Université de Lyon
Université lumière Lyon 2
Institut d'Études Politiques de Lyon
La Gouvernance Économique Mondiale au XX...
Charlyne Fabre-Restivo 2012 2
La Gouvernance Économique
Mondiale au XXIème Siècle: un
cadre de lutte contre les crises
systémiques?
Charlyne Fabre-Resti...
Sommaire
Remerciements	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 2
Introduction	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 	

 3
Chapitre...
Remerciements
	

 Je tiens tout d’abord à remercier mes maîtres de mémoire, Emmanuelle
Ganne et Mustapha Sadni-Jallab, pou...
Introduction
« Moraliser le capitalisme » tel était l’objectif que s'était fixé la
présidence française du G20 à Cannes en...
politique international. La gouvernance économique mondiale a justement pour
seule raison d’être que d’améliorer la coopér...
efficace. Il convient de mesurer l’importance de cet enjeu pour le monde, mais
aussi de comprendre les défis auxquels cett...
Chapitre I : Un système de
gouvernance contemporain
inadapté à la mondialisation et à
ses crises.
1. La crise de la global...
La crise de grande ampleur qui s’est déclenchée en 2007 est principalement
d’origine bancaire. A la suite d’un développeme...
Market Failure sur la société d’avant crise 6. Ce concept issu des théories néoclassiques
indique que les marchés doivent ...
d’exemple, on peut citer les règles de Bâle qui ne peuvent être appliquées que par des
régulateurs nationaux. Ces règles n...
institutions diverses. La profondeur et la globalisation de la crise actuelle, sa rapidité, ne
peuvent que conduire à des ...
1.2 La globalisation financière et risque
systémique
	

 1.2.1 Les interdépendances et le risque de systémique.
La globalis...
1.2.2 Un processus d’intégration financière rythmé par des crises
récurrentes.
Depuis plus de quinze ans, la mondialisatio...
marchés financiers n’utilisent pas au mieux toute l’information disponible; ils ne
fonctionnement pas selon le principe de...
au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait instauré un système de change fixe.
Ce système était caractérisé par une ...
1.3.2. Un système très instable qui présente tous les aspects d’un “non
système”.
La configuration monétaire actuelle qui ...
Un régime de change flottant à l’origine de tensions monétaires.
Le régime de change flottant mis en place après l’effondr...
ajustements nécessaires. Or, cette surveillance s’est souvent révélée inefficace et a
permis à de nombreux pays d’accumule...
important, puisqu’elles sont soumises aux aléas des politiques de changes américaines.
En effet, l’excès de liquidité et d...
La crise de 2008 et le spectre d’une « guerre des monnaies » tirent la sonnette
d’alarme sur la nécessité d’une gouvernanc...
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ces régulations
internationales ont permis l'ouverture du ...
en cause. « La crise des relations inter-étatiques est le reflet de la crise des États, en
général et des États-Nations en...
impossible d’avoir simultanément des États-nations souverains, un gouvernement
démocratique et une intégration économique ...
secteur financier et les perspectives de déséquilibres mondiaux. La première conclusion
que l’on peut tirer de cet échec e...
2.2.1 Le manque de volonté politique
Il semblerait que les négociations sur la scène internationale se heurtent à de
plus ...
contournent fréquemment les rigueurs du multilatéralisme par des accords bilatéraux
avantageux. Selon l’expression de Rich...
contrastes seront forts au sein de l'espace mondial et plus les réflexes égoïstes seront
prononcés ; plus le besoin d'un o...
inter-étatiques gèrent une architecture complexe de relations économiques
internationales qui connaissent de nouveaux déve...
questions d’intérêt commun. Ces groupements informels (les G-n) sont une manière «
ancienne et réaliste » de bâtir de la c...
de popularité n’efface pas les raisons qui ont conduit à sa perte de crédibilité des années
précédentes cette dernière cri...
domaine du commerce international. La construction d’un consensus entre des intérêts
et des préférences collectives pas to...
que «l’équité est une des conditions majeures de la gouvernance»69. L’ordre
international contemporain ne donne pas la pos...
droits de tirages de spéciaux. Il s’agit là d’une bonne capacité de réaction, cependant
ces actions n’apportent qu’une rép...
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Mémoire de Master. Charlyne Restivo.  Institut d'Etudes Politiques de Lyon.
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Mémoire de Master. Charlyne Restivo. Institut d'Etudes Politiques de Lyon.

6 960 vues

Publié le

Publié dans : Économie & finance
0 commentaire
1 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
6 960
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
9
Actions
Partages
0
Téléchargements
82
Commentaires
0
J’aime
1
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Mémoire de Master. Charlyne Restivo. Institut d'Etudes Politiques de Lyon.

  1. 1. Université de Lyon Université lumière Lyon 2 Institut d'Études Politiques de Lyon La Gouvernance Économique Mondiale au XXIème siècle: un cadre de lutte contre les crises systémiques? Charlyne Fabre-Restivo Mémoire de Master Revisiter l'articulation globalisation, commerce et développement. 2011 - 2012 Sous la direction de : Emmanuelle Ganne & Mustapha Sadni-Jallab Membres du jury :- Mustapha Sadni-Jallab - René Sandretto (Soutenu le : 3 septembre 2012 ) Charlyne Fabre-Restivo 2012 1
  2. 2. Charlyne Fabre-Restivo 2012 2
  3. 3. La Gouvernance Économique Mondiale au XXIème Siècle: un cadre de lutte contre les crises systémiques? Charlyne Fabre-Restivo 2012 3
  4. 4. Sommaire Remerciements 2 Introduction 3 Chapitre I : Un système de gouvernance contemporain inadapté à la mondialisation et à ses crises. 6 1. La crise de la globalisation 6 1.1 La crise des subprimes, une crise de la mondialisation. 6 1.2 La globalisation financière et le risque systémique. 11 1.3 Instabilité croissante et déséquilibre du Système Monétaire International. 19 2. Le multilatéralisme enlisé 19 2.1. La gouvernance globale en panne. 19 2.2 Monde multipolaire et concurrence des capitalismes. 23 2.2 Les institutions de la gouvernance en crise. 26 Chapitre II: Une nouvelle gouvernance économique mondiale pour lutter contre les crises systémiques. 33 1. Refondre le multilatéralisme. 33 1.1 L’objectif de stabilité financière 33 1.2 Propositions pour une gouvernance rénovée 42 1.3 Le G20, nouveau forum de la gouvernance globale. 51 2. Réformer la finance et le système monétaire international. 63 2.1. Définir la nouvelle architecture du système monétaire international. 63 2.2 Construire une nouvelle architecture financière internationale. 77 2.3 Les chantiers de réflexion du G20. 87 Conclusion 92 Glossaire 93 Bibliographie 94 Allocutions et déclarations officielles 94 Rapports et dossiers 97 Revues 97 Ouvrages 97 Articles 99 Sites web 100 Annexe 1 : Le triangle d’incompatibilité de Robert Mundell (1961) et Dani Rodrik (2000) 104 Annexe 2. Les Modèles de Gouvernance: un essai de comparaison. 105 Annexe 3. Les deux coordonnées de la mondialisation. 106 Annexe 4. Indicateurs macro-prudentiels. 107 Charlyne Fabre-Restivo 2012 4
  5. 5. Remerciements Je tiens tout d’abord à remercier mes maîtres de mémoire, Emmanuelle Ganne et Mustapha Sadni-Jallab, pour leur expertise et leur disponibilité malgré leur emploi du temps à l’OMC que j'imagine chargé. Je remercie monsieur Sadni-Jallab pour son ouvrage sur le G20 et les défis de la gouvernance globale dont je me suis inspirée pour ce travail. Ses analyses pointues et détaillées m’ont grandement guidées dans ma démarche. Je remercie également René Sandretto pour avoir accepté de faire partie du jury de soutenance. J’ai particulièrement apprécié son cours de Finance Internationale lors du premier semestre de ma quatrième année à l’I.E.P de Lyon. Sa clarté, sa pédagogie et ses anecdotes m’ont encouragée à choisir un sujet traitant d’économie internationale. Je souhaite aussi remercier ma mère et mon grand-père qui me montrent un soutien inconditionnel dans tout ce que j'entreprends. Je voudrais remercier mon ami pour son soutien moral et son esprit critique qui a stimulé ma réflexion. Enfin, je souhaiterais dédier cette recherche à la mémoire de mon grand- oncle, Robert Fabre, à qui je dois beaucoup. Charlyne Fabre-Restivo 2012 5
  6. 6. Introduction « Moraliser le capitalisme » tel était l’objectif que s'était fixé la présidence française du G20 à Cannes en novembre 2012. Or la tâche se révèle très difficile, comment demander au loup de s'assagir alors qu'il est déjà dans la bergerie? Le modèle financier contemporain a dévoilé au grand jour ses faiblesses et ses excès lorsqu’il est entré dans une crise profonde en août 2007. Partie des États-Unis, cette crise financière a plongé la plupart des économies développées dans la récession. Le monde n'avait pas connu de telles crises depuis l'épisode traumatisant de 1929. La crise a révélé de sérieuses failles dans la mondialisation. A la suite de ces évènements, Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l'ONU, a lui- même déclaré que « la crise économique et financière mondiale a prouvé que le système actuel de gouvernance économique mondial n'était plus adéquat pour répondre au défis qui se posent aujourd'hui1 ». L'échec de la gouvernance et de la réglementation internationale à s'adapter aux changements profonds du monde appelle à refondre le capitalisme et impulser un nouvel ordre mondial. La crise qui a submergé l’économie mondiale en 2008 a bousculé les certitudes à l’égard de l’architecture économique mondiale élaborée par les accords de Bretton Woods en 1944. Elle a mis en lumière un certain nombre de vulnérabilités passées jusque là inaperçues. Cette crise a pris par surprise la plupart des experts et des responsables politiques. L’efficacité des instituions internationales et des mécanismes de prévision ont rapidement fait l’objet d’interrogations : pourquoi les États et les instances internationales n’ont-ils pas été en mesure de prévenir cette crise? Aurait-elle pu être géré plus efficacement? La crise a également posé la question de la viabilité des modes de fonctionnement de la finance globalisée. L’économie mondiale est-elle condamnée à aller de crise en crise ? Peut-elle échapper à la domination de la finance? Enfin, les bouleversements liés à la crise de 2007 conduisent à s'interroger sur l’avenir de cette structure de gouvernance: doit-elle et peut-elle être adaptée? En d'autres termes, une meilleure gouvernance mondiale est-elle possible ? La réforme du système actuel des relations économiques internationales est à l’ordre du jour. Depuis l’éclatement de la crise des subprimes, le besoin de gouvernance économique mondiale est devenu une des priorités de l’agenda Charlyne Fabre-Restivo 2012 6 1 Allocution du Secrétaire Général des Nations Unies, "Le système de gouvernance économique mondial est inadéquat" , Réunion spéciale de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) - 27 avril 2009, siège de l'ONU, New York, Etats-Unis.
  7. 7. politique international. La gouvernance économique mondiale a justement pour seule raison d’être que d’améliorer la coopération internationale. Gouvernance mondiale ne signifie pas gouvernement mondial. La gouvernance doit être comprise comme « le cadre au sein duquel la coopération internationale et la coordination des politiques peuvent se déployer et sur lequel l'action collective des États peut prendre appui »2. En ce sens, la gouvernance est un multilatéralisme. Pour beaucoup d’observateurs, le multilatéralisme s’impose comme une réponse à la crise et aux enjeux de la globalisation. L’absence de gouvernance globale serait à l’origine de la transmission de la crise économique à l’ensemble des économies. Ce constat justifie l’urgence d’une nouvelle organisation économique. La crise a en effet révélé qu’il était temps de moderniser les institutions internationales. Le consensus semble fort et s’est déjà traduit par des efforts de renfoncement de la coordination des politiques économiques et la construction d’une gouvernance globale. A la lumière de la crise, le Groupe des Vingt a fait un certain nombre de recommandations pour améliorer la régulation bancaire et financière. Certaines propositions ont déjà été mises en oeuvre, mais beaucoup reste à faire. Les sommets du G20 se sont réunis lorsque la crise battait son plein et ont de ce fait donné de la visibilité et de l’impulsion au débat de la gouvernance économique mondiale. Le G20 s’est ainsi présenté comme le nouveau cadre informel de la gouvernance globale. Bien que la littérature sur la question de la gouvernance économique globale soit prolifique depuis que la crise a éclaté, il convient de s'intéresser à la faisabilité et la forme que peut prendre une nouvelle gouvernance économique mondiale. Par ailleurs, il est nécessaire d’établir le bilan de ce qui a été fait en matière de régulation, d’analyser les succès et de comprendre les échecs. Par ce travail de réflexion, nous déterminerons les éléments nécessaires à la construction d’une gouvernance économique durable et efficace. Notre problématique est la suivante: En quoi une nouvelle gouvernance économique mondiale se présente- elle comme le cadre pour lutter contre les crises systémiques du XXIème siècle? Pour répondre à cette question, ce mémoire va d’une part se consacrer à l’analyse historique de l’avènement d’un nouvel ordre économique mondial depuis 2008. D’autre part, cette recherche s’attachera à l’analyse théorique des proposions de réforme émises par les théoriciens. Ce travail s’inspirera également des opinions des experts et d’autres grands acteurs de la gouvernance mondiale pour éclairer le débat. L’objet de ce mémoire sera d’apporter des éléments de réponse à la question de l’organisation d’une gouvernance économique mondiale durable et Charlyne Fabre-Restivo 2012 7 2 Soret, T., & Védrine, H. (2010). Crise dans la gouvernance économique mondiale. Paris: Fondation Jean Jaurès.
  8. 8. efficace. Il convient de mesurer l’importance de cet enjeu pour le monde, mais aussi de comprendre les défis auxquels cette refonte du système s’expose. Dans l’optique d’apporter des réponses aux interrogations sur l’avenir de la gouvernance mondiale, cette réflexion va se concentrer sur l’architecture politique et institutionnelle d'un tel système de gouvernance. Ce travail s’attache donc à éclairer les divers aspects de l’interdépendance internationale. Dans le but d’établir une plus grandes clarté quant aux objectifs d’une meilleure gouvernance économique mondiale, il apparait nécessaire d’engager une réflexion de plus grande portée sur les principes de la gouvernance internationale et la nature des instituions. Au final, ce travail se consacre à analyser les obstacles auxquels une coopération internationale renforcée se heurte, et s’attache à émettre des propositions quand aux moyens de les surmonter. Dans une premier chapitre nous verrons en quoi le système de gouvernance actuel est inadapté à la mondialisation et à ses crises ( Chapitre I ) Une attention particulière sera portée aux leçons que l’on peut tirer de la crise des subprimes pour réformer la gouvernance économique mondiale. L’analyse des insuffisances et des défis de la gouvernance actuelle aura pour objectif de montrer la nécessité et les enjeux de la construction d’une nouvelle gouvernance économique mondiale. Le deuxième chapitre sera consacré aux modalités de la réforme de la gouvernance économique mondiale afin d’en faire un cadre de lutte efficace contre les crises ( Chapitre II ). Le rôle du G20 dans l’émergence d’une nouvelle gouvernance économique sera au coeur de cet analyse. Nous verrons que cette réforme s’appuie sur deux axes majeurs: la construction d’une nouvelle architecture monétaire et financière internationale. Dans le cadre de l’analyse de la faisabilité de telles réformes, de nombreuses propositions seront passées en revue, et un bilan des efforts sera établi. Charlyne Fabre-Restivo 2012 8
  9. 9. Chapitre I : Un système de gouvernance contemporain inadapté à la mondialisation et à ses crises. 1. La crise de la globalisation 1.1 La crise des subprimes, une crise de la mondialisation 1.1.1 Récapitulatifs des faits. Au mois d’août 2007, la crise des subprimes éclate au grand jour. Celle-ci frappe de plein fouet les marchés financiers. Partie des États-Unis, la crise se mondialise alors rapidement. Ce fut la secousse financière la plus sérieuse depuis la fin des années 1920. Cette crise financière et économique a pris progressivement plusieurs dimensions, elle touche à la fois au social, à l’humain, à l’éthique et au gouvernement des États. La crise des subprimes est une crise unique, qui a fait coulé beaucoup d’encre, et qui mérite d’être étudiée : c’est l’histoire d’une crise de la mondialisation comme le monde en avait jamais connu auparavant. C’est également une crise systémique, qui s’est répandu très rapidement à tous les pays industrialisés par un effet de contagion. Selon plusieurs observateurs, cette crise a sonné l’entrée dans le XXIème siècle de part son caractère global et systémique. C’est une crise qui perdure, les effets se font encore sentir aujourd’hui (...). Au final, la crise des subprimes a remis en question la façon de penser la mondialisation. Elle a l’avantage d’avoir mis en lumière les failles d’un système -ou non système- inadapté aux changements perpétuels liées à la libéralisation des économies mondiales. 3 Dans un premier temps, il convient de revenir sur les origines macro et micro économiques de ce phénomène afin de bien comprendre l’étendue et les enjeux des crises systémiques du XXIème siècle. Charlyne Fabre-Restivo 2012 9 3 Dujardin, Vincent, La crise économique et financière de 2008-2009, l’entrée dans le 21ème siècle? Bruxelles: P.I.E Peter Lang, 2010, Introduction.
  10. 10. La crise de grande ampleur qui s’est déclenchée en 2007 est principalement d’origine bancaire. A la suite d’un développement excessif du crédit aux États-Unis, des risques ont étés diffusés à l'ensemble du système bancaire et financier international via les techniques de titrisation. Une série d’établissements bancaires mondiaux se sont alors trouvés surexposés à des risques qu’ils avaient sensiblement sous-estimé. Cette crise est en effet la résultante d’innovations financières largement dispersées à travers la sphère financière. L’effet déclencheur de la crise est constitué par des prêts hypothécaires à hauts risques (les crédits subprimes) développés aux États-Unis, à la fin des années 1990. Les prémisses de la crise se font sentir dès juin 2007, lorsque la banque d’affaires américaine Bear Stearn, suivie de la BNP Paris Bas se trouvent dans l'incapacité de rembourser leurs clients. Les bourses s’inquiètent, le processus d’un crise systémique est lancé. Dès le mois d’août, la confiance s’estompe entre opérateurs bancaires, ils cessent de se prêter; le marché entre alors dans une phase dite de crédit crunch (resserrement du crédit). C’est alors que le « carburant du moteur économique vient à manquer »4: les liquidités disparaissent du marché financier. Dès lors, la crise se révèle son caractère systémique. Une grande insécurité se développe parmi les agents économiques et entre les marchés. Cette insécurité et le manque total de visibilité des risques engendre une crise de confiance qui atteint tous les agents économiques, y compris les consommateurs. Cette perte de confiance sur le marché interbancaire a elle- même un effet amplificateur de la crise5. La crise des subprimes fut incontestablement brutale, profonde et globalisée. Malgré les réels progrès de la théorie économique en terme de techniques de prévision et de gestion des risques, ce phénomène n’a guère été anticipé, que ce soit par les experts, les banques, ou les gouvernements. Comment une telle catastrophe économique a-t-elle pu se développer? 1.1.2 Comment en est-on arrivé là? Dans le cadre de l’étude des défaillances de la gouvernance globale, il semble important de revenir sur le contexte règlementaire dans lequel s’est développée la crise des subprimes. Au cours de ces trente dernières années, nous avons assisté à divers mouvements de dérégulation qui se sont accompagnés d’un recul généralisé de la régulation publique dans le secteur économique. Ce retrait de l’État a offert un cadre particulièrement propice au développement des crédits subprimes. Dans sa contribution, Bernard Remiche explique ce recul de la régulation publique par la domination du paradigme du Charlyne Fabre-Restivo 2012 10 4 Cassis, Youssef (2010), La crise financière de 2008, une perspective historique, La crise économique et financière de 2008-2009, l’entrée dans le 21ème siècle? Bruxelles: P.I.E Peter Lang, 2010, p41 5 De Ruyt, Jean (2010), Causes, effets et leçon de la crise financière, La crise économique et financière de 2008-2009, l’entrée dans le 21ème siècle? Bruxelles: P.I.E Peter Lang, p35.
  11. 11. Market Failure sur la société d’avant crise 6. Ce concept issu des théories néoclassiques indique que les marchés doivent avoir la priorité dans le règlement des difficultés. Par conséquent, l’intervention publique a un rôle subsidiaire. Une première modification réglementaire fondamentale fut l'abandon progressif de l’interdiction du modèle de banque universelle, «les banques sont ainsi retombées dans les travers du modèle de la banque universelle ou de la banque mixte, mis en lumière par la crise des années 1930»7. La crise de 1929 est précisément à l’origine du Glass Steagal Act adopté en 1933 par le Congrès Américain dans le but d’interdire aux banques de détenir des participations dans d’autres compagnies financières. En 1999, le Grammm-Leach Billey Act mit fin à cette interdiction. Tant aux États-Unis qu’en Europe, de larges groupes financiers ont put alors combiner l’activité bancaire classique à des activités d’investissement, de production et de création de nouveaux instruments financiers d’assurance, de fusion et acquisitions (etc.) Cela a donné naissance à des méthodes de titrisation et à tout les dangers qu’elles comportent. Le second problème résulte de l’absence de contrôle sur le processus de globalisation du marché des capitaux. En effet, la globalisation financière a répandu à travers le monde des produits dérivés « aussi appétissants qu’opaques » sans qu’aucune règle, qu’aucune architecture ne soit plus en mesure de contrôler le risque couru par l’investisseur. C’est le recours à la technique de titrisation qui a permis de diffuser sur le marché mondial ce type de crédit en créant de surcroit une opacité totale quand au risque qu’il comportait. Le recours à la titrisation permet une large commercialisation de ce type de prêt qui vont être abondamment diffusés par les intermédiaires financiers. Une caractéristique fondamentale des dérivés et de la titrisation de ceux-ci est qu’elles créent une asymétrie totale d’information: les détenteurs des titres ignorent tout de la composition finale de leur panier et du risque réel attaché à ces produits. L’information est asymétrique puisque certains agents sont mieux informés que d’autres. On peut donc en conclure que le cataclysme provoqué par les échecs de la titrisation remet en cause la théorie de l'efficience des marchés et l’idée d’une “main invisible” chère à Adam Smith. En outre, la globalisation financière ne s’est pas accompagnée d’une restructuration fondamentale de la régulation; les outils de régulations se sont avérés trop insuffisants. Bien que des coordinations aient été mise en place (voir infra Bâle I et Bâle II), la régulation est restée majoritairement nationale. En effet, peu d’États préconisent des modifications qui aboutiraient à un abandon de leur souveraineté. Ainsi « de nombreux pays membres de l’UE ne sont pas prêts à accepter un régulateur unique (par secteur d’activité) pour des raisons de souveraineté nationale » précise André Lévy Lang 8. De sorte, les États privilégient la solution du renforcement de coordination plutôt que des règles internationales gérées par des organismes supra-nationaux. A titre Charlyne Fabre-Restivo 2012 11 6 Remiche, Bernard, (2010) La crise économique et financière, pour une régulation entre la légalité et l’opportunité économique. La crise économique et financière de 2008-2009, l’entrée dans le 21ème siècle? Bruxelles: P.I.E Peter Lang, , p71 7 Ibid 8Lang, A. (2012). Il faut maîtriser la finance: qu'en pensent les économistes ?. Paris: Eyrolles.
  12. 12. d’exemple, on peut citer les règles de Bâle qui ne peuvent être appliquées que par des régulateurs nationaux. Ces règles ne peuvent pas être imposées, elles dépendent donc de la bonne volonté des États. Ainsi, les États-Unis ont toujours adapté les règles de Bâle à leurs propres conditions. Ces règles couvrent toutefois que les banques, pas toute la finance. Au final, la crise de 2008 aura dévoilé les conséquences catastrophiques d’un système financier international dérégulé. Quels enseignements et observations peut-on tirer de cette crise? Quelles sont les conséquences en terme de coopération internationale? 1.1.3 Quelles conséquences pour la gouvernance globale? En mettant en évidence l’aveuglement et l’absence de contrôle des marchés financiers, la crise pose la question de la viabilité des modes de fonctionnement de la finance globalisée. Nous sommes dans une nouvelle étape appelée à redéfinir ou transformer la gouvernance globale. Dans ce contexte, plusieurs questions émergent: l’économie mondiale est-elle condamnée à aller de crise en crise ? Peut-elle échapper à la domination de la finance? En somme, une meilleure gouvernance mondiale est-elle possible ? Pour certains observateurs, la crise est synonyme de rupture avec un certain « minimalisme post-moderne » qui perçoit le marché comme capable d’assurer seul le fonctionnement de l’ordre international9. En d’autres termes, la crise aurait provoqué la fin d’une époque régie par les dogmes de l’argent facile et le « néolibéralisme triomphant » , où en cas de crise quelques règles informelles couplées d’une coopération minimale sont considérées suffisantes. La crise a sonné la défaite de la croyance en le marché et en une « main invisible10 » qui le guiderait . En ce sens, elle peut également s’interpréter comme un réel coup d’arrêt dans le modèle économique actuel. En faisant imploser les marchés financiers mondiaux, la crise a révélé le caractère illusoire des bulles pour impulser la croissance. Faut-il alors changer de modèle économique et abandonner le régime de croissance? Quoi qu’il en soit, changer de modèle économique impose de trouver des nouvelles régulations, tant au niveau international qu’à celui de la gouvernance des entreprises. Désormais, c’est un besoin d’Etat, de régulation et de supervision qui domine depuis la débâcle financière, et qui s’est imposé au coeur du débat public. Bernard Remiche (2010) soutient que la crise a renforcé la volonté d’interférer dans le fonctionnement de l’économie par des dispositions législatives, des règlements et des Charlyne Fabre-Restivo 2012 12 9 Ben Hammouda Hakim et Sadni Jallab Mustapha, Le G20 et les défis de la gouvernance globale, Paris: De Boeck, 2011. 10 La “main invisible” est un concept formulé par l’économiste Adam Smith dans son livre “La Richesse des Nations” (1776). Selon lui, la main invisible est un phénomène naturel qui guide les marchés grâce au mécanisme de mise en concurrence pour la possession de ressources rares.
  13. 13. institutions diverses. La profondeur et la globalisation de la crise actuelle, sa rapidité, ne peuvent que conduire à des réformes substantielles dans le domaine de la gouvernance. Au final, la principale leçon de la crise est la nécessité de refonder une gouvernance globale afin de faire face à l’instabilité croissante du monde. La littérature est unanime à ce sujet: la crise financière de 2008 a ouvert le débat sur la nécessité d’une gouvernance qui réponde aux attentes de l’ensemble des acteurs du système financier. Un nouveau pas vers la coopération internationale? La crise financière semble donc avoir mis fin à l’ère de la « mondialisation heureuse ». L’ordre du monde se retrouve bouleversé par la récession dans les pays industrialisés et la croissance rapide des pays émergents. Le contexte international est marqué pas de nombreux déséquilibres globaux, des rivalités et des tensions internationales. Toutefois, face à cette crise sans précédent, il semblerait que les gouvernements se soient engagés dans un climat de coopération internationale. Bon nombre d’économistes s’accordent à dire que la crise a mise en lumière l’effet bénéfique d’une coordination mondiale des politiques de relance budgétaire et monétaire, sans laquelle un effondrement encore plus spéculaire aurait pu avoir lieu 11 . En effet, ce regain de multilatéralisme s’est d’abord traduit par une utilisation massive de ce type de politique publique. Les autorités monétaires et politiques ont déployé des mesures tout à fait exceptionnelles. Les banques centrales ont été les premières à agir, en abaissant leurs taux directeur dès le début de l’année 2008, mais surtout en prenant des mesures spécifiques visant à fournir d’avantage de liquidités dans les marchés monétaires gagnés par la crise de confiance. La constitution d’un nouveau forum de coopération, le G20, a lui aussi marqué le passage vers un climat propice à la coopération. De grands principes ont été réaffirmés entre les sommets de Washington en novembre 2008 et celui de Séoul en 2010, tels que : le rejet du protectionnisme, la coordination des politiques macroéconomiques, la renaissance du FMI ainsi que des projets de régulation financière pour éviter l’apparition de nouvelles crises de ce type. La contribution du G20 a permis une certaine réduction des déséquilibres mondiaux. Dans la sphère financière, une série de réformes ont été adoptées et sont mises en œuvre; d’autre sont en cours d'examen. Ces réformes seront passées en revue dans le deuxième chapitre de cette recherche. Bien que des solutions immédiates aient déjà été fournies, ce travail de pompier n’est malheureusement pas terminé. En effet, tous ces remèdes ne suffiront pas à assurer la relance ni a nous éviter de retomber dans les erreurs passées. Les dangers persistent, le secteur financier présente toujours d’importantes vulnérabilités. Charlyne Fabre-Restivo 2012 13 11 Bénassy-Quéré Agnès, Farhi Emmanuel, Gourinchas Pierre-Olivier, Jacques Mistral, Jean Pisani-Ferry Hélène Rey, Réformer le système monétaire international, CAE, Paris, 2011 - ISBN : 978-2-11-008719-5
  14. 14. 1.2 La globalisation financière et risque systémique 1.2.1 Les interdépendances et le risque de systémique. La globalisation financière est un des phénomènes marquant de l’économie mondiale. Le système financier fait figure d’ossature de la société contemporaine. Depuis le début des années 1980, un vaste marché mondial des capitaux s’est constitué, brassant des sommes de plus en plus importantes. Les marchés de biens sont de plus en plus intégrés ; les entreprises font des choix de production à l’échelle mondiale; les investissements direct à l’étranger et le nombre de firmes multinationales se sont considérablement accrus. De même, les marchés de capitaux sont devenus internationaux. Un des bénéfices majeur lié à la globalisation financière et qu’elle offrirait aux pays émergents une puissante opportunité de financer leur développement. Quand à l’aspect très controversé de la globalisation financière est son caractère intrinsèquement instable. En effet, la globalisation financière se traduit par l’instabilité des marchés ainsi que part l’accumulation de nombreux déséquilibres. L’interconnexion des économies est propice à la propagation de risques. Les développements de la finance (titrisation et produits dérivés), et la globalisation de l’économie ont fortement accentué les interdépendances. La crise a mis en évidence les liens étroits entre les économies et les marchés financiers du monde: un choc subi par un grand pays se propage rapidement à l’ensemble du système, c’est ce qu’on appelle le risque de système. Jean-François Lepetit définit le risque systémique comme « un risque de dégradation brutale de la stabilité financière, provoqué par une rupture dans le fonctionnement des services financiers et répercuté sur l’économie réelle »12. Une des formes commune d’expression du risque systémique est l’effet de contagion - c’est-à- dire l’impact que les mesures économiques prises dans un pays peuvent avoir sur un autre pays du fait de la mondialisation financière13. A cet égard, la transmission des effets déstabilisateurs de la crise des subprimes a non seulement démontré la forte interconnexion des économies, mais à aussi souligné les dangers liés à l'absence de gouvernance globale et de coordination internationale. Paradoxalement, la globalisation de la finance et de l’économie n’a pas été accompagné d’une plus grande coordination entre les instituions financières. L’interdépendance et l’absence de coordination ont fait que la crise des subprimes est devenue la plus grande crise financière depuis celle de 1929. C’est alors que les pays industrialisés ont compris l’importance de définir et de mettre en place des politiques et des mécanismes de coordination de leurs actions au niveau international. Charlyne Fabre-Restivo 2012 14 12 Lepetit J-F. (2010), Rapport sur le risque systémique, Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, Avril 2010 13 Définition donnée par le FMI, sur www. imf.org
  15. 15. 1.2.2 Un processus d’intégration financière rythmé par des crises récurrentes. Depuis plus de quinze ans, la mondialisation et la globalisation financière ont fortement impulsé la croissance mondiale. Le capitalisme international, productif et financier, a « assis sa domination sur l’économie mondiale », contribuant à une forte croissance 14. Cette croissance a été instable et les crises se sont multipliées. L’histoire économique contemporaine est marquée par toute une série de crises financières d’une fréquence inégalée. A commencer par la crise de la dette des pays du tiers-monde en 1982 qui a été suivie de la crise du SME en 1992-1993; la crise mexicaine en 1994-1995; la crise asiatique de 1997-1998; la crise russe et la faillite du fonds LTCM en 1998; les crises du Brésil en 1999 et en 2002; le krach des de la bulle internet et la crise turque en 2000; la crise argentine en 2001-2003; la crise des subprimes en 2007, et la dernière crise en date est celle de la dette publique grecque de 2010. Comme en témoigne cet inventaire non exhaustif, les crises ne sont plus des phénomènes exceptionnels. Leur coût peut être extrêmement élevé dans la mesure où elles affectent non seulement le système financier, mais également l’ensemble de l’économie, ou même plusieurs économies par contagion. Pour C. Mathieu et H.Sterdyniak (2009), cette succession de crise révèle les risques en termes de stabilité et de soutenabilité d’un mode de croissance impulsé par les firmes multinationales, les marchés financiers et par des stratégies nationales non coordonnées, sans institutions de gouvernance mondiale. 1.2.3 Des marchés de nature instable et des risques difficiles à évaluer Le marché des produits dérivés conduisent à de nouvelles formes d’instabilité de nature systémique. L’instabilité est une caractéristique inhérente aux marchés de capitaux issus du processus de globalisation financière. Les marchés de la globalisation sont aujourd’hui décloisonnés et internationalisés15. Les marchés financiers ne servent plus seulement à placer ou à financer mais servent aussi à des opérations purement spéculatives. A cet égard, le développement des subprimes aux États-Unis a mis en lumière tous les risques liés à la titrisation. Les marchés de produits dérivés (marchés à terme, d’options et de swaps) constituent un progrès pour les acteurs économiques, ils leur offrent des instruments efficaces de couverture contre le risque. Ce fonctionnement des marchés financiers permet théoriquement de diversifier et de disséminer, donc de réduire les risques, mais il en crée aussi de nouveaux. Par conséquent, ces produits dérivés peuvent être un important facteur d’instabilité. D’une part, parce qu’ils représentent l’un des principaux leviers à la disposition des spéculateurs; d’autre part, et surtout, ces instruments peuvent conduire à de nouvelles formes d’instabilité, de nature systémique. Les raisons de cette instabilité sont multiples: l’imprévisibilité des variables financières, la fluctuation au hasard (random walk) ; la psychologie des acteurs et les comportements moutonniers; et enfin l’écart par rapport aux fondamentaux. Les Charlyne Fabre-Restivo 2012 15 14 Mathieu C.& Sterdyniak H. (2009), La globalisation financière en crise, revue de l’OFCE, Juillet 2009. 15 Marché obligataire - marché primaire - marché des dérivés: marché des CDS - marchés à terme
  16. 16. marchés financiers n’utilisent pas au mieux toute l’information disponible; ils ne fonctionnement pas selon le principe de la rationalité parfaite et des anticipations rationnelles. Une telle instabilité du système financier prouve que les marchés sont loin d’être efficients. C. Mathieu et H.Sterdyniak (2009) expliquent que le processus de globalisation financière est particulièrement mal contrôlé puisqu’il est marqué par des innovations continuelles que les autorités nationales peinent à contrôler. De plus, les règlementations sont très souvent contournées en étant comptabilisées dans les paradis fiscaux16 . En outre, les nouveaux produits financiers sont particulièrement opaques, cette caractéristique leur permet de contourner les règlementations. Enfin, comme l’a démontré la crise des subpimes, la notation fournie par les agences spécialisées dans ce domaine n’est pas toujours fiable (voir infra). Dans un tel contexte, nul ne peut réellement évaluer les risques pris par les institutions financières. La crise de la finance globale et la multiplication des crises à caractère systémique souligne les dangers de l’absence d’une gouvernance mondiale effective. La crise actuelle pose simultanément des défis et des questions multiples. Il faut dès aujourd’hui nous attacher sérieusement à élaborer l’ordre architectural du monde financier de demain. Il ne s’agit pas de simplement remettre le système financier et bancaire en état de marche. Dorénavant, il faut se poser la question d’un nouveau fonctionnement de la finance. Le monde sera-i-il capable de mettre en place une architecture financière adaptée à la globalisation? Bien que des réponses à la crise de 2008 ait été apportés par la relance budgétaire et monétaire, les dangers persistent; en effet, aucunes réponse n’a encore été apporté aux faiblesses structurelles présentes de longue date dans les dispositifs monétaire internationaux. 1.3 Instabilité croissante et déséquilibre du Système Monétaire International 1.3.1 Système ou non système? Un régime monétaire international se définit comme « un ensemble de règles qui contraignent, ou du moins influencent, les décisions des États en matière de régime de change, de politique monétaire et de réglementation des flux de capitaux »17. Le système monétaire international (SMI) est étroitement lié au système financier international étant donné que son fonctionnement dépend en particulier des modalités de l’approvisionnement de liquidité. Le régime monétaire de Bretton Woods mis en place Charlyne Fabre-Restivo 2012 16 16 parmi lesquels : les îles Caïman, les îles anglonormandes - c.f la liste noire publiée par l’OCDE en 2010 sur demande du G20 17 McKinnon, 1993 cité dans Bénassy-Quéré et al, 2011
  17. 17. au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait instauré un système de change fixe. Ce système était caractérisé par une certaine stabilité, si bien que les accords de Bretton Woods sont souvent présentés comme « l’exemple même d’une coopération internationale réussie dont l’on n’ose plus rêver aujourd’hui »18. La régulation du système monétaire international était assuré par des autorités publiques nationales et internationales. Chaque État était autonome et maître de sa propre politique économique; un tel choix impliquait le contrôle des mouvements des capitaux, comme l’explicite « le triangle d'incompatibilité »19 de Dani Rodrik. (c.f annexe 1 - Figure 1). L'abandon de la convertibilité en or du dollar en 1971 a ouvert la voie à un système moins régulé de changes flottants. La dislocation de l’ordre de Bretton Woods a fait place à une régulation fondée sur un plus libre fonctionnement des marchés. Le système monétaire et financier actuel s’en est trouvé dominé par la finance privée, ce qui a constitué en somme « l’abandon de l’esprit des lois Bretton Woods »20. Le monde n’est pas prêt de revenir au système de Bretton Woods et aux changes fixes. Par le triangle d’incompatibilité, Robert Mundell en a démontré l’impossibilité même. (c.f annexe- Figure 2). Les crises monétaires et financières sont plus fréquentes depuis l’effondrement de Bretton Woods. Les crises de change se sont multipliées dans les années 1990: La crise du système monétaire européen en 1992-1993; crise mexicaine en 1994-1995; crise asiatique en 1997; crises russe et brésilienne en 1998; crise argentine en 2002. Les changes flottants posent de nombreux problèmes du fait de leur instabilité et de la complexité qu'ils apportent aux échanges21. Depuis l’abandon des systèmes de change flottants, le dollar a connu de nombreuses fluctuations: baisse à la fin des années 70, hausse brutale au début des années 1980; épisode de hausse mi-1990; baisse dans les années 2000. L’ampleur de ses variations, comme ses irrégularités, sont inédites. La fluctuation frénétique des taux de changes est le résultat de mouvements de capitaux volatils et de grande ampleurs. Les flux financiers ont significativement augmenté au cours de ces 20 dernières années, si bien que le montant global des transactions financières journalières atteint aujourd’hui 8000 milliards de dollars22. La littérature admet à l’unanimité que le flottement des monnaies affectent les échanges internationaux, ce qui contribue à alimenter les tensions internationales. Charlyne Fabre-Restivo 2012 17 18 Chavagneux Christian, La stabilité financière internationale est-elle un bien public mondial? AFSP/ Section d’Etudes Internationales-colloque ‘les biens publics mondiaux’ 2010 19 Le compromis de Bretton Woods reposait sur un respect fort des critères “d’États-Nation” et de participation politique. 20 Allegret Jean-Pierre et Sandretto René,, La nouvelle architecture du système monétaire international;, L'Actualité économique, vol. 76, n° 3, 2000, p. 437-456. 21 Siroën, J. (2002). Relations économiques internationales. Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis): Bréal. 22 Voir les derniers chiffres publiés par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) en décembre 2010
  18. 18. 1.3.2. Un système très instable qui présente tous les aspects d’un “non système”. La configuration monétaire actuelle qui est issue de l’effondrement de Bretton Woods est qualifiée de « non-système » par de nombreux observateurs. En effet, aucune structure de gouvernance globale n’assure actuellement la régulation et la coordination des décisions de politique économique au niveau mondial. Cette absence de médiation affecte sensiblement la stabilité économique mondiale. Tout laisse à penser qu’au vu de l’instabilité effective des taux de change, le SMI actuel va continuer à faire figure de « non-système » pendant longtemps. Quels sont les caractéristiques de ce « non-système »? En quoi est-il porteur d’instabilité? Les déséquilibres internationaux facteurs d’instabilité. Le système monétaire international est caractérisé par des déséquilibres internationaux entre pays excédentaires et déficitaires. La balance courante établie l’ensemble des flux échangés entre un pays et le reste du monde. D’un côté, il y a les pays excédentaires, qui exportent plus qu’ils importent. Parmi eux, on retrouve de nombreux pays émergents, dont le premier exportateur mondial: la Chine. Ces dernières années, ces pays ont connu une nette amélioration de leurs performances commerciales du fait de la progression rapide leur compétitivité par rapport aux vielles puissances. Par conséquent, ces pays se sont retrouvés à accumuler d’importants excédents des balances courantes. Les pays développées accumulent également des excédents, c’est notamment le cas du Japon et de l’Allemagne. De l’autre côté de la balance courante, se trouve les pays déficitaires. Avec un déficit béant qui atteint 3.2% de son PIB, les États-Unis en sont l’exemple type23 . Cet accroissement du déficit américain proviendrait de la hausse des dépenses liées aux interventions militaires en Irak et en Afghanistan, ainsi que de la hausse de la consommation de produits importées provenant des pays émergents. Un tel déficit s’explique également par le rôle du dollar au niveau international: à la fois moyen de paiement et de réserve, le dollar fait l’objet d’une forte demande. Les États-Unis n’est pas le seul pays développé à souffrir d’un inquiétant déficit de la balance courante, la Russie, le Japon, et l’Australie souffrent également de déficits conséquents. Ces déséquilibres mondiaux sont d’importants facteurs d’instabilité et de turbulence au sein de l’économie mondiale. D’une part, ils sont à l’origine d’importantes fluctuations de la valeur des monnaies et des taux de change. D’autre part, ces déséquilibres incitent les pays déficitaires à utiliser des politiques de dévaluation compétitives pour stimuler leurs exportations. Selon une expression commune, ces politiques ne font « qu’exporter la déflation chez le voisin ». Dès lors, ces politiques non conventionnelles n’apportent aucunes réponses au problème des déséquilibres, elles les accentuent même dans la mesure où les pays sont liés par leurs balances courantes : « les déficits des uns sont les excédents des autres » (Siroën 2002). Charlyne Fabre-Restivo 2012 18 23 Ben Hammouda, H., & Sadni-Jallab, M. (2011). Le G20 et les défis de la gouvernance globale. Bruxelles: De Boeck.
  19. 19. Un régime de change flottant à l’origine de tensions monétaires. Le régime de change flottant mis en place après l’effondrement du système de Bretton Woods présente deux problèmes majeurs. Tout d’abord, la flexibilité du change est à l’origine d’un risque de change, source de nombreuses incertitudes pour les agents économiques. En effet, le flottement des changes est imprévisible, cette flexibilité provoque donc d’importantes tensions. D’autre part, le régime actuel est caractérisé par une volatilité démesurée des taux de change: leur variation est excessive et s’écarte trop des fondamentaux. Des fluctuations fortes et durables mettent les économies ouvertes de petites tailles en difficultés, entraine des distorsions au sein du système, et affecte durablement l’allocation des ressources. Le régime de change flottant est donc source de nombreuses tensions et déséquilibres. Le deuxième problème majeur d’un tel régime est que les politiques de changes sont utilisées comme outil de compétitivité, renforçant de ce fait les tensions monétaires et commerciales. Par le biais des leurs monnaies, les grands pays se livrent une guerre sans merci. Le conflit entre le dollar américain et le yuan chinois est une bonne illustration des dangers liées à la « guerre des monnaies ». Les pays de moyennes tailles sont les victimes collatérales de cet affrontement. Alors que le yuan est maintenu à un niveau bas et que les États Unis mènent des politiques des politiques expansionnistes laxistes, la monnaie des ces économies de tailles moyennes de trouvent réévaluée. En 2 ans, le réal brésilien à connu une appréciation de 30%. Ces politiques non conventionnelles provoquent un afflux massifs de capitaux vers ces pays émergents, qui sont à l’origine d’une forte réévaluation de leur monnaie, et donc d’une perte de leur compétitivité commerciale. Le spectre d’une guerre des devises est donc aujourd’hui bien présent. Après la crise financière et économique, la crise monétaire représenterait la une troisième phase de la crise actuelle (Ben Hammouda & Sadni Jallab 2011). Faiblesses de la surveillance multilatérale et l'insuffisance des mécanismes de régulation. Toutes ces tensions mettent en évidence les faiblesses de la surveillance multilatérale et l'insuffisance de mécanisme de régulation face aux déséquilibres internationaux. Ceci représente bel est bien un élément de non système aux yeux de Christian De Boissieu24. A cet égard, les lacunes de la surveillance multilatérale s’illustrent dans « guerre des monnaies » où l’absence de « juge de paix » empêche les pays excédentaires et déficitaires de s’accorder. Une instance de médiation, à l’image de l’Organe des Règlements des Différents de l’OMC, permettrait de trouver le bon équilibre entre les uns et les autres25. La surveillance qu’assure le FMI est clairement insuffisante. Le Fonds a pour mission de surveiller les pays en déséquilibres interne ou externe et d’effectuer des pressions sur ces derniers pour qu’ils effectuent les Charlyne Fabre-Restivo 2012 19 24 De Boissieu C. 2011, La réforme du système monétaire international, Le G20 et la nouvelle gouvernance économique mondiale, sous la direction de Jacques Mistral, Editions Puf, Paris 25 Ibid.
  20. 20. ajustements nécessaires. Or, cette surveillance s’est souvent révélée inefficace et a permis à de nombreux pays d’accumuler des déséquilibres sur de longues périodes. Pour Michel Camdessus et al. (2011), « les crises de ces 20 dernières années résultent de l’échec du FMI à produire des ajustements nécessaires des politiques financières et économique de ses membres »26. Il souligne que par ailleurs que les carences de la surveillance multilatérale comportent 3 risques majeurs qui menacent la stabilité monétaire internationale: «(a) la réapparition de déséquilibres prolongés et, finalement, insoutenables des comptes courants, pouvant conduire à de graves désordres, (b) des tensions inflationnistes mondiales si de trop nombreux pays mènent des politiques budgétaires et monétaires trop expansionnistes ou, à l’inverse, (c) un effet de resserrement sur l’économie mondiale si de trop nombreux pays tentent simultanément de dégager des excédents de leur compte de transactions courantes.» Les difficultés de gestion de la liquidité mondiale. Nous avons vu qu’il y avait une absence patente de discipline efficace assurant un ajustement global. Beaucoup d’observateurs accusent le FMI d’une mauvaise coordination des politiques monétaires. Comment cette mauvaise coordination favorise- t-elle l'instabilité? La carence de coordination des politiques monétaires se traduit par des difficultés de gestion de la liquidité mondiale. De Boissieu (2011) avance que l’abondance de liquidité empêche l’économie mondiale de trouver un équilibre satisfaisant. Cette abondance de liquidité a d’ailleurs favorisé la crise en alimentant le risque de bulle. D’autre part, la gestion même de la crise par les banques centrales n’a fait que renforcer l’excès de liquidité dans le monde. La politique monétaires des banques centrales, qu’elle soit expansionniste ou restrictive, ne prend pas en compte les externalités internationales qu’elles produisent 27. Ces politiques se traduisent souvent par une accumulation excessive de réserves de change par les pays émergents. De peur de voir leur monnaie s'apprécier et de devoir face à une sorite précipitée de capitaux étrangers, comme ce fut le cas lors de la crise asiatique de 1997-1998, les émergents réagissent en accumulant leurs réserves de change. Cette accumulation excessive est source de déséquilibres. C’est pourquoi la régulation et l’offre de liquidité doivent faire l’objet d’une réforme. L’hégémonie du dollar à l’origines d’important déséquilibres. La dépendance de l’économie mondiale vis-à-vis du dollar représente un autre aspect problématique du SMI actuel. Premièrement, les États-Unis ne peuvent pas régler leur déficit puisque le reste du monde a besoin de dollar pour assurer ses paiements et ses réserves. Deuxièmement, les réserves en dollar subissent les variations de changes Charlyne Fabre-Restivo 2012 20 26 Camdessus, M., Padoa-Schioppa, T., & Lamfalussy, A. (2011). La réforme du système monétaire international, une approche coopérative pour le 21ème siècle. Paris: Initiative du Palais Royal 27 Arthus P, (2011), Il est très difficile de croire à la coordination des politiques monétaires, Le G20 et la nouvelle gouvernance économique mondiale, sous la direction de Jacques Mistral, Editions Puf, Paris
  21. 21. important, puisqu’elles sont soumises aux aléas des politiques de changes américaines. En effet, l’excès de liquidité et des taux d'intérêt bas résultant des politiques expansionnistes américaines, se traduisent par des flux de capitaux spéculatifs vers les pays émergents. L’excès de liquidité mondiale contribue également au gonflement des bulles sur les actifs et provoque la hausse des prix des matières premières. Le sort des principales monnaies est donc pour l’instant marqué par la volatilité croissante des marchés et par les tensions internationales, qui a elles toutes menacent la stabilité de l’économie mondiale. Là se trouve tout le défi de la coopération internationale. 1.3.3 La nécessité de réforme du système monétaire actuel. La crise de 2008 a mis en lumière les vulnérabilités du système financier des principales économies avancées, ces difficultés se sont ensuite rapidement étendues à l’ensemble du système monétaire et financier international28. Par conséquent, la crise financière et monétaire pose la question de l'organisation d'un système monétaire international plus stable et plus régulé. Il y a certes matière à controverse quant au lien entre ces déséquilibres et la crise financière récente. Toutefois, il est clair que le système actuel ne favorise pas les ajustements. Le rôle du SMI dans la genèse de la crise met en évidence l’urgence de la réforme. Avec la crise financière et les difficultés économiques durables qui découlent de ce « non-système », une reconfiguration est devenu urgente. En effet, les risques du système actuel sont trop importants pour être négligés. Comme le rappelle M. Camdessus « aussi longtemps que les problèmes du système monétaire international ne seront pas traités, l’économie mondiale en voie d’intégration croissante sera de plus en plus vulnérable » 29 . Ces faiblesses empêchent le SMI de remplir durablement sont objectif fondamental qui est de « fournir un cadre facilitant les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et favorisant une croissance économique saine » (c.f article IV des statuts du Fonds Monétaire International). Par conséquent, plus d’attention et d’importance doivent être portés au SMI. C’est ainsi qu’au Sommet de Toronto les dirigeants du G20 se sont accordés sur l’objectif de « construire un système monétaire international plus stable et résistant »30. L’enjeu est de trouver un équilibre entre la liberté des marchés et la provision de biens publics destinés à stabiliser l’économie mondiale. Il nait de cet enjeu une réelle nécessité d’ajustement. Charlyne Fabre-Restivo 2012 21 28 Rappel: L’interruption soudaine des flux de capitaux à provoqué une pénurie de liquidité; les investisseurs ont alors tenté de réduire leur exposition au risque et limiter leurs financements par l’emprunt. 29 Camdessus, M., Padoa-Schioppa, T., & Lamfalussy, A. (2011). La réforme du système monétaire international, une approche coopérative pourle 21ème siècle. Paris: Initiative du Palais Royal. 30 Déclaration du Sommet G20 à Toronto, les 26 et 27 juin 2010, Communiqué final.
  22. 22. La crise de 2008 et le spectre d’une « guerre des monnaies » tirent la sonnette d’alarme sur la nécessité d’une gouvernance mondiale effective. Dans un monde aussi étroitement interconnecté, les performances de chaque pays dépendent majoritairement des évolutions et des décisions prises ailleurs. Ainsi, il est nécessaire d’imposer des règles et des procédures contribuant à garantir cette cohérence globale. «Il faut [oser] espérer que la communauté internationale, [sous l’égide du G20] , adopte des règles communes permettant de corriger par une action collective les distorsions de taux de change réels ou de fixer des normes explicites de pilotage macroéconomique, dont la combinaison peut assurer une plus grande stabilité systémique» 31 estime André Cartapanis. 2. Le multilatéralisme enlisé 2.1. La gouvernance globale en panne. 2.1.1 Pourquoi parler de gouvernance globale? Le terme de « gouvernance » est un néologisme utile parce qu’il désigne la façon dont l’économie mondiale est gouvernée, par rapport au terme usuel de « gouvernement » qui porte plutôt une connotation de centralisation. Le concept de gouvernance trouve son origine dans la théorie de l’entreprise. La gouvernance exprime le problème de base de l’organisation économique internationale : comment gouverner sans gouvernement ?32 Rappelons que dans ce mémoire, l’approche de la gouvernance mondiale se veut économique, tout en traitant des institutions et de l’architecture de celle-ci. La gouvernance peut se définir comme « un mode d’ajustement des points de vue » (ibid., p33). Dans cette logique de gouvernance, les hiérarchies sont précaires et discutables, le pouvoir étant quelque chose qui ne cesse de circuler. Dans un tel univers, le mode de gestion par excellence est la négociation. Comme le rappelle Gilles Andréani33, le thème de la gouvernance mondiale n’est pas exactement nouveau. Une certaine forme de gouvernance mondiale s’est mise en place depuis l’après guerre. De nombreuses régulations internationales sont apparues dans le prolongement de la création des institutions de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) et de l’accord de San Francisco sur la Charte des Nations Unies et de Charlyne Fabre-Restivo 2012 22 31 Cartapanis A. (2009) Sous l'égide du G20 , Dossier IV : Réformer le capitalisme financier ? Revue de l'OFCE 2009/3, Editeur Presses de Sciences Po 2009/3 (n° 110) - Cairn.info 32Jacquet, P., Pisani-Ferry, J., & Tubiana, L. (2002). Gouvernance mondiale. Rapport, Paris: La Documentation française. 33 Andréani, G. (2001). -. Gouvernance globale: origines d'une idée. Combler le décalage entre économie mondiale intégrée et ordre international fragmenté (pp. pp. 549-568). Dossier: Politique étrangère, nº 3, 2001.
  23. 23. la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ces régulations internationales ont permis l'ouverture du marché mondial et ont énoncé une première base éthique universelle (ibid). C’est l’actualité économique internationale de la fin du XXème siècle qui a remis le concept de gouvernance au gout du jour. Les crises internationales de 1997-1998 (asiatique, russe, brésilienne...) ont donné à la gouvernance et à l’idée d’architecture une place prépondérante dans les débats internationaux. Les événements du 11 septembre et la crise financière et économique internationale de 2008 n’ont fait qu’accentuer la « demande » pour une nouvelle gouvernance mondiale (ou pour une gouvernance tout court, nouvelle ou pas...). Un des enjeux de ce travail de recherche est de savoir si « l’offre » va suivre, et à quelles conditions des points de vue économiques, géopolitiques, institutionnels et démocratiques. La gouvernance comme réponse à la crise de l’Etat Nation Du point de vu institutionnel et démocratique, la gouvernance s’impose aux premiers abords comme une réponse à la crise des Etat-Nations. Si l’on parle de plus en plus de gouvernance, c’est parce que l’Etat, et sa position de surplomb sur la société est partout remise en question. En effet, la société politique à indiscutablement perdu son pouvoir et son autorité sur la société économique34. Il existe un réel rapport de force entre ces deux sphères. La légitimité idéologique du marché s'étant considérablement accrue, le rapport de force est inégal; il est aujourd’hui favorable à la régulation privée pour la simple raison que l’État n’a pas encore une vision très claire de ce qu’est le bien commun 35. (voir infra la stabilité financière comme bien public mondial). L’État serait encore prisonnier d’une vision très classique de sa souveraineté, et continue à se désintéresser d’enjeux qu’il considère encore comme trop technique, mais dont l’influence est pourtant essentielle tant qu’elle est structurante (voir infra normes comptables). Il apparait donc que l’État traverse une réelle crise de transformation. La question de la gouvernance surviendrait alors en réponse à cette crise, en se désignant capable de fournir la stabilité financière tant recherchée. La gouvernance mondiale ne peut plus reposer sur la fiction des relations entre États souverains. Pour les auteurs du rapport sur la gouvernance mondiale36, « la fiction des États souverains » réduit la gouvernance mondiale à des relations diplomatiques entre États. Cette conception de l’Etat est héritée du traité de Wesphalie, qui a plus de 250 ans. C’est cette conception de l’Etat, son inadéquation à la réalité du monde d’aujourd’hui qui est Charlyne Fabre-Restivo 2012 23 34 Selon Zaiki Laidi “les raisons de cette évolution découlent de transformations culturelles majeures liées à l’individualisme des préférence et des choix, ainsi qu’une transformation du rapport au politique” (2002). volume III. Les enjeux de la gouvernance mondiale (p. 17). volume III, Paris: Annuaire Français des Relations Internationales, AFRI. 35 Vercauterren P., (2010) Crise financière et crise multiple; la gouvernance globale et l’intervention de l’Etat. La crise économique et financière de 2008-2009, l’entrée dans le 21ème siècle? Bruxelles: P.I.E Peter Lang, p177 36 Calame P., (2001b) Refonder la gouvernance mondiale pour répondre aux défis du 21ème siècle, L’alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire, Paris: Editions Charles Léopold Mayer.
  24. 24. en cause. « La crise des relations inter-étatiques est le reflet de la crise des États, en général et des États-Nations en particulier »37. Selon cette théorie, la gouvernance mondiale actuelle souffre du fait que ses acteurs fondamentaux, les États, sont eux même en crise. L’Etat est encore considéré comme un niveau essentiel de la gouvernance. Or, cette conception de l’Etat est inadéquate à la réalité du monde d’aujourd’hui. « L’Etat doit être considéré comme un niveau parmi d’autres, articulé aux autres, avec des autres instances supra et infra-nationales38 ». Pour les partisans de cette théorie, affirmer que seul le pouvoir de l’Etat est important ne peut conduire qu’au morcellement des territoires ( à l’image des Balkans), à des rivalités pour la maitrise d’un seul et même territoire (à l’image du conflit Israël-Palestine), ou la multiplication des conflits internes. Pour ces auteurs, la souveraineté Etatique relève tout simplement de l’utopie. Par conséquent, la gouvernance se présente comme la meilleure réponse face à ces rivalités. Son concept vise à assurer à la fois l’unité et la diversité de la communauté et a promouvoir l’apprentissage d’une culture de paix et la gestion pacifique des conflits, afin de garantir la sécurité de chaque pays39. Les agences des Nations Unies ont été conçues pour traiter une certaine catégorie de problème, de façon multilatérale, par le dialogue entre États, c’est ce qui explique leur blocage aujourd’hui d’après Pierre Calame (2001b). Cet auteur considère que le débat sur l’Etat a trop longtemps été de nature purement idéologique. « Ce biais dogmatique [aurait contribué] à déconsidérer le concept de gouvernance lui-même, au moment où il est le plus nécessaire ». Par conséquent, il faut élaborer une autre philosophie de l’Etat et en impulser la réforme afin de consolider la gouvernance mondiale elle-même. « L’architecture de la gouvernance mondiale ne peut se concevoir sans une refondation des États nationaux, sans une redéfinition de leur rôle, de leur modalités de fonctionnement et de leur articulation avec les autres ordres politiques» (ibid). 2.1.2 Qu’elle perspective pour la gouvernance mondiale au regard de la crise? Pour répondre à cette question, on peut s'appuyer sur la figure stylisée de Dani Rodrik40 (2000) elle-même inspirée du triangle d'incompatibilité de Robert Mundell, bien connu des spécialistes de politique économique (c.f annexe 1 p104). Rodrik croit pouvoir établir un triangle d’incompatibilité entre trois aspects du monde contemporain : la démocratie, la souveraineté nationale, et l’(hyper)globalisation économique. On peut avoir deux de ces aspects en même temps, mais pas les trois à la fois. En établissement un lien entre économie et politique, Dani Rodrik pose qu’il est Charlyne Fabre-Restivo 2012 24 37Siroën, J. (2002). Relations économiques internationales. Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis): Bréal. 38 Jacquet, P., Pisani-Ferry, J., & Tubiana, L. (2002). Gouvernance mondiale. Rapport, Paris: La Documentation française 39 ibid. 40 Rodrik. D 2000, The globalization Paradox, Democracy and the Future of the World Economy,
  25. 25. impossible d’avoir simultanément des États-nations souverains, un gouvernement démocratique et une intégration économique mondiale poussée. A cet égard, il semblerait que la crise économique et financière soit encore une autre manifestation de ce que Rodrik appelle « le trilemme politique de l’économie mondiale » : globalisation économique, démocratie politique et les États-nations sont mutuellement irréconciliables. Pas plus de deux axes ne peuvent agir concomitamment. La démocratie n’est compatible avec la souveraineté nationale que si la globalisation est bridée. Si nous encourageons la globalisation tout en conservant l’État-nation, nous devons alors sacrifier la démocratie, si nous voulons globalisation et démocratie, nous devons écarter l’État-nation et nous efforcer de renforcer la gouvernance internationale. Il semblerait qu’il soit impossible de renoncer à la globalisation et encore moins à la démocratie. De ce fait, nous n’avons pas d’autre choix que de consolider la gouvernance internationale, au détriment de l’Etat-Nation. De part cette figure, on peut également conclure que la globalisation réduit considérablement l’éventail des choix politiques... 2.1.3 Les limites et faiblesses de la gouvernance globale dans la gestion de la crise. Dans un premier temps, les limites et les faiblesses de la gouvernance mondiale vont se révéler à l’occasion des crises économiques et financière des années 199041, suscitant de la sorte des critiques à son encontre. La multiplication de ces catastrophes économiques sont des symptômes non négligeables de la crise de la gouvernance, et ont contribué à son impopularité. La responsabilité de ces crises a largement été attribuée aux recettes du Consensus de Washington. De plus, cette succession de crise, plus ou moins bien gérées par le FMI, donnent le sentiment d’une globalisation financière mal maîtrisée, dans laquelle le processus de libéralisation n’a pas été accompagné de la définition de nouvelles régulations ou règles du jeu. De fait, « la crise de la gouvernance mondiale » n’est pas un phénomène nouveau. Les critiques avancées à l’égard des instituions existaient avant même l’éclatement de la crise des subprimes. Dresser un état des lieux du multilatéralisme semble nécessaire pour mieux saisir l’ampleur de la crise de gouvernance et la complexité de la tâche. La crise de 2008 nous interpelle sur les insuffisances de la gouvernance globale: L’impression semble alors s’imposer que la gouvernance globale est en recul. Comment les États et les institutions internationales n’ont-ils pas été en mesure de de prévenir cette crise? D’une part, l’incompétence du FMI a détecter une situation d’urgence est mise en cause. A ce sujet, dans un bulletin daté du 6 mars 2009, le FMI admet certaines carences42. Malgré la menace grandissante de crise, le FMI reconnait n’avoir donné aucun caractère d’urgence aux mises en garde sur la concentration des risques dans le Charlyne Fabre-Restivo 2012 25 41 Mexique en 1994-1995, Asie orientale à partir de juillet 1997, Russie en août 1998, Brésil en 1998-1999, plus récemment et en cours Turquie, Argentine...la responsabilité de ces crises a été attribuée, du moins en partie, aux recettes du consensus de Washington 42 Le FMI invite à repenser la gestion des risques systémiques mondiaux. (6 mars 2009,). Bulletin du FMI en ligne, consultable sur www.imf.org
  26. 26. secteur financier et les perspectives de déséquilibres mondiaux. La première conclusion que l’on peut tirer de cet échec est que les institutions de la gouvernance ne disposent pas d’ un dispositif d’alerte compétent. Ce même bulletin pointe également du doigt la mauvaise volonté des États. En effet, les autorités auraient fait preuve d’un certain manque de volonté à coordonner une action de riposte face à la crise. Au risque de déclencher une nouvelle vague de panique bancaire, elles ont préféré se précipiter au secours de leurs banques nationales. En l'occurrence, ces initiatives prises au niveau national ont parfois amplifiés les effets de la crise (voir infra). Au final, la crise aura rappelé avec force que les messages doivent être plus clairs et qu'il faut davantage, et non pas moins, de coopération internationale dans un grand nombre de domaines de l’économie et des finances. 2.2 Monde multipolaire et concurrence capitalismes Il semble clair que la négociation soit aujourd'hui plus que jamais nécessaire. Nous sortons d'un système international compétitif où les décisions essentielles étaient prises à l'échelle des nations. De nos jours, la mondialisation fait prévaloir le principe d'interdépendance. Autant dire que la mondialisation s'impose logiquement comme un accélérateur de la négociation internationale. Néanmoins, le constat établi dans le bulletin du FMI cité précédemment nous pousse à nous demander: le multilatéralisme est-il à bout de souffle ? Certains observateurs parlent d’une faillite du multilatéralisme. La coopération internationale ne progresserait que très difficilement. Selon Thierry Soret (2010) « La mondialisation, tout en rendant la négociation plus que jamais nécessaire, multiplie les obstacles à sa réalisation ». Charlyne Fabre-Restivo 2012 26
  27. 27. 2.2.1 Le manque de volonté politique Il semblerait que les négociations sur la scène internationale se heurtent à de plus en plus d'obstacles. L'un des plus importants étant le manque de volonté politique. La période contemporaine est caractérisée par une nouvelle réparation des influences et des pouvoirs. Par conséquent, il convient d’adopter une perspective réaliste de la mondialisation : celle de la multipolarisation. La multipolarisation du monde s’est accompagnée de grands changements. A commencer par l’affaiblissement de l’hégémonie Américaine. Initiateurs, voire pivot de ce qui existait de gouvernance économique mondiale, la position des États-Unis était jusqu’alors hégémonique. Ils contribuaient activement à l’organisation de l’économie mondiale. Concurrencée par les émergents, le poids relatif des États-Unis sur la scène internationale a baissé. L'irruption des puissance émergentes a brouillé les repères établis. D’une part, « l’arrivée des émergents modifie en profondeur les données de la compétition » 43 , ce qui tend à produire une résistance de la part des anciennes puissances. D’autre part , ces pays entendent affermir leurs succès encore limités et fragiles avant de s’engager dans des efforts en vue d’une meilleure gouvernance mondiale. Ces tensions entre les puissances classiques et puissances émergentes est une caractéristique de la multipolarisation et contribuerait à bloquer le processus coopération. Cependant aujourd’hui, Bertrand Badie explique que « l'enjeu de la négociation n'est plus une compétition de puissance mesurable dans un espace-temps restreint, mais l'aménagement de biens communs»44 or un tel aménagement est étalé dans le temps. Dans un contexte de crise, où les opinions attendent des avantages immédiats, la machine de la négociation se retrouve complètement bloquée. 2.2.2 Divergences d'intérêts et clivages idéologiques Les divergences d'intérêt et les clivages idéologiques constituent un autre obstacle à la coopération internationale. En effet, la diversité des convictions et la variété des intérêts interdisent l’affirmation d’engagements plus spécifiques, du moins en amont de négociations45. Par conséquent, les discours sur les finalités collectives à l’échelle mondiale dérivent généralement assez vite vers des généralités sans contenu : chacun s’accorde aisément pour souhaiter des échanges dynamiques, la stabilité financière, et une croissance vigoureuse, soutenable et génératrice de développement. Une des conséquences de cette divergence est que nous assistons aujourd'hui à un retour préoccupant du bilatéralisme: le choix bilatéral se présente comme une sorte d’alternative devant les blocages de la négociation multilatérale46. Ainsi, les États-Unis Charlyne Fabre-Restivo 2012 27 43 Badie, B. "Les puissances occidentales doivent revoir leur méthode de négociation. Le Monde.[En ligne] [ modifié le 5/07/2012] -[ Consulté le 20 juillet 2012 ] 44 ibid. 45 Jacquet, P., Pisani-Ferry, J., & Tubiana, L. (2002). Gouvernance mondiale. Rapport, Paris: La Documentation française. 46 Siroën, J. (2002). Relations économiques internationales. Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis): Bréal.
  28. 28. contournent fréquemment les rigueurs du multilatéralisme par des accords bilatéraux avantageux. Selon l’expression de Richard Haas, les États-Unis seraient adeptes d’un « multilatéralisme à la carte »47. Il s’est avéré que l’idée d’une gouvernance globale demeure peu séduisante pour les États-Unis. Depuis les années 1980, les États-Unis ont progressivement durcit leur attitude vis-à vis des accords et structures coopératives, ils sont moins sensibles aux contreparties qu’ils y trouvent, ou beaucoup plus exigeants. Les États-Unis restent attachés à l’ordre Westphalien, fondé sur la souveraineté des États et la résolution politique des conflits entre ces derniers (ibid). De ce fait, ils portent d’avantage attention aux atteintes à leur souveraineté nationale. Cet isolationisme et l’internationalisme unilatéral les poussent à minimiser la prise en compte des intérêts extérieurs dans la définition leur choix. Le refus de ratifier le protocole de Kyoto traduit cette réticence. Leur négligences face à leur déficit courant, l’effondrement de l’aide publique au développement, ainsi que les tentations protectionnismes expriment également cette tentation de retrait (ibid). Par conséquent, le défi de la reconstruction (ou construction) d’une gouvernance mondiale est d’autant plus exigent que les désaccords persistent. Enfin, les clivages idéologiques et culturels sur la conception de la gouvernance ont également tendance a bloquer le processus d’un renforcement de la coopération internationale. Il existe en effet des divergences entre les attentes et bienfaits de la gouvernance mondiale. Pour de nombreux pays, l’un des avantages d’ une gouvernance globale multilatérale tient à la protection qu’elle procure face au risque d’unilatéralisme des plus puissants. Cette avantage peut contrebalancer l’ inconvénient que représente la réduction du champ de la souveraineté qui accompagne les engagements multilatéraux48. Au delà des clivages politiques et idéologiques, il existe des clivages tactiques notamment entre l’Europe et les États-Unis. Alors que l’Europe se plutôt montre sensible à l’architecture de la mondialisation, les États-Unis prêtent plus attention aux résultats tangibles qu’ils peuvent en tirer. L’exemple pouvant illustrer cet argument peut être la pression à la libéralisation de l’agriculture qu'exerce les États- Unis sur l’Europe49. De son côté, l’Europe résiste encore à redéfinir sa représentation au sein des organes multilatéraux. Les pays membres sont représentes individuellement au sein du FMI et de la Banque Mondiale ce qui rend l’Europe incapable de « parler d’une seule voix » et d’affirmer ses objectifs en matière de coopération ou politique extérieure. Au final, ces choix fragmentés ont un effet global négatif, rendant la mondialisation d'autant moins gouvernable. Selon Bertrand Badie, nous nous trouvons dans la logique d’un double cercle vicieux: d’une part, on s'aperçoit qu'à mesure que la crise s'aggrave, la tentation de faire cavalier seul se renforce. Or, plus les États sont amenés à faire des choix égoïstes, plus la crise globale s'aggrave. D’autre part, plus les Charlyne Fabre-Restivo 2012 28 47 « What you’re going to get from this administration is “à la carte multilateralism”» a déclaré Richard Haass, directeur du Policy Planning Staff du State Department, lors d’une conférence par le Nixon Center, précisant : « We’ll look at each agreement and make a decision, rather than come out with a broad-based approach », cité par Thom Shanker (2001). 48 Jacquet, P., Pisani-Ferry, J., & Tubiana, L. (2002). Gouvernance mondiale. Rapport, Paris: La Documentation française. 49 ibid
  29. 29. contrastes seront forts au sein de l'espace mondial et plus les réflexes égoïstes seront prononcés ; plus le besoin d'un ordre commun redéfini vient à s’imposer et plus les puissants ont intérêt à miser sur « l'immobilisme, la connivence et la diplomatie rhétorique ». Voilà pourquoi Rio 2012 (conférence des Nations Unies sur le développement durable) restera dans l'histoire comme une diplomatie des mots, tandis que les G8 et les G20 s'imposent comme « des temples de l'immobilisme » 50. 2.2.3 La crise de finalité du multilatéralisme Selon plusieurs auteurs, la gouvernance globale souffrirait d’une crise de finalités. Un des obstacles fondamental placé sur le chemin de la gouvernance mondiale serait « l’absence d’unité de vue sur les tenants et aboutissants de la croissance économique à l’échelle internationale » (Jacquet & al. 2002). L'intégration économique est devenue fin en soi. La vision de la coopération internationale se base en effet sur une sorte « d’utopie économie » dont les mots d’ordres sont le libre-échange et la libéralisation financière. Trop souvent, de façon implicite ou explicite, les instituions internationales et de nombreux économistes du commerce international promeuvent l’idée que la libéralisation commerciale serait une condition nécessaire et suffisante du développement51. Or ce lien est loin d’être affirmé. La libéralisation fait des gagnants et des perdants. Selon cette même théorie, nous serions dans une période de « concurrence des capitalismes » où les pays occidentaux s’accrocheraient encore désespérément à leurs succès passés. Cette concurrence des capitalismes entre les puissances émergentes et les pays occidentaux conduirait à une vision désunifiée de l’avenir. La réorientation vers des objectifs communs se présente donc comme une condition du succès du multilatéralisme. Pour cela, « un message crédible sur la libéralisation [est nécessaire] [il] doit être plus précis, et parler des coûts, de leur répartition, et de leur gestion, autant que des bénéfices »52. 2.3 Les institutions de la gouvernance en crise. 2.3.1 Etat des lieux Les institutions économiques internationales furent crées afin que l’économie mondiale ne retombe pas en récession et sous-emplois, comme ce fut le cas après la crise de 1929 qui a conduisit à la deuxième guerre mondiale. Jacques Fontanel constate que le processus de globalisation a semblé ouvrir une voie plutôt favorable à ces organisations à vocation mondiale53. Aujourd’hui, les organisations internationales Charlyne Fabre-Restivo 2012 29 51 Badie, B. "Les puissances occidentales doivent revoir leur méthode de négociation. Le Monde.[En ligne] [ modifié le 5/07/2012] -[ Consulté le 20 juillet 2012 ] 52ibid 53 ibid
  30. 30. inter-étatiques gèrent une architecture complexe de relations économiques internationales qui connaissent de nouveaux développements. Force est de constater qu’en ce début de XXIème siècle, l’architecture institutionnelle des relations internationales est devenue extrêmement dense. Dans l'architecture d’ensemble du système institutionnel international, on retrouve en premier plan le système des Nations Unies et celui de Bretton Woods, tout deux hérités de l’après-guerre. Comme l’explique Thomas Boisson54, le système institutionnel né lors des accords de Bretton Woods signés en 1944 repose sur deux principes fondamentaux: la spécialisation et la coordination. Les instituions internationales sont spécialisées dans des domaines particuliers. Voici une liste non exhaustive des principales institutions internationales spécialisées : développement (Banque Mondiale,); finance (Fonds monétaire international); commerce (Organisation Mondiale du Commerce); santé (Organisation Mondiale de la Santé); travail (Organisation Internationale du Travail); maintien de la paix (Organisation des Nations Unies). Ces agences spécialisées construisent au fil du temps une expertise dans leur domaine de compétence. Jean Tirole nous rappelle que les institutions internationales ont pour mission de pallier la défaillance du marché55. Ces instituions spécialisées sont des entités autonomes disposant de moyens et de structures de gouvernance propres. Elles produisent des politiques publiques, et exercent une action normative. La légitimité et la mission de ces agences découlent de leur mandat définit par traité. Selon Thierry Soret, ces institutions assument un rôle central au sein l’architecture multilatérale: elles sont les représentantes de la gouvernance économique mondiale 56. L’autre caractéristique du système de gouvernance mondiale établi après 1945 est sa structure hétérogène: certaines institutions relèvent du système des Nations Unies (PNUE, OMS, OIT) -d’autres- du régime des institutions de Bretton Woods, et l’OMC et Banque des Règlements Internationaux d’un statut spécifique. Parallèlement à ce système institutionnel, des regroupements informels d’États formés sur une base collégiale restreinte se sont progressivement constitués: G7 ; G10; G20... Thierry Soret (2010) explique l'émergence de ces « laboratoire de gouvernance » 57 par ce qu’il décrit comme un paysage institutionnel « éclaté et peu performant » . En effet, les institutions multilatérales souffrent d’une crise d'efficacité et de légitimité en raison de l'absence de consensus politique et du fait de système de gouvernance obsolètes ou inadéquats. L’inertie des instituions à laquelle s’ajoute des d'intérêts nationaux divergents, pousse les gouvernements à former des groupes de coopération ad hoc pour traiter de Charlyne Fabre-Restivo 2012 30 54 Fontanel, J. (2007) L’essor des organisation économiques internationales: régionalisation vs globalisation, Economie politique internationale, Introduction, volume VIII, Paris: AFRI 55 Tirole J. (2002) La gouvernance des instituions internationales, Gouvernance mondiale, Rapport de synthèse, Jacquet P. et al, p286-296 56 Boisson T. (2002) Panorama analytique des instituions de la gouvernance mondiale, Gouvernance mondiale, Rapport de synthèse Jacquet et al, p146-152 57 Terme emprunté à Jacques Fontanel
  31. 31. questions d’intérêt commun. Ces groupements informels (les G-n) sont une manière « ancienne et réaliste » de bâtir de la coopération internationale 58. Selon Thierry Soret (2010), l’architecture de la gouvernance économique mondiale souffre de trois déficits qui entravent l’action collective face au défis globaux: le déficit d'efficacité, de légitimité et de coordination. Ces déficits affectent l’ensemble du système de coopération économique internationale en se manifestant à la fois dans les institutions internationales classiques (treaty-based) et dans les groupes informels de coopération (informal arrangements): les « G-n ». Du fait de ces trois déficits, les instituions multilatérales font l’objet de vives critiques dans l’opinion publique. Ces critiques portent tant sur leur missions que sur leur mode de gouvernance. Jacquet et al (2002) proposent d’examiner les difficultés des instituions sous « trois critères classiques »: l'efficacité, l’équité et la responsabilité démocratique, tout en reliant cette analyse à une question plus générale de la légitimité. 2.3.2 Les institutions souffrent d’un « déficit » d'efficacité et de crédibilité. On constate que les mécanismes actuels de coopération n’ont pas permis de réduire de manière significative les déséquilibres économiques et financiers mondiaux. L’efficacité des instituions telle que le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale sont largement mis en doute. « L’action de ces instituions multilatérale est critiquée car elle ne convainc pas »59. L’action du FMI en matière de prévision des crises est largement critiquée, comme en témoigne la succession des crises ces 20 dernières années, jusqu’à celle des subprimes. Le FMI aurait ignoré les alertes lancées par certains experts. De même manière, l’efficacité de l’aide que fournie la Banque Mondiale est contestée, puisque cette dernière ne semble pas parvenir à tirer de la pauvreté un grand nombre de pays en développement. Selon les estimations, 1,29 milliard de personnes vivraient avec moins de 1,25 dollar par jour en 2008, soit 22 % de la population du monde en développement60. Enfin, ces deux instituions seraient également victime du réquisitoire contre la mondialisation néolibérale et ses effets néfastes, qui comprennent les critiques sur le lien entre ouverture commerciale et financière , le développement et la réduction de la pauvreté. Pour illustrer le manque de crédibilité du système institutionnel international, Thierry Soret (2010) prend l’exemple du FMI. Le FMI s’est révélé essentiel dans le maintien de la stabilité économique. Sur décision du G20 61, il à été désigné principal « sauveteur » de l’économie mondiale après la crise des subprimes. Toutefois, ce regain Charlyne Fabre-Restivo 2012 31 58 Soret, T., & Védrine, H. (2010). Crise dans la gouvernance économique mondiale. Paris: Fondation Jean Jaurès 59 ibid, p54 60 http://web.worldbank.org 61 Le Sommet du G20 de Londres en avril 2009 à renfloué les caisses du FMI de plus de 750 milliards de dollars de crédit disponible.
  32. 32. de popularité n’efface pas les raisons qui ont conduit à sa perte de crédibilité des années précédentes cette dernière crise. La plus part des pays en développement entretiennent une certaine méfiance à l’égard du FMI. Les désastres économiques du Consensus de Washington62 restent gravés dans les mémoires. D’autre part, la crédibilité du FMI est entamée en raison d’une « représentation dépassée et poussiéreuse des équilibres économiques » : son système de pondération des voix est discutable du fait de la surreprésentation des européens dans son conseil d’administration (8 directeurs exécutifs sur 24). La gouvernance du FMI est un sujet controversé: le FMI jouit d’une autonomie non négligeable et de peu de contrôle sur sa politique. Les agendas et les votes sont tenus secret, les citoyens n’y ont pas accès. Le FMI est composé de 24 administrateurs qui prennent souvent leur décision par consensus, sans que leur vote ni les opinions contraires ne soient publiés. Il y a là une absence patente de transparence dans les processus de décisions. Il paraît évident que l’opacité réduit considérablement l’efficacité et la portée des missions confiées aux institutions internationales. Le FMI est également souvent critiqué pour ses missions floues et ses recommandations irrationnelles. Ses analyses des crises financières internationales se focaliseraient trop souvent sur les symptômes, ce qui le conduit à recommander d’éliminer ces symptômes plutôt qu’essayer de traiter les racines du mal. En ce sens, le FMI fait preuve d’irrationalité. Parmi les nombreuses critiques qu’adresse Joseph Stiglitz au FMI, une des principales est que le Fond ne prête aux pays en difficultés seulement si ils acceptent de suivre une politique économique restrictive, ce qui in fine aggrave encore plus la mauvaise passe qu’un pays peu traverser63. Rappelons que l’objectif initial du FMI était d'améliorer la stabilité du système économique mondial. Or, selon Joseph Stigllitz, le FMI a contribué a crée un monde plus instable, et la promotion de la libéralisation des marchés des capitaux, qui caractérise entre autre les recommandations du Consensus de Washington, en est une des principales raisons64. En outre, les institutions internationales font face à un dilemme entre légitimité et efficacité. L’OMC rassemble de manière inclusive tous les États désireux de mettre en oeuvre un système commercial multilatéral ( soit 153 membres). L’OMC jouit d’une grande légitimité grâce à la règle du consensus qui régit la prise de décision dans ses principaux organes de décision (Conférence ministérielle et Conseil général). Cependant cette légitimité se fait au détriment de son efficacité. Comme en témoigne l’échec du cycle de Doha65 , l’OMC ne réussit pas à endiguer certains blocages du fait de la multiplicité de ses membres et des divergences de leurs préférences. Ce blocage s’est d’ailleurs traduit par une hausse des accords bilatéraux et régionaux dans le Charlyne Fabre-Restivo 2012 32 62 Selon les principes du Consensus de Washington, pour qu’un pays prospère, le libre-échange, un Etat de faible taille, des impôts peu élevés, la propriété privée et la dérégulation doivent prévaloir dans tous les domaines. 63 Stiglitz, J. (2011). La gouvernance mondiale est-elle au service de l’intérêt général global? Revue de l'OFCE, n°2011-19, Paris. 64 Cet argument peut se retrouver dans les nombreux ouvrages de Joseph Stilglitz. 65 Le cycle de Doha, tenu en 2001, désigne la ronde de négociations portant sur le thème de la libéralisation du commerce international dans les PED . Elle fut marquée du fait des désaccords permanent et insoluble entre les différents États, notamment sur la libéralisation de l'agriculture.
  33. 33. domaine du commerce international. La construction d’un consensus entre des intérêts et des préférences collectives pas toujours convergents constitue un défi de taille pour la gouvernance économique mondiale. 2.3.3 Une crise de légitimité. Les institutions internationales souffrent également d’un « déficit de légitimité ». Ce manque de légitimité se manifeste à la fois par la critique de l’opinion publique et des contre-pouvoirs (ONG). C’est principalement la crédibilité des institutions internationales à produire une action régulatrice qui est ici remise en cause.. Les institutions internationales n’intègrant pas suffisamment l’immense majorité des pays en développement dans leurs processus de décision, les modes de régulation seraient entre les mains des acteurs les plus puissants. Par exemple, seul les États-Unis possèdent un droit de véto au sein du FMI. Les droits de votes sont déterminées par l’étendue du pouvoir économique fixé a la fin de la deuxième guerre mondiale, par conséquent les puissances émergences y sont sous-représentées. La composition du G20 est également problématique. Les européens y sont sureprésentés, avec 8 représentants, alors que cette région ne représente pas plus d’un tiers de la communauté internationale en terme de poids économique, politique ou démographique66. Les instituions « auto-proclamées» n’ont pas de légitimité réelle puisqu’elles reposent sur une logique de club, quand bien même la légitimité découle de la représentativité. Néanmoins, les critiques à l’encontre du G20 ne font pas l’unanimité. Pour certains experts, les débats sur la légitimité du G20 sont inutiles et illusoires, premièrement parce que les décisions prises en son sein n’ont pas de valeur juridique, et deuxièmement parce que les pays exclus sont voués à éternellement remettre en cause son caractère illégitime67. A cet égard, pour Philippe Moreau Desfarges, le concept même de gouvernance implique la transformation de la question de la légitimité. « La légitimité d’une action ou d’une politique n’est plus seulement enfermée dans un vote (...), elle ne s’appui plus que sur l’unique approbation du peuple concerné(...). La légitimité repose sur l’opinion publique mondiale, les ONG, les autres gouvernements et opérateurs financiers »68. Les instituions très spécialisées tirent tout particulièrement leur légitimité de la précision des mandats qui leur on été confiés et de leur capacité à en rendre compte. Or aujourd’hui, les mandats des institutions restent assez imprécis. Le Déficit d’équité et ses conséquences sur la légitimité : le déficit démocratique. Pierre Calame établit un constat selon lequel « les modes de régulation actuels, déséquilibrés au profit des acteurs les plus puissants, ne confèrent pas à la gouvernance une réelle légitimité ». Le système international actuel n’est pas équitable, alors même Charlyne Fabre-Restivo 2012 33 66 Le G20 et la gouvernance économique mondiale, les défis de la présidence française, Séminaire organisé à l’Ifri le 1er décembre 2010 en collaboration avec le CIGI 67 ibid 68 Moreau Defarges P. (2000), G7-G8 et la gouvernance économique mondiale, Annuaire français de relations internationals, vol. I. Paris.
  34. 34. que «l’équité est une des conditions majeures de la gouvernance»69. L’ordre international contemporain ne donne pas la possibilité aux plus faibles de faire entendre leurs voix et de faire prévaloir leur points de vue face aux plus puissants. Cette absence d’équité se traduit par une succession de dissymétries. Par exemple, il y a dissymétrie en ce qui concerne l’établissement des agendas. Seul l’agenda des pays riches est pris en compte: ils fixent ce qui est acceptable de négocier ou non. Pierre Calame donne comme exemple les permis négociables pour les émissions de gaz carbonique, qui contrairement à la propriété des ressources naturelles, sont ouverts aux négociations. Les pays riches exercent un réel monopole des stratégies sur les délibérations portant sur des problèmes à caractère international. L’exemple même est encore une fois le Consensus de Washington qui traite des modalités de développement des pays pauvres. Pour Bertrand Badie, les pays développés répondent à la montée en puissance des émergents par une « diplomatie de connivence70», qui les conduit à former des clubs très fermés, tels que le G7 ou G20. Or tant que les pays riches prétendent à ce monopole de la puissance, la gouvernance mondiale, et les contraintes qui en découlent ne seront acceptés que du bout des lèvres part les pays en développements; ces peuples ne se sentiront pas impliqués, ni engagés par ce que leurs élites auront éventuellement négocié en leur nom. La structure de décision pyramidale qui caractérise les instituions pose également problème dans la mesure où les spécialistes de certaines questions sont exclus des discussions et des négociations. En outre, des intérêts privés peuvent plus facilement prévaloir dans un système pyramidal de négociation, ce qui rend le processus de décision encore plus défaillant. Ces asymétries du système international confèrent à la gouvernance globale un caractère illégitime. Ce déficit de légitimité empêche la gouvernance mondiale de mettre à bien ses objectifs de stabilité. Ces faiblesses résulteraient d’une vision trop étroitement économique dont feraient preuve les institutions. La problématique de la gouvernance mondiale doit donc aujourd’hui impérativement intégrer une réflexion sur les questions d’équité et de légitimité. 2.3.4 Une architecture institutionnelle qui peine à se réformer Nous l’avons vu, les formes actuelles de gouvernance sont devenues obsolètes en raison de l’accroissement des interdépendances et de la nouvelle répartition des pouvoirs. Au cours de ces 60 dernières années, la nature des problèmes et des actions a considérablement changé. La crise des institutions internationale découle de leurs difficultés à se réformer pour s’adapter aux changement liés à une globalisation plus poussée. Confronté aux difficultés conjoncturelles et a l’apparition de nouveaux besoins, le système de gouvernance réagit dans la « continuité institutionnelle » : chaque institution répond aux enjeux émergents sur les questions qui relèvent de son mandat. En d’autres termes, elles ont la capacité de s’adapter à de nouvelles situations mais sans jamais se réformer ni réviser leurs fondements. Le FMI modifie ses instruments de réponse aux crise financières, il peut par exemple décider d’allouer des Charlyne Fabre-Restivo 2012 34 69 Calame P., (2001b) Refonder la gouvernance mondiale pour répondre aux défis du 21ème siècle, L’alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire, Paris: Editions Charles Léopold Mayer. 70 Badie, B. (2011). La diplomatie de connivence: les dérives oligarchiques du système international. Paris: La Découverte.
  35. 35. droits de tirages de spéciaux. Il s’agit là d’une bonne capacité de réaction, cependant ces actions n’apportent qu’une réponse limitée aux enjeux de la gouvernance. Le FMI et la Banque Mondiale illustrent les dangers de l’absence de réforme profonde de leur mandat et organisation. Ces deux institutions se sont aujourd'hui éloignés de leurs missions principales pour devenir des outils d’action des pays riches sur les pays pauvres, avec tout cela compote d’unilatéralité et d’absence de légitimité71. Charles Wyplosz résume cette situation par l’idée que l’économie serait en avance sur les institutions72. Pour Pierre Calame (2001b) cette dérive provient du fait que « les systèmes de régulation mondiale ne sont [tout simplement] plus à l’échelle des défis de l’humanité ». Le système économique contemporain est inadapté aux réalités du XXIème siècle et d’une globalisation poussée. Pour Jean-Marc Siroen (2002), cette inadéquation s’explique par un système économique international fondé sur l’internationalisation73 et non pas la globalisation. Les organisations internationales on été fondées pour traiter de l'internationalisation, et non pas de la globalisation. En reconnaissant la pertinence des frontières politiques et l’autonomie relative des États, elles ont pour mission d’assurer la coordination des politiques misent en oeuvre par les gouvernements. Or, la société contemporaine s’inscrit dans un processus de globalisation profond; nous avons dépassé le simple cadre de l’internationalisation. Dès lors, la globalisation annoncerait l'extinction des États-nations, ou encore la mise en place d’instances « mondiales » de régulation selon de nombreux auteurs. Il existe donc un réel problème d’adaptation des instituions vis à vis de ces nouvelles réalités. Christian Boissieu parle «d’écart critique » pour désigner le décalage entre l’évolution des systèmes et l’adaptation des modes de gouvernance74. L’idéologie et le politique ont pris un retard sur une économie en pleine mutation du fait de l’essor de la libéralisation et du renfoncement des interdépendances Ce grand décalage entre les problèmes économiques contemporains et les concepts et idéologiques archaïques, rend inadéquat le mode de gestion des défis contemporain. Par ailleurs, la persistance d’un tel écart nourrit différentes formes d’instabilités: les crises financière, la volatilité des bourses et des changes, la fragilité de certaines d’institutions financières, etc. Pour cet auteur, la crise de la gouvernance mondiale s’explique donc par la stagnation des systèmes de pensée et des institutions par rapport à une société en pleine évolution. Ainsi, les drames sociaux liés à la crise financière de 2008 seraient le résultat de l’absence de cadres de régulation flexibles et solides face à la mondialisation des marchés financiers. Charlyne Fabre-Restivo 2012 35 71 Jacquet, P., Pisani-Ferry, J., & Tubiana, L. (2002). Gouvernance mondiale. Rapport, Paris: La Documentation française. 72 Wyplosz C.(2002) La mondialisation: l’économie en avance sur les institutions, Gouvernance mondiale, Rapport de synthèse, Jacquet et al, p296-307 73 Le concept d’internationalisation est liée à celui l‘interdépendance, et insiste sur les interaction entre éléments qui restent séparés (les États-nation), alors que l’intégration implique une dissolution dans un marché mondial unique, une intégration 74 Boissieu C. (2002), Commentaire, Gouvernance mondiale, Rapport de synthèse, Jacquet et al, p117-125

×