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La Commission Vérité et Réconciliation, miracle de la transition sud-africaine ?
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Dans les années 1990 l'Afrique du Sud passe du régime de l'apartheid qui repose sur la suprématie d'une minorité blanche à une forme démocratique du pouvoir. Cette transition doit en même temps faire face à un passé constitué de graves violations des Droits de l'Homme et construire une nouvelle société fondée sur ces mêmes Droits. Qualifiée de miraculeuse, sa réussite est attribuée à la Commission Vérité et Réconciliation, organe issu des négociations entre le pouvoir en place et ses opposants. La Commission instaure une justice dite "transitionnelle" dont les principes doivent répondre aux objectifs de la transition. Si on peut considérer que la société sud-africaine est aujourd'hui en partie le résultat du travail de la Commission, on peut se demander dans quelle mesure le miracle a réellement eu lieu. Est-ce que la nouvelle Afrique du Sud est complètement réconciliée et fondamentalement plus juste ?

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La Commission Vérité et Réconciliation, miracle de la transition sud-africaine ?

  1. 1.                   Mémoire     La  Commission  Vérité  et  Réconciliation,  miracle   de  la  transition  sud-­‐africaine  ?                         Par  Stéphane  Mader   Réalisé  sous  la  direction  de  Monsieur  Pierre  Langeron   Année  2012.
  2. 2.         LʼIEP nʼentend donner aucune approbation ou improbation aux opinions émises dans ce mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.  
  3. 3.         Remerciements   Je  tiens  à  remercier  tout  particulièrement  Monsieur  Langeron  qui,  en  tant  que  Directeur  de   ce  mémoire,  s’est  montré  bienveillant,  disponible  et  à  l’écoute  tout  au  long  de  la  réalisation   de  ce  travail.     D’une  manière  générale,  je  désire  adresser  mes  plus  sincères  remerciements  à  toutes  les   personnes   qui   m’ont   apporté   leur   aide,   leur   support,   leur   patience   et   contribué   à   la   réalisation   de   ce   mémoire;   et   plus   largement   à   l’achèvement   de   cette   année   d’études   à   l’Institut  d’Etudes  Politiques  d’Aix-­‐en-­‐Provence.     Aix-­‐en-­‐Provence,  Mai  2012.  
  4. 4.         Résumé       Dans   les   années   1990   l'Afrique   du   Sud   passe   du   régime   de   l'apartheid   qui   repose   sur   la   suprématie  d'une  minorité  blanche  à  une  forme  démocratique  du  pouvoir.  Cette  transition   doit   en   même   temps   faire   face   à   un   passé   constitué   de   graves   violations   des   Droits   de   l'Homme   et   construire   une   nouvelle   société   fondée   sur   ces   mêmes   Droits.   Qualifiée   de   miraculeuse,  sa  réussite  est  attribuée  à  la  Commission  Vérité  et  Réconciliation,  organe  issu   des  négociations  entre  le  pouvoir  en  place  et  ses  opposants.  La  Commission  instaure  une   justice   dite   "transitionnelle"   dont   les   principes   doivent   répondre   aux   objectifs   de   la   transition.   Si   on   peut   considérer   que   la   société   sud-­‐africaine   est   aujourd'hui   en   partie   le   résultat  du  travail  de  la  Commission,  on  peut  se  demander  dans  quelle  mesure  le  miracle  a   réellement  eu  lieu.  Est-­‐ce  que  la  nouvelle  Afrique  du  Sud  est  complètement  réconciliée  et   fondamentalement  plus  juste  ?    
  5. 5.   Sommaire     ABREVIATIONS  ET  ACRONYMES   1   INTRODUCTION   2   I  –  LA  TRC  :  RECONCILIER  AU  DETRIMENT  DE  LA  JUSTICE  ?   6   A  -­‐  LA  NECESSITE  DE  LA  TRC  PREND  SES  SOURCES  DANS  UN  PASSE  VIOLENT   6   B  -­‐  LES  PRINCIPES  DE  LA  TRC  ISSUS  DES  NEGOCIATIONS  DE  LA  TRANSITION  SE  FONDE  SUR  L'IMPUNITE   17   II  –  LA  TRC  :  FONDER  UN  FUTUR  POSSIBLE  EN  RECONCILIANT  PAR  LE  PARDON  ?   29   A  -­‐  LA  TRC  CHERCHE  A  METTRE  EN  ŒUVRE  LA  RECONCILIATION  PAR  LE  PARDON   29   B  -­‐  LA  TRC  TRACE  NEANMOINS  UN  CHEMIN  LONG  ET  DIFFICILE   41   CONCLUSION   49   ANNEXES   51   BIBLIOGRAPHIE   61    
  6. 6. Abréviations  et  Acronymes     1   Abréviations  et  Acronymes     ANC   African  National   Congress   Le   principal   et   le   plus   ancien   parti   d'opposition   noir   fondé  en  1912   BEE   Black  Economic   Empowerment     Politique  de  discrimination  positive  mise  en  place  depuis   les  années  2000  par  l'ANC     COSATU   Congress  of  South   African  Trade  Unions   Centrale   syndicale   unifiée   créée   en   1985   et   alliée   de   l'ANC  pendant  les  négociations  de  la  transition   DRC   Dutch  Reformed   Church   Principale   église   afrikaner   qui   fournit   la   justification   idéologique  de  l'apartheid   IFP   Inkatha  Freedom   Party   Parti  zulu  qui  s'oppose  à  l'ANC  et  dont  les  revendications   sont  soutenues  par  le  NP   MK   Umkhonto  we  Sizwe  -­‐   "Spear  of  the  Nation"   La  branche  armée  de  l'ANC   NP   National  Party   Le   parti   arrivé   au   pouvoir   en   1948   représentant   la   communauté   afrikaans   et   principal   architecte   su   système  de  l'apartheid.   PAC   Pan  Africanist   Congress  of  Azania   Parti   qui   nait   en   1959   d'une   scission   de   l'aile   la   plus   africaniste   de   l'ANC,   hostile   à   l'intégration   de   Blancs   dans   les   instances   dirigeantes   du   mouvement   de   libération  ainsi  qu'à  l'influence  du  SACP     PASO   Pan-­‐Africanist  Student   Organization   La  branche  étudiante  du  PAC   SADF   South  African  Defense   Force   L'armée  sud-­‐africaine   SACP   South  African   Communist  Party     Parti  communiste  sud-­‐africain   TRC   Truth  and   Reconciliation   Committee     Comité  Vérité  et  Réconciliation   UDF   United  Democratic   Front   Créé   en   1983,   il   regroupe   plusieurs   centaines   d'organisations   civiques,   religieuses   communautaires,   culturelles  et  syndicales  
  7. 7. Introduction     2   Introduction   En  1994,  à  la  suite  des  premières  élections  démocratiques  en  Afrique  du  Sud  portant  Nelson   Mandela   au   pouvoir,   le   Sunday   Times,   journal   sud-­‐africain,   titre   dans   une   compilation   d'articles  couvrant  les  évènements  des  quatre  années  menant  à  cette  élection  The  miracle   of  a  freed  nation1 .  La  persistance  et  la  prégnance,  jusqu'à  aujourd'hui  encore,  de  l'utilisation   de   l'adjectif   "miraculeux"   par   de   nombreux   commentateurs   aussi   bien   locaux   qu'internationaux   pour   qualifier   le   processus   de   transition   sud-­‐africain   renvoient   au   caractère  aussi  bien  exceptionnel  que  supposément  réussi  de  la  naissance  de  la  nation  arc-­‐ en-­‐ciel.     Le   caractère   exceptionnel   de   cette   transition   tenait,   pour   une   partie,   à   la   difficulté   de   refonder  une  société  profondément  divisée  en  instaurant  un  Etat  de  Droit  à  partir  d'un  passé   constitué   d'affrontements   violents   et   de   graves   violations   des   Droits   de   l'Homme.   La   transition  négociée  s'effectue  entre  un  régime  répressif  encore  détenteur  d'un  pouvoir  fort   et  ses  opposants  qui  ont  fait  le  choix  de  la  lutte  armée.  Le  régime  de  l'apartheid  était  la   matérialisation  de  l'objectif  de  survie  d'une  minorité  blanche  au  détriment  d'une  majorité  de   Noirs.  Les  caractéristiques  du  régime  ainsi  que  l'opposition  radicale  qu'il  suscite  sont  à  la   source  du  passé  violent  auxquels  doit  faire  face  la  nouvelle  société.     La  transition  sud-­‐africaine  s'inscrit  dans  le  contexte  plus  large  de  la  fin  de  la  guerre  froide  et   dans   le   sillage   du   passage   de   régimes   autoritaires   à   des   formes   plus   démocratiques   de   l'organisation   du   pouvoir.   Ainsi   d'autres   transitions   démocratiques   ont   précédé   celle   de   l'Afrique  du  Sud  tels  les  pays  du  cône  sud-­‐américain  :  Uruguay,  Argentine  et  Chili  quelques   années  auparavant.  Ces  transitions  se  font  dans  le  contexte  où  le  pouvoir  en  place,  s'il  est   conscient   de   devoir   transiger,   sait   aussi   qu'il   est   détenteur   d'un   pouvoir   fort.   Outre   l'administration  il  contrôle  les  forces  de  sécurité  de  l'armée  et  de  la  police.  Les  régimes  au   pouvoir  négocient  ainsi  les  conditions  de  la  transition  en  menaçant  constamment  d'user  de   la   "politique   de   la   terre   brulée".   Dès   lors,   la   transition   s'analyse   comme   une   transaction   parce   que   le   changement   de   régime   ne   peut   pas   se   réduire   à   la   victoire   d'un   camp   sur   l'autre.  Il  s'énonce  comme  un  échange  entre  acteurs  politiques  faisant  naître  un  nouvel  état   des  relations  sociales  qui  donne  satisfaction  à  chacun  sans  redistribuer  entièrement  le  jeu.                                                                                                                   1  Nelson  D.,  The  miracle  of  a  freed  nation,  Sunday  Times,  1994  
  8. 8. Introduction     3   Si  les  questions  de  justice,  de  vérité  et  de  réconciliation  sont  au  centre  de  ces  transitions,   elles  sont  toujours  abordées  dans  le  cadre  de  cette  transaction  qui  doit  concilier  rupture  et   continuité.  Ces  questions  sont  vitales  parce  que  la  nouvelle  société  doit  rapidement  mettre   un  terme  aux  violences  mais  aussi  parce  qu'elle  doit  statuer  sur  les  violations  des  Droits  de   l'Homme  et  créer  un  consensus  minimal  sur  le  passé  pour  espérer  se  projeter  dans  un  futur   partagé   par   toutes   les   communautés   qui   se   sont   affrontées.   Elles   restent   néanmoins   déterminées  par  les  termes  de  la  transaction  effectuée  au  moment  de  la  transition.     En   Afrique   du   Sud,   la   commission   Vérité   et   Réconciliation   (Truth   and   Reconciliation   Committee   –   TRC),   issue   des   négociations   est   un   organe   répondant   aux   objectifs   de   la   transition.  Emblématique  de  celle-­‐ci,  elle  est  aussi  perçue  comme  étant  l'agent  principal  de   sa   réussite.   Ses   objectifs   sont   pourtant   contradictoires   puisqu'il   s'agit   de   conjuguer   réconciliation   et   justice.   D'une   part,   la   TRC   doit   répondre   à   la   nécessité   éminemment   politique  de  réconcilier  des  franges  profondément  divisées  de  la  société.  D'autre  part,  elle   est  tenue  à  un  impératif  de  justice  qui  suit  une  longue  période  d'impunité  et  sans  laquelle  il   semble   impossible   d'instituer   une   nouvelle   société   fondée   sur   un   Etat   de   Droit   et   sur   le   respect  des  Droits  de  l'Homme.     Les  enjeux  de  la  TRC  sont  d'autant  plus  grands  que  la  situation  sud-­‐africaine  est  unique.  Le   pouvoir  en  place  depuis  1948  aux  mains  du  Parti  National  (National  Party  -­‐  NP)  présente  des   caractéristiques  qui  mêlent  autoritarisme,  recours  à  l'idéologie  et  recours  à  la  violence.  Il   prend   ses   sources   dans   l'histoire   d'une   communauté   de   colons   protestants   qui   fuit   les   persécutions   religieuses   en   Europe   et   s'installe   au   Cap   au   début   du   XVIème   siècle.   Cette   communauté   se   construit   sur   la   nécessité   de   survivre   et   de   s'approprier   cette   "terre   promise"2 .  Elle  est  sans  cesse  amenée  à  se  défendre  avec  véhémence  contre  les  indigènes  et   plus  tard  à  la  fin  du  XIXème  siècle  contre  le  colonisateur  anglais.  Elle  se  fonde  sur  une  culture   religieuse  qui  justifie  l'esclavage  et  sa  domination  sur  les  populations  indigènes  noires.  Les   moyens   de   sa   survie,   qu'il   s'agisse   du   régime   de   l'apartheid   mis   en   place   en   1948   ou   du   recours  à  la  violence  pour  contrôler  une  population  largement  supérieure  en  nombre,  sont  à   la   source   d'une   société   profondément   divisée   auquel   le   processus   de   justice   et   de   réconciliation  doit  faire  face.                                                                                                                     2  Giliomee  Hermann,  The  Afrikaans,  Tafelberg  publishers  limited,  2003,  p.  132    
  9. 9. Introduction     4   Le  miracle  sud-­‐africain  de  la  réconciliation  et  de  la  naissance  d'une  nouvelle  Afrique  du  Sud   serait  ainsi  le  résultat  d'un  compromis  unique  constitué  des  choix  effectués  par  la  TRC  et  des   principes  sur  lesquels  elle  se  fonde.  La  TRC  choisit  d'amnistier  sur  une  base  individuelle  les   actes  commis  en  violation  des  Droits  de  l'Homme  tout  en  fournissant  aux  victimes  un  espace   de  parole  leur  permettant  d'exprimer  leur  souffrance.  Elle  instaure  ainsi  une  forme  de  justice   qui  s'écarte  radicalement  de  la  justice  punitive  telle  que  nous  l'entendons  habituellement.   Issue  des  négociations  entre  le  pouvoir  en  place  et  ses  opposants,  la  TRC  est  déterminée   "par   une   exigence   de   justice,   un   besoin   de   reconnaissance   des   victimes   et   la   nécessité   de   construire   une   vérité   commune   et   un   passé   partagé"3 .   L'ONU   a   depuis   2004   donné   une   définition   à   cette   forme   de   justice   dite   transitionnelle.   Il   s'agit   de   "l’éventail   complet   des   divers  processus  et  mécanismes  mis  en  œuvre  par  une  société  pour  tenter  de  faire  face  à  des   exactions  massives  commises  dans  le  passé,  en  vue  d’établir  les  responsabilités,  de  rendre  la   justice  et  de  permettre  la  réconciliation"4 .   Il  est  vrai  que  quasiment  vingt  ans  après  la  transition  et  les  travaux  de  la  TRC  le  "miracle"   semble  s'être  confirmé,  la  Nation  devenue  arc-­‐en-­‐ciel  est  aujourd'hui  invitée  aux  côtés  des   nouveaux   pays   émergents   désormais   devenus   les   BRICS5 ,   elle   est   la   première   puissance   économique  de  l'Afrique  et  sa  diplomatie  a  l'ambition  de  redonner  au  continent  une  place   dans   un   monde   devenu   multipolaire.   Pourtant,   la   société   sud-­‐africaine   reste   la   plus   inégalitaire   au   monde6 ,   le   taux   de   criminalité   y   est   l'un   des   plus   élevés,   et   surtout   elle   s'interprète  encore  largement  au  prisme  de  critères  ethniques.     Ainsi,  si  la  transition  n'est  pas  aussi  réussie  qu'on  le  prétend,  si  la  réconciliation  n'a  pas  eu   l'envergure  escomptée,  quel  rôle  les  choix  et  le  fonctionnement  de  la  TRC  ont-­‐ils  joué  dans   la  nouvelle  société  ?  La  TRC  a-­‐t-­‐elle  posé  les  ferments  d'une  société  irréconciliable,  violente   et   injuste   prolongeant   la   séparation   qu'avait   instaurée   l'apartheid   ?   Si   elle   s'est   inspirée   d'expériences   précédentes,   notamment   d'une   des   premières   commissions   de   ce   type   au   Chili,   la   TRC   a   emprunté   un   chemin   original   fondant   la   justice   transitionnelle   sur   des   principes  uniques.  Est-­‐ce  que  ces  principes  n'étaient  que  le  résultat  des  négociations  et  des                                                                                                                   3  Richard  Spitz,  The  politics  of  transition,  Hart  publishing,  2000,  p.  415   4  Rapport  du  Secrétaire  général  des  Nations  Unies  devant  le  Conseil  de  sécurité,  "Rétablissement  de  l’Etat  de   droit  et  administration  de  la  justice  pendant  la  période  de  transition  dans  les  sociétés  en  proie  à  un  conflit  ou   sortant  d’un  conflit",  Doc.  S/2004/616,  2  août  2004,  p.  7  para.  8.   5  Brazil  –  Russia  –  India  –  China  –  South  Africa   6  Rapport  OCDE  2008,  classement  des  pays  selon  le  coefficient  Gini    
  10. 10. Introduction     5   rapports  de  force  au  moment  de  la  transition  forgeant  ainsi  une  justice  réduite  à  l'injustice   des  volontés  politiques  ?  Ou  au  contraire  a-­‐t-­‐elle  réussi  à  construire  un  passé  commun  et   une  vérité  commune  sur  laquelle  une  société  encore  à  venir  pourra  se  fonder  ?      (I)  Pour  mettre  fin  au  passé  violent  de  la  société  sud-­‐africaine  (A),  la  TRC  veut  réconcilier  en   se  fondant  sur  le  principe  d'impunité  issu  des  négociations  (B).  (II)  Elle  cherche  pourtant  à   mettre  en  œuvre  une  réconciliation  par  le  pardon  (A),  mais  l'horizon  qu'elle  trace  pour  la   nouvelle  Afrique  du  Sud  reste  un  chemin  long  et  difficile  (B).      
  11. 11. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     6   I  –  La  TRC  :  réconcilier  au  détriment  de  la  justice  ?   La   libération,   le   11   février   1991,   "du   plus   ancien   prisonnier   politique   du   monde",   Nelson   Mandela   est   le   signe   le   plus   médiatique   et   le   plus   significatif   du   début   de   la   transition   démocratique  sud-­‐africaine.  Cette  libération  entérine  la  fin  d'un  régime  aux  caractéristiques   uniques.  L'apartheid  est  un  régime  autoritaire  fondé  sur  la  survie  d'une  minorité  blanche  au   détriment  d'une  majorité  de  Noirs,  sur  une  idéologie  religieuse  et  sur  une  rhétorique  anti-­‐ communiste.   La   transition   fait   suite   à   quarante   ans   de   graves   violations   des   Droits   de   l'Homme  commises  au  nom  de  ce  régime  mais  aussi  au  nom  de  la  résistance  à  son  encontre.   Le   NP   au   pouvoir   est   contraint   dans   un   contexte   de   fin   de   guerre   froide   d'accepter   les   négociations  avec  l'African  National  Congress  (ANC),  le  principal  parti  de  ses  opposants  et   dont  Mandela  est  le  leader.  Lorsque  le  NP  initie  les  négociations,  il  est  encore  détenteur  d'un   pouvoir   fort.   Mais   le   NP   comme   l'ANC   se   savent   devant   une   impasse   dans   laquelle   l'un   comme  l'autre  ne  peut  imposer  la  victoire  sans  risquer  la  guerre  civile  et  un  "bain  de  sang".   En   même   temps,   pendant   les   négociations,   chacun   menace   l'autre   de   la   "politique   de   la   terre  brulée".   Les  principes  de  la  TRC  prennent  ainsi  naissance  dans  ces  rapports  de  forces  et  dans  une   négociation  politique  dans  lesquels  il  ne  peut  y  avoir  de  perdant.  Ces  principes  concilient  dès   lors   des   objectifs   contradictoires.   Si   la   TRC   incarne   une   rupture   puisque   son   existence   matérialise   l'arrêt   des   violences,   le   rétablissement   de   la   justice   et   la   réconciliation   en   établissant  la  vérité  sur  le  passé,  elle  incarne  également  une  forme  de  continuité.  Continuité   de   l'Etat,   négociée   et   voulue   aussi   bien   par   le   NP   et   l'ANC   mais   aussi,   dans   une   certaine   mesure,   continuité   d'un   système   et   de   principes   injustes.   En   effet   une   justice   fondée   sur   l'amnistie   ainsi   que   l'impossibilité   pour   la   TRC   de   réparer   les   dommages   du   système   précédent  peuvent  être  interprétés  et  perçus  comme  le  prolongement  du  passé.     A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     La  nature  du  régime  sud-­‐africain  est  une  combinaison  unique  de  caractéristiques  résultant   essentiellement  de  la  logique  de  survie  d'une  minorité  de  Blancs  sud-­‐africains  au  détriment   d'une  majorité  de  Noirs.  Il  mêle  l'autoritarisme  et  le  recours  à  l'idéologie  et  à  la  violence.  S'il   est   autoritaire,   se   rapprochant   ainsi   des   régimes   militaires   nationalistes   du   cône   sud-­‐ américain   tels   que   le   Chili   de   Pinochet   ou   l'Argentine   de   Videla,   il   reste   néanmoins   une  
  12. 12. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     7   démocratie   parlementaire   pour   la   minorité   blanche.   Mais   il   partage   aussi,   dans   son   utilisation   de   l'idéologie,   des   caractéristiques   avec   les   dictatures   de   type   communiste   et,   dans  une  certaine  mesure,  avec  des  régimes  fondés  sur  la  supériorité  d'une  ethnie  tel  que  le   Rwanda   ou   le   Congo1 .   Il   possède   en   commun   avec   les   régimes   autoritaires   le   recours   systématique   à   la   violence   comprenant   assassinats,   tortures   et   disparitions   et   un   nationalisme  exacerbé  ancré  dans  son  impératif  de  survie.  Avec  les  régimes  communistes,  il   partage  l'utilisation  de  la  "rhétorique  de  l'ennemi"  et  de  l'idéologie  même  si  la  version  sud-­‐ africaine  puise  ses  sources  dans  la  religion  et  dans  la  hiérarchie  des  races  plutôt  que  dans  la   lutte  des  classes.  Enfin  le  régime  de  l'apartheid  a  de  particulier  de  recourir  à  une  ingénierie   sociale  qui  garantit  la  domination  politique,  économique  et  sociale  de  la  minorité  blanche.   Le  caractère  idéologique  de  cette  domination  prend  ses  sources  dans  la  religion  mais  aussi,  à   partir  de  la  fin  de  la  deuxième  guerre  mondiale,  dans  la  rhétorique  anti-­‐communiste  et  dans   l'idée   de   l'ennemi   intérieur   et   extérieur   justifiant   ainsi   le   recours   à   la   force.   La   force   de   coercition   à   laquelle   le   régime   a   recours,   son   intransigeance   et   l'iniquité   de   son   système   suscitent  une  opposition  qui  bascule  rapidement  dans  la  résistance  armée.  Mais  la  fin  de  la   guerre   froide   ainsi   que   des   évolutions   profondes   et   internes   à   la   société   sud-­‐africaine   amènent  le  régime  de  l'apartheid  dans  une  impasse  dans  laquelle  la  transition  devient  la   seule  issue  raisonnable.  Ce  changement  devra  faire  face  à  50  ans  de  violence  et  à  un  climat   de  guerre  civile.     L'apartheid,  une  ingénierie  sociale  au  service  de  la  survie  d'une  minorité     La  survie  comme  thème  structurant  des  Afrikaners  prend  sa  source  dans  la  première  colonie   fondée   au   Cap   à   la   fin   du   XVIème   siècle.   Elle   sera   majoritairement   peuplée   de   colons   néerlandais  calvinistes  qui  fuient  les  guerres  de  religion  européennes.  La  colonie  de  ceux  qui   vont  se  revendiquer  comme  des  africains  ou  Afrikaners  en  néerlandais,  signifiant  ainsi  qu'ils   n'ont   pas   d'autre   patrie   que   cette   terre   là,   se   constitue   sur   la   base   de   l'esclavage   des   indigènes  et,  plus  tard,  sur  d'autres  populations  venues  de  l'Inde  et  d'Asie.  La  religion  tient   une   place   centrale   dans   la   culture   afrikaner   et   constitue   la   source   dans   laquelle   les   Afrikaners  puiseront  la  justification  de  leur  domination.  Ils  se  perçoivent  très  tôt  comme  le   peuple   désigné   par   Dieu   pour   "conquérir   l'Afrique,   y   propager   la   religion   chrétienne   et                                                                                                                   1  Meredith  Martine,  Coming  to  terms,  Public  Affairs,  1999,  p.  51.    
  13. 13. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     8   protéger  les  Noirs  du  meurtre,  du  pillage  et  de  la  violence"2 .  Leur  indépendance,  dont  la  prise   de   pouvoir   en   1948   par   le   NP   est   l'aboutissement,   s'est   gagnée   aux   prix   d'exodes   et   de   guerres   contre   les   indigènes   et   les   Anglais.   Elle   est   ainsi   indissociable   de   la   nécessité   de   recourir  à  la  force  et  à  la  violence  pour  survivre.     Se   forgeant   dans   l'adversité   et   puisant   dans   la   religion,   l'unité   afrikaans   ou   le   Volk   (le   peuple),   est   revendiquée   au   nom   d'une   communauté   établie   non   pas   sur   la   base   d'un   contrat   volontaire,   mais   sur   une   unification   absolue   d'une   société   qui   proscrit   l'individu   émancipé3 .   Par   conséquent,   seul   un   Etat   fort   pouvait   garantir   cette   unité   contre   toute   agression  extérieure  en  n'hésitant  pas,  si  nécessaire,  à  recourir  à  la  violence.  Cet  impératif   fut  d'autant  plus  impérieux  que,  démographiquement,  la  communauté  blanche  sud-­‐africaine   a  toujours  été  largement  minoritaire.     La  doctrine  officielle  de  l'apartheid,  littéralement  développement  séparé,  mise  en  place  par   le  NP  à  partir  des  années  50,  sert  de  fondement  à  la  mise  en  place  d'une  ingénierie  sociale4   visant   à   garantir   la   survie   du   Volk   et   à   assurer   la   suprématie   de   la   minorité   blanche.   Si   l'apartheid   théorise   la   séparation   stricte   des   races,   et   par   là   même   l'essentialisation   culturelle   et   biologique   du   concept   de   race,   elle   assure   surtout   que   le   développement   économique   et   social   de   la   minorité   blanche   se   fera   au   profit   d'une   population   noire   dépourvue   de   droits   civiques,   d'une   main   d'œuvre   volontairement   non   éduquée,   peu   coûteuse  et  contrainte  de  vivre  dans  des  Bantustans,  enclaves  dotées  d'une  souveraineté   fictive5 .   L'église   protestante,   principal   représentant   confessionnel   de   la   communauté   blanche   et   afrikaner   sud-­‐africaine,   la   Dutch   Reformed   Church   (DRC),   en   fournira   la   justification  religieuse.  Pour  punir  les  hommes  de  vouloir  construire  la  tour  de  Babel,  Dieu  a   séparé   les   peuples.   En   découle   une   double   nécessité,   assurer   que   ceux   unis   par   Dieu   le   restent  et  garantir  la  séparation  stricte  en  évitant  toute  risque  d'impureté6 .  Les  mesures  de   l'apartheid  organisent  ainsi  toute  la  société  sud-­‐africaine.  Elles  couvrent  un  spectre  allant  de   la   création   des   Bantustans   jusqu'à   l'existence   de   bancs   et   de   transports   publics   destinés   distinctement   aux   Noirs   et   aux   Blancs.   La   déclaration   suivante,   extraite   d'une   déclaration                                                                                                                   2  Giliomee,  Op.  Cit.  p.  166.   3  Lefranc  Sandrine,  Politiques  du  pardon,  PUF,  2002,  p.  25.   4  Cf.  Annexes  :  Principales  mesures  promulguées  par  l'apartheid  dès  les  années  50.     5  Cf.  Annexes  :  Bantustans  et  townships  pendant  l'apartheid.     6  Giliomee,  Op.  Cit.  p.  462.  
  14. 14. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     9   préliminaire  d'un  policier  blanc  lors  d'une  session  de  la  TRC  en  19967 ,  est  révélatrice  du  rôle   constitutif  de  la  religion  dans  le  système  de  l'apartheid  :     Nous   avons   été   élevé   dans   la   croyance   de   l'apartheid.   On   nous   a   fait   croire   que   Dieu   a   approuvé  l'apartheid  par  l'intermédiaire  de  l'église.  Que  notre  participation  dans  les  forces  de   sécurité  était  justifiée  pour  faire  respecter  l'apartheid.  Que  les  noirs  étaient  inférieurs  et  que   leurs   besoins,   leurs   émotions,   et   leurs   aspirations   étaient   différents   des   nôtres.   Que   nous   étions  supérieurs  et  que  cette  différence  justifiait  l'apartheid   Se  basant  sur  ce  discours  religieux,  le  régime  justifiera  sa  volonté  constante  de  créer  des   dissensions  entres  les  ethnies  noires  qui  sont  nombreuses  dans  le  pays.  Le  point  culminant   de  cet  antagonisme  provoqué  prendra  la  forme  d'affrontements  meurtriers  entre  l'Inkatha   Freedom   Party   (IFP),   le   parti   des   Zulus   et   les   partisans   de   l'ANC   pendant   la   période   de   transition.     La  rhétorique  anti-­‐communiste     Après  la  seconde  guerre  mondiale,  la  justification  religieuse  se  conjugue  avec  un  discours   anticommuniste.  S'adaptant  à  la  logique  de  la  guerre  froide,  le  thème  de  l'ennemi  intérieur   mais   aussi   extérieur,   et   dont   Hannah   Arendt   fera   une   des   caractéristiques   d'un   régime   totalitaire  dans  "Les  origines  du  totalitarisme",  devient  l'instrument  de  la  rhétorique  du  NP  :   le  communiste  athée  est  l'ennemi.  A  partir  des  années  soixante  toute  la  population  blanche   était  "sincèrement  persuadée  d'être  engagée  dans  un  combat  mortel,  pour  la  survie,  contre   la  menace  communiste  et  que  tous  les  moyens  utilisés  quels  qu'ils  soient,  étaient  justifiés"8 .   Les  propos  de  Craig  Williamson,  un  officier  des  renseignements  de  la  police,  s'exprimant  lors   d'une  session  de  la  TRC9  sont  édifiants  quant  à  l'utilisation  de  la  violence  et  de  la  rhétorique   de  l'ennemi  :     Les   forces   de   sécurité   sud-­‐africaine   prenaient   très   peu   connaissance   des   motivations   politiques   des   mouvements   de   libération,   si   ce   n'était   de   les   considérer   comme   partie   intégrante   de   l'attaque   soviétique   violente   contre   l'occident   libre   démocratique   et   civilisé.   Ceci,   je   crois,   rendait   plus   facile   les   actions   les   plus   violentes   contre   les   mouvements   de                                                                                                                   7  Salazar  Philippe-­‐Joseph  and  Doxtader  Eric,  Truth  and  Reconciliation  in  South  Africa:  The  fundamental   documents,  New  Africa  Books,  2007,  p.  201.   8  Meredith  Martine,  Coming  to  terms,  Public  Affairs,  1999,  p.  291.     9  Salazar  Philippe-­‐Joseph  and  Doxtader  Eric,  Op.  Cit.  p.  340.  
  15. 15. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     10   libération  et  leurs  partisans,  parce  que  cette  violence  n'était  pas  dirigée  contre  notre  peuple,   mais  contre  un  ennemi  étranger   Les  liens  que  les  mouvements  de  résistance  tels  que  l'ANC  et  sa  branche  armée  Umkhonto   we  Sizwe  (MK)  basée  hors  d'Afrique  du  Sud  ou  le  Pan  Africanist  Congress  of  Azania  (PAC)   tissent  avec  les  régimes  socialistes  ne  font  que  valider  et  conforter  ce  discours  antisubversif.   Mais  s'agissant  avant  tout  de  maintenir  la  suprématie  de  la  minorité  blanche  au  pouvoir,  le   recours  à  ce  discours  restait  bien  de  l'ordre  de  la  rhétorique10 .   A  partir  des  années  70,  le  régime  sud-­‐africain  puisera  abondamment  à  cette  source  pour   justifier  les  violences  auxquelles  il  a  recours  pour  faire  face,  en  interne,  aux  émeutes  de  plus   en   plus   fréquentes   dans   les   townships11   (bidonvilles   entourant   les   grandes   métropoles   concentrant   les   travailleurs   noirs)   et,   à   l'extérieur,   pour   combattre   les   mouvements   de   résistance  qui  ont  fait  le  choix  de  la  lutte  armée.     La  résistance  et  la  spirale  de  la  violence     La   population   noire   se   retrouvant   face   à   un   régime   dur   et   déterminé   à   conserver   son   pouvoir,  se  résout  à  la  résistance  armée  a  partir  des  années  au  début  des  années  60.  Le   régime,   dont   le   refus   de   toute   transigeance   se   matérialisa   dès   les   années   50   par   le   bannissement  de  tous  les  partis  d'opposition  noirs,  ferma  la  porte  à  toute  opposition  légale.   Les   procès   retentissants   des   années   60,   en   particulier   le   procès   Rivonia   qui   en   1964   se   conclut   par   la   condamnation   à   la   réclusion   à   perpétuité   des   principaux   responsables   de   l'ANC  dont  Nelson  Mandela,  n'ont  fait  que  confirmer  la  radicalité  de  la  ligne  politique  voulue   par  le  NP.     Des  manifestations  spontanées  qui  tournent  à  la  violence  déclenchent  un  cercle  vicieux  de   répression–résistance.  La  concentration  urbaine  des  populations  noires  dans  les  townships   transforme   la   plupart   des   manifestations   en   émeutes.   Le   gouvernement   répond   par   la   répression   armée,   par   la   torture   et   par   des   lois   encore   plus   restrictives.   Les   émeutes   de   Sharpeville  en  1960,  au  cours  desquelles  70  personnes  sont  tuées  par  la  police,  constituent,   pour  l'opposition,  le  point  de  basculement  vers  la  lutte  armée.  D'une  part,  les  dirigeants  de   l'opposition  doutent  de  l'efficacité  de  la  stratégie  pacifique  utilisée  jusque  là  et  il  devient                                                                                                                   10  Lefranc,  Op.  Cit.  p.  51   11  Cf.  Annexes  :  Bantustans  et  townships  pendant  l'apartheid    
  16. 16. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     11   d'autre   part,   de   plus   en   plus   difficile   de   contenir   la   base   des   organisations   qui   ne   se   contentent  plus  de  ce  type  de  résistance.  L'ANC  crée  en  1960  une  branche  armée,  le  MK,   dont  les  bases  et  les  camps  d'entrainement  se  constitueront  en  Afrique,  notamment  dans  les   pays  voisins  de  l'Afrique  du  Sud,  entre  autres  en  Angola,  en  Tanzanie  et  en  Uganda.  Dans  le   contexte  de  la  guerre  froide,  mais  aussi  des  guerres  de  libération  en  Afrique,  l'ANC  et  le  parti   communiste  sud-­‐africain  (South  African  Communist  Party  –  SACP)  trouvèrent  naturellement   des  alliés  mais  aussi  un  support  financier  et  logistique  dans  la  sphère  d'influence  socialiste.   Les  incursions  du  MK,  la  branche  armée  de  l'ANC,  en  Afrique  du  Sud  donnèrent  lieu  à  des   attentats  et  à  des  violences  touchant  souvent  à  des  civils.  Si  les  pays  avoisinant  l'Afrique  du   Sud   furent   le   théâtre   d'une   guerre   militaire   entre   le   MK   et   les   forces   sud-­‐africaines,   ils   étaient  aussi  le  lieu  d'assassinats  perpétrés  par  les  services  secrets  sud-­‐africains.   Ainsi,   lorsque   le   11   février   1991,   Frederik   de   Klerk,   Président   sud-­‐africain   et   chef   du   NP,   libéra  Nelson  Mandela  et  légalisa  les  partis  politiques  de  l'opposition,  marquant  ainsi  la  fin   de  l'apartheid  et  donnant  le  signal  du  début  de  la  transition,  la  violence  était  endémique  en   Afrique  du  Sud.     Le  régime  de  l'apartheid  à  bout  de  souffle     A   la   fin   des   années   80,   l'impasse   est   de   part   et   d'autre   :   les   opposants   au   régime   reconnaissent  qu'il  sera  impossible  de  renverser  le  régime  par  la  force  et  le  gouvernement   sud-­‐africain   comprend   qu'il   n'arrivera   jamais   à   bout   de   la   résistance.   Mais   cette   prise   de   conscience  partagée  trouve  ses  raisons  dans  des  évolutions  structurelles  de  la  société  sud-­‐ africaine   ainsi   que   d'une   conjoncture   particulière   liée   à   la   fin   de   la   guerre   froide.   La   démographie   et   des   mutations   sociologiques   sont   à   mettre   au   compte   des   changements   structurels,  et  la  pression  internationale  et  la  fin  de  la  guerre  froide  sont  à  mettre  au  compte   des  raisons  conjoncturelles.     Les   évolutions   de   fond   de   la   société   sud-­‐africaine   liées   à   la   démographie   et   à   des   changements   sociaux   participent   à   la   nécessité   d'accepter   la   transition.   L'évolution   démographique  défavorable  constitue  d'abord  un  problème  de  plus  en  plus  prégnant.  D'une   part,  la  population  blanche  n'a  cessé  de  diminuer  depuis  les  années  50,  non  pas  en  valeur   absolue,   mais   en   proportion   de   l'ensemble   de   la   population   sud-­‐africaine.   En   quatre  
  17. 17. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     12   décennies  elle  passe  de  20  %  à  15%  en  199012 .  D'autre  part,  la  politique  visant  à  cantonner  la   population  noire  dans  les  Bantustans  a  échoué.  La  concentration  dans  les  townships  et  leur   urbanisation  sont  devenues  incontrôlées  et  constituent  le  ferment  de  la  déstabilisation.   En  parallèle  s'est  opérée  une  lente  mais  profonde  mutation  sociologique  dans  la  population   afrikaner  et  blanche  en  général.  Dans  les  années  50,  les  Afrikaners  majoritairement  ruraux   ont   certes   vu   dans   les   lois   raciales   de   l'apartheid   l'instrument   de   la   préservation   de   leur   identité  raciale  mais  aussi  un  moyen  de  défendre  leurs  emplois.  Or,  dans  les  années  70,  l'Etat   constitue  un  puissant  secteur  public  industriel  (énergie,  métallurgie)  lui  permettant  d'assurer   son  autarcie  mais  aussi  d'employer  une  part  importante  de  Blancs.  Ainsi  s'est  constituée  une   classe  moyenne  qui  dans  les  années  80,  commence  à  penser  qu'il  vaut  mieux  conserver  son   emploi  et  son  statut,  fut-­‐ce  au  prix  de  concessions  politiques  faites  au  Noirs13 .  Dans  le  même   temps   la   partie   de   la   population   blanche   d'origine   anglaise,   économiquement   et   politiquement   libérale,   s'oppose   de   plus   en   plus   vigoureusement   à   un   régime   dont   la   politique  suscite  des  sanctions  économiques  qui  fragilisent  profondément  l'économie.     L'Eglise   et   les   intellectuels   commencent   dès   les   années   70   à   remettre   en   question   la   justification  morale  de  l'Apartheid14 .  Le  soutien  de  la  Dutch  Reformed  Church  (DRC)  s'étiole   alors  que  son  support  a  toujours  été  indispensable  à  la  cohésion  idéologique  du  NP.   L'influence   de   la   communauté   internationale   joue   un   rôle   déterminant.   Elle   participe   à   l'isolement  économique  du  régime  mais  change  aussi  la  perception  que  les  Sud-­‐Africains  ont   d'eux-­‐mêmes.  Dès  1973,  les  pressions  de  l'opinion  publique  internationale  s'accentuent.  Les   Nations   Unies   qualifient   l’apartheid   de   crime   contre   l’humanité   et   le   Conseil   de   Sécurité   adopte  en  1977  la  résolution  418,  qui  prévoit  un  embargo  obligatoire  sur  la  vente  d'armes.     Au   milieu   des   années   80,   la   communauté   internationale   réussit   à   convenir   d'un   large   éventail  de  sanctions  économiques  contre  l'Afrique  du  Sud.  Même  si  la  résolution  569  de   1985  ne  fait  qu'exhorter  les  membres  de  l'ONU  à  imposer  volontairement  des  sanctions,  elle   recommande  néanmoins  un  embargo  sur  les  investissements  et  sur  la  vente  des  pièces  d'or                                                                                                                   12  Warden  Nigel,  The  making  of  modern  South  Africa,  1994,  p.  139   13  Ibid.  p.  156   14  Giliomee,  Op.  Cit.  p.  327.  
  18. 18. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     13   sud-­‐africaines,  la  restriction  des  relations  culturelles  et  sportives  ainsi  que  l'interdiction  de   conclure  des  contrats  dans  le  domaine  nucléaire  et  informatique15 .   Les  Nations  Unies  furent  pourtant  incapables  d'imposer  des  sanctions  obligatoires  du  fait   des  tensions  de  la  guerre  froide  ainsi  que  de  l'opposition  de  certains  membres  permanents   du   Conseil   de   sécurité   notamment   les   États-­‐Unis   et   le   Royaume-­‐Uni,   pour   des   raisons   stratégiques  et  économiques.  Les  pays  industrialisés  imposèrent  finalement  des  sanctions  en   1985   lorsque   des   groupes   d'intérêt,   des   politiciens   et   d'importants   segments   de   l'opinion   publique   l'exigèrent   après   que   le   gouvernement   sud-­‐africain   eut   brutalement   réprimé   les   manifestations  contre  des  propositions  constitutionnelles  faisant  fi  des  revendications  des   Noirs.  De  fait,  les  reportages  télévisés  sur  les  confrontations  entre  la  police  sud-­‐africaine  et   les  Noirs  eurent  pour  effet  de  galvaniser  la  communauté  internationale.   Enfin   et   surtout   la   conjoncture   internationale   sera   bouleversée   par   l'effondrement   de   l'Union  Soviétique.  Si  le  régime  au  pouvoir  voit  disparaître  l'allié  principal  de  ses  opposants,   il  perd  avant  tout  sa  justification  rhétorique  du  combat  contre  l'ennemi  subversif.  Il  ne  peut   plus   se   revendiquer   comme   étant   le   dernier   bastion   contre   le   communisme   en   Afrique,   comme  le  garant  d'un  monde  libre  et  chrétien.  Il  perd  ainsi  les  soutiens,  souvent  dissimulés,   du  bloc  de  l'Ouest  et  particulièrement  celui  des  Etats-­‐Unis.  La  fin  de  la  guerre  froide  apaise   dans   le   même   temps   les   conflits   régionaux   en   Angola   et   au   Mozambique.   En   outre   les   interventions  militaires  menées  par  l'Afrique  du  Sud  avaient  fait  naître  une  forte  opposition   chez  les  Blancs  qui  considéraient  de  plus  en  plus  comme  exorbitant  leur  coût  humain.  De   leur   côté,   les   mouvements   de   résistance   perdent   leur   support   logistique,   matériel   et   financier  mais  aussi  symbolique.     Le  régime  de  l'apartheid  contraint  de  négocier   Ainsi,  à  la  fin  des  années  80,  l'impasse  est  avérée  et  reconnue  par  les  tenants  du  pouvoir  et   les  opposants.  Si  les  négociations  sont  initiées  par  le  NP  et  par  le  Prédisent  de  la  République,   Frederik   de   Klerk,   les   acteurs   qui   y   jouent   un   rôle   déterminant   sont   l'ANC   devenu   incontournable,  les  forces  économiques  nationales  et  internationales  et  dans  une  moindre   mesure  des  partis  aux  extrêmes  de  l'échiquier  politique  sud-­‐africain.                                                                                                                     15  Cf.  Annexes  :  Principales  mesures  promulguées  par  l'apartheid  dès  les  années  50.    
  19. 19. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     14   L'organisation   du   processus   politique   de   transition,   la   forme   constitutionnelle   du   nouvel   état,   la   question   des   futures   orientations   économiques,   le   statut   des   agents   de   l'administration  en  place  et  la  justice  constituent  les  sujets  au  cœur  des  négociations.  Ils  sont   tous   âprement   discutés   mais   les   sujets   de   la   justice   et   le   statut   des   fonctionnaires   deviendront   rapidement   un   point   de   discorde   menant   à   des   violences   graves   menaçant   d'interrompre   définitivement   les   négociations.   Le   NP   veut   s'assurer   de   l'emploi   de   ses   fonctionnaires   et   refuse   tout   risque   de   "chasse   aux   sorcières"16   dans   l'administration.   Il   refuse  surtout  tout  principe  de  jugement  pénal  pour  son  armée  et  sa  police,  encore  moins   d'un  jugement  par  un  organe  de  justice  international.  Si  le  NP  sait  qu'il  devra  transiger  sur   certains  points,  il  se  sait  néanmoins  détenteur  d'un  pouvoir  fort  et  d'une  administration  qui   comprend  les  forces  de  sécurité  militaire  et  de  police.  Il  menace  sans  cesse  de  recourir  à  la   "politique  de  la  terre  brulée"  quitte  à  déclencher  une  guerre  civile.  Pic  Botha,  ex  président   de  la  République  rappelle  "qu'il  est  dangereux  de  réveiller  le  lion  qui  dort"17 .     La   période   de   transition   est   la   plus   violente   de   l'histoire   sud-­‐africaine,   plus   de   20   000   personnes   meurent   de   1985   jusqu'aux   élections   en   1994.   Paradoxalement   la   violence   est   majoritairement  le  fait  d'affrontements  entre  les  membres  de  l'ANC  et  ceux  du  parti  zulu   l'IFP.  Cette  opposition  entre  deux  partis  noirs  représentants  de  deux  ethnies  (les  Xosa  et  les   Zulus)  est  attisée  et  provoquée  par  le  pouvoir.  Cette  démarche  s'inscrit  logiquement  dans  la   continuité  de  la  politique  de  l'apartheid  dont  l'objectif  est  de  séparer  les  races  mais  aussi  de   "diviser  pour  mieux  régner".  Non  seulement  le  NP  a  encouragé  les  velléités  indépendantistes   des   Zulus   et   estime   pourvoir   faire   une   alliance   objective   avec   eux   pour   réclamer   une   nouvelle  Afrique  du  sud  fédérale  mais  il  entraine  les  membres  de  l'IFP  à  l'aide  de  ses  propres   forces  spéciales  pour  mener  des  actions  de  force  contre  l'ANC.  Tenant  d'un  double  langage,   le  NP  se  sert  de  ces  affrontements  pour  soutenir  et  prouver  que  l'idée  d'une  Afrique  du  Sud   sans  pouvoir  blanc  est  vouée  au  chaos.     Si  le  résultat  des  négociations  est  le  reflet  de  l'équilibre  des  pouvoirs  en  présence  et  des   objectifs   de   chacun,   il   reste   celui   d'une   élite   qui   négocie   pour   le   compte   de   ceux   qu'elle   représente.  Ce  résultat  des  négociations,  dont  la  constitution  provisoire  inclut  le  principe  de   la  TRC,  n'aura  d'autre  légitimité  que  celle-­‐là.                                                                                                                     16  Frederik  de  Klerk  cité  par  Wilson  Richard,  The  politics  of  truth  and  reconciliation  in  South  Africa,  Cambridge   University  Press,  2001,  p  231.   17  Pic  Botha  cité  par  par  Lefranc  Sandrine,  Politiques  du  pardon,  PUF,  2002,  p.  130.  
  20. 20. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     15   Les  principales  forces  en  présence     Pourtant   l'ANC   et   Mandela   s'imposent   comme   les   interlocuteurs   incontournables   et   légitimes  dans  les  négociations  et  la  transition.  L'ANC  est  parvenu  pendant  les  décennies  de   l'apartheid  à  gagner  le  soutien  d'une  grande  majorité  des  Noirs.  Il  a  réussi  à  s'allier  avec  les   organisations   les   plus   puissantes,   notamment   le   SAPC   et   la   fédération   syndicale   noire   (Congress  of  South  African  Trade  Unions  –  COSATU).     La   crédibilité   de   l'ANC   est   aussi   indiscutablement   liée   à   la   figure   de   Nelson   Mandela   emprisonné  en  1964,  "le  plus  ancien  prisonnier  politique  du  monde"  acquit  en  prison  une   stature  incontournable  en  tant  que  leader  de  l'ANC  mais  aussi  en  tant  qu'icône  dans  son   pays  et  dans  le  monde.  La  légitimité  de  l'ANC  et  son  soutien  majoritaire  dans  la  population   noire  expliquent  l'acceptation  des  décisions  que  le  parti  prendra  pendant  les  négociations  et   la   transition.   Fort   de   ce   soutien,   l'ANC   brandit   et   parfois   exécute   la   menace   de   démonstrations  et  de  grèves  en  masse  pendant  les  négociations.   L'ANC  défend  la  vision  politique  d'une  nouvelle  Afrique  du  Sud  unie  prenant  la  forme  d'un   Etat  centralisé,  Etat  de  droit  fondé  sur  le  respect  de  l'individu  et  des  Droits  de  l'Homme18 .  Il   s'oppose  aux  dirigeants  sud-­‐africains  qui  soutiennent  un  gouvernement  de  minorité  avec  un   principe  de  consensus  donc  un  droit  de  veto  à  chaque  minorité.  Le  NP  envisage  un  transfert   de  pouvoir  basé  sur  une  représentation  par  groupe  racial,  une  forme  d'auto-­‐détermination   et  une  séparation  entre  les  affaires  générales  ("general  affairs")  ou  domaines  régaliens  et  les   affaires  internes  au  groupe  ("own  affairs"),  écoles,  quartiers  résidentiels,  etc.   La  vision  fédéraliste  du  NP  est  partagée  par  le  Inkatha  Freedom  Party  (IFP),  parti  zulu.  Le   gouvernement   sud-­‐africain,   depuis   les   années   70,   a   encouragé   les   velléités   nationalistes   d'une  part  de  la  population,  notamment  celles  des  Zulus  et  de  leur  parti  l'IFP.  L'IFP  partage   avec  le  NP  la  volonté  de  créer  un  Etat  fédéral  avec  des  droits  spécifique  pour  chaque  ethnie   d'autant   que   les   Zulus   possèdent   un   territoire   historique   bien   délimité,   le   Kwazulu   Natal.   Fidèle   à   sa   logique   de   division,   le   gouvernement   attise   les   dissensions   entre   les   objectifs   incompatibles  de  l'ANC  et  de  l'IFP.  Il  va  jusqu'à  créer  une  "troisième  force",  dont  l'existence   sera   plus   tard   attestée   par   la   TRC,   pour   entrainer   des   membres   de   l'IFP   et   attiser   les   violences   entre   l'ANC   et   l'IFP.   Cette   violence   qualifiée   de   "black   on   black"   produira   des                                                                                                                   18  Wilson  Richard,  The  politics  of  truth  and  reconciliation  in  South  Africa,  Cambridge  University  Press,  2001,  p   105.  
  21. 21. A  -­‐  La  nécessité  de  la  TRC  prend  ses  sources  dans  un  passé  violent     16   milliers  de  morts  pendant  toute  la  période  des  négociations.  Les  trois  quarts  des  morts  que   recense  la  TRC  sont  survenus  au  cours  des  quatre  années  de  transition  (entre  1990,  année   du  discours  du  Président  de  Klerk  annonçant  la  possibilité  d'une  transition  négociée  et  le  10   mai  1994,  date  de  l'investiture  de  Mandela  à  la  présidence  de  la  République).  Ces  violences   serviront  d'argument  à  l'aile  la  plus  radicale  du  NP  et  à  l'IFP  contre  la  création  d'une  Afrique   du  Sud  unitaire.     Les   milieux   financiers   sud-­‐africains   jouent   un   rôle   déterminant   sur   les   orientations   économiques   de   l'ANC   en   menaçant   d'abandonner   l'Afrique   du   Sud   si   elles   ne   sont   pas   conformes  à  leurs  intérêts.  Dans  le  contexte  des  années  90  et  du  néolibéralisme  inspiré  du   consensus  de  Washington,  le  milieu  international  agit  dans  le  même  sens  que  les  acteurs   locaux  en  détournant  l'ANC  de  toute  politique  d'inspiration  socialiste  et  en  menaçant  de  la   fuite   des   capitaux   en   place   ou   à   venir.   Ces   pressions   s'exercent   d'autant   plus   facilement   qu'aucun   des   membres   de   l'organisation   ne   possède   un   savoir   faire   ou   une   expérience   économique.  L'ANC  reste  avant  tout  une  organisation  de  résistance  politique.  Elle  acceptera   en   particulier   d'abandonner   les   nationalisations   qu'elle   avait   prévues   et   se   pliera   à   la   nécessité  qu'elle  perçoit  de  ne  pas  mettre  en  danger  la  stabilité  économique  du  pays.     Des  forces  minoritaires  mais  radicales  influencent  les  négociations  et  participent  au  climat   de  violence  extrême  de  la  transition.  Le  Pan  Africanist  Congress  of  Azania  (AZP)  milite  pour   la  prise  de  pouvoir  révolutionnaire  des  Noirs  et  le  départ  pur  et  simple  des  Blancs.  L'extrême   droite   afrikaner   revendique   un   Etat   indépendant   mais   dont   la   délimitation   géographique   semble  impossible.     Malgré  un  climat  de  tension  extrême,  le  processus  de  négociations  aboutit  sur  la  base  de   quatre  piliers  du  compromis,  l'amnistie  et  la  réconciliation,  le  principe  des  élections  libres  et   le   gouvernement   d'unité   nationale.   Conclus   en   1993   par   une   Constitution   provisoire,   les   termes  de  l'accord  contiennent  le  principe  d'un  exécutif  de  transition  incluant  les  principaux   acteurs  de  la  transition  dont  l'ANC  et  le  NP.  L'organisation  d'élections  au  suffrage  universel   est  prévue  en  Avril  1994.  Le  gouvernement  issu  de  ces  élections  aura  la  charge  d'élaborer   une  constitution  définitive.  L'épilogue  de  la  constitution  provisoire  contient  in  extremis  le   principe  de  l'amnistie  et  d'une  Commission  pour  la  Réconciliation.    
  22. 22. B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur  l'impunité     17   B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur   l'impunité   La   fin   de   l'apartheid   et   l'implantation   d'un   régime   démocratique   expriment   la   victoire   incontestable  de  l'ANC.  Mais  celle-­‐ci  est  inscrite  dans  des  termes  partiellement  imposés  par   un  ancien  pouvoir  blanc  partie  prenante  de  ce  changement.  L'accord  conclu  entre  les  parties   contient  immanquablement  des  clauses  de  sauvegarde  bénéficiant  aux  anciens  dirigeants  et   notamment   des   garanties   d'impunité   imposant   un   traitement   très   particulier   du   passé   immédiat  (même  s'il  est  à  noter  que  l'impunité  est  aussi  voulue  par  l'ANC  qui  veut  protéger   ses   prisonniers   politiques).   La   constitution   provisoire   sud-­‐africaine   institue   dès   lors   le   principe  de  la  réconciliation  avec  comme  corolaire  l'amnistie  autrement  dit  l'impunité.     La   difficulté   est   ainsi   de   déterminer   si   la   TRC   relève   d'un   instrument   purement   politique   fondamentalement  injuste  ou  d'une  forme  de  justice  qui  est  désormais  qualifiée  de  "justice   transitionnelle"  ou  "justice  restauratrice".  Cette  forme  de  justice  doit  instaurer  le  fondement   du  nouvel  Etat  de  droit  sud-­‐africain  et  la  base  de  l'unité  nationale.  Si  on  peut  s'attacher  à   montrer   la   difficulté   des   compromis   obtenus   lors   de   la   transition,   il   reste   qu'au   vu   de   l'amnistie,  la  TRC  se  fonde  sur  une  injustice  au  regard  des  victimes  et  de  l'impunité  de  ceux   qui  ont  commis  des  violences  dans  le  passé.   L'objectif   politique   a   en   effet   prévalu.   On   comprend   que   cet   objectif   soit   raisonnable   au   regard  des  compromis  à  effectuer  dans  le  contexte  des  affrontements  et  des  rapports  de   forces   des   parties   en   présence.   En   effet,   le   changement   de   régime   ne   se   réduit   pas   à   la   victoire  d'un  camp  sur  l'autre.  Il  s'agit  bien  d'une  transaction,  d'un  échange  entre  les  acteurs   politiques  qui  font  naître  un  nouvel  état  des  relations  sociales  donnant  satisfaction  à  chacun   et  sans  redistribuer  entièrement  le  jeu.  On  retrouvera  dans  l'examen  des  compromis  cette   tension  entre  rupture  et  continuité.   Les  principes  issus  de  la  transaction  sous-­‐tendant  la  TRC  sont  pourtant  uniques.  Si  l'amnistie   est  accordée  sur  une  base  individuelle,  elle  se  fait  néanmoins  en  échange  de  la  vérité.  Un   espace  d'expression  est  attribué  aux  victimes  leur  permettant  de  raconter  les  souffrances   subies.   Si   la   réconciliation   reste   l'objectif   principal,   la   construction   d'une   vérité   du   passé   élabore  ce  qui  serait  une  forme  de  justice.  
  23. 23. B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur  l'impunité     18   L'Amnistié  et  la  Réconciliation     Les   négociations   ont   élaboré   une   constitution   provisoire   qui,   pour   faire   face   aux   graves   violations  des  Droits  de  l'Homme  du  passé,  institue  la  réconciliation  et  l'amnistie  ainsi  que  le   principe   d'une   organisation   chargée   d'accorder   l'amnistie.   La   justice,   au   sens   de   justice   pénale  ou  de  justice  internationale,  est  écartée  au  profit  d'un  objectif  de  reconstruction  de   la  Nation  et  de  la  réparation  d'une  société  au  passé  malade.  La  TRC  s'inscrit  ainsi  dans  ce   difficile  compromis  entre  la  continuité  et  la  rupture,  l'un  pour  conserver  l'acquis  et  respecter   les   exigences   des   parties   prenantes   aux   négociations,   l'autre   pour   marquer   la   fin   des   violences  et  le  changement.  La  commission  incarnera  encore  d'autres  compromis  instituant   une  forme  de  justice  dite  de  transition  mais  dont  la  perception  sera  bien  souvent  celle  d'une   injustice.     Les  objectifs  politiques,  réconciliation  et  amnistie,  issus  des  négociations  sont  inclus  dans   l'épilogue   de   la   constitution   provisoire.   L'épilogue   annonce   un   "pont   entre   le   passé   et   l'avenir",  entre  un  avant  et  un  après  dont  la  TRC  sera  la  principale  incarnation  :     La   présente   Constitution   pourvoit   un   pont   historique   entre   le   passé   d’une   société   profondément  divisée,  marquée  par  la  lutte,  le  conflit,  les  souffrances  non  dites  et  l’injustice,   et  un  avenir  fondé  sur  la  reconnaissance  des  Droits  de  l'Homme,  sur  la  démocratie  et  une  vie   paisible  côte  à  côte,  et  sur  des  chances  de  développement  pour  tous  les  Sud-­‐Africains,  sans   considération  de  couleur,  de  race,  de  classe,  de  croyance  ou  de  sexe.   Afin  de  promouvoir  cette  réconciliation  et  cette  reconstruction,  l’amnistie  sera  accordée  pour   les  actes,  omissions  et  infractions  liés  à  des  objectifs  politiques  et  commis  au  cours  des  conflits   du  passé   En  outre,  y  figure  le  principe  d'une  organisation  chargée  d'accorder  l'amnistie.  Ainsi,  alors   que   l'apartheid   a   été   déclaré   par   les   Nations   Unies   comme   crime   contre   l’humanité,   impliquant  que  ses  agents  soient  rigoureusement  punis  et  sans  limitation  temporelle  (cette   catégorie   de   crime   est   imprescriptible),   le   choix   de   la   réconciliation   au   détriment   d'une   justice  pénale,  de  la  défense  des  Droits  de  l'Homme,  confirme  la  prééminence  de  l'objectif   politique  de  la  reconstruction.     Les   propos   de   l'archevêque   Desmond   Tutu,   futur   président   de   la   TRC,   s'exprimant   sur   le   principe   de   l'amnistie   révèlent   non   seulement   la   dimension   politique   de   ce   choix   mais  
  24. 24. B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur  l'impunité     19   l'absence   d'alternative   dans   laquelle   la   raison   a   prévalu   au   détriment   des   Droits   de   l'Homme  :     Il  ne  fait  aucun  doute  que  les  membres  de  la  sécurité  auraient  sabordé  la  solution  négociée,   s’ils  avaient  pensé  devoir  s’exposer  au  feu  de  procès…  c’est  bien  parce  que  nous  sommes  en   train   de   récolter   les   bénéfices   de   cette   politique…   que   nous   pouvons   nous   offrir   le   luxe   de   récriminer.  Si  le  miracle  de  la  solution  négociée  n’avait  pas  eu  lieu,  nous  aurions  été  plongés   dans  le  bain  de  sang  que  tout  un  chacun  prédisait  comme  la  fin  inévitable  de  l’Afrique  du  Sud.     Mais   au-­‐delà   du   principe   de   respect   de   la   souveraineté   d'un   Etat,   le   refus   d'une   justice   internationale  sur  le  modèle  des  procès  de  Nuremberg  a  été  défendu  aussi  bien  par  le  NP   que   l'ANC.   Le   premier   parce   qu'il   craignait   que   ses   agents   soient   mis   en   examen,   et   le   second,  parce  que  de  nombreux  membres  de  sa  branche  armée  sont  encore  emprisonnés  au   moment  de  la  transition  et  ont  commis  des  violations  des  Droits  de  l'Homme.     Si   les   deux   partis   ont   cherché   à   défendre   le   principe   d'une   amnistie   générale   (blanket   amnesty),  le  principe  d'une  forme  de  justice  cherchant  à  établir  la  vérité  et  reconnaissant  un   droit  aux  victimes  a  prévalu.  Néanmoins,  ce  qui  sera  l'acte  fondateur  de  la  future  société   sud-­‐africaine  se  fait  sur  l'impunité  :  les  violations  des  Droits  de  l'Homme  commises  au  nom   d'objectifs  politiques  seront  amnistiées.   La  continuité  dans  la  rupture  ?     Ce  choix  s'inscrit  dans  le  contexte  de  la  transition  négociée.  La  réconciliation,  et  partant  le   travail  de  la  TRC,  doit  obéir  à  une  double  contrainte  paradoxale,  la  nécessité  de  rupture  en   même  temps  que  celle  de  la  continuité.  Cette  double  contrainte  révèle  encore  une  fois  la   prééminence  du  politique  et  de  la  raison.  Elle  éclaire  la  difficulté  des  compromis  à  effectuer   dans  une  société  qui  doit  se  reconstruire  en  faisant  face  à  son  passé  violent.     La   réconciliation   appelle   d'abord   à   la   rupture.   La   société,   pensée   sur   le   mode   d'un   corps   malade1 ,  doit  être  guérie.  La  transition  représente  symboliquement  le  passage  d'un  corps   blessé  à  celui  d'un  corps  cicatrisé.  La  nouvelle  société  doit  se  fonder  sur  un  acte  symbolique   dont   la   TRC   sera   l'agent.   Desmond   Tutu,   lors   de   sa   nomination   come   président   de   la   commission,  dira  "J’espère  que  le  travail  de  la  commission,  en  ouvrant  les  blessures  pour  les   nettoyer,  les  empêchera  de  s’infecter".                                                                                                                     1  Lefranc,  Op.  Cit.  p.  67.  
  25. 25. B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur  l'impunité     20   En  outre,  si  la  réconciliation  devait  assurer  la  fin  des  violences  et  représentait  le  passage   d'affrontements   armés   à   une   concurrence   pacifique,   elle   devait   tout   autant   reformer   la   confiance  entre  les  citoyens  et  leurs  institutions  ;  le  moment  de  réconciliation  étant  celui  qui   pose  les  fondements  d'une  paix  sociale.     Le  processus  de  la  transition,  conçu  comme  un  "pont"  permettant  le  passage  d'un  état  à   l'autre,  révèle  la  nécessité  pour  la  réconciliation  et  le  travail  de  la  future  TRC  d'être  limités   dans   le   temps.   Il   faudra   refermer   les   blessures   pour   que   la   société   puisse   reprendre   son   chemin.   Elle   sous-­‐entend   une   fin   temporelle   au   processus   de   réconciliation.   Le   mandat   accordé  à  la  TRC  sera  de  ce  fait  limité  dans  le  temps.  La  loi  instituant  la  TRC  lui  attribuera  au   départ  une  période  de  deux  ans  pour  effectuer  son  travail,  période  qui  sera  prolongée  d'un   an   au   vu   du   nombre   de   candidatures   à   l'amnistie   et   de   victimes   demandant   à   être   entendues.   Le   principe   d'une   période   déterminée   pour   la   TRC   est   le   résultat   des   négociations   dans   lesquelles   toutes   les   parties   prenantes   percevaient   la   réconciliation   comme   un   moment   transitoire   marquant   un   avant   et   un   après2 .   L'archevêque   Desmond   Tutu,  président  de  la  TRC,  déclara3  :   Nous  donnons  deux  ans  pour  révéler  le  passé,  après  quoi  le  rideau  retombera.  Après  cette   date,  plus  personne  ne  pourra  se  présenter  et  nous  faire  de  nouveaux  récits  d'horreurs,  parce   que  l'occasion  aura  été  donnée.  Après  cette  date,  le  pays  ne  peut  plus  être  pris  en  otage  par   de  nouvelles  révélations.   S'ajoute  le  paradoxe  supplémentaire  de  construire  un  Etat  de  droit  fondé  sur  la  justice  et  sur   les  Droits  de  l'Homme  mais  dont  l'acte  fondateur  –  la  rupture  incarnée  par  la  réconciliation   et  la  TRC  -­‐  se  construit  sur  un  moment  d'injustice,  sur  l'amnistie  de  ceux  qui  ont  violé  ces   mêmes  Droits  de  l'Homme.  Cette  contradiction  est  d'autant  plus  forte  que  l'ANC  projette   pour   l'Afrique   du   Sud   une   vision   de   communautés   réconciliées   autour   d'institutions   démocratiques   qui   garantissent   le   respect   des   citoyens,   modèle   inspiré   du   patriotisme   constitutionnel  de  l'Allemagne  à  la  sortie  de  la  guerre  et  théorisé  par  Jürgen  Habermas.   Le   nouvel   Etat   est   responsable   de   la   pacification   et   de   l'unification   d'une   société   conflictuelle.  Il  doit  assurer  une  forme  de  justice  qui  interrompt  les  violences  et  pose  les                                                                                                                   2  Garapon  Antoine,  La  justice  comme  reconnaissance  dans  Cassin  Barbara,  Cayla  Olivier,  Salazar  Philippe-­‐ Joseph,  Vérité  Réconciliation  Réparation,  Seuil,  2004   3  Esprit,  328,  décembre  1997,  p.  65  cité  par  Darbon  Dominique,  La  TRC.  Le  miracle  sud-­‐africain  en  question,   Revue  française  de  science  politique,  48e  année,  n°6,  1998.  pp.  707-­‐724  
  26. 26. B  -­‐  Les  principes  de  la  TRC  issus  des  négociations  de  la  transition  se  fondent  sur  l'impunité     21   bases   d'une   société   en   paix   et   en   sécurité.   Une   déclaration   faite   durant   la   transition   uruguayenne  qui  précède  la  sud-­‐africaine  de  quelques  années  ne  saurait  mieux  expliciter  le   compromis   effectué   au   regard   d'une   justice   de   compromis   et   du   caractère   prioritaire   accordé   au   rétablissement   de   la   paix   économique   et   sociale.   Il   s'agit   de   la   lettre   de   J.M   Sanguinetti,   président   uruguayen   élu   après   la   sortie   d'une   régime   autoritaire,   adressée   à   Amnesty  Internationale  en  19864 :     L'obligation   qu'a   l'État   d'administrer   la   justice   ne   peut   être   remplie   dans   l'absolu,   sans   prendre  en  compte  les  autres  fonctions  de  l'Etat,  dont  les  plus  importantes  sont  de  garantir   que   ses   citoyens   vivent   ensemble   dans   la   paix   et   d'encourager   le   développement   de   la   communauté  dans  un  contexte  de  paix  et  de  sécurité.   Ainsi  la  réconciliation  est  aussi  tenue  d'assurer  la  continuité.  En  se  pliant  aux  contraintes  de   la  négociation  politique  et  aux  nécessités  matérielles  de  la  transition,  elle  doit  garantir  la   stabilité   de   l'économie,   la   continuité   de   l'Etat   et   préserver   l'administration.   En   faisant   prévaloir   son   choix   d'un   Etat   unitaire   et   centralisé,   l'ANC   conservera   les   structures   administratives  et  les  éléments  constitutifs  de  l'Etat.  De  la  même  façon,  Frederik  de  Klerk   s'était  vu  garantir  par  les  clauses  de  la  Constitution  provisoire  que  l'administration  ne  serait   pas  soumise  à  "une  chasse  aux  sorcières".   L'articulation  entre  continuation  et  rupture  est  ainsi  au  cœur  de  la  perception  que  les  Sud-­‐ Africains  auront  du  travail  de  la  commission  et  du  processus  de  réconciliation.  La  majorité   des  Sud-­‐Africains  percevront  la  transition  comme  tenant  davantage  de  la  continuation,  non   seulement   comme   la   continuation   d'une   grande   partie   du   système   précédent   dans   son   organisation  mais  aussi  comme  la  continuation  de  son  injustice.   Amnistie  en  échange  de  la  vérité   Dans  le  prolongement  du  principe  de  réconciliation  établi  dans  l'épilogue  de  la  constitution   provisoire,   la   loi   promulguant   la   TRC,   loi   "Promotion   de   l'unité   nationale   et   de   la   réconciliation",   est   le   résultat   de   négociations   longues   et   difficiles.   Elle   représente   130   heures   de   discussions   et   plus   de   300   amendements   résultant   d'un   compromis   élaboré   principalement  entre  l'ANC,  le  NP  et  l'IFP,  le  parti  zulu5 .                                                                                                                     4  Cité  par  Lefranc  Sandrine,  Politiques  du  pardon,  PUF,  2002,  p.  130.   5  Le  texte  intégral  de  la  loi  instituant  la  TRC  :  http://www.justice.gov.za/legislation/acts/1995-­‐034.pdf    

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