Numéro 5                                                Ne peut être vendu             Editorial                          ...
2     Journal du Citoyen • Numéro 5Les médias régionaux :Monastir: entre un rôle espéré et une réalité en criseLes médias ...
Numéro 5 • Journal du Citoyen              3La justice transitionnelle vuepar les journalistesLa justice et la réconciliat...
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Journal du Citoyen 5

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Le Journal du Citoyen est un nouveau rendez-vous avec l’information et l’actualité politique tunisienne. Axé sur la préparation des futures élections, ses numéros d’automne seront consacrés à la Constituante.

Fleurissante après la révolution du 14 janvier dernier, la vie politique tunisienne n’en demeure pas moins complexe par ses enjeux et le foisonnement de ses formations politiques.

Qu’il s’agisse d’analyser les questions de fond comme la place des courants religieux, la question de la parité ou encore de décrypter les aspects pratiques des processus électoraux à venir, le Journal du Citoyen cherchera surtout à écouter les attentes des Tunisiens. Il essayera d’apporter un regard critique et constructif sur cette nouvelle page de l’histoire du pays.

La rédaction, riche de journalistes issus de différents médias (presse écrite, radio, télévision) bénéficie d’un encadrement spécialisé sur les questions électorales et du soutien du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT).

Notre équipe se déplacera à votre rencontre en région afin de rendre compte de la diversité des opinions et des initiatives qui font la force de la Tunisie d’aujourd’hui.

Disponible en arabe et en français, le journal est fait par et pour les citoyens tunisiens, bonne lecture !

L'institut Panos Paris et Le Syndicat National des Journalistes Tunisiens

Avec le soutien de l'UE.

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Journal du Citoyen 5

  1. 1. Numéro 5 Ne peut être vendu Editorial INRIC : Le Paysage médiatique exige un engagementLiberté, à la déontologie professionnelleresponsabilité... L’entrée du Palais des Congrès était tranquille en l’absence de l’activité familière aux séminaires, et aux conférences de presse. Aucun signe n’indique le lieu de l’événement. Le Parking a été ouvert pour recevoirCertains pensent que la liberté des les voitures et les invités de la conférence de presse organisée par les membres de l’Instance nationale pourmédias signifie se libérer de toutes les la réforme du secteur de l’information et de la communication.limites des cadres sociaux, culturels, etéthiques... Une voiture blanche entre au parking suivie par une l’importance de l’établissement public, car il n’ya pasLa liberté des médias signifie essentiel- voiture chargée de chaises, une jeune fille se dirige de démocraties dans le monde sans médias publiques.lement que le journaliste peu travailler vers les voitures stationnées sous les arbres tandis Le président de la commission termine son discours que d’autres se dirigent vers la salle, qui semble être dans une vague d’applaudissement dans la salle,dans un climat qui lui permet d’utiliser la salle de conférence et des séminaires, mais la porte et le micro est donné tour à tour aux membres delibrement ses compétences profes- est fermée et l’endroit est calme... les gens continuent l’instance et aux invités pour prononcer leur discourssionnelles dans l’exercice de sa profes- vers la porte adjacente, mais elle est également ; le micro est parfois passé par d’une personne à unesion. Dans ce cadre, la liberté signifie fermée... autre par les journalistes qui, par moment, chercheen même temps, la responsabilité. Le Ils continuent la recherche de la porte d’entrée en une dame ou un monsieur qui a quitté la salle pourjournaliste est donc responsable de discutant l’endroit de la tenue du colloque qui n’est l’interviewer.ce qu’il écrit et diffuse ou met sur le apparemment pas la même salle que d’habitude... La La déontologie de la profession est la base du travailréseau. scène est interrompue par la voix d’un homme qui journalistiqueLa neutralité est l’équilibre de l’infor- dirige ce groupe bruyant, suivi par certains visiteurs, Les interventions des invités se sont concentrées surmation représentent l’une des règles vers la salle de l’événement. la nécessité de respecter les règles de la professionprofessionnelles les plus urgentes en Ils y sont finalement... La salle est pleine et il y règne journalistique pour que les médias ne deviennentTunisie après le 14 Janvier 2011. Il beaucoup d’agitation et de brouhaha familières pas des espaces de règlements de comptes et den’est pas facile pour un journaliste dans ce type de rassemblement et d’évènement... propagation des rumeurs sans vérification, dépassantd’être neutre, mais le plaisir dans le Un homme est occupé à fixer une caméra vidéo pour parfois “le travail journalistique pour devenir de latravail du journaliste est justement filmer le discours d’ouverture et un autre vérifie la discrimination raciale” comme c’était le cas aveccette quête continue et ce conflit in- caméra, les uns cherchent des places au fond de le journal ‘le soir’, qui a «qualifié la présidente duterne pour respecter les règles de la la salle pour pouvoir sortir à volonté tant dis que syndicat des journalistes de «vieille fille noire », aprofession. L’équilibre dans la présen- d’autres veulent s’installer au premier rang ... commenté dans ce contexte Naji Bghouri, ancientation de l’information exige la pré- Au coin de la salle, près de la table à laquelle vont président de l’Union nationale des journalistes et l’unsence de toutes les parties impliquées s’installer les membres de l’instance, le technicien des membres de l’instance.dans l’information dans le travail du met les dernières touches sur le matériel pour «Le rapport général de l’Instance nationale pourjournaliste, quelle que soit l’approche s’assurer de la qualité du son, de la bonne réception la réforme du secteur de l’information et de laà l’information. C’est en suivant cette et de l’installation des micros sur la table. communication comprend dix chapitres quipratique que le journaliste mettrait Le paysage médiatique et les exigences de la réalité présentent un diagnostic détaillé de la situation Radhia Saidi annonce l’ouverture du séminaire, et le actuelle et des propositions de réforme qui ontaux mains du public récepteur toutes calme règne dans la salle: Une personne commence à été supervisées par l’instance en tant que cadreles positions, qui lui permettraient enregistrer, une autre filme, et le bruit recommence, de structure réglementaire, sans imposer aucuned’adopter telle ou telle direction ou de un cameraman de la télévision demande à une dame censure ou n’importe quelle forme d’autorité surconstruire un point de vue propre à lui. de s’éloigner de la caméra afin qu’il puisse bien filmer. les médias», a conclut le journaliste et conseiller deLe journaliste peut se demander: Et Mme Saidi continue la lecture du mot d’ouverture, l’instance, Hisham Snoussi la présentation du rapportcomment puis-je alors exprimer mon souhaite la bienvenue aux personnes présentes et avant de permettre aux journalistes et au public depoint de vue? La réponse ici est très donne la parole à M. Kemal Laabidi, président de poser leurs questions au sujet de certains points.simple : Distinguer et séparer l’infor- l’Instance nationale pour la réforme du secteur de M. Naji Bghouri a proposé d’établir une liste pourmation du commentaire. La règle l’information et de la communication pour présenter répondre par la suite à toutes les questions à la fois ...indique que l’information est sacrée le rapport général qui fait le portait des agressions sur Les questions se sont été limités à sept interventionsmais le commentaire est libre. Néan- les médias à l’ère du général Zine El Abidine Ben Ali , malgré cette présence massive ... M. Kamal Laabidi lemoins, la liberté du commentaire n’est décrit et analyse les conséquences de ces agressions. président de l’instance, les membres Hichem Snoussipas absolue ; Elle est limitée par le res- Il a ensuite présenté «les propositions capables et Naji Bghouri ont pris la parole pour répondre auxpect des codes éthiques et l’utilisation d’améliorer le secteur médiatique et de changer le questions.de tous les outils de persuasion pos- paysage médiatique en ligne avec les exigences de la Certains invités sont restés pour poser quelquessibles... réalité sur la base d’autres expériences démocratique questions, alors que la majorité a quitté la salleLes médias respirent la liberté à chaque ». Il a ajouté : « Nous avons également travaillé sur annonçant ainsi la fin de la conférence de presse quiseconde et chaque minute... le rapprochement et l’interprétation de la notion a présenté le rapport final et la fin de l’activité de Moncef Ayari de médias publiques souvent confondus avec l’instance. gouvernementales», soulignant dans ce contexte Wafa Ghwary Coordinateurs : Mongi Aouinet, Ayari, Lotfi Touati Rédaction : Néjiba Hamrouni, Charles Secrétariat de rédaction : Manel Mejri, Ghabri Olfa, Mohamed Boughanmi, Rim Autheman et Sylvaine Petit Mohamed Drissi Raoudha Selmi, Karima Ben Frej, Marwa Sahli, Wafa Formateurs : Sabah Mahmoudi, Traduction : Ben Youssef, Melek Lakdar, Ghawari, Chokri Belhedi, Florence Al Aswad, Moncef SETRA Traductions Zahra Ben Kalma, Hattab Fezai.Mai 2012 Le Journal du citoyen est édité dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne http://journalducitoyen.wordpress.com/ Contact : ma.coordinateur@gmail.com Imprimerie : Imprimerie des Berges du Lac, imprimeriedulac.com
  2. 2. 2 Journal du Citoyen • Numéro 5Les médias régionaux :Monastir: entre un rôle espéré et une réalité en criseLes médias régionaux représentent un acteur principal sur la scène médiatique tunisienne avant et mais nous somme limités à cause du manque deaprès le 14 Janvier. Ils contribuent de manière significative à l’amélioration et au changement de ce ressources et de la dépendance de l’administrationpaysage médiatique. Il y a à Monastir 3 établissement médiatiques importants qui contribuent à la centrale puisque les médias régionaux, à mon avis,transmission des informations et des événements de la région. ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent et ils re- présentent aux collègues qui travaillent à l’établis- La radio régionale de Monastir est la seule radio sement central une unité secondaire. Bien qu’unedans la région du Sahel depuis 1977. Sa fondation chaine qui couvre les événements dans les régionsa été suivi par la création de l’unité de production a été créée, aucun changement significatif n’esttélévisé et ensuite par le bureau de l’agence Tunis apparu, le taux d’audience de cette chaine resteAfrique Presse. Ces institutions emploient un très faible et les régions restent ignorées. Jusqu’ànombre important de journalistes qui vivent une quand allons-nous continuer comme ça alors queréalité médiatique perturbée, non sans lacunes, la réalité impose absolument le changement? Nousobstacles et grands défis qui empêchent la réalisa- les journalistes aimerions bien exercer notre droittion souhaitée du travail. Il ne serait pas faut d’af- de participer à la prise de décision puisque nousfirmer que la responsabilité du faible rendement croyons en nos capacités à introduire le change-est à la fois la faute du journaliste et de l’établisse- ment souhaité par le spectateur et pour nous dis-ment médiatique surtout après la révolution de la culper des accusations qui nous hantent de man-dignité et de la liberté. quement à la couverture des événements. Je neOn a parlé à un groupe de journalistes travaillant Il a aussi souligné «la nécessité de réformer les pense pas que les journalistes régionaux manquentpour les établissements que nous avons mentionné médias pour promouvoir la réforme de la scène de compétences scientifiques ou même administra-dans la région de Monastir et ils nous ont révélé les médiatique puisque c’est le seul moyen de changer tives, de connaissances, ou d’expertise.«détails suivant: et d’améliorer la scène médiatique et de répondre Elle a conclu en disant «que l’image de la caméra La radio régionale de Monastir: à toutes les accusations d’appartenance au vieux régionale nécessite une retouche et nous espérons un manque d’embauche régime et de promotion du courant rétrograde.» que le changement ne va plus tarder à venir.»Radio Monastir est un leader de la liberté d’expres- L’unité de production télévisée à Monastir Agence Tunis Afrique Presse:sion avant et même pendant la Révolution. Elle «Le manque de ressources nous limite Informations fragilesreste toujours proche du citoyen avec d’autres On a parlé à une journaliste qui travaille beaucoup Le travail du bureau de Monastir de l’agence Tunismédias. Cette radio transmet les problèmes, les sur le terrain avec les citoyens et transmet leurs Afrique Presse est limitée aux efforts d’une seuleattentes et les préoccupations du citoyens malgré visions des choses, leur réalité, leurs problèmes journaliste. Mais grâce à la persévérance de Mmel’insuffisance dans le nombre de journalistes spé- et leurs attentes, à propos de la réalité de la pro- Monia Trimech et sa quête de l’information précisecialisés qui ne dépasse pas 10 journalistes au dé- duction télévisée dans la région et des obstacles qui couvre tous les événements et les développe-partement d’information, ce qui épuise l’équipe de qui empêchent la réalisation des objectifs souhai- ments dans la région de Monastir, l’agence par-journalistes et rend difficile leur travail malgré leur tés. Notre collègue Hayet Radhouani qui travaille vient à transférer les évènements importants auxprofessionnalisme, expérience et compétence. à l’unité de production télévisuelle affirme que tunisiens à tout moment et n’importe où.«La réalité du travail au département d’informa- «le travail dans cette unité est caractérisé par un Ce type d’information a constitué une grande dif-tions à la radio est très perturbée et on y fait face à manque des ressources nécessaires et appropriées ficulté pour Monia puisqu’elle est difficilementplusieurs obstacles qui nous empêchent d’atteindre pour accomplir le travail dans des conditions nor- accessible, parfois même absente et difficile à obte-notre objectif qui est le professionnalisme dans le males et confortables. Ces ressources consistent nir.travail de journalisme». Ainsi s’est exprimé M. Ya- en un espace public et des bureaux surtout que Monia a affirmé « le 14 Janvier, je suis parve-cine Kort, adjoint du directeur de la sous direction l’espace de travail actuel n’est pas suffisant pour nue à m’approcher des citoyens très librementd’information à radio Monastir pour nous indiquer une grande équipe de journalistes, techniciens et d’identifier leurs préoccupations, d’une part.les obstacles devant la couverture des événements et administrateurs. L’unité manque d’autre part D’autre part, les responsables m’ont aidé dans laet pour diagnostiquer de son point de vue la réalité d’équipements, et ceux qui sont fournis sont très recherche de la vérité, mais les choses on vite réci-du domaine. modestes et ne dépassent pas 3 caméras et un seul divées à l’état d’avant la révolution. L’estimationIl a ajouté : «les problèmes relevés sont le manque ordinateur. Les mécanismes de travail profession- de l’information par certains est absente, d’autresdes ressources humaines au département d’infor- nel restent faibles en l’absence des sessions d’édi- essaient d’échapper à la présentation de la véritémations, puisque la radio présente une radiodif- tion et des séminaires de rédaction en dépit de leur tel qu’elle est en toute transparence et crédibilité ».fusion pour plusieurs villes et gouvernorats et a importance.... « Elle ajoute: «Il y a une absence Elle ajoute, «la région est riche en activités et évé-ainsi besoin une équipe de travail qui ne peut pasêtre composée uniquement de 10 journalistes. Ce presque totale du dialogue et de communication nements qui changent et se développent très vite.nombre limité entrave la performance et les objec- entre les journalistes qui travaillent à la sous unité Le domaine peut couvrir davantage d’événementstifs visés ce qui est le cas aujourd’hui, et je suggère et les collègues de l’établissement central de la puisque la région n’est pas isolée de la situationà cet égard la nécessité de renforcer le départe- télévision tunisienne auxquels les rédacteurs et générale dans le pays. Le journaliste doit avoir unment d’informations en embauchant plus de jour- les rédacteurs en chef ont confié la responsabi- réseau de relations dans la région dans laquellenalistes pour assurer la couverture des événements lité de coordination, de distribution du travail et il opère pour l’aider à suivre les événements et àen général et les événements politiques à venir en de briefing. Et on n’a aucune participation active découvrir la vérité en plus de sa quête permanenteparticulier, notamment les élections prévues pour aux travaux de la comité de rédaction élue après de la vérité partout pour les révéler et les exposerl’année prochaine. Embaucher des reporters régio- la révolution du 14 Janvier au département des aux citoyens. «naux est une nécessité urgente puisque c’est eux informations à la première et la deuxième chaines Toute personne qui fait ce travail éprouvant faitqui peuvent détecter les aspirations et les préoccu- nationales et au niveau de l’élaboration des poli- face à cet ensemble de préoccupations et de pro-pations des citoyens et suivre les événements par- tiques éditoriales et la proposition des thèmes à blèmes, bien que relatifs. La réussite est le résultattout. Il serait plus efficace d’avoir un meilleur ré- soulever.» inévitable pour tout professionnel qui parvient àseau de journalistes professionnels et spécialisés.» En ce qui concerne les cycles de formation, elle les surmonter avec une patiente armée de convic- Dans le même contexte, il a souligné la «nécessité dit: «La participation aux cycles de formation pour tion de l’appel du devoir sans s’arrêter ni lâcher,de revoir les récompenses, les incitations et les ré- perfectionner les compétences ainsi que la parti- malgré les obstacles et les difficultés en vue demunérations de ces journalistes pour les motiver à cipation aux stages de formation et la couverture participer à l’avancement de la scène médiatiquetravailler en toute honnêteté et à améliorer leur si- de points externes sont monopolisés. Avant le 14 régionale et à l’échelle nationale.tuation financière aussi bien qu’à enrichir leur ex- Janvier elle était exclusivement réservée aux diri- Y aura-t-il quelqu’un pour écouter ces préoccupa-périence avec la formation. Je propose également geants de l’institution, maintenant elle se limitent tions ? Où un espace pour les exprimer dans lesla mise en place de bureaux d’information régio- aux journalistes de l’établissement central». Avec blogs ? Où dans les colonnes de presse? On n’a pasnaux dans tous les gouvernorats du centre, de la beaucoup de tristesse et de chagrin elle ajoute: voulu juste soulever ces préoccupations mais oncôte et dans les régions internes (les préfectures), «Jusqu’à quand allons nous continuer comme ça veut atteindre à travers elles l’objectif qui consistesuivant la stratégie adoptée dans les gouvernorats ? Nous vivons une mobilité sociale importante et à «assurer le professionnelle et améliorer la scènedu centre ouest et du Sud « nous sommes parfois dépassés par les événements, médiatique « Zahra Ben Kamla
  3. 3. Numéro 5 • Journal du Citoyen 3La justice transitionnelle vuepar les journalistesLa justice et la réconciliation sont deux notions qui ontrécemment surgi sur la scène médiatique, mais nous ne pouvonsen parler, sans mentionner leur contexte général de justicetransitionnelle. Najiba Hamrouni Rabeb Aloui Nébil Zaghdoudi Karima YoussefPour mieux comprendre l’interprétation de ces concepts par lesjournalistes en général et en particulier par ceux qui travaillent forts des parties prenantes du sec- ajoute : “Nous, en tant que journalistes, et pourdans le domaine des médias audiovisuels, on a organisé le teur pour y remédier. Les minis- consacrer cette notion, soulignons l’importance desondage suivant: tères concernés, tel que le minis- « purifier » le secteur médiatique et de poursuivre tère de l’Intérieur, refusent de nous les individus impliqués dans la corruption en jus-Dans le processus de communication en général donner la liste des journalistes qui ont travaillé avec tice avant d’entamer le processus de réconciliationon parle d’un expéditeur, d’un destinataire et d’un la police politique dans le régime précédent afin de et de les réintégrer de nouveau dans le secteur ;message qui passe entre les deux. Dans les médias, préparer le Livre blanc. Il n’est donc pas possible de c’est pour cela que nous ne pouvons pas accepterl’expéditeur est le journaliste, le récepteur est parler de manquement des médias à leur devoir en l’idée de réconciliation avant de faire justice.”l’auditeur, le lecteur et le spectateur. Le message l’absence d’une stratégie claire pour la justice tran- Samira Saii, journaliste à la radio Jeune, considèrecomprend des mots codés que le journaliste doit sitionnelle “ que la neutralité dans l’approche de la notion dedéchiffrer et il doit donc être en mesure de bien le La présidente du syndicat considère que le pro- justice transitionnelle rencontre des difficultés. Ellecomprendre, et de l’expliquer de manière simple blème est dû à l’absence d’une vision claire, alors dit: «Ce dont nous souffrons aujourd’hui en tantet impartiale sans essayer d’influencer ou de diriger que d’autres journalistes voient que l’absence des que journalistes est la difficulté d’accès à l’infor-l’opinion publique dans le sens d’un parti ou d’un cycles de formations dans ce domaine est le pro- mation. Il ya encore des parties qui nous rendentautre. blème majeur. Nébil Zaghdoudi , journaliste qui la tâche difficile et nous ne pouvons pas établir laNajiba Hamrouni, présidente du syndicat des jour- travaille au journal (Al Arab Al yawm), estime justice, qui est essentiellement un processus denalistes considère que les médias jouent leur rôle que les journalistes en Tunisie n’ajoutent rien à ce révélation de la vérité.”à travers la couverture de toutes les activités et les concept parce qu’ils ne sont pas familiers avec ses Néanmoins, ces difficultés n’empêchent pas l’exis-événements qui concernent la justice transition- règles et ses exigences. tence d’efforts fournis par les journalistes et lesnelle, mais en général, on peut constater l’absence Après la révolution la vaste majorité des journa- médias en général pour participer et contribuer àd’une stratégie claire pour la justice transitionnelle, listes en Tunisie se sont transformés en bourreaux expliquer et à enraciner ce concept chez le citoyen.“Plusieurs pays comme l’Afrique du Sud et Alle- qui inculpent et disculpent à volonté. De nom- Rabeb aloui, une journaliste à Express FM, a parti-magne de l’Est ont passé par une période transi- breuses institutions médiatiques ont été infiltrées cipé à ce sondage et a dit:tionnelle et la plupart de ces pays avait une stra- pour devenir une sorte de « Cour constitutionnelle» «J’ai toujours œuvré pour présenter des pro-tégie claire dans laquelle la société civile jouait un La justice transitionnelle exige que tous les acteurs grammes à la radio sur ces sujets qui ouvrent la voierôle très important, mais en Tunisie on remarque de la scène médiatique en Tunisie aient la volonté devant les personnes victimes de graves violationsd’une part que le pouvoir tente de contrôler et de d’aller vers la réconciliation et la justice loin de pour s’exprimer. » Elle insiste sur la nécessité deremplacer la société civile, et on note d’autre part l’esprit de vengeance. Le syndicat des journalistes parler de la responsabilité sans vengeance et d’es-une dispersion des efforts de la société civile” af- doit organiser des cycles intensifs de formation sayer d’établir ce concept de justice transitionnellefirme-t-elle. pour les journalistes sur le thème de «justice tran- dans le cadre de la loi, en raison de son importanceNajiba Hamrouni insiste d’autre part que le secteur sitionnelle». dans la consolidation de la paix sociale”médiatique passe à son tour par une période de Karima Ben Youssef journaliste à la radio Monas- Ainsi, les concepts qui ont émergé après la révo-transition qui nécessite transparence et responsa- tir estime que le concept de justice transitionnelle lution restent vagues pour le citoyen et les médiasbilité. Elle ajoute « Notre secteur par exemple est implique justice et réconciliation. Il n’y a pas de sont responsables de leur transmission et de leurconfronté à des obstacles majeurs en dépit des ef- place pour la réconciliation s’il n’y a pas justice. Elle explication. Manal Mejri. Correspondante de presse (douleur et passion) Partie B-6, et 12 Jihène ajoute :”Mon travail en tant que journaliste re- porter coopérante sur le terrain est très modestement La correspondance de presse fait partie du travail journalistique et constitue l’une des sources rémunéré, puisque je n’ai pas de carte de journaliste d’informations, news et actualité. C’est une tâche à la fois laborieuse et intéressante qui se base professionnel et j’assume les dépenses de transport sur des outils de travail que nous testons sur le terrain. Ce travail se distingue par une ouverture qui ne sont pas compensées, alors mon revenue de et une communication sociale uniques qui donnent accès aux informations exactes et correctes et journaliste freelance reste faible. On me paie 6 dinars permettent de s’adapter aux humeurs des gens, en particulier ces jours-ci. pour un reportage pour le département d’informa- tions à la radio et 12 dinars pour le reportage ou la Jihène Dhayee est une jeune journaliste débutante Le challenge correspondance externe, et ces montants ne tiennent qui vient d’intégrer l’équipe de Radio Monastir en “Mon travail en tant que femme journaliste reporter pas compte des exigences de nos jours et ne suffisent tant que correspondante régionale après la révolu- est très difficile et nécessite d’énormes efforts pour pas comme revenu dans les circonstances actuelles tion de la dignité et de la liberté. être prête à travailler à n’importe quelle heure du jour surtout avec la hausse des prix. Je m’efforce donc à Jihène a préféré le travail de terrain, convaincue qu’il ou de la nuit ce qui ne convient pas parfois à ma vie travailler beaucoup pour avoir à la fin du mois un re- est plus enrichissant pour elle que le travail classique de famille et à mes engagement personnels, en plus venu décent, et malgré ces conditions difficiles je vais de bureau. “Mon travail ne ressemble pas au travail du long trajet de 22 kilomètres que je dois faire au continuer à me battre et à travailler parce que je suis journalistique classique limité à un bureau et un télé- quotidien entre Sousse et Monastir pour monter le re- passionnée de ce métier et j’ai beaucoup de confiance phone comme seuls outils de travail et unique mode portage que je prépare.” dit Jihène. D’autre part, «Ce et de foi en mes capacités.” opératoire pour transférer l’information, les nou- travail exige aussi une plus grande protection du jour- Telle est la réalité du travail du reporter Jihène et velles et les événements,.” affirme-t-elle. naliste en général. Je me souviens d’avoir été agressée quelques aspects des difficultés de la couverture des Jihène cherche toujours à être encore plus proche durant une mission lorsque je couvrais un événement régional.’ Affirme-t-elle. « On ne m’a jamais agressé événements et des développements régionaux. Mal- du citoyen tunisien et enquête sur les dessous des gré les défis personnels et professionnels, elle essaie du temps de l’ancien régime.” Ajoute Jihène. événements et des informations dans sa région. de se construire une bonne image et une position res- Jihène rencontre beaucoup de difficultés et des obs- Elle n’épargne aucun effort pour chercher la bonne tacles qui l’empêchent d’accomplir ses missions au pectée dans le paysage médiatique en suivant et en information et enquêter sur la vérité et n’hésite pas mieux possible, et elle ajoute: “Un seul reporter fait couvrant les événements dans la région et en essayant à s’aventurer dans les ruelles étroites et les espaces tout le travail, et malgré ceci je travaille dans des de découvrir les détails et de les reporter en toute im- publics pour détecter les préoccupations des gens et conditions qui manquent terriblement de ressources partialité et neutralité. leurs problèmes les plus sensibles et à investiguer matérielles et logistiques nécessaires tels que les équi- La question qui s’impose ici est : Quand est ce que même les tabous. « Je cherche à transmettre l’événe- pements technologiques modernes (magnétophone notre presse régionale va-t-elle plonger encore au ment tel que perçu par les Tunisiens en toute objec- et PC ...) importants pour reporter l’événement en plus profond des préoccupations et des aspirations tivité et impartialité et de décrire la vérité tel qu’elle temps réel en toute précision et objectivité, les seuls des tunisiens, les exprimer et les couvrir d’avantage? est » dit-elle. garants du succès du message journalistique.” Zahra ben Kamla
  4. 4. 4 Journal du Citoyen • Numéro 5Les médias de proximitéDjerba: Des radios privées qui n’assument pas encore leurs rôlesJ’ai demandé un entretien avec le fondateur de la radio et on m’a informé qu’il ne sera disponible quependant le week-end parce qu’il est à la tête d’une institution universitaire publique en dehors deDjerba et il s’est avéré que c’est le cas pour la plupart des amateurs qui travaillent à Ulysse FM qui sontsoit des enseignants ou des étudaints ou des professionnels installés pour leur propre compte.Lors de ma visite à la radio Ulysse FM, j’ai remar- La persévérancequé le manque de certains outils nécessaires au Radio Jektiss FM est également basée à Médenine.travail radiophonique et notamment aux niveaux C’est une radio régionale qui n’a pas obtenu une au-technique et humain et selon un des producteurs torisation pour émettre sur la bande FM. La radiocela s’explique par le fait que Radio Ulysse FM n’est émet électroniquement depuis le 20 mai 2009 avecqu’une radio d’amateur. A ce niveau, il faut se poser une équipe composée en majorité de journalistes et ailleurs, la réaction des citoyens est jusque là posi-la question suivante: “Comment cela puisse-t-il quelques amateurs. Jektiss FM est une radio géné- tive et nous devons préserver cette position privilé-arriver alors que cette radio a obtenu une autori- raliste culturelle et d’information qui cible toutes giée auprès de nos auditeurs”. Monsieur Sadraouisation pour émettre sur les ondes FM en espérant les tranches d’âge. a ajouté que la ligne éditoriale de Radio Tataouinequ’elle présente un travail médiatique à la hauteur Selon Mohamed Sahel, présentateur à la radio, les se distingue par sa neutralité parce qu’il s’agit d’unede la conjoncture historique que vit notre pays et informations sont collectées sur place à travers des radio publique libre de toute appartenance poli-pour créer des emplois”. correspondants qui dépendent hiérarchiquement tique ce qui lui a permis d’être pérenne et de gagnerRadio Ulysse a été créée le 3 mai 2010 pour cou- de la tutelle et des responsables le cas échéant. la confiance du public et le meilleur exemple qui il-vrir la totalité de l’île et le Gouvernorat de Mednine Monsieur Sahel nous a répété à maintes reprises lustre cela est selon monsieur Sadraoui: “l’épreuvemais la diffusion est continuellement perturbée que le fait de ne pas autoriser Jektiss FM à émettre des élections lors de laquelle nous n’avons accordépour des raisons techniques. sur la bande FM constitue une injustice envers aucune priorité à aucun parti aux dépens d’unUlysse FM diffuse notamment le programme le personnel de la radio et envers toute la région autre, chose qui a été rapportée et documentée par“Ambiance Djerbienne” qui se base sur des entre- parce que cette station radio peut contribuer à la l’Instance Indépendante pour les Elections”.tiens avec des artistes populaires de Djerba et des promotion de la scène touristique dans la région en Le directeur de Radio Tataouine a également dé-émissions sportives et d’actualités préparées et pré- plus de la création d’emplois pour les compétences claré que l’innovation et l’ouverture sur les autressentées par un seul animateur. Les chansons orien- régionales. Pourtant et malgré les efforts consentis constituent la clé du succès permettant de garantirtales sont prévues tout au long du temps d’antenne par le directeur de la radio, le dossier de Jektiss FM la continuité. En plus de son travail à la tête de Ra-sous forme de cocktails entrecoupés de spots. Il est resté suspendu et a été rejeté. dio Tataouine, monsieur Sadraoui a, en effet, lancéest à signaler que la diffusion est encore en phase Le directeur de la radio, monsieur Riadh Sahli, le premier journal électronique à caractère régio-de test et rien n’indique que la diffusion officielle nous a fait ces mêmes déclarations et a ajouté que nal intitulé “El Atouf” dans le cadre de son projet deva démarrer de sitôt. En plus, le local de la radio Mednine est une ville d’une grande importance qui fin d’étude en 2009 et qu’il concrétise aujourd’huiest provisoire selon une source qui préfère garder doit disposer de son autonomie médiatique à cause avec beaucoup de succès auprès de la populationl’anonymat. de l’abondance des informations et de son poids de Tataouine. Média amateur? touristique dans le pays refutant ainsi les paroles deConcernant la source d’informations, nous avons Il est possible de faire son choix monsieur Kamel Laabidi qui pense, selon les diresobtenu la réponse suivante: ”Nous puisons nos in- L’évaluation de ces radios est assurée par les audi- de monsieur Sahli, que Mednine n’a aucun poidsformations essentiellement dans Facebook et dans teurs. économique ou culturel.les sites sociaux”. Le rédacteur en Ghada Tlalet est une élève résidant à Djerba; elle ditchef nous a confirmé qu’il travaille en préferer RTCI pour la richesse de ses programmestant que volontaire et que la plupart diffusés dans différentes langues. Elle préfère éga-des gens qui travaillent à Ulysse FM lement Radio Jeunes à radio Ulysse FM qu’elle asont également des amateurs- volon- suivi à ses début mais qui n’offre aujourd’hui selontaires. Il a également ajouté que la Ghada que des chansons populaires qui ne repré-situation n’est pas encore claire à sentent pas forcément la ville de Djerba et son patri-cause des problèmes auxquels la ra- moine.dio fait face au niveau de la diffusion Amine Ben Younes, originaire de la zone, est un, sur les plans technique et financier jeune étudiant en Beaux Arts et membre d’un clubainsi qu’au niveau des équipements. Nabil Sadraoui Ghada Talelet Amine ben Youness photo. Il préfère écouter RTCI et Radio MosaïqueSelon Rachid Tlalet, correspondant et possède une petite expérience avec Ulysse FMà Radio Tatatouine et qui a déjà travaillé pour Réussite du secteur public où il a travaillé pour quelque temps. Il pense queRadio Ulysse pendant 3 mois sans aucun contrat, Monsieur Nabil Sadraoui, directeur de Radio Ta- “cette dernière n’est pas au diapason du dévelop-cette radio n’a même pas atteint un seuil minimal taouine, nous a déclaré que la priorité est toujours pement des générations et de la région, elle n’a pasde professionnalisme. “Ce n’est ni un organisme accordée aux informations régionales obtenues prévu de programmes pour les jeunes et se limited’information ni une société, alors je pense que le auprès de sources sécuritaires fiables et parfois au Mezoued du matin au soir sans chercher à diver-terme radio amateur est le plus approprié dans ce directement auprès du citoyen et bien sûr auprès de sifier ses programmes comme si le patrimoine djer-cas” ajoute-il. l’Agence Tunis Afrique Presse pour assurer la fiabi- bien se limitait à ce genre de musique”.Lors de notre première rencontre, le producteur des lité de l’information. Il a ajouté que la radio veille à Besma Hammami, fonctionnaire et mère de fa-programmes, qui n’est d’ailleurs pas journaliste, a la diversification de la matière présentée en accor- mille, préfère écouter RTCI et radio Mosaique FMdéclaré que la radio dispose de 15 journalistes mais dant un intérêt particulier aux soucis des jeunes et à cause de la diversité des programmes et des bul-aujourd’hui il revient sur ses paroles et ramène le aux débats politiques surtout après la révolution, letins d’information et parce que ces radios suiventchiffre à 4 ou 5 journalistes et 5 techniciens. Nous ainsi qu’un espace radiophonique réservé à l’em- l’actualité : “Radio Tataouine se distingue de sesavons demandé à nous entretenir avec Afef Werdni ploi. Les programmes culturels occupent , quant à concurrentes mais Ulysse FM, qui a eu du succès au, présentatrice des informations qui a refusé d’être eux, près de 20% de la programmation. début, se limite aujourd’hui au Mezoued “prise en photo, elle nous a confié qu’elle travaillait Nous avons posé à monsieur Sadraoui une question Malgré la richesse du patrimoine et de la culture deà Jektiss FM mais elle a changé et lorsque nous lui se rapportant à ses attentes au vu de l’abondance la région et malgré le grand nombre de jeunes quiavons posé une question se rapportant à la nature informationnelle que connaît la région après la y vivent et la concentration du tourisme à caractèrede son contrat, elle a répondu que toute l’équipe est création de plusieurs forums radiophoniques, il historique et religieux à Djerba, il n’y pas eu jusque làà l’essai et que, par conséquent, ils sont considérés nous a affirmé que Radio Tataouine est suffisam- de média capable de capitaliser ces caractéristiquescomme des vacataires. ment ancienne pour accepter toute concurrence; pour apporter un plus et pour répondre aux impé-Pour comparer, nous nous sommes dirigés vers “nous sommes préparés” dit-il “à tout type de ratifs de la conjoncture actuelle et Radio TataouineRadio Jektiss FM, une radio régionale qui a récem- concurrence loyale mais nous sommes également n’est pas, jusque là, dérangée par la concurrence.ment été établie. prêts à coopérer et à encadrer les débutants. Par Rym Ben Fredj.

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