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Le grand entretien — Nicolas Baverez :                                                       « La modernisation du modèle ...
CroissancePlus : Le Petit Journal de Campagne - Numéro 2
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Consolider les entreprises dans la compétition mondiale.

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CroissancePlus : Le Petit Journal de Campagne - Numéro 2

  1. 1. 4 NUMÉROS — JOURNAL BIMENSUEL — PARUTION DU JEUDI 2 FÉVRIER 2012CONSOLIDER LES ENTREPRISES FRANÇAISESDANS LA COMPÉTITION MONDIALE WWW.CROISSANCEPLUS.COM
  2. 2. 3 créativité. Il importe de les préserver mais en même temps de modifier le cadre économique, social, fiscal, au sein duquel opèrent nos entreprises, comme le pro-Hors de la compétitivité, pose avec constance Crois- sancePlus depuis quelquespoint de salut… années, non sans succès. Comme l’explique fort bien Nicolas Baverez, cela passeD ans ce Deuxième numéro Du « P etit J our - par une réforme substan-nal De c amPagne » c roissance P lus De tielle du modèle économiqueDestiné à alimenter De façon Directe , français. Ce sujet doit êtretransParente et Dynamique les Débats éco - au cœur des débats desnomiques et sociaux Des élections Pré - élections à venir. Les enjeuxsiDentielle et législatives , nous avons sont décisifs. Nous devonschoisi D ’ aborDer le thème De la comPé - trouver les ressources pourtitivité Des entrePrises . n ous Donnons créer les emplois d’au-également notre oPinion sur la comPéti - jourd’hui et de demain. Noustivité De la f rance , car les Deux suJets devons adapter notre appa-sont étroitement liés , Dans le caDre De la reil industriel afin que le sitecomPétition monDiale . de production France rede- vienne attrayant et source de création de richesses.Dans l’interview qu’il nous a accordée, Nicolas Nous devons permettre auxBaverez, dont on connaît l’esprit aiguisé et la plume entreprises d’évoluer dansacérée, cadre très bien le sujet : aujourd’hui, la un environnement souple,France est dans une situation difficile. Elle est tou- adaptable, tenant compte dechée par des crises diverses qui affectent sa com- l’évolution de plus en pluspétitivité et sa position dans l’économie mondiale. rapide des conditions écono-Elle n’est pas la seule, mais en Europe, on voit miques. C’est à ce prix que labien se dessiner une tendance qui coupe le Vieux France tiendra son rang danscontinent en deux parties, le nord qui se redresse, la compétition mondiale.à l’image de l’Allemagne, et le sud, en proie auxdifficultés que l’on connaît. La France est au milieu Olivier Duha,du gué. Elle doit rester sur la bonne rive du fleuve. Président de CroissancePlusQue l’on ne dise surtout pas que c’est impos-sible. Notre pays dispose d’atouts majeurs quesont ses entreprises, et notamment ses PME, sonpotentiel de recherche, ses jeunes diplômés, sa 02. 2012
  3. 3. 4 5LE PETIT JOURNAL DE CAMPAGNE EST ÉDITÉ PAR CROISSANCEPLUSQuelques mots sur CroissancePlus PREMIÈRE ASSOCIATION FRANÇAISE DES ENTREPRENEURS DANS L’ACTUALITÉ 4DE CROISSANCE, CroissancePlus réunit une nouvelle génération de 350 entre-preneurs innovants afin de réformer l’environnement économique, social, juridique Vivre sans le triple AAAet fiscal, et favoriser la création d’entreprises et d’emplois en France. Présidée par Sommet social, mode d’emploiOlivier DUHA , CroissancePlus agit au quotidien comme force de propositions et La zone euro face à un défaut grec ?de lobbying en formulant de nombreuses recommandations auprès des pouvoirspublics et des leaders d’opinion. Lieu d’échanges et de networking, CroissancePlus VU DANS LA PRESSE 8s’impose également dans le débat public à travers l’organisation de nombreux évé-nements autour de personnalités politiques et économiques de tout premier plan. L’économie américaine sur la voie du redressement ? (New York Times) La Scandinavie, paradis du capital investissement (La Tribune) PORTER TOUJOURS PLUS HAUT L’ESPRIT D’ENTREPRISE ET Un entrepreneur à la Maison-Blanche ? (The Economist)FAIRE ENTENDRE LA VOIX DES ENTREPRENEURS DANS LES MÉDIAS, Si vous voulez des comportements adultes,telle est la volonté de CroissancePlus qui accompagne les dirigeants d’entreprise traitez les gens comme des bébés… (Financial Times)dans leur développement en France et à l’international. La croissance par l’investissement (Le Figaro) 20 millions de dollars de dons pour Wikipédia (Le Monde)Nos missions DOSSIER — Renforcer les entreprises françaises dans la compétition mondiale 12 ÊTRE UNE FORCE DE PROPOSITIONS RECONNUE DESPOUVOIRS PUBLICS. Les propositions de CroissancePlus émanent d’hommes 1 / Pour un vrai Made in Franceet de femmes de terrain, de commissions et groupes de travail qui se réunissent 2 / Améliorer notre approche des marchés extérieursrégulièrement dans les domaines suivants : création et financement d’entreprise / 3 / Assouplir l’environnement fiscal, social et financier des entreprisesjuridique et fiscal / social et emploi / recherche et innovation / relations grands 4 / Réduire les délais de paiementgroupes-PME / international / croissance responsable. Propositions consultables surwww.croissanceplus.com. Les chiffres de la compétitivité 22 CONSTITUER UN RÉSEAU PERFORMANT D’ENTREPRENEURS LE GRAND ENTRETIEN —CroissancePlus est également un lieu reconnu d’échanges et de rencontres per- Nicolas Baverez : La modernisation du modèlemettant de développer des synergies entrepreneuriales, des compétences tech- économique français n’a rien d’impossible 24niques ou tout simplement partager expérience et bonnes pratiques. Les nombreuxévénements : déjeuners et dîners-débats, petits-déjeuners thématiques, Be to Be, IDÉES 30déjeuners mensuels business, etc… sont autant d’occasions d’accueillir des per-sonnalités de tout premier plan et contribuer à la notoriété de CroissancePlus et de Managementses membres. Lu pour vous Débats LivresRÉDACTION ET DOCUMENTATION : Antoine Bayle • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •DIRECTION ARTISTIQUE – GRAPHISME : Alexandra Roucheray, Olivia Grandperrin • • • • • • • • • • • • • PETITES HISTOIRES DE LA GUERRE ÉCONOMIQUE 36COMITÉ ÉDITORIAL : Florence Dépret, Clothilde Hervouet, Gwennaelle Pierre, Emmanuelle Skowron • •UN JOURNAL RÉALISÉ PAR Les Rois Mages - www.lesroismages.fr - téléphone : 01 41 10 08 08 • • • • Chanakya, le Machiavel Hindou 02. 2012
  4. 4. 6 7 tout faire pour former les salariés dans de CroissancePlus (lire l’encadré) qui L’exemple duLe modèle social l’entreprise plutôt que de les licencier » estime que des améliorations apportées a affirmé Nicolas Sarkozy. sur ces deux sujets clés pourraient limi- « Kurzarbeit »français face à la ter les effets de la crise notamment pour L’autre mesure annoncée à l’issue du les entreprises de croissance. en Allemagnecrise — sommet est l’embauche de 1 000 sala- riés en CDD pour renforcer les effectifs Même si le sommet du 18 janvier n’avait Pendant la crise de 2009, où le PIB de Pôle Emploi. Enfin, les très petites pas vocation à résoudre, en une seule avait chuté de 5,1%, le marché duLe sommet social qui s’est déroulé le entreprises (TPE) qui embauchent des réunion, l’ensemble des problématiques travail allemand a fait preuve d’une18 janvier dernier à l’Elysée devait per- jeunes de moins de 25 ans, bénéficieront sociales du pays, il témoigne néanmoins résistance assez remarquable, grâcemettre au Président de la République de d’une exonération de charges sociales. d’une volonté d’agir dans un domaine à des mesures de chômage partiel,présenter aux partenaires sociaux un Au total, ce dispositif représente près de clé pour l’avenir de notre économie « kurzarbeit », qui ont permis decertain nombre d’initiatives d’urgence 430 millions d’euros de dépenses. dans les contraintes budgétaires que réduire le temps de travail sans aug-destinées à enrayer l’augmentation du l’on connaît. menter le chômage. En juin 2009, lechômage. Ce dernier atteint en effet Par ailleurs le chef de l’Etat a indiqué L’emploi des jeunes, la flexibilité du gouvernement a décidé de rallongerun niveau préoccupant : le nombre de que six chantiers prioritaires, dont cer- temps de travail, la réorientation de la durée possible du « kurzarbeit » àdemandeurs d’emploi s’est accru de tains ne concernent pas directement l’épargne vers les entreprises sont des 24 mois (au lieu de six mois), tandis122 000 personnes au cours des onze la situation de l’emploi, seraient enga- axes stratégiques majeurs pour relancer que l’Agence fédérale de l’emploipremiers mois de 2011. Qu’est-il sorti de gés d’ici l’élection présidentielle : la l’activité et améliorer la compétitivité de prenait en charge 100% des chargesce sommet ? Quelques décisions à effet TVA sociale ; la flexibilité du temps la France. sociales des salariés placés en chô-immédiat et la réaffirmation par le chef de travail notamment par le biais des mage partiel. Ces mesures excep-de l’Etat d’un certain nombre de chan- accords compétitivité-emploi ; la réforme C’est la raison pour laquelle Crois- tionnelles, qui ont été suppriméestiers prioritaires. Du côté des mesures de la formation professionnelle dont l’an- sancePlus propose notamment de créer depuis, ont bénéficié, au plus haut, àconcrètes, le gouvernement va faciliter cien président du Sénat, Gérard Larcher, un revenu progressif pour les jeunes 1,1 million de salariés. Cela a permisle dispositif qui encadre le chômage devra définir les bases ; la hausse de de 17-24 ans, (dont le taux d’emploi aux entreprises allemandes d’at-partiel, rebaptisé « activité partielle ». l’offre de logements, la création d’un en France est le plus faible de tous les tendre la reprise de leurs carnets de organisme pour financer l’industrie et la pays industrialisés) et une annualisation commandes sans avoir à procéder àL’idée est de simplifier le mécanisme taxe sur les transactions financières. « nationale » du temps de travail (via une des licenciements massifs. Mais unactuel et de le rendre plus accessible négociation globale et une loi-cadre). tel dispositif demande que troisaux PME. L’objectif est « de tout faire Parmi les décisions du gouverne- Ces mesures permettront de sécuriser conditions au moins soient réunies :pour éviter de couper les liens entre ment, la réforme du dispositif du chô- l’emploi tout en donnant une marge de l’absence de volonté de licencier,le salarié et son entreprise, tout faire mage partiel et la flexibilité du temps manœuvre aux entreprises dans des une reprise de l’activité dans un délaipour maintenir en activité les salariés, de travail, font écho aux propositions périodes difficiles. rapide, la capacité de l’Etat à finan- cer le coût d’une telle mesure. 02. 2012
  5. 5. Les 7 propositions8 de CroissancePlus 9 au Président La vie de la République sans Triple A — Le 13 janvier dernier, Croissance Plus a été reçu par Nicolas Sarkozy. La décision de Standard & Poors de pri- Enfin, les analystes de S&P n’ont pasEt si l’on parlait Il s’agissait de lui faire partager un ver la France de sa notation Triple A était été suivis par les autres agences, ce certain nombre de propositions redoutée. Finalement, elle n’a eu, pour qui relativise quelque peu leur décision.davantage de concrètes pour que les entreprises l’instant, que peu d’effets. L’émission de Surtout, il n’est pas niable que les gou- françaises contribuent à l’amé- dette souveraine réalisée par la France vernements de la zone euro sont, decroissance ? — lioration de la compétitivité et de dans les jours qui ont suivi s’est faite à fait, engagés dans des processus de l’emploi en France. Olivier Duha, un taux inférieur à 2%, moins élevé que réformes structurelles et de baisse de Président de CroissancePlus, a lors d’émissions analogues réalisées au l’endettement qui, s’ils n’ont pas encoreIl serait temps de penser un peu à la notamment mis l’accent sur le fait mois de décembre 2011. La raison en porté leurs fruits, n’en sont pas moinscroissance… C’est apparemment la que l’allègement du coût du travail est multiple : d’abord la perte d’une note significatifs et mesurables. C’est notam-conviction qui commence à gagner peu devait être une priorité pour que la souveraine se fait sentir sur le moyen et ment le cas de l’Italie où le gouverne-à peu les chefs d’Etat et de gouverne- France reste compétitive. Il a égale- long terme, puisqu’un certain nombre ment a adopté le 20 janvier 2012 unment de l’Union Européenne. Après ment insisté sur la nécessité d’aug- d’institutions ou d’entreprises, liées plan de réformes structurelles, portantavoir multiplié les plans d’austérité se menter le temps de travail avec une d’une façon ou d’une autre à la signa- notamment sur l’ouverture à une plustraduisant en général par une hausse de flexibilité dans sa mise en œuvre. ture de l’Etat, sont aussi dégradées. grande concurrence de secteurs entiersla fiscalité et une baisse des dépenses CroissancePlus s’est également Ensuite, la sanction de S&P portait sur- de l’économie : banques, assurances,publiques, ce qui entraîne dans certains dite préoccupée par la situation des tout sur la gouvernance de la zone euro, professions libérales, distribution,pays des conséquences rudes pour la PME face aux délais de paiement sur la lenteur du processus de décision, transports publics locaux, pharmacies,population, notamment en Espagne, en qui s’allongent de façon anormale, sur les dérapages de calendrier entre taxis…Irlande, en Italie, mais aussi en France, une tendance dangereuse pour leur les mesures annoncées et les mesuressans parler de la Grèce, les respon- croissance et leur pérennité. prises, concernant notamment le finan-sables politiques prennent conscience cement du FESF et la conclusion dede la difficulté de tenir cette direction Dans le cadre de cette rencontre, l’accord entre la Grèce et ses créan-sans tenter, en même temps, de relancer CroissancePlus a remis au Président ciers. La France, en tant que membrel’activité. Or, ceci n’est pas forcément de la République sept propositions clé de la zone euro, a donc payé, encontradictoire. Le sommet européen du concrètes : partie, une défaillance collective.30 janvier devait se révéler intéressant àcet égard, puisqu’il est censé examiner / Faire respecter la loi sur les délaisun plan en plusieurs points, présenté de paiement et porter progressive-par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy au ment le délai à 30 jours AAAPrésident du Conseil européen, Herman / Mieux répartir la pression fiscaleVan Rompuy, pour renforcer la crois- sur les entreprises pour relancersance, l’emploi et la compétitivité et l’investissement AA+prévoyant même la création d’un fonds / Passer de l’épargne stérile àspécial de croissance et de compéti- l’épargne fertiletivité. Ces lignes étant écrites avant la / Annualiser le temps de travail au Atenue du Sommet, les lecteurs du Petit plan nationalJournal de Campagne seront donc en / Créer un revenu progressif pourmesure de juger si les dirigeants fran- les 17-24 ansçais et allemands ont été jusqu’au bout / Instaurer un contrat de travail BBB+de leur initiative… unique avec gain de droits progres- sifs / Adapter la représentativité du CC personnel aux caractéristiques des PME 02. 2012
  6. 6. 10 11 C’est pourquoi nous faisons plus de L’économie progrès que l’Europe, en tout cas, il est clair que l’Europe fait pire que nous. américaine sur Pour une raison simple : elle s’effraye des mauvaises choses. La Banque cen- la voie du redres- trale européenne se soucie de l’inflation (au point qu’elle a relevé les taux en sement ? 2011 avant de se raviser un peu plus tard), au lieu de se soucier de soutenir la reprise de l’économie. » « Comment se porte l’Amérique ? Il faut bien reconnaître que l’état de l’écono- Paul Krugman, mie est terrible. Trois ans après l’arri- New York Times, 24 janvier 2012 vée au pouvoir du président Obama, et deux ans et demi après la fin officielle de la récession, le chômage demeure La Scandinavie, à un niveau douloureusement élevé. Pourquoi laissais-je une lueur d’opti- paradis du capital misme poindre à travers les nuages ? Les statistiques économiques ont été investissement un peu meilleures ces derniers temps. Mais une hirondelle ne fait pas le prin- temps. Plus important : il y a des signes « Le capital investissement scandinave qui montrent que les deux problèmes est en plein boom. Et ce, malgré un qui sont à l’origine de nos difficultés, contexte morose pour l’ensemble du l’effondrement de l’immobilier et une secteur en Europe. En 2011, les pays dette privée excessive, sont en voie nordiques ont représenté 21% des 94 d’amélioration. Sur la question de l’im- milliards de dollars d’opérations de mobilier, un cercle vertueux pourrait capital equity réalisées en Europe selon s’engager : une reprise de l’économie, Thomson Reuters. Non seulement la même légère, pourrait entraîner une part du capital investissement scandi- reprise de la construction, qui consoli- nave a doublé depuis un an, mais son derait la relance de l’économie et ainsi poids est désormais supérieur à celui de suite. En outre, nous avons réalisé du Royaume-Uni. Les pays nordiques des progrès significatifs en matière de comptent aujourd’hui 155 fonds d’in- diminution de la dette privée, comme le vestissement, disposant d’une capacité montre un récent rapport de McKinsey. d’investissement de 13 milliards d’euros. 02. 2012
  7. 7. 12 13 compagnon. C’est cher et c’est mau- Si vous voulez des vais pour les mariages. Pourtant, tout le monde voyage. La plupart des entre-L’une des explications de cette vitalité comportements prises tentent de résoudre le problème avec cette logique low-cost pour luiest la vigueur des banques scandi- en interdisant tout voyage, sauf les plus substituer un schéma fondé sur l’inves-naves, en bien meilleure posture que adultes, traitez importants. Mais cela ne marche pas. tissement. Sur ce point notre pays neleurs homologues du reste de l’Europe. C’est trop vague, car chacun affirme cesse de reculer. Les 125 entreprisesEn outre, la Scandinavie affiche des les gens comme que « son » voyage est important. Si, françaises qui dépensent le plus en R&Dtaux d’endettement public nettement au contraire, vous traitez tout le monde ont baissé annuellement leur effort deinférieurs à ceux des autres pays euro- des bébés… comme des bébés et imposez des 0,4% ces trois dernières années. »péens (en moyenne 50% du PIB). » règles arbitraires, les gens n’ont d’autre choix que de s’y plier. Imposer de telles Gilles Le Blanc, Christine Lejoux, « Lloyds Bank a trouvé une nouvelle décisions sur des adultes est moins Le Figaro, 16 janvier 2012 La Tribune, 17 janvier 2012 façon d’économiser de l’argent : elle étrange qu’il n’y paraît. L’histoire sug- interdit à ses cadres de voyager durant gère que les êtres humains aiment plu- la troisième semaine du mois. Comme tôt cela. Et si l’interdiction des voyages c’est pathétique, ai-je pensé lorsque au cours d’une semaine donnée est 20 millionsUn entrepreneur à j’ai entendu cela. Cette idée semble un une bonne idée, alors il faut l’élargir aux non sens : si un voyage est important, il autres domaines dans lesquels nous ne de dollars de donsla Maison-Blanche ? doit être entrepris au moment où il faut. sommes pas sages. Cela pourrait être Et s’il n’est pas important, inutile de le une solution au problème des emails, pour Wikipédia faire. Plus grotesque encore, la banque des réunions, des déjeuners d’affaire« Mitt Romney, le candidat Républicain explique que cette décision fait par- et quand aux petits-déjeuners d’affaire,à l’élection présidentielle, a quelque tie de son programme « Intelligence et ils pourraient être interdits tous les « Quelque 450 millions de personneschose dont le président et ses autres Responsabilité » et en accord avec l’une jours… » consultent chaque mois Wikipédia.adversaires Républicains manquent de ses valeurs phares : « Nous agissons Nancy Kellaway, L’encyclopédie est traduite en 280 lan-cruellement : une expérience de l’entre- de façon sage ». Lloyds prétend que Financial Times, 16 janvier 2012 gues, et propose 1,1 million d’articles enprise. Pendant vingt-cinq ans, il a gagné ce dispositif a rencontré un vif succès. français consultés par 18,8 millions debeaucoup d’argent en aidant des entre- Depuis qu’il a été mis en place, il y a six lecteurs. C’est le quatrième site le plusprises, en tant que consultant, à devenir mois, le nombre de voyages a diminué La croissance par visité du monde après Google, Yahoo !,plus efficaces. Oui, dans certains cas, de 70 000, ce qui représente une éco- You Tube et Facebook. Indépendante,cela a amené à licencier des salariés, nomie de 1,5 million de livres par mois. l’investissement l’encyclopédie participative est financéemais cela a aussi nourri la croissance Mieux encore : le nombre de voyages au à 85% par des dons de particuliers, lede l’économie. Jusqu’à maintenant, Mitt cours des trois semaines « autorisées » reste provenant de fondations. La der-Romney ne s’est pas vraiment défendu est en légère baisse. Donc cette idée « On parle sans arrêt de l’explosion de la nière campagne de collecte de fonds,contre ceux qui l’attaquent, dans un n’est peut-être pas aussi stupide, après dette publique. Mais on oublie que c’est qui s’est terminée le 3 janvier, a battu unesprit de « destruction créative » qui est tout. Peut-être est-il nécessaire de traiter celle des ménages qui a augmenté le record : 20 millions de dollars, donnésl’essence même du capitalisme. Il dit ses cadres adultes comme des bébés plus fortement en dix ans : + 60%. C’est par 1 million de personnes. Wikipédiaqu’il a créé 100 000 emplois lorsqu’il parce que, contrairement à la devise le déclenchement d’un véritable cercle s’inscrit dans le courant coopératif néétait chez Bain. C’est un chiffre impos- « Nous agissons de façon sage », ces vicieux : recherche des prix les plus bas avec Internet. Pour ses fondateurs,sible à prouver, mais il pourrait défendre cadres adultes se comportent de façon pour continuer à consommer malgré Wikipédia est un temple de l’esprit, unplus fortement l’idée que les avantages très peu sage lorsqu’il s’agit de voyager. des salaires en berne, augmentation lieu où apprendre et partager la connais-des restructurations sont bien supé- Tout le monde voyage plus que néces- des importations des pays émergents, sance, pas un espace marchand. »rieurs à leurs inconvénients. » saire. C’est une épreuve difficile de se pression accrue sur les entreprises retrouver seul dans une chambre d’hôtel domestiques pour réduire leurs prix et Frédéric Joignot, The Economist, 14/20 janvier 2012 anonyme, avec le minibar comme seul leurs coûts. Il faut rompre radicalement Le Monde, 14 janvier 2012 02. 2012
  8. 8. RENFORCER LES ENTREPRISES FRANÇAISESDANS LA COMPÉTITION MONDIALE La partie qui se joue dans l’économie mondiale est sérieuse : nous n’en Depuis quelques années, la compé- de 20 milliards de plus qu’en 2010. sommes encore qu’au début de la montée en puissance des entreprises titivité du site de production français Cette dérive est liée à la perte de venues des pays émergents qui élargissent chaque jour davantage leur est entamée. Deux indicateurs le compétitivité des produits français, champ de compétences technologiques, commerciales ou financières. révèlent sans ambiguïté : la baisse puisque dans les mêmes conditions L’Europe, et en particulier la France, dont il ne faut pas minorer le rôle dans de l’emploi industriel et le déficit de macro-économiques et avec un les échanges mondiaux, ont néanmoins une place, des entreprises, un site notre balance commerciale. Entre taux identique de l’euro par rapport de production, des emplois à défendre mais surtout à développer. Les che- 1980 et 2009, l’industrie française aux autres monnaies identique, les mins de la croissance passent obligatoirement par un renforcement de la a perdu 2 millions d’emplois. Selon entreprises allemandes ont franchi compétitivité des entreprises françaises, mais aussi du site de production les études de l’INSEE, le rythme des l’année dernière la barre symbolique France. Cela implique des améliorations à apporter à l’environnement fiscal, disparitions d’emplois s’est accéléré des 1 000 milliards d’euros d’expor- économique et social des entreprises et une approche de la compétition plus ces dix dernières années, au cours tations, soit plus que le double des groupée de la part de « l’équipe de France »… Analyse et témoignages… desquelles environ 60% de ces des- exportations françaises. tructions ont été directement liées à mois, c’est probablement la ques- la concurrence étrangère. Quant au tion la plus importante qui se posera déficit commercial, il atteindra pour Pour un vrai en matière de définition d’une poli- l’année 2011 le montant record de tique économique et sociale pour près de 75 milliards d’euros, soit plus Made in France les années qui viennent. La compé- titivité d’une entreprise est liée à de Po u r p e r m e t t r e a u x e n t r e p r i s e s f r a n - Comment rendre plus compéti- très nombreux facteurs. Certains çaises d’exporter encore plus leurs pro- tif le site de production France ? sont internes à l’entreprise (mode de ductions à valeur ajoutée nationale, une Comment faire en sorte que le fonctionnement, process de fabrica- parité entre l’euro et le dollar serait « Made in France » reste une réfé- tion, technologies, qualité des diri- très appréciable. Un euro à 1,30/1,40 rence sur les marchés étrangers et geants, formation des salariés…). d o l l a r n e fa c i l i t e p a s l ’ ex p o r t a t i o n d u que les emplois industriels ne soient Mais elle dépend aussi d’éléments ‘Made in France’, et n’incite pas non pas irrémédiablement condamnés extérieurs : environnement social et p l u s à r e l o c a l i s e r d e s fa b r i c a t i o n s e n à être délocalisés vers des pays fiscal, dispositifs d’aides et d’assu- France. » dont le coût du travail est beaucoup rance, valeur de la monnaie, effica- — moins élevé ? Pour la future équipe cité du secteur financier et bien sûr, CHRISTIAN DELAGE, Christian Delage, qui dirigera le pays dans quelques coût du travail. Dirigeant des Bouchages Delage Dirigeant des Bouchages Delage (DR)
  9. 9. 17Renforcer les entreprisesfrançaises dans la compétition Améliorer notre A uj our d’hui , 30 % de ve nte s sont fa i te s da ns l e s nosmondiale — approche des pa ys é m e r ge nts e t c e tte pa r t a tte i ndr a 50 % d’i c i de ux marchés extérieurs a ns. L’i nte r na ti ona l , c ’e st l a r e m i se e n c a use pe r m a ne nte . Le potentiel français à l’exporta- Ve ndr e à l ’é tr a nge r, c e n’e st tion existe, il n’y a qu’à considérer pa s j uste e nvoye r de s c om - Redonner de la compétitivité au site dans la logique du développement les performances des entreprises pa tr i ote s à l ’a utr e bout du de production France est donc une de la Chine, de l’Inde, du Brésil ou membres de CroissancePlus dans m onde . I l fa ut a da pte r de s priorité mais ne peut que se réali- de la Russie, que les entreprises de leur déploiement international. Mais offr e s i nno va nte s e n pr e na nt ser sur le moyen terme. Cela passe ces pays accélèrent dans les années ce potentiel doit être renforcé au tra- e n c om pte l e s spé c i fi c i té s de s par une action concertée incluant la qui viennent leur déploiement hors vers de plusieurs types de mesures m a r c hé s l oc a ux. » baisse du coût du travail, l’assou- de leurs frontières. La France doit ou d’actions concrètes pour aider la — plissement de la durée du travail, être en position d’entrer en compéti- France à tenir son rang dans la com- O L I VI E R CA I X, mais aussi une concentration des tion avec les autres pays européens pétition mondiale. Dirigeant de Diana efforts de l’Etat sur des axes de pour en capter une partie, ce qui recherche et de développement sera facteur de création d’emplois et Une première idée serait de renforcer prioritaires. Mais il faut aussi accé- de richesses… les réseaux d’entreprises françaises. lérer le processus de transformation Ce n’est un mystère pour personne des PME en ETI, pourquoi pas en que l’efficacité des entreprises alle- initiant l’écriture d’un Small Business mandes à l’étranger repose sur une Act à la française. Le processus de solidarité des entreprises entre elles, mutation vers les ETI ne peut s’ac- notamment entre les grands groupes complir que si ces entreprises de et les PME. Une telle solidarité fait taille intermédiaire se déploient lar- défaut aux entreprises françaises. gement vers les marchés extérieurs ; Il est nécessaire de l’instaurer. Les ce qui implique une forte capacité grands groupes peuvent agir à deux d’innovation. niveaux : mettre à disposition des petites et moyennes entreprises Pour donner envie aux futurs chefs leurs réseaux commerciaux et leur d’entreprise de se lancer à l’internatio- organisation logistique ; privilégier nal, il fa u t m on t r er l es g r an d s s u ccès l’offre française dans la réponse français, les grandes réussites de so- aux appels d’offres, dans lesquels ciétés françaises à l’étranger. Cet effort les grandes entreprises pourraient d’exemplarité doit tourner autour de réserver une part à leurs sous-trai- produits du quotidien et non seulement tants ou partenaires français. Olivier Caix, Dirigeant de Diana (DR) d’innovations technologiques. » Dans un autre ordre d’idée, — CroissancePlus propose la création françaises « chassent en meute » JEAN RAUSCHER, Jean Rauscher, Dirigeant d’Yseop, dans un certain nombre de pays si possible autour d’un champion Dirigeant d’Yseop, Co-président Co-président de la Commission Internationale d’une Maison France-Business, national déjà bien implanté. On de CroissancePlus (DR) de la Commission Internationale qui serait un centre d’affaires d’une pourrait même imaginer que les de CroissancePlus taille critique convenable (regrou- locaux de ces Maisons France- pant une centaine d’entreprises) et Business soient proches de ceux Enfin, l’enjeu de l’amélioration de leur proposant des services variés et d’une grande entreprise française la compétitivité du site France est adaptés lors de la prospection ou de disposant d’une présence forte dans aussi dans notre capacité à attirer l’implantation sur un marché étran- le pays considéré afin de tisser des des investissements étrangers. Il est ger. L’objectif est que les entreprises liens et de renforcer les coopérations.
  10. 10. 19Renforcer les entreprises Le développement international desfrançaises dans la compétition entreprises est créateur de richesses dans notre pays. Tout emploi créé à l’international est en réalité le plusmondiale — souvent égal à un emploi créé en France, par l’effet direct qu’il a sur la croissance de l’entreprise et sa capacité à créer de la valeur. Enfin, parmi les multiples autres actions à mener, il convient de renfor- Parmi les services que cette struc- cer le potentiel de soutien à l’export, Se l a nc e r à l ’i nte r na ti ona l , ture pourrait rendre aux entreprises d’améliorer les conditions de l’assu- c ’e st r é pondr e a ux be soi ns figurent notamment l’assistance- rance risque pays et risque client, spé c i fi que s de c ha que pa ys secrétariat, l’assistance juridique, et de rendre les grandes écoles vi sé . E n E spa gne pa r exe m pl e , la traduction et l’interprétariat, la d’ingénieurs françaises plus visibles l e ta ux de c hôm a ge (pr è s de comptabilité, un data center, des à l’international (à l’image de l’Ecole 20 % de l a popul a ti on a c ti ve ) salles équipées pour visio et audio centrale en Chine, par exemple, obl i ge à a da pte r nos offr e s. conférences. dont nous avons parlé dans le pre- A xi a te l a a i nsi dé ve l oppé de s mier numéro du Petit Journal de se r vi c e s de ve nte e n l i gne gr a - Campagne), au besoin en organisant tui ts ou sa ns fr a i s d’i nsta l l a - Il faudr ai t q u e l es g r an d s g r ou p es un regroupement des moyens. Ces ti on pa r exe m pl e . L’expé r i e nc e qui sont p r és en t s d an s t ou s l es p ay s actions seraient une façon de trans- de l ’e ntr e pr e ne ur i a t à l ’é tr a n- du m on d e, q u i on t u n e ex p ér i en ce Alexandre Gérard, Dirigeant d’inov-On former les entreprises en multinatio- ge r n’e st pa s à pr e ndr e à l a de t e rrai n , q u i on t l es r éf ér en ces et et de Chronoflex (DR) nales de la connaissance technolo- l é gè r e . I l y be a uc oup de suj e ts le s contact s , p r en n en t s ou s l eu r ai l e gique et scientifique et en un outil de à m a î tr i se r c om m e l e s m oye ns un ce rt ai n n om b r e d ’en t r ep r i s es q u i Il y a d e u x l e vi e r s p o u r d é ve - promotion du savoir-faire français à de pa i e m e nt, l e s que sti ons ve ule nt s ’i m p l an t er à l ’ét r an g er, q u e l o p p e r l e s E T I. L e p r e mi e r l’étranger. de TVA ou les di ffé r e nc e s c e soien t d es s ou s -t r ai t an t s ou d es se r a i t d e c o n f i e r u n e p a r t i e c ul tur e l l e s. Mais c ’e st une part enai r es , p ou r l eu r ap p or t er s ou - d e l a c o mma n d e p u b l i q u e a u x expé r i e nc e c r uc i a l e . Se r e - t ie n e t s av oi r-fai r e. » e n t r e p r i se s d e 3 0 0 o u 4 0 0 tr ouve r e n fa c e d’e ntr e pr i se s — p e r so n n e s. C ’ e st l e se n s d ’ u n c hi noi se s ou a m é r i c a i ne s qui AL EXAN DRE S AU BOT, S ma l l B u si n e ss A c t à l a f r a n - ont de gr a nde s fa c i l i té s e n de - Dirigeant d’Haulotte ç a i se . A l ’ i n t e r n a t i o n a l , l ’ E t a t hor s de l e ur s fr onti è r e s, c ’e st pourrait é g a l e me n t inciter e nr i c hi ssa nt. » l e s g r a n d s c o mp t e s f r a n ç a i s — Transformer des entreprises moyen- à c o l l a b o r e r a ve c l e s P M E . Il SA CH A D O L I N E R , nes en entreprises exportatrices p o u r r a i t s’ a g i r d ’ u n syst è me D i r i ge a nt d’A xi a te l nécessite aussi que l’exemplarité i n c i t a t i f p o si t i f p o u r q u e l e s soit un moteur. On ne parle pas P M E o u l e s E T I p u i sse n t so u s- assez dans les médias des PME qui t r a i t e r d a va n t a g e . U n e t e l l e exportent, on ne voit pas assez de me su r e p e r me t t r a i t u n a p p e l témoignages de patrons globe-trot- d ’ a i r mé c a n i q u e . C a r q u a n d o n ters. On pourrait fort bien décréter ve u t se d é ve l o p p e r à l ’ i n t e r- une « Année de l’international » qui n a t i o n a l , c e q u i c o mp t e c ’ e st ferait des entreprises exportatrices l a p r e mi è r e ma r c h e . » des champions nationaux. En paral- — lèle, il importe de lutter contre l’idée A L E X A N D R E G É R A R D, que tout emploi créé à l’étranger est D i r i g e a n t d ’ i n o v- O n e t un emploi supprimé en France. d e C h r o n o f l ex Sacha Doliner, Dirigeant d’Axiatel (DR)
  11. 11. 21Renforcer les entreprises charges sociales sur les entreprises CroissancePlus propose que le réfé-françaises dans la compétition puisqu’une partie des charges de rentiel de la durée légale du travail la protection sociale est transférée sur une base annuelle soit appliqué vers la consommation. À l’heure avec un minimum hebdomadairemondiale — où ce numéro part sous presse, le Président de la République, Nicolas de 30 heures et un maximum de 40 heures, afin de conserver une cer- Sarkozy, n’a pas encore détaillé le taine stabilité pour les salariés. dispositif exact qu’il prévoit d’an- En outre, la politique visant à alléger noncer aux Français dans quelques le coût du travail en faveur des sala- jours. Cependant, il était d’ores et riés les moins qualifiés et des bas déjà acquis qu’une augmentation du salaires est une stratégie positive Assouplir l’envi- U n e é t u d e r é c e n t e a f f i r me q u e taux de TVA, assortie d’une baisse pour l’emploi. Il convient donc de la l e s so c i é t é s f r a n ç a i se s o n t des charges sociales patronales et préserver. ronnement fiscal, 3 5 % d e mo i n s d e r é su l t a t b r u t salariales, serait très bientôt mise en d ’ exp l o i t a t i o n par rapport place. C’est un premier pas encou- N ous a vons un pr obl è m e a ve c social et juridique a u x e n t r e p r i se s a l l e ma n d e s. rageant, consistant à détaxer le travail. l e c oût du tr a va i l e n F r a nc e . Po u rq u o i ? Pa r c e que nous I l fa udr a i t fl ui di fi e r l e m a r c hé des entreprises so mme s ponctionnés d’une La deuxième condition d’une amé- du tr a va i l e t a c c e pte r l ’i dé e ma n i è r e ext r ê me me n t forte. lioration de l’environnement social qu’une e ntr e pr i se doi t a voi r Restaurer la compétitivité des entre- C ’ e st é n o r me . A i d o n s p l u t ô t des entreprises serait d’augmen- une va r i a bl e d’a j uste m e nt sur prises, c’est restaurer la compétiti- l e s e n t r e p r i se s q u i ve u l e n t ter le temps de travail. Le sujet est sa m a sse sa l a r i a l e . A l ’é tr a n- vité de notre environnement fiscal, se d é ve l o p p e r, à g r a n d i r l e complexe, mais il n’est plus permis ge r, i l s l ’ont bi e n c om pr i s. J e social et juridique. Cela passe par p l u s p o ssi b l e . N o u s so mme s, d’ignorer une constatation d’évi- pe nse à un c ontr a t de tr a va i l un certain nombre d’actions et de c h e z CroissancePlus, beaucoup dence : la flexibilité du marché du uni que ou à de s pr oc é dur e s mesures concrètes visant à produire d’entrep r e n e u r s à a vo i r c e t t e travail est un moyen de créer massi- de l i c e nc i e m e nt qui se r a i e nt moins cher, à créer un droit du tra- capacité de d é ve l o p p e me n t . vement des emplois. Il importe donc m oi ns pe r ç ue s pa r l e sa l a r i é vail moins rigide, à améliorer la ren- L a i sse z - n o u s d é ve l o p p e r n o s que cette question fasse l’objet d’un c om m e pa r l e di r i ge a nt c om m e tabilité des PME et à assainir nos e n t r e p r i se s. » débat et d’initiatives législatives afin un dr a m e . » finances publiques dans la durée. — que les PME puissent s’adapter — Les conditions du produire moins E V E LYN E P L AT N IC C O H E N , rapidement à l’évolution de l’envi- F R A N ÇO I S B I E B E R , cher sont assez bien connues. Le Dirigeante de Booster Academy ronnement économique. Dirigeant de C2B-NetAffiliation premier constat est qu’en France, le coût du travail est trop élevé et que CroissancePlus préconise un retour les salaires sont trop bas. Comment à une durée légale du travail de 39 sortir de ce paradoxe dans un esprit heures, mais dans le cadre d’une citoyen et une éthique de responsa- annualisation nationale du temps bilité ? Le but d’un système fiscal est de travail (via une négociation glo- de parvenir à améliorer le potentiel bale et une loi cadre) qui permettrait des entreprises de ce pays, favoriser à la fois de sécuriser l’emploi des la prise de risque et l’investissement salariés et de donner une marge productif, et générer des compor- de manœuvre aux entrepreneurs tements vertueux de création de dans les périodes difficiles en évi- richesse. tant de recourir à des licenciements. Parmi les mesures envisageables L’activité des entreprises est par figure notamment l’instauration de la nature erratique. Pouvoir ajuster son TVA emploi. Nous avons déjà décrit effort de production à la volatilité les avantages de ce mécanisme dans de la demande par un référentiel de le premier numéro du Petit Journal temps de travail plus souple permet de Campagne. La TVA emploi a le Evelyne Platnic Cohen, de sécuriser des emplois et d’éviter François Bieber, mérite de permettre une baisse des Dirigeante de Booster Academy (DR) des licenciements. Dirigeant de C2B-NetAffiliation (DR)
  12. 12. 23Renforcer les entreprises par CroissancePlus auprès de ses 350 adhérents, 73 % des entreprises caps sur les entreprises si l’on veut qu’elles puissent se battre à armesfrançaises dans la compétition subissent un allongement des délais égales avec les entreprises euro- de paiement de leurs clients. Et les péennes, américaines et des pays entrepreneurs ne sont pas optimistes émergents.mondiale — pour les mois à venir : 79 % pensent que les délais de paiement vont C’est la raison pour laquelle continuer à se dégrader. Malgré les CroissancePlus demande que le améliorations apportées par la loi de Médiateur des Délais de Paiement, modernisation de l’économie (LME), placé sous l’autorité du Premier reconnues par 56 % des entrepre- ministre et disposant des services La remise en cause de ce dispositif neurs, et la création de la média- de la DGCCRF soit un recours pour engendrerait une perte de compéti- tion interentreprises, les mauvaises les PME qui subissent les abus les tivité pour les PME. Ce qui pose, au pratiques perdurent. Résultat : les plus manifestes de certains clients. passage, le problème de la stabilité PME croulent sous les impayés de Ses services doivent constituer du cadre social et fiscal dans lequel leurs clients et font la trésorerie des un fichier central des mauvais opèrent les entreprises. Il importe grandes entreprises. payeurs et déclencher des audits que cette stabilité soit garantie le et des contrôles d’entreprises. Ce mieux possible afin d’accorder aux He ur e use m e nt que l a l oi de m ode r ni - Médiateur doit être doté d’un pou- entreprises une certaine pérennité s a ti on de l é c onom i e a é té un r e m pa r t voir de sanction pour infliger des dans les politiques qu’elles mettent fac e à l a c r i se , nota m m e nt a u suj e t amendes immédiates en l’absence en œuvre. de s dé l a i s de pa i e m e nt. Ca r de pui s de régularisation. Mais il faut aussi Sandra le Grand, Dirigeante de Kalidea, que l que s m oi s, l e s gr a nds gr oupe s se une évolution législative afin que le Il y a de m u l t i p l es am él i or at i on s à Vice-présidente de CroissancePlus (DR) condui se nt tr è s m a l a ve c l e s pe ti te s démarrage d’une prestation suffise apport er : l a r ég l em en t at i on s oci al e entr e pr i se s e t ti r e nt l a c or de c onc e r- à qualifier une relation commer- s’appliqu an t au x s al ar i és t r avai l l an t Il fa u t p r o mo u vo i r t o u t e s l e s na nt nos tr é sor e r i e s. L a r e sponsa bi - ciale et non pas l’émission du bon dans des p ay s ét r an g er s d ev r ai t êt r e me su r e s qui engendreraient l ité soc i é ta l e de c e s gr a nds gr oupe s de commande, comme c’est le cas assoupli e, l e cad r e f i s cal con cer n an t un t r a n sf e r t de c o t i sa t i o n s est i c i é c or né e . » aujourd’hui. La législation masque la le s e nt r ep r i s es q u i on t d e m u l t i p l es p a t r o n a l e s e t sa l a r i a l e s ve r s — réalité des délais de paiement dans f iliale s à l ’ét r an g er d ev r ai t êt r e r ev u u n e t a xe à l a c o n so mma t i o n H U B E RT R E Y N I E R , notre pays. Il faut donc la faire évo- e t surt ou t l ’ad m i n i s t r at i on d ev r ai t e t q u i p e r me t t r a i t e n p a r a l l è l e Di r i ge a nt de Vi sc onti , Co-pr é si de nt luer pour que les délais ne soient t e nir co m p t e d u fai t q u e l es en t r e- u n e h a u sse d e s sa l a i r e s. C ’ e st de l a Com m i ssi on I nte r na ti ona l e plus de 60 jours mais limités à 30 jours. prises q u i ex p or t en t s on t à p r és er v er une priorité pour relancer la de Cr oi ssa nc e Pl us plut ôt q u ’à t ax er à ou t r an ce. » c r o i ssa n c e . » — — Or, en ce moment plus que jamais, L e s m e na c e s de r uptur e de RÉG I S ARNOU X , S A N D R A L E G R A N D, les PME doivent pouvoir maîtriser c ontr a t qui pè se nt sur l e s PM E Dirigean t d e C I S Dirigeante de Kalidea leurs encours de créances four- sont honte use s e t da nge r e use s nisseurs. Elles souffrent déjà de pour l e ur c r oi ssa nc e e t l e ur niveaux de rentabilité inférieurs à c om pé ti ti vi té . I l e st a i sé de Réduire les leurs concurrentes européennes c om pr e ndr e que l e s PM E ont (notamment allemandes et britan- be soi n d’ê tr e pa yé e s da ns l e s délais de niques), à cause du coût élevé du te m ps pa r l e ur s cl i e nts pour travail et de la pression fiscale. Elles s’a ssur e r une tr é sor e r i e qui paiement affichent l’un des taux d’autofinan- l e ur pe r m e tte nt nota m m e nt cement les plus faibles d’Europe, d’i nve sti r e t de gr a ndi r » Les délais de paiement constituent au moment où les autres sources — l’un des problèmes les plus aigus de financement se tarissent, notam- A L A I N TH I B A U LT, D i r i ge a nt auxquels doivent faire face les ment le crédit bancaire mais aussi de B e r na r d J ul hi e t G r oup, PME, et le ralentissement de l’acti- les fonds drainés via les dispositifs Co-pr é si de nt de l a Com m i s- vité économique n’arrange pas les ISF pour les PME. On ne peut pas si on PM E / G r a nds G r oupe s Régis Arnoux, Dirigeant de CIS (DR) choses. Selon une enquête réalisée laisser s’accumuler autant de handi- de Cr oi ssa nc e Pl us
  13. 13. 25Les chiffres de la compétitivité — En examinant ces chiffres, on ne peut qu’être frappé par l’écart entre les pays ce que les pays européens (à l’exception émergents et les zones économiques peut-être de l’Allemagne et du Royaume- prise au sein des pays du G20. Ernst & matures. Uni) déploient de sérieux efforts dansLes chiffres-clé de Young a proposé cette affirmation à des cette direction. échantillons d’entrepreneurs dans tous Dans les régions à croissance rapide,l’entrepreneurship les pays du G20 : la culture de votre pays 36 % des personnes interrogées sont tout En corollaire à cette question, Ernst & encourage l’entrepreneurship ? Voici les à fait d’accord pour estimer que la culture Young en a posée une autre concernantau sein du G20 — réponses : Entièrement Partiellement de leur pays favorise l’entrepreneurship. la façon dont l’échec entrepreneurial est C’est presque 10 fois plus qu’en France, perçu dans les pays du G20. Les pays d’accord d’accordUne étude exclusive d’Ernst & Young dont le score est particulièrement faible. dans lesquels la majorité des personnes 57% 41% Inde Nous sommes dans le bas du tableau ! interrogées estime que l’échec est une L’Inde, la Chine, sont des pays où le occasion d’apprendre sont, sans surprise, 54% 38%La compétitivité d’une nation ne réside Chine souffle entrepreunerial prend sans cesse la Chine, la Turquie, le Brésil, les Etats-pas seulement dans les indices macro- de la puissance. Quant aux Etats-Unis, Unis, l’Inde, le Mexique. Les pays dans 44% 44%économiques ou dans les chiffres de la Canada ils ne démentent pas leur image de pays lesquels l’échec est considéré comme unpression fiscale. Elle se mesure aussi à la phare de la création d’entreprise, ce qui handicap pour de futurs projets d’entre- 60% 28%vitalité de l’esprit d’entreprise, à la vigueur Etats-Unis est une source majeure de compétitivité prise sont, dans l’ordre, l’Allemagne, lade la création d’entreprises et à la densité et de croissance. Il y a donc urgence à France, le Japon, la Russie… 48% 38%du mouvement d’entrepreneurship qui Arabie Saouditeirrigue l’ensemble de l’économie et mêmede la société. Des entreprises à forte Corée du Sud 30% 54% Le paysage du capital-risque —croissance dirigées par des entrepreneurs 44% 40%de talents sont tout à fait capable de trou- Indonésiever leur voie même dans des périodes L’esprit d’entreprise est certes très important. Mais il doit s’appuyer sur des structures finan- 26% 56%difficiles et sont tout à fait à même, non Argentine cières qui favorisent la création d’entreprise, et notamment la vitalité du capital-risque. De ceseulement de surmonter, mais aussi de point de vue, le paysage offert par le G20 est très contrasté, comme le montrent les chiffres 38% 42%tirer profit des crises économiques. C’est Australie ci-dessous. La puissance des Etats-Unis dans ce domaine est sans égale, mais la montéepourquoi les entrepreneurs ont une res- de la Chine est intéressante à souligner, de même que celle de l’Inde, qui se situe au même 26% 54%ponsabilité particulière dans la prospérité Turquie niveau ou presque que la France.future du G20. C’est en tout cas la convic- 26% 52% Etats-Unis 23 785tion d’Ernst & Young, qui a réalisé en 2011 Allemagne Chine 4 274un baromètre de l’entrepreneurship dans 22% 56% Royaume-Uni 2 151les pays du G20, dont le Petit Journal de Mexique Inde 1 349Campagne a extrait les indicateurs et les France 1 348 20% 56%chiffres les plus significatifs. Italie Canada 1 226 Brésil 776 30% 46% Royaume-UniL’importance de 44% 30% Allemagne Corée du Sud 646 274 Brésilla culture 28% 46% Russie Australie 146 132 Afrique du Sudentrepreneuriale — Japon 90 Mexique 28 18% 48% Japon Italie 25 Afrique du Sud 23 8% 42%On peut s’accorder sur le fait qu’un pays Russie Turquie 23dont la culture favorise la création d’en- Argentine 20 4% 20%treprise est mieux armé qu’un autre dans France Arabie Saoudite 5la compétition internationale. Il est donc 0 5 000 10 000 15 000 20 000 25 000 22% 42%intéressant de comparer l’esprit d’entre- Union Européenne Montant investi en capital-risque en 2010 (en millions de dollars)
  14. 14. Le grand entretien — Nicolas Baverez : « La modernisation du modèle économique français n’a rien d’impossible. » Face aux chocs qui s’annoncent, le modèle économique fran- çais est-il de taille à résister ? Et à quelles conditions ? La question est aujourd’hui au cœur des débats politiques et oppose souvent les prophètes du déclin historique et irrémé- diable de la France et ceux qui estiment que des réformes sont possibles, que les atouts économiques, industriels, technolo- giques et scientifiques de la France sont de nature à préser ver son rôle dans la mondialisation. C’est sur cette ligne de pen- sée que se situe Nicolas Baverez, qui a accepté de répondre aux questions du Petit Journal de Campagne. / Le Petit Journal de Campagne : insoutenable de la monnaie unique Nous vivons aujourd’hui deux crises qui ne peut gérer les chocs internes qui se superposent : celle de la ou externes. zone euro, à cause d’une prise de Enfin une crise proprement fran- conscience tardive des risques liés çaise, liée à l’implosion d’un modèleNicolas Baverez à la montée de la dette publique dans les pays du sud. Et une crise en France, confrontée à la remise en économique de croissance à crédit exclusivement fondé sur la consom- mation, financée par les transfertsL’infatigable défenseur cause de son modèle et à un affai- sociaux (33 % du PIB), eux-mêmes blissement de sa puissance écono- financés par la dette publique (86 %de la compétitivité mique, financière et commerciale. du PIB). Au total, la croissance Comment ces deux crises se relient- française est revenue de 3,2 % parde la France elles l’une à l’autre ? an dans les années 1970 à 1,1 % dans les années 2000. Ce ralentis- / Nicolas Baverez : sement est la conséquence directeAvocat, éditorialiste et essayiste, Nicolas Baverez En réalité, trois crises se super- de l’euthanasie du secteur privé quiest l’un des rares personnages à se montrer aussi posent. Celle du capitalisme mon- ne représente plus que 43,4 % de laà l’aise dans les joutes intellectuelles que dans dialisé qui a éclaté en 2007 avec le dépense nationale et de l’effondre-les prétoires. Traitant de dossiers très souvent dégonflement des bulles spécula- ment de la compétitivité du pays.complexes, il a acquis une connaissance intime tives et qui se traduit par une violente Le tissu économique français sedes rouages de l’économie et de la finance. En déflation par la dette, avec à la clé un décompose, avec seulement 185même temps, il porte sur la France un regard ralentissement net de la croissance entreprises de plus de 5 000 sala-acéré, sans complaisance, mais qui éclaire sou- mondiale, une montée du chômage riés et 4 195 entreprises employantvent des réalités mal connues ou mal décrites. et une déstabilisation des classes entre 250 et 5 000 personnes. Et saPour autant, il n’est pas un décliniste, mais plutôt moyennes dans les pays dévelop- décomposition est à l’origine desun infatigable combattant du redressement de la pés. Celle de la zone euro ensuite, autres maux français : le surendet-France, qui passe d’abord par la compétitivité qui découle du surendettement des tement public ; le chômage per-de ses entreprises, de son territoire et de son Etats, de la chute de la croissance manent ; le déchirement du corpsmodèle social. potentielle et d’une gouvernance social.

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