Université Rennes 2 - Haute Bretagne     Master 2 Langues et Cultures Étrangères et Régionales                       Aire ...
Remerciements :                  Je remercie sincèrement Mr Daniel Roulland,                                  mon directeu...
Table des matières :   Avant-Propos!5     AP.1. Une sémiologie pragmatique!6     AP.2. Les signes!8         AP.2.1. Niveau...
B.3.2. Rétroaction et autorégulation!72      B.3.3. Limprédictibilité!75C. Jeux et enjeux!79  C.1. Le jeu régulier!81     ...
Avant-Propos               5 sur 140
!      AP.1. Une sémiologie pragmatique                           « Les délimitations classiques des divers champs scienti...
considération, les activités cognitives citées plus haut ne doivent pas être analyséesdans leur globalité, mais uniquement...
!     AP.2. Les signes                                                                      « Ce terme signes, présent dan...
!         !      AP.2.1. Niveaux du signe!         Les interlocuteurs communiquent sur deux niveaux. Hermann Parret lesapp...
relation qu’ils entretiennent l’un avec lAutre. Nous verrons dans ce travail que cetteméta-communication est liée à l’exis...
!         !       AP.2.2. Canaux du signe!         Il serait réducteur de considérer que le système communicationnel trait...
au premier plan de linterlocution, puisque lorsque les signes locutionnels sont enconflit avec les signes élocutionnels, c...
!         AP.3. L’intentionnel et le non-intentionnel                                               « On ne peut pas dire ...
!     De plus, il est important de noter que lapparition dune émotion peut rompre lacontinuité de la communication. Lappar...
Introduction               15 sur 140
!         I.1. L’impossibilité de ne pas communiquer                                     « Tout refus de communiquer est u...
effet, la recherche dune forme de « non communication », selon l’expression deWatzlawick (1972), est une configuration qui...
!      I.2. L’incertitude!                                                                      « Chaque être humain conna...
jugement defficacité significative ne pourra être effectué quune fois le jugementretour (cest-à-dire le jugement de la com...
!      I.3. Problématique!     Nous pouvons distinguer deux tâches cognitives lors de la communication : lacompréhension e...
A. Origines théoriques                    21 sur 140
!          A.1. Du code à la pragmatique!         !        A.1.1. Lapproche Saussurienne!          Comme le disent Fuchs e...
!      !      A.1.2. La théorie du code!      Lapproche Saussurienne fait des signes de simples moyens déchangesdinformati...
source et la destination étant les processus cognitifs des locuteurs. Ce modèle ducode, également appelé « Théorie de la t...
langage en profondeur. Bien que faisant un premier pas vers linclusion deslocuteurs, son approche nen reste pas moins une ...
!       !      A.1.3. Lapproche pragmatique!      La conception pragmatique de la linguistique (terme utilisé pour la prem...
!      Comme nous venons de le dire, la linguistique pragmatique, au travers dunecritique de lartificialité des théories e...
!      Cette légitimation du sens par lusage plutôt que par une justification logiqueest très importante. En effet, la lin...
!      A.2. La pragmatique et la pertinence                                                               « It is not what...
mais bel et bien prendre part à un discours dialogique en vue dinfluencer uninterlocuteur, au travers dun effort réciproqu...
référence à lunivers entier.  » (Gardiner,1989:51) Cette importance du contexte setrouve dans lanalyse que Benveniste (196...
!       A.2.2. Le modèle inférentiel!       À la suite de létude pragmatique et de la fin de la dichotomie langue/parole, ...
contexte est indice de ce que lhôte souhaite signifier, et le signe quil produit est uncomplément dindices de ce que la si...
certain nombre de principes, appelés maximes conversationnelles, qui sont aunombre de quatre : la quantité (faites que vot...
!       !       A.2.3. La pertinence!       De Grice, Sperber et Wilson, garderont plusieurs principes : le principedexpre...
de ces maximes, mais plutôt la coopération mutuelle pour signifier de façon optimalela pertinence dun énoncé.20!       La ...
au contenu de la production, mais aussi aux prémisses contextuelles et à sesconclusions. De ce fait, tout énoncé produit d...
communication, à savoir la compréhension et la production. La communication estvue comme essentiellement collaborative, ce...
!     A.3. Léconomie cognitive!     !      A.3.1. La communication comme système!     Comme nous venons de le voir, dans l...
lieu chez chaque interlocuteur de façon simultanée. En effet, nous avons vu danslIntroduction22 quil était impossible de n...
sadapter aux modifications du système, et ce par le principe de rétroaction23 . Eneffet, si un interlocuteur ne comprenait...
!         !        A.3.2. Retour sur lincertitude!          Comme nous lavons vu dans la partie A.2.3., le principe fondat...
assurant « un succès tout au plus probable, mais non certain. » (Sperber&Wilson,1989:33)!      Nous ne pouvons contredire ...
économique de « lincertitude stratégique », qui est « lincertitude qui découle delinteraction des agents, lenvironnement e...
M2 : Analyse systémique des jeux pragmatiques communicationnels.
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Master's thesis : "Approche systémique des jeux pragmatiques communicationnels"
Supervisor : Dr Daniel Roulland
Mention très bien.

Psycholinguistics / Communication

Themes : linguistics, psycholinguistics, pragmatic, systems theory, game theory, cybernetics.

Mémoire de Master : "Approche systémique des jeux pragmatiques communicationnels"
Sous la direction de : Dr Daniel Roulland
Mention très bien.

Psycholinguistique / Communication

Thèmes : linguistique, psycholinguistique, pragmatique, théorie des systèmes, théorie des jeux, cybernétique.

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M2 : Analyse systémique des jeux pragmatiques communicationnels.

  1. 1. Université Rennes 2 - Haute Bretagne Master 2 Langues et Cultures Étrangères et Régionales Aire Anglophone Approche systémique desjeux pragmatiques communicationnels Colin Fay Sous la direction de Mr Daniel Roulland 2012 1 sur 140
  2. 2. Remerciements : Je remercie sincèrement Mr Daniel Roulland, mon directeur de recherche,pour son soutien permanent ainsi que pour ses conseils avisés, sans qui ce mémoire n’aurait jamais pu être porté à terme. 2 sur 140
  3. 3. Table des matières : Avant-Propos!5 AP.1. Une sémiologie pragmatique!6 AP.2. Les signes!8 AP.2.1. Niveaux du signe!9 AP.2.2. Canaux du signe!11 AP.3. L’intentionnel et le non-intentionnel!13 Introduction!15 I.1. L’impossibilité de ne pas communiquer!16 I.2. L’incertitude!18 I.3. Problématique!20 A. Origines théoriques!21 A.1. Du code à la pragmatique!22 A.1.1. Lapproche Saussurienne!22 A.1.2. La théorie du code!23 A.1.3. Lapproche pragmatique!26 A.2. La pragmatique et la pertinence!29 A.2.1. La fin de lopposition langue/parole!29 A.2.2. Le modèle inférentiel!32 A.2.3. La pertinence!35 A.3. Léconomie cognitive!39 A.3.1. La communication comme système!39 A.3.2. Retour sur lincertitude!42 A.3.3. Le modèle économique-efficace!45 B. Théorie du système communicationnel!49 B.1. Stimulus et environnement!51 B.1.1. Stimulus et attention sélective!51 B.1.2. Lenvironnement cognitif direct!54 B.1.3. L’environnement cognitif indirect!56 B.2. Compréhension, production et sens.!58 B.2.1. Compréhension et production!58 B.2.2. Retour sur lintention!62 B.2.3. Effets contextuels et sens!65 B.3. Un système cybernétique!68 B.3.1. Définition!68 3 sur 140
  4. 4. B.3.2. Rétroaction et autorégulation!72 B.3.3. Limprédictibilité!75C. Jeux et enjeux!79 C.1. Le jeu régulier!81 C.1.1. Léquilibre en communication!81 C.1.2. La régularité!84 C.1.3. Lemprisonnement fractal de la régularité!87 C.2. Le jeu créatif!91 C.2.1. Le jeu méta-communicationnel!92 C.2.2. Le cas du mensonge!95 C.2.3. Le jeu ludique!98 C.3. Le jeu interférant !101 C.3.1. Le jeu conversationnel et culturel!102 C.3.2. Lie Catching!105 C.3.3. Le jeu émotionnel et pathologique!108Conclusion!112Annexes !118 D.1. Le jeu créatif!120 D.1.1. Le jeu méta-communicationnel!120 D.1.2. Le cas du mensonge!122 D.1.3. Le jeu ludique.!123 D.2. Le jeu interférant !125 D.2.1. Le jeu conversationnel et culturel!125 D.2.2. Lie Catching!126 D.2.3. Le jeu émotionnel et pathologique!128Bibliographie !130 Bibliographie complète!131 Bibliographie thématique!135 Théorie de la communication!135 Théorie des systèmes!136 Théorie des jeux!137 Psycholinguistique!138 Index!140 4 sur 140
  5. 5. Avant-Propos 5 sur 140
  6. 6. ! AP.1. Une sémiologie pragmatique « Les délimitations classiques des divers champs scientifiques subissent du même coup un travail de remise en cause : des disciplines disparaissent, des empiètements se produisent aux frontières des sciences, doù naissent de nouveaux territoires. » J.F. Lyotard, La condition postmoderne.! Ce mémoire est une exploration du système de la communication et de sesjeux. Avant dentrer dans le coeur de cette étude, il est important détablir les limitesdisciplinaires qui entourent un tel travail.! Létude de la communication se situe au croisement de deux «  sous-disciplines  » des sciences cognitives  : la psychologie cognitive et la sémiologiepragmatique.! Les sciences cognitives sont celles qui cherchent à déterminer « comment unsystème naturel (humain ou animal) ou artificiel (robot), acquiert des informations surle monde qui lentoure, comment ces informations sont reportées et transformées enconnaissances, et comment ces connaissances sont utilisées pour guider sonattention et son comportement. » (Lemaire,1999:13)! Létude du comportement communicationnel sinscrit dans un premier tempsdans la psychologie cognitive, science étudiant les mécanismes fondamentaux de lacognition humaine, i.e. les fonctionnements de «  lintelligence  » et de la pensée,faculté «  mobilisée dans de nombreuses activités, comme la perception, lessensations, les actions, la mémorisation et le rappel dinformation, la résolution deproblèmes, le raisonnement (inductif et déductif), la prise de décision et le jugement,la compréhension et la production du langage, etc.  » (Ibid:14) Il pourrait sembler deprime abord que létude du fonctionnement de la communication se situe danslétude de la compréhension et la production du langage, pourtant, les activités quientrent en jeu lors de la communication sont plus nombreuses, à un point où toutesces activités doivent être prises en compte. De fait, chacune de ces activités agit surle système communicationnel, et est également affectée par lui.! Cependant, prendre uniquement loptique de la psychologie cognitive pourrendre compte du fonctionnement du système communicationnel ne permet pasdétudier de façon rigoureuse ce système. En effet, bien quil faille les prendre en 6 sur 140
  7. 7. considération, les activités cognitives citées plus haut ne doivent pas être analyséesdans leur globalité, mais uniquement dans leur rapport aux signes qui existent dansun processus de communication. En dautres termes, lautre pan de lanalyse se situedans létude des signes 1 produits lors de la communication, donc une étudesémiologique de la communication. La sémiologie est définie par Saussure (1995:33)comme la «  science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale; elleformera une partie de la psychologie sociale (…). Elle nous apprendrait en quoiconsistent les signes, quelles lois les régissent.  » La sémiologie étant une sciencedes signes de manière générale et notre étude limitant ces signes aux signesemployés lors de la communication, il est important de considérer la sémiologie àtravers le prisme de la pragmatique, cest-à-dire en tant que « science qui traite dessignes (dans leur rapport) à leurs interprètes. » (Armengaud,1999:36) Cette limite de lasémiologie à travers une étude pragmatique doit être prise dans le paradigme de lacommunicabilité qui est le suivant :« Axiome 1: le sujet parlant, de par son discours, ne peut pas ne pas communiquer.Axiome 2: toute communication présente deux aspects, le contenu et la relation, telsque le second englobe le premier.Axiome 3: toute communication implique la réciprocité, qui est symétrique oucomplémentaire.Axiome 4: toute communication actualise le système virtuel des significations etréalise, en même temps, la dépendance de ce système vis-a-vis des conditions de lacommunicabilité. » (Paret cité dans Armengaud,1999:103)2! Létude de la communication proposée ici, portant sur la communication et lesjeux communicationnels, cest-à-dire sur le fonctionnement et le dysfonctionnementdu système, est donc au croisement, à lintersection de ces deux disciplines,restreignant le vaste champs de recherche des sciences cognitives : la psychologiecognitive étant limitée à la cognition liée à la communication, et la sémiologie auxsignes existants et influents en communication.1 Nous utiliserons dans cette étude le terme sémiologie pour renvoyer à la théorie du signe. Le termesigne sera utilisé au sens large de « manifestation sémiotique », c’est-à-dire renverra à unemanifestation d’un ou plusieurs signe(s)2 Les axiomes de ce paradigme ne sont pas développés plus en profondeur ici, leur importance serévélera tout au long de ce travail 7 sur 140
  8. 8. ! AP.2. Les signes « Ce terme signes, présent dans des vocabulaires très différents (de la théologie à la médecine) et dont lhistoire est très riche, (de lÉvangile à la cybernétique) ce terme est par là même ambigu. » R. Barthes, Éléments de sémiologie.! Ainsi, notre communication est peuplée de signes, traités cognitivement. Cessignes sont, pour prendre une définition très large, une unité, une entité au sein dusystème communicationnel qui renvoie, qui réfère à un sens. Chaque signe estcomposé de deux plans : « le plan dexpression et (...) le plan descontenus  » (Barthes,1964), renvoyant respectivement au signe en tant quentitéphysique et au sens de ce signe.! Avant de passer au cœur de létude des mécanismes du système de lacommunication, nous spécifierons dabord ce que sont ces signes, à travers unedéfinition des deux pans du signe. Le travail des deux paragraphes qui suiventpermet de donner une définition de lidentité de ces signes, en partant du postulatque lexistence du signe est conventionnelle, sans pour autant expliquer la nature decette convention. Nous suivrons en effet la prémisse scientifique de létude dunsystème basée non pas sur une réponse à pourquoi il fonctionne, mais sur uneréponse à comment il fonctionne. Ainsi nous ne verrons pas pourquoi le signe existe,pourquoi un signe est lié à un sens, mais comment ce signe existe, comment ilfonctionne à travers le système, et comment un signe se lie à un sens. Comme le ditDouay (2000:66), nous nous intéressons « aux moyens formels, systématisés (...) quipermettent la communication et non aux choses infinies qui peuvent êtrecommuniquées par leur emploi dans des situations par définition toujoursnouvelles. » 8 sur 140
  9. 9. ! ! AP.2.1. Niveaux du signe! Les interlocuteurs communiquent sur deux niveaux. Hermann Parret lesappelle « contenu et relation » (cité dans Armengaud,1999:103). Cependant, pour ne pascréer un écho qui porterait à confusion avec les dichotomies expression/contenu dusigne, nous allons utiliser une autre terminologie. Le contenu dHerman Parret est ceque Gardiner (1989) appelle les choses : il faut ici prendre la notion de «  chose  »dans le sens large du terme, celui entendu par Gardiner  : il est vrai que notrediscours peut faire référence à du matériel aussi bien quà de l’immatériel, et donc lediscours ne fait pas toujours référence aux choses en tant quobjets concrets. Dunautre côté, « affirmer que le discours sert à exprimer la pensée, cest tout simplementméconnaître le fait que je peux parler du crayon avec lequel je suis en train décrire,de ma maison, de mes livre, etc. » (ibid:27) Il semblerait juste de dire que le discoursexprime des «  pensées sur les choses  », mais cependant rien ne contredit lidéequun processus cognitif, quune pensée soit elle même une « chose », au sens largeoù nous l’entendons ici. En effet, le discours courant nous renvoie continuellement àlidée que nous parlons de «  quelque-chose  », et il ny aurait rien dillogique ourelevant du contresens dimaginer la production dune phrase telle que « une choseest certaine, cest que je trouve cela compliqué  » ou «  la réflexion sur ce sujet estune chose difficile », ou encore « elle a trouvé la solution, je navais pas imaginé unetelle chose ».3! Affirmer que nous communiquons sur quelque chose pourrait sembler êtrelaffirmation dun rasoir d’Ockham. Cependant, les signes référant aux chosespeuvent revêtir une configuration particulière : les signes peuvent également êtreutilisés pour la méta-communication, ou ce quHerman Parret ou Watzlawick (1972,49)appelle relation, c’est-à-dire « la manière dont on doit entendre le message. » De fait,les locuteurs peuvent communiquer sur des choses, mais aussi sur leurcommunication, sur leur interaction, cest-à-dire quils peuvent communiquer et méta-communiquer. En dautres termes, conjointement au discours sur les choses dans unsens large, les locuteurs communiquent leur(s) point(s) de vue, leur(s) sentiment(s)sur la communication, c’est-à-dire qu’ils communiquent sur leur interaction, sur la3 Pour un développement complet de ce point, voir Gardiner,1989:27-32,§8. 9 sur 140
  10. 10. relation qu’ils entretiennent l’un avec lAutre. Nous verrons dans ce travail que cetteméta-communication est liée à l’existence des jeux ainsi qu’aux possibilitésd’ajustements communicationnels : les interlocuteurs en situation de jeu doiventpouvoir méta-communiquer sur cette situation de jeu, et lorsquune communicationsur une chose a échoué, il est nécessaire denvisager de méta-communiquer afindévaluer les sources de léchec, en d’autres termes, la méta-communication est cequi permet aux jeux communicationnels d’exister, c’est en faisant passer lapertinence de la communication au niveau méta-communicationnel que l’existencedes jeux est possible et/ou corrigée.! Dun point de vue théorique, il pourrait sembler adéquat denvisagerlexistence dune méta-méta-communication, cest-à-dire une communication sur laméta-communication, ainsi que lexistence dune méta-méta-méta-communication,qui serait la communication sur la méta-méta-communication, et ainsi de suite dansune spirale infinie de niveaux de communication portant sur le niveau précédent. Ilest cependant deux arguments qui viennent contredire cet argument :! Premièrement, nous pouvons douter quil ait existé ou quil existera un casempirique dans lequel les interlocuteurs, dans une suite infinie, travailleront à unniveau infini de communication à propos du niveau inférieur. Deuxièmement, mêmesi lon imagine que ces différents niveaux existent, ils reviennent toujours à une idéedune communication portant sur une communication de niveau inférieur. Donc,quelque soit le niveau de méta-communication, il est toujours une communication surune communication, et donc entre toujours dans la catégorie de la méta-communication. 10 sur 140
  11. 11. ! ! AP.2.2. Canaux du signe! Il serait réducteur de considérer que le système communicationnel traiteuniquement les signes dit « linguistiques »  : de nombreux signes de nature « non-linguistique » entrent en jeu dans le système. Comme le dit Watzlawick (1972:16-47) :« les données de la pragmatique ne sont pas simplement les mots, leur configurationet leur sens (...), mais aussi leurs concomitants non-verbaux et le langage du corps,(...) un composé fluide et polyphonique de nombreux modes de comportement :verbal, tonal, postural, contextuel, etc. »! Afin de rendre compte des signes comme référant aux choses dansl’acceptation totale de la définition que nous venons de donner, nous devons lesenvisager dans tous leurs signifiants, cest-à-dire à travers lensemble des canauxquils empruntent : locutionnel, élocutionnel et proxémique.! La dichotomie locutionnel/élocutionnel4 est une dichotomie que lon doit àGardiner (1989), qui fut ensuite reprise par Douay (2000). Cette dichotomie esttraditionnellement appelée verbal/non verbal : en termes sémiologiques, lelocutionnel est la catégorie des signes qui relèvent des mots, et lélocutionnel toute lacatégorie des signes qui ne sont pas des mots, regroupant les signes kinésiques (ousignes gestuels 5), ainsi que le ton de la voix ou lattitude corporelle. Lutilisation desexpressions «  locutionnel  » et «  élocutionnel  » permet déviter une classificationpéjorative de la catégorie des signes élocutionnels. Il est en effet important, dans uneétude dun système composé de signes, de ne pas mettre une catégorie de signesde côté, daccorder un « statut identique à toutes les catégories de signes de lalangue » (Douay,2000:81), ce qui est atteint via lutilisation dune terminologie«  locutionnel/élocutionnel »6. En effet, les signes élocutionnels sont essentiels à lacommunication, et pourtant ils sont habituellement relayés au second plan desétudes (ce que regrette Gardiner (1989:66) : « les expressions du visage traduisent sibien lémotion quil eût été dommage de les astreindre à la fonction moins exaltantede représentation de phénomènes extérieurs »). Ils sont même classés par Gardiner4Il existe plusieurs expressions pour référer à cette dichotomie, telles que les « syntaxe locutionnelleet élocutionnelle » ou « forme locutionnelle et élocutionnelle. » Par soucis de simplicité, nousutiliserons « le locutionnel et lélocutionnel »5 Birdwhistell, dans Winkin (2000), parle de « kinèmes »6 Pour un développement complet de ce point, voir Douay, 2000, chapitre 3.4 p 81-107 11 sur 140
  12. 12. au premier plan de linterlocution, puisque lorsque les signes locutionnels sont enconflit avec les signes élocutionnels, ce sont toujours les signes élocutionnels quivont être porteurs de sens. Nous citerons ici la répartition faites par Mehrabian deces différents canaux lors de la communication :! Bien quune répartition aussi nette soit contestable et contestée,particulièrement en ce qui concerne la précision des chiffres, lidée générale est celleque nous adopterons.! Cette idée dune centralité de l’élocutionnel est reprise par Douay (2000), maiségalement dans les études sur le mensonge effectuées par Ekman (notamment 2009),pour qui la détection dun mensonge seffectue à travers la détection dun conflitlocutionnel/élocutionnel, lélocutionnel étant porteur du sens véritable.! Il existe un troisième canal par lequel peuvent transiter les signes intervenantdans la communication, qui est le canal proxémique. Cette dimension de lacommunication fut développée par Edward T. Hall (1968), et est devenue la « branchede la sémiotique qui étudie la structuration signifiante de lespace humain. » (Fabbri,1968:5) Ce terme réfère à la perception de lespace interpersonnel en tant que moyende communication, et plus précisément en tant que moyen de méta-communication.De fait, bien quil semble que les espaces interpersonnels ne soient pas interprétéscomme des signes à part entière lorsque lon traite de la communication, ils sontpourtant très importants, car ce sont eux qui signifient le degré de la relation quunlocuteur considère entretenir avec un autre. Cette observation sera notammentreprise lors de létude du jeu interférant culturel, puisque des signes proxémiquespourront être facteurs dincompréhension, de « chocs culturels ». 12 sur 140
  13. 13. ! AP.3. L’intentionnel et le non-intentionnel « On ne peut pas dire non plus quil y ait communication que si elle est intentionnelle, consciente ou réussie » P. Watzlawick, Une logique de la communication, p.46-47! La tradition de létude de la communication ne sintéresse pour la plupart quàlanalyse des productions volontaires. Pour exemple nous citerons ici Douay,(2000:65) qui dans son ouvrage, écrit que « doit être considéré comme phrase (…)tout signe (…) ou ensemble de signes manifestement sous-tendu par une intentionpertinente de communication. » (nous soulignons) Ce nest cependant pas le point devue que nous adopterons ici. Effectivement, les signes traités par le systèmecommunicationnel ne sont pas tous intentionnellement produits, ni mêmeintentionnellement compris, notamment pour les signes qui sont influencés, produitspar lexistence de certaines émotions.! Reprenons le point de vue évolutionniste, développé notamment par Darwin(2001) : selon cette théorie, il fut indispensable pour la survie de lhomme de pouvoirsignaler les émotions le plus rapidement possible. Par exemple signifier la peur àtravers une expression faciale, et ce avant den avoir conscience, fut indispensable àla survie de lespèce. Les individus les plus rapides à communiquer leurs émotionsfurent ceux qui furent le plus enclins à survivre. Toujours selon cette théorie, toutélément utile à la survie de lespèce sest automatisé au court de lévolution (Darwin,2001:43). Ainsi, la signification des émotions étant un élément indispensable à notresurvie, elle fait ipso facto partie de ces processus qui se sont automatisés.Aujourdhui, nous avons hérité de cela à travers un contrôle difficile (voir quasi-impossible) de nos émotions, ce qui nous entraîne à signifier non-intentionnellementsous linfluence de nos émotions. Par exemple, rougir est un signe universeldembarras qui est produit de façon non-intentionnelle, pourtant, bien que non-intentionnelle, cette manifestation sémiotique sera traitée par le systèmecommunicationnel : linterlocuteur comprendra ce signe élocutionnel commesignifiant lembarras7. Ce point sera particulièrement important pour lanalyse du jeucommunicationnel dû aux émotions.7 Voir Darwin, 2001, et Ekman et al., 2003 13 sur 140
  14. 14. ! De plus, il est important de noter que lapparition dune émotion peut rompre lacontinuité de la communication. Lapparition dun (ou de) signe(s) soudain(s) peutsembler navoir aucun lien direct avec ce qui le(s) précède quand la production et lacompréhension de ce(s) signe(s) sont directement liées à une émotion ressentie parlun des interlocuteurs. Prenons un exemple, développé par Ekman (2003), qui estcelui de la frayeur causée par lapproche imminente dun accident de voiture.Imaginons une situation dans laquelle nous sommes en voiture avec un ami. Nousconversons de choses banales, lorsque soudain une voiture apparaît et semblerouler à contre-sens, et donc se diriger dans notre direction. Soudain, avant mêmeque cela soit conscient, le passager a de façon réflexe un mouvement dappui sur unfrein imaginaire, et la conversation est immédiatement interrompue par uneexpression de peur dun ou des deux interlocuteurs, passant de « oui cest un trèsbon film » à « Oh mon Dieu attention ! », accompagné d’une expression faciale depeur. La production de la première phrase « oui cest un très bon film » estintentionnelle, alors que la deuxième phrase « Oh mon Dieu attention ! » est uneproduction non-intentionnelle. Pourtant, bien que non-intentionnelle, la production dela phrase n°2 ne peut pas être rejetée en tant que communication. Cette productionnon-intentionnelle est due à une réaction de nos «  déclencheurs émotionnels »,processus réagissant lanalyse infra-attentionnelle constamment exécutée par notreinconscient, hérité de lévolution et nous permettant de faire face de façon adéquateà une situation soudaine.! Les signes intentionnels et non-intentionnels sont donc tous deux à prendreen compte comme influents dans la communication. Malgré un rôle similaire, unedistinction peut être faite entre ces deux types de signes. Cette différenciation estfaite par Grice dans son article Meaning (1957). Il y fait une distinction entre lessignes qui signifient naturellement et les signes qui signifient non-naturellement,cest-à-dire entre les signes naturels et les signes conventionnels. Nous reviendronsplus en détails sur ce point dans le second chapitre de ce travail. 14 sur 140
  15. 15. Introduction 15 sur 140
  16. 16. ! I.1. L’impossibilité de ne pas communiquer « Tout refus de communiquer est une tentative de communication ; tout geste dindifférence ou dhostilité est appel déguisé. » A. Camus, Létranger.! Partons du constat fait par Paul Watzlawick (1972:46) :« on ne peut pas ne pas communiquer : le comportement a une propriété on ne peut plusfondamentale : (...) (il) na pas de contraire. Autrement dit, (...) on ne peut pas ne pas avoir decomportement. Or, dans une interaction, tout comportement a valeur de message, cest-à-dire quil estune communication. (...) Un homme attablé dans un bar rempli de monde et qui regarde devant lui, unpassager qui dans un avion reste assis dans son fauteuil les yeux fermés, (...) ne veulent pas quonleur adresse la parole, en général, leurs voisins “comprennent le message” et y réagissentnormalement en les laissant tranquilles. »! Ainsi, même refuser de répondre, cest communiquer (ou méta-communiquer)8que lon ne souhaite pas interagir. Nous nous trouvons dans une configuration oùnous devons communiquer dès lors que nous sommes dans une situationdinteraction avec un Autre, comme le dit Goffman9 : « chaque fois que nous entronsen contact avec autrui (...) nous nous trouvons devant une obligation cruciale :rendre notre comportement compréhensible et pertinent compte tenu desévénements tels que lautre va sûrement les percevoir.  » De ce fait, dans toutesituation d’interaction, les interlocuteurs doivent identifier et choisir les signes quiseront adéquats pour assurer le bon déroulement de la communication.! Cette impossibilité de ne pas communiquer est une propriété qui a été le pointde départ des études psychiatriques sur la communication, notamment lacommunication chez les schizophrènes. En effet, lobservation de la communicationchez les schizophrènes a mené à la constatation que les personnes qui souffrent dece trouble cherchent à ne pas communiquer, via des formes de « non-sens, silence,retrait, immobilité (ou silence postural), ou toute autre forme de refus. » (Watzlawick,1972:48) Or, ces formes de refus sont elles-mêmes des communications,communiquant le refus de communiquer. Mais ces formes de communications ne seretrouvent pas uniquement dans les communications chez les schizophrènes. En8Par soucis de concision pour la suite de létude, et sauf indication contraire, l’utilisation du verbe« communiquer » englobera la notion de communication et de méta-communication9 Goffman, Façon de parler. Cité dans Blanchet (1996). 16 sur 140
  17. 17. effet, la recherche dune forme de « non communication », selon l’expression deWatzlawick (1972), est une configuration qui concerne chaque interlocuteur quisouhaite communiquer quil ne souhaite pas communiquer en annulant lacommunication, cest-à-dire en amenant l’Autre à comprendre que l’interlocuteur nesouhaite pas coopérer, en faisant passer la pertinence de l’échange à un niveauméta-communicationnel10 . Cette situation est paradoxale car elle amène àcommuniquer le désir de « non-communication », à savoir donc quil est impossiblede ne pas communiquer, puisque le stade de non-communication passe par unpremier stade de communication.10 Nous développerons ce point plus en détails dans la partie C. 17 sur 140
  18. 18. ! I.2. L’incertitude! « Chaque être humain connaît une frange dincertitude quant aux types de messages quil émet. » Y. Winkin, La nouvelle communication.! Malgré une communication permanente, nous ne sommes jamais dans unesituation où nous pouvons affirmer avec certitude que notre productioncommunicationnelle a été comprise de façon juste, cest-à-dire que nous ne pouvonsjamais avoir l’entière certitude de lefficacité de notre communication.! Pour illustrer cette idée, nous utiliserons par analogie lexpérience de penséedu «  Chat de Schrödinger  ». Bien que cette expérience ait été utilisée afin dedémontrer des propriétés de physique quantique, nous pouvons très bien latransposer pour illustrer notre propos actuel.! Imaginez un chat que lon a enfermé dans une boite. Avec lui se trouve unflacon de poison pouvant se libérer à tout moment, de façon aléatoire. Tant que laboite est fermée, les observateurs de lexpérience ne peuvent pas savoir si le poisona été libéré ou non, si le chat est vivant ou mort, ce nest quune fois la boite ouverteque lexpérimentateur peut juger des propriétés de ce qui se trouve à lintérieur11 . Ilen est de même pour la communication  : tant que le locuteur na pas produit lessignes, ceux ci peuvent être efficaces ou non. Cette idée explique pourquoi leslocuteurs se reprennent, ré-expliquent leurs propos, voir même parfois ne secomprennent pas : ils ne peuvent garantir de lefficacité des signes tant quils ne sontpas produits, donc tant quils ne sont pas interprétables et interprétés, et même aprèsleur production, les interlocuteurs seront incapables d’affirmer de façon certaine del’efficacité ou non de leur production. Cela explique également pourquoi certainescommunications sont inefficaces : le locuteur ne peut pas juger entièrement delefficacité de sa production tant que celle-ci nest pas effective. En dautres termes,le processus cognitif de choix des signes (qui seffectue pré-production) ne permetpas de juger de façon certaine des signes qui seront efficaces pour communiquer, le11 Pour les explications précises de cette expérience, voir Schrodinger, 1992, Physique quantique etreprésentation du monde 18 sur 140
  19. 19. jugement defficacité significative ne pourra être effectué quune fois le jugementretour (cest-à-dire le jugement de la compréhension de linterlocuteur) possible.12! Cette notion explique lexistence d’un certain type de jeux communicationnels,car celui qui produit ne peut rendre compte de lefficacité des signes quune foisceux-ci produits, ce qui justifie les processus de réajustement nécessaires à lacommunication. Le locuteur aura beau faire preuve de tout le zèle possible, il nepourra jamais être entièrement sûr (pendant le stade cognitif pré-production) delefficacité de ses propos. Nous reviendrons sur ce point dans la suite de notretravail.! Ce processus dincertitude est différent de la notion linguistique dambiguïté.En effet, lambiguïté concerne la multiplicité de compréhensions possibles dun signeparticulier. Or un interlocuteur ne produit jamais de signes ambigus pour lui, cest-à-dire que les signes quil produit sont toujours incertains du point de vue de lefficacitémais ne sont jamais ambigus au niveau du sens. La production délibérée dun signeque l’interlocuteur sait ambigu pour l’Autre ne sera pas ambigu pour l’interlocuteur,qui le produit dans un but méta-communicationnel.! Ce point sur l’incertitude sera très important pour notre propos, nous yreviendrons donc plus en détails dans la suite de ce travail.12Ce jugement retour est possible grâce à un système cybernétique. Cette notion sera développéedans la partie B. 19 sur 140
  20. 20. ! I.3. Problématique! Nous pouvons distinguer deux tâches cognitives lors de la communication : lacompréhension et la production. Le processus de compréhension est celuipermettant, via le processus de lattention sélective, de combiner code(s), indice(s) etcontexte(s) pour arriver à lidentification du sens, le processus de production est celuipassant du sens aux signes produits.! Afin daboutir efficacement au but de la communication, les interlocuteursdoivent sappliquer au bon déroulement de ces deux tâches. Ce processusdapplication correspond à un effort de pertinence. En effet, si lon reprend ladéfinition de la pertinence de Hjørland & Sejer Christensen (2002) « une chose A estpertinente pour la tâche T lorsquelle augmente les chances darriver au but G, lui-même impliqué par T ». Ici, le but G de la communication est la mise en commun parla création chez l’Autre d’une réaction cognitive, entraînant signe(s) ou acte(s). Lestâches T sont les processus de compréhension et de production. En communication,la pertinence est donc leffort des locuteurs pour optimiser les chancesdaccomplissement des tâches de compréhension et de production.! Comment fonctionne le système de la communication ? Quelles sont lesconséquences de la nature de ce système sur l’utilisation qu’en font lesinterlocuteurs ? C’est à ces deux questions que cette étude va tenter de répondre.! Dans une première partie, nous partirons des prémisses théoriques qui nousamèneront jusquà la théorie que nous développerons et utiliserons ici.! La seconde partie sera consacrée à lanalyse des mécanismes du systèmecommunicationnel en tant que système cybernétique, ainsi que sur lanalyse desdeux processus larticulant, cest-à-dire les processus de compréhension et deproduction.! Puis, dans une troisième partie, nous étudierons les cas de jeux dans cesystème, par application et enrichissement de la théorie des jeux. 20 sur 140
  21. 21. A. Origines théoriques 21 sur 140
  22. 22. ! A.1. Du code à la pragmatique! ! A.1.1. Lapproche Saussurienne! Comme le disent Fuchs et LeGoffic en ouverture de leur ouvrage (1996:15), « ilest traditionnel de présenter F. de Saussure comme le "père" de la linguistique moderne. » Nous ne manquerons pas à cette « tradition ». Fondateur de lalinguistique en tant que discipline, Saussure est le théoricien qui a posé lesfondations dune science de la langue. Fondamentalement non pragmatique, sonmodèle théorique repose plus particulièrement sur la séparation de la langue et de laparole, la langue étant un ensemble de conventions et de règles immanentes, « biendéfinies » et « homogènes » (Saussure,1995:31-32) partagées par une collectivitéparlante ; la parole, à linverse, est une manifestation individuelle et singulière decette langue. Il ressort de cette dichotomie que la langue est posée comme uniquesujet de la recherche linguistique, la parole étant relayée à un rang « secondaire » delanalyse linguistique, se basant sur lidée quil « faut se placer de prime abord sur leterrain de la langue, et la prendre pour norme de toutes les autres manifestations dulangage » (Ibid:25)! De son étude, Saussure exclut le sujet parlant, « la langue étant (...)indépendante de lindividu » (Ibid:37), mais aussi toute forme de contexte, qui nauraitune place que dans létude d’une linguistique de la parole. On se retrouve donc faceà une vision de la linguistique envisagée comme létude dune langue-code idéale,immanente et instrumentalisée, utilisée par des sujets parlants idéalisés, excluanttour à tour le sujet parlant ordinaire, le contexte ordinaire mondain ainsi que lesusages ordinaires du langage.13 Et, bien que la dichotomie langue/parole paraisseplus dialectique quabsolue (la langue nexistant quau travers de la parole),lexclusion de ces trois derniers est bel et bien présente dans le Cours de linguistiquegénérale. De cette conception Saussurienne séparant langue et parole, est née lathéorie du code, que nous verrons ensuite.13 Liste extraite de Eluerd (1995). 22 sur 140
  23. 23. ! ! A.1.2. La théorie du code! Lapproche Saussurienne fait des signes de simples moyens déchangesdinformations à contenus fixes, effectués entre deux locuteurs par le canalintermédiaire que serait une langue-code conventionnalisée, plus ou moinsuniverselle au sein de la collectivité représentée par la communauté linguistique àlaquelle appartiennent les interlocuteurs. Cette conception voit la linguistique commelétude d’un code intrinsèquement conventionnel et au sens immanent, utilisé par dessujets parlants idéaux possédant chacun une copie identique de ce code. Ce modèleexclut les sujets parlants de létude, car ce qui importe est lanalyse du langage codé,se situant entre les opérations de codage et de décodage. Dans cette conception, lesujet parlant « émetteur » encode un message qui sera ensuite décodé par le sujetdestinataire « récepteur ». En utilisant cette langue-code, les signes traduiraient« une activité mentale » qui préexisterait au langage, cest-à-dire mettraient du sensdans des structures appartenant à la langue, et seraient utilisés comme« intermédiaire(s) entre la pensée et le son. » (ibid,1995:156)! Ce modèle du code sera schématisé un peu plus tard par Shannon et Weaver(1948) : C.Shanon & W.Weaver, The Mathematical Theory of Communication.! Dans cette perspective du modèle linéaire de la communication, celle-ci estréduite à la simple transmission dun message qui est codé par la langue et oùléchange est fait entre un émetteur « parlant » depuis une source dinformation,utilisant un canal pour faire transiter les signaux, signaux potentiellement perturbéspar un bruit extérieur, et reçus par un récepteur qui lenvoie à sa destination, la 23 sur 140
  24. 24. source et la destination étant les processus cognitifs des locuteurs. Ce modèle ducode, également appelé « Théorie de la transmission » ou « Théorie mathématiquede la communication », bien que dinspiration beaucoup plus ancienne, fut conçupour théoriser les systèmes de télécommunications dans la première moitié du20ème siècle. Il connut pourtant un succès certain dans les sciences humaines et futrepris par nombreux linguistes, notamment par Jakobson, avec un modèle qui nestpas sans rappeler le schéma de Shanon et Weaver, auquel il apporte quelquescompléments : R.Jakobson, Essais de linguistique générale (1963).! Ce schéma est le modèle classique de létude de la communication en tantque codage et décodage, la définissant comme létude formelle de ce mouvementencodage-décodage, échangé entre le « destinateur » et le « destinataire ». Tel deuxtennismen séchangeant une balle sur un court de tennis, les interlocuteurs sont icivus comme séchangeant à tour de rôle des « bulles de signification ». Dans un telschéma, « les messages sont représentés comme des contenus insérés dans desmots, phrases, textes (contenants), transmis dun émetteur à un récepteur, puisdécodés par un processus inverse à celui de lémission. » (Moeschler,1994:16) Denouveau, ce modèle présente la communication comme le codage dun message parun code connu identique chez tous les sujets parlants cette langue, et perpétue lasupériorité du code, de la langue sur le discours, excluant de létude de lacommunication le sujet parlant en contexte mondain ordinaire ; un modèle où « lesparamètres du sujet et de la variation (ont été) évacu(és) de la "langue", en lesreléguant à la "parole". » (Fuchs&LeGoffic,1996:9)! On retrouve ce type dexclusions dans la grammaire générative, théorisée parChomsky, et postulant lexistence dun « code qui associe une représentationsémantique à une forme phonologique » (Sperber&Wilson,1989:22) organisant le 24 sur 140
  25. 25. langage en profondeur. Bien que faisant un premier pas vers linclusion deslocuteurs, son approche nen reste pas moins une approche typiquement codique.En effet, la communication fonctionnerait par une mise en opposition de deuxidiolectes intériorisés par les interlocuteurs, structures appartenant à une langue-code intériorisée, dans lesquelles les locuteurs viendraient injecter du sens avant dele transmettre par le schéma de transmission dinformations. La théorie générativisterenferme donc bel et bien, malgré ce qui pourrait sembler être un premier pas vers lapragmatique par linclusion du vis-à-vis des interlocuteurs, le modèle de la langue-code, qui se retrouverait dans un catalogue de « structures profondes », utilisées parles locuteurs, sans tenir compte de la situation dénonciation.! Tous ces schémas fondent le sens dune communication sur sa constructiongrammaticale correcte ainsi que dans sa vériconditionnalité, cest-à-dire quunénoncé ne peut avoir de sens quà condition quil respecte une grammaire (un codeintériorisé de grammaticalité) correcte, et quil exprime des arguments qui puissentêtre vérifiés/confirmés, ou falsifiés/infirmés. En dautres termes, une proposition a dusens, et donc peut passer le schéma transmettant linformation, si et seulement sicette proposition est grammaticale et « vraie ». (Eluerd,1985:26-29)! Pour utiliser une métaphore sportive, où lon comparerait lanalyse linguistiqueà une analyse dun match de tennis, on aurait avec cette théorie du code uneanalyse qui naurait pour objet que lanalyse des mouvements de la balle, de laquelleserait exclue limportance des joueurs (qui ne feraient que suivre des règles), ainsique l’importance du matériel quils utilisent ou encore du terrain sur lequel ils jouent.On voit dans ce type de modèle lexclusion directe de la parole au profit de la langue,et donc par le même biais du sujet parlant, préférant laisser lutilisation de la langue-code à des locuteurs idéaux théoriques. On constate également l’exclusion ducontexte, laffirmant comme extra-linguistique et donc ne devant pas figurer au seinde létude linguistique, ainsi que l’exclusion du langage ordinaire. On donneprincipalement pour motivation à cette supériorité de la langue lidée dun rejetnécessaire du langage ordinaire qui serait trop complexe et désordonné, nébuleusequi ne pourrait satisfaire les exigences de théorisation scientifique, justification que lapragmatique va prendre à contrepied. 25 sur 140
  26. 26. ! ! A.1.3. Lapproche pragmatique! La conception pragmatique de la linguistique (terme utilisé pour la premièrefois par Morris (1938), la définissant comme l’étude de « la relation du signe14 à sesinterprétants »), soriente dans une direction totalement opposée. Comme le résumeBlanchet (1995:9), la question que se posent les chercheurs en linguistiquepragmatique est : « comment le langage (...) produit de la signification, cest-à-diredes effets, dans le contexte communicatif de son utilisation par les locuteurs. » Cestla conception qui sera suivie dans notre travail.! Malgré son opposition théorique, il serait incorrect de dire que la pragmatiquesest développée en réaction à la linguistique du code. En effet, les linguistes decette école de pensée exposent leurs idées depuis la même période, « en mêmetemps, mais avec un développement retardé. » (Eluerd,1985:31) Nous pouvonsregrouper dans cette approche des théoriciens tels que Pierce (1958), Wittgenstein(1921) ou Gardiner (1932)15 , et à leur suite Morris (1938), Ducrot (1980), Austin (1962)ou encore Searle (1972), cette liste étant bien sûr loin dêtre exhaustive. Lesprémisses de ces études se situent dans une non-acceptation de la dichotomielangue/parole, qui imposait une supériorité hiérarchique de la langue sur la parole,excluant de ce fait le langage ordinaire, le contexte mondain, ainsi que le sujetparlant ordinaire. Cette opposition théorique ninvite pas à défaire la hiérarchie et à larenverser, mais plutôt à la prendre comme non pertinente dans létude de lacommunication de par son décrochage théorique de la réalité empirique. Plutôt quede postuler la base de létude de la communication sur létude dune langue-codeparfaite et idéale, utilisée comme intermédiaire entre deux sujets parlants idéaux,cette approche pose ses fondations dans létude des actes de langage ordinaires,utilisés en contextes réels par des sujets parlants ordinaires.14Nous rappelons que l’usage que nous faisons du terme « signe » est à prendre au sens large, c’est-à-dire en tant que manifestation sémiotique d’un ou plusieurs signes.15 Égyptologue de formation, à linfluence sous-jacente sur le développement de la pragmatique, sonouvrage The Theory of Speech and Language fût publié à Oxford en 1932. Il y développe une analysedes « actes de langage ordinaires », à contrecourant des théories de lépoque. Nous pouvonsconsidérer a posteriori son ouvrage comme pionnier dans lanalyse linguistique pragmatique.Louvrage que nous utiliserons et citerons ici est louvrage traduit et introduit par Douay, publié en1989 aux Presses Universitaires de Lille 26 sur 140
  27. 27. ! Comme nous venons de le dire, la linguistique pragmatique, au travers dunecritique de lartificialité des théories et des exemples canoniques de la linguistique« classique », pose ses fondations dans létude du langage ordinaire. Cette prise deposition en faveur du langage ordinaire suppose des fondations théoriques auxantipodes de celles de la théorie du code, notamment en ce qui concerne lobtentiondu sens. Puisquelle impose une relation stricte dans le signe entre le signifiant(matière acoustique) et le signifié (concept), la théorie du code impose lobtention dusens à travers le signe aux seules conditions que lénoncé soit grammaticalementcorrect, ainsi que possiblement réfutable ou confirmable, le sens reposant donc surla vériconditionnalité de lénoncé. Le rejet de la centralité de la vériconditionnalité estfondamentale à la pragmatique, et se retrouve notamment dans la Théorie des actesde langage, développée dans un premier temps par Austin (1962), et à sa suite parSearle (1972). Nous pouvons retrouver dans cette théorie lopposition entre les actesà valeur descriptive, qui eux sous-tendraient une idée théorique devériconditionnalité, et les actes à valeur performative, qui eux ne sous-tendraient pascette idée : ces derniers sont des manifestations sémiotiques qui, par leurénonciation, accomplissent un acte. Ils ne sont ni vrais, ni faux et ne décrivent rien,ils existent uniquement au travers de laccomplissement performatif par le sujetparlant. Ce point de vue sur les conditions de vérité est également réfuté par Ducrotqui, parmi dautres, affirme que « ce dont parle le locuteur existe réellement ou nonne change rien au fait quil en parle et quen parlant, il fait comme si cette existenceallait de soi. » (Eluerd,1991:103) Cette affirmation admet donc que le sens duneproposition ne se trouve pas dans ses valeurs de vérité mais dans lusage qui en estfait, dans lhabitude que cet usage crée. Ainsi, « une expression du langage na desens que dans la mesure où nous pouvons en faire un certain usage. » (ibid:144) Lesens à travers lusage nexclut bien sûr pas limportance de la vérité dans la langue,mais cette vérité nest pas obtenue par une vérité immanente dans la relationsignifiant/signifié, mais par lusage qui est fait dune forme sémiotique, par le jeu delangage au travers duquel le signe existe dans le langage ordinaire. Comme le ditGardiner (1989:257) « le discours fait référence à des choses réelles et imaginairesavec une stricte impartialité.  » Ce qui légitime lexistence discursive dun signe estson acceptation mutuelle dexistence à lintérieur du discours, non pas les conditionsde vérité auxquelles il satisferait. 27 sur 140
  28. 28. ! Cette légitimation du sens par lusage plutôt que par une justification logiqueest très importante. En effet, la linguistique pragmatique ne sintéresse pas auxconditions de vérité dun signe comme renfermant « le » sens : dans loptiquepragmatique, ce sens est obtenu à travers lusage qui est fait au sein de lacommunauté linguistique par les usagers du langage dont il est question. Cette idéeest très importante pour notre développement lorsque nous aborderons létude desjeux de langage : les jeux de langage ne trouvent pas leur sens (ou leur non-sens) àlintérieur de la confrontation des conditions de vérité du signe, mais dans uneconfrontation de lusage, de lhabitude qui existe de ce signe. Lorsquun locuteur setrouve face à un signe qui lui parait ne pas faire sens, ce nest pas parce quil neparvient pas à obtenir le raisonnement logique et/ou vériconditionnel qui sous-tendcette séquence particulière, mais bien parce quil narrive pas à faire converger lesigne reçu avec une habitude, un usage de ce signe.! Pour reprendre lanalogie sportive, lapproche pragmatique prend le contrepiedde ce quétait la théorie du code. La pragmatique vient pour analyser non pas ledéroulement dun match idéal entre deux joueurs idéaux mais le déroulement dunmatch effectif, cest-à-dire non pas lanalyse des coups qui suivraient des codes dejeux, idéalisant les mouvements des joueurs en les définissant selon leur vérité ounon, mais lanalyse des coups qui existent dans le déroulement réel dun match, etdonc lanalyse des actes durant le match, légitimés en tant que coup par leurexistence, et non pas par leur concordance effective ou non à un code quipréexisterait au jeu, ou par leur déroulement idéal.! Ainsi, la langue-code, parfaite et idéale, outils hypothétiquement adéquat àlétude linguistique, se légitimerait par une capacité à faire face aux prétenduesimperfections du langage ordinaire. Cependant, ce langage ordinaire nest-il pas celuiqui est parfait, et le langage idéal porteur dimperfection, puisque cest ce mêmelangage parlé ordinaire qui a survécu et sest adapté tout au long de lévolutionhumaine, ayant permis à lhomme de faire face aux innombrables situations de la viequotidienne et de se développer intellectuellement ? Nest-ce donc pas, si lon suitcette idée, la langue-code idéale que nous devrions considérer comme imparfaite,puisque incapable denvisager une utilisation empirique ? Nous envisageons quecela est le cas, et la suite continuera daller dans ce sens. 28 sur 140
  29. 29. ! A.2. La pragmatique et la pertinence « It is not what you said that matters but the manner in which you said it. » William Carlos William.Note : alors quil sagissait dun déroulement et un renversement de point de vue théorique dans lapartie A.1, nous donnerons ici non pas un changement, mais un affinement de la théorie pragmatique.Dans la dernière partie, nous développerons notre propre modèle.! ! A.2.1. La fin de lopposition langue/parole! Nous avons vu que la théorie du code, reposant sur lopposition langue/parole,engendre un certain nombre dexclusions. Par la prise de position en faveur delanalyse du langage ordinaire, la théorie pragmatique vient mettre fin à cetteopposition, et donc aux exclusions qui lui était inhérente. Cest la fin de cesexclusions que nous verrons ici.! La théorie pragmatique se base sur un rejet de la notion de monologue, cest-à-dire une prise en compte de lensemble des interlocuteurs. Fondamentalement, « ilny a de pragmatique possible quavec la prise en compte effective desinterlocuteurs. » (Eluerd,1985:189) Gardiner (1989) pose rapidement cette prémissedans son ouvrage, dès le §7, intitulé « Lorigine sociale de lacte de langage :lauditeur » dans lequel il soutient que « le développement du langage supposenécessairement un emploi délibéré de sons articulés dans le but dinfluencer laconduite dautrui. » (25) Nous pouvons en effet douter que le langage ne serve quàlexpression dune vie mentale intérieure et personnelle. En effet, pourquoi lhommeutiliserait-il un discours aussi complexe pour exprimer quelque chose que sespensées suffisent à exprimer pour lui-même ? Pour reprendre la question poséejuste avant cette partie, le langage ordinaire est celui qui a fait face aux innombrablessituations humaines, celui qui a permis de passer, au cours de lévolution, des crisprimaires au langage complexe quon connait à lhomme daujourdhui. Cest doncdans un but coopératif de développement social et collectif que lhomme utilise lediscours. À travers lapproche pragmatique, communiquer nest plus utiliser un codepour transmettre une information sur les pensées qui sont propres à un individu, 29 sur 140
  30. 30. mais bel et bien prendre part à un discours dialogique en vue dinfluencer uninterlocuteur, au travers dun effort réciproque de coopération pour faire émerger uneinter-compréhension, une mise en commun du sens. Ainsi, le langage a pour fonctionpremière, non pas dexprimer les « méditations intellectuelles » de lindividu, maisdentrer en contact avec lAutre. Comme le souligne Gardiner (1989:24) : « dans bonnombre de cas, on ne parle de rien en particulier. » Le langage est doncfondamentalement dialogique, le dialogisme étant, selon la définition de Jacques(1979 cité dans Douay,2000:36) « la distribution effective de lénonciation sur deuxinstances énonciatives, lesquelles sont en relation communicative actuelle. » Avec lathéorie pragmatique, lessence du langage est la communication, cettecommunication passant par lentrée en interaction de deux (ou plusieurs) individusqui ne sont plus émetteur et récepteur mais interlocuteurs, interactants ou encore co-énonciateurs, cette même interaction étant le but premier de la communication : au-delà de la communication sur les choses, lhomme communique également, etparfois uniquement, afin dentrer en contact avec lAutre. De ce fait, le but decertaines communications se trouve dans lentrée en contact et dans létablissement,la modification et/ou laffirmation dune relation sociale avec autrui. Pour résumer, cequi pousse un individu à la parole, ce nest pas uniquement la transmissiondinformation(s) concernant lexpression de ses pensées, mais bien majoritairementlentrée en contact avec autrui dans une situation interactive de communicationordinaire, le positionnement dun acte de langage individuel vis-à-vis de celui delAutre. Il devient impossible dignorer limportance qua le contexte dans linteraction.! Ignorer le contexte dans lequel le signe se produit revient à prêter à toutemanifestation sémiotique un lien immanent entre le signe et le sens auquel il renvoie,inséparable et irréductible, indépendant de tout contexte, définissant le signe commeun signe-étiquette posé sur chaque chose. Cest loptique inverse que la théoriepragmatique suit, qui est loptique selon laquelle tout acte de langage « a lieu dansun contexte défini par des données spatio-temporelles et socio-historique. » (Fortin,2007:111) La prise en compte du langage ordinaire dans cette théorie supposedaccepter que chaque signe, dans son énonciation ordinaire, est dépendant ducontexte dans lequel il se trouve, en ce sens quil est influencé par le contexte, et enmême temps le modèle. Le signe napparait plus comme transparent, ce nest plusun signe-étiquette, car «  potentiellement, tout mot qui est prononcé peut faire 30 sur 140
  31. 31. référence à lunivers entier.  » (Gardiner,1989:51) Cette importance du contexte setrouve dans lanalyse que Benveniste (1966) fait des pronoms personnels : si lon neconsidère pas le contexte dans lequel apparaît la communication, à quoi renvoientles pronoms je et tu ? En effet, les pronoms personnels ne peuvent être classés dansla catégorie des signes-étiquettes, puisque ce sont des signes qui renvoient à un« extra-linguistique » constamment renouvelé dans chaque contexte, tout comme lesont des signes tels que ici et maintenant. Ducrot, quant à lui, distingue la phrasecomme « être linguistique abstrait » de lénoncé « occurrence particulière, unique,(...) réalisation concrète de la phrase dans une énonciation » (Ducrot,1979 cité dansEluerd,1985:97). Nous retrouvons un développement plus radical chez certainspenseurs avec un refus de lexistence possible dun sens littéral qui existerait « horscontexte ». Ce rejet dun sens littéral « hors contexte » qui existerait au sein de lalangue, abstrait indépendant de toute circonstance contextuelle, se rencontre chezGardiner, à une période antérieure à la théorie de Ducrot, et à la suite de Ducrotchez Searle. Dans son article Le sens littéral, traduit dans Sens et expression en1982, Searle annonce quil contredira « lidée que, pour toute phrase, le sens de laphrase peut être interprété comme le sens quelle a quand elle est prise hors de toutcontexte. » Searle, et Gardiner avant lui, défendent limportance du contexte dans lacréation du sens, puisque ce sens est obtenu via la mise en relation des signes etdes informations darrière plan, en dautres termes, le signe sert de complément auxéléments darrière plan, et avec le signe, les interlocuteurs « ne disent pas tout »,mais uniquement ce qui est nécessaire pour compléter cet arrière plan, chacunmettant en place une stratégie inférentielle de compréhension. Cest cette stratégieinférentielle qui sera développée dans la partie suivante.! Pour continuer lanalogie sportive, considérer létude du langage au travers duprisme de la pragmatique revient à analyser léchange des deux joueurs dun matchde tennis, en analysant leurs coups réels, empiriquement effectués sur un court detennis particulier, en envisageant que les conditions de jeu influencent la façon dontjouent les deux adversaires/partenaires et qu’aucun coup ne peut se faire hors duterrain. Cela revient aussi à envisager que chaque joueur adapte son jeu en fonctiondu terrain et des conditions de jeu dans lequel il se trouve, mais aussi de la façondont il souhaite que son coup atteigne son adversaire/partenaire. 31 sur 140
  32. 32. ! A.2.2. Le modèle inférentiel! À la suite de létude pragmatique et de la fin de la dichotomie langue/parole, laprise en compte du sujet parlant et du contexte fut approfondie par Grice et lesthéoriciens à sa suite, avec le concept de coopération, dinférence ainsi que lesmaximes conversationnelles. On retrouve chez Gardiner un développement qui nestpas sans annoncer les théories ultérieurement développées par Grice.! Gardiner (1989) donne un rôle aux signes qui est différent de celui du rôle quileur est donné dans la théorie du code. À linverse dun signe-étiquette vu commelexpression dune pensée, lexistence dun signe est envisagée comme un indicenécessaire pour compléter le vide communicationnel laissé par le contexte. Endautres termes, le signe est utilisé afin de combler ce que le contexte dinteractionne « dit » pas :Les mots sont choisis après une évaluation très précise de leur intelligibilité ; plus la chose dont onparle est éloignée, plus on devra fournir dindices afin de permettre son identification. En revanche, sila situation est la même pour le locuteur et pour lauditeur du point de vue temporel et spatial, un seulmot ou indice suffira souvent à lidentification. (...) Les mots ne sont que des indices, la plupart desmots ont un sens ambigu et, dans chaque cas, la chose-signifiée doit être découverte dans lasituation, par lintelligence vive et active de lauditeur. (1989:51,§16,nous soulignons)! Il est important de noter dans cet extrait la notion dindice et dintelligence viveet active de lauditeur. On retrouve à travers ces deux idées limportance de lasituation dénonciation dans la communication : dans un contexte précis, lesinterlocuteurs ne codent pas une pensée en un signe transparent pour le transmettreà lAutre qui viendra le décoder. Ici, l’interlocuteur produit le signe en tant quindice desens, complétant la situation dénonciation, afin que l’Autre découvre, infère la chose-signifiée. Cest-à-dire quune situation contextuelle fournit des indices, qui, sils nesont pas suffisants pour la communication, vont être complétés par des signes.Prenons un exemple concret. Deux amis sont chez lun en pleine discussion. Celuiqui est reçu a terminé son verre. Celui qui reçoit va donc lui en proposer un nouveau.Il peut le resservir directement, mais aussi lui proposer, par un simple signeélocutionnel montrant la bouteille ou encore en lui disant « Un autre ? » Ici, nous levoyons bien, nous ne sommes pas dans une situation de phrases ou de signes quipourraient être vus comme elliptiques, où le complément serait fourni par des signestronqués. Au contraire, ce qui fournit le complément, cest le contexte. Tout dans le 32 sur 140
  33. 33. contexte est indice de ce que lhôte souhaite signifier, et le signe quil produit est uncomplément dindices de ce que la situation dénonciation ne possède pas. Dans laconception de Gardiner, ce qui guide la production dun signe, ce nest pas latransformation dune pensée en signe(s) via un code, mais bien une « viséecommunicative » (Douay,2000:45) du signe. Ce qui légitime lutilisation dun signe est lefait que linterlocuteur reconnaisse que le locuteur communique à travers ce signe.Les interlocuteurs sont dans une situation de coopération pour trouver un accord surle sens, plutôt que dans une situation de codage-décodage.! Ainsi, Gardiner souligne, bien avant Grice, limportance de la coopération dansla communication. Nous retrouvons cette notion chez Grice, qui la formalisenotamment dans deux de ses articles Meaning (1957) et Logic and Conversation(1975). Dans son premier article, il développe lidée que le sens est obtenu grâce à lareconnaissance par linterlocuteur des intentions communicatives du communicateur.Il y fait la distinction entre les signes signifiant naturellement et ceux signifiant non-naturellement, cest-à-dire produits intentionnellement et non-intentionnellement. Cequi fait quun signe puisse signifier non-naturellement, donc par convention, cestleffort du locuteur pour rendre explicite son intention de produire un effet à travers cesigne, et en retour la reconnaissance par linterlocuteur de cette intention decommuniquer, cest-à-dire une capacité à communiquer et à méta-communiquer (àcommuniquer que lon communique).16 Nous retrouvons également chez Grice(1975), lapproche des signes comme indices de lintention communicative : lorsqueun auditeur reconnait lintention qua le locuteur de communiquer, il va chercher à sereprésenter ce que le locuteur veut communiquer. Les interlocuteurs possèdent lacapacité de se représenter ce que Grice (1975) appelle les « implicaturesconversationnelles ». Nos conversations nétant pas « une succession de remarquesdécousues », mais un « effort coopératif » 17, linterlocuteur a donc toutes les raisonsde sattendre à ce que le locuteur lui fournisse les indices nécessaires, qui, une foismis en parallèle avec le contexte, lamèneront à la compréhension du sens. DaprèsGrice, ce « principe coopératif » trouve en lui laccord des interlocuteurs sur un16 Nous avons déjà abordé cette question dans lavant propos AP.2.17 Grice,1975:45: « Our talk exchanges do not normally consist of a succession of disconnectedremarks, and would not be rational if they did. They are characteristically, to some degree at least,cooperative efforts. » 33 sur 140
  34. 34. certain nombre de principes, appelés maximes conversationnelles, qui sont aunombre de quatre : la quantité (faites que votre contribution contienne autantdinformations que nécessaire, mais pas plus), la qualité (faites que votre contributionsoit vraies), la relation (soyez pertinent) et la manière (soyez clair)18. Partant de laprésomption que chaque interlocuteur est implicitement en accord sur ces maximes,et que la violation dune maxime aura un effet particulier producteur de sens, toutsigne est donc indice qui permet à linterlocuteur dinférer ce que le locuteur a voulusignifier. Par exemple, si la réponse à la question « À quelle heure viens-tu ? » est« Dans laprès-midi ! » le premier pourra inférer de la réponse du second que celui-ci,adhérant au principe de coopération, ne donne pas plus dinformations car il ne lespossède pas et nest pas capable de donner une heure précise. Il infère donc, enmettant le signe en relation avec le contexte, et à travers les maximesconversationnelles, ce que le locuteur a voulu signifier. Pour résumer, les deuxinterlocuteurs coopèrent implicitement pour se comprendre à travers lacceptation delimplicature que composent les quatre maximes, cette implicature conversationnellequest le principe de coopération étant un accord sur un ensemble de « principes deconversation » à respecter dans le discours.! Le modèle que nous venons de voir est appelé « modèle inférentiel » puisquilbase lobtention du sens sur laction de reconnaissance par linterlocuteur des indiceslaissés par le locuteur, indices qui, une fois mis en parallèle avec le contexte etlensemble de limplicite du discours, permettent dinférer des conclusions qui sontlogiquement impliquées par le contexte, selon ce modèle, « communiquer, cestproduire et interpréter des indices. » (Sperber&Wilson,1989:13)! Fondamentalement, ce qui distingue lanalyse gricéenne des autres théories,cest de suggérer que la reconnaissance de lintention de communication puissesuffire à lexistence dune communication, et donc quil puisse exister unecommunication uniquement inférentielle. Sperber et Wilson, dans leur ouvrage LaPertinence (1989), vont reprendre ces théories développées par Grice et Gardiner,mais ne retenir quune seule des quatre maximes, englobant toutes les autres :« soyez pertinent ».18 Nous navons pas développé les sous-maximes propres à chacune, qui sont des explicitations de lamaxime générale. 34 sur 140
  35. 35. ! ! A.2.3. La pertinence! De Grice, Sperber et Wilson, garderont plusieurs principes : le principedexpression et de reconnaissance de lintention communicative, le principedinférence ainsi que celui de coopération. Cependant, ils ne reconnaissent pas à ceprincipe de coopération un ensemble strict de maximes qui seraient partagées parles interlocuteurs, mais au contraire voient ces maximes comme pouvant se résumerà une seule dentre elle : « Soyez pertinent ». De plus, on ne retrouve pas dans leurtravaux une distinction aussi nette entre le modèle du code et le modèle delinférence. En effet, « la communication verbale met en jeu à la fois des processusde codage et des processus inférentiels. » (ibid:13) Dans leur théorie, ils reprennent lemodèle inférentiel de la communication développé par Grice, afin de linsérer dansune théorie qui reconnait la communication comme intégrant du code, mais en tantque partie intégrante dun système inférentiel, et donc un système où lacompréhension est une phase de décodage dune forme logique linguistiquementcodée, livrant des possibilités dinterprétation, qui, une fois enrichies par le contexte,permettent à celui qui comprend dinférer des conclusions hypothétiques surlintention communicative du locuteur19 . Comme ils lécrivent (ibid:55) : «  leshypothèses de Grice peuvent constituer le point de départ dune telle analysethéorique. À cet égard, la principale faiblesse des hypothèses de Grice nest pas dedéfinir la communication de manière trop vague, mais den proposer une explicationtrop pauvre.  » En effet, le modèle gricéen, bien qu’entièrement pragmatique, esttoutefois lui aussi critiquable, puisquil revient à considérer quun joueur joue enanalysant uniquement les intentions de jeu de son partenaire. La théorie de lapertinence remet aussi en cause la nécessité de suivre des maximes aussi strictes,ainsi que lutilisation délibérée dune violation ou dune déviance dune ou plusieursmaxime(s) afin de produire du sens. Ce qui fait sens, ce nest pas le respect ou non19 Sperber&Wilson (2004) :« An utterance is a linguistically coded piece of evidence, so that verbalcomprehension involves an element of decoding. However, the linguistic meaning recovered bydecoding is just one of the inputs to a non-demonstrative inference process which yields aninterpretation of the speakers meaning. » Wilson&Sperber (1993:1) : « a modular decoding phase isseen as providing input to a central inferential phase in which a linguistically encoded logical form iscontextually enriched and used to construct a hypothesis about the speakers informative intention. »Il est important de constater ici que le décodage ne concerne pas un signe-étiquette, mais bien uneforme logique. Linférence suppose une capacité humaine méta-représentationnelle : lesinterlocuteurs sont capables de se représenter les représentations mentales de lAutre. 35 sur 140
  36. 36. de ces maximes, mais plutôt la coopération mutuelle pour signifier de façon optimalela pertinence dun énoncé.20! La communication humaine est donc un processus guidé par une recherchede la pertinence optimale. La recherche de la pertinence nest pas propre à lacommunication, mais à lensemble des processus cognitifs humains. Danslensemble, tout processus cognitif humain cherche à optimiser sa pertinence. Uninput est maximalement pertinent lorsquil crée un maximum deffets pour unminimum deffort cognitif. Ce qui fait la pertinence dun stimulus au sein de la massede stimuli disponibles est ce rapport effet/effort, à savoir que plus un stimulus adeffets et moins il nécessite deffort cognitif de traitement, plus celui-ci sera pertinent.Pour quun stimulus soit pertinent, il faut que leffort cognitif quil entraine soit justifiépar leffet cognitif quil crée. Ainsi, tout système cognitif humain cherche à optimiser lapertinence, non pas par choix, mais suite à son évolution. La communication,processus majoritairement cognitif, ne déroge pas à cette règle. Lors dun échangeinterlocutif, est considéré comme pertinent tout input dans le système qui, aprèsavoir été mis en relation avec son arrière plan cognitif ainsi quavec le contextedénonciation, permet une inférence chez un interlocuteur et crée les effets cognitifsdésirés, également appelé « effets cognitifs positifs ». Lorsquils communiquent, lesinterlocuteurs sont dans un système coopératif où chacun fait un effort pourcomprendre et pour se faire comprendre. Ainsi, connaissant la tendance de chacun àmaximiser la pertinence, ils sont amenés à produire un signe quils considèrentcomme assez pertinent pour permettre à lAutre de faire appel aux informationsdarrière-plan de la situation dinterlocution et dinférer la conclusion souhaitée, cest-à-dire qu’un interlocuteur est supposé produire un stimulus assez pertinent (àlintérieur de ses limites daptitudes et de préférences) pour être relevé et traitercognitivement le plus simplement possible par l’Autre. En même temps, uninterlocuteur, sachant que l’Autre coopère pour fournir un stimulus aussi pertinentque possible, va en contrepartie choisir celui qui lui semble le plus pertinent dans lasituation de communication comme indice des conclusions à inférer, en suivant unchemin de moindre effort. La compréhension seffectue donc à travers linférence deconclusions depuis un nombre de reconstructions à partir dhypothèses qui tiennent20 Sperber&Wilson (2004) : « The central claim of relevance theory is that the expectation of relevanceraised by an utterance are precise enough, and predictable enough, to guide the hearer towards thespeakers meaning. » 36 sur 140
  37. 37. au contenu de la production, mais aussi aux prémisses contextuelles et à sesconclusions. De ce fait, tout énoncé produit dans la communication communiqueavec lui la présomption de sa pertinence optimale. Selon Sperber et Wilson (1989:11),le but de la communication est de modifier lenvironnement de lAutre, en amenant«  le second dispositif à construire des représentations semblables à certaines desreprésentations contenues dans le premier », son ressort principal reposant sur lareconnaissance par linterlocuteur de lintention communicative du locuteur. Endautres termes, une communication est une communication lorsquelle sous-tend undésir dêtre ostensiblement inférentielle, i.e. lorsquelle est « ostensivo-inférentielle ».Ainsi, une communication est réussie lorsque linterlocuteur reconnait que le locuteurproduit des signes ostensivo-inférentiels.! Pour poursuivre lanalogie, lanalyse du jeu de deux tennismen doit prendre encompte ce que les joueurs envoient, mais aussi la façon dont ils lenvoient, le terrainsur lequel ils jouent, les handicaps de chacun, etc., toute « passe » d’un joueur étantla combinaison de ces différents facteurs. Certaines communications sont codées,dautres existent sans quaucun code ne puisse les déchiffrer : lensemble étant guidépar le processus dinférence, optimisé par la recherche dune maximisation de lapertinence, le contenu communiqué par une production allant au delà de ce qui estlinguistiquement encodé21 . Dans le modèle de Sperber et Wilson, ce qui estlinguistiquement codé ne fait pas appel à un codage-décodage comme nouspouvions le trouver dans les théories du code : les deux interlocuteurs ne possèdentpas chacun une copie identique dun code dont ils se serviraient pour coder etdécoder un signe. Ce qui est codé dans ce modèle, cest un signe faisant appel à unsavoir encyclopédique propre à chacun, ainsi, chaque signe fait potentiellementappel au savoir encyclopédique de linterlocuteur qui, à laide du contexte, va réduireces informations encyclopédiques de façon à ne faire ressortir que le sens qui serapertinent en contexte.! Dans ce modèle, la communication est guidée par le processus de pertinence,qui se définit comme la recherche de loptimisation des processus intrinsèques à la21Sperber&Wilson,2004 : « The explicitely communicated content of an utterance goes well beyondwhat is linguistically encoded. » 37 sur 140
  38. 38. communication, à savoir la compréhension et la production. La communication estvue comme essentiellement collaborative, cest-à-dire que chaque interlocuteur estsupposé fournir un effort relativement maximal afin de pouvoir sinter-comprendre.Cet effort dinter-compréhension va donc amener le locuteur à produire un stimulusqui est optimalement pertinent (dans les limites de ses capacités et de sesaptitudes), et l’Autre, sattendant à ce que l’interlocuteur lui fournisse un stimulusoptimalement pertinent, va inférer du stimulus quil reçoit que la conclusion qui luisemble la plus pertinente est celle que l’interlocuteur a voulu lui communiquer, lapertinence optimale dun stimulus se trouvant dans un effort cognitif se justifiant parun effet cognitif équivalent. On y retrouve un rappel de la théorie du code, en ce sensque la théorie de la pertinence prend le code comme une partie des inputs duprocessus inférentiel, mais, au contraire de la théorie du code dans laquelle le signeest vu comme une étiquette, ce qui est encodé dans la théorie de la pertinence estune forme logique permettant de renvoyer à une entrée dinformations contenuedans le savoir encyclopédique d’un interlocuteur, et cest une fois cette formeencyclopédique enrichie par le contexte que le sens apparait.! Le point essentiel pour notre propos, traitant de la communication et de sesjeux, est limportance de linférence dans léchange interlocutif. En effet, envisager lacommunication comme dirigée par le processus dinférence permet denvisager queles résultats des processus cognitifs à loeuvre dans la communication ne sont pasidentiques chez les deux interlocuteurs : la compréhension consiste à unereconstruction dhypothèses sur lacte de production, une reconstruction desprocessus cognitifs de lAutre selon des critères qui sont propres à chacun. Ainsi, unereprésentation mentale par un interlocuteur ne sera jamais reproduite à lidentiquechez lAutre. Ce qu’engage la communication, cest doeuvrer à fournir des indicesafin doptimiser la reconstruction par lautre dhypothèses sur ses représentationsmentales, mais malgré tout le soin que peut prendre un locuteur pour optimiser cettepertinence, il ne sera jamais certain de la réussite de la communication, cest-à-direcertain que la conclusion à laquelle arrivera lAutre est exactement celle quil voulaitlui faire inférer. 38 sur 140
  39. 39. ! A.3. Léconomie cognitive! ! A.3.1. La communication comme système! Comme nous venons de le voir, dans le modèle pragmatique ainsi que dans lemodèle inférentiel et la théorie de la pertinence, les interlocuteurs communiquent parinteraction, cest-à-dire que leurs décisions de communication sont influencées par laprésence et la nature de lAutre, mais également par le contexte spatio-temporeldans lequel se déroule la communication. Ces particularités correspondent auxcaractéristiques dun système selon la définition de Von Bertalanffy (1973:32&17), quile définit comme un « ensemble déléments en interaction les uns avec les autres (...)formé de parties en (...) interaction" fortes" ou "non linéaires".» La communication estplus particulièrement un système ouvert, cest-à-dire un système qui entretient unerelation continuelle entre ses éléments et les éléments de son environnement (oucontexte).! Avant daborder ce qui fait les caractéristiques de ce système, nous feronsdans un premier temps un point sur les interlocuteurs engagés dans celui-ci. Commenous lavons vu dans ce chapitre, le modèle pragmatique et ensuite son affinementpar la théorie de la pertinence fait disparaitre la vision dune communication baséesur le modèle d’un code utilisé de façon mécanique par des « hommes-robots »utilisateurs de signes-étiquettes dans un va-et-vient entre émetteur et récepteur. Lemodèle de la pertinence, qui vient contredire la vision de la théorie du code, ne serapourtant pas totalement adéquat pour notre propos. Même dans la théorie de lapertinence, nous retrouvons l’idée dun échange alterné entre « communicateur etauditeur », qui, bien quaffirmant que la production et la compréhension sont desprocessus simultanés, laisse toujours la place à un échange théoriquement alternéentre deux (ou plusieurs) locuteurs. Ce nest pas cette vision que nous suivrons. Defait, il est essentiel de concevoir que la compréhension et la production, les deuxprocessus intrinsèques à la communication, sont des processus simultanés, non pasque lun comprend alors que lAutre produit, mais bien que les deux processus ont 39 sur 140
  40. 40. lieu chez chaque interlocuteur de façon simultanée. En effet, nous avons vu danslIntroduction22 quil était impossible de ne pas communiquer. Ainsi, nous sommes encontinuelle position intérieure dans la communication, cest-à-dire que nous sommetoujours en train de communiquer : ce nest pas parce que nous ne sommes pas entrain de « parler » que nous ne sommes pas en train de communiquer : uninterlocuteur se doit de produire un signe pour signifier à son interlocuteur quil est(ou non) dans un processus actif de compréhension de ce que lAutre produit, uninterlocuteur nest donc jamais dans une position neutre de non-communication entant que simple « auditeur ». En même temps, si celui « qui parle » nest pas enmême temps « auditeur », il ne pourrait pas être activement attentif à ce que produitson interlocuteur, de simples notions comme « se faire couper la parole »nexisteraient pas, puisque à quoi bon couper la parole à un producteur si celui-ci nele remarquera pas, nétant pas en position « dauditeur » ? Ainsi, il existe un rôle de« communicateur » et d « auditeur » si l’on s’en tient au seul caractère phonique dela communication, cest-à-dire un qui produit un signe locutionnel et lAutre quiécoute ce signe, mais dans une étude de la communication il ny a pas de place pourune telle distinction, puisque comme nous lavons vu, la communication passe pardes canaux qui peuvent être autres que locutionnel. Cest pourquoi, pour la suite decette étude nous préférerons le terme interlocuteur pour désigner un sujet setrouvant engagé dans le système communicationnel, et ainsi nous éviterons lesconfusions que laisseraient apparaitre lutilisation des termes cités précédemment.! De plus, ne pas penser les sujets engagés dans le système comme étantsimultanément en production et compréhension active contredirait deux desprincipes fondateurs du système de la communication : le principe de totalité ainsique le principe de rétroaction ou dadaptation, le second découlantfondamentalement du premier. La totalité dans un système suppose « quunemodification dun des éléments entraînera une modification de tous les autres, et dusystème entier. » (Watzlawick,1972:123) Ainsi, changer n’importe quel élément àn’importe quel moment modifie le système, que cet élément soit un interlocuteur ouune production sémiotique. Cette totalité entraine les interlocuteurs à devoir22 Introduction I.1. L’impossibilité de ne pas communiquer 40 sur 140
  41. 41. sadapter aux modifications du système, et ce par le principe de rétroaction23 . Eneffet, si un interlocuteur ne comprenait pas en même temps qu’il produit, commentpourrait-il en adapter sa pertinence ? Nous trouvons empiriquement nombredinterlocuteurs qui énoncent « Tu mécoutes ? » ou encore « Tu as l’air ailleurs ».Sans un processus dadaptation possible à travers une compréhension simultanée àla production, linterlocuteur ne saurait pas s’adapter à l’Autre. Lidée dun systèmeen tant que totalité nous rappelle également quau sein dune interaction, linfluencenest pas unilatérale : un élément A influence un élément B tout autant que lélémentB influence lélément A. En communication, tout interlocuteur produit en fonction delAutre, à savoir quun interlocuteur A influence linterlocuteur B tout autant quelinterlocuteur B influence linterlocuteur A. Le principe de rétroaction, que nousvenons deffleurer, est facteur dune recherche de léquilibre du système par lesinterlocuteurs, cest-à-dire quils cherchent à ce que la mise en commun par lacommunication se déroule via une pertinence optimale. Cette recherche de léquilibreest effectuée par recherche dune pertinence optimale. Nous verrons par la suite àquoi correspond la pertinence et quel est léquilibre recherché. Le fonctionnement dela rétroaction au sein de ce système autorégulateur (ou autopoïétique) sera abordéen détail dans le second chapitre.! Un autre principe inhérent au système de la communication est le principedéquifinalité, cest-à-dire que dans ce système « le même état final peut être atteintà partir de conditions initiales différentes ou par des cheminsdifférents.  » (VonBertalanffy,1973:38) Il existe donc plusieurs moyens pour uninterlocuteur darriver à ses fins, ce qui lentraine à devoir effectuer des choix, desdécisions au sein de lensemble des moyens à sa disposition. Ces choix sont motivéspar la tendance à la recherche dun équilibre au sein du système. Avant dedévelopper dans le second chapitre de ce travail plus en détail les processus deproduction et de compréhension, nécessaire à la rétroaction du système quest lacommunication, ainsi que linfluence de son identité en tant que système ouvert(dans le sens dune ouverture influençant et influencée par ses environnements),nous reviendrons dans les deux parties terminant ce premier chapitre sur lincertitudeliée à léquifinalité, ensuite sur les processus cognitifs de pertinence mis en place afinde faire face à cette incertitude.23 Ce principe sera développé plus en détail dans le Chapitre II. 41 sur 140
  42. 42. ! ! A.3.2. Retour sur lincertitude! Comme nous lavons vu dans la partie A.2.3., le principe fondateur gouvernantla cognition lors de la communication est celui de linférence.! Ainsi, les interlocuteurs ne décodent pas un message quils « reçoivent », ilsinfèrent des conclusions tirées du parallèle fait entre les prémisses présentes dans lecontexte et les indices laissés par lun (ou chacun) dentre eux. Comme le disentSperber et Wilson (1989:27), à propos de lopposition entre linférence et le décodage,« un processus inférentiel a pour point de départ un ensemble de prémisses et pouraboutissement un ensemble de conclusions qui sont logiquement impliquées ou, aumoins, justifiées par les prémisses. Un processus de décodage a pour point dedépart un signal et pour aboutissement la reconstitution du message associé ausignal par le code sous-jacent. » Inférer, si lon reprend la définition du Nouveaularousse encyclopédique (1994), cest « tirer quelque chose comme conséquencedun fait, dun principe. » De ce fait, la communication est un processus déductif,cest-à-dire dans lequel les communicateurs partent de leurs prémisses pour tirer desconclusions, lensemble des prémisses quil existe à un énoncé constituant soncontexte. Cependant, comme nous lavons déjà abordé dans lIntroduction24 , lesconclusions auxquelles arrive chaque communicateur ne peuvent être déduites defaçon certaine : bien que partageant un contexte mondain potentiellement manifestepour les deux, les prémisses des deux interlocuteurs ne sont jamais entièrementsemblables, cest-à-dire que les deux interlocuteurs ne possèdent pas un « savoirmutuel » quils partageraient de façon certaine. Un interlocuteur ne sait jamais si lesconclusions post-compréhension que l’Autre va tirer de sa production seront lesconclusions souhaitées, et en même temps, un interlocuteur ne peut arriver à êtrecertain que les conclusions tirées de sa compréhension sont celles auxquelleslinterlocuteur produisant a voulu arriver. Ce que chacun forme, grâce à ses capacitésméta-représentationnelles (capacités de se représenter les représentations delAutre), ce ne sont que des hypothèses sur le processus cognitif qui ont amenélAutre à cette communication particulière. Ainsi, la communication est un mécanisme24 Voir Introduction I.2. Lincertitude 42 sur 140
  43. 43. assurant « un succès tout au plus probable, mais non certain. » (Sperber&Wilson,1989:33)! Nous ne pouvons contredire que dans toute communication, ce que souhaitechacun, cest se faire comprendre, et donc réduire au maximum la divergencepotentielle entre les conclusions auxquelles la production veut emmener lacompréhension et les conclusions auxquelles arrivent effectivement lacompréhension. Inconsciemment, le système déductif utilisé par les interlocuteursest donc amené à effectuer des choix parmi lensemble des hypothèses possibles.Ces décisions sont guidées par le processus de pertinence. Selon la définition deHjørland et Christensen (2002), «  une chose A est pertinente pour la tâche Tlorsquelle augmente les chances darriver au but G, lui-même impliqué par T ». Dece fait, toute hypothèse est pertinente pour un locuteur lorsque, en tant que résultatdu processus dinférence, elle lui apparait comme augmentant les chances darriver àla minimisation de la divergence des conclusions souhaitées et effectives. Lesinterlocuteurs nayant jamais des prémisses homogènes, chacun produit etcomprend en fonction dune pertinence qui lui est propre, mais aussi en fonction decelle qu’il suppose à lAutre, cest-à-dire que chaque production est porteuse de sapertinence optimale, et que chaque interlocuteur produisant est mené à penser quelAutre possède les prémisses nécessaires pour tirer les conclusions souhaitées.! Nous avions abordé dans lIntroduction lanalogie que nous pouvions faireentre cette incertitude de la communication et lexpérience de pensée du chat deSchrödinger : un chat est enfermé dans une boîte, et à un moment aléatoire, unpoison peut se renverser dans la boite. Ainsi, tant que la boîte nest pas ouverte,nous ne pouvons juger que de la probabilité que le chat soit encore en vie ou non, unexpérimentateur voulant ressortir au moment « pertinent » un chat vivant ou mort nepeut que juger des probabilités de létat de celui-ci avant douvrir la boîte. Il en va demême pour la communication. Tant que le signe nest pas produit, le locuteur ne peutque suivre des hypothèses, qui lamèneront à produire lénoncé aux probabilités depertinence les plus grandes. Pour ce qui est de la compréhension, linterlocuteur estamené à reconstruire des hypothèses sur le raisonnement qui a amené lAutre àchoisir ce moment précis pour ouvrir la boite, ou cet énoncé comme porteur deprobabilités de pertinence les plus grandes. On retrouve dans cette idée le concept 43 sur 140
  44. 44. économique de « lincertitude stratégique », qui est « lincertitude qui découle delinteraction des agents, lenvironnement est tel que chaque individu doit anticiper lecomportement des autres pour prendre sa propre décision. Ici ce nest pas la "tropfaible" rationalité des agents qui est source dincertitude mais au contraire leur tropparfaite rationalité. » (Viviani,1994:112) Nous retrouvons cela dans notre sujet :lincertitude au sein de la communication est due au fait que, par essence, lacommunication est une interaction au sein dun environnement, et que chacun prenddes décisions de communication, en anticipant par hypothèses et décisions sur leshypothèses et décisions de lAutre. Ainsi, ce qui amène de lincertitude dans lacommunication nest pas « lirrationalité » des décisions dun interlocuteur, mais aucontraire le fait que, rationnellement, un locuteur est conscient qu’il ne lui estpossible que danticiper et jamais prédire, il ne peut que créer des hypothèses etjamais des certitudes.! La communication est un processus complexe dans lequel chaque échange apour résultat un ensemble dhypothèses sur les intentions de lAutre, mais aussi surle résultat de lefficacité de la production de chacun. Les interlocuteurs cherchent àce que lAutre reconnaisse leur intention communicative, mais aussi à ce quil arriveà certaines conclusions. Se basant sur linférence et non sur le décodage25, lacommunication laisse chacun dans une situation dincertitude face à lefficacitéeffective des processus cognitifs de lAutre. Cependant, cherchant à comprendre et àse faire comprendre, les interlocuteurs utilisent un système qui est auto-régulé, àsavoir un système cybernétique permettant le feedback. Nous verrons cette notiondans le chapitre II. Avant de voir cette notion, nous développerons le fonctionnementde la pertinence dans le système.25 Décodage selon la définition de la théorie du code 44 sur 140

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