SINDJOUN POKAMEMEUTES DE DEIDO     CRITIQUE  PHILOSOPHIQUENOUS SOMMES TOUS DES   AUTOCTHONES         1
«Le Tribunal de Nuremberg ne s’est pas contenté de juger les nazis,il a également mis hors la loi l’idéologie dont ils se ...
NOUS SOMMES TOUS DES AUTOCTHONES.UNE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE DES EMEUTES DE DEIDO.______________.Penser philosophiquement l...
Cet article qui n’était alors que le résumé de Nations Nègres, en cours depublication, traitait des aspects politiques, li...
plus général, et non l’exception, comme le pensait Engels »5. Marx/Engelsont évacué de leur pensée sur la violence dans l’...
portée     et     légitimée     par      la     séquence      conceptuelleautochtone/minorité/allogène. D’où notre questio...
réflexion de l’UNC sur les mutations et les actions à promouvoir pour fairede celle-ci un Parti de Rassemblement de toutes...
La    constitutionnalisation   de    la   séquence      politico-idéologiqueautochtone/minorité/allogène achève ce process...
ces sollicitations destinées à renforcer le groupe de minorités. […] . Unerésolution du groupe sawa demande à Jean-Jacques...
de guerre et agir en conséquence. Il faut rappeler que cette déclaration estl’œuvre historique des Ministres de la Républi...
En écoutant ce chant de ralliement, qui de nous ne se sent pas possédéspar des passions patriotiques et panafricanistes ? ...
l’endroit de ceux qui leur ont gratuitement offert un gîte il ya près d’unsiècle.Il aura fallu l’insolence irresponsable d...
« Le Président de la République est le Chef de l’Etat […] Il veille au respectde la Constitution […] il est le garant de l...
professeur agrégé Mouangue Kobila, un prédateur. De fait, le professeurécrit, comme pour affirmer la profondeur de sa pens...
donc fondé à revendiquer sa qualité ontologique, philosophique,théologique, éthique, politique d’autochtone dans cet espac...
Afrique philosophiquement et culturellement et créer une unité efficacedans le cadre du panafricanisme »28.               ...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Emeutes de Deido : critique philosophique

1 034 vues

Publié le

Texte du philosophe Sindjoun Pokam à propos des Emeutes de janvier 2012 à Deido à Douala

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
1 034
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
8
Actions
Partages
0
Téléchargements
8
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Emeutes de Deido : critique philosophique

  1. 1. SINDJOUN POKAMEMEUTES DE DEIDO CRITIQUE PHILOSOPHIQUENOUS SOMMES TOUS DES AUTOCTHONES 1
  2. 2. «Le Tribunal de Nuremberg ne s’est pas contenté de juger les nazis,il a également mis hors la loi l’idéologie dont ils se réclamaient. Et, aussilongtemps qu’il n’aura pas été dit explicitement en Afrique Centrale que lesminorités ont le droit d’être protégées et que tous les citoyens méritent unaccès égal au pourvoir et au savoir, les métastases du génocide serépandront, et non seulement dans tout le continent Africain. Lesmanipulations de l’ethnicité ne pourront être déjouées que si chacuns’emploie à déconsidérer cette idéologie qui tue : la communautéinternationale, les autorités politiques, mais les autorités morales, lesEglises, les organisations de défense de droits de l’homme, la sociétécivile. Si l’Afrique demeure le continent de l’impunité, de l’irresponsabilité, leseul où l’on puisse tuer, mentir, corrompre, sans encourir de sanction, quelavenir peut-on lui prédire ? En Europe, le tribunal international consacréaux crimes dans l’ex-Yougoslavie a désigné comme coupables les Mladicet autres Karadjic, mais il a aussi condamné le système de purificationethnique qu’ils avaient tenté de mettre en place. Il faut qu’il soit procédéaux mêmes condamnations en Afrique, car la vérité du Rwanda sera celledu Burundi, du Zaïre et demain du Cameroun… » I.L’essai qu’on va lire s’inscrit dans cette exigence que formule sifortement Collette BREACKMAN.(I) Collette Breackman, Terreur Africaine, Ed Fayard, Paris 1996. 2
  3. 3. NOUS SOMMES TOUS DES AUTOCTHONES.UNE CRITIQUE PHILOSOPHIQUE DES EMEUTES DE DEIDO.______________.Penser philosophiquement les émeutes de Deido, c’est soumettre à laquestion la séquence conceptuelle autochtone/minorité/allogène.Les dernières émeutes de Deido constituent les manifestations récurrentesdes passions et pulsions ethniques qui secouent notre corps politique enconstruction.Nous sommes tous des autochtones, déclare mon maître à penser, lesavant Cheikh Anta Diop : « Selon toute vraisemblance, les Peuplesafricains actuels ne sont nullement des envahisseurs venus d’un autrecontinent ; ils sont tous autochtones »1 Cette thèse est vigoureusement,rigoureusement et scientifiquement établie. D’où cette précision de CheikhAnta Diop : « Les dernières découvertes scientifiques qui font de l’Afriquele berceau de l’humanité excluent de plus en plus la nécessité de peuplerle continent africain à partir des autres »2. Les conséquencesphilosophiques, politiques, éthiques et idéologiques de ces thèses deCheikh Anta Diop sont immenses. D’où ma filiation, ma lignée à la penséede Cheikh Anta Diop. Elle est double et s’exprime à travers la rencontrehistorico-politique d’Um Nyobé/Cheikh Anta Diop. De cette rencontre,Cheikh Anta Diop écrit : « C’est en février 1952, alors que j’étais secrétairegénéral des Etudiants du R.D.A. que nous avons posé le problème del’indépendance politique du continent noir et celui de la création d’un futurEtat fédéral.1 Cheikh Anta Diop, Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire, éd. PrésenceAfricaine, Paris 1974 p, 112 Cheikh Anta Diop, op.ct, id 3
  4. 4. Cet article qui n’était alors que le résumé de Nations Nègres, en cours depublication, traitait des aspects politiques, linguistiques, historiques, social,etc.… de la question.Il est certain qu’à l’époque, les députés malgaches et le leadercamerounais, Ruben Um Nyobé, mis à part, aucun homme politiqueafricain noir francophone n’osait encore parler d’indépendance, de laculture, oui de culture et des Nations africaines »3. De là ce projetphilosophique, politique, éthique et idéologique posé comme impératifcatégorique et comme nécessité historique. Cheikh Anta Diop écrit : « Ilfaut faire basculer définitivement l’Afrique noire sur la pente de son destinfédéral »4Le projet philosophico-politique et éthico-idéologique de Cheikh Anta Diopest porté par des passions panafricanistes. Il est radicalementantagonique aux passions et pulsions ethniques qui gouvernent laséquence conceptuelle autochtone/minorité/allogène précédemmentévoquée.Passions panafricanistes et passions/pulsions ethniques, tels sont les deuxcourants de pensée qui structurent le champ politique et idéologique del’Afrique noire. Le Cameroun comme corps politique en construction,constitue la pointe avancée où se déploient dangereusement ces deuxpassions. De là mon parti pris théorique de recourir à la pensée de CheikhAnta Diop pour comprendre et rendre intelligible la lutte à mort quigouverne le rapport entre ces deux passions. Ici, ma filiation philosophiqueet idéologique est une rétroaction sur Cheikh Anta Diop de la rencontre deMarx/Engels à propos de la question de la violence dans l’histoire. CheikhAnta Diop en effet, écrit : « Les lois de la lutte des classes selon lematérialisme historique ne s’appliquent qu’à une société rendue aupréalable ethniquement homogène par la violence. Celui-ci ignorepratiquement, dans ses analyses, la phase des luttes bestiales,darwiniennes, qui précèdent ; c’est d’autant plus regrettable qu’il s’agitd’une étape qu’ont connue la plupart des nations actuelles. C’est le cas le3 Cheikh Anta Diop, op.cit, p.64 Cheikh Anta Diop, op.cit, p.31 4
  5. 5. plus général, et non l’exception, comme le pensait Engels »5. Marx/Engelsont évacué de leur pensée sur la violence dans l’histoire, la phase despassions et pulsions ethniques, telles sont les limites de cette penséeexprimée dans le matérialisme historique. D’où cette thèse de Cheikh AntaDiop : «Tous les auteurs qui traitent de la violence sans oser descendrejusqu’à ce niveau primaire où la violence bestiale s’exerce sur une basecollective, où tout un groupe humain s’organise non pour en assujettir unautre, mais pour l’anéantir, tous ceux-là, sciemment ou non, font de lamétaphysique, en sublimant le thème, pour n’en retenir que les aspectsphilosophiques »6. Et le savant ajoute : « Au cours de l’histoire, lorsquedeux groupes humains se disputent un espace vital, économique, la pluspetite différence ethnique peut prendre un relief particulier, servantmomentanément de prétexte pour un clivage social et politique : différenced’apparence physique, de langue, de religion, de mœurs et de coutumes.Au cours de l’histoire, les conquérants ont souvent abusé de ces argumentpour asseoir leur domination sur des bases ethniques : l’exploitation del’homme par l’homme prend alors une modalité ethnique, la classe sociale,au sens économique, épouse pour un temps indéfini les contours dugroupe de l’ethnie de la race vaincue »7.Texte capital où le savant philosophe/historien, Cheikh Anta Diop nousapprend que les passions et pulsions ethniques conduisent historiquementà l’anéantissement et à la destruction de l’Autre. Les passions et pulsionsethniques sont historiquement génocidaires. Le génocide, commephénomène historique se nourrit des passions et pulsions ethniques quisont des pulsions de mort.L’ethno séisme, c’est le nom de cette idéologie et de cette doctrine de lamort qu’on inflige à Autrui. Elle est soutenue historiquement par la hainevouée à Autrui.Le Cameroun, en Afrique noire est devenu un des lieux historiques où sedéploient ces passions et pulsions de mort. Cette idéologie de la mort est5 Cheikh Anta Diop, Civilisation Ou Barbarie, éd. Présence Africaine, Paris 1981, p.1596 Cheikh Anta Diop, idem7 Cheikh Anta Diop, ibidem 5
  6. 6. portée et légitimée par la séquence conceptuelleautochtone/minorité/allogène. D’où notre question : comment cetteséquence historique s’est-elle imposée dans le champ politique etidéologique camerounais ? Quels en sont les enjeux philosophiques,politiques et éthiques ? Quel problème la séquence conceptuelleautochtone/minorité/allogène entend-t-elle résoudre historiquement ?La séquence conceptuelle autochtone/minorité/allogène s’impose, dans lechamp politique camerounais pour résoudre, dit-on, le problème bamiléké.Un discours politique, idéologique et dogmatique l’institue. Ce discours,c’est celui du Colonel français, Jean Lamberton, alors en mission depacification, de purification, donc de la guerre en pays bamiléké. Le colonelJean Lamberton écrit, en effet, « Le Cameroun s’engage sur les cheminsde l’indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Cecaillou, c’est la présence d’une minorité ethnique : les Bamiléké »8. Pour lapremière fois, dans l’histoire du Cameroun désigné comme Etat enconstruction apparaît le concept de minorité par quoi on désigne lacommunauté bamiléké que l’on s’empresse de penser à travers lamétaphore de caillou bien gênant, donc un mal radical qu’il faut éradiquer,trancher. Le Bamiléké, dans le champ politique camerounais est unphénomène, un Evénement d’exception. D’où cette thèse du Colonel JeanLamberton qui écrit : « En fait, les Bamiléké forment un Peuple. Il suffitpour s’en convaincre de considérer leur nombre, leur histoire, leur structuresociale et leur dynamisme. Qu’un groupe homogène de populations nègresréunissent tant de facteurs de puissance et de cohésion n’est pas si banalen Afrique Centrale ; au Cameroun, du moins, le phénomène bamiléké estsans équivalent »9.Il restait à construire le couple conceptuelautochtone/allogène. Une décision du Prince, au sens de Machiavel estrequise pour cela. Il ‘agit d’une décision du Président de la République duCameroun, Paul Biya qui est en même temps chef du parti. Dans undocument capital et dont on peut dire qu’il aura joué un rôle extraordinairedans le déploiement des passions et pulsions ethniques, il est écrit : « Surinstruction du Président national, il a été constitué un comité restreint de8 e Jean Lamberton, Revue de Défense nationale Paris 16 année, mars 1960 ;pp.161-1779 Jean Lamberton, idem 6
  7. 7. réflexion de l’UNC sur les mutations et les actions à promouvoir pour fairede celle-ci un Parti de Rassemblement de toutes les sensibilitéscamerounaises »10. Suit la liste des membres qui composent ce comitérestreint de réflexion. Il s’agissait alors de MM. Joseph Charles DOUMBA,Ministre chargé de Mission, comme Président du comité. POUMA LéonardClaude, Conseiller Spécial, Secrétaire politique. SENGAT KUO, Ministre del’Information, Secrétaire politique. Jean Marcel MENGUEME, Ministre del’Administration Territoriale, Secrétaire Politique Adjoint. NGANGOGeorges, Ministre chargé de Mission. Joseph OWONA, Chancelier del’Université, Rapporteur du Comité. Dans ce comité de réflexion seconstitue le massif idéologico-politique autochtone/minorité/allogène. On ylit : « Le dépassement des acquis du passé doit se manifester d’unemanière particulière par la mise au point progressive d’une authentiquethéorie de l’intégration nationale et une élaboration d’une véritable praxisde celle-ci permettant de garantir le respect de divers équilibressocioculturels et les droits des minorités de façon à éviter unepalestinisation de celles-ci »11.On y lit aussi que le comité propose de« proclamer le devoir démocratique de notre parti de sauvegarder dans lavie du Parti et de l’Etat les droits des minorités, autochtones ou allogènespar le respect des divers équilibres garants de la stabilité générale de notresociété »12. Dans ce dispositif politico-idéologique, la primauté de laminorité ou de l’autochtone est de plus en plus affirmée sur l’allogène. Eneffet, le comité ordonne de « favoriser l’utilisation des minoritaires dans lesgrands départements ministériels afin d’asseoir une stratégie non écrite deconsolidation de l’unité nationale et d’authentique intégration nationale[…]étudier et établir des règles écrites et des pratiques non écrites desauvegarde des droits des minorités dans les villes et les diversescirconscriptions administratives de la République »13. Tout cet arsenalpolitico-idéologique est destiné à faire face à la menace bamiléké que desidéologues, depuis le discours dogmatique du Colonel français JeanLamberton ont inventée et entretenue historiquement et systématiquement.10 Collectif Changer le Cameroun, Le Cameroun Eclaté ? Anthologie des revendications ethniques, p.12811 Collectif Changer le Cameroun, Le Cameroun Eclaté ? Anthologie des Revendications ethniques, éd. C3, BPYaoundé, 1992,p.129.12 Collectif Changer le Cameroun…p.13713 Collectif Changer le Cameroun…p.130 7
  8. 8. La constitutionnalisation de la séquence politico-idéologiqueautochtone/minorité/allogène achève ce processus le 18 janvier 1996.De lathéorie on est passé à la pratique en se référant à la Loi fondamentale denotre pays qui a constitutionalisé à ses risques et périls les passions etpulsions ethniques. Le mouvement sawa ou plus précisément le blocidéologico-politique qu’anime Jean-Jacques Ekindi est le lieu historiquedepuis lequel se déploient dangereusement ces passions et pulsionsethniques. Quel est le destin historique d’un tel mouvement ? L’Etat duCameroun en tant que corps éthico-politique en construction n’est-il pasvoué à la destruction qu’autorise le déploiement des passions et pulsionsethniques ?De la séquence politico-idéologique autochtone/minorité/allogène,rappelons que seul le couple autochtone/minorité s’est vu constitutionaliseret entretient désormais une lutte à mort contre l’allogène devenu étrangeret bouc-émissaire.Le mouvement sawa se constitue de vouloir jouir dustatut constitutionnel autochtone/minorité. D’où cette déclaration : « LesSawa sont minoritaires, mais toutes les ethnies sont minoritaires auCameroun et l’avenir de la paix ne peut se construire qu’à partir de lacoopération et de la protection des minorités. Les Sawa veulent montrer lavoie »14.La minorité sawa, dit-on est menacée dans son espace vital : « Ilest donc évident que le désarroi, la revendication de la minorité et detoutes les autres n’obéissent à aucun suivisme politique. Que la révoltedéchaînée n’a pas eu le temps de trouver ou de se donner un maître […]. Ilest temps pour les Sawa de serrer leurs rangs pour la préservation de leurespace vital »15.Espace vital, voilà l’expression brutale et achevée de cette idéologiepolitique à la recherche d’un maître. Jean-Jacques Ekindi s’impose commemaître de ce mouvement idéologico-politique sawa. « Il y a lieu de préciserque notre mouvement n’est pas un parti politique en tant que tel. D’autresminorités entendent coopérer avec la communauté sawa, dans la luttepour la protection des minorités et la sauvegarde de leur identité et de leurpatrimoine. Notre groupe KOD’A MBOA SAWA accueille favorablement14 KOD’A MBOA SAWA, Bulletin de liaison no 001 du 29 mars 199615 Le Défi no 012 du 13 mars 1996 8
  9. 9. ces sollicitations destinées à renforcer le groupe de minorités. […] . Unerésolution du groupe sawa demande à Jean-Jacques Ekindi d’approcherles autres leaders d’opinion sawa. Il s’agit notamment de Samuel EBOUA,Marcel YONDO et NJOH LITUMBE, afin qu’ils s’unissent et créent uncadre approprié pour mieux défendre les Sawa face aux dangers qui lesmenacent »16.Quel est le danger qui menace les Sawa dans ce qu’ils appellent leurespace vital ? Ecoutons à neuf cette déclaration du 15 juin 1996, faite àDouala par les Chefs traditionnels du Grand Sawa et d’où on peut lire :« Considérant que tous les Sawa sont des descendants directs despeuples qui ont crée les localités qui se situent dans les terres actuellesdes Régions du Littoral et du Sud-ouest, une partie des Régions du Sud,du Centre et de l’Ouest, et ce avant les différentes invasions, lacolonisation européenne et la formation de l’Etat,Considérant encore qu’une partie de ces terres est habitée aujourd’hui pardes ALLOGENES venant d’autres régions du pays, et ce, pour différentesraisons dont la plus marquante est la politique d’intégration nationalepratiquée depuis le lendemain de l’indépendance,Considérant aussi que ces allogènes sont devenus dominants par leurnombre sur certaines parties de notre terroir, et que cette situationcommence à rendre certains d’entre eux exigeants et insolents,Considérant enfin que l’occupation d’une terre ne saurait conférer le Droitau terroir,Déclarons solennellement que le problème le plus préoccupant du Peupleindigène sawa est la menace organisée contre notre survie collective parla section étrangère GRAFI au sein même des communautés sawa »17.Cette déclaration est une déclaration de guerre contre la communautébamiléké. Philosophe, politologue, sociologue, anthropologue, hommepolitique et homme d’Etat doivent prendre cette déclaration comme un acte16 KOD’A MBOA SAWA? Bulletin de liaison no 001 du 29 mars 1996.17 Déclaration du 15 juin 1996, Galaxie no 191 du 17 juin 1996 9
  10. 10. de guerre et agir en conséquence. Il faut rappeler que cette déclaration estl’œuvre historique des Ministres de la République, de hauts fonctionnairesde l’Etat et de l’Administration camerounaise et de hauts cadres de l’arméede la République. L’Histoire devra enregistrer leurs noms et retenir leurresponsabilité dans l’effondrement des mythes fondateurs de notreconscience historique nationale. Il s’agit des Ministres MBELLA MBAPPE,Ephraim INONI, DOUALLA MOUTOME, EBONG NGOLLE, NJAMIWANDJI, de hauts fonctionnaireres et philosophe E.NJOH MOUELLE ,Patience EBOUMBOU, MOUKOKO MBONJO, les Délégués duGouvernement Thomas EYOUM TOBBO de Douala et EWANE deNkongsamba, NJALLA KWAIN de Limbé, du Colonel de GendarmerieDOUALLA MASSANGO et de nombreuses personnalités politiques tellesque Jean-Jacques Ekindi, Samuel EBOUA et les Chefs SupérieursSawa.Ces élites ont trahi ce texte sacré et contraignant qu’est notrehymne National qui ordonne :O Cameroun berceau de nos ancêtres,[…]Que tous tes enfants du Nord au Sud,De l’Est à l’Ouest soient tout amour !Te servir que ce soit leur seul butPour remplir leur devoir toujours.[…]Tu es la tombe où dorment nos pères,Le jardin que nos aïeux ont cultivé,Nous travaillons pour te rendre prospère,[…]De l’Afrique sois fidèle enfant ! 10
  11. 11. En écoutant ce chant de ralliement, qui de nous ne se sent pas possédéspar des passions patriotiques et panafricanistes ? Qui ne se sent pas encontradiction radicale et absolue avec la déclaration des Chefs Sawaprécédemment évoquée ? Deux courants de pensée ici s’affrontent, lepanafricanisme d’inspiration diopienne et l’ethno séisme dont lemouvement sawa est l’une des expressions affichées et achevées.Mais il ya aussi cette autre déclaration de l’élite sawa par quoi on voudraitclore cette critique philosophique des passions et pulsions ethniques. Elleengage au plus haut point la responsabilité historique du Chef de l’Etat,Paul Biya.Le journal La Détente rend compte d’une réunion tenue le 10 mai 1996 àLimbé, qualifiée de RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE, avec pour thème deréflexion : UNE STRATEGIE COMPACTE, SOLIDAIRE ET AGRESSIVE.LA DETENTE, note : « Au cours de cette réunion, la communauté sawa aaffirmé que l’avènement d’un désastre est souvent à l’origine du réveil d’unpeuple. L’extermination juive sous le régime hitlérien a accouché en 1948de l’Etat d’Israël : ceci a définitivement mis un terme à la qualification depeuple errant attribué à cette nation nomade. Dans le Pakistan formuleoriginelle, la persécution des autorités d’Islamabad à l’endroit du peupleBengali au Pakistan Oriental avait donné lieu à la naissance d’un Etat, leBangladesh en 1971. L’histoire foisonne de ces exemples où des entitésnationales sont obligées de se recomposer et de se ressouder lorsqueleurs droits à l’existence, leur survie même sont menacés. L’arroganceinadmissible de l’électorat SDF et de leurs élus qui ont été les premiers àmarquer d’un cachet décidément ethnique leur victoire électorale dans laplus grande métropole de tous les Camerounais qu’est la ville de Douala,aura eu l’effet positif de rappeler au peuple sawa les règles de jeuappliquées par certains nationalistes dans la construction du Cameroun : leprincipe de l’espace vital.Aussi ,de Campo à Idabato, du pays Babimbi à la plaine des Mbo, latrompette de l’irrédentisme a été embouché à la suite de l’irrespect desnotions élémentaires de l’hospitalité que manifestent certains allogènes à 11
  12. 12. l’endroit de ceux qui leur ont gratuitement offert un gîte il ya près d’unsiècle.Il aura fallu l’insolence irresponsable des quelques expansionnistesbamiléké pour que la cohabitation pacifique qui a toujours existé entreBamiléké et Sawa soit aujourd’hui l’objet d’une remise en question. Nousl’avons dit, il y a de cela quatre mois, nous le confirmons aujourd’hui, ledécor du Rwanda est déjà planté au Cameroun : le système d’ignition de lamèche a été actionné depuis janvier 1996 et les barils seront peut-êtreatteints dans quelques jours. Lorsqu’un gigantesque holocauste aurarectifié les statistiques démographiques de certaines provinces, l’oncomprendra certainement, avec l’aide des chiffres qu’une coexistenceinterethnique sereine est beaucoup plus proche de la réalité démocratiqueque la dictature de la majorité. En effet, le pétrole, les meilleures terres dece pays, l’énergie électrique et les trois débouchés maritimes : Limbe,Douala, Kribi sont des arguments suffisants pour exiger l’éclatement duCameroun en Etats où se regrouperaient les peuples qui ont une mêmeorigine, une culture commune et un destin commun. L’absence deconvergence d’intérêts et de culture au sein de différentes ethniescamerounaises doit rendre chaque tribu entièrement responsable de sondestin »18.Que reste-t-il des concepts d’Etat camerounais, de Nation camerounaise,de Peuple camerounais, de territoire national camerounais et du destinhistorique commun après la lecture de ce texte ? Rien pour le philosophe.Ce texte idéologico-politique introduit une rupture, une’ brisure, unecassure et une interruption radicale dans la chaîne des conceptsfondateurs et historiques et baisse, ruine leur influence formatrice de notreconscience nationale. De là, notre question : que pense le Président de laRépublique, Paul Biya de cette déclaration inédite dans les annales denotre mémoire historique ? Cette déclaration de l’élite sawa remet enquestion, dans une radicalité extrême et brutale la mission, le devoir et ledroit que la Loi fondamentale ordonne au Chef de l’Etat, Paul Biya.Que prescrit la Loi fondamentale ?18 La Détente, no 137 du 21 juin 1996. 12
  13. 13. « Le Président de la République est le Chef de l’Etat […] Il veille au respectde la Constitution […] il est le garant de l’indépendance nationale, del’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’Etat »19.Revenons aux émeutes de Deido pour dégager leur significationphilosophique, politique, idéologique et éthique.Les émeutes de Deido, marquées par le feu et le sang consument-elles lafin d’un cycle de violence préparé de longue date par une littérature dehaine ? Assistons-nous à la mort d’un mouvement idéologico-politique quiest une remise en cause des mythes fondateurs de notre consciencehistorique et éthique ? On doit pouvoir demander aux fondateurs del’idéologie du mouvement sawa qu’incarne l’homme politique Jean-JacquesEkindi de répondre à ces questions.En vérité, les émeutes de Deido mettent en conflit deux communautéshistoriques vouées à vivre ensemble un destin historique collectif. Ici, ils’agit de la communauté sawa et de la communauté bamiléké. En effet, età juste titre, le journal Jeune Afrique note : « Deux morts, de nombreuxblessés, plus de soixante motos brûlées, des maisons incendiées, descommerces saccagés. Le bilan est lourd au lendemain des affrontementsqui, entre le 31décembre et 3 janvier, ont opposé deux groupes d’habitantsdoualas du quartier Deido, à Douala, à des conducteurs des motos-taxis,bamilékés, de l’Ouest »20.Pour justifier son observation, J.A. soumet ànotre lecture deux interventions des ressortissants de deux communautésen conflit. M Mouangue Kobila, professeur agrégé de droit et membre del’ethnie douala écrit : « Les événements de Deido ne seraient pas allés, au-delà d’une réaction éruptive de ses habitants si certains n’avaient oublié lerespect normalement dû à une communauté qui s’est sentie attaquée chezelle »21. La thèse du professeur Mouangue Kobila s’inscrit bien dans laligne politico-idéologique du mouvement sawa dont il entend être un desthéoriciens en tant que homme de la science du droit. Il faut défendrel’espace vital sawa contre l’envahisseur, devenu sous la plume du1919 La Constitution du 18 janvier 1996.20 J.A. no 2661 du 8 au jeudi 14 janvier 2012, p.1421 J.A. id 13
  14. 14. professeur agrégé Mouangue Kobila, un prédateur. De fait, le professeurécrit, comme pour affirmer la profondeur de sa pensée : « Les événementsde Deido ne seraient pas allés au-delà de l’assassinat d’un jeune hommeet de l’indignation éruptive des habitants de Deido, si certains habitants dela ville de Douala n’étaient pas animés par une volonté hégémonique quileur fait oublier, le respect normalement dû à une communauté qui se sentoutragée et attaquée dans son terroir par des comportements deprédateurs ».22. Les éléments lexicaux utilisés dans ce texte nous sontconnus qui relèvent d’un corpus idéologico-politique historiquementdéterminé et des figures de pensée bien précises. Ainsi en est-il de lapuissance de Bamiléké formulée par le Colonel français Jean Lamberton,formule reprise par le philosophe Hubert Mono Ndjana sous le concept devolonté hégémonique de Bamiléké, retrempé et retravaillé par lemouvement idéologique sawa au cours de ces dix dernières années etaujourd’hui repris par le professeur agrégé de droit, Mouangue Kobila qui yajoute le concept de prédateur par quoi il désigne la communautébamiléké. Le professeur Mouangue Kobila, par le recours aux figures denorme/outrage qui transparaît dans son texte, tente de donner un statutjuridico-scientifique au corpus politique et idéologique que j’évoquai àpropos du problème bamiléké.Que dire pour conclure ? Le couple conceptuel autochtone/espace vital,nous le revendiquons sur le plan ontologique, philosophique, théologique,éthique, idéologique et politique. Nous sommes des panafricanistes etnotre doctrine, c’est le panafricanisme historique qui est une volontéintransigeante de libération.Pour nous donc, le couple conceptuel autochtone/espace vital estprogrammatique.A propos du concept d’autochtone, notre maître à penser, Cheikh AntaDiop nous rappelle qui nous sommes. Il écrit : «selon toute vraisemblance,les peuples africains actuels ne sont nullement des envahisseurs venusd’un autre continent ; ils sont tous autochtones »23. Chacun de nous est22 Le Journal, Le Jour no 1103 du jeudi 12 janvier 201223 Cheikh Anta Diop, op.cit, p.11 14
  15. 15. donc fondé à revendiquer sa qualité ontologique, philosophique,théologique, éthique, politique d’autochtone dans cet espace vital qu’estpour nous, le continent noir. D’où cette précision du Savant Cheikh AntaDiop : « Les dernières découvertes scientifiques qui font de l’Afrique leberceau de l’humanité excluent de plus en plus la nécessité de peupler lecontinent africain à partir des autres »24.Sur cet espace vital, le Continent noir, il faut bâtir un nouveau corpspolitique, un nouveau corps de vérité et cela est posé par Cheikh Anta Diopcomme un impératif catégorique, voire une nécessité historique. CheikhAnta Diop écrit : « Il faut faire basculer définitivement l’Afrique Noire sur lapente de son destin fédéral »25.Kwamé Nkrumah, le philosophe, l’hommed’Etat, théoricien du panafricanisme et théoricien de la guerre de libérationdu Continent noir, précise davantage la pensée de Cheikh Anta Diopquand il écrit à son tour : « L’Afrique est le centre de la Révolution duMonde Noir ; tant qu’elle ne sera pas unie sous un gouvernement socialisteunifié, les Hommes Noirs du monde entier n’auront pas de foyer national.C’est autour de la lutte des peuples africains pour la libération et l’unité duContinent qu’une authentique culture négro-africaine prendra sa forme.L’Afrique est un Continent, un Peuple, une Nation »26. Et pour être encoreplus précis, Nkrumah ajoute : « Tous les peuples à descendance africaine,qu’ils vivent au nord ou au sud de l’Amérique, aux Antilles, ou dansquelques autres parties du monde, sont des Africains et appartiennent à laNation africaine »27. S’inscrivant sur la même lignée philosophique,politique, idéologique et éthique, le théoricien et activiste du mouvement delibération du peuple noir des Etats-Unis, Malcolm X, écrit pour sa part :« De même que le Juif américain est en harmonie politique, économique etculturelle avec le judaïsme du monde entier, de même il est temps que lesAfro-américains deviennent partie intégrante des panafricanistes du mondeentier ; même si nous devons rester physiquement en Amérique, en luttantpour les avantages que nous garantit la Constitution, il nous fait revenir en24 Cheikh Anta Diop, op.cit, p.1125 Cheikh Anta Diop, op.cit, p.3126 Kwame Nkrumah, La lute des classes en Afrique, Présence Africaine, Paris 1972, p. 10727 Kwame Nkrumah, op.cit, p. 107 15
  16. 16. Afrique philosophiquement et culturellement et créer une unité efficacedans le cadre du panafricanisme »28. PANAFRICANISME OU ETHNOSEISMETelle est l’alternative, théorique et pratique. Telle est la ligne dedémarcation philosophique, politique, théologique, éthique et idéologique.On doit pouvoir, ici et maintenant, choisir son camp comme on le fait entemps de guerre. Yaoundé le 17 janvier 2012 Sindjoun Pokam Philosophe sindjounpokam@yahoo.fr28 Malcolm X, Le Pouvoir Noir, éd. L’Harmattan, Paris, p.100 16

×