CSF SFD  Les dossiers      thématiques      Numéro 1    L a lu t t e c o n tr e        l ut       onl a d se r t i fic at ...
Les dossiers thématiques            du CSFD numéro 1                            Comité Scientifique Français de la Déserti...
Avant-propos                                                   L’                        Marc Bied-Charreton              ...
Préface                                                    L                         Marc Bied-Charreton                 a...
Sommaire4                                             18De la notion de désertification               Désertification,à ce...
De la notion de désertificationà celle de bien public mondialL        e terme de désertification fait son apparition      ...
LexiqueDésertification, aridité, sécheresse :                                      ou en trouvant d’autres activités qui s...
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Requier-desjardins Mélanie et Caron Patrick, 2005. La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ? Des éléments de réponse... Les dossiers thématiques du CSFD. Numéro 1. 32 pp. - A l’origine considérée comme un problème de développement local, la lutte contre la désertification apparaît peu à peu sur la scène internationale comme un phénomène d’environnement mondial. La lutte contre la désertification peut-elle être envisagée comme un bien public mondial ? Ce dossier explore cette piste et fournit quelques clés pour y répondre… 

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La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ? Des éléments de réponse... Les dossiers thématiques du CSFD. Numéro 1.

  1. 1. CSF SFD Les dossiers thématiques Numéro 1 L a lu t t e c o n tr e l ut onl a d se r t i fic at io n dé ific i oUn bien public mondial environnemental ? Des éléments de réponse... Comité Scientifique Français de la Désertification
  2. 2. Les dossiers thématiques du CSFD numéro 1 Comité Scientifique Français de la Désertification Directeur de la publication La création, en 1997, du Comité Scientifique Français de la Désertification, CSFD, répond à une double préoccupation des Marc Bied-Charreton ministères en charge de la Convention des Nations Unies sur la lutte Président du CSFD contre la désertification. Il s’agit d’une part de la volonté de mobiliser Professeur émérite de la communauté scientifique française compétente en matière de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) désertification, de dégradation des terres et de développement des Chercheur au Centre d’économie régions arides, semi-arides et sub-humides afin de produire des et d’éthique pour l’environnement et connaissances et servir de guide et de conseil aux décideurs politiques le développement (C3ED-UMR IRD/UVSQ) et aux acteurs de la lutte. D’autre part, il s’agit de renforcer le positionnement de cette communauté dans le contexte Auteurs international. Pour répondre à ces attentes, le CSFD se veut une force d’analyse et d’évaluation, de prospective et de suivi, d’information et Mélanie Requier-Desjardins de promotion. De plus, le CSFD participe également, dans le cadre Chercheur au C3ED-UMR IRD/UVSQ melanie_requier@yahoo.fr des délégations françaises, aux différentes réunions statutaires des Patrick Caron organes de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre Chercheur au Département Territoires, la désertification : Conférences des Parties, Comité de la scienceenvironnement et acteurs du Centre de coopération et de la technologie, Comité du suivi de la mise en œuvre de la internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad Tera) Convention. Il est également acteur des réunions au niveau caron@cirad.fr européen et international. Avec la participation de Le CSFD est composé dune vingtaine de membres et dun Président, nommés intuitu personae par le ministère délégué Marc Bied-Charreton, à la Recherche et issus des différents champs disciplinaires et Antoine Cornet, directeur de recherche des principaux organismes et universités concernés. Le CSFD est géréà l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et hébergé par lAssociation Agropolis qui rassemble, à Montpellier et Éric Delaitre, chercheur à lunité de service dans le Languedoc-Roussillon, une très importante communauté Désertification de lIRD et dans le programmeROSELT/OSS (Réseau d’Observatoires de Surveillance scientifique spécialisée dans l’agriculture, l’alimentation et Écologique à Long Terme/Observatoire l’environnement des pays tropicaux et méditerranéens. Le Comité agit du Sahara et du Sahel) comme un organe indépendant et ses avis nont pas de pouvoir décisionnel. Il na aucune personnalité juridique. Édition Le financement de son fonctionnement est assuré par des subventions du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Écologie et du Isabelle Amsallem (Agropolis) Développement durable, la participation de ses membres à ses activités est gracieuse et fait partie de lapport du ministère Remerciements pour les illustrations délégué à la Recherche.Danièle Cavanna (Photothèque INDIGO de l’IRD), Pour en savoir plus : Anne Le Floch (John Libbey Eurotext), www.csf-desertification.orgla coordination régionale de ROSELT à l’IRD, l’OSS ainsi que les auteurs des différentes photos présentées dans le dossier. Conception et réalisation Olivier Piau (Agropolis Productions), Impression : Les Petites Affiches (Montpellier) Dépôt légal : à parution • ISSN en cours La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement Imprimé à 1 500 exemplaires à la charge du Comité, grâce à lappui quil reçoit des ministères français. à la charge du Comité, grâce à lappui quil reçoit des ministères français. Les dossiers thématiques du CSFD sont téléchargeables librement Les dossiers thématiques du CSFD sont téléchargeables librement © CSFD/Agropolis janvier 2005 sur le site Internet du Comité. sur le site Internet du Comité.
  3. 3. Avant-propos L’ Marc Bied-Charreton humanité doit dorénavant faire face à un pro- Président du CSFD blème d’envergure mondiale : la désertifica- Professeur émérite de lUniversité tion, à la fois phénomène naturel et processus de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines lié aux activités humaines. Jamais la planète et Chercheur au C3ED-UMR IRD/UVSQ les écosystèmes naturels n’ont été autant dégradés par notre présence. Longtemps considérée comme un problème local, la désertification fait désormais partie des questions de dimension planétaire pour lesquelles nous sommes tous concernés, scientifiques ou non, décideurs politiques ou non, habitants du Sud comme du Nord. Il est dans ce contexte urgent de mobiliser et de faire participer la société civile, et dans un premier temps de lui fournir les éléments nécessaires à une meilleure compréhension du phénomène de désertification et de ses enjeux. Les connaissances scien- tifiques doivent alors être à la portée de tout un chacun et dans un langage compréhensible par le plus grand nombre. C’est dans ce contexte que le Comité Scientifique Français de la Désertification a décidé de lancer une nouvelle série intitulée « Les dossiers thématiques du CSFD » qui veut four- nir une information scientifique valide sur la désertification, toutes ses implications et ses enjeux. Cette série s’adresse aux décideurs politiques et à leurs conseillers du Nord comme du Sud, mais également au grand public, aux jour- nalistes scientifiques, du développement et de lenvironne- ment. Elle a aussi lambition de fournir aux enseignants, aux formateurs ainsi quaux personnes en formation des com- pléments sur différents domaines. Enfin, elle entend contri- buer à la diffusion des connaissances auprès des acteurs de la lutte contre la désertification, la dégradation des terres et la lutte contre la pauvreté : responsables dorganisations professionnelles, dorganisations non gouvernementales et d’organisations de solidarité internationale. Une douzaine de dossiers est consacrée à différents thèmes aussi variés que la biodiversité, le changement climatique, le pastoralisme, la télédétection, etc., afin de faire le point des connaissances sur ces différents sujets. Il s’agit également d’exposer des débats didées et de nouveaux concepts, y compris sur des questions controversées, d’exposer des méthodologies couramment utilisées et des résultats obte- nus dans divers projets et enfin, de fournir des références opérationnelles et intellectuelles, des adresses et des sites Internet utiles. Ces dossiers seront largement diffusés - notamment dans les pays les plus touchés par la désertification - sous format électronique à la demande et via notre site Internet, mais également sous forme imprimée. Nous sommes à lécoute de vos réactions et de vos propositions. La rédaction, la fabrication et la diffusion de ces dossiers sont entièrement à la charge du Comité, grâce à lappui quil reçoit des ministères français. Les avis exprimés dans les dossiers reçoivent laval du Comité. 1
  4. 4. Préface L Marc Bied-Charreton a Convention des Nations Unies sur la lutte Président du CSFD contre la désertification a fêté son dixième Professeur émérite de lUniversité anniversaire en 2004. Issue de lAgenda 21 de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines adopté à Rio, elle a réussi à impliquer tous les Chercheur au C3ED-UMR IRD/UVSQ pays touchés par ce processus ainsi que les pays du Nord qui coopèrent à cette lutte. Aujourdhui, il paraît nécessaire de faire le point sur ce processus de la désertification : quelle est son importance ? Quelles en sont les conséquences ? Quelle est la vulnérabilité des sociétés touchées ? Laggravation de la désertification entraîne-t-elle une augmentation de la pauvreté et une fragilité des ressources naturelles disponibles ? Nous sommes aujourdhui dans un nouveau contexte international, où est apparue la notion de bien public mondial. En effet, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les programmes nationaux de lutte contre la pauvreté, les ressources nationales en faune et en flore, les ressources en eau et les quotas de réduction des pollutions atmosphériques seraient des biens privés des États nationaux, exclusifs et rivaux. Lélimination de la pauvreté extrême, laccès à léducation, aux soins de base et à latmosphère seraient quant à eux classés comme des biens publics mondiaux non-exclusifs mais rivaux, tandis que la durabilité envi- ronnementale serait classée au titre des biens publics mondiaux purs, non-rivaux et non-exclusifs. Le premier dossier thématique du CSFD se propose dexplorer ces pistes afin de donner une nouvelle vigueur à la lutte contre la désertification, qui ne serait plus seulement la collection de quelques actions techniques menées au niveau local pour limiter lensablement et lérosion, mais qui prendrait une nou- velle dimension, à la fois locale et globale, intégrant les questions de développement et les questions denvironnement. Les auteurs de ce dossier sont Patrick Caron, chercheur au Département Territoires, environnement et acteurs du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement et Mélanie Requier-Desjardins, docteur en économie et chercheur au Centre déconomie et déthique pour lenvironnement et le développement de lUniversité de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.2 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  5. 5. Sommaire4 18De la notion de désertification Désertification,à celle de bien public mondial environnement mondial et biens publics6Dégradation des terres et désertification : 24des chiffres éloquents Comment la notion de bien public mondial peut-elle nourrir la réflexion8 sur les services publics ?La lutte contre la désertification : La réflexion se poursuit…des moyens d’action variéspour une diversité de situations 26 Acronymes et abréviations12 utilisés dans le texteDésertificationet sociétés rurales : 27des liens complexes Pour en savoir plus… 3
  6. 6. De la notion de désertificationà celle de bien public mondialL e terme de désertification fait son apparition sur la scène internationale au moment des grandes sécheresses sahéliennes des années 1970. Il est longtemps associé à une régiondonnée et à une situation dramatique et exceptionnellede sécheresse : celle des éleveurs sahéliens transhu-mants et des espaces pastoraux en bordure du Sahara.On souligne alors tout à la fois le bouleversement dessociétés autochtones et la dégradation de leurenvironnement.Par la suite, la désertification est souvent à tort assimiléedans les médias à lavancée du désert. En réalité, cestun processus complexe, aux multiples dimensions- climatique, bio-physique et sociale - qui conduit à lafois à une baisse de la fertilité du milieu naturel et à lex-tension de la pauvreté. Par ailleurs, la désertification nese limite pas aux zones arides, mais affecte aussi lesespaces semi-arides et sub-humides du globe.À partir des années 1970, de nombreux programmes dedéveloppement sont mis en place pour limiter les effets Zones surpâturées.de la désertification : en Afrique sahélienne, ce sont Léopold Downs, Australieprincipalement des projets localisés dhydraulique Bernard Moizo © IRDpastorale et dappui à la diffusion de techniques anti-érosives afin de soutenir lagriculture. La désertification pourrait appeler un mal public mondial. Nous allonsest alors considérée par la communauté scientifique et considérer que la désertification en est un et voir silla coopération internationale comme un problème de convient de la combattre au niveau mondial. En effet,développement local, appelant des solutions locales. déclarer un bien public mondial ne va pas de soi. Au-delà des controverses et débats liés à lusage et auxDepuis les années 1990, les réunions internationales sur conceptions multiples de cette expression « bien publiclavenir des ressources de la planète ont fait évoluer les mondial », une telle reconnaissance suppose et conduittermes de ce débat ; elles contribuent à faire de la déser- à la mise en place de dispositifs institutionnels et finan-tification une question de développement durable et ciers permettant de le traiter comme tel. Ainsi, cedenvironnement mondial. Ainsi, la lutte contre la dossier, en sappuyant sur des exemples et illustrationsdésertification fait aujourdhui appel à des mécanismes portant sur les techniques de lutte contre la désertifica-mondiaux de financement. Cette prise de conscience de tion ou sur les aspects socio-économiques du phéno-limportance des questions environnementales et la mène, propose déclairer ce débat et de produire desvolonté dagir au niveau international ont conduit de arguments et plaidoyers utiles. Il montre comment lanombreuses institutions à sintéresser à la notion de désertification sexprime, a des répercussions et se com-bien public mondial (BPM). Cest le cas du Programme bat non seulement au niveau local, mais également, etdes Nations Unies pour le développement (PNUD) qui, selon des processus interdépendants, aux échellesdepuis 1999, analyse le rôle de plusieurs biens nationale, internationale et mondiale. Le dossierenvironnementaux dans le développement de la planè- cherche à identifier les liens entre les processus com-te et la durabilité des processus en jeu. plexes impliqués dans la désertification, quils soient locaux, nationaux ou internationaux, et, ensuite, à ana-La notion de bien public mondial explicitée dans ce lyser les tenants et aboutissants dune reconnaissancedossier est celle qui est actuellement développée par les de la lutte comme bien public mondial.organisations internationales et par certains pays déve- La lutte contre la désertificationloppés, et utilisée dans les arènes des négociations peut-elle être rapprochée de cette notioninternationales. Elle tente de faire face à ce que lon de bien public mondial et si oui, de quelles façons ? 4 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  7. 7. LexiqueDésertification, aridité, sécheresse : ou en trouvant d’autres activités qui soulagent la pression sur lesdes différences significatives terres. La désertification est indissociable de la question du développement durable des zones sèches. Comme en témoignentL’aridité reflète un déficit pluviométrique permanent mais elle les annexes de la Convention, cette notion s’applique sur tous lesest aussi liée à d’autres données climatiques spécifiques : insola- continents, principalement aux aires sèches dans lesquelles ariditétion forte, températures élevées, faible humidité de l’air et éva- et sécheresse sont deux données climatiques courantes.potranspiration poussée. Le développement durable :La sécheresse résulte d’un déficit pluviométrique temporaire,alors que le volume des précipitations peut s’avérer suffisant. D’après Mme Brundtland, lors de la Conférence mondiale surEn Afrique, les écosystèmes sahéliens et soudaniens sont les plus l’Environnement et le Développement, 1987 : « Le développe-affectés par les sécheresses. La sécheresse peut être considérée ment durable est un développement qui répond aux besoins ducomme un catalyseur de la désertification car elle affecte la struc- présent sans compromettre la capacité des générations futures àture du sol et provoque des changements dans la végétation. répondre à leurs propres besoins ».Le passage contrasté d’épisodes de sécheresse et de pluiesdiluviennes fragilise la structure du sol, accélère l’érosion et le Premier principe de la Déclaration adoptée à Rio lors de laprocessus de désertification. Il peut en résulter des crises, une Conférence des Nations Unies sur lEnvironnement et lecroissance de la misère ainsi que des famines. Développement, 1992 : « Les êtres humains sont au centre du développement durable ; ils ont le droit à une vie saine et fruc-Les notions d’aridité et de sécheresse renvoient à des facteurs tueuse en harmonie avec la nature ».climatiques ponctuels ou réguliers alors que la désertificationtraduit un processus anthropique et concerne en particulier les Lenvironnement mondial est :activités économiques de production et de consommation.La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertifica- • Dune part, lensemble des conditions physiques et bio- géo-tion, adoptée à Paris en 1994 et ratifiée 10 ans plus tard par 190 chimiques dans lesquelles vivent les sociétés humaines (air, eauxpays, est à la fois une Convention d’environnement et de dévelop- douces, océans, terres, végétations, écosystèmes) ;pement. Elle définit le processus de désertification aux échelles • Dautre part, lensemble des conditions économiques etrégionales et locales comme « la dégradation des terres dans les sociales dans lesquelles nous vivons. Cette notion est complé-zones arides, semi-arides et sub-humides sèches par suite de divers mentaire de celle denvironnement local, qui se définit de maniè-facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités re similaire mais au niveau du village, de la ville, de la région.humaines ».La désertification désigne donc le déclin irréversible ou la destruc- Un bien public mondial (BPM) :tion du potentiel biologique des terres et de leur capacité à suppor-ter ou à nourrir les populations. Ce processus met en avant la C’est un bien que tout le monde peut consommer. Sa consommationnécessité d’accroître le niveau de vie des sociétés les plus vulnéra- par une personne ne pénalise pas sa consommation par les autresbles en pérennisant le support de leur activité, la fertilité des terres, personnes. Un exemple de BPM est lair que nous respirons.De la notion de désertification à celle de bien public mondial 5
  8. 8. Dégradation des terres et désertification :des chiffres éloquentsDes continents différemment touchésLa plupart des continents sont affectés par les processus Les causes de la dégradation des sols dans les zones ari-de désertification. Les régions arides* menacées par la des agissent selon des proportions différentes selon lesdésertification occupent 40 pour cent des terres dispo- régions du monde : déboisement, surpâturage, surex-nibles, soit 5,2 milliards sur 13 milliards dhectares. ploitation des terres arables, bio-industries (ensembleLAfrique contient 37 pour cent des zones arides, lAsie des secteurs de lindustrie qui utilisent les biotechnolo-33 pour cent et enfin lAustralie 14 pour cent. Des zones gies). LAfrique et lAsie sont les continents les plusarides de moindre envergure existent également en affectés par la dégradation des sols. Il faut toutefoisAmérique ainsi que sur les franges méridionales de noter que les appréciations et les évaluations des surfa-lEurope. ces affectées par la désertification varient dune source à une autre. En effet, ces données sont différentes enDes causes diverses mais, toujours, fonction des critères utilisés lors des évaluations. Ainsi, celles concernant les surfaces touchées par la désertifi-des facteurs anthropiques à lœuvre cation dans les zones arides fluctuent de 19,5 pour cent (en se basant sur la seule dégradation des sols)En 2000, environ 70 pour cent de ces terres arides à 69,5 pour cent (en prenant en compte la dégradationétaient déjà soumis à la désertification, soit 3,6 milliards des sols mais aussi celle de la végétation).dhectares. Sur ces 3,6 milliards dhectares, 93 pour centétaient occupés par des pâturages, 6 pour cent par descultures pluviales et 1 pour cent par des culturesirriguées.Une classification des espaces arides touchés par ladésertification existe selon les usages qui en sont faitspar les hommes. Plusieurs stades de désertification exis- * Par commodité d’usage dans ce dossier et conformément à ce qui esttent : réversible, sévère et irréversible et 76 pour cent des communément admis, les « zones arides » incluent l’ensemble des zones concernées par la désertification, c’est-à-dire les espaces arides,terres dégradées le seraient de façon réversible. semi-arides et sub-humides secs. Surfaces affectées en 2000 par la désertification dans les zones arides selon lusage (millions dhectares Mha) Daprès Katyal et Vlek, 2000. Type Zones Mha Dont Dont Dont Causes de terres arides (Mha) affectés irréversible sévèrement réversible principales Pâturages 4 556 3 333 72 757 2 504 Dégradation de la végétation par surpâturage et par prélèvement de bois de chauffe Cultures pluviales 457 216 4 29 183 Instabilité, voire compaction des sols, liée à lérosion et à la perte en matière organique Cultures irriguées 145 43 2 - 41 Salinité des sols et mauvais drainage de leau Total 5 158 3 592 78 786 2 728 6 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  9. 9. Les causes principales de la dégradation des sols dans les zones arides, par région géographique en 1999. Source : site Internet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture), consulté le 19/11/2004 www.fao.org/NOUVELLE/FACTFILE/IMG/FF9710-f.pdf Transport du bois à usage domestique récolté en brousse. À laube, sur la digue du lac du barrage de Sologo. Côte d’Ivoire. Christian Lévêque © IRDDégradation des terres et désertification : des chiffres éloquents 7
  10. 10. La lutte contre la désertification :des moyens daction variéspour une diversité de situationsL es formes prises par la désertification, les causes et les processus qui y conduisent, diffèrent en fonction de la région, mais aussi des modes variés de lexploitation par lhomme des terreset de la végétation. La lutte contre la désertification Oasis dEl Guettar, Tunisie. Massif calcaire, situé en amont(LCD) repose alors sur une grande diversité de tech- de loasis, servant dimpluvium aux eaux météoriques etniques, de moyens et dactions, variété illustrée dans ce alimentant les aquifères profonds. Sur le versant de piedmond, des aménagements anti-érosifs ont été mis enchapitre par deux exemples. place pour lutter contre le ruissellement de surface. Jean-Pierre Montoroi © IRDLa lutte sorganise au niveau local : Les méthodes de LCD comprennent des techniquesun exemple africain de techniques daménagement correctives locales, damélioration de lexploitation desdes sols en zone de culture pluviale ressources naturelles et de leur productivité ou de lensemble des systèmes de culture et délevage. EllesTrois constats importants : incluent également la mise en place de mécanismes insti- tutionnels, tant au niveau local quau niveau national,• Les problèmes de désertification sont différents dans le propices au développement économique et social. Parcas de la dégradation des parcours, des zones de culture exemple, pour assurer la conservation des sols exploitéspluviale en zone sèche et des périmètres irrigués. Ils font pour la culture pluviale, les projets de développementalors appel à des techniques différentes dentretien et de proposent des techniques de LCD depuis une trentainerégénération du milieu. dannées : elles font appel à des techniques élaborées• Pour avoir un réel impact, il importe que ces tech- localement ou au contraire exogènes. La jachère, le zaï,niques de LCD sintègrent et contribuent aux schémas les diguettes, les cordons pierreux, la végétalisation descollectifs locaux dorganisation sociale, voire consti- alignements de pierre, les boulis, les demi-lunes, lestuent la base de nouveaux modes dorganisation. fosses de compostage, les tapis herbacés et les• Par ailleurs, on estime souvent plus économique plantations darbres figurent parmi les techniquesdinvestir dans la prévention des risques de désertification principales dentretien des sols cultivés en Afrique. Cesque de remettre en état des sols déjà désertifiés : la LCD techniques et leurs applications ont été testées et perfec-concerne alors lensemble des zones arides susceptibles tionnées de sorte que leurs résultats sur le milieu natureldêtre affectées par ce phénomène. sont assez bien connus des experts. ZoomTemps et coûts nécessaires pour régénérer En prenant le taux de carbone pour indicateur, il faudra donc plusles sols dégradés au Sénégal de 25 années pour récupérer certaines potentialités de ce sol, soit plus dune génération.Un écosystème sahélien en bon état au Sénégal présente un stock Une telle dégradation, dont léchelle de traitement dépasse unede carbone dans le sol et dans la biomasse denviron 16 tonnes par génération, est définie comme irréversible. Son coût peut êtrehectare. Le carbone, lazote et le potassium constituent la matière évalué à partir du manque à gagner résultant de limpossibilitéorganique des sols. La dégradation de cet écosystème, son évolu- dexploiter économiquement un tel sol.tion vers un sol de type cuirassé par exemple, peut avoir lieu en La restauration, cest-à-dire la remise en état productif de ce sol,lespace de quelques années et entraîne un déstockage important pourra se faire par des techniques appropriées qui nécessitent desde carbone, une perte supérieure à 10 tonnes par hectare (un sol investissements particuliers : elle aura donc un coût économiquemême dégradé conserve un stock résiduel de carbone). important. Au final, une évaluation du coût économique total de laEn moyenne, la séquestration du carbone dans les sols, après revé- dégradation de ce sol correspond à la somme du manque à gagnergétalisation (reconstitution de la couverture végétale) est de (dégradation) et des investissements de récupération (restauration).0,4 tonne par hectare et par an dans les sols tropicaux. D’après Bille, 1977 ; Cornet, 1998. 8 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  11. 11. ZoomTechniques de régénération des sols auBurkina Faso : comment faire et à quel coût ?Le zaï : technique culturale du sol dégradé qui consiste à creuser untrou de 15 à 20 cm de diamètre sur une profondeur de 15 à 20 cmen période sèche afin de capter l’eau de pluie. Le zaï est adapté auxseules zones sahéliennes d’Afrique (ni saharienne au nord, ni souda-nienne au sud). Son coût est estimé à 5 FCFA* par trou soit 79 380FCFA* par hectare. Les trois systèmes de diguettes en pierres FEER : système à trois pierres PDS : système de pierres dressées avec sous-solage D’après Somé et al., 2000. Sécheresse. 11(4) Le zaï D’après Somé et al., 2000. Sécheresse. 11(4) La combinaison de zaï et de cordon pierreux : sur un hectare de sorgho dans deux villages du nord burkinabé (pluviométrie variantLes diguettes en pierres : construites sur les sols en pente faible, elles entre 400 et 500 mm par an), le rendement de 166 kg à l’hectarepermettent d’éviter le ruissellement et la perte de sol. Plusieurs techniques observé sans aménagement, atteint grâce à cette combinaison 750 kgexistent. Les pierres alignées constituent le plus simple des systèmes de à l’hectare, voire 1 050 kg.cordon pierreux, celui qui requiert le moins de moellons, mais aussi celuiqui autorise le plus de ruissellement. Le système PDS (pierres dressées Les digues filtrantes : il s’agit d’une technique de stoppage du ravi-avec sous-solage) est le plus efficace : il évite un écoulement important nement pour permettre l’exploitation agricole d’un bas-fond. La diguede l’eau entre les moellons, la constitution de rigoles en aval et les dépôts ralentit l’écoulement de l’eau et provoque la sédimentation des terresde terre qui réduisent l’infiltration et créent des stagnations en amont du charriées. L’intervention est nécessaire sur l’ensemble du bassin ver-cordon. Les coûts de ces techniques, outre le traçage des courbes de sant. La digue filtrante est complétée par des diguettes en pierre deniveau, varient en fonction des moyens de transport et de l’organisation chaque côté du lit du bas-fond. Construire ces diguettes revient à unde la main d’œuvre. Si les moellons sont disponibles et abstraction faite coût partiel de 240 000 FCFA*, abstraction faite de la valeur de ladu coût de l’assistance extérieure : main d’œuvre fournie par les populations bénéficiaires. Ce coût• Pour un travail en groupe, il faut entre 80 et 160 personnes salariées comprend sept voyages de camion-benne, à 80 000 FCFA*par jour pour réaliser un traitement en diguettes sur un hectare, ce qui la location journalière du camion.correspond à 248 FCFA* par mètre de cordon en supposant300 mètres d’aménagement à l’hectare. * 1 Euro = 655,96 FCFA (Franc de la Communauté Financière Africaine)• Pour un travail réalisé au champ par le bénéficiaire, 10 FCFA* par D’après Somé et al., 2000 ; Hien, 2004.mètre de cordon suffisent.Les utilisateurs connaissent bien les effets de ces tech- Pour être efficaces, les techniques de conservation desniques et ils préfèrent appliquer simultanément un sols comme les diguettes, nécessitent bien souvent uneensemble de technologies qui interagissent de façon action concertée, au-delà de la parcelle ou du groupe depositive. Par exemple, au Burkina Faso, ils associent des parcelles, cest-à-dire à léchelle dun espace utilisé etcordons pierreux végétalisés avec Andropogon Gayanus mis en valeur par de multiples acteurs : le terroir, le(graminée pérenne fourragère) et des zaï creusés dans finage, lensemble du versant sur lequel elleslespace entre deux alignements de pierres. Ils ajoutent sappliquent, etc. Lexistence ou la mise en place dede la matière organique (compost) dans les trous formes spécifiques dorganisation et daction collectivedu zaï. est alors requise à ces échelles.Des moyens d’actions variés pour une diversité de situations 9
  12. 12. À une échelle internationale, la recherche scientifiqueau service de la lutte contre la désertification :l’exemple du programme régional ROSELTLe Réseau d’Observatoires de Surveillance Écologique à Pour répondre à ces différents objectifs, la démarcheLong Terme (ROSELT) est un programme mis en œuvre générale engagée repose sur les points suivants :par l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS, organisa-tion internationale établie en Tunisie). Il est constitué • utiliser et valoriser les acquis pour établir un diagnos-par un ensemble d’observatoires fonctionnant en tic initial du territoire ;réseau à l’échelon régional de la zone géographique de • mettre en œuvre un système harmonisé de surveillan-l’OSS, sur le continent africain, en couvrant trois sous- ce environnementale sur les écosystèmes et les agro-régions : l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et systèmes (kit minimum de données, guides méthodolo-l’Afrique de l’Est. Au niveau régional, ROSELT repose sur giques de collecte et de traitement des données) ;l’engagement des pays africains à se doter en commun • garantir la pérennité du dispositif de surveillance par led’un outil de surveillance transfrontalier au niveau de la moindre coût, l’ancrage institutionnel dans les poli-zone, en faisant converger les intérêts nationaux, sous- tiques nationales, et le renforcement des capacités tech-régionaux et régionaux. niques et scientifiques des pays ; • rendre les connaissances acquises utilisables pourCe réseau a pour but d’organiser une surveillance scien- les acteurs du développement en élaborant des outils detifique de l’environnement afin d’une part de caractéri- traitement et de circulation de l’informationser les causes et les effets de la dégradation des terres et, (modélisation avec un Système d’Information surd’autre part, de mieux comprendre les mécanismes qui l’Environnement Local [SIEL], site Internet, outil deconduisent à la désertification. Il vise en plus à fournir gestion des métadonnées [MdWeb]).des données fiables sur la dégradation des terres enzones arides et des indicateurs biophysiques et socio-économiques pertinents de la désertification. ZoomROSELT en quelques dates clésLa première phase de ce programme a été marquée par la tenue En 1998, la phase opérationnelle pilote a débuté, afin de tester dede l’atelier de Rabat au Maroc en avril 1994, puis par l’élabora- façon harmonisée des protocoles de collecte, de traitement et detion d’un document fondateur sur la « conception, organisation et diffusion des données. L’année 2000 a constitué un tournantmise en œuvre de Roselt » (août 1995). Durant cette phase de progressif en passant d’une première phase consacrée essentielle-lancement, 25 observatoires ou grappes d’observatoires ont été ment au développement conceptuel et organisationnel, à une phaselabellisés, et 14 observatoires pilotes ont été sélectionnés pour plus opérationnelle orientée vers une meilleure structuration etl’instruction des requêtes financières. consolidation des acquis du réseau. Localisation des observatoires de ROSELT en 2001 ©ROSELT/OSS Source : Site Internet de ROSELT/OSS, consulté le 19/11/2004 www.roselt-oss.org 10
  13. 13. Dans la vallée alluviale du bassin versant du lac collinaire dEl Gouazine, Tunisie, zone de pastoralisme et dagriculture pluviale. Aménagement en banquettes anti-érosives (tabias). Garrigue et habitat dispersé sur les versants. Jean-Pierre Montoroi © IRDUn ensemble d’actions adaptées à des situationsvariées et à des échelles spatiales multiplesLes formes prises par la désertification ainsi que lescauses et processus qui y conduisent varient d’unerégion à l’autre. L’origine de la désertification sur lesfronts pionniers de la région soudanienne en Afrique estpar exemple différente de celle concernant les espacessahéliens au sud du Sahara. Dans le premier cas, la L’interdépendance des champs et moyens d’actiondésertification est liée à la déforestation et à la mise en - depuis la mise en pratique locale de techniques culturalesplace de cultures sur brûlis plus qu’au manque d’eau. par des individus ou groupes d’individus jusqu’à laDans le second cas, elle a pour origine l’action conjoin- production de connaissances concernant les phénomèneste du climat et du surpâturage qui favorise l’érosion des en jeu au niveau régional -, ainsi que celle des acteurssols. Ces différences sont aussi liées à des modes impliqués (agriculteurs, éleveurs, décideurs, institutionsd’exploitation distincts des terres et du couvert végétal. de recherche, etc.) amènent à appréhender la désertifi- cation et la lutte contre la désertification à différentesDe ce fait, la lutte contre la désertification – tout comme échelles spatiales. Seule une telle démarchela désertification d’ailleurs - se caractérise par la multi- permet de saisir les évolutions en cours et de concevoirplicité des champs scientifiques et thématiques concer- un ensemble d’actions adaptées au problème à résoudre.nés : gestion des ressources naturelles et préservation de À la multiplicité d’échelles spatiales correspond une diver-l’environnement, développement du secteur agricole et sité de formes organisationnelles et institutionnellespastoral, sécurisation de l’accès aux ressources et aux qu’il convient de repérer, d’évaluer, de susciter etrevenus, lutte contre la pauvreté, etc. d’encourager.Des moyens d’actions variés pour une diversité de situations 11
  14. 14. Désertification etsociétés rurales :des liens complexesL a désertification a essentiellement été traitée à l’origine comme un problème biophysique. Aujourd’hui, elle est abordée comme un problème complexe impliquant de nombreuxfacteurs anthropiques. Ces derniers sont liés aux usa-ges locaux des ressources naturelles par lesagriculteurs et éleveurs ainsi qu’aux techniques misesen œuvre à cet effet. Ces facteurs incluent égalementles processus généraux d’évolution des sociétés etleurs relations à la nature qui conditionnent les modesd’appropriation des ressources, tels que, par exemple,les migrations et les évolutions des institutions derégulation foncière. Sont enfin directement concernéesles relations que le processus de désertification lui- Une famille déplacée par la sécheresse, Garissa, Kenya.même est susceptible d’entretenir avec celui de Marc-Antoine Pérouse de Monclos © IRDtransformation d’une société : migration et développe-ment, pauvreté et développement, etc. La prise encompte de ces interactions amène à reconsidérer la À l’inverse, l’afflux en un lieu de nouveaux immigrants estLCD, ses principes, ses moyens d’action et les niveaux souvent dénoncé comme un facteur de dégradation desinstitutionnels d’intervention à promouvoir ou privi- terres et de désertification. Dans les villes, on observelégier. Pour illustrer concrètement ces liens parfois une aggravation de la désertification des zonescomplexes, les aspects concernant les questions des péri-urbaines en raison d’une pression accrue sur lesmigrations internationales et de la pauvreté, ainsi que terres. C’est également le cas dans les zones ruralesles questions foncières, sont développés ci-après à densément peuplées ou sur les fronts pionniers.titre d’exemples. L’impact est d’autant plus fort quand les modes et institutions de régulation foncière sont mis à mal par les dynamiques liées à la migration. Mais les conséquencesLes migrations étendent les frontières les plus dramatiques concernent alors la précaritéde la désertification… physique et sociale des populations, surtout lorsqu’elles ont peu anticipé leur migration. La précarité physiqueLa désertification a des conséquences immédiates sou- tient à l’insalubrité des conditions de logement et plusvent décrites par le cercle vicieux « Appauvrissement généralement de vie, en particulier au manque d’accès àdes terres - Production agricole insuffisante pour nourrir une eau potable. La précarité sociale souligne lesl’ensemble des villageois - Tensions sociales croissantes ». difficultés d’insertion des populations dans un tissuLes migrations qui en résultent peuvent être saisonnières social nouveau : cela requiert du temps et des investis-ou définitives. Certaines migrations saisonnières sements d’autant plus élevés que le capital social destraduisent l’adaptation temporaire de familles au migrants ne participant pas à des diasporas est faible.manque de ressources. Elles apparaissent comme uneréponse transitoire aux impacts socio- En outre, dans les régions périphériques de celles direc-économiques de la désertification. Des membres de la tement affectées par la désertification, les migrationsfamille partent louer leur force de travail dans des zones entraînent une concentration rapide de population dansplus prospères ou en ville, ce qui permet de pallier la des zones jusque-là peu exploitées. Les conditionsbaisse de revenus liée à la désertification. Lorsque la d’utilisation des terres sont généralement définies parsituation empire dans le lieu de départ, ou si elle des pratiques ancrées dans l’histoire. Dans ces lieux des’avère meilleure dans le lieu d’accueil, ces regroupements hétérogènes, il n’y pas de règle unique etmigrations saisonnières peuvent être le prélude de traditionnelle pouvant servir de référence pour la gestionmigrations définitives vers les villes ou sur les fronts des terres, des forêts et des pâturages. De plus, lespionniers. Enfin et en conséquence, la désertification migrants connaissent mal le nouveau milieu exploité.alimente une partie des flux migratoires, lesquels Les risques de dégradation de ces espaces apparaissentpeuvent engendrer ou alimenter des conflits nationaux dans ces conditions plus élevés que ceux des régions tra-et internationaux. ditionnellement soumises à la désertification. 12 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  15. 15. ZoomÀ propos du capital social :différentes conceptionsParmi les fondateurs de la notion de capital social se trouventColeman, Bourdieu et Putnam.Dans un entretien accordé au magazine Sciences Humaines, … Et augmentent la vulnérabilitéPutnam précise ce qu’il entend par capital social. « Le capital et le risque de pauvreté des migrantssocial est constitué par les normes et les réseaux qui facilitent laconfiance, la coopération et l’action collective. » Il précise dans Migration et désertification entretiennent des lienscette entrevue sa conception en s’opposant simultanément à complexes, que ce soit en un lieu spécifique, dans lesColeman et à Bourdieu. En opposition à Coleman, il nuance les zones avoisinantes ou à grande, voire très grandeeffets que l’on peut attendre du capital social. « Pendant une distance.dizaine d’années, lors de mes recherches en Italie, j’ai utilisé lanotion de capital social de James Coleman. Mais je m’en suis L’histoire a montré que les populations des zones aridesécarté, car pour Coleman, les réseaux et les normes ne peuvent savent réguler des chocs conjoncturels environnemen-avoir que des effets positifs. Pourtant certains réseaux comme le taux ou sociaux par les pratiques migratoires et parKlu Klux Klan ou le parti nazi ont eu des effets désastreux. Depuis l’épargne, sous forme de bétail par exemple. En effet, les10 ans, je me suis donc écarté de cette définition. » Il s’oppose migrations aident à la création et à l’entretien de tissusaussi à Bourdieu chez lequel il perçoit paradoxalement une sociaux dans l’espace. Elles peuvent être entenduesconception individualiste du capital social. « Pierre Bourdieu s’est comme des stratégies de minimisation des risques. Lesaussi intéressé au capital social, mais davantage pour les béné- familles dispersées dans des espaces différenciés,fices que les individus peuvent en tirer pour eux-mêmes. Ainsi, si notamment en termes de pluviométrie, de sol et devous cherchez du travail vous utilisez vos réseaux. Pour moi, le végétation, se protègent ainsi des risques de sécheressecapital social peut avoir des conséquences externes, c’est-à-dire et de famine. Des fréquences migratoires élevées, parqu’il profite aussi aux personnes qui n’en sont pas dotées. » exemple les migrations en « sauts de puces », peuventCes deux oppositions marquent bien la diversité des approches aussi indiquer l’appauvrissement ou la saturation d’unque l’on peut avoir. Le concept de capital social, s’il peut s’avé- milieu et son incapacité à accueillir durablement desrer être très pertinent, reste néanmoins assez mouvant. populations migrantes ou à subvenir aux besoins des D’après Ballet et Guillon, 2003. résidents.Désertification et sociétés rurales : des liens complexes 13
  16. 16. L’absence d’ancrage dans un espace donné a des réper-cussions sociales importantes : elle accroît la vulnérabi-lité des migrants. Elle se traduit de surcroît par unmanque d’intérêt de la part des familles « passagères »pour la gestion des ressources renouvelables. En effet, latransmission de croyances et de savoirs locaux sur l’en-vironnement contribue à la cohésion sociale. De même,l’affaiblissement d’un ensemble de croyances et d’orga-nisation sociale peut déboucher sur un amoindrisse-ment du capital social et culturel et sur une accentua-tion de la pauvreté. La connaissance et les savoirs sur lemilieu peuvent se perdre, engendrer une césure entreles sociétés et leur environnement, tandis qu’une com-pétition accrue sur les terres peut favoriser la désagréga-tion des tissus sociaux liés à l’exploitation des ressour-ces. Les tensions qui résultent d’une privation des droits(notamment des droits d’accès aux ressources, eau etterres en particulier) pour les populations, c’est-à-dired’une croissance de la pauvreté, peuvent aussi porterpréjudice à la paix sociale.Différents types de pauvreté existent : la pauvretéd’accès ou pauvreté immédiate se différencie de lapauvreté de potentialités qui indique la vulnérabilité àvenir. Les liens entre la désertification et ces différentesformes de pauvreté sont à chaque fois spécifiques. Enfants à la collecte deau avec leurs calebasses dans lun des nombreux puits creusés dans le lit dune rivière asséchée, région de Dierma, Burkina Faso. Marc Bournof © IRDLes formes de la pauvreté et du bien-êtreD’après Dubois et al., 2001. Dimensions du bien-être Forme de pauvreté : pauvreté d’accessibilité Forme de pauvreté : pauvreté de potentialités Économique • Manque d’accès à l’emploi et manque de revenu • Absence de capital physique : habitats, terrains, biens • Impossibilité d’acheter les produits nécessaires • Absence de capital financier à l’activité de production et au quotidien (consommation) • Pas d’accès au crédit Environnementale • Pas d’accès aux ressources naturelles • Absence de capital naturel disponible : • Pas d’accès à l’eau terres de culture, bétail • Pas d’accès aux semences • Rareté des eaux de pluie et de l’eau de surface Sociale • Pas d’accès à la santé, à l’éducation et au logement • Marginalisation, absence de tissu social • Exclusion sociale • Absence de cohésion sociale • Rupture des liens sociaux, notamment entre les classes d’âge • Problème de genre Culturelle • Pauvreté identitaire liée au déracinement • Insuffisance du capital culturel • Pas d’accès au capital culturel • Illettrisme • Absence de fond culturel commun Politique • Manque de conditions de dialogues • Absence de pouvoirs, de moyens d’expression et de processus démocratique et d’information • Pas de participation aux décisions Éthique • Pas de normes • Insuffisance de normes partagées • Corruption • Absence de valeurs partagées • Pas de valeurs communes14 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  17. 17. Des pratiques foncières en pleine mutationDans les régions arides et semi-arides, le peuplement etles modes d’activités rurales se sont généralement cons-truits en référence à l’aléa climatique. Les populations ontdéveloppé des techniques de préservation de leur milieu,techniques dont la faisabilité est souvent elle-mêmeconditionnée par les statuts fonciers :En milieu agricole : parmi les techniques les plus connues,figurent la rotation des cultures et la mise en jachère.Ces techniques dites traditionnelles sont dorénavantcompromises par les changements socio-économiques destrente dernières années : accroissement de la population, Une prise en compte indispensable des questionsnouvelles techniques de production et cultures de rente, foncières dans les politiques de lutte contre la désertificationaccroissement des surfaces cultivées, ouverture au marchéet poids des politiques agricoles, qui ont modifié les priori- De nombreux travaux ont étudié les évolutions destés et les contraintes des producteurs. systèmes d’allocation des terres au cours des trente dernières années. Ces études ont généralement montré queEn milieu pastoral : la transhumance saisonnière des les systèmes ancestraux et flexibles de droits d’usage et detroupeaux est un moyen de réguler la charge des mise en valeur de la terre étaient battus en brèche par l’effetpâturages et d’éviter leur dégradation. C’est une des migrations, de la raréfaction des ressources, depratique en régression parmi les éleveurs. En effet : l’extension des terrains agricoles ou du placage de nouveaux cadres institutionnels inadaptés. Des• Les sécheresses des années 1970 et 1980 ont entraîné arrangements informels se sont développés, surtout dansen Afrique de l’Ouest, de l’Est, sub-saharienne et du les régions d’accueil, de manière à entretenir l’avantageNord, un transfert du cheptel des mains des éleveurs foncier des familles autochtones installées depuis plusieurstranshumants à celles des agriculteurs devenus agro- générations. Ces arrangements ou contrats de type fermageéleveurs ; ainsi, les éleveurs nomades sont souvent (ou métayage) apparaissent diversifiés. En revanche, lesdevenus les bergers des troupeaux des propriétaires exploitants qui y souscrivent ont souvent peu de garantiesédentaires. sur la durabilité de leur installation.• L’extension des surfaces cultivées gêne le passage desanimaux transhumants. Dans ces conditions, une politique de lutte contre• L’enrichissement de certains éleveurs et laccumulation la désertification doit dès sa conception intégrerparfois excessive de certains grands troupeaux pèsent sur l’adaptation des cadres et institutions de régulationla ressource pastorale et peuvent être une cause de foncière et également impliquer les propriétaires et ayantsdégradation. droit multiples des terres. Toute mesure peut en effet se traduire par un impact sur le niveau de revenu desCes modifications ont entraîné la perte d’une partie du agriculteurs ou sur les possibilités de renouvellement desavoir pastoral à propos du milieu naturel. leur contrat de mise en valeur des terres. ZoomFoncier et désertificationLes rapports fonciers expriment les modes de régulation construits désertification. Lintérêt détablir le lien entre létat du milieu et lepar les hommes pour organiser les espaces et les exploiter, gérer régime foncier, consiste à dépasser le cadre technique de la ges-les ressources et façonner les paysages. Ils se traduisent par des tion de la dégradation des terres et danalyse de la désertificationpratiques et des représentations et sappliquent à différentes pour prendre en compte le fait que les décisions et les comporte-échelles dintervention, se caractérisant par une dynamique spa- ments participant à la gestion se situent à lorigine même de latiale et temporelle. Le foncier traduit un jeu dacteurs au sein dégradation. La représentation sociale que les acteurs se forgentduquel les relations entre sociétés et nature constituent un enjeu de lespace dans lequel ils évoluent conditionne leur sentimentprimordial. Lorganisation foncière peut conditionner lavenir dimplication dans le devenir de leur environnement. Le statut etenvironnemental en se révélant un facteur favorisant la dégrada- le type de valeur quils accordent aux ressources environnemen-tion ou au contraire devenir un moyen de lutte contre la tales ont des conséquences sur le mode dutilisation qui en est fait. D’après Barrière, 2003.Désertification et sociétés rurales : des liens complexes 15
  18. 18. L’action en faveur du foncier dans les zones aridesparticipe à la lutte contre la désertification. En effet, lasécurisation de l’accès aux ressources est un élément-clé de la pérennisation et de la durabilité des systèmesde production agricole et d’élevage.La décentralisation de la gestion des ressources naturelles,promue au niveau international, est progressivementmise en place dans les pays du Sahel affectés par ladésertification. Cette politique qui donne priorité à lagouvernance locale des ressources naturelles, devraitpermettre la régulation foncière de lusage des terres,notamment au travers de ladoption de conventionslocales denvironnement.La désertification : une dimension mondiale ?Dans un monde en profonde mutation, les comportementsdes agriculteurs et des éleveurs se sont également modifiés.En plus des variations du climat, de l’effet sur le milieu ou Hutte temporaire de migrant faite décorce de baobabdes données des marchés locaux, il faut également ou "Renala" (Adansonia grandidieri), construite à proximité des essarts ou des pâturages,s’adapter aux changements intervenant dans les politiques région de Morondava, Menabe, Madagascar.économiques nationales et aux pressions liées à l’évolution Bernard Moizo © IRDdes marchés mondiaux des matières premières. Seuls ceuxqui ont une compréhension large de ces phénomènes et deleurs articulations peuvent anticiper, concevoir denouvelles stratégies de production et tenir compte des Les frontières de la désertification ne se limitent pas auxconsidérations liées à l’environnement. zones arides. En effet, les migrations vers les régions périphériques favorisent l’extension de la désertifica-En outre, si l’on considère l’ouverture des marchés et tion jusque dans des zones humides ou aux littorauxl’impact des décisions économiques sur les pratiques lointains. Les migrations à longue distance génèrentagricoles dans de nombreux pays en développement (choix tensions et conflits. L’accroissement de la pauvreté etde production, mise en valeur du foncier, techniques des inégalités en milieu rural dans les régions aridesculturales, etc.), et notamment dans les zones arides, la mais aussi les implications nationales et internationalesdésertification peut être envisagée comme l’une des de cette évolution font de la désertification un problèmeconséquences plausibles de la mondialisation. Des décisions mondial : les zones soumises à la désertificationcommerciales par exemple, mais aussi militaires, prises à regroupent les populations les plus déshéritées de lal’échelle régionale et mondiale, peuvent avoir des planète ; celles-ci se trouvent régulièrement en situationrépercussions locales en termes de désertification : dans ce d’insécurité alimentaire. Paradoxalement, ces régionsdernier cas et devant trop d’insécurité, la désertification ont généralement constitué des foyers historiques depeut se traduire par un abandon des terres de la part des rayonnement culturel et économique et sont souventagriculteurs et des éleveurs ainsi que par l’exode et le refuge. riches du point de vue de la biodiversité. ZoomLes populations les plus touchéespar la désertification sont parmicelles les plus déshéritées de la planèteParmi les 50 pays dont le produit national brut (PNB) par habi- la République centrafricaine, le Kirghizistan, la République unietant est inférieur à 500 dollars américains, 26 sont très directe- de Tanzanie, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, le Niger, lement affectés par la désertification. Par ordre décroissant de PNB Tadjikistan, l’Afghanistan, l’Érythrée, le Malawi, la Somalie etpar habitant, ce sont le Sénégal, le Zimbabwe, l’Inde, le l’Éthiopie, soit une population concernée d’environ un milliard etPakistan, les Comores, la Mauritanie, le Yémen, l’Ouzbékistan, 750 millions d’habitants.le Kenya, la Gambie, le Soudan, l’Ouganda, la Zambie, D’après la Banque Mondiale, 2000. 16 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?
  19. 19. Préparation du terrain pour le semi du sorgho de décrue, Donaye, Sénégal. Jean-Luc Maeght © IRDDésertification et sociétés rurales : des liens complexes 17
  20. 20. Désertification,environnement mondialet biens publicsL a désertification est-elle un fléau mondial justifiant une action concertée aux niveaux international et mondial ? La LCD peut-elle être considérée comme un bien public, un bien quiest avantageux parce que sa production profite à toute lacollectivité ainsi quaux générations futures ? La justifica-tion repose alors sur lhypothèse suivante : linversion desprocessus de dégradation des terres et la réduction de lapauvreté permettraient lamélioration des conditions devie, la stabilisation des populations dans les régionsaffectées par la désertification ainsi que la paix sociale.Sagit-il dun bien public de nature environnementale ?À quelle échelle : locale, nationale, internationale oumondiale ? Quels sont les dispositifs institutionnelspermettant la mise en place de façon équitable du bienpublic appelé lutte contre la désertification ? Femmes bella puisant de leau dans la mare de Ganadawri. De lautre côté de la mare un troupeau de chèvresLa désertification : une question secondaire attend son tour pour sabreuver, Oudalan, région dOursi. Ganadawri, Burkina Faso.au niveau international ? François Sodter © IRDLa désertification est un thème de plus en plus abordé fication, changement climatique et biodiversité sontlors des débats internationaux concernant lenvironne- donc lobjet dune attention particulière, réaffirméement mondial depuis la Conférence de Rio en 1992 et la lors des réunions des conventions internationales surreconnaissance explicite dune nécessaire action inter- lenvironnement. Les enjeux sont conséquents. Jusquànationale dans le domaine de lenvironnement. La rati- fin 2003, les questions liées à la désertification nefication par la suite de conventions internationales faisaient lobjet dun traitement et dune mobilisationdenvironnement et la création dinstitutions interna- adéquats de moyens à léchelle mondiale que de façontionales spécialisées dans la gestion de lenvironne- indirecte. Depuis la dernière Conférence des Parties à lament, en particulier le Fonds pour lenvironnement Convention des Nations Unies sur la lutte contre lamondial (FEM ou GEF en anglais : Global Environment désertification en août 2003 à la Havane, le FEM aFacility) et en France, le FFEM (Fonds français pour ouvert un guichet financier pour la lutte contre lalenvironnement mondial), offrent un cadre de travail dégradation des terres, qui inclut tous les processus deapproprié pour traiter ces questions. désertification.Le changement climatique, la biodiversité et les eaux En France, la création du CSFD (Comité Scientifiqueinternationales, sont reconnus comme des thèmes de Français de la Désertification) en 1997 permet delenvironnement mondial. La désertification et la con- mobiliser la recherche et lexpertise dans le cadreservation des forêts ont tout dabord été prises en dactions de lutte contre la désertification : organecompte dans la mesure où elles interagissent avec les consultatif, le Comité est ainsi une interface entre latrois champs précédents. Les interactions entre déserti- recherche et laction. ZoomLes conventions internationalesdenvironnementLes trois grandes Conventions des Nations Unies sur • La Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, enlEnvironnement adoptées à Rio ou après Rio sont : anglais UNCBD, United Nations Convention on Biological Diversity• La Convention Cadre des Nations Unies sur le changement cli- • La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la déserti-matique, en anglais UNFCCC, United Nations Framework fication, en anglais UNCCD, United Nations Convention toConvention on Climate Change Combat Desertification.
  21. 21. sauvegarde d’espèces et de paysages. Les recherches en cours sur la diversité des modes de domestication du milieu et leurs impacts sont à cet égard fondamentales. La valorisation économique de l’environnement : une solution pour sa conservation ? La conservation passe pour certains responsables par la valorisation économique de ressources disponibles ou créées. S’il s’agit là certes d’une piste intéressante, il semble que la conservation et la valorisation de l’envi- ronnement et de ses composantes ne permettent dans de nombreux cas ni d’assurer une rémunération satis- faisante au regard des efforts consentis ou requis pour aménager l’espace, ni de garantir une répartition équi- table des gains engendrés par sa mise en valeur. Supposer et défendre une valorisation de l’environne- ment et sa régulation par le biais du marché condui- sent ainsi à questionner les relations entre ces deux objectifs potentiellement divergents et contradictoires que sont la conservation de l’environnement par la LCD et la lutte contre la pauvreté. À l’échelle locale par exemple, la valorisation économique d’une espèce en voie de disparition peut devenir un facteur d’inégalité sociale, lorsque, sous l’effet de la marchandisation, ces biens collectifs sont appropriés de façon privative et concurrentielle.Désertification, biodiversité et changement climatique : Zoomdes interactions complexes et mal connues Désertification, biodiversité et accès à la terre au NigerLes interactions entre désertification, biodiversité etchangement climatique restent pour une grande part à Dans la région du centre du Niger, les niveaux supérieurs de la bio-explorer et à évaluer. À l’échelle planétaire, elles sont diversité, les paysages et les écosystèmes se sont érodés depuis lesformulées par la communauté scientifique comme des grandes sécheresses des années 70. Cependant, au niveautendances ou bien souvent des hypothèses. Les scienti- spécifique, il n’y a pas, de façon générale, de réelle disparitionfiques s’accordent à dire que la désertification accentue d’espèces, mais une raréfaction et un déplacement vers le sud avecla perte de biodiversité et les risques liés au change- l’évolution de la pluviométrie. En réaction à ces évolutions, lesment climatique. Comment évaluer ces interactions ? populations mettent ces espèces en défens ou en culture dans desQuelles échelles d’évaluation privilégier ? milieux favorables comme les bas-fonds, par sélection et par conservation de rejets d’arbres spontanés. Les paysans créent aussiLes interactions entre désertification et changement des parcs arborés dans leurs champs, ou en bosquets et en haies. Ilsclimatique sont mal connues : certes, la succession introduisent également de nouvelles espèces. L’appropriation desd’épisodes de sécheresses et de pluies entraîne une végétaux coïncide de plus en plus avec celle du sol. Le changementérosion des sols et un déstockage consécutif du des conditions écologiques et sociales d’exercice de l’agriculturecarbone, et accroît donc la teneur en carbone de contribue à faire évoluer les droits et les comportements des paysansl’atmosphère. On estime ainsi que la LCD, en particulier vis-à-vis des ressources : la valeur monétaire de la terre s’affirme ainsiles techniques anti-érosives et de protection des sols, que la marchandisation des droits de propriété (transfert marchandminimise les risques liés au changement climatique. de la terre). Il y a une croissance des inégalités dans l’accès à la terrePar ailleurs, la contribution de la désertification au ainsi qu’un accroissement des disparités économiques en milieu rural. Selon les acteurs, certaines pratiques sont minières et d’autres intègrentchangement climatique via les gaz à effet de serre est la conservation, une attitude qui dépend de leur statut, de leursvraisemblablement minime par comparaison avec les richesses économiques et relationnelles ainsi que de leurs contraintesindustries polluantes. matérielles et sociales. L’érosion de la biodiversité spontanée s’accom- pagne d’une croissance de la biodiversité cultivée : en fait, l’érosion deEn ce qui concerne la biodiversité, la lutte contre la la biodiversité commune s’accompagne d’une croissance de ladésertification passe en premier lieu par l’aménagement biodiversité privée.d’espaces garantissant la résilience des écosystèmes et la D’après Luxereau et Roussel, 1998.Désertification, environnement mondial et biens publics 19
  22. 22. Éleveur peul et son troupeau, en déplacement au pont de Farcha à Njamena, Tchad. Christian Lévêque © IRDUne mise en œuvre délicate mondialisation. Les BPM y sont définis comme des biensdes trois conventions environnementales dont le produit dépasse les frontières entre individus, régions et pays et de façon trans-générationnelle. LesLes relations entre les actions liées à la mise en œuvre des auteurs proposent quatre catégories de biens publics mon-différentes conventions environnementales sont ainsi com- diaux : la paix et la sécurité, l’environnement, la santé, laplexes, parfois synergiques, parfois antagonistes. Elles peu- connaissance et l’information. En France, le ministère desvent de plus se révéler synergiques à une échelle donnée, Affaires étrangères (MAE) et l’Agence Française deantagonistes à une autre échelle, globalement porteuses ou Développement (AFD) ont également développé cettenon de justice sociale. notion, notamment sous l’égide du Haut Conseil de la coopération internationale (HCCI).L’application simultanée au niveau local des différentesconventions pose en outre avec acuité la question de l’arti- Par définition, les biens publics présentent pour lesculation entre les nombreuses organisations et institutions économistes deux caractéristiques :qui en assurent l’ancrage et de la manière dont elles inter- • Ce sont des biens pour lesquels il est impossible d’exclureagissent avec les organisations collectives pré-existantes. des usagers.L’efficacité et la durabilité des actions sont liées à leur por- • La consommation de ces biens par les uns ne réduit pastage par des organisations locales et à leur capacité à instau- celle des autres.rer des cercles vertueux au regard de la pauvreté. Maisqu’elles concernent le changement climatique, la biodiver- Les biens publics existent sous des formes plus ou moinssité, la protection des sols et des ressources hydriques, pures, plus ou moins mixtes. Ils peuvent être fournis par lela désertification ou encore des interventions encouragées secteur privé ou par l’État.et appuyées par des bailleurs de fonds telles que la luttecontre la pauvreté, ce sont en effet autant de transforma- Deux autres critères permettent de définir les biens publicstions sociales qui s’opèrent et qui interfèrent. ainsi que leur modalité d’approvisionnement : la taille du groupe usager et la divisibilité du bien. Ils amènent à rai-Biens publics mondiaux et lutte contre la désertification sonner, imaginer et décider du type de financement à encourager et mettre en œuvre pour créer, gérer etUn concept nécessaire dans un contexte de mondialisation préserver le bien. Si le groupe usager est de grande taille et la divisibilité du bien est réduite, l’État peut par exemple déci-En 1999, le PNUD propose la notion de bien public mon- der de financer le bien public correspondant. Si le groupe estdial (BPM) afin de prendre en compte les évolutions liées à de petite taille, l’allocation du bien peut être prise en chargela mondialisation. Il publie un premier ouvrage intitulé par des associations. Les parcs naturels ou les forêts doma-« Les biens publics mondiaux : la coopération internationa- niales sont des biens publics environnementaux gérés parle au XXI ème siècle » (1999) dans lequel les auteurs proposent l’État lorsqu’il en est le propriétaire. La bio-de s’appuyer sur la notion de bien public pour concevoir diversité, certaines forêts ou sites exceptionnels, peuventune nouvelle forme de coopération internationale à la fois également appartenir à des acteurs privés qui contribuentplus juste, plus efficace et adaptée aux effets de la ainsi à la production de biens publics environnementaux. 20 La lutte contre la désertification : un bien public mondial environnemental ?

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