturgie quifinit par être acceptée également à Rome. Le nom de la basi-lique de Sainte-Marie sur le Coelius in Domnica a une saveur Eantique, au moins du I V siècle, époque où la maison duSeigneur était généralement appelée le Dominicum tcommeaujourdhui encore chez les peuples de race anglo-saxonneet germanique. Lintroït est celui du mercredi précédent. Dans la collecte, nous nous présentons au Seigneur comme des pauvres, privés de force et ayant besoin de son aide, afin que le corps ne succombe pas à la maladie, ni lesprit au péché. L a péricope de la lettre aux Thessaloniciens (I, iv, 1-7) précède, dans le texte, la lecture dhier. Le grand écueil des premières générations chrétiennes dAsie et de Grèce, étant donnée lextrême corruption de lambiance dans laquelle elles vivaient et dont elles avaient auparavant fait partie, était laluxure, élevée par lidolâtrie à létat de culte religieux. A v e cune franchise un peu rude, mais qui était nécessaire à sescorrespondants, lApôtre explique la fin et la sainteté dumariage. « Chacun de vous a sa propre femme; quil agisseavec elle saintement et honnêtement; que les noces simposentau respect de chaque fidèle, en sorte que personne nattenteà lépouse dun autre, car Dieu est le vengeur de la fidélitéconjugale. » Le graduel provient du psaume 24 : « Les angoisses de moncœur se sont multipliées; soustrayez-moi à mes afflictions.Voyez mes humiliations et mes peines, et pardonnez-moi mesfautes. » L e trait est emprunté au psaume 105, qui est un bel hymnedaction de grâces : « Qui racontera les prodiges de Yahweh, etqui publiera sa louange tout entière ? Bienheureux ceux quigardent la justice, et qui, en toute circonstance, accomplissentce qui est droit. Souvenez-vous de nous, Seigneur, en favorisantvotre peuple; visitez-nous par votre salut. » L a lecture évangélique est identique à celle de la messe de laPannuchis précédente. Dans le haut moyen âge, plusieurs
  • DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME églises et monastères, imitant les Orientaux, dédièrent une solennité distincte à la célébration du mystère de la Transfigu- ration du Seigneur. Rome ne sy décida quen 1457, en mémoire dune éclatante victoire remportée sous Callixte I I I contre les ennemis de la Foi; mais jusquà cette époque, la liturgie tradi- tionnelle de ce second dimanche de carême, célébrée dans lantiquité avec la plus grande splendeur, et méditée comme il convient, avait satisfait amplement à ce besoin du cœur. L a liturgie romaine primitive nadmettait pas, il est vrai, beaucoup de fêtes, pas même en lhonneur des plus importants mystères de la vie et de la passion de notre adorable Rédempteur ; mais le cycle liturgique annuel offrait a u x fidèles loccasion de sarrêter périodiquement à méditer les augustes mystères du e r rachat de lhomme. Cest ainsi que les homélies de saint Léon I sur la Transfiguration, prononcées en cette même nuit à Saint- Pierre, sont un chef-dœuvre du genre. Plus tard, quand on ne comprit plus à fond lesprit de la liturgie romaine qui consacre, par exemple, toute la quinzaine précédant Pâques, à célébrer la Passion du Seigneur; qui dédie le second samedi et le second dimanche de Carême au prodige E R de la Transfiguration; la fête du I janvier au saint Nom de Jésus; lInvention de la sainte Croix dans la pleine splendeur des joies pascales, à la célébration des gloires de linstrument de la Rédemption, on voulut instituer autant de commémorations de la Passion, de la sainte Lance, etc. pieuses en soi et pleines damour, mais qui altèrent lharmonie des lignes de la liturgie romaine, dans laquelle elles représentent une inutile répétition, au préjudice de lordonnance antique. Ce sont des adjonctions qui veulent paraître combler de vieilles lacunes, mais qui mon- trent quon na pas pleinement compris tout la richesse dupatrimoine liturgique traditionnel de lÉglise romaine, de quilon peut redire : floribus dus nec rosae nec lilia desunt. Lantienne qui accompagnait le psaume doffertoire est celledu mercredi précédent ; la prière sur les offrandes est la même quedans lautre dominica vacat après la Pannuchis de décembre;lantienne durant la communion est prise de la messe du mer-credi, tandis que la collecte eucharistique provient du dimanchede sexagésime. E t ainsi le centon de cette messe dominicale
  • confirme deux principes importants : lun est dordre liturgique,à savoir que l a messe de la Pannuchis dispensait primitivementde toute autre messe, si bien que, en certains lieux, le j oui-même de Pâques lon ne célébrait pas le saint Sacrifice. Lautreest dordre théologique, et veut que lesprit ecclésiastique,spécialement dans le champ de la liturgie, qui, pour le fidèle,fait comme partie de son catéchisme, abhorre ce prurit denouveauté qui plaît tant au monde. A tout symptôme dinno-vation les âmes simples et pieuses se troublent, comme si tom-bait en ruines lédifice de leur foi, fortifié par la muraille de latradition séculaire. Prier Dieu avec ces mêmes formulescomposées par les Pères, réciter ces mêmes chants qui lesréconfortèrent dans leurs douleurs et dans leurs luttes pourlÉglise, signifie entrer plus intimement dans leur piété, êtresolidaires de leurs espérances et de leur idéal. e LUNDI APRÈS LE I I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte aux Saints-Côme-et-Damien. Station à Saint-Clément. A basilique des deux médecins anargyres sélève sur leL Forum; elle nest autre que ladaptation, faite parFélix I V , des antiques salles de YEroon de Romulus, et dutemple Sacrae Urbis où lon gardait les archives cadastrales dela Ville. A lépoque byzantine, elle eut le renom dun insignesanctuaire, où les deux martyrs accomplissaient toutes sortesde guérisons miraculeuses en faveur de leurs dévots. L a basilique de Saint-Clément sélève sur les salles duneancienne domus romaine quune tradition très accréditée meten relation avec le pontife homonyme. Rien nempêche decroire que Clément, au lendemain des massacres néroniens,ait recueilli en effet le troupeau dispersé des chrétiens sousces mêmes voûtes de la maison que nous visitons aujourdhui,et les y ait exhortés à persévérer avec constance dans lafoi. Il semble que par la suite, durant la dernière persécution,on ait voulu délibérément en profaner le souvenir chrétien,y installant Mithra, qui, toutefois, sous Constantin, dut ànouveau céder la place au Christ. Dune étude attentive sur la
  • topographie de lédifice basilical, on peut conclure que larchi-tecte a voulu faire correspondre lautel à une ancienne sallesituée à un étage inférieur, et qui était peut-être particu-lièrement indiquée comme celle ayant naguère servi à Clément. Saint Jérôme mentionne expressément le dominicum démen-tis ; et comme à Rome, dans les premiers temps, on nérigeaitde basiliques aux martyrs que sur leur tombe ou dans leurhabitation, ainsi la tradition romaine relativement à la maisonde Clément semble-t-elle ne pouvoir admettre aucun doute. La basilique actuelle fut érigée par Paschal II, après que, danslincendie de Robert Guiscard, la basilique primitive, qui main-tenant se trouve à un niveau inférieur, eut été gravementendommagée. Lintroït est tiré du psaume 25 et dégage une exquise saveur de circonstance. Rappelons-nous que nous sommes dans la maison dun martyr, et, qui plus est, dans lun des premiers édifices ecclésiastiques de Rome. « Rachetez-moi, ô Yahweh, et ayez pitié de moi, car j a i marché dans la voie droite, — cest le martyr titulaire qui parle ; je vous magnifierai au milieu de lassemblée », — cest-à-dire ces synaxes organisées par Clé-ment dans sa maison, et qui préludaient à nos réunions sta-tionnâtes. 0 Levez-vous pour me rendre justice, Seigneur, parceque je suis innocent et, me confiant en Vous, je ne tomberaipas en défaillance. » Dans la collecte, nous demandons à Dieu que, en outre dujeûne corporel qui affaiblit le corps, il nous donne la grâce denous abstenir des vices et de pratiquer la justice. Il sagit doncde deux dons : lun, négatif, déclina a malo ; lautre, positif,et jac bonum, sans quoi la piété ne serait pas vertu. Toute vertuen effet nous exerce à bien faire, et lon ne saurait concevoir unevertu qui ne tendrait à aucun acte. L a lecture si décourageante de Daniel (ix, 15-19), reflète eaussi les tristes conditions de Rome au v n siècle, alors que,à plusieurs reprises, elle fut enserrée par les sièges, dévastéepar la guerre, par la famine, par la peste et par les tremble-ments de terre, à ce point que Grégoire le Grand nattendaitplus désormais que le cataclysme final du monde. Pourtant
  • une confiance illimitée en Dieu, et une espérance assurée gît aufond de toute cette pathétique supplication, bien plus, ellelinspire, et comme Daniel en Babylonie, ainsi à Rome lesRomains sont certains que les mérites de leurs saints Apôtressauveront la Ville sainte, et la mettront au niveau des destinsqui lui furent promis par le divin Rédempteur. Le trait provient du psaume 69 : « N e tardez pas, Seigneur,mon bouclier et mon salut. Que soient confondus et couvertsde honte tous ceux qui attentent à ma vie. » Après sa prédication et son épiscopat à Rome, où allaClément ? Une antique tradition le fait mourir en Chersonèse,et peut-être la lecture de ce jour (Saint JEAN, VIII, 21-29),avec Jésus qui annonce son départ de la Judée et limpossibilitéoù sont les Juifs de le suivre, veut-elle être une applicationliturgique à la situation de Clément, exilé de Rome mêmeaprès sa mort, sans que son entourage païen qui ne voulut pasaccueillir sa prédication romaine, mais le traîna en exil dans lesmines de Crimée, ait pu le suivre dans les sublimes régions dela foi et de la gloire céleste. Le verset doffertoire tiré du psaume 15 remercie Yahweh quisest fait le docteur intérieur de lâme fidèle. Celle-ci considèresans cesse le Seigneur comme lui étant présent, puisque en effetIl est à ses côtés, afin quelle ne soit pas ébranlée par la tentation. L a collecte sur les oblations supplie le Seigneur afin quelHostie de propitiation et de louange nous vaille sa protection. Lantienne pour la communion est tirée du premier versetdu psaume huitième : « Seigneur, quelle magnificence rayonnede votre nom sur toute la terre ! » Ce nom de Dieu qui, sur notreterre, le représente, cest, avant tout, Jésus-Christ, Verbe éternelde Dieu, et, dans sa nature humaine, image parfaite du Père.E n second lieu cest nous, en tant que créés à la ressemblancede Dieu, et élevés, au moyen de la grâce, à participer, à notremanière, à la nature divine, et à la reproduire à la suite deJésus-Christ par la sainteté de notre vie chrétienne. L a prière après la communion est commune à de nombreusesmesses : « Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nosfautes et nous rende participants de votre céleste rédemption. » Dans la bénédiction finale sur le peuple, nous supplions le
  • Seigneur afin que, nous ayant mis au cœur lespérance du pardon,il nous accorde aussi la grâce de son habituelle miséricorde. Les ravages faits par lenvie sont terribles, et nous les voyonsdécrits a u vif par saint Clément dans son épître à lÉglise deCorinthe, où il attribue à cette passion honteuse le martyremême des apôtres Pierre et Paul et des foules immoléespar Néron, dans le cirque V a t i c a n . Lévangile de ce jourdécrit l a jalousie de la Synagogue — limplacable marâtre delÉglise dans tous les siècles de lhistoire —- contre le divinRédempteur, mais son châtiment est annoncé : « Vous mechercherez dans votre rage, dans votre désespoir, mais vous neme trouverez pas ; vous ne pouvez arriver à me nuire, et voussuccomberez, au contraire, à votre iniquité elle-même. » e MARDI APRÈS LE I I DIMANCHE DE CARÊME. Station au titre de Balbine.E N ce jour, il n y avait pas de collecte, peut-être parce que la basilique de Sainte-Balbine sélevait, solitaire, à lextré-mité du mont Aventin, et navait dans son voisinage aucunea u t r e église de l a q u e l l e pût partir la procession stationnale. L a fondatrice du titulus Balbinae — consacré autrefois audivin Rédempteur, avant quil ne prît le nom de la martyreBalbine ensevelie dans le cimetière de Prétextât — est peut-êtrecette même matrone Balbine dont se réclame un terrain dela vaste nécropole de Callixte. Il semble en effet que la liturgiede ce jour, avec lhistoire de la veuve de Sarepta recevantÉlie dans sa maison, ait voulu rendre hommage à la foi de cette EBalbine qui, au déclin du I V siècle, transforma son palais entitre et y accueillit le Sauveur. Lintroït est emprunté au psaume 26. Lâme aspire à la con-templation de la face de Dieu, et ne se contente pas duneconnaissance quelconque des vérités éternelles. « Mon cœurvous dit : j a i cherché votre visage. Cest là tout mon désir;ah ! ne détournez pas de moi votre face 1 » Le désir est excellent,mais combien purs doivent être ces yeux qui souhaitent defixer la lumière éblouissante de Dieu I
  • Dans la collecte, on prie Jésus de nous accorder la persévé-rance dans lexercice du jeûne que nous avons entrepris, afinque nous puissions conduire à bonne fin une pratique que Lui-même voulut accomplir le premier, pour notre exemple. L a lecture de lhistoire de la veuve de Sarepta de Sidon, esttirée du Livre des Rois (III, x v n , 8-16) et symbolise JésusRédempteur qui, rejeté par Israël, est accueilli par la Gentilité,veuve après de nombreux mariages, et jusqualors stérile et sanspostérité. Quand elle rencontre le prophète, la pauvre femmeest en train de ramasser deux morceaux de bois, autant quilen faut justement pour le gibet de la croix, puisque cest dans la croix seulement que Dieu a placé le salut, tant des Juifs que des Gentils. Le répons est celui qui a déjà été récité le jeudi après les cendres, dont la messe date du temps de Grégoire I I ; mais la place primitive du graduel Iacta est dans la liturgie de ce jour. La lecture évangélique est tirée de saint Matthieu ( x x m , 1-12) et nous avertit de ne pas imiter la vaine gloire des rabbins dIsraël qui faisaient montre de zèle et de sagesse relative- ment à la Thora uniquement par orgueil, pour occuper lespremières places dans les assemblées, pour être honorés et salués par le peuple. Tous nous sommes des disciples à lécole du Christ, et Lui est lunique et le véritable Maître et Père de nos âmes. Il est vrai que, à cause de Lui, nous faisons aussilhonneur de ces noms à ceux qui le représentent ici-bas; mais la vénération que nous professons pour la sainte hiérarchie est comme celle que nous nourrissons envers les images sacrées. Notre culte ne sarrête pas aux tableaux ni aux statues reli- gieuses, mais il v a à ce Dieu quils représentent. Le verset de loffertoire est le premier dun des psaumes epénitentiaux, le 50 : « A y e z pitié de moi, Seigneur; dansvotre infinie miséricorde, effacez mon péché. » Dans la collecte sur les oblations nous supplions Dieu daccom-plir, au moyen des saints Mystères, lœuvre de notre sanctifi-cation, et, nous purifiant de nos vices, de nous rendre dignesdes dons célestes. E Le psaume pour la communion est le 9 avec lantienne si pleine dun saint élan : « Je raconterai vos prodiges; je me
  • eL E CHRIST AU MILIEU DES A P O T R E S Fresque du i v siècle, au cimetière de Domitille.
  • réjouirai, jexulterai en vous; je chanterai des psaumes à votre nom, ô Très-Haut ! » L a collecte eucharistique de ce jour est fort belle : « Afin denous rendre dignes de loblation sacrée, faites, Seigneur, quenous soyons toujours dociles à vos commandements. » Dans la bénédiction finale sur le peuple, nous invoquons lapitié divine, pour quelle accueille favorablement les v œ u x detous et guérisse la langueur de lesprit; en sorte que, ayantainsi obtenu la rémission de nos fautes, nous puissions vraimentnous réjouir des bénédictions divines. Cest une tendance morbide desprits mélancoliques et peupénétrés par le divin amour, que celle de sapprocher de Jésusen tremblant, comme dun Juge inexorable et sans pitié. SonCœur cache au contraire un tel trésor de miséricorde pour nosfaiblesses, que personne narrivera jamais à le sonder; plus epeffet le péché nous rend misérables, plus II se sent attiré versnous par la miséricorde. LApôtre disait que le Pontife de notreconfession nest pas de telle nature quil ne puisse avoir pitiéde nous; tout différent, pour cette raison, des pharisiens delÉvangile, qui imposaient au pauvre peuple des chargesarbitraires et insupportables, lesquelles, au lieu de pousser lesâmes en avant, les écrasaient le long de la route. Lexpériencedémontre que les méchants, que les plus imparfaits, sont tou-jours aussi les plus exigeants envers autrui, tandis que les âmesvraiment remplies damour de Dieu se montrent pleines dedouceur envers le pauvre prochain. E MERCREDI APRÈS LE I I DIMANCHE D E CARÊME. Collecte à Saint-Georges. Station à Sainte-Cécile. A basilique où, en ce jour, se groupait le peuple pour laL première collecte avant la procession, est celle qui, mainte-nant encore, sélève de lautre côté du pont sénatorial, dans larégion du Vélabre. L e titulus Caeciliae, lui, se dresse dans le Transtévère, dans lamaison même de la martyre. Des découvertes récentes ontrendu à la lumière une grande partie de ces salles romaines où.
  • Cécile convertit dabord à la foi son époux Valérien et sonbeau-frère Tiburce, et quelle sanctifia ensuite par son martyre.E n 1595, on ouvrit le sarcophage qui, sous lautel majeur,enfermait sa dépouille virginale, et celle-ci fut trouvée dans lamême position quelle avait prise après le coup du bourreau,étendue sur le côté, avec les bras étendus le long du corps et lesgenoux légèrement plies. Elle était vêtue dhabits précieux tissésdor, mais sous ces étoffes de soie, lon put sentir les nœuds ducilice avec lequel, selon les Actes, Cécile maîtrisait sa proprechair. A côté delle, mais en des sarcophages distincts, e rPaschal I déposa les corps des martyrs Tiburce, Valérien,Maxime et des papes Lucius et Urbain. Lintroït, pris au psaume 37, est un cri énergique de la mar- tyre, qui, au milieu de ses tourments, invoque le Seigneur pour quil ne labandonne pas et lui vienne en aide. Dans la collecte on demande un regard bienveillant du Seigneur sur son peuple affligé qui sexténue par les jeûnes, dans lespoir que la grâce lui donnera la force déviter les péchés. Cécile, qui parée de bracelets dor et de gemmes byzantines e rresplendit sur la mosaïque absidale de Paschal I , évoque le souvenir dEsther demandant au roi persan le salut de sa proprenation. L a prière de Mardochée, rapportée dans la lecture de ce jour {Esth., x i n , 8-17), décrit au vif les préoccupations des e Romains du v n siècle, quand la ville éternelle fut assiégéeplusieurs fois, en sorte que, les cimetières des martyrs ayant étéabandonnés au saccage des Lombards, et les basiliques subur-baines ayant été délaissées, il semblait que la douleur et leslarmes étouffaient dans la gorge les j o y e u x chants psalmodiquesqui, en dautres temps, avaient réjoui la liturgie. On trouvaitson compte à répéter la prière de Mardochée : « N e fermezpas la bouche de ceux qui vous chantent un hymne de louange » ;ces paroles éclairent aussi la position de Cécile — la célestepatronne du chant sacré — quand, au son des cithares, durantle banquet nuptial, elle chantait intérieurement au Sei-gneur : «Gardez mon cœur sans tache, afin que je ne sois pasoutragée. »
  • L e graduel provient du psaume 27 : « Sauvez votxe peuple,ô Yahweh, et bénissez votre héritage. Vers vous j a i élevé lavoix, ô mon Dieu; ah ! ne soyez pas muet pour moi, afin queje ne ressemble pas à un cadavre insensible qui descend déjàdans la fosse. » Le trait habituel vient ensuite : Domine, nonsecundum, etc. Semblable en cela à la bonne mère de Jacques et de Jean, dont parle aujourdhui lÉvangile (MATTH., XX, 17-28), Cécile se présente au Seigneur et demande que ses deux fils spirituels, Valérien son époux, et son beau-frère Tiburce, convertis par elle à la foi, siègent à ses côtés dans le ciel. Le v œ u est accueilli,mais à une condition, celle de boire le calice du martyre. E l l eest acceptée : Tiburce et Valérien ploient le cou sous lépée dupersécuteur et tandis que leurs corps reposent en paix souslautel, près de celui de Cécile, leurs âmes sont pour toujoursréunies dans le ciel. Le verset de loffertoire est identique à celui du premierdimanche de lA vent. Cest une élévation de lâme affligée versDieu, dans la ferme espérance que les ennemis nauront paslavantage sur elle. Voici la prière sur les oblations : « Regardez, Seigneur, avecbonté, cette Hostie, et, à cause de ce gage sacré dalliance,tranchez les liens de nos passions. » . e L e psaume durant la communion est le 1 0 : « Y a h w e h estjuste, et il aime la justice avec prédilection; son visage voit cequi est droit. » Dans la collecte eucharistique, nous demandons que le divinSacrement réalise et complète en nous la céleste rédemption,dont le Christ nous a rendus participants. Jésus se nourrit parmi les lis et aime, dun amour de préfé-rence, linnocence des vierges. Son sang néanmoins blanchit lesvêtements des pénitents; aussi, dans la bénédiction sur le peuple,le prêtre invoque-t-il aujourdhui cette aspersion purificatriceafin que les fidèles enflammés dune sainte ferveur, soient fermesdans la foi, et se montrent actifs dans le bien. L e privilège que Jésus accorde à ses plus intimes est celui deboire à son propre calice. I l est amer, mais fortifiant pour lâme.Lamour a besoin de sacrifice et de douleur et sen nourrit. Plus
  • on aime Jésus, et plus on souffre pour Jésus. On souffre parceque lon aime, et lon aime, justement parce que la douleuralimente la chaste flamme de lamour. Aussi le Séraphin dAssise,stigmatisé aux mains, aux pieds et au côté, prêchait-il aupeuple lamour et la souffrance dans ces vers : Si grand est le bien que jattends, Que toute peine mest délice. E JEUDI APRÈS LE I I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte à Saint-Chrysogone. Station à Sainte-Marie au delà du Tibre.L A basilique de Saint-Chrysogone au Transtévère sélève sur lemplacement de lhabitation de ce martyr, dont les salles furent transformées en sanctuaire ou en hypogée sous lautel majeur. Ce temple prétend remonter à Constantin, et le eculte de saint Chrysogone était très célèbre à Rome au i v siècle, à ce point que son nom se trouve encore dans les diptyques ducanon romain. La basilique stationnale transtévérinede la Vierge est une desplus antiques de la Ville, et peut être considérée comme unecontinuation et une extension du titulus Callisti qui sélèveà côté. Nous savons en effet par Lampride que, par une sentencelégale, Alexandre Sévère maintint les chrétiens en possessiondun lieu de réunion au Transtévère, possession qui leur étaitcontestée par les tenanciers de la Taberna emeritoria. Or,danciens documents identifient ce lieu avec le titre de Callixte,duquel, en toute rigueur, lon distinguerait lactuelle basilica E RIulii, érigée par le pape Jules I iuxta Callistum. Mais les deuxédifices étaient si voisins quau moyen âge ils formèrent un seulcorps de bâtiment, et que précédemment, lemplacement avaitété intitulé, du nom du premier fondateur, Area Callisti. Une ancienne tradition veut que Callixte, jeté dans un puits,ait consommé précisément ici son martyre. Dans son libellecontre le pape Callixte, Hippolyte tait complètement ce détail.Pourtant il est démontré souverainement probable par le fait
  • que le Pontife fut enterré sur la voie Aurélia, dans le cimetière ede Callépode, contrairement à lusage papal du 111 siècle, quivoulait quil fût enseveli dans le vaste cimetière que Callixtelui-même avait fait agrandir sur la voie Appia, et qui, pour cetteraison, porte son nom. D e graves raisons durent conseiller cettemesure, et peut-être ne séloignerait-on pas de la vérité, en pen-sant que le Pape, très connu au Transtévère avant même sonadmission dans le clergé, aura péri victime dune émeute popu-laire, et que lagitation des païens aura déterminé les fidèles àdéposer son corps dans le cimetière voisin, sur la voie Aurélia,car il aurait semblé trop risqué en ce jour de faire son transportfunèbre jusquau second mille de la voie Appia. Le corps de Callixte, uni à ceux du prêtre martyr Callépode e ret du pape Jules I , repose maintenant sous lautel majeur dela splendide basilique de la Vierge où se célèbre aujourdhuila station. Lintroït est pris du psaume 69, si cher a u x anciens Pèresd u désert, qui en récitaient très souvent le verset initial en guisedoraison jaculatoire avant toute action de la journée, en toutetentation, devant tout péril : « Levez-vous, ô Dieu, à mon aide;hâtez-vous de me porter secours; que mes ennemis soient confuset couverts de honte. » Dans la prière, nous supplions Dieu, afin que, adonnés commeil convient à la prière et à labstinence, nous puissions tenirloin de nous cette terrible engeance des démons qui, selon laparole évangélique, ne peut se chasser précisément que orationeet ieiunio. L a lecture de Jérémie ( x v n , 5-10) prépare la parabole évan-gélique du mauvais riche. Ici aussi se trouvent en regard deuxsortes de personnes : celles qui cherchent leur paradis en ce mondeet placent leur espérance dans la chair et dans les plaisirs dela v i e ; et celles qui sappuient, comme sur une colonne inébran-lable, sur le bras du Seigneur. Qui sappuie à la chair pourriraavec la chair, tandis que celui qui espère dans le Seigneur nesera jamais confondu. r e Le répons-graduel Propitius est celui de la I lecture de laPannuchis dominicale après les Quatre-Temps de Carême.
  • Si le souvenir de la Taberna Emeritona a suggéré aujourdhui le choix de la parabole du mauvais riche, lapplication ne pouvait en être plus à propos. A légal de ceux qui, au dire de lApôtre, se font un Dieu de leur ventre, les païens passent leur vie plongés dans labondance de tout bien sensuel, tandis que la famille chrétienne, déshéritée le plus souvent des biens tempo- rels, va, déchirée, affligée, jeûnant, et toute courbée sous le poids de la croix. Voilà lhistoire de lÉglise durant ses dix-neuf siècles et plus. Elle est une greffe de la Croix de Jésus, et il ne peut se faire que la vie chrétienne change de nature et soit heureuse selon le monde. Mais le dernier jour viendra rétablir la justice foulée aux pieds. Lazare est porté par les anges dans le sein dAbraham, tandis que le mauvais riche orgueilleux est enseveli dans lenfer. e Lantienne de loffertoire est celle du x n dimanche après la Pentecôte; mais le texte seul, quelque sublime quil soit, ne dit pas tout et il faut lentendre, revêtu des mélodies de la Schola grégorienne : « Moïse se tenant devant son Dieu, se mit à le conjurer : « Pourquoi, Seigneur, êtes-vous irrité contre votre » peuple ? Retenez votre colère et souvenez-vous dAbraham, » dIsaac, de Jacob, auxquels vous avez promis avec serment » de leur accorder une terre sur laquelle couleraient le lait et le » miel. » E t lindignation du Seigneur sapaisa, alors quelle était prête à se décharger sur son peuple... » Ce texte (Exod.,x x x n ) est très important, même au point de vue théologique,puisquil démontre contre les protestants avec quelle efficacitésont invoqués par les fidèles les mérites des saints, pour se rendrepropice la miséricorde divine. LÉvangile avait rappelé au mauvais riche Moïse et lesprophètes à qui il convient de prêter foi, sans attendre de nou-v e a u x prodiges de morts venant nous apporter des nouvellesde lenfer; et voici que Grégoire II trouve un gracieux moyendintroduire également le souvenir de ces anciens patriarchesdans loffertoire. L a collecte sur les offrandes a toujours en vue le but du sacri-fice stationnai, qui est celui de consacrer le jeûne. Aussi à Rome,dès lantiquité, le principe prévalut-il, quil n y eût pas déjeunesans que sa cessation en fût sanctifiée par loblation eucha-
  • ristique. Messe et jeûne sont comme deux termes corrélatifs. L a messe indique toujours la cessation du jeûne — aussi durant le jeûne ne célèbre-t-on pas le banquet eucharistique — mais on ne conçoit pas un jeûne ne se terminant pas par la Messe. L a collecte daujourdhui reflète fort bien cette conception des anciens : « Que par les mérites de ce sacrifice les jeûnes entrepris en votre honneur opèrent notre sanctification, afin quintérieu- rement saccomplisse dans lâme ce quà lextérieur nous exprimons par ces rites. » Lantienne ad Communionem, comme il arrive souvent en ces messes de Grégoire I I , est tirée de lÉvangile; pourtant, contrairement à la règle, elle provient dune péricope tout à fait différente de celle qui a été lue aujourdhui à la messe. Cest une antienne eucharistique : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeurera en moi et moi en lui, dit le Seigneur. » (IOAN., VI.) Dans la collecte après la communion nous prions Dieu de ne pas nous laisser manquer de sa grâce, afin que nous nous appli- quions toujours plus volontiers au service divin, et que nous en ressentions ces effets salutaires que lon peut attendre du con- tact intime avec Dieu. L a bénédiction finale sur le peuple se propose dobtenir du Seigneur q u i l accepte avec bienveillance les supplications de ses fidèles; et, puisque ceux-ci se glorifient dêtre lœuvre de ses mains, et dêtre gouvernés par sa Providence, que cette même Providence répare donc les défauts de la famille chrétienne, et, layant renouvelée selon la plénitude de son type, quelle la conserve perpétuellement telle, une, sainte, catholique et apostolique dans la charité divine. L e mauvais riche vient de mourir, et il est enseveli danslenfer ! Quel sujet de terreur pour tous ceux qui trouvent leurbonheur dans les jouissances d e l à vie mondaine! Recepisti bonain vita tua. Voilà la part que la justice divine réserve à Ësaû età ceux qui, sans se rendre indignes de la vie éternelle en raisonde leurs fautes, attendent une récompense temporelle quel-conque du peu de vertus ou du peu de bien quils auront à leuractif.
  • e VENDREDI APRÈS LE I I DIMANCHE DE CARÊME. Collecte à Sainte-Agathe in Monastero. Station à Saint-Vital.L E rendez-vous de ce jour est dans la diaconie suburrienne de Sainte-Agathe des Goths, rendue au culte catholiquepar saint Grégoire le Grand. De là, la procession se dirigeaitvers le titre de Vestina, qui sélève dans le voisinage et fut e rdédié sous Innocent I au martyr Vital. Qui est ce Vital ?Certains ont pensé quil sagit probablement dun martyrromain confondu par Adon, dans le Martyrologe, avec le martyrhomonyme de Ravenne, et, dans cette hypothèse, ce titre con-sacrerait le souvenir de son ancienne habitation. Toutefois, il semble plus sûr didentifier le titulaire du titreromain de Vestina avec le martyr bolonais, compagnon dAgri-cola, auquel était également dédiée la basilique de Saint-Vitalà Ravenne. Dans la célèbre litanie septiformis de saint Grégoire, pendantla peste, la basilique de Vestina fut choisie comme lieu de rendez-vous ou de collecte, doù la procession des veuves devait se diri-ger vers Saint-Pierre; dans lantiquité, son clergé avait ladmi-nistration du cimetière de la voie Nomentane in agello oùsainte Agnès était ensevelie. A la messe, le choix de lhistoire de Joseph descendu dans laciterne vide et de la péricope évangélique des vignerons perfidesqui lapident le fils du maître, sinspire des actes de saint Vital,selon lesquels ce martyr aurait dabord été enseveli jusquà laceinture dans une fosse, puis tué à coups de pierres. Lintroït est pris du psaume 16 : « A cause de la justice, jeverrai votre face, et je me rassasierai quand resplendira votregloire. » Cest le martyr qui parle, et qui, au déclin de sa vietourmentée, salue déjà par la foi laube du triomphe. Dans la collecte, nous prions le Seigneur afin que le jeûnesacré nous purifie, et que, avec un cœur pur de toute souillurecharnelle, nous puissions nous approcher du sacrement pascal. L a lecture est prise de la Genèse ( x x x v n , 6-22). Joseph, vendupar ses frères aux marchands Ismaélites qui lemmènent en
  • E g y p t e où, par la suite, Dieu lélève au rang de vice-roi et desauveur de lhumanité, est le symbole de Jésus-Christ, livré parses propres compatriotes au gouverneur romain pour être cruci-fié. Dieu toutefois exalte lhumble obéissance de son Fils, leressuscite, et lui donne la gloire dun nom qui est tout un pro-gramme de salut. Dans le répons-graduel, cest toujours le juste persécuté, lemartyr, qui, dans la tribulation, invoque Yahweh et est écouté:« Sauvez, dit-il avec le psalmiste (ps. 119), ô Dieu, sauvez monâme des lèvres du méchant et de la langue trompeuse. » Ensuite vient la parabole évangélique des vignerons perfides(MATTH., XXI, 33-46) où est annoncé clairement le rejet de lin-digne Synagogue et lélection de la gentilité. Terrible condamna-tion qui, depuis plus de dix-neuf siècles, pèse sur Israël et surtous les ennemis du Christ. Lui, il est vrai, est la pierre rejetéepar ceux qui bâtissaient, mais Dieu en a fait la pierre angu-laire. Qui tombera sur cette pierre se brisera, et celui sur quielle tombera en sera écrasé. Lhistoire tout entière de plus dedix-neuf cents ans de christianisme confirme la vérité de cetteprédiction. Néron, Galère et Dioclétien sont passés comme unouragan terrible, certes, mais de brève durée; toutes les idolesde Rome païenne gisent au fond de la Méditerranée, où firent eneffet naufrage les navires des Vandales qui, pendant deux semai-nes, avaient saccagé la Ville éternelle. A u commencement duI V siècle, Lactance écrivit son livre De mortibus E persecutorum,mais outre les noms des persécuteurs venus ensuite, combiende pages sont laissées encore en blanc pour y noter le châtimentde tous les futurs ennemis du Christ ? Tous les siècles défilentdevant lui comme dans une revue; L u i seul vincit, régnât,imperat, heri, hodie, Ipse et in saecula. Lantienne de loffertoire provient du psaume 39; cest le cride lopprimé, qui appelle Dieu à laide. Ses ennemis attententà sa v i e , mais le Seigneur accueille le martyr dans sa gloire,tandis que la honte du sacrilège tombe sur les assassins. L a collecte sur les oblations est concise, et, traduite, perdbeaucoup de sa valeur. On y demande deux choses : que le divinSacrifice actione permaneat et op&ratione firmetur; cest-à-direque lefficacité et le contenu mystique du Sacrement aient leur
  • pleine et stable réalisation dans lâme des communiants; et que,même, la correspondance assidue des fidèles à ces grâces eucha-ristiques en intensifie leffet. Ceci nest quune paraphrase quine "vaut pas la beauté sculpturale de loriginal latin. L a Communion provient du psaume n : « Seigneur, conservez-nous et gardez-nous maintenant et toujours. » Conservez-nousnon seulement dans notre être naturel, mais dans votre grâceet dans votre amour, puisque, sans le soutien continuel de votrebras, nous ne pouvons, je ne dirai pas faire un pas, mais mêmenous tenir debout devant vous. L a collecte a une saveur exquise dantiquité classique : «Ayantreçu dans nos cœurs le gage du salut éternel, faites, Seigneur,que nous y aspirions avec tant dinsistance que nous lobtenionsheureusement. » Mais, je le répète, la traduction gâte loriginalsi concis et si élégant. Dans la bénédiction sur le peuple, le prêtre invoque la grâcedivine, pour quelle garde les fidèles dans lesprit et dans lecorps. Cest en un sens meilleur, la mens sana in corpore sano du poète; puisque un spiritualisme outrancier qui divise ce que Dieu a uni, est aussi ennemi de la droite piété que le naturalismesensuel. La chair et lâme ont eu toutes deux part au péché ; il estnécessaire que Tune et lautre aient part à lexpiation, à la sanc-tification, et, finalement, à la glorification. LÉglise, craignant que la splendeur de sa liturgie puisseinduire les simples en erreur, comme si le christianisme consis-tait tout entier à faire des cérémonies ou à participer aux sacre-ments, insiste continuellement, dans les formules quadragési-males, pour que, au moyen des œuvres, nous donnions uneréalité à lélévation de lexpression liturgique. Sans ce travailassidu de réalisation personnelle et intime, la liturgie se rédui-sant à une sorte de formule magique, on sexplique très bien ceque dit lÉvangile de tous ceux qui, dans la vie, occupent lespremières places à la suite de Jésus, qui prophétisent et opèrentdes prodiges en son nom, et qui, après la mort, sont reniés etcondamnés par le Christ lui-même, Nescio vos : Je ne vous con-nais pas. Éloignez-vous de moi, vous tous qui opérez liniquité.Ce nest pas le rite ni la foi inerte, ce sont les œuvres selon la foiqui comptent.
  • SAMEDI APRÈS LE II® DIMANCHE D E CARÊME 115 e S A M E D I APRÈS L E I I DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Clément. Station aux Saints-Pierre-et-Marcellin. L É G L I S E du rendez-vous est déjà connue : cest le Clementis, distant denviron 300 mètres du titre des Saints-Pierre-et-Marcellin. Cette dernière basilique fut érigée du temps dominicumdu pape Sirice, et, selon lhabitude romaine, consacre probable-ment le souvenir de lhabitation en ce lieu, de lun, au moins,des deux martyrs. Nous savons par le pape Damase que, dansson enfance, il apprit les détails de la passion des saints Pierreet Marcellin de leur bourreau lui-même : Percussor retulit mihi Damaso cum puer essem,et comme aujourdhui la liturgie soccupe fort du contraste entredeux frères, Ésaû et Jacob, le fils fidèle et le prodigue, il est àcroire quil y a là une allusion à ce bourreau, qui expia son crimepar le baptême et la pénitence. Lintroït provient du psaume 18; cest léloge de la loi du Seigneur, qui est parfaite, irréformable, et qui, tout en illumi- nant lintelligence par la connaissance du devoir, excite aussi le cœur et donne à la volonté la force de laccomplir. Cest là quest la différence entre la loi si suave de lÉvangile et celles des hommes — et aussi pour une grande part celles de la Syna-gogue. Ceux-ci prêchent et disent fort bien, mais tiennenttrop peu de compte de la déchéance de la nature humaine, quine peut sélever par elle-même, si Dieu ne la soulève et ne luidonne de vouloir ce quil veut. La collecte développe encore la même notion du jeûne : àsavoir, que la macération du corps tourne en profit spirituel. La lecture de la Genèse (xxvn, 6-40), avec Jacob qui se sub-stitue à son frère aîné Ésau et obtient la bénédiction paternelle,fait allusion aux Gentils, qui, dans léconomie divine de laRédemption, prennent la place du peuple juif, protégés quilssont par les mérites de notre Seigneur Jésus-Christ symboliséspar ces peaux dagneaux dont Jacob sest couvert le cou et lesmains.
  • Le chant responsorial provient aujourdhui du psaume 91 :« Combien il est doux de chanter vos louanges, Seigneur, et dejouer de la cithare en votre honneur, afin dannoncer dès laurorevos miséricordes, et de glorifier votre lumière et votre véritéparmi les ténèbres de la nuit. » Le juste sent le besoin de séleveret de communiquer sans cesse avec Dieu dans la prière. Cestpourquoi, de bon matin, il rend grâces à Dieu de la miséricordeavec laquelle il le prévient avant que le soleil dore les mon-tagnes de ses rayons ; et le soir, quand tout se tait autour de lui,et quun voile de ténèbres enveloppe le nature, à lexemple deJésus qui erat pernoctans in oratione Dei y il élève son âme vers leSeigneur et il puise Là-Haut ces lumières et cette force qui luisont nécessaires pour les œuvres de la journée. Ainsi agit lÉglisedont il est écrit dans la Sagesse : De nocte surrexit deditquepraedam domesticis suis... non extinguetur in nocte lucerna eius;ainsi ont toujours fait les grands apôtres et les saints, parexemple, saint François Xavier, qui, durant le jour, se fati-guait dans les œuvres de son apostolat chez les Indiens, et, lanuit, traitait les affaires de son ministère avec le divin Sacre-ment de lautel. La parabole évangélique de lenfant prodigue ( L u c , xv, 11-32) continue lallégorie commencée déjà dans la lectureprécédente. Le prodigue est le peuple Gentil, qui a dissipé sesbiens naturels en suivant les instincts des passions. E t parcequil na pas voulu reconnaître Dieu, comme il convenait, à lalumière de la droite raison, il fut, en vertu dun jugement divin,abandonné, comme lenseigne saint Paul : in reprobum sensumet in passionem ignominiae. Voilà les glands dont se nourrissentles animaux immondes. Le frère dédaigneux, qui se plaint parce que son père fait sigrande fête au pauvre prodigue, revenu, repentant, sous le toitpaternel, cest le peuple hébreu, qui a fait limpossible pour queles apôtres nouvrent pas les portes de la Rédemption aux païens. Loffertoire est tiré du psaume 12 : « Illuminez-moi, Seigneur,pour que je ne mendorme pas dans le sommeil de mort, et quelennemi nait pas à dire : « jai prévalu sur lui ». Le sommeilde mort signifie non seulement la mort corporelle, mais aussilassoupissement de lâme égarée dans limpénitence finale.
  • De telles âmes ne sentent plus ni honte ni remords; elles fontle mal et sen font gloire, puisque, extérieurement, tout leurréussit selon leurs désirs. Cet état est le prélude de la réprobationfinale, et la félicité apparente dont jouissent ces âmes, lesfit com-parer par Jérémie à un troupeau qui se laisse engraisser dans lespâturages fertiles pour le jour du sacrifice. Ce sommeil de mortdésigne aussi la tiédeur, qui est lune des maladies spirituelles lesplus difficiles à guérir. Il faut la prévenir avec toute la diligencepossible, et, dans ce but, il est nécessaire de tenir lâme en con-tact assidu avec la lumière divine, afin que la pénombre et lamonotonie des exercices faits simplement par habitude nevaillent pas à lesprit ce funeste sommeil, La secrète sinspire dun verset du psaume 18 : Ab occultismets munda me et ab alienis t parce servo tuo, selon le texte desSeptante et de la Vulgate, sens qui est probablement inexact.Au lieu de alienis ou étrangers, il semble en effet quon devraitlire et traduire : tenez loin des superbes votre serviteur. L acollecte modifie quelque peu lexpression du psaume, et, par lesmérites du sacrifice eucharistique, implore la rémission tant desfautes personnelles que des fautes collectives, extérieures etsociales commises parfois par simple omission, quand quel-quun serait tenu dempêcher le mal et sen abstient. Cest unaspect un peu inaccoutumé, mais très vrai, de la responsabilitéque nous avons devant notre conscience et devant Dieu, pourles fautes que nos inférieurs, ou la communauté tout entière,peuvent commettre grâce à notre acquiescement ou par solida-rité avec ceux qui violent les règles de la justice. Dans les tempsmodernes spécialement, quand les peuples se gouvernent pareux-mêmes au moyen du régime représentatif, combien dedélits se peuvent commettre, ne fût-ce que par labstentionnismedans les élections politiques et dans les parlements, et dont estsolidaire, non pas un seul individu, mais une nation tout entière. Lantienne durant la distribution des Dons sacrés est tiréede lévangile de ce jour : « Mon fils, il convient que tu ten réjouis-ses : voici que ton frère était mort, et maintenant il revient àla vie; il était perdu, et il est retrouvé. » Après la communion, nous prions pour que la vertu duSacrement pénètre dans le plus intime de notre être ; mais il faut
  • pour cela que nous ouvrions toutes les portes de notre âme, etquil ne sy trouve pas de replis réservés et inaccessibles àJésus qui nous visite. Dans la bénédiction finale sur le peuple, le prêtre supplieDieu de garder miséricordieusement sa famille, cest-à-direlÉglise militante, et puisque, à la différence de lÉglise triom-phante qui se recrute exclusivement parmi les saints dans leciel, celle-ci, sur la terre, sappuie uniquement sur linfiniemiséricorde de Dieu pardonnant les péchés des hommes, nousprions le Seigneur de nous assister par sa grâce, afin que laferme espérance que nous avons en Lui ne soit pas déçue. Ne nous montrons pas durs envers ceux qui arrivent de loin,comme lenfant prodigue. Nous aussi, un jour, nous étions trèséloignés, et si maintenant nous sommes unis ensemble pourformer un seul peuple, le peuple de Dieu, cela vient de ce que leBon Pasteur nous a ramenés au bercail. Il faut aplanir les diffi- cultés, faciliter les conversions, imiter les anges du ciel, qui font fête autour de Jésus quand un pécheur égaré rentre dans le droit chemin. e III DIMANCHE D E C A R Ê M E . Station à Saint-Laurent.L A basilique de Saint-Laurent doit ses premières origines à Constantin, mais, comme elle était trop petite, Pelage IIlui ajouta une grande salle supérieure qui fut dédiée à la sainteVierge. Ce fut la raison qui amena Léon IV à y établir la stationle jour octave de lAssomption. A ce caractère mariai de lédi-fice, fait aujourdhui allusion la lecture évangélique, avec lélogede la Mère de Dieu, qui donna bien, de son propre sang, lhuma-nité au Christ du Seigneur, mais qui se nourrit spirituellement àson tour de sa parole et en vécut. Les autres parties de la messese rapportent au martyr titulaire de la basilique Tiburtine. Lintroït est emprunté au psaume 24 : « Mes yeux sont tournésvers Yahweh, car cest lui qui dégage mes pieds des lacets, alorsque je suis pauvre, seul et sans aide. » Voici Laurent, le stauro-phore de lEglise romaine, qui, environné dennemis, et placésur le gril embrasé, supplie, obtient et triomphe.
  • TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME La collecte a un caractère général. On y implore un regard deDieu, afin que, voyant notre misère, il étende son bras pour nousdéfendre. Selon les actes de saint Laurent, tandis que lintrépide léviteétait enveloppé de la lumière rouge du bûcher, une autre lumièresupérieure éclairait son âme. Cest pourquoi, après quil eutaccompli de grands travaux de transformation dans la primitivebasilique du martyr (au niveau du cimetière de Cyriaque),baignée désormais de la lumière qui émanait de la salle supé-rieure contiguë, Pelage III sinspira de cette pensée pour com-poser un gracieux distique quon lit encore aujourdhui autour •de la mosaïque du grand arc triomphal. Martyrium olim flammis Levita subisti lure tuis templis lux beneranda redit. Cest à dessein quaujourdhui, dans la lecture de saint Paulaux Éphésiens (v, 1-9), il est parlé de la lumière et de ses fruits,qui nous sont dabord décrits sous leur aspect négatif, commesabstenir des instincts sensuels, des paroles inconvenantes,du culte de largent; puis, sous leur aspect positif, in omnibonitate, iustitia et veritate. La bonté et la justice sont pour la volonté, et la vérité pourlintelligence. Les deux premières vertus se complètent, afinque lune sans lautre nexcède pas ; la vérité resplendit aux yeuxde lâme, afin que le jugement qui précède laction soit conformeau bon plaisir divin. Cest justement dans cette conformité queconsiste le vérité. Le répons est tiré du psaume 9, et invoque laide de Yahwehpour que, malgré lapparent moment de triomphe remporté par letyran sur le martyr, la victoire finale soit à Dieu. Bien plus,Laurent prédit déjà la gloire de ce jour, et voit les ennemis quireculent, perdent toute force et disparaissent quand Dieu semontre. Dans son Peri-Stephanon, Prudence a admirablementexprimé ces sentiments de saint Laurent sur son gril, quand illui fait apercevoir, en une vision lointaine, Constantin accordantla paix à lÉglise, et édifiant aux martyrs de la foi des basiliquessomptueuses. Le trait, conclusion primitive de la seconde lecture qui précé-
  • dait lévangile, est le chant 122 du psautier de David. On ydécrit les sentiments de lâme qui, étreinte de toutes parts parles tribulations dici-bas, lève ses regards vers le ciel; et, commelesclave et la servante sont attentifs au moindre signe desmaîtres, ainsi ne perd-elle jamais de vue le Seigneur. Le passage évangélique de ce jour ( L u c , xi, 14-28) ne pou-vait être plus approprié à la circonstance. Avant la venue deJésus, le démon opprimait cruellement le monde, et ses citadellesétaient lidolâtrie et la sensualité. Le Messie est arrivé, et ila affranchi lhumanité de ce joug honteux, au moyen de laRédemption par la Croix. La maison, ou latrium symbolique,dont parle aujourdhui lÉvangile, fait allusion au monde, eten particulier à Rome païenne, qui était la ville forte du royaumede Satan, et dont le Seigneur triompha au moyen de ses martyrs.Dès lantiquité, saint Laurent fut salué comme le porte-étendardde cette phalange — et cest aussi comme tel quil est représentésur les anciennes mosaïques, avec la croix en main; mourant,il salua déjà le monogramme du Christ reproduit ad S axa rubrasur le labarum triomphal, et prédit la conversion du premierCésar chrétien. Une femme du peuple prend prétexte des paroles de Jésuspour louer sa Mère bénie; Jésus ne le lui défend point, mais,de préférence au privilège tout gratuit davoir été la Mère deDieu selon la chair, privilège sur lequel il nétait pas opportunque ce peuple charnel insistât trop, il relève le mérite etla grandeur dune âme qui accueille spirituellement et gardedans son cœur le Verbe divin. Lantienne de loffertoire chante avec le psalmiste (ps. 18) leslouanges de ce Verbe divin, règle éternelle de sainteté quiréjouit les cœurs et ne les opprime pas, puisque la grâce plieaussi la volonté à obéir, tout en la laissant libre pour agir.La parole de Dieu est douce comme le miel parfumé qui couledu rayon. e La secrète est celle du I I I dimanche après lEpiphanie, Lantienne durant la communion est empruntée au psaume 83:« Le passereau se trouve une maison, et la tourterelle un nid pourses petits. Ma demeure est près de vos autels, 6 mon Dieu,Bienheureux ceux qui habitent dans votre maison et vous louent
  • sans cesse. » Ce sont là en particulier, les sentiments dune âmereligieuse qui habite sous le même toit que Jésus au saint Sacre-ment, et qui, nuit et jour, rivalise, par les cantiques de la sainteliturgie, avec les séraphins du ciel, pour louer la majesté de Dieu. Voici la petite collecte daction de grâces : « Seigneur, faitesque ceux que vous avez rendus participants dun si grandMystère, soient aussi absous par vous de toute faute. » E n effet,selon lenseignement du concile de Trente, la sainte Communionnest pas seulement lantidote contre la rechute dans le péché,mais le bain salutaire, le bain de feu, où lâme se purifie destaches contractées dans les faiblesses de chaque jour. LÉglise célèbre ses solennelles stations dans les sanctuairesdes martyrs, pour affirmer que nous sommes les héritiers deleur patrimoine spirituel. Leur sang a cimenté lédifice chrétienprimitif, et nous maintenant, fils des martyrs, nous leur succé-dons dans la profession dune foi identique. E L U N D I APRÈS L E I I I DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Adrien. Station à Saint-Marc.L A diaconie de Saint-Adrien sélève sur le Forum, dans lancienne salle du Sénat et elle fut dédiée par le pape E R Honorius I à la mémoire de ce célèbre martyr de Nicomédie,qui, durant la période byzantine, eut des églises, des monastères et un culte très populaire à Rome même. La basilique stationnale de Pallacine, dédiée par la suite àlévangéliste Marc, fut érigée par le Pape du même nom, et estlunique monument consacré dans Rome à la mémoire de cedévot disciple de Paul et fidèle interprète de Pierre, qui, outrela part quil eut, avec les apôtres, dans la première évangélisa-tion de la Ville éternelle, écrivit son évangile après la mort deceux-ci à la prière des Romains. Sous lautel principal du titulus Marci repose le corps dufondateur, avec les reliques des martyrs Abdon et Sennen.Nous nous trouvons donc comme en un sanctuaire oriental aucœur de la ville, avec Marc dune part, le grand fondateur dusiège patriarcal dAlexandrie — lélément égyptien à Rome était 10
  • important — et les Persans Abdon et Sennen de lautre. L apéricope scripturaire de ce jour tient précisément compte de cecaractère oriental des titulaires de la basilique, et nous fait lirepour cette raison lhistoire de Naaman le Syrien, qui, ayantlaissé les bains voluptueux de Damas, guérit de la lèpre aprèssêtre plongé dans le Jourdain. Ce passage sadapte admirable-ment aux catéchumènes, qui, hier, en effet, ont commencé lecours dinstruction préparatoire au baptême. Pierre, observeTertullien, a baptisé dans le Tibre, et, si les aspirants veulentguérir de la lèpre de linfidélité et du péché originel, ils doiventshumilier, abandonner les fleuves de Damas, cest-à-dire lessatisfactions de leur ancienne vie sensuelle, et se plonger dans les eaux limpides du saint Baptême. Lintroït est tiré du psaume 5 5 . Le fidèle oppose à la gloirehumaine, la gloire qui lui est réservée en Dieu; sa parole nedisparaîtra jamais, et toutes les menaces des hommes ne pour-ront modifier le splendide programme de salut que le Seigneura promulgué. Dans la collecte, on revient avec insistance sur la qualité denotre jeûne, qui ne doit rien avoir de commun avec le Ramadandes fils de lIslam ou avec celui dIsraël. Le jeûne chrétien con-siste essentiellement à refréner les passions et à sabstenir dupéché. Suit la lecture du livre I V des Rois (v, 1-15) avec la guérisonde Naaman le Syrien, opérée par le prophète Elisée moyennantun septuple bain dans le Jourdain. Létranger, couvert de lèpre,mais cependant orgueilleux au milieu de toute la misère de sesplaies, se considère presque offensé de ce que le Voyant dIsraëlnemploie pas à son égard des rites solennels et des moyens horsdu commun; bien plus, quil ne sorte même pas pour lui par-ler, mais quil lui ordonne simplement de se laver dans leJourdain. E t pourtant il en est ainsi. Voulant vaincre ledémon superbe, Dieu sest complu à le faire par des moyenshumbles, cest-à-dire par lœuvre des Sacrements et des Sacra-mentaux, afin dhumilier de plus en plus lennemi dans sadéfaite. Cest pourquoi, si Naaman veut guérir, il doit dabord déposer tout orgueil, se reconnaître impur, et aller pour cela se plonger dans le Jourdain, là précisément où, quelques siècles
  • plus tard, Jean préludera à notre baptême chrétien par sonbaptême de pénitence. Comme il est de règle, le répons provient du même psaumeque lintroït : « O Dieu, mes jours vous sont connus ; devant vousjai recueilli mes larmes. Ayez pitié de moi que lennemi pour-suit; mes agresseurs me pressent tout le jour. » Le passage évangélique qui suit est appelé par la lecture qui evient dêtre faite au I V Livre des Rois. Dans la synagoguede Nazareth, le Sauveur reprochera à ses concitoyens davoirimité lincrédulité de leurs ancêtres du temps dElisée, eux quiobligèrent le prophète à opérer des prodiges seulement en faveurdes étrangers. Exemple terrible, qui nous donne matière àréflexion. Les grâces divines, répandues parfois si abondammentsur certaines âmes privilégiées, trouvent en elles très peu decorrespondance, si bien que, par la suite, sy ajoute la paresseet le dégoût pour les choses les plus saintes. Ces sacrements,ces prédications, ces exercices de piété qui parfois touchenttant le cœur des pécheurs, nont plus aucune efficacité pour cesâmes religieuses attiédies, rendues comme apathiques parlabondance des dons divins, à légal de ces malades qui nedigèrent plus la nourriture quils prennent. Le verset ad offerendum est tiré du psaume 54 : « Écoutez, ôYahweh, ma prière, ne rejetez pas de vous mon cri, mais tournez-vous vers moi et mécoutez. » Dieu écoute toujours la prièredun cœur humble et droit ; même quand lindignité du suppliantrend inopportunes certaines grâces de spéciale importance quilose demander, Dieu ne rend pas son oraison inutile, mais il luiaccorde ce qui est plus essentiel, cest-à-dire le retour à la grâcesanctifiante moyennant la conversion du cœur. La prière de ce jour sur les oblations est fort belle : « Ce quiest pour nous un acte dû, de culte et de sacrifice, hommage denotre dévotion, vous, Seigneur, faites que cela devienne aussisacrement de rédemption. » Lantienne pour la communion est elle aussi comme un cri devictoire. Elle est tirée du psaume 13 : « Qui enverra de Sion leSauveur à Israël ? Quand le Seigneur délivrera son peuple dela servitude, Jacob exultera, et Israël tout entier fera fête. » La collecte eucharistique répète, en dautres termes, un con-
  • cept qui revient souvent dans les formules correspondantes dela liturgie romaine : « Faites, Seigneur, que, en outre de la parti-cipation matérielle à votre sacrement, nous expérimentionsaussi son efficacité au moyen de la foi et de la dévotion actuelle. » La bénédiction finale sur le peuple sexprime ainsi : « Que votremiséricorde, Seigneur, vienne à notre secours, afin que votredroite victorieuse nous fasse échapper aux fléaux imminentsmérités par nos péchés » ; allusion à Rome, continuellement expo-sée aux sièges des Goths, des Visigoths, des Lombards, déman-telée par les tremblements de terre, dépeuplée par la famine, e e edécimée par la peste, durant les v , v i et v u siècles. Si Venise se glorifie des reliques de saint Marc, Rome peut,à plus juste titre,lui adresser le salut en usage dans la sérénissimerépublique : Pax tibi, Marce, Evangelisia meus. « Meus » en effet,à bon droit, puisque saint Marc et saint Luc exercèrent ensembleleur apostolat dans la Ville éternelle, à la suite des deux princesdes apôtres Pierre et Paul; ils y écrivirent leur évangile, etlantiquité chrétienne se plaisait en particulier à donner àMarc le glorieux titre dinterprète de Pierre. E MARDI APRÈS L E I I I DIMANCHE D E CARÊME. Collecte aux Saints-Serge-et-Bacchus. Station à la Basilique Pudentienne.L ÉGLISE du rendez-vous doit son origine aux Byzantins, qui élevèrent à Rome au moins cinq temples en lhonneurdes martyrs Serge et Bacchus. Lun deux se trouvait dans larégion des Monti, le Canelicum, ayant auprès un monastère, où,précisément aujourdhui, se rassemblait le peuple romain pourla procession stationnale à la basilique de Pudens. La domusPudentiana ou le titulus sancti Pudentis fut lun des plus ancienstitres urbains, et rien jusquà présent ne dément lantique tradi-tion ecclésiastique qui veut quelle ait été sanctifiée par le séjourde Pierre dans la maison du sénateur Pudens. Les souvenirs du e rpape saint Pie I , de son frère Hermas lauteur apocalyptiquedu Pastor, de Priscille, de Pudentienne, de Praxède, de Justinle Philosophe, dHippolyte le Docteur, se groupent tous surle Viminal, et se rattachent à lhistoire de la maison de Pudens,
  • DOMINUS CONSERVATOR ECCLESIAE Mosaïque de labside de la basilique cPUDENTIANAE Pudentienne fiv siècle!.
  • een sorte quil semble quelle ait vraiment été au 11 siècle larésidence pontificale. La sainte liturgie sest fait lécho de cette tradition locale, etla lecture évangélique de ce jour, avec lhistoire de Pierre inter-rogeant le Seigneur relativement à lusage du pouvoir des clefs,a été précisément choisie pour évoquer le souvenir de lApôtrequi fut lhôte de Pudens en cette maison. Lintroït est tiré du psaume 16, où est exprimée avec tant debeauté lespérance que le Seigneur gardera sous les ailes de sonpatronage tous ceux qui mettent leur confiance en lui. Ce versetdu psaume est à mettre en regard de la mosaïque absidale de labasilique Pudentienne, où lon voit le Sauveur étendant lamain pour protéger le titre apostolique et lantique résidence despapes du second siècle. Il tient un volume ouvert sur lequel onlit : Dominus conservator Ecclesiae Pudentianae, pour indiquerla protection spéciale réservée à cette basilique, qui, autre-fois, était comme lexpression visible et le trophée de laposto-lat et de la primauté romaine de saint Pierre. La collecte insiste dans la demande des fruits du jeûne, quisont précisément ceux quexprime la préface quadragésimale :corporali ieiunio vitia comprimis mentem t élevas, virtutem largiriset praemia... e La lecture du I V Livre des Rois (iv, 1-7) où il est questionde lhuile multipliée par Elisée en faveur dune pauvre veuve àlaquelle le créancier allait prendre ses fils pour les traîner enesclavage, fait peut-être allusion à Pierre, dont la présence dansla maison de Pudens fut cause dabondance et de prospérité. Le graduel provient du psaume 18 : « Purifiez-moi, ô Yahweh,des fautes occultes, et tenez loin de moi ceux qui vous sontétrangers; sils nobtiennent pas dempire sur moi, alors je seraipur et indemne de toute faute grave. » Il sagit des Gentilsidolâtres, avec qui le psalmiste ne veut rien avoir de commun, depeur quils ne le contaminent légalement. La compagnie desméchants constitue trop facilement un péril pour les bons. La lecture évangélique (MATTH., X V I I I , 15-22) établit troisliens puissants qui conservent à lÉglise son unité mystiquedans lamour de Dieu et dans la charité du prochain. Ce sont :
  • le sacrement de Pénitence, pour la rémission des péchés; le par-don fraternel des offenses réciproques que nous pouvons nousfaire les uns aux autres; la solidarité de tous les membres ducorps mystique de Jésus dans un unique esprit. Le chrétiennagit jamais solitairement. En vertu de la communion des Saints, il vit, souffre, prie et agit dans lÉglise et avec lÉglise, ce qui revient à dire : avec Jésus. e Lantienne ad offerendum est la même quau I I I dimancheaprès lEpiphanie; mais en ce jour elle entend signifier tout unchant de triomphe en lhonneur de la domus Pudentiana, dontle conservator est le Rédempteur lui-même. La collecte sur les oblations veut nous obtenir les fruits de larédemption, afin que, les passions vicieuses étant refrénées, rienne mette obstacle à lopération de la grâce eucharistique. Lantienne pour la communion est tirée du psaume 14 :« Seigneur, qui habitera sous votre tente ? ou qui reposera survotre montagne sainte ? Celui qui marche sans faute et opère lajustice... » Quelle pureté en effet, ne faut-il pas pour entrer au paradis, où ne peut pénétrer une tache de péché, ou un défaut si petit soit-il ! La collecte eucharistique est comme la conséquence de lapensée exprimée dans le verset précédent : « Purifiés que noussommes, Seigneur, par loblation sacrée, faites quavec le pardon nous méritions aussi votre grâce. » La formule de la bénédiction finale sur le peuple est gracieuse : « Prenez-nous sous votre protection, Seigneur, et gardez-nous de tout péché. » Tous les autres maux, en effet, ou bien ne sont quapparents, ou bien sont réparables, ou de courte durée. Seul le péché sépare lâme davec Dieu, et doit être terriblement redouté. Répétons encore une fois le souhait du pape Sirice, inscritsur la mosaïque de la basilique Pudentienne ; — la dédicace à la sainte homonyme est postérieure — Dominus conservator Ecclesiae Pudentianae. La charité et lhospitalité nont jamais appauvri personne, et un malheureux, accueilli dans une mai- son pour lamour de Dieu, y attire les bénédictions de la divine Providence.
  • e M E R C R E D I APRÈS L E III D I M A N C H E D E CARÊME. Collecte au titre de Balbine. Station à Saint-Sixte. N ous connaissons déjà le titre de Balbine sur le petit Aventin; léglise de Saint-Sixte est à peu de distance de là, sur lavoie Appia, et, avant quon y ait transporté, du cimetière deCallixte, le corps du martyr Sixte II, elle était connue sous lenom de titre de Tigride, qui était celui de sa fondatrice. Unmonastère de vierges y était annexé; Honorius III le céda parla suite à saint Dominique. Dans lantiquité, cest aujourdhui que commençait le scrutindes catéchumènes qui voulaient être admis au baptême la veillede Pâques; la messe a donc un caractère nettement catéchétique,spécialement dans ses lectures. Lintroït est emprunté au psaume 30. Cest lâme qui exultedans le Seigneur, parce que lespérance en son aide na pas étévaine. La collecte sadresse au Seigneur, afin que, complétant lejeûne corporel par la purification intérieure de lesprit qui setient éloigné de toute faute, nous puissions plus sûrementespérer obtenir le pardon. Il faut avoir toujours présent à lapensée le caractère nettement pénitentiel quassumait le Carêmeautrefois pour ceux qui se préparaient au baptême. Le plussouvent, il sagissait dadultes, de convertis, et, par suite, lasainte quarantaine était pour eux le temps par excellence defaire pénitence, de détester le péché et de se préparer aubain régénérateur in remissionem peccatorum. La lecture de lExode, avec la promulgation solennelle duDécalogue (xx, 12-24) sadresse surtout aux catéchumènes. Le Nouveau Testament suppose lAncien, dont il est la conti-nuation, et la loi évangélique de lamour nest que lachèvementet la dernière perfection donnée par le Verbe incarné à la Thoramosaïque. La catéchèse chrétienne commence donc avec leDécalogue, et se termine avec le dernier sermon prononcé à laCène par Jésus.
  • Il convient de remarquer que lordre primitif des lectures aux j ours des scrutins baptismaux a été un peu troublé ; les documents e romains du v m siècle prescrivent en ce jour la lecture dÉzé- chiel (xxxvi, Effundam super vos aquam) qui, dans le missel actuel se lira mercredi prochain, jour où se faisait le second e scrutin. Lévangile de ce jour, au lieu dêtre celui du x v chapitre de saint Matthieu, assigné maintenant par notre missel, était la péricope Confiteor tibi Pater (MATTH., XI) désormais réservée à la fête de saint Mathias. Ces passages de rechange pour les scrutins navaient probablement pas de place fixe, comme les jours assignés aux scrutins eux-mêmes, qui, de trois quils étaient dabord, passèrent à sept au V I I siècle. E Le graduel est tiré du psaume 6 : « O Yahweh, ayez pitié de moi, parce que je suis infirme. Mes os me font mal et mon esprit est dans langoisse. » Voilà ce que saint Paul appelle stipendium peccati, les conséquences de la faute : laffliction et la mort. La lecture évangélique (MATTH., X V , 1-20) rappelle celle de lExode, faite tout à lheure. A u x futiles questions des pharisiens relativement à lobservance des traditions du Sanhédrin, Jésus répond en les accusant davoir perverti le Décalogue avec leurs usages, et il cite le cas des fils qui, grâce à la tradition du Talmud, toute au profit des ministres intéressés du Sanctuaire,laissaient mourir de faim leurs parents. La sainteté des phari- siens était toute rituelle et toute extérieure, tandis que Jésus- Christ insiste sur la valeur spirituelle et morale que doit revêtir en nous le culte de Dieu. Il nest pas dit pour cela que les ritesextérieurs soient à négliger; il est nécessaire que le composéhumain tout entier, cest-à-dire lâme et le corps, adorent etservent Dieu selon leur nature propre, mais la part principalerevient évidemment à lâme, appelée comme elle lest à adorerle Père in spiritu et veritate. Le corps doit servir simplementdinstrument et daide. Lantienne ad offerendum est prise du psaume 108 : « Seigneur,pour votre nom lui-même, agissez avec moi selon votre miséri-corde, puisque suave est votre bonté. » Voici le motif dernier etdécisif de lamour que Dieu nourrit pour lhomme. Ce ne sontpas nos mérites ni notre amabilité qui le poussent à nous aimer,mais II nous aime gratuitement, Il aime parce quil est
  • amour, et en nous aimant, Il crée en nous les vertus corres-pondantes à son amour, Il nous fait bons : imagini bonitatissuae conformes. Dans la collecte sur les oblations, nous supplions le Seigneur daccueillir notre sacrifice et nos prières, afin que sa grâce nous fasse échapper à tout péril. Il faut remarquer cette dernière phrase qui peut être mise en relation avec lhistoire de Sixte II et de ses six diacres, qui, surpris dans le cimetière de Callixte tandis quils célébraient la synaxe eucharistique, et décapités àlautel même, joignirent leur sacrifice à celui du Christ. Les voies de la vie chantées par lantienne pour la communion (ps. 15) sont celles de la croix, du sépulcre et de la descente aux limbes, qui conduisirent en effet Jésus à la gloire de larésurrection. Dieu veut éprouver lâme dans le creuset de la douleur, avant de se révéler à elle dans les splendeurs de la gloire. La collecte eucharistique exprime le vœu que le céleste ban-quet sanctifie le peuple fidèle, lui obtienne le pardon de seserreurs et le dispose à mériter ce qui a été promis par Dieu. Dans la bénédiction finale sur le peuple, le prêtre — commeencore impressionné par la sanglante tragédie de Sixte II et deses diacres massacrés non loin de là — insiste auprès du Seigneurpour réclamer sa protection, afin que libres de tout péril etavec un cœur dégagé de toute crainte, nous puissions vaquerà son divin service. Le respect et la vénération pour lautorité paternelle qui estla première de toutes les autorités naturelles, est la conditionessentielle et la base de tout ordre social. Lenfant — et, enbeaucoup de choses, lhumanité est toujours enfant — avantde comprendre, a besoin de croire à lautorité de celui quilenseigne et qui le dirige. Sans cette docilité, toute éducationest impossible, ainsi que tout progrès. Si la société modernecommence à sentir toute lhorreur de létat danarchie où. ellese débat, elle doit toutefois en rechercher lorigine premièredans ce renversement des bases de lordre social, substituantau Décalogue le code de légoïsme et du culte de létat.
  • e J E U D I APRÈS LE I I I DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Marc. Station aux Saints-Côme-et-Datnien. A UJOURDHUI le rendez-vous est à Saint-Marc, qui, resplen- dissant dor et de marbres précieux, sélève près de cesfameux balnea pallacina où, au dire de Cicéron, fut consommélassassinat de Sextus Roscius. Pour nous chrétiens ce titre estbien plus important, car sous son vénérable autel sont conservésles corps des saints martyrs Abdon, Sennen et Hermès, trans-férés en ce lieu par Grégoire IV. La basilique stationnale doit son origine au pape Félix I V ,qui, vers 530, transforma pour lusage ecclésiastique deuxédifices antiques — le templum Romnli et le iemplum Sacrae Urbis auquel les archives civiles étaient annexées-—sur la voie sacrée, et voulut quils fussent dédiés aux médecins Anargyres Côme et Damien. Alors, grâce aux Byzantins, le culte de ces deux martyrs orientaux était fort en vogue, si bien que leur sanctuaire devint très célèbre, et les fidèles y obtenaient toutes sortes de guérisons et de grâces ; à ce point que lÉglise se trouva dans la nécessité de prémunir ses fils contre lillusion dune piété toute extérieure et matérielle, sans cette intime conversion du cœur qui est la condition première pour quune âme sapproche de Dieu. Le dimanche précédent, les Grecs célébraient un jour de fête en lhonneur de la Croix, cétait une trêve rapide dans lâpre chemin du jeûne. A Rome, où le jeûne quadragésimal commence une semaine plus tard, cette solennité est renvoyée au dimanchesuivant, mais, du temps de Grégoire I I , pour ne pas privertotalement les fidèles de cette innocente satisfaction aumilieu de la sainte quarantaine, lon institua la station de ce rjour à léglise des martyrs Côme et Damien. Ils sont médecins« Anargyres » — cest-à-dire de cette catégorie de saints méde-cins byzantins qui méprisent largent et prêtent gratis leurservice thaumaturgique — et, étant donnée la rigueur delantique pénitence quadragésimale, lon comprend facilementcombien était opportun le recours aux médecins célestes. La messe a été adaptée dans ce sens; elle se rapporte plutôt
  • à lanniversaire de leur martyre, et lon y parle trop souvent desanté, de malades, de guérisons, pour ne pas se souvenir de lapopularité du culte que recevaient autrefois les saints anargyres. Lintroït est scripturaire quant au sens, mais ne semble pasemprunté à un texte déterminé ; il appartient à un cycle dintroïtsnon psalmodiques, tels que ceux des derniers dimanches aprèsla Pentecôte, et son application à la fête des martyrs Côme et Damien est lœuvre de Grégoire II : « Je suis le salut dupeuple. E n quelque calamité quils se trouvent, ils élèverontvers moi leur prière, je les exaucerai et je serai leur Dieu pour toujours. » La collecte se rapporte au Natale des anargyres : « Que laglorieuse solennité des bienheureux Côme et Damien exalte, ô Dieu, votre magnificence; en ce jour où vous leur ouvrîtes lesportes de léternelle gloire, et à nous celles de votre ineffablesecours. » La lecture de Jérémie (vu, 1-7) vient ensuite; on y décrit lesconditions de pureté intérieure que Dieu requiert des fidèles,si toutefois ceux-ci veulent expérimenter lefficacité de sonséjour dans larche sainte du Testament. Il est inutile de vanterles gloires du temple et de croire quun simple symbole matérielde religion soit ce que nous pouvons donner de mieux au Sei-gneur. Il veut, certes, le culte extérieur, et dans le Lévitique il amême daigné en prescrire les rites, mais il aime par-dessus toutla religion de lesprit. E Le verset graduel (ps. 144) est emprunté au X X dimancheaprès la Pentecôte, et par la suite il fut également adapté à lamesse du Corpus Domini : « Les yeux de tous sont fixés sur vous,Seigneur, attendant que vous leur donniez la nourriture en sontemps. Vous ouvrez les mains et remplissez de bien tout ce quivit. » Le passage évangélique de saint Luc (iv, 38-44) raconte laguérison de la belle-mère de saint Pierre, et les autres miraclesopérés par Jésus en faveur des énergumènes et des malades deCapharnaûm. Tandis que les docteurs se vantent de ne pasconnaître Jésus et de ne rien comprendre à sa mission messia-nique, les pauvres et les infirmes viennent en foule autour de
  • lui pour quil les aide et ne les abandonne plus. Heureux lebesoin qui nous prédispose si bien à lhumilité et à la pauvretédesprit, vertus précisément qui émeuvent davantage le Cœurde Jésus ! Il faut remarquer que la scène touchante de Capharnaùm se erépétait au v siècle à Rome dans le sanctuaire des Anargyres. e Lantienne ad offerendum (ps. 137) est c e l l e d u X I X dimancheaprès la Pentecôte. La protection du Seigneur par lintermédiairede ses martyrs est si évidente, que désormais les fidèles necraignent plus ni tribulations ni calamités. Dieu les soustrairaau péril, il leur tendra la main et les mettra en sûreté. La collecte suivante est très belle; elle traite du natalis desmartyrs : « Pour célébrer la précieuse mort de vos élus, nous vousoffrons, ô Dieu, ce sacrifice, dont tire son mérite tout autremartyre. » Lantienne eucharistique est tirée du psaume 1 1 8 : « Vousavez voulu, Seigneur, que votre loi fût fidèlement observée.Que mes pas soient pour cela dirigés dans le chemin de votrejustice. » Dans la collecte daction de grâces on insiste de nouveau surcette pensée, que le sacrifice de ce jour obtienne la plus entièreefficacité, accompagné quil est de lintercession des martyrsCôme et Damien. La bénédiction finale sur le peuple implore la miséricordedivine, qui, tout en donnant accroissement au troupeau, enintensifiera lesprit, si bien que tous obéissent docilement auxcommandements du Seigneur. Comment se fait-il que tant dantiques sanctuaires de martyrs,et même les tombes des saints Apôtres, ne soient plus illustréspar cette abondance de grâces et de miracles des premierssiècles du christianisme ? Le Seigneur agit avec nous commejadis avec son peuple choisi. A cause de nos péchés, et par- dessus tout du manque de foi, Il se tait, comme naguère le Rédempteur dans la maison dHérode. Cest pourquoi tombenten ruine, et parfois sont profanés, les sanctuaires les plus chers à tout cœur chrétien : cest le même fait qui se réalisa sur la colline de Silos et sur celle de Sion, où résida jadis larche sainte. Le fait est identique, et identiques en sont aussi les causes.
  • e V E N D R E D I APRÈS L E III DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Sainte-Marie u ad Martyres ». Station à Saint-Laurent-in-Lucina.S est la belle rotonde du Panthéon A I N T E - M A R I E ad Martyres dAgrippa, convertie en église par Boniface IV. Au moyenâge, les Romains étaient très affectionnés à ce majestueuxsanctuaire, où, entre autres reliques, se conservait, dans un coffrefermé de treize clefs, limage de la sainte Face; si bien quauX I I I siècle le Senator E Urbis, prenant possession de sa charge,jurait de défendre et de conserver au Pape Mariant rotundam. e La basilique de Saint-Laurent-in-Lucina est du i v siècle;mais malheureusement la légende sest par trop emparée de lapersonnalité de Lucine, et après lui avoir fait jouer un rôle dansles actes des saints apôtres Pierre et Paul, elle la met en relationavec saint Laurent, saint Sébastien, saint Marcel, en sorte quilest difficile de déterminer dans quelles limites historiques setient la vérité. Il sagit vraisemblablement dune matrone con-temporaine du pape Marcel, qui mit ses maisons de la via Lataà la disposition de lautorité ecclésiastique, laquelle y érigea letitulus Marcelli, et, celui-ci ayant été confisqué; on en créaun autre, dit in Lucina, à peu de distance du premier. Saint-Laurent-in-Lucina est le premier des titres presbyté-raux dans les listes hiérarchiques ; le pape Célestin III le consacrale 26 mai 1196, et plaça sous lautel une partie considérable dugril sur lequel fut brûlé le martyr titulaire. Le plus ancien docu-ment qui nous garantit lauthenticité de ce trophée sacré estun sermon de Léon le Grand, qui, pour la fête de saint Laurent,en parle comme dune relique universellement vénérée par lesRomains. Les martyrs de la voie Nomentane, Alexandre,Eventius et Théodule; les papes Pontien et Eusèbe, les saintsVincent, Peregrinus, Gordien, Felicola et Sempronius, reposentaussi dans cette vénérable basilique. Dans lintroït (ps. 85) le psalmiste demande au Seigneur unsigne de protection, non pas pour lui-même, qui croit pleinementen Yahweh, mais pour réprimer laudace de ses adversairesqui sont aussi les adversaires de la gloire de Dieu.
  • La collecte revient encore une fois sur cette pensée que Dieudaigne aider nos jeûnes par sa protection, afin que, réprimantla sensualité au moyen de labstinence, notre âme aussi domineses passions. La lecture de ce jour, avec la scène de Moïse faisant jaillirleau du rocher (Num. x x , 1-13), était très familière aux anciens, tcar ils la voyaient reproduite mille fois sur les parois et sur lesarcosolia des cimetières suburbains. Dans lart chrétien primitifà Rome, Moïse a quelquefois les traits iconographiques de Pierre ;cela se rencontre spécialement dans les verres cimitériaux, où,autour de la tête du thaumaturge qui frappe la roche avec saverge, est écrit P E T R V S , cette scène du Livre des Nom-bres symbolisant le bain de la régénération chrétienne, dont lepremier ministre était le prince des Apôtres. Ce parallélismeentre Moïse et Pierre dans lart chrétien primitif est dune impor-tance théologique exceptionnelle pour lhistoire de la primautépontificale : de même que Moïse fut le premier prophète et lelégislateur de lAncien Testament, ainsi le Pêcheur de Galiléeest le premier pontife et le vicaire de Jésus-Christ, au nom et par lautorité de qui tous les autres pasteurs de lEglise paissent, chacun, son propre troupeau. A Rome surtout, le baptême est mis en relation avec saint Pierre. Celui-ci ,au dire de Tertullien, E baptisait dans les eaux du Tibre; en effet, au I V siècle, une ancienne tradition vénérait, dans le Cimetière majeur de la voie Nomentane, une chaire attribuée à lApôtre, et les Nymfthae voisines gardaient le souvenir du ministère baptismal quil avait exercé en ce lieu. Bien avant de baptiser au Latran, cest près de la tombe vaticane de saint Pierre que les Papes du E I V siècle administraient le baptême solennel; et, qui plus est, ce fait du bain de régénération, saccomplissant près du sépulcre du prince des Apôtres et par son autorité, semblait de telleimportance et si honorable pour lÉglise romaine, quon voulutle mettre en relief par les vers suivants, gravés jadis dans le marbre sur le baptistère Damasien de Saint-Pierre : Auxit Apostolicae geminatum Sedis honorem Christus et ad coelos hanc dédit esse viam ; Nam Cui siderei commisit limina regni, Hic habet in terris altéra claustra poli.
  • Le Christ voulut accroître la gloire du Siège romain sur lequelresplendissaient les deux apôtres Pierre et Paul, décidant quece siège serait précisément la voie du Paradis ; en sorte que celuià qui il confia le portique du royaume céleste, fût aussi, sur cetteterre, le gardien de la première porte du ciel. Le répons-graduel provient du psaume 27 qui décrit lesangoisses, puis les gloires de Jésus en sa résurrection. « Moncœur se confie en Dieu, et il ma aidé; ma chair a refleuri, et,avec tout lélan de mon cœur, je chante ses louanges. A vous,ô Yahweh, jai élevé ma prière. Ah ! ne soyez pas muet et nevous éloignez pas de moi. » Désormais, la liturgie prend un caractère nettement baptis-mal. Après leau jaillie du rocher, voici les sources vives que,dans lévangile, Jésus promet à la Samaritaine (IOAN., I V , 5-42).Cette seconde scène était, elle aussi, bien connue des fidèlescomme une figure du saint Baptême, et nous la voyons en effet ereprésentée dès le 11 siècle dans le cimetière de Prétextât. Toutle récit de saint Jean respire la grâce la plus attirante. Jésus,pour commencer, va à la recherche de lâme pécheresse; bienplus, Il se fatigue pendant trente-trois années le long des sen-tiers de la rédemption, et, au midi du monde, cest-à-dire quandle dégoût des choses humaines poussera le cœur désillusionné àchercher un rafraîchissement dans les choses de lesprit, Lui,il attend légarée au bord de la route, sur la margelle dun puits,pour lui offrir de leau vive qui calme toute soif dhumainesaffections. Entendons la voix de tous dans celle du grandIgnace dAntioche, qui sétait largement abreuvé de cette eauvive et écrivait : « Je sens en moi comme le jaillissementimpétueux dune eau, et une voix me répète : Viens au Père. » Le verset de loffertoire, pris du psaume 5, est une humbleprière : « Écoutez le cri de ma demande, ô mon roi et monDieu, puisque je madresse à vous. » Dieu est toujours attentifà nos prières, quand nous le sommes nous-mêmes, et que nouslui demandons avec une foi vive ce qui entre dans le plan divinde notre éternelle prédestination. La collecte pour présenter les oblations au Seigneur — col-lecte qui sert de prélude à lanaphore daction de grâces, prae-
  • fatio — est ainsi conçue : « Regardez avec bonté, Seigneur,loblation que nous vous consacrons, afin quelle vous soitagréable et nous soit salutaire. » Lantienne ad Communionem, avec la promesse du Sauveurque leau de la grâce sera pour celui qui la boit comme un jetimpétueux le portant en haut, est une des rares antiennesquadragésimales qui interrompent le cycle des psaumes et pro-viennent de lévangile. Demain le même cas se présentera ànouveau. Si toutefois lon tient compte de ce que la Communionde mercredi dernier était tirée du psaume 15 -— le jeudi necomptant pas puisquil est dintroduction postérieure — tandisquavec celle de lundi prochain nous en serons déjà au psaume18, il faudra conclure que les belles antiennes évangéliquesdaujourdhui et de demain ne sont pas primitives, et quellesont pris la place de deux autres antiennes tirées des psaumeset maintenant disparues de la série. La collecte eucharistique est de caractère général, on ydemande que, par la participation au divin Sacrement, Dieunous purifie du péché et nous conduise à la vie éternelle. Dans la bénédiction finale, le prêtre demande au Seigneur que,nous confiant dans sa protection, il nous donne la grâce de sur-monter toute adversité. Jésus fait aujourdhui devant la convertie de Samarie unenouvelle promulgation du devoir qui incombe aux vrais fidèles,dadorer le Père en esprit et en vérité, sans se soucier que cesoit sur le mont Sion ou sur le Garizim. Ce culte parfait nestpropre quà Jésus-Christ, Pontife du Nouveau Testament. Luiseul adore le Père en vérité, parce quil le connaît pleinement.Lui seul ladore en esprit, parce que, sur Lui seulement sestposé lEsprit Saint avec toute la plénitude de ses dons. Cestpourquoi les chrétiens, pour rendre à Dieu un culte parfait,doivent sunir à Jésus-Christ, afin doffrir par lui au Père lesacrifice de leur esprit et de leur cœur. Cest pour cette raisonque lÉglise termine toutes ses collectes par ces paroles adresséesau Père : « Par notre Seigneur Jésus-Christ », -— voici ladora-tion en vérité, — « lequel règne avec vous dans lunité delEsprit Saint », voilà ladoration en esprit.
  • MOÏSE F R A P P A N T LE R O C H E R D E SA VERGE Fresque du iv° siècle, au cimetière des Giordani.
  • r Fresque du n siècle, au cimetière de Prétextât.L E C H R I S T E T LA S A M A R I T A I N E
  • e SAMEDI APRÈS L E I I I DIMANCHE D E CARÊME. Collecte à Saint-Vital. Station à Sainte-Susanne « ad duas domos ».L ÉGLISE de Saint-Vital, appelée également, du nom de sa fondatrice, titulus Vestinae, fut dédiée par Innocent I e raux martyrs Vital, Gervais et Protais. La basilique de Sainte-Susanne est lantique titulus Gaii,aussi désignée par les noms des Saints-Gabin-et-Susanne, lefrère et la nièce du Pontife qui la dédia. Elle sélève sur lesruines dun ancien édifice romain ad duas domos déjà men-tionnées dans le martyrologe de Berne, et ses prêtres titulairesapparaissent au concile romain de 4 9 7 , sous le pape Symmaque.Léon I I I qui la restaura de fond en comble, y déposa le corpsde sainte Félicité, mère des sept frères martyrs. Dans le haut moyen âge, saccomplissait en ce jour le secondscrutin pour les aspirants au baptême, et les Ordines Romaniprescrivent, en conséquence, des chants et des lectures de cir-constance, différents de ceux indiqués par le missel. Lintroït est tiré du psaume 5 : « Écoutez, ô Yahweh, maparole; prêtez loreille à mon gémissement ; soyez attentif aucri de ma prière, mon roi et mon Dieu. » Nous avons ici un cres-cendo dun effet superbe. Cest lâme opprimée qui chercheun refuge suprême dans la prière, et là, isolée et abandonnée,elle ne cesse de frapper à la porte de Dieu, elle parle, ellegémit, elle clame, toujours en invoquant le secours de Yahweh.Qui est-ce, sinon Celui que nous décrit lévangile dans le jardinde Gethsémani, qui factus in agonia, prolixius or abat? La collecte ne fait que répéter un concept qui se trouve,presque stéréotypé, dans les diverses messes du Sacramentairegrégorien : « Faites, Seigneur, que ceux qui affligent leur corpspar le retranchement de la nourriture, jeûnent aussi des péchésmoyennant la pratique des vertus. » Voici le côté négatif delabstinence quadragésimale exprimé ici : Jeûne corporel etrefrénement des passions; la pratique des vertus, voilà le côtépositif. La scène de Susanne, décrite aujourdhui avec tant de vie
  • et de réalisme dans le texte sacré ( D A N I E L , XIII, 1-62), était trèsfamilière aux anciens, qui la voyaient souvent représentée dansles cubicula des catacombes. Elle était un symbole des con- ditions de lÉglise, persécutée et calomniée principalementpar les Juifs, par les hérétiques et par les païens. Quand vientà manquer toute autre espérance humaine de salut, cest alorsle moment de Dieu. Susanne prie, et elle est sauvée. En général,lhistoire de Susanne nous apprend à ne rien craindre plus quele péché, et à mettre notre confiance en Dieu. Le choix de lhis-toire de Susanne a été suggéré par lhomonymie avec la martyretitulaire de la basilique. JLe chant du répons-graduel, tiré du psaume 22, lequel estune véritable idylle entre lâme et Dieu, est des plus suaves :« Si même jallais dans les ténèbres de la mort, je ne craindraisrien parce que vous êtes avec moi. Votre bâton et votre houletteme soutiennent. » Après cela vient la scène évangélique de la femme adultèreconvertie par Jésus-Christ. Cette scène est quelque peu appeléepar la lecture précédente; mais, si limputation du délit est lamême, la condition des accusées est bien différente. Dieu sauvelinnocence de Susanne; par analogie, en un geste de sage misé-ricorde, il renvoie confondus les accusateurs de ladultère deJérusalem, il la convertit et lui pardonne. La justice humainenoublie pas certains délits auxquels le monde ne réserve aucunpardon. Combien plus suave est la grâce de lEsprit Saint, quiefface lancienne souillure, régénère lâme, la réhabilite, et,dune pauvre pécheresse, fait une Madeleine, une Pélagie, uneMarguerite de Cortone ! Comment toutefois Jésus dit-il à ladultère de lévangile :« Moi non plus je ne te condamnerai pas? » Sa loi ne soppose-t-elle pas à limpudicité? Elle sy oppose, et cest précisémentpour cela que Dieu se dresse contre le pécheur tant que celui-ciconserve de laffection au péché; si pourtant le pécheur senrepent et le déteste, il se met daccord avec Dieu dans cettecontrition de sa faute, et Dieu ne le condamne plus etladmet à se réconcilier avec lui. Quelle consolation pour lespauvres âmes tombées, pour ceux qui espèrent en vain uneréhabilitation quelconque devant les hommes, quand ils sen-
  • tendent dire intérieurement par le Seigneur : « Je ne te con-damnerai plus désormais. » Lantienne de loffertoire est tirée du psaume 118 : « Dirigezpar votre grâce mes pas selon la loi, afin que liniquité nelemporte pas sur moi. » e La collecte sur les oblations est la même quau I V dimancheaprès lEpiphanie. Lantienne pour la communion est tirée de lévangile du jour.Elle exprime toutefois, avec la miséricorde de Jésus, la condi-tion essentielle de tout pardon et de toute réconciliation avecDieu : « Femme, personne ne ta-t-il condamnée? —• Personne,Seigneur. — E h bien, moi non plus je ne te condamnerai pas.Va, mais dorénavant ne pèche plus. » Tel est le propos que doitavoir tout pénitent, et sans lequel laccusation même du péchéau prêtre, au tribunal de la pénitence, ressemble trop à celleque fit Judas devant le Sanhédrin, quand il jeta dédaigneu-sement le prix de la trahison du divin Maître en sécriant :Peccavi, tradens sanguinem iustum. Sa confession était complète,mais lÉcriture nous dit que, sorti de là, il courut à un arbrepour se pendre. Judas manquait donc du propos de ne pluspécher, il manquait despérance, il manquait damour. Dans la collecte daction de grâces, nous supplions Dieu afinque la communion du Corps et du Sang de Jésus serve à raf-fermir en nous la communion avec le Chef du corps mystiquede lÉglise, en nous faisant participer avec plus dintensité àson esprit et à sa vie. La bénédiction finale prie le Seigneur détendre sa droitesur nous, et de nous faire la grâce de le rechercher avectoute limpétuosité de notre cœur. Rechercher Dieu : quel beauprogramme ! On recherche Dieu quand on ne veut que lui seul,et on le recherche par la voie des divins commandements et desconseils évangéliques de perfection. Lhistoire de Susanne, qui était si familière à nos pères, etapparaît si souvent dans les peintures cimitériales, doit répandredans notre âme une suave confiance. Susanne préfère succomberà la vengeance de ses accusateurs, plutôt que de se rendre cou-pable devant Dieu. Elle met sa confiance dans le Seigneur, etsa prière la sauve.
  • e IV DIMANCHE D E C A R Ê M E . Station à Sainte-Croix-en- Jérusalem.A e linstar des églises byzantines qui, le I V dimanche de Carême, célèbrent une fête en lhonneur du saint Bois dela Croix, la liturgie romaine dédie ce dimanche, appelé jadis invigesima, à la célébration des gloires de létendard triomphalde la rédemption. Une partie considérable du Bois de la sainteCroix est gardée depuis le temps de sainte Hélène dans la basi-lique in aedibus sessoriis : doù le choix de la station de ce jour. Ce vénérable temple, avec ses sanctuaires ante Crucem etpost Crucem veut être à Rome une libre reproduction du Mar-tyrium de Jérusalem. Son titre primitif était Basilica Hèle-niana, ou, communément, Sancta Hierusalem, doù les fré-quentes allusions à Jérusalem dans la messe de ce dimanche. Au moyen âge, le Pape allait à la station à Sainte-Croix-en-Jérusalem, tenant en main une rose dor, dont ensuite il expli-quait au peuple la signification mystique. Au retour, il enfaisait présent au préfet de Rome; de là est venu lusageencore en vigueur, qui veut que la rose dor bénite par le Pon-tife soit envoyée en cadeau à quelque prince catholique. Il estdifficile de trouver lorigine de cette solennité, qui entoure à eRome dun caractère spécial le I V dimanche de Carême. Peut-être dérive-t-elle de la fête byzantine de la mi-carême, mais il nefaut pas rejeter complètement lhypothèse qui, dans la solen-nité de ce jour, sous le nom de Dominica in vigesima, reconnaîtlantique caput ieiunii romain, trois semaines avant Pâques. Lintroït est tiré dIsaïe (LXVI, I O - I I ) , là où le Prophète,entrevoyant les destinées futures de lEglise, exhorte Jéru-salem à se réjouir, et invite aussi à faire fête avec elle ceux quifurent jadis dans le deuil à cause delle, alors que le Seigneur eveut linonder de consolation. Le psaume qui suit est le 1 2 1 ,choisi en raison de la mention fréquente qui y est faite de Jéru-salem. Ce jour est proprement la fête de la Sancta Hierusalem. Nous confessons au Seigneur, dans la collecte, que les fléauxqui nous accablent ne sont que trop mérités par nos péchés.Cela nous est dû en toute justice. Pourtant, nous ne pouvons
  • QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME 141oublier que Dieu se doit à lui-même duser de grâce et de bontéà notre égard; et cest pourquoi, avec une humble confiance defils contrits, nous implorons, comme le Prophète pénitent du epsaume 5 0 : redde mihi laetitiam salutaris lui. La lecture est prise de la lettre aux Galates (iv, 22-31). Il convient quen un jour de fête comme celui-ci, lÉglise, devant létendard triomphal de la rédemption, proclame son propre affranchissement du péché, représenté par la Synagogue, et revendique cette noble liberté à laquelle le Christ lappela du haut de sa Croix. Comme autrefois Ismaël persécuta le Fils de la promesse, ainsi le monde persécuta le Sauveur et le cloua sur un gibet. Mais le déicide, loin de nuire à la victime, en prépara le triomphe, tandis que les bourreaux, tout comme le fils dAgar, sont sous le coup de la malédiction divine. L a victoire des méchants nest quéphémère et apparente : lavenir est au Christ et à lÉglise, à qui les âmes appartiennent. Le répons-graduel vient du psaume 121, et loue Jérusalem. La seule annonce du retour de lexil de Babylone à la Cité sainte remplit de joie lâme fidèle, qui se sent déjà délivrée des liens du corps et libre de prendre son vol vers le ciel. e Le psaume du trait est le 124 , dinspiration et de conception e presque identique au 1 2 1 . L a disposition chorographique de la capitale de la Judée devient le type et le symbole de lâme qui se confie dans le Seigneur. Semblable à la colline de Sion qui estinébranlable, lespérance en Dieu empêche la foi du juste de vaciller; de même que les collines environnent Jérusalem, ainsi la grâce du Seigneur forme une muraille de bronze autour de son peuple, afin que ses ennemis ne lattaquent pas. E n ce jour où, par respect pour la solennité dominicale, estsuspendu le jeûne,—non pas labstinence de chair, qui, pour lesanciens, durait, rigoureuse, tout le Carême, comme maintenantencore chez les Russes et les Orientaux, — lÉglise nous invitepresque à prendre saintement un peu de répit pour poursuivreensuite avec plus dénergie, le cycle de la pénitence. La liturgie,dans ce but, évoque pour nous le souvenir de Jésus qui,dans le désert, multiplie les pains (IOAN., V I , 1-15) et les poissonsafin de rassasier cinq mille personnes. Cette nourriture figurela parole de Dieu, nourriture de lâme, mais elle symbolise aussi ZI
  • les biens matériels que la divine Providence ne manque pas denous distribuer avec libéralité pour le soulagement de la nature. Il ne convient pas, en effet, que, exagérant le spiritualisme, onsépare ce que Dieu a joint. La nature est le point dappui et labase de lordre surnaturel et de la grâce; aussi, tout en mor-tifiant nos appétits désordonnés, faut-il toujours satisfaire lesexigences légitimes de notre faible humanité. Communémentparlant, sauf dévidentes exceptions en faveur dâmes privi-légiées prévenues par la grâce, les maîtres de la vie spirituelleinsistent beaucoup sur la vertu de discrétion, qui est le justemilieu entre deux excès contraires. Quelques-uns pour avoirtémérairement tenté de sen passer dans les choses spirituelles,ont donné raison au proverbe : Qui veut faire lange finit parfaire la bête. Lantienne de loffertoire est tirée du psaume 134 : « LouezYahweh parce quil est bon ; chantez en son honneur, parce quilest doux. Il a fait ce quil a voulu au ciel et sur la terre. » Dieuest terriblement puissant, mais cette puissance infinie siden-tifie en Lui avec un amour et une suavité infinies; aussi nedevons-nous jamais séparer dans nos considérations un attributde Dieu davec lautre. Une justice infinie nous épouvante, maisquand cette justice est la bonté elle-même et la miséricorde,elle nous inspire le respect filial qui est un mélange harmonieuxde sainte crainte et damour. e La collecte sur les oblations est la même que pour le I V di-manche de lAvent, qui, à lorigine, navait pas de messe propre. Le verset pour le psaume (121) de la communion recommenceà chanter les gloires de la mystique cité de Dieu, la Jérusalemcéleste. Elle sélève sur la montagne de la foi, à légal dune villemunie de tours; ses artères communiquent entre elles moyen-nant le lien de la charité, par quoi les saints sont unis entreeux. A travers ses douze portes apostoliques, toutes les tribusdu Seigneur entrent pour glorifier le nom de Yahweh. La collecte veut obtenir du Seigneur que la fréquente parti-cipation du Sacrement nous confère les dispositions eucharis-tiques, cest-à-dire la grâce de recevoir Jésus dans un cœur pur,et avec une volonté docile. La meilleure préparation à la com-munion de demain, cest den bien faire une aujourdhui.
  • Combien est différente la mesquine providence des hommesde celle, si magnifique, de Dieu ! La charité de Philippe et desapôtres ne va pas au delà de la compréhension de la difficultéquil y a à ravitailler cette foule nombreuse. Quy puis-je, moi?disent encore aujourdhui tant dâmes bonnes, mais inertes.Jésus, au contraire, ne nous refuse jamais son aide, et, quand lanature a épuisé ses ressources, il recourt aux miracles de saToute-Puissance divine. e L U N D I APRÈS LE I V DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Étienne sur le Mont-Coelius. Station aux Quatre-Saints-Couronnés. TVlous connaissons déjà la rotonde du protomartyr sur le 1 ^ Coelius, où a eu lieu la station le 26 décembre. Elle estéloignée de moins de cent mètres de la basilique des Martyrs-Couronnés, qui domine aujourdhui encore sur tout lagresteCoelius. Lécheveau embrouillé que, jusquà ces derniers temps,présentait la légende des Couronnés, a été démêlé. Il sagit dunpremier groupe de martyrs romains, Clément, Simpronianus,Claude et Nicostrate, ensevelis sur la voie Labicane ad duaslauros non loin donc de la résidence impériale, et de qui, trécemment, fut rendue à la lumière la crypte sépulcrale avecses graffiti. A ces saints, lon doit ajouter un second groupede tailleurs de pierre de Pannonie, martyrisés dans le Save,et enfin un troisième groupe de quatre autres martyrs dAl-bano. Dans lhypogée sous lautel majeur, sont conservées lesreliques des saints titulaires, mais léglise nest plus celle qui Efut élevée au V siècle, puisquelle fut considérablement réduitede proportions sous Paschal II, après que lincendie des Nor-mands eut ruiné lédifice primitif. On y conserve encore lechef de saint Sébastien, dans un antique et précieux reli-quaire. Lintroït est pris au psaume 53 : « Seigneur, sauvez-moi parvotre nom, et délivrez-moi par votre puissance; car les tyransattentent à ma vie. » Déjà, à lhorizon lointain, le Calvaireapparaît, et les prières de la divine Victime qui, avec tant din-
  • sistance, parle à Dieu de ses ennemis, servent dintroduction au drame de la Parascève pascale. Nous supplions le Seigneur, dans la collecte, que la pieusefidélité avec laquelle le peuple chrétien célèbre annuellementlabstinence quadragésimale, lui mérite cette grâce, que les œuvres corporelles, non moins que celles de lesprit, soient toujours selon le bon plaisir divin. La lecture du livre des Rois (III, m , 16-28) vient ensuite,avec le récit du jugement de Salomon rappelé jusquen unepeinture de Pompéi. De même que les sentiments de tendrecompassion pour lexistence de lenfant survivant découvrentau fils de David laquelle est la vraie mère, contre les prétentionsde lautre prostituée, ainsi lÉglise, en face de la légalitécruelle de la synagogue, se montre mère de toutes les âmes àcause de la vive sollicitude quelle éprouve à leur égard, a Peuimporte, dit le Sanhédrin israélite, quune épée divise lhu-manité par moitié; lhéritage dAbraham ne doit rien avoir decommun avec les Goiitn, tous destinés à la perdition. » Mais leChrist, véritable Salomon, prononce déjà la sentence. La Syna-gogue, qui se montre marâtre impitoyable, est repoussée, tandisque les tendres sentiments de lEglise témoignent en faveur desa maternité. Quà elle soit donc attribué lenfant, cest-à-direle monde. Le graduel emprunte son premier verset au psaume 30, et le e second au 70 . Cest le Christ qui demande de laide à lapproche de sa passion : « O Yahweh, soyez mon protecteur, mon refuge, mon salut. Ah ! que je ne demeure pas confondu pour avoircompté sur vous. » De quelle façon Dieu a-t-il fait tout celavis-à-vis de Jésus? En le ressuscitant et en le constituantunique Sauveur de tout le genre humain. E Au 1 1 1 siècle, à Rome, le jeûne pascal qui comprenait troissemaines avant la solennité de la résurrection, commençaitaujourdhui, et le dernier souvenir de cette période liturgiquespéciale est le cycle des lectures de saint Jean qui, désormais, sepoursuivront jusquà Pâques. Le petit nombre de messes quifont exception confirment la règle, puisquil sagit ou biende stations postérieures instituées par Grégoire I I , ou bien depéricopes scripturaires non primitives. Le passage évangélique
  • de ce jour (IOAN., n, 13-25) parle de Jésus qui, ayant chassédu temple les vendeurs ambulants, discute avec les diversreprésentants du Sanhédrin, auxquels, pour leur prouver sadivinité, il annonce, sous les voiles du mystère, sa mort vio-lente et sa résurrection. Les Juifs ne laissèrent pas tomber dansle vide cette confession messianique; mais, layant détournéeen un sens tout matériel, ils sen servirent pour accuser Jésusau tribunal de Caïphe. Le temple immatériel dont parlait Jésusétait son humanité très sainte, qui fut rendue par Dieu à la vieglorieuse, le troisième jour après que les Juifs leurent mis encroix; mais il signifie aussi lÉglise catholique, qui, après larésurrection de Jésus, remplaça le vieille Synagogue tombant enruines sous les coups que lui donnèrent ses fils eux-mêmes. E R Le verset de loffertoire est celui du I dimanche après lEpi- phanie. Cest un vrai iubilus, avec sa luxuriante mélopée gré- gorienne, qui, autrefois, sadaptait admirablement à ce premier jour du grand jeûne pascal, où devait dominer plus que tout autre, un intime sentiment dallégresse. Dieu, dit lapôtre, préfère celui qui donne avec le cœur joyeux; et saint François de Sales ajoute spirituellement qu « un saint triste est un triste saint ». La prière dintroduction à la préface est pareillement emprun- E R tée au I dimanche après lEpiphanie ; on y implore de la divine miséricorde que le sacrifice que nous allons offrir, ravive et confirme en nous la grâce qui est la vie de lâme. Le verset ad Communionem provient du psaume 18 : « Sei-gneur, purifiez-moi des péchés cachés, et qui échappent à mon examen à cause de Tamour-propre qui les voile à mes yeuxet de linattention qui mempêche dapprofondir tout ce quiregarde la vie de lesprit. Tenez-moi loin des rebelles à votreloi, dont la compagnie licencieuse peut aplanir mes voies pourle mal et être pour moi et pour les autres une pierre dachoppe-ment. » Dans la collecte daction de grâces, nous supplions Dieu, afinque la participation au divin Sacrement intensifie en nouslœuvre de notre rédemption, nous rachetant de la servitudedes passions, et orientant nos pas sur le chemin de léternité.En effet, lEucharistie, en tant quelle nous communique la vie
  • de Jésus crucifié, est pour lâme un principe de vie et de mort à la fois. De mort, parce que lesprit de crucifiement entraine avec soi la mort au péché et à la nature corrompue; de vie, en tant quelle nous donne part à la vie de Jésus, vie de sainteté parfaite, vie entièrement en Dieu, pour Dieu, de Dieu. Cest cela quentendait lApôtre quand il écrivait du Christ : Quod mortuus est peccato, mortuus est semel, quod autem vivit, vivitDeo. La missa, ou prière sacerdotale de bénédiction sur le peuple, au moment de le congédier, supplie la divine clémence afin que, après nous avoir fait la grâce délever vers Dieu notre prière, pour nous arracher aux périls qui nous menacent, elle fasse que cette prière nous vaille aussi le fruit désiré du salut. La grâce de la prière, lesprit doraison, est lune des plus insignes faveurs que Dieu fasse à une âme. Loraison est, en effet, latmosphère ordinaire dans laquelle se développe legerme de la sainteté; elle est la condition, la qualité requisedabord pour que lEsprit Saint se communique à lâme et selunisse par les liens de la charité. Le précis de lascèse est toutentier dans ce mot : prière. On commence à prier pour que Dieunous assiste par sa grâce dans les exercices laborieux de la voiepurgative; et dans les opérations propres àla voie contemplative,se présente à nouveau la prière. Bien plus, au ciel même, onne fera rien autre que prier, aussi pouvons-nous considérerloraison comme le principe de notre béatitude future. e MARDI APRÈS L E I V DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte au monastère « Sanctae Mariae domnae Rosae ». Station à Saint-Laurent « in Damaso ».L ÉGLISE de la collecte correspond à lactuelle Sainte- Catherine dei Funari, et la fondatrice du couvent peutêtre cette nobilissima foemina dont, en 967, le père concéda uneterre au monastère de Subiaco. Jadis, Sancta Maria domnaeRosae fut le siège du primicier de la schola du Latran; en 1536Paul I I I loctroya à saint Ignace de Loyola qui y institua unpensionnat pour les jeunes filles pauvres. La basilique de Saint-Laurent in Damaso prend son nom dugrand Pontife des catacombes, qui la fit reconstruire à côté des
  • anciennes archives de lÉglise romaine, là précisément où sonpère avait passé sa longue carrière ecclésiastique, et où lui-même avait commencé la sienne dès son enfance. Il sagit doncdun vrai souvenir domestique, dautant plus quune traditionveut que la famille du pape Damase, tout comme celle desaint Laurent, fût originaire dEspagne; en outre les hypo-thèses de ces archéologues qui identifient le célèbre évêqueLéon, enseveli dans VAgro Verano près de la tombe de larchi-diacre Laurent, avec lépoux de cette Laurentia qui est pré-cisément la mère de notre Damase, ne semblent pas absolu-ment dénuées de fondement. Quoi quil en soit, nous savonspar les documents que Damase naquit dune famille établiedepuis longtemps à Rome ; la haute position ecclésiastique deson père faisait facilement prévoir que son fils lui-mêmearriverait en son temps aux suprêmes honneurs, en sorte que,dans une solennelle épigraphe, Damase put être ainsi désignécomme pape par droit de naissance : Natus qui antistes Sedis Apostolicae. Sous lautel principal de la basilique stationnale, on conserveles saintes reliques de son fondateur, transportées là de sonhypogée sépulcral qui sélevait dans le voisinage de celui deMarc sur la voie Ardéatine. Lintroït provient du psaume 54, qui est celui des martyrs :« Écoutez ma voix, ô Yahweh, ne méprisez pas ma supplication,parce que je vais de côté et dautre dans la tristesse, épouvantérien quen entendant la voix de lennemi et de linique oppres-seur. » Cest là le cri du juste, la prière de Jésus dans le jardinde Gethsémani, quand il soutint pour nous une âpre lutte avecle tentateur, qui se faisait fort contre lui, innocent et saint, desdroits du péché, de la mort et de lenfer. Dans la collecte nous demandons à Dieu que lobservance delabstinence corporelle nous obtienne le pardon désiré, tout ennous donnant la maîtrise sur nos sens, au grand avantage dela piété véritable. La lecture {Exod., X X X I I , 7-14) rapporte la belle prière deMoïse à loccasion du péché didolâtrie commis par son peuple.
  • Cest là la charité parfaite, souhaiter dêtre effacé du livre des amis de Dieu, plutôt que de laisser périr ses propres frères sousle poids de la justice céleste. La charité fit que Moïse, au dire de lÉcriture, se trouva presque aux prises avec cette divine mais terrible justice; il sy trouva : mais la charité triompha. Le graduel est pris au psaume 4 3 ; nous inspirant en lui de laprière du grand législateur hébreu, qui, pour apaiser la colèrede Dieu, avait invoqué les mérites des premiers patriarches,nous supplions le Seigneur daider les derniers descendants,comme, dans les anciens temps, il a aidé leurs pères. Les mer-veilles alors accomplies par le Seigneur doivent nous animerde la plus filiale espérance, puisque ni son bras ne sest rac-courci avec les années, ni son cœur na diminué ses battementsdamour en notre faveur. La rébellion des Israélites contre Moïse, dont il est parlé dansla lecture précédente, contient peut-être une allusion au schismequi éclata à Rome à loccasion de lélection de Damase commePontife, quand il fut abandonné par une grande partie duclergé lui-même ; en même temps elle est une figure symboliquede ce qui arriva au divin Sauveur pour la fête des Tabernaclesselon la lecture évangélique daujourdhui (IOAN., V U , 14-31) • La-famille de Jésus aurait aimé que le Sauveur, par ses prodiges etpar son éloquence, appelât lattention sur soi, spécialementdans la capitale et en un jour solennel ; Lui, au contraire, préfèrelobscurité et lhumilité, et, sil monte à Jérusalem, cest encachette et sans aucun apparat ressemblant à un drame mes-sianique. Cest quil ne se recherche pas Lui-même, ni sapropre gloire, mais seulement lhonneur du Père. Du reste, aux Juifs qui voulaient toujours voir des miracles,Il donnait lune des plus fortes preuves de sa divinité, en ce que,malgré toute la haine que Lui portait le Sanhédrin, Il le défiaiten se montrant en public, prêchant, guérissant les malades;et, jusquà ce quarrivât lheure établie par Lui-même, personnene put Lui toucher un cheveu. Quand, par la suite, cette heurebénie arriva, les Juifs, dans la passion même du Christ, nepurent Lui faire rien de plus que ce qui avait été prédit parlEsprit Saint parlant par les Prophètes, de nombreux sièclesauparavant. Les moindres circonstances de temps, de lieu et
  • de personne avaient été prévues, si bien que saint Pierrepriant put dire que le Sanhédrin avait conspiré contre le Christ :Facere quae manus et consilium tuum decreverunt fieri. Il faut remarquer que, dans la terminologie liturgique ro- maine, cette première semaine de la seconde moitié du Carême prenait le nom de mediana, en relation avec la lecture évan- gélique daujourdhui, die festo tnediante, qui cependant, en dautres Églises, était remise au milieu du temps pascal. Le verset de loffertoire est tiré du psaume 39 : « Jai attendu avec patience le Seigneur, et II sest tourné vers moi; Il a exaucé mon cri, et II a mis sur mes lèvres un nouveau cantique à sa louange. » Quel est ce nouveau cantique de louange? Lhymne de la résurrection, VEucharistia du Testament Nouveau dans le Sang du Seigneur. La collecte qui sert de prélude au Canon est la même quau e I I I dimanche après lEpiphanie. Pour le chant de la communion, le psaume 19 nous fournit aujourdhui le verset : « Nous nous réjouissons de ce que vous nous avez accordé le salut, et nous célébrons Votre saint Nom, 6 Très-Haut. » Le nom de Dieu, cest le Verbe, cest Jésus, qui dit toute la gloire, la beauté, la puissance et la bonté du Père; et II est précisément le salut divin envoyé aux hommes, la source de lallégresse, en qui seulement il convient de se réjouir. La collecte pour lEucharistie, ou laction de grâces après lacommunion, est celle du vendredi précédent. Dans les anciensSacramentaires, lordre des collectes est moins rigoureux quecelui des lectures, parce quil y en avait un grand nombre derechange. Lun choisissait celle-ci, lautre celle-là, et ainsisexplique que dans le texte actuel du missel, malgré tant derichesse, lon rencontre des lacunes, auxquelles on supplée tantbien que mal par des répétitions. Dans la tnissa du peuple, le prêtre invoque sur lui la divinemiséricorde, pour quenfin cessent les fléaux — primitivementlon entendait par là le siège de la Ville par les barbares, lestremblements de terre, la peste, la famine, les catastrophespubliques — qui laffligent, et quil puisse se relever dans ladouce espérance de la clémence divine. Quelles sont les sources premières des malheurs, non seule-
  • ment privés, mais publics et sociaux? LEsprit Saint nouslapprend : miseros facit populos peccatum. Éloignons de nousle péché, et alors cessera sa sanction de la part de la justicedivine, et nauront plus de raison dêtre la mort, les afflictions,les maladies, etc. tout ce quen somme lApôtre appelle, en unephrase lapidaire : stipendia peccati. Ce nest pas sans raisons que Jésus se rend à la fête desTabernacles quand la solennité était déjà à la moitié de sonaccomplissement. Par là, tout en nous inculquant lamour quenous devons porter à la sainte liturgie et aux rites du culte, ilveut nous apprendre quil est le centre de la création comme delhistoire. Tout converge vers lui, et lordre et lharmonie dela création résident précisément dans cette relation de finalitéqui relie toute la création au Verbe de Dieu. Malheur à quiviolente et brise cette divine organisation du monde, et immolela créature à ladoration de soi-même, au culte de la propreexcellence ! Dieu seul est tout, et cest Lui in quo vivimus, move-tnur et simus. EM E R C R E D I « IN MEDIANA » APRÈS L E I V DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Mennas. Station à Saint-Paul « in aperitione aurium ».L ÉGLISE E de Saint - Mennas fut probablement érigée au I V siècle par la colonie alexandrine de Rome, et elle sélevait sur la rive gauche du Tibre, au premier mille de la voie dOstie, donc presque en face de lautre sanctuaire alexandrin des martyrs Cyr et Jean, bâti sur la rive opposée, sur la voie de Porto. La dévotion de ses compatriotes donna de la popularité 6parmi nous à ce saint Égyptien, à ce point que, au v u siècle,son natalis, au n novembre, était encore honoré de la stationliturgique à son sanctuaire, où saint Grégoire le Grand prêcha une fois. La station de ce jour est fixée à Saint-Paul, parce que lhis-toire de la conversion de lApôtre, quand il fut ébloui par lalumière céleste sur la voie de Damas, en fait le prototype etle modèle des catéchumènes. La fonction sintitule aussi inaperitione aurium, parce que, au sens spirituel, on y renou-
  • vêlait le miracle que Jésus accomplit en guérissant un sourd.Avec des rites magnifiques, le Pontife expliquait pour la pre-mière fois aux candidats au baptême, le symbole de la Foi,loraison dominicale et le commencement des quatre saintsÉvangiles; les oreilles des catéchumènes, jusqualors sourdesaux paroles de la vérité, souvraient pour la première foisà laudition des paroles de vie éternelle. Toute la messe a un caractère particulièrement baptismal. Lantienne dintroït est tirée dÉzéchiel (xxxvi, 23-26), là où Dieu promet à son peuple que, quand il aura rendu justice à sa sainteté quil avait violée, il le rassemblera à nouveau detoutes les régions où il a été dispersé, il répandra sur lui uneeau purificatrice et lui infusera un esprit nouveau. Voici la collecte : « O Dieu, qui, grâce au jeûne, vous apprêtezà donner aux justes la récompense de leurs vertus, et accordezaux pécheurs la rémission de leurs dettes, ayez pitié de nous,afin que la confession de notre culpabilité puisse nous en obtenirla rémission. » Après cette collecte, autrefois, le diacre invitait les caté-chumènes à entrer dans la basilique pour Vaperitio aurium;nous en résumerons le rite, selon les Ordines Romani : L E D I A C R E : Catechumeni procédant. — « Que les catéchu- 1mènes approchent. » L A C O L Y T E : N. N., N. N., N. N., etc. (Suit lappel nominalfait par un acolyte.) N. N., N. N., etc. L E D I A C R E : Orate electi flectite genua. — Le diacre range les t thommes à droite et les femmes à gauche, et dit : « Priez, élus,agenouillez-vous. » L E S C A T É C H U M È N E S : Pater noster, etc. — « Notre Père, etc. »(Un catéchumène le récitait probablement au nom de tous.) L E D I A C R E : Levate. Complète orationem vestram in unum, etdicite : Amen. — a Levez-vous; terminez tous ensemble votreprière et dites : a Ainsi soit-il. » L E S C A T É C H U M È N E S : Amen. — « Ainsi soit-il. » LE DIACRE : Signale illos, accedite ad benedictionem. —Sadressant aux parrains et aux marraines : « Faites sur eux le
  • signe de la croix. » Sadressant aux catéchumènes : « Appro-chez pour recevoir la bénédiction. » LES PARRAINS ou LES MARRAINES : In nomine Patris, etFilii et Spiritus Sancti. — Les parrains et les marrainesfont avec le pouce le signe de la croix sur le front de leursfilleuls, en disant : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » L A C O L Y T E : In nomine Patris, etc. — Lacolyte, ou peut-êtreà lorigine, lexorciste, répète le même rite sur les garçons :« Au nom du Père, etc. »; il impose les mains sur chacun ; et, àhaute voix, dans un acte de commandement, il récite laformule suivante dexorcisme : e r 7 Exorcisme. « O Dieu dAbraham, Dieu dIsaac, Dieu de Jacob, Dieu qui,sur le mont Sinaï, apparûtes à votre serviteur Moïse, et quiavez tiré dEgypte les fils dIsraël, leur assignant lAnge devotre miséricorde pour les garder jour et nuit ; nous vous prions,Seigneur, envoyez-nous votre saint Ange, qui garde pareille-ment tous vos serviteurs ici présents, et les fasse arriver à lagrâce de votre baptême. » Cest pourquoi, ô maudit adversaire, reconnais ta condam-nation, glorifie le Dieu vivant et véritable, glorifie son FilsJésus-Christ et le Saint-Esprit. Sors de ces serviteurs de Dieu,puisque Jésus-Christ, Dieu et notre Seigneur, a déjà daigné lesappeler à sa sainte amitié, à sa bénédiction et à la grâce de lasource baptismale. Toi, ô maudit adversaire, nose donc plusjamais profaner ce saint signe de la Croix que nous imprimonsmaintenant sur leurs fronts. » Le même rite saccomplit sur les filles, mais lexorcismeest ainsi conçu : « O Dieu du ciel et de la terre, Dieu des Anges,des Archanges, Dieu des Prophètes, des Martyrs, Dieu de tousles justes, Dieu dont confesse la gloire toute langue dans le ciel,sur la terre et dans les abîmes, nous vous invoquons, Seigneur,afin que vous daigniez garder vos servantes ici présentes et lesfaire parvenir à la grâce de votre baptême. » Cest pourquoi, ô maudit adversaire, etc. »
  • e II Exorcisme. A linvitation du diacre : « Priez, élus », etc. (on répète toutela première partie de la cérémonie) un second acolyte trace unecroix sur le front des catéchumènes, leur impose les mains et dit : « Écoute, ô adversaire maudit, je te conjure au nom duDieu éternel et de notre Sauveur Jésus-Christ, de ten aller, pleinde tristesse et de douleur, victime de ta jalousie même. T u nasplus rien de commun avec ces serviteurs de Dieu, qui nourrissentdéjà des pensées célestes, et qui sont prêts désormais à te renier,toi et le monde, afin de vivre dans limmortalité bienheureuse.Rends gloire à lEsprit Saint qui va venir; quil descende duplus haut des cieux, et tes fraudes étant déjouées, quil fassele temple et le séjour de la divinité de ces cœurs déjà purifiéset sanctifiés à la source divine. Quainsi ces serviteurs de Dieu,délivrés de toute tache de faute précédente, rendent perpé-tuellement grâces à Dieu, et durant léternité, bénissent sonsaint Nom. Par notre Seigneur Jésus-Christ, qui, au moyen dufeu final, viendra juger les vivants et les morts et le mondeprésent. » On accomplissait un rite identique sur les filles; seule laformule de lexorcisme variait : « Dieu dAbraham, Dieu dIsaac, Dieu de Jacob, Dieu quiavez instruit les tribus dIsraël et avez justifié Susanne ducrime qui lui avait été attribué, je vous prie et vous conjure,Seigneur, de libérer vos servantes ici présentes, et de daignerles faire arriver à la grâce de votre baptême. » Cest pourquoi, ô maudit adversaire, etc. » e III Exorcisme. Un autre acolyte répète pour la troisième fois le rite précé-demment décrit; seul lexorcisme change : « Je tadjure, esprit immonde, au nom du Père, du Fils etdu Saint-Esprit, de sortir de ces serviteurs de Dieu. O damnéet maudit, cela test commandé par celui-là même qui marchasur les eaux à pied sec, et qui tendit sa droite pour soutenirPierre qui était près de se noyer. » Cest pourquoi, 6 maudit adversaire, etc. »
  • Pour les femmes, lexorcisme était ainsi conçu : « Je tadjure, esprit immonde, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de sortir et de ten aller de ces servantes de Dieu. Ilte le commande celui-là même, ô damné maudit, qui ouvrit lesyeux à laveugle-né et qui, du tombeau, rappela à la vie Lazaremort depuis quatre jours. » Cest pourquoi, ô maudit adversaire, etc. » e IV Exorcisme (sacerdotal). Après le triple exorcisme des acolytes vient celui du prêtre : L E D I A C R E : « Priez, élus, etc. » Les parrains font un nouveau signe de croix sur le front de leurs filleuls ; un des prêtres trace lui aussi le signe de la croix et impose ensuite ses mains sur la tête de chacun des élus, en récitant loraison suivante : (Remarquons auparavant que, à la différence des exorcistes qui sadressent au démon pour le menacer, le prêtre ne lestime pas digne même dune parole; mais il sadresse directement à Dieu dont il est ministre.) « Je conjure Votre éternelle et très juste miséricorde, Sei-gneur Saint, Père tout-puissant, Dieu éternel de toute lumièreet vérité, en faveur de vos serviteurs et de vos servantes iciprésents, afin que vous daigniez les illuminer par la lumière devotre connaissance. Accordez-leur la vraie sagesse, pour quilssoient dignes daspirer à la grâce de votre baptême. Quils aientune ferme espérance, un propos droit, une doctrine sainte, afindêtre disposés à recevoir votre grâce. » L E D I A C R E : « Priez, élus, etc. » (Comme ci-dessus.) L E D I A C R E (aux parrains et marraines) : « Faites sur euxle signe de la crçix. Levez-vous en ordre et faites silence. » e Depuis le i x siècle, on lisait aujourdhui à Rome, comme auxjours les plus solennels, les deux leçons de lAncien Testamentassignées dans le missel actuel. Toutefois, comme, à lorigine,celles-ci devaient déjà avoir été lues lors du premier scrutin dela semaine précédente, les Ordines Romani attribuent à la stationde ce jour ces autres lectures : « Inaurium aperitione »; ISAIAE :« Audite, audientes me, et comedite bonum », et : Ad Coloss. :« Expoliantes vos veterem hominem. » Dans la première, le Pro-phète décrit la douceur des conseils de Dieu sur les âmes, con-
  • seils de miséricorde et dune sollicitude plus que maternelle. Lalecture achevée, on chante le répons tiré du psaume 33, quisemble vraiment sadresser aux catéchumènes, leur promettantpar laccès au baptême, lumière, sécurité et esprit filial desainte crainte de Dieu. « Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai lacrainte de Dieu. J. Allez à lui et vous serez illuminés, et votrevisage naura point à rougir. » La prière sacerdotale met fin à la psalmodie responsoriale :« O Dieu, tandis que le jeûne afilige les membres, faites que lagrâce de la véritable piété et lonction de votre divin Espritapportent un réconfort intérieur à lâme, afin que, lardeur dessentiments terrestres étant apaisée, nous puissions nous éleverplus facilement aux choses célestes. » Voilà ce qui a fortifié lesmartyrs, les anciens anachorètes et les pénitents. Ils suppor-taient pour le Christ dâpres luttes, mais la grâce les soutenait,et aussi la joie intérieure du cœur, qui est lun des fruits duSaint-Esprit. Dans la seconde lecture, tirée de lépître aux chrétiens de Colosses (m, 9-17) lApôtre explique le symbolisme des rites baptismaux : Le vieil homme, avec ses inclinations, est dépouillé, et lon revêt le nouveau, cest-à-dire le Christ. Les vertus qui distinguent le nouvel état sont lhumilité, la patience, et par- dessus tout la charité qui est le lien de la sainteté. Le chré- tien doit être comme une harmonie continuelle, une harmonie divine sur la harpe de lEsprit Saint, et son diapason est le Christ. Le graduel vient du psaume 32 ; il décrit la félicité du peuplequi accueille le Verbe pour son héritage : « Bienheureux cepeuple qui a Dieu pour Seigneur, peuple que le Seigneur sestchoisi en partage. Les cieux furent créés par la parole deDieu, et tout leur ornement vient du souffle de ses lèvres. » Pendant ce temps, sortent du Sacrarium quatre diacresportant les volumes des saints Évangiles, quils déposent auxquatre angles de lautel. Le Pontife prend la parole pour initierenfin les candidats au baptême, à létude du verbe évangélique. L E P R Ê T R E : « Fils bien-aimés, avant de vous manifesterlÉvangile, cest-à-dire les œuvres de Dieu, nous devons vous
  • en expliquer le caractère; ce quest cet évangile, doù il vient,quelles paroles il rapporte, pourquoi il y a quatre évangiles etnon davantage, quels en furent les auteurs, quels hommesétaient ces quatre personnages qui furent annoncés par leProphète inspiré du Saint-Esprit; et tout cela nous devons vousle déclarer brièvement, de peur que, sans ces explications,quelque doute demeure dans votre esprit, et quétant venusici pour que vos oreilles souvrent à la vérité, vous demeuriez surpris par la nouveauté de la chose. » Évangile signifie proprement heureuse nouvelle telle quelest, précisément, lannonce de notre Seigneur Jésus-Christ. Il sappelle ainsi parce quil annonce et démontre commentcelui qui autrefois parlait par les prophètes, est venu lui-mêmeà la fin des temps, revêtu de chair humaine, selon les parolesde lÉcriture : « Celui qui autrefois parlait au moyen denvoyés,K cest moi, je sais venu en personne. » (Is., LU, 6.) » Pour vous expliquer ensuite brièvement ce que signifie cetévangile, et qui sont ces quatre personnages annoncés par leProphète, commençons par identifier au moyen de leurs nomspersonnels les symboles qui les préfiguraient. » Voici ce que dit Ézéchiel : « Tel était laspect de leur visage :» lun avait la face dun homme, lautre, à droite, dun lion,» le troisième, dun taureau et le quatrième, à gauche, dun» aigle. Il ny a aucun doute que les quatre personnages repré-» sentes sous ces symboles ne soient les évangélistes. Les noms» des auteurs des évangiles sont : Matthieu, Marc, Luc et Jean. » L E D I A C R E : « Faites silence, et écoutez avec attention : » Commencement du saint évangile selon Matthieu, etc. Ildélivrera son peuple de leurs fautes. » L E P R Ê T R E : « Fils bien-aimés, pour ne pas vous tenir pluslongtemps en suspens, nous voulons vous exposer le symboleet la manière décrire de chacun des évangélistes. Pourquoidonc Matthieu est-il préfiguré sous le symbole dun homme ? Parce que, dès son exorde, il narre longuement la naissance denotre Sauveur, décrivant minutieusement sa généalogie. Ilcommence ainsi : « Arbre généalogique de Jésus-Christ, fils de» David, fils dAbraham. » Vous voyez vous-mêmes que cenest pas sans une bonne raison quon attribue à cet évangéliste
  • le symbole de lhomme, puisquil commence immédiatement àparler de la naissance humaine du Christ. Cest donc à justetitre que ce symbole fut attribué dune façon spéciale àMatthieu. » L E D I A C R E : « Faites silence, etc. Commencement du saintévangile selon Marc, etc. Il vous baptisera ensuite dans leSaint-Esprit. » L E P R Ê T R E : « Lévangéliste Marc a pour symbole le lion,parce quil commence son récit par la description de la vie deJean dans le désert. Il dit en effet : « Voix de celui qui crie dansle désert : préparez la voie au Seigneur. » Marc a également lelion pour symbole, parce que celui-ci est le roi des animaux etquaucun ne peut lemporter sur lui. Ce symbolisme du lion ades sens nombreux dans lÉcriture, selon cette parole : « Juda,mon fils, petit lion, tu descends vraiment de ma race. T u tesétendu pour dormir comme un lion et comme un lionceau. Quiosera le réveiller? » L E D I A C R E : « Faites silence, etc. Commencement du saintévangile selon Luc, etc. pour préparer au Seigneur un peuplefidèle. » L E P R Ê T R E : « Lévangéliste Luc a pour figure le taureau, à la ressemblance de qui notre Sauveur lui-même fut immolé comme une victime. Il commence lévangile de Jésus-Christ parlhistoire de Zacharie et dElisabeth, desquels, malgré leur âgeavancé, naquit Jean le Baptiste. Luc est justement symbolisé par le taureau, puisque les deux cornes signifient lun et lautretestament, les ongles des quatre pieds représentent les quatreévangiles qui paraissent bien sortir dun faible principe, mais qui contiennent au contraire en eux-mêmes toute perfection et toute sagesse. » L E D I A C R E : « Faites silence, etc. Commencement du saint évangile selon Jean, etc. la plénitude de la grâce et de la vérité. » L E P R Ê T R E : « Jean est comparé à laigle, parce quil sélève très haut. Il dit en effet : « A u commencement était le Verbe, » et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au » commencement en Dieu. » » David dit aussi du Christ : « Votre jeunesse, comme celle » de laigle (qui renouvelle son plumage) sera renouvelée »,
  • cest-à-dire ia jeunesse de notre Seigneur Jésus-Christ, qui,ressuscité des morts, monta au ciel. » Cest pourquoi lÉglise qui vous a conçus, et qui vous porteencore dans son sein, se glorifie à présent, et à bon droit; carelle voit que tous ses vœux et tous ses désirs tendent au renou-vellement de la Foi chrétienne, du moment que, au jour pro-chain de la sainte Pâques, vous renaîtrez à la grâce au moyen dubain baptismal. Ainsi, vous aussi, comme tous les saints,puissiez-vous obtenir la récompense promise fidèlement à len-fance spirituelle par Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit etrègne dans tous les siècles. » Linitiation des catéchumènes à létude du saint Évangileétant accomplie, on leur enseignait le symbole de Foi, qui, àlorigine, était une formule baptismale de doctrine chrétienne,que les aspirants au baptême avaient coutume dapprendre parcœur pour la réciter ensuite publiquement le samedi saint. Tantque dura la loi de larcane, il était défendu décrire le Credo surparchemin ou papyrus, mais on devait limprimer dans samémoire, afin de faire du symbole comme un bouclier spirituelde défense, dans les tentations et les périls. Aujourdhui encore,lÉglise en impose la récitation plusieurs fois par jour, à la messe,au commencement et à la fin de lOffice divin. Au moyen âgeon avait lhabitude de le réciter particulièrement quand onassistait les agonisants. Traditio Symbolù L E PRÊTRE : « Mes bien-aimés, avant de recevoir le sacrement du Baptême, et avant dêtre régénérés en une autre créature par lœuvre du Saint-Esprit, accueillez avec tout votre cœurcette foi, au moyen de laquelle vous devez être sanctifiés. Parune sincère conversion, changez désormais desprit, et tournez-vous vers Dieu, qui répand sa lumière dans nos âmes ; dautantplus que maintenant vous êtes initiés à larcane sacré de laformule évangélique doctrinale, inspirée par le Seigneur etpromulguée par les apôtres, concise dans les mots, mais pro-fonde dans ses mystérieuses pensées. E n effet, le Saint-Esprit,qui la dicta aux premiers maîtres de lÉglise, exposa cette Foisalutaire avec une grande lucidité de concept et une grande
  • concision de langage, afin que ce que vous devez précisémentcroire et dont vous devez toujours faire lobjet de vos consi-dérations, ne pût demeurer caché à votre perspicacité ni fatiguervotre mémoire. Mettez donc une grande attention à apprendrele symbole et tout ce que nous vous enseignons maintenant,comme cela nous fut enseigné à nous-mêmes autrefois. Nelécrivez pas sur une matière corruptible, non, mais sur lespages de votre cœur. Voici la profession de la Foi que vousavez déjà embrassée. » E Au V I siècle, quand le baptême des adultes était devenuchose rare, puisque tous, désormais, recevaient le sacrement derégénération dans leur enfance, lacolyte prenait dans ses brasou par la main un des petits catéchumènes et se présentaitau Pontife. L E P R Ê T R E : « En quelle langue confessent-ils notre SeigneurJésus-Christ? » L A C O L Y T E : « En grec. » L E P R Ê T R E : « Proclame donc leur foi, telle quils la pro-fessent. » La population de Rome comprenait alors un bon nombre defonctionnaires byzantins. Cétait pour eux que lacolyte répon-dait : L A C O L Y T E (en grec) : « Je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles etinvisibles. E t en un seul Seigneur, Jésus-Christ, fils unique deDieu, né du Père avant tous les siècles; lumière de lumière, vraiDieu de vrai Dieu; engendré, non fait, de la même substanceque le Père, par qui tout fut fait. Lequel pour nous, hommes,et pour notre salut, descendit du ciel, prit chair de lEsprit Saintet de la Vierge Marie, et devint homme. Crucifié également pournous sous Ponce Pilate, il souffrit, fut enseveli et ressuscita letroisième jour, selon les Écritures. Il est monté au ciel, il siègeà la droite du Père et de nouveau il reviendra avec gloire, pourjuger les vivants et les morts; son règne naura pas de fin. (Jecrois) en lEsprit Saint, Seigneur et vivificateur, qui procède duPère, et qui, avec le Père et le Fils, est adoré et glorifié, lui quia parlé par les prophètes. (Je crois aussi) en une unique Église,sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un unique bap-
  • terne pour la rémission des péchés, jattends la résurrectiondes défunts et la vie du siècle futur. Il en est ainsi. » L E P R Ê T R E : « Petits enfants très chers (les Byzantins), vousavez entendu le Symbole en grec; maintenant entendez-leen latin. » Lacolyte présentait alors les catéchumènes latins. L E P R Ê T R E : « En quelle langue confessent-ils notre Sei-gneur Jésus-Christ? » L A C O L Y T E : « En latin. » L E PRÊTRE : « Proclame leur foi, telle quils la professent. » L A C O L Y T E (en latin) : « Je crois, etc. » Le PRÊTRE : « Voici, ô mes bien-aimés, le précis de notre Foi ;voici le texte du symbole, composé non pas «selon les règles dulangage humain ordinaire, mais disposé par Dieu. Personne nepeut sestimer incapable de comprendre et dobserver ceschoses. Ici est annoncée lunité et légalité de pouvoir du Pèreet du Fils; ici est démontré que le Fils unique de Dieu naquit,selon la chair, de la Vierge Marie et de lEsprit Saint; ici estdéclaré son crucifiement, sa sépulture et sa résurrection letroisième jour; ici lon professe son ascension au ciel, on pro-clame quil siège à la droite du Père de toute majesté, et lonconfesse quil devra venir un jour pour juger tous les vivants etles morts. Ici lon reconnaît à lEsprit Saint la même divinitéindivise du Père et du Fils; ici, en outre, Ton enseigne la voca-tion supérieure de lÉglise, la rémission des péchés et la résur-rection des corps. Vous donc, ô mes bien-aimés, de semblablesau vieil Adam que vous étiez, maintenant vous êtes réformésselon le prototype de lhomme nouveau (Jésus) ; de charnels,vous commencez à devenir spirituels; de terrestres, célestes.Avec une foi ferme et inébranlable, tenez pour certain que larésurrection qui a été accomplie à légard du Christ, se doitaccomplir aussi en nous tous, puisque ce qui arrive au Chef doitse vérifier aussi dans les membres du Corps. E n effet, le sacre-ment même du Baptême, que vous vous disposez à recevoir,exprime par ses rites cette espérance ; car en lui sont figuréesune certaine mort et la résurrection. On laisse le vieilhomme et le nouveau se lève ; le pécheur descend dans les eaux,et il en sort justifié. On rejette celui qui nous conduisit à la mort,
  • et Ton accueille celui qui nous rendit la vie. Cest par sa grâce que vous êtes fils de Dieu, engendrés, non pas par la volonté de la chair, mais par la vertu du Saint-Esprit. Vous devez donc imprimer tellement dans vos cœurs ce symbole très bref mais complet, que, en toute circonstance, vous puissiez vous munir de la protection de cette profession de Foi. Les vrais soldats de Jésus-Christ expérimentent toujours la force invincible de ces armes contre toutes les embûches de lennemi. Que le démon, qui ne cesse jamais de tenter les hommes, vous trouve toujours munis de ce symbole, afin que, ayant vaincu ladversaire auquel vous renoncez désormais, vous puissiez, avec la divine protec- tion de Celui que vous confessez, conserver jusquà la fin, intègre et immaculée, la grâce du Seigneur. Quainsi, en Celui par qui vous obtenez la rémission des péchés, vous puissiez arriver aussi à la gloire de la résurrection. » Vous avez entendu, 6 bien-aimés, le symbole de la Foicatholique; maintenant, quand vous serez sortis dici, apprenez-le par cœur, sans en changer une syllabe; la miséricorde de Dieupeut tout ; quelle vous conduise, altérés, à la foi et au baptême,afin que nous, qui vous enseignons les Mystères divins, nouspuissions arriver, avec vous qui les écoutez, jusquau royaumedes cieux. Par le même notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit etrègne dans tous les siècles. Amen. » L E D I A C R E : « Gardez le silence, et faites attention. » Alors venait probablement une lecture évangélique avec letexte de loraison dominicale. L E PRÊTRE : « Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur, parmiles autres préceptes déternel salut, un jour que ses discipleslui demandèrent comment ils devaient prier, leur enseigna cetteformule de prière que vous aussi, après la lecture que vousvenez dentendre, avez bien comprise. Que votre charité daignepourtant écouter de quelle manière Jésus enseigna à ses disci-ples à prier Dieu, Père tout-puissant. « Quand tu veux prier,» dit-il, entre dans ta chambre, ferme la porte et fais oraison» à ton Père. » Parlant de la chambre, Jésus ne veut pas parlerdune partie secrète de la maison, mais il nous rappelle que lessecrets de notre cœur sont connus de Lui seul. Il dit aussi defermer la porte pour adorer le Père, puisque, comme avec une
  • clef mystique, nous devons interdire lentrée du cœur aux mau-vaises pensées, et les lèvres fermées par le silence, nous devonsconverser avec Dieu au moyen dun esprit sans tache. NotreDieu, en effet, regarde la foi et non le son de la voix. Nous fer-mons donc notre cœur avec la clef de la foi contre les embûchesde ladversaire, pour quil demeure ouvert seulement à Dieu,à qui il est dédié comme un temple. Celui qui habite dans notrecœur plaide lui-même notre cause quand nous prions. Le Verbeet la Sagesse de Dieu, le Christ Jésus, nous enseigna cette prière,afin que nous fassions oraison ainsi : Le prêtre commence à expliquer loraison dominicale. « Noire Père qui êtes aux deux. » Voilà un cri de liberté et de confiance absolue ! Vous devezdonc vous comporter de telle sorte, que vous puissiez être vrai-ment fils de Dieu et frères du Christ. E n effet, celui qui séloignede ses volontés, aurait-il la témérité dappeler Dieu son père?Cest pourquoi, mes bien-aimés, montrez-vous dignes duneaussi divine adoption, puisquil est écrit que tous ceux quicrurent en Lui obtinrent la grâce de devenir fils de Dieu. » Que votre nom soit sanctifié. » Cest-à-dire, non pas que Dieu, qui, en Lui-même est éter-nellement saint, devienne tel parce que nous le reconnaissonssaint; mais nous demandons au contraire que son nom soitsanctifié en nous, afin que, devenus saints nous-mêmes grâce àson baptême, nous puissions persévérer dans une si grandepureté de vie. » Que votre règne arrive. » Quand donc ne règne pas notre Dieu, dont lempire estimmortel? Cest pourquoi, lorsque nous disons : que votre règnearrive, nous demandons quadvienne aussi pour nous notrerègne, le règne messianique qui nous a été promis par Dieu,etmérité par le sang et par la passion du Christ. » Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Cest-à-dire, que votre vouloir saccomplisse, en sorte quece que vous voulez dans le ciel, nous lexécutions exactementsur la terre. » Donnez-nous aujourdhui notre pain quotidien. » Ici nous devons entendre la nourriture spirituelle. En effet,
  • notre pain est le Christ, lui qui a dit : « Je suis le Pain vivant » descendu du ciel. » Nous lappelons quotidien, parce que nous devons demander de nous tenir toujours éloignés du péché, pour être dignes de laliment céleste. » Remettez-nous nos dettes, comme nous aussi les remettons à nos débiteurs. » Par ce précepte on nous fait entendre que nous ne pouvonsobtenir le pardon de nos péchés, si auparavant nous ne pardon-nons à ceux qui nous ont offensés, conformément à ce que ditJésus dans lévangile : « Si vous ne pardonnez pas au prochain» ses offenses, votre Père ne vous pardonnera pas non plus» vos péchés. » » Et ne nous induisez pas en tentation. » Cest-à-dire, ne permettez pas que lauteur du mal, celuiqui nous tente, nous pousse (au péché). LÉcriture dit en effet :Ce nest pas Dieu qui nous pousse au mal, mais le diable; etcest pour abattre celui-ci que le Seigneur a dit : « Soyez éveillés,» et priez pour ne pas succomber à la tentation. » » Mais délivrez-nous du mal. » Cela est ajouté parce que lApôtre a dit : « Vous ne savez » pas ce pour quoi vous devez prier. » Nous devons supplier Dieu, unique et tout-puissant, afin que, ce que la faiblessehumaine ne réussit pas toujours à fuir, nous ayons la force deléviter par Jésus-Christ, notre Seigneur, qui, Dieu, ensembleavec lEsprit Saint, vit et règne dans tous les siècles. » L E D I A C R E : « En ordre, attention et silence. » L E P R Ê T R E : « Avez-vous entendu, ô mes bien-aimés, le sensprofond et sacré de loraison dominicale? Allez, maintenant,et méditez-le dans votre cœur, afin que vous puissiez être par-faits en Jésus-Christ, et obtenir ainsi la miséricorde implorée.Notre Dieu le peut; quil vous fasse arriver au bain de leaurégénératrice, vous qui aspirez à embrasser la foi; à nous quivous avons enseigné les mystères de la Foi catholique, que leSeigneur nous accorde darriver avec vous au royaume céleste ;Lui qui, avec le Père, dans lunité du Saint-Esprit, vit et règnedans tous les siècles. » Ici finit la première partie de la messe. Les redoutablesMystères vont commencer; aussi, conformément à la discipline
  • de larcane, renvoie-t-on les excommuniés, les pénitents et lescatéchumènes. Les portiers surveillent les portes, le sous-diacredéfend lentrée du vima et le diacre proclame : « Que les catéchumènes se retirent ; que celui qui est encorecatéchumène sen aille; que tous les catéchumènes sortent. » Les catéchumènes étant partis, le divin sacrifice commence.Les parents et les futurs parrains étaient admis à présenterloblation au nom de leurs fils et filleuls, afin que le diacre lûtensuite leurs noms sur les diptyques. Le verset ad offerendum est tiré du psaume 65, et nest quunhymne de reconnaissance au Seigneur pour le bienfait de lavocation à la grâce du baptême, et au saint et sublime état dechrétien : « Nations, bénissez le Seigneur notre Dieu, que la voixde sa louange retentisse bien haut ; Il maintient mon âme envie et II fait que mon pied ne glisse pas. Béni soit Yahweh quina pas rejeté de Lui ma prière, et qui ne ma pas retiré samiséricorde. » La prière dintroduction à lanaphore consécratoire est ainsiconçue : « Nous vous prions humblement, 6 Dieu Tout-Puissant,de faire que par les mérites de ce Sacrifice, vous nous purifiiezde nos péchés; puisque cest ainsi que vous nous donnez lavéritable santé de lâme et du corps. Par notre Seigneur, etc. » Après la communion, larchidiacre annonçait le jour et le lieu du futur scrutin.ÎÊ Lantienne ad Communionem est tirée du récit de saint Jeanau sujet de laveugle-né, qui se lit maintenant à la messe de cejour. La salive du Seigneur, qui rend la vue à laveugle, est lesymbole de leau baptismale qui illumine le néophyte. « LeSeigneur, avec sa salive, a fait de la boue, et il ma enduit lesyeux. Je men allai, je les lavai, jai recouvré la vue et jai cruquil est Dieu. » Après la communion. L a prière daction de grâces est celle-ci :« O Dieu, notre Seigneur, faites que le sacrement que nous avonsreçu, nous rassasiant de sa céleste nourriture, nous soit aussiune aide matérielle. Par notre Seigneur, etc. » Bénédiction sur le peuple. Pour congédier le peuple, on invoquesur lui la bénédiction : « Que vos oreilles miséricordieuses,Seigneur, soient attentives aux prières de ceux qui vous sup-
  • plient; et pour que vous puissiez aider le vœu de celui qui prie, faites quil vous demande ce qui vous plaît. Par notre Seigneur, etc. » On parle beaucoup aujourdhui de la vocation ecclésias- tique ou religieuse, mais trop peu de la vocation à la vie chré- tienne, qui nous est donnée moyennant la grâce du saint Bap- tême. E t pourtant, la vocation religieuse elle-même ne fait rien autre que développer et donner en nous sa suprême réalisation à la vocation chrétienne au moyen des conseils de perfection. Il ny a pas deux christianismes, comme lont rêvé certains protestants modernes, celui de lÉvangile et celui des règles monastiques; mais il y a une unique profession chrétienne, où les promesses baptismales reçoivent, grâce à la profession monastique, la sanction la plus efficace et lexécution idéale et parfaite. Le religieux, le moine, nest donc rien autre que le chrétien parfait, celui qui, ayant pris tout à fait au sérieux ses relations baptis- males avec le Christ, sest mis à sa suite dans la voie plus étroite et plus sûre des conseils de perfection. Cela ne veut toutefois pas dire que le simple fidèle ne soit pas dans un état saint, et quilne soit pas obligé de tendre à la perfection dans son propre état.Au contraire, moindres sont les garanties de sécurité et de secoursquil a au milieu du siècle, plus grande doit être sa diligence pourgarder sa vocation chrétienne, en réalisant ses promesses baptis-males. Le sacrement de régénération tient lieu, pour chaquefidèle, de la profession religieuse ; le catéchuménat équivaut aunoviciat, les promesses du baptême représentant les vœux,le vêtement blanc est lhabit régulier, lÉvangile est la règlequon sengage à observer. e J E U D I APRÈS L E I V DIMANCHE D E C A R Ê M E . Collecte à Saint-Cyr. Station à Saint-Martin-aux-Monts.L É G L I S E de Saint-Cyr, au pied du Quirinal, fut dédiée par le pape Vigile en lhonneur, probablement, des saintsdiacres Etienne et Laurent; mais plus tard, grâce à linfluencedes Byzantins, elle changea de nom et prit celui des martyrsorientaux Cyr et Julitte, les mêmes qui sont vénérés particu-
  • lièrement dans un oratoire de Sainte-Marie-Antique au Forumromain. La basilique stationnale est lancien titre dÉquitius, érigé autemps du pape saint Sylvestre. Par la suite, sélevèrent à sescôtés, par les soins du pape Symmaque, deux célèbres oratoires,celui de Saint-Martin de Tours et celui de Saint-Sylvestre pape,les premiers confesseurs auxquels, après les martyrs, ait étéattribué un culte liturgique. Ils attirèrent vite à eux toute ladévo-tion du peuple ; si bien que le fondateur du titre étant tombé enoubli, son nom fut changé en celui des Saints-Sylvestre-et-Martin. e r Serge I y entreprit des restaurations grandioses; maisnayant pu les conduire à bonne fin, prévenu quil fut par lamort, Léon IV les acheva, et annexa aussi à léglise un monastèrepour le service divin.COENOBïVMQVE - SACRVM STATVIT • MONACHOSQVE • LOCAVIT QUI - DOMINO • ASSIDVAS • VALEANT • PERSOLVERE • LAVDES Cette basilique est très riche en corps danciens martyrs, Etransportés des cimetières suburbains au I X siècle. Le bien-heureux cardinal Tommasi en fut prêtre titulaire, et il vouluty être enseveli. Comme la station de ce jour nest pas primitive et remonte seulement à lépoque de Grégoire I I , les divers chants de lamesse sont empruntés à dautres jours. Lintroït est celui duvendredi des Quatre-Temps de septembre, et provient dupsaume 104 : « Que le cœur de ceux qui cherchent le Sei-gneur se réjouisse. Cherchez le Seigneur et sa puissance; cher-chez sans cesse son visage. » Chercher le Seigneur, veut direlavoir, Lui et sa gloire, pour fin de nos actions; cest vivre etagir en présence de Dieu, pour Lui et non pour nous. Dans la collecte, identique à celle dhier après la premièrelecture, on invoque la joie du Saint-Esprit et une dévotionfervente, en faveur de ceux qui mortifient leur corps par lejeûne. Il est impossible dunir les consolations des sens etcelles de lesprit; leurs goûts sont en parfaite opposition.Quand les sens jouissent, lesprit devient comme obscurci parla fumée des passions charnelles; au contraire, plus lâme
  • imprime dans la chair les stigmates de la croix, plus elle sesent libre et pure, plus son regard est clair et perspicace. Les lectures de la messe racontent deux résurrections opérées,lune par Elisée, lautre par le Sauveur. Ce choix semble inspirépar les souvenirs de la voisine nécropole de la via Merulana ;toutefois ces lectures contiennent une belle allusion au thauma-turge de Tours, si célèbre chez les anciens, parce que in fideTrtnitaèis trium mortuorum suscitator meruit esse magnificus. La résurrection miraculeuse des défunts arrive à propos pour nous rappeler aussi que la sainte abstinence et la communion nous confèrent un droit spécial à la résurrection glorieuse au dernier jour. e La première lecture est tirée du I V livre des Rois (iv, 25-38) où nous devons remarquer que lenfant qui ne put être rappelé à la vie par le bâton du prophète Elisée, se réveilla toutefois au souffle léger de sa bouche. Cela doit apprendre aux supérieurs, et, en général, à tous, que dans nos relations avec le prochain les moyens les plus énergiques ne sont pas toujours les plus efficaces, et que, comme le disait spirituellement le saint évêque de Genève, on prend plus de mouches avec le miel quavec le vinaigre. Le graduel est tiré du psaume 7 3 , et il est emprunté au e X I I I dimanche après la Pentecôte : « Souvenez-vous de votre alliance, et nabandonnez pas à jamais vos pauvres. Levez-vous, Seigneur, jugez votre cause; noubliez pas les outrages que souffrent vos serviteurs. » Lalliance de Yahweh est la pro- messe messianique faite à Abraham et aux patriarches; cette promesse, à la différence de lancien pacte bilatéral conclu entre Dieu et les Juifs par lintermédiaire de Moïse, a uncaractère parfaitement gratuit et elle est irrévocable. La lecture évangélique ( L u c , v u , 11-16), avec le récit de larésurrection du fils de la veuve de Naïm, est empruntée au eX V dimanche après la Pentecôte. Cette veuve symboliselÉglise, qui, à force de prières et de larmes, obtient du Seigneurla conversion des pécheurs et leur renaissance à la grâce. Lesfossoyeurs qui transportent au tombeau notre cercueil, ce sontles sens, les passions, menant grand bruit autour de lâme qui,comme prise de vertige, est morte et ne le sait pas. La première
  • grâce que Dieu nous accorde est de faire arrêter ces funestesporteurs de notre bière; quand le tumulte des passions se calme,il se fait dans lâme un profond silence, et alors elle commenceà réfléchir sur son sort. Combien donc il est nécessaire que lagrâce divine dissipe en nous tant dillusions qui nous font croireêtre ce que nous ne sommes point ! Semblables en cela à cetange de lApocalypse, à qui Dieu dit : Nomen habes quoi vivas,et mortuus es (m, i). Loffertoire est pris du psaume 69 et il était particulièrement cher à la piété des anciens Pères du désert, qui récitaient ce verset comme prière jaculatoire très souvent durant la journée : « Seigneur, accourez à mon aide. Quils demeurent confondus ceux qui font des complots contre moi. » Le cœur de Dieu ne sait pas résister à la voix dun fils qui lappelle à son secours, et nous avons le Seigneur à nos côtés toutes les fois que nous crions vers lui avec amour. Les prières et le sacrifice de lÉpouse mystique du Christ,lÉglise, sont toujours agréables à Dieu, et toujours efficacessur son cœur. Néanmoins, si la dévotion des fidèles sy ajoute,le sacrifice eucharistique ne pourra quêtre encore plus cher auSeigneur, et plus profitable aux croyants. Telle est la pensée siélégamment exprimée dans la brève collecte qui aujourdhui serécite sur les oblations. E n dautres termes, les sacrements etlEucharistie produisent, il est vrai, leur effet en vertu delinstitution divine; le fruit toutefois dépend beaucoup des dispositions subjectives de celui qui les reçoit. Il en est comme dun mets exquis et nutritif, qui peut être moins opportun et peu salutaire à un estomac malade et faible. Lantienne durant la communion du peuple est tirée dupsaume 70 : « Seigneur, je me souviendrai seulement de votresainteté. Vous qui avez été mon maître dès ma jeunesse, ah !ne mabandonnez pas maintenant que je plie sous le poids de lavieillesse. » Avec la marche des années et lexpérience amèreque, en ce monde, tout, sauf Dieu, est vanité et afflictiondesprit, lâme à qui tout échappe, jeunesse, santé, applaudisse-ments et richesse, lasse et précocement vieillie, sent quil ny aque le Seigneur que nous puissions étreindre pour ne plus jamaislabandonner. Il est lunique ami fidèle qui ne nous délaisse pas
  • dans ladversité, selon la parole de lEsprit Saint : Omni temporediligit qui amicus est. Dans la collecte daction de grâces nous demandons que notreindignité et notre froideur dans la réception de la nourritureangélique du saint Autel, ne transforme pas en sujet de con-damnation le sacrement qui fut institué pour la rémission despéchés. La prière sinspire du texte connu de saint Paul dans lapremière épître aux Corinthiens, là où il traite des sacrilègesqui, en recevant indignement lEucharistie : iudicium sibi man-ducant et bibunt. Dans la prière pour le renvoi du peuple, le prêtre prie Dieu dedétourner des fidèles les fautes qui les accablent, afin quà lave-nir leur conduite lui soit toujours agréable, et quils puissent sepromettre la grâce de sa protection. Tel est lordre parfait insti-tué par Dieu : dabord il faut écarter le péché, puis il est néces-saire dagir en conformité avec les divins commandements, etcest seulement à ce prix que nous pouvons nous promettreles faveurs de Dieu. Contemplons une fois encore le prophète Elisée quand ilressuscite lenfant mort. Il sétend doucement sur lui, pose sonvisage sur le sien, ses mains, ses pieds sur ceux de lenfant,il sadapte, se fait petit avec ce petit, et réussit ainsi à répandredans le cadavre glacé la chaleur de la vie. Quel bel exemple dediscrétion ! Il faut avant tout aux supérieurs, pour faire du bien,un certain esprit de prudente adaptation, pour mesurer dabordce quils exigent des autres, et les forces de ceux qui doiventexécuter leurs commandements. Il ne faut pas regarder tropexclusivement ce que lon devrait faire, mais il est nécessairede peser ce qui se peut effectivement, tant de notre part quede celle dautrui. e VENDREDI APRÈS L E I V DIMANCHE D E CARÊME. Collecte à Saint-Vith « in Marcello Liviae ». Station à Saint-Eusèbe.L É G L I S E de la collecte, sur lEsquilin, sappela aussi ad Lunam, et tire peut-être son origine du pape Hilaire; plustard seulement elle fut élevée au rang de diaconie avec le nom ede Saint-Vith, quand, au v n siècle, le culte de ce martyr devint
  • très populaire en Italie, à ce point quon érigea de très nom-breuses églises en son honneur. A la diaconie était annexé unmonastère dhommes doù fut élevé à la papauté, pour un jourseulement, certain moine nommé Philippe, qui fut opposéà Etienne I V par le parti adverse. Le Dominicum Eusebii rappelle lhabitation privée de cethéroïque prêtre romain, victime de la cruauté de lempereurarien Constance. Après la mort du saint, sa maison fut immé-diatement convertie en titre, si bien que, au concile tenu sousle pape Symmaque en 499, apparaît parmi les signataires unValentinus presbyter in titulo sancti Eusebii in Esquilinis. Plusancienne encore est lépigraphe graffite sur un tombeau, dans lecimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin : OLYMPI LECTORIS D E DOMINICO EVSEBII LOCVS EST equi nous reporte au I V siècle. Tout auprès du titre sétendait lantique nécropole de la viaMerulana ; cette circonstance peut avoir influé sur le choix desdeux lectures de la messe, où il sagit de défunts rappelés à la vie. Lintroït est emprunté au psaume 18 : « La pensée de moncœur est toujours tournée vers vous, Seigneur, ma forteresse,mon refuge. » La pensée elle-même de Dieu est pour nous uneforteresse inexpugnable, dans laquelle nous pouvons toujourstrouver un abri contre toutes les tentations et les difficultés dela vie. En effet, quand les tentations nous assaillent, quand lafascination de la volupté menace détouffer en nous cette aspi-ration innée à un bien infini que nous avons tous, quand le poidsdes iniquités commises nous fait voir comme désespéré notreatterrissage au port du salut, quand, dans la dernière agoniespécialement, Satan nous fera sentir toute la violence de satyrannie pour nous réduire définitivement en son pouvoir, ilsuffit de se souvenir de Dieu, de linvoquer avec le cœur, etvoici que la sérénité revient, que les ennemis senfuient honteux,et lâme sent toute cette douceur quexprime le saint Nom deDieu, quand on linvoque avec dévotion. E n un mot, tout notremal vient de ce que nous oublions Dieu, alors que selon la paroledu Prophète : Mentor fui Dei et delectatus sum.
  • La collecte prélude déjà à la renaissance pascale, quand le sacrement eucharistique, nous communiquant lesprit et la vie du Christ, accomplira dans notre âme le mystère de sa résurrec- tion spirituelle. Mais cette renaissance est, pour le moment, sim- plement spirituelle, et lÉglise ne cesse pourtant pas dêtre une société visible, composée dhommes passibles et mortels, qui ont aussi des besoins matériels quil faut satisfaire. Avec un équilibre parfait entre les aspirations de lâme et les néces- sités de la nature corporelle, lÉglise se garde bien de séparer ce que Dieu a voulu réunir, et elle prie donc le Seigneur afin que la famille du Christ, tout en amassant les biens célestes, ne manque pas néanmoins des ressources matérielles nécessaires. La lecture concernant le petit enfant ressuscité par Élie (777 Reg. xvii, 17-24) est appelée par la péricope de saint Jean t racontant la résurrection de Lazare. Ces grands amis de Dieu, quétaient Abraham, Moïse, Élie, le traitaient avec cette confiance qui atteste tout leur amour et qui plaît tant au Seigneur. Elle est lindice dune âme qui croit, comme le dit saint Jean, à la charité de Dieu, et qui, par suite, ose tout. Dans ses besoins elle sadresse à lui avec une simplicité parfaite, et elle exige presque, avec de fortes paroles, comme celles quaujourdhui Élie emploie, ce quelle estime uniquement glorieux pour Dieu, et digne de la bonté divine. Le graduel est tiré du psaume 1 1 7 qui est lun des anciens cantiques de la cène pascale : « Il est doux despérer dans le Seigneur plutôt que dattendre le salut des hommes. » En effet,ceux-ci ne veulent ou ne peuvent toujours nous aider, mêmequand ils en auraient le désir. Seul lamour de Dieu ne nousmanque jamais, et il peut tout le bien quil nous veut. La péricope évangélique décrit aujourdhui la résurrectionde Lazare (IOAN., X I , 1-45) précédant ainsi dune semainelÉglise grecque, qui la célèbre par une solennité spéciale laveille du dimanche des Rameaux. Entre tous les miracles accomplis par le Sauveur, celui derappeler Lazare du sépulcre quatre jours après sa mort fut leplus admirable, non pas tant par la difficulté de lœuvre en elle-même que par les circonstances qui laccompagnèrent; car ilnest pas plus difficile à la toute-puissance de Dieu de ressus-
  • citer tout le genre humain à la fin du monde, que de faire épa-nouir la fleur des champs. Il sagit ici dun prodige absolumentconstaté et indéniable, accompli presque aux portes de Jérusa-lem, et devant une multitude de témoins. Les adversaires deJésus sentirent si bien la puissance décisive de ce nouveau signemessianique, quils allèrent jusquà comploter de supprimerLazare et de le renvoyer une autre fois au tombeau, commesi tuer Lazare eût été, comme lobserve spirituellementsaint Augustin, ôter au Sauveur le pouvoir de le rappeler uneseconde fois à la vie. Jésus aimait Marie, Marthe et Lazare, et, dans leur maison,Il se réconfortait des amertumes que lui valaient les Juifs.Voilà le symbole des maisons religieuses et les prototypes desâmes aimantes, attachées à Jésus par les liens dune intime union.Jésus persécuté dans le monde se réfugie dans les cloîtres, etcherche une compensation damour dans les cœurs de ses amis.Il frémit et II pleure devant le tombeau de lami, et cela autantpour nous montrer combien II laimait, que pour nous appren-dre que la mort de Lazare est la figure de la mort qui dominesur toute la postérité dAdam. Jésus, qui est lami de cettepostérité déchue et prévaricatrice, en éprouve la peine la plusintime, Il pleure des larmes de sang, et, enfin, par sa paroleévangélique, il le rappelle de la tombe, pour que, désormais,vivat Deo, elle vive pour Dieu. Lantienne du psaume 17 pour loffertoire peut bien sappli- quer au monde des morts qui dorment dans les tombes. « Vous, ô Yahweh, vous sauverez un peuple humilié, et vous confondrezle froncement de sourcil des orgueilleux. Qui peut jamais opérer daussi divines entreprises, sinon vous, Seigneur ? » Voilàcomment ladaptation liturgique de ce verset met en évidencele caractère messianique de la résurrection des morts. L apremière conséquence de la fraude que nous fait celui qui,dans les Écritures, est, pour cette raison, appelé homicida abinitio, fut la mort. Or, le Sauveur est venu en ce monde pourdétruire les effets du péché, et par suite, il aura sa victoiredéfinitive quand, au jour de la parousie, il ressuscitera le genrehumain et mettra ses fidèles en possession de sa vie glorieuse. La prière dintroduction à lanaphore eucharistique supplie
  • LA R É S U R R E C T I O N D E L A Z A R E Fresque du v° siècle, au cimetière des Giordani.ET LE BON PASTEUR
  • le Seigneur afin que la vertu expiatoire du sacrifice eucharistique nous purifie de nos fautes et que son efficacité propitiatrice nous concilie les faveurs divines. Lantienne pour la communion, contrairement à lusage quadragésimal, est empruntée au texte évangélique précédem- ment lu, et provient de la liturgie ambrosienne, qui, dans le recueil de ses chants, accuse une certaine antériorité relativement à la liturgie romaine. Le videns Dominas, avec sa mélodie syllabique dans lantiphonaire grégorien, est dun effet mer- veilleux, surtout par lélan du Lazare, veni foras, où lartiste a voulu exprimer toute la puissance de laffection de Jésus pour son ami. Dans la collecte pour lEucharistie, ou laction de grâces, nous supplions le Seigneur que la participation à la Table sainte nous vaille le pardon de nos fautes, et nous serve de défense contre toute adversité. Dans ses collectes eucharistiques, lÉglise met toujours en relief tantôt lun tantôt lautre des fruits du divin sacrement. En effet, lEucharistie est tout pour nous, puisquelle est Jésus même; et Jésus est non seulement notre paix et notre propitiation pour les fautes passées, mais aussi lantidote qui préserve lâme de la corruption des tenta- tions et inocule dans le corps le germe de la résurrection pourléternité. Dans la collecte de bénédiction, avant de congédier lassem-blée, le célébrant rappelle à Dieu que si, conscients de notrefaiblesse, nous mettons en Lui toute notre espérance de salut,quil fasse de son côté, par sa grâce, que nous ayons toujourssujet de nous réjouir de sa douce condescendance. Cest précisément ce que Dieu désire; Il hait le superbe quise vante de pouvoir se passer du Seigneur, et sil le renverse,cest pour lui faire comprendre que sans Dieu on ne peut resterdebout. Quand, au contraire, une âme est humble, quellereconnaît et confesse quelle a un besoin absolu du Seigneur,celui-ci sabaisse jusquà son néant, lui tend la main pour laideret lélève jusquau plus haut des cieux. La résurrection de Lazare symbolise aussi le sacrement de laPénitence. Jésus a seul la vertu de convertir les cœurs, mais ilconfie aux apôtres et aux prêtres la tâche de délier Lazare des
  • bandelettes et du suaire sépulcral, pour que désormais il puissemarcher dun pas rapide dans la voie des divins commande-ments. e SAMEDI APRÈS LE I V DIMANCHE DE CARÊME. (Station à Saint-Laurent) Collecte à Saint-Ange « in Piscibus ». Station à Saint-Nicolas « in Carcere ».D e r EPUIS le temps de Gélase I , ce jour était destiné à Rome aux ordinations. Toutefois comme celles-ci comportaientle grand jeûne avec la Pannuchis près du tombeau de saint Pierre et quil était de règle de ne les célébrer quà laube dudimanche, il est probable quà lorigine ce samedi fut aliturgique,comme toujours à Rome avant la veillée dominicale. La stationà Saint-Laurent, signalée par les anciens sacramentaires, valaitdonc seulement pour les années où le Pape navait à ordonneraucun prêtre ou diacre titulaire, puisque, en tout cas, linitiationdes ministres sacrés ne pouvait se faire que près de la tombeapostolique du Vatican. La synaxe à lAgro Verano — quand elle pouvait se célébrer —semble avoir été en relation avec la préparation des catéchu-mènes au baptême. Après les scrutins accomplis à Saint-Paul,il fallait conduire aussi ces virginales recrues de lÉglise à latombe de Laurent, le glorieux staurophore du Siège apostolique.Elles y retourneront après leur initiation, le mercredi de Pâques,mais il convient de solliciter dores et déjà son patronage. Dans le bas moyen âge, la discipline du catéchuménat ayantdisparu, et la procession à lAgro Verano étant devenue difficiledurant les jours si incertains du pluvieux mois de mars, onsubstitua à la basilique de Saint-Laurent léglise de Saint-Nicolas in Carcere, qui était parmi les plus populaires de laVille, surtout après que les Pierleoni eurent érigé tout auprèsleur château. Dune soixantaine, au moins, de chapelles et déglises dédiéesautrefois au thaumaturge de Myre, celle du Forum Olitoriumfut la plus célèbre, parce quelle était aussi une diaconie. Ellesélève sur les ruines du temple de la Piété érigé en 604 par le
  • consul Acilius Glabrio, et sappelle in Carcere, parce que, au e temps de Pline, et jusquau v i n siècle au moins, existait là une prison publique, confondue à tort avec le Tulliamim du mont Capitolin. Sous lautel majeur, on vénère une partie des corps des martyrs de la voie de Porto, Faustin et Viatrice. Léglise fut consacrée à nouveau par Honorius II, le 2 mai 1128. La basilique où se rassemblent aujourdhui les fidèles fut dédiée à lorigine à lapôtre saint Paul, mais, ensuite, prévalutle nom de Saint-Ange, avec laddition inPiscina ou inPiscibus, à cause du marché aux poissons qui sy tint presque jusquà nos e jours. Son origine est certainement antérieure au v m siècle, e r puisque lon sait que Théodore, oncle dHadrien I , la réédifia depuis les fondations. On y conserve beaucoup de saintes reli- ques, entre autres les corps des martyrs de Tibur, fils de sainteSymphorose. La messe sinspire des pieux sentiments que devaient éprouverdans leur cœur les catéchumènes, à mesure quapprochait lejour du saint Baptême. Lévangile traite à nouveau de la lumièreintérieure de la Bonne Nouvelle, thème qui semble désormaisdevenu conventionnel près du sépulcre du martyr, qui, par lesflammes de son bûcher, dissipa de Rome les ténèbres de lido-lâtrie. Lintroït est tiré dIsaïe (LV) : « O vous qui êtes altérés, vous en qui les biens terrestres, les plaisirs de la vie, nont fait quatti- ser davantage, au lieu de léteindre, la soif de bonheur qui brûle votre cœur, accourez aux eaux de la grâce divine, qui peut seulesatisfaire vos désirs. Que votre misère ne vous arrête pas; venez,puisez sans frais et désaltérez-vous joyeusement aux sourcespures de la grâce, qui ne serait plus telle si elle était donnée enéchange des œuvres de la justice humaine par le Dieu infini-ment miséricordieux et généreux. » Puis vient le psaume 7 7 quiest un hymne daction de grâces pour les bienfaits dont Dieucombla les anciens patriarches. Nous prions le Seigneur, dans la collecte, de nous accorder lefruit spirituel que se propose notre dévotion; car le jeûne noussera alors vraiment profitable, si toute notre existence chrétienneest une vivante expression de la sainteté divine.
  • Dans la première lecture, Isaïe (XLIX, 8-15) annonce avec une précision minutieuse la mission évangélique qui appelle les âmes à la liberté de lesprit, les illumine par les splendeurs du dogme émanant de linaccessible lumière de la vérité divine, les désaltère par les eaux fraîches des sacrements. Lidolâtrie, les rites et les cérémonies légales étaient autant de lacs qui liaient le corps et entravaient lesprit ; le culte intime du cœur les a remplacés. Il est bien vrai que le monde, par ses aberrations, ne méritait pas la miséricorde de Dieu; mais une mère -— et Dieu aujourdhui se compare à la plus tendre des mères •— trouve toujours dans son cœur une source inépuisable daffec- tion, pour aimer ses fils même dans leurs égarements. Le répons est tiré du psaume g. Cest un pauvre qui parle, opprimé par la domination du superbe, sans que personne vienne à son secours. Il se compare à un orphelin, parce que, de fait, il na pas de père ici-bas, et il invoque laide du Père céleste. Qui est ce pauvre, cet orphelin, sinon Jésus-Christ, qui, à lapproche de sa passion, ressent une vive horreur des souffran- ces que lui prépare la Synagogue, et se recommande au Père, afin que celui-ci le secoure au jour de la revanche, à laurore de la résurrection ? e Dans les lectionnaires romains du i x siècle, il y avait une seconde lecture dIsaïe : Omnes sitientes venite ad aquas, appelée par lintroït et qui sollicitait les catéchumènes à accourir à lapiscine baptismale. Puis lon continue la lecture du quatrième évangile commencée le jour des grands scrutins à Saint-Paul.Aujourdhui il est question de lillumination intérieure de lâmeau moyen de la foi; et parce que les pharisiens ne veulent pasaccueillir le témoignage de Jésus dans sa propre cause, celui-cien appelle à lautorité du Père qui la envoyé. Cette discussiona lieu dans la salle des offrandes, dite, en grec, gazophylaciumpour indiquer peut-être que la bienfaisance et la compassionenvers les pauvres nous mettent sur la voie pour trouver Jésus.Bienheureux vraiment celui qui trouve Jésus, car il trouve untrésor. Cest pourquoi un saint disait : « Mon Jésus, qui veutquelque chose en dehors de vous ne sait pas ce quil veut ! » Le verset ad offerendum est tiré du psaume 17 : « Yahwehest devenu ma force, mon salut et mon libérateur. Cest pourquoi
  • en Lui je me confierai. » Il est devenu ma force, parce que sa grâce maguerrit contre les assauts de mes adversaires spiri- tuels; mon salut, par ce quen Lui je trouve toujours un repos contre le heurt des ennemis, lesquels, à mentendre seulement invoquer le nom de Jésus, senfuient épouvantés; mon libéra- teur, parce que le Seigneur ne permet que je sois tenté par le démon que pour me donner le mérite et la gloire du triomphe. Dans la prière dintroduction à lanaphore, nous demandons au Seigneur daccueillir notre oblation et dapaiser son courroux —voici le fruit propitiatoire du sacrifice ; et, parce que le plus grand obstacle à la grâce divine peut être mis par notre mauvaise volonté, nous supplions Dieu, par lefficacité de son pouvoir, de changer ces tendances perverses et rebelles en autant de dis- positions favorables pour agir selon la motion de lEsprit Saint. Le verset pour la communion est pris au psaume 22, qui est une suave idylle de lâme, que le Pasteur éternel paît dans des champs fleuris, au bord des eaux : « Le Seigneur est mon guide ; que peut-il me manquer ? Il me conduit dans les pâturages fertiles, — lÉglise catholique, les saints sacrements, la grâce intérieure, qui nourrit toujours la foi de lâme croyante,—et II me mène aux eaux rafraîchissantes, là où cesse la soif et la convoitise des joies humaines, pour ne plus goûter rien autre que les choses éternelles. » Nous supplions Dieu, dans la collecte eucharistique, que sonsacrement nous purifie •— cest le fruit satisf actoire de la messe— et que, par son efficacité, il nous orne de vertus pour mériter lesdivines complaisances. Lécole de sainteté la plus accréditéeest assurément la communion. Elle commence par nous rendreDieu propice, par nous purifier, par nous obtenir le don desvertus nécessaires, et enfin par les liens dun très suave amourunitif et transformant, elle nous attache à notre Dieu, en sorteque, nous nourrissant de Lui, de Lui aussi nous vivons. Cest alorsque la sainte communion opère en nous la plénitude de ses effets. Dans la bénédiction finale avant de congédier le peuple, leprêtre prie ainsi : « O Dieu qui, plutôt que de vous irriter, préfé-rez user de miséricorde envers ceux qui se confient en vous,faites-nous la grâce de pleurer convenablement les péchéscommis afin de mériter ensuite votre consolation. » En cette
  • vie en effet, les larmes des pénitents éteignent non seulement lesflammes de lenfer, mais aussi le feu de la juste colère de Dieu. Si, au dire de Jésus, la maison terrestre du Père divin nestpas une maison de négoce, le paradis Test moins encore.La grâce ne sachète pas, mais Dieu, dans sa magnificence,la donne généreusement à tous. Donc, pour devenir saint,il suffit de correspondrefidèlementà la vocation divine qui nousa été manifestée dans le saint Baptême, accourant joyeusement,bibite ctm Laetitia, aux sources de la grâce qui jaillissent delEucharistie. Dans la messe de ce jour, le divin Sauveur insistedans son invitation. DIMANCHE DE PASSION OU « IN MEDIANA ». Station à Saint-Pierre.L A station fixée en ce jour au Vatican est comme le dernier sou- venir de la Pannuchis qui, du temps du pape Gélase, se célé-brait cette nuit près de la tombe du prince des Apôtres, avantquon procédât aux ordinations des prêtres et des diacres romains. Aujourdhui en outre commence la quinzaine dimmédiate Epréparation à la solennité pascale, qui, au 111 siècle, comportaitaussi le jeûne dune douzaine de jours avant laurore de Pâques.Dans la sainte liturgie, et spécialement dans le bréviaire, il nousest donné de distinguer encore le cycle spécial qui forme cetemps sacré de la Passion. Tandis que durant le Carême — dori-gine, comme nous lavons dit, quelque peu postérieure—lÉgliseest préoccupée de linstruction des catéchumènes et de lapréparation des pénitents à la réconciliation solennelle qui sefaisait le jeudi saint, pendant la quinzaine delà Passion tout celapasse comme en seconde ligne. Une seule idée prime et dominedurant ces deux semaines, dans le missel comme dans le bré-viaire : celle du Juste qui sait que lon trame contre lui la persé-cution la plus impie ; Il est innocent, mais la haine de ses adver-saires la isolé de tout défenseur, il sadresse donc sans cesse auPère céleste, le prend à témoin de son innocence et le conjurede ne pas labandonner au jour de lépreuve. Le cycle liturgique de la Passion commence par la messeau Vatican, sur cette colline où Néron avait jadis élevé la croix
  • du premier Vicaire du Christ, et où Symmaque construisit enlhonneur de létendard triomphal de la Rédemption un ora-toire appelé Sancta Hierusalem, comme loratoire de Sessorius.Cest de cet oratoire près de Saint-Pierre, quont pénétré dansla liturgie les vers suivants : Salva nos, Christe Salvator, per virtutem Crucis, Qui salvasti Peirum in mari, miserere nobis. La messe de ce dimanche est toute dominée par le souvenir du sacrifice du Golgotha, et elle est parmi les plus riches de senti- ment et les plus belles de lantiphonaire romain. Durant cette quinzaine où la liturgie évoque dune façon si dramatique la haine du Sanhédrin, qui croît sans cesse contre le Christ, les anciens Ordines Romani prescrivent de supprimer, après la psalmodie, tant antiphonée que responsoriale, la doxologie finale. On omet au commencement de la messe le psaume ludica, mais cet usage nest pas très ancien, et na pas de signification spéciale, puisque les prières que le prêtre récite maintenant au pied de lautel avant de commencer lintroït sintroduisirent e pour la première fois dans les pays francs vers le v m siècle. Comme aujourdhui le psaume 42 est chanté à lintroït, onlomettait, pour cette raison, avant de faire la confession et de monter à lautel du sacrifice. Dans lintroït, tiré du psaume 42, le Christ, contre la sentence de mort que trament contre lui ses ennemis, race prévaricatriceet pleine de fraude, le Christ en appelle au jugement du Père,afin quil leur en fasse rendre compte au jour de sa résurrection.Cest précisément le jour où se révèlent cette lumière et cettevérité dont parle ici le psalmiste. Nous prions Dieu dans la collecte de tourner son regard verslÉglise, qui est sa famille, afin que la Providence maintienneles corps dans la force tandis que la grâce gardera les cœurs. Quelle splendide synthèse, qui tient un compte exact tantde lélément animal que de lélément spirituel dont lhomme secompose ! La sainteté réside dans lâme; mais, pour que celle-cipuisse sorner de ce vêtement précieux, il est nécessaire que lecorps et les sens agissent courageusement selon les enseigne-ments du saint Évangile.
  • Dans la lecture de la lettre aux Hébreux (ix, 11-15), lApôtremet en relief lexcellence du Nouveau Testament en comparai-son de lAncien, et il en tire la preuve du caractère définitif etparfait du Sacrifice du Calvaire. En effet, tandis que danslancienne Loi il fallait répéter incessamment les mêmes offrandespour les transgressions du peuple, et que le grand prêtre lui-même avait coutume de pénétrer chaque année dans le Saintdes Saints afin dy offrir le sang de victimes sans raison, Jésus-Christ couvert de son propre sang, et à la tête de linterminablecortège de lhumanité rachetée, expie une fois pour toutesle péché de la race entière dAdam, et pénètre définitivementdans le sanctuaire céleste. Le répons est tiré des psaumes 142 et 1 7 . Cest le Seigneurqui, à lapproche du jour de lépreuve, a peur et supplie le Pèrede le soustraire au triomphe de limpie. Il ne se décourage pas,il est même assuré déjà quau jour de Pâques Dieu le soustrairaaux mains de ces hommes cruels et de leur alliée, la mort, pourlexalter et lui soumettre ses meurtriers eux-mêmes. Le psaume in directum ou trait (ps. 128) sinspire du mêmeordre didées, mais il décrit avec une plus grande précision dedétails la passion du Sauveur : « Combien de fois, depuis ma première jeunesse, Hérode et la Synagogue mont-ils combattu;mais ils nont pas réussi à me vaincre. Des laboureurs ont tracéleurs sillons sur mon dos, spécialement durant ma terribleflagellation à la colonne dressée dans latrium du prétoire de Pilate. Ils ont creusé profondément leurs sillons sur mon dos,mais le Seigneur est juste; pour ses fins impénétrables, mais toujours magnifiques, Il permet que linique opprime linnocentpour un temps ; mais au jour de son triomphe, à laurore pascale,il écrasera la tête des pécheurs. » Désormais la rupture entre le sanhédrin et Jésus est inévi-table; bien plus, elle a été officiellement décidée et proclaméedans toutes les synagogues -— trois cents et plus — de la citésainte. Jésus est banni de lhéritage dIsraël, et quiconquecommunique avec lui encourt pareillement la peine dexcommu-nication. Les Juifs le tiennent pour un possédé de Satan, tandis que le Sauveur les défie de le convaincre dun seul péché. De la défense passant à loffensive, il démontre que ses adversaires
  • ne sont pas de Dieu, car autrement ils auraient foi en ses paroles. Terrible sentence, qui fournit aussi aux chrétiens un facile critérium pour juger sils ont, ou non, lesprit du Seigneur ! La langue et la pensée reflètent la surabondance du cœur. Si celui-ci est rempli de lesprit et de lamour de Dieu, on se délecte à penser à Lui et à parler de Lui; autrement, non. Le verset de loffertoire est tiré du psaume 118, qui exprime le désir et la complaisance du juste en suivant la voie des com- mandements de Dieu, même en face des menaces de ses adver- saires. En outre, Jésus, qui est par excellence le Juste chanté par le psalmiste, insiste pour demander au Père, ut vivant,, main- tenant surtout que les Juifs sont décidés à le faire mourir. Toutefois lobjet de la prière du Sauveur nest pas déchapper à la mort temporelle, Lui qui, au contraire, est venu mourir pour nous; mais il veut la vie de la résurrection, celle quau moyen de la grâce, et ensuite, delà gloire, Il devait précisément communiquer à son corps mystique. Dans la prière dintroduction à lanaphore eucharistique, nous supplions le Seigneur afin que les mérites du saint Sacrifice brisent les liens de notre malice et nous obtiennent les trésors de la divine miséricorde. Il sagit en effet de vrais liens, selon la parole du Sauveur : Omnis qui facit peccalum, serons est peccati. Tandis que le pécheur, violant la loi, se croit rendu à la liberté, il senchaîne dans les liens les plus honteux quon puisse jamais imaginer, se constituant lesclave des passions et, par suite, de Satan même. Le verset pour la communion, contrairement à la règle, nest tiré ni dun psaume ni de la lecture évangélique de cejour. Il est au contraire emprunté, avec quelques retouches, àsaint Paul (I Cor., n, 24-26), et il exprime fort bien commentle sacrifice eucharistique commémore la passion du Seigneur,dont le souvenir liturgique sinaugure précisément aujourdhui.Cest pour le même motif que saint Ambroise put dire que lÉglisecélèbre chaque jour les funérailles de Jésus, en tant que la viechrétienne tout entière avec ses peines, ses austérités, sessacrifices, ne fait que compléter et développer le drame uniquedu salut, inauguré jadis sur le Golgotha, accomplissant un seulsacrifice, celui de Jésus-Christ, qui centralise, sanctifie et
  • consacre tous nos sacrifices. Una enim oblatione consummavit xin sempiternum sanctificatos . Dans la collecte daction de grâces ou Eucharistie, -— quilfaut distinguer de lantique et primitive Eucharistie ou actionde grâces, quétait lanaphore consécratoire elle-même, — nousprions Dieu de continuer à protéger par sa grâce tout ceuxquil a fortifiés avec le remède du Sacrement. Il ne suffit pas,en effet, de sapprocher de la sainte Communion, mais il fautdévelopper ensuite, par une correspondance docile, ces germesde vie divine, que Jésus-Christ dans son sacrement vientdéposer dans notre âme. Une des plaies les plus nuisibles de notre temps est labsencede force surnaturelle, qui fait que les prédicateurs évangéliqueseux-mêmes hésitent quelquefois à dénoncer à la frivole géné-ration contemporaine ce qui, dans la doctrine chrétienne, esten opposition avec les aspirations des mondains. Les fidèles, enoutre, cherchent des adoucissements, des compromis, qui finis-sent souvent par faire une absurde mystification de lEvangiledu Christ. On ne veut pas penser aux fins dernières, on doittaire les droits imprescriptibles de Dieu et de lÉglise, pourne pas heurter les susceptibilités des hommes. De la sorte, cene serait plus le christianisme qui convertit le monde, maiscest le monde qui se pare dun christianisme à sa manière. Etpourtant, Jésus et les martyrs, pour notre instruction, nhési-tèrent pas à annoncer lévangile dans son intégrité, sachantbien cependant que cela leur coûterait la vie. LUNDI APRÈS LE DIMANCHE DE PASSION. Collecte à Saint-Georges. Station à Saint-Chrysogone.L ÉGLISE de Saint-Georges de Belabru est déjà connue du lecteur. Elle sélève au pied du Palatin, là où se dresselarc de Janus quadrifrons et où, depuis lantiquité la plusreculée, le vulgaire païen allait consulter les devins, et où,presque jusquà nos temps, la superstitieuse plèbe romaine i. I Hebr., x, 14.
  • venait demander aux âmes des condamnés à mort les numéros devant sortir au prochain tirage du loto. La basilique de Saint-Chrysogone au Transtévère, tout près du classique excubitorium des Vigiles, conserve, sous son presbyterium, le souvenir de lhabitation du martyr homonyme, et remonte à lépoque constantinienne. La période byzantine contribua sans doute à développer et à rendre populaire le culte de ce martyr dAquilée, dont le nom, en vertu dun privilège tout spécial, trouva place dans les diptyques pontificaux de la messe romaine. Vers lan 731, Grégoire III restaura cette église et érigea à côté un monastère quil dédia aussi aux martyrs Etienne et Laurent. Plus tard, vers 1123, le cardinal titulaire Jean de Crema suréleva le temple, lédifiant à nouveau avec des proportions moindres, en sorte que les restes de la basilique primitive demeurent maintenant à quelque profondeur sous.le niveau actuel du pavement. Lintroït est tiré du psaume 5 5 ; cest un cri du Juste opprimé par le pécheur, ou plutôt par de nombreux pécheurs, puisque tous les péchés de lhumanité entière retombèrent sur Lui et attirèrent sur Lui la peine suprême. Nous supplions Dieu, dans la collecte, de nous accorder deux grâces : la première, cest quil sanctifie notre jeûne quadragé- simal, cest-à-dire quil fasse que les dispositions intérieures de lâme qui déteste le vice concordent avec labstinence corporelle daliments; la seconde, que les mérites de la pénitence et de la contrition du cœur nous vaillent le pardon de nos fautes passées. La lecture est prise de Jonas (111, 1-10) dont lhistoire était si familière à lantiquité chrétienne que nous en retrouvonsle cycle exprimé bien des fois sur les sarcophages de marbre etsur les parois des cimetières. Les Ninivites qui, au moyen de lapénitence et du jeûne, éloignent de leur cité lexterminationdont elle était menacée, invitent le peuple chrétien à imiterleur exemple. On sait quavant le Carême quelques peuplesorientaux, Arméniens, Abyssins, etc., pratiquent un jeûnespécial, dit jeûne de Ninive. Les Grecs lont âprement combattu,
  • mais quoi quil en soit, les différentes liturgies, la liturgie latine comprise, se sont plu à reconnaître dans le jeûne des Ninivites une des anticipations typiques de labstinence pénitentielle chrétienne. Il faut remarquer le caractère social que prend la pénitence à Ninive, où Jonas lordonne par lautorité du roi et des notables. En effet, il ne suffit pas que la religion et les pratiques du culte soient le tribut privé et personnel de lindividu, mais il faut quelles soient en outre collectives et sociales, puisque la société, la famille, la cité, la nation, etc. sont des entités réelles, et pour cela ont, comme telles, à rendre à Dieu le culte dû. En outre, Dieu na pas créé lhomme en lisolant en lui-même, mais il la constitué membre dune société, tant dans lordre naturel que dans lordre surnaturel, et cest seulement au moyen de cette double société que lhomme peut arriver au perfection-nement quil doit atteindre. Il sensuit que, surtout quand ilsagit de lâme, il convient dadhérer intimement et de donner la plus grande importance à tous les actes qui expriment leculte surnaturel et parfait rendu à Dieu par lÉglise. Il faut sesanctifier, se mortifier, prier, méditer, jeûner, penser avec lÉglisetoujours, puisque cest du corps que se répandent dans les membres la vie, la santé, et la joie qui en découle. Le graduel est pris au psaume 53, où le Juste invoque le salut et en appelle au jugement de Dieu contre les calomnies de ses oppresseurs. Dans la lecture de lévangile de saint Jean (vu, 32-39),prenant occasion de la cérémonie de leau qui était puisée parles prêtres pour être ensuite portée au temple, Jésus annoncela mission de lEsprit Saint et la prédication de lévangile auxGentils. La grâce est ici comparée à leau, parce quelle apaiseles ardeurs de la concupiscence, rafraîchit lesprit, éteint lasoif des appétits désordonnés, donne vie et accroissement auxplus belles fleurs de vertu. Le verset ad offerendum provient du psaume 6 : « Seigneur,tournez-vous vers moi et délivrez-moi par votre miséricorde. »Cela veut dire : après que votre justice aura été satisfaite,regardez-moi de nouveau avec bienveillance, vous qui, à causedes péchés sous le poids desquels je plie, avez détourné de moi
  • votre visage. Délivrez-moi et accordez-moi cette vie surabon- dante à laquelle jaspire, vie qui me soustraira pour toujours à la cruauté de mes ennemis. Dans la collecte qui nous prépare à lanaphore, nous prionspour que lHostie de salut, que nous allons offrir, nous purifiant de nos fautes, nous rende propice et généreuse la divine clémence.Tel est lordre des choses : dabord la propitiation, puis la dis-tribution des grâces. Lantienne pour la communion est tirée du psaume 23.Le Seigneur des armées est le roi de la gloire. Il convient debien le répéter à notre foi, car dans quelques jours nous verronsce même roi voiler sa gloire sous les ignominies de la passion,et, bien loin de faire preuve de force, succomber de faiblesse.Cest justement là le mysterium Fidei. Celui qui, suspendu augibet, est la dérision des impies, est en même temps acclamé pardes myriades danges, qui, durant le sacrifice du Golgotha,chantent en tremblant le Trisagion. Celui qui expire, lâme enproie à la plus déchirante agonie et aux humiliations, cest letrès fort Lion de Juda et le véritable Samson qui, par sa mort,broie les phalanges des Philistins. Aux yeux de la foi, le Christnapparaît jamais plus glorieux et plus terrible que sur la croix,quand il emprunte les paroles dOsée pour dire à la mort :O mors, ero mors tua, morsus tuus ero, inferne. Voici loraison après la sainte Communion : « Que la salutaireparticipation à votre Sacrement, Seigneur, nous purifie et nousrende la santé. » En effet, la sainte Messe et la communionpossèdent lefficacité propitiatoire, et lEucharistie est en outreun antidote contre le venin du péché. Fils dune nature corrompue avec un sang gâté qui circule dans nos veines, nous avon-besoin dun remède reconstituant, dun sang virginal et sain qusnous rende la santé. Ce sang est celui du Christ, lui qui a dit i :« Qui mange de moi, vit de moi. » Dans la prière avant de congédier le peuple, nous supplionsDieu de répandre la vigueur non seulement dans notre espritmais même dans notre corps, qui ne peut pas toujours ce queveut lesprit — Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma ;— afin que la pratique constante des bonnes oeuvres -— ni la foi,ni les belles paroles ne constituent le royaume intérieur de Dieu,
  • mais il faut y unir les bonnes œuvres •— nous mérite la grâcedêtre défendus, sous sa protection, des assauts de notre terribleadversaire. Combien délicate a été la pieuse sollicitude de lÉgliseromaine pour garder les souvenirs de ceux qui en cimentèrentpar leur sang lédifice spirituel. Quand on navait pas le bonheurde posséder leur tombeau, comme cétait le cas pour saint Chry-sogone, on vénérait du moins leur habitation, cest-à-dire lelieu où le futur athlète sétait exercé au combat pour la foi.Rome a consacré en églises un nombre considérable danciennesmaisons de ses martyrs; et que ne dit pas au cœur dun croyantla maison dun martyr ! Ces salles, jadis ornées de peintures etde mosaïques dont subsistent encore des vestiges, sont silen-cieuses et vides, précisément parce que les martyrs ont volon-tairement tout abandonné pour suivre le Christ sur le chemindu Calvaire. MARDI APRÈS LE DIMANCHE DE PASSION. Station à Saint-Cyriaque aux thermes de Dioctétien.L ES Ordines Romani observent quaujourdhui on ne célé- brait pas de station, ce qui, en cette semaine de la Passion au caractère si archaïque, peut être un reste de la très ancienne discipline qui excluait la procession et la messe stationnale les lundis, mardis et jeudis de toute lannée, sauf aux fêtes des martyrs. Les origines du titulus Cyriaci remontent au commencement Edu I V siècle, mais son fondateur doit, selon toute probabilité,être distingué de lautre Cyriaque martyr, enseveli sur la voiedOstie, et qui, en raison de lhomonymie, finit par devenirle patron titulaire de la basilique de Cyriaque sur le Quirinal. e r Cet édifice fut restauré successivement sous Hadrien I ,Léon III et Grégoire IV. Saint Bruno, le célèbre fondateur desChartreux, sanctifia lui aussi ce lieu où il établit un groupe deses moines qui y résidèrent presque jusquà nos jours. Maisla vénérable église tombant en ruines, elle fut remplacée parun nouveau temple, dédié à la Reine des Anges, et le génie deMichel-Ange sut merveilleusement y adapter les antiques salles
  • des Thermes de Dioclétien. La station de ce jour passa aucontraire à la basilique de Sainte-Marie in Via Lata. Dans ecette église, à côté de laquelle sélevait dès le i x siècle uncélèbre monastère de femmes, le culte de saint Cyriaque esttrès ancien, puisquil semble que dès le haut moyen âge on yait transporté, du cimetière de la voie dOstie, le chef de cecélèbre martyr. Lintroït est tiré du psaume 26 : « Attends le Seigneur et soiscourageux : ton cœur sera fortifié; espère en Yahweh. » Tousles temps, en effet, ne sont pas semblables, mais Dieu atteintses fins sublimes en coordonnant les circonstances les plusdiverses et les plus disparates; et la magnificence de la Provi-dence divine resplendit surtout en ce quelle fait servir à sespropres buts les événements qui semblaient précisément deplus grands obstacles. 0 II y a un temps pour édifier, ditlEsprit Saint au livre de lEcclésiaste, et un temps pourdétruire, un temps pour aimer et un temps pour haïr, un tempspour pleurer et un temps pour se réjouir. » Toute chose a sontemps, et dans les moments obscurs de la vie il faut resterinébranlable, espérant toujours en Yahweh qui, selon la paroledu prophète, pousse jusquaux portes du Schéol et ensuiteen ramène. Nous prions le Seigneur, dans la collecte, davoir pouragréables nos jeûnes, afin que leur efficacité expiatoire nousmérite cette abondance de grâces qui nous assure delà dernière,aeterna remédia, après les douleurs du pèlerinage présent.Il faut remarquer lordre observé dans cette prière. Dabordlexpiation, car qui non placet, non plaçai, et Dieu peut refuserdes grâces spéciales à celui qui a encore de grosses dettes àsolder à la justice divine. Quand les dettes sont payées et quelâme a pleinement recouvré lamitié de Dieu, alors elle peutlui demander avec confiance ces grâces particulières que seulelamitié peut donner la hardiesse dimplorer, parce quellessont accordées seulement aux amis : Et adiicias quod oratio nonpraesumit. Comme, en outre, toute léconomie divine de lagrâce nest que le prélude dune dernière grâce, la gloire éternelledans le Ciel, nous prions sans cesse le Seigneur que ses dons
  • ici-bas atteignent leur ultime développement et la fin à laquelleils sont ordonnés, cest-à-dire la vision béatifique dans le Paradis. Lépisode de Daniel au milieu des lions (DAN., XIV, 27-42)était très familier aux chrétiens des premiers siècles, aussiest-il fréquemment reproduit dans les catacombes; on entrouve une très belle représentation, de la première moitié duI I siècle, au cimetière de Priscille dans la chapelle dite grecque. E Son choix peut avoir été suggéré par les traditions légendairesrelatives à saint Cyriaque, qui aurait dabord exercé son apostolat, à linstar de Daniel, à la cour du persan Sapor; puis aurait été condamné à mort pour la foi par Dioclétien, quun Epeintre du IV siècle assimila à Nabuchodonosor, dans la cryptedu martyr Crescention appartenant au même cimetière pris- cillien. Daniel dans la fosse aux lions est une figure de lÉglise primi-tive, lorsque toute la société contemporaine la poursuivaitjusquà la mort et confiait à la loi la mission dexécuter ce décretsanglant : non licet esse vos. Comme Daniel, lÉglise aussi élevases bras, et plus encore son cœur, vers Dieu ; et Dieu ne manquejamais à qui se confie en Lui. Il faut donc faire comme Daniel : descendre tranquillementdans la fosse aux lions chaque fois quil plaira au Seigneur, etattendre là, avec confiance, lheure de la divine miséricorde.Ce ne sont pas les tribulations qui nuisent à lâme, mais linquié- tude. Désormais les graduels se rapportent tous au divin Patient deJérusalem, lequel, contre le jugement des impies qui le condam-nent à mort, en appelle au Père, afin quau jour de Pâques il luirende la vie. Le graduel de ce jour provient du psaume 42.La lumière et la vérité que lOpprimé invoque ici, proclamentla mission spéciale du Paraclet, qui est, selon lévangile, cellede convaincre le monde dinjustice et de malignité. Le Para-clet vint en effet, et par leffusion de ses charismes sur lesdisciples du Crucifié, alors quil laissait au contraire dans laban-don les Juifs obstinés, il démontra dune façon authentiqueque la mission du Seigneur était vraiment divine. Le cycle de lévangile de saint Jean continue à se dérouleravec lépisode de Jésus allant à la fête des Tabernacles au mois
  • de Tischri (IOAN., VU, 1-13). A linvitation des siens, Jésusrépond quil ne veut pas aller à la fête, en ce sens quil nenten-dait pas sassocier à la caravane tapageuse qui montait à Jéru- salem vraiment pour y faire fête I II dit donc quil ne veut pas. —. De fait, il ne prit pas part à la fête, mais II se rendit toutefois àla Cité sainte secrètement et quand lafête était déjà commencée,afin dinstruire le peuple qui se rassemblait en foule pour cettecirconstance. La présence habituelle du divin Sauveur à toutesles solennités de la Loi nous enseigne la grande diligence aveclaquelle nous devons cultiver la piété liturgique, fréquentantles églises, intervenant aux fonctions sacrées, spécialement lesjours de fête, afin de contribuer à rehausser toujours davantagela splendeur du culte extérieur qui rend tant de gloire à Dieu.La désolation du sanctuaire désert et abandonné par le peuplequi naccourt plus aux solennités de la vraie religion était lundes malheurs les plus graves que déplorât Jérémie dans sesLamentations quand il écrivait : Viae Sion lugent eo quod nonsit qui veniat ad solemnitatem. Dans le verset ad offerendum, pris au psaume 9, est expriméetoute linébranlable espérance que Jésus nourrit en son Cœur, même au moment redoutable où la justice paternelle laban- donne à la haine de ses ennemis : « Quils se confient en Toi, dit-il, tous ceux qui connaissent ton nom, expression dun inef-fable amour. Tu nabandonnes que celui qui tabandonne, ouplutôt, tu nabandonnes personne; en effet, si le pécheur fuitloin de Toi, tu le poursuis pour lexciter à la pénitence. Com-ment donc pourrais-tu manquer à celui qui te cherche ? » Ledivin Crucifié sait en outre quil ressuscitera glorieux; et eneffet, il entonne déjà sur la Croix le chant pascal : « Chantezdes hymnes au Seigneur, sécrie-t-il, Lui qui, de Sion où II habitena pas oublié le cri du pauvre. » De quel pauvre ? Du Christ,dont saint Paul écrit : Profiter nos egenus factus est cum essetdives, ut nos illius inofiia divites essemus. Et de quel cri parleici le psalmiste ? De celui que nous rapportent les évangé-listes : « Eloi, Eloi, lamma sabactani, mon Dieu, mon Dieu,pourquoi mas-Tu abandonné ? » Dans la prière dintroduction à lanaphore consécratoire, enprésentant à Dieu lhostie qui va être immolée en son honneur,
  • nous le prions quelle nous mérite les secours temporels néces-saires à la vie, de manière pourtant quun bien-être excessifnéteigne pas dans notre cœur lespérance des biens célestes.Cest bien là le prudent équilibre de lÉglise, maîtresse infailliblede vie ascétique, faisant la part entre les exigences de lespritet celles de la matière. Il faut tenir compte de la nature ducomposé humain, sans tomber dans aucun extrême, selonces paroles du sage : Divitias et paupertatem ne dederis mihi,$ed tantum victui meo tribue necessaria... Et il en donnait laraison : Quand la pauvreté vous étreint, elle favorise la tentationde désespoir et de blasphème, tandis quau contraire, quand onest dans labondance de biens temporels, très facilement, aumoins en pratique, on se passe de Dieu. Dans le verset pour la communion (ps. 24) on entend à nou-veau la voix du Christ accablé sous le poids de nos péchés ettout angoissé par la fureur de ses ennemis; Il prie instammentson Père de le soustraire à la puissance de la mort, non pourLui-même qui, source de vie, ne pouvait être retenu dans sesliens, mais pour nous qui avions un besoin absolu de la résur-rection du Christ, afin que celle-ci fût pour toute lhuma-nité le principe et la cause exemplaire de notre propre résur- rection. Nous supplions Dieu, dans la collecte eucharistique, afinque notre assiduité à fréquenter le saint autel devienne pournous un gage et un symbole de notre accès, chaque jour plusproche, à lautel céleste et à léternelle récompense. LÉglisemilitante, en effet, est en quelque sorte une anticipation sym-bolique, un type prophétique, de ce qui se déroulera danslÉglise du Ciel, spécialement après la pleine consommationde lœuvre rédemptrice du Christ au jour de la parousiefinale. Si à laction matérielle extérieure, au grade hiérarchique quechacun occupe dans la famille catholique, correspond aussi lezèle et un fervent amour, la place et la récompense dans lagloire du Ciel seront certainement proportionnées au trésor degrâce qui aura enrichi lâme ici-bas. Dans la collecte de bénédiction, avant de congédier le peuple,nous prions Dieu, auteur de tout mérite et cause première des
  • mouvements de notre libre volonté, de bien vouloir soutenirpar sa grâce la faiblesse et linconstance de notre vouloir; ensorte que lefficacité de notre exemple serve à augmenter nonseulement le nombre des croyants, mais encore leur vertu.Un développement en surface ne servirait en effet de rien silnétait le résultat dun intime progrès en intensité, car Dieu neregarde pas quantum sed ex quanto. Pour nous décrire les sentiments du Christ à lapproche desa Passion, lÉglise se sert du Psautier. Celui-ci est, en effet, lelivre de la prière par excellence. Les saints Évangiles nous décri-vent plus volontiers la vie et la doctrine de Jésus, tandis quele psautier nous initie à la connaissance de la psychologie deJésus, nous révèle ses préférences, les sentiments de son Cœur,ses luttes, ses angoisses, les accents de suprême amour aveclesquels II invoquait le Père. Durant toute sa vie, Jésus seplut à prier avec les paroles du psautier, sur la croix ce futencore le psaume 21 qui réconforta son agonie. Nous pourrionsmême comparer le livre des psaumes à une sorte de livresacerdotal, où le Pontife éternel récita ses prières tandis que,durant le cours de sa vie mortelle, Il immolait au Père sonpropre holocauste. Cest pour cela que les ascètes de lantiquitéchrétienne étudiaient assidûment le psautier et le récitaienten entier chaque jour. Maintenant encore, les nobles, chez lesCoptes et les Abyssins, lont toujours entre les mains, à lamaison, en voyage et dans leurs arrêts au désert; cettetradition se rattache à celle des Juifs qui neurent, durant delongs siècles, dautre livre de prière que le recueil des chantsde David. La piété privée de nos contemporains gagnerait beaucoup si,sinspirant de lexemple de la commune Mère, la sainte Église,qui prescrit la récitation hebdomadaire du psautier aux ministressacrés, elle puisait un peu plus ses inspirations dans ce livre deprière dont lauteur est le Saint-Esprit et que notre SauveurJésus Lui-même voulut recommander par son exemple.
  • MERCREDI APRÈS LE DIMANCHE DE PASSION. Collecte à Saint-Marc. Station à Saint-Marcel. érigé dans les premières années de laL E titulus de Pallacines, paix par le pape Marc, est déjà connu des lecteurs. Celuide Marcel sélève sur la via Lata, au lieu où aurait existé autre-fois la maison dune matrone du nom de Lucine, qui lauraitconvertie en paroisse. Des découvertes récentes, faites en ce lieu,confirment les données des Actes de saint Marcel, en sorte quenous pouvons conclure que léglise séleva vraiment sous lepontificat du martyr, qui y trouva par la suite une honorablesépulture. Le verset pour lintroït est pris au psaume 1 7 ; cest un hymnedaction de grâces, pour le salut donné au juste : « Celui quima délivré dun peuple violent mélève au-dessus de mes agres-seurs et me soustrait à la colère de lennemi. » De quelle façonle Père correspondit-Il à cette énergique espérance de son Filsmourant ? Il le délivra des liens de la mort, létablit juge donton ne peut appeler, sur lhumanité tout entière, y comprisceux qui, assis naguère au lithostrotos ou dans lhémicycle dusanhédrin, avaient crié : reits est morlis; enfin il le fit sortir duscheol et le constitua premier-né de tous les morts qui devrontrenaître, et principe et source dindéfectible vie. Désormais le jeûne quadragésimal approche de son terme,aussi prions-nous le Seigneur afin que, labstinence matériellede nourriture étant déjà sanctifiée grâce à la mortification detous les autres appétits déréglés, les âmes des fidèles soient deplus en plus éclairées. Et parce que cest Lui-même qui nous metces vœux sur les lèvres, quil les accueille avec bienveillanceet les couronne dun effet abondant. Les catéchumènes devront, souspeu, promettre publiquementdobserver la loi divine; aussi lEglise, avec plus dinsistanceque de coutume, revient aujourdhui au Décalogue (Levit., xix,1-2, 11-19 et 25). Mais les dix paroles de la thora se résumenttoutes, dans le Nouveau Testament, en un seul mot : charité,puisque, comme saint Paul la expliqué, le précepte de lamournayant pas de limites, embrasse Dieu et le prochain et il est
  • la raison intime de tout devoir. Nous devons vouloir le bien de Dieu parce quil est notre Père, et du prochain parce quil est notre frère. Or, vouloir du bien, cest aimer ; et cest pourquoi la charité est la clef de voûte de tout lédifice chrétien. Le graduel est tiré du psaume 29 et, comme à lordinaire, anticipe, durant le deuil de la Passion, le chant triomphal de Pâques. Ainsi fit Jésus dans la dernière Cène, et la sainte liturgie reste fidèle à son exemple, pour fortifier notre espérance en face du scandale de la Croix : « Je vous exalterai, ô Yahweh, parce que vous mavez mis à labri des ombres du Scheol, et vous navez pas permis que mes ennemis, qui, après mavoir tué, mavaient placé dans un tombeau muni de leurs sceaux et gardé par les soldats, triomphent de moi. Vous avez tiré mon âme du Scheol, vous mavez sauvé quand jétais déjà sur le point de descendre dans la fosse, vous navez pas permis que mon corps fût sujet aux lois communes de la nature et tombât en corrup- tion. Au contraire, en entendant mon cri vous lavez ressuscité de la mort, guérissant ses plaies et les glorifiant par une lumière divine incomparable. » A Jérusalem lon célèbre les Encenia, ainsi quappelaient la nouvelle dédicace du temple les juifs hellénistes (IOAN., X, 2 2 - 3 8 ) . Le temps était pluvieux (lévangéliste, tout en écrivant en grec, pensait en syriaque; or, dans cette langue, le même mot indique la pluie et le temps hivernal; mais on voit par lecontexte que la première signification convient mieux au récit, tandis que le fait quon était en hiver na aucun rapport avecla promenade de Jésus sous les portiques); aussi le divinSauveur instruisait-il le peuple en allant et venant sous lesportiques dits de Salomon, comme jadis les péripatéticiens et lesstoïciens dAthènes. Jésus va à la fête des Encenia et nous enseigne ainsi la régu-larité avec laquelle il convient daccourir aux solennités ecclé-siastiques, pour quelles soient vraiment lexpression sociale etcollective de lunité mystique qui joint tous les fidèles auRédempteur, dans un seul sentiment de foi, despérance etdamour. La demande que lui font les Juifs et la perplexité dont ils sedisent tourmentés ne sont pas sincères mais feintes; ils veulent
  • arracher au Seigneur une parole qui puisse le compromettre près du Sanhédrin; or Jésus naccorde ni sa confiance ni son intimité à celui qui nagit pas loyalement avec lui et ne le cher- che pas avec une intention droite. Si ses interlocuteurs avaient voulu sincèrement sinstruire du rôle messianique et de la divinité du Rédempteur, ils en auraient trouvé mille preuves dans sa doctrine et dans ses miracles. Mais ce nest point cela quils cherchaient; ils voulaient une parole qui pût servir de prétexte au Sanhédrin en vue dun procès religieux contre le divin Maître, et cette parole, Il ne la prononce pas pour le moment, mais II en appelle à ses œuvres. Le verset ad offerendum est tiré du psaume 5 8 : « Sauvez-moi de mes ennemis qui sont prêts à massaillir. » Sauvez-moi, ô mon Père, non pas en me soustrayant à la Croix, puisque je suis venuprécisément mourir pour les hommes; mais en ne permettantpas que la mort et le péché triomphent sur moi, cest-à-dire surmon corps mystique qui est lÉglise. Dans lintroduction à lanaphore consécratoire, nous prionsDieu quil nous accorde de lui offrir le sacrifice avec la dévotionconvenable. Cette grâce de la piété est un des sept dons duSaint-Esprit, et, selon lApôtre, elle est utile en toute circon-stance de la vie, et donne une saveur surnaturelle à tous nosjugements, à nos paroles, à nos actes. Entendue en ce sens,la piété est un point de vue spécial auquel lâme se place pourpouvoir ensuite agir sous la lumière de Dieu et avec sa grâce. Le verset pour la communion est emprunté au psaume 25 etse rapporte délicatement à la pureté avec laquelle il convient desapprocher de lautel eucharistique de Dieu. On nexige pastoutefois une innocence absolue de toute tache de péché véniel :Dieu est un feu purificateur qui consume et détruit dans lesflammes de son saint amour toute la paille et ce qui ne résistepas à laction du feu divin. Il est expédient toutefois que lâmenait pas dattache au péché et consente à se laisser envahir parles flammes de la déifique charité. La collecte daction de grâces est la même quau jeudi dequinquagésime. On y implore de Dieu que, comme les espècessacramentelles sont le signe visible de la res sacra, cest-à-diredu Corps du Christ, à son tour la communion à ce Corps
  • sacré soit le symbole de notre union avec Lui, cause et principe de tout notre salut. Jésus a opéré devant les Juifs un grand nombre de prodigesen confirmation de sa mission messianique et de sa divinité;néanmoins, ils trouvent que tout cela nest pas concluant et ilsse lamentent de ce que Jésus les tient dans la perplexité. Ainsien arrive-t-il toujours avec les incrédules : les vérités divinesle plus vigoureusement affirmées dans les Écritures et enseignéespar lÉglise seront toujours obscurcies par mille nuées dincer-titude, uniquement parce quils se servent de leur intelligencenon pour croire mais pour subtiliser et combattre la vérité.Il est inutile de prétendre à pénétrer le dogme ; il faut commen-cer par croire Dieu qui parle et lÉglise qui enseigne, selon laparole dIsaïe tant répétée par saint Anselme dAoste : Nisicredideritis non intelligetis. JEUDI APRÈS LE DIMANCHE DE PASSION. Collecte à Sainte-Marie « in via Lata ». Station à Saint-Apollinaire « in Archipresbyteratu ». diaconie de Sainte-Marie sur la via Lata fut érigée versL A e r le temps de Serge I , et une tradition médiévale, confon- e rdant peut-être le pape Paul I qui dut y ordonner des décora-tions, avec lapôtre saint Paul, voulut reconnaître en ce lieula maison louée par ce dernier quand, à lépoque de sa premièrecaptivité, il passa deux ans à Rome avec saint Luc. Lhistoirene peut rien dire dailleurs sur lemplacement de ce domicileapostolique. Sous lautel principal on vénère le corps du célèbre martyrde Préneste, Agapit, avec quelques reliques de saint Cyriaque,le martyr de la voie dOstie. La basilique in archipresbyteratu est dédiée en lhonneur desaint Apollinaire, le céleste patron des habitants de Ravenne,très puissants dans le haut moyen âge, quand, grâce au séjourdes exarques byzantins dans cette ville, ses archevêques, àlimitation des patriarches œcuméniques de Constantinople,commencèrent à se faire les égaux des Papes. Il fallait doncuser de grands égards vis-à-vis de ces prélats, et ce fut justement
  • durant la période de leur puissance — quand Grégoire le Grandlui-même attribua dans les fonctions papales une place dhon-neur à lapocrisiaire des métropolitains de Ravenne à Rome —que sélevèrent diverses églises et chapelles dédiées à saint Apol-linaire. Il y en avait une au Vatican, une autre au Latran, unetroisième, celle de la station de ce jour, près des thermes deSévère, une autre enfin sur la voie Appia. Rome, et elle avait bien suj et dagir ainsi, en professant ce culteparticulier envers saint Apollinaire, mettait en relief le fait quilavait été disciple de Pierre, de qui il avait reçu la missiondévangéliser les Romagnes. Mais il ne manqua pas darche-vêques de Ravenne pour tenter de se soustraire entièrement àla juridiction pontificale, et cest ainsi que dans le misselromain, au jour de la fête de saint Apollinaire, les lecturesne cessent dinculquer lhumilité et le mépris de cet esprit dedomination orgueilleuse qui caractérise les autorités séculières. Sous lautel principal de notre basilique in archipresbyteratu,on garde des reliques des martyrs arméniens Eustase, Mardarius,Eugène, Oreste et Eusence très célèbres chez les Orientaux. Lintroït est emprunté à Daniel (in, 31). Azarias, jeté dans lafournaise de Babylone, proclame que les maux qui oppriment lepeuple sont la juste rétribution de ses péchés, puisquil refusadobéir à Dieu et mérita ainsi dêtre abandonné par Lui. Toute-fois, parce que la miséricorde divine ne séloigne jamais de sajustice,le martyr supplieDieuderegarder,nonlesœuvresdTsraël,mais Lui-même, et de vouloir rendre ainsi gloire à son Nom enpardonnant et en accordant ses bienfaits à ceux qui, en toutejustice, ne mériteraient rien autre que ses châtiments. Le choixque fit Grégoire II de cet introït dépeint au vif les conditionstrès tristes de Rome durant la première moitié du V I I I siècle. E Dans la collecte, nous confessons humblement au Seigneurque ce qui nous fit tomber de lhonneur de la grâce originellefut un péché dintempérance et de gourmandise. Le seul remèdequi puisse guérir la maladie doit donc être un remède contraire.Cest pourquoi le jeûne est requis, et il aura un carat ère aussiexpiatoire que médicinal. Dans la lecture de Daniel (m, 25 et 34-35), Azarias continue
  • sa plainte sur le triste sort de son peuple, qui est sans chef, sans temple et sans sacerdoce. Pourtant le martyr ne perd pas sa confiance en Dieu : la contrition et lhumilité valent plus que la graisse des taureaux égorgés en sacrifice devant Yahweh, puisque Dieu ne regarde pas tant les conditions rituelles exté- rieures que la pureté du cœur élevant vers Lui ses gémissements et lappelant au secours. Ces paroles de la sainte Écriture doivent être bien considérées et bien approfondies, spécialement par les âmes religieuses. Ce nest pas une paire de sandales ni une corde serrée autour des reins qui plaisent au Seigneur et nous font saints; ce qui estrequis, ce sont les vertus intimes correspondant à ces pratiquessi souvent absolument cérémonielles et extérieures. Cest pour- quoi saint Bernard, blâmant la suffisance de quelques-uns de ses moines de Clairvaux qui sestimaient supérieurs à ceux de Cluny, leur disait : « Moines vêtus de coules et orgueilleux, nous avons de lhorreur pour une fourrure, comme si lhumilité cachée sous une fourrure ne valait pas mieux que lorgueil revêtu dune coule ! » Le graduel est pris aux psaumes 95 et 28, et décrit les dispo- sitions dâme avec lesquelles il convient que nous entrions aujourdhui dans léglise du grand martyr de Ravenne. Il nefaut jamais se présenter à Dieu les mains vides, mais il estnécessaire de lui apporter des dons, des sacrifices, non pasdanimaux sans raison, mais de notre volonté. La puissance de Yahweh est universelle; Il déboisera les forêts, et, dans sonsaint temple, tous lacclameront en lui chantant : Gloria ! Cette acclamation commence maintenant dans la liturgie delÉglise militante, mais elle continuera durant toute léternitédans la liturgie du Ciel, où Jean, en son Apocalypse, nentenditrépéter quAmen, Alléluia. La lecture évangélique rapporte la conversion de la pécheressede Magdala (Luc, vu, 36-50). Une tradition assez répandue,et remontant à Tertullien, identifie celle-ci avec la sœur deMarthe et de Lazare. Dieu ne regarde pas aux démérites précé-dents; dans la personne de Madeleine il veut donner au mondeune preuve de la manière dont II accueillera le pécheur repentantqui revient à Lui. Le feu de lEsprit Saint, comme dit saint Jean
  • Chrysostome, envahit la pauvre courtisane, la sanctifie et lélève encore plus haut que les vierges. Vides hanc mulierem? Jésus veut que toute lhumanité regarde maintenant cette femme etimite son exemple. A Marie de Magdala on pardonne beaucoup parce quelle aime beaucoup. Or, tous ne peuvent pas jeûner, tous ne peuvent pas supporter les lourdes fatigues de lapostolat; mais tous ont un cœur et peuvent le consacrer à aimer Dieu. Loffertoire est tiré du psaume 136. Cest lâme toute envahiepar la tristesse de cet exil, qui ne veut pas, pour cette raison, participer à la joie mondaine des fils de Babylone. La prière dintroduction à lanaphore a une saveur très anti- que : « O Dieu qui, pour la matière du sacrifice eucharistiqueavez choisi ces éléments qui sont le plus nécessaires pour soute-nir notre vie; faites quils deviennent pour nous le remède de lavie présente et les arrhes de la gloire future. » Le Seigneur voulutinstituer précisément le divin Sacrement sous les espèces dupain et du vin, pour que nous comprenions que, de même queces éléments fournissent la nourriture quotidienne de lhommeet celle qui lui convient le mieux, ainsi lEucharistie est le divinaliment dont lâme se nourrit habituellement pour soutenir savie surnaturelle. Cest pourquoi saint Ambroise chantait : Christusque nobis sit cibus, Potusque noster sit fides ; Laeti bibamus sobriam Ebrietatem spiritus. Le verset pour la communion est tiré du psaume 118 : « Sei-gneur, souvenez-vous de la parole avec laquelle vous mavezconsolé et avez soutenu ma faiblesse. » Quel est cette parole deconsolation et de réconfort ? Cest Jésus, dont le nom exprimetout un magnifique programme de grâce, despérance et damour. La collecte après la communion est antique, et, au moyen âge,elle fut choisie comme prière de dévotion privée que les prêtresavaient lhabitude de réciter tout de suite après avoir participéaux saints Mystères. Ainsi entra-1-elle dans VOrdinariumMissae du Missel romain actuel : « Ce dont nous nous sommesmatériellement nourris, Seigneur, faites que nous laccueillionsaussi dans un cœur et une âme purifiés de toute souillure
  • terrestre, afin que la grâce que nous recevons dans le temps devienne en nous le principe de léternelle béatitude. » Il ne faut pas se faire dillusions : autre chose est recevoir le Sacre- ment, et autre chose recevoir, comme le note le docteur angé- lique, rem et virtutem Sacramenti. Le premier peut être reçu par des pécheurs et même par des êtres sans raison, comme cela est arrivé trop souvent; tandis que pour expérimenter lefficacité divine du Corps et du Sang du Christ, il faut une préparation convenable, un fervent amour et un vif désir de participer à la vie et à la mort du Christ. Dans la bénédiction sur le peuple avant de le congédier, noussupplions le Seigneur de nous accorder la grâce de mépriser les vains attraits des passions — mépris dont parlait sainte Agathe avant de mourir : Grattas tibi ago, Domine, quia extinxisti a meamorem saeculi — et de nous remplir de la joie de lEsprit Saint,cest-à-dire de cette onction intérieure qui accompagne lobser-vance des divins commandements, et qui rendait douces àEtienne les pierres du torrent, et suaves les tourments auxanciens martyrs de la foi. Aux usurpations des métropolitains de Ravenne au moyenâge, lÉglise romaine répondait par desleçons dhumilité évangé-lique. Elle multipliait temples et autels en lhonneur de saintApollinaire, pour que les dissidents de la métropole de lEmilieapprissent que le motif de la grandeur de leur chaire épiscopaleest précisément davoir été érigée et sanctifiée par un disciplede Pierre, par un envoyé de Rome. Telle est la loi établie parDieu : la bénédiction pontificale consolide les demeures de sesfils et leur donne laccroissement, tandis que celui qui sélèvecontre le siège de Pierre sera broyé par sa majesté. VENDREDI APRÈS LE DIMANCHE DE PASSION. Collecte aux Saints-Jean-et-PauL Station à Saint-Étienne sur le Mont-CoeMus.L A basilique des martyrs Jean et Paul, érigée par Bisantius et Pammachius dans la maison même où les deux saints titu-laires subirent la mort pour la foi, est déjà connue des lecteurs.Celle de Saint-Étienne qui sélève tout auprès et qui fut appelée
  • in Coelio montepour la distinguer des nombreuses basiliquesdédiées à saint Etienne dans le centre de la ville, fut achevée ERpar Jean I , qui lorna en outre de mosaïques. Vers 640, quandNomentum dévastée par les Lombards eut perdu toute espérancedune reprise pacifique de la vie civile, le pape Théodore entransféra à Saint-Étienne sur le Coelius les corps des deux mar-tyrs locaux Prime et Félicien, en lhonneur de qui il fit décorerun petit oratoire dont aujourdhui encore subsiste labside ornéede mosaïques. Ce furent les premiers martyrs qui, des cimetièressuburbains, firent leur entrée triomphale dans la Rome chré-tienne, la loi qui défendait lensevelissement des cadavres danslenceinte de la Ville ayant été généralement observée souslempire. Lintroït est tiré du psaume 30 et il exprime, comme dhabi- tude, les angoisses de lâme de Jésus à lapproche de sa passion : « Seigneur, pitié, car je suis dans langoisse, — chargé des péchésde toute lhumanité; objet dune haine irréconciliable de la part de mes adversaires et des pécheurs, signe et objet de malédic- tion devant la justice et la sainteté de Dieu, — délivrez-moi de mes ennemis; ah I que je ne demeure pas confondu, puisque je vous invoque et que je recours à vous.» La prière de Jésus obtintson effet, puisque le Père éternel le délivra, et avec Lui lhuma-nité,des liens de la mort au jour de la résurrection, quand la sura-bondante plénitude de la vie glorieuse du Christ se répanditdans son corps mystique, et fit de la résurrection spirituelle desâmes le principe de leur future vie de gloire. Cest en ce sensque lApôtre dit que le Christ mortuus est propter delicta nostra,resurrexit propter iustificationem nostram, en tant que la gloirede la résurrection du Chef se répand dans les membres moyen-nant la grâce qui remet le péché et mérite léternelle récompense. Nous supplions le Seigneur, dans la collecte, de répandre dansnotre cœur lesprit de contrition, afin quexpiant nos péchésdurant la vie présente au moyen de la pénitence, nous puissionséchapper à la peine éternelle. Lannonce de la pénitence faisaitpartie intégrante de la prédication évangélique : Poenitentiamagite et crédite Evangelio. Cet esprit de pénitence qui prépareles voies à la grâce et à la réconciliation de lâme avec Dieu,
  • est toutefois un don spécial du Seigneur quil faut demanderassidûment dans la prière. LÉglise chante en effet dans lunedes plus belles hymnes du Carême : Dans tempus acceptabile, Et poenitens cor tribue ; Convertat ut benignitas Quos longa suffert pietas. Jérémie est la figure de Jésus persécuté par la Synagogue, et cest pourquoi lÉglise, dans les divins offices de cette dernière quinzaine du Carême, met sur les lèvres du Rédempteur les accents de cruelle angoisse, de désolation et despérance déjà exprimés par le Prophète des Lamentations. Aujourdhui la lecture est prise au chapitre xvu (13-18), où estmontréle Juste comme se débattant avec ses adversaires. Jérémie na jamais mis son espérance dans le secours humain : diem hominis non desideravi. Paroles sublimes par lesquelles une grande âme — le bienheureux Nicolas de Prusse, O. S. B., — au moment de mourir, se révéla elle-même. Il sait que tout ce qui est terrestre est emporté par lèvent, ou, pour reprendre son énergique image, est comme une écriture tracée sur le sable. Dieu seul suffit àlâme. Pourvu que Dieu ne soit pas contre nous, que nous impor- tent les jugements du monde entier ? Le graduel (ps. 34) décrit la duplicité et la malice des ennemis du Juste : « Mes ennemis ne parlent point de paix, et ils vont,machinant des fraudes contre ceux qui sont doux; vous lesvoyez, ô Yahweh ! ah ! ne vous taisez pas, et ne mabandonnezpas à eux. » Le Sanhédrin, ne pouvant semparer de Jésus par lemoyen du peuple qui laimait, recourt à la trahison de Judas,suborne de faux témoins, accuse dimpiété le Saint des saints,puis, dans le procès intenté contre le Sauveur, viole toute forma-lité légale, et, sous couleur de zèle pour lhonneur de Dieu et lesdroits de César, condamne à mort un innocent, le CréateurLui-même. Ce procès fut une tromperie montée contre la vérité;Dieu la voit mais ne garde pas le silence. Plus les Juifs sefforcentde couvrir de boue la sainteté de Jésus, plus celle-ci resplenditpar la confession de ceux-là même qui furent entraînés dans ledéicide. Il fit donc proclamer linnocence du sang de Jésus par
  • Judas, par Hérode, par Pilate, par le Centurion, par la natureelle-même qui trembla tout entière depuis ses fondements, à lamort du Seigneur. La lecture évangélique (IOAN., XI, 4 7 - 5 4 ) nous décrit lassem-blée du Sanhédrin en vue de décider définitivement la perte deJésus. Caïphe parle avec arrogance et donne aux autres de lim-bécile : Vos nescitis quidquam, nec cogitatis. Lui, toutefois, parlejuste et prophétise, non par ses mérites, mais parce quil étaitalors Souverain Pontife et que Dieu ne manque jamais de donnerles grâces détat. Quiconque est supérieur, même si celui-là estCaïphe, parle au nom de Dieu. Jésus doit donc mourir pourlhumanité entière. Caïphe la dit, et Caïphe a été poussé à parlerainsi par lEsprit Saint, contre les intentions mêmes de lastu-cieux pontife. Jésus meurt afin de réunir tous les fils de Dieu,alors errants par le monde, en une seule famille qui ne soitplus ni juive, ni grecque, ni païenne, mais catholique, VEcclesiaSancta Dei. Etienne, le titulaire de la station, recueille vaillam-ment ce vœu suprême du Maître et lannonce aux synagoguesdes Hellénistes de Jérusalem. Le saint diacre succombe, victimede lintransigeance nationale israélite, mais le fruit de sa dernièreprière sera la conversion de Paul, lapôtre de la catholicité duchristianisme au delà des confins de la Palestine. Jésus est donc mort, non pour les Juifs seuls, mais pourrecueillir en une famille unique les fils de Dieu dispersés sur leglobe. Ne regardons donc pas trop aux frontières géographiqueset aux nationalités politiques : Dieu compte des fidèles dans lescoins les plus reculés de la terre, et sa grâce nous fait tous frères.Ceux qui aujourdhui encore sont en dissentiment avec nouspeuvent demain se convertir et rentrer dans le sein de lÉglise.Gardons-nous par conséquent des préventions hostiles et demépriser personne, ni de désespérer de la conversion dautrui,quelque pervers quil soit. Tous les cœurs sont dans la main deDieu, et il faut faire un joyeux accueil à celui qui vient de loin,nous rappelant que nous aussi nous vînmes de loin, et que noussommes aussi des convertis. Le verset pour loblation est tiré du psaume 118 : « Soyez béni,ô Yahweh, parce que vous mapprenez la voie de votre sainteté— au moyen de lÉvangile et des sacrements qui nous rendent
  • participants de cette divine sainteté. Ne mabandonnez pasaux calomniateurs orgueilleux, faites que, bien quexposé auxtentations qui éprouvent et purifient ma foi, je ny succombepas et ne leur cède jamais ; je répondrai à ceux qui me méprisent,je ne resterai pas muet devant leurs accusations, mais je lesconvaincrai de mensonge et dimpiété, leur démontrant, par laprédication et les bonnes œuvres, de quel côté réside la vérité. »Telle est précisément la conduite de lÉglise, point de mire deshaines et des calomnies des infidèles, des Juifs et aussi de tantdhérétiques qui, pervertissant lÉvangile du Christ, en prêchentun autre, qui nest point celui du Royaume confié par Jésus auxapôtres et avant tous à Pierre; ce sera lévangile de Marcion,dArius, de Luther, de Henri VIII, de Marx, mais non pas celuiqui fut confié aux apôtres. A tous ces prédicateurs jadresse avecTertullien une seule demande : Qui estis vos? Ma foi est celle quia été gardée par la tradition de lÉglise sans aucune interruption,garantie par une série de maîtres infaillibles qui remonte jusquàPierre. Cest à ceux-là que Jésus confia la prédication de sonÉvangile. Or vous autres qui, après deux, quatre, quinze,dix-neuf siècles, vous mettez à prêcher un soi-disant évangilechrétien, qui êtes-vous? Qui vous a envoyés ? Qui vous a auto-risés après tant de temps à usurper un office désormais confiéà lÉglise catholique, celui de garder et dinterpréter les saintesÉcritures ? Dans la collecte dintroduction à Tanaphore consécratoirenous supplions le Seigneur de faire que sa grâce nous rendedignes daccomplir à lautel le saint ministère sacerdotal, afin deconsommer ensuite dans léternité, par la vision béatifique,cette possession eucharistique de Dieu, à laquelle nous initieici-bas la liturgie du temps présent. Ce ministère de lautel dontparle aujourdhui la collecte est accompli également dunecertaine manière par les laïques, car eux aussi, régale sacerdotium,comme saint Pierre les nomme, offrent au Seigneur le Sacrificeavec le prêtre et par ses mains, et y participent véritablementau moyen de la sainte Communion. Le verset pour la communion est tiré du psaume 26. Cest leChrist qui supplie de ne pas être définitivement livré à la mercide ses adversaires et sans espoir de revanche. Cela, Jésus le dit
  • principalement pour nous, à qui était absolument nécessaire sasainte résurrection. « Des témoins menteurs se sont levés contremoi — ceux que le Sanhédrin a subornés — et le méchant aprononcé la calomnie en sa propre faveur », — cest-à-dire pourconfirmer son assertion, ou, mieux, son salut, puisque nous tousqui avons crucifié le Christ par nos péchés, nous lavons crucifiéafin que son précieux Sang nous purifie. Dans la collecte après la sainte Communion, nous supplionsDieu que jamais ne nous manque — en raison de notre paresseou de notre dissipation — lefficacité du Sacrement auquel nousavons participé, afin quil éloigne tout ce qui pourrait nuire ànotre âme. Après la communion, il faut continuer à vivre delesprit eucharistique, de façon à prolonger cette communionspirituelle de lâme intimement unie à Jésus durant toute lavie. Cest là ce que désire lÉglise quand elle nous fait deman-der ut in gratiarum semfier actione maneamus. Persévérer danslEucharistie signifie se conformer à elle, se transfigurer enelle, devenir lhostie de Jésus comme II sest fait hostie pournous. La bénédiction avant de congédier le peuple est la même que ele mercredi après le I I I dimanche de Carême, La question agitée à Jérusalem au lendemain de la mort du divin Maître fut précisément celle du caractère du christia-nisme, cest-à-dire si celui-ci devait représenter un mouvementspiritualiste au sein de la Synagogue, comme cétait le fait des Esséniens et des pharisiens; ou sil devait être au contraireune nouvelle religion surpassant les anciens cultes nationaux. Saint Pierre la résolut dabord à loccasion du baptême de Cor-neille, mais celui qui, plus particulièrement parmi les Juifseux-mêmes, porta la question hors du milieu apostolique, futEtienne, qui voulut y intéresser les hellénistes, lesquels, habituésà vivre parmi les Gentils dans la Diaspora, manifestaient desidées moins étroites en fait de religion. Eux aussi pourtant par-tageaient beaucoup des préjugés du Sanhédrin et se scandali-sèrent de ce qui leur paraissait un libéralisme intolérable de lapart dun adepte du Galiléen. Etienne, intrépide en présence delassemblée, déclare toutefois pour confirmer sa thèse univer-saliste, quil contemple Jésus assis sur le trône même de la
  • divine majesté. Il le dit, et, empourpré du sang de son martyre,il ferma les yeux à la lumière du monde pour les rouvrir auxsplendeurs de léternité. SAMEDI APRÈS LE DIMANCHE D E PASSION.Collecte à Saint-Pierre « quando Dominus Papa eleemosynam dat ». Station à Saint-Jean devant la Porte Latine.D ANS le haut moyen âge, ce samedi précédant la semaine pascale, où commençaient les grandes fonctions, étaitaliturgique : sabbatum vacat; cela en faveur du peuple, afin de lui accorder un bref repos, tandis que le Pape lui-même, dansle consistorium Vatican ou dans le triclinium du Latran, ayantdéjà distribué aux pauvres les aumônes de Pâques, remettaitles Espèces consacrées aux prêtres titulaires. Ce dernier ritevoulait signifier leur union intime avec le Siège aposto-lique. Durant la semaine suivante, sans quils dussent attendrechaque jour lenvoi de lacolyte habituel leur portant, de lapart du Pape, la parcelle consacrée à déposer dans leur proprecalice, ils pouvaient commencer librement la messe à lheurequils jugeaient la plus opportune, pourvu quaprès la frac-tion rituelle des saintes Espèces, ils déposassent dans le caliceune parcelle de loblation eucharistique reçue aujourdhui duPontife. A cette cérémonie dune si profonde signification, sunissaitla distribution dabondantes aumônes aux pauvres; et cela dansle but dimiter lexemple de Jésus qui, à loccasion de la solennitépascale, avait coutume de charger Judas de distribuer de largentaux malheureux. Par la suite, lune et lautre cérémonies tombèrent en désué-tude, et lon institua par contre une nouvelle station à léglisede Saint-Jean en face de la Porte Latine que, le premier, Adon,dans son martyrologe, avait mise en relation avec le martyresouffert à Rome par lApôtre sous Domitien. La tradition de lachaudière dhuile bouillante de laquelle aurait été miraculeuse-ment sauvé saint Jean à Rome est très ancienne, puisquellenous est garantie par Tertullien; que cependant le fait se soitpassé devant la Porte Latine, et précisément là où sélève à
  • présent léglise de Saint-Jean, cest une conjecture dAdonsine idoneis tabulis. En tout cas, ce quil importe de faire remarquer ici, cest lavenue de lapôtre Jean à Rome, quelque dix ans après le martyredes saints Pierre et Paul. Puisque à lorigine la basilique duLatran portait le nom du Sauveur, et quà saint Jean nétaitdédié quun petit oratoire du baptistère érigé par le papeHilaire, léglise stationnale de Saint-Jean à la Porte Latinereprésente le monument le plus ancien et le plus vénérable,destiné à rappeler aux fidèles lapostolat à Rome du disciplede prédilection du Sauveur. La messe na en propre que les collectes et les lectures,parce que, dans le haut moyen âge, on avait tant de respect pourlantiphonaire de saint Grégoire que personne nosait y insérerde nouvelles compositions musicales. Cest pourquoi les chantsde la messe daujourdhui sont tous empruntés à celle dhier. Nous supplions Dieu dans la collecte, afin que le peuple quilui est consacré développe, par les bonnes œuvres et la vraiedévotion, ce germe de sainteté que le Baptême a déposé en lui.Lécole où lon doit apprendre cette discipline de perfection estlÉglise elle-même, ses sacrements, sa liturgie, en sorte que la viechrétienne devient toute une longue chaîne de grâces dépen-dantes Tune de lautre; une grâce sert de préparation et nousdispose à une grâce ultérieure. La lecture de Jérémie fait suite à celle dhier (xvin, 18-23) et annonce les terribles châtiments qui devaient suivre le déicide. Cest Jésus qui, représenté par le Prophète des Lamentations,les demande au Père; mais II ne se met point par là en contra-diction avec Lui-même, quand du haut de la Croix il invoquele pardon pour ses bourreaux. Durant la vie présente, tout châ-timent de Dieu a principalement un but médicinal, comme IIla dit Lui-même dans lApocalypse ; Ego quos amo, arguo etcastigo. Comme la félicité temporelle est pour beaucoup dhom-mes une occasion de laisser Dieu de côté, ainsi la douleur etlinfortune ramènent à Lui les âmes déçues par les fallacieusespromesses du monde. En outre, dans le cas particulier des Juifs, il sy ajoutait que
  • toute la théocratie hébraïque, telle quelle était établie, avait un caractère éminemment prophétique, à titre de préparation au Nouveau Testament qui devait réaliser les symboles et les promesses. Jésus-Christ étant venu et le Nouveau Pacte ayant été inauguré, lAncien navait plus de- raison dêtre, et il fut abrogé. Le bien même de lhumanité exigeait ce retranchement, puisque effectivement, tant que lancien temple demeura debout comme un palladium du nationalisme israélite, les apôtres rencontrèrent toujours sur leur chemin les obstacles que leur opposait lintransigeance juive, aidée dans son opposition par le parti assez fort des chrétiens dits judaïsants. Ceux-ci voulaient unir la Loi à lÉvangile, la circoncision au Baptême, les riteslégaux au sacrifice du Calvaire, et cest contre leurs frauduleux agissements que tant de fois saint Paul dut mettre en garde sesfidèles. Toute cette question est discutée en particulier dans les épîtres aux Galates et aux Romains. La lecture évangélique (IOAN., XII, 10-36) anticipe dun jourla scène des palmes. Jésus veut offrir au sanhédrin une déclara-tion claire et explicite de son caractère messianique, et cestpourquoi il fait son entrée solennelle en Jérusalem, dans lescirconstances décrites par les Prophètes. Les Hosannah desfoules et des enfants sont la conséquence du dernier miracleopéré à Béthanie en faveur de Lazare; en sorte que désormaisles Juifs ne peuvent plus dire quils sont dans langoisse et laperplexité parce que Jésus décline une réponse catégoriquerelativement à sa divinité. La lumière resplendit dans toute saplénitude; aux déclarations répétées du *Sauveur, font écho lesœuvres messianiques et laccomplissement des prophéties.Parmi celles-ci, il en est une qui regarde aussi les pauvres gentils,lesquels devaient entrer en participation des privilèges et de la.bénédiction dAbraham. Cette prophétie commence enfin à seréaliser, et les deux prosélytes qui sadressent à Philippe pourvoir Jésus sont les prémices du monde grec et romain que, bien-tôt, le divin Sauveur attirera à Lui. Il reste, il est vrai, le scandale de la Croix, déconcertant lesHébreux et suscitant le mépris des Gentils; mais celle-ci, dansles conseils de Dieu, est la condition nécessaire de la Rédemption,non seulement pour Jésus, mais aussi pour nous. Il ne suffit pas
  • que Jésus ait porté la Croix pour nous; si nous voulons êtresauvés, il faut que nous prenions la nôtre sur nos épaules, et quenous la portions pour lamour de Lui. Comme le grain qui ne peutgermer, si dabord il ne pourrit dans la terre, ainsi lâme, si ellene meurt avec Jésus, ne pourra jamais participer à sa vie divine. Dans la collecte qui précède la préface, nous supplions ladivine clémence de daigner soustraire à toute faute et à toutpéril — la faute regarde lâme, les périls touchent la vie tempo-relle — ses fidèles qui vont être initiés et associés à un si grandmystère. Les grâces de Dieu, en effet, ne sont pas sans ordre nidésunies entre elles. Elles se dessinent toutes sur un unique plande prédestination, et cest pour cela que Dieu ne nous accordepas ses faveurs à intervalles et selon loccasion qui nouspousse à les demander. Lui, dès le premier instant de notreexistence, déroule un plan magnifique que lamour seul lui ainspiré. Tout vient à lêtre en son temps, avec une splendeur,une magnificence, dignes de Dieu et de la noblesse de notre con-dition de fils de Dieu. Dieu nous traite, il le dit lui-même dansles saintes Écritures, avec un grand respect; mais, dans ledéroulement du programme de notre prédestination, il ne faitrien de superflu, de désordonné, détranger. Une harmoniemerveilleuse, un rythme ineffable, coordonne toutes les grâces que Dieu nous accorde. Dans la collecte après la communion, nous prions le Seigneurde vouloir bien nous accorder de participer pour toujours dansle ciel à labondance du don divin de laquelle il nous a déjàcomblés; — cest-à-dire non à quelque grâce particulière, maisà la plénitude même de la grâce ; bien plus, à lauteur de la grâce,Jésus, devenu notre don. La divine Eucharistie est en effet legage de la gloire future, et lunion qui saccomplit dans la com-munion entre rame et Dieu veut être consommée dans la visionbéatifique. Dans la bénédiction de congé sur le peuple, nous supplionsDieu afin que sa droite toute-puissante protège larmée suppliantedesfidèles,la purifie du péché, linstruise dans les voies spirituel-les, afin que le secours accordé dans le temps la pousse versléternelle félicité. LÉglise demande ici quatre choses : avanttout, le secours particulier de Dieu, afin que lâme puisse pro-
  • duire les actes de contrition et damour qui précèdent sa récon-ciliation et sa justification ; ensuite vient la purification du péché,moyennant linfusion de la grâce sanctifiante. Tout cela appar-tient à ce que lascèse appelle voie purgative. La voie illumina-tive vient ensuite, grâce à lenseignement intérieur de lâme parla lumière du Saint-Esprit, par-dessus tout dans loraison etdans la méditation. En dernier lieu vient la voie unitive, quandlâme, encore voyageuse sur cette terre dexil, expérimente déjàpar anticipation, dune certaine manière, le contact avec Dieu.Le Seigneur se lunit définitivement, en sorte que la grâcedes noces contractées dans le temps aide lâme à être fidèle àson époux crucifié, qui, du haut de la Croix, linvite au banquetde léternité dans la demeure de son Père céleste. Quel aveu font, dans lévangile de ce jour, les pharisiens :« Nous narrivons à rien, et tout le monde va à Jésus. » Cettevérité, mille fois démontrée par lhistoire, devrait nous récon-forter, surtout dans les moments de découragement, quandnous voyons les méchants momentanément enhardis, triompherde lÉglise de Dieu. Il la dit, et lon nefface aucune de sessyllabes. Le Christ vainc, règne, domine, élevé quil sera deterre, dans quelques jours, sur larbre de la Croix, doù il atti-rera tout le monde à lui. DIMANCHE DES RAMEAUX. Station au Latran à la basilique du Sauveur. (Station à Saint-Pierre, collecte à Sainte-Marie « in Turri ».)I L était de règle, au moyen âge, que les grandes cérémonies de la semaine pascale, comme les anciens appelaient cesolennel septénaire que nous allons commencer, saccomplissaientauprès de la résidence pontificale, dans le palais des Laterani.Cestpourquoi aussi la procession des rameaux et la messe stationnalese célèbrent aujourdhui dans la vénérable basilique du Sauveur,trophée permanent des victoires du Pontificat romain surlidolâtrie, sur les hérésies et sur toutes les puissances infernalesqui, depuis plus de dix-neuf siècles, conspirent contre lÉgliseet sont toujours repoussées et vaincues. Non praevalcbunt adver-sus eam, a dit Jésus, et le ciel et la terre passeront avant que
  • vienne à manquer une syllabe sortie des lèvres du Sauveur. Dans le bas moyen âge, la station de ce jour, suivant le bonplaisir du Pape, se célébrait parfois au Vatican, et alors la béné-diction des palmes se faisait dans léglise de Sainte-Marie inTurri qui sélevait dans latrium de la basilique. La bénédiction des rameaux nous conserve lancien type dessynaxes aliturgiques, cest-à-dire des réunions tenues pour larécitation de loffice divin, linstruction des fidèles, etc., sansloffrande du saint Sacrifice. Ce type de synaxes provient descoutumes juives dans les synagogues de la Diaspora, et entradans le rituel chrétien dès lâge apostolique. La procession avec les branches dolivier provient du ritehiérosolymitain, tel que nous le décrit la pèlerine Éthérie vers ela fin du V siècle. En Occident, à lorigine, on tenait lesrameaux en main durant la lecture de lévangile; dans lesGaules, on commença par donner une bénédiction spéciale, nonpoint aux rameaux, mais à ceux qui rendaient cet hommage àla parole évangélique. La procession avant la messe sy ajoutaet vint conférer une pompe et une importance spéciale auxrameaux, lesquels finirent par être, à leur tour, sanctifiés parla bénédiction sacerdotale. Bénédiction des Palmes. Collecte à Saint-Sylvestre au Latran. e Selon les Ordines Romani du x i v siècle, les palmes étaientdabord bénites par le cardinal de Saint-Laurent, puis trans-portées, par le ministère des clercs, à lintérieur du Patriar-chium, en loratoire de Saint-Sylvestre, où les acolytes de labasilique Vaticane avaient mission den faire la distribution aupeuple. Quant à la distribution des palmes au clergé, elle étaitaccomplie par le Pontife en personne, dans la salle du tricliniumde Léon IV, doù partait aujourdhui la procession qui se diri-geait vers léglise stationnale du Sauveur. Quand le Pape était arrivé sous le portique, il sasseyait autrône, et tandis que les portes de léglise demeuraient encorefermées, le primicier des chantres et le prieur de la basilique, àla tête de leur personnel de service, entonnaient lhymne
  • Gloria, etc. prescrite encore aujourdhui dans le missel. Ictus,Enfin souvraient les portes, et le cortège faisait son entréetriomphale dans la basilique du Sauveur, pour commencer parla messe le grand drame de la Rédemption des hommes. Le Papeprenait les vêtements sacrés dans le secretarium, mais, pourindiquer la tristesse funèbre qui remplit toute la liturgie decette semaine, les basilicarii omettaient en ce jour de tendre surla tête du Pontife la mappula traditionnelle, ou baldaquin, quiétait lun des signes du respect et de la vénération chez lesanciens. La « collecte » pour la bénédiction des palmes commence parlintroït : « Salut, ô fils de David; béni soit Celui qui vient aunom de Yahweh ; ô Roi dIsraël, salut, vivat ! » Voilà le salutmessianique que le Christ, acclamé aujourdhui par les Gentils,par les enfants, par le bas peuple et par les simples, attendit enen vain de la Synagogue. La conséquence en est que Jésusrépudie le Sanhédrin obstiné, et se tourne au contraire vers lesnations des Gentils, qui laccueillent comme leur Dieu et leurRédempteur. La miséricorde du Seigneur est pourtant infinieet Israël lui-même peut espérer le salut, à la condition toutefois quil se dirige lui aussi au-devant du Christ, chantant avec le psalmiste et avec les enfants : « Béni soit celui qui vient au nom de Yahweh. » Nous devons professer une grande dévotion pour cet acte de foi messianique, tant désiré par Jésus-Christ. LÉglise le renou- velle au moment le plus solennel du sacrifice, quand Jésus est sur le point de descendre, à lappel du prêtre, sur nos autels, à létat de victime. Voici la collecte de bénédiction sur lassemblée : « O Dieu, quil est juste daimer par-dessus tout, multipliez sur nous les dons de votre grâce, et, tandis que par les mérites de la mort de votre Fils, vous nous faites espérer cette éternité glorieuse qui forme précisément lobjet de notre foi, accordez-nous, à cause de votre résurrection, darriver là où nous tendons. » La forme est vraiment solennelle, et le concept est clair et précis : la mort de Jésus est la cause méritoire de notre salut, mais sa résurrec- tion en est la cause exemplaire; car Jésus glorieux répand dans
  • son corps et dans ses membres mystiques cette sainteté et cette béatitude qui inondent le Chef au jour de son solennel triomphe sur la mort et sur le péché. Le passage de lExode qui suit (xv, 27 et xvi, 1-7) avec le récit de la révolte des Israélites contre Moïse, na vraiment pas grandchose à voir avec le mystère de ce dimanche ; les liturgistes gallicans du moyen âge le choisirent cependant à cause des sources deau et des soixante-dix palmiers à lombre desquels campa le peuple du Seigneur. Les Israélites, tirés de la servitude dEgypte dune façon si prodigieuse, murmurent néanmoins contre le Seigneur et regrettent les oignons et les viandes de lEgypte. Ils préludaient à ce que leurs descendants devaient faire un jour contre le véritable Moïse, le vrai libérateur de lesclavage de lenfer, qui serait maudit et tué au moment même où, pour les racheter, il donnerait sa vie pour eux. Les deux répons de rechange qui suivent nont aucune relation avec la cérémonie de la bénédiction des palmes, et ont été assignés ici seulement pour combler les lacunes et séparer les deuxlecturesscripturaires. Comme lon voit, toute lordonnance de la fonction de ce jour est un peu factice, malgré son aspect archaïque; il sagit déléments dorigine et dinspiration très diverses, qui furent fondus ensemble tant bien que mal, sans une réelle unité de concept. Le premier répons est emprunté à saint Jean (xi, 4 7 - 5 3 ) et a trait à lassemblée tenue dans la maison de Caïphe. A ceux quilui faisaient observer que Jésus attirait à lui les foules et expo-sait le Sanhédrin au péril de voir tôt ou tard les Romains, trèsj aloux, étouffer ces mouvements dinsurrection nationale,Caïphe répondit quil était préférable denvoyer un seul homme,cest-à-dire Jésus, à la mort, pour sauver tous les autres. Lécri-vain sacré fait remarquer avec insistance que les paroles durusé pontife ont une portée bien supérieure à ses intentions,et que, en raison de ses fonctions, elles furent mises sur seslèvres par le Saint-Esprit. Le second répons est une pièce de rechange; il a été e remprunté au I Nocturne du Jeudi saint. Il est tiré de lévan-gile selon saint Matthieu (xxvi, 39-41) et nous montre Jésus qui,
  • dans son agonie au jardin des oliviers, supplie le Père, se con- forme à sa sainte volonté et exhorte ses disciples assoupis à chercher dans loraison un abri contre la tentation et lépreuve qui va commencer. Il ne suffit pas que les dispositions habituelles de la volonté soient droites; la nature mortelle est fragile, et, sans laide de la grâce, elle défaille en présence du bien à faire. Il faut donc prier et ne jamais se lasser dimplorer ce secours si nécessaire. Les saints, et en particulier saint Alphonse, résumaient en ces termes lenseignement chrétien relativement à la nécessité de la prière : « Qui prie se sauve, et qui ne prie pas se damne. » La lecture de saint Matthieu faite en ce jour, racontantlentrée solennelle de Jésus dans la Cité sainte (xxi, 1-9) était déjà désignée par la liturgie de Jérusalem dès la seconde moitié e du I V siècle. Selon la prophétie de Zacharie, le Rédempteurentre dans la Cité sainte assis sur lânon, pour symboliser lecaractère doux et bénin de sa première apparition messianique. Il ne veut pas effrayer par les éclairs et la foudre, mais il désire ardemment amener tous les hommes à son Cœur par la douceurde ses attraits. Lânesse et lânon qui, selon le saint Évangile,se trouvaient liés aux murs du village voisin du mont desOliviers, doù ils furent détachés par les apôtres et conduits àJésus, représentent le peuple Gentil exilé de la patrie dAbra-ham, déshérité du patrimoine dIsraël, abêti sous la hart delidolâtrie. Aux apôtres est confiée la mission de le dégager deses erreurs et de le ramener au Sauveur. Selon lusage de la liturgie romaine, quand il sagit de prièresdune importance spéciale, la collecte suivante vient préluder àlanaphore consécratoire des rameaux. Elle est donc parallèleà la sécréta qui précède la préface de la messe. Prière. « Accroissez, ô Dieu, la foi de ceux qui espèrent envous, et exaucez avec clémence les prières de ceux qui voussupplient. Que votre miséricorde descende avec abondance surnous; et que soient également bénits ces rejets de palmier etdolivier; et de même que pour préfigurer lÉglise, vous concé-dâtes une race nombreuse à Noé sorti de larche, et à Moïsesorti de lEgypte avec les fils dIsraël, que nous aussi, portantdans nos mains des palmes et des rameaux dolivier, nous puis-
  • sions, au moyen dune vie sainte, aller à la rencontre du Christ,et que, par ses mérites, nous soyons dignes dentrer dans la joieéternelle. Lui qui, Dieu avec vous et dans lunité du Saint-Esprit, vit et règne dans tous les siècles. Amen. » Cette prière, dun goût si exquis et dune piété si profonde,explique très bien le symbolisme de la procession qui va saccom-plir, et détermine la raison pour laquelle on a lu la péricope delExode où il est question des soixante-dix palmiers. La palmese donne au vainqueur, et celui qui sort indemne de lEgyptepeut bien mériter la gloire du triomphe. L E PRÊTRE : y. « Le Seigneur soit avec vous. » ty. « Et avec votre esprit. » L E PRÊTRE : f. « En haut les cœurs. » 1^. « Ils sont dirigés vers le Seigneur. » L E PRÊTRE : y. a Rendons grâces au Seigneur, notre Dieu. » « Cela est convenable et juste. » Après quoi vient lanaphore, qui, selon sa signification primi-tive, est aujourdhui un véritable chant eucharistique, unehymne de louange et daction de grâces à Dieu pour son infiniesainteté et la délicatesse de sa miséricorde envers les hommes. L E PRÊTRE : « Il est vraiment convenable et juste, droit etprofitable, que toujours et partout nous vous rendions grâces,ô Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel; vous quiêtes glorifié dans la multitude de vos saints, et à qui toutes lescréatures obéissent. En effet, cest vous seul quelles reconnais-sent pour leur auteur et leur Dieu, en sorte que non seulementtoute chose créée proclame votre louange, mais vos saints vousbénissent dune manière spéciale, quand ils confessent librementle grand nom de votre Fils unique devant les rois et les puissantsde ce monde. Les Anges et les Archanges lassistent, avec lesTrônes et les Dominations, qui, avec toutes les milices de larméecéleste, chantent sans cesse une hymne à votre gloire, disant :Saint, saint, saint est le Seigneur des armées. Votre gloireremplit le ciel et la terre. Salut, vivat jusquaux étoiles. Bénisoit celui qui vient au nom du Seigneur. Salut, vivat ! » Après cela vient une série de collectes de saveur assez
  • antique et dinspiration très élevée, où il semble que lÉgliseveuille épancher tout son amour envers le Rédempteur, toutprès de simmoler pour elle. Ces différentes prières constituaientprimitivement une série de collectes de rechange; aujourdhui,au contraire, la cérémonie est devenue très prolixe puisquetoutes ces diverses formules de bénédiction, préface, collecte, etc.qui, au début, se substituaient lune à lautre, ou plutôt, sex-cluaient lune lautre, font partie intégrante, dans le misselactuel, de la cérémonie de la bénédiction des palmes. Il en estsorti une fonction pieuse, à la vérité, mais peut-être sans propor-tion ni harmonie, ce qui révèle sa tardive introduction dans laliturgie romaine, La collecte suivante se rapporte exclusivement aux rameauxdolivier, sans aucune allusion aux palmes, qui, au moyen âge,étaient devenues extrêmement rares en Europe. Prière. « O Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel,nous vous prions de bénir et de sanctifier cet olivier créé parvous, qui, par votre volonté, a germé sur le tronc et que lacolombe, retournant dans larche,porta dans son bec; que tousceux qui en recevront une branche obtiennent la santé de lâmeet du corps, et que ce soit pour nous remède salutaire et gagede votre grâce. Par notre Seigneur. » Dieu se plaît à humilier lorgueil de Satan en lempêchantde nuire aux chrétiens grâce aux sacramentaux, lesquels con-sistent le plus souvent en petits objets de dévotion bénits parle prêtre et conservés avec foi par les fidèles. A cette espèce desacramentaux appartiennent précisément les rameaux. Prière. « Seigneur, qui réunissez ce qui était dispersé, et,layant réuni, le conservez; Vous qui avez béni le peuple sortipour aller au-devant de Jésus avec des branches darbres,bénissez aussi ces rameaux de palmier et dolivier que vos servi-teurs reçoivent avec une grande foi et en lhonneur de votrenom; afin que, partout où ils seront portés, les habitantsobtiennent votre bénédiction, et que, toute hostilité étant écartée, votre droite daigne protéger ceux que racheta Jésus- Christ votre Fils et notre Seigneur, qui vit et règne, » Dans la prière suivante est expliqué tout le symbolisme dela cérémonie de ce jour. De même que les foules, avec des palmes,
  • allèrent à la rencontre du triomphateur de la mort et de lenfer,ainsi aujourdhui Dieu nous donne par anticipation la palme,pour nous stimuler à lutter courageusement, afin dobtenir, au seuil de léternité, une autre palme, non plus sujette à se flétrir et à se dessécher, mais à jamais fraîche et verdoyante. Prière. « O Dieu qui, avec une harmonie merveilleuse, et au moyen même des choses insensibles, avez voulu nous révéler lordre de notre rédemption, faites que lesprit de vos fidèles pénètre bien la signification mystique de lacte accompli aujourdhui par les foules, qui, éclairées dune lumière den-haut, allèrent au-devant du Rédempteur et couvrirent son chemin de branches de palmier et dolivier. En effet, les palmes annoncentson triomphe sur le prince de la mort, et les branches dolivierindiquent une certaine onction spirituelle; en sorte que dès lorscette heureuse troupe de peuple put comprendre que sous cessymboles il était déclaré que notre Rédempteur, touché de lamisère des hommes, devait lutter contre le prince de la mort pourdonner la vie à tout le monde, et, en mourant, devait en triom-pher. Cest pourquoi cette même foule, pour lui rendre hommage,se servit de symboles signifiant les triomphes de sa victoire etlabondance de sa miséricorde. Nous aussi, exprimant avec unefoi vive ce fait et cette même signification, ô Seigneur saint,Père tout-puissant, Dieu éternel, nous vous supplions, par lemême notre Seigneur Jésus-Christ, afin quen Lui et par Luidont vous avez voulu que nous fussions membres, remportantla victoire sur lempire de la mort, nous méritions davoir partà la gloire de sa résurrection. Lui qui vit et règne avec vous, etc. » Dans la collecte suivante on ne parle plus de palmiers, maisde lolivier sont rapprochés dautres arbres, puisque, dans lespays du Nord, où se développa principalement le rite de ce jour,ni le palmier ni lolivier ne poussent, à cause du froid : Prière. « Seigneur, qui avez voulu que la colombe apportâtà la terre lannonce de la paix au moyen dun rameau dolivier,sanctifiez par votre bénédiction ^ ces branches dolivier etdautres arbres, afin quelles apportent le salut à tout votrepeuple. Par le Christ, etc. » Le rite extérieur est vain, si à la bouche qui prie ne sunit lecœur qui adore :
  • Prière.« Nous vous en prions, Seigneur, bénissez ces rameauxde palmier et dolivier, et faites que ce que le peuple exécuteaujourdhui en votre honneur dune manière sensible, il laccom-plisse aussi intérieurement avec une ardente dévotion, rempor-tant la victoire sur lennemi spirituel, et se vouant avec le plusgrand élan aux œuvres de miséricorde. Par notre Seigneur. » Ici le prêtre asperge les rameaux avec leau sainte et lesencense. L E PRÊTRE : y . « Le Seigneur soit avec vous. » ty. « Et avec votre esprit. » Prière. « O Dieu qui, pour notre salut, avez envoyé en ce monde votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, afin quil sabais- sât jusquà nous pour nous élever jusquà vous ; lui en lhonneur duquel, alors quil entrait à Jérusalem pour accomplir les Écri- tures, la foule du peuple croyant, animée dune ardente piété, joncha la route de ses vêtements et de branches de palmiers; accordez-nous de lui préparer la voie de notre foi, où, les pierres dachoppement et les obstacles étant écartés, la justice étende aucontraire ses rameaux touffus au moyen des bonnes œuvres,afin que nous méritions de suivre ses traces ; Lui qui vit et règne.» Durant la distribution des palmes ou de rameaux dolivierbénits, le chœur des chantres exécute les antiennes suivantes,tirées de lévangile récité auparavant : « Les enfants hébreux allèrent au-devant du Seigneur avecdes branches dolivier, et ils disaient : a Salut, jusquaux étoiles ! » Aujourdhui les enfants font les honneurs de la fête, parce queDieu se complaît dans les âmes simples et innocentes, et cestà elles quil révèle ses secrets. « Les enfants hébreux étendaient leurs vêtements le long dela route, et criaient : « Salut au Fils de David; béni soit Celuiqui vient au nom du Seigneur. » Après la distribution des rameaux bénits, on récite la collectesuivante, avant de commencer la procession : Prière. « O Dieu éternel et tout-puissant qui avez décrété quenotre Seigneur Jésus-Christ sassiérait sur le petit dune ânesse,et qui avez, vous-même, inspiré à la foule du peuple détendresur la route des vêtements et des branches darbres, et de chan-
  • ter Salut en son honneur ; ah ! faites que nous imitions leurinnocence, afin que nous méritions den obtenir aussi le prix.Par le même notre Seigneur. » L E DIACRE : y. « Marchons processionnellement et en paix. » I^. « Au nom du Christ. Amen. » La procession a lieu alors; et bien quaujourdhui elle ait unesignification spéciale et veuille rappeler lentrée triomphale deJésus à Jérusalem, elle est néanmoins un vestige de lantiqueprocession stationnale et dominicale, qui au moyen âge, dansles abbayes bénédictines en particulier, précédait régulièrementla messe. Durant le parcours, le chœur des chantres exécute les antien-nes suivantes : Antienne : a Le Seigneur, approchant de Jérusalem, envoyadeux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est devant» vous et vous trouverez un ânon attaché, sur lequel personne» encore ne sest assis; déliez-le et amenez-le moi. Si quelquun» vous demande pourquoi, dites : « Le Seigneur en a besoin. »Ayant délié lânon, ils le conduisirent à Jésus, et, après quilseurent étendu leurs vêtements sur son dos, Jésus sy assit.Dautres étendirent leurs manteaux sur la route, dautres lajonchèrent de branches darbres. Ceux qui suivaient, criaient :« Salut, béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur; béni» soit le règne de David notre Père. Salut jusquaux étoiles.» Ayez pitié de nous, Fils de David. » Antienne. « Le peuple ayant su que Jésus allait arriver àJérusalem, et ayant pris des rameaux de palmiers, sortit à sarencontre. Les enfants proclamaient : « Voici Celui qui vient» pour sauver le peuple. Celui-ci est notre salut et la rédemption» dIsraël. Combien grande est sa majesté : au-devant de Lui» sortent les Trônes et les Dominations ! Ne crains pas, ô fille» de Sion ; voici que ton roi vient à toi, assis sur le petit dune» ânesse, comme cela fut dit dans lÉcriture : Salut, ô roi,» créateur du monde, qui êtes venu pour nous racheter. » Antienne. « Six jours avant la solennité pascale, quand leSeigneur arriva à la cité de Jérusalem, les enfants vinrent au-devant de lui, portant en main des branches de palmiers, et ils
  • criaient jusquaux étoiles : « Salut ! Béni soyez-vous, qui» venez ici dans votre infinie miséricorde : Salut, jusquaux» étoiles ! » Antienne. « La foule vient au-devant du Rédempteur avecdes fleurs et des palmes, et rend lhommage convenable auvainqueur et au triomphateur; le peuple lacclame Fils de Dieu;les cris à la louange du Christ montent au ciel. Salut, jusquauxétoiles ! » Antienne. « Montrons-nous fidèles au triomphateur de la mort,avec les anges et les enfants, et acclamons-le : Salut jusquauxétoiles ! » Antienne. « Un peuple immense, qui sétait rassemblé pourla solennité de la Pâque, acclamait le Seigneur : « Béni Celui» qui vient au nom du Seigneur. Salut, jusquaux étoiles ! » Après cela vient lhymne Gloria, laus, etc., avec la cérémoniepar laquelle le porte-Croix frappe aux portes du temple pourles faire ouvrir au cortège. Quant au rite, Rome ne connut quefort tard cette cérémonie; quant au symbole, les deux chœursqui se répondent, au-dedans et au dehors du temple, figure-raient la louange divine que font alterner lÉglise triomphanteet lÉglise militante. A la Messe. Station à Saint-Jean de Latran. Après la procession commence la messe; celle-ci a toute-fois un caractère tout différent de celui de la bénédiction despalmes, et elles est en relation plus intime avec la liturgie desjours précédents. En effet, tandis que les prières et les antien-nes rapportées plus haut acclament le Rédempteur commetriomphateur de la mort et du péché, la messe stationnale,dinspiration entièrement romaine, considère plutôt ses intimessentiments de profond anéantissement, dhumiliation et dedouleur, en tant que victime dexpiation pour les péchés dumonde. La sainte liturgie de ces jours-ci ne sépare point le souvenir dela passion du Sauveur de celui des triomphes de sa résurrection— et cest la raison du titre antique de Hebdomada paschalis
  • donné jadis à cette semaine et des mentions fréquentes de lasainte résurrection qui se présentent dans la messe et lOfficedivin, tant aujourdhui que le vendredi saint. En effet, si lePascha nostrum immolatus Christus, commence le soir du jeudisaint et se poursuit dans la parascève, il a toutefois son véritableaccomplissement au matin de la résurrection, alors que Celui,qui était mortuus profiter delicta nostra, resurrexit propter iusti-ficationem nostram. Pour les anciens, le Paschale Sacramentumcomprenait ce triple mystère, en sorte que, même le vendredisaint, en présence du Bois adorable de la Croix, ils annonçaientdéjà les gloires du Sauveur ressuscité : Crucem Tuam adoramus...et sanctam resurrectionem tuam laudamus et glorificamus. Lintroït est tiré de ce psaume 21 que Jésus-Christ entonnasur la Croix, et qui dépeint si admirablement ses souffrances,les ignominies quil endura, les battements de son Cœur et sesespérances pour son heureuse et prochaine résurrection : « Sei-gneur, néloignez pas de moi votre secours; soyez attentif à madéfense. Sauvez-moi des dents du lion et délivrez ma faiblessede la corne des licornes. » La collecte est dune délicatesse de composition qui révèlelâge dor de la liturgie romaine : « O Dieu tout-puissant etéternel, qui, pour donner au genre humain un exemple dhumilitéà imiter, avez disposé que notre Sauveur sincarnerait et subi-rait le supplice de la Croix, accordez-nous de recevoir avec fruitlenseignement de sa patience, afin davoir part à sa résur-rection. » Cela explique toute la signification du rite sacré qui devrasaccomplir durant cette semaine. Jésus crucifié est comme unlivre, dans lequel lâme lit tout ce que Dieu désire delle pourla rendre sainte. La phrase de la collecte : patientiae ipsius haberedocumenta perd beaucoup de son énergie quand elle est traduiteen langue vulgaire. Elle signifie que nous devons réaliser dansnotre vie ces leçons de souffrance et dexpiation que Jésus nousdonne du haut de la chaire quest sa Croix. Puis vient lespérancede la résurrection, que lÉglise ne veut jamais séparer dessouffrances du Golgotha. La lecture est tirée de la lettre aux Philippiens (11, 5-11) où
  • saint Paul nous décrit le Christ qui, pour notre amour, voile la gloire de sa consubstantialité avec le Père, prend les livrées du serviteur et obéit à Dieu jusquà la mort la plus cruelle et la plus infamante. Jusquici cest lexpiation mais voici immédia- tement le triomphe et le commencement de lempire messia- nique. Par le feu de sa divinité, Dieu réchauffe ces membres glacés que Jésus lui avait offerts sur la Croix. Il répand en eux sa propre vie, et, au nom du Sauveur tracé par Pilate sur lécriteau placé par dérision sur la branche verticale de lacroix, il attribue tant de gloire et tant de puissance, que ce nom devient à jamais le caractère et le sceau de tous les prédestinés à la gloire du Ciel. Le répons-graduel est emprunté au psaume 72 et préludedéjà au triomphe de dimanche prochain : « Il sen est fallude peu que je chancelle, puisque jétais ému à la vue desméchants, indigné de la torpeur mortelle où gisaient, abattus,les pécheurs. Toi pourtant, ô mon Père, tu mas pris par lamain, tu mas conduit selon ton vouloir, et tu mas accueilli entriomphe. » Le zèle de Jésus voyant la ruine de tant et tantdâmes, brûla dune sainte ardeur durant sa passion ; Il affronta,intrépide, les ennemis de lhumanité, les démons et leurs alliés,cest-à-dire les impies. Il était même sur le point de succombersous leurs coups, car sur la Croix, en raison de la violence destourments, son âme bénie fut séparée du corps, lequel subitjusquà lhumiliation du sépulcre. Mais en tout cela, la main duTout-Puissant a toujours guidé son Fils unique, elle la conduitsur le sentier de la vie, et la couronné dans la gloire triomphalede sa résurrection et de son ascension au Ciel. Le trait, ou psaume in directum, est le 2 1 , dans lequel esont dabord décrits lagonie déchirante du Christ et ses senti-ments dhumilité, de désolation intérieure et de confiant aban-don en Dieu; puis on y exalte le triomphe de la rédemptionmessianique, et lon annonce la nouvelle génération, cest-à-direlÉglise, à laquelle sera adressé le message évangélique. La lecture de lévangile selon saint Matthieu contient toutle récit de la passion du Seigneur (xxvi-xxvn), depuis la der-nière Cène avec les apôtres jusquà lapposition des sceaux à sonsépulcre. Le choix de cette lecture évangélique est fort ancien
  • pour Rome, puisquil nous est attesté par les Ordines du EI X siècle. Le souvenir des peines supportées pour notre amour parJésus-Christ doit se conserver toujours plus vif dans notre cœur,y produisant ces sentiments damour et de gratitude quilcausait en saint Paul quand il écrivait : « Le Christ ma aimé etsest donné Lui-même pour moi; je vis, mais ce nest plus moiqui vis, cest le Christ qui vit en moi. Moi je vis dans sa foi. » Le crucifix doit nous enseigner par-dessus tout trois choses :Dabord, combien grand a été lamour que toute laugusteTrinité nous a porté, jusquà sacrifier pour nous Jésus, le Fils unique de Dieu; en second lieu, quelle horrible chose est lepéché, qui na pu être expié que par la mort très atroce du Sau-veur; troisièmement, combien vaut notre âme, qui na pu être rachetée à un prix moindre que le sang de Jésus. Saint Paul concluait ainsi sa méditation sur la passion de Jésus : Emptienim estis pretio magno ; glorificate et portate Deum in corporevestro. Lantienne pour loffertoire est prise au psaume 68, qui pré-lude aussi à la passion du Sauveur : « Venant au milieu des hom-mes, mon cœur na attendu deux quignominies et ingratitude.Jai guetté quelquun qui prît part à ma peine, mais en vain.Je cherchai un consolateur, mais nen trouvai aucun. Ils medonnèrent du fiel pour nourriture, et, dans lardeur de ma soif,ils mabreuvèrent de vinaigre. » Jésus répéta ces mêmes accents de désolation à sainte Ger-trude et à sainte Marguerite-Marie, manifestant son vif désirque les âmes qui lui sont particulièrement consacrées, comme lesprêtres et les personnes religieuses, prennent part à ses senti-ments, réparent, expient avec lui et le consolent par leur amour. La prière sur les oblations, de même que celle après la com-munion, sont empruntées au dimanche dans loctave de Noël.Elles sont de caractère général. Lantienne pour la communion a été prise dans saint Matthieu(xxvi, 42) : « Père, sil ne peut se faire que je ne boive pas cecalice, que ta volonté saccomplisse. » Quand, durant le chantde ces paroles, les fidèles sapprochaient pour boire réellementau calice soutenu par le diacre le sang du Christ, ils compre-
  • naient parfaitement que le fait de communier nous rend soli-daires de sa Passion. En effet, ce nest pas seulement Jésus-Christ, qui, à la messe, renouvelle mystérieusement son sacrifice,mais cest nous aussi qui, grâce surtout à la sainte communion,nous unissons à lui comme les membres au Chef, pour noushumilier, pour nous immoler, pour nous offrir avec Lui, pourmourir dans sa mort afin davoir part à sa vie. Ce calice de passion ne peut séloigner de nous; il est néces-saire que nous le buvions, si nous voulons vivre et accomplirla volonté de Dieu. LUNDI SAINT. Collecte à Sainte-Balbine. Station au titre « de fasciola ». E titre de Balbine, sur cette partie du petit Aventin quiL domine les vastes ruines des thermes de Caracalla, estdéjà connu des lecteurs. A peu de distance sélève la basilique« de fasciola » quune très ancienne tradition met en relationavec saint Pierre, alors que, pour éviter la persécution, il seserait éloigné de Rome. A un mille environ de la voie Appienne rla bande entourant la jambe de lapôtre, toute blessée parles chaînes qui lenserraient dans sa prison, se serait dénouée,et le Christ en personne aurait apparu à saint Pierre, commesil allait entrer à Rome. Domine, quo vadis? — dit alors lapôtreau divin Maître. — Eo Romam iterum crucifigi, répond Jésus,et il disparaît. A ces paroles, Pierre comprend que le Seigneurdevait être mis à mort à Rome dans la personne du premier deses vicaires, et, obéissant au commandement, il retourne aussitôtdans la Ville. Dans létat actuel des documents, nous ignorons quel a pu-être le fondement de cette gracieuse légende; il est certainquelle est très ancienne, et sa valeur trouve un appui dansle nom même « de fasciola » attribué au titre dès le début du. EIV siècle. Sous lautel de cette basilique sont conservés les corps des mar-tyrs Nérée, Achillée et Domitille, transportés là une premièrefois du cimetière de Domitille, peu éloigné, sur la voie Ardéatine,. e rquand celui-ci, après lépoque de Paul I , tomba dans labandon
  • et dans loubli. Plus tard, toute la région de la voie Appienne étant désolée par la malaria, le titre de fasciola lui-même tomba en ruines, en sorte que les corps de ses martyrs furent transpor- tés dans lintérieur de la Ville, dans la diaconie de Saint-Adrien au Forum. e Quand, sur la fin du x v i siècle, le cardinal Baronius devint titulaire de la basilique de fasciola, il fit restaurer les mosaïques de larc triomphal contemporain de Léon III, transféra à nou- veau de Saint-Adrien à son propre titre les corps des saints Nérée, Achillée et Domitille, et, sur leur sépulcre, érigea un autel en mosaïque des Cosmas qui se trouvait auparavant dans la basilique de Saint-Paul sur la voie dOstie. Notre missel assigne la station de ce jour à léglise de Sainte- Praxède, ce qui provient de la coutume du bas moyen âge, époque où le titre « de fasciola » était abandonné. Le « titulus Praxedis » sur lEsquilin, apparaît pour la premièrefois dans une épigraphe de 491, trouvée dans le cimetièredHippolyte sur la voie Tiburtine, et qui mentionne un de ses e rprêtres. Paschal I qui en fut titulaire le reconstruisit depuisles fondations, le déplaçant toutefois quelque peu; mais, pourrendre plus vénérable le nouvel édifice, il y déposa un grandnombre de corps de martyrs, transportés là des cimetières sub-urbains désormais tombés en abandon. En outre des mosaïques de labside, celles de loratoire deSaint-Zénon sont aussi très importantes. Jusquen 1699, ce prêtre martyr reposa là, à côté de son frère Valentin. On y•vénère aussi une image antique de la sainte Vierge, et une colonnede jaspe rouge apportée de Jérusalem à Rome en 1223, parcequune tradition affirmait que le divin Sauveur, durant saflagellation, y fut lié. Sous lautel majeur repose le corps de la sainte titulaire dela basilique, et dans une crypte au-dessous du presbyteriumse trouvent ces nombreux corps de martyrs enlevés par Pas- e rchal I aux cimetières situés hors de Rome. De la sorte, cettebasilique, en raison de son antiquité, de ses monuments artisti-ques et des saintes reliques quelle conserve, peut être considé-rée comme lun des plus insignes sanctuaires de Rome chré-tienne.
  • Lantienne dintroït est tirée du psaume 34, qui, dans la liturgie grecque également, est mis en relation avec la passion du Christ : « Jugez, ô Yahweh, mes adversaires; attaquez mes agresseurs; prenez le bouclier et légide et venez à mon aide. Tirez dehors votre épée et empêchez la fuite de mes persé- cuteurs; dites à mon âme : « Ton secours, cest moi. » Le Christ, opprimé par la multitude et par la violence de ses adversaires, — tous les pécheurs, de la culpabilité desquels il sétait charitablement chargé, lui, lAgneau immaculé, — le Christ, non seulement en appelle au Père, et proteste de son innocence, mais il le supplie en outre de mettre un terme à la hardiesse de Satan contre lhumanité et spécialement contre son corps mystique qui est lÉglise, en abaissant sa puissance. Le Père a exaucé le cri de son Fils, il a écrasé la tête du dragon infernal sous le poids de la Croix, et il est venu au secours de son Fils unique en le ressuscitant à une vie nouvelle, impassible et glorieuse. La collecte exprime toute la solennelle tristesse de ces saints jours : « Faites, Seigneur, que, tandis quà cause de notre fai- blesse nous sommes près de défaillir sous le poids de tant de châtiments, trop mérités par nos péchés, lefficacité des souf- frances de votre Fils unique relève notre âme. » De même que Jésus-Christ soffrit spontanément pour nous au Père sur lautel de la Croix, ainsi, dans le Ciel, renouvelle-t-il en notre faveur cette offrande salutaire, chaque fois que nousle désirons, et que, dans ce but, nous invoquons les mérites de sa passion. La lecture est tirée dIsaïe (L, 5-10) et nous montre le Christ,qui, devant son Père, entre en discussion avec ses adversaires. Il aexposé son corps aux fouets, ses joues à ceux qui le déchiraient,sa face à ceux qui le couvraient de crachats — Isaïe décrit toutcela plusieurs siècles à lavance, avec une telle exactitude dedétails que son livre a mérité le titre de Protévangile. Toute-fois, la conscience du Juste opprimé sous les calomnies desadversaires ne lui reproche rien, et Lui, privé de tout autrerefuge, en appelle à Celui qui est la force de tous les faibles etde tous les abandonnés, et qui, invoqué par eux au moment delépreuve, fait trembler tous les tyrans : Dieu. Si, dans un livre
  • ayant pour thème un sujet sacré, comme celui-ci, il est permisde citer une autorité profane, que les lecteurs qui connaissentle roman classique de Manzoni évoquent limpression que pro-duisit sur lesprit de lInnommé le saint nom de Dieu invoquépar sa victime au soir de sa capture. Isaïe termine par cette phrase si solennelle : « Que celui quiva à tâtons dans les ténèbres sans voir un filet de lumière espère dans le Seigneur et sappuie sur son Dieu. » Sappuyer sur Dieuet croire à son amour : cest toute la vie spirituelle, et bienheu-reux celui qui le comprend, se confiant entièrement au Seigneur,sans aucune réserve. Le répons est tiré du même psaume que lintroït, et invoquele Seigneur pour quil vienne au secours de son Christ. Il ne fautpas croire que tant de prières de Jésus soient demeurées sansêtre entendues parce que Dieu ne la pas soustrait à la mortde la Croix. Non ; elles expriment avant tout, comme celle dujardin des Oliviers, la naturelle répugnance à souffrir qui démon-trela vérité de la nature humaine de notre Seigneur Jésus-Christ.En outre, ces vœux étaient expressément subordonnés à lavolonté du Père qui exigeait la rédemption du genre humainau moyen du sacrifice de son Fils unique. De plus, ces prièresregardaient aussi la condition du corps mystique du Sauveur,les fidèles, que Jésus voulait à tout prix arracher à la gueule dudragon infernal. La prière du Rédempteur fut acceptée et agréée par le Pèreen raison de la dignité de Celui qui priait, comme lexpliquefort bien lApôtre. Ses vœux furent complètement exaucés,parce que la Sagesse de Dieu fit tourner les tourments et lescalomnies de la Synagogue à une plus grande gloire du Christau jour de sa victoire et de son triomphe définitif. Il manque six jours avant le sabbat pascal. Cest pourquoion lit aujourdhui le récit fait par saint Jean (xn, 1-9) du repascélébré par Jésus dans la maison de Lazare, six jours précisémentavant la Pâque. Il faut remarquer que les Juifs de Jérusalemcélébrèrent cette solennité le 15 Nisan, cest-à-dire le jour quisuivit la mort du Seigneur; celui-ci avait dû anticiper de vingt-quatre heures la cène légale de lagneau, et la faire le soir dujeudi 13 Nisan. Il est probable que cette anticipation, justifiée
  • dailleurs par limminence de sa mort, était en usage parmi lesGaliléens, afin déviter dans le temple, pour limmolation delagneau pascal, une affluence trop périlleuse de peuple. — Onsait que les Galiléens avaient coutume de se rendre en armes àla fête pascale de Jérusalem, en sorte que les autorités faisaientle possible pour éviter les occasions de conflit entre les Juifs deJudée et ceux de Galilée. Durant le repas, Marie répéta le geste du jour de sa premièreconversion et oignit de parfums les pieds de Jésus. Toutefoisle Rédempteur, qui était tout occupé de la pensée de samort imminente, donna à cet acte une signification funéraireet voulut le considérer comme une anticipation aimante delembaumement de son cadavre. Plus, en effet, le Cœur de Jésusest attristé par la perfidie de ses ennemis, plus il semblesensible aux moindres signes daffection de la part de ses amis.Il se complaît dans un amour désintéressé, qui ne compte pasmême avec le prétexte de la bienfaisance pour les pauvres.« Vous avez toujours les pauvres avec vous; au contraire, moi,vous ne maurez plus longtemps. » Il voulait dire quil fautprofiter des occasions favorables delà grâce divine;le temps nenous manquera pas pour cela daccorder à la nature ce quelleréclame à bon droit. Quand Jésus veut rester quelques instantsavec nous, oublions la sollicitude des affaires extérieures;oublions-nous et pensons à Jésus. « Vous avez toujours les pauvres avec vous. » Cest là une despromesses les plus réconfortantes et lun des plus précieuxtrésors que le Seigneur laisse à lÉglise. De même que partantde ce monde pour aller au Père, Jésus se laisse lui-même dansle saint Sacrement, afin de demeurer avec ses fidèles, ainsiveut-il rester avec nous dans la personne des pauvres. Lantienne pour loffertoire est empruntée au psaume 142;le Juste y invoque un refuge contre les embûches des ennemis.Ce refuge il ne le cherche pas toutefois dans les consolations dela nature, comme font souvent tant dâmes affligées qui ôtentà la douleur chrétienne tout son parfum surnaturel, en cher-chant de la compassion et du soulagement auprès des créaturesou dans les compensations de la nature. Dans la lutte, dans latentation, le juste ne veut rien que Dieu, et cest pourquoi il le
  • prie, afin que, moyennant la lumière intérieure, il le guide danslaccomplissement de sa sainte volonté. La collecte dintroduction à lanaphore consécratoire est e ridentique à celle du I dimanche de lAvent. Nous y demandonsque la vertu du Sacrement nous purifie, afin que nous puissionsarriver plus dignement à célébrer suum principium, cest-à-direla fête pascale, où lEucharistie fut précisément instituée. Lantienne pour la communion est prise du psaume 34.Cest toujours le même concept qui domine la liturgie de toutecette quinzaine pascale. Le Christ se trouve oppressé par lejugement de ses ennemis; il se sent écrasé par les calomnies; ilen appelle au Père et le prend à témoin de son innocence outra-gée : « Quils soient déshonorés et couverts de honte, ceux quise réjouissent de mes malheurs — cest-à-dire le démon quiricanait au pied de la Croix, et les amis du démon qui passaientet repassaient devant celle-ci, se moquant de Jésus; quilsrougissent et tremblent, ceux qui médisent de moi. » Dans la collecte eucharistique, nous demandons au Seigneurcette ferveur, cest-à-dire cette faim spirituelle, qui nous fassegoûter toutes les douceurs intimes de la Communion et nous enfasse expérimenter les fruits. De même, en effet, que les alimentsmatériels réjouissent et augmentent dautant plus la vigueurdu corps que la santé de celui qui sen nourrit est meilleure, demême lEucharistie produit dans lâme un fruit plus abondanten proportion de la charité et de la ferveur de celui qui commu-nie. Tant il importe, par conséquent, de se préparer convenable-ment à la réception des Sacrements. Dans la collecte de bénédiction sur le peuple, nous supplionsDieu de nous aider, afin quavec un élan de foi ardente et degénéreux amour, nous puissions arriver ces jours-ci à célébrerle plus grand de ses bienfaits, celui par lequel il a daigné nousrestaurer, cest-à-dire nous refaire à nouveau, moyennant larédemption dans son sang. Jésus continue sa passion dans toute lhistoire de lÉglise,et cest pourquoi, en tout temps, sont nécessaires des âmesaimantes qui, avec leurs parfums, cest-à-dire avecleur tendresse,dédommagent le doux Maître des injures dont le comblent lesméchants. Heureuses ces âmes réparatrices, dautant plus oppor-
  • tunes aujourdhui, que limpiété engloutit le monde ! Longuentprécieux et embaumé quelles versent sur les pieds de Jésus,ce sont leurs larmes et leur sainte vie qui, en raison de lexempleédifiant, répand la bonne odeur du Christ sur toute lÉglise.Le monde trouve inutiles et superflues ces âmes contemplatives,et, à légal de Judas, il voudrait spéculer sur leur vocation :Jésus toutefois prend leur défense, et assure que, sans quilen résulte aucun préjudice pour la bienfaisance publique, cesâmes réparatrices, vouées à la pénitence et à la prière, lui sontnécessaires dans lÉglise. MARDI SAINT. Collecte à Sainte-Marie « in Porticu ». Station à Sainte-Prisque.L ÉGLISE actuelle de Sainte-Marie in Porticu sélève à une centaine de mètres environ de la diaconie médiévale dumême nom, érigée autrefois dans le portique du palais de Galla,fille du consul Symmaque; aujourdhui lhospice et léglise deSainte-Galla indiquent le lieu exact, où, jusquà 1618, sélevaitla primitive diaconie in porticu Gallae. Cette noble matrone,en effet, avant de senfermer, pour mener la vie monastique,près de Saint-Pierre dans le monastère qui existe encore, deSaint-Étienne hatà Galla patricia, voulut convertir en hospiceet xenodochium pour les pauvres sa propre maison, et elle le fiten la dédiant à la Mère de Dieu, dont lon vénère en ce lieu eaujourdhui encore, une image du V siècle exécutée en émailsur une plaque dor. Grégoire VII, qui, dans le château familial des Pierleoni,au pied de la roche Tarpéienne, pouvait se considérer commeétant né et ayant grandi à lombre du titulus Gallae le restaurade fond en comble et en consacra à nouveau lautel majeur.Mais toutes ces raisons de vénérable antiquité ne trouvèrent epas grâce au x v n siècle devant la fureur innovatrice de cetteépoque avide de classicisme; si bien que même lantique imagede Sainte-Marie in Porticu dut émigrer et se chercher une nou-velle résidence dans le voisinage. Toutefois, faisant abstraction de la valeur historique de
  • lancien temple, lon ne pourrait dire absolument que le change-ment a été préjudiciable à la Madone du Portique de Galla,puisque la nouvelle basilique in Campitelli est vraiment vasteet belle, digne de la célébrité des traditions de la diaconie deGalla. En outre, on ne peut dire cette église tout à fait nouvelle,puisquelle sélève sur lemplacement dune antique petiteéglise tombée en ruines, appelée, au moyen âge, Sainte-Mariein Campitelli, et qui, en 1217, avait eu lhonneur dêtre consa- crée par le pape Honorius III en personne. Quant à la basilique stationnale de Sainte - Prisque surlAventin, les fouilles pratiquées en ce lieu et les. études faitespar De Rossi, nont fait quaccréditer davantage la traditionmettant en relation la domestica Ecclesia Aquilae et Priscillaeavec les apôtres Pierre et Paul, qui y auraient reçu lhospitalité.En 1776 en effet, on découvrit près de léglise une maisonromaine avec des peintures et dautres monuments chrétiens,et, parmi les ruines, on trouva aussi un diplôme en bronze offerten 226 par une commune dEspagne à Caïus Marius CornéliusPudens, sénateur, que cette cité élisait pour patron. Or, lesrelations entre les fondateurs de la nécropole priscillienne surla voie Salaria et les Pudens du Vicus Patricius sont trop con-nues, pour que la certitude dune habitation des Pudens surlAventin, là où sélève le titre dAquila et Priscille, ne projettepas une lumière très favorable sur cette antique traditionecclésiastique. Du temps de Pie VI, lon découvrit en outre, près de la basi-lique de Sainte-Prisque sur lAventin, un ancien oratoire avec edes peintures du i v siècle représentant les apôtres. On trouvaaussi un vase de verre, sur la circonférence duquel étaientreprésentés, gravés en creux, les mêmes apôtres avec leur nomtracé au-dessus de leur tête, et enfin divers fragments demosaïques représentant des poissons de tout genre nageantdans les ondes, et symbolisant les âmes régénérées à la grâceau moyen du Baptême. En somme, tout un ensemble de preuves vient à lappui dela tradition romaine qui reconnaît dans le titre dAquila etPriscille sur lAventin lun des plus anciens sanctuaires de la
  • Ville, sanctifié par la demeure et par lapostolat quy exercèrentsaint Pierre et saint Paul. On ne trouve aucune raison solide àalléguer contre cette tradition, confirmée par les documents. Le moyen âge exprima très gracieusement les fastes sacrésdu titre dAquila et Prisca :HAEC . DOMVS . EST . AQVILAE . SEV . PRISCAE . VIRGINIS . ALMAE QVOS . LVPE . PAVLE . TVO . ORE . VEHIS . DOMINO HIC . PETRE . DIVINI . TRIBVEBAS . FERCVLA . VERBI SAEPIVS . HOCCE . LOCO . SACRIFICANS . DOMINO Il faut noter toutefois que la vierge et martyre du nom dePrisca, dont lon vénère le corps sous lautel majeur de léglise,est différente de cette Prisca ou Priscilla, femme dAquila, etdisciple de lapôtre Paul. Au moyen âge séleva près de ce titre une célèbre abbaye Ebénédictine qui, au X I siècle, dépendait de celle de Saint-Paulsur la voie dOstie. Lantienne dintroït est tirée, par exception, des épîtres delApôtre (Galat., vi, 14). Loin dêtre une source de déshonneur,le gibet de la Croix est pour le chrétien un titre de gloire, puisquecest de là que, au moyen de Jésus-Christ, jaillit le salut, la vieet la résurrection. Suit le psaume 66 : « Que le Seigneur ait pitiéde nous et nous bénisse; quil fasse resplendir sur nous sonvisage et nous traite avec miséricorde. » Cest la plus belleprière qui se puisse élever de lÉglise au divin Crucifié. Ilvoulut bien mourir au milieu des ténèbres de la nature terrifiée,devenu lui-même objet de malédiction de la part de lineffablesainteté de Dieu ; mais en même temps il nous regarde amoureu-sement de ses yeux de mourant ; et ces regards sont des étincelleset des rayons de vive et éclatante lumière éclairant toute laterre. La malédiction dont II se charge sur le Calvaire, pourobéir au Père, mérite en notre faveur labondance des bénédic-tions divines, en sorte que Jésus crucifié est vraiment la lumièredu monde et le gage de toute bénédiction. Que Jésus fasse doncresplendir continuellement son visage agonisant sur nos âmes,afin quil daigne se rappeler combien il a souffert pour nous etuse de miséricorde envers nous. Quant à nous, voyant le visage
  • de Jésus mourant, concevons une grande horreur pour le péchéet un tendre amour pour notre Sauveur, disant avec Paul :Dilexii me et tradidit semetipsum pro me. Nous implorons du Seigneur, dans la collecte, la grâce de nous préparer convenablement à célébrer les mystères de la passion du Rédempteur, afin den retirer ce fruit que lÉglise se propose dans la sainte liturgie. Il ne sagit pas, en effet, dune simple commémoraison chrono-logique, ni dune date historique. Non; les œuvres de Jésus, ses paroles, contenues dans le saint Évangile, ont toujours leur efficacité, chaque fois quon les célèbre dignement; aussi cettemême vertu quelles avaient, quand, pour la première fois, ellesfurent accomplies ou prononcées devant les Juifs, elles lapossèdent aujourdhui, quand elles sont redites par la sainteÉglise en présence du peuple chrétien. Avec quelle vénérationpar conséquent, convient-il découter, spécialement durant lasainte messe, le saint Évangile ! Avec quelle pureté de cœur etde bouche est-il nécessaire que le prêtre lannonce ! La lecture est tirée de Jérémie (xi, 18-20) qui, persécuté parle sacerdoce corrompu de son temps, est un des types prophé-tiques ressemblant davantage à Jésus-Christ. Dans le passageque nous propose aujourdhui la liturgie, Jérémie en appelleau jugement de Dieu contre linique complot de fixer son painau gibet — cest là, comme lobservent les Pères, une expressionprophétique qui prélude au miracle eucharistique où, sous lesespèces du pain, est le corps du Seigneur. Le graduel est emprunté au psaume 34, où le Christ manifestetoute lingratitude de ses adversaires. Il les aimait tant que,quand ils étaient malades — les maladies de 1 âme sont les péchéset la fièvre des passions — Il se revêtait dun sac, cest-à-direrecouvrait la gloire de sa divinité avec lhumilité de son huma-nité, et il affligeait son esprit par le jeûne. Néanmoins ses enne-mis répondirent par la haine à son amour, et cest pourquoiJésus sadresse au Père et dit : « Juge, ô Yahweh, mes adver-saires, attaque mes agresseurs; prends le bouclier et légideet viens à mon secours. » Il faut observer que, lorsque, dans la sainte Écriture, on invo-que la vengeance divine sur les impies, cela doit sentendre ou
  • MARDI SAINT 233 du jugement dernier de Dieu faisant suite à limpénitence finale du pécheur, ou bien, si la phrase se rapporte à la vie pré- sente, des maux physiques et temporels que Dieu, le plus sou- vent, envoie aux méchants même en ce monde, soit pour les exciter à se détourner du mal et les convertir, soit encore pour leur ôter loccasion de commettre de nouveaux péchés et de courir plus sûrement ainsi à leur éternelle damnation. La lecture évangélique était, à lorigine, celle où saint Jean narre le lavement des pieds (xm, 1-15) et qui fut, par la suite, réservée au jeudi saint. Comme aux thermes, celui qui sort du bain — Jésus aimait à se servir dimages tirées de la vie quoti- dienne de son temps afin de se faire mieux comprendre par lessimples — na besoin que de se laver les pieds; ainsi, celui qui veut célébrer dignement la Pâque éternelle avec Jésus, celui qui veut être avec lui, doit se purifier auparavant même desplus légères imperfections, dans le sang de lAgneau et dans lesardeurs de son amour. Plus tard on introduisit dans la liturgie stationnale de ce jour,la lecture de la Passion du Seigneur selon saint Marc (xiv-xv).Comme lobservent les exégètes, ce jeune homme dont il estparlé, éveillé brusquement par le tumulte et par lannonce delarrestation de Jésus, était probablement lauteur même delévangile, Marc, qui, sans se nommer directement, met ainsitoutefois une sorte de signature à son écrit évangélique. Tous lestraits saccordent en faveur de Marc, et rendent le récit trèsnaturel. Marc demeurait en effet avec sa mère à Jérusalem,peut-être un peu en dehors des quartiers habités, en sorte queles premiers fidèles firent de sa maison leur lieu de réunion.Quand Jésus passa devant son habitation, le jeune hommereposait déjà, et, selon lusage palestinien, ayant déposé sesvêtements du jour, il sétait enveloppé dans un large drap, quiest indiqué dans le texte comme étant de la toile la plus fine,car il sagissait en effet de personnes riches. Au bruit de latroupe, le dormeur séveille et, ayant appris que Jésus, capturé,passait, il sélance comme il était, hors de la maison et com-mence à se compromettre avec les soldats, exprimant peut-être même quelque menace à leur égard. Lun de ces hommesqui, à Gethsémani, avait expérimenté que les disciples du
  • Nazaréen savaient encore manier lépée, veut semparer delaudacieux, mais le jeune homme, agile, lui laisse en main ledrap et senfuit. Comme lobserve saint Grégoire, celui qui veut échapper auxviolences du démon doit dabord procéder à un parfait dépouille-ment intérieur, comme font les athlètes dans larène; il estnécessaire que le diable nait aucune prise sur nous et il fautdonc lui abandonner de bon cœur les choses matérielles, afin darracher lâme à ses griffes. Le verset pour loffertoire est pris du psaume 13g : « Seigneur, tirez-moi des mains du pécheur, et délivrez-moi des impies. » Dieu a écouté cette prière de Jésus mourant, et, au matin de Pâques, il lui a rendu la vie, non plus passible et soumise à la faiblesse de la chair, mais glorieuse et immortelle, « Le Christressuscité des morts, sécrie lapôtre, ne peut plus mourir, et la mort ne peut plus exercer de domination sur Lui. » Voilà lavictoire du Crucifié, voilà laide paternelle implorée. Dans la prière de préparation à lanaphore, nous supplionsDieu afin que le sacrifice ordonné à sanctifier le solennel jeûnepascal soit aussi efficace pour refaire notre conscience, larra-chant au mal et la dirigeant au bien. A la différence des Orientaux qui, dans les jours dabstinence,omettent loffrande du Sacrifice eucharistique, Rome, dèslantiquité, ne célébrait aucun jeûne sans consacrer aussi lesacrifice non sanglant de la messe. Il en résulte que dans lemissel, à chaque jour dabstinence, en Carême, aux Quatre-Temps, aux Vigiles, etc. correspond régulièrement une messe qui,dans le concept liturgique des anciens, consacrait la pénitenceet signalait la fin du jeûne. On fait exception pour le samedisaint et pour les grandes vigiles dominicales, qui étaient dessamedis aliturgiques, cest-à-dire sans messe; mais la raisonen était que, en ces cas-là, le jeûne du vendredi se prolongeaitsans interruption jusquà la messe du dimanche matin. Lantienne pour la communion est tirée du psaume 68, oùsont décrits les chants des débauchés, ivres de vin, qui pronon-cent la sentence de mort contre le Juste. Celui-ci, pendant cetemps, prie, et hâte par ses vœux auprès du Père lheure fortunéede la miséricorde.
  • Toutes choses ont leur temps, que nous ne pouvons interver- tir. Il y a le temps de la prospérité et le temps de la misère, le temps de la gloire et le temps de labjection. Cest Dieu qui, dans sa Providence, fait alterner et se succéder ainsi les heures. Il faut donc nous conformer aux divins vouloirs, et, dans les tribulations, attendre humblement lheure où il lui plaira de nous en délivrer. Dans ce but, notre devoir est de prier pour quil nous délivre du mal et ne nous induise pas en tentation; mais sans anxiété, sans perdre notre paix intérieure. Qui crediderit, non festinet, dit Isaïe, la foi nous rendant certains que si lheure de Dieu tarde, elle arrive un jour. Attendons donc tranquillement cette heure, ce tempus beneplaciti, commelappelle aujourdhui le psalmiste; et dici-là que lespérance en Dieu nous soutienne, sûrs que nous sommes que tout au monde pourra manquer, mais que Dieu ne fera jamais défaut à quicon- que se confie en Lui. La collecte eucharistique est celle du samedi des Quatre-Temps de Carême, où lon demande, par les mérites du divinSacrifice, que nous soient arrachées du cœur les passionsmauvaises, et que les justes désirs de nos âmes saccomplissent.Ces désirs sont justes quand ils sont conformes à la règle de lajustice qui est la sainte volonté de Dieu. Cest pourquoi lorsque, dans la prière, au lieu de nous laisserguider par lEsprit Saint qui est en nous et qui supplie en nousgemitibus inenarrabilibus, comme sexprime lApôtre, nousnous laissons surprendre par lesprit humain qui nous pousseà demander ce qui, dans lordre de la Providence, ne nous con-vient pas, Dieu qui est bon nous exauce, non pas selon ce quedésire notre esprit humain, mais selon ce quil sait nous conve-nir. La prière du croyant nest donc jamais stérile et inefficace,mais elle porte toujours quelque fruit. Dans la collecte de bénédiction sur le peuple avant de le congé-dier — et ainsi sexpliquent les phrases des anciens : benedictionemissae sint, fiant missae catechumenis, etc. — nous supplionsDieu afin que sa miséricorde nous purifie de toute tromperiede la vieille nature corrompue, et que le mystère pascal nousrenouvelle entièrement. En effet, par la mort de Jésus nousmourons tous à la Loi, au péché, à la chair; et, au moyen de sa
  • résurrection, nous sommes appelés à une vie nouvelle selon leprototype qui est le Christ. Cest de Lui quécrit lApôtre :quod mortuus est peccato, mortuus est semel, quoi auiem vivit, vivitDeo. Vivre à Dieu, voilà le programme sublime de tous les Filsde résurrection, comme les appelle lÉvangile. Que le Seigneur fasse resplendir sur nous son visage et useenvers nous de miséricorde ! Tel est le beau psaume messianiqueque lÉglise, en ces jours, applique aux triomphes du Crucifié.En effet, cest du haut du gibet dinfamie que Jésus, selon saparole, élevé de terre, attire à soi toutes les âmes. Cest de laCroix quil tourne ses yeux mourants vers lhumanité qui,le long des siècles, défile devant lui — lui qui, selon le texte desaint Jean, est considéré dans les décrets divins comme immolédepuis le commencement du monde — et qui bénit tous ceuxqui croient. MERCREDI SAINT. SYNAXE GÉNÉRALE LE MATIN AU LATRAN. Collecte à Saint-Pierre-aux-Liens. Station à Sainte-Marie-Majeure. à lépoque de saint Léon le Grand, chaque fériéQ UAND, quadragésimale navait pas encore sa liturgie eucharisti-que, ce mercredi de la Semaine sainte était pourtant sûrementsanctifié par la messe stationnale, puisque nous avons toute unesérie dhomélies du grand pontife prononcées in feria IVhebdomadae maioris où, en présence du peuple romain, il revientau développement de lample thème de la passion du Seigneur,demeuré interrompu le dimanche précédent. Cest donc la epreuve que, du dimanche à la I V férié, il ny avait aucuneautre synaxe intermédiaire; bien plus, à lorigine, la stationdu mercredi saint elle-même devait probablement être alitur-gique, cest-à-dire sans consécration, comme le vendredisaint, puisque, de longs siècles durant, les Ordines Romaniont gardé la trace de cette discipline primitive. Ils prescri- event en effet que la I V férié de la grande semaine, lors delassemblée générale du clergé de la Ville et des environs auLatran le matin, et donc avant la synaxe sur lEsquilin, lon nerécite rien autre que la solennelle prière litanique, maintenant
  • en usage le vendredi saint exclusivement. La consécrationeucharistique était réservée à la station du soir dans la basiliqueLibérienne. Durant les plus insignes semaines du cycle liturgique à Rome,il était de règle que lassemblée du mercredi se tînt à Sainte-Marie-Majeure, comme pour sassurer la protection de la Viergeavant dentreprendre une chose de particulière importance.Dans le cas qui nous occupe en ce moment, il sagit de mettresous le patronage de Marie les nouveaux aspirants au baptêmepascal; qui donc mieux quelle, la bonne Mère, pourrait lesprotéger, elle qui, au jour de la parascève, sera constituée mèredes miséricordes et avocate du genre humain? Lantienne dintroït est empruntée à saint Paul : « Dans le ciel comme sur la terre et dans lenfer même, quau nom deJésus ploie tout genou, car le Seigneur, sétant rendu obéissantjusquà la mort, et à la mort de la croix, fut élevé à la gloire duPère. » A la veille de la Passion, lÉglise veut nous confirmer dans lafoi par ce splendide cantique triomphal, afin que demain,voyant Jésus crucifié entre deux voleurs, nous nous souvenionsque cest précisément par son obéissance et son humiliationquil a mérité le triomphe de la résurrection et la destructiondu règne de Satan. On supplie le Seigneur, dans la collecte, que, par les méritesde la passion de son Fils béni, il nous fasse échapper aux châti-ments que nous navons que trop mérités par nos péchés. On ne peut rien faire de plus agréable à Dieu que de lui présen-ter les mérites de la passion de Jésus, puisque cest justementdans son Fils unique quil prend toutes ses complaisances; et,par égard pour lui, il ne sait rien refuser. Aujourdhui, comme autrefois, aux jours les plus solennelsqui, de préférence aux autres, ont conservé des traces de ladiscipline liturgique primitive, nous avons une double lectureprophétique. Dans le passage qui suit la collecte (Is., LXH,11, LXIII, 1-7) le fils dAmos décrit Jésus qui, avec ses vêtementsteints de sang, prend une terrible revanche sur les ennemisde notre âme. Sa passion cache en effet un mystère dhumilité
  • ineffable et de terrible puissance, et les humiliations et les tour- ments quil accepta pour notre amour sont précisément les armes avec lesquelles II écrasa lorgueil humain, la sensualité, et réduisit à rien la puissance de Satan. Après la lecture vient le répons, tiré du psaume 68, où sont décrites les angoisses du Cœur de Jésus durant sa passion : « Ne détourne pas ton visage de ton serviteur. » Le Sauveur sétait chargé du péché des hommes, et sétait, par suite, assujetti à la peine de labandon de la part de Dieu qui détourne avecjustice son visage du pécheur coupable. Cest ce dur martyrequi correspond en quelque sorte à la peine du dam qui tourmente,les damnés dans lenfer. — « Écoute-moi vite, parce que je suisaffligé. Sauve-moi, ô Yahweh, parce que les flots sont montésjusquà mon âme », — cest-à-dire le péché qui a rempli damer-tume lintime de mon âme, en sorte que je suis en proie à la plusterrible désolation, sans que son union hypostatique avec lapersonne du Verbe procure le moindre soulagement à la partieinférieure de mon âme. « Je tombai dans un gouffre fangeux— liniquité du monde entier — et je ne trouvai aucunsoutien. » Cet abandon dont Jésus se plaignit sur la croix nedoit pas être entendu dans un sens absolu, puisque, même durantsa déchirante agonie sur le gibet dinfamie, lâme bénie duRédempteur était bienheureuse dans la claire vision de Dieu ;mais il doit être pris dans un sens relatif, en tant que Dieu, pourabandonner son Fils unique en proie aux souffrances, décidaque cette béatitude de lâme ne rejaillirait pas sur le corps. La collecte suit, et, au souvenir de la passion du Seigneur, associe non sans beauté celui de la résurrection. Nous devons croire en effet que Jésus-Christ unit, en une seule personne,la nature divine et la nature humaine, sans aucune confusion,mais au contraire avec une parfaite distinction des propriétés.Cest donc comme homme quil pâtit et quil meurt; pourtantson humanité, étant unie hypostatiquement à la Divinité, nepeut se corrompre dans le tombeau, mais elle doit recevoir laplus splendide glorification en ressuscitant, premier-né entre tousles morts, bien plus, cause et prototype de notre universellerésurrection : « O Dieu qui, pour nous soustraire au pouvoir delennemi, avez voulu que votre Fils montât sur le gibet de la
  • croix, accordez à vos serviteurs de pouvoir obtenir les fruits de sa résurrection. » Ces fruits de résurrection sont la résurrection spirituelle des âmes au moyen de la grâce, et ensuite leur définitif salut dans la gloire. Sans ces fruits, la passion de Jésus-Christ demeu- rerait stérile, comme le dit lApôtre : Ergo gratis Christus mortuus est? lon comprend donc bien comment la résurrection fait partie intégrante du concept de la passion, et cest pourquoi la liturgie ne sépare jamais ces deux souvenirs sacrés, qui séclairent et se complètent réciproquement. La lecture suivante (Is., LUI, 1-12) est appelée avec raison le Protévangile, parce que le Voyant de Juda y contemple, plusieurs siècles avant leur réalisation, les humiliations et les douleurs subies par Jésus durant sa passion, et il en décrit les moindres détails. Le titre caractéristique qui est ici attribué* au Messie est celui de serviteur de Yahweh ; en effet, de même que, par le péché, lhomme avait tenté de se soustraire à lempire de Dieu, ainsi Je Rédempteur, pour expier cette rébellion, dut se consacrer entièrement à accomplir la volonté du Père. Jésus est de Dieu, écrit saint Paul : Christus autem Dei. Il est de Dieu, et comme Fils, et comme serviteur; bien plus, comme victime. Les droits divins sur Jésus saffirment donc dune manière absolue et parfaite, surtout au moyen de lunion hypostatique du Verbe avec la nature humaine du Sauveur ; en vertu de cette union, lhumanité de Jésus est parfaitement de Dieu. Ce titre de Serviteur de Yahweh est mieux expliqué par le Prophète dans tout le passage quon lit aujourdhui à la messe. Il sagit dun aspect nouveau et spécial sous lequel le Messie se présente à nous. Son règne devra être assurément glorieux ettriomphant, mais les commencements seront humbles; et, avant que Jésus nentre dans sa propre gloire, il sera nécessaire quilsouffre beaucoup et soit cloué à la croix. Mais pourquoi le Serviteur de Yahweh doit-il souffrir ? Le Prophète répond : « Il a pris sur lui nos maux et nos péchés;le Seigneur la chargé de nos fautes et nous sommes guérisgrâce à ses plaies. Il meurt sans se plaindre, il sera enseveliparmi les impies et son tombeau sélèvera entre ceux des puis-sants. Mais grâce à son sacrifice spontané, le Seigneur lui accor-
  • dera une postérité innombrable, et lui, par sa parole, ilconduira un grand nombre à la justice. » Le répons suivant a été détaché du psaume 101, et il décritles sentiments de Jésus dans sa suprême agonie, sentiments dedouleur et dhumiliation, mais de parfaite confiance en Dieuqui, au moment voulu, se lèvera à son aide et le ressuscitera :« Seigneur, écoutez ma prière, que mon cri arrive jusquà vous.Ne détournez pas de moi votre face; écoutez-moi chaque foisque je suis dans la tribulation. Au jour où je vous invoque,hâtez-vous de mexaucer, car mes jours sévanouissent commela fumée, et mes os sont brûlés comme par une grande flamme.Jai été abattu comme lherbe, mon cœur sest desséché, ensorte que jai oublié de manger mon pain. Vous vous lèverezbien pourtant pour compatir à Sion, car il est temps den avoirpitié, le moment en est venu. » Avec quel tremblement et quel respect ne devons-nous pasméditer dans le Psautier ces sentiments de Jésus crucifié !Ce livre sacré de la prière est le meilleur commentaire du saintÉvangile, puisque alors que lesévangélistes soccupent de préfé-rence à décrire la vie extérieure et lenseignement du Sauveur,le psalmiste nous dépeint les sentiments intimes de son cœur. Aujourdhui on lit la Passion du Seigneur selon saint Luc(xxii, 1 - 7 et xxiii, 1-53) qui reflète mieux que tout autre laprédication évangélique de saint Paul, avec lequel il saccordemême dans les termes de la formule de linstitution eucharistique. La citation dIsaïe faite par Jésus lors de la dernière Cène :Et cum iniquis deputatus est, se rapporte au passage lu précédem-ment, qui reçoit de la sorte une signification authentiquementmessianique. On sexplique que les apôtres aient apporté des épées enmontant au Cénacle, si lon tient compte de la coutume desGaliléens, qui avaient en horreur les habitants de la Judée, à cepoint quils montaient armés à Jérusalem, pour y célébrer lasolennité pascale. Et que les apôtres eux-mêmes ne portassentpas lépée en vertu dune simple formalité, on le vit par la suitedans le jardin de Gethsémani, où un ordre de Jésus dût inter-venir pour faire remettre larme au fourreau. LÉglise nentendpas vaincre en tuant, mais en se laissant tuer.
  • Sur la route du Golgotha, Jésus réconforte les pieuses femmes qui pleurent sur son supplice, et il les avertit que leur dévotion à sa passion ne doit pas sarrêter à une sentimentalité stérile, mais servir à corriger leur vie. Celui qui safflige, en effet, de la mort du Seigneur, doit arracher et déraciner le péché de son propre cœur, car cest le péché qui a été le bourreau de Jésus. Si in viridi ligno haec faciunt, in arido quid fiet? Cest-à-dire, si la divine justice est si rigoureuse pour punir le péché sur son propre Fils innocent, que ne fera-t-elle pas sur le pécheur obstiné, quand, au moment du dernier jugement, le temps sera passé de la miséricorde, et commencera celui de la sainte et terrible justice? Après la mort de Jésus, Joseph dArimathie et Nicodème paraissent, et, en un moment, quand les apôtres eux-mêmes se cachent, ces deux hommes qui jusqualors avaient été timides et navaient pas osé trop se compromettre dans la cause de Jésus, sortent à limproviste de leur réserve, affrontent sans craintelopinion publique et sont les premiers à rendre au Crucifiélhommage de leur dévouement. Il ne faut jamais juger trop défavorablement notre prochain, La grâce gouverne les cœurs, et, en un instant, peut les trans-former conformément à ses desseins. Lantienne pour loffertoire vient du psaume 101 : « Seigneur, — quoique la multitude des fautes du genre humain, dont je mesuis généreusement chargé, me rende indigne de ton regard, —accueille ma prière, et que mon cri arrive jusquà toi, enfon-çant, pour ainsi dire, la muraille de bronze que le péché a dresséeentre toi et lhumanité prévaricatrice. » Dans la prière dintroduction à lanaphore eucharistique,nous demandons à Dieu dagréer nos dons, et de faire que,grâce à lamour de notre cœur, nous puissions obtenir les effetsde la passion de son divin Fils, que nous célébrons dans le mys-tère eucharistique. Lantienne pour la communion est prise elle aussi du psaumel o i : « Je mêlai mes larmes avec mon breuvage, puisque tune mas pas soulevé pour me broyer. » — Dans la passion, ladivinité soutenait la sainte humanité de Jésus pour la rendre pluscapable de souffrir. — « Jai séché comme lherbe, alors que toi
  • tu es éternel. Mais toi, Seigneur, tu te lèveras un jour, certaine- ment, et tu auras pitié de Sion, parce que le temps est venu davoir pitié delle. » — Oui, le Seigneur se lèvera pour défendre Jésus, et ce sera à laurore de la solennité pascale. Alors il gué- rira toutes les plaies de son Christ, il lenivrera de joie dans les splendeurs dune vie nouvelle. Sion participera à un si grand bien, parce que la résurrection ne concerne pas exclusivement le Christ, mais sétend à tout son corps mystique. Dans la collecte daction de grâces, nous prions le Seigneur afin que la passion et la mort de Jésus, comme nous la commé- morons par le mystère de lautel, répande dans notre âme la ferme espérance que Lui, un jour, nous donnera dans le ciel la vie éternelle. — La mort de Jésus est une source de vie. Voilà la plus splendide réalisation de cette prophétie dOsée : O mors, ero mors tua ! morsus tuus ero infeme. Ceût été trop peu que de t se montrer supérieur à la mort en ny succombant pas. Jésus a voulu en triompher plus complètement et, pour cela, en mourant Il enchaîne la mort et Satan au pied de la croix, afin que sa mort soit pour lhumanité le principe et la source dune vie indéfec- tible. La bénédiction de congé au peuple est si belle, que lÉglise se sert de cette collecte pour terminer, durant les trois jours suivants, toutes les Heures de lOffice divin : « Regardez, Seigneur, votre famille, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ na pas hésité à se livrer aux mains des bourreaux et à subir le tourment du crucifiement. » Il ny a rien qui attendrisse davan- tage le Père et lémeuve de miséricorde envers nous, que lesouvenir de la passion de son Fils unique, et par-dessus toutlimmense charité avec laquelle II nous a aimés. Toute la théologie catholique se résume dans le Crucifix.Il est la raison intime de tous les autres mystères de la foi,puisque cest en Jésus que Dieu nous a aimés et prédestinés àla gloire. Le Crucifix est labrégé des œuvres de Dieu et le chef-dœuvre de son amour. Il sy complaît tant — et vidit cunctaquae fecerat et erant valde bona — quil ne peut se lentendrerappeler, quil ne peut même en contempler limage, sans êtretout ému de pitié envers nous. Avec quelle dévotion par consé-quent, ne devons-nous pas contempler nous aussi Jésus crucifié,
  • et présenter au Père ses douleurs et ses mérites pour voilernos propres péchés ! JEUDI SAINT. Station au Latran. E L A basilique du Sauveur, près de laquelle, depuis le V siècle, les Souverains Pontifes établirent leur résidence ordinaire, réclame aujourdhui lhonneur des rites par lesquels lÉglise commence précisément en ce jour la solennité pascale. Autrefois, il y avait trois messes; une le matin, pour la réconciliation des pénitents publics; une autre pour la consécration des saintes Huiles destinées à lonction des infirmes et au Baptême; la troisième enfin, vers le soir, pour la commémoraison de la Cène du Seigneur et la communion pascale. On comprend donc pour- quoi au lieu de célébrer la station à Saint-Pierre, qui était alors en dehors de lenceinte de la Ville, on la tenait, plus commodé- ment, au Latran. Actuellement, le rite est moins complexe, et la discipline dela pénitence publique étant tombée en désuétude, lon consacreles saintes Huiles à la messe même de la communion pascale. La triple synaxe que célébraient nos pères leur avait toutefoissuggéré à eux-mêmes un prudent raccourcissement de la céré- emonie, et nous apprenons par les documents du v m siècle quela troisième messe commençait directement par la préface, leslectures, les psaumes et tout ce qui précède habituellementlanaphore consécratoire étant omis. Cest pourquoi, dans notremissel, toute la première partie de la messe du jeudi saintmanque déléments propres, et glane dans dautres messes lesmorceaux qui la composent. Lintroït est celui du mardi précédent. Nous ne devons pasnous laisser effrayer par la seule appréhension de la croix.Elle est comme un remède, un peu amer au goût, mais qui donneà coup sûr la santé. LApôtre dit quen Jésus crucifié est salus,vita et resurrectio nostra. Il est la résurrection, parce que sa mortnous mérite la grâce de ressusciter du tombeau de nos péchés ;il est la vie, parce que cest par égard pour lui que le Père éternelnous accorde lEsprit Saint, qui est le principe vital de toute
  • notre vie spirituelle ; il est le salut, parce que, au dire dIsaïe, le sang de ses plaies et les meurtrissures de ses membres sillonnés par lesfouets sont comme un baume contre les vices et les passions. La collecte est la même que celle qui sera assignée demain après la première lecture. Elle touche de loin au mystère de laprédestination, rappelant quà loccasion de la passion du.Sauveur le larron obtint le salut, tandis^ que Judas désespérécourut au-devant de sa damnation. Le sort différent de ces deuxpersonnages nous remplit dune salutaire terreur et nous apprend que, pour arriver au salut, il ne suffit pas dêtre simple spectateur ou davoir part, dune manière quelconque, au rite de la passion du Sauveur, mais quil faut aussi renoncer au péché et à la vie passée naguère loin de Dieu, afin de res- susciter avec Jésus-Christ à une vie tonte sainte et conforme à sa volonté. Après la collecte vient la lecture dun passage de la lettre de saint Paul aux Corinthiens (I, n, 20-32) sur linstitution dusacrement de lAutel et sur les dispositions dâme et de corps requises pour y participer dignement. Cette lecture a déjà été faite à loffice nocturne mais il convient de la répéter, car sa place naturelle est précisément à la messe du jeudi saint. A Corinthe, à loccasion du banquet commun où, selon lexemple du Sauveur et la toute première discipline apostolique, se consacrait alors lEucharistie, cet abus sétait introduit que les riches ne pen- saient quà eux-mêmes et laissaient par derrière les pauvres et les retardataires. Cela, observe lApôtre, nest plus la Cène du Seigneur, mais ressemble par trop à ces banquets en usage dans les confréries religieuses païennes qui avaient aussi des repas collectifs. Il sagit moins de satisfaire aux besoins du corps que de conserver intacte la signification sacramentelle de la Cène où lon célèbre en commun le sacrifice commémoratif de la mort du Seigneur et où lon y participe ensemble. Que chacun donc scrute sa conscience, afin que le pain de vie, mangé indignement, ne devienne pas une cause de mort et de condamnation. La messe est donc, selon lenseignement de lApôtre, un véri-table et propre sacrifice commémoratif de celui du Calvaire,cest-à-dire de la mort du Seigneur. Nous devons par conséquenty prendre part avec une foi vive et avec reconnaissance, dans
  • la mesure 011 nous voulons bénéficier des effets de la rédemption. Il appartient au rite du sacrifice quon y participe moyennantla manducation de la victime. Chez les anciens peuples, on entendait signifier par ce banquet final la relation intimeexistant entre la victime sacrifiée et les fidèles, au nom de quielle était offerte à la divinité. La victime se substitue à celuiqui loffre, et, en conséquence, celui-ci mange une part de cettevictime pour sincorporer à elle qui, légalement, le représente.De plus, le banquet du sacrifice a un caractère sacré, et symbolisela réconciliation de la divinité avec lhomme, à ce point quelun et lautre sasseoient amicalement ensemble à table. Dans la sainte messe, le prêtre doit nécessairement participerà la sainte victime moyennant la communion sacramentelle.Aux simples fidèles il suffit de sy associer par la communionspirituelle; mais il est dans lesprit et dans les désirs ardents delÉglise queux aussi, sils le peuvent, prennent part au Sacri-fice, en recevant réellement la sainte communion « en mémoirede la mort du Seigneur ». Le répons est tiré de saint Paul (Philip., 11, 8-9) : « Pour nousle Christ sest fait obéissant jusquà la mort et à la moi-t de lacroix. Cest pourquoi Dieu la exalté, et lui a donné un nom quiest au-dessus de tout autre nom. » Le nom conféré par Dieu à Jésus est celui de Sauveur. A ladifférence des autres noms des créatures, celui de Jésus nénoncepas simplement un vœu, mais réalise effectivement un pro-gramme de salut. Le Rédempteur apparaît Jésus dans toute laplénitude et Vextension de la signification du mot, quand, sur lacroix, il verse son sang pour le rachat du genre humain. La lecture de saint Jean rapporte le lavement des pieds, etnétant guère en relation avec le mystère eucharistique, elleaccuse son caractère daddition postérieure. Primitivement cetépisode se lisait le mardi saint. Jésus voulut laver les pieds de ses disciples, soit pour nous don-ner un exemple, et même un commandement, dhumilité réci-proque, soit pour nous apprendre avec quelle souveraine pureténous devons nous approcher de lui : « Qui sort du bain na besoinque de se laver les pieds. » Pour être digne de son amitié, il nesuffit pas davoir lâme pure du péché mortel, mais il convient
  • aussi de le détester en arrachant du cœur tout ce qui nest pas Dieu. La collecte dintroduction à lanaphore a une saveur touteclassique, et mérite dêtre rapportée intégralement : « Nous vousprions, Seigneur très saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, afin que vous soit rendu agréable notre sacrifice par Jésus votreFils et notre Seigneur, qui, linstituant lui-même aujourdhui,prescrivit à ses disciples de loffrir en sa mémoire. Lui quivit et règne, etc. » Dans lanaphore consécratoire, selon ce que le pape Vigileécrivait à Profuturus de Braga, on insère en ce jour une phraseoù lon commémore la solennité de la Cène du Seigneur : « Célé-brant le jour très saint où fut livré pour nous Jésus-Christnotre Seigneur; étant unis en esprit et vénérant en premierlieu la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, mèredu même Dieu et notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que desbienheureux apôtres Pierre et Paul, etc. » e r Dans la prière quInnocent I , écrivant à Decentius de Gub-bio, appelait commendatio oblationis, on fait aussi mémoire,en ce jour, de la Cène du Seigneur : « ... Nous vous offrons cethommage de notre dévotion, et aussi de celle de votre familletout entière, au jour même où notre Seigneur confia à ses disci-ples la célébration du sacrement de son Corps et de son Sang;aussi nous vous prions de laccueillir avec miséricorde, détablirnos temps dans votre paix, ordonnant que nous échappions àla damnation éternelle et que nous puissions faire partie dutroupeau de vos élus. Par le même... » a Cette oblation, nous vous en prions, ô Dieu, daignez-larendre en tout bénie, légitime, agréable, spirituelle et acceptable,afin quelle se change poui nous dans le Corps et dans le Sang devotre Fils bien-aimé notre Seigneur Jésus-Christ, qui, la veilledu jour où il devait souffrir pour notre salut et celui de tous,cest-à-dire aujourdhui, prit le pain, etc. » Avant la doxologie finale du canon (Per quem haec omnia),selon un très ancien rite déjà mentionné par les canons dHip-polyte •—• qui toutefois nous le décrivent comme une céré-monie pouvant se répéter à chaque messe — lévêquebénit lhuile pour les infirmes, renvoyant jusquaprès la com-
  • munion la consécration du saint Chrême et de lhuile des caté- chumènes. Nous en avons déjà décrit le rite dans notre premier volume, aussi ne nous reste-t-il quà transcrire le splendide chant emprunté à la liturgie gallicane, et accueilli plus tard par le pontifical romain, et par lequel la liturgie de ce jour mémorable salue le Chrême sacré. HYMNUS. HYMNE. O Redemptor, sume carmen O R é d e m p t e u r , acceptez le c h a n t temet concinentium. d e c e u x q u i v o u s célèbrent. O Redemptor, etc. O Rédempteur, e t c . Audi, iudex mortuorum, É c o u t e z , juge d e s morts. Una spes mortalium, Unique espérance des mortels, Audi voces proferentum É c o u t e z l a v o i x d e ceux qui a p p o r t e n t Donum pacis praevium. L e don précurseur de la paix. O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Arbor foeta aima luce Larbre fécondé par l a lumière Hoc sacrandum protulit : A produit ce qui v a être consacré : Fert hoc pvona praesens turba L a foule présente agenouillée l a p - Salvatori saeculi. Au Sauveur d u siècle. [porte O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Stans ad aram, immo suppîex D e b o u t à lautel, e t m ê m e suppliant,Infulatus pontifex, L e pontife mitreDebitum persoîvit omne A c q u i t t e t o u t e sa d e t t eConsecrato chrismate. Par l a consécration d u Chrême. O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Consecrare tu dignare, E t v o u s , daignez consacrer,Rex perennis patriae, O R o i d e l a patrie éternelle,Hoc olivum, signum vivum, Cette (huile d e T) olive, signe v i v a n t ,Iura contra daemonum. Contre l a puissance des d é m o n s . O Redemptor, etc. O R é d e m p t e u r , etc. Ut novetur sexus omnis Afin q u e lun e t lautre s e x e s o i tUnctione chrismatis, Par lonction du Chrême, [renouveléUt sanetur sauciata Afin q u e s o i t guérieDignitatis gloria, L a gloire blessée de notre dignité. O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc.
  • Loia mente sacro fonte L â m e é t a n t purifiée à l a sourceA ufugantur crimina : L e s crimes disparaissent : [sacrée,Uncta ffonte, sacrosancta Lonction d u front fait affluerInfluant char is mat a. L e s charismes sacrosaiiits. O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Corde natus ex Parentis, N é d u c œ u r paternel,Alvum implens Virginis, R e m p l i s s a n t le sein de l a Vierge,Pvaesta lucem, claude movtem Accordez l a lumière, arrêtez l a mort.Chrismatis consortibus. E n faveur de c e u x qui o n t participé a u [Chrême. O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Sit haec dies fesia nobis Que ce jour soit pour n o u s u n e fête,Saeculorum saeculis ; D a n s les siècles d e s siècles :Sit sacvata, digna lande, Quil n o u s soit sacré e t digne d eNec senescat tempore. [louange. E t quil n e vieillisse p a s a v e c le cours [du t e m p s . O Redemptor, etc. O Rédempteur, etc. Lantienne pour la communion est tirée du texte évangélique :« Seigneur, Seigneur, vous, me laver les pieds ? » etc. Non seule-ment le Seigneur veut nous laver les pieds, mais II prépare lebain de la régénération dans son propre sang. Il nous y plongeratout entiers, et nous serons purifiés. Après la communion on récite la prière suivante : « Mainte-nant que nous sommes restaurés par le pain de vie, nous vousprions, ô Seigneur notre Dieu, que ce que nous célébronsmoyennant la foi durant cette vie mortelle, nous puissions unjour en atteindre la réalité par le don de votre immortalitébienheureuse. Par notre Seigneur... » Après la messe, on transporte à un autel, préparé dans ce but,les saintes Espèces eucharistiques pour la fonction de demain. Au moyen âge, le Pape, ayant terminé le saint Sacrifice,se rendait dans la basilique de Saint-Laurent, appelée plus tardSancta Sanctorum, où, ayant déposé la fiaenula, il lavait lespieds à douze sous-diacres; pendant ce temps, les cardinaux,les diacres et la Schola chantaient les vêpres. On faisait suivre cette cérémonie de larges distributionsdargent au haut et bas clergé de la Ville, comme cela se faisait
  • alors à chaque solennité; après quoi, le soir étant déjà venu, toutle monde allait dîner dans la basilique ou triclinium du papeThéodore, qui sélevait non loin de loratoire de Saint-Sylvestre. Le pardon aux pénitents, le chrême du Paraclet sur le frontdes baptisés, lhuile de consolation sur les membres des mori-bonds, la divine Eucharistie dans le cœur de tous les fidèles :que de mystères ineffables de miséricorde en ce jour de la Cènede Jésus, où II épanche le trop-plein de son Cœur, et, quoiquenous ayant toujours aimés, in finem dilexit, Il nous aima éper-dument, jusquà la croix, jusquà la mort 1 Nous empruntons à la liturgie grecque le texte suivant,relatif à la fête de ce jour : Mysticam ad mensam omnes A p p r o c h a n t t o u s a v e c crainte d eaccedentes cum tremore, cum anima la T a b l e m y s t i q u e , recevons l e p a i npur a panem suscipiamus, ne que a v e c u n e â m e pure e t n e nous s é p a -separemur a Domino ut videamus t rons p a s d u Seigneur, afin q u e n o u squomodo pedes lavet discipulorum, v o y i o n s c o m m e n t il l a v e les pieds d e set faciamus quemadmodum videri- disciples e t q u e nous fassions a i n s imus, invicem subiccti, pedesque sin- q u e n o u s aurons v u , soumis l e s u n sguîi singulorum absiergentes. Chri- a u x autres, l a v a n t les pieds l e s u n sstus enim sic praecepit discipulis des autres. Car l e Christ Ta ainsi c o m -suis, sed non audivit Iudas, perfi- m a n d é à ses disciples, mais Judas, l edus servus. serviteur perfide, ne las pas e n t e n d u . VENDREDI SAINT. Collecte au Latran. Station à Sainte-Croix en Jérusalem.Y Ésus avait dit : non capit prophetam perire extra Hierusalem,J il nest pas admis quun prophète soit mis à mort horsde Jérusalem; cest pourquoi la station se célèbre aujourdhuidans la basilique dite Sancta Hierusalem, où autrefois le Pape serendait les pieds nus, en venant processionnellement du Latran.Durant le chemin, il balançait un encensoir fumant où brûlaientdes parfums précieux, devant le bois de la sainte Croix soutenupar un diacre, tandis que le chœur chantait le psaume 118 :Beati immaculati in via. En signe de profonde tristesse, ce jourétait primitivement aliturgique, comme en général à Rome tous Eles vendredis et samedis de lannée. Aussi quand, vers le V I siè-cle, se relâcha quelque peu la rigueur de lantique discipline, et
  • que Ton institua les stations des vendredis de Carême, les Papesmaintinrent inviolé, durant plusieurs siècles, le primitif usageromain qui excluait en ce jour jusquà la messe des Présanctifiês.Le rite actuel ne remonte donc quau moyen âge, et représenteprécisément celui qui était adopté dans les églises titulaires deRome où nintervenait pas le Pontife. Ladoration du bois de la sainte Croix le vendredi saint vient,comme nous lavons déjà dit, de la liturgie de Jérusalem, où Eelle était déjà en usage vers la fin du I V siècle. Bien plus,pendant longtemps, et en Occident également, cette adorationconstitua pour ainsi dire la cérémonie la plus importante etla plus caractéristique, le point central vers lequel convergeaittoute la liturgie de la sainte Parascève. Ecce lignum Crucis,voici le bois de la croix : cest le commencement de la parousiedu divin Juge, et à lapparition de létendard triomphal de larédemption, tandis que lÉglise se prosterne dans lacte duneadoration reconnaissante, les puissances infernales saisiesdhorreur senfuient dans les profondeurs de labîme. A Rome, au moyen âge, le reliquaire papal de la sainte Croixétait aspergé de parfums, pour indiquer la suavité de la grâce quitranspire du bois triomphal, comme aussi lonction intérieure et la douceur spirituelle que le Seigneur répand dans le cœur de ceux qui portent la croix pour son amour. Selon les Ordines Romani du V I I I siècle, la cérémonie de ce E jour se déroulait en partie dans la basilique Sessorienne, en partie au Latran. Vers 2 heures de laprès-midi, le Pape et le clergé palatin se rendaient en procession et les pieds nus dupatriarchium à la basilique stationnale, où avait lieu dabordladoration de la sainte Croix, puis la lecture de la Passion selonsaint Jean et la grande prière litanique pour les divers ordresecclésiastiques et pour les besoins de lÉglise. Puis lonretournait au Latran, chantant le long de la route le psaumeBeati immaculati in via. En ce jour de deuil, ni le Pape ni lesdiacres ne communiaient : le peuple était libre toutefois de sap-procher de la Table sainte, soit au Latran, où lun des évêquessuburbicaires célébrait, soit dans les autres titres de la Ville. e Vers le i x siècle le rite fut quelque peu modifié. Ladorationde la Croix fut retardée jusquaprès la prière litanique, qui
  • était suivie du Pater Noster et de la communion des assistants. La procession des saintes Espèces navait pas encore lieu en ce temps-là, et la fonction sachevait par la bénédiction du Pape : In nomine Patris, et Filii et Spiritus Sancti. Lassemblée répondait : Et cum spiritu tuo. Chacun récitait ensuite privé- ment les psaumes de loffice des vêpres, après quoi lon se mettait à table. e Au XII siècle, dans la basilique du Latran, cétait encore chacun des sept évêques suburbicaires qui accomplissait, à tour de rôle, les divins offices de la parascève; le Pape nintervenait pas, puisquil continuait à se rendre à la basilique Sessorienne. On portait processionnellement, depuis le patriarchium, le boisde la sainte Croix et les saintes Espèces eucharistiques pour lamesse des Présanctifiés; mais il ne semble pas que le peuple eûtencore lhabitude de communier, comme aux premiers sièclesdu moyen âge. Au temps dHonorius III, le Pape, au lever de laurore, avaitlhabitude de chanter le psautier dans son entier avec ses cha-pelains. Vers midi il se rendait avec les cardinaux à loratoirede Saint-Laurent, et, ayant ouvert la grille de fer sous lautelde Léon III, il en retirait les deux reliquaires avec le bois de lasainte Croix et les chefs des apôtres Pierre et Paul, lesquels,selon une tradition tardive qui ne remonte pas plus loin quelan mille, on croyait être conservés en ce lieu. Les cardinauxsapprochaient pour baiser les reliques, puis le cortège se mettaiten ordre de procession pour se rendre à la basilique Sessorienne.Avant de commencer la messe, le Pontife se retirait dans lemonastère contigu, pour se laver les pieds et reprendre sessandales ordinaires. Quand loffice était terminé, la processionretournait au Latran où toutefois navait pas lieu le banquethabituel dans le triclinium, puisque en ce jour de deuil et depénitence, on ne servait aux ministres du palais que du pain etdes herbes, le vin lui-même étant exclu. e Ce cérémonial dura à Rome à peu près jusquau XV siècle,époque où les rituels commencèrent à prescrire que le Paperécitât dabord le psautier avec ses chapelains dans sa chambreà coucher puis se présentât à un balcon pour accorder lindul-gence au peuple. A une heure déterminée, le Pontife se rendait
  • au chœur pour réciter lOffice, et après midi, cest-à-dire avant de commencer la procession stationnale à Sainte-Croix, il parais- sait de nouveau au balcon, revêtu cette fois du pluvial rouge et mitre en tête, pour concéder à nouveau lindulgence à la foule qui se pressait sur la place. Cette cérémonie terminée, le Pape et les cardinaux dépo- saient leurs chaussures, et tous partaient processionnellement, les pieds nus, pour la basilique Sessorienne. On y célébrait la messe des Présanctifiés avec les rites déjà décrits; sauf que, durant la période de lexil à Avignon, lusage prévalut de faire porter les saintes Espèces sur lautel, non point par un des cardinaux qui précédaient le Pape quand, du secretarium, il faisait son entrée dans léglise, mais par le Pontifelui-même, et après ladoration de la Croix. Cest justement lerite décrit dans le missel romain actuel. Dans tout cet ensemble compliqué de cortèges et de cérémo-nies durant le moyen âge, il nest pas difficile pourtant de recon-naître que la messe actuelle des Présanctifiés, telle que nous lont etransmise les Ordines Romani du x v i siècle, et telle que nousla célébrons encore, se compose de trois parties distinctes, qui sesuperposent comme trois stratifications successives : ce quonappelle la messe des Catéchumènes, ladoration de la sainteCroix et la sainte Communion. La première partie conserve presque intact le type desanciennes synaxes aliturgiques, et de ce quon appelle la messedes Catéchumènes. Il ny a ni Introït ni Kyrie, mais on litseulement trois leçons de lÉcriture dont deux de lAncienTestament et une de lÉvangile. Les deux premières sont suiviesdu chant dun psaume sous forme de Répons suivi par unecollecte du président; après la troisième lecture, qui est laPassion selon saint Jean, vient la grande prière litanique pourles divers besoins de lÉglise (Oremus, dilectissimi nobis, etc.),qui marquait primitivement le terme de lOffice de la vigiledominicale et servait comme dintroduction à la liturgie eucha-ristique. Aujourdhui encore, à la messe, après lévangile, leprêtre salue le peuple (Dominus vobiscum) et linvite à la prièrecollective (Oremus) ; toutefois lancienne litanie étant tombéeen désuétude, au moins comme rite ordinaire de la messe, il se
  • trouve que ni le prêtre, ni le peuple, à ce moment de laction eucharistique, ne prient, et le chœur des chantres exécute les mélodies de loffertoire. Le vendredi saint seulement conserve encore intact le lit romain primitif, aussi ne peut-on pas dire que la très ancienne prière litanique après lévangile, qui nous E est attestée dès le 1 1 siècle par Justin, soit entièrement bannie de la liturgie du Siège apostolique, puisquelle est demeurée à sa place au moins en ce jour solennel de la Parascève pascale. Après la litanie dont nous avons parlé, venaient régulière- ment, dans les messes ordinaires, le canon eucharistique et la communion. Toutefois comme aucune consécration na lieu e en ce jour, le Pape au I X siècle omettait le canon et passait tout de suite au chant du Pater qui précédait immédiatement la communion. Cétait là le mode le plus régulier. Pourtant quelques siècles après, nous trouvons au contraire que ladora- tion de la Croix, qui, au début, avait lieu avant la messe, était venue, on ne sait comment, se placer arbitrairement entre la litanie et la communion. Aussi le rythme primitif de la cérémo- nie en étant demeuré quelque peu troublé, il sensuivit une com- plication de rites. Certains papes, retournant à lautel après ladoration de la sainte Croix, estimaient qualors commençait proprement la messe, et voulaient quon récitât le psaume 42 avec la confession, conformément à lusage des autres messes. Plus tard, après que les Papes dAvignon eurent introduit pour leur dévotion particulière la procession des saintes Espèces, peu à peu survinrent aussi lencensement des oblations et delautel, le lavement des mains, les prières secrètes et lélévation. eAu x v siècle, cette dernière cérémonie saccomplissait quand lePape récitait le Pater, cest-à-dire aux paroles sicut in coelo...;par la suite, lostention de la sainte Hostie fut différée jusquaprèsloraison dominicale, et immédiatement avant sa fraction,précisément comme on le faisait à lorigine. La synaxe de vendredi saint na pas dintroït, conformémentà lusage antique, cest-à-dire avant que le pape Célestininstituât les chants antiphoniques de la messe. Cest pourquoi,après une prière privée que les ministres sacrés font, chacunpour son compte, prosternés à terre devant lautel, le lecteur
  • monte à lambon et commence immédiatement le chant dun passage dOsée (vi, 1-6). Le Seigneur, dit le Prophète, préfère à tous les rites et aux purifications légales de lAncien Testa- ment, le culte du cœur qui consiste essentiellement dans lintel- ligence des vérités divines au moyen de la foi, et dans laccom- plissement de sa sainte volonté. Pour inaugurer la Nouvelle Alliance damour, il détruira lAncienne : mais Israël na pas de motif de craindre : flagellé et châtié pendant deux jours par la justice sainte de Dieu, en punition de ses délits, il ressus- citera à une vie nouvelle le troisième jour et servira Yahweh dans lassemblée des rachetés. Après cela vient le répons, tiré du cantique dHabacuc. Jamais Dieu napparaît plus saint, plus terrible et plus glorieux que sur le Calvaire. Cest là que lauguste Trinité accueille lholocauste parfait que Jésus lui offre au nom de lhumanité. Cest là quest brisée la puissance du diable. « Jai entendu, Seigneur, ce que vous mavez fait comprendre, et jen suis demeuré effrayé; jai médité sur vos œuvres, et elles mont rempli de terreur, y. Vous vous révélerez entre deux animaux, un jour vous serez reconnu, et quand le moment sera arrivé vous vous manifesterez, y. Quand mon esprit sera troublé, alors même dans votre indignation vous noublierez pas la misé- ricorde, y . Le Seigneur arrivera du Liban, et le Saint viendra de la montagne ombragée et couverte darbustes, f. Sa gloire couvre tout le ciel, et la terre retentit de sa louange. » La prière sacerdotale met fin à la psalmodie responsoriale. Le diacre, comme à lordinaire, la fait précéder de linvitation : « Plions les genoux. » Et après une brève oraison privée, le sous-diacre ajoute : « Levez-vous. » Le président de lassemblée prend la parole au nom de touset dit : « Seigneur qui avez donné à Judas le châtiment de soncrime, et au larron la récompense de sa confession, accordez-nousla grâce dexpérimenter les effets de votre miséricorde, afin que,de même quen sa passion, notre Seigneur Jésus-Christ donna àchacun la rétribution méritée, ainsi, lancienne erreur ayantdisparu, Il nous accorde à nous aussi la grâce de participerà sa résurrection. »
  • La lecture du livre de lExode vient ensuite (xn, 1-11) : Lagneau pascal étendu en forme de croix sur deux bâtons etrôti, symbolisait Jésus crucifié. Lagneau, plutôt que mangé, était dévoré en hâte par les Hébreux ayant la tunique relevée et le bâton à la main, à la façon dun voyageur qui va partir. Cela signifie que le ciel est très élevé au-dessus de la terre, la vie est courte et on na pas le temps de sarrêter dans le chemin quiaboutit à léternité. On assaisonnait lagneau avec des laituesamères et on mangeait le pain sans levain, pour indiquer quedans la divine Eucharistie nous commémorons la mort de Jésus,et que la pénitence et la mortification de lesprit sont au nombredes meilleures dispositions pour bien communier. Après la lecture, on chante le psaume 139 (tractus) dans lequelsont décrits les sentiments de Jésus sur la croix. Toute lhuma-nité a conspiré contre Jésus, puisque en péchant nous criâmestous : Reus est tnortis. Il se sent seul en présence dune haine etdune colère universelle, aussi se tourne-t-il vers son Père, pouren être secouru. Sa prière est humble, mais elle est pénétréepar un sentiment dinébranlable espérance, en sorte que Jésusexpirant sur la Croix entonne déjà le cantique de sa résurrection : « Sauve-moi, ô Yahweh, de limpie; protège-moi contre leviolent, y . Ceux-là, en leur cœur, complotent mon malheur;chaque jour ils sexcitent à mattaquer. y . Ils ont la langueaiguë comme les serpents, un venin daspic est sur leurs lèvres,y. Toi, Yahweh, garde-moi des mains de limpie, protège-moicontre le violent. y. Ils trament un complot pour me fairetomber; les superbes, en cachette, mont tendu un lacs. y. Avecun lacs ils ont tendu un piège sous mes pas; le long de la routeils mont préparé des obstacles, y . Je dis à Yahweh : Tu es monDieu, écoute, Seigneur, le cri de ma prière, y . Yahweh, Seigneuret force de mon salut, protège ma tête à lombre dans le jourdu combat, y . Ne contente pas à mes dépens les mauvais désirsde limpie; ils ont comploté contre moi; ne mabandonne pas,pour quils ne triomphent pas. y. Quils nélèvent pas leur têteautour de moi; que les enveloppe le malheur quils montsouhaité de leurs lèvres, y . Les justes, au contraire, célébrerontton nom, et les hommes droits demeureront devant toi. » Avec quel respect et quelle émotion ne devons-nous pas réciter
  • cette prière de Jésus mourant, nous adaptant à ses sentiments, de façon à ce que ce psaume ne soit pas simplement la prière historique du divin Crucifié, mais lélévation à Dieu de chaque âme chrétienne, laquelle revit en soi tous les mystères de notre rédemption 1 La troisième lecture est la Passion du Seigneur selon lévan- gile de saint Jean (xvm, 1-40;xix, 1-42) qui, de préférence aux autres évangélistes, met en relief lenseignement de Jésus dans ses colloques avec le gouverneur romain. Selon loracle du psal- miste, et vincas cum iudicaris, la divinité de Jésus ressort écla- tante des réponses mêmes quil donne à Pilate. Ce nest pas un accusé qui répond à un juge, mais un maître qui, jusque dans le prétoire du gouverneur romain, prêche et enseigne. Il est la vérité II est venu au monde pour rendre témoignage à cette vérité; aussi ne laisse-t-il passer aucune occasion de se révéler aux hommes et de les attirer à Lui par la simple manifestation de sa splendeur. La messe de vendredi saint nous a conservé intacte, comme nous lavons dit, lantique prière litanique dont parle déjà saint Justin martyr, et qui, primitivement, suivait tous les jours la lecture de lévangile, là précisément où aujourdhui encore le prêtre, avant loffertoire, invite le peuple à la prière : Oremus. Cette prière à forme litanique, cest-à-dire dans laquelle tout le peuple intercalait une acclamation en guise de refrain (par exemple : Domine, miserere ; Kyrie, eleison, etc.), se trouve encore à sa place dans les liturgies orientales, mais elle a disparu du sacramentaire romain peut-être dès le temps de saint Gré- goire le Grand. On trouve le premier fond de cette prière dans la liturgie desSynagogues où, après les lectures scripturaires, on priait pour lesdivers membres de la communauté israélite, et pour les diffé-rents besoins de ceux qui la composaient. Mais le texte, tel quilnous est conservé dans le missel, révèle lépoque de saint Léonle Grand par sa terminologie toute spéciale. En effet, il y estencore question des portiers, dont loffice fut par la suiteattribué aux mansionnaires ; les moines sont appelés Conf essores,comme dans le sacramentaire léonien; les religieuses Virgineset non sanctimoniales ; on prie pour que lempereur romain
  • soumette tous les barbares, et lon considère le Romanum Inipe-rium, conformément aux vues de saint Léon, comme luniquedépositaire légitime du pouvoir. La discipline du catéchuménatest encore en vigueur ; le monde est parsemé dhérésies, affligédépidémies et de famines; les prisons retiennent encore denombreux innocents; lesclavage constitue toujours lopprobrede lantique civilisation romaine; toutes circonstances qui eévoquent immédiatement à notre esprit le V siècle, et nous fontattribuer précisément à lâge dor de la liturgie romaine larédaction définitive de cette prière si solennelle, et que nouspourrions sans aucune hésitation considérer comme dorigineapostolique. Primitivement, on la récitait aussi en dehors des synaxeseucharistiques, et rien nempêche les fidèles de nos jours de laréciter en leur particulier pour les différents besoins spirituelset temporels de la famille catholique. Recourant à une prièresi vénérable et si archaïque, il nous semble, en la récitant,être en plus intime relation spirituelle avec lâme de ces pre-mières générations de martyrs et de héros de la foi, qui la réci-tèrent avant nous, et obtinrent de la sorte les grâces nécessairespour bien correspondre à leur magnifique vocation de rendretémoignage à la foi par leur propre sang. La solennelle prière litanique. Oromus, dilectissimi nobis, pro Prions, ô n o s bien-aimés, pour laEcciesia sancta Dei : ut eam Deus et sainte É g l i s e d e D i e u : afin q u e D i e uDominus noster, pacificare, adunare notre Seigneur daigne la pacifier,et custodire dignetur ioto orbe terra- lunir e t l a garder sur t o u t e la terre :rum : subiiciens et principatus et lui s o u m e t t a n t les principautés e t l e spotestates; detque nobis, quietam et u i s s a n c e s ; e t quil nous d o n n e à ptranquillam vitam degentibus, glo- nous, p a s s a n t u n e vie calme e t t r a n -rificare Deum Patrem omnipoten- quille, d e glorifier Dieu le Père t o u t -tem. puissant. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u tout-puissant e t éternel, q u iqui gloriam tuatn omnibus in Chris-par l e Christ avez révélé votre gloireto gentibus reveîasti : custodi opéra t o u t e s les nations : c o n s e r v e z àmisericordiae tuae : ut Ecciesia tua loeuvre de v o t i e miséricorde, afinMo orbe diffusa, stabili fide in con- que v o t r e Église, répandue sur t o u t e
  • fessions tui nominis perseveret. Per la terre, persévère, a v e c u n e foi ferme,eumdem Dominum nostrum Iesum dans l a confession d e v o t r e N o m . ParChristum... l e m ê m e notre Seigneur Jésus-Christ. 1^7. Amen. Ity. A m e n . Oremus et pro beatissimo Papa Prions aussi pour notre s a i n t Pèrenostro N . , ut Deus et Doininus le P a p e N . , pour q u e D i e u notre Sei-noster, qui eligit eum in ordine Epi- gneur, q u i la élu d a n s lordre d escopatus, saïvum atque incolumem lépiscopat, l e garde sain e t saufcustodiat Eccïesiae suas sanctae, pour s a sainte Eglise, e t pour g o u -ad regendum populum sanctumDei. verner l e saint peuple d e D i e u . OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus t D i e u t o u t - p u i s s a n t e t éternel, parcutus iudicio universa fundantur : le j u g e m e n t d e q u i t o u t subsiste,respice propitius ad preces nostras, s o y e z favorable à n o s prières, e tet electum nobis Aniistitem tua pie- dans v o t r e bonté, conservez l e P o n -tate conserva : ut ckristiana plebs, tife q u e v o u s a v e z élu poui nous,quas te gubematur auctore, sub tanto afin q u e le peuple chrétien quiPontifice, creâuîitatis suae merihs e s t g o u v e r n é par v o t r e autorité,augeatur. Per Dominum nostrum croisse sous un si grand pontife d a n sIesum Christum... le mérite d e s a foi. P a r notre Seigneur... 1^. Amen. IÇ. A m e n . Oremus et pro omnibus Episco- Prions aussi pour t o u s les é v ê q u e s ,pis, Presbyteris, Diaconibus Sub- t prêtres, diacres, sous-diacres, a c o -diaconibus, A colythis, Exorcistis, lytes, exorcistes, lecteurs, portiers,Lectoribus, Ostîariis, Confessori- confesseurs, vierges, v e u v e s e t pourbus, Virginibus, Viduis, et omni t o u t le saint peuple d e D i e u .populo sancto Dei. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u tout-puissant e t éternel, parcuius Spiritu totum corpus Eccïesiae lEsprit d e qui t o u t l e corps d esanctificatnr et reqitur : exaudi nos lÉglise e s t sanctifié e t gouverné,pro universis ordinibus supplican- exaucez nos supplications pour t o u stes : ut gratiae tuae munere, ab om- l e s Ordres : afin q u e p a r le d o n d enibus tibi gradibus fideliier servia- v o t r e grâce, t o u s v o u s serventtur. Per Dominum nostrum Iesum fidèlement. Par notre Seigneur Jésus-Christum... Christ... 1^. Amen. IX/. A m e n . Oremus et pro Christianissimo Prions aussi pour n o t i e empereurimperatore nostro N., ut Deus etDo- très chrétien N . , afin q u e D i e umznus noster subditas iila factat notre Seigneur l u i s o u m e t t e toutes
  • omnes bar bar as nations s, ad nos- les n a t i o n s barbares, pour notre p a i x tram perpetuam pacem. perpétuelle. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, in D i e u tout-puissant e t éternel, d a n s cuius manu sunt omnium iura re- la m a i n d e qui s o n t les droits d e t o u s gnorum ; respice ad Romanum beni- les r o y a u m e s : regardez favorable- gnus ïmpeiium; ut génies quae in m e n t lempire r o m a i n ; afin q u e les sua feritate confidunt, potentiae tuae n a t i o n s q u i s e confient d a n s leur dexiera comprimantur Per Domi- c r u a u t é barbare, soient réprimées t nant nostrum lesum Chrisiutn... par l a droite de v o t r e puissance. P a r notre Seigneur Jésus-Christ... Amen. 1^. A m e n . Oremus et pro catechumenis nos- Prions aussi pour n o s c a t é c h u m è -tris : ut Deus etDominus noster ada- nes : afin q u e D i e u notre Seigneurperiat aures praecordiovum ipso- ouvre l e s oreilles d e leurs cœurs e t l arum, ianuamque misericordiae ; ut porte d e s a miséricorde : e t q u e p a rper lavacrum regênerationis, accep- le b a i n d e l a r é g é n é r a t i o n , a y a n t o b t e -ta remissione omnium peccatorum, n u l a rémission de tous leurs p é c h é s ,et ipsi inveniantur in Christo Iesu ils s o i e n t trouvés e u x aussi e n J é s u s -Domino nostro. Christ n o t r e Seigneur. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u t o u t - p u i s s a n t e t éternel, q u iqui Ecclesiam tuam nova semper rendez sans cesse féconde v o t r eproie foecundas ; auge fidem et intel- Église par l a naissance d e n o u v e a u xîectum catechumenis nostris, ut enfants : a u g m e n t e z l a foi e t lintel-renati fonte baptismatis, adoptionis ligence e n n o s catéchumènes, afintuae filiis aggregentur. Per Domi- que, n é s à n o u v e a u dans les e a u x d unum nostrum lesum Christum... b a p t ê m e , ils soient agrégés à v o s fils dadoption. P a r notre Seigneur IÇ. Amen. Jésus-Christ... B/. A m e n . Oremus, dilectissimi nobis, Deum Prions, n o s bien-aimés, l e D i e uPatrem omnipotentem, ut cunctis tout-puissant, de purger le m o n d e d emundum purgei erroribus, morbos t o u t e s les erreurs, de faire disparaîtreauferat, famem depellat, aperiat car- les maladies, d e chasser l a famine,cores, vincula dissolvat, peregrinan- douvrir les prisons, d e briser l e stibus reditum, infirmantibus sani- chaînes, daccorder l e retour a u xtatem, navigantibus portum salutis v o y a g e u r s , l a guérison a u x m a l a d e sindulgeat. et a u x navigateurs u n p o r t d e s a l u t . OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u tout-puissant e t éternel, c o n -moestorum consolatio* laborantium solation des affligés, force d e c e u x
  • fortitudo, perveniant ad te preces de qui p e i n e n t ; q u e l e s prières d e c e u xquacumque tri bulatione daman- qui crient vers v o u s , d e quelque t r i -Hum : ut omnes sibi in nécessita- b u l a t i o n q u e c e soit, v o u s p a r v i e n -tibus suis misericordiam tuam gau- nent, afin q u e t o u s s e réjouissent d edeant adfuisse. Per Dominum recevoir votre miséricorde d a n s leursnostrum Iesum Christum... nécessités. Par notre Seigneur J é s u s - Christ... ty. Amen. B/. A m e n . Oremus et pro haereticis et schis- Prions aussi pour les hérétiques e tmaticis : ut Deus et Dominus noster les schismatiques : afin q u e D i e uevuat eos ab erroribus universis : et notre Seigneur l e s arrache à t o u t e sad sanctam matrem Ecclesiam Ca~ leurs erreurs : e t quil daigne lestholicam atque Apostolicam revo- rappeler à l a s a i n t e Mère lÉglisecave digneiur. catholique e t apostolique. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u t o u t - p u i s s a n t e t éternel, q u iqui salvas omnes et neminem vis s a u v e z t o u s les h o m m e s e t n e v o u l e zperire : respice ad animas diabolica p a s q u e personne périsse : regardezfraude deceptas ; ut omni haeretica vers les â m e s t r o m p é e s par la fraudepvavitate deposita, errantium corda diabolique, afin q u a y a n t déposé l eresipiscant, et ad veritatis tuae m a l d e lhérésie, l e cœur d e c e u xredeant unitatem. Per Dominum qui errent vienne à résipiscence, e tnostrum Iesum Christum... quils rentrent d a n s lunité de v o t r e vérité. P a r notre Seigneur Jésus- Christ... B/. Amen. ty. A m e n . Oremus et pro perfidis Iudaeis : Prions aussi pour les perfidesut Deus et Dominus noster auferat Juifs : afin q u e D i e u notre Seigneurvelamen de cordibus eorum; ut et ô t e l e voile de leurs cœurs, e t q u e u xipsi agnoscant Iesum Christum aussi connaissent Jésus-Christ notreDominum nostrum. Seigneur. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u tout-puissant e t éternel, q u iqui etiam Iudaicam perfidiam a tua ne repoussez p a s d e v o t r e miséri-misericordia non repellis ; exaudi corde m ê m e l a perfidie j uive, e x a u c e zpreces nostras, quas pro illius popu- nos prières pour ce peuple a v e u g l é ;li obcaecatione deferimus ; ut, agni- afin q u e , connaissant l a lumière d eta veritatis tuae luce, quae Christus v o t r e vérité, q u i e s t l e Christ, ilsest, a suis tenebris eruantur. Per soient arrachés à leurs ténèbres. Pareumdem Dominum... le m ê m e notre Seigneur... 1^. Amen. Bj. A m e n . Oremus et pro paganis : ut Deus Prions aussi pour les païens, afinomnipotens auferat iniquitatem a q u e le D i e u t o u t - p u i s s a n t enlève
  • cordibus eorum : ut, relictis idolis liniquité d e leurs cœurs, e t q u e ,suis, convertantur ad Deum vivwn a y a n t a b a n d o n n é leurs idoles, ils s eet verum, et unicum Filium eius c o n v e r t i s s e n t a u D i e u v i v a n t e t véri-Iesum Christum, Deum et Dominum table e t à s o n Fi]s unique, Jésus-nostrum. Christ, D i e u e t notre Seigneur. OREMUS. PRIONS. Omnipotens, sempiterne Deus, D i e u tout-puissant e t éternel, quiqui non mortem peccatorum, sed n e cherchez p a s la mort d e s pécheursvitam semper inquiris : suscipe pro- mais t o u j ours leur vie : recevez favora-pitius ovationem nostram, et libéra b l e m e n t notre oraison, e t délivrez-leseos ab idolorum cultura : et aggrega du culte d e s idoles; agrégez-les àEccïesiae tuae sanctae, ad laudem et v o t r e s a i n t e Église, pour la l o u a n g egloriam nominis tui. Per Dominum et l a gloire d e votre N o m . P a r notrenostrum Iesum Christum... Seigneur Jésus-Christ... E7. Amen. Ity. A m e n . Comme, dans les messes ordinaires, venaient tout de suiteaprès la litanie le baiser de paix et la présentation des offrandessur lautel, ainsi, dune façon analogue, dans la cérémonie dece jour, la prière devrait être suivie de la présentation des saintesoffrandes ( = Présanctifiés) et de la communion. Ainsi en était-ileffectivement à lorigine. Cependant lordre primitif de la céré- emonie fut altéré, nous lavons déjà dit, quand, vers le X I siècle,lon commença à reporter à ce moment ladoration de la sainteCroix, qui, au début, nous lavons vu, était un rite tout à faitétranger à laction eucharistique. On ne pourrait nier toutefoisque cette glorification suprême de la sainte Croix, au milieude la fonction de ce jour, ne soit fort à propos, puisque cestprécisément aujourdhui que commença le triomphe du Rédemp-teur, alors que sa Croix fut élevée de terre et dressée sur lesommet du Calvaire. Cest de ce trône de douleur et damour queJésus, les bras ouverts, attire à Lui toute lhumanité. Ladoration de la sainte Croix commença à Jérusalem, et vers385 elle nous est longuement décrite par Ethérie dans saPeregrinatio. De là, ce rite passa probablement à Constanti-nople et dans les différentes cités de lempire byzantin, partoutoù lon conservait des fragments plus ou moins considérablesdu Bois sacré. Ladoration fut introduite à Rome vers la fin du e e rv n siècle, par un pape oriental, Serge I , qui dut en emprunterle rite aux usages de ses compatriotes.
  • Ainsi sexplique en effet quen ce jour le Pape, dans la proces-sion qui allait du Latran à la basilique Sessorienne, balançaitlencensoir devant le reliquaire de la sainte Croix porté par un diacre, usage qui na pas dexemple dans les liturgies latines, tandis quau contraire il est commun dans les liturgies orien- tales, où. les encensements sont souvent accomplis par lévêqueen personne. De même, le trisagion grec, quon chante aujour- dhui durant ladoration de la Croix, accuse nettement sa provenance du rit byzantin. Parla suite, la cérémonie sest beaucoup développée, emprun- tant des éléments aux liturgies franques, au moyen desquellespénétrèrent à leur tour dans le rituel de Rome des usages primi-tivement propres aux Églises dEspagne. Le rite que nous allons décrire a pour objet ladoration du bois triomphal de la Croix, dont sainte Hélène avait fait géné-reusement don à Rome. Néanmoins, quand la liturgie romaine,sortie des murs de la Ville éternelle, fut adoptée par la suite danslÉglise latine, toutes les églises ou chapelles ne possédant passemblable relique, on substitua à la vraie Croix leffigie duCrucifix, sans attacher dimportance à ce que celle-ci fût de bois,de fer ou dautre métal. Le prêtre, en découvrant ce Crucifix,continua toujours à dire, comme le Pape à Sainte-Croix-en-Jérusalem : Ecce lignum Crucis, adaptation qui paraîtra peut-être peu heureuse à quelques-uns, quand il sagit dun crucifixde métal. Le fait est quà Rome, la cérémonie concernait àlorigine la relique de la vraie Croix donnée par sainte Hélène,et ce rite est encore en vigueur actuellement, au moins dansles grandes basiliques patriarcales de la Ville éternelle. Tandis que le prêtre montre par trois fois au peuple la sainteCroix, lon chante : L E PRÊTRE : « Voici le bois de la Croix, auquel fut suspendule salut du monde. » L E CHŒUR : « Venez, adorons-le. » Le clergé procède pieds nus à ladoration de la sainte Croix,ce qui rappelle lancien rite prescrivant en ce jour au Papeet aux cardinaux de prendre part, sans chaussures, à laprocession stationnale.
  • Durant ladoration on exécute le chant fort ancien du trisa-gion alterné avec les versets des Imfirofieria. On appelleainsi une série de reproches que Dieu adresse au peuple juif,pour lingratitude avec laquelle il a reçu les bienfaits du Sei-gneur. Le concept en est certainement dinspiration scripturaire,mais le texte semble emprunté à lapocryphe dEsdras (1,13-24). y. « Mon peuple, réponds-moi; que tai-je fait ? En quoitai-je contristé ? y . Parce que je tai tiré hors de lEgypte,tu as préparé une croix à ton libérateur. » e r I CHŒUR : « Dieu saint, » e I I CHŒUR : a Dieu puissant. » T O U T LE CHCEUR : « Dieu immortel, ayez pitié de nous. » Ce Trisagion, durant ladoration de la Croix, a une significationtrès profonde, puisque la mort de Jésus est lacte parfait dado-ration de lauguste Trinité, accompli par le Pontife du NouveauTestament. En effet, linfinie sainteté de Dieu, sa toute-puissance,son être éternel, reçurent une suprême glorification dans lecaractère expiatoire du sacrifice du Calvaire, dans la divinevictime brisée et anéantie pour les péchés du monde. Les héré-tiques monophysites tentèrent jadis de déformer la significationtrinitaire de ce Trisagion, en y ajoutant linvocation tendan-cieuse : « Vous qui avez été crucifié pour nous »; mais cetteinterprétation fut condamnée comme hérétique, parce que lestrois Personnes divines nont pas été crucifiées, mais seulementla seconde, dans sa nature humaine. y. « Parce que moi, durant lespace de quarante ans, je taitiré hors de lEgypte et tai nourri de manne, tintroduisantdans une région très fertile, tu as préparé une croix à ton Sau-veur ? » L E CHŒUR (alternant) : « Dieu saint, etc. » y. « Quaurais-je pu faire dautre pour toi que je naie fait ?Je tai entourée de soins à légal dune vigne très fertile, ettoi, tu tes rendue amère pour moi au delà de toute mesure;alors que je souffrais la soif, tu mas donné du vinaigre à boire,et tu as transpercé avec une lance le côté de ton Sauveur. » L E CHŒUR (alternant) : « Dieu saint, etc. »
  • y. « A cause de toi, jai châtié lEgypte en ses premiers-nés,et toi, après mavoir flagellé, tu mas livré (à Pilate). » 19. « Mon peuple, que tai-je fait ? etc. » y. « Moi, pour te tirer de lEgypte, jai submergé la pharaondans la mer Rouge, et toi, au contraire, tu mas livré entre lesmains des princes des prêtres. » ï^. « Mon peuple, etc. » y . « Moi, devant toi, jai divisé les eaux de la mer; et toi avecune lance, tu as ouvert mon côté. » ty. « Mon peuple, etc. » J. « Moi, au moyen dune colonne de nuée, jai précédé tespas, et toi tu mas traîné au prétoire de Pilate. » î^. c Mon peuple, etc. » e y. « Moi, à travers le désert, je tai nourri de manne, et toitu mas frappé de soufflets et de coups de fouets. » R7. « Mon peuple, etc. » y. « Moi, pour te désaltérer, jai fait jaillir de la roche leseaux salutaires; et toi tu mas abreuvé de fiel et de vinaigre. » Rf. « Mon peuple, etc. » y. « Moi, en ta faveur, jai frappé les rois des Chananéens,et toi, tu mas frappé sur la tête avec un roseau. » Jtf. « Mon peuple, etc. » y. « Moi, je tai donné un sceptre royal, et toi tu as ceintma tête dune couronne dépines. » î^, « Mon peuple, etc. » y. « Moi, avec ma puissance, je tai exalté, et toi tu masélevé sur le gibet de la Croix. » Rf. « Mon peuple, etc, » Devant les outrages à la Croix, nous ne devons pas oublierla divinité de la très sainte Victime. Autour du gibet, desmyriades danges se tiennent et sécrient : « Saint, Saint, Saintest le Seigneur. » Unissons-nous à leurs adorations, et entonnonslhymne du triomphe et de la résurrection bienheureuse. y. « Nous, Seigneur, nous adorons votre Croix, et nous chan-tons louanges et gloire à votre sainte résurrection. Voici,en effet, quun arbre a rempli de joie tout lunivers. Ps. 66.Que Dieu ait compassion de nous et nous bénisse; Rf. quil
  • fasse briller sur nous son visage et quil ait pitié de nous, y . Nous Seigneur, etc. » Vient ensuite lhymne magnifique composée par Venance Fortunat en lhonneur de la sainte Croix, quand la reine Radé- gonde en reçut, de Constantinople, une parcelle, quelle déposa dans son monastère de Poitiers, dédié pour cette raison à la sainte Croix : « Croix fidèle, seule digne de gloire entre tous les autres arbres, aucune forêt nest capable den produire un autre qui te ressemble, par son feuillage, sa fleur et ses racines. » Le Bois aimé soutient les clous chéris et la douce charge (du corps de Jésus). » Ouvrez-vous, ô lèvres, pour chanter les louanges du glorieux combat, et, devant le trophée de la Croix, narrez ce noble triomphe et dites-nous comment le Rédempteur du monde, tout immolé quil fût, remporta la victoire. » Le Créateur fut ému de compassion pour la tromperie dont fut victime sa créature, notre premier père, lorsquil trouva la mort pour avoir mangé la pomme fatale ; dès lors il désigna à lavance un arbre qui annulât les maux occasionnés par un autre arbre. » Notre salut requérait que cet ordre de convenance fût sauf, afin que la prudence éludât lastuce du trompeur multiforme, et tirât le remède précisément de là où lennemi nous avait porté préjudice. » Quand donc arriva le moment sacré du temps fixé, le Fils, le Créateur du monde, fut envoyé de la demeure pater- nelle, et, sétant fait chair dans le sein dune Vierge, il vint au jour. » Petit enfant, il est couché et il vagit dans une crèche étroite ;la Vierge sa Mère lenveloppe et lie ses membres avec de pau-vres langes, serrant dans les bandelettes ses mains, ses jambeset ses pieds. » Ayant enfin accompli en six lustres sa carrière mortellele Rédempteur spontanément, lui qui était né dans ce but,fut élevé sur une croix, à légal dun agneau qui doit être immolé. » Voici le vinaigre, le fiel, le roseau, les crachats, les clous,la lance ; son tendre corps est blessé et il en jaillit un flot de sang.
  • par lequel, à la ressemblance dun fleuve, furent purifiés la terre,la mer, les astres et lunivers entier. » O grand arbre, abaisse tes branches, assouplis ton largetronc et diminue ta dureté naturelle afin de distendre moinscruellement les membres du céleste Roi. » Toi seul fus digne de porter la rançon du monde; toi qui,tel un pilote, achemines au port le monde naufragé ; toi quarrosale sang sacré sorti des membres de lAgneau. » Quen tout lieu on chante gloire et honneur au Dieu très-haut, au Père, au Fils, à lillustre Paraclet, à qui, sans partage,louange et puissance dans tous les siècles. Amen. » Quand ladoration de la sainte Croix est terminée, le diacrela replace sur lautel; puis, avec le sous-diacre, il étend sur latable du sacrifice la nappe pour la sainte Communion. A cemoment, dans lancien rit romain, les lévites portaient au Papele coffret contenant la sainte Eucharistie consacrée la veille eau Latran; toutefois, quand, au x i v siècle, les fonctions pontifi-cales commencèrent à se dérouler, non plus à Rome dans lesbasiliques stationnales, mais dans les étroites limites du palaispapal dAvignon, les Pontifes de cette période préférèrent allereux-mêmes chercher la sainte Eucharistie pour la transporterprocessionnellement de lautel où elle était gardée. Au retour de la procession on chante cette autre hymne deVenance Fortunat qui na pourtant rien à voir avec la processioneucharistique : « Voici quapparaît létendard du monarque, et que silluminele mystère de la Croix, par lequel le Créateur de lhomme, dansson humanité elle-même, fut suspendu à la Croix. » Blessé en outre par la pointe tranchante dune lance, il enjaillit au dehors de leau et du sang pour nous laver de nos crimes. » Enfin sest accompli ce que, en un oracle véridique, Davidavait prédit, lorsquil sécria : « Dieu a inauguré sur un gibet » son règne sur les nations. » » Arbre glorieux et resplendissant, orné de la pourpre royale, qui, au moyen de ton noble tronc fus choisi pour toucher des membres si saints, et en fus rendu digne. » Bienheureux es-tu, toi aux branches de qui fut suspendue
  • la rançon du monde; quand, à légal dune balance, tu portas sur toi (le corps de Jésus) et que tu enlevas sa proie au Tartare. » Salut, ô Croix, notre unique espérance, en ce temps consacré à la mémoire de la passion (de Jésus) ; fortifie la vertu dans lesbons, et donne le pardon aux coupables. » Que toute créature vous loue, ô Dieu, souveraine Trinité;gouvernez pendant tous les siècles ceux que vous conduisez au salut moyennant le mystère de la Croix. Amen. » Selon les Ordines Romani, quand le divin Sacrement avait été déposé sur lautel, on disait le Pater et on communiait; plus tard on y ajouta, par plus grand respect, dautres prières, qui donnèrent à ce rite des Sanctifiés une certaine apparence de messe. Le prêtre, en effet, mélange dans le calice le vin et leau etle pose sur le corporal; puis, encensant les oblations, il dit :« Que cet encens bénit par vous sélève, Seigneur, jusquà vous,et que votre miséricorde descende sur nous. » Lencens symbolise la prière et ladoration que nous rendonsà Dieu. Cest pourquoi Jean, dans lApocalypse, vit lange prèsde lautel du temple, élevant en présence de Dieu lencensoirfumant. Lencens, il lexplique lui-même, représente les œuvresméritoires des saints; dans le ciel, les anges exercent loffice demédiateurs entre Dieu et nous. Ils présentent à la majestédivine nos besoins et nos prières, et nous rapportent les misé-ricordes du Seigneur. En encensant lautel, le prêtre dit, conformément au ritehabituel : « Que ma prière monte CTS Vous, Seigneur, comme lencens;que lélévation de mes bras tienne lieu de sacrifice du soir.Mettez, ô Yahweh, un sceau à ma bouche, gardez la porte demes lèvres; ninclinez pas mon cœur à des actions mauvaises, nià tramer des complots avec méchanceté. » Lantique sacrifice vespéral de lencens, dont parle ici lepsaume 140, a été remplacé dans le Nouveau Testament parcelui de la Croix, sur laquelle Jésus étendit les bras, soffrantpour nous au Père.
  • Rendant lencensoir au diacre, le prêtre dit : a Que le Seigneur allume en nous le feu de son amour, et laflamme dune éternelle charité. Amen. » « O Seigneur Dieu, accueillez nos esprits humiliés et nosâmes contrites, et quainsi notre sacrifice saccomplisse aujour-dhui en votre présence et quil vous soit agréable. » Aujourdhui, en signe de deuil, on omet loffrande proprementdite du Sacrifice eucharistique. En compensation, lon présente au Seigneur le mérite du sacrifice sanglant du Calvaire, auquelnous nous associons moyennant lhumiliation et la contritiondu cœur. Tourné vers le peuple, le prêtre dit : « Priez, ô frères,pour que ce sacrifice, qui est le mien et le vôtre, soit acceptéde Dieu le Père tout-puissant. » On omet entièrement lanaphore consécratoire, et lon passetout de suite à loraison dominicale, qui, dans lantiquité, étaitpar excellence la prière de préparation immédiate à la sainteCommunion. Dans la liturgie romaine, toutes les anaphores consécratoireset loraison dominicale sont précédées, par respect, dune brèveformule ( = préface) de préparation : Prière. « Nous souvenant des préceptes salutaires, — cest-à-dire de participer à vos Mystères sacrés, — et enseignés àlécole du saint Evangile, nous osons enfin dire : « Notre Père,qui êtes aux cieux, etc. » 19. « Mais délivrez-nous du mal. » L E PRÊTRE : « Amen. » « Délivrez-nous, Seigneur, nous vous en prions, de touteadversité passée — nous remettant la peine due aux fautescommises — présente et future; et par lintercession de la bien-heureuse et glorieuse Marie toujours Vierge et Mère de Dieu,des bienheureux apôtres Pierre, Paul (André) et de tous lessaints, accordez la paix à nos jours; afin que, secourus par votremiséricorde, nous fuyions toujours le péché et vivions à labride tout trouble. Par le même notre Seigneur, etc. » Avant la fractio fianis, le célébrant élève à la vue du peuplela sainte Hostie, afin que les fidèles contemplent et adorent ledivin Sacrement. Puis il rompt les saintes Espèces, et en metune parcelle dans le calice, pour sanctifier ainsi le vin et leau
  • qui, en ce jour, ne se consacrent pas, puisquils symbolisentseulement le sang et leau jaillis du côté transpercé de Jésus. Avant de communier, le prêtre récite la prière suivante :« Que votre corps, ô Jésus-Christ mon Seigneur, auquel joseparticiper malgré mon indignité, ne se tourne pas contre moien sujet de jugement et de condamnation, mais, dans votremiséricorde, quil me soit comme un remède, pour garder monâme et mon cœur. Vous qui vivez et régnez, etc. » Je prendrai le pain du ciel et jinvoquerai le nom du Seigneur. » Seigneur, je ne suis point digne que vous entriez sous montoit, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie »(trois fois). » Que le Corps de notre Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie éternelle. Ainsi soit-il. » Selon les plus anciens Ordines Romani, même en ce jour le peuple sapprochait de la sainte Communion, Cette partici- pation aux divins Mystères aujourdhui assumait une signi-fication tout à fait spéciale, celle qui nous est indiquée par saint Paul. Participer à la chair de la victime, cest se proclamersolidaire de son sacrifice; ainsi, en communiant, avons-nous part aux mérites de la mort du Seigneur. Après la communion. « Ce que nous avons reçu visiblement, faites, Seigneur, que nous le possédions avec la pureté delâme, afin que le don obtenu durant la vie présente se trans-forme en remède pour léternité. » La Messe des Présanctifiés étant terminée, on ôte de lautella nappe et les chandeliers, comme cela se faisait dans lanti-quité chaque fois que le divin Sacrifice était achevé. En ce jour, au moyen âge, le Pape, outre lhabituel cursus ede lOifice —qui, encore aujourdhui, aux trois derniers jours d tla Semaine sainte, conserve intact le type primitif de lOfficeromain, sans Deus in adiutorium, sans hymnes, sans doxo-logies responsoriales — le Pape récitait privément le psautiertout entier. Cet usage était suivi aussi par de nombreux laïqueset subsiste encore dans quelques familles religieuses. Les OrdinesRomani prescrivent que, dans le palais pontifical, on ne serveaujourdhui aucun mets cuit, mais seulement du pain, de leauet des herbes.
  • Jésus est mort pour moi. 11 ma tant aimé quil a sacrifiésa vie pour moi. Bien plus, pour que je ne perdisse pas le sou-venir de son amour, il a voulu instituer le Sacrifice eucharis-tique, qui, commémorant celui du Calvaire, men applique tousles mérites. Pour cette raison, lÉglise célèbre tous les jours lamort de Jésus, car, à légal dEve qui sortit du côté dAdamendormi, elle jaillit aujourdhui du Cœur adorable de Jésusen croix. Quel profond mystère cache la liturgie de ce jour !Jésus meurt et lÉglise naît. Il expire, dépouillé et exsan-gue, pour revêtir lEglise du vêtement de limmortalité et pourrépandre en elle la joie dune jeunesse impérissable. Pour cor-respondre à lexcès damour de Jésus, — cest le mot quem-ploie le saint Évangile, — nous devons professer une tendre dévotion pour le sacrifice eucharistique et pour limage du divin Crucifié, que nous ne devrions jamais regarder sans nous attendrir et sans fondre en larmes de reconnaissance pour unsi grand bienfait. Chaque fois que nous présentons au Père éter-nel limage de la Croix, il sattendrit, comme cela fut révéléjadis à sainte Gertrude, et il sémeut dune grande pitié pour nous pécheurs. Nous empruntons à la liturgie byzantine lantienne suivante : Vitale Cor tuutn, tamquam fons T o n Cœur vital, c o m m e la sourceex Eden scaturiens, Ecclesiam tuam, jaillissant d e lËden, arrose, ô Christ,Christe, tamquam rationalem ortum t o n Église, semblable à u n jardinadaquat : inde, tamquam ex prae- spirituel. D e là, c o m m e dune sourcecipuo fonte se dividens in quatuor principale, il s e divise e n quatreEvangelia ; mundum irrigans, créa- évangiles : arrosant l e m o n d e , ré-turam laeiificans, gentesque fide- jouissant la créature, apprenant fi-liter docens venerari regnum iuum. d è l e m e n t a u x n a t i o n s à vénérer t o n règne. SAMEDI SAINT. Collecte au Latran pour les Catéchumènes. E samedi pascal comportait dans lantiquité un jeûne siL rigoureux quil se prolongeait du vendredi soir jusquàlaurore de la résurrection. A Rome, les enfants eux-mêmes nenétaient pas dispensés. Cest pour cette raison quon ne célébraitpas aujourdhui le banquet eucharistique, puisque toute lÉglise
  • SAMEDI SAINTétait comme dans la pieuse attente de larrivée de la nuit sacréeoù lon solenniserait le mystère de la résurrection du Christ. Le Samedi saint de grand matin, au Latran, larchidiacrefaisait fondre de la cire ; il y répandait du chrême, la bénissaitet la versait en de petits moules ovales sur lesquels était impriméelimage du mystique Agneau de Dieu. Ces Agnus Dei étaientensuite distribués aux fidèles à la messe du samedi in Albis,comme eulogies et souvenirs de la solennité pascale. Hors de Rome, là où était en vigueur lancien rite du Lucer-naire du soir et de la bénédiction du cierge pascal, la cire dont se tiraient les Agnus Dei était précisément celle qui restait dugrand cierge destiné à éclairer lambon dans la nuit de Pâques.Toutefois Rome consentit plus tard seulement à adopter ce ritedu Lucernaire pascal et pour sadapter à lusage répandudepuis le V siècle, de distribuer au peuple des Agnus Dei de Ecire, elle en attribua la confection à larchidiacre. Il faut remarquer en effet quà Rome, à la différence desautres Églises, ces eulogies papales étaient sans relation avecle cierge pascal. Durant le bas moyen âge, la signification etlefficacité de ces Agnus Dei furent décrites dans les versléonins suivants :Balsamus et munda cera cum chri- L e b a u m e e t la cire pure joints à la smatis unda, liqueur d u chrême,Conficiunt Agnum, quod munus do C o m p o s e n t lAgneau q u e je toffre tibi magnum. c o m m e un don précieux.Fonte veîut natum, per mystica C o m m e n é de la fontaine, sanctifié sanctiftcatum, p a r d e s mystères,Fulgura desursum peliit et omne II éloigne la foudre e t t o u t mal. malignum.Peccatum frangil. ut Christi san- Il brise le péché, e t le détruit, t o u t guis et angit, c o m m e le fait le sang d u Christ,Pregnans servatur, simul et parius II conserve la mère, e t lui v a u t u n e liberatîtr. heureuse délivrance.Munera fevt dignis, virtutem des- Il apporte des dons à ceux qui en truit ignis, s o n t dignes, il détruit la force du f e u ;Portatus munde, de fluctibus eripit P o r t é dignement, il arrache a u x undae. flots d e londe.Morte repentina servat, Satanaeque II préserve de la mort subite, e t d e s ruina, malheurs sataniques;
  • Si quis honorât eum retinet super Si quelquun lhonore, il a u i a l a hostem trophaeum. victoire sur lennemi.Parsque minor tantum, iota valet U n fragment v a u t a u t a n t q u e intégra quantum. lAgnus entier.Agnus Dei, miserere mei ; Agneau d e D i e u , a y e z pitié d e m o i ;Qui crimina tollis, miserere nobis. V o u s q u i effacez les péchés, a y e z pitié d e n o u s . Dans les siècles plus rapprochés de nous, la bénédiction des Agnus Dei fut réservée aux pontifes romains, qui ont lhabitude de laccomplir solennellement au commencement de leur pon- tificat, puis tous les cinq ans. Selon les Ordines Romani, le Samedi saint, vers lheure de tierce, les catéchumènes se réunissaient une avant-dernière fois au Latran dans la basilique du Sauveur. Les garçons se ran- geaient à droite, et les filles à gauche. Le prêtre commençait par tracer sur leur front le signe de la rédemption; puis, imposant les mains sur la tête de chacun, il récitait lexorcisme : Nec te lateat, Satana, qui fait encore partie du rituel baptismal pour les adultes. Après linjonction faite à Satan de se retirer et de faire place à lEsprit Saint, pour évoquer le souvenir du Sauveur qui, dun peu de salive et au commandement : Ephpheta guérissait les aveugles, les sourds et les muets, le prêtre touchait, de son doigt humecté de salive, le nez et les oreilles des catéchumènes,leur disant encore à chacun : « Ouvre-toi à la grâce du Saint- Esprit. Et toi, démon, va-ten, car le jugement de Dieu est imminent. » Dans lantiquité, alors que le monde demeurait en grandepartie corrompu et idolâtre, le baptême des adultes com-portait vraiment une conversion décisive à Dieu, et était lerésultat dune lutte suprême entre lâme et le démon. Lâmevoulait saffranchir de la servitude honteuse de Satan, qui, parles séductions du vice et la force des passions, faisait tout pourne pas laisser échapper sa proie. Linstant où le catéchumènedescendait dans la piscine baptismale était le moment décisifde la lutte; aussi, à limitation de ce quavaient coutume defaire les athlètes dans le stade, où, avant de commencer à lutter,ils oignaient dhuile leurs membres, la sainte Mère Église oignait
  • eL E SACRIFICE D A B R A H A M Fresque du 111 siècle, au cimetière de Priscilla.
  • ses athlètes avec lhuile bénite des catéchumènes, afin de lesfortifier pour le combat. Le moment était solennel. A la demande du Pontife : « Renon-ces-tu à Satan? » chacun des aspirants, lindex tendu verslOccident, région des ombres, du couchant et des ténèbresnocturnes, disait : « Je renonce à toi, ô Satan, à ta gloire, à tesœuvres. » Puis, se tournant vers lOrient, le candidat pronon-çait la formule sainte de sa consécration : « Je me dédie à toi,ô Lumière incréée. » Après une nouvelle imposition des mains du prêtre et unnouvel exorcisme, venait la cérémonie très solennelle de laredditio Symboli, dans laquelle les catéchumènes devaient faireleur profession de foi chrétienne, selon la formule qui leur avaitété précédemment expliquée par le Pontife, dans la stationin aperitione aurium, le mercredi précédant le dimanche de la Passion. Les Ordines Romani qui nous décrivent les rites delinitiation chrétienne en usage au V I I I siècle simplifient beau- e coup ici la cérémonie, et font réciter le Credo — et cest là lapremière destination liturgique du symbole : une formuleprébaptismale de foi catholique — par le prêtre seul, pendantquil imposait les mains sur les aspirants. Mais saint Augustin,nous décrivant dans ses Confessions 1 la conversion du rhéteur Victorin, nous dit quà Rome il était dusage que les caté-chumènes eux-mêmes, chacun à son tour, récitassent le symboleà lambon, en présence du peuple, déclarant ainsi publiquementleur foi. Quand arriva le tour de Victorin, ajoute le saint, les prêtrespar égard à la célébrité de sa réputation, lui offrirent de recevoiren particulier sa profession de foi, lui épargnant ainsi cettecomparution en public; mais le pieux converti ne voulut pasaccepter cette exception faite en sa faveur, observant que, demême quautrefois il navait pas éprouvé de difficulté à tenirpubliquement école déloquence, ainsi ne pouvait-il se dispensermaintenant dannoncer devant la multitude du peuple sa foichrétienne. Il monta donc à lambon. En le voyant, la foule poussa un 1. Confess., lib. V I I , n.
  • cri de joie et dadmiration tout ensemble : Victorin ! Victorin !Et Victorin, intrépide à lambon, récita au milieu de lémotionde lassemblée son Credo, ce Credo qui, sur ses lèvres et en cemoment, revêtait une signification spéciale, puisquil représen-tait une nouvelle victoire de la folie de la Croix sur tout lor-gueil de la sagesse charnelle. Cétait une nouvelle apologie duchristianisme, un triomphe de la Foi. Après une dernière prière, les catéchumènes étaient congé-diés : Catechumeni recédant. Filii charissirni, revertimini inlocis vestris, expectantes horam qua fiossit circa vos Dei gratia baptismum ofierari. De même que le Christ, durant toute la journée du sabbat,avait reposé dans le sépulcre, ainsi, en ce même jour, lesfidèles, jeûnant et priant, avaient coutume dattendre que las-tre des nuits apparût au ciel, pour se rendre alors au baptistèreapostolique de la via Salaria ou du Vatican, où, primitivement,lon administrait le baptême. Dans les anciens Ordines on ne parle pas dOffice divin leSamedi saint. En outre dune règle de sage discrétion, eu égardau jeûne et aux fatigues de la vigile pascale qui allait commencer,il semblait, tant que le Christ était retenu dans le sépulcre, quela prière privée sadaptait mieux au pieux symbolisme de cetteattente. Le psautier nous apprend très heureusement à pénétrerce mystère, puisquun grand nombre de psaumes décriventprécisément les sentiments de Jésus qui, dans lobscurité de la tombe, supplie le Père de lui accorder le triomphe de sa résur- rection. Au soir de la parascève, le terrible artisan, qui avait accompli son œuvre réparatrice pour trente deniers, — et qui, par labouche de Jérémie avait même défié Israël de trouver quelque chose à reprendre à son travail et à léquité du salaire, — cet artisan inflexible sétait pourtant étendu sur son lit de repos, et les disciples, portant son cadavre au tombeau, avaient chanté, selon le rituel funéraire des Hébreux, le beau psaume : Qui habitat in adiutorio Altissimi, avec le verset fatidique : In pace,in idipsum dormiam et requiescam. Maintenant lhumiliation et le sacrifice devaient être com- plets, et tandis que lâme de Jésus annonçait la Rédemption
  • déjà accomplie aux trépassés se trouvant dans les Limbes, soncorps, à légal dun grain de blé déposé dans le sein de la terre,devait subir lhumiliation du tombeau; personne ne pourrait,de la sorte, douter de la vérité de sa mort, et, par suite, de sarésurrection future. Bien plus, pour exclure toute possibilitéde doute, tous les amis de Jésus sont éloignés de sa tombe, etles Juifs sont eux-mêmes chargés par la sagesse de Dieu dexé-cuter la reconnaissance juridique des faits qui se déroulent àlintérieur de la caverne sépulcrale. Le Sanhédrin y apposedonc ses sceaux, et place ses gardes en faction afin que personnenose toucher, daucune façon, à ce tombeau... Mais quoi?...A laube du troisième jour, le Christ ressuscite triomphant dela mort ; les apôtres, et, durant plus de dix-neuf siècles lÉglise,le prêchent vraiment vivant à toutes les nations croyantes, qui,grâce à la foi, ont part, elles aussi, à sa résurrection. Et Israël?Tandis que lhumanité tout entière, en une Pâque sans fin,célèbre son propre triomphe sur la mort et sur lenfer, la Syna-gogue se tient encore, en armes, au sépulcre du Crucifié, prêteà mettre la main à lépée si le Christ osait briser les sceaux duSanhédrin et sortir libre de sa tombe. Le temps où Jésus demeure au tombeau désigne fort biencelui de notre vie présente, qui nest quune attente de notrefuture et complète résurrection. Maintenant, nous commençonsà ressusciter à la grâce, et cest pourquoi cette nuit, célébrantla solennité pascale, nous ne disons pas la Pâque du Christ, maisbien Pascha nostrum immolatus est, notre Pâque a été immolée.Toutefois la fête nest pas complète; trop de choses demeurenten nous inertes dans le sépulcre de la nature corrompue, ousont encore enveloppées dans les ombres de lignorance. LaFoi cependant nous soutient, et lespérance se porte garantepour nous aussi. Mais, en attendant, nous devons nous résignerà passer, dans une pieuse attente, notre mystique Samedi saint.Cette résurrection partielle de lâme nous est accordée commepar anticipation — de même que la discipline ecclésiastiqueactuelle anticipe la célébration de la résurrection de Jésus audernier jour du Carême. Mais il sagit dun simple acompte.Il demeure toujours vrai quaujourdhui cest le temps de lapassion et du carême. Elle viendra, elle viendra, la Pâque
  • véritable et complète dans sa plus vaste signification. Etquand? Lorsque le Christ, lui aussi, cessera doffrir quoti-diennement, par la main de ses prêtres, les mystères eucha-ristiques commémorant sa mort, et inaugurera sur lautel duciel une liturgie nouvelle, celle de luniverselle et éternellePâque de résurrection.
  • APPENDICE Pour la commodité desfidèlesqui, à Rome, durant le Carême,se rendent, en pieux pèlerinage, dans les églises stationnalespour y gagner les saintes indulgences, nous ajouterons iciquelques prières tirées de lantique liturgie. INDULGENCES STATIONNALES. Dans le but dexciter la piété des fidèles envers la pieusepratique de la visite des basiliques stationnales de Rome, auxjours indiqués par le missel, les Souverains Pontifes, dès lesderniers siècles du moyen âge, concédèrent des indulgences quePie VI confirma et promulgua par un rescrit de la Sacrée Congré-gation des Indulgences le 9 juillet 1777 (Rescr. Auth., I, 313).En voici le détail : Indulgences Le jour de Noël, le jeudi saint, pour plênières :Pâques et pour lAscension. Indulgences partielles : a) 30 ans et 30 quarantaines Aux fêtes de saint Etienne, :saint Jean Évangéliste, saints Innocents, la Circoncision,lEpiphanie, les dimanches de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime; le vendredi et le samedi saints; durant loctavede Pâques jusquau dimanche in Albis ; en la fête de saint MarcÉvangéliste; les trois jours des Rogations, le jour de la Pente-côte et durant son octave jusquau samedi inclusivement; b) 15 ans et 15 quarantaines : Le dimanche des Rameaux; e r e e c) 10 ans et 10 quarantaines : Les I , I I et I V dimanchesde lAvent, tous les jours du Carême non indiqués ci-dessus;la vigile de la Pentecôte; les jours des Quatre-Temps, sauf ceuxdurant loctave de la Pentecôte, mentionnés plus haut Les pontifes romains ont concédé aux cardinaux de la sainteÉglise romaine, à quelques prélats, ordres, congrégations et 1. Cf. F r . BERINGER, S. ]., Die Ablâsse. Paderborn, 1895, p p . 413-415.
  • communautés religieuses, le privilège de pouvoir gagner lesindulgences stationnales en visitant leurs églises ou chapellesrespectives. Les conditions et le mode des dites visites de sub-stitution sont variés et indiqués dans les respectifs rescritsde concession. Généralement, les conditions requises pour gagner les indul-gences stationnales sont la Confession et la sainte Communionpour les indulgences plénières; létat de grâce ou la contritionpour les partielles. De plus, la visite de léglise stationnale aujour indiqué par le missel romain et une prière selon les inten-tions des Souverains Pontifes, pour lexaltation de lÉglise, laconcorde et la paix des nations catholiques dans le bien. Quel-quefois, certaines églises, peu distantes de la basilique station-nale, participent, par concession apostolique, au privilège de lastation; mais pour cela il nest imposé aucune obligation auxfidèles de visiter toutes ces églises où on célèbre solennellementla station; il suffit quon en visite une, en remplissant les autresconditions prescrites. Léon XII, par un Motu firofirio du 20 février 1827, aux fidèleshabitant Rome, qui, durant la sainte quarantaine, avec uncœur contrit visiteront léglise stationnale indiquée dans lemissel, concéda à perpétuité pour chaque fois une indulgencede quarante ans et autant de quarantaines, applicable auxdéfunts; à ceux qui, en trois jours distincts, auront accompli lesdites visites, il accorda lindulgence plénière, applicable aux âmes du Purgatoire, en un jour à leur choix, où, sétant con-fessés et ayant communié, ils auront visité une église publique.Le même Pontife voulut prescrire aussi le mode selon lequel lesconfréries et les pieux fidèles devaient accomplir ces visitesstationnales ; il fallait se rendre dabord dans une église publique,où se récitaient quelques prières devant le très saint Sacrement ;de là, le cortège se dirigeait vers la basilique stationnale, disanten chemin le psaume Miserere, avec cinq Pater, Ave et Gloria,et dautres pieuses formules en lhonneur de la passion duSauveur. Arrivés à léglise stationnale on récitait les litanies dessaints avec dautres versets et les collectes indiquées. Tout ce rite, qui voulait être comme un lointain souvenir delantique procession du peuple romain à la station, était décrit
  • dans une opuscule spécial, publié par limprimerie de la Révé-rende Chambre Apostolique, et, durant de longues années, ilfut constamment pratiqué à Rome par les fidèles. Seulementles conditions différentes des temps nouveaux rendirent moinsopportune la procession stationnale à travers les voies publi-ques, aussi la célébra-t-on dabord, avec les mêmes rites et lesmêmes prières dans lintérieur des titres; puis, en vertu duninduit de Léon XIII, les prières furent modifiées et ramenéesà une forme plus rituelle, en harmonie avec le caractère litur-gique bien déterminé que revêt maintenant cette processionstationnale laissée pendant un temps à la dévotion privée desconfréries. Quand, de léglise où se célébrait la collecte, le cortège sedirigeait processionnellement vers léglise désignée pour lastation, on chantait les litanies des saints. L A LITANIE DE LA PROCESSION STATIONNALE. Antiphona. Antienne. Sancta Maria et omnes Sancti Que sainte Marie e t t o u s les saints,tui, quaêsumus, Domine, nos ubi- nous v o u s le demandons. Seigneur,que ddjuvent, ut dum eôrum mérita n o u s aident e n tous lieux, afin q u erecôlimus, patrocinia sentiamus, et t a n d i s q u e n o u s rappelons leurspacem tuam nostris concède tempô- mérites, n o u s sentions leur p a t r o -ribus, et ab Ecclésia tua cunctam n a g e ; d o n n e z v o t r e p a i x à nos t e m p srepèlle nequitiam. e t éloignez de v o t r e Église t o u t ce qui p e u t lui nuire.Kyrie, eleison. Seigneur, a y e z pitié d e nous.Christe, eleison. Christ, a y e z pitié de nous.Kyrie, eleison. Seigneur, a y e z pitié d e nous.Christe, audi nos. Christ, écoutez-nous.Christe, ex&udi nos. Christ, e x a u c e z - n o u s .Pater de caelis, Deus, miserere Père céleste, Dieu, a y e z pitié d e no bis. nous.Fili, Redèmptor mundi, Deus, mise- Fils, R é d e m p t e u r d n monde, D i e u , rere nobis. a y e z pitié de nous.Spiriius Sancte, Deus, miserere Esprit Saint, D i e u , a y e z pitié d e nobis. nous.Sancta Trinitas, unus Deus, mise- Sainte Trinité, u n seul Dieu, a y e z rere nobis. pitié d e nous.Sancta Maria, or a pro nobis. Sainte Marie, priez pour nous.Sancta Dei Gênitrix, ora. Sainte Mère d e D i e u , p r . pour n o u s .
  • Sancta Vif go vïrginum, ora. Sainte Vierge d e s vierges, p . p . n .Sancte Michaël, ora. Saint Michel,Sancte Gabriel, ora. Saint Gabriel,Sancte Raphaël, ora. Saint R a p h a ë l ,Omnes sancti Angeli et Archângeli, T o u s les saints A n g e s e t Archan- orâte pro nobis. ges,Omnes sancti beatôrum SpirituumT o u s les saints Ordres des esprits ordines, orâte pro nobis. bienheureux,Sancte Ioânnes Baptista, ora. Saint J e a n - B a p t i s t e ,Sancte Joseph, ora. Saint J o s e p h , Omnes sancti Patriârchae et Pro- T o u s les s a i n t s Patriarches e t P r o - phètae, orâte pro nobis. phètes,Sancte Peire, ora. Saint Pierre,Sancte Paule, ora. Saint Paul,Sancte Andréa, ora. S a i n t André,Sancte Iacôbe, ora. Saint J a c q u e s ,Sancte Ioânnes, ora. Saint J e a n ,Sancte Thoma, ora. Saint T h o m a s ,Sancte Iacôbe, ora. Saint J a c q u e s ,Sancte Philippe, ora. Saint Philippe,Sancte Bartholomaée, ora. Saint B a r t h é l é m y ,Sancte Matthaée, ora. Saint M a t t h i e u ,Sancte Simon, ora. Saint S i m o n ,Sancte Thaddaée, ora. Saint T h a d d é e ,Sancte Matthia, ora. Saint Mathias,Sancte Bâmaba, ora. Saint B a r n a b e ,Sancte Luca, ora. S a i n t L u c ,Sancte Marée, ora. Saint Marc,Omnes sancti Apôstoli et Evange- T o u s les s a i n t s Apôtres e t É v a n g é - listae, orâte pro nobis. listes,Omnes sancti Discipuli Dômini, T o u s les saints Disciples d u Sei- orâte pro nobis. gneur,Omnes sancti Innocentes, orâte pro o u s les saints Innocents, T nobis.Sancte Stéphane, ora. Saint E t i e n n e ,Sancte Laurénti, ora. S a i n t L a u r e n t ,Sancte Vincénti, ora. Saint V i n c e n t ,Sancti Fabiâne et Sebastiâne, orâte Saints F a b i e n e t Sébastien, pro nobis.Sancti Ioânnes et Paule, oraie. Saints J e a n e t Paul,Sancti Cosma et Damiâne, orâte. Saints C ô m e e t D a m i e n ,Sancti Gervâsi et Protâsi, orâte. Saints Gervais e t Protais,Omnes sancti Martyres, orâte. T o u s les s a i n t s Martyrs,Sancte Silvéster, ora. Saint S y l v e s t r e ,Sancte Grêgori, ora. Saint Grégoire,Sancte Ambrosi, ora. S a i n t Ambroise,Sancte Augustine, ora. S a i n t A u g u s t i n ,Sancte Hierânyme, ora. S a i n t J é r ô m e ,
  • Sancte Martine, ora. Saint Martin, priez pour nous. Sancte Nicolaè, ora. Saint Nicolas, Omnes sandi Pontifices et Con- Tous les saints Pontifes e t Confes- fesseres, or AIE. seurs, Omnes sancti Doczôres, orâte. T o u s les saints D o c t e i u s , Sancte Antôni, ora. Saint Antoine, Sancte Bénédicte, ora. Saint Benoît, Sancte Bernârde, ora. Saint Bernard, Sancte Dominice, ora. Saint D o m i n i q u e ,Sancte Francisée, ora. Saint François, POmnes sancti Sacerdôtes et Levitae, Tous les saints Prêtres E Lévites, c T or die. u pOmnes sancti Mônachi et Eremitae, T o u s les saints Moines e t Ermites, g or cite. PnSancte Maria Magdalêna, ora. N Sainte Marie de Magdala, .gSancta Agatha, ora. Sainte Agathe,Sancta Lûcia, ora. Sainte Lucie,Sancta Agnes, ora. Sainte Agnès,Sancta Caecilia, ora. Sainte Cécile,Sancta Catharina, ora. Sainte Catherine,Sancta Anastâsia, ora. Sainte Anastasie,Omnes sanctae Virgines et Viduae, Toutes les saintes Vierges e t veuves, orâte.Omnes Sancti et Sanctae Dei, inier- T o u s les saints e t saintes de D i e u , cêdtte pro nobis. intercédez poiir nous.Propitius esto, parce nobis. DO- Soyez propice, pardonnez-nous, Sei- mine. gneur.Propitius esio, exâudi nos, DO- Soyez propice, exaucez-nous, Sei- mine. gneur.A b omni malo, libéra nos Domine, D e t o u t mal, délivrez-nous, Seigneur.A b omni peccâto, D e t o u t péché,A b ira tua, D e votre colère.A subitânea et improvisa morte, D e la m o r t subite e t imprévue,Ab insidiis diâboli, D e s e m b û c h e s du diable,A b ira et ôdio et omni mala volun- D e la colère, de la haine e t de t o u t e g tate. m a u v a i s e volonté, PA spiritu formcatiôms, .g D e lesprit dimpureté, BOA fûlgure et tempestâte, | D e la foudre e t de la tempête, 01A flagêllo terraemôtus, q D u fléau du tremblement D terre, m EA peste, famé et bello, D e la peste, de la famine E de la o T te guerre, gA morte perpétua, D e la mort perpétuelle, ^Per mystêrium sanctae Incarna- £ Par le mystère d e votre s a i n t e ^ tiônis tuae, Incarnation, ;gPer advénlum tuum, Par votre avènement,Per nativitatem tuam, Par votre nativité,Per baptismum et sanctum ieiû- Par votre b a p t ê m e e t votre saint nium tuum, jeûne,
  • Per crucem et passiônem tuam, ^ Par v o t r e croix e t v o t r e passion, ^Per mortem et sepultûram tuam, s Pai votre m o r t e t v o t r e sépulture, " 3 5Persanctamresurrectiônem tuam, o Par v o t r e sainte résurrection, wPer admirabilem ascensionem^ Par v o t r e admirable ascension, q tuam, gPer aâvèntum Spiritus Sancti § Par l a v è n e m e n t d u Saint-Esprit £ Parâcliti, ^ Paraclet fIn die iudicii. £ Au jour d u j u g e m e n t , ^Peccatôres, te rogamus, audi nos. Pécheurs, n o u s v o u s e n suppl., éc.-n.Ut nobis par cas, Que v o u s n o u s épargniez,Ut nobis indûlgeas, Que v o u s n o u s pardonniez,Ut ad veram poenitêntiam nos Que v o u s daigniez n o u s amener à perdûcere dignéris, u n e vraie pénitence,Ut Ecclésiam tuam sanctam ré- Que v o u s daigniez gouverner e t gere et conservâre dignéris, conserver v o t r e sainte Église,Ut Domnum Apostôlicum et om- Que v o u s daigniez conserver dans nes eccîesiâsticos Ordines in votre sainte religion le Seigneur sancta religiône conservâre di- apostolique, e t t o u s les ordres gnéris, ecclésiastiques,Ut inimicos sanctae Eccîêsiae Que v o u s daigniez humilier les humiliâre dignéris, e n n e m i s d e l a sainte Église, «Ut régibus et principibus chri- Que v o u s daigniez donner la p a i x o stiânis pacem et veram concôr- et la vraie concorde a u x rois ^ diam donâre dignéris, e t a u x princes chrétiens, £Ut cuncto populo christiâno pa~ 8 Que v o u s daigniez accorder à t o u t g cem et unitâtem largiri dignê- m le p e u p l e chrétien la p a i x et<J ris, | lunité, „jUt omnes errantes ad unitâtem « Que v o u s daigniez rappeler c e u x g Eccîêsiae revocâre, et infidèles qui errent à lunité de l É g l i s e / ^ univêvsos ad Evangêhi lumen g e t conduire à l a lumière de perdûcere dignéris, l É v a n g i l e t o u s les infidèles, S g,Ui nosmetipsos in tuo sancto ser- g Que v o u s daigniez nous fortifier a vitio confondre et conservâre « n o u s - m ê m e s dans votre saint m dignéris, service e t n o u s y conserver, gUt mentes nostras ad caelêstia de- Que v o u s éleviez n o s âmes à de > sidêria érigas, célestes désirs, gUt omnibus benefactôribus nos- Que v o u s accordiez à t o u s nos g tris sempitérna bona rétribuas, bienfaiteurs les biens éternels.Ut animas nostras, fratrum, pro- Que v o u s arrachiez n o s âmes, pinquôrum et benefactôrum no- celles d e n o s frères, de n o s pro- strôrum ab aetêrna damna- ches e t d e n o s bienfaiteurs, à tiône eripias, léternelle d a m n a t i o n ,Ut fructus terrae dare et conser- Que v o u s daigniez donner ë t vâre dignéris, conserver les fruits d e la terre,Ut omnibus fidélibus defûnctis ré- Que v o u s daigniez donner à tous uiem aetêrnam donâre dignéris, les fidèles défunts le repos éternel,Ut nos exaudire dignéris, Que v o u s daigniez n o u s exaucer,Fili Dei, Fils d e D i e u ,
  • Agnus Dei, qui tollis peccâta mun- A g n e a u de D i e u q u i ôtez les péchés di, parce nobis, Domine, du monde, pardonnez-nous, Sei- gneur. A gnus Dei, qui tollis peccâta mundi, A g n e a u de Dieu, qui ôtez les p é - exâudi nos Domine. chés du monde, exaucez-nous. Seigneur.Agnus Dei, qui tollis peccâta mundi, A g n e a u de D i e u , q u i ôtez les péchés miserere nobis. du m o n d e a y e z p i t i é de nous. Christe, audi nos. Christ, écoutez-nous.Christe, exâudi nos. Christ, exaucez-nous.Kyrie, eleison. Seigneur, a y e z pitié.Christe, eleison. Christ, a y e z pitié.Kyrie, eleison. Seigneur, a y e z pitié. Pater noster secreto usque a d : N o t r e Père à voix basse jusquà : f. Et ne nos inducas in tenta- f. E t n e nous laissez p a s succombertiônem. à la t e n t a t i o n . T . Sed libéra nos a malo. V R7. Mais d éli vi ez-n ou s du mal. Psalmus L . Psaume L. Miserere mei, Deus, * secundum A y e z pitié de m o i , ô Dieu, selon magnam misericôrdiam tuam. votre grande miséricorde. Et secundum multitûdinem mise- E t selon limmensité de votre com-ratiônum tuârum, * dele iniqui- misération, efEacez m o n iniquité.tâtem meam. Amplius lava me ab iniquitdte Lavez-moi de plus e n plus de m o n mea : * et a peceâto meo munda me. iniquité, e t purifiez-moi d e m o n péché. Quôniam iniquitdtem meam ego Parce que moi j e connais m o n ini-cognôsco : * et peceâtum meum con- q u i t é ; e t m o n p é c h é e s t toujourstra me est semper. d e v a n t moi. Tibi soli peccâvi, et malum co- Jai péché contre v o u s seul, e t jairam te feci : * ut iustificêris in ser- fait le m a l d e v a n t v o u s ; afin q u emônibus tuis, et vincas cum iudi- v o u s s o y e z justifié d a n s v o s paroles,câris. e t q u e v o u s soyez vainqueur quand v o u s jugerez (pardonnez-moi). Ecce enim in iniquitâtibus con- Car jai é t é conçu dans liniquité,cèptus sum : * et in peceâtis concé- e t cest dans le péché q u e m a mèrepit me mater mea. ma conçu. Ecce enim veritâtem dilexisti : "Vous a v e z aimé l a vérité : v o u s * incéria et occulta sapièntiae tuae mavez manifesté les secrets m y s -manifestâsti mihi. térieux e t cachés de votre sagesse. Asperges me hyssôpo, et mun- Vous marroserez a v e c lhysopedâbor : * lavâbis me, et super nivem e t j e serai purifié; v o u s m e laverez,dealbâbor. e t j e serai plus blanc q u e l a neige. Auditui meo dabis gâudium et V o u s m e ferez entendre l a joie e tlaetitiam : * et exsultâbunt ossa lallégresse, e t m e s o s humiliés tres-humiliât a. sailliront consolés.
  • Avérte fàciem tuam a peccâtis D é t o u r n e z votre face d e m e smeis ; * et omnes iniquilâtes me as péchés, e t effacez t o u t e s m e s ini-de le. quités. Cor mundum créa in me, Deus ; Créez e n moi u n c œ u r pur, ô D i e u ,* et spiritum rectum innova in vis- e t renouvelez lesprit droit dans m e scéribus meis. entrailles. Ne pYoiicias me a fâcie tua : * N e m e rejetez p a s de votre face,et spiritum sanctum tuum ne du- et n e retirez p a s d e m o i v o t r eferas a me. Esprit Saint. Redde mihi laetiiiam salutdris R e n d e z - m o i l a joie d e votrelui : * et spiritu principâli con- salut, e t confirmez-moi par l E s p r i tfirma me. de force. Docêbo iniquos vias tuas ; * et Jenseignerai v o s voies a u x m é -impii ad te convertêntur. chants, e t l e s impies se convertiront à vous. Libéra me de sanguinibus, Deus, % D é l i v r e z - m o i d u sang q u e j a iDeus salûtis meae : * et exsultâbit versé, ô D i e u , D i e u d e m o n s a l u t ;lingua me a iustitiam tuam. e t m a l a n g u e chantera a v e c joie votre justice. Domine, lâbia me a apéries ; * Seigneur, v o u s ouvrirez m e s l è -et os meum annuntidbit laudem vres, e t m a bouche annonceratuam. votre l o u a n g e . Quôniam si voluisses sacrifi- Si v o u s aviez voulu u n sacrifice,cium, dedissem û tique ; * holo- je v o u s leusse certainement d o n n é :câustis non détecta beris. mais v o u s n e v o u s plaisez pas dans les holocaustes. Sacrificium Deo spiritus coniri- U n sacrifice à faire à D i e u , cestbulâtus : * cor conlritum, et humi- celui dun esprit brisé par le repen-liâtum, Deus, non despicies. tir : ô D i e u , v o u s n e mépriserez p a s un c œ u r c o n t r i t e t humilié. Bénigne foc, Domine, in bona Seigneur, d a n s votre bonne v o -voluntâte tua Sion : * ut aedificén- lonté, traitez Sion a v e c bienveil-tur mûri Ierûsalem. lance, afin q u e les murs d e Jéru- salem s o i e n t construits. Tune acceptâbis sacrificium ius- Alors v o u s accepterez le sacrificetitiae, oblatiônes, et holocâusta ; * de justice, l e s oblations e t l e s h o l o -tune impônent super altare tuum caustes, alors o n placera des génissesvitulos. sur v o t r e autel. Gloria, etc. Gloire a u Père, e t c . f. Exâudi, Domine, sûpplicum f. E x a u c e z , Seigneur, les prièrespreces. de c e u x q u i v o u s supplient. xy. Et confitêntium tibiparce pec- iy. E t p a r d o n n e z les péchés d e ceuxcâtis. qui v o u s les confessent. f. Rêspice, Domine, ad humili- f. Regardez, Seigneur, notre peti-tâtem nostram. tesse. ly. Et non déseras nosintémpore s?. E t n e n o u s abandonnez p a s a utribulatiônis. t e m p s d e la tribulation.
  • f. Gregem tuum, Pastov aetêrne, f. N a b a n d o n n e z p a s , ô Pasteurnon déseras. éternel, v o t r e troupeau. R7- Sed per beâtos Apôstoîos tuos RT. Mais par v o s bienheureux Apô-perpétua defensiône custôdias. tres, gardez-le sous votre perpé- tuelle protection. Osténâe nobis, Démine, mise- f. Montrez-nous, Seigneur, v o t r ericôrdiam tuam. miséricorde. R7. Et salut are tuum da nobis. vj. E t donnez-nous votre salut. f. Orémus pro Pontifice nostro N. f. Prions pour notre Pontife N . RT. Dominus consérvet eum, et vivi- w. Que le Seigneur l e conserve, luificet eum, et beâtum fâciat eum in donne l a vie et le rende bienheureuxterra, et non tradat eum in ânimam sur c e t t e terre; quil ne le livre p a sinimicôrum eius. à lâme d e s e s ennemis. f. Fiat pax in virtûte tua. f. Que l a p a i x s o i t d a n s t a force. R?. Et abunddntia in tûrribus tuis. R7. E t labondance dans t e s tours. f. Domine, exâudi oratiônem f. Seigneur, e x a u c e z m a prière.meam. " 7 Et clamor meus ad te vêniat. R- R7. E t q u e m o n cri arrive à v o u s . f. Dominus vobiscum. f. L e Seigneur soit a v e c v o u s . R*. Et cum spiritu tuo. R*. E t a v e c v o t r e esprit. OREMUS. PRIONS. (Primo loco Collecta Missae (En premier lieu on récite la CollecteStationalis, omissa c o n c l u s i o n s ) de la Messe stationnale, mats on en omet la conclusion.) Ne despicias, omnipotens Deus, Ne méprisez pas, D i e u t o u t -pâpulum tuum in afflictiône cla- puissant, v o t r e peuple criant versmântem : sed propter glôriam nâmi- v o u s d a n s son affliction : mais à causenis tui, tribulàtis succûrre placâtus. de la gloire de v o t r e n o m , s o y e z propice a u x affligés et secourez-les. Ecclêsiae tuae, quaésumus. Do- Seigneur, accueillez favorablementmine, preces placâtus admitte : ut, nous v o u s le d e m a n d o n s , les prièresdeslrûciis adversiiâtibus et errô- de v o t r e Église, afin que, t o u t e s lesribus univérsis, secûra tibi sêrviat adversités e t t o u t e s les erreurs é t a n tlibertâte. détruites, elle v o u s serve dans u n e paisible liberté. Libéra, quaésumus, Domine, a Délivrez, n o u s v o u s en prions, Sei-peccâtis et hôstibus fâmulos tuos tibi gneur, des péchés e t des ennemis v o ssupplicântes : ut, in sancta con- serviteurs qui vous en supplient, afinversatiône vivantes, nullis afjîciân- que, passant saintement leur vie, ilstur adversiiâtibus. ne soient a t t e i n t s par aucune adver- sité. Deus, qui per immaculâtam Vir- O D i e u , q u i a v e c l I m m a c u l é e Con-ginis Conceptiônem diqnum Filio ception d e l a Vierge, avez préparétuo habitâculum praeparâsti : quaé- u n e digne demeure à v o t r e Fils, n o u ssumus ; ut qui ex morte eiûsdem v o u s prions afin q u e , c o m m e v o u sFilii tui praevisaeam ab omnilabe lavez préservée d e t o u t e tache p a r
  • praeservâsti, nos quoque mundos la m o r t p r é v u e d e ce m ê m e Fils,eius intevcessiône ad te pervenire v o u s n o u s accordiez à nous aussi,concédas. par son intercession, de parvenir purs près d e v o u s . Deus, qui, miro ôrdine, Angelô- O D i e u qui, d a n s u n ordre admi-rum ministèria hominûmque dis- rable, répartissez les ministères d e spensas : concède propitius ; ut, a Anges e t d e s h o m m e s , faites q u equibus tibi ministrânlibus in caelo notre v i e soit protégée sur la terrescmper assistitur, ah his in terra par c e u x q u i v o u s servent sans cesseviia nostra muniâtur. dans l e ciel. Sanctissimae Genitricis tuât N o u s v o u s d e m a n d o n s . Seigneur,Sponsi, quaésumus, Domine, mé- dêtre aidés p a r les mérites d e l É -ritis adiuvémur : ut, quod possi- p o u x d e v o t r e Très Sainte Mère,bilitas nostra non ôbtinet, eius afin q u e n o u s soit d o n n é par s o nnobis intercessiône donétur. intercession ce q u e notre pouvoir nobtiendrait p a s . Deus, omnium fidélium pastor et O D i e u , P a s t e u r e t chef d e t o u srector, fâmulum tuum N . , quem les fidèles, regardez f a v o i a b l e m e n tpastôr&m Ecclêsiae tuae praeêsse v o t r e serviteur N., q u e v o u s a v e zvohiisti, propitius rêspice : da ei, voulu être à l a t ê t e d e v o t r e Église :quaésumus ; verbo et exêmplo, qui- accordez-lui, n o u s v o u s e n p l i o n s ,bus praecst, proficere, ut ad vitam dêtre u t i l e par la parole e t parunacum grege sibi crédita pervéniat lexemple à c e u x d o n t il e s t chargésempitérnam. afin quil p a r v i e n n e à l a v i e éternelle a v e c le t r o u p e a u q u i lui e s t confié. Omnipotpns, sempiièrne Deus, Dieu t o u t - p u i s s a n t e t éternel quiqui vivôrum domindris simul et régnez sur les v i v a n t s e t sur l e smortuôrum omniûmque miserèris morts e t q u i usez d e miséricordequos tuos fide et opère futûros esse envers c e u x qui, grâce à leur foi e tpraenôscis : te supplices exorâmus ; à leurs b o n n e s œ u v r e s , sont de t o u t eut pro quibus effûndere preces de- éternité r e c o n n u s c o m m e v ô t r e s parcrévimus, quosque vel praesens V o u s - m ê m e : suppliants, nous v o u ssaéculum adhuc in carne rêtinet, vel en conjurons; faites q u e c e u x pourfutûrum iam exutos côrpore suscé- qui n o u s v o u l o u s v o u s prier, s o i tpit, intercedéniibusomnibus Sanciis q u e le siècle présent les retiennetuis, pietâtis tuae cleméntia,omnium encore d a n s l a chair, soit q u e l edelictôrum suôrum véniam conse- siècle futur les a i t déjà accueillisqudntur. Per Dôminum nostrum après leur sortie de leur corps,Iesum Christum Filium tuum, qui o b t i e n n e n t , par lintercession d e t o u stecum vivit et régnât in unitâte Spi- v o s saints e t p a r l a clémence d eriius Sancti, Dous, per omnia saé- votre bonté, le pardon de tous leurscula saeculôrum. péchés. P a r n o t r e Seigneur J é s u s - Christ v o t r e Fils, q u i v i t e t règne a v e c v o u s d a n s lunité d u Saint- Esprit, D i e u , d a n s t o u s les siècles des siècles. R7. Amen. rç-. A m e n .
  • f. Exaûdiat nos omnipotens et f. Q u e le Seigneur tout-puissantmiséricors Dôminus. e t miséricordieux n o u s exauce. vq. Etcustôdiatnossemper.Amen. 19. E t quil n o u s garde toujours. Amen. RYTHME EUCHARISTIQUE DU MOYEN A G E POUR LADORATION DU T R È S SAINT SACREMENT. Ave, verum Corpus, natum * Salut, vrai corps (de Jésus), n éde Maria Virgine ; d e l a Vierge Marie ! Vere passum, immoldlum * in Corps q u i v r a i m e n t souffrit e tcruce pro hômine ; simmola sur la Croix pour lamour de l h o m m e . Cuius latus perfordlum * fluxit D u c ô t é transpercé d u q u e l jail-aqua et sanguine. lirent leau e t l e s a n g . Esta nobis praegustdtum * mor- F a i t e s q u e n o u s puissions v o u stis in examine ; goûter d a n s les angoisses d e l a mort. O Iesu dulcis ! 0 Iesu pie ! * O d o u x Jésus ! ô Jésus miséri-0 Iesu, fili Mariae. cordieux ! ô Jésus, Fils d e Marie !ANTIENNE AU SACRÉ CŒUR DE JÉSUS (de la liturgie médiévale). A n t . - O quantum in Cruce spi- Ant. - O Christ ! quel amour n o u srant amôrem caput iuum, Christe, inspirent votre t ê t e inclinée, v o sinclindtum, manus expdnsae, poc- mains étendues sur la Croix, votretus apértum ! Fili Dei, q%ti venisti poitrine transpercée ! O Fils de D i e uredimere pérâitos, noli damnâre qui êtes v e n u pour nous racheterredêmptos de voile fletus ad te q u a n d nous étions perdus, n e n o u sclamântium ; Iesu bone, exâudi gé- condamnez pas maintenant que cemiiu m, nec mensûram o bsérves rachat e s t accompli ! B o n Jésus,criminum : vulnerdtum Cor precd- écoutez les gémissements de t o u smur tuum, pie Deus. c e u x q u i v o u s i n v o q u e n t d a n s cette vallée d e larmes; n e regardez p a s lénormité des p é c h é s ; nous v o u s e n prions par v o t r e Cœur percé, ô D i e u miséricordieux. LHYMNE EUCHARISTIQUE. Autrefois, la liturgie primitive, sinspirant du grattas agenset de lhymne chantée par Jésus lors de la dernière Cène, avaitdonné à lanaphore eucharistique — le Canon Missae actuel —une forme presque lyrique, telle une hymne daction de grâces.Celle que nous reproduisons ici, pour satisfaire la piété desfidèles quand ils font la visite des basiliques stationnâtes, est
  • lune des plus anciennes, et tout au moins dans ses traits généraux,peut bien représenter lhymne eucharistique en usage danslÉglise à la fin de lâge apostolique. Nous en avons déjà parlédans notre premier volume. Nous la reproduisons à nouveau,parce quelle peut servir à la dévotion privée des fidèles. SAC. Dominus vobiscum. L E PRÊTRE. Que le Seigneur soit avec vous. POP. Et cum spiritu tuo. L E PEUPLE. E t a v e c v o t r e esprit. SAC. Sursum corda. L E PRÊTRE. E n h a u t les cœurs ! POP. Habemus ad Dominum. L E PEUPLE. N o u s les avons élevés au Seigneur.SAC. Grattas agamus Domino Deo L E PRÊTRE. R e n d o n s grâces a u nostro. Seigneur notre D i e u .POP. Dignum et iustum est. L E PEUPLE. Cest digne e t juste. Gratias, tibi referimus, Deus, N o u s v o u s rendons grâces, ô Dieu, 1Per dilectum puerum tuum Par v o t r e Fils bien-aimélesum Christum, Jésus-Christ,Quem in ultimis temporibus Que d a n s les derniers t e m p sMisisti nobis V o u s nous a v e z e n v o y éSalvatorem Comme SauveurEt Redemptorem E t Rédempteur,Et angelum voluniatis tuae Ange de votre volonté ; [vousQui est Verbum tuum inseparabile, Il e s t v o t r e Verbe, inséparable d ePer quem omnia fecisti Par qui v o u s a v e z fait t o u t e s chosesEt beneplacitum tibi fuit ; E t e n q u i v o u s v o u s êtes complu.Misisti de coelo in matricem Vir- V o u s lavez e n v o y é du ciel "dans le ginis, sein d e l a Vierge,Quique in utero kabitus incarnatus Il sy e s t incarné. est.Et filius tibi ostensus est E t sest r é v é l é au m o n d e c o m m e votre Fils,Ex Spiritu Sancto Conçu d u Saint-EspritEt Virgine natus ; E t n é d e l a Vierge ;Qui voluntatem tuam compîens, A c c o m p l i s s a n t v o t r e volonté,Et populum sanctum tibi adqui- E t a c q u é r a n t pour v o u s u n p e u p l e rens, saint, i . A limitation dIsaïe, qui applique a u R é d e m p t e u r l e titre de « ser-viteur d e Y a h w e h » e n t a n t q u e Jésus-Christ a accompli jusquà la m o r tl a volonté de son Père, e t lui a rendu, au n o m d e t o u t e la création, lhom-m a g e essentiel d e lobéissance e t d e ladoration, l e Sauveur, e n qualitédhomme véritable, e t d e premier-né de toutes les créatures, est aussi appelé,dans de très anciens d o c u m e n t s liturgiques, l e « serviteur » d u Père.D a n s notre t e x t e il e s t appelé é g a l e m e n t D i e u ; aussi bien, sa naturedivine et sa nature h u m a i n e s o n t a b s o l u m e n t distinctes dans une parfaiteunité de personne, selon le perpétuel e n s e i g n e m e n t d e l a sainte Église.
  • Extendit tnanus, cum pateretur, Il étendit les mains, durant son supplice,Ut a passione liberaret Afin d e libérer par sa passionEos qui in te crediderunt ; Ceux q u i auront cru en vous.Qui cutnque traderetur voluntariae Lui qui, quand il f u t livré à s a passioni, passion, acceptée librement,Ut morte m solvat, Afin de dissoudre la mort,Et vincula diaboli dirumpat, E t de rompre les liens d u diable,Et infernum calcet, E t de fouler a u x pieds lenferEt iustos illuminet, E t dilluminé: les justes,Et terminum figat, E t de mettre fin à son œuvre,Et resurrectionem manifestai, E t d e manifester la résurrection.Accipiens panem, Prenant le pain,Grattas tibi a gens V o u s rendant grâces,Dixit : accipiie, manducato : Il d i t : Prenez, m a n g e z :Hoc est corpus meum, Ceci e s t m o n corps.Quod pro vobis confvingetur. Qui sera brisé pour v o u s .Similiter et calicem D e m ê m e fit-il pour le calice,Dicens ; hic est sanguis meus D i s a n t : ceci e s t m o n sangQui pro vobis effunditur ; Qui sera répandu pour vous.Quando hoc facitis, Quand v o u s ferez cela,Meam commemorationem facitis. V o u s le ferez e n mémoire de moi. Memores igitur mortis N o u s s o u v e n a n t d o n c de sa mortEt resurreciionis eius, E t de s a résurrection, Offerimus tibi panem et calicem, N o u s v o u s offrons le pain et le calice, Grattas tibi agentes Vous r e n d a n t grâcesQui nos dignos habuisH A v o u s qui nous a v e z faits dignesAdstare coram te D e nous tenir d e v a n t v o u sEt tibi ministrare ; E t de v o u s servir;Et petimus E t nous vous demandons Ut mittas Spiritum tuum Sanctum D e n v o y e r votre S a i n t - E s p r i t .In oblationem sanctae eccïesiae; Sur loblation d e l a sainte Église.In unum congregans, des omnibus,. Les rassemblant dans lunité, ac- cordez à tous v o s saintsQui percipiunt, sanctis Qui la reçoivent,In repletionem Spiritus Sancti Dêtre remplis de lEsprit SaintAd confirmationem fidei in veritatc, Pour la confirmation de la foi dans la vérité, [glorifiionsUt Te laudemus et glorificemus Afin q u e nous v o u s louions e t v o u sPer puerum tuum Iesum Christum, Par votre Fils Jésus-Christ,Per quem tibi gloria et honor, Par qui gloiie et honneur à vous,Patri et Filio cum Sancto Spiritu, Au Père et a u Fils avec le Saint- Esprit.In sancta Ecclesia tua D a n s votre sainte ÉgliseEt nunc et in saecula s as cul or um. E t maintenant e t dans les siècles des siècles. Amen. Amen.
  • e CHANT PASCAL DU POÈTE CHRÉTIEN SÉDULIUS (v siècle).Regnavit Dominus, plaudite génies, L e Seigneur a régné, peuples a p - plaudissez, Vicit vita necem, tartare lignum. L a v i e a v a i n c u l a mort, le bois a vaincu lenfer. Kyrie eleison. Kyrie eleison.Servi supplicium pertulit haeres, Lhéritier a souffert le supplice d e lesclave, Laus tibi, Christe ; L o u a n g e à vous, ô Christ. Vicit vita necem, tartara lignum. L a v i e a vaincu l a mort, le bois a v a i n c u r e n f è r Kyrie. Kyrie. C Fit nunc ille lapis spretus ab hoste M a i n t e n a n t c e t t e pierre méprisée par Iesus magna, Deus, quaestio lennemi, d e v i e n t l e sujet s u p r ê m e mundi. qui intéresse le m o n d e : cest Kyrie. Kyrie. [Jésus-Dieu.Cur frendent populi? concidat Pourquoi les nations grincent-elles error! d e s d e n t s ? Que lerreur soit d é - Laus tibi, Christe, L o u a n g e à vous, ô Christ, [truite !Iesu magna, Deus, quaestio mundi. Jésus-Dieu, suprême intérêt d u Kyrie. Kyrie. [monde.Qui pascis propria carne rrdemp- V o u s q u i nourrissez de votre propre tos, chair c e u x que v o u s avez i a c h e t é s Qui ditas roseo sanguine labra. Qui enrichissez n o s lèvres d e v o t r e s a n v Kyrie. Kyrie. £ & ermeil,Praesta perpetuae gaudia Paschae ; Accordez-nous les joies d e l a P â q u e perpétuelle ; Laus tibi, Christe, L o u a n g e à vous, ô Christ, Qui ditas roseo sanguine labra Qui enrichissez n o s lèvres d e v o t r e Kyrie. Kyrie. [sang vermeil PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE (de la liturgie grecque). Sub tuum praesidium confugi- N o u s a v o n s recours à v o t r e garde,mus, Sancta Dei Genitrix; nostras sainte Mère d e D i e u ; n e méprisezdeprecationes ne despicias in neces- pas nos supplications dans nos néces-s i t i o n s , sed a periculis cunctis sites, m a i s délivrez-nous de t o u slib°ra nos, semper Virgo, gloriosa périls, ô toujours Vierge, glorieuseet benedicta. e t bénie !
  • TABLE DES MATIERES LE NOUVEAU TESTAMENT DANS L E SANG DU RÉDEMPTEUR INTRODUCTION. P GS AECHAPITRE PREMIER. — La liturgie quadragésimale à Rome 7CHAPITRE IL — Le triduum pascal dans le missel romain 19LA SAINTE LITURGIE DE LA SEPTUAGÉSIME A PAQUESDimanche de Septuagésime. — Station à Saint-Laurent- hors les Murs 39Dimanche de Sexagésime. — Station à Saint-Paul . . 43Dimanche de Quinquagésime. — Station à Saint-Pierre 47Mercredi des Cendres. — Collecte ou assemblée à- Sainte- Anastasie 49 Station au Titre de Sabine 54Jeudi après les Cendres. — Collecte à Saint-Nicolas in Carcere. Station à Saint-Georges au Vélabre 60 eV I férié après les Cendres. — Collecte à Sainte-Lucie « in Septizonio ». Station aux Saints-Jean-et-Paul 63Samedi après les Cendres. — Collecte à Saint-Laurent-in- Lucina. Station à Saint-Tryphon 65 e rI Dimanche de Carême. — Station au Latran 67 e rLundi après le I dimanche de Carême. — Collecte aux Saints-Côme-et-Damien. Station à Saint-Pierre « ad Vincula » 74 e rMardi après le I dimanche de Carême. — Collecte à Saint- Nicolas in Carcere. Station à Sainte-A nastasie . . . . 77 eI V férié des Quatre-Temps de Carême. — Collecte à Saint- Pierre « ad Vincula ». Station à Sainte-Marie-Majeure . 80
  • e rJeudi après le I dimanche de Carême. — Collecte à Sainte- Agathe « in monasterio ». Station à Saint-Laurent « in Panispema » 84 e e rV I férié des Quatre-Temps après le I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Marc. Station aux Saints- XII Apôtres 88 e rSamedi des douze Leçons, aux Quatre-Temps après le I dimanche de Carême. — Collecte à Sainte-Marie in Transpontina. Station à Saint-Pierre 91 eI I dimanche de Carême. — Station à Sainte-Marie « in Domnica » 97 eLundi après le I I dimanche de Carême. — Collecte aux Saints-Côme-et-Damien. Station à Saint-Clément. . . . 100 eMardi après le I I dimanche de Carême. — Station au titre de Balbine 103 eMercredi après le I I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Georges. Station à Sainte-Cécile 105 eJeudi après le I I dimanche de Carême. Collecte à Saint- Chrysogone. Station à Sainte-Marie au delà du Tibre . 108 eVendredi après le I I dimanche de Carême. — Collecte à Sainte-Agathe in Monastero. Station à Saint-Vital... 112 eSamedi après le I I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Clément. Station aux Saints-Pierre-et-Marcellin. . 115 eI I I dimanche de Carême. — Station à Saint-Laurent . . 118 eLundi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Adrien. Station à Saint-Marc 121 eMardi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte aux Saints-Serge-et-Bacchus. Stationàla basilique Pudentienne 124 eMercredi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte au titre de Balbine. Station à Saint-Sixte 127 eJeudi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Marc. Station aux Saints-Côme-et-Damien. . . . 130 eVendredi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte à Sainte-Marie « ad Martyres ». Station à Saint-Laurent in Lucina 133
  • eSamedi après le I I I dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Vital. Station à Sainte-Susanne « ad duas domos » 137 eI V dimanche de Carême. — Station à Saint-Croix-en- Jêrusalem 140 eLundi après le I V dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Étienne sur le Mont-Coelius. Station aux Quatre- Saints-Couronnés 143 eMardi après le I V dimanche de Carême. — Collecte au monastère « Sanctae Mariae domnae Rosae ». Station à Saint-Laurent in Damaso 146 eMercredi « in mediana » après le I V dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Mennas. Station à Saint-Paul « in ape- ritione aurium » 150 eJeudi après le I V dimanche de Carême. — Collecte à Saint-Cyr. Station à Saint-Martin-aux-Monts 165 eVendredi après le I V dimanche de Carême. — Collecte à Saini-Vith « in Marcello Liviae». Station à Saint-Eusèbe . 169 eSamedi après le I V dimanche de Carême. — (Station à Saint-Laurent.) Collecte à Saint-Ange « in Piscibus » . Station à Saint-Nicolas in Carcere 174Dimanche de la Passion ou « in mediana ». Station à Saint-Pierre 178Lundi après le dimanche de la Passion. — Collecte à Saint-Georges. Station à Saint-Chrysogone 182Mardi après le dimanche de la Passion. — Station à Saint- Cyriaque aux thermes de Dioctétien 186Mercredi après le dimanche de la Passion. — Collecte à Saint-Marc. Station à Saint-Marcel 192Jeudi après le dimanche de la Passion. — Collecte à Sainte- Marie « in Via Lata ». Station à Saint-Apollinaire « in Archipresbyteratu » 195Vendredi après le dimanche de la Passion. — Collecte aux Saints- Jean-et-Paul. Station à Saint-Étienne sur le Mont- Coelius 199
  • Samedi après le dimanche de la Passion. — Collecte à Saint-Pierre « quando Dominas Papa eleemosynam dat ». Station à Saint-Jean devant la Porte Latine 205Dimanche des Rameaux. — Station au Latran, à la basi- lique du Sauveur. (Station à Saint-Pierre. Collecte à Sainte-Marie « in Turri ») 209Bénédiction des Rameaux. — Collecte à Saint-Sylvestre au Latran 210A la Messe. — Station à Saint-Jean de Latran 219Lundi saint. — Collecte à Sainte-Balbine. Station au titre « de fasciola » 223Mardi saint. — Collecte à Sainte-Marie in Porticu. Station à Sainte-Prisque 229Mercredi saint. — Synaxe générale, le matin, au Latran. Collecte à Saint-Pierre-aux-Liens. Station à Sainte- Marie-Majeure 236Jeudi saint. — Station au Latran 243Vendredi saint. — Collecte au Latran. Station à Sainte- Croix en Jérusalem 249Samedi saint. — Collecte au Latran pour les catéchumènes 270 APPENDICELes indulgences stationnales 277La litanie de la procession stationnale 279Rythme eucharistique médiéval pour ladoration du Très Saint Sacrement 287Antienne au Cœur Sacré de Jésus 287LHymne eucharistique 287Chant pascal du poète chrétien Sédulius 290Prière à la sainte Vierge 290