Lire en vendée 29 juillet2015

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Revue de la Société des Ecrivains de Vendée

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Lire en vendée 29 juillet2015

  1. 1. Revue de la Société des Écrivains de Vendée et de Vendée Historial, les Amis du musée Lire en Vendée Échos Musées n° 29 L’actualité littéraire de la Vendée, Les salons, les prix... Théâtre, cinéma... La vie de nos deux associations et... ... Une escale estivale à Grasla, avec les NULS ! juillet 2015 50 ans de Peinture - Jubilé - Retour sur les 20 dernières ann ATTENTION Il n’y aura pas de prolongation à la durée de l’exposition qui se terminera Profitez donc des quelques jours qui vous restent pour venir voir ce que vo certainement plus jamais. 60 tableaux présentés dans une exposition unique et exceptionn Ne laissez pas passer cette occasion et le plaisir que j’ai de vous offrir cette ex Et n’hésitez pas à communiquez ce message largement autour de Spécial Grasla
  2. 2. Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 20152 Lire en Vendée pour découvrir et partager Paul Toublanc, un des sociétaires des Écrivains de Vendée, vient de publier en décembre dernier un livre intitulé «Pen- sées et arrière-pensées», qui sera présenté un peu plus loin dans cette édition. Page 250, il écrit : «La rage de lire est moins dan- gereuse que la rage d’écrire et les victimes de ces vices «impu- nis» ne souffrent pas des même maux». Le miracle, c’est quand ces «victimes» se partagent leurs maux pour un moment de plaisir qui magnifie à la fois l’acte d’écrire et celui de lire. Pour cela, autour des mots, doivent se tisser des liens étroits qui sauront transfigurer les maux en devenant comme des ponts entre les âmes. Lire en Vendée, dont voici le numéro 29, veut jouer son rôle dans cette alchimie de la rencontre entre un auteur et son lec- teur, et propose, à chaque parution, un chemin de découvertes, nous emmenant sur des terrains connus, le roman, le témoi- gnage ou l’histoire, ou vers des univers pour tel ou tel encore à défricher, poésie, nouvelles ou essais. Il témoigne à chaque fois de la vitalité de l’écriture et de la lecture dans notre beau territoire, et apporte sa contribution à l’étude du paradoxe entre le moins lire et le plus publier. Car nous vivons des temps étranges qui, malgré davantage d’ouvrages publiés et davantage de moyens mis à la disposition de la diffusion des livres, ceux des nouvelles technologies par exemple, les auteurs ont davan- tage de mal à rejoindre leur public pour cette communauté d’âmes nécessaire qui donne vie à la littérature. Le partenariat avec Vendée Historial, avec Le Centre de Ven- déens de Recherches Historiques et avec La Maison des Écrivains de la Mer donne aux Écrivains de Vendée la fierté de pouvoir mettre à disposition un magazine de qualité au service de la littérature et de la culture vendéenne, et qui de plus est offert gratuitement à tous, permettant à chacun un accès facile à tout un pan de la culture. Et puis, dites-le autour de vous, si le numéro de Lire en Vendée est par hasard inaccessible dans sa version papier, il faut rejoindre le site de l’association à l’adresse suivante : www.ecri- vains-vendee.fr et sous l’onglet Lire en Vendée, il est possible de retrouver tous les anciens numéros du magazine. Ils forment un panorama édifiant de la vitalité du livre dans notre beau département. Alain Perrocheau S o m m a i r e 3 Hommages 9 Salons 15 Prix Charette 15 Prix Ouest 20 Cinéma 24 Théâtre 25 Assemblée générale 26 le père Philibert 31 Vendée Historial 32 petit historique 38 Les expositions 44 Nos sélections 64 Le coin du Centre Vendéen de Recherches Historiques 68 Les pages des Écrivains de la Mer Revue de la Société des Écrivains de Vendée et de Vendée Historial, les Amis du musée Lire en Vendée Échos Musées n° 29 L’actualité littéraire de la Vendée, Les salons, les prix... Théâtre, cinéma... La vie de nos deux associations et... ...Une escale estivale à Grasla, avec les NULS ! juillet 2015 50 ans de Peinture - Jubilé - Retour sur les 20 dernières années ATTENTION Il n’y aura pas de prolongation à la durée de l’exposition qui se terminera le 3 Juillet. Profitez donc des quelques jours qui vous restent pour venir voir ce que vous ne reverrez certainement plus jamais. 60 tableaux présentés dans une exposition unique et exceptionnelle. Ne laissez pas passer cette occasion et le plaisir que j’ai de vous offrir cette exposition exclusive. Et n’hésitez pas à communiquez ce message largement autour de vous ! Spécial Grasla Lire en Vendée pour découvrir et partager Paul Toublanc, un des sociétaires des Écrivains de Vendée, vient de publier en décembre dernier un livre intitulé « Pen- sées et arrière-pensées », qui sera présenté un peu plus loin dans cette édition. Page 250, il écrit : « La rage de lire est moins dangereuse que la rage d’écrire et les victimes de ces vices « impunis » ne souffrent pas des même maux». Le miracle, c’est quand ces «victimes» se partagent leurs maux pour un moment de plaisir qui magnifie à la fois l’acte d’écrire et celui de lire. Pour cela, autour des mots, doivent se tisser des liens étroits qui sauront transfigurer les maux en devenant comme des ponts entre les âmes. Lire en Vendée, dont voici le numéro 29, veut jouer son rôle dans cette alchimie de la rencontre entre un auteur et son lecteur, et propose, à chaque parution, un chemin de découvertes, nous emme- nant sur des terrains connus, le roman, le témoi- gnage ou l’histoire, ou vers des univers pour tel ou tel encore à défricher, poésie, nouvelles ou essais. Il témoigne à chaque fois de la vitalité de l’écriture et de la lecture dans notre beau territoire, et apporte sa contribution à l’étude du paradoxe entre le moins lire et le plus publier. Car nous vivons des temps étranges qui, malgré davantage d’ouvrages publiés et davantage de moyens mis à la disposition de la diffusion des livres, ceux des nouvelles technologies par exemple, les auteurs ont davantage de mal à re- joindre leur public pour cette communauté d’âmes nécessaire qui donne vie à la littérature. Le partenariat avec Vendée Historial, avec Le Centre de Vendéens de Recherches Historiques et avec La Mai- son des Écrivains de la Mer donne aux Écrivains de Vendée la fierté de pouvoir mettre à disposition un magazine de qualité au service de la littérature et de la culture vendéenne, et qui de plus est offert gratui- tement à tous, permettant à chacun un accès facile à tout un pan de la culture. Et puis, dites-le autour de vous, si le numéro de Lire en Vendée est par hasard inaccessible dans sa ver- sion papier, il faut rejoindre le site de l’association à l’adresse suivante : www.ecrivains-vendee.fr et sous l’onglet Lire en Vendée, il est possible de retrouver tous les anciens numéros du magazine. Ils forment un panorama édifiant de la vitalité du livre dans notre beau département. Alain Perrocheau
  3. 3. 3Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Marcel Guintard (1936-2015), L’honneur du communiste vendéen « Le communiste qui lisait la bible » a titré le jour- naliste Jean-Marcel Boudard, dans l’édition Ouest- France du 29 mai. Marcel Guintard, qui était né à Mouchamps d’un père protestant ouvrier agricole et d’une mère catholique trop vite disparue, avait su façonner sa personnalité dans un département riche de ses contradictions. Directeur de la Jeunesse agricole de France durant les années soixante, ancien secrétaire de la Fédération du Parti communiste de Vendée, il permit l’union des PSU et des com- munistes, insufflant la victoire des socialistes et de Jacques Auxiette à la mairie de La Roche-sur-Yon en 1977. Jacques Auxiette dont il sera un fidèle adjoint jusqu’en 1995, tout en quittant le PCF en 1986, car le Mouchampo-Yonnais voulait inventer un « com- munisme à la Vendéenne ». Marcel Guintard lisait d’ailleurs tout autant la Bible que L’Humanité et fut un des rares hommes de gauche qui revendiquait sa filiation aux Vendéens de 1793, quasiment le seul qui estimait que la République s’était déshonorée en Vendée. Marcel Guintard aura aussi été l’auteur de plu- sieurs ouvrages dont Aux sources de l’engagement (CVRH), mais aussi Les choses en face, publié chez Geste Éditions en 1997. Ce dernier avait connu un beau succès littéraire. Au conservatoire, place Napo- léon, il avait animé une conférence suite à sa sortie, devant une salle archi-pleine. Un livre réjouissant sur son parcours de vie, bourré d’anecdotes, dont celle sur le film «Les enracinés», tourné à Mouchamps et dans lequel il jouait. Ce reportage long-métrage Jacques Auxiette devient, en 1977, maire de La Roche-sur- Yon. On reconnaît à ses côtés le jeune Jean Burneleau et Marcel Guintard fut entièrement tourné sur la commune de Mou- champs en 1980, sorti en 1981, mis en scène par André Harris et Alain de Sedouy, avec aussi Marie- Louise Buffet (ancienne domestique des Chabot), et d’autres habitants de Mouchamps, René You, Mi- chel Blanchard, André Gaboriau, Bruno Guerton... Marcel l’enraciné Dans son livre, Marcel Guintard, qui aura por- té l’honneur du communisme en Vendée, donne en quelques pages un précieux témoignage sur ces « deux cinéastes et grands reporters qui avaient dé- cidé de faire un film de caractère ethnologique sur ma commune natale, qu’ils considéraient un peu comme un microcosme. Pour eux, à cette époque, le monde paysan ancestral touchait à sa fin. Ils sou- haitaient placer leurs interlocuteurs en face d’eux- mêmes pour mesurer le niveau de perception de ce nouvel état des choses qui bouleversait complète- ment la vie rurale ». Marcel Guintard poursuit en qualifiant Les en- racinés de « film étonnant qui a donné lieu à des dé- bats publics et universitaires. Avec le chanoine Louis Guéry, personnage central du film, j’ai participé à plusieurs de ces débats, notamment à La Roche- sur-Yon et à Nantes, et les mérites d’Harris et Sé- douy sont grands d’avoir senti très tôt la mutation actuelle. Cela m’a aussi aidé à mieux connaître ma commune natale Mouchamps, lieu de tant de luttes pour la terre, les réformes, le mieux-être et le progrès depuis le début des temps historiques ». Après ses obsèques à La Roche-sur-Yon, ses cendres ont été dispersées dans le cimetière de Mou- champs. Il avait 79 ans. Philippe Gilbert Hommages
  4. 4. 4 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 « Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre... » Je me souviens de Marcel Guintard chantonnant le poème d’Aragon sur la musique de Ferrat, alors que nous faisions le tour de sa maison de Vaisne, à Mouchamps. Marie-Claude, sa femme venait nous rejoindre. Il arborait ce large sourire dont il n’était pas avare. Il aimait chanter, Marcel. Son fils nous a dit qu’il ne se faisait pas prier pour pousser la chan- sonnette aux réunions de famille. Lorsqu’il lançait « Mexico, Mexi-i-co ! » tout le monde était impres- sionné... Ma première rencontre avec Marcel Guintard re- monte aux années 80. Je venais de publier « Retour à Malvoisine ». Il voulait m’inviter à signer mon ro- man à la grande fête du Parti Communiste à Sion, pendant l’été. Je n’étais pas de ceux qui rêvaient du paradis rouge. Je suis allé à reculons au déjeuner auquel il m’invitait à l’auberge de Noiron. J’ai tout de suite été impressionné et séduit par la solidité et la chaleur humaine de ses rapports avec les gens. Il m’avait lu avec attention. Il était un défenseur ar- dent de la culture populaire. C’était l’époque où les bulldozers des remembrements y allaient de bon cœur dans l’abattage des arbres et des haies. Il n’était pas contre le progrès, bien sûr. Mais il enrageait. Je suis allé trois fois, je crois, à la « Fête de la paix et des libertés » à Sion. Il m’attendait. Il m’accueillait. Il voulait que les livres soient aux meilleures places de la fête. Nous nous sommes perdus de vue ensuite. Mais quand j’ai voulu écrire « La Flèche rouge », le ro- man du voyage d’un groupe des Jeunesses commu- nistes vers l’URSS en 1937, j’ai tout de suite pensé à Marcel. C’est là que je suis allé le retrouver à Vaisne avec Marie-Claude. Leur porte était grande ou- verte. J’avais besoin d’être initié à la complexité, aux mentalités et aux utopies du Parti. Ils ont répondu à toutes mes questions. Je ne leur cachais pas que mon projet était de dessiller les yeux de ces jeunes qui partaient en voyage d’études dans la Russie stali- nienne. 1937 est l’année des grandes purges à Mos- cou. Nous avons parlé longtemps autour de la solide table de Vaisne. Marcel Guintard était un homme de conviction, on le sait. Mais il n’était pas sectaire. Il n’était pas victime de cette maladie trop fréquente chez les hommes d’engagement. Il était au contraire avide de rencontres et de découvertes. Je n’aurais pas écrit « La Flèche rouge » si je ne l’avais pas rencontré. Nous avons continué à nous adresser, de temps en temps, de petits signes d’amitié. Un jour je rece- vais une carte postale d’un pub irlandais, le « Molly Malone ». Un autre, nous étions ensemble à la bi- bliothèque de Mouchamps... Et puis il y a eu la pu- blication de « Itinéraire d’un communiste vendéen ». Quel livre ! Quelle audace ! Quel esprit libre ! Je sais que Marcel était plutôt fier de cet ouvrage qu’il a écrit avec ce titre en tête : « De l’utopie à l’espé- rance ». Il y joue un bon tour à ceux qui voulaient l’enfermer dans une case. Et puis au milieu des pages qui racontent les comment et les pourquoi de son parcours, sans rien épargner, sans oubli (il avait une mémoire d’éléphant), il y a ces portraits, Marie, Cé- lie, Mélanie, Maurice, Louis... C’est de ces gens-là qu’il se réclame. Il est de cette famille. Ces pages sont de petits bijoux de réalisme populaire. Marcel Guintard est resté jusqu’au bout fidèle à son héritage familial. Son sourire généreux continue d’habiter la maison de son ancêtre insurgé de 93, à Vaisne, sa maison. Et il n’a pas fini de nous dire des choses graves sur les hommes et le vrai goût de la vie, d’un faux air bourru, mais aussi espiègle, comme son grand-père Alexandre... Yves Viollier
  5. 5. 5Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 La terre, la ville et le monde Marcel Guintard, d’abord valet de ferme, fut tour à tour ou en même temps, adjoint à l’urba- nisme à la Roche-sur-Yon, collaborateur du journal agricole du PCF « La Terre », président du concours de l’élevage charolais de La Roche-sur-Yon. Un rural dans toutes ses fibres, un élu qui sut faciliter l’os- mose entre la ville et son espace rural. Il raconte tout cela dans son livre « Aux sources de l’engagement » (CVRH, 2006). La race charolaise lui tenait à coeur. Il était né dans son second berceau, avait rencontré l’amour de sa vie en Allier, premier berceau de la race blanche. Il partageait les jours et les nuits des éleveurs lors de son cher concours de La Roche-sur-Yon. Cet enra- ciné était aussi un amoureux du monde. Sans doute parce qu’il avait étouffé pendant la guerre froide. Je le revois au Québec, avec les spécialistes mondiaux de la génétique animale, en Espagne avec les éleveurs propriétaires d’immenses haciendas. À l’aise partout et avec tout le monde, en accord avec cet idéal de fraternité que je retiens d’abord chez lui. Marcel, un vrai Vendéen de souche, épris de l’universel. Gilles Bély Hommages Michel Albert (1930-2015) avait foi en son siècle Une grande figure du monde économique et so- cial, un Vendéen attaché à son pays natal, nous a quittés. Michel Albert est décédé le 19 mars à Paris, à l’âge de 85 ans. Il était né à Fontenay-le-Comte en 1930. Fils d’un domestique agricole chassé de la ferme par la crise, il fera de brillantes études, point de départ d’une carrière très diversifiée mais animée par les mêmes convictions fortes. En un mot, la foi. Foi chrétienne, foi dans l’homme, foi dans l’Eu- rope. Michel Albert sera tour à tour Commissaire général au Plan, Pdg des Assurances générales de France (AGF), puis secrétaire perpétuel de l’Acadé- mie des sciences morales et politiques, de 2005 à 2010. Il avait la passion de l’économie, la volonté de la réformer, le don de l’expliquer, comme il le fit avec Yves Montand dans l’émission de télévision «Vive la crise». Son œuvre littéraire s’inscrit naturellement dans ce registre économique et moral. Son livre «Capi- talisme contre capitalisme», paru en 1991, a gardé toute son acuité. Il dénonce le capitalisme ultralibé- ral, fondé sur l’individualisme, de Reagan et That- cher. Et leur oppose le capitalisme rhénan, celui de l’Allemagne fédérale d’après-guerre, celui de la cogestion et du dialogue social, des entreprises fa- miliales financées par l’épargne, l’équilibre budgé- taire et la stabilité monétaire. C’est ce système qu’il préconise pour la France et pour l’Europe de l’Est, libérée du joug soviétique. En 2002, Michel Albert publie, avec Michel Camdessus, ancien patron du FMI, et l’éditoria- liste Jean Boissonnat, un ouvrage qui aura un grand retentissement, «Notre foi dans ce siècle». Ils y dé- noncent notamment l’instrumentalisation du fait religieux, le poison du chauvinisme et du barrica- dement national. Une analyse prémonitoire de ce qui se passe aujourd’hui. Ils espèrent aussi que la mondialisation «amorale», héritée du XXe siècle, se moralisera au XXIe . « Telle est, du moins, notre foi dans ce siècle », écrivent-ils. Michel Albert n’avait pas oublié la Vendée. Il y est revenu plusieurs fois pour donner des confé- rences très suivies. Et il abordait souvent son interlo- cuteur par cette question : « D‘avour que t’é? » Gilles Bély Alphonse Gauvrit (1919-2015), l’autodidacte de Beauvoir-sur-Mer Alphonse Gauvrit nous a quittés à l’âge de 95 ans et repose désormais dans le cimetière de Beau- voir-sur-Mer. À sa sépulture, les témoignages n’ont pas manqué pour évoquer ce fils de charron. Car Alphonse est si intelligent qu’il décrochera son cer-
  6. 6. 6 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 tificat d’études à l’âge de 12 ans, en étant le premier du canton ! Son père, laconique, trouva ce résultat « normal » et ne changea en rien sa décision : « tu seras charron ! » Alphonse sera électricien, étudiant en cachette la nouvelle fée qui envahit le monde moderne. Nous sommes entre les deux guerres. Il s’unit à Simone Pinscloux. Une descendante des pionniers de l’île de la Crosnière. C’est pourquoi il écrira plus tard Les Pinscloux (1746 à 1856) ou plus d’un siècle de vie ma- raîchine, publié en 1989 chez Henri-Pinson. Tous les livres qu’il sortira (une demi-douzaine) seront d’ailleurs publiés par cette maison d’édition installée aux Sables-d’Olonne. Car on doit aussi au Belvérin des Potins maraî- chins (1991), des textes assez courts en patois, avec traduction. Un patois qui tient compte des diffé- rences entre Beauvoir, Bouin, Saint-Gervais, Saint- Urbain et La Barre-de-Monts. Savoureux ! « C’était un homme vraiment très sociable, qui avait de la connaissance et qui savait de quoi il par- lait », témoigne André Chauvet, vice-président des Amis de la Crosnière. Alphonse Gauvrit était effecti- vement un touche-à-tout, doué de la plume, doué de ses mains. On doit d’ailleurs à l’Alphonse une maquette de l’église de Beauvoir avec des allumettes. Et il s’était essayé à la mosaïque à l’âge de 75 ans. Mais sans jamais cesser d’écrire, notamment la bio- graphie de son grand-père Charles-Aimé Gauvrit (1849-1937) ou 88 ans de vie locale, ou encore (et surtout !) Avoir 20 ans en 1939 (1987), autobiogra- phie de grand intérêt, où l’Alphonse racontait la « Drôle de guerre », où il fut grièvement blessé, pas- sant très près de la mort. PhilG. Cette photo est une carte postale de la fin des années soixante, éditée par Raymond Gauvrit éditait, parfois en se mettant en scène (3e en partant de la gauche). Étienne Véronneau tient le parapluie Raymond Gauvrit (1920-2014), enchanteur du Marais Breton À l’âge de 94 ans, Raymond Gauvrit est parti durant l’hiver, en fin d’année. Discrètement, ce qui lui ressemblait. Il aura beaucoup apporté à Saint- Gervais et au pays maraîchin. Sa dernière appari- tion publique datait de 2013, lorsqu’à Challans et en pays maraîchin, un hommage avait été rendu à Étienne Véronneau, le « Brassens des Maraîchins ». Raymond le Gervinois avait beaucoup fréquenté cet autre Gervinois. Il avait toujours défendu son oeuvre et sa mémoire depuis sa disparition en 1986. De métier, Raymond Gauvrit fut épicier, dans la rue principale, près de l’église. Et l’été, il ouvrait une deuxième épicerie, place du Marché couvert, à Saint-Jean-de-Monts. Une grande boutique où il vendait tous les produits vendéens traditionnels ali- mentaires et tous les produits touristiques locaux, sans oublier des maraîchines en poupées, mais aussi des cartes postales qu’il éditait lui-même. Le commerce est un métier prenant, mais l’ami Gauvrit était infatigable et il créa sa propre troupe folklorique, Cousins et cousines, dans les années quatre-vingts. Et il fut l’organiste de l’église de Saint- Gervais durant cinquante ans. Il avait commencé en 1952. Sur l’orgue, il créera d’ailleurs des partitions, tout comme il créera des mélodies et des chansons, des chants religieux aussi. Et « Ho mon village » fut un poème musical qui marqua la mémoire de sa commune. Et qui fut édité. La référence littéraire de Raymond. En 2006, ce livre d’une trentaine de pages, écrit à la main fit aussi l’objet d’un CD. Le livre épuisé fut réédité. Enfin, il ne fallait pas le pousser beaucoup, même approchant les 90 ans, pour qu’il vous fasse visiter la chapelle de Bordevert, chapelle monolithique per- due dans un marais sauvage sur la route de Bouin. À l’intérieur de cette église monolithique, un grand cahier retranscrit son histoire, écrite à la plume par Raymond Gauvrit, que l’on feuillette comme une bible ancienne. Oui, Raymont Gauvrit était aussi un écrivain ! À signaler qu’Ethnodoc a su préserver sa mémoire orale avant que l’homme ne s’éteigne. Jean-Pierre Bertrand lui avait consacré deux articles parus dans Répertoire musical joué en Vendée, ouvrage réservé aux élèves de l’école départementale de musique tra- ditionnelle en Vendée. PhilG.
  7. 7. 7Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Hommages Clod’Aria et Jean Rivière autre grand poète du sud-Vendée (Mouzeuil), cliché pris au Lavoir des Herbiers en Juin 1993 (Collection Régine Albert) Clod’Aria en 2003, près de son arbre « Le Tilleul », son dernier recueil Clod’Aria (1916-2015), l’instit’ à la poésie percutante Clod’Aria, poète et écrivain s’est éteinte une nuit du mois de mai 2015, dans le village de l’Or- brie, en Sud-Vendée. Elle avait 99 ans. Née à Paris en 1916, élevée en Vendée par sa famille paternelle, Suzanne Humbert-Droz alias Clod’Aria y resta et exerça le métier d’institutrice pendant vingt-cinq ans. La jeune femme se pas- sionne pour la peinture et la littérature. En avance sur son temps, qui imposait rigueur et austérité aux membres du corps enseignant, la voilà qui, en 1939 parcourt le Bocage vendéen à moto et en pantalon et grimpe les cols des Pyrénées à vélo. Elle publiera, en 2001, un témoignage de cette période sous le titre Une Instit pas ordinaire. Car si elle écrivit très tôt, elle ne publia qu’une fois retraitée de l’ensei- gnement. Une trentaine de recueils de poésie figu- rent parmi ses oeuvres, Haïkus, Mon chat, son chien et le cochon du voisin et quelques ouvrages en prose comme La Dormeuse de Chaix. Clod’Aria définissait elle-même sa poésie comme « volontairement simple, claire, dépouillée et per- cutante tentant de recréer les émotions de l’auteur. » Son style, d’une grande concision est particulière- ment efficace dans ses ouvrages poétiques où elle propose un regard lucide et ironique sur la vie et sur les humains. « Simplicité, générosité et intelli- gence du cœur étaient ses principaux traits de carac- tère », commentait Françoise Couton, amie proche de Clod’Aria, dans Ouest-France du 15 mai dernier. « Elle avait des formules très imagées comme ni col- lier, ni cravate à l’amour, ça l’étrangle ». En 2011, la bibliothèque de L’Orbrie, ouverte depuis dix ans, prit le nom de la poétesse qui dévoila elle-même la plaque qui porte son nom. Soc et Foc ainsi qu’Écho Optique et Le Dé Bleu ont publié de nombreux re- cueils de cette poète qui est également présente dans des anthologies nationales. Hubert Pacteau (1943-2014), l’artiste imprévisible C’est une figure du nord-ouest vendéen qui nous a quittés durant l’été 2014. Le peintre Hubert Pac- teau, 71 ans, n’était certes pas un écrivain comme l’est son père, mais « the artist », tout le définissait ainsi. Mais celui qui fut aussi président de la Foire des Minées à Challans vivait sa vie plus que son art. Le comité organisateur de cette Foire-expo des Minées a présenté un hommage à Hubert Pacteau dans la salle Roux. Le temps de la foire en septembre 2014. La foire qui était une métaphore de sa vie. N’empêche, ce bon vivant fort en gueule, pre- nait quand même le temps de produire, d’exprimer
  8. 8. 8 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Octave Fort (1922-2015), Prix des écrivains de Vendée 1992 Octave Fort est né près de Saint-Jean-d’Angély le 4 juin 1922. Ses parents, paysans vendéens, ont émigré en Charente-Maritime après la guerre de 14- 18. De retour à Avrillé en 1931, il part pour l’Al- lemagne de 1943 à 1945 requis par le service du travail obligatoire (STO), dont il tirera un ouvrage : Tu es encore davantage mon fils. En 1949, il se consacre à l’enseignement, en Afrique du Nord, puis à Luçon à l’Institution Notre- Dame. En 1958, il se tourne vers le monde de l’as- surance où il gravit tous les échelons jusqu’à devenir inspecteur général. Il prend sa retraite en 1982 et effectue un mandat de maire d’Avrillé de 1983 à 1989. « Son caractère était droit et entier. C’était un honnête homme au sens où l’employait La Bruyère au XVIIe siècle », a dit de lui l’ancien président des Écrivains de Vendée Michel Dillange. Très attaché à sa commune et à l’histoire, il écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire d’Avrillé, dont Saint-Domnin, d’Avrillé au Puy-en-Velay, qui lui va- lut le Prix des écrivains de Vendée en 1992. Son livre sur un personnage longtemps considéré comme my- thique, a peut-être influencé le Vatican à le mainte- nir parmi les saints élus. Il écrivait ensuite un ouvrage sur la fontaine Saint-Gré et les mégalithes d’Avrillé. Soucieux du patrimoine, il achète le terrain où se situe la fontaine Saint-Gré pour l’offrir à la commune en 2004. Il écrivait aussi plusieurs ouvrages sur de Lattre et Clemenceau, dont Clemenceau, cet inconnu, en 2004. Il fut d’ailleurs un très actif vice-président de l’association du Souvenir de Clemenceau. Octave Fort est décédé, en novembre 2014, à l’âge de 93 ans. Companeez Nina (1937-2014) a tourné son dernier film à Grasla Elle nous a quittés en décembre 2014, à l’âge de 77 ans. Son dernier tournage et ses derniers élans ont été pour la Vendée, la forêt de Grasla tout parti- culièrement, avec Le général du roy, téléfilm diffusé en janvier 2014 sur la 3, avec une avant-première devant 800 personnes au Vendéspace. son talent. Car Pacteau en était pétri et il n’avait pas fait que l’affiche des Minées, qui traduisait son coup de crayon sûr. À cette expo, il y avait notamment à voir ce tableau méconnu, où il s’autoportraitise dans la position d’Adam devant son chevalet et sa feuille d’impôt, après un redressement fiscal qui l’avait mis à nu financièrement. Un autre tableau était la suite de ses déboires. Toujours autoportraitisé, il pêche sur l’estran, de l’eau jusqu’aux genoux. Titre : « La mer de… » Son monde pictural était figuratif. Mais cet ad- mirateur de Dali et de Dubuffet était aussi un peintre naturiste, avec une touche impressionniste, admi- rateur de ses contemporains. Hubert Pacteau était aussi sculpteur. On lui doit le coq en bronze posé, au début de ce siècle, sur la stèle du monument aux morts de Challans, face à l’ancienne mairie. Il avait reproduit au plus près celle qui avait disparu durant l’Occupation, fondu par les occupants nazis. Des émouvants témoignages lui furent donnés au vernissage de cette exposition, en présence de son père Armand Pacteau, 94 ans, auteur de trois ou- vrages. « des hommes comme lui dans une ville, il en manque. On a passé des bons moments ensemble, quelques-uns d’épiques », devait pour sa part décla- rer le maire de Challans Serge Rondeau. Le séna- teur patron du Département Bruno Retailleau de- vait aussi saluer l’artiste : « une rencontre avec cet homme à forte personnalité suffisait à vous rendre le sourire ». PhilG. Hommages
  9. 9. 9Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 SalondeGrasla Nina Companeez fut cette metteur en scène à qui l’on doit le merveilleux Faustine ou le bel été (1972, avec les débuts d’Isabelle Adjani), le moins réussi La bonne et joyeuse aventure de Colinot trousse- chemise (1974, le dernier film où apparaît Bri- gitte Bardot), mais aussi, pour la télé, des fresques comme Les dames de la côte (1979), feuilleton qui est son premier grand succès public ; et le parfai- tement réussi À la recherche du temps perdu (2011), son avant-dernier tournage. Mais Nina Companeez avait depuis longtemps l’idée d’adapter Le général du Roy, de Daphné du Maurier, qui se déroule en Angleterre pendant la guerre civile qui a opposé la royauté de Charles 1er et la République de Cromwell. « Je me suis toujours dit que si j’adaptais ce roman, l’histoire ne pouvait se passer ailleurs qu’en Vendée », déclarait-t-elle en juin 2012 en se rendant aux Brouzils, dans le refuge de Grasla. Elle y cherchait l’inspiration pour l’écriture des scènes se passant dans cette forêt. « J’aime al- ler contre les idées reçues, écorner la géographie révolutionnaire qui a sa part de lumière mais aussi d’ombre. Pourtant après La recherche…, je n’ima- ginais pas ce que je pouvais faire, je considérais ce film comme l’apogée de ma vie », déclare-t-elle en- core dans Ouest-France (avril 2013). Et puis ce livre, L’allée du Roy, qu’elle a lu et relu depuis l’âge de 18 ans, narrant une histoire d’amour atypique dans un contexte de guerre et de tourments « me renvoie à mon histoire personnelle ». La petite fille juive russe est allée au Mémorial des Lucs, durant son long séjour vendéen, où elle été accueillie par le premier élu de ce pays de Grasla Wilfried Montassier : « ma mère admirait Soljenit- syne. Ce qui me rapproche un peu plus de la Ven- dée. Le roman aborde la guerre civile en Angleterre. La Guerre de Vendée reprend les mêmes opposi- tions, avec une corrélation religieuse plus forte, ce qui me plaisait. Cette guerre est une ombre sur la Révolution française ». Les rôles principaux étaient tenus par Louise Monot, Samuel Le Bihan et Sarah Biasini (fille de Romy Schneider). Parmi les figurants, on comptait de nombreux bénévoles de l’association du Refuge de Grasla. Aussi, son président Wilfried Montassier lui rendra un hommage lors du salon littéraire sa- medi 18 et dimanche 19 juillet. PhilG. 3 questions à… Wilfried Montassier, Conseiller départemental maire de La Rabatelière, président de Grasla -C’est un salon pour les nuls, cette année au refuge de grasla ? -(Rires)… Encore que Nul n’est que le nom que l’on donne à une vulgarisation de grande qualité. Ce qui est plutôt une idée sympa qui signifie qu’autour de tout ça, soyons un peu moins nul que d’habitude ! D’où cette délégation de 4 auteurs, de la Bretagne pour les Nuls, Corse, Vendée et Bourgogne, tou- jours pour les Nuls. Et nous recevrons le créateur Jean-Joseph Julaud, qui fait vraiment un tabac ac- tuellement. On l’a vu sur beaucoup de médias ces dernières semaines. De plus, il nous a concocté une dictée de Grasla pour les Nuls ! Et sa venue va être un très bon prétexte pour une conférence aux re- gards croisés sur les identités régionales. -Grasla, son refuge, ses animations, son salon… vous atteignez le rythme de croisière ? -Je me méfie un peu de cette expression. Ça voudrait dire qu’on ronronne ? Bon, d’une manière générale, l’accueil du refuge dans la forêt des Brou- zils est arrivé à maturité, avec le spectacle, le musée, les ateliers…. C’est un rendez-vous attendu, ça c’est sûr ! Quant au salon littéraire, il est un hymne à la littérature et aux auteurs du terroir. Ce n’est pas un hasard puisque nous sommes en pleine forêt et que nous recevons les auteurs en plein air. Il est ouvert aux Vendéens mais aussi à nos estivants. Sans vou- loir caricaturer, je dresse ce parallèle paradoxal avec le Printemps du livre : à Montaigu, ce sont de grands plumes parisiennes pour un public régional durant la saison du printemps. À Grasla, ce sont des plumes régionales pour un public de vacanciers durant l’été.
  10. 10. 10 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Noëlle Joffard et Gérard Cherbonnier, les créateurs du Petit Pavé, sont des fidèles de Grasla. Cette Maison installée sur les bords de Loire près de Brissac Quincé, a fêté ses 20 ans le 20 juin dernier ! -La réalisatrice Nina Companeez ne vous manque pas ? Oh si, elle nous manque ! Mais là où elle est, elle est en permanence avec nous. Elle nous hante de son regard bienveillant. La scène de Grasla, qui est au cœur du site portera son nom, je vais l’annoncer à l’inauguration. Avec tous les bénévoles, nous avons passé tellement de temps avec elle lors du tournage de son dernier film Le général du Roy, qui est un très beau long-métrage, un divertissement de qualité en adaptant un ouvrage de Daphné du Maurier à la Guerre civile de Vendée. C’est une fiction qui re- joint la réalité. À Grasla, où se cachèrent tant de Vendéens en 1794, nul ne dira le contraire ! Recueilli par Philippe Gilbert Le palmarès des lauréats du Prix Charette 2007 : Pierre BORDAGE, « L’enjomineur » 2008 : Serge FAUCHEREAU, « Les petits âges » 2009 : Pierre PEAN, « Une blessure française » 2010 : Roger ALBERT et Gilles BELY, « Fiers d’être paysans, la JAC en Vendée » 2011 : Guillemette de SAIRIGNE, « La Circas- sienne » 2012 : Christiane ASTOUL, « Louis Chaigne : un humanisme de Vendée » 2013 : Yves VIOLLIER, « Même les pierres ont ré- sisté » 2014 : Claude MERCIER, « Clemenceau…tout simplement » Le Refuge du Livre Les 18 et 19 juillet prochain, au cœur de l’été, au cœur du bocage ven- déen, au cœur de la forêt domaniale de Grasla, au cœur du Refuge de Grasla, va battre le cœur de la création litté- raire vendéenne ! Avec des milliers et des milliers de visiteurs ac- cueillis depuis sa création, Le Salon du Livre Ven- déen (ou le Refuge du Livre), abrite tous les livres qui, par leur auteur, par leur sujet et/ou par leur éditeur, ont un lien avec la Vendée. Romans, poésie, essais, livres d’art, d’histoire, de géographie, bandes dessinées, livres jeunesse… : le Refuge du Livre est le Salon vendéen généraliste. Et son programme, cette année, donne le tournis. Il y en aura pour tous les goûts. Jean-Joseph Julaud et les Nuls, invités d’honneur Après l’école de Brive et Claude Michelet en 2013, c’est autour de Michel Chamard et de sa « Vendée pour les Nuls », que se greffent les invités d’honneur, notamment Jean-Joseph Julaud, le plus « nul » d’entre nous tous, qui invite le public à un tour de France des régions grâce à la présence d’au- teurs de la désormais célèbre et brillante collection « Pour les Nuls ». Jean-Joseph Julaud, directeur de la collection « Régions de France pour les Nuls », président d’hon- neur du Refuge du Livre, est un voisin, né en Loire- Atlantique. C’est aussi un auteur prolifique et un ancien professeur auquel nous devons « La Poésie française pour les Nuls », « Le Français correct pour les Nuls », « La littérature française pour les Nuls » et, bien sûr, « L’Histoire de France pour les Nuls ».
  11. 11. 11Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 L’ambiance à Grasla. Littérature en toute sérénité Parmi les auteurs, ils sont 80 et nous ne les ci- terons pas tous, mais outre les invités d’honneur, le public pourra rencontrer : Régine Albert, Ismaël Ben-Mesbah, Jean-Paul Bourcereau, Jacques Braud, Joël Couteau, Michel Dillange, Dominique Du- rand, Alain Gérard, Louis Gouraud, Marcel Gre- let, Jean-François Henry, Jean-Luc Loiret, Stéphane Loiseau, Jean-Claude Lumet, Marlène Manuel, Roland Mornet, Bruno Picquet, Jean-Yves Revault, Peter Robert Scott, Marie-France Thiery-Bertaud, Laurent Tixier, Pierre Yborra, Yves Viollier… C’est ce dernier, président du jury du prix Cha- rette, qui accordera un instant de grâce, avec la re- mise de ce prix, samedi 18 à 11 h. Et ne n’est pas tout. Durant le week-end, il sera possible d’admirer trois expositions : des œuvres d’Henri Gueguen, artiste peintre ; « Vendée, terres de légendes » et « Mots Animaux » en partenariat avec la Bibliothèque Départementale. Aussi : des Contes Intimistes, avec Gilles Perrraudeau et Claude Mercier, auteurs également présents dans les allées. Sans oubier des démonstrations d’enluminure et de calligraphie par Lucile Laurent, « Le Terrier des Lu- mières », des dégustations et vente de vins propo- sées par les Vignobles Mercier, de nombreux ateliers et temps-forts dédiés aux enfants, avec une prise en charge complète sur une espace sécurisé ! Et, à 18h30, le dimanche, une clôture en musique avec Ze bar’s Band, emmené par le chef d’entreprise challandais Alain Guérin. Pratique : Le salon est ouvert au public le samedi de 11h à 19h et le dimanche de 10h à 19h. Entrée libre. Restauration sur place. Tél : 02 51 43 85 90, 02 51 42 96 20. SalondeGrasla Ce livre d’histoire au million d’exemplaires ven- dus se décline désormais en bande-dessinée ! Son auteur nous propose d’apprendre en coinçant la bulle et réviser notre histoire en s’amusant. Avec les « Nuls », tout est devenu possible ! Autour de lui : le Vendéen nul Chamard qu’on ne présente plus, mais aussi un Breton nul, un Bour- gon nul et un Corse nul. Thierry Ottaviani, natif de Bastia, économiste et philosophe, a publié « la Corse pour les Nuls » en 2010. Bernard Lecomte, ex-ré- dacteur en chef du Figaro Magazine, chef du service étranger à La Croix, grand reporter à L’Express, orga- nisateur du « Salon Livres en Vignes », est l’auteur de « La Bourgogne pour les Nuls » (2013). Jean-Yves Paumier, ancien élève de Polytech- nique, membre de la Société Jules Verne, est l’auteur de « La Bretagne pour les Nuls » (2011). Dictée, conférence, prix Charette, contes, musique… Parmi les animations : une dictée concoctée par Jean-Joseph Julaud, qui aura lieu samedi à 15h ; une conférence-débat sur des « Regards croisés sur l’identité des territoires avec leurs spécificités », ani- més par les auteurs de la délégation « Pour les Nuls », programmée le dimanche à 15h. Le Salon du Livre Vendéen reçoit aussi éditeurs et sociétés savantes « du pays ». Seront présents : Au Loup, Beaupré, Bonnefonds, Durand-Peyroles, Ella, Les Chantuseries, Les Minots, Le Petit Pavé, Arex- cpo, Le Centre Vendéen de Recherches Historiques, Le Conseil Départemental de la Vendée, La Société des Écrivains de Vendée, Le Souvenir Vendéen.
  12. 12. 12 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Fanny Lesaint « Victorine, Une enfance à Versailles » C’est la première bande dessinée sélectionnée pour le Prix Charette. Et c’est le premier album de la jeune auteure Fanny Lesaint ! Texte et dessins sont écrits et dessinés d’après le manuscrit original des Mémoires de la Marquise de La Rochejaquelein. Tout com- mence à Versailles, le 5 octobre 1789. Le peuple est rassemblé derrière les grilles et réclame du pain. La Fayette ramène le roi et la cour à Paris... Dessins et scénario donnent un nouveau regard sur l’His- toire et les événements. Fanny Lesaint y glisse de la vie, des anecdotes, une fraîcheur. Elle dépoussière des épisodes qu’on connaissait trop bien ou qu’on découvre. « Graphisme superbe, à la fois original et exact historiquement... Une belle réussite.» écrit Jean Tulard dans sa préface (CVRH 15,50 €). Paul Toublanc « Pensées et Arrière- pensées » Paul Toublanc a de nom- breuses cordes à son arc. Phi- losophe, il est aussi poète et peintre. Il explore les alliances possibles entre culture hellé- nique et culture judéo-chré- tienne. Il est complètement dans son registre avec cet ouvrage d’aphorismes et d’anecdotes gla- nés au fil de la vie. Chaque page est riche de remarques d’une cinglante vérité et d’une grande perspicacité. On pense parfois à Cioran et à son pessimisme heureux. « L’ignorant s’intéresse à tout, écrit-il, sauf à ce dont il aurait le plus grand besoin. » Ou : « Il est facile de dire ce que l’on pense, moins facile de penser ce que l’on dit. » Un livre à lire et relire, un compagnon des bons et mauvais jours, où picorer pour le plaisir et la réflexion (L’Harmattan 25 €). Les 4 nominés du Prix Charette Le Prix est attribué à un roman, un essai, une œuvre littéraire où se retrouvent le panache, l’esprit d’indépendance et de liberté illustré par le général vendéen. Il sera remis le samedi 18 juillet à l’issue de la cérémonie d’inauguration du Refuge du Livre. Quatre livres figurent dans la sélection 2015. Didier Giroud-Piffoz « Soeur Yvonne, Vendéenne d’Ahmedabad » Il s’agit d’un témoignage sur une femme exemplaire, dont le courage et le panache crèvent les yeux. Didier Giroud-Piffoz et Pa- trick Munoz sont allés rencontrer Soeur Yvonne dans sa léproserie d’Ahmedabad, eu Nord-Ouest de l’Inde. Elle était missionnaire des Soeurs Salésiennes de Marie-Im- maculée, envoyée là-bas en « sup- posée » retraite à l’âge de 76 ans ! On est en compagnie de la vieille religieuse née à Saint-André d’Ornay en 1893. Ses visi- teurs l’écoutent et nous avec eux. Elle a 79 ans, 93 ans, 101 ans. Elle a toujours la même foi, la même énergie. Quand ils se sont quittés, la dernière fois, cinq mois avant sa mort, après s’être embrassés, elle leur a lancé un confiant : « On se revoit l’année prochaine... » Elle a ajouté,dansunéclatderire:«SiDieuleveut!» (Ella, 17 €). Louis Gouraud « La traque » Louis Gouraud a déjà publié deux livres liés à l’Histoire de la Vendée durant la seconde guerre mondiale, « La Vendée des avions perdus » et « Les STO vendéens au rendez-vous de l’Histoire ». Cette fois, il s’est at- taché au destin des Juifs exposés à la barbarie. Le tiers d’entre eux a été déporté et a disparu dans les chambres à gaz et les fours crématoires. Louis Gou- raud s’est attaché à chacun avec l’opiniâtreté qu’on lui connaît. Il a interrogé les survivants, reconstitué les parcours. Il s’interroge et nous interroge sur les responsabilités des uns et des autres, rend hommage au courage de ceux qui deviendront des Justes parmi les Nations. Il apporte, à sa manière très personnelle et passionnée, une pierre importante à l’Histoire de la Vendée (Les Chantuseries, 20 €). Yves Viollier SalondeGrasla,PrixCharette
  13. 13. 13Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 SalonsenVendée Salon à L’Épine les 7 et 8 août Très convivial salon de l’Épine vendredi 7 et sa- medi 8 aout à Noirmoutier salle Salangane avec en- viron 80 auteurs régionaux, dont Evelyne Thomer, une habituée de longue date. Ce salon est aussi un mélange les arts et les lettres : peintres, photographes, sculpteurs, écrivains. Beau- coup d’animation pour les enfants et les grands. Au menu : concours, remise de prix, conférences (le journaliste Philippe Gilbert en donnera une sur les crimes et catastrophes de Vendée). L’entrée est gratuite et ce salon sur l’île de Noir- moutier est aussi très prisé des touristes, sans oublier les Vendéens qui déplacent leurs dates de vacances pour y retrouver leurs auteurs préférés, dont un in- vité d’honneur, cette année Yves Viollier. Contact : Fanny.minguet@orange.fr Un Air de fête littéraire sur Noirmoutier, 11 et 12 juillet Pour la 3e année, dès la rentrée de septembre der- nier et tout au long de l’année scolaire, les membres du bureau de l’association Her de Fêtes ont à nou- veau rencontré, en collaboration avec le professeur de français, les 36 jeunes des 2 classes de 4e du col- lège des Sorbets de Noirmoutier en l’île. L’association noirmoutrine les a aidés à rédiger un texte d’environ 10 pages sur le thème du sus- pense, choisi cette année. Ce sont des moments palpitants et le projet donne lieu à une véritable aventure littéraire, de recherches documentaires et géographiques. Car les collégiens s’approprient l’événement et en sont les acteurs centraux. SALON DU LIVRE DE NOIRMOUTIER 3ème Week-End Littér’HER Jeunesse 11 & 12 JUILLET 2015 Noirmoutier en l’île Espace Hubert Poignant Samedi de 10 h à 19 h & dimanche de 10 h à 18 h Parking – Entrée gratuite ? ? Eveline Thomer, écrivain populaire, est une fidèle du salon noirmoutrin en août Les éditions Les Chantuseries organi- sent leur salon fin août Une maison d’édition qui accueille un salon du livre, voilà un cas unique en Vendée ! Ce salon litté- raire des Chantuseries se tiendra « à la maison », chez Bertrand Illegems, créateur des Éditions Chantuse- ries, au 12 de la rue de la Chapelle au Poiré-sur-Vie, le samedi 29 août, de 10 h à 19 h. Entrée libre. Pour l’occasion, un chapiteau est dressé dans la cour de la maison de l’ancien journaliste de Presse- Océan et Vendée-Matin. Il accueille les auteurs des Chantuseries, mais aussi des auteurs invités. Cette année, pour cette 4e édition, les auteurs invités sont Léon Darnis (auteur de livres d’art), Jean-Claude Lumet (William Poire), Claude Mer- cier (Clemenceau tout simplement), les éditions Soc et Foc et les éditions Gois de Neuf. Au départ, l’idée de créer un salon des Chantu- series était destiné à réunir les auteurs « maison », afin qu’ils puissent tisser entre eux des liens d’amitié, car il est impossible de les réunir tous à l’occasion des différents salons organisés par ailleurs sur une année. Les auteurs invités permettent d’élargir la pa- lette des ouvrages proposés au public.
  14. 14. 14 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Du Speed booking à la Médiathèque du château d’Olonne Depuis 2014 la médiathèque Michel-Rambaud, au Château d’Olonne, propose au public le speed booking, offrant ainsi à chacun une façon insolite de parler de ses lectures favorites… Dans l’air du temps et sur le principe du « speed dating », cette formule conviviale invite à partager ses lectures « coups de cœur », en quelques minutes. Exercice de style, invitation ou simple jeu, la règle est la même pour tous les participants : convaincre son interlocuteur de lire le livre présenté, quel qu’en soit le genre. Comme le temps est compté, à chacun de livrer bataille, d’user de stratégie en choisissant le mot juste, la phrase pertinente, l’amorce ou le pas- sage clef… qui sauront accrocher l’intérêt de l’inter- locuteur. L’objectif étant de le tenir en haleine et de l’inciter à la lecture ! Puis les rôles s’inversent, et c’est à votre tour de vous laisser séduire (ou pas) par le coup de cœur que l’on vous livre - c’est le mot ! - Ensuite, on inter- vertit les acteurs des duos tirés au sort… La ronde des mots et les rencontres continuent. Les bibliothé- caires se prêtent également, et avec plaisir, à ce jeu littéraire. À l’issue de la soirée, chacun vote pour le livre le plus apprécié au cours de la soirée et son « présenta- teur » est récompensé. Si cette invitation littéraire vous séduit, n’hési- tez pas à vous inscrire par téléphone au 02 51 32 96 73 ; ou par courriel : mediatheque@ville-chateaudo- lonne.fr Prochain speed booking, vendredi 2 octobre, à 20 h 30. Entrée libre et gratuite. Thérèse Davesne La Médiathèque castelolonnaise Michel Rambaud aime re- cevoir son public, dans des sièges souvent plus confortables mais à la convenance de chacun Rentrée littéraire de l’Arée à St-Gilles et Barbâtre N’est-il pas vrai que, selon la formule de Paul Éluard, l’auteur « donne à voir » ? En partenariat avec la Ville de Saint-Gilles- Croix-de-Vie, l’Arée du Nord-Vendée organisera, le samedi 26 septembre, salle Marcel Baudouin, sa dixième Rentrée littéraire d’automne intitulée « (L)ivres d’images ». Quinze auteurs de talent, ve- nant de différentes régions, présenteront et dédica- ceront leurs ouvrages, d’une très grande diversité, mais singulièrement reliés par le pouvoir de l’image, auquel aucun lecteur ne peut rester insensible. Par ailleurs, l’Arée du Littoral Nord Vendéen or- ganise son quatrième salon du livre et de l’art les 17 et 18 octobre 2015, salle des Oyats à Barbâtre. Une cinquantaine d’auteurs régionaux participeront à ces deux journées ainsi que des artistes, comme les années précédentes. L’après-midi du samedi 17 sera consacré à la remise des prix et à la lecture d’ex- traits des œuvres primées. Concours d’orthographe le dimanche 18. Tandis qu’une mini-exposition sur la deuxième guerre mondiale présentera des objets- souvenirs de cette époque, et deux conférences (sur les Juifs en Vendée et les fusillés en Vendée) compléte- ront ce thème. Ces conférences viendront clôturer chaque journée. Ce cliché date de 2014, lors du rendez-vous Arée à St- Gilles-Croix-de-Vie Ces œuvres donnent un cachet inimitable à la fête et c’est une autre façon d’impliquer les ados dans l’événement. Ils entrent, le temps d’un week- end, dans l’univers d’un auteur et n’en sont pas peu fiers. SalonsenVendée
  15. 15. 15Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Printempsdulivre Frédéric Couturier, responsable de la program- mation culturelle à Terres de Montaigu a dit que « le Printemps du Livre s’était trouvé cette année une image très moderne ». Il a raison. Aujourd’hui comme hier, le Printemps du Livre est ancré dans l’actualité littéraire. C’est sans doute l’une des rai- sons de son succès. Pas de chapelles. Tout ce qui est écrit l’intéresse. Le Printemps reste fidèle à l’esprit de ses créateurs : il est généraliste. Et puis il continue d’être avant tout une fête, la grande fête du livre du Grand Ouest. C’est le lieu de la rencontre. Les auteurs, les lecteurs se croisent, se retrouvent et se parlent. C’est facile à Montaigu. Il suffit de circuler dans les allées et de regarder comment on se parle et d’écouter ce qu’on se dit. Personne ne se prend pour ce qu’il n’est pas. On est bien ensemble. On peut parler quelquefois de choses graves. Les livres c’est aussi fait pour ça. On apprend. On s’écoute. On ose. La magie de Mon- taigu est là. C’est une grande fête populaire, au sens noble du terme. Et elle n’a pas fini de rassembler et de grandir si elle continue comme ça. Yves Viollier La foule fut dense dans les travées montacutaines L’Herbretaise Régine Albert avait son stand à Montaigu, où elle jouait presque à domicile, comme disent les journalistes sportifs Printemps du Livre de Montaigu : le succès Année après année, le Prin- temps du Livre continue de gran- dir. Pour sa 27e édition Le Prin- temps de Montaigu a de nouveau affirmé son ambition culturelle au service de la littérature et son caractère atypique. Pendant trois jours, du 27 au 29 mars 2015, Montaigu s’est transformé en capitale du Grand Ouest. Des chiffres : 40 000 visiteurs (+ 2%) 250 écrivains, plus de 10 000 livres vendus 43 exposants, 1 700 m² dédiés aux dédicaces 3 722 scolaires pour 22 animations proposées le vendredi Plus de 1 000 auditeurs aux différentes confé- rences 14 escales littéraires, 40 auteurs invités 14 cafés littéraires, 39 auteurs invités Il y a eu les temps forts du Printemps : L’inau- guration, le samedi matin, en présence du Président de la manifestation, Gilles Legardinier, qui n’a pas boudé son plaisir d’être aux commandes de ce grand rassemblement festif et populaire, et qui a tout de suite plu au public parce qu’il ne se prenait pas la grosse tête et faisait le job avec efficacité ; la remise du Prix Ouest à Clara Dupont-Monod, si heureuse de la consécration de son Aliénor, et disponible elle aussi à ses nombreux lecteurs ; la remise du Prix Ouest Jeunesse par Layla Benabid passionnée par le dessin depuis toute petite et proche, très proche, de ses jeunes lauréats. Gilles Legardinier fut toujours prêt à dégainer son stylo pour une dédicace durant ces trois jours
  16. 16. 16 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Prix Ouest 2015 au Printemps du Livre Clara Dupont-Monod pour «Le roi disait que j’étais diable» Il n’aura fallu qu’un tour de scrutin aux jurés du Prix Ouest pour couronner le roman de Clara Du- pont-Monot, «Le roi disait que j’étais diable», paru aux éditions Grasset. Ce roman du grand Ouest, mais aussi de la France et de l’Europe, met une nou- velle fois en scène la flamboyante Aliénor d’Aqui- taine, deux fois reine. Avec un regard très original, celui d’une alternance tragique entre son récit et ce- lui de son premier époux, le pâle Louis VII. Aliénor d’Aquitaine est assurément parmi toutes les femmes célèbres l’une de celles qui aura le plus ai- guisé l’intérêt des romanciers. Alors pourquoi écrire un nouveau roman sur Aliénor ? Pourquoi le jury du Prix Ouest a-t-il dès le premier tour de scrutin fait le choix clair du livre de Clara Dupont-Monod, paru chez Grasset ? Parce que les jurés ont été séduits par l’approche, à la fois historique et romanesque, de l’impossible union entre Aliénor et Louis VII, le roi de France. Séduits par la forme, l’alternance de la narration entre les deux époux, deux personnalités contraires et contraintes, l’eau et le feu. La première cougar, comme le dira l’auteure à Montaigu, et ce roi faible, hésitant, fait pour être moine bien plus que pour régner, mais pourtant amoureux. Ça chahutait dans les soutanes à l’époque d’Aliénor L’écriture, toujours plus importante que le sujet qu’elle doit davantage maîtriser que subir, est ma- gnifique: incisive et juste. Elle convient parfaitement à ces temps de violences et de rudesse. Elle respire aussi avec les poèmes des troubadours du Poitou et d’Aquitaine qu’Aliénor a fréquentés avec son grand- père Guillaume IX, le «Troubadour», précisément, et qu’elle a toujours aimés et encouragés. Clara Du- pont-Monot réinvente l’histoire à sa façon, mais elle ne la trahit jamais. La caution de l’historien Martin Aurell, spécialiste incontournable de cette époque et maître d’œuvre, voici quelques années, d’une ma- gnifique exposition à l’abbaye de Fontevraud – où repose Aliénor – souligne la dimension de ce livre. Clara Dupont-Monod fait littéralement corps avec son héroïne, indomptée et changeante, fra- gile parfois, ingérable et guerrière, indépendantiste avant l’heure, bravant tous les préjugés et tous les pouvoirs, parce qu’elle était avant tout une femme de pouvoir. «Ça chahutait sous les soutanes», glisse- t-elle à propos de cette époque, celle des Croisades et d’une Église alors toute-puissante qui n’a pas épar- gné Aliénor. À l’évêque de Tournai qui la tourmen- tait et la questionnait, n’a-t-elle fièrement répondu: «Voyez, seigneurs, mon corps n’est-il pas délectable? Et le roi disait que j’étais diable!» Gilles Bély Printempsdulivre
  17. 17. 17Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Saint-Gervais, salon du bonheur de lire et de vivre Quel salon que celui de cette année, en plein coeur du marais nord-ouest ven- déen ! Que du plaisir, comme disent les sportifs, celui de la décontraction et de la passion spontanée de la littérature, avec la remise de deux Prix pour le prix d’un ! Le 21e Salon du Livre de Saint-Gervais, qui s’est tenu le 11 et 12 Avril, à la Salle des Primevères (Quel beau nom pour annoncer le Printemps) a été, une fois de plus, un bonheur ! Pour les auteurs, pour les visiteurs. J’imagine aussi pour les organisateurs bé- névoles et, surtout, pour le président Claude Mer- cier et le vice-président Théo Rousseau qui tiennent à bout de bras ce salon. Si certains raouts littéraires transpirent l’ennui, ce n’est pas le cas de Saint-Gervais. Par contre on est tenu, on se doit d’apporter son talent et sa bonne humeur. Il ne peut pas en être autrement, au moins par aménité pour le Président qui est la joie de vivre et la convivialité faite homme… On l’attend tou- jours avec ses histoires patoisantes, ses mots, ses trouvailles inattendues. Une au passage, avant d’al- ler plus loin : au cours de son discours d’ouverture un téléphone portable s’est mis à sonner et le Prési- dent a ponctué son mot d’une sortie qui ne pouvait que déclencher l’hilarité. Il balance : « si c’est Dieu le père, dites-lui que je ne peux pas le prendre, je suis en train de dire la messe. » Cette année le Salon avait pour thème : Le jeu de l’Aluette, aussi appelé la Vache dans nos campagnes. Jean-Paul Bourcereau ému comme un gosse lorsque Claude Mercier lui a remis le Prix du Héron Cendré Ce jeu qui vient, on suppose d’Espagne parce qu’il se joue dans toute la Péninsule, et dans les endroits où les Espagnols ont fait des petits… Enfin, à ma connaissance aucune thèse n’a encore était pondue sur ce jeu. Affaire à suivre… Le templier Bourcereau Prix du Héron Cendré Il y avait cette année plus de 70 écrivains édi- tés, plus un nombre important d’écrivains à compte d’auteur. Au hasard des présents : Régine Albert, Joël Bonnemaison, Michel Gautier, Michel Cha- mard et son bouquin La Vendée pour les nuls, notre commissaire Piquet, Philippe Gilbert, Ismaël Ben- Mesbah… Tout ce beau monde allait assister à la remise des Prix. Le maire de Saint-Gervais était présent sur l’estrade, ainsi qu’un aréopage d’élus du département. Chacun y est allé de son petit mot. C’était bien, les tirades étaient courtes, de bonne humeur, suffisamment pour capter l’auditoire… Le traditionnel Prix du « Héron cendré » a été remis par Claude Mercier et notre président des Écrivains vendéens à Jean-Paul Bourcereau pour son livre : Théobald, le dernier templier vendéen, (chez Geste). J’ai eu depuis le salon le temps de lire son Théobald, je ne peux que le conseiller vivement à tous les amateurs d’Histoire, et à ceux qui aiment l’humour au second degré. Bourcereau écrit avec une plume d’érudit en se servant des mots de tous les jours… SalondeSaint-Gervais
  18. 18. 18 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Le Prix Gilbert-Prouteau à l’éditeur de Maulévrier La nouveauté cette année est la création par les Amis de Gilbert Prouteau d’un prix portant son nom: Qui dans notre département ne connaît pas Gilbert Prouteau ? Enfant de Nesmy, grand écrivain, poète, metteur en scène, sportif de haut niveau, disparu il y a deux ans. Il a connu dans sa vie tous ceux qui ont compté au siècle dernier : Aragon, Picasso, Dali, Malraux, Cocteau, Jean Delannoy… Et pour ne pas que vous pensiez qu’il était macho, il y a bien quelques femmes : Danielle Darrieux, Brigitte Bardot, Ma- gali Noël, Consuelo Saint-Exupéry, Michèle Mor- gan… Il avait bon goût le bougre… Bon ! Si nous parlions du Prix. Ce Prix a été remis par Philippe Gilbert, journaliste (Ouest-France) et auteur lui aus- si, en présence d’Isabelle Prouteau, la fille de notre illustre Vendéen, à Hubert-André Hérault, éditeur à Maulévrier. La récompense est une caricature de Gilbert Prouteau dans l’esprit « Charlie » esquissée par René Morineau, dessinateur yonnais. Hubert- André Hérault a édité plus de 500 livres et en a écrit une vingtaine. Il a surtout connu l’ami Prouteau, l’a lu et vu un de ses films, condition sine qua non pour être nominé. Mieux : Hérault a édité trois des 50 livres du génie du verbe natif de Nesmy, dont Je te dis qu’il faut vivre. Autant de raisons qui lui ont valu ce prix, à sa grande surprise d’ailleurs, car il n’avait pas été prévenu. À la fin de la remise des Prix il était l’heure du vin d’honneur, toutes les personnes présentes se sont retrouvés dans la salle de sport jouxtant la Salle Toujours à Saint-Gervais, une belle brochette d’auteurs à l’heure de l’apéritif : Pierre Yborra, Joël Bonemaison, Bruno Picquet, Philippe Meyre et Philippe Gilbert « Être éditeur à Maulévrier, c’est un sacerdoce ! » aimait à dire Gilbert Prouteau André-Hubert Hérault s’est vu remettre ce prix par Philippe Gilbert, une caricature de feu Prouteau des Primevères, les coups n’étaient pas rares… la mo- dération, je ne sais pas, je n’ai pas vérifié… Après le vin d’honneur, il ne nous restait plus qu’ à tra- verser le parking pour nous retrouver dans la salle de la cantine scolaire où un repas était servi à tous les auteurs présents, dont votre obligé. Dans ce décor nous avions dix ans, on est en classe primaire, on est des potaches… Il y a dans cette salle un bruit assourdissant, ça résonne, les gens s’inter- pellent, mes sonotones saturent... Claude Mercier invite tout le monde à s’asseoir, il y va de ses bons mots. Un apéritif est offert, il fallait ça… Le repas est servi par les bénévoles, on le doit au savoir-faire du traiteur Mickaël Boutolleau de Saint-Gervais. Je suis heureux, je suis à une table de pistonnés et de connaisseurs… Les bouteilles de Bordeaux arrivent sans qu’on les demande. On s’en fout, nous dormons sur place et nous avons tout l’après-midi pour digérer et signer nos ouvrages. À 14 heures, les choses sérieuses commencent, nous regagnons la Salle des Primevères, le public est venu nombreux. Nous allons tarir nos stylos en dédica- çant nos chefs-d’oeuvre… Le lendemain dimanche, l’ambiance, sans vi- lains jeux de mots est du même tonneau. Les ache- teurs potentiels de livres se baladent dans les travées, discutent avec les auteurs, le temps passe vite, trop vite… À la fin, on se quitte heureux, nous savons que nous nous croiserons dans d’autres salons, mais nous n’avons qu’une envie : nous retrouver l’année prochaine au retour des hirondelles à la Salle des Pri- mevères de Saint-Gervais. Pierre Yborra SalondeSaint-Gervais
  19. 19. 19Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Les femmes aussi ! Parmi ces écrivains embarqués sur cette nouvelle expédition sur les océans proposée par notre associa- tion, on pouvait reconnaître François Bellec, parrain de ce salon, Dans son dernier ouvrage, Le testament de Lapérouse, l’écrivain de Marine imagine, en mê- lant le vrai et le possible, la vie du célèbre navigateur échoué sur l’île de Vanikoro. Au détour des allées, Guillaume de Monfreid le mieux placé pour ra- conter son grand-père, célèbre aventurier de la mer Rouge, ou encore Olivier Poivre d’Arvor, coauteur avec son grand frère Patrick de L’odyssée des marins. J’ai été ravie d’apprendre que les femmes avaient également contribué à réécrire les cartes géogra- phiques du monde. J’ai partagé l’aventure de Jeanne Baret, première femme à avoir fait le tour du monde à travers le roman de Michèle Kahn, La clandestine du voyage de Bougainville. Autre belle surprise aussi avec la jeune auteure Clotilde Leton qui a réuni dans un très joli livre les carnets de voyages de la première femme océanographe française, Anita Conti. En tout cas, de très belles rencontres encore, au rythme des mots et des vagues ! Fanny Mainguet association Printemps Lecture et Culture Sur les traces des grands explorateurs Au salon de la mer à Noirmoutier Marco Polo, Colomb, Magellan, Lapérouse, James Cook, Sir Ernest Henry Shackleton, Henry de Monfreid … Tous ces hommes d’exception qui ont sillonné les mers étaient à l’honneur samedi 13 et 14 juin, à l’occasion du Salon du Livre de Mer de l’île de Noirmoutier. La sixième édition de ce rendez-vous littéraire, organisé par Printemps Lecture et Culture, avait pour thème Les grands explorateurs, de l’Antiquité à nos jours. Une belle occasion, pour les visiteurs de tous âges venus nombreux, de découvrir ou redé- couvrir ceux qui ont parcouru la terre en quête de nouveaux continents, de nouveaux peuples, d’or, d’épices et de bien d’autres richesses. Une soixantaine d’auteurs, réunis sous un chapi- teau sur la place d’Armes à Noirmoutier, ont retracé les aventures et les exploits de ces grands décou- vreurs sous toutes les formes : romans, récits, car- nets de voyages, bandes dessinées, reportages photo- graphiques et même recettes culinaires. Conférences et cafés littéraires ont également ponctué le pro- gramme de ce week-end dédié au livre et à la mer. François Bellec et Guillaume de Monfreid, co-équipiers du- rant deux jours Les visiteurs du Salon de Jard ont fait fi de la pluie Avec un temps à ne pas mettre le nez dehors ce 1er mai, 82 écrivains délaissent le bord de mer pour la salle des Ormeaux à Jard-sur-Mer. Les lecteurs, faisant fi de la crise étaient fidèles au rendez-vous et se pressaient autour des stands. Belle réussite pour cette 7° édition qui réunissait de nombreux au- teurs régionaux, débutants ou confirmés, mais aussi quelques maisons d’éditions, des bibliothèques, et libraires. Plusieurs temps forts en matinée et dans l’après-midi où bruissaient des murmures et les pages que l’on tourne. Une journée des écrivains qui s’installe dans le paysage littéraire vendéen avec un succès grandissant. Un grand bravo aux organi- sateurs dévoués et organisés, à Nadège et à la mairie jardaise ! Eveline Thomer SalonsdeJardetNoirmoutier Henry de Monfreid (1879- 1974) ou la légende très vivace d’un écrivain aventurier des mers, qu’a si bien su évoquer son petit-fils Guillaume
  20. 20. 20 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 La ferme du pendu, le film qui scandalisa la Vendée en 1945 Ce film fut tourné voilà 70 ans. Il est resté dans l’histoire du 7e Art pour sa qualité, parce qu’il fut aussi le premier rôle de Bourvil ; et parce qu’il provoqua un scan- dale en Vendée Réalisé à la Libération, durant l’été 1945, dans la région de Pouzauges, notamment à Montournais (à La Maison neuve, logis du XVe siècle). Jean Dreville, le metteur en scène, le considérait comme un de ses meilleurs films. Ce drame paysan, tiré d’un roman du « sulfureux » Gilbert Dupé, plaisait à Dréville qui connaissait Dupé pour avoir tenté de tourner La foire aux femmes deux ans auparavant, en pays maraîchin, tournage interrompu par l’occupant al- lemand. Mais La ferme du pendu connut des moments houleux pour son tournage, avant même de dé- marrer, comme en témoigna Jean Dreville dans un livre qui lui est consacré (« Jean Dreville », Édi- tions Dujarric): « Pour les repérages, nous avons été mal accueillis car le roman de Gilbert Dupé était proscrit en chaire par l’évêque de Luçon. Les gens s’opposaient au tournage. J’avais dû voir l’évêque, Monseigneur Cazaux. Une scène du scénario le cho- quait, celle où la porte de la grange se referme sur un couple adultère. Fondu en noir et, là-dessus, on entend un cri suivi d’un cocorico. On rouvre sur un tas de fumier irradié par le soleil du petit matin. Je rétorque à l’évêque : « Mais on ne voit rien ! » Et l’évêque, avec un sourire malin : « oui, c’est bien ce qui est grave : on ne voit rien ! » Il avait tout de même accordé son autorisation ». Dans ce film, la vedette est Charles Vanel. Au centre, Claudine Dupuis, qui eut son heure de gloire Mais Dréville ne se doutait pas que le « scandale vendéen » couvait ! Payés pour battre le seigle ! En attendant, le tournage de ce film amuse. Dans son édition du 30 juillet 1945, le journal Le Populaire de l’Ouest titre : « on se souviendra long- temps à Pouzauges de cette année où les Parisiens ont payé les Vendéens pour battre le seigle ». Une cinquantaine de ces Vendéens furent en effet enga- gés pour pratiquer ces battages devant une caméra. Et pas moins de 400 volontaires furent embauchés pour la scène des noces, l’un des moments forts du tournage et du film. Ce banquet de 200 couverts recruta des volontaires pour 200 à 300 francs de l’époque (par jour !), pour également danser et jouer aux palets devant la caméra. Tout le monde, comédiens et équipe technique, est logé à Pouzauges. Les hôtels n’étant pas très nombreux, les habitants ont ouvert leurs maisons pour héberger tout le monde. Il n’est donc pas rare de rencontrer Charles Vanel, un des grands noms du cinéma français en cet été 45, et Alfred Adam, de la Comédie française... Il y a certes Bourvil, qui chante Les crayons dans la scène du banquet, mais ce film est son premier, il est quasiment inconnu du public. Mais c’est Gilbert Dupé qui avait remarqué Bourvil sur la scène parisienne du théâtre des Nou- veautés durant l’Occupation, théâtre dont il était le directeur. Mais quand le film sort, finie l’entente cordiale ! Il fait l’objet de vives attaques de la part des milieux ca- tholiques. Monseigneur Cazaux, cette fois-ci moins patelin, va demander l’interdiction de projeter le film « qui offense la moralité de la paysannerie ven- déenne ». La déclaration de l’évêque de Vendée va surchauffer les esprits, d’autant que l’Union patrio- tique des organisations de jeunesse (qui fédère tous les mouvements de jeunes en Vendée, communistes, protestants, catholiques, neutres...) en rajoute une couche en considérant ce film « comme un grave danger pour la moralité des jeunes et une insulte à la paysannerie vendéenne qui paraît défigurée et bestialisée, sans aucun respect du vrai visage des fa- milles de notre région ». Incidents à Chantonnay Dans les colonnes de La Résistance de l’Ouest, le journaliste vendéen Valentin Roussière exécute le film mais surtout Gilbert Dupé, le « mal vu de Vendée » ! Même Louis Chaigne, écrivain et pen- seur catholique mais modéré, félicite Roussière en
  21. 21. 21Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 ...Aucinéma,laVendée... Bourvil joue son premier rôle en interprétant « les crayons » durant la scène du banquet lui écrivant : « la Vendée mérite mieux que ces ima- ginations extravagantes. Pour l’aborder, il faut une certaine âme qui manque à l’auteur du livre ». Une projection publique fut terriblement cha- hutée à Chantonnay, ainsi que dans quelques autres salles de spectacles. Le 14 janvier 1946 le préfet écrit aux maires de Vendée : « je ne saurais trop vous re- commander de n’user de vos pouvoirs qu’avec la plus grande prudence, étant donné que ce film a obtenu le visa ministériel ». Mais à Chantonnay, le 22 mars 1946 vers 22 heures, une coupure d’électricité plonge la ville dans le noir. Le transformateur avait sauté après des courts-circuits provoqués par des tronçons de fil de fer et des cercles de barrique sur les lignes électriques. Des pommes avariées furent également provi- sionnées pour chahuter d’autres projections. Six fauteurs de troubles vendéens furent pré- sentés devant le tribunal correctionnel de La Roche- sur-Yon, dès le 27 mai 1946 pour s’être rendus cou- pables de détériorations. « Cet acte de sabotage était susceptible de provoquer de graves incidents » admet le tribunal qui cependant a « les meilleurs renseigne- ments de moralité sur les six prévenus ». Le prési- dent, qui semble dans les petits papiers de l’évêché, culpabilise « l’œuvre qui trahit une méconnaissance de la psychologie rurale et prête au paysan vendéen qu’elle met en scène des moeurs plus conformes à celles des « mauvais garçons » chers à trop de roman- ciers et de cinéastes qu’à celles des honnêtes et saines populations du bocage et de la paysannerie française en général ». La peine fut de 600 francs d’amende pour cinq des six prévenus, le sixième étant relaxé. Le temps qui passe peut rendre ridicule cer- taines situations. Surtout quand on revoit ce film plus qu’estimable techniquement. On peut même se dire, avec le temps qui passe, que les Vendéens du bocage se sont conduits de manière un peu vaine, même s’il faut resituer le contexte de cette Vendée extrêmement rurale à la sortie de la Guerre. Le temps qui passe ? En 1991, la Vendée du bo- cage refera sa mijaurée puritaine avec l’affaire Basic instinct aux Herbiers. Des restes ataviques... Maudite ferme ! De cette Ferme du pendu (le premier titre fut La ferme du maudit), évocation de la Vendée rurale de cette époque avec sa noce, son enterrement, ses bat- tages et leurs cortèges d’images fortes, le journaliste Marc Lambrechts aime à dire : « C’est mieux que Goupi mains rouges et ça vaut Pagnol ». Vrai que ça
  22. 22. 22 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 même tenu pour un des premiers romanciers fran- çais de son temps. Son originalité repo- sait sur ses drames pay- sans et ses intrigues au ca- ractère « régional » (genre dont il fut un des pion- niers), tant dans sa ville natale (Le bateau à soupe) que dans l’île de Oues- sant, dans le Jura, en So- logne, dans les Pyrénées, dans le bocage vendéen (La ferme du pendu) et en pays maraîchin qu’il ha- bita durant l’Occupation pour y rédiger son oeuvre que l’on peut considérer comme la plus achevée : La foire aux femmes. Petit, mince, l’oeil noir, Gilbert Dupé ressem- blait à ces Vendéens des marais qu’il décrit sans com- plaisance mais avec vérité et attachement, jusqu’à oser évoquer la pratique du maraîchinage, coutume des amours sous le parapluie permettant d’échanger des baisers des heures durant. Une sexualité d’at- tente qui eut son heure de gloire et de scandale dès 1906 avec le livre du bon Docteur Baudouin, inti- tulé Coutumes caractéristiques de Challans, compila- tion d’articles pour une revue médicale, qui eut un tel succès de librairie qu’il fut réédité cinq fois. Grand écrivain, bon scénariste, piètre metteur en scène De nombreux romans que Dupé a écrits fu- rent portés à l’écran : La ferme du pendu ; Le ba- teau à soupe (1946, sur ce film, la critique n’est pas tendre mais s’enthousiasme pour l’interprétation de Charles Vanel) ; puis Le village perdu (1947, de Christian Stengel, avec Gaby Morlay et Noël Ro- quevert ); La figure de proue (1948, avec Madeleine Sologne et Georges Marchal) ; Rendez-vous avec la chance (1949, avec Louis de Funès) et La foire aux femmes (1955, Jean Stelli). Passionné par le cinéma (il fréquenta Méliès et Louis Lumière), Gilbert Dupé fut en fin de compte à l’origine de la plupart des films tirés de ses romans, les produisant même. Il fut également metteur en scène. Il réalisa, à la frontière espagnole, Tempête sur les Mauvents (1950), avec Charles Vanel, un film raté, Dupé s’avérant piètre metteur en scène. Il est également l’auteur d’un ouvrage professionnel, « L’exploitation cinématographique », que préface Louis Lumière. PhilG. Gilbert Dupé, le « mal vu » de Vendée Désormais méconnu, Gilbert Dupé (1900- 1986) fut certainement un « sacré bonhomme ». Ce natif de Nantes (père Breton, mère vendéenne de la Barre-de-Monts, commune où son grand-père y exerça la charge de capitaine des douanes), était un touche-à-tout. Journaliste, Directeur du Théâtre des Nouveautés à Paris (1944-1973), producteur de cinéma, adaptateur de la plupart de ses œuvres, metteur en scène même, Dupé fut surtout un ro- mancier à succès, qui eut son heure de gloire et fut tient la route avec ces paysans plus vrais que nature. Il est même socialement avancé dans son action, qui se déroule à Fontaine-Profonde, métairie vendéenne où, à la mort du père, l’aîné des Raimondeau, Fran- çois (Charles Vanel), se promet de sauvegarder l’in- tégrité du domaine et l’unité du clan, afin de ne pas morceler le domaine de la famille. Mais Amanda, leur soeur, part vivre à Nantes avec un gabelou dont elle est tombée amoureuse. Les trois frères restent seuls à la ferme. Une servante est engagée... Le film eut un accueil « normal », et même un beau succès public, dans les autres salles de France et de Navarre. Il faut dire que la publicité était faite... Et les critiques parisiennes sont très favorables, de Sadoul et Carlo Rim à Charensol et même Henri Jeanson : « ... digne des plus grands metteurs en scène russes... scènes enlevées d’une poigne ferme... Le cinéma français sort de sa vase... Vive le retour à la terre, s’il sert de prétexte à des films de cette qualité... »
  23. 23. 23Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Charles Vanel servi par Dupé et Prouteau Quelle belle anecdote sur Charles Vanel (1892- 1989) que celle de Gilbert Prouteau (1917-2012), qui collabora avec ce « monument du cinéma » sur une évocation de Jules Verne pour la télévision. C’était en 1978. Prouteau, 61 ans alors, était l’adap- tateur, Vanel, 87 ans, le récitant. Durant ces dix jours de tournage, son domicile des Hautes-Roches (Treize-Vents) étant si proche de Nantes, Prouteau invita Vanel à dîner chez lui, Vanel dont il appré- ciait la nature et le franc-parler. Et qui n’a pas dîné aux Hautes-Roches avec le « maître de Vendée » n’a jamais dîné ! Le festival du bateleur des mots s’accompagnait toujours de champagne, de vins de Saint-Mont et de cognac de chez Camus. Et Gilbert, s’il parlait beaucoup, même la bouche pleine, n’oubliait pas lui aussi de se désaltérer. Vanel était, lui, un flegmatique, un fumeur de pipe mais à la descente solide, racines bretonnes obligent (il était né à Rennes). De Jules Verne, il avait tout lu et admirait le personnage. La soirée fut belle. Moment choisi : quand Prouteau demanda à Vanel quand écrirait-il ses mémoires, le presque no- nagénaire lui répondit : « quand je serai vieux ! » Vanel quitta les Hautes-Roches minuit passé. Le lendemain, Gilbert Prouteau arriva sur les lieux du tournage avec du retard. Il était du bon 10 h 30 passé ! L’équipe du tournage et Charles Vanel étaient sur place depuis 9 h 30. Prouteau, la mine défaite, un peu la gueule de bois, vint s’asseoir à côté de Va- nel. Celui-ci lui dit : « alors, gamin, on tient pas le coup ! » Prouteau et Vanel, éternelle pipe au bec, en plein travail sur l’adaptation de Jules Verne tourné pour la télévision ...Aucinéma,laVendée... Si Charles Vanel fut charmé de l’accueil de Gil- bert Prouteau aux Hautes-Roches, il le fut beau- coup moins par le résultat de ce tournage. L’acteur l’évoque dans ses mémoires (Monsieur Vanel, de Jac- queline Cartier, Robert-Laffont). Ce film sur Jules Verne est selon lui gâché par la profusion d’images extérieures. Mais Monsieur Vanel, mémoire d’un siècle de cinéma, était donc déjà venu en Vendée, en 1945, tourner La ferme du pendu, objet de ce reportage. Vanel le placide adorait faire des blagues et en a raconté à Jacqueline Cartier. À Pouzauges, sur La ferme du pendu, il mettra discrètement la voiture du chef-opérateur André Thomas sur cales. André Tho- mas s’en rendra compte en voyant tous les autres démarrer ce matin-là pour se rendre sur le tournage ! « sa tête !... Inoubliable ! ». Il évoque aussi l’écrivain Gilbert Dupé dont il aime bien les romans et les adaptations. C’est pour ça qu’il accepte le rôle principal de Tempête sur les Mauvents, en 1950. Il accepte d’autant plus volon- tiers que si Dupé prend pour la première fois la cas- quette de metteur en scène, il a aussi pris de bons collaborateurs, La Varende pour les dialogues, Jules Krüger pour les images, un grand chef-opérateur. Mais côté mise en scène, Vanel dans ses mémoires se souvenait « qu’il y a eut une grande différence ! Pour La ferme du pendu, Dreville était derrière la caméra ». PhilG.
  24. 24. 24 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Une pièce signée Eveline Thomer jouée le 5 août à l’Île d’Olonne Un événe- ment se prépare à l’Île d’Olonne. le 5 août en soirée avec de multiples ani- mations dans la tradition paysanne ven- déenne. Parmi ces animations, à la nuit tombée, une création théâtrale d’Eve- line Thomer. Auteur de nombreux ou- vrages de fiction (certains avec un beau succès pu- blic) Eveline Thomer s’est lancée dans l’écriture d’une pièce de théâtre, intitulée La fille du saunier. Une première pour elle, à la suite de sa rencontre avec Jean-François Chevret, durant le festival de théâtre amateurs de la Tranche-sur-Mer (cher à Joël Bonnemaison). Ce metteur en scène de la troupe Grains de Sel (il a d’ailleurs décroché une Tulipe d’or) l’a incitée à se lancer dans le genre, sous forme de farce pay- sanne, mettant en scène des personnages islais : un saunier têtu, sa fille, ses copines de fermes voisines, le jeune instituteur du village, le riche agriculteur de Challans qui veut épouser la fille du saunier… Un vaudeville sans autre prétention que de faire rire, avec des situations cocasses aux dialogues ajustés, avec aussi son fond social. L’action se situe entre les deux guerres. Jean-François Chevret est à la mise en scène. Xa- vier Chauvière, responsable de Tradition Gestuelle en Vendée, conduira les parties dansées et chantées. Et les comédiens seront des professionnels (trois) et des amateurs, dont le petit-fils d’Eveline Thomer. La commune de l’Île d’Olonne soutient activement cette initiative. PhilG. Laurent Tixier trempe ses mots dans les tranchées Quel souffle ! Quel livre ! Et quel panache ! La Tragédie des acteurs est pourtant le premier livre de Laurent Tixier, 48 ans, domicilié dans un moulin au bord de la Boulogne, à Rocheservière. Mais Tixier, qui est aussi acteur, metteur en scène, escrimeur ar- tistique, a cependant écrit beaucoup de scénarios. Et incontestablement, on retrouve cette expé- rience d’écriture dans cette pièce de théâtre, qui sera jouée les vendredi 1 et samedi 14 novembre à Lu- çon, au théâtre Le Millandy. Et au vu de la lecture de La Tragédie des acteurs, la capitale de l’Evêché a bien de la chance ! D’autant que le casting (12 hommes et 2 femmes) est de qualité, avec notamment Théo Frilet, qui, à la télé, a joué Guy Moquet et Maurice Genevoix, s’il vous plaît ! ...Authéâtre,laVendée Ce cliché où Laurent Tixier est avec son fils figure en 4e de couverture de son livre Les acteurs répètent !
  25. 25. 25Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 Le talent multiplié Si le théâtre est d’abord fait pour être vu, il peut aussi être lu, Rostand, Giraudoux et Pagnol n’au- raient pas dit le contraire. Pour autant, notre es- crimeur de mots enchaîne les difficultés. Car il fait jouer une pièce de théâtre, Roméo et Ju- liette, par des amateurs dans une tranchée, un certain 11 novembre 1918, sans que quiconque sache que l’Armistice va être signé. Le commandant Lafiole a en effet reçu cet ordre pour remonter le moral des troupes. Et parmi ces Poilus chargés de l’interprétation très improvisée : un Breton, un Sénégalais, un Algérien, un Vietna- mien, un Parisien, un prisonnier allemand aussi... Les situations sont drôles du début à la fin. L’humour jaillit des dialogues à chaque instant, l’humour traduit aussi la politesse du désespoir qu’engendre cette guerre pour cet échantillon d’hu- manité. Et Laurent Tixier démontre une aisance du verbe et une capacité à tenir en haleine le lecteur qui en laissent présager long sur son talent. Il faut dire que Laurent Tixier, feu follet de 48 ans, domicilié à Rocheservière, possède une palette exceptionnelle, lui permettant de croiser les arts qu’il possède, es- crime, comédie, danse, chant, musique (mordu de la musique Renaissance). Plus qu’un metteur en scène, l’ami Tixier est un directeur artistique, comme il l’est, par exemple, sur les spectacles présentés cet été au château d’Apremont et à la Chabotterie Ce premier livre a rencontré un si beau succès à sa sortie en mai qu’une réédition est envisagée. Tan- dis que le Sénat devrait faire figurer l’ouvrage parmi les nominés du Prix du Sénat 2016. Enfin, il sera, les 18 et 19 juillet, dans les allées de la forêt de Grasla pour dédicacer son ouvrage. La Tragédie des acteurs, de Laurent Tixier, Édi- tions Charles Corlet, 190 pages, 15 €. Philippe Gilbert Les écrivains de Vendée sur les pas de Louis Chaigne Les Écrivains de Vendée ont décidé de tenir dé- sormais leur assemblée générale annuelle sur les lieux où ont vécu et écrit leurs prestigieux devan- ciers. Venansault, patrie de Louis Chaigne, dont le groupe scolaire porte justement le nom, inaugure ce qui deviendra vite une tradition. Accueillis par M. Pierre Cassard, adjoint au maire, les participants ont adopté à l’unanimité le rapport d’activités du secrétaire, Gilles Bély, et les rapports financier, moral et d’orientation du prési- dent. L’assemblée a approuvé à l’unanimité la modi- fication des statuts qui actualise le cadre de fonc- tionnement de la société. Les membres sortants du conseil d’administration ont été réélus à l’unanimi- té des voix : Jean de Raigniac, Gilles Bély, Michel Dillange et René Moniot-Beaumont. Ainsi que Marcel Grelet, nouvel élu, qui assumera la fonction de trésorier. Ce conseil d’administration constitue de fait le comité de rédaction de la revue Lire en Vendée, édi- tée à 6 000 exemplaires et distribuée gratuitement dans les librairies et points de vente de Vendée. Alain Perrocheau, responsable du site internet, a fait le point sur son fonctionnement et invité tous les auteurs à l’enrichir, en complétant notamment leur profil. Un déjeuner amical a réuni les partici- pants au restaurant Le Guyon, à Venansault. Le traditionnel déjeuner d’été des écrivains aura lieu cette année le 6 août chez Michel et Da- nielle Bayer sur le Rocher de la Dive. S’inscrire auprès du nouveau trésorier, Marcel Grelet. Asssembléegénérale
  26. 26. 26 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 J’ai vu le feu, j’ai vu rouge, j’ai bu rouge, j’aime Ponchon Après le feu et l’eau sur mes chères archives, un soir de février 2015 place Briand, dans le centre-ville de Challans, brasier qui est venu finir se consumer sur le toit de la rédac d’Ouest-France, là où je taffe, je bois du rouge ! Disons plutôt que je rebois. Je sortais d’une pause de six mois après avoir beaucoup pratiqué le triathlon vendéen (rosé, blanc, rouge !). Je tiens le prétexte pour re- Car trop de feu, ça assèche. Trop de flotte, ça oxyde. C’est comme ce qui reste de mes archives. Ca craque ! Surtout la langue, qui chez moi, parle beaucoup, écrit presque… Aussi, je re- ! Attention, pas d’alcool : que du vin ! C’est beaucoup moins un péché. C’est beaucoup moins d’alcool aussi, surtout quand ce n’est que du rouge et que tu le bois en mangeant. Donc que du pinard pour le baveux bachique ! Et puis cette chronique Philibertine est faite de litre- hic… et rature ! De… littérature ! Ponchon et Prouteau convoqués Cette chronique est aussi de proximité, cernée dans ce département devenu province. Aussi, je ne puis que convoquer en tout premier témoin à la barre : Raoul Ponchon, né par accident à La Roche- sur-Yon, le 30 décembre 1848. Son père ce soir-là était « saoul comme un templier, joyeux comme un nid », écrira le poète du Chat noir à Montmartre, que le jeune Gilbert Prouteau, deuxième témoin à la barre, rencontra au milieu des années trente sur une terrasse du Boul Mich’, à siroter sa tisane à 11h30 : « alors, Maître, la Vendée et son chef-lieu, y êtes-vous retourné ? » Rire moqueur de Ponchon : « hum ! La Roche-sur-Yon ! Ville trop grande dans ses habits ! » Et toc. C’est qu’on en doit au poète du Chat noir ! « Mon verre est plein, je le vide. Mon verre est vide, je le plains », c’est Raoul. « Je hais les tours de Notre- Dame, et quand je les vois, je pisse contre » c’est Raoul. Le père Ponchon qui, selon la légende, serait mort à l’âge canonique de 89 ans, en 1941, alors qu’il voulait se saisir d’une bouteille sur une étagère. Celle-ci lui est tombée dessus. On ne sait si c’est la bouteille qui l’a tué, ou si c’est un malaise fatal qui a provoqué la chute du litron. Mais quelle fin magnifique ! Et il faut lire l’hommage que lui rend justement Prouteau dans un de ses derniers livres (Le roman de la Vendée, Geste, 2009). Ecalle, capitaine Roy, Aragon convo- qués Putain cet incen- die ! Cette maison sur trois étages tout en hauteur comme à Amsterdam, j’y « vi- vais » depuis 15 ans. Cette rédaction était ma deuxième mai- son. J’y suis arrivé en décembre 1999, comme titulaire (à 70%) du quotidien le plus vendu de France : 800 000 exemplaires, des chiffres dignes de l’Angleterre, très portée encore sur la Gilbert Prouteau l’écrivain et Philippe Ecalle, le journaliste. Ce cliché date de 2001, quand l’association des Amis de Prou- teau s’était fondée
  27. 27. 27Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 lecture du journal ; 650 journalistes, 2000 salariés et une véritable armée mexicaine de correspondants qui font les fondements de notre journal de proxi- mité. Une couverture sur 12 départements, 10% des ventes rien qu’en Vendée. Fin des statistiques ! Je disais donc, « putain cet incendie » m’a fait mal ! m’a fait re-. Bon, je suis d’une rustique race vendéenne qui « tient le coup » ; et puis, j’ai vite calmé cet excès d’alcoolémie. Car écrire bourré n’est pas mon truc. Je suis obligé de choisir l’un ou l’autre. « Boire ou conduire, il faut écrire » aime à dire le joyeux journaliste Philippe Ecalle, mon collè- gue préféré d’Ouest-France, mon troisième témoin à la barre. Devant le drame de mes archives calcinées ou sauvées mais occupant une salle de séjour (j‘ai alors fait une coupe drastique, avec une satisfaction : 75% de ma bibliothèque personnelle remplira la future médiathèque de Saint-Urbain, merci Marcel Neau, notre correspondant « mexicain » à Sallertaine !), je n’ai pas manqué de philosophie, comme si la sagesse m’atteignait enfin. D’ailleurs, je voudrais féliciter les sapeurs-pompiers challandais, ces hommes du feu qui, sous la conduite du capitaine Philippe Roy, ont sauvé ce qu’ils pouvaient lors de cet incendie acci- dentel, parti d’un autre commerce, dans le centre- ville place Briand (la place du marché couvert) avant d’arriver jusqu’à nous. Je les remercie d’avoir été sensibilisés par mon problème. Le capitaine Roy, me voyant courir vers l’incendie qui menaçait d’em- braser des dizaines d’années d’archives amassées, m’a arrêté : « Philibert, tu ne bouges pas, on s’en occupe ». J’aime quand un Philippe que j’estime, m’appelle Philibert. Je sais alors raison garder. De toute façon, on ne m’enterrera pas avec mes archives. Et m’ap- peler ainsi Philibert justifie ma chronique dans ce beau semestriel qu’est Lire en Vendée. Et puis Gil- bert Prouteau, mon « maître » me l’a souvent dit : « On ne possède rien dans la vie, juste d’un peu de temps ». Et il aurait parachevé avec Aragon, qu’il avait aussi côtoyé, s’en étant fait un ami : « Au feu de ce qui est, brûle ce qui sera ». Donc, Philibert n’a pas bougé. Et les hommes du capitaine Roy en ont sauvé, des feuillets et des livres de mes foutues archives. Bourasseau, Hérault, Ragon convoqués J’ai mis un peu de temps à reprendre mes esprits, à remettre ma boussole d’aplomb. J’ai préféré relire, parmi les livres sauvés de cet incendie, Le rosé de Pissotte, de Jean-François Bourasseau, aujourd’hui conservateur du musée Clemenceau-De Lattre à …LachroniquedupèrePhilibert… Mouilleron-en-Pareds. C’est d’ailleurs un enfant du pays mouilleronnais qui est mon quatrième témoin à la barre. L’ami Bourasseau avait écrit ce roman po- pulaire en 1989 et avait d’ailleurs remporté un beau succès littéraire. L’homme aux moustaches de Ver- cingétorix racontait la cavalcade de ce vieux ga’s qui part en mobylette découvrir la mer et les vertus du « triathlon vendéen », en commençant par le meilleur rosé du monde : celui de Pissotte ! La mobylette ne roulait pas toujours droit. Ce livre fut édité par André-Hubert Hérault, de Maulévrier, celui-là même qui a reçu le premier Prix Gilbert-Prouteau au salon du livre de Saint-Gervais, ce que nous évoquons par ailleurs dans cette revue. Ce fut une période de tri, de lecture et de relec- ture, cet après-incendie, envoyant à la poubelle une poignée de feuilles de notes des années 90, classant précieusement les restes d’un journal de bord d’un voyage effectué en Afrique dont la moitié était cal- cinée, m’arrêtant sur 2 pages d’un livre qui sentait le roussi, ayant échappé au désastre de peu : La mé- moire des vaincus. Ce livre, je l’ai déjà écrit ici dans une chronique similaire, est un de mes préférés, dans mon top 5. Il m’a servi, jeune, de conscience politique. Mais l’anarchiste libertaire ne boit que de l’eau et ne fume pas. Obstacle de taille qui m’arrête dans cet idéal ! Surtout en cet après-incendie. Je n’ai donc pas convoqué Michel Ragon à la barre, mais lui adresse mon clin d’œil. Ta Mémoire des vaincus, l’anar vendéen, je l’ai lu trois fois, dont une fois en remontant du dernier au premier cha- pitre. I love you !
  28. 28. 28 Lire en Vendée - juillet 2015 - décembre 2015 …LachroniquedupèrePhilibert… Sophie Joublanska-Oudin, Ukrainienne, écrivain, journaliste, aventurière, romantique absolue La vie passionnée de la mère de Jacques Oudin Ce fut aussi durant cette période d’après brasier, que j’ai retrouvé, intact, le livre de Sophie Jablons- ka-Oudin, intitulé Mon enfance en Ukraine (Nou- velles éditions latines). Sous-titre : Souvenirs sur mon père. Sophie consigne les faits dans son village natal d’Ukraine avec une minutie d’ethnologue, resti- tuant jusqu’à son humour de la jeune fille effron- tée qu’elle a du être… On doit aussi à la mère de Jacques Oudin, mon cinquième témoin à la barre, l’année ensorcelée, Le charme du Maroc, les horizons lointains… Plusieurs de ses livres ont été traduits en ukrainien ces dernières années, d’autres sont en cours de l’être. Ce fut certainement une femme ex- traordinaire, et Jacques Oudin, l’emblématique élu de Noirmoutier, qui fut sénateur et conseiller géné- ral, qui a passé la main cette année à l’âge de 76 ans, déclarait en avril dans Ouest-France, que sa mère avait été « le personnage central de mon enfance ». Née en Ukraine, Sophie Jablonska avait connu la Première Guerre mondiale, la Révolution d’Oc- tobre 1917, la guerre civile puis la famine qui s’en- suivirent… Jacques : « elle aurait dû mourir dix fois ». Finalement, avec son père qui lui a sauvé la vie à deux reprises, elle prendra le chemin de l’exil. Tous deux débarquent en France au milieu des an- nées 1920, sans connaître un mot de Français ! Et pourtant, cinq ans plus tard, après avoir posé pour Soutine, elle partait comme reporter-journaliste au Maroc, puis en Chine et en Indochine, maîtrisant la langue de Molière, avec un accent slave à la El- vire Popesco. Jacques Oudin naîtra en 1939, sur un vapeur, en mer de Chine. Le romantisme absolu… Juste un extrait de son livre Mon enfance en Ukraine, quand son père (le grand-père de Jacques Oudin, qui était prêtre orthodoxe en Ukraine), s’éteint le 18 juin 1966 : « Mon père est mort, dans l’indifférence quasi générale. Orgueilleux, bien que philanthrope, il fut haï par beaucoup. Je suis sa fille fidèle, créée à son image. Que je le veuille ou non, ouvertement ou en cachette, je porte en moi son âme. Je la porte depuis mon berceau et je la porterai jusqu’au jour où se fermera le couvercle de mon cer- cueil. Que je le veuille ou non, je lui ressemble : im- mensément capable, parfois même héroïque, mais aussi détestée, réputée invivable ». Cette héroïne de roman ne se faisait aucune concession. Elle devait disparaître en 1971, dans un accident de voiture, entre Paris et Noirmoutier, l’île aux mimosas qui était devenue sa patrie et celle de son fils, après l’Indochine, dont ils étaient revenus en 1950. Ce livre, je l’ai donné à Jacques Oudin, ému comme un enfant : « Je n’en avais même plus un exemplaire ». Mais « on ne meurt pas, on disparaît », disait Florence Artaud, que j’avais rencontrée en Vendée en 1990, lors de l’arrivée du premier Vendée Globe. J’ai eu une belle histoire d’amour avec cette louve des mers, une histoire qui a duré… 45 secondes ! La vitesse à laquelle je bois mon verre de rouge. Je l’ai écrite dans une nouvelle de mon premier recueil, Parti sans laisser d’adresse (Petit Pavé, 2006). Je ne sais pas pourquoi je vous dis ça, mais ce qui est sûr, c’est qu’un incendie est une épreuve qui retourne les sens et l’âme. Et encore, je ne vous ai pas évoqué Les vieux de la vieille, ni Un singe en hiver, ni Pierre Desproges (marié à une Mourain de Challans, l’humouriste eut cette répartie : « je n’ai jamais abusé du vin, il a toujours été consentant ») ni l’album des Vins de Vendée, de Jean Hugu-hic !... Jean Huguet le Chau- mois, mort voilà bientôt 10 ans, en 2006. Mais je vous remercie d’avoir lu ma thérapie à cet incendie. À tché fêtes ! Philippe Gilbert

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