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Table des matièresIntroduction ..............................................................................................
III -  L’éloge du sens.......................................................................................................
Introduction        Limage a acquis un statut privilégié dans notre société. Les moyens de sa diffusion etde sa consommati...
dénonçant les photomontages comme ceux des pays communistes qui sont restés célèbres.Ensuite, Chris Marker dans son court ...
des personnes, médiatisé par des images » 5 qui éloignent de la vraie vie. En effet, il est vraique l’image ne peut être i...
chaque fois elle pleurait. » 7 De plus, la photographie et les moyens modernesdenregistrement ont conféré à limage un rôle...
I - La simplicitéAvant même de parler de simplicité, il me semble important de rappeler quelques définitionsissues du dict...
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n’aimons pas laisser filer. Il affirme « Personne n’aime souffrir de la frustration liée àl’attente. Les consommateurs et ...
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3.2     une grande histoire d’architectureLa simplicité occupe une place très importante dans le domaine de l’architecture...
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II -    Pas si simple !          1      Les risques de simplifierLa simplicité s’avère paradoxalement une opération délica...
qu’elle peut faciliter une communication directe mais elle peut aussi détruire ou corrompredes renseignements. » 17       ...
Naturellement, nous avons tendance à en garder toujours plus, nous n’aimons pas supprimerles choses. Réduire n’est donc pa...
Google. C’est pour cela que John Maeda expliquer que « Plus semble moins si on s’en tientéloigné, très éloigné. » Don Norm...
2     Et la complexité dans tout ça           2.1     simplicité et complexité: les opposés s’attirentLa simplicité sans l...
style qui naît au XVIe siècle en Italie à Rome et se repend rapidement dans toute l’Europe. Iltouche tous les domaines art...
3.1     deux termes à ne pas confondre« Complexité : Qui se compose d’éléments différents, combinés d’une manière qui n’es...
philosophique introduit par Edgar Morin datant de 1982 qui exprime un peu cette idée de lamême manière. Le terme de comple...
III - L’éloge du sens           1      Un bon graphiste est un graphiste respectueux           1.1      produire par néces...
viralement « au niveau mondial ». Une succession d’affiche se suivent rapidement les unesaprès les autres de manière à exp...
dire que la loi était mal appliquée. » Le Conseil de Paris a lui aussi décidé de réagir et adécidé de réduire cette pollut...
concernant l’installation du nouveau principe d’affiches via les ecrans LCD, il est prévul’installation d’un dispositif qu...
influencent, et il faut s’en méfier puisqu’elles ne sont pas toutes jolies à voir etparticulièrement pour prendre exemple ...
ConclusionCe mémoire avait pour but de s’interroger sur la simplicité comme moyen de communication.En me penchant sur « la...
beautés artificielles et parfois mensongères. Les graphistes et – plus particulièrement – lespublicitaires devraient essay...
Bibliographie-   Hors  champs  [En  ligne],  EMOND  Bernard,  Lettre  aux  jeunes  gens  qui  me     demandent  comment  d...
Annexes          Affiches pour le théâtre Athénée saison 2009-2010, Malte Martin                                          ...
« Logographie France », Florent Guerlain, 2009                                            36
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« Poster Series of TV Shows »,        Albert Exergiant, 2009                       38
« Affiche jeux olympique Tokyo », Yasuku Kamekura , 1964                                                      39
Le logotype « MUJI » et des produits types de la marque                                                    40
De haut en bas : L’Ipad d’Apple et l’Ipod Suffle d’Apple                                                     41
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Mémoire "La simplicité peut-elle nous aider a "mieux" communiquer?"

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Ce mémoire a été écrit lors de mon Bachelor Européen Graphisme en juillet 2010.

Ce mémoire a pour but de s’interroger sur la simplicité comme moyen de communication. À la cohue générale, l’atout de la simplicité ne pourrait-il pas redonner aux images la parole? La simplicité peut-elle nous aider à « mieux » communiquer ?

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Mémoire "La simplicité peut-elle nous aider a "mieux" communiquer?"

  1. 1. CNA CEFAG SESSION DE JUILLET 2010Bagnolet La simplicité peut-elle nous aider à « mieux » communiquer ? * Mémoire en Bachelor Européen Graphic Design Présenté par Elodie JAEGER
  2. 2. Je tiens à remercier Gilles Juan pour ses conseils avisés, le temps qu’il m’a accordé, ainsi que ses références toutes plus intéressantes les unes que les autres.Une pensée particulière est adressée aux personnes qui ont pris le temps de lire et re-lire ce mémoire et qui ont ainsi contribué aux multiples corrections apportées à ce dernier, Arnaud Rubio, Charles Jaeger et Lucile Bonnaud. 2
  3. 3. Table des matièresIntroduction ................................................................................................................................ 5I -  La simplicité .................................................................................................................... 9  1  Un besoin......................................................................................................................... 9  1.1  quelque chose de naturel .......................................................................................... 9  1.2  un reflexe face au surplus ...................................................................................... 11  2  Réduire, synthétiser pour « plus » ................................................................................. 12  2.1  une mise en valeur de l’essentiel ........................................................................... 12  2.2  un gain de temps .................................................................................................... 13  2.3  engager le spectateur .............................................................................................. 14  3  Un esthétisme séduisant ................................................................................................ 16  3.1  un art bien maitrisé par les Japonais ...................................................................... 16  3.2  une grande histoire d’architecture .......................................................................... 17  3.3  le design suisse ....................................................................................................... 17II -  Pas si simple ! ................................................................................................................ 19  1  Les risques de simplifier ............................................................................................... 19  1.1  perdre des éléments essentiels ............................................................................... 19  1.2  tomber dans le simplisme....................................................................................... 20  1.3  la simplicité reflet de « pauvreté » ......................................................................... 21  1.4  perdre le contrôle ................................................................................................... 22  2  Et la complexité dans tout ça......................................................................................... 23  2.1  simplicité et complexité: les opposés s’attirent ..................................................... 23  2.2  la complexité comme moyen d’expression ............................................................ 23  3  « Complexe » et « chaos » ............................................................................................ 24  3.1  deux termes à ne pas confondre ............................................................................. 25  3.2  organiser la complexité préserve l’information ..................................................... 25 3
  4. 4. III -  L’éloge du sens.............................................................................................................. 27  1  Un bon graphiste est un graphiste respectueux ............................................................. 27  1.1  produire par nécessité ............................................................................................ 27  1.2  investir sans gêne ................................................................................................... 28  1.3  ne pas sous-estimer son public ............................................................................... 29  2  Un graphiste sait se servir de ces outils......................................................................... 30  2.1  les images & les signes parlent .............................................................................. 30  2.2  les couleurs aussi.................................................................................................... 31Conclusion ................................................................................................................................ 32Bibliographie ............................................................................................................................ 34Annexes .................................................................................................................................... 35  4
  5. 5. Introduction Limage a acquis un statut privilégié dans notre société. Les moyens de sa diffusion etde sa consommation nont d’ailleurs jamais été aussi nombreux. C’est un fait, nous sommesdans une « société de l’image » – terme d’ailleurs énormément utilisé à l’heure actuelle. Uneprolifération visuelle incontrôlable a complètement envahi notre quotidien, nos espacespublics comme privés. « Il y trop d’images. » comme le dit si justement le cinéaste BernardEmond « Chaque jour, nous sommes submergés par une quantité monstrueuse d’imagesgrossières, menteuses, nuisibles publicités imbéciles – ou pire : intelligentes –, émissions detélévisions stupides et racoleuses, « documentaires » voyeurs, photographies et journauxd’une invraisemblable vulgarité. L’espace public et privé est envahi par des images quivendent et se vendent, l’un étant indissociable de l’autre. » 1 Trop de variété. Trop dereproduction. Trop de signe. Le trop–plein est palpable.Plusieurs auteurs ont, depuis la fin des années 60, formulé une critique radicale du rôle delimage dans les sociétés contemporaines. Partant dune critique de la consommation, lesociologue Jean Baudrillard a progressivement radicalisé son constat sur limage. Ce que lonremarque, cest la mort du réel et louverture dune ère de simulation, qui signe la « mise àmort de toute référence. » 2 Limage a proliféré et sest autonomisée, elle a fini par ne plusrenvoyer à un quelconque réel, ne signifiant plus rien. Plus on avance dans lorgie de limage,moins on y croit. Lors du 15eme festival Visa pour l’image à Perpignan il déclara « C’est sefaire beaucoup d’illusions que de croire que les images peuvent témoigner de la réalité. […]Elles sont devenues trop familières pour nous toucher. Nous sommes accoutumés. Il nous enfaut toujours plus. La prolifération des images est telle qu’on a franchi un seuil critique quiinterdit un décodage véritable. » 3 Et pourtant, au XXe siècle jamais la crédibilité de l’imagen’aurait pu être mise en doute. Puisqu’en effet, ce siècle restera comme celui de l’informationet de l’image, la seconde donnant à la première la force et le crédit qui manquaient pourtoucher le plus grand nombre. Si on pouvait opposer d’autres mots aux mots, on ne pouvaitrien opposer à l’image. L’image restait dans les mentalités un témoin de la réalité qui n’étaitpas négociable, une part de vérité qui faisait dire aux sociologues, qu’une information sansimage n’existait pas. Quoi de plus vrai que ce que lon a vu de ses propres yeux ? Ce n’est quedans la seconde moitié du siècle qu’on remarqua le côté falsificateur des images. D’abord, en1  EMOND, Bernard, « Lettre aux jeunes gens qui me demandent comment devenir réalisateur », 2006 2 BAUDRILLART Jean, « La société de consommation », Gallimard, 1996 3 BAUDRILLART Jean, Interview à l’occasion du 15eme festival Visa pour l’image, Le Monde, 2008 5
  6. 6. dénonçant les photomontages comme ceux des pays communistes qui sont restés célèbres.Ensuite, Chris Marker dans son court métrage Lettre de Sibérie (1958) montra comment lesmêmes images pouvaient se prêter à des interprétations totalement contradictoires selon lepoint de vue qu’on adoptait, le traitement qu’on faisait subir à ce matériau visuel brut, lecommentaire qui l’accompagnait ou encore le fond sonore sur lequel on le faisait défiler. Dansle même état d’esprit, l’effet Koulechov – appelé aussi effet-K – désigne la propension d’uneimage à influer sur le sens des images qui l’entourent. Pour mettre en évidence cela, lethéoricien Lev Koulechov réalisa une expérience. Il fit trois tirages d’une même photo : ungros plan de l’acteur russe Mosjoukine inexpressif auquel il fit précéder trois imagesdifférentes : une assiette à soupe, un cadavre dans un cercueil et une femme allongée dans uncanapé. Interrogés après le visionnage de chaque séquence, les spectateurs devaientcaractériser le sentiment exprimé par lacteur. Dans le premier cas, les spectateurs croyaientpercevoir la faim, dans le second, la tristesse et dans le dernier le désir. L’effet Koulechovdémontre que les images prennent leur sens les unes par rapport aux autres. C’est ainsi quel’image transita lentement de vérité universelle à interprétation possible donc subjective.Rapidement, les graphistes et publicitaires prirent conscience du pouvoir manipulateur del’image. « Là où il y a de limage, il y a du désir et de lamour », affirmait Hugues de Saint-Victor. La publicité fonctionne largement sur ce principe et permet de vérifier à quel pointlimage est un objet de désir : la pulsion acheteuse, aujourdhui, saccroche en grande partieaux images. En 2002, Rick Poynor dévoile avec violence et ironie une vérité à la foisambigüe, dérangeante et inquiétante, dans « La loi du plus fort. La société de l’image ». Àtravers ces 36 essais, il commente la place qu’a prit l’image dans notre société à travers legraphisme la publicité en passant par la photographie et l’art. « L’image a tellement envahinos vies que nous ne reconnaissons même plus ces innombrables astuces pour nous séduire,nous cajoler, nous déranger et nous exciter. C’est tout à fait naturel. Les choses sont ainsi. » 4On assiste à une « guerre de l’image » ouverte où celui qui parlera le plus fort gagnera. Etcela, à travers divers moyens : le traitement graphique, la tactique utilisé pour toucher lespectateur, ou encore l’envergure de la campagne – affiches placardées dix fois dans une seulestation de métro. C’est malheureux, mais les images ne nous parlent plus, elles sont bien tropoccupées à l’heure actuelle à se chamailler entre elles. D’après Guy Debord, la société estdésormais vouée au culte de la marchandise et de la consommation triomphante. Dans sonœuvre majeur « La société du spectacle », cette société se fonde sur « un rapport social entre4 POYNOR Rick, « La société de l’image », Pyramyd, 2002 6
  7. 7. des personnes, médiatisé par des images » 5 qui éloignent de la vraie vie. En effet, il est vraique l’image ne peut être inévitablement qu’une représentation, une imitation, un fragment devérité tout au mieux du réel. « […] l’image est analogique : elle fonctionne par ressemblanceavec l’objet représenté. » 6 Lurbaniste et philosophe Paul Virilio intègre, lui, limage dans lecadre dune « dromologie » cest-à-dire science de la vitesse. Il montre que nous vivons dansune civilisation de loptique, où limage participe à une tyrannie du temps réel, delimmédiateté, de lubiquité. C’est certain, pour communiquer plus facilement et surtout plusrapidement, l’image semble supérieure au texte. « […] on le voit tous les jours : lesmagazines illustrés se vendent plus facilement que les magazines de texte. »6 Entre limage etlécriture, une longue histoire de rivalité existe, qui aujourdhui ne fait que grandir.Cependant, il ne faut pas non plus trop blâmer l’image puisque c’est indéniable, elle a saplace dans notre société tant elle nous apporte. Le philosophe Daniel Bougnoux exprime cette« nécessité » de l’image dans un article au titre parlant « Il ne faut pas avoir peur desimages » : « […] tant de choses ne passent que dans limage : si je veux reconnaîtrequelquun, connaître un pays avant dy aller, rien ne vaut une bonne photo plutôt quunelongue description. » 6 Plus vite et plus fort quun long discours, limage parle. Il y a 50 ans àpeine, la bande dessinée était fortement critiquée, rejetée par de nombreux éducateurs etparents. On lui reprochait de prendre la place de l’écrit et d’offrir des narrations plus pauvres.Maintenant on s’aperçoit que la bande dessinée et, plus globalement l’image, est un très bonoutil pédagogique. D’ailleurs, Daniel Bougnoux soutiens l’importance de l’image et plusprécisément de la bande dessinée dans le domaine scolaire : « Non seulement elles nous ontéduqué, mais elles suscitent autour delles une intense communication : Tintin a beaucoup faitparler de lui dans les préaux décole, et la « tintinologie » senseigne aujourdhui àluniversité. […] Les programmes, les manuels, incitent à l’exploitation de l’image et lesélèves y sont sensibles. » La « force » de l’image tient aussi au fait qu’elle soit perçuesynthétiquement. Elle éveille nos affects, suscite nos émotions. Dailleurs Plutarque y faitallusion dans la « Vie de Brutus », quand il raconte le moment où Porcia son épouse, doit êtreséparée de lui: « Elle sefforçait de cacher lextrême douleur quelle ressentait, mais en dépitde tout son courage, un tableau lamena à se trahir ; le sujet était tiré de la littératuregrecque ; Hector était reconduit par Andromaque qui recevait de ses mains leur petit enfantet avait les yeux fixés sur son mari. La vue de cette peinture qui rappelait à Porcia sonmalheur, la fit fondre en larmes, elle alla la regarder à plusieurs reprises dans la journée et5 DEBORD Guy, « La société du spectacle », Gallimard, 1996 6 BOUGNOUX Daniel, Sciences Humaines Hors-Série N°43, Déc2003/Jan Fév2004 7
  8. 8. chaque fois elle pleurait. » 7 De plus, la photographie et les moyens modernesdenregistrement ont conféré à limage un rôle non seulement de conservation mais aussidinvestigation dans les sciences de la nature, permettant bien souvent de donner à voirlinvisible, grâce aux capacités dobservations de certaines machines bien supérieures à cellede lœil humain. À la suite de cela, on remarque que ce qu’il faut blâmer ce n’est pas l’imageelle-même mais la répétition des mêmes signes sans signifiant, le matraquage publicitaire.Intoxiqués de se faire « shampooiner » le cerveau à longueur de journée on a choisi de seméfier de l’image. Peu à peu, on s’est fait à l’idée que, dans un monde envahi d’imageschargées, la simplicité pouvait être un gage d’authenticité. Et à l’inverse, que ce qui était tropchargé était forcément suspect. À la cohue générale, l’atout de la simplicité ne pourrait-il pas redonner aux images laparole? La simplicité peut-elle nous aider à « mieux » communiquer ?Dans un premier temps nous étudierons les différentes raisons qui témoignent que lasimplicité est un atout majeur dans notre société. Pourquoi avons-nous tant besoin desimplicité à l’heure actuelle? Quelles sont les points forts de cette utilisation ? Par la suite,nous verrons que paradoxalement ce n’est pas si simple de simplifier. Nous étudierons lesdérives qu’engendre son utilisation excessive ou sa mauvaise utilisation. Ensuite, en étudiantle contraire de la simplicité : la complexité, nous en déduirons que la simplicité au delà d’êtreun bon moyen de communication ne peut vivre sans la complexité et ainsi avoir le monopoledans le domaine de la communication. Ce constat fera naître la dissociation entre« complexité » et « chaos » qui mettra en évidence l’importance majeur d’une « bonne »communication : l’organisation. À la suite de tout cela, il m’est apparut essentiel que lasimplicité possédait des « lignes de conduites » qui dans notre société peuvent nous être utilepour « mieux » communiquer. En effet, la simplicité se démarque de nos jours fortementpuisqu’elle n’agresse pas, elle est respectueuse. D’après mes constats, j’ai donc décidé dansma troisième partie de soulever des sujets plus ciblées, tel que la production nécessaire, ouencore la communication respectueuse envers le public et l’environnement.7 PLUTARQUE, « La vie de Brutus, premier consul de Rome », 1730 8
  9. 9. I - La simplicitéAvant même de parler de simplicité, il me semble important de rappeler quelques définitionsissues du dictionnaire – Larousse 2003 – pour qu’il n’y ait pas de confusion entre lesdifférents termes abordés dans ce mémoire.« Simplicité : Qui suffit à soi seul, qui n’a besoin de rien d’autre pour produire l’effetattendu. Qui est constitué d’un petit nombre d’éléments qui s’organisent de manière claire. »La simplicité s’oppose à la complexité.« Simpliste : D’une simplicité exagérée, qui ne considère qu’un aspect des choses. » Quelquechose de simpliste est incomplet, il y a un manque, un oublie volontaire ou involontaire.« Minimaliste : Recherche de solutions requérant le minimum de moyens. » Le minimalismeest aussi un mouvement artistique où les formes sont simplifiées à l’extrême et les élémentsorchestrés dans la simplicité la plus radicale.Après lecture de ces quelques définitions, nous pouvons déjà constater qu’il ne faut pasconfondre le terme « simple », qui exprime le dépouillement de tout superflu avec le terme« simpliste », qui exprime le fait de donner une vision incomplète des choses.Plus discret et moins tape à l’œil, nous avons confiance dans la simplicité. Mais pourquoi luiaccordons-nous plus d’attention et de crédibilité? Dans cette première partie nous analyseronsles différents points forts de la simplicité. 1 Un besoin 1.1 quelque chose de naturelLa réponse la plus « simple » serait que nous en avons naturellement besoin! John Maedaauteur « De la simplicité » commence d’ailleurs son ouvrage par cette phrase « La simplicitéc’est sain. » 8 Il y a dans le culte du « moins » quelque chose de rigoureux, de rationnel et deserein. Econome de ses moyens, il serait ascétique. La Gestalt – psychologie de la forme – aobservé à travers la loi de Prägnanz que notre cerveau recherche toujours la simplicité.Lorsque des choses se présentent à nous de façon ambigüe de sorte qu’elles peuvent êtreinterprétées de différentes manières, notre cerveau choisira toujours l’interprétation la plus8 MAEDA John, « De la simplicité », Payot & Rivages, 2009 9
  10. 10. simple. Ainsi, de façon naturel, un tout, un ensemble est perçu avant les parties le formant.L’exemple le plus évocateur est celui du smileys ☺ ce n’est qu’une succession de caractèresspéciaux qui n’a aucun sens et ne fait référence à aucune règle. Pourtant naturellement nous leregardons dans sa globalité pour l’identifier et ensuite seulement dans un second tempsremarquons de quoi il est constitué. John Maeda, à travers la Gestalt changeante de l’IpodApple, montre à quel point de petits changements d’organisation peuvent créer de grandesdifférences dans le design. Il confronte les trois designs des touches de commandes de l’Ipod :« De gauche à droite, nous pouvons lire les étapes de l’évolution de l’Ipod ainsi : simple audépart, puis plus complexe, et enfin aussi simple que possible. […] la troisième phase descommandes de l’Ipod suscite le désir, parce qu’elle estompe toutes les commandes pourarriver à une seule image simple. » Apple en créant un tout constitué d’un ensemble departies organise de façon à ce que notre cerveau soit le plus réceptif. En généralisant unensemble complexe, nous simplifions. Ce comportement peut aussi bien être expliqué parnotre cerveau reptilien qui gère notre « instinct de survie ». Nous avons besoin d’identifier leplus rapidement possible ce qui nous entoure pour y distinguer un éventuel danger. Imaginezle temps qu’il nous faudrait à identifier une pelouse si nous devions pour cela voir chaque brind’herbe individuellement. Cet exemple peut sembler un peu farouche mais pourtant nouspensons ainsi. John Maeda résume –de façon peu être un peu brutal – que nous sommes des« […] des animaux organisationnels. Nous ne pouvons nous empêcher de regrouper ce quenous voyons. »En fait, simplifier un design soulage l’effort cognitif de l’observateur, d’une certaine manièreon facilite le travail de réflexion. Car naturellement, le cerveau aime que d’une certaine façonon lui mâche le travaille. 10
  11. 11. 1.2 un reflexe face au surplusLa simplicité c’est aussi une réponse face aux communications qui chargent actuellementnotre quotidien. Elle apparait comme un coup de balai dans les oripeaux d’une société quicroule sous ses propres excès. Graphiste et plasticien, Malte Martin prend le parti pris des’opposer à la tendance actuelle de surenchère des images et des couleurs avec son procédé de« basse tension ». Il entend proposer des signes qui « parlent moins fort » que les signescommerciaux et le mobilier urbain. Il le dit lui-même lors d’une conférence donné à laSorbonne «La société du spectacle produit une course effrénée menant à une surenchère designes. Le clignotement permanent et généralisé des enseignes est le symbole de lamarchandisation du monde. Je n’ai pas les moyens de crier plus fort et je n’ai pas envie derajouter du bruit au bruit, de la couleur à la couleur. » 9 La « basse tension » c’est en quelquesorte parler moins fort que les autres personnes qui crient atour de vous afin d’attirerl’attention. Dans son travail pour le théâtre Athénée, il propose des affiches au graphismecalme et sans fioriture mêlant des jeux typographiques aux signes. « Les mots, le contrastetypographique, le noir et blanc, et souvent la matière du papier, sont les ingrédients de mestentatives de ralentissement du monde. Il s’agit paradoxalement de gagner en force ensusurrant, et d’envoyer de temps en temps des éclats de mots dans la ville « avec excès, prèsde leur déchirure. » Même si le traitement graphique de Malte Martin est très épuré, sobre etminimaliste, il n’en reste pas moins fort, et son impact visuel puissant. Puisque attention, il nefaut pas croire que la simplicité doit être « discrète » ou « petite », la preuve le graphisme deMalte Martin est affirmé, ces signes graphiques occupent toute la surface... Un jeune graphistefrançais, Florent Guerlain a eu le projet ambitieux de concevoir une identité visuellemodulable pour la France qu’il appellera « Logographie France », « Logo » comme logotypeet « Graphie » pour graphisme. Du bleu, du blanc, du rouge et des formes géométriques, àpeine plus ! L’objectif est de créer une identité visuelle globale pour la France d’unemodularité extrême. Une charte pour répondre une bonne fois pour toute au désastregraphique causé par l’infinie alternance gauche /droite au sein des institutions qui remetquasi-systématiquement en cause la marque graphique du prédécesseur pour mieux marquerson territoire. Ce début de « charte graphique » –très réussie – tente de répondre à l’actuellecréation d’images multiples des différentes institutions publiques et ministères qui produisenten continu un patchwork graphique des plus monstrueux et des plus coûteux.9 MALTE Martin, conférence du 06 février 2007 à la Sorbonne 11
  12. 12. La simplicité c’est en quelque sorte « une bouffée d’air frais » qui vient au milieu d’une cohuegraphique apporter un peu de tranquillité. 2 Réduire, synthétiser pour « plus » 2.1 une mise en valeur de l’essentiel 1.1.1 cibler sur l’informationLa simplicité permet de mettre en valeur certains éléments. « Less is more » – trad : « Moinsest plus ». Le plus célèbre de tous les « éloges du moins » a été fait par un architecte. Et pasdes moindres : au milieu du XXe siècle, Mies van der Rohe symbolisait l’attrait des bâtisseurspour le minimalisme. Cette formule signifie que moins vous mettez d’éléments, plus ceux quirestent sont mis en valeur. En effet, les éléments d’une composition rentrent en compétitionsles uns par rapport aux autres et cela génère ce qu’on appel du « bruit visuel ». Moins il y ade « compétiteurs » en liste, plus ceux qui restent ont la chance de gagner l’attention duspectateur. Le dessinateur de bande dessiné Scott McCloud exprime très bien cela dans sonlivre « L’art de l’invisible » ou il affirme en parlant du dessin humoristique « Quand nousfaisons tendre une image vers l’abstraction, nous éliminons des détails mais par contre nousen mettons d’autres en valeurs. En épurant une image pour n’en garder que sa significationessentielle, le dessinateur amplifie cette signification… » 10 Récemment, des créationsd’affiches ont prouvés qu’avec très peu d’élément ont pouvait résumer facilement un contenu.« Poster Series of TV Shows » est un formidable travail graphique conçut par le directeurartistique Albert Exergiant. Une série de posters minimaliste, représentant par des symbolessimples, les séries TV les plus populaires dans le monde. Avec cette collection de quaranteaffiches, Albert Exergian propose de redécouvrir les séries sous un nouvel angle, avec dessymboles simples mais fort de sens. Le résultat est tellement convaincant quil est facile dedécouvrir les séries qui se cachent derrière chaque affiche. En réduisant le nombre d’élémenton focalise le spectateur sur l’essentiel et ainsi l’information n’en ai que plus lisible. 1.1.2 délivrer de l’émotion« Le peintre et l’empereur » est un conte Zen qui amène la simplicité de manière trèsintéressante dans un contexte fantastique et sensible. Ce conte relate l’histoire d’un empereurqui commanda à un peintre une fresque pour ses nouveaux appartements. Il demanda « qu’il ysoit représenté deux dragons, l’un bleu et l’autre jaune, symbole des deux énergies10 McCLOUD Martin, « L’art de l’invisible », Delcourt, 2007s 12
  13. 13. primordiales dont l’union engendre l’harmonie céleste. » 11 Le temps passa, à tel point quel’empereur en oublia sa commande passée. « Il découvrit alors avec stupéfaction deux espècesde zigzags grossièrement esquissés, lun bleu et lautre jaune. Cela ressemblait vaguement àdeux calligraphies ! » Furieux du résultat, qui avait demandé tant d’argent et tant de temps iljeta le peintre en prison. Il dût pourtant se résigner la première nuit à dormir devant cettefresque qu’il avait malheureusement demandé à être devant son lit. « Au plus profond de lanuit, des rugissements réveillèrent le maître de la Chine. Celui-ci se tourna vers la fresque et,dans la pièce tout embrasée par un clair de lune, il crut voir deux éclairs, pareils à desdragons, lun bleu et lautre jaune. Ils saffrontaient, senlaçaient, se repoussaient,échangeaient leurs places en une danse infinie. » Le lendemain, l’empereur alla demander desexplications au peintre. Ce dernier, l’emmena dans sa caverne là ou il effectuait sesrecherches pour lui donner des réponses. « Sur les parois, tout près de lentrée, étaient peintsdes dragons bleus et jaunes comme lempereur les avait tant espérés, avec tous les détails lesplus réalistes, les écailles luisantes, les griffes acérées, les naseaux fumants... Mais à mesureque la torche senfonçait dans les profondeurs, elle réveillait des images de plus en plusépurées pour aboutir à de simples lignes de force. Il ne resta plus à la fin que lessencevibrante des dragons, les énergies primordiales figurées par les mêmes traits de couleurs queceux tracés sur la fresque. » Ce conte Zen met en évidence que pour délivrer une émotion iln’est pas obligatoire d’être proche du réalisme. À l’inverse, c’est souvent le superflu, les petitsdétails, qui cachent des choses beaucoup plus profondes.Simplifier un design – par élimination – permet de mettre l’accent sur certains élémentsconsidérés comme essentiels. Si on ne voit que les éléments primordiaux par ce que les autreséléments sont tout simplement absents, notre attention n’a d’autre choix que de se focalisersur ceux qui existent, c’est à dire l’essentiel. Synthétiser/réduire s’avère être un très bonmoyen de mettre en valeur de l’information mais aussi dans certain cas aussi de délivrer del’émotion. 2.2 un gain de tempsLa simplicité nous fait gagner du temps. Et dans un monde où tout va plus vite, où le tempsdisponible devient de plus en plus précieux, gagner du temps est primordial. Pourtantinévitablement nous passons beaucoup de temps à attendre et pour beaucoup de choses :attendre qu’une page internet charge, attendre que l’eau boue, attendre son repas aurestaurant, attendre un examen… John Maeda aborde cette notion, du temps que nous11 YEIAZEL, « Le peintre et l’empereur » 13
  14. 14. n’aimons pas laisser filer. Il affirme « Personne n’aime souffrir de la frustration liée àl’attente. Les consommateurs et les entreprises essaient tous de trouver l’option la plus rapideou tout autre moyen de réduire cette frustration. » Et c’est ainsi que les Fast Food peuvent sevanter de ne pas vous faire attendre votre repas, les Chronopost vous offre la possibilitéd’envoyer votre courrier plus rapidement, les avions vous proposent des vols direct pouréviter de vous faire perdre du temps en passant par de pénible escales… Quoi de plus simpleque de fais un vol Paris – New York lorsque l’on veut aller à New York en partant de Paris ?Et pourtant, « Un vol direct économise du temps par rapport à un trajet aveccorrespondances mais il coûte sensiblement plus cher. » En effet, la simplicité est devenue unformidable atout de vente. Et même plus impressionnant, la simplicité est devenue le sujetprincipal d’une publicité. Prenons l’exemple de la publicité qui passe actuellement pour lanouvelle Nissan Pixo : « Nouvelle Nisan Pixo, economique 103g de CO² par kilomètre, c’estsimple. Welcome to Simplicity. » Nissan joue sur le côté conviviale, la publicité pour une foisne cherche pas a en dire trop pour coller à son message. Revenons à notre gain de temps. JohnMaeda nous parle dans son livre de l’Ipod Suffle lancé par Apple, qui diffère des autres Ipodayant la particularité de ne pas avoir d’écran. Son interface utilisateur est de ce fait largementsimplifiée. L’Ipod Suffle passe aléatoirement des musiques, la seule action possible est depasser la chanson. « Renoncer à la possibilité de choisir et laisser une machine le faire pourvous : voila une méthode radicale pour atténuer le temps passé à tripoter la molette. » LeShuffle part d’un bon principe même s’il faudrait qu’il sache selon notre humeur, notre enviece que l’on veut vraiment entendre. Amazon.com ou la Fnac.com ont très bien compris cela.Sur ces sites, on vous recommande des livres que vous serez susceptible d’aimer d’après unchoix de livre. Ce gain de temps astucieux est établi en fonction des préférences d’autrespersonnes dont le site juge que vous avez le même profil que vous. D’ailleurs Internet restel’exemple le plus éloquent, c’est un lieu d’abondance ou l’internaute doit trier et faire deschoix parmi une multitude d’informations pour trouver ce qu’il cherche. De même que plusun site sera simple, plus il sera claire, et plus rapidement l’internaute trouvera ce qu’ilcherche. Ainsi, les choses simples, claires nous donneront la satisfaction de ne pas avoir perdunotre temps. Mais pourquoi ne pourrait-on pas apprécier la lenteur ? Est-ce une réactioninhérente de notre volonté ? 2.3 engager le spectateurLa simplicité est aussi un moyen d’engager le spectateur. Dans l’art Zen – on peut d’ailleursse remémorer le conte « Le peintre et l’empereur » –, les Japonais pensent que si tout est 14
  15. 15. exprimé, l’intérêt de l’observateur disparaît. En décrivant les choses de manière la plusdépouillée possible, on réduit leur description au strict minimum. Cela permet d’éveillerl’intérêt et l’imagination de l’observateur en lui laissant une marge d’interprétations. Bien desfois, l’image révèle trop de choses, ne permettant pas à l’observateur de se projeter. Dansl’introduction nous avions déjà comparé les mots aux images. Les mots ont tendance à nouslaisser imaginer des représentations à défaut d’avoir une image. Prenons par exemple lesromans adaptés au cinéma – Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux… Combien de personnevous ont dit après avoir vu un film adapté d’un livre : « Je préfère largement le livre.» « Lesacteurs sont mal choisi.» « Je n’imaginais pas du tout cette scène comme ça. » C’est évident,à travers un livre, aussi bien détaillé soi-t-il, il y aura toujours notre propre interprétationd’après les mots. Les mots nous laissent une part de liberté, tandis que l’image et surtoutl’audiovisuel figent, et nous donne immédiatement à voir une représentation de la réalité.C’est d’ailleurs pour cela que les publicités qui utilisent la technique du teasing – ou del’aguichage – fonctionnent très bien. Le teasing ne peut dire d’où il provient. Pas de signature,pas de moyen d’identification de la marque, seulement une énigme, une question, une petitephrase amusante ou quelque chose de totalement incompréhensible. Peu importe, tant que leconsommateur n’ait qu’une seule envie : celle d’aller voir de l’autre côté de l’affiche, de lapage du journal, ou du spot télévisé pour découvrir de quoi il s’agit. La réponse arrive auprochain épisode, dans un laps de temps plus ou moins court. On se souvient tous de lapublicité anti-tabac « Maintenant vous savez » qui fonctionne en deux temps. Le premier spotvisuel est un micro trottoir où l’on présente aux gens cette information : « On a décelé dansun produit de grande consommation des traces d’ACIDE CYANHYDRIQUE, de MERCURE,d’ACETONE et d’AMMONIAC. » En réponse à cela, les gens pensent à des détergents, dupoison, des produits ménagés… Un peu plus tard un deuxième spot publicitaire donnera laréponse « Ce produit c’est la cigarette. » Le teasing fonctionne incroyablement bien parcequ’à la première étape nous n’avons pas de suite, de réponse. Cela suscite la curiosité. Tout nenous est pas donné. L’inconvénient du teasing est qu’il coûte plus cher qu’une publicitétraditionnelle – deux affiches, deux spots télévisuels… Mais n’oublions pas que dans levacarme publicitaire constant, une seconde d’attention de la part du consommateur n’a pas deprix. L’image suggérée est un bon moyen d’engager le spectateur et d’attirer son attention. 15
  16. 16. 3 Un esthétisme séduisant 3.1 un art bien maitrisé par les JaponaisLa simplicité est aussi une forme d’esthétisme très prisée par certaines cultures. L’ArtJaponais en est le meilleur exemple. Il faut néanmoins souligner que malgré les apparencesleur art est caractérisé par des oppositions esthétiques. Prenons par exemple deux œuvres de lamême période : le Palais de Katsura est un exercice de simplicité mettant l’accent sur lesmatériaux naturels et bruts alors que le Mausolée de Töshögu est une structure symétriquerigide recouverte sur chacune de ses surfaces visibles de gravures en relief colorées avec éclat.Mais l’art japonais reste néanmoins connu pour sa simplicité étant donné qu’il excelle dans cedomaine. C’est après la seconde guerre mondiale que les développements du design graphiquede manière général, en matière demballages, daffiches et de magazines, sinspirentvisiblement du graphisme japonais. Par la suite, les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 vontfournir aux graphistes japonais loccasion de démontrer leurs talents, et cest à partir de cettedate que se développa au Japon le mouvement moderne de design graphique, inspiré duconstructivisme européen. Les affiches de Yasuku Kamekura (1969), et notamment celle desJeux olympique de Tokyo, sont à travers des formes géométriques simples, sobres etdynamiques. L’art Japonais à cette philosophie d’apporter une attention toute particulière à lafinesse et la simplicité, aux choix de matériaux et au sens aigu du détail. Différents conceptsguident le design japonais actuel : kawaii – beau –, craft – l’artisanat –, kime – la finesse dugrain, la finition parfaite –, tezawari – sensations tactiles –, minimal – la beauté des formesdépouillées. Prenons par exemple la célèbre marque : Muji, qui est loin d’être anodine. Mujiest une enseigne de magasins japonais, née à Tokyo en 1980, appartenant à lentrepriseRyohin Keikaku. Le mot « Muji » veut littéralement dire « pas de marque, bon produit » –soit « de qualité sans marque ». D’ailleurs, Nick Currie affirme « Ici, en Occident, nous avonsenfin la chance de découvrir une marque qui repose sur labsence de stratégie demarque. » 12 Le succès de Muji est tel que de nos jours il possède des magasins et des pointsde ventes dans beaucoup de villes du monde entier et propose des articles allant des biensménagés aux jouets pour enfant, en passant par la papeterie et la vaisselle. Les produits toutcomme la communication visuelle de la « non marque », repose sur le concept du Shibui. Ils’agit d’une esthétique reposant sur la simplicité et l’inintrusivité. En effet, ce qui unitl’ensemble des produits de la marque tout comme son graphisme c’est l’absence de couleurset de détails inutiles.12 CURRIE Nick, The Moment, le blog du Style Magazine du New York Times, 2008 16
  17. 17. 3.2 une grande histoire d’architectureLa simplicité occupe une place très importante dans le domaine de l’architecture. L’artcistercien datant de 1098 est caractérisé par des bâtiments remarquables par la pureté de leurslignes, l’économie des matériaux et leurs simplicités. Toute moulure ou tout élément décoratifétait banni. Nous avons bien mentionné « art » cistercien mais cette expression repose sur unmalentendu. Les moines n’avaient aucune intention de faire de l’art, mais justement d’évacuerl’art de leurs églises. En réalité, les moines de XIIe siècle souhaitaient revenir à la pureté de larègle de Saint Benoît, fondée sur le renoncement, l’exigence, la pauvreté. Des constructeursont ainsi bâti une série de chef-d’œuvres sans le savoir ; leur quête uniquement spirituelle,n’était à aucun titre une recherche du beau. En 1134, lors dune réunion du Chapitre généralde lordre, Bernard de Clairvaux qui est au sommet de son influence, recommande « Lasimplicité dans toutes les expressions de lart. » 13 Dès lors, les cisterciens vont développer unart dépouillé et souvent monochrome. Des architectes comme Le Corbusier, Mies van derRohe ou encore Loos ont en commun avec les cisterciens cette haine de l’ornement quidistrait, cet idéal de pureté. Adolf Loos, architecte Viennois, fut un des précurseurs etthéoricien du « moins ». Son texte le plus célèbre mais aussi le plus incisif, « Ornement etcrime » fit scandale sûrement du fait que l’heure était à la surabondance de l’art nouveau, fortde ses couleurs luxuriantes et de ses rondeurs voluptueuses. « Dun combat de trente années,je suis sorti vainqueur. Jai libéré lhumanité de lornement superflu. "Ornement", ce futautrefois le qualificatif pour dire "beau". Cest aujourdhui, grâce au travail de toute ma vie,un qualificatif pour dire "dune valeur inférieure". » 14 L’Art nouveau lui semble refléterl’hypocrisie de la société de son temps. Il met ses idées en application, puisqu’il conçoit sonimmeuble de la Michaelerplatz à Vienne, surnommé « La maison sans sourcils » du fait queles fenêtres ne comportaient aucun ornement. Construite en 1910, on peut faire remarquer queLoos est peu être quelqu’un d’encore incompris mais qu’il a au moins le mérite d’avoirquarante ans d’avance sur son temps. 3.3 le design suisseLe style typographique international (ou style international), également connu sous le nom destyle suisse, est un courant du design graphique développé en Suisse dans les années 1950notamment par Armin Hofmann et Paul Rand. Il met laccent sur le dépouillement, la lisibilitéet lobjectivité. Le design Suisse a sût imposer l’Helvetica et la grille de composition dans le13 DE CLAIRVAUX Bernard, « L’essence du christianisme », Gallimard, 199214 LOOS Adolph, « Ornement & Crime », Rivages, 2003 17
  18. 18. but premier de nous aider à soustraire méthodiquement de nos compositions tout élémentsuperflu. La police Helvetica est créée en 1957 par Max Miedinger, elle a pour objectifd’atteindre l’harmonie optique la plus aboutie possible. Son tracé d’une grande neutralité luipermet de se prêter à tous les usages, si bien qu’elle est une des polices les plus utilisées dansle monde. Dans ce courant, la photographie est souvent en noir et blanc, elle est préférée auxillustrations dessinées. Les affiches sont une synthèse entre une « manière allemande » –monumentalité des représentations, sobriété des traits, contraste des couleurs – et une« manière à la française » – couleurs et fluidité des traits. Le design suisse répond aux besoinsnouveaux de la société de consommation de masse de laprès-guerre et le monde entier valadopter. Caractérisé par sa grande simplicité ont peut souligner que ce courant a encorebeaucoup d’influence de nos jours.Nous avons vu que la simplicité améliore la clarté d’un message ou d’une mise en page etfacilite l’effort cognitif de l’observateur tout en l’impliquant. La simplicité a donc beaucoupd’avantages et répond à un besoin naturel chez l’observateur. Mais, simplifier n’est pas unacte aisé. Nous évoquerons dans cette seconde partie les dérives de la simplicité. Et dans unsecond temps, nous pencherons sur son contraire la complexité. Puisque la simplicité semontre un si bon atout de communication, pourquoi aurait-on encore besoin de complexité ? 18
  19. 19. II - Pas si simple ! 1 Les risques de simplifierLa simplicité s’avère paradoxalement une opération délicate et ardue. Faire simple demanded’investir du temps et de l’énergie. Etrangement, faire simple ce n’est pas simple ! Puisquemal utilisée la simplicité peut faire des dégâts. 1.1 perdre des éléments essentielsAndy Rutledge dans son texte « Complexe Order Simple Chaos » compare l’action desimplifié à celle de faire de la chimie. « Il parait que simplifier est une action délicate. […]Tout comme avec la chimie, la simplification peut entraîner la réduction, la distillation. […]En outre, comme en chimie, si vous ne faîtes pas attention le résultat peut vous exploser auvisage. » 15 Le novlangue – Newsweek en anglais – langue officielle d’Océania, inventée parGeorge Orwell pour son roman « 1984 » en est un bon exemple. Cette langue a pour but derendre impossible l’expression des idées et à éviter toute formulation de critique envers l’Etaten appauvrissant le lexique et la syntaxe du vocabulaire. Le vocabulaire est réorganisé en troisclasses A, B et C : le A ne contient que les termes nécessaires au travail et à la vie, le B lestermes à des fins politiques et le C à des termes scientifiques et techniques. « Comparé aunotre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveauxmoyens de le réduire. » 16 L’idée fondamentale du novlangue est de supprimer toutes lesnuances d’une langue. Par exemple, si la langue possède le mot « bon », il est inutile qu’elleest aussi le mot « mauvais ». On crée le concept « mauvais » en ajoutant un préfixe marquantla négation : cela donnera « inbon ». « On remarqua qu’en abrégeant ainsi un mot, onrestreignait et changeait subtilement sa signification car on lui enlevait les associations qui,autrement, y étaient attachées. […] Chaque réduction était un gain puisque, moins le choixest étendu, moindre est la tentation de réfléchir. » L’idée sous-jacente au novlangue est quesi une chose ne peut pas être dite, cette chose ne peut pas être pensée. La question soulevéepar cette supposition est de savoir si nous définissons toujours la langue ou sommes parfois« formatés » par elle. Par exemple, peut-on ressentir l’idée de « liberté » si nous ignorons cemot ? Cette théorie est liée à l’hypothèse Sapir-Whorf et à la formule de LudwigWittgenstein : « Les limites de ma langue sont les limites de mon monde ». Le novlangue, enréduisant son vocabulaire, a soulevé un des risques important de la simplification par laréduction : à enlever trop on supprime le sens. « La puissance de la simplification est telle15 RUTLEGE Andy, « Complexe Order Simple Chaos », 200916 ORWELL George, « 1984 », Folio, 1972 19
  20. 20. qu’elle peut faciliter une communication directe mais elle peut aussi détruire ou corrompredes renseignements. » 17 1.2 tomber dans le simplismeL’autre risque de trop simplifier serait de tomber dans une conception trop simpliste, cest-à-dire où il manque des éléments essentiels. Et ainsi, faire trop simple risque d’être interprétécomme quelque chose de « léger ». D’ailleurs, la communication d’Apple commence vis-à-vis de cela à être fortement critiquée de part et d’autre « (…) des campagnes publicitaire serapprochant plus du produit cosmétique. » 18 Comme vous le savez, la pomme communiquedepuis quelques années sur la simplicité. Tout le monde connait leurs produits à l’esthétiquepure et sans fioriture. Les publicités et spots télévisuels jouent sur cette intense simplicité :des fonds immaculés de blanc, un produit placé souvent au centre, et une voix off qui vientsobrement présenter les fonctionnalités du produit. Leur communication est justifiéepuisqu’elle suit parfaitement les produits Apple ; des outils simples, pratiques et beaux, etd’ailleurs cela marchait très bien. Mais depuis peu la marque semble manquer cruellement decréativité en matière de communication et se servir abusivement de leur atout decommunication, si bien que la simplicité caractérisant l’univers Apple tourne dangereusementau simplisme. Prenons par exemple leur tout dernier produit « L’Ipad », leur plus grande faillefût de lancer un slogan certes simple, mais sans fond ni message percutant « Qu’est ce quel’iPad ? L’iPad est fin, l’iPad est beau. » Pourtant cela n’empêche aucunement le produit dese vendre. Sûrement parce que la marque est déjà bien trop ancrée dans notre culture, l’imageest installée et Apple n’a plus besoin de s’imposer. Cependant, on comprend qu’entresimplicité et simplisme, existe une frontière ténue difficile à percevoir mais facile à franchir.« Le problème est qu’il faut choisir ce qui mérite de vivre en sacrifiant ce qui mérite depérir. » 19 Pour nous aider à faire cela, Jacob Nielsen, ergonome Américain, préconise avantd’ajouter un élément de se poser deux questions fondamentales : 1. « Cet élément simplifie-t-il la tâche de l’utilisateur ? » 2. « Cet élément apporte-t-il une valeur ajoutée ? » … si la réponse est « non » éliminez-le.John Maeda se confronte à la même problématique « Où se trouve l’équilibre entre simplicitéet complexité ? Telle est la question. Jusqu’où les choses peuvent elles être simplifiées ? »17 RUTLEGE Andy, « Complexe Order Simple Chaos », 200918 EKINOXE Julien, extrait d’un article de blog, 201019 MAEDA John, « De la simplicité », Payot & Rivages, 2009 20
  21. 21. Naturellement, nous avons tendance à en garder toujours plus, nous n’aimons pas supprimerles choses. Réduire n’est donc pas un acte aisé. Avant d’ajouter un élément graphique dans undesign il faut se demander si cet élément participe oui ou non à communiquer un message. 1.3 la simplicité reflet de « pauvreté »Don Norman, un des vieux gourous de l’utilisabilité, a jeté un pavé dans la mare avec sonarticle « Simplicity is highly overrated » – « La simplicité est largement surestimé » –, où ilexprime son agacement face à cette nouvelle « tendance » qui incite les designers àdébarrasser nos écrans de toutes les fonctions qui pourraient nous être utiles. « Alors qu’est-ceque les gens veulent dire quand ils parlent de la simplicité ? D’une seule touche, bien sûr,mais avec l’ensemble de leur fonctionnalités préférées. » 20 Don Norman dans son articlecompare deux grille-pains : le traditionnel avec un bouton pour contrôler la cuisson du pain àun grille-pain allemand à $ 250 constitué d’un moteur pour abaisser automatiquement le painnon grillé, d’un écran LCD, avec de nombreuses icônes, des graphiques et des chiffres… « Lasimplicité ? Pourquoi un tel grille-pain ? […] Parce qu’il ajoute des fonctionnalités que lesgens veulent avoir. » Très radicale dans ses propos, selon lui la simplicité « est un mythe »qui ne se vend pas. Plus un objet possédera des caractéristiques qui par conséquent le rendrontplus complexe mieux il se vendra. Les acheteurs assimilent la simplicité au manque depuissance et de capacité – même si par derrière il peut s’avérer que ce soit tout l’inverse –, etinversement la complexité s’assimile à la puissance. « […] les gens ont tendance à aller versdes produits puissants, ils jugent de cela par l’aspect complexe. » C’est assez étrange commeraisonnement, puisque moi-même j’ai arrêté d’acheter des objets aux fonctions multiples àpartir du moment où je me suis rendu compte qu’en achetant ce genre d’objet, je n’utilisais àpeine les 1/3 du produit. L’objet le plus éloquent serait sans doute l’évolution du téléphoneportable, en plus de téléphoner, d’envoyer des textos, de jouer et de prendre des photos, desvidéos, ont peut maintenant aller sur internet, regarder la télévision, téléphoner en visio... Unechose complexe nous demande du temps pour la comprendre et nous avons pourtantmentionné précédemment que ce qui nous demande du temps ne nous attire franchementpas. « D’un côté vous voulez un produit ou un service facile à utiliser ; de l’autre, vous voulezqu’il accomplisse tout ce qu’une personne pourrait rêver qu’il effectue.» L’Iphone a tout àfait compris cela, le design très épuré et simple cache l’envergure de ce Smartphone. De lamême façon, prenons comme exemple Google. Une page blanche, avec un endroit où écrire,nous permet en un clique d’accéder à l’immense réseau d’ordinateurs et de bases de données20 NORMAN Don, « Simplicity is highly overrated », 2007 21
  22. 22. Google. C’est pour cela que John Maeda expliquer que « Plus semble moins si on s’en tientéloigné, très éloigné. » Don Norman a tendance à oublier cela, et à généraliser ou plutôt àpenser que les consommateurs généralisent et ainsi avance qu’une esthétique simples’assimile forcement à des fonctionnalités pauvres. « Et la vérité est que la simplicité ne sevend pas. Pourquoi ? […] La réponse est celle-ci : les gens ne sont pas prêts à payer pour unsystème qui semble plus simple, car il semble perdre en capacité. » La simplicité peut en effetrendre sceptique les gens leur laisser penser qu’ils ne paient pas le prix fort pour un produitdans lequel ils espéraient « plus ». John Maeda aborde ce souci dans son livre. Selon luilorsque l’on fait appel à la simplicité on est dans l’obligation de lui « insuffler » de la qualité.« La perception de la qualité devient un facteur décisif quand il faut choisir moins à plus. »D’ailleurs, l’industrie du luxe marche énormément avec cela. Si nous ne donnons pas à unproduit simple une valeur technique, prestigieuse ou autre ce dernier peut rapidement tomberdans l’objet simpliste. 1.4 perdre le contrôleL’action de simplifier – que ce soit pour un objet, une affiche ou encore une interface –revient à ce que quelqu’un fasse le tri à notre place. Et par conséquent, à trop nous faciliter letravail on perd la diversité qui nous permettait de faire des choix, prendre des décisions.Comme nous l’avons vu l’Ipod Shuffle d’Apple impose la musique de manière aléatoire et dece fait il nous épargne la perte de notre temps à choisir des musiques mais en contre partie ilnous supprime la prise de décision. Est-ce vraiment un avantage ? Pourquoi sommes-nousprêts à nous en remettre à la simplicité ? John Maeda donne une réponse à cela en affirmantque « Dans la simplicité nous avons confiance. » La preuve, il n’y a pas longtemps unemachine à laver pas comme les autres est sortie sur le marché la « BEKO ONE ». L’utilisationde cette machine par l’utilisateur se fait avec un unique bouton ! Les paramètres de lavage ouautre sont déterminés automatiquement par la machine. Tout ce qu’il vous reste à faire est depresser l’unique bouton présent sur la machine pour lancer le lavage, rien de plus simple ! Lasimplicité ne serait-elle pas destinée aux fainéants ? De la même façon, une affiche qui nenous montre que l’essentiel ne va-t-elle pas manquer de « plus » de choses? Le surplus nousapporte une valeur en plus qui n’est pas forcement nécessaire à la compréhension de l’affichemais appréciable. Il y a dans le « moins » quelque chose qui nous plait instinctivementpuisqu’en étant plus direct et plus simple il est beaucoup plus facile à comprendre que leschoses complexes, mais tout simplifier ne rendrait-il pas les choses trop ennuyeuses ? 22
  23. 23. 2 Et la complexité dans tout ça 2.1 simplicité et complexité: les opposés s’attirentLa simplicité sans la complexité aurait-elle encore une raison d’être ? C’est bien connu, lesopposés vivent de leur opposition. « La complexité et la simplicité sont deux qualitéssymbiotiques. […] chacune a besoin de l’autre : sa définition dépend de l’existence del’autre. » 21 C’est le propre de la pensée complexe, que de ne pas séparer les contradictions.La simplicité et la complexité ont besoin l’un de l’autre. Et d’ailleurs on remarque que plus ily a de complexité sur le marché plus la simplicité ressort. C’est de cette manière que lejournal Telegraph s’est fait remarquer à Londres avec sa nouvelle campagne publicitaire.Avec la prolifération des quotidiens gratuits la baisse des ventes de la plupart des grandsjournaux a été inévitable. On a pu ainsi voir dans le métro Londonien une campagne pour lejournal Telegraph, ou plutôt pour son site internet, sur lequel le journal semble avoirbeaucoup investi. Sur fond blanc, des phrases viennent ponctuer agréablement les montées etdescentes menant aux quais du métro, soigneusement composées dans une typographie quirompt avec les caractères à empattements propres au monde des journaux. Ces phrasesvantent avec une sobriété graphique très Suisse la qualité des informations que lon peuttrouver sur le site du journal, qui en ont fait le site du journal anglais le plus visité.Léconomie de moyens employés est apaisante et vient curieusement faire mouche au milieudune débauche de visuels criards et colorés, qui cherchent tous à attirer lattention avecbeaucoup dexcès. En choisissant un graphisme sobre et sans fioriture le journal Telegraph asu se faire remarquer face aux communications beaucoup plus chargées. Imaginonsmaintenant qu’il n’y ait que des communications jouant de leur simplicité, la campagne dujournal Telegraph aurait-il eu autant d’impact ? S’il ne restait que la simplicité, commentsaurait-on ce qui est vraiment simple ? Aurait-on besoin des communications « complexes »pour faire ressortir les autres ? A-t-on besoin du mal pour savoir ce qui est bien ? Oui, sansaucun doute. La simplicité ne peut donc en aucun cas exister sans son opposé, la complexité.Mais la complexité est-elle vraiment responsable des mauvaises communications ? 2.2 la complexité comme moyen d’expressionOn observe globalement que l’art oscille constamment entre deux pôles, le purisme et lasurcharge. L’approche vers une phase de surcharge est progressive, alors que la phase dedépouillement survient brutalement. Prenons par exemple, l’art baroque. L’art baroque est un21 MAEDA John, « De la simplicité », Payot & Rivages, 2009 23
  24. 24. style qui naît au XVIe siècle en Italie à Rome et se repend rapidement dans toute l’Europe. Iltouche tous les domaines artistiques – sculpture, peinture, littérature, architecture et musique –et se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effetsdramatiques, l’exubérance et la grandeur parfois pompeuse. Les œuvres baroques avec leursextravagances et l’excès d’ornements nous donnent une impression de grande générosité.Pendant un certain temps, l’art baroque fut jugé décadent jusqu’à ce que la mode – pardéfinition versatile – rejoue en sa faveur. Ainsi, les œuvres d’un Gaudi à Barcelone, regardéesil y a cinquante ans comme des curiosités issues d’un cerveau malade, attirent aujourd’hui lemonde entier. Son œuvre principal, l’église de la « Sagrada familia » située à Barcelone ettoujours inachevée, joue énormément sur la surabondance d’ornements. Sur certaines partiesdu bâtiment on peut remarquer des végétations exubérantes. L’art baroque définit par desaspects étranges et torturés s’épanouie pourtant dans un art luxuriant. À l’époque, la simplicitéet tout ce qui était de l’ordre d’épurer n’était pas bien perçus car on y voyait dedans une sorted’abandon du passé. De nos jours, l’art de la surabondance est beaucoup mieux accepter. Lecollectif de graphiste « Peach Beach », composé de trois artistes et designers basé à Neuköllzà Berlin – Falk Hoger, Attila Szamosi et Lars Wunderlich – joue dans leurs compositions dela surcharge. Peach Beach réalise le design de divers événements, édite des tee-shirts, travaillesur des pochettes d’album... mêlant un goût prononcé pour les comics, le streetart. Il réalise lacouverture de l’ « Ex Berliner » de janvier où ils se font remarquer pour leur graphisme« joyeusement bordélique et naïf. » 22 D’ailleurs, « So Me » se rapproche fortement de cegraphisme. Cette artiste de son vrai nom Bertrand Sommie est un graphiste qui joue lui aussisur la surabondance graphique. Il réalise d’ailleurs en 2008 le clip de Justice « DVNO » danslequel il utilisera uniquement les logos détournés de marques américaines connues pourcritiquer la société de consommation. Toutes ces compositions démontrent que la complexitéest souvent inhérente et voir vitale pour le succès de certaines choses. Et comme le ditsimplement John Maeda « La complexité peut être belle. » 3 « Complexe » et « chaos »Les choses complexes sont à dissocier des choses chaotiques. Tout comme nous l’avons faitremarquer précédemment les choses simples ne sont pas forcement simplistes.22 LES LAPINS TECHNO, extrait d’un article en ligne sur http://www.leslapinstechno.com, 2010 24
  25. 25. 3.1 deux termes à ne pas confondre« Complexité : Qui se compose d’éléments différents, combinés d’une manière qui n’est pasimmédiatement saisissable. »« Chaos : Ensemble d’éléments désordonnés, confus. »A la simplicité s’oppose la complexité mais qui n’a rien à voir avec le chaos. La complexitéexprime plus une notion de quantité alors que le chaos, lui, exprime le désordre et laconfusion. Dans le graphisme, la simplicité est souvent vue comme quelque chose de moinspolluant et de ce fait attire notre regard. A contrario, la complexité est quelque chose qui nenous attire pas de manière instinctive. Comme nous l’avons vu, l’esprit aime voir les chosesde manière générale – psychologie de la forme – et aller à l’essentiel. Pourtant, Blaise Pascaldisait : « je ne peux comprendre les parties que si je comprends le tout dans lequel sont lesparties et je ne peux comprendre le tout que si je comprends les parties. » Si l’on veutcomprendre une affiche dans sa globalité il faut forcement analyser et comprendre ce qui lacompose. La complexité n’est pas quelque chose que l’ont peut comprendre d’un premiercoup d’œil, alors que la simplicité a pour caractéristique d’être saisissable rapidement.Comme le dit si justement Edgar Morin « La complexité, c’est le défi qui vous demande depenser. » La complexité est quelque chose qui est à notre porté qui peut être décodé, alors quele chaos qui est caractérisé par une absence d’ordre ne peut être compris. 3.2 organiser la complexité préserve l’information« Ordre : Ensemble d’éléments organisés, rangés, classés, disposés de manière logique. »Andy Rudlege dans son écrit « Chaos Ordre complexe, simple » met en évidence quecontrairement aux apparences la simplicité n’est pas la solution à la complexité. Pour définirquelque chose qui ne fonctionne pas il emploie le terme « chaos » et non « complexité » dontnous avons expliqué les différences précédemment. À travers l’exemple du site Amazon.com« qui est un des sites au monde les plus mal conçu et complexe. [… ] » il met en évidence quela faille du site internet n’est pas la complexité mais le manque d’organisation. La complexitéest efficace, dans le cas et l’unique cas ou elle est ordonnée. « Mais là où la complexitésemble être un problème, il est probable que l’ordre et non la simplicité devrait êtreimposée. » Alors la solution serait donc dans l’organisation ? En effet, mettre de l’ordre à lacomplexité préserve l’information. Henri Atlan affirmait « Tout se passe comme si notreraison ne pouvait pas supporter l’absence d’ordre. » La pensée complexe est un concept 25
  26. 26. philosophique introduit par Edgar Morin datant de 1982 qui exprime un peu cette idée de lamême manière. Le terme de complexité est pris au sens de son étymologie « complexus » quisignifie « ce qui est tissé ensemble ». La complexité ne conduit pas à l’élimination de lasimplicité. La pensée complexe « refuse les conséquences mutilantes, réductrices,unidimensionnalisantes et finalement aveuglantes d’une simplification […] » mais axe lacomplexité dans un cadre d’organisation.À travers ces deux parties, nous avons constaté que la simplicité est un très bon outil decommunication : pour faire simple, elle nous oblige à garder l’essentiel en éliminant leséléments surplus. Cependant, mal utilisée elle peut tourner au simplisme, ou être malcomprise. Puis, nous avons constaté que la simplicité ne peut exister sans son contraire, lacomplexité. Et que la complexité ne fait pas forcement référence à une mauvaisecommunication lorsque cette dernière est organisée. À la suite de ces constats, il m’a tout demême semblée important de relever quelques points qu’à soulevé les réflexions sur lasimplicité. Si la simplicité fonctionne si bien c’est en partie parce qu’elle répond à denombreux besoin de la société, comme le respect de l’environnement et du public… C’estpour cela que dans la suite de ce mémoire, nous évoquerons des sujets tels que la nécessité deproductions, le respect de son environnement et de son public ainsi que la bonne utilisationdes couleurs, des signes et des images. 26
  27. 27. III - L’éloge du sens 1 Un bon graphiste est un graphiste respectueux 1.1 produire par nécessitéRoy Arden écrit lors d’une exposition sous forme de carte postale « Bien sûr qu’il y a tropd’images inutiles dans le monde. Mais l’idée que la surabondance d’images signifiant qu’ilest en vain d’en créer d’autres me paraît le raisonnement de quelqu’un qui cherche unesolution de facilité. Je crois qu’il relève de la responsabilité de l’artiste de produire ce qui estnécessaire. » 23« Nécessité : Caractère de ce qui est absolument obligatoire, indispensable, de ce dont on nepeut se passer. »On pourrait penser que de nos jours, la notion de « nécessité » est un peu oubliée dans laréflexion des graphistes et des publicitaires. Pour un petit projet il arrive que la quantitédéployée pour en parler soit gigantesque. Pourquoi ? Ne serait-il pas plus juste au contrairepour coller au sujet de respecter son envergure ? On a tendance à penser que des campagnes« clignoterons » plus si elles sont plus voyantes. L’exemple le plus aberrant sont les spotspublicitaire qui passent six fois dans le même spot publicitaires d’affiler – ce qui est lenombre légale autorisé ou la marque ou le produit doit être prononcé dans un spot – :« Mercurochrome le pansement des héros. Mercurochrome le pansement des héros…» Je neclasserai même pas ce genre de publicités dans de la communication tout simplement parceque selon moi elles ne cherchent pas à communiquer en faisant du « forcing ». Ce matraquagesoit la répétition abrutissante d’un message est désagréable pour un grand nombre depersonne. La dernière campagne de Kinder Surprise a lui aussi mais plus subtilement joué surle matraquage. Sur un spot de 30 secondes le mot « surprise » est bombardé de manière plusou moins subtile. Au final, « surprise » est répété neuf fois et est visible neuf fois à l’écran. Latechnique de « la répétition » aussi perfide soit-elle arrive malheureusement à ses finspuisqu’elle permet un ancrage de la marque dans les esprits. Est-il nécessaire d’en arriver à unmatraquage publicitaire pour se faire entendre? Ne sommes-nous pas assez civilisés pourparler comme il faut entre nous ? Dove a récemment conçu un petit film – de 79 secondes.Interdit à la télévision et en salle il n’est visible que sur Internet ce qui ne l’empêche pourtantpas de se propager comme un virus sur la toile. Ce spot publicitaire s’intitule « Matraquage ».Conçu par l’agence Ogilvy & Mather à Toronto, il a été traduit en plusieurs langues et diffusé23 ARDEN Roy, extrait d’un écrit lors d’une exposition sous forme de carte postale 27
  28. 28. viralement « au niveau mondial ». Une succession d’affiche se suivent rapidement les unesaprès les autres de manière à exprimer la quantité d’affiches indénombrables qui se succèdentdans notre journée. Il met en avant la prolifération d’images qu’on nous impose. Maismalheureusement de nos jours, l’objectif premier est de se faire entendre, parler de soi ou deson produit et cela peu importe la technique pour y arriver. Le besoin de se faire connaitredans notre société a en conséquence fait augmenter la quantité de production graphique.D’ailleurs dans une interview dédiée à la communication à l’entré des villes Michel Serresaffirme « Je ne dis pas que les publicités ne sont pas belles, ou qu’elles sont laides, mais c’estleur multiplicité à un endroit donné qui produit un effet de guerre ou de chaos tel que lalaideur est l’expérience qu’on en tire le plus facilement. » 24 Dans ce paragraphe concernant lanécessité, la réduction dont on parlait dans la simplicité pourrait être un bon conseil à prendreen compte pour éviter de polluer graphiquement notre environnement. 1.2 investir sans gêneLa communication s’est invitée un peu partout dans notre quotidien et elle en est devenuegênante. Imposer une image dans un paysage urbain n’est pas une chose aisée. L’affiche estpour cela quelque chose de très difficile ; elle s’impose ! La première à en souffrir c’est laville. « Quartiers sensibles ? Pour une fois une appellation politiquement correcte à faitnaître un sens nouveau : « quartiers sensibles ». Des endroits sensibles ? Mais il en faudraitpartout ! » 25 Notre environnement est quelque chose de sensible et aujourd’hui heureusementnous en avons pris plus conscience. « Quand Malte Martin créer une affiche pour un théâtre,quand il réalise un programme publicitaire, l’objet qu’il affectionne n’est pas, dans sonessence, conçu comme un support simplement publicitaire, cest-à-dire visant à accrocher lepassant, à lui faire désirer la représentation, il est pensé en lui même comme un instant dethéâtre descendu sur le quai du métro. » 26 Communiquer c’est en effet bien plus que plaquerune image sur un support, il faut donner un sens, créer une atmosphère, dialoguer avec ce quil’entour et ceux qui l’a regarde. Les communications à l’entrée des villes fontparticulièrement parler d’elles en ce moment. Le Conseil national du paysage a créé un atelierde réflexion, intitulé « Publicité et entrées de ville ». Il s’agit d’y discuter les bases d’uneréforme de la législation en matière d’affichage publicitaire. La loi de 1979 concernant lespublicités et les enseignes, est souvent transgressée. Michel Blain, président de l’associationPaysages de France, explique : « Il y a eu un consensus autour de la table [de latelier] pour24 SERRE Michel, interview, « Les pubs polluent nos entrées de ville », 200825 MALTE Martin, conférence du 06 février 2007 à la Sorbonne26 WAJCMAN Gérard, « Malte Martin », Pyramid, 2007 28
  29. 29. dire que la loi était mal appliquée. » Le Conseil de Paris a lui aussi décidé de réagir et adécidé de réduire cette pollution visuelle en interdisant totalement tout affichage publicitairedans un rayon de cinquante mètres autour des écoles, sur les bords de Seine, aux abords desmonuments historiques. Le projet est une expérimentation en cours, mais à long terme il viseà réduire dun tiers le nombre de panneaux publicitaires dici deux ans. Lors de l’interviewconcernant la pollution des publicités à l’entrée des villes, Michel Serres affirme : « J’ail’impression que ceux qui ont fait les entrées de ville, ceux qui ont sculpté le paysage tel quenous le voyons aujourd’hui n’ont plus le sens de la beauté et ça, ça me parait trèsimportant. » Les publicités sont arrivées à un point où nous en somme réduit à les refuser, àlutter contre. En effet, maintenant il est possible d’apposer sur sa boîte aux lettres unautocollant mentionnant le refus de publicité : « le stop-pub ». Dire non à la publicité nous ala fois permis de nous débarrasser de la paperasse inutile dans nos boîtes aux lettres maisaussi a participé à une amélioration économique et environnementale. Sommes-nous rentrésen guerre contre la publicité ? Pour certaines personnes il n’y pas de doute, oui ! Le groupe« Ras la pub » vient de neutraliser, par des inscriptions à la peinture, – «RAS LA PUB»,«NON MERCI» – les 4 écrans publicitaires LCD installé le 1er décembre par la régiepublicitaire Métrobus dans la station de métro Charles de Gaulle Etoile, à Paris. Ces panneauxsont destinés à remplacer – à terme – les vieilles affiches désormais trop statiques pour noscontemporains. Dans son communiqué, Ras la pub précise qu « il est grand temps que lesdirigeants de la RATP comprennent que le métro a pour finalité de transporter des usagersdun point à un autre, et non de les transformer en chair à canon pour publicitaire. » 27 1.3 ne pas sous-estimer son publicLes graphistes et les publicitaires donnent de plus en plus souvent l’impression qu’ilssurestiment leur public en se servant d’astuces, de techniques qui nous laissent maintenant deglace. Nous ne sommes pas ou du moins plus dupes ! Les mannequins retouchés surPhotoshop, les sandwiches trop parfaits de chez McDonald’s ou encore des régimes minceursqui nous présentent une anorexique c’est fini, on n’y croit plus ! D’ailleurs, je m’étonnemême des fois à lire les textes en petit caractère sur des produits ou même des affiches pourme satisfaire d’avoir déjoué une possible tentative d’un graphiste ou d’un publicitaire de fairepasser une information importante sous mon nez. Pour redonner du sens aux images il faudraitdéjà comprendre ce qui a du sens pour le public. Mais encore une fois les publicitaires nesavent pas s’y prendre de la bonne façon pour comprendre nos attentes. Par exemple,27 RAS LA PUB, extrait d’un communiqué, 2008 29
  30. 30. concernant l’installation du nouveau principe d’affiches via les ecrans LCD, il est prévul’installation d’un dispositif qui mesurerait lefficacité du message publicitaire avec descapteurs enregistrant les réactions des visages des passants afin de détecter quel élément delimage a retenu leur attention. Ces nouvelles installations font débats et c’est logique vu leclimat actuelle de la publicité au sein de notre société. En nous analysant comme des souris delaboratoire la publicité tente encore d’aller plus loin dans ces objectifs de vente : « Quelleimage attirera le plus le consommateur ? La peur ? Utilisons la peur alors ! » Lespublicitaires sont-ils conscient d’aller à l’encontre des attentes de son public ? En ceformatant dans la seule optique de vendre en plus grande quantité ils en viennent à nousépuiser. Les stop-pub et les luttes anti publicité qui se multiplient ne font que conforter l’idéeque bientôt la publicité sera en guerre bien malgré elle contre nous. 2 Un graphiste sait se servir de ces outilsDe la même manière qu’un chirurgien doit bien savoir se servir de son scalpel et de sonbistouri un graphiste doit savoir manipuler les images, les signes, les typographies et lescouleurs. 2.1 les images & les signes parlentL’image et les signes parlent. Les graphistes aujourd’hui ont oublié qu’une image véhiculebeaucoup de choses et que forcement elle a un impact sur son public. Le jeu du rebus est unefaçon d’expliquer un peu le principe d’une communication qui fonctionne. Le rebussouvenez-vous, c’est cette suite de dessins qui, une fois interprétés, donnent les syllabespermettant de découvrir une phrase ou un mot. Une communication marche exactementcomme cela, c’est une suite de signes graphiques qui une fois interprétés vous permetted’accéder à l’information. Une communication à un impact visuel, elle nous donne uneimpression et cela va même plus loin elle nous donne une idée sur la vie en générale. Le spotpublicitaire de Dove « Matraquage », dénonce d’ailleurs le pouvoir visuel des images au seinde notre société. Au début du spot, une jeune fille regarde la caméra et sourit dans uneatmosphère naturelle à la limite de la naïveté – qui caractérise bien évidemment l’enfance. Acela, s’enchaine une vague déferlante d’images qui vantent particulièrement la beautéféminine, les courbes parfaites, le rajeunissement par des crèmes, les régimes... « Parlez àvotre fille avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. » Le message est clair les images nous 30
  31. 31. influencent, et il faut s’en méfier puisqu’elles ne sont pas toutes jolies à voir etparticulièrement pour prendre exemple dessus! 2.2 les couleurs aussiSi tous les graphistes avaient pour bible « Le petit livre des couleurs » de Michel Pastoureauet Dominique Simmonet les couleurs retrouveraient sûrement l’usage qui leur est destiné. Eneffet, les couleurs sont souvent mal utilisées, elles sont placées de manière gratuite, à tout vaet vient et ont de ce fait perdues de leur authenticité. C’est ainsi, que l’utilisation du noir etblanc est devenu un échappatoire à la surenchère de couleur. Comme nous l’avons vuprécédemment, Malte Martin en divorçant des couleurs, et en utilisant le noir et blanc arenforcé sa communication pour le théâtre Athénée. François Delclaux, directeur de lagencede style « Un nouvel air » affirme « Mis à part la parenthèse glamour des années 1990, lenoir et blanc est un classique dont limpact visuel est fort. Cest une base neutre deréassurance. »On remarque, que toutes nos démarches lorsqu’il s’agit de « rattraper la donne » sont souventfaite dans l’extrême. Je m’explique. On n’arrive plus à communiquer, alors on simplifie tout.On ne sait plus se servir des couleurs alors on en vient à passer au noir et blanc. Peut-êtrequ’avant de trouver une solution diamétralement opposé à ce qui ne va pas il faudrait d’abordcomprendre la cause de ce qui ne fonctionne pas. Le pourquoi 31
  32. 32. ConclusionCe mémoire avait pour but de s’interroger sur la simplicité comme moyen de communication.En me penchant sur « la simplicité », je me suis rendu compte tout d’abord a quel point cesujet était très passionnant à étudier mais aussi qu’il regorgeait d’une richesse que j’avaislargement sous-estimée. La simplicité est une notion qui s’est avérée tellement vaste qu’elleme semble aujourd’hui difficilement résumable. Mais on pourrait retenir principalement quela simplicité a cette force de réduire à l’essentiel les choses complexes de manière à mettre envaleur ou/et engager le spectateur tout en nous simplifiant la réflexion elle nous fait gagner dutemps qui est de nos jours si précieux à nos yeux. Ensuite, nous avons vu que la simplicités’avérait paradoxalement un art difficile à maîtriser : synonyme de pauvreté, prise de pouvoirà notre place, trop réduire, risquer de basculer dans le simplisme, changer le sens...Je ne pensais pas que c’est en analysant le contraire de la simplicité « la complexité » quej’allais faire perdre de la crédibilité à cette dernière. Bien au contraire, je pensais l’affirmer !Il c’est révélé que la simplicité ne saurait exister sans son contraire. De plus, nous avons faitremarquer que la complexité à autant sa place que la simplicité dans notre société, c’est unoutil certes diamétralement opposé à la simplicité mais qui regorge lui aussi de qualités. C’estainsi que c’est effondré l’utopie que la simplicité pouvait avoir le monopole de lacommunication et ainsi être la solution à tous les problèmes. De ce constat fût abordée ladifférence entre « complexité » et « chaos ». Les choses complexes sont certes chargés et pasdu premier coup d’œil compréhensible mais la complexité organisée fonctionne très bien. Lechaos est défini par une surcharge d’éléments incontrôlés, qui ne sont pas organisé et qui nepeuvent être compris même après réflexion. Il ne faut pas confondre complexité et chaotique.La simplicité a fait naitre cependant des pistes riches qui selon moi étaient intéressantes àexplorées. Ce n’est pas pour rien si de nos jours, les communications « simples » ont uneligne d’avance sur les autres. En effet, en m’intéressant à la simplicité il m’a paru évident quecertaines qualités de cette dernière pouvaient néanmoins répondre à certains soucis decommunication présent dans notre société. Simplifier c’est respecter les images en gardant cequi est nécessaire à la compréhension d’un produit ou d’un message. C’est aussi investir unlieu avec ces images sans gêner l’environnement et le public visé. La simplicité s’adresse sansfioriture, ni gadget pour séduire, vendre ou informer. Nous avons confiance en elle car elle acette façon innocente de se mettre à nu. De nos jours, il me semble que nous sommescomplètement réfractaire aux images tant elles nous ont usé de leurs stratagèmes, de leurs 32
  33. 33. beautés artificielles et parfois mensongères. Les graphistes et – plus particulièrement – lespublicitaires devraient essayer de considérer plus leur public, se préoccuper un peu plus deleur attente.A force de communiquer « n’importe comment », nous en sommes venus à transformer lepaysage urbain, notamment en utilisant mal les couleurs, ou encore les signes et les images.La mise en place d’un code de déontologie pour les graphistes et – surtout – les publicitairesne serai pas du luxe ! Serait-il possible de mettre en place ce genre de chose de manière à fairepromettre aux graphistes de ne pas « abimer » notre environnement et de ne pas matraquer lepublic ? Est-on obligé d’en arriver là ? 33
  34. 34. Bibliographie- Hors  champs  [En  ligne],  EMOND  Bernard,  Lettre  aux  jeunes  gens  qui  me  demandent  comment  devenir  réalisateur,  2006,  [consulté  le  1er  juin  2010],  disponible sur : http://www.horschamp.qc.ca- BAUDRILLART Jean, La société de consommation, Gallimard, 1996, 318 p.- POYNOR Rick, La société de l’image, Pyramyd, 2002, 224 p.- BOUGNOUX Daniel, Il ne faut pas avoir peur des images, Sciences Humaines, Déc2003/Jan Fév2004, Hors-Série N°43.- DEBORD Guy,  La société du spectacle, Gallimard, 1996, 208 p.- PLUTARQUE, La vie de Brutus, premier consul de Rome, 1730, 38 p.- MAEDA John, De la simplicité, Payot & Rivages, 2009, 190 p.- MALTE Martin, conférence du 06 février 2007 à la Sorbonne.- MCCLOUD Martin, L’art de l’invisible, Delcourt, 2007, 232 p.- Contes et histoires zen, [En ligne], YEIAZEL, Le peintre et l’empereur, 2009, [consulté le 28 mai 2010], disponible sur : http://contes-et-histoires-zen. spot.com- LOOS Adolph, Ornement & Crime, Rivages, 2003, 277 p.- DE CLAIRVAUX Bernard, L’essence du christianisme, Gallimard, 1992, 527 p.- Andy Rutlege web site [En ligne], RUTLEGE Andy, Complexe Order Simple Chaos, 2009, [consulté le 1er juin 2010], disponible sur : http://www.andyrutledge.com- ORWELL George, 1984, Folio, 1972, 438 p.- Don Norman web site [En ligne], NORMAN Don, Simplicity is highly overrated, 2007, [consulté le 1 juin 2010], disponible sur : http://www.jnd.org- ARDEN Roy, extrait d’un écrit lors d’une exposition sous forme de carte postale- WAJCMAN Gérard, Malte Martin, Pyramid, 2007, 120 p.- SERRE Michel, interview, Les pubs polluent nos entrées de ville, 2008- RAS LA PUB, extrait d’un communiqué, 2008 34
  35. 35. Annexes Affiches pour le théâtre Athénée saison 2009-2010, Malte Martin 35
  36. 36. « Logographie France », Florent Guerlain, 2009 36
  37. 37. 37
  38. 38. « Poster Series of TV Shows », Albert Exergiant, 2009 38
  39. 39. « Affiche jeux olympique Tokyo », Yasuku Kamekura , 1964 39
  40. 40. Le logotype « MUJI » et des produits types de la marque 40
  41. 41. De haut en bas : L’Ipad d’Apple et l’Ipod Suffle d’Apple 41
  42. 42. Affiches du journal Telegraph, 2007 42
  43. 43. Peach Beach, 2007Peach Beach, couverture de l’Ex Berliner de janvier 2009 43
  44. 44. 44

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