Etre un citoyen connecté pendant la campagne présidentielle
Une enquête ethnographique
La question de notre enquête :
Comment les citoyens vivent-ils leur campagne électorale entre
tv, radio, internet, ordinat...
Méthodologie

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Notre terrain d’enquête

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enquêteurs :
Laurence Allard, maîtresse de conférences en Sciences de l’Information et de la
C...
1.
Les citoyens ont tous leur manière propre de
pratiquer activement l’information politique, et de
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(1) En bref …
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Les panoplies de campagne de nos interviewés

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Au moyen de leur panoplie d’outils et de médias, les citoyens
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Les combinaisons transmédiatiques des citoyens connectés

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n’ai pas pu lire dans la
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Cette campagne a été marquée par une rupture avec la position
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La prédilection pour les deuxièmes temps de l’information
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Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats
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Dans le cadre de ces pratiques transmédia, comment comprendre
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La télévision se trouve aujourd’hui deux fois redéfinie :
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La télévision et ses médiamorphoses :
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2.

Le tabou du « parler politique » n’est pas levé par
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Parler politique par image … pour ne pas parler politique
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Quelques stratégies d’énonciation politique pour
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Liker : une fonctionnalité polysémique

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Quelques stratégies d’énonciation politique pour
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Liker : une fonctionnalité polysémique
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Quelques stratégies d’énonciation politique pour
dire sans dire

Liker : une fonctionnalité polysémique
Exprimer son vote ...
Quelques stratégies d’énonciation politique pour
dire sans dire

Liker : une fonctionnalité polysémique
Exprimer son vote ...
Dans les échanges de mails comme sur les réseaux sociaux,
la norme sociale est celle de l’évitement civique (1/2)

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Dans les échanges de mails comme sur les réseaux sociaux,
la norme sociale est celle de l’évitement civique (2/2)

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Twitter comme espace de ressources oppositionnelles

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Dans le secret de l’isoloir ? Ce qui se montre de l’intimité civique

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En dehors des réseaux sociaux, jouer son rôle conversationnel
reste la finalité majoritaire des usages des outils et des m...
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Les outils connectés permettent de transformer le
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Comment transformer son devoir civique en plaisir numérique (1/2)

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Comment transformer son devoir civique en plaisir numérique (2/2)

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Mais détourner le politique n’équivaut pas à
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Regarder d’ailleurs : Internet comme espace transnational

La politique française sous le regard
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Internet est pratiqué, selon les cas, comme …

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Un Internet qui me ressemble, face à une télé de hasard

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Internet est pratiqué, selon les cas, comme …

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Internet, fidèle à sa fonction d’espace spéculaire, est utilisé pour
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Poster pour savoir ce que l...
Au sein de ces combinatoires transmédiatiques,
Internet est pratiqué, selon les cas, comme …

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un observatoire pluralist...
La politique par onglets

Quand l’opinion est rendue floue par
la logique de navigation hypertextuelle

«Je n’ai pas pris ...
5.

La campagne 2012 a inauguré de nouvelles formes
de militance connectée, qui privilégient
la parole libre.

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(5) En bref …

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De l’avis des militants rencontrés, la campagne 2012 a été animée par une véritable stratégie
numérique....
La gamme large de la militance connectée (1/2)

Plutôt que comme espace de débat,
Internet a été utilisé comme un outil de...
La gamme large de la militance connectée (2/2)
« Poster mon opinion sur Facebook, c’est ma façon à
moi de militer.» , Luci...
Les techniques digitales de la parole militante :
les petits mots qui circulent, préférés aux consignes (1/2)

Facebook et...
Les techniques digitales de la parole militante :
les petits mots qui circulent, préférés aux consignes (2/2)

La fabrique...
6.

La nouveauté de la campagne 2012, c’est la
métamorphose des espaces publics par la
connexion.

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(6) En bref …

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Le véritable espace public de débat connecté aujourd’hui n’est pas « Internet » en soi. Par
l’internet m...
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des outils numériques connectés (1/2)

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Nouveaux espaces publics hybrides : espaces de conversation autour
des outils numériques connectés (2/2)

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Elections présidentielles : Les principaux enseignements de l'étude sur le nouveau rapport à la politique du citoyen connecté à l’heure du numérique

  1. 1. Etre un citoyen connecté pendant la campagne présidentielle Une enquête ethnographique
  2. 2. La question de notre enquête : Comment les citoyens vivent-ils leur campagne électorale entre tv, radio, internet, ordinateurs, tablettes et téléphones mobiles ? 2
  3. 3. Méthodologie 3
  4. 4. Notre terrain d’enquête 2 enquêteurs : Laurence Allard, maîtresse de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Lille 3, chercheuse Paris 3/IRCAV Joëlle Menrath, directrice de Discours & Pratiques En temps réel pendant la durée de la campagne Ethnographie digitale : • • • • Observations sur les réseaux sociaux, forums, blogs, sites de presse Analyses de SMS, MMS et photos mobiles Analyse d’une centaine de mails (associés à des diaporamas) transférés quotidiennement par nos interviewés Aspiration de tweets pendant l’émission "Des Paroles et des Actes" et le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Observations ethnographiques dans les meetings, les bureaux de vote, les espaces publics 30 Une 30aine entretiens de longue durée auprès de personnes de milieux sociaux contrastés 3 d’ entretiens à la volée secteurs géographiques investigués : Paris et région parisienne, Lisieux et villages alentours, Strasbourg et villages alentours 4
  5. 5. 1. Les citoyens ont tous leur manière propre de pratiquer activement l’information politique, et de refuser d’être de simples spectateurs. 5
  6. 6. (1) En bref … • Aujourd’hui les citoyens connectés ont à leur disposition une panoplie d’outils et de médias, qu’ils utilisent tous activement et qui leur permet, selon leur bon vouloir, de rompre avec une position spectatorielle qui les assigne à un format, à un lieu et à une temporalité. Cette combinaison transmédiatique leur permet de devenir des protagonistes de la campagne présidentielle. (p.7-11) • Ils peuvent ainsi ne plus se contenter de « recevoir » l’information politique, et se l’approprier à leur manière propre. C’est le cas notamment de René, chauffeur de taxi, qui fait le choix de ne pas se rendre « au rendez-vous » de l’annonce télévisuelle de la candidature d’un des prétendants à l’élection, et d’accéder à son discours, décrypté, sur Internet, le lendemain. (p.12- 13) • • • La prédilection pour le « deuxième temps de l’information », le temps du décryptage, permet de bénéficier de la perspective offerte par les regards d’experts mais aussi « d’autres soi-même », des internautes « ordinaires ». Ceci explique le goût du off et des décodages où la communication politique se trouve mise à nu. (p.14) Recouper les informations, et mener son enquête, la souris à la main, en recourant à des sites de fact checking, aux comparateurs et autres « véritomètres » sont les pratiques numériques que la campagne 2012 a mises à l’honneur. Les usages de Twitter ont, eux, initié une dynamique inédite de décryptage collectif entre anonymes, sur un mode ludique, qui connecte vision et lecture en double écrans (double screening). (p. 15-19) Mais l’enquête a révélé de façon plus transversale que, même lorsqu’ils ne sont pas des contributeurs créatifs ou actifs sur Internet, les citoyens connectés se donnent aujourd’hui les moyens d’être de véritables praticiens de l’information, en choisissant à la fois la temporalité de leur calendrier électoral, les outils et les formats d’accès qui leur conviennent. Voire de révéler avant l’heure, les résultats. Si, dans les sondages réalisés pendant la campagne, la télévision semble rester la pièce maîtresse de ces agencements transmédiatiques, c’est qu’elle est une toile de fond à laquelle se reporter, et une matière première à laquelle on accède par de multiples médiamorphoses. Ainsi Sabine, 35 ans, met-elle « le JT sur pause » sur sa box, si les titres l’intéressent, pour y revenir une fois ses enfants couchés, tandis que Yasmine, 19 ans, visionne les extraits de débats sur Dailymotion en rentrant par mots clé. (p.20-23) 6
  7. 7. Les panoplies de campagne de nos interviewés 7
  8. 8. Au moyen de leur panoplie d’outils et de médias, les citoyens connectés sont les protagonistes de la campagne électorale. « Si le JT m’intéresse, je mets sur pause sur la box et je couche les enfants », Sabine, en recherche d’emploi, 35 ans, Paris, j-18 1er tour 8
  9. 9. Une journée transmédia de Yves, cadre supérieur de santé dans un hôpital psychiatrique, Hoerdt (67) 7h 8h 9h 12 h 17 h 19 h 20 h 9
  10. 10. Les combinaisons transmédiatiques des citoyens connectés « Je lis les articles que je n’ai pas pu lire dans la journée » 7h 8h 9h 12 h 17 h 19 h 20 h 10
  11. 11. Quelle que soit leur panoplie propre d’outils et de média, nos interviewés opèrent tous un partage entre pratiquer l’information politique et en être le simple spectateur « Dans les matinales sur France Inter ou sur Europe 1, j’ai tout ce qu’il y a à la télé la veille en mieux : les commentaires des candidats sur leur prestations télévisuelle, les analyses des journalistes et des experts. J’ai une variété de points de vue, ça me fait réfléchir. La télé, non. C’est comme pour le sport : j’adore faire du sport, mais c’est pas pour autant que j’aime regarder un match à la télé. » Pierre, 43 ans, commercial, Strasbourg. « Pour savoir qui voter, je regarde les commentaires de la télé dans l’Eveil. Là ils expliquent, ils critiquent : on a le point de vue du journaliste. Quand je regarde un discours en entier à la télé, pour moi, c’est comme regarder un film, c’est du spectacle, j’y crois pas une seconde. C’est pas avec ça que je vais me décider. » , Jacqueline, 58 ans, chauffeure routier retraitée, Bailleul la Vallée (27) « Je préfère les extraits de débats télévisés sur Internet car je sais de quoi ça va parler. Il y a le titre dans le thème. Ça résume en gros ce qu’a dit le candidat. Les débats à la télévision, j’arrive pas à regarder, faut rester devant. » Adèle, étudiante, 20 ans, Paris, j-32 1er tour. 11
  12. 12. Cette campagne a été marquée par une rupture avec la position spectatorielle comme assignation à un format, à un temps, à un lieu, et à une attitude. Quand refuser d’être spectateur est une prise de position politique « Eh bien moi, je n’ai pas regardé Sarko à la télé dimanche soir : j’ai regardé toutes les chaînes sauf lui. Je ne veux pas me laisser dicter un horaire par lui. Je préfère regarder après sur Internet , des petits extraits vidéos, avec des commentaires. Je ne veux pas juste écouter du blabla, et on sait que Sarko, il est fort pour nous entourlouper » Chauffeur de taxi, Paris, j-35 1er tour. « The Spectator» (1711-1712), origine historique du statut spectatoriel du citoyen, qui consistait à commenter à voix haute avec d’autres ses lectures dans un café. 12
  13. 13. La prédilection pour les deuxièmes temps de l’information Le goût du off « Une séquence avec une faute de langage comme la « méprisance », je vais sur Internet quand j’ en ai entendu parler sur France inter et je vais le réécouter en extrait sur DailyMotion, Youtube. » Samuel, 39 ans, Paris, j-18 1er tour. Décrypter avec d’autres soi-mêmes « Les journalistes ils sont tous formatés, il y a pas d’autodidactes. Voilà pourquoi sur Internet, il y a des trucs sympas. Internet, cela peut être bon ou mauvais , c’est le discours de chacun. », Valérie, coiffeuse, 51 ans, Paris, j-6 1er tour. « Les vidéos off, on voit le fond de la personne, sans langage policé, sans discours qui se répète. » Laurence, commerciale, Strasbourg, j – 5 1er tour 13
  14. 14. Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats télévisuels mis en observation collective • Re-scénariser le débat 14
  15. 15. Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats télévisuels mis en observation collective • Re-scénariser le débat • Focaliser le regard sur des détails 15
  16. 16. Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats télévisuels mis en observation collective • Re-scénariser le débat • Focaliser le regard sur des détails • Faire voir les coulisses 16
  17. 17. Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats télévisuels mis en observation collective • Re-scénariser le débat • Focaliser le regard sur des détails • Faire voir les coulisses • Déconstruire la matière formelle du discours politique : gestes, apparences, physionomie corporelle et langagière … 17
  18. 18. Parler politique en 140 caractères : l’exemple des débats télévisuels mis en observation collective • Re-scénariser le débat • Focaliser le regard sur des détails • Faire voir les coulisses • Déconstruire la matière formelle du discours politique : gestes, apparences, physionomie corporelle et langagière … • Fédérer autour d’un canal sémantique 18
  19. 19. Dans le cadre de ces pratiques transmédia, comment comprendre que la télévision reste le premier média dans les sondages ? Dans les pratiques observées Dans les sondages La télévision reste la première source d’information. Par delà le calendrier institutionnel, le temps électoral de la campagne s’incarne dans un genre : l’information politique en continu. La télévision est le premier vecteur d’information, pour 74% des sondés, avant Internet (40%) et la radio (34%). La télévision apparaît comme la toile de fond de ce flux continu d’informations. (Sondage CSA, le 11 avril 2012) Avec les possibilités offertes par le numérique, les contenus télévisuels deviennent une matière première malléable. Les citoyens connectés choisissent à la fois : • le rythme de leur temporalité électorale à travers leurs combinaisons d’outils et de médias • leur média d’accès et leur format d’accès 19
  20. 20. La télévision se trouve aujourd’hui deux fois redéfinie : • …dans son rôle de productrice de programmes : une matière audiovisuelle fournie en partie clés en main par les équipes de campagne. • …dans ses usages : regarder en direct sur l’écran de télé, en différé, user des fonctions pause, regarder sur un écran d’ordinateur, de mobile ou de tablette, en live ou rattrapage ou regarder des extraits compilés ou décryptés. « Il faudrait deux, trois, quatre téléviseurs et deux fois plus d’yeux. Sur chacune des chaînes d’info et la parlementaire LCP, des meetings, des meetings et encore des meetings. Samedi, c’était simple. Un même Jean-Luc Mélenchon en direct du Prado sur LCI, i-Télé et BFM TV. Dimanche, c’est la fête du split-screen.» Meetings : La fête du split sur les chaînes d’info, Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos, Libération, 17 avril 2012. 20
  21. 21. La télévision et ses médiamorphoses : « pour regarder la télé, je passe par ça … » Les programmes télé « Je regarde la télé avec mon ordinateur à côté pour aller voir les chiffres des sondages », Henri, 35 ans, technicien, Bailleul la Vallée (27) La télé connectée : le double screening Titres des fils d’information ou des portails mails « Je retrouve les titres du JT sur mon portail Orange », Marie, 38 ans, institutrice, Cormeilles (27) Emission de radio « Je suis les programmes télé sur les élections à travers la radio le lendemain matin », Pierre, 43 ans, commercial, Strasbourg Extraits vidéos sur Internet Commentaires des émissions sur Twitter /Facebook « Je regarde des extraits de débats à partir des gens qui les partagent sur Youtube. Je regarde en fonction du titre si ça va m’intéresser », Amina, 19 ans, étudiante en design commercial, Paris « Je n’étais pas chez moi : j’ai suivi le débat DPDA sur Twitter », Florence, 42 ans, architecte, Paris Applications pour tablette tactile « La télévision n me sert que d’écran, je regarde la télé en rattrapage sur l’iPad avec l’appli France 2 », Luc, 51 ans, diplomate, Paris, j – 4. 21
  22. 22. 2. Le tabou du « parler politique » n’est pas levé par Internet. 22
  23. 23. (2) En bref … • La politique reste un domaine privé à la ville comme sur les écrans. Les réseaux sociaux ne sont pas devenus l’espace privilégié du débat public, mais ils favorisent des formes d’échanges autour des contenus politiques où ne se révèlent pas explicitement les opinions et qui évitent la confrontation d’idées. (p.24-25) • Poster des images d’affiches détournées, parler par diaporamas et par articles de presse interposés, commenter la forme d’une blague politique et ne rien dire du fond, utiliser la procédure automatisée du like pour ne pas avoir à en dire plus, dire son choix de vote par un message codé, retweeter un message… sont des exemples d’expressions multimodales, iconiques et audiovisuelles indirectes par lesquelles on s’exprime sur la politique sans se dévoiler et sans entrer en débat plus avant. (p.26-29) • La réalité des pratiques ne va donc pas dans le sens de la représentation idéalisée d’un Internet où s’épanouirait le débat public. Au contraire, tout le travail expressif des internautes est au service de la certitude partagée selon laquelle, dans toutes les situations, « l’opinion politique est personnelle ». « L’évitement civique » semble constituer la norme sociale qui régit les échanges politiques sur les réseaux sociaux. Cette notion se réfère à celle d’« inattention civile » forgée par le sociologue Erving Goffman pour désigner les comportements par lesquels on reconnaît l’autre comme un interlocuteur possible, tout en ne s’engageant pas dans l’interaction. (p.30-31) • Même quand le choix de vote donne lieu, le jour J, à ce qui s’apparente à un ‘coming out’, ce qui se montre du secret de l’isoloir ne se dévoile pas sans élaboration sur les réseaux sociaux : prendre l’avatar de son candidat, poster la photo de son bulletin de vote, écrire son soulagement ou sa déception le lundi matin et « nettoyer » son profil le lendemain sont des mises en scènes réfléchies, et souvent momentanées. (p. 32-36) 23
  24. 24. Parler politique par image …pour ne pas parler politique : nouvelles images édifiantes Les … Mail envoyé par C., retraité, ancien électronicien, à 10 de ses contacts, Souffelweyersheim (67) 24
  25. 25. Parler politique par image … pour ne pas parler politique Posts d’images détournées et commentaires sur la forme : Quand la conversation politique porte sur la matière formelle du débat 25
  26. 26. Quelques stratégies d’énonciation politique pour dire sans dire Liker : une fonctionnalité polysémique 26
  27. 27. Quelques stratégies d’énonciation politique pour dire sans dire Liker : une fonctionnalité polysémique Exprimer son vote par un avatar, ou par un message codé. 27
  28. 28. Quelques stratégies d’énonciation politique pour dire sans dire Liker : une fonctionnalité polysémique Exprimer son vote par un avatar, ou par un message codé. Parler politique par articles de presse interposés 28
  29. 29. Quelques stratégies d’énonciation politique pour dire sans dire Liker : une fonctionnalité polysémique Exprimer son vote par un avatar, ou par un message codé. Parler politique par articles de presse interposés Prendre position indirectement par un « RT » 29
  30. 30. Dans les échanges de mails comme sur les réseaux sociaux, la norme sociale est celle de l’évitement civique (1/2) Certes, l’élection présidentielle est devenue un sujet de conversation sur les réseaux sociaux et dans les échanges par mails. Mais, en dépit des divergences, ces contenus ne donnent que très rarement lieu à un débat. D’après une enquête américaine de Pew Internet, si 75% des usagers de fb postent des contenus politiques, 66% les ignorent (mars 2012) D’après une enquête Publicis Consultants / Net Intelligenz, les pages des candidats ont peu de fans actifs communs, preuve qu’on ne peut pas parler de « débat politique » sur le réseau social, Avril 2012 30
  31. 31. Dans les échanges de mails comme sur les réseaux sociaux, la norme sociale est celle de l’évitement civique (2/2) Facebook : Editer le débat Cette norme sociale peut être transgressée : elle donne lieu alors à des réparations Twitter : Occuper le terrain d’une guérilla «Il y a eu une esclandre avec une « amie Facebook » J’ai découvert qu’elle était Chevènementiste quand elle a réagi à un article que j’ai posté autour de Chevènement et son ralliement à Hollande. Elle a commenté en disant : « Je ne supporte pas que tu insultes Chevènement.» J’étais géné, je me suis excusé par commentaire.» Laurent, 51 ans, employé de banque, Paris, j-4 1er tour. sémantique Dans le Tweet-Clash se manifeste une agonistique des énoncés à l’œuvre aussi sur les réseaux sociaux. 31
  32. 32. Twitter comme espace de ressources oppositionnelles • • • Corpus de Des paroles et des actes de Nicolas Sarkozy du 6 mars: 1467 tweets sur 3 minutes entre 22h19 et 22h22 dont 1430 tweets uniques, 791 RT et 87 liens : articles anti-sarkozy pour les 2/3 A savoir que pour #ledébat 500 000 tweets émis par 90 000 internautes 32
  33. 33. Exemples de « coming out » le jour J 33
  34. 34. Dans le secret de l’isoloir ? Ce qui se montre de l’intimité civique 34
  35. 35. « La politique, c’est privé » : un domaine emblématique de ce qu’est l’expression de l’intimité sur les réseaux. Les signes de la confidentialité Comme tout ce qui relève de l’intimité, l’opinion politique ne s’expose pas de façon débridée et sans élaboration sur Facebook. « Sur mes 200 amis « facebook », il y a une personne seulement avec qui je pourrais parler politique. Sinon je ne pourrai pas parler politique sur les réseaux sociaux » Sonia, étudiant, 20 ans, Châtenay Malabry, j-32 1er tour. « Sur Facebook, c’est plus personnel . Mes contacts sont mes amis. Je discute des élections de visu avec eux. Sur Facebook, ça ne discute pas vraiment. », étudiant, Sciences Po, Meeting François Hollande, Vincennes, j-6, 1er tour. 35
  36. 36. En dehors des réseaux sociaux, jouer son rôle conversationnel reste la finalité majoritaire des usages des outils et des médias numériques La conversation en face à face demeure la matrice de l’opinion publique. Selon les milieux sociaux et culturels, les exigences associées à ce rôle varient fortement. Nous avons rencontré deux configurations : 1. La double exigence conversationnelle : entre « devoir de savoir » et « devoir de réserve » : ne pas ignorer et ne pas s’exprimer 2. La valeur ajoutée par Internet à la conversation « J’essaie de suivre le fil continu de l’information, histoire de ne pas tomber dans une conversation, et de ne pas savoir de quoi on parle », Pierre, 43 ans, commercial, Strasbourg. « Cela me semble important de pas avoir l’air complètement idiote sur des sujets politiques d’actualité, de pouvoir alimenter une conversation » Nadine, 45 ans, esthéticienne, Strasbourg. « Dans mon métier de commercial, il ne faut pas que je me trouve en défaut pendant une discussion avec un client. Je dois être d’aller dans le sens de convictions qui ne sont pas du tout les miennes » « Sur un site comme le véritomêtre, je cherche le chiffre, ou l’info qui va clouer le bec à mon interlocuteur… », Cécile, 25 ans, consultante, Paris. « Un site comme le véritomêtre, j’y vais souvent, ça me permet d’avoir des chiffres ou des raisonnements à sortir de mon chapeau dans les discussions avec mes amis, ou mes collègues, ou ma chef qui a priori n’a pas les mêmes opinions politiques que moi ». 36
  37. 37. 3. Les outils connectés permettent de transformer le devoir civique en bon plaisir numérique. 37
  38. 38. (3) En bref … • Les citoyens choisissent leurs combinaisons transmédiatiques en fonction de leurs contraintes quotidiennes, mais aussi de leur bon plaisir. Ainsi Hubert, 56 ans, se dit-il qu’il retrouvera « tout sur Internet » le lendemain dès qu’il sent poindre l’ennui devant une émission politique à la télévision ; Jean-Marie, 75 ans, télécharge sur son lecteur MP3 son émission de radio politique favorite pour accompagner sa promenade quotidienne ; Carole, 35 ans, « passe par » ses amis Facebook pour voir les vidéos et lire les articles « qui comptent » ; Vincent, 30 ans, ne supporte pas de regarder un débat télévisé sans le suivre en parallèle sur Twitter qui réenchante ce moment qu’il considère comme ennuyeux. (p.39) • En outre, au travers de la gamme large des traitements du politique qu’il offre, Internet donne de la saveur au devoir civique. Pour Véronique, 39 ans, qui se contraint chaque matin à « entretenir sa culture générale » politique, faire défiler les actualités de la campagne électorale sur son application mobile est une façon d’agrémenter son effort, tout comme Luc, électeur de d’un parti de gauche, podcaste avec plaisir les imitations de Laurent Gerra qu’il considère pourtant à droite. (p.40-41) • Mais, si le « LOL » ou le second degré est une autre clé d’entrée dans la campagne politique, surtout pour les plus jeunes, détourner la politique n’équivaut pas à s’en détourner. S’amuser avec le podcast d’un humoriste, regarder des vidéos farcesques, poster des caricatures qui déconstruisent la communication politique ou remixer les phrases d’un débat n’implique pas une perte d’exigence vis-à-vis du politique. Les plus jeunes de nos interviewés attendent du président idéal qu’il soit doté d’une nouvelle compétence de communication politique, qui consiste à pouvoir s’échapper de ces détournements humoristiques : « savoir se débrouiller pour ne pas être caricaturé », comme le dit Samira, une étudiante de 20 ans. (p.42) 38
  39. 39. A l’heure du numérique, vivre sa campagne présidentielle est une expérience polyphonique et sensorielle, qui déjoue les spécialisations attribuées aux différents médias. « Je regarde la télé à travers la radio » « Les titres de mon portail d’accueil Orange, je clique dessus quand je ne les ai pas encore entendu dans la journée » « La télé, je l’ai lendemain sur Internet » « Je regarde pas la télé, je l’écoute » «Tu vois avec la TV si tu as des images à voir en plus de l’info radio » « Sur internet, c’est un autre regard, ce n’est pas comme la TV. Avec la radio et les articles Yahoo, c’est suffisant. » 39
  40. 40. Comment transformer son devoir civique en plaisir numérique (1/2) Un plaisir qui tient à l’adaptabilité propre aux outils numériques • • • aux contraintes des situations de vie aux capacités sensorielles aux dispositions corporelles « J’aime pas être assis trop longtemps devant la télé pour les discours parce qu’au bout d’un moment j’ai mal au dos. Donc j’arrête quand j’en ai marre de rester assis, et je passe sur l’ordinateur, où je vais tout trouver, à mon rythme » « Dans le bus, avec mon iPhone je profite des 20 minutes de trajets pour écouter France Inter, et selon les sujets qui m’intéressent, je vais lire plus à fond les articles. » « Je me suis assez ennuyé devant les débats télévisés, j’en ai vu des campagnes : maintenant , dès que je sens que cela m’ennuie, je change de chaîne, et le lendemain, je vois ce qui s’est passé sur Internet. ». 40
  41. 41. Comment transformer son devoir civique en plaisir numérique (2/2) Se distraire du politique … avec le politique Pour certains électeurs, le numérique vient agrémenter l’ennui de la politique. « Je regarde les débats avec le livetweet de Libé ou je regarde sur Twitter sans avoir de comptes. Twitter ça a un petit côté match, second degré.», Attaché Territorial, 35 ans, Meeting Hollande, Vincennes, j-7 1er tour. « Je n’accède à la politique qu’à partir de Facebook, et de ce que postent mes amis. Sinon, ça m’ennuie. », Carole, 43 ans, esthéticienne, Strasbourg, J – 2, 1er tour. 41
  42. 42. Mais détourner le politique n’équivaut pas à s’en détourner Démonter la communication politique n’implique pas une perte d’exigence vis-àvis du politique « Le président devient le joujou de tout le monde. A force, il est désacralisé. On a le sentiment qu’on peut aller lui parler au bistrot du coin. Dans un blog, j’ai même lu une comparaison du président avec du Lactimel. », Yacine, 20 ans, étudiant, Paris, J - 20 « C’est au président de se débrouiller pour qu’il ne soit pas caricaturé » Sofia, étudiante, 20 ans, Châtenay Malabry, j-32 , 1er tour 42
  43. 43. 4. Internet joue le rôle d’un observatoire pluraliste favorisant la curiosité politique. 43
  44. 44. (4) En bref … • Internet est décrit dans la panoplie transmédiatique par nos interviewés comme un outil de stimulation intellectuelle et de fluidification des clivages idéologiques. La navigation dans des programmes politiques qui peut s’effectuer par ouvertures de plusieurs onglets simultanés permet par exemple de s’intéresser à des idées opposées aux siennes, en citoyen qui veut s’éclairer, de jeter un œil sur plusieurs propositions ou de visiter le site d’un parti en simple curieux. Luc, 51 ans, qui vote à gauche, nous dit « oser » aller sur le site du parti d’extrêmedroite alors « qu’autrefois », il jugeait trop engageant d’acheter Minute chez son marchand de journaux. • En fonction de la combinaison d’outils et de médias pratiquée pour se former une opinion durant la campagne, des choix de vote peuvent être recombinés. Quand il regarde la télévision, Patrick, 38 ans, ancien militant communiste, pense voter pour le candidat de son parti. Mais, sur Twitter, confronté à la succession des tweets sur les comptes d’autres candidats, il ne sait plus « qui dit quoi sur l’écologie », et son opinion vacille. • Cette qualité pluraliste d’Internet rend possible des pratiques militantes stéréophoniques, comme celles de Julien, 37 ans, qui regarde les débats de « Des Paroles et des Actes » sur son ordinateur tout en suivant le compte Twitter d’une personnalité politique sur son mobile pour « voir comment les mecs de droite réagissent.» Il est donc vain de chercher à déduire le profil politique d’un citoyen à partir de ses pratiques numériques. 44
  45. 45. Des combinatoires transmédiatiques qui mettent l’opinion dans tous ses états De l’opinion imperméable … « Moi je vote à droite depuis que je peux voter. Je regarde TF1, ça me suffit. Oui, j’ai les applis ‘Le Figaro’ et tout ça dans mon mobile, et je les regarde, mais bon, je sais pour qui voter.» Louis, Forain, 65 ans, Paris, j-30 1er tour. … à l’opinion soluble dans le numérique « Je ne sais plus du tout quoi penser après avoir vu les débats et être allés le lendemain sur internet, les sites de vérification » Etudiante, 25 ans, Paris, j-34 1er tour .. en passant par l’opinion fluidifiée par les combinaisons d’outils et de médias « Avec Internet, l’iPad, les applications, je me sens moins prisonnier d’un camp politique pour lequel je votais par lien de famille politique. Ces outils donnent de fluidité mais pas sur le fond car il y a un attachement aux fondamentaux. Mais la couleur politique m’importe moins. Je vais plus à la pêche des idées qui me ressemblent que cela soit à gauche ou à droite. » Luc, 51 ans, diplomate, Paris, j-4 1er tour. 45
  46. 46. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 un observatoire pluraliste 2 un espace idiosyncrasique 3 un laboratoire expressif 4 au service • d’usages stéréophoniques • de la découverte de curiosités politiques • d’un regard transnational une machine hypertextuelle 46
  47. 47. L’observatoire pluraliste au service d’un usage stéréophonique de la politique Suivre plusieurs comptes de candidats simultanément « Je ne sais plus qui dit quoi entre mes différents comptes de gauche. Si je regarde la télé, je vote Mélenchon. En suivant Twitter je ne sais plus trop entre Mélenchon et Eva Joly qui a dit quoi. Je me déciderai après les premiers sondages qui sortiront sur Twitter », Pierre, 40 ans, développeur, j-33 1er tour Prendre connaissance d’idées politiques hors de la seule logique partisane « Je suis allée voir aussi le site de Marine Le Pen. C’est une nouvelle façon de s’informer. J’ose accéder à des choses comme ça. Autrefois, cela signifiait aller acheter Minute chez mon marchand de journaux. Le site de Le Pen est gratuit, l’anonymat ne nous engage pas. », Lucien, 51 ans, enseignant, Paris, j-4, 1er tour. Regarder un débat télévisé tout en lisant sur Twitter les réactions de l’autre camp « Je regarde les débats avec Twitter pour me marrer et voir comment les mecs de droite réagissent. Par exemple, je suis le compte de Coppé pour voir ce qu’il dit sur Hollande. », Attaché Territorial, 35 ans, meeting Hollande à Vincennes, 15 avril 2012, j-7 1er tour. S’observer entre militants « Je vais aussi poster sur les forums du Figaro et de Libération. On s’aperçoit en fait qu’il y a plus de gens à droite sur les forums de Libé et plus de gauche sur celui du Figaro. », Madeleine, sans emploi, 36 ans, Strasbourg. 47
  48. 48. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 un observatoire pluraliste 2 un espace idiosyncrasique 3 un laboratoire expressif 4 au service • d’usages stéréophoniques • de la découverte de curiosités politiques • d’un regard transnational une machine hypertextuelle 48
  49. 49. Au spectacle de l’hybridité : Internet, cabinet des curiosités politiques. Internet est apprécié pour ses qualités de fluidification voire de recombinaison politique. Il constitue pour certains une réserve de curiosités idéologiquement hydrides échappant au clivage droite/gauche, nées du réseau et auxquelles seul il donne accès. « Je vais sur certains sites directement comme ce site ‘Causeur.fr ’. Ce sont des objets politiques hybrides. Internet cela permet d’entrer dans des clubs où on n’aurait pas accès. » Laurent, 55 ans, médecin, Paris, j-4 1er tour « Le soir avec mon neveu de 23 ans, on fait des tas de choses sur Internet, on fouille, on parle d’un thème et on clique de site en site, comme par exemple la finance. Il y a de l’info sympa sur Internet dont on ne parle pas sur les médias ou juste des petits titres. Internet ça donne des infos, ça fait réfléchir. » Arnaud, technicien PAO au chômage, Paris. 49
  50. 50. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 un observatoire pluraliste 2 un espace idiosyncrasique 3 un laboratoire expressif 4 au service • d’usages stéréophoniques • de la découverte de curiosités politiques • d’un regard transnational une machine hypertextuelle 50
  51. 51. Regarder d’ailleurs : Internet comme espace transnational La politique française sous le regard des médias étrangers. La possibilité de téléchargement d’applications de presse étrangère joue également un rôle dans ce statut d’observatoire. « Autrefois, la presse nationale était un moyen de me faire mes idées. Aujourd’hui, je regarde le point de vue de l’étranger. J’ai l’appli du New York Times sur mon iPad. Il y a une prise de distance, un véritable effet transformationnel. Il y a eu une confirmation de mes intuitions sur tel ou tel sujet, sur le profil des candidats, sur la façon dont le débat politique français est perçu à l’étranger. Cela entraine une relativisation des enjeux. » , Lucien, 51 ans, diplomate, Paris, j-4, 1er tour. 51
  52. 52. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 2 un observatoire pluraliste un espace idiosyncrasique 3 un laboratoire expressif 4 une machine hypertextuelle 52
  53. 53. Un Internet qui me ressemble, face à une télé de hasard Nous avons aussi rencontré un usage d’Internet visant à éviter le pluralisme en choisissant son angle. Internet peut être alors utilisé comme espace contre-public. « Je regarde jamais la télévision, je ne vais que sur des sites indépendants comme Agoravox. Je n’ai aucune confiance dans les médias qui manipulent. On échange de vidéos politiques par mail, des vidéos qui changent des sentiers battus entre copains de la même mouvance. Je vais tous les jours sur Youtube et chercher par mots-clés «Dieudonné, Tariq Ramadan... » Et je vais sur Wikipédia pour vérifier les sources. », Employé de la banque de France, 30 ans, j-32 1er tour. Cette façon d’entrer dans la politique par mots clés requalifie la télévision comme un espace de découverte, et de promiscuité parfois indésirable « J’ai pas regardé beaucoup les débats depuis le 1er tour. Je suis tombée par hasard sur un débat vraiment bien, l’émission « C dans l’air » sur les électeurs de Marine Le Pen. », Marie, 39 ans, commerçante, j-3 2nd tour. « J’ai changé de comportement cette année. Avant je regardais les débats. Cette année, non. J’ai un blocage cette année. Je ne peux plus voir Sarko, dès que je le vois je zappe. Je ne vais pas aller voir la télévision pour ne pas tomber dessus », Carole, institutrice, 35 ans, Paris, j-18 1er tour « Avec Internet, on cible les infos, on entre par mots clés, alors que la télé, c’est au hasard des infos : ça t’intéresse alors que t’irait pas chercher spontanément », Iman, 20 ans, étudiante en design commercial, Paris 53
  54. 54. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 un observatoire pluraliste 2 un espace idiosyncrasique 3 un laboratoire expressif 4 une machine hypertextuelle 54
  55. 55. Internet, fidèle à sa fonction d’espace spéculaire, est utilisé pour expérimenter son opinion Poster pour savoir ce que l’on pense « Quand une prise de position me scandalise, j’ajoute un petit commentaire ‘scandaleux’, ‘terrible’ pour que cela ne soit pas mal interprété. Sur Facebook, je mets aussi mes propres interrogations comme ‘Que penser ?’, quand j’ai posté l’article sur le ralliement du clan Chirac. Et là j’aurais aimé des commentaires pour m’éclairer. » Luc, 51 ans, diplomate, Paris, j-4, 1er tour 55
  56. 56. Au sein de ces combinatoires transmédiatiques, Internet est pratiqué, selon les cas, comme … 1 un observatoire pluraliste 2 un espace idiosyncrasique 3 4 un laboratoire expressif une machine hypertextuelle 56
  57. 57. La politique par onglets Quand l’opinion est rendue floue par la logique de navigation hypertextuelle «Je n’ai pas pris ma décision. Je fais par bribes, par articles, au jour le jour, de lien en lien. Mais c’est important d’avoir une vision globale et de me poser, que je me consacre une heure à regarder les programmes. Je vais me prendre un moment pour regarder tranquillement les programmes. Je vais faire une recherche sur Google. Je vais aller sur un comparateur de programmes (voce.org), je vais jeter un coup d’œil sur les sites de candidat. A la limite, j’aimerais mieux que ce soit avec du papier. » Olivia, 31 ans, photographe, j-9 1er tour 57
  58. 58. 5. La campagne 2012 a inauguré de nouvelles formes de militance connectée, qui privilégient la parole libre. 58
  59. 59. (5) En bref … • De l’avis des militants rencontrés, la campagne 2012 a été animée par une véritable stratégie numérique. Mais à côté des consignes données par les équipes des partis, l’exercice d’une parole militante libre et informelle sur Internet a élargi le cercle traditionnel des militants encartés. Aujourd’hui internet rend possible une gamme large de formes de militance, qui inclut le statut de militant « libre ». • Poster son opinion sur les sites de réseaux sociaux est « la façon de militer » de Lucien, 51 ans, simple électeur de gauche. Cette fabrique quotidienne de la militance digitale « prend autant de temps que d’aller sur les marchés », suivant Carole, 31 ans, encartée à droite. • Les techniques d’écriture de la parole militante libre privilégient des reformulations personnelles plutôt que la reprise des slogans proposés par les sites officiels. Twitter est ainsi utilisé comme une réserve de « petites phrases bien vues, bien dites » à retweeter et comme une chambre d’écho de la parole militante. 59
  60. 60. La gamme large de la militance connectée (1/2) Plutôt que comme espace de débat, Internet a été utilisé comme un outil de mobilisation par les militants : • Boites mails • SMS/MMS • « Toute la campagne se fait par la boite mail de Facebook. A un moment, il y a eu des photos des équipes de porte à porte qui ont circulé par SMS. Au début. Elles étaient aussi sur Facebook. Pour se stimuler. Mais en fait, j’ai toutes les infos à la cellule. Je ne regarde pas toujours la boite mail, ça fait trop, ça fait doublon. L’info, je l’ai. », Militante PS, «génération papier », Meeting Hollande Vincennes, j6 1er tour. Groupes Facebook • Comptes personnels de réseaux sociaux « Là je viens de recevoir un SMS de « Nicolas Sarkozy », Carole, enseignante, 31 ans, Paris, j-2 1er tour. « Quand on adhère à la page jeune UMP on est informé par mails – dans la boite de réception – des meetings, de réunions, des débats », Caissière, Meeting Sarkozy, j-6 1er tour « Je mets des photos de séquences de tractage au marché sur mon Facebook pour donner envie aux autres militants », Militant UMP, 25 ans, Meetting UMP à Souffelweyersheim (67) 60
  61. 61. La gamme large de la militance connectée (2/2) « Poster mon opinion sur Facebook, c’est ma façon à moi de militer.» , Lucien, 51 ans, diplomate, j-4 1er tour. Une forme spécifique de militance, la militance par la parole est promue par Internet. « Je milite avec Internet autant qu’une personne sur les marchés, cela me prend du temps et je trouve que c’est aussi valable », Militante UMP, Meeting Sarkozy, Place de la Concorde, le 15 avril 2012. Cette forme de militance élargit le cercle des engagés potentiels : poster son opinion devient une façon de militer. 61
  62. 62. Les techniques digitales de la parole militante : les petits mots qui circulent, préférés aux consignes (1/2) Facebook et Twitter, réserves de paroles et chambres d’écho de la parole militante «On sent sur Twitter, plein de petits mots « France Forte, Majorité silencieuse, Peuple de France », des hashtags et ça me suffit comme éléments de langage. Pour le reste, je prends ma formulation à moi : je ne suis pas béni oui oui » Carole, 31 ans, enseignante, militante UMP, Paris, j-1 1er tour. 62
  63. 63. Les techniques digitales de la parole militante : les petits mots qui circulent, préférés aux consignes (2/2) La fabrique de la parole militante • occuper le terrain : la guerre des hashtags ou ‘comment canaliser la parole militante’ « Quand il y a un débat à la télé, j’ai Facebook ouvert et un word ouvert dans lequel je note les choses importantes. Et à la fin de l’émission, je vais une synthèse pour Facebook. Je vais me focaliser sur 3 propositions. Ensuite, je refais une synthèse pour Twitter, ça donne plus de mal .»Carole, 31 ans, enseignante, militante UMP, Paris, j-2 1er tour « Sur Twitter, je vais voir quelles phrases sont bien retweetées, quelles formulations fonctionnent. Faut trouver un juste milieu entre « intello » et « proche des gens. », Olivier, 38 ans, militant PS, Paris, j-5 1er tour. • travailler la parole « en réception » La cellule Twitter du Meeting Eva Joly du 18 avril 2012 au Cirque d’Hiver. L’un fait des tweets d’après un document du discours que prononce en direct la candidate, tandis que l’autre regarde Twitter sur son smartphone pour retweeter les bons tweets, ceux qui sont « biens vus », « bien dits ». 63
  64. 64. 6. La nouveauté de la campagne 2012, c’est la métamorphose des espaces publics par la connexion. 64
  65. 65. (6) En bref … • Le véritable espace public de débat connecté aujourd’hui n’est pas « Internet » en soi. Par l’internet mobile ou le WiFi, la connexion devient un cadre dans lequel se nouent ou se poursuivent des discussions au sujet de la campagne. Ces agencements d’objets et de technologies forment de nouveaux espaces publics hybrides, qui réactualisent l’espace de conversation politique, né au XVIIIème siècle avec les premiers cafés. • Un meeting en plein air « connecté » auquel on assiste portable à la main ou caméra sur le casque, un bus depuis lequel on envoie une vidéo à des amis que l’on vient de quitter, un banc autour duquel on se retrouve avec un ordinateur portable, un véhicule de co-voiturage doté d’une radio et de quelques smartphones sont des exemples de ces lieux où se vit aujourd’hui la politique (p.64-65) • Ces situations s’inscrivent dans un contexte global qui fait de la place publique connectée le foyer des mobilisations collectives : place Tahrir, plazza del Puerta del Sol, Zuccotti Park (Occupy Wall Street) comme dans les meetings en plein air de la campagne présidentielle, la présence des outils numériques élargit le cadre de l’expérience citoyenne. (p.66-68) 65
  66. 66. Nouveaux espaces publics hybrides : espaces de conversation autour des outils numériques connectés (1/2) Le bus 3G Le véhicule de co-voiturage « L’autre soir, je suis partie tôt d’un dîner où on a parlé de la position de la gauche sur l’enthanasie. Dans le bus, j’ai tapé « Hollande euthanasie », et j’ai trouvé une vidéo d’Hollande qui s’exprimait sur le sujet, et je l’ai envoyé tout de suite avec mon iPhone. Ils m’ont dit ensuite qu’en regardant ma vidéo, ils en ont parlé », Laurence, consultante, 29 ans, Paris. « Si j’ai pas accès à l’info, si j’ai raté un épisode, les rebondissements, je demande dans la voiture [de covoiturage] ce qui s’est passé.Et on me montre sur le mobile », Nadia, salariée d'association, 35 ans, Nancy, j-16. Le banc connecté « Dans la cour de l’immeuble, on parle de tout, de politique avec des amis, des jeunes de 25 ans à 28 ans. Il y a un cour avec un petit jardin et un banc. Souvent, on y pose le portable avec la wifi. On se refile les codes qui marchent le mieux. Il y a 7 à 15 personnes le soir. Et en fonction du sujet, on tape un mot-clé et c’est parti. On discute, on va voir des articles, un site, on continue nos recherches. Il y a en qui sont un peu calés et qui vont trouver des infos sympas, des trucs qu’on a pas lu. », Arnaud, 50 ans, technicien au chômage, Paris. 66
  67. 67. Nouveaux espaces publics hybrides : espaces de conversation autour des outils numériques connectés (2/2) L’affiche augmentée « Les panneaux de rue « Impasse Sarkozy » , je les chasse avec mon mobile et je les mets sur Instagram avec le hashtag « 2012 », « présidentielles », « Elections. », Olivia, 31 ans, photographe, Paris. 67
  68. 68. La redécouverte de la campagne : les meetings en plein air Une sympathisante au meeting de JL Mélenchon à la Bastille du 18 mars 2012 équipée d’un go pro pour faire de petits films postés sur YouTube appelant à voter Mélenchon. 68
  69. 69. La véritable nouveauté de la campagne 2012 : le meeting en plein air connecté. Assister à un meeting un portable à la main pour : • Envoyer des photos en direct à ses proches • Faire des photos ou des vidéos pour les conserver ou les poster plus tard • Envoyer des SMS pour se retrouver • Poster des statuts et des photos sur Facebook • Se checker comme une façon de dire sa « position » • Chercher sur Twitter à avoir des informations sur ce qui est en train de se passer dans le meeting Fabrice à Waterloo « Là je cherche du réseau pour aller sur Twitter et voir les tweets du staff de Hollande car je connais quelqu’un qui y est. Pour savoir quand Hollande va parler etc. », Etudiante, Sciences Po, Meeting Hollande, Vincennes, j-6. 69
  70. 70. Sur les places publiques qui mobilisent des foules, la connexion peut prendre une signification politique. La connexion comme support transnational entre ici et là-bas La déconnexion comme condition de formation d’un collectif ici et maintenant 70
  71. 71. Merci de votre attention ;) 71

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