Yves Michelin et Shantala Morlans Colloque Pesticides, 24 mars 2011 Accéder aux représentations des éleveurs pour adapter ...
Projet issu d’une problématique de terrain Gestion des pullulations de campagnols terrestres Causes multifactorielles  : m...
Impacts des pullulations  Réseaux sanitaires concernés  Echinococcose alvéolaire Poumon du fermier tularémie Maladies para...
1998 : Lutte chimique curative sur l’échelle franche-comté : 60 000 ha traités Impact faune non cible Traumatisme des élev...
 
<ul><li>Changement de stratégie // concept de lutte raisonnée : surveillance, engagement collectif, boîte à outils pour un...
Pullulations : le refus de la lutte raisonnée La façon dont le phénomène est perçu est complexe et ne mobilise pas que des...
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Objectifs finalisés Repartir des pratiques pour comprendre les motivations  <ul><li>Au niveau technique : </li></ul><ul><l...
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<ul><li>Partager un discours commun  </li></ul>Construire une connaissance distribuée Partagée entre les différents acteur...
<ul><li>Certains acteurs du schéma décisionnel restent hors d’atteintes lors des négociations de pratiques, comme le vende...
<ul><li>Merci de votre attention </li></ul>
Le moyen de lutte chimique utilisé Bromadiolone, source des images : campagnols.fr Historique des méthodes de lutte chimiq...
Emergence de la notion de lutte raisonnée La « boîte à outils » comme nouveau moyen de gestion <ul><li>1995-2000  : début ...
Massif Central Massif du Jura Deux grands massifs de moyennes montagnes français concernés
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  • Le projet que je vais vous présenter est issu d’une problématique de terrain à laquelle se sont confrontés des techniciens de lutte contre les invasifs travaillant sur le secteur de moyenne montagne. En effet, suite aux changements de la politique agricole intervenue il y a une quarantaine d’années, une nouvelle gestion des territoires agricoles et par conséquent des prairies s’est mise en place par le biais de remembrements qui ont permis une homogénéisation des parcelles, une spécialisation des systèmes agricoles, une intensification des pratiques, … Ce passage d’un paysage diversifié et fragmenté à un paysage spécialisé dans la production d’herbe, a eu comme corollaire l’apparition d’invasifs, dont l’un des plus célèbres est le campagnol terrestre. Principalement présent sur les deux grands massifs de moyennes montagnes français : le massif du jura et le massif central, il touche plus particulièrement la Franche-Comté et l’Auvergne mais commence à être signalé sur de nombreux départements limitrophes, montrant ainsi une diffusion du phénomène à de nouveaux territoires. Ce « rongeur des prairies » est dès lors souvent perçu comme un « fléau des campagnes », puisque chacun de ses passages se solde par des pertes économiques importantes pour les exploitations ; une dégradation des prairies mais aussi des problèmes sanitaires (humains et animaux) qu’il s’agit de maîtriser.
  • Ces problèmes sanitaires ne sont pas nécessairement anecdotiques. Si les maladies parasitaires et bactériennes restent encore rares et isolées, concernant tout au plus quelques dizaines de personnes par an, les maladies respiratoires dues à la présence de terre dans les champs provoquent des troubles qui handicapent de nombreux éleveurs sur le long terme. De plus, elles portent atteinte à la santé de l’animal comme à la qualité du lait, provoquant une augmentation du taux de butyriques engageant des pénalités importantes sur le prix du lait. De ce fait, la problématique des pullulations doit être maîtrisée sur le court et le long terme, afin de protéger les agriculteurs et les consommateurs des dangers directs et indirects qu’elles provoquent.
  • Pour endiguer cette problématique, plusieurs types de luttes directes sont pratiquées depuis une quarantaine d’années. Si l’utilisation de virus a pu être proposé du début 1900 aux années 50, son interdiction survint suite à des cas de mortalité constaté chez des animaux domestiques et des humains. La lutte par le biais de produits chimiques apparut, puis se tourna vers les anticoagulants considérés comme moins nocifs pour l’humain. L’on passa ainsi de la strychnine à la chlorophacinone puis à la bromadiolone, perçu aujourd’hui comme la matière active la moins « nocive » pour l’environnement. La bromadiolone connut d’ailleurs des évolutions dans son utilisation, puisque qu’on commença par l’utiliser sur des carottes, sur lesquelles on répandait le produit et qu’on allait ensuite enfouir sous les prairies à l’aide de charrues sous-soleuses (les charrues-taupes comme on les appellent souvent). Ces premières luttes étaient toujours collectives, et fédéraient les éleveurs autour d’une gestion commune de la problématique. Puis, face aux dégâts provoqués, on passa à l’utilisation du blé comme base du produit. Cependant, cela eut comme conséquence d’individualiser la lutte, engageant ainsi un désintérêt des éleveurs qui ne pouvaient plus compter sur l’enthousiasme collectif. En 2000, la notion de seuil minimum de pullulation fut introduit comme valeur d’autorisation de la lutte à la bromadiolone, et évolua de 70% à 50% de la parcelle infestée selon un indice de reconnaissance conçu à cet effet. Depuis vendredi dernier (18 mars 2011), la bromadiolone est soumise à de nouvelles restrictions, puisqu’elle ne pourra plus s’utiliser en plein champs mais uniquement dans des boîtes à pièges mises à disposition du rongeur le long des clôtures. Ainsi, comme l’on peut l’imaginer, l’usage de ces molécules ne fut pas sans poser problème. Outre l’impact potentiel sur la santé de l’utilisateur (on ne compte plus les anecdotes d’agriculteurs plaisantant sur les jeux entourant les processus de luttes collectives, où ils se courent après avec du produit sur les mains pour venir gentiment gifler leurs confrères), elle cause surtout des dégâts à la faune non-cible, puisque le principe même d’un anticoagulant suppose que l’animal mette plusieurs jours à mourir, et qu’il se retrouve par conséquent à disposition de ses prédateurs, qui sont alors victimes du produit. Suite à la grande « crise » de 1999, où de grandes campagnes de luttes menées sur tous les secteurs concernés amena à une véritable hécatombe des faunes locales, et à l’émergence d’une considération « écologique », les FREDON décidèrent de s’impliquer pour trouver de nouveaux moyens de luttes contre ce ravageur. Ils développèrent ainsi, en partenariat avec le monde de la recherche et des éleveurs souhaitant s’impliquer, de nouvelles méthodes de luttes qui permettent d’anticiper les pullulations de cet invasif. Ces méthodes reposent sur le constat issu de recherches montrant que les pullulations étaient causés par des facteurs multiples, et que sa maîtrise nécessitait par conséquent d’interagir avec l’ensemble de ces facteurs, aux trois échelles concernées (la parcelle, le territoire de l’exploitation et l’échelle de la vallée ou du plateau). De plus, le paradoxe de la lutte chimique repose sur le fait qu’elle permet de sauver une récolte mais prolonge, voire amplifie le cycle. Le résultat perçu sur le court terme devient ainsi le corollaire d’une amplification du phénomène sur le moyen terme. Les Fredon se mirent alors à préconiser une modification des pratiques agricoles (retournement de prairie, morcellement des parcelles, baisse de la fertilisation, …) et du territoire (réseau de haies, découpage des parcelles, …), ainsi que des actions de luttes indirectes (perchoirs, boîtes, barrières, …) et de luttes mécaniques (piégeage). De plus, il proposèrent de conserver la lutte chimique mais uniquement à basse densité, afin de maîtriser son impact sur la faune non cible. Mais les éleveurs se désintéressent globalement de cette nouvelle approche de la lutte, et soit continuèrent à ne pratiquer que la lutte chimique, soit arrêtèrent tout simplement de lutter contre le campagnol. Les techniciens, conscients des enjeux soulevés par ces pullulations pour l’avenir des exploitations, décidèrent alors de se pencher sur les raisons de ces blocages, et sur de nouveaux types d’accompagnement aux changement des pratiques qui puissent être acceptés par les éleveurs.
  • Ainsi, bien que la lutte raisonnée permettrait aux éleveurs de pérenniser la résilience de leurs exploitations face aux dégâts commis par cet invasif, ils ne souhaitent pas engager de nouvelles modifications dans la gestion de leurs exploitations et continuent à privilégier la lutte chimique. L’on constate que la façon dont le phénomène est perçu est complexe et ne mobilise pas que des registres techniques.
  • Par conséquent, l’objectif principal émergeant de ce constat concerne une adaptation de l’accompagnement agricole qui permette de mieux répondre aux attente des éleveurs. Pour cela, nous avons concentré notre étude sur l’analyse de la gestion et de la représentation de la problématique campagnol par les différents groupes et individus concernés : les éleveurs de moyennes montagnes, les techniciens s’occupant de la gestion de la prairie ainsi que les chercheurs. Ainsi, l’objectif de cette étude est de mieux saisir la manière dont chaque groupe investi dans la problématique campagnol gère ce dernier, afin d’apporter aux techniciens des méthodes d’accompagnement qui soient mieux adaptés aux attentes et aux besoins des éleveurs. De ce fait, nous essayons de repenser le processus d’accompagnement en sortant de l’approche binaire qui consiste à penser qu’à chaque cible correspond un discours et une solution, puisque cette approche montre clairement ses limites en terme d’application. Notre approche consiste donc à prendre en considération les différentes approches que chacun se fait du phénomène. Et comme aucun phénomène impactant sur une exploitation n’est pensé de façon isolé, nous repartons de l’ensemble des problématiques que les exploitants nous soumettent pour proposer des conseils adaptés à chaque situation.
  • Pour arriver à cet objectif finalise, il nous a semblé nécessaire de repartir des pratiques des éleveurs et des représentations qu’ils y associent afin de reconstruire, à posteriori, les différents schémas mobilisés pour telle ou telle type de situation. Ainsi, il apparaît que les raisons motivant ce choix tient à des facteurs non-techniques, qui relèvent de la représentation que se fait l’agriculteur du phénomène auquel il est soumis. Il nous a alors semblé nécessaire de décrypter ce qui motivait les choix pris par chaque éleveur concernant l’ensemble de ses pratiques agricoles et les aléas auxquels il est soumis régulièrement, ainsi que les processus intervenant dans l’élaboration de sa décision, en explorant son réseau social afin de décrypter les raisonnements qu’il associent à certains acteurs et qu’il mobilise pour décider de pratiquer telle ou telle pratique. Pour cela, nous avons mobilisé un ensemble de concepts et de théories nous permettant d’analyser l’ensemble des représentations mobilisées par chaque acteur social rencontré, que nous ne développerons pas faute de temps. De plus, nous avons croisé ces connaissances avec des données techniques nous apportant un support supplémentaire de compréhension, et une base à travers laquelle nous pouvons comparer les pratiques mises en place et les représentations associées, afin de déterminer quelle entrée prédomine dans le choix final de chaque éleveur.
  • Pour mener cette étude, nous avons fait le choix de nous immerger dans le terrain afin de saisir au plus près l’élaboration des décisions menant à des pratiques spécifiques (que nous avons identifié par lae biais d’une analyse agronomique), et les processus non-conscients influant sur ces prises de décisions. Nous avons choisi trois terrains présentant des similitudes géographiques et particulièrement concernées par les pullulations de campagnols terrestres, mais où les éleveurs réagissaient de manière fort différente : soit en excluant toute autre solution à la lutte chimique, soit en mettant en place la boîte à outils de lutte raisonnée, soit en décidant de ne rien faire. Les trois terrains sont répartis sur les départements de l’Ain, du Doubs et du Jura ainsi que du Puy de Dôme. Comme cette démarche de travail est déjà initiée depuis deux ans sur les trois derniers terrains, nous avons choisi d’approfondir les enquêtes en Franche-Comté et de développer les réunions de concertations en Auvergne,où les éleveurs sont particulièrement réfractaires aux luttes raisonnées, afin de tester notre protocole d’accompagnement collectif au changement de pratiques de luttes contre les invasifs. De plus, nous avons ouvert un nouveau terrain sur la partie montagneuse du département de l’AIn, suite à une demande du Commissaire du Massif du Jura, qui souhait accéder à une meilleure connaissance de la problématique campagnol sur ce département qui, bien que faisant partie du massif, est rattaché à la région Rhônes-Alpes.
  • Notre méthode de travail a consisté à rencontrer une vingtaine d’éleveurs sur chacune de nos zones de terrain, par le biais d’entretiens longs et semi-directifs ainsi que d’observation participante. Ces démarches ont nécessité la mobilisation de nombreux supports non verbaux permettant de faire exprimer plus clairement aux éleveurs ce qu’ils n’ont pas l’habitude de dire. Nous avons aussi organisé des réunions de groupes pour tester des adaptations possibles des territoires agricoles à différentes échelles qui permettraient de lutter contre les campagnols, et par ce biais remobiliser les éleveurs à négocier collectivement les problématiques de leurs territoires tout en testant leur motivation à s’engager dans cette approche. Évidemment, ces processus sont actuellement en cours et cette démarche qui n’en est qu’à son commencement.
  • Pour mieux illustrer l’intérêt d’une telle méthode, nous avons choisi de vous présenter deux éleveurs – voisins - refusant depuis quinze de pratiquer la lutte chimique sur leur exploitation, alors que tous les éleveurs aux alentours la pratiquent avec ferveur. Il faut souligner qu’ils sont tous deux farouchement opposés à cette pratique, et qu’ils ont décidé de ne pratiquer aucune lutte raisonnée, faisant le « dos rond » lors des pics de pullulation et privilégiant le stockage de foin pour pallier aux manques potentiels les années de pullulations. De plus, ils se sont marginalisés des groupes de suivi des pullulations – en raison de leur refus d’appliquer les méthodes préconisées jusqu’à peu par les FREDON – et n’ont de ce fait pu profiter des nouvelles préconisations, qui leur permettraient d’atténuer l’impact des pullulations sur leurs exploitations. Ainsi, à première vue, ces deux exploitants sont opposés à l’utilisation de la lutte chimique, et pourraient être favorables à une lutte raisonnée, plus en adéquation avec une potentielle sensibilité écologique. Hors les entretiens montrent que l’un des deux éleveurs refuse la lutte chimique car il l’estime insuffisamment efficace, car elle ne pourra jamais être appliquée partout et en même temps. De plus, lors d’un épisode de lutte contre des insectes par le biais d’une poudre insecticide, il s’est retrouvé en sens contraire du vent et fut recouvert de produit. La peur de la contamination l’a alors définitivement décidé à stopper les luttes chimiques. Mais ceka ne l’empêche pas de rester ouvert à une lutte chimique, qu’il souhaite néanmoins radicale pour être acceptée. Lui parler de méthodes alternatives paraît de ce fait d’autant plus délicat qu’il n’y est guère sensible. L’autre éleveur, au contraire, est très sensible à l’impact de ses pratiques sur l’écosystème, et est conscient que les pullulations sont directement la cause du changement de visée agricole. Il a d’ailleurs déjà intégré des modifications de son territoire d’exploitation et de ses pratiques agricoles permettant de limiter l’impact des pullulations, et est tout à fait ouvert à une poursuite des démarches qu’il a déjà initié. Ainsi, bien qu’on aurait pu, à priori, apporter le même type de conseil aux deux agriculteurs, on se serait fabriqué deux ennemis mais pour deux raisons différentes. Par conséquent, face à ce constat, nous proposerons au premier des méthodes couplant une lutte chimique à basse densité et un suivi des taupes au PH3, toutes deux effectuées par une entreprise, en essayant de le sensibiliser à l’intérêt de la mise en place de piquets pour les prédateurs et à la conservation des haies sur ses parcelles remembrées. Quant au deuxième, qui a déjà adapté son exploitation à cet aléa, nous lui proposerons de devenir un modèle pour d’autres agriculteurs qui pourraient potentiellement adopter la même posture mais qui n’osent pas. Ainsi, l’objectif final est de co-construire avec le technicien des moyens de luttes négociés autour des diverses attentes, que nous essayons notamment de faire bouger par le biais des jeux de rôles organisés lors des réunions collectives.
  • L’objectif principal de cette étude consiste donc à développer de nouvelles approches d’accompagnement au changement des pratiques admis par l’ensemble des acteurs intégrés au processus.
  • Mais comme tout processus, il possède des biais sur lesquels nous ne pouvons réellement interagir. Ainsi, si nous pouvons mobiliser un ensemble d’acteurs intégrés aux processus décisionnels, il existe d’autres types d’acteurs sur lesquels nous n’avons aucuns moyens d’actions, et qui restent prépondérant dans les choix mobilisés par les acteurs. Ainsi, les lobbys restent hors de notre portée d’étude, et sont un biais puissant à notre capacité d’action.
  • Pour endiguer cette problématique, plusieurs types de luttes directes sont pratiquées depuis une quarantaine d’années. Si l’utilisation de virus a pu être proposé du début 1900 aux années 50, son interdiction survint suite à des cas de mortalité constaté chez des animaux domestiques et des humains. La lutte par le biais de produits chimiques apparut, puis se tourna vers les anticoagulants considérés comme moins nocifs pour l’humain. L’on passa ainsi de la strychnine à la chlorophacinone puis à la bromadiolone, perçu aujourd’hui comme la matière active la moins « nocive » pour l’environnement. La bromadiolone connut d’ailleurs des évolutions dans son utilisation, puisque qu’on commença par l’utiliser sur des carottes, sur lesquelles on répandait le produit et qu’on allait ensuite enfouir sous les prairies à l’aide de charrues sous-soleuses (les charrues-taupes comme on les appellent souvent). Ces premières luttes étaient toujours collectives, et fédéraient les éleveurs autour d’une gestion commune de la problématique. Puis, face aux dégâts provoqués, on passa à l’utilisation du blé comme base du produit. Cependant, cela eut comme conséquence d’individualiser la lutte, engageant ainsi un désintérêt des éleveurs qui ne pouvaient plus compter sur l’enthousiasme collectif. En 2000, la notion de seuil minimum de pullulation fut introduit comme valeur d’autorisation de la lutte à la bromadiolone, et évolua de 70% à 50% de la parcelle infestée selon un indice de reconnaissance conçu à cet effet. Depuis vendredi dernier (18 mars 2011), la bromadiolone est soumise à de nouvelles restrictions, puisqu’elle ne pourra plus s’utiliser en plein champs mais uniquement dans des boîtes à pièges mises à disposition du rongeur le long des clôtures. Ainsi, comme l’on peut l’imaginer, l’usage de ces molécules ne fut pas sans poser problème. Outre l’impact potentiel sur la santé de l’utilisateur (on ne compte plus les anecdotes d’agriculteurs plaisantant sur les jeux entourant les processus de luttes collectives, où ils se courent après avec du produit sur les mains pour venir gentiment gifler leurs confrères), elle cause surtout des dégâts à la faune non-cible, puisque le principe même d’un anticoagulant suppose que l’animal mette plusieurs jours à mourir, et qu’il se retrouve par conséquent à disposition de ses prédateurs, qui sont alors victimes du produit.
  • Suite à la grande « crise » de 1999, où de grandes campagnes de luttes menées sur tous les secteurs concernés amena à une véritable hécatombe des faunes locales, et à l’émergence d’une considération « écologique », les FREDON décidèrent de s’impliquer pour trouver de nouveaux moyens de luttes contre ce ravageur. Ils développèrent ainsi, en partenariat avec le monde de la recherche et des éleveurs souhaitant s’impliquer, de nouvelles méthodes de luttes qui permettent d’anticiper les pullulations de cet invasif. Ces méthodes reposent sur le constat issu de recherches montrant que les pullulations étaient causés par des facteurs multiples, et que sa maîtrise nécessitait par conséquent d’interagir avec l’ensemble de ces facteurs, aux trois échelles concernées (la parcelle, le territoire de l’exploitation et l’échelle de la vallée ou du plateau). De plus, le paradoxe de la lutte chimique repose sur le fait qu’elle permet de sauver une récolte mais prolonge, voire amplifie le cycle. Le résultat perçu sur le court terme devient ainsi le corollaire d’une amplification du phénomène sur le moyen terme. Les Fredon se mirent alors à préconiser une modification des pratiques agricoles (retournement de prairie, morcellement des parcelles, baisse de la fertilisation, …) et du territoire (réseau de haies, découpage des parcelles, …), ainsi que des actions de luttes indirectes (perchoirs, boîtes, barrières, …) et de luttes mécaniques (piégeage). De plus, il proposèrent de conserver la lutte chimique mais uniquement à basse densité, afin de maîtriser son impact sur la faune non cible. Mais les éleveurs se désintéressent globalement de cette nouvelle approche de la lutte, et soit continuèrent à ne pratiquer que la lutte chimique, soit arrêtèrent tout simplement de lutter contre le campagnol. Les techniciens, conscients des enjeux soulevés par ces pullulations pour l’avenir des exploitations, décidèrent alors de se pencher sur les raisons de ces blocages, et sur de nouveaux types d’accompagnement aux changement des pratiques qui puissent être acceptés par les éleveurs.
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    1. 1. Yves Michelin et Shantala Morlans Colloque Pesticides, 24 mars 2011 Accéder aux représentations des éleveurs pour adapter l’accompagnement à la baisse des produits phytosanitaires dans le cadre d’une lutte contre les espèces invasives
    2. 2. Projet issu d’une problématique de terrain Gestion des pullulations de campagnols terrestres Causes multifactorielles : modification des paysages, homogénéisation des pratiques, remembrement, pratiques intensives Résultats : jusqu’à 80% de pertes/un cycle ; problèmes sanitaires ; impact sur la faune et la flore. Source : Fredon auvergne Source : Fredon Franche-Comté Source : Fredon Franche-Comté
    3. 3. Impacts des pullulations Réseaux sanitaires concernés Echinococcose alvéolaire Poumon du fermier tularémie Maladies parasitaires trichinose Maladies bactériennes Listériose chez l’humain et les ruminants Atteinte des voies respiratoires Atteinte de la qualité des fourrages Lait présentant un taux important de butyriques Panse des ruminants pleine de terre Source : Fredon Franche-Comté Source : wikipedia.org
    4. 4. 1998 : Lutte chimique curative sur l’échelle franche-comté : 60 000 ha traités Impact faune non cible Traumatisme des éleveurs et des locaux De la lutte chimique à la lutte raisonnée La « boîte à outils » comme nouveau moyen de gestion 1970 - 1999 : Lutte chimique intensive par anticoagulants de 1ère génération (chlorophacinone) 2ème génération (bromadiolone)
    5. 6. <ul><li>Changement de stratégie // concept de lutte raisonnée : surveillance, engagement collectif, boîte à outils pour une agriculture durable </li></ul><ul><li>Prise de conscience du paradoxe lié à la lutte chimique : sauve une récolte mais prolonge le cycle + nouvelles législations impliquant de nouvelles pratiques moins facilement maîtrisables </li></ul><ul><li>Remise en question de la lutte chimique : </li></ul><ul><li>2 programmes d’actions (1999-2001 et 2002-2006) </li></ul>De la lutte chimique à la lutte raisonnée La « boîte à outils » comme nouveau moyen de gestion Mais les éleveurs se désintéressent globalement de cette nouvelle approche Les techniciens, conscients des enjeux soulevés par les pullulations // avenir des exploitations, cherchent à comprendre les raisons des blocages
    6. 7. Pullulations : le refus de la lutte raisonnée La façon dont le phénomène est perçu est complexe et ne mobilise pas que des registres techniques La désolation Tsunami Invasion Alarmant Fausses promesses
    7. 8. <ul><li>Chaque groupe gère/se représente la problématique spécifiquement </li></ul><ul><li>- Eleveurs, techniciens et scientifique : diversité des paradigmes </li></ul><ul><li>Une cible = un discours = une solution : ça ne marche pas. </li></ul><ul><ul><li>La démarche de conseil ne peut pas consister à proposer des « recettes ». </li></ul></ul><ul><li>Il y a interconnexion de plusieurs systèmes de pensées . </li></ul><ul><ul><li>Le conseiller doit rechercher la prise en compte de l’ensemble des représentations </li></ul></ul><ul><ul><li>Changement de posture par un effort de compréhension des autres acteurs </li></ul></ul><ul><li>Les solutions sont à co-construire. </li></ul><ul><ul><li>Considérer les différentes approches du phénomène </li></ul></ul><ul><ul><li>Resituer la problématique dans son champ d’investigation (contexte global) </li></ul></ul><ul><ul><li>Cela nécessite une connaissance des autres « mondes » </li></ul></ul>L’accompagnement agricole remis en question Repenser le conseil pour mieux répondre aux besoins des éleveurs
    8. 9. Objectifs finalisés Repartir des pratiques pour comprendre les motivations <ul><li>Au niveau technique : </li></ul><ul><li>Fonctionnement et trajectoire de chaque système d’exploitation </li></ul><ul><li>Aléas rencontrés et adaptations (ou non) mises en place </li></ul><ul><li>Intégration (ou pas) d’une gestion des pullulations de campagnols terrestres </li></ul><ul><li>Au niveau perceptif : </li></ul><ul><li>Les raisons motivant chaque prise de décision face à tel ou tel type de contexte (habitude, aléa, période de crise, …) et les représentations associées </li></ul><ul><li>Cela nécessite : </li></ul><ul><li>de mieux comprendre les facteurs intervenant lors de chaque processus décisionnel </li></ul><ul><li>de saisir les cadres de pensées mobilisés pour justifier chaque choix </li></ul>Ce que l’on veut savoir
    9. 10. Élaboration d’un protocole de terrain Une anthropologie recherche-action à visée finalisée <ul><li>Immersion dans le terrain : </li></ul><ul><li>Saisir au plus près l’élaboration des décisions et les processus non-conscients influant sur ces prises de décisions </li></ul><ul><li>Choix de 3 terrains ayant une similitude géographique + historique de pullulations + différentes manières d’appréhender les pullulations </li></ul><ul><li>Approfondissement des enquêtes Doubs-Jura </li></ul><ul><li>Tests réunions de concertations + protocole d’accompagnement en Auvergne (où agriculteurs particulièrement réfractaires luttes raisonnées) </li></ul><ul><li>Ouverture terrain Ain // attente commissaire massif du Jura </li></ul><ul><li>Mobilise : </li></ul><ul><li>1 anthropologue, 1 géographe, 2 agronomes (2008-2010), 3 étudiants M2 en agronomie, 2 stagiaires M2 en anthropologie </li></ul>
    10. 11. <ul><li>Rencontre des exploitants par le biais d’entretiens individuels semi-directifs + observation participante </li></ul><ul><ul><li>Mobilisation de divers supports </li></ul></ul><ul><ul><li>Retour des entretiens pour validation par les agriculteurs </li></ul></ul><ul><li>Des réunions de groupe </li></ul><ul><ul><li>Analyse des jeux d’acteurs (agriculteurs/scientifiques/acteurs locaux) </li></ul></ul><ul><ul><li>Construction des éléments de pensée collective </li></ul></ul><ul><ul><li>Test d’adaptations possibles des territoires agricoles à différentes échelles </li></ul></ul><ul><li>Analyses comparatives </li></ul><ul><li>Formalisation des cadres de pensée de chaque groupe </li></ul><ul><li>Synthèse des terrains et proposition de pistes de travail pour le conseil sur le site enquêté </li></ul><ul><li>Développement d’une formation à destination des conseillers agricoles </li></ul><ul><li>But : proposer une démarche généralisable // problématiques spécifiques </li></ul>Élaboration d’un protocole de terrain Une anthropologie recherche-action à visée finalisée
    11. 12. Illustration de l’intérêt de cette approche Deux exemples d’éleveurs refusant la lutte chimique Mr A : Contre la lutte chimique car pas assez efficace Contre les luttes raisonnées Mis en contact avec un insecticide lors d’une campagne de traitement, c’est ce qui l’a décidé à abandonner la lutte chimique : peur de la contamination Conseil : lutte broma basse densité + PH3 pour taupes par une entreprise Sensibilisation piquets + haies Mr B : Fervent défenseur d’une agriculture responsable Conscient que ses pratiques sont responsables des pullulations A déjà intégré une modification du territoire + des pratiques agricoles pour lutte contre le campagnol + stock de foin pour gérer les pics Conseil : Proposer d’adhérer au réseau de ferme de référence Expérimentation de nouvelles pratiques de luttes raisonnées Commune dont les éleveurs s’opposent à la lutte chimique depuis 15 ans Tous les autres éleveurs du coin pratiquent et sont pour la lutte chimique A priori similaires mais nécessitant deux conseils totalement différents
    12. 13. <ul><li>Partager un discours commun </li></ul>Construire une connaissance distribuée Partagée entre les différents acteurs par le biais de jeux de rôles Basé sur des référentiels partagés Construit à l’interaction des diverses représentations Admis par les éleveurs Admis par les techniciens
    13. 14. <ul><li>Certains acteurs du schéma décisionnel restent hors d’atteintes lors des négociations de pratiques, comme le vendeur de produit. </li></ul><ul><li>L’usage « changeant » des pesticides semble lié à 5 facteurs majeurs, possédant chacun un effet seuil propre à chaque éleveur : </li></ul><ul><li>le prix du produit </li></ul><ul><li>l’incertitude lié à la contamination du produit sur l’écosystème et/ou la santé </li></ul><ul><li>la pression psychologique exercée par le vendeur </li></ul><ul><li>la relation de l’agriculteur à la notion de propreté </li></ul><ul><li>le seuil de tolérance dans la prise en compte et l’acceptation du risque </li></ul><ul><li>Les univers perceptifs sont partagés autour de postures passives (externe) et actives (internes) déterminant – selon la posture adoptée – le rapport aux pesticides </li></ul>Quelques résultats concernant les éleveurs Entre usage de rodonticides et laisser-faire : diagnostic différencié du rapport à la contamination/risque
    14. 15. <ul><li>Merci de votre attention </li></ul>
    15. 16. Le moyen de lutte chimique utilisé Bromadiolone, source des images : campagnols.fr Historique des méthodes de lutte chimique et raisonnées 1900 – 1950 : lutte/bacille « virus Danisz » 1950 : interdiction d’utilisation de germes pathogènes/vertébrés 1960 : apparition des 1ères fortes pullulations. SPV (Service Protection Végétaux) développent lutte par produit chimique à toxicité élevée (strychnine, arsenic, phosphure de zinc, …) 1970-1980 : FREDEC (Fédération Régionale de Défense Contre les Ennemis des Cultures) prend la suite, apparition des anticoagulants, moins toxiques. 1ère génération : chlorophacinone 2ème génération : bromadiolone (carotte puis blé) 1980-1999 : intensification des pullulations et des campagnes de lutte avec fort impact sur la faune non-cible
    16. 17. Emergence de la notion de lutte raisonnée La « boîte à outils » comme nouveau moyen de gestion <ul><li>1995-2000 : début de la remise en question de la lutte chimique </li></ul><ul><li>1999 : la « grande crise » ; émergence de la nécessité de nouveaux moyens de luttes </li></ul><ul><li>2000-2010 : changement des mentalités </li></ul><ul><li>prise de conscience du paradoxe lié à la lutte chimique : sauve une récolte mais prolonge le cycle </li></ul><ul><li>Nouvelles réglementations / bromadiolone (apparition de la notion de seuil de pullulation/utilisation du produit) </li></ul><ul><li>Développement des méthodes de luttes raisonnées // boîte à outils </li></ul><ul><li>Lutte chimique est de moins en moins acceptée socialement </li></ul><ul><li>18 mars 2011 : Bromadiolone soumise à nouvelle réglementation européenne qui limite l’usage du produit : la bromadiolone devient appât </li></ul>Mais les éleveurs ne veulent pas appliquer la lutte raisonnée
    17. 18. Massif Central Massif du Jura Deux grands massifs de moyennes montagnes français concernés

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