Rapport ndem e_crittin

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Rapport ndem e_crittin

  1. 1. LA VALORISATION DES EAUX USÉES: PRATIQUES ET REPRÉSENTATIONS RELATIVES À L'EAU, À L'EAU USÉE ET AUX COMBUSTIBLES DE CUISINE DANS UNE COMMUNAUTÉ RURALE SAHÉLIENNE SÉNÉGALAISE Rapport de stage Emilie Crittin Hiver 2013
  2. 2. Remerciements Ce rapport de stage représente bien plus qu'un simple compte rendu; ce stage a été à la base d'une formidable aventure humaine qui, je l'espère, se poursuivra dans l'avenir. Je tiens à adresser mes plus chaleureux remerciements à toutes les personnes qui ont rendu ce séjour au Sénégal et le travail qui s'en est ensuivi possibles. Je remercie en premier lieu Seydou Niang, pour son enthousiasme envers mon travail et n'avoir pas hésité à m'accueillir de la meilleure façon chez lui au Sénégal, pour son appui, pour m'avoir accompagnée à Ndem et pour son suivi précieux sur place. Je remercie également Hans-Rudolf Pfeifer pour son éternel enthousiasme et son ouverture, à d'autres disciplines et à d'autres aventures, pour m'avoir accompagnée à Ndem avec Seydou Niang, pour sa disponibilité et pour m'avoir toujours offert un support précieux, des conseils et de nombreux documents. Je le remercie également pour ses analyses d'échantillons prélevés à Ndem qu'il a effectuées directement ou bien mandatées, ainsi que pour la lecture du manuscrit de mon travail de mémoire sur lequel est basé ce rapport et pour les commentaires constructifs qui s'en sont ensuivis. Je remercie Olivier Ferrari pour le temps pris à la lecture très attentive, à deux reprises, de mon manuscrit et pour les nombreux commentaires très intéressants qui m'ont permis d'améliorer mes analyses et de soulever des points importants auxquels je n'avais pas fait assez attention. Merci à toute l'équipe de l'association Ingénieurs du Monde pour m'avoir octroyé une bourse qui m'a permis de réaliser ce séjour et ce travail. Du fond de mon cœur, je remercie Serigne Babacar et Sokhna Aïssa pour leur accueil si chaleureux à Ndem, dans un fort esprit de partage et d'amitié, pour m'avoir immédiatement acceptée parmi leur grande famille et pour avoir tout fait afin de m'aider dans mon travail. Je les remercie également pour leur patience à attendre les résultats de mon travail qui, je l'espère, pourront les aider dans les futurs projets envisagés à Ndem. Je tiens à remercier tous les habitants de Ndem qui m'ont aidée de près ou de loin dans la réalisation de ce travail ainsi que pour leur amitié et pour tout ce que l'on a pu partager ensemble: Berta, Pape Guissé, Daouda, mon frère Alioune, Anne, Malika, Giacomo, Khadim Wade, Madjap, Ndoye, Badou, Al-Assane, Saliou Sene, Yankroba, Fatou Mbacké, Mbossé, Fallou Fall, Khady Tall, Cumba, Farma, Fatou Diack, Moussa Diack, Ndeye Ngom, Insa, Bachir, Lisa, Yangoné Mbow, Mame Samba Mbow, Fallou Mbow, Mame Cheikh Mbow, Sangoné, Jamilla Mbow, Aïcha Sy, Mame Fatou, Zeinab, Amiko, Lamine Mbow, Seikh Ngum, Khadim Badiane, Lamine Mandiang, Lamine Thioune, Baye Lathir, Baye Modou, Mohammed, Moussa Diallo et sa femme Ousne, ainsi que toutes les autres personnes que j'aurais oublié de nommer. Merci à toute la communauté de Ndem, pour son accueil et son exemple d'autosuffisance, de paix et d'amour. J'espère que nos routes se croiseront encore à l'avenir, Inch'Allah. Jam ak kheweul1 à tous. 1 Paix et prospérité en wolof. 2
  3. 3. Table des matières Remerciements..................................................................................................................................2 Résumé..............................................................................................................................................5 1. Introduction........................................................................................................................ 7 1.1 Brève présentation du Sénégal et de Ndem...............................................................................7 1.2 Le projet du LATEU...................................................................................................................8 1.3 Objectifs du stage.....................................................................................................................9 1.4 Thématiques, hypothèses et questions générales....................................................................10 1.5 L'eau en général......................................................................................................................12 1.5.1 L'eau, un élément complexe........................................................................................................... 12 1.5.2 L'eau et l'état de l'environnement au Sénégal................................................................................ 13 1.6 L'eau usée, l'assainissement et la réutilisation de l'eau usée..................................................14 1.6.1 Les eaux usées, risques et traitement............................................................................................. 14 1.6.2 L'assainissement au Sénégal.......................................................................................................... 16 1.6.3 La réutilisation des eaux usées....................................................................................................... 17 1.7 Les combustibles de cuisine et le biogaz.................................................................................17 1.7.1 Enjeux généraux relatifs aux combustibles................................................................................... 17 1.7.2 Présentation du biogaz................................................................................................................... 18 2. Cadre et déroulement du travail..................................................................................... 20 2.1 Présentation et contextualisation du village de Ndem............................................................20 2.1.1 Contextualisation religieuse de Ndem........................................................................................... 20 2.1.2 Le projet de développement global de Ndem................................................................................ 21 2.1.3 Le village de Ndem........................................................................................................................ 22 2.1.4 Le daara de Ndem.......................................................................................................................... 24 2.2 Méthodologie et déroulement de l'enquête..............................................................................25 2.2.1 Considérations méthodologiques générales................................................................................... 25 2.2.2 L'observation.................................................................................................................................. 25 2.2.3 Les entretiens et les discussions informelles................................................................................. 26 Visites et entretiens dans les concessions du village......................................................................... 26 Entretiens avec les habitants du daara et les informateurs privilégiés............................................... 27 2.2.4 Visites de diverses structures et recueil d'informations quantitatives ............................................ 28 2.2.5 Limites du travail........................................................................................................................... 29 3. Résultats de l'enquête...................................................................................................... 30 3.1 L'eau, l'eau usée et l'assainissement à Ndem..........................................................................30 3.1.1 Accès à l'eau à Ndem..................................................................................................................... 30 3.1.2 Les représentations de l'eau et les différents types d'eau............................................................... 37 Les représentations générales de l'eau............................................................................................... 37 Les différents types d'eau................................................................................................................... 38 3.1.3 L'eau et l'eau usée dans la vie quotidienne.................................................................................... 41 L'hygiène corporelle et les toilettes................................................................................................... 41 La lessive........................................................................................................................................... 43 La cuisine et la vaisselle.................................................................................................................... 44 L'arrosage et les oiseaux.................................................................................................................... 47 3.1.4 L'eau et l'eau usée dans les différentes structures du village de Ndem.......................................... 49 La case des tout-petits et l'école........................................................................................................ 49 Le dispensaire et la maternité............................................................................................................ 51 Teinture sorr et teinture bogolan........................................................................................................ 52 3.1.5 Perception de la situation de l'eau dans la région.......................................................................... 55 3.1.6 Réutilisations actuelles et représentations de l'eau usée................................................................ 56 3.1.7 Perceptions de la population sur les pertes d'eau........................................................................... 57 3.1.8 Education à l'hygiène et à l'eau...................................................................................................... 60 3.1.9 Synthèse du chapitre...................................................................................................................... 62 3
  4. 4. 3.2 Le maraîchage biologique de Ndem........................................................................................66 3.2.1 Historique du maraîchage.............................................................................................................. 66 3.2.2 Situation actuelle au maraîchage................................................................................................... 68 3.2.3 Problèmes d'eau et de ressources humaines................................................................................... 70 3.2.4 Le futur du maraîchage.................................................................................................................. 71 3.2.5 Attentes des villageois par rapport au maraîchage........................................................................ 72 3.3 Les combustibles de cuisine à Ndem.......................................................................................74 3.3.1 Description des combustibles et de leur mode d'approvisionnement............................................ 74 Le bois............................................................................................................................................... 74 Le gaz................................................................................................................................................. 76 Le bioterre.......................................................................................................................................... 76 Le ndef............................................................................................................................................... 77 3.3.2 Utilisation des combustibles au village......................................................................................... 78 Les différentes combinaisons de combustibles.................................................................................. 78 Critères influençant le choix des combustibles................................................................................. 80 Les combustibles préférés.................................................................................................................. 85 3.3.3 Utilisation des combustibles au daara............................................................................................ 86 Cuisine communautaire..................................................................................................................... 86 Petite cuisine...................................................................................................................................... 88 3.3.4 Bilan synthétique du bioterre......................................................................................................... 89 3.3.5 Synthèse du chapitre...................................................................................................................... 91 3.4 Considérations environnementales de la population et gestion des déchets...........................92 3.4.1 Gestion des déchets ....................................................................................................................... 92 Les déchets au daara.......................................................................................................................... 93 Les déchets au village........................................................................................................................ 94 3.4.2 Considérations environnementales et déchets............................................................................... 96 Changement climatique et déforestation........................................................................................... 96 Les déchets en plastique.................................................................................................................... 98 Représentation de l'environnement.................................................................................................... 99 3.5 Conclusion – Une dynamique villageoise évoluant autour de l'eau.....................................100 4. Adoption et mise en place du projet du LATEU......................................................... 102 4.1 Réutilisation des eaux usées à Ndem envisagée par le LATEU............................................102 4.1.1 Avis de la population sur la réutilisation des eaux grises............................................................ 102 4.1.2 Avis de la population sur la réutilisation des eaux vannes pour le biogaz................................... 104 4.1.3 Réutilisation des eaux usées et sensibilisation............................................................................. 107 4.2 Facteurs influençant la mise en place d'un projet à Ndem...................................................108 4.3 Recommandations pour le projet du LATEU.........................................................................110 5. Conclusion...................................................................................................................... 112 Références......................................................................................................................................114 Annexes.........................................................................................................................................118 Annexe 1 – Objectifs et résultats attendus du projet du LATEU............................................................... 118 Annexe 2 – Analyses de sol....................................................................................................................... 120 2.1 Composition générale (« éléments majeurs »)................................................................................ 120 2.2 Eléments traces métalliques............................................................................................................ 121 Annexe 3 – Analyses d'eau........................................................................................................................ 123 3.1 Analyses de l’eau du puits de forage et de la fosse des toilettes de l’école ................................... 123 3.2 Analyse de l'eau de teinture sorr..................................................................................................... 123 Annexe 4 – Check-list pour la mise en place d'un nouveau combustible.................................................. 127 4
  5. 5. Résumé Le village de Ndem est situé à 120 km de Dakar, en zone rurale sahélienne. Il est un lieu de développement local exemplaire. La région est soumise à des sécheresses chroniques depuis plusieurs décennies, faisant face à l'avancée du Sahara. Le manque d'eau, les pluies plus rares ainsi que l'épuisement de la fertilité des sols ont provoqué et provoquent encore parmi la population essentiellement agricultrice un exode rural massif dirigé vers les centres urbains. A Ndem, depuis 1985, une dynamique locale et collective s'est installée dans la région à travers l'Association des Villageois de Ndem, devenue maintenant une ONG, pour tenter d'enrayer cet exode rural en luttant contre des conditions de vie difficiles et contre une situation économique, sociale et environnementale en dégradation. Depuis plus de vingt-cinq ans, avec l'appui de partenaires nationaux et internationaux, de nombreuses réalisations dans divers secteurs ont vu le jour à Ndem: centre de métiers artisanaux, forages hydrauliques, dispensaire, maternité, école, maraîchage biologique, combustible alternatif ou encore boulangerie. Des activités génératrices de revenus sont créées dans une éthique de vie collective et de gestion durable des ressources. La spiritualité est également importante à Ndem et contribue à ce développement. Depuis près de trente ans, les conditions de vie des populations de Ndem et de ses environs ont pu sensiblement s'améliorer, mais il reste à faire pour parvenir à une situation optimale. L'objectif de mon stage était d'effectuer une étude socio-anthropologique des pratiques et représentations liés à l'eau, à l'eau usée et aux combustibles de cuisine, afin de documenter un projet du Laboratoire de Traitement des Eaux usées (LATEU) de l'Université de Dakar et de formuler des recommandations à son égard. Ce projet a pour objectif de promouvoir à Ndem la gestion intégrée des ressources en eau par une optimisation de l’utilisation de la ressource afin de minimiser l’impact des changements climatiques sur la santé des populations et sur l’environnement. Concrètement, le projet du LATEU s'organise autour de deux axes principaux: la réutilisation des eaux grises domestiques, traitées dans une petite station d'épuration naturelle, pour l'irrigation maraîchère et le reboisement, ainsi que la réutilisation des eaux vannes, donc du contenu des fosses septiques, pour la fabrication de biogaz et de compost prêt à être utilisé pour les sols peu fertiles de Ndem. Mon travail visait également à connaître l'avis des villageois par rapport à ce projet afin d'adapter ce dernier, dans un esprit de collaboration avec la population locale. Au niveau de l'assainissement, à Ndem ni les eaux grises ni les eaux vannes ne sont traitées, ce qui à terme peut mener à une contamination des eaux de la nappe phréatique. Dans cette région aride où l'eau est rare, les eaux usées, à condition d'être traitées, constituent une ressource en eau à valoriser. Une autre problématique importante dans la région est celle de la déforestation. La région est déjà aride, et des arbres sont coupés afin d'en faire du combustible pour la cuisine, ce qui accentue la pression sur le peu d'arbres restant dans ce milieu. Malgré la mise en place à Ndem du bioterre, combustible alternatif à base de coques d'arachide et d'argile, beaucoup de bois est encore utilisé pour la cuisine. Toute l'organisation et le développement de la communauté sont liés à l'eau. Les représentations de l'eau à Ndem ont trait à son aspect pratique et indispensable, à son caractère sacré de source de vie, à son manque, à son fort lien avec l'agriculture et à sa fonction purificatrice. Une eau pure est une eau dans laquelle aucun élément externe modifiant l'état natural de l'eau n'a été introduit. Les usages domestiques de l'eau vont dépendre à Ndem de plusieurs facteurs, comme l'abondance de l'eau ou la nécessité de restreindre son usage, le coût de l'eau ainsi que les priorités d'utilisation de la ressource. Aujourd'hui, l'utilisation de l'eau du forage est devenue la norme et aller chercher de l'eau au puits relève de la nécessité. La situation actuelle de l'accès à l'eau est difficile, du fait notamment d'une installation non optimale de l'énergie solaire pour faire fonctionner le forage. L'eau est ressentie comme étant en manque, suffisante pour satisfaire les 5
  6. 6. besoins de base mais pas assez abondante pour ouvrir d'autres perspectives comme du maraîchage ou du reboisement dans les concessions. Il est ressorti de mon stage que la population est à première vue favorable à l'irrigation par des eaux grises à condition qu'elles soient traitées; les habitants de Ndem souhaitent développer leur maraîchage afin de bénéficier de plus de légumes sur place et pouvoir en vendre. La consommation de légumes irrigués avec des eaux grises traitées ne semble pas poser de problème, les légumes étant de toute manière nettoyés et désinfectés avec un peu d'eau de javel. L'irrigation est l'activité pour laquelle les eaux grises traitées seraient utiles la plus fréquemment citée par la population. Une hiérarchisation des différentes eaux usées existe déjà dans le village: les eaux peu ou pas savonneuses sont parfois utilisées pour arroser arbres et plantes, les eaux ayant servi à laver le riz sont données à boire aux animaux, les eaux trop sales sont déversées dans la cour ou aux alentours, et les eaux vannes ne sont pas réutilisées sauf chez quelques familles qui s'en servent pour fertiliser leur champ. L'eau usée n'est donc pas intégralement représentée comme un déchet et est valorisée dans certains cas. Au niveau de la cuisine, la population jongle entre quatre combustibles: le bois, le gaz, le bioterre et le ndef (bouse de vache). De multiples facteurs influencent le choix, l'utilisation et la combinaison des combustibles de cuisine à Ndem: les moyens financiers à disposition, les habitudes de cuisine, l'usage final du combustible, le matériel de cuisine, les habitudes d'approvisionnement et d'utilisation du combustible, la disponibilité du combustible ainsi qu'un facteur générationnel et temporel. Le choix du combustible de cuisine est un processus de décision actif et complexe à Ndem impliquant une pluralité de facteurs qui interagissent entre eux dans un contexte socio- économique en pleine évolution. Le bioterre, qui cuit très rapidement, est surtout utilisé pour les grandes cérémonies; les villageoises ont tendance à le délaisser pour la cuisine domestique car il modifie trop les habitudes de cuisine. Ce combustible alternatif a été réapproprié par la population pour l'usage pour lequel il s'est montré le plus en adéquation avec ses pratiques et besoins. Le bois est donc généralement utilisé pour les repas de midi et du soir, le gaz pour le petit-déjeuner, le thé et le café, et le ndef est plutôt utilisé en dernier recours. La population s'est montrée a priori ouverte au biogaz provenant des fosses septiques, à condition qu'il soit sûr, sans danger et microbes. Le combustible avec lequel les femmes préfèrent cuisiner est d'ailleurs le gaz. Cette eau vanne impure serait transformée en une autre substance (du gaz); cette substance pourrait perdre son caractère impur lors de sa transformation et être ainsi dissociée symboliquement de son origine impure. Afin de diminuer la consommation du bois de chauffe, l'idée serait donc de promouvoir le bioterre et le biogaz en complémentarité, pour des usages différents (cérémonies, usages domestiques). 6
  7. 7. 1. Introduction Le présent rapport est relatif à un stage de terrain de deux mois effectué entre les mois de janvier et mars 2012 dans le village de Ndem au Sénégal. Ce stage a été réalisé dans le cadre d'un mémoire de maîtrise universitaire en enjeux sociaux de l'environnement de la Faculté des Géosciences et de l'Environnement de l'Université de Lausanne. Son objectif général est d'apporter à un projet de valorisation des eaux usées de la documentation et des analyses de nature socio- anthropologique sur les pratiques ainsi que les représentations des habitants de Ndem concernant l'eau, l'eau usée et les combustibles de cuisine. 1.1 Brève présentation du Sénégal et de Ndem Peuplé de près de 13 millions d'habitants, le Sénégal est un petit pays d'Afrique de l'Ouest, situé sur la côte atlantique. Ce pays est reconnu pour sa stabilité politique ainsi que pour sa cohabitation pacifique entre ethnies et religions. L'ethnie wolof est la plus représentée, comprenant environ 40% de la population. Les Wolof sont particulièrement présents dans le centre et le nord du pays ainsi que sur tout le littoral de Dakar, la capitale. Les premiers contacts entre les Français et les Sénégalais lors de la colonisation française à la fin du XIXe siècle ont d'ailleurs eu lieu dans des 7
  8. 8. zones wolof, à Dakar et à St-Louis, qui était alors la capitale de l'Afrique occidentale française (Diouf, 1994). Les autres ethnies du Sénégal sont les Pulaar (Peuls, Toucouleurs, Foulbés), qui représentent un quart de la population, puis les Sérères, représentant environ 15% de la population. Viennent encore les Diolas (5%) ainsi que quelques autres ethnies minoritaires dans le pays. Avant la colonisation française, ces ethnies étaient organisées autour de différents royaumes. Le Sénégal a proclamé son indépendance en 1960. L'islam est la religion majoritaire du pays, comptant 90 à 95% de fidèles. Il a été introduit pour la première fois au Sénégal il y a quelques siècles par l'intermédiaire de commerçants arabo-berbères. Le reste de la population est chrétienne (le christianisme ayant été introduit avec la colonisation) ou animiste, essentiellement au sud-est du pays. Le climat du Sénégal diffère du nord au sud du pays, ainsi qu'on peut le voir sur la carte ci- dessus. Au nord, le climat est de type désertique et sahélien, tandis qu'au sud il est plutôt de type tropical. Le village de Ndem est un village wolof situé au centre-ouest du Sénégal, dans la région du Baol, en zone rurale sahélienne subsaharienne. Ce village est soumis à des sécheresses chroniques depuis plusieurs décennies. La région fait face à l'avancée du Sahara, au manque d'eau ainsi qu'à un épuisement de la fertilité des sols, ce qui a provoqué et provoque encore parmi la population essentiellement agricultrice un exode rural massif dirigé majoritairement vers Dakar. En 1985, une dynamique locale et collective s'est installée à travers la création de l'Association des Villageois de Ndem pour tenter d'enrayer cet exode rural en luttant contre des conditions de vie difficiles et contre une situation économique, sociale et environnementale en dégradation. Serigne Babacar Mbow, guide spirituel de Ndem, et Sokhna Aïssa Cissé, son épouse d'origine française, ont été à l'origine de cette dynamique lorsqu'ils sont venus s'installer à Ndem. En 2006, l'association est devenue l'ONG des Villageois de Ndem. Depuis plus de vingt-cinq ans, avec l'appui de partenaires nationaux et internationaux, de nombreuses réalisations dans divers secteurs ont vu le jour à Ndem: centre de métiers artisanaux, accès à l'eau, dispensaire, maternité, école, maraîchage biologique, boulangerie, combustible alternatif, etc. L'idée derrière le grand projet de Ndem est de tendre vers une autosuffisance maximale, sans attendre l'aide du gouvernement, le manque d'appui au niveau local étant flagrant dans la région. Le village de Ndem est devenu un pôle de développement dans la région, où de nombreux projets dans les secteurs précités sont expérimentés et idéalement étendus à d'autres villages que Ndem. Depuis vingt-cinq ans, les conditions de vie des populations de Ndem et de ses environs ont pu sensiblement s'améliorer, mais il reste beaucoup à faire pour parvenir à une situation optimale. 1.2 Le projet du LATEU La question de l'assainissement, pendant de l'accès à l'eau, n'est pas résolue à Ndem. Le système le plus répandu dans le village est une évacuation par latrine avec fosse sans fond imperméable ainsi que quelques fosses septiques avec séparation des eaux de bain qui partent dans le sol à travers un puisard. Le reste des eaux grises2 est déversé dans la cour ou dans les alentours. Ni les eaux grises ni les eaux vannes3 ne sont traitées. De plus, dans cette région aride où l'eau est rare, les eaux usées, à condition d'être traitées, constituent une ressource en eau intéressante à valoriser. Une autre problématique importante dans la région est celle de la déforestation. La région est déjà aride, et des arbres sont coupés afin d'en faire du combustible pour la cuisine, ce qui accentue la pression sur le peu d'arbres restant dans ce milieu. Le bioterre, combustible alternatif à base de coques d'arachides et d'argile, a été mis en place à Ndem, mais beaucoup de bois y est encore utilisé pour la cuisine. 2 Eaux de cuisine, vaisselle, lessive, etc. 3 Eaux des toilettes. 8
  9. 9. C'est dans ce contexte que Seydou Niang, hydrobiologiste directeur du Laboratoire de Traitement des Eaux Usées (LATEU) de l'Université de Dakar, a formulé un projet de Traitement et valorisation des eaux usées en zone rurale, semi-aride pour minimiser les impacts du changement climatique dans le village de Ndem. Ce projet a pour objectif de promouvoir à Ndem la gestion intégrée des ressources en eau par une optimisation de l’utilisation de la ressource à travers un programme de traitement et valorisation des eaux usées dans l’agriculture pour minimiser l’impact des changements climatiques sur la santé des populations et sur l’environnement. Concrètement, le projet du LATEU s'organise autour de deux axes principaux4 :  La réutilisation des eaux grises, traitées dans une petite station d'épuration naturelle, pour l'irrigation maraîchère et le reboisement.  La réutilisation des eaux vannes pour la fabrication de biogaz et de compost prêt à être utilisé. D'autres réalisations sont envisagées dans le projet du LATEU: sensibilisation de la population à la gestion intégrée des ressources en eau ainsi qu'à l'assainissement, accession à des ouvrages d'assainissement, système de traitement et de réutilisation pour les eaux usées de l'atelier de teinture artisanale. Ainsi qu'on peut le voir dans les deux axes principaux du projet, il s'agit de manière générale de valoriser ce qui est habituellement considéré comme des déchets, pouvant être d'une grande utilité dans cette région. L'utilisation de l'eau usée traitée permettrait de diminuer la pression sur l'eau potable, ainsi que de diminuer le coût d'achat de l'eau; lorsqu’il n’y a pas assez d’eau, le réflexe est d’en augmenter la quantité en achetant plus d’eau. Or, en plus du déficit hydrique dans cette région aride, le coût de l’eau est très élevé au Sénégal. Il s'agit donc de tendre vers une gestion plus efficace de l'eau déjà présente. L'utilisation du biogaz, autre combustible alternatif à combiner avec le bioterre déjà existant, permettrait de diminuer l'utilisation du bois pour la cuisine, et la mise à disposition d'un compost prêt à l'emploi serait très utile pour la fertilisation des champs ainsi que du maraîchage biologique, les sols de la région étant très pauvres en matières organiques et peu fertiles. 1.3 Objectifs du stage Dans des études et formulations de projets à caractère environnemental, il est important d'intégrer des éléments d'analyse socio-anthropologique. En effet, l'environnement ne se réduit pas à sa dimension physique et constitue un complexe construit socio-culturel. L'eau, en l'occurrence, n'est pas appréhendée, comprise et symboliquement chargée de façon similaire dans toutes les cultures. Par conséquent, il est primordial d'avoir une certaine compréhension des réalités propres au terrain avant d'entreprendre un projet, ce qui n'est pas toujours le cas dans le domaine du développement, d'autant plus si le projet est formulé en Occident et destiné à un « pays du Sud ». Il est encore plus important d'intégrer la population, de travailler avec elle dans un esprit de partage et de mise en commun des savoirs et compétences, afin de construire ensemble un projet réaliste et pertinent pour la population concernée. C'est dans cet esprit que se situe ce stage et le travail en découlant. Mon intervention dans ce projet consiste donc en l'apport d'éléments socio- anthropologiques; les pratiques et représentations sont primordiaux à recenser, comprendre et intégrer dans ce projet. Divers aspects culturels et sociaux de la population de Ndem sont à prendre en compte; une étude plus précise de ces aspects peut permettre une adaptation du projet pour augmenter ses chances de réussite et d'amélioration des conditions de vie des habitants de Ndem et 4 Des extraits du projet présentant celui-ci plus en détails sont disponibles en annexe 1. 9
  10. 10. de ses environs. Ce travail se situe dans une perspective de sociologie, d'anthropologie culturelle et sociale et d'ethnologie, et va tendre à souligner l'importance d'une optique pluridisciplinaire: dans le domaine de l'eau, notamment, de multiples types d'expertise sont nécessaires et complémentaires pour une compréhension optimale du problème et la mise en place efficace d'un projet. Trois grands objectifs jalonnent ce travail: 1. Le premier objectif est ethnographique: il s'agit de faire une description des pratiques ainsi que des représentations de la population de Ndem par rapport à l'eau, à l'eau usée, aux combustibles de cuisine ainsi que par rapport à certains déchets. Cette description concernera tant la vie quotidienne familiale que certaines structures de Ndem. Le but est d'avoir une vue d'ensemble de la situation, qui permettra également de documenter le projet du LATEU. 2. Le second objectif est ethnologique: il s'agit d'essayer de comprendre au mieux comment pratiques et représentations s'articulent, comprendre dans quelles logiques et dynamiques socio-culturelles, économiques et géographiques elles s'inscrivent. Il s'agira également de s'intéresser aux différents facteurs pouvant influencer pratiques et représentations ainsi qu'à l'organisation sociale dans laquelle elles s'insèrent. 3. Le troisième objectif est d'appliquer les résultats dégagés par les objectifs 1 et 2 au projet du LATEU. Il s'agira de comprendre comment adapter les réalisations envisagées au contexte local pour faire en sorte qu'elles aient des chances de réussite, dans un esprit de collaboration avec la population. Cette analyse permettra d'émettre des recommandations pour le projet du LATEU. 1.4 Thématiques, hypothèses et questions générales Le cadre d'analyse de ce travail sera de penser le déchet de manière générale comme une ressource valorisable. Cette valorisation sera analysée au travers de la réalité du terrain étudié. Les thématiques, hypothèses et questions générales traversant ce travail sont les suivantes: L'eau en général L'hypothèse de base de ce travail est que l'eau est plurielle, les pratiques et représentations y étant relatives vont varier en fonction de cette compréhension plurielle de l'eau. Une autre hypothèse est que l'organisation de toute la communauté de Ndem dépend fortement de l'eau et de sa situation. Dès lors, l'on cherchera à répondre à différentes questions au long de ce travail:  Quelles sont les pratiques et les représentations liées à l'eau? Par quels facteurs sont-elles influencées?  Quels sont les différents types d'eau et quelle est la relation entre ceux-ci et les pratiques ainsi que les représentations de la population?  Quelle est l'organisation relative à l'eau à Ndem?  Quelle quantité d'eau est utilisée par la population et par les différentes structures de Ndem?  L'eau à Ndem est-elle présente en quantités suffisantes afin de satisfaire les besoins de la population? Quels sont les besoins relatifs à l'eau?  Quelle est la perception de la population par rapport à la quantité d'eau disponible à Ndem? Comment cette perception influence les pratiques et les représentations relatives à l'eau?  Quelles sont à Ndem les définitions et représentations d'une eau propre/pure et d'une eau sale/impure? 10
  11. 11. L'eau usée Dans ce travail, signalons au préalable que nous emploierons la catégorie d'« eau usée » de manière large pour désigner toute eau ayant servi au moins une fois pour un usage quel qu'il soit, se situant au-delà des catégories d'eau grise et d'eau vanne. L'hypothèse générale est que l'eau usée sera comprise à Ndem en regard des définitions d'une eau propre/pure et d'une eau sale/impure, ce qui influencera les pratiques et représentations liées à celle-ci. De plus, l'acceptabilité de la réutilisation de l'eau usée passera par ces mêmes définitions. Par rapport à l'eau usée, les questions qui traverseront ce travail sont les suivantes:  Quelles sont les pratiques et représentations relatives à l'eau usée parmi la population de Ndem? Par quels facteurs sont-elles influencées?  Existe-t-il à Ndem différents types d'eau usée? Comment sont-ils définis?  Quelle est l'organisation liée à l'eau usée à Ndem?  Existe-t-il déjà dans ce village une certaine valorisation de l'eau usée?  Dans quelle mesure la valorisation des eaux usées proposée par le projet du LATEU est envisageable dans le contexte de Ndem?  La population est-elle défavorable ou favorable à la valorisation des eaux usées proposée par le projet du LATEU? Si elle est favorable, pour quels usages serait-il important selon elle de réutiliser l'eau usée?  Quelles sont les clés de l'acceptabilité de la réutilisation de l'eau usée à Ndem? Les combustibles de cuisine L'hypothèse générale relative aux combustibles de cuisine est que la population de Ndem va jongler entre différents combustibles de cuisine en fonction de divers facteurs et ne va pas se contenter d'un seul combustible, et que de ce fait la mise en place d'un combustible alternatif devrait s'inscrire dans cette idée de combinaison de combustibles. L'on se posera donc les questions suivantes:  Quels sont les différents combustibles de cuisine utilisés à Ndem?  De quelle façon les différents combustibles de cuisine sont combinés? Sont-ils interchangeables?  Quelles sont les pratiques ainsi que les représentations relatives aux combustibles?  Quels sont les facteurs influençant l'utilisation des combustibles et la façon dont ceux-ci sont combinés?  Quelles sont les caractéristiques des combustibles valorisées en cuisine à Ndem?  Quels sont les besoins relatifs aux combustibles à Ndem? Le biogaz correspondrait-il à ces besoins?  Quelle évaluation peut-on faire du combustible alternatif déjà existant à Ndem?  Quelle serait la meilleure façon de limiter l'usage du bois de chauffe et par conséquent la déforestation à Ndem?  Dans quelle mesure le biogaz pourrait-il être introduit dans ce village? Comment pourrait-on le combiner avec le combustible alternatif déjà existant? Les déchets et l'environnement La compréhension qu'a la population de Ndem de l'environnement et des problèmes relatifs à ce dernier pourrait nous éclairer par rapport à l'analyse de l'eau, de l'eau usée ainsi que des combustibles de cuisine, de même que les pratiques et représentations liées aux déchets. L'on cherchera donc à répondre à certaines questions en rapport avec l'environnement et les déchets, sans toutefois en faire une analyse approfondie: 11
  12. 12.  Quels sont les différents types de déchets à Ndem?  Quelle est la gestion des différents déchets? Certains déchets sont-ils valorisés?  Quelle semble être la représentation générale relative à l'environnement à Ndem?  Quels sont les problèmes environnementaux perçus par la population? 1.5 L'eau en général 1.5.1 L'eau, un élément complexe L'eau est hautement symbolique, frappant l'imaginaire humain de diverses manières en fonction du contexte dans lequel celui-ci se situe. La dimension sacrée de l'eau est importante et la plupart des religions, croyances, philosophies et visions du monde ont valorisé l'eau au travers des siècles. Elle « ne saurait être une banale marchandise générant profits et prébendes. C'est un bien commun aux hommes et à tout le vivant. Elle cristallise une charge symbolique exceptionnelle dans toutes les cultures et toutes les religions. » (Bouguerra, 2007: 13) Les représentations de l'eau propres à chaque culture ont toujours marqué les rapports que l'être humain entretient avec son territoire et l'espace l'environnant. L'eau est source de vie ainsi que de développement économique, social, culturel et spirituel (Sarr, 2003). L'eau est également un symbole de fécondité, de fertilité, de pureté, de sagesse, de grâce et de vertu (Pedneault, 1999, cité par Sarr, 2003), associée à la vie de même qu'à la mort; « le puits symbole de la fécondité et d’assouvissement de besoin vital est un haut lieu de bénédiction » (Sarr, 2003: 3). L'eau est aussi un puissant révélateur de l'organisation et de la structure d'une société, ainsi qu'« un ciment puissant de l’organisation et de la cohésion sociale des communautés humaines. C’est pourquoi, lorsque certains veulent détruire des peuples et les faire plier, aujourd’hui encore, ils essayent d'abord d’annihiler leur culture de l’eau et son support matériel » (Bouguerra, 2006: 51). L'eau constitue en grande partie un construit social. Sa symbolique se retrouve dans les pratiques et savoirs traditionnels (Bouguerra, 2006). Son usage n'est pas indépendant d'un rapport à l'autre ainsi que d'un rapport à la nature. Les fonctions de l'eau sont multiples, qu'elles soient d'ordre social, symbolique, religieux, sacré, politique, économique, thérapeutique, pratique dans la vie quotidienne ou encore ludique. Selon Bouguerra (2006), « cet élément est caractérisé par une symbolique ambivalente: il est associé à la vie, et à la mort (pluie bienfaisante, sécheresse, inondations). Il est le Styx que sillonne la lugubre barque de Charon pour les Grecs et le Khawthar délicieux du Paradis des musulmans… L’eau héberge les dieux, les naïades et les elfes mais c’est aussi 'l’aveugle océan' qui engloutit les marins 'dans les nuits noires' pour Victor Hugo » (p. 63). A l'heure où la demande en eau potable croît avec l'augmentation de la population planétaire, la maîtrise et la gestion de l'eau représentent un enjeu mondial de première importance. Privatisation et marchandisation de l’eau constituent bien souvent le modèle privilégié pour gérer l’approvisionnement des populations. Toutefois, cette marchandisation de l'eau occulte ses autres dimensions et la situation en est souvent empirée. Nous le voyons donc, la question de l'eau est complexe, et demande une grande attention dans chaque culture où un projet lié à l'eau est envisagé: « la culture, y compris la religion, exerce manifestement une influence sur la perception des personnes à l'égard d'une ressource telle que l'eau, influence touchant la gestion qu'on lui réserve. Bien que cet aspect ait souvent été négligé par le passé dans les projets de développement, les organismes de développement reconnaissent de plus en plus l'importance de la culture et des valeurs locales dans leurs politiques » (Faruqui, 2003). 12
  13. 13. 1.5.2 L'eau et l'état de l'environnement au Sénégal Quelques points relatifs à l'eau et à l'état de l'environnement au Sénégal vont permettre de mieux contextualiser ce travail. Le Sénégal est un pays en grande partie sahélien. De ce fait, selon le Rapport 2005 sur l'état de l'environnement au Sénégal, les problèmes d'eau que le pays connaît sont liés, comme pour les pays de la même zone climatique, à la faiblesse des précipitations, à leur irrégularité inter-annuelle et à la forte évapotranspiration. Les eaux de pluie sont insuffisantes et subissent de fortes variations spatio-temporelles ces dernières années. La dernière période de sécheresse a débuté à la fin des années 1960 et n'a pas cessé depuis (p. 45). Les ressources en eau du pays sont essentiellement fournies par les fleuves Sénégal, Gambie et Casamance, par quelques rivières ainsi que par les nappes superficielles et profondes. Il existe beaucoup d'eaux souterraines au Sénégal, toutefois leur potentiel d'exploitation s'avère limité en raison de pollutions diverses (fluorures, fer, nitrates, etc). La pollution d’origine anthropique des nappes est essentiellement due aux activités agricoles et industrielles (p. 53). Les plus gros problèmes liés à l'accès à l'eau potable ont trait à l'approvisionnement de la région de Dakar (où les nappes sont surpompées à cause de la forte croissance démographique et de l'urbanisation accélérée), au coût de l'eau et des installations hydrauliques, ainsi qu'à la qualité de l'eau. Toujours selon ce Rapport de 2005, l'accès à l'eau en quantité et en qualité constitue depuis l'indépendance du pays en 1960 un défi pour les autorités publiques (p. 50). Les besoins en eau croissent alors que la qualité des eaux diminue progressivement. Une grande part de la population utilise toujours des sources d'eau non protégées. De même, l'accès à l'eau demeure inégalitaire, des disparités (notamment de coût de l'eau) entre les villes et la campagne se font sentir. Au niveau institutionnel, le secteur de l’hydraulique est très fourni en textes d’encadrement. Le code de l’eau, adopté en 1981, constitue une première étape importante dans la réglementation et la juridiction de ce domaine. Il est complété par un arsenal juridique lié au problème de l’eau. Le principe essentiel que l'on peut en dégager est celui de la domanialité publique des eaux: l’eau est une ressource commune. L'une des recommandations du Rapport 2005 sur l'état de l'environnement au Sénégal est de développer une politique de traitement et de réutilisation des eaux usées ainsi que de développer des cadres de concertation sur la gestion intégrée des ressources en eau. Au Sénégal, l'accès à l'eau est donc assez critique, l'insuffisance se faisant ressentir tant dans la quantité que dans la qualité de l'eau. L'on peut ajouter aux constats du Rapport de 2005 que dans la partie occidentale du pays, la plus peuplée, un grand nombre de puits de forage fournissent de l'eau qui est salée, et les points d'eau non salée sont souvent pollués. De plus, le fluor souvent présent en quantités dans ces points d'eau peut poser de graves problèmes de santé au bout d'une dizaine d'années de consommation. Il existe des carences dans les structures empêchant d'arriver à une meilleure gestion et une meilleure collecte des ressources en eau. Ainsi qu'on l'a souligné, de nombreux puits de forage existent, mais ces derniers ne permettent pas de venir à bout des problèmes d'approvisionnement en eau, et il manque à ceux-ci un système de maintenance efficient (Thiam, 2010). L'accès à de l'eau véritablement potable et de bonne qualité est donc plutôt faible dans le pays, surtout en milieu rural. Selon une étude de cas de Ba et Sall (2004) sur les changements d'occupation et d'utilisation du sol et leurs incidences sur la diversité biologique au Sénégal, depuis 1960 beaucoup d'espèces végétales utiles notamment pour la médecine traditionnelle ont disparu du bassin arachidier (dont la région de Diourbel, où se situe mon terrain de stage). De nombreuses variétés traditionnelles d'espèces locales sont menacées de disparition à cause de la sécheresse et de la présence des semences améliorées. C'est notamment le cas de cultivars connus pour leur rusticité - permettant d’économiser de gros efforts d’entretien, leurs valeurs thérapeutiques, économiques et nutritives. Entre 1950 et 1980, la zone sahélienne s'est étendue vers le sud, ce qui explique en partie la raréfaction des ressources végétales. Progressivement dénudés, les sols subissent de plus en plus le 13
  14. 14. phénomène de l'érosion de par l'agression du vent et de l'eau durant la saison des pluies. Cette agression appauvrit les sols qui perdent donc de leur fertilité, entraînant une baisse des rendements des cultures (Ba & Sall, 2004). L'épuisement des sols est également dû à une monoculture intensive de l'arachide, et la déforestation à la culture itinérante ainsi qu'au surpâturage dans la région. Ainsi qu'on l'évoquait dans l'introduction, c'est surtout cette dégradation environnementale et climatique qui entraîne un déplacement massif des populations vers les centres urbains du Sénégal. Ba et Sall (2004) rappellent qu'au niveau national, plusieurs aires protégées ont été mises en place, ainsi que des codes régissant l'utilisation des ressources. Il existe notamment au Sénégal un Plan National d'Action pour l'Environnement (PNAE). De plus, le Sénégal adhère à plusieurs conventions internationales, surtout en terme de biodiversité (Ramsar, Rio, etc). Cependant, dans de nombreux cas, l'application de la réglementation fait défaut. 1.6 L'eau usée, l'assainissement et la réutilisation de l'eau usée La question de l'eau usée et de l'assainissement est le pendant de l'accès à l'eau, les deux font partie d'un même cycle. Lorsqu'un projet d'accès à l'eau est envisagé, le volet de l'eau usée et de l'assainissement devrait aussi être inclus dans le projet, ce qui n'est pas toujours le cas. 1.6.1 Les eaux usées, risques et traitement Les eaux usées (domestiques), ainsi qu'on l'a brièvement évoqué, comprennent deux types d'eau: les eaux vannes, issues des toilettes et constituées des matières fécales ainsi que des urines, contenant des matières minérales, de la cellulose, des lipides, des acides gras, des alcools, des glucides, et qui sont riches en germes microbiens; les eaux grises ou eaux ménagères, qui regroupent tous les autres rejets, autrement dit les eaux de cuisine, de bain, de lessive, les graisses, des savons et autres détergents. « De façon générale, les eaux usées domestiques véhiculent à la fois des agents physiques, des agents chimiques (organiques et inorganiques) et des agents biologiques, donc une panoplie de pollutions pouvant causer d’énormes problèmes aussi bien sur l’environnement que sur la santé publique. Les eaux usées domestiques comportent différentes formes de pollution qu’il importe de déterminer pour une évaluation correcte des performances épuratoires de systèmes d’épuration. Cette pollution est globalement répartie en trois catégories: la pollution physique, la pollution chimique (organique et minérale) et la pollution biologique » (Gaye, 2011: 24). L'assainissement consiste en toutes les techniques et méthodes utilisées pour traiter les eaux usées comprenant la collecte, le traitement et l'évacuation des déchets liquides, solides et des excréments. L'assainissement vise à améliorer la situation sanitaire de l'environnement. Les risques liés aux eaux usées sont donc d'abord d'ordre sanitaire: l'eau stagnante est une grande source de maladies, comme la diarrhée, l'hépatite, le choléra, etc. Les eaux stagnantes attirent les insectes, notamment les moustiques, et sont donc aussi une source importante de paludisme et autres maladies transmises par des insectes. Le fait de disposer de latrines ou de toilettes est considéré comme l'assainissement de base, les excréments étant les déchets les plus porteurs de maladies. Les risques relatifs aux eaux usées sont également d'ordre environnemental, ainsi qu'évoqué ci-dessus: l'eau usée, lorsqu'elle n'est pas traitée avant d'être rejetée, peut nuire à l'environnement, surtout au sol et à l'eau potable qui se trouve dans la nappe phréatique, les eaux grises pouvant contenir des produits chimiques et autres substances nocives susceptibles de contaminer la nappe phréatique ainsi que de nuire à la fertilité du sol. Un traitement sommaire des eaux grises peut toutefois se faire grâce à un puisard (puits d'infiltration), une fosse couverte aux parois poreuses qui permet à l'eau de s'infiltrer lentement dans le sol après une filtration sommaire, les parois poreuses permettant de retenir certains éléments présents dans les eaux grises. Mais le puisard ne contient pas toujours des 14
  15. 15. éléments filtrants. Les latrines simples, type de latrine le plus répandu, peuvent aussi être une source de risques sanitaires et environnementaux: elles risquent de déborder s'il pleut, d'attirer des mouches, et de polluer la nappe phréatique du fait de sa fosse sans fond (Elain, 2009). Une latrine simple avec fosse sans fond consiste en un trou d'environ un mètre creusé dans le sol, parfois renforcé pour éviter l'effondrement des parois, au-dessus duquel une dalle en béton avec un trou est le plus souvent posée. Le diamètre de la dalle doit couvrir toute la fosse; elle est parfois construite en plusieurs parties pour pouvoir soulever un bord lors de la vidange de la fosse. Néanmoins, le liquide contenu dans la fosse sans fond s'infiltre lentement dans le sol. D'autres types de latrines dont la construction est plus complexe existent, comme la latrine améliorée à fosse ventilée: une ventilation (un tuyau sortant de la fosse) permet d'éviter les mauvaises odeurs. Les fosses septiques sont également pourvues d'une ventilation, ainsi que d'un trop-plein (système permettant la régulation du niveau de liquide par débordement) pour la matière liquide; il s'agit généralement d'une fosse en béton qui reçoit les eaux vannes et permet la décantation des matières solides grâce à un processus de fermentation anaérobie (responsable du biogaz ainsi que nous le verrons par après). La ventilation de la fosse permet une aspiration des gaz produits par la fermentation. Il existe plusieurs techniques de traitement de l'eau usée, pouvant aller des installations complexes adaptées aux villes à des techniques d'assainissement individuel, chez soi. On peut nettoyer l'eau par des méthodes physico-chimiques ou par des méthodes biologiques qui imitent souvent l'épuration et la filtration par des micro-organismes, algues et plantes aquatiques qui se font en milieu naturel. Les eaux usées peuvent donc être rendues à la nature après un traitement simple: nul besoin, surtout pour une petite communauté, d'installer une station d'épuration complexe; le lagunage (ou phytoépuration), par exemple, est issu de l'observation des processus de dégradation de la matière organique dans les zones humides et les étangs. L'un des procédés de lagunage est le lagunage à microphytes, procédé duquel sera vraisemblablement inspiré le traitement de l'eau usée à Ndem, qui permet de traiter efficacement des eaux usées brutes, de réutiliser les eaux traitées pour l'irrigation et dont l'entretien est assez simple. Cette technique consiste en l'écoulement lent de l'eau dans différents bassins successifs placés en escaliers. Chaque bassin sera chargé de la rétention ou de l'élimination des microbes et de certains types d'éléments polluants présents dans l'eau usée. Chaque bassin contient des pierres, micro-organismes ou plantes aquatiques qui doivent être adaptés aux différents types de polluants présents dans les eaux usées. Voici une brève description qu'en fait Elain (2009) qui permettra de saisir l'essentiel du processus:  Prétraitement de l'eau: une grille et un déshuileur sont placés avant le premier bassin, afin de retenir les déchets solides et les graisses.  Dans le premier bassin, l'eau décante et près de la surface des bactéries aérobies dégradent la matière organique en éléments plus facilement assimilables par les plantes (nitrates, phosphates): il s'agit de la minéralisation de la matière organique.  Dans le second bassin, les nutriments apportés par le premier bassin favorisent la formation d'algues: les végétaux vont alors absorber les minéraux.  Dans le troisième bassin, le zooplancton se nourrit du phytoplancton et aide à éliminer les algues, l'azote et le phosphore.  Finalement, il reste des boues d'épuration qui sont à évacuer tous les 5 à 10 ans. 15
  16. 16. Le lagunage peut s'illustrer de façon simplifiée comme suit: Source: www.init-environnement.com 1.6.2 L'assainissement au Sénégal Au Sénégal, des efforts en termes d'assainissement sont entrepris, mais ils s'avèrent insuffisants, notamment à cause d'un manque de financements dans ce secteur. Selon la Revue annuelle conjointe 2010 du PEPAM (Programme d'eau potable et d'assainissement du millénaire) de la République du Sénégal, en 2009 le taux global d'accès à l'assainissement était de 45%: 57% en milieu urbain et 26% en milieu rural. Toutefois, le rapport ne mentionne pas si l'assainissement concerne uniquement les eaux vannes, les eaux grises, ou bien les deux. En milieu rural, si plusieurs programmes pour l'installation de latrines et de fosses septiques ont été mis en place, peu de choses ont été faites pour l'évacuation des eaux grises, notamment des eaux de lessive, qui sont très chargées en savon. Dans le pays, des camions peuvent venir vidanger les fosses septiques, mais souvent leur contenu est rejeté n'importe où dans la nature, dans un fleuve ou dans la mer, ce qui provoque de graves problèmes environnementaux et sanitaires. A Dakar, il n'existe qu'une seule station d'épuration à la sortie de la ville (station de Cambérène), qui ne suffit pas à traiter les milliers de m3 d'eau usée générés quotidiennement dans la ville. Le drainage des eaux usées restantes ainsi que des eaux de pluie qui stagnent dans les rues pose beaucoup de problèmes, spécialement dans certains quartiers péri-urbains. L'eau stagne sur les routes et chemins, et au final la majorité des eaux usées de Dakar sont rejetées dans la mer. Le Sénégal n'est de loin pas le seul pays à connaître des problèmes d'assainissement: « de façon générale, on estime que malgré les efforts réalisés, la situation sanitaire d’aujourd’hui est au niveau de celle qui prévalait au démarrage de la DIEPA (Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement), donc en 1980, avec cependant une meilleure prise de conscience des pouvoirs publics. La situation se dégrade donc progressivement, en raison de la croissance démographique forte et continue, surtout en zone urbaine, le 'péril fécal' est de plus en plus souvent évoqué » (Allély & al., 2002: 60). 16
  17. 17. 1.6.3 La réutilisation des eaux usées La réutilisation des eaux usées domestiques traitées présente plusieurs avantages: « d'abord, moins de répercussions environnementales, ensuite, l'accroissement de la production alimentaire et un moindre recours aux engrais artificiels en raison des substances nutritives que contiennent les eaux usées » (Faruqui, 2003: 33). Depuis les années 1980, la réutilisation de l'eau usée s'est beaucoup répandue dans les pays en voie de développement. « Cela s'explique particulièrement par la croissance démographique et l'augmentation de la consommation d'eau par habitant, qui ont conduit à la production de quantités d'eaux usées de plus en plus importantes dans les régions urbaines et rurales des pays en développement » (Al Khateeb, 2003: 119). Néanmoins, la réutilisation des eaux usées en général ne va pas de soi et peut faire face à des réticences culturelles et religieuses, d'autant plus s'il s'agit de les réutiliser pour la production ou l'irrigation d'aliments. Comme le soulève Al Khateeb (2003), il n'est pas toujours aisé de déterminer si la réutilisation des eaux usées sera acceptable dans une société donnée: « les cultures sont rarement homogènes et contiennent souvent une variété de sous-cultures aux orientations divergentes. En outre, les cultures évoluent: valeurs, croyances et coutumes changent et peuvent être amenées à changer. De plus, les méthodes les plus appropriées de collecte de données, surtout celles du domaine de l'anthropologie sociale, ont rarement été utilisées dans ce secteur culturellement délicat » (p. 120). Toutefois, certaines sociétés ont depuis toujours utilisé ces déchets, la manière la plus fréquente étant l'épandage des excréments humains, souvent mélangés avec des excréments d'animaux, sur les champs pour les fertiliser (il est prouvé que l'urine, en particulier, est un excellent fertilisant): « the literature review showed that the use of human urine and faeces for food production internationally, especially in China, is an old and well-known practice. In some countries in Africa the use of human urine and faeces is also accepted. However, in South Africa the handling of human excreta and its use for food production are still very foreign ideas and generally not acceptable. Human excreta are seen as waste products, unhealthy, unhygienic and detrimental to humans » (Duncker & al., 2007: 52-53). Au Sénégal, notamment dans la région péri-urbaine de Dakar, des eaux usées brutes sont utilisées pour irriguer les champs à cause de la salinisation progressive des nappes peu profondes (Ndiaye & al., 2010). 1.7 Les combustibles de cuisine et le biogaz 1.7.1 Enjeux généraux relatifs aux combustibles Dans les pays en voie de développement, la question des combustibles de cuisine pose un certain nombre de problèmes, que les énergies renouvelables peuvent aider à résoudre. Akinbami et al. (2001) résument bien la situation: « biomass fuels (wood, crop residues, dung, etc.) are used daily in about half the world’s households as energy for cooking and/or heating. In the developing countries, these sources are more important because many of these nations don’t have the scarce conventional energy sources such as crude oil, natural gas, and coal. The new and renewable energy resource systems offer attractive prospects because they are pollution free, unlimited, and cheap. They also preserve ecosystems and retard degradation of the environment » (p. 98). En milieu rural africain, durant la saison sèche, les femmes, traditionnellement responsables de la cueillette du bois, font une cueillette régulière d'une petite quantité de bois; pour faire des provisions en vue de l'hivernage ou saison des pluies (pendant cette saison, le bois sera humide et les femmes seront occupées aux champs), les femmes coupent des branches encore vertes puis les ramènent à la maison lorsqu'elles sont sèches (Riss, 1989). Avec l'augmentation de la population, dépendre de la biomasse va devenir de plus en plus difficile pour répondre à ses besoins, et plus dommageable pour l'environnement, avec une déforestation accrue. 17
  18. 18. 1.7.2 Présentation du biogaz Le biogaz est une énergie renouvelable obtenue par un procédé de méthanisation qui permet de valoriser tout type de déchet organique, qu'il s'agisse d'eaux usées, de déjections animales, de boues de station d'épuration, de déchets de l'industrie agro-alimentaire, de l'agriculture et de l'élevage, de déchets d'abattoirs, de déchets verts, de restes alimentaires, d'huiles alimentaires, etc. La méthanisation se produit par une chaleur optimale de 40 degrés et en l'absence d'oxygène, par l'action de bactéries anaérobies qui vont décomposer la matière organique morte (végétale ou animale), la transformant en matière minérale (processus dit de fermentation anaérobie). Cette transformation va en 40 à 50 jours provoquer la formation de biogaz, un gaz naturel combustible composé en grande majorité de méthane (jusqu'à 65%), de gaz carbonique (25% à 45%) et de quantités variables d'eau et d'autres composés comme l'oxygène ou l'azote selon la provenance de la matière organique. De même, la quantité de gaz produit et sa qualité vont varier selon la matière organique qui est décomposée. Cette fermentation anaérobie est un processus naturel qu'on peut observer dans les marais, par exemple. L'opération de méthanisation permet de produire de l'énergie plutôt que d'en consommer, tout en valorisant des déchets ainsi qu'en dépolluant l'environnement et en prévenant des nuisances au niveau de la santé publique. De plus, le biogaz élimine les difficultés respiratoires résultant de la fumée provoquée par la cuisine au bois de chauffe ou au charbon. Le biogaz peut servir pour la cuisine, le chauffage, l'éclairage, le réfrigérateur, le générateur électrique, etc. A la fin de la méthanisation reste le digestat, matière fermentée contenant de l'azote; ce digestat peut directement être utilisé comme compost. De plus, la méthanisation permet une désodorisation totale de la matière et détruit les agents pathogènes présents dans la matière organique comme les excréments humains ou animaux. La fabrication du biogaz se fait au travers d'un digesteur, une enceinte confinée permettant à la fermentation anaérobie d'avoir lieu. Il existe de grosses usines de biogaz, mais de plus petits digesteurs peuvent être fabriqués de manière assez simple, le plus simple possible étant un fût en plastique relié à un brûleur à gaz par un tuyau d'arrosage, avec des chambres à air qui permettent de stocker le gaz. On peut aussi construire des digesteurs plus gros, déposés dans une tranchée creusée dans le sol. Voici un schéma simple d'un digesteur à biogaz: Source: www.eplantscience.com 18
  19. 19. Pour des pays comme le Sénégal, qui connaît des coupures électriques quotidiennes et où des combustibles bon marché, sûrs et pratiques manquent, le biogaz est une bonne alternative. La Chine et l'Inde ont été des pionniers en matière de développement et d'application des technologies anaérobies, tandis qu'en Afrique, le biogaz existe plutôt dans le sud du continent (Akinbami & al., 2001). « Tout cela représente des volumes et des masses considérables, ce ne sont plus des déchets mais des matières premières quasiment gratuites. La méthanisation de ces fermentescibles produit une énergie propre, renouvelable et disponible sur place, sans être tributaire d’importations » (EDEN, 2006). Le biogaz semble a priori être une technologie idéale pour de nombreux pays. Mwirigi et al. (2009) affirment que le fait de remplacer le bois de chauffe par le biogaz rend la cuisine plus facile, plus propre, plus sûre et plus économique. Mais les choses ne sont pas aussi simples, et l'adoption du biogaz, à Ndem comme ailleurs, ne doit pas être considérée comme acquise d'avance au vu de ses avantages. Jusqu'à aujourd'hui, les programmes chargés de développer et mettre en œuvre de nouveaux types de combustibles dans les pays en voie de développement se sont surtout préoccupés de l'efficacité du combustible et n'ont que très peu pris en compte les facteurs socio-culturels influençant le choix du combustible: il est notamment important de s'intéresser aux besoins des populations concernées, à leurs préférences ainsi qu'à leurs pratiques culinaires (Atanassov, 2010). Des déterminants sociaux, personnels, physiques, économiques et institutionnels sont à l'œuvre dans le processus d'adoption d'un combustible - ou d'une technologie en général (Walekhwa et al., 2009). Au final, c'est la technologie qui devrait s'adapter aux besoins et aux habitudes des populations et non pas au comportement des populations de (trop) changer pour s'adapter à une technologie. Ainsi que le soutient Atanassov (2010), il est plus facile de modifier quelque peu une technologie que de modifier des pratiques culinaires bien ancrées pour satisfaire ce qui est requis par la technologie. Tous ces aspects seront explorés dans ce travail. 19
  20. 20. 2. Cadre et déroulement du travail 2.1 Présentation et contextualisation du village de Ndem Le village de Ndem, fondé vers 1870, est situé à 120 kilomètres de Dakar en zone rurale sahélienne, dans la région de Diourbel, département de Bambey. Il s'agit d'un village wolof très singulier dans la région, notamment à cause de son développement spécifique que l'on a déjà brièvement évoqué. Cette partie va permettre une meilleure contextualisation du cadre dans lequel s'est déroulé ce stage. 2.1.1 Contextualisation religieuse de Ndem Ndem est un village mouride. Le mouridisme est la confrérie musulmane principale du pays, regroupant un tiers de la population; les mourides sont fortement impliqués dans la vie économique du Sénégal. Une confrérie religieuse est une voie hiérarchisée qui établit une chaîne mystique entre son fondateur et le Prophète Mohammed par différents intermédiaires; au Sénégal, une confrérie est une voie (tarîqa), une règle de vie, une communauté de vues sur les moyens d'accéder à Dieu (Copans, 1980). L'enseignement du mouridisme, né vers la fin du XIXe siècle au travers de Cheikh Amadou Bamba, homme saint et prédicateur, élève le travail à un niveau sacré. Cet enseignement et les écrits de Cheikh Amadou Bamba se basent sur le soufisme, courant mystique minoritaire de l'islam dans lequel une relation directe avec Dieu est recherchée. Une relation de maître (cheikh, marabout ou guide spirituel) à disciple caractérise le mouridisme. Le cheikh est perçu comme un intermédiaire nécessaire entre le fidèle et Dieu; le disciple se soumet au marabout afin d'entrer en relation avec Dieu et de gagner grâce à son travail son salut dans l'au-delà, et le marabout va aider l’aspirant à progresser dans la voie qui mène vers Dieu (Thiam, 2010). Une relation complémentaire existe entre le marabout et son disciple. Le village de Ndem abrite une importante communauté baye fall. La voie baye fall est une communauté mouride reconnue dans les années 1950 qui a été fondée par un disciple de Cheikh Amadou Bamba, Cheikh Ibrahima Fall. La voie baye fall s'est construite en opposition à certaines règles coraniques: le point essentiel différenciant les Baye Fall des autres mourides est un non- respect des pratiques traditionnelles de l'islam, dû au fait que les Baye Fall vouent intégralement leur vie à leur marabout et à Dieu. Ce sont des mourides saadix (parfaits). Sokhna Aïssa m'a affirmé un jour que « c'est quand même une voie de dépouillement, c'est une voie spirituelle qui malgré les apparences est très exigeante. Parce qu'il n'y a pas les exigences des cinq prières par jour, du pèlerinage, mais il y a des exigences qui sont beaucoup plus difficiles que celles-là ». Bien qu'ils ne respectent pas les prières quotidiennes comme les autres musulmans, pour les Baye Fall la prière est quelque chose de « permanent », elle doit être continuelle et accompagner chacune de leurs actions, notamment par le zikhr, litanies glorifiant le nom de Dieu pouvant être effectuées seul ou en groupe. Dans cette mystique pacifique, humilité et compassion vis-à-vis de tout être sont valorisées; les Baye Fall vont faire passer les autres avant eux-mêmes. Ceux-ci vont s'investir dans la « mystique du travail », le plus court chemin conduisant à la perfection spirituelle selon Cheikh Ibra Fall; le travail fait partie d'un processus de purification, de perfectionnement et de construction de soi (Audrain, 2002). L'action permanente dans laquelle le coeur doit toujours être présent est valorisée chez les Baye Fall. Pour Sokhna Aïssa, « la voie baye fall, c'est non seulement une quête de savoir mais c'est l'application des savoirs ». « Etre Baye Fall, c'est être tout le temps en actes », m'affirmera l'une de mes répondantes. Ces quelques points très synthétiques sur les Baye Fall sont relevés car l'une des caractéristiques importantes du village de Ndem est qu'il abrite un daara baye fall, autrement dit une école spirituelle dans laquelle les disciples (taalibe) de Serigne Babacar, marabout baye fall, vivent leur temps de formation spirituelle (tarbiyya). 20
  21. 21. 2.1.2 Le projet de développement global de Ndem En arrivant à Ndem au milieu des années 1980, Serigne Babacar, qui a grandi à Dakar puis a vécu en Europe une dizaine d'années, ainsi que son épouse d'origine française Sokhna Aïssa découvrent les ravages de l'exode rural et la désolation dans le village: sécheresse, peu de travail, etc. Lors de leur établissement à Ndem, village fondé par un aïeul de Serigne Babacar, ce dernier et Sokhna Aïssa sont aidés par les villageois qui leur donnent un terrain dans la brousse en dehors du village. Le couple y construit une petite maison et se fait progressivement accepter; des personnes les rejoignent depuis Dakar, attirées par leur démarche spirituelle. Serigne Babacar, devenu un cheikh baye fall, met en place son daara, attirant de nombreux disciples qui proviennent en majorité de zones urbaines. En arrivant à Ndem, Babacar et Aïssa observent et vivent directement les difficultés quotidiennes d'ordre sanitaire, sociale et économique. Ces difficultés sont surtout vécues par les femmes, la majorité des hommes étant partis à Dakar pour tenter de gagner un peu d'argent. Voulant dès le départ lutter pour l'amélioration des conditions de vie de la population et lutter contre l'exode rural, le couple met sur pied les débuts du projet de développement global de Ndem, grâce à certains fonds cherchés auprès d'ONG actives dans le développement et en essayant de revaloriser des savoirs artisanaux de la région. De cette revalorisation de savoirs artisanaux est progressivement né le centre des arts et métiers de Ndem, composé aujourd'hui d'une douzaine d'ateliers artisanaux valorisant des savoir-faire traditionnels en textile (confection et ameublement), teinture (chimique et naturelle), tissage, filature artisanale du coton, cuir, bois, métal, poterie, vannerie, calebasse, bijoux. Le centre suit les principes du commerce équitable et emploie jusqu'à 360 personnes (femmes et hommes répartis équitablement) de Ndem et des villages des environs, en fonction des commandes. Il s'agit du premier pilier du projet social de Ndem mis en place par Serigne Babacar et Sokhna Aïssa, faisant vivre de nombreuses familles et offrant un soutien financier aux autres actions du projet de Ndem. Ainsi qu'on l'a souligné dans l'introduction, différentes autres structures économiques (économie sociale et solidaire) et sociales ont vu le jour depuis vingt-cinq ans. La dynamique collective que le couple a instaurée à travers l'Association des Villageois de Ndem implique aujourd'hui 4'600 membres provenant d'une quinzaine de villages environnants polarisés par Ndem. L'association devenue ONG (organisée autour de différents pôles: santé, éducation, hydraulique, agriculture, artisanat) a comme mission « d'accompagner les populations dans un processus d'amélioration de leurs conditions de vie, dans toutes ses dimensions » (Memorandum ONG Ndem, 2011). Cette mission s'organise autour de plusieurs axes identifiés comme suit par l'ONG:  L’identification et la création d’activités génératrices de revenus  L’accès des populations locales aux infrastructures socio-sanitaires de base (accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, etc)  La gestion durable des ressources naturelles  Une véritable éthique de vie collective, base de toute amélioration  L'accueil dans une relation humaine d'échanges interculturels et spirituels Aujourd'hui, le projet vise également l'autonomie à tous les niveaux (économique, énergétique, alimentaire) ainsi que la pérennisation et l'amélioration des structures mises en place (notamment par la formation des jeunes à différents métiers pour prendre la relève dans les structures). Le grand projet de Ndem a été créé et est géré uniquement localement par les villageois qui en ont toujours été partie prenante, avec l'appui de divers partenaires extérieurs. Actuellement, Ndem dispose d'un grand « réseau de solidarité », ainsi que le nomme l'ONG: divers partenariats et associations de soutien ont été créés en France, Suisse, Belgique, Espagne, Italie, etc. Le projet de Ndem se base sur le principe du « cœur à la racine de l'économie », porteur de valeurs de solidarité, de partage et de démocratie « indispensables à la pérennité des projets et à leur harmonie » (Memorandum ONG Ndem, 2011). 21
  22. 22. 2.1.3 Le village de Ndem Le village de Ndem se développe très rapidement, la tendance à l'exode rural ayant été inversée. En 2005, il comptait environ 300 personnes, et aujourd'hui il y a près de 600 personnes qui vivent entre le village et le daara. Environ 500 personnes sont réparties en quelque vingt-cinq grandes concessions familiales. Des fonctionnaires de l'Etat qui ont été affectés à l'école ou au dispensaire vivent également dans le village. Les concessions sont séparées par des saket, clôtures traditionnelles faites de tiges de mil. Un ou plusieurs ménages vivent dans chaque concession, de même que de nombreux animaux qui vont et viennent: moutons, chèvres, poules, canards, ânes, chevaux, quelques chiens et chats. Les concessions sont organisées autour de la place du village, sur laquelle on trouve notamment un magasin général, la caisse d'épargne, la mosquée et l'école coranique. Aux extrémités du village se trouvent l'école, le dispensaire, la maternité, le forage pour l'eau, le centre des métiers, le périmètre maraîcher, le daara ainsi qu'une nouvelle structure d'éco- tourisme. La figure 1 ci-après présente un plan de Ndem. Partout aux alentours du village se situent les champs de mil, d'arachide et de niebe (haricot) qui sont cultivés durant l'hivernage entre juillet et octobre et qui constituent la base de la cuisine rurale sénégalaise. La plupart des familles possèdent des champs. Les activités dominantes dans le village sont l'agriculture et l'élevage, comme dans toute la région du Baol. A côté des activités agricoles de la saison des pluies, de nombreux villageois et villageoises travaillent aux ateliers artisanaux. Certains ont un autre travail; d'autres encore combinent le travail au centre des métiers avec un autre travail leur permettant d'avoir un revenu supplémentaire (lorsqu'il y a peu de commandes aux ateliers, par exemple). Plusieurs femmes vendent des légumes sur la place du village. D'autres femmes vendent du pain, du miel, de l'encens, du beurre de karité, du savon ou des fatayas (beignet traditionnel aux légumes ou au poisson). Beaucoup de femmes ont un petit travail qui leur rapporte un peu d'argent. Les femmes avec qui je me suis entretenue dans une concession étaient par exemple en train de faire des pompons destinés aux ateliers artisanaux, en effilochant des morceaux de tissu afin d'en récupérer les fils. Parmi les hommes, on retrouve des vendeurs de poissons, d'omelettes, des vendeurs occasionnels de bois, un chauffeur du camion du village, un chauffeur du bus-navette qui se rend à Dakar, quelques bergers. Certains artisans travaillent à leur compte, et certains hommes sont tout de même obligés de quitter temporairement leur famille pour aller travailler à Bambey (la petite ville la plus proche de Ndem, à 11 kilomètres), Dakar, voire dans un pays environnant (Gambie, Mali). Ils envoient alors de l'argent à leur famille restée au village. Des artisans de la quinzaine de villages réunis par l'ONG des Villageois de Ndem viennent aussi travailler au centre des métiers, comme on l'a évoqué. Toutefois, la plupart des villages du Baol sont toujours marqués par l'exode rural. Après l'hivernage, lorsque les récoltes sont terminées, dans beaucoup de villages il n'y a pas de travail, les hommes partent en ville pour tenter de travailler. Certaines femmes partent aussi, pour faire des ménages. « Des fois tu vas dans des villages tu ne vois que trois personnes, quatre personnes », me dira un homme de Ndem. Il y a quelques décennies, avant la sécheresse, les habitants du Baol étaient riches grâce à une agriculture prolifique, surtout la culture de l'arachide. Lors de mon séjour, la situation économique n'était pas très bonne à Ndem, où le contexte de crise économique mondiale se fait sentir. Il y avait beaucoup moins de commandes aux ateliers qu'à une certaine période, de ce fait il y avait moins de travail au centre des métiers. Certains artisans m'ont confié ne plus y travailler que rarement à cette période. Durant mon séjour, il y avait du retard dans le paiement des salaires au centre des métiers; les salaires n'étaient pas réguliers. Plusieurs clients avaient aussi des dettes envers le centre. C'est une situation marquante pour l'organisation de la vie à Ndem, ainsi que nous le verrons par la suite. 22
  23. 23. Fig. 1: Plan du village de Ndem Les concessions familiales sont organisées autour d'un chef de famille, le plus âgé des hommes. Au sommet de la hiérarchie familiale, c'est à lui que revient le plus important pouvoir décisionnel. L'organisation familiale à Ndem est basée sur une complémentarité dans la division des tâches entre hommes et femmes. Les femmes sont chargées des tâches domestiques, des enfants, de leur éducation et de l'organisation de la maison. L'homme doit subvenir aux besoins de la famille au niveau de la production de nourriture et en ramenant de l'argent, mais à Ndem beaucoup de femmes travaillent également, notamment aux ateliers. Le rôle des femmes au sein de la famille semble évoluer; celles-ci sont toujours en charge des tâches domestiques, mais ont souvent un petit travail à côté de ces tâches. La plupart des familles de Ndem sont polygames; en accord avec les principes de l'islam, un homme a le droit d'avoir jusqu'à quatre épouses, s'il est capable d'assurer la subsistance pour les quatre épouses et pour tous les enfants qui naîtront de ces unions. La présence de plusieurs femmes permet la conciliation entre tâches domestiques et travail, puisque les femmes effectuent ces tâches, notamment la cuisine, à tour de rôle. 23
  24. 24. Partie de la récolte de mil d'une famille du village 2.1.4 Le daara de Ndem Ainsi que nous l'avons évoqué brièvement, un daara est une structure éducative religieuse et sociale. Ndem a une particularité importante que l'on rencontre de plus en plus rarement dans la région, comme nous l'avions relevé précédemment: un daara est situé directement à côté du village, plus précisément à l'entrée de celui-ci. Il s'agit du daara baye fall de Serigne Babacar Mbow où vivent pas loin d'une centaine de personnes y demeurant depuis plus ou moins longtemps: des hommes célibataires, quelques femmes célibataires, huit familles y vivant de façon permanente, quelques couples venant de s'unir. Le marabout et sa famille vivent également dans le daara. Cinq ou six Occidentaux y vivent de façon permanente, et sont aussi logés au daara beaucoup d'Occidentaux et de Sénégalais qui sont de passage pour quelques jours, semaines ou mois, essentiellement des partenaires sur les différents projets - ce qui a été mon cas. Tous les couples du daara sont monogames. Plusieurs jeunes hommes au début de la vingtaine sont originaires de Dakar et ont été envoyés au daara de Serigne Babacar lorsqu'ils étaient enfants, pour certains à cause d'une situation familiale et sociale délicate. La composition sociale du daara est hétérogène, comportant outre certains Occidentaux des individus de zones rurales et urbaines. Notons encore qu'à l'entrée du daara se trouve un autre magasin général ainsi que la boulangerie, et que le périmètre maraîcher se situe à côté du daara; ce dernier est placé entre le maraîchage et le reste du village. La vie au daara se déroule de façon communautaire. Les femmes mariées cuisinent à tour de rôle pour toute la communauté, les repas sont pris par tout le monde ensemble sous des mbar (auvent) à côté de la cuisine collective. Tous les repas se prennent dans des bols communs (ce qui est la norme au Sénégal en général). Le soir, les jeunes célibataires partent faire le maajal (l'aumône) dans le village en chantant les zikhr pour obtenir de la nourriture qu'ils partagent ensuite. Il s'agit d'une pratique devant renforcer l'humilité des disciples. Quant au fait de donner l'aumône, c'est une pratique valorisée et récompensée dans l'islam; il s'agit du troisième pilier de l'islam. Pendant ce temps, les familles et les enfants mangent le traditionnel tchere, couscous de mil, à côté de la cuisine. La vie dans le daara s'organise autour du travail, et chaque disciple a des tâches précises à effectuer pour le bon fonctionnement de la communauté. Il peut s'agir du travail quotidien dans le daara même: s'occuper des animaux, des plantes, nettoyer et tamiser le sable, rénover les maisons et autres structures, s'occuper de toutes les tâches domestiques, etc. Beaucoup de disciples 24
  25. 25. travaillent aussi dans les ateliers artisanaux. Plusieurs disciples sont aussi impliqués dans le travail logistique pour l'ONG, d'autres encore travaillent à la boulangerie ou au maraîchage. Les autres activités du daara sont du temps d'étude et d'apprentissage, ainsi que des séances de zikhr ou de saam fall (les litanies chantées collectivement sans instrument de musique les accompagnant). De plus, de nombreux jeunes du daara vont à l'école. Divers intervenants viennent faire un exposé parfois, des documentaires sont projetés aux habitants. Serigne Babacar, tout comme Sokhna Aïssa, travaille dans le daara avec ses disciples et a des relations continues et régulières avec eux, ce qui n'est pas forcément la norme dans les daara en général au Sénégal. Il est très attentif à l'égard de ses disciples et n'hésite pas à participer à tout type de travail, constituant un véritable exemple à ce niveau pour ses disciples aux dires de ceux-ci. Notons encore qu'il n'existe pas de séparation formelle entre les habitants du daara et ceux du reste du village. Certains habitants du daara ont de la famille au village, et tous peuvent se côtoyer quotidiennement notamment dans les ateliers artisanaux. De petites « rivalités » peuvent parfois être perceptibles, selon les propos de certains de mes interlocuteurs, mais généralement sans gravité. Dans tous les cas, tous les projets et structures mis en place à Ndem sont destinés à toute la communauté de Ndem et parfois au-delà. 2.2 Méthodologie et déroulement de l'enquête 2.2.1 Considérations méthodologiques générales Durant cette enquête, plusieurs méthodes, essentiellement l'observation et l'entretien, ont été mobilisées afin de recueillir des données. La plupart des données ont été recueillies à l'improviste: il y a rarement eu de rendez-vous pris pour des entretiens, ma participation à diverses activités ou les visites d'infrastructures se sont faites au jour le jour, sans programme précis. Le défi de cette enquête a été de parvenir à recueillir les données et informations souhaitées durant le court temps de séjour sans presser les individus et en respectant leurs habitudes de vie. L'adaptation est le maître mot d'une enquête de terrain, de même que la gestion des imprévus (entretien qui doit cesser avant d'être terminé, fête religieuse, trop chaud pour que les gens veuillent faire un entretien, etc). Vers la fin de mon séjour sur le terrain j'ai présenté à la suggestion de Sokhna Aïssa un exposé sur « Les enjeux de l'eau usée, l'assainissement et les déchets » aux habitants du daara. Cet exposé a été utile tant pour effectuer une première sensibilisation dans le cadre du projet du LATEU que du point de vue méthodologique pour ce travail; en effet, il m'a permis d'avoir encore plusieurs discussions au sujet de l'eau, des déchets et des perspectives de changement dans les comportements, qui ont constitué de nouvelles données pour mon travail. 2.2.2 L'observation Une grande partie des données a été recueillie par observation. Celle-ci doit être aussi rigoureuse que possible, c'est-à-dire qu'il faut noter dans un carnet de terrain dès que possible avec le plus de détails ce qui a été observé et le déroulement de la scène. Il s'agit de décrire et de comprendre sans prendre parti. L'observation a été tant participante que non-participante. Plus finement, on peut dire en suivant Olivier de Sardan (2003) qu'il y a des situations relevant de l'observation, où le chercheur est témoin, et des situations relevant de l'interaction, où le chercheur est co-acteur. L'observation participante a eu lieu durant mon terrain tant de manière circonscrite 25
  26. 26. comme lors de ma participation à diverses activités (aide à la cuisine, au maraîchage, etc) que dans la vie de tous les jours. Dans ces cas, la prise de notes a été différée. Dans les cas d'observation non- participante, où j'ai été témoin de certains faits, la prise de note a été immédiate autant que possible. La majeure partie des observations a eu lieu au daara, mais beaucoup d'observations ont aussi pu se faire dans le reste du village. 2.2.3 Les entretiens et les discussions informelles De nombreux entretiens ont été effectués à Ndem. Au départ, il était prévu de faire des entretiens semi-directifs de type compréhensif, autrement dit de disposer d'un guide d'entretien souple avec différentes questions générales, afin que l'informateur parle autour de certaines thématiques spécifiques sans qu'il n'y ait d'ordre préalablement établi. Au vu des réalités du terrain, certains entretiens ont été plus directifs, et d'autres n'ont pas abordé toutes les dimensions du guide d'entretien. Les entretiens effectués concernent deux « groupes » de la population de Ndem: 1. Entretiens dans dix-huit concessions familiales du village de Ndem avec un accompagnant- traducteur wolof-français 2. Entretiens avec huit habitants du daara et les informateurs privilégiés Il s'agit d'entretiens qui ont tous été enregistrés sur dictaphone puis retranscrits intégralement. De nombreuses conversations informelles ont permis de recueillir des informations. Visites et entretiens dans les concessions du village Dans les concessions familiales, l'entretien a eu lieu la plupart du temps avec une personne, mais parfois plusieurs personnes étaient présentes et répondaient aux questions. Le répondant était chargé de répondre par rapport aux habitudes de la concession et de son ou ses ménage(s). Le plus souvent le répondant était une personne haut placée dans la hiérarchie familiale, comme le chef de famille ou la première épouse. Néanmoins, en fonction des personnes présentes au moment où l'on se rendait dans chaque concession, des individus d'âges variés (de 17 à 60 ans) ont pu être interrogés, même si la majorité des répondants avaient autour de 40 ans et plus. Au niveau du genre, une majorité de femmes ont été interrogées. Sur les 18 concessions, 8 entretiens ont été effectués avec une ou plusieurs femmes, 6 entretiens avec au moins une femme et un homme (dont 3 couples, un frère et une sœur), et 4 entretiens uniquement avec un homme. Il était important d'interroger des femmes, qui sont les premières concernées par l'eau et les combustibles de cuisine, mais avoir des avis masculins était aussi important dans la mesure où de nombreuses décisions sont prises par les hommes. La visite d'une concession (notamment de ses installations sanitaires) et l'entretien duraient en moyenne une heure. Le tableau 1 résume les caractéristiques d'âge, de genre et de nombre d'individus vivant dans chaque concession. Concession Entretien Nombre de personnes vivant dans la concession Nombre de ménages 1 Femme 17 ans Env. 5, pas d'enfant 1 2 Femme 45-50 ans 6-7 dont un bébé 1 3 Homme 60 ans 7-8, beaucoup d'enfants 1 4 Femme + homme 50-60 ans 5-6 1 5 Env. 4 femmes mais surtout une, 60 ans 20-25 Plusieurs 6 Couple 35-45 ans 6-7 1 26
  27. 27. 7 Homme 45-50 ans Env. 15, beaucoup d'enfants 1 8 Homme 45-50 ans Env. 15 2 9 Homme 40-45 ans Env. 15 Plusieurs 10 Femme 40 ans 15-20, beaucoup d'enfants 2 11 Femme 50-60 ans Env. 15 Plusieurs 12 Femme 35-40 ans 6-7 1 13 Femme 35-40 ans 15-20 ? 14 Couple 35-40 ans + femme 40-45 ans Env. 20 2 15 Femme 50-60, homme 20 ans Env. 15 Plusieurs 16 Sœur + frère env. 20 ans 15-20 Plusieurs 17 Couple 45-55 ans, femme 40 ans Env. 15 ? 18 2 femmes 30-35 ans Env. 40 3 Tableau 1: Les concessions visitées Pour les concessions, le guide général d'entretien comprenait des questions sur les thématiques suivantes, le but étant de connaître les habitudes, représentations et avis des gens:  L'eau en général  L'eau usée  Le maraîchage et la consommation de légumes --> Présentation de la possibilité de réutiliser des eaux usées traitées: avis du répondant  Les combustibles de cuisine --> Présentation de la possibilité de réutiliser le contenu des fosses septiques pour faire du biogaz et du compost: avis du répondant  L'environnement  Les déchets Entretiens avec les habitants du daara et les informateurs privilégiés Ce second « groupe » d'entretiens concerne des entretiens ayant tous été effectués en français, sans accompagnant, avec des personnes côtoyées pour la plupart régulièrement. En dehors de toutes les discussions informelles, huit entretiens plus formels ont eu lieu avec des habitants du daara:  Quatre avec des femmes mariées: à noter que deux de ces entretiens n'ont pas été très poussés car les deux femmes parlaient moyennement bien le français;  Deux avec des hommes mariés;  Deux avec des jeunes hommes célibataires, les Gore Yalla Deux entretiens et plusieurs discussions ont eu lieu avec deux informateurs privilégiés car présents autant au village qu'au daara tout en demeurant quelque peu extérieurs à ceux-ci, ce qui leur permettait d'avoir une vision plus globale de la situation. Deux autres informateurs privilégiés avec lesquels il n'y a jamais eu d'entretien « formel » ont également fourni de nombreuses informations utiles à ce travail. De de ces informateurs privilégiés ont été mes accompagnants dans les concessions villageoises. 27
  28. 28. Plusieurs entretiens ont été effectués avec Serigne Babacar et Sokhna Aïssa, deux autres informateurs importants ayant fourni de précieuses informations. Ceux-ci ont une position particulière à Ndem en tant que leaders de l'ONG des Villageois de Ndem et guide spirituel de Ndem dans le cas de Serigne Babacar. Ces informateurs ont donc une influence spécifique sur toute la communauté de Ndem. Les dimensions explorées avec les habitants du daara sont les mêmes que celles abordées avec les villageois. Au niveau des informateurs privilégiés, des thématiques en plus ont également été abordées, notamment le fonctionnement de l'ONG ou la dimension spirituelle de Ndem. Pour conclure, il faut souligner la forte complémentarité entre les entretiens / discussions et les observations, l'observation permettant d'infirmer, confirmer ou compléter ce qui a été dit lors des discussions et entretiens, autrement dit de confronter les dires et les pratiques, d'autant plus lorsque les dires sont recueillis en situation d'entretien, situation pouvant avoir une influence sur le contenu de l'entretien. Cette confrontation a été surtout possible au daara, mais parfois aussi dans le reste du village. 2.2.4 Visites de diverses structures et recueil d'informations quantitatives Une autre méthode de recueil de données a été la visite de différentes infrastructures de Ndem. Parfois ces visites ont été enregistrées puis retranscrites, d'autres fois la visite a été consignée dans le carnet de terrain. Voici les différentes structures qui ont fait l'objet d'une ou de plusieurs visite(s):  Le forage de Ndem (station de pompage d'eau)  L'atelier de teinture chimique sorr  L'atelier de teinture naturelle bogolan  L'atelier de fabrication du bioterre  Le dispensaire et la maternité  La case des tout-petits (maternelle)  L'école  La cuisine communautaire du daara (où j'ai parfois aidé)  Le maraîchage de Ndem (où j'ai fréquemment aidé)  Le maraîchage et le forage de Ngaga Serer, à 3 km de Ndem En plus de ces visites, j'ai aussi eu l'occasion d'assister en observatrice extérieure à un cours d'éducation sanitaire à la case des tout-petits durant lequel un instructeur apprenait aux enfants à reconnaître une eau potable et aussi d'assister à la réunion mensuelle de l'ONG de Ndem. Cette réunion m'a permis de mieux comprendre le fonctionnement de l'ONG, des différents projets et du projet de développement global de Ndem. Finalement, j'ai aussi cherché à recueillir des informations plus quantitatives, notamment des informations chiffrées sur la consommation d'eau des infrastructures et concessions. Les compteurs des robinets sont relevés chaque mois, mais il n'a pas toujours été simple d'obtenir des chiffres clairs. Des informations au niveau du coût de l'eau et des différents combustibles ont également été recherchées. 28
  29. 29. 2.2.5 Limites du travail Au terme de ce chapitre, il faut soulever les difficultés principales rencontrées dans cette enquête de terrain:  La durée trop courte du terrain afin de saisir toutes les implications et toute l'organisation autour de l'eau, l'eau usée, les combustibles de cuisine et les déchets. Je souhaitais notamment au départ visiter toutes les concessions familiales de Ndem afin de recenser tous les types d'installation (robinet, toilettes, etc); je n'ai finalement pu en visiter que les trois quarts.  La difficulté de toujours obtenir une information précise lorsque celle-ci est recherchée. De ce fait, il a été difficile de mettre réellement en perspective les comportements observés et les dires des informateurs avec les chiffres sur la consommation de l'eau, notamment. De plus, sur certains points précis, tout au long de l'enquête j'ai reçu des informations contradictoires de la part de différentes personnes. C'est notamment pour ce genre de choses qu'un temps plus long sur le terrain aurait été utile.  Le biais que la traduction peut entraîner, car l'information de première main a été « filtrée » une première fois au travers d'une traduction. De plus, la présence d'un traducteur en tant que personne a pu induire certains biais dans les propos des répondants.  Le fait que j'aie vécu au daara a sur certains points (mais pas tous) induit un recueil d'informations plus important au daara que dans le reste du village. 29

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