1Vie intérieure et vie relationnelle des individus connectésUne enquête ethnographique
21. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSomm...
3Notre terrain d’enquêtechercheursOlivier Aïm, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à...
4Notre objectif :Transformer les idées reçues sur les individus connectésen idées claires et documentées
51. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSomm...
6Les idées claires sur le quotidien des individus connectés :Il n’y a pas de « monde numérique »,mais des vies tramées d’u...
7A l’heure de la massification desusages, parler de nouveau mondenumérique revient à faire intervenirdes frontières qui n’...
8A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelace...
9A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelace...
10A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelac...
11Jacques, 82 ans, retraité, utilise beaucoup Internet pour lire les journaux, écouter de la musique classiquesur deezer, ...
12A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelac...
13A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelac...
14Les « moments sans » : quand les outils redeviennent des chosesScène vue dans un restaurant parisien :l’iPad connecté, q...
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21Ces agencements sont intermittents : le quotidien des individusconnectés est fait de petites déconnexions de tous ordres...
22Loin du mythe de la déconnexion radicale, ces petites déconnexionsordinaires constituent le mode disjonctif sur lequel l...
23Quand intervient la « fatigue de la connexion », les réactions sont dedeux ordres : tactiques de restriction ou de dérou...
24Quand intervient la « fatigue de la connexion », les réactions sont dedeux ordres : tactiques de restriction ou de dérou...
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31En 2005, à l’époque de la généralisation de ses usages, letéléphone mobile suscitait des inquiétudes en termes decivilit...
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87La « sousveillance »La conscience de l’entre-surveillance conduit lesutilisateurs à développer des tactiques pourcontrôl...
88Du panoptisme au paranoptismeL’histoire de la surveillance a été largementdéveloppée par Michel Foucault dans Surveiller...
891. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSom...
90L’intérêt actuel pour les réseauxsociaux occulte la diversité etl’ampleur des autres pratiquesrelationnelles
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941. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interac...
951. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interac...
962. Le bénéfice des formes de communication minimales« Si un grand Mr habillé tout enrouge avec une barbe blanche teprend...
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1136. L’exercice des décadrages (2/2)Outre ce travail en sous main, les individus connectés mobilisent desstratégies pour ...
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Vie interieure vie relationnelle mai 2013
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Vie interieure vie relationnelle mai 2013

  1. 1. 1Vie intérieure et vie relationnelle des individus connectésUne enquête ethnographique
  2. 2. 21. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSommairep. 4p. 7p. 90p. 126
  3. 3. 3Notre terrain d’enquêtechercheursOlivier Aïm, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication àl’Université du CELSA – Paris IV- SorbonneLaurence Allard, maîtresse de conférences en Sciences de l’Information et de laCommunication à l’Université de Lille III / IRCAV- Paris IIIJoëlle Menrath, directrice de Discours & PratiquesHécate Vergopoulos, docteur en Sciences de l’Information et de la Communication4340Une 50aine314 – 82mois d’observation dans les espaces publics, dans les transports, dans les foyersentretiens de longue durée auprès de personnes de milieux sociaux et de profilscontrastésd’ entretiens à la volée: l’éventail d’âge des personnes rencontréessecteurs géographiques investigués :Paris et région parisienne, Lisieux et villages alentours, Strasbourg et villages alentours
  4. 4. 4Notre objectif :Transformer les idées reçues sur les individus connectésen idées claires et documentées
  5. 5. 51. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSommaire
  6. 6. 6Les idées claires sur le quotidien des individus connectés :Il n’y a pas de « monde numérique »,mais des vies tramées d’usages numériques.1.
  7. 7. 7A l’heure de la massification desusages, parler de nouveau mondenumérique revient à faire intervenirdes frontières qui n’existent pasdans les pratiques.Ce qui aujourd’hui va de soi aucontraire, c’est l’intricationquotidienne entre des pratiquesnumériques et d’autres qui ne lesont pas.Il n’y a pas de monde numérique :c’est mon monde qui est(partiellement) numérique.Etude INRIA/ SOFRES, Novembre 2011
  8. 8. 8A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelacements singuliers entre :• des compétences / des incompétences• des façons de faire traditionnelles / despratiques numériques• des refus de certains services et desadhésions à d’autres• des moments sans / des moments avecClaude, 75 ans, retraité de l’Electricité deStrasbourg, organise depuis 10 ans desconcours de diaporama internationaux. Ilmaîtrise parfaitement une vaste gammede logiciels et d’outils, et est en contactavec des diaporamistes de tous les pays.En montrant un de ses courriels reçusd’un compositeur bulgare avec lequel ilcompose en ligne une musique faite debruitages, il désigne un « smiley » parces mots :« c’est curieux, je vois assez souventdans les mails ce genre de faussesmanœuvres et je ne comprendsabsolument pas à quoi ça correspond. »Vincent, 18 ans, télécharge des films etdes musiques et est le fournisseur d’unedizaine d’amis. Quand nous lerencontrons, il nous explique navré qu’iln’a plus d’Internet depuis le matin.« la box, je n’y touche pas, je sais pascomment ça marche, je ne sais mêmepas où elle est »
  9. 9. 9A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelacements singuliers entre :• des compétences / des incompétences• des façons de faire traditionnelles / despratiques numériques• des refus de certains services et desadhésions à d’autres• des moments sans / des moments avecPauline, 15 ans, passe deux heures àparler par SMS avec ses copines le soiren rentrant du lycée, elle note des« pensées » dans des dossiers cryptésde son blackberry, et elle écrit quand elleest en colère ou qu’elle « a besoin que çasorte » sur des feuilles de papier qu’elledéchire et jette ensuite à la poubelle.Léa, 17 ans, poste une dizaine de photospar semaine sur facebook. Mais quandelle va à la plage avec ses troismeilleures copines, et qu’elles prennentdes photos, elle les tire et les colle dansun album photo papier intitulé « Les fillesà la plage », qu’elles partagent toutes lesquatre.
  10. 10. 10A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelacements singuliers entre :• des compétences / des incompétences• des façons de faire traditionnelles / despratiques numériques• des refus de certains services et desadhésions à d’autres• des moments sans / des moments avecElise, 58 ans, institutrice, enregistre lesplay lists de ses filles sur une clé USBqu’elle envoie par la poste à ses amismarseillais..
  11. 11. 11Jacques, 82 ans, retraité, utilise beaucoup Internet pour lire les journaux, écouter de la musique classiquesur deezer, regarder des vidéos sur Youtube ou DailyMotion, et télécharger certains morceaux rares surEmule.Mais il ne s’est jamais fait au clavier de l’ordinateur : « je suis trop lent, c’est désastreux ».Il entretient toutefois de nombreux échanges par mail avec des amis et des membres de sa famille. Pourcontourner l’usage du clavier, il procède de la manière suivante : il joint une lettre manuscrite scannée à unmessage laconique, qu’il copie-colle d’un courriel à l’autre, pour ne pas avoir à le ré-écrire avec son clavier« Bonne lecture ».Extrait d’une lettre manuscrite scannée et envoyée en fichier joint d’un mail :« Chère Madame, J’ai un retard considérable dans ma correspondance.Les ans en sont la cause. Bien évidemment. (…) »Jacques, 82 ans, inventeur du mail manuscrit
  12. 12. 12A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelacements singuliers entre :• des compétences / des incompétences• des façons de faire traditionnelles / despratiques numériques• des refus de certains services et desadhésions à d’autres• des moments sans / des moments avecCaroline (52 ans, professeur d’histoire)utilise Internet tous les jours : ellecommande, joue et consulte la presse enligne ; elle contacte ses collègues et devieilles connaissances ; elle sait chercheret trouver des recettes quand elle en abesoin. Mais Caroline n’a pas detéléphone mobile : « chacun a besoind’avoir son monde »...
  13. 13. 13A la découverte de quelques vies tramées de « numérique »L’ordinaire de tous les individus rencontrésest fait d’entrelacements singuliers entre :• des compétences / des incompétences• des façons de faire traditionnelles / despratiques numériques• des refus de certains services et desadhésions à d’autres• des moments sans / des moments avec
  14. 14. 14Les « moments sans » : quand les outils redeviennent des chosesScène vue dans un restaurant parisien :l’iPad connecté, qui a servi de GPS à ce jeunehomme qui ne trouvait pas le restaurant oùl’attendait sa compagne, traîne sur la banquettependant toute la durée du dîner.
  15. 15. 15Les « moments sans » : quand les outils redeviennent des chosesFabien (49 ans, PDG d’un groupe international, Paris) se donne une journée par week end sans toucher à sonordinateur.
  16. 16. 16Les idées claires sur la connexion permanente :La continuité entre soi et les outils / services numériques quifait l’unité de certains moments de vie s’accomplit toujours surle mode de la discontinuité.2.
  17. 17. 17Il n’y a pas de monde numérique dans lequel on entre et on sort,mais des moments vécus sur le mode d’un agencement entre des outils,des dispositions corporelles, des situations d’usage, des services,et des contenusoutils numériquesdispositions corporellessituations d’usageservicescontenus
  18. 18. 18outils numériquesdispositions corporellessituations d’usageservicescontenusLaurence lit ses mails dansson salon le soir sur sonordinateur en « surveillantses enfants de l’oreille »Laurence, 42 ans, avocate, ParisL’unité perçue de ces moments de vie est fondée sur ce que nousappelons « la texture soma-technologique » de la vie connectéeIllustration 1
  19. 19. 19L’alternative vécue par les utilisateurs n’est pas celle d’uneimmersion (avec les outils)opposée à une présence au monde frontale (sans les outils)outils numériquesdispositions corporellessituations d’usageservicescontenusJean-Claude préfère écriredes SMS, plutôt qu’appeler,quand il est dans le train, carcela lui permet de« s’interrompre quand il veutpour se concentrer sur lepaysage »Jean-Claude, 65 ans, retraité SNCF, Souffelweyersheim (67)Illustration 2
  20. 20. 20L’ingénierie des situations dont les individus font preuve va précisémentdans le sens d’une mise en compatibilité momentanée de différents pansde vieoutils numériquesdispositions corporellessituations d’usageservicescontenusFabienne lit pendant sesinsomnies un roman policiersur son iPad dans son lit auxcôtés de son mari qui dort :« le bruit des pages d’un livre etla lumière le réveilleraient »Fabienne, 55 ans, pharmacienne, Noisy le GrandIllustration 3
  21. 21. 21Ces agencements sont intermittents : le quotidien des individusconnectés est fait de petites déconnexions de tous ordres.mettre son mobile sur silencieuxne répondre en direct qu’à sa femme et ses enfantsretourner son mobile sur la tablepour ne pas voir l’écranne pas regarder ses mails le week endlaisser son mobile dans son sacaller travailler à la bibliothèque pour nepas avoir accès à Internetenvoyer des SMS pour nepas avoir à parlerne pas utiliser sonblackberry le soircommuniquer uniquement par mail avec certainsinterlocuteurscesser d’envoyer des SMS pendant unarrêt maladie où on est aliténe pas répondre à un SMSpour ne pas entrer dans une conversation
  22. 22. 22Loin du mythe de la déconnexion radicale, ces petites déconnexionsordinaires constituent le mode disjonctif sur lequel les individusvivent leur « vie connectée »La connexion est vécue sur le mode d’uncontinuum (entre des situations, un outil,des services, des dispositions corporelles),mais elle n’est pas pour autant de l’ordre dubranchement continu : elle s’accomplit surle mode de la discontinuité.L’usage de la panoplie des outils favorisecette expérience de la discontinuité :choisir d’être connecté à un service ou à unoutil suppose de se déconnecter d’un ouparfois de tous les autres.C’est la dialectique particulière dela vie connectée que d’être vécuesur le mode de la déconnexion.
  23. 23. 23Quand intervient la « fatigue de la connexion », les réactions sont dedeux ordres : tactiques de restriction ou de déroutinisations.« Je ne pas paramétré mon iPhone pour ‘envoyer’ des mails : je peux lire les mailsque je reçois mais pas répondre, ça me fait une tâche en moins hors du bureau »,Elisabeth, 42 ans, chargée d’étude, Paris.« Quand je rentre chez moi, j’éteins mon mobile, et je ne le rallume pas avant lelendemain matin », Isabelle, 39 ans, secrétaire médicale, Reichstett ( 67).« Je laisse mon ordinateur portable dans mon casier certains soirs pour être sûr dene pas me mettre à pianoter chez moi », Luc, 32 ans, professeur d’histoire, Lisieux.
  24. 24. 24Quand intervient la « fatigue de la connexion », les réactions sont dedeux ordres : tactiques de restriction ou de déroutinisations.Reprendre la main après des usages contraintsSabine, 42 ans, manager dans un laboratoire pharmaceutique, se sent oppressée par ce qui est devenu sa routine d’usagemajoritaire : traiter des centaines de mails sur son blackberry et sur son ordinateur portable, dans tous les moments où elle lepeut, pour éviter « qu’ils s’accumulent jusqu’à l’écœurement ». Quand elle arrive chez elle le soir, pour « se changer les idées »,elle rallume son portable pour se livrer à son hobby :« Je fais mes tableaux avec mon ordinateur à côté du chevalet. Les images que je trouve sur Google m’inspirent. Je chercheaussi des techniques sur des forum ».
  25. 25. 25Les idées claires sur les technologies dites de« communication » :Elles sont devenues un des champs d’exercice privilégiéde la vie intérieure.3.
  26. 26. Appareiller la vie intérieure : un nouveau rôle dévolu aux outilsde communicationNous observons depuis plusieurs années combien les outils decommunication sont les supports expressifs de l’intériorité.Mais ils sont aujourd’hui dotés d’une valeur symbolique supplémentaire :plus que des supports de la vie intérieure, un téléphone mobile ou un sitede réseau social comme facebook en deviennent des formes d’extensionsimaginaires, soumises à des fonctionnements comparables.
  27. 27. 27Quand l’iPhone devient la métaphore de la vie intérieure :L’Exercice de l’état de Pierre Schoeller (2011)
  28. 28. 28Quand le fonctionnement des outils vient relayerle fonctionnement mentalNos interviewés parlent de leuréquipement numérique dans des termesqui lient leur fonctionnement à celui deleur psychisme, comme si l’un et l’autreentretenaient désormais des relationsd’interdépendance.Ce fonctionnement corrélé engage desopérations mentales comme desexpériences émotionnelles.« Je prends en photo avec mon portable le numéro de place deparking où je gare ma voiture, comme ça je m’en désencombrele cerveau »« Je note tout sur mon blackberry pour ne plus l’avoir en tête »« Ah tiens d’ailleurs, ça me fait penser que mes enfants vont aucirque, il faut que j’envoie le sms tout de suite à la nounou,sinon je vais oublier ; si j’envoie pas un sms tout de suite,j’oublie toujours »« Cette affaire d’héritage de mes parents me fait beaucoupsouffrir, alors que je devrais traiter ça comme un dossier quiarrive dans ma boite à messages »« Quand je commence à regarder mes messages sur monportable et mon blackberry le matin, c’est le signe que moncerveau est en état de marche »« Quand il me manque une info, j’utilise mon smartphone, moncerveau de rechange »
  29. 29. 29« Je prends en photo avec mon portable le numéro de place deparking où je gare ma voiture, comme ça je m’en désencombrele cerveau »« Je note tout sur mon blackberry pour ne plus l’avoir en tête »« Ah tiens d’ailleurs, ça me fait penser que mes enfants vont aucirque, il faut que j’envoie le sms tout de suite à la nounou,sinon je vais oublier ; si j’envoie pas un sms tout de suite,j’oublie toujours »« Cette affaire d’héritage de mes parents me fait beaucoupsouffrir, alors que je devrais traiter ça comme un dossier quiarrive dans ma boite à messages »« Quand je commence à regarder mes messages sur monportable et mon blackberry le matin, c’est le signe que moncerveau est en état de marche »« Quand il me manque une info, j’utilise mon smartphone, moncerveau de rechange »Quand le fonctionnement des outils vient relayerle fonctionnement mentalNos interviewés parlent de leuréquipement numérique dans des termesqui lient leur fonctionnement à celui deleur psychisme, comme si l’un et l’autreentretenaient désormais des relationsd’interdépendance.Ce fonctionnement corrélé engage desopérations mentales comme desexpériences émotionnelles.« Avec G. [la secrétaire, qui était présente lors de l’entretien], ons’envoie des SMS à 3 heures du matin.G. confirme : « Quand j’ai une angoisse, je lui transmets et je dorsmieux après ».J. reprend : « Par exemple, G. m’écrit : « il y a 3000 euros de fraisbancaires ». Moi si je ne dors pas, je lui réponds « On s’en occuperademain ». Et je sais que G. dormira mieux ».« On a évacué comme ça », Jacques, 30 ans, entrepreneur, Paris.
  30. 30. 30La gageure pour les individus connectés est aujourd’hui detrouver le bon équilibre intérieur dans la relation qu’ilsentretiennent avec les TICL’aspiration à une bonne hygiène des usagesLes utilisateurs aujourd’hui ne s’évaluent plus d’aborden termes de compétences techniques.mais dans leur capacité à trouver pour eux (et, le caséchéant, pour leurs enfants) le bon équilibre dans leurrapport aux outils et services numériques.Les trois psycho-pathologies ordinaires souventévoquées sont le signe que ce qui se joue d’essentieldans le rapport aux outils est un problème de limites àse fixer à soi-même.« je suis addict »« facebook ça me rend un peu parano »« vous allez me trouver parano … »« c’est du voyeurisme »« je me sens addict au voyeurisme que permet facebook »
  31. 31. 31En 2005, à l’époque de la généralisation de ses usages, letéléphone mobile suscitait des inquiétudes en termes decivilité, portant notamment sur la bonne marche des relationssociales dans les espaces publics.En 2012, c’est sur le terrain intime que se situe la menacereprésentée par le téléphone mobile, par facebook, ou lesséries télé ….le risque principal évoqué aujourd’hui par les individus estcelui de dysfonctionnements tout intérieurs.De 2005 à 2012, les inquiétudes cristallisées par les TICse sont déplacées sur le terrain de l’intériorité.
  32. 32. 32Les nouvelles technologies participent d’un rapport actif à soiEric, 22 ans, commercial, s’envoie des SMS à lui-même surson Nokia : pensées amusantes qui lui traversent l’esprit.Céline, 29 ans, consultante, quand elle se réveille la nuit,enregistre ses rêves grâce à la fonction dictaphone de soniPhone.Jean-Luc, 38 ans, employé de banque, joue à des jeux surson mobile dans sa voiture avant un rendez vous importantpour se « destresser »Hervé, 36 ans, artisan couvreur, ponctue ses journées detravail d’envois équilibristes de SMS « pour rire » à unedizaine de destinataires - en moyenne 15 SMS par jour.Valérie, 47 ans, directrice marketing, prend une photo de latour Eiffel illuminée en traversant le pont de l’Alma « parceque c’est un bon moment que je passe avec moi-même »Olivier, 43 ans, ingénieur, s’adresse des mails à lui-mêmeavec en titres des to-do lists.Julien, 33 ans, gérant d’un institut de beauté, garde sontéléphone mobile auprès de lui la nuit : « La nuit quand jepense à quelque chose qui me tracasse, je le note tout desuite. Cela me permet de mieux dormir. »En 2007, nous avions montré à quel point letéléphone mobile était devenu un outil departage, ouvert aux regards, et donnant lieuà des expositions de soi et des circulationsde contenus.Aujourd’hui, c’est toujours le cas, maiscette ouverture de l’outil se double depratiques retournées sur soi.
  33. 33. 33EmotionsPenséesExpression CommunicationAncienne TV Tuner TNTOrdinateur Mac + écran 20 pouces
  34. 34. 34EmotionsPenséesExpression Communication« Toutes ces photos de moi presque pareilles que je mets sur mon Facebook, c’est un peu comme si je meregardais dans la glace, sauf qu’à un moment les autres les voient aussi », Pauline, 15 ans, Bailleul-la-Vallée (27).« L’autre jour, j’étais coincé dans le bus à cause d’une manif. Alors j’ai écrit un SMS sur mon blackberry, un coupde gueule contre les grévistes. C’était un texte pour personne, ça m’a défoulé. Deux jours après, je l’ai envoyé àdeux trois personnes », Arnaud, 20 ans, guichetier dans une banque, Strasbourg.« Dans Paris, je vois souvent des trucs rigolos. Je les envoie à ma fille avec “vu à tel endroit, à telle heure.”L’autre fois, j’ai vu une photo de Miles Davis que je trouvais magnifique et je l’ai photographié. C’est ludique onen fait ce qu’on en veut. », Claudine, 52 ans, opticienne, Paris.« A mon mari, ma sœur, mon frère, je leur envoie par SMS genre « tong ». Moi, je me fais plaisir. Je rigole touteseule. C’est complètement infantile d’autant que je ne sais jamais si j’aurai des réponses. », Ariane, directricemarketing, 36 ans, Paris.« L’autre fois, ma femme me dit qu’elle aime beaucoup les macarons de Pierre Hermé. Je note sur mon téléphone« aller prendre des macarons chez Hermé ». Cela me donne des idées de gestes, d’attention. Cela me permetd’anticiper », Jacques, 30 ans, gérant de sociétés, Paris.
  35. 35. 35La photo mobile : pour accompagner d’un gestece qui se donne à voirLes photos mobiles sont particulièrementrévélatrices de ce double mouvement : à côté desphotos que l’on montre, que l’on fait circuler, il y ales photos pour soi, dont la finalité et la destinationsont toutes personnelles.Elles résultent d’actes photographiques qui ontpour fonction d’accompagner et d’intensifier unmoment que l’on vit comme unique.L’acte photographique mobile est à la situationvécue ce que la danse est à la musique : uncontinuum entre l’émotion et le geste.A coté de l’écoute contemplative, la danse place lamusique au cœur de nos gestes : il en va ainsi dugeste photographique, qui est une réactiongestuelle devenue ordinaire à ce qui se donne àvoir.« Quand je rentre à pied du travail et queje traverse les Tuileries, je ne peux pasm’empêcher de les prendre en photosavec mon iPhone »,Sophie, 62 ans, documentaliste, Paris.Kévin, 16 ans, a pris en photo avec sonmobile le premier écureuil qu’il a vu danssa vie et l’a conservée.
  36. 36. 36Quand la photo mobile, comme la danse,crée un continuum entre l’émotion et le geste :Jean-Pierre, 79 ans, photographie l’élection d’Obama sur son écran télé.Jean-Pierre est assis sur son canapé lorsqu’il regarde la retransmission du discours d’investiture de Barak Obama.Il se saisit de son iPhone et photographie la télé. Cette photo conservée dans son téléphone, l’enquêtrice est la premièrepersonne à la voir :« je ne l’ai pas prise pour la montrer, mais puisque vous demandez à voir ce que j’ai dans montéléphone … »
  37. 37. 37De la conversation avec soi à la conservation de soi :le souci de l’archive.Les nouvelles technologies s’inscrivent dans lalongue lignée de ce que le philosophe MichelFoucault appelait les « technologies de soi » quiont traversé l’histoire depuis l’Antiquité :calepins, vademecum, carnets de voyage,jusqu’au smartphone connecté.Dans l’histoire des rapports à soi, ces différentestechnologies ont non seulement pour fonctiond’assurer une forme de réflexivité mais aussi un« maintien de soi ».Aujourd’hui, ce maintien de soi passe par desfixations des signes de l’identité, à travers denouveaux lieux de mise à l’archive : boites mails,clés USB, disques durs externes, téléphonesmobiles, …« La dématérialisation, c’est bien pour lamobilité mais surtout pour la sauvegarde : jem’envoie des papiers par mail : diplômes, RIB; en voyage, si j’ai un problème, je récupère sibesoin par mails les trucs… »,Nicolas, 31 ans, infirmier, Nanterre« Perdre mon disque dur ça été un coup dur :toute une partie de moi qui s’est évaporée »,Katty, 25 ans, apprentie dans la couture,Paris.Les technologies de soi sont« des procédures, comme il en existe sansdoute dans toute civilisation, qui sontproposées ou prescrites aux individuspour fixer leur identité, la maintenir ou latransformer en un certain nombre de fins »Michel Foucault, « Subjectivité et vérité » inDits et Ecrits 1981, Gallimard, 2001.
  38. 38. 38Les téléphones mobiles, nouveaux « hypomnêmata »Les grecs anciens avaient un terme, celui d’ hypomnêmata (littéralement «supports de mémoire »), pour désigner des textes de natures aussidifférentes que des livres de comptes, des récits de vie, des carnets, desnotes consignant des citations, des raisonnements entendus ou venus àl’esprit.Ce sont aujourd’hui nos téléphones mobiles qui recèlent les traceshétéroclites du travail de l’esprit et des affects : souvenirs et projets, idées etsentiments, liste de courses et tâches professionnelles, images, chiffres etmots sont à disposition dans nos vade-mecum technologiques.
  39. 39. 39Les trésors de l’identité personnelleQuand le club de foot de Jérémy, 28 ans, a été classé premier au championnat régional,il a fait avec son iPhone une photo de la page Internet, et la conserve comme un trophée.
  40. 40. Les idées claires sur la menace de la perte de soi :L’âge du numérique révèle le caractère composite de l’identité,mais n’en est pas la cause.4.
  41. 41. Les propriétés existentielles des technologies numériquesLa connaissance de soi était chez les anciens une vertu.Dans le contexte contemporain marqué par un affaiblissement des institutionspourvoyeuses d’identités, alors que la reproduction des identités sociales ne va plusde soi, les individus sont conduits à de multiples questionnements sur ce qu’ilsveulent être.Les pratiques observées montrent :• qu’Internet joue le rôle d’un espace de réflexivité,• que le mobile constitue une technique de soi au service d’explorations identitairesIls héritent en cela des Hypomnêmata des anciens, qui ont été des relais importantsdans le rapport de la réflexivité individuelle, notamment en constituant la personnedans l’hétérogène, dans un tissu de pensées propres ou de citations d’autrui, dechiffres et de mots, suivant les termes de Michel Foucault« L’Écriture de Soi », 2001 in Dits et Écrits, Volume II (1976-1988), Gallimard.
  42. 42. L’âge de l’accès … aux identités compositesLe ‘pluriel’ est couramment pensé comme une fragmentation et un éparpillement.Dans le portrait type qu’on brosse de lui, le « digital né » souffrirait d’une incapacité àse contenir et à réconcilier ses aspirations simultanées.C’est ignorer que l’identité a toujours été une combinatoire en voie d’unification.Certes, nos observations nous montrent qu’Internet et les technologies mobilespermettent de se livrer à l’exploration de facettes de soi.Mais la véritable rupture historique tient principalement aux moyens d’accéder auxjeux multiples de l’identité : aujourd’hui, les outils numériques nous permettent dedocumenter le déploiement ordinaire des facettes du moi, qui était auparavantinaccessible à l’enquête.
  43. 43. Expressivités numériques : l’art de façonner son identité parpetites touches.« Aujourd’hui l’individu est confronté à unepluralité de domaines, il ne revient qu’à luid’introduire des principes d’ordre et d’unité…Etremoderne ou l’ars combinatoria….Toute identité seconstitue progressivement grâce à un travaildiscursif par lequel l’individu parvient à sedoter d’une représentation unitaire et cohérente desoi…Grâce à ce travail, l’individu cesse d’être faitde fragments et devient l’auteur (…) de sa proprevie.»Danilo Martucelli, Grammaires del’individu, Gallimard, 2002.« Tout homme porte en lui une sorte de brouillon,perpétuellement remanié, du récit de sa vie »,Philippe Lejeune, Cher Cahier, Témoignages surl’écriture personnelle, 1992Marcel Duchamp, Nu descendant l’escalier, 1912.
  44. 44. « Dispatcher » n’est pas se disperser : les identités partiellestrouvent leur unité dans le style d’existence de chacun.Le mobile et Internet sont les supports d’uneindividuation, qui trouve avec l’écriture, laphotographie, les contenus mis en ligne, demultiples matières pour s’extérioriser sur demultiples modes.Les identités personnelles ont aujourd’hui desdélimitations plurielles. Mais ce caractèrehétérogène ne doit pas être confondu avec unedispersion pathogène.Adresses mails, statuts, pseudos, photos, chat … :autant de matérialisations concrètes de différentesfacettes de soi, qui se combinent dans des stylesd’existence propre à chacun.« J’ai 6 boites mails : une perso-perso ; uneperso ; et des boites pro spécialisées où sontdispatchées les infos sur mes sociétés»,Jacques, 30 ans, entrepreneur, Paris.
  45. 45. Jean-Claude, 62 ans, retraité SNCF,forumer, grand-père actif, ami fidèle,paroissien dévoué, aimant rire et parlerpolitique.« A fé deux fois kk ce matin, et maintenantfé un gros dodo »J.C. s’occupe de son petit-fils âgé d’un an toute la journée.Il envoie 5 sms en moyenne par jour à sa belle-fillepour lui donner des nouvelles.« Pseudo : Ibidoo.Signature : The show must go on ! AllezSchwindradsheim ….»J.C. est passionné de basket. Il y a deux ans, il s’est« mis sur les forums », où il est un contributeur actif.Pendant les siestes de son petit fils, derrière l’anonymatde ses deux pseudos différents, il dit tout ce « qu’il a surle cœur » sur les deux équipes de baskets qu’il soutient: celle de son village natal et celle du village où il habitedepuis 40 ans.« Pour ceux qui aiment rire un peu »J.C. reçoit tous les jours une vingtaine de diaporamas( humoristiques, politiques, pornographiques, religieux)qu’il transfère à ses contacts, en les dispatchant selon« les sensibilités ».« Je fé encore un AR sur la nouvelle ligne pour voirles travaux de l’autre côté et je rentre pour le dîner »Le week end, J.C. aime explorer les nouvelles lignes detram ou faire de courts trajets en train pour observer lestravaux en cours sur les rails. Il n’aime pas appelerpendant ses trajets pour « rester concentré sur ce qu’ilregarde » : « les SMS ça te permet de t’arrêter quand tuveux pour regarder le paysage ».« Effectivement on avait encore -8° ce matin, mais dusoleil et 40° sur les panneaux solaires. A part ça j’aides soucis avec la scie à ruban et je mets desheures à la régler. Si javais un repreneur, dèsdemain jen achèterai une nouvelle. Puisquavec lagauche( qui arrive) on ne devra plus posséder deséconomies il vaut mieux les dépenser… »J.C. envoie tous les matins un mail à son « pote detoujours » qui habite à une cinquantaine de kilomètres dechez lui. Celui-ci lui répond en fin de journée.
  46. 46. Les idées claires sur la prétendue culture de l’image :Nous vivons à l’ère de l’écriture généralisée et dédramatisée.4.
  47. 47. Télérama n°2883 – 13 avril 2005De 2005 à 2012, la rupture comportementale initiée par lestéléphones mobiles s’est déplacée sur le terrain de l’écrit
  48. 48. Ecrire en marchant : l’écriture revitaliséeAvec les machines à écrire portables que sontdevenus les mobiles, l’activité d’écriture est demoins en moins ‘située’ : elle n’est plus réservée àcertains champs d’activité, à des registresrelationnels précis, à des moments ou à des lieux.L’usage scripturaire des mobiles a inscrit les gestesde l’écriture dans la gestuelle ordinaire, transversaleaux situations de la vie : on écrit comme on marche,on parle, on mange, souvent en faisant d’autreschoses en même temps.« On ne peut penser et écrire qu’assis »Gustave Flaubert« Le haïku fait envie : combien de lecteursoccidentaux n’ont pas rêvé de sepromener dans la vie, un carnet à la main,notant ici et là des ‘impressions ’, dont labrièveté attesterait la profondeur ? »,Roland Barthes, L’Empire des signes, 1980.Ecrire « l’air de rien » : l’écriture désacralisée« Sans le mail, où je peux noter des phrases, les unes à la suite des autres, comme ça me vient,j’aurais jamais écrit ce que j’écris à mon ami d’enfance Jean-Claude tous les matins. », Jean-Claude,62 ans, retraité SNCF, Souffelweyersheim (67)« Je suis pas un poète mais j’ai l’impression de faire des SMS qui font souvent tilt », Nicolas, 32 ans,infirmer, Nanterre.« Parfois, je compose un SMS et je le laisse dans les brouillons pour refaire derrière. Je passe unenuit et je reviens dessus et je l’envoie. »
  49. 49. Le téléphone mobile photocopieur : l’écriture qui indifférenciel’image et le texteDe nombreux récits d’usagers font part de leursphotographies mobiles de slides de conférence, debillets d’avion, de passeports ou d’étiquettes debagages, d’objets repérés dans des magasins,d’annonces immobilières, de listes de courses …« Comme je n’avais pas le temps de noterl’emploi du temps de ma fille qui est aucollège, je l’ai pris en photo et je l’ai dansmon agenda », Valérie, coiffeuse, 46 ans,Paris.De l’écrit au texte manipulable : les interventions inventivesA côté des partages de contenus par différentsprocédés standardisés (du ‘like’ au ‘retweet’),d’autres pratiques façons d’intervenir sur les réseauxsociaux manifeste une maniabilité des signesiconiques, qui est le pendant de l’inventivitélangagière.
  50. 50. Les nouveaux dialogues entre le texte et l’image
  51. 51. Les nouveaux dialogues entre le texte et l’image
  52. 52. Les idées claires sur notre appropriation des outils numériquesFaire sien un outil technologique ne se résume pas à le« personnaliser »5.
  53. 53. « Faire sien » un outil de communication est aujourd’huiun processus à plusieurs stadesLa personnalisation1L’incorporation2L’intériorisation3Paramétrages, configurations, et entrées de donnéespersonnelles« mon iPhone, il y a beaucoup de moi dedans »Les utilisateurs décrivent et font la démonstration deseffets de symbiose, réussis ou ratés, entre les objetstechnologiques et leur corps« le tactile c’est pas fait pour moi »« j’ai fait PAF PAF PAF [l’interviewée mime le tapotement ], et 7 minutesplus tard le taxi était là »« quand je suis sur l’ordi, je surveille les enfants avec l’oreille »Ces effets de symbiose rendent inadéquate l’image de la« prothèse » souvent invoquée pour rendre compte de larelation aux TIC. Ce sont des dispositions corporelles etune réflexivité sur leurs propres organes que suscitentchez les individus les usages des outils numériques.Les nouvelles technologies sont des formes d’extensionsimaginaires de la vie psychique, soumises à unfonctionnement comparable« je lui envoie un sms dans la nuit, ça me décharge du problème » / « jeme sens addict / parano / voyeur »
  54. 54. Tourner la molette pour remettre au lendemain :quand les outils incorporent des gestuelles
  55. 55. Surélever son ordinateur avec des boites de Monopoly :quand l’incorporation nécessite une orthopédie des machines
  56. 56. 56Les idées claires sur l’appauvrissement culturel :Internet aiguillonne, nourrit, et parfois décourage la curiosité6.
  57. 57. 57OUI, quand les moteurs de recherche cherchent àpersonnaliser les requêtes et nous font redécouvrir ceque l’on a déjà trouvé.Eli Pariser, The Filter Bubble, Penguin Press HC, 2011.NON, pour Jean-Claude, Armando, Claudine, Thierry,et tous les autres …« Aujourd’hui quand tu es fan de basket comme moi, tute mets forcément sur les forum, tu suis tous ça surInternet, même tu apprends l’anglais pour comprendre ceque les grands basketteurs américains disent suryoutube. Il n’a pas ceux qui vont sur Internet d’un côté etceux qui n’y vont pas de l’autre : il y a ceux qui sontpassionnés ou curieux, et ceux qui ne le sont pas. MêmeGeorges, qui est pas une flèche, il s’est mis à l’ordinateurà cause du basket. Et mon ami qui adore l’apiculture,pareil »,Jean-Claude, 61 ans, retraité SNCF, Souffelweyersheim(67)
  58. 58. 58Internet aiguillonne, nourrit, et parfois décourage la curiositéL’effet des technologies ne se pose pas en termesd’intelligence, mais de curiosité, disposition« omnivore » une dont l’exercice se trouve stimulé parles technologies numériques.Le cercle vertueux de la curiosité équipéepar les technologies mobiles.Les smartphones connectés ayant instauré l’habitudede chercher une réponse aux questions qui se posentdans différentes situations de vie, …… ils sont devenus l’outil adéquat d’unquestionnement entretenu : la curiosité saitdésormais qu’elle sera satisfaite.Notons que le terme de « culture de lacuriosité » revient à l’historien d’artKrzysztof Pomian qui a mis en avantl’intermède entre la Théologie et laScience qui intervient au XVIIème siècleavant la professionnalisation etl’intellectualisation des domaines desBeaux Arts et des Sciences.Le curieux, au XVIIème siècle comme auXXIème siècle, est plutôt un omnivorequ’un spécialiste ou un expert. Il cultive sacuriosité sur le mode de la collectiond’objets singuliers sans visée deconnaissance encyclopédique.Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs,curieux: Paris-Venise, XVIe - XIIIe siècles,Paris, Gallimard, 1987..« Là où je prends le plus de plaisir sur internet ?C’est rechercher et découvrir. Je fais desrecherches “sur tout”, notamment pour mon filsde 11 ans collégien qui s’est passionné pour laseconde guerre mondiale. Il m’a demandé derechercher ‘un cimetière américain enNormandie’, on y est allé [sur internet] et on a leprojet d’aller voir des falaises en Normandie avecun bunker caché des allemands. Je tape le mot« lune » et je trouve des sites de découverte desnouvelles planètes, je lis les articles, je regardeles vidéos, les explications. J’ai acheté untéléscope grâce à Internet »Armando, 38 ans, façadier, Paris.« C’est devenu un réflexe …, L’autre foisje me demandais à quelle hauteur était laTour Eiffel. Mon fils me dit « t’es folleavec ton téléphone » . Moi je suis justecurieuse. »,Claudine, 52 ans, opticienne, Paris.
  59. 59. 59Internet aiguillonne, nourrit, et parfois décourage la curiositéLes vademecum connectésPour certains de nos interviewés, lesmobiles connectés jouent le rôle devéritables outils cognitifs, en permettant unaccès informel et immédiat à laconnaissance.La figure du dénicheurUne des modalités empruntées par lacuriosité équipée est celle de la trouvaille.Ainsi, le rôle du « dénicheur » est unnouveau rôle social qu’on reconnaît àcertains sur twitter et facebook – chaquedénicheur ayant son domaine d’expertisepropre.Les « encyclopédies » mobilesL’accès au savoir par les technologies mobilesest de l’ordre de la pratiques des« encyclopédies », telles que les définit UmbertoEco, par opposition au dictionnaire.Selon Eco, les individus utilisent, certes, descorrespondances strictement fixées entresignifiants et signifiants pour interpréter les mots,mais ont également recours à l’ensemble desconnaissances (notamment associatives) qu’ilsont accumulées sur les choses. L’individu nedispose pas seulement d’un « code » strict detype linguistique, mais d’une multitude deréférences aux « objets du monde ». Cesconnaissances sont propres à chacun etmobilisables pour interpréter des référencesculturelles, mais aussi des références triviales,des stéréotypes, des scénarios, etc. Les« encyclopédies » deviennent dans la théoriesémiotique d’Eco ce qui fait le propre de chaqueindividu et qui distingue chaque interprétationd’un même texte ou d’une même situation decommunication. Elles sont le « patrimoine réel deconnaissances » dont dispose chaque individu ensituation d’interprétation.Umberto Eco, Sémiotique et philosophie du langage,1984« En deux ans j’ai plus appris par moi-même en allant de liens en liens quependant ma scolarité. En prévision d’unvoyage en train je charge des .pdf sur unsujet pour les lire sur mon mobile. En cemoment je m’intéresse à la systémique etj’ai pris des études depuis Widipédia.»,Thierry, 22 ans, monteur de cinéma,Paris.
  60. 60. 60Internet aiguillonne, nourrit, et parfois décourage la curiositéInternet est aussi perçu comme une sourceinépuisable de savoirs et d’informations quipeut procurer un sentiment de mise en échec.Les pratiques de recherche se trouventparfois empêchées car empêtrées dans unedémarche encyclopédique traditionnelletransposée sur Internet.«Je recherche comme sur uneencyclopédie, je cherche par mot. Parexemple, pour la paroisse, je cherche unecrèche à fabriquer. J’ai tapé “crèche”, cequi est débile car je me retrouve avec unmillier de choses inutiles. Il faut que jeme concentre une heure pour savoircomment formuler correctement laformule. Et à chaque fois sur lesrecherches internet c’est comme ça. »,Armance, 36 ans, directrice Marketing,Paris.« Je ne sais pas quelle entrée prendre etquand je trouve, c’est trop tard. SurDeezer , par exemple, pour « Le lion estmort ce soir « que chantaient les enfantsl’autre fois. 15 jours plus tard, j’airetrouvé le nom du groupe et je suis alléeles chercher sur Deezer. Mais mesenfants avaient déjà oublié. », Caroline,femme au foyer, Paris
  61. 61. 61Les idées claires sur le risque « d’addiction » :Nous sommes tous addicts !Autrement dit : nous mettons tous en œuvre des stratégies dedétachement qui sont à la mesure de notre attachement pour nosoutils.7.
  62. 62. 62Ce que masque le lieu commun de « l’addiction » : lesstratégies de l’attachement« Etre addict à son téléphone mobile, aux séries télé, à son ordinateur, à facebook »… est aujourd’hui un lieu commun largement véhiculé dans le discoursjournalistique.Il fait partie du « prêt à penser » du rapport aux outils et aux services numériques parrapport auquel les personnes interrogées se sentent tenues de se positionner.L’invocation de l’addiction est un indice fort de l’intériorisation du rapport auxnouvelles technologies, et des inquiétudes qui lui sont associées.Mais cet étiquetage issu du vocabulaire médical masque des logiques d’usagecomplexes qui n’ont aucun caractère pathologique.« Moi, je suis un peu addict »« Je ne suis pas aussi addict que ma fille, mais je le suis quand même à monportable »« Pour moi, Internet, c’est aussi nécessaire que la nourriture, alors que la téléc’est superflu : je pense que je suis addict comme on dit »
  63. 63. 63Ce que masque le lieu commun de « l’addiction »
  64. 64. 64Ce que masque le lieu commun de « l’addiction » : lesstratégies de l’attachementPour les sociologues Emilie Gomart et AntoineHennion,la passion d’un sujet pour un objet, unepratique, une substance est une activitécollective, instrumentée et réflexive.Elle nous attache à des dispositifs, deschoses, des corps et des collectifs, qui ensont tous des « médiateurs ».« Sociology of attachement, music amateurs, drugusers » in Actor network theory and After, dir. JohnLaw and John Hassard, Blackwell,1999.
  65. 65. 65Des attachements, despassions ou desdispositions que Internetet/ou le mobile ontpermis d’instrumenterDe quoil’addiction est-elle le nom ?Une réflexivité chezles utilisateursDes situationsponctuelles d’abandon àdes dispositifs ou à desservicesDes habitudescorporelles que l’oncultive jusqu’à cequ’elles se naturalisentDes contextes sociauxqui donnent sens etencouragent despratiquesDes pratiques dedétachementmomentané,d’autodiscipline,ou de déconnexionspartielles.
  66. 66. 66Des pratiques dedétachementmomentané,d’autodiscipline,ou de déconnexionspartielles.détachements momentanés« Si je m’écoute je ne lâche pas mon téléphone. Avec mon père, je le rangecar lui, il ne supporte pas. », Jean-Luc, commercial, 42 ans, Strasbourg.déconnexions partielles« La journée, je ne réponds sur mon téléphone qu’à ma compagne et à mesenfants. Le reste je le traite par messagerie interposée, et par mails etsms. », Fabien, 49 ans, PDG d’un groupe international, Paris“Le vendredi soir, je ne regarde pas mon mobile. Les gens savent que jeréponds pas alors ils ne m’écrivent pas. ça fait du bien.” (Jacques, Jacques,30 ans, gérant d’un institut de beauté, Paris)autodisciplines« Je parle par texto environ deux heures en rentrant du collège. Maisd’abord je fais mes devoirs, et je laisse mon téléphone éteint, dans monsac », Emilie, 13 ans, Lisieux.mesures préventives« Parfois je reçois un sms et je réponds pas, parce que je me connais : jemets un petit doigt dans l’engrenage et ensuite c’est parti, j’en ai pour 10min de convers », Marc, 23 ans , étudiant en droit, Strasbourg.
  67. 67. 67Des pratiques dedétachementmomentané,d’autodiscipline,ou de déconnexionspartielles.détachements momentanés« Si je m’écoute je ne lâche pas mon téléphone. Avec mon père, je le rangecar lui, il ne supporte pas. », Jean-Luc, commercial, 42 ans, Strasbourg.déconnexions partielles« La journée, je ne réponds sur mon téléphone qu’à ma compagne et à mesenfants. Le reste je le traite par messagerie interposée, et par mails etsms. », Fabien, 49 ans, PDG d’un groupe international, Paris« Le vendredi soir, je ne regarde pas mon mobile. Les gens savent que jeréponds pas alors ils ne m’écrivent pas : ça fait du bien », Jacques, 30 ans,gérant d’un institut de beauté, Paris.autodisciplines« Je parle par texto environ deux heures en rentrant du collège. Maisd’abord je fais mes devoirs, et je laisse mon téléphone éteint, dans monsac », Emilie, 13 ans, Lisieux.mesures préventives« Parfois je reçois un SMS et je réponds pas, parce que je me connais : jemets un petit doigt dans l’engrenage et ensuite c’est parti, j’en ai pour 10minutes de convers. », Marc, 23 ans , étudiant en droit, Strasbourg.L’addiction, au sens pathologique du terme, intervient quand l’attachement n’est plusvécu sur ce mode des décrochages mais sur le mode de la connexion ininterrompuequi entraîne des dommages psychiques et physiques reconnus par le sujet, et contrelesquels il ne sait pas lutter.
  68. 68. 68Les idées claires sur l’attention :Le risque de distraction porté par les sollicitations des TIC estressenti par tous, et conduit chacun à déployer des mesures pourmieux contrôler l’exercice de son attention.8.
  69. 69. 69L’exercice modifié de l’attention sous l’effet des TICL’inquiétude provoquée par la dispersion del’attention sous l’effet des sollicitations liées auxtechnologies numériques est présente dans denombreux discours.Elle est perceptible à travers :– soit de l’énonciation d’une forme de souffrance psychique– soit de l’évocation de stratégies de résolution duproblème :« se mettre en off », débrancher le WIFI, laisser sontéléphone dans son sac, laisser son blackberry dans lavoiture le soir, aller lire au café …Chez tous, l’usage des outils mobiles a créé uneconscience fine des fluctuations des degrés del’attention.Cette conscience les conduit à distribuer les tâches entreles différents outils, fonctionnalités et entre les différentessituations de communication.En somme, l’effet des TIC sur l’attention ne setraduit pas seulement en termes de risque dedistraction et de dispersion, mais aussi par destentatives de maitrise supplémentaire de lacapacité attentionnelle.« Lire sur mon ordi, c’est devenu éprouvant: toujours la tentation d’aller checker mesmails, de répondre à mes messages, çaprend la tête », Juliette, 33 ans,documentaliste, Paris« Avant je répondais tout le temps, il y 4-5ans, depuis j’en ai ras le bol, soit parce queje suis en scooter soit parce que je suis enrendez-vous. La conversation téléphoniqueempêche de se concentrer sur ce que je suisen train de faire. C’est fatiguant. »Jacques, 30 ans, entrepreneur, Paris.« Jamais de mails de plus de 3 lignes depuismon Blackberry à un client … »« Poster des photos sur Facebook, quand jesuis pas concentrée, ça peut faire desravages »
  70. 70. 70Cet effort de maîtrise de ses capacitésattentionnelles est commun à toutes lesgénérations …… contrairement à une idée répandue quivoudrait que les jeunes s’abandonnentnaturellement et sans difficultés auxdistractions fournies par le numérique.Or, il n’y a pas de naturalité dans un usagemulti-tâche d’Internet et des outils chez lesjeunes.Ce sont leurs cadres d’existence relativementunifiés qui les conduisent naturellement àlaisser place à ces formes d’abandon auxsollicitations numériques.Les possibilités offertes par les outilsnumériques vont précisément démultiplierleurs conditions d’existence restreintes(le lycée / la famille / les amis),Mais la place laissée à ces distractions faittoujours l’objet de négociations avec soi-même.« si je mettais l’ordi sur mon bureau, où je suisconfortablement installée, j’aurais plus de mal à fairemes devoirs », Diane, 15 ans, Strasbourg.« Les jeunes, je ne sais vraiment pascomment ils font pour se concentrer »
  71. 71. 71Les idées claires sur le rapport au temps :Des milles et unes manières de se soustraire à la « tyrannie » del’immédiateté, de la fragmentation du temps et de l’innovation.9.
  72. 72. 72Trois formes de dérèglement de l’expérience du temps sousl’effet des TIC sont couramment invoquéesL’emprise de l’immédiat et du« temps réel » et leur effet surl’accélération du cours desactivitésLa fragmentation des tempsliée à l’interruptabilitédes activités et à la dispersionde l’attentionL’injonction de l’innovationtechnologique, et le sentimentde retard qui peut lui êtreassocié.
  73. 73. 73Face à ces sollicitations ou à ces injonctions, les individus sont enquête d’une idiorythmie : un tempo qui s’accorde à leur demandeintérieureL’emprise de l’immédiat et du« temps réel » et leur effet surl’accélération du cours desactivitésAujourd’hui, on se signale à son interlocuteurplutôt qu’on ne le contacte.Entrer en contact avec un interlocuteur suppose parfoisde négocier sa disponibilité avec une figure de double,qui œuvre en l’individu connecté comme un« organisateur » du temps et des modalités deséchanges entre lui et les autres.• Ce « double » assume des fonctions d’avant-poste :Le standardistechoisit canaux etdélai de réponse enfonction d’uneévaluation despriorités, et despréséances.« le mieux est qu’on serappelle à 18 h »Le vigie veille à nepas laisser le moisubmergé pardifférentes sollicitations,en contrôlant du regardet /ou d’un geste de lamain ce qui advient surles outils decommunication.
  74. 74. 74Le présent des pratiques numériques est articulé à un futur (1/2)Les activités d’écriture, de lecture et d’archivagefavorisées par les technologies mobiles(téléphone mobile, ordinateur portable, disquedur externe, clé USB, tablette ..) se distribuententre deux temps :L’emprise de l’immédiat et du« temps réel » et leur effet surl’accélération du cours desactivitésMontrer sa réactivitéSurvolerLire des mailsAller sur FacebookNoter des idées surson bloc-notesStockerApprofondirLireY RépondrePoster des statutsRédiger un documentSurRegarder
  75. 75. 75Le présent des pratiques numériques est articulé à un futur (2/2)Les archives du quotidien ne sont pas seulement destraces déposées, mais des plis de présent à déplier dansd’autres moments, et à déployer d’autres activitésultérieures :choisir plus tard entre plusieurs activités ou sorties repéréestraiter les mails plus tardlire en diagonale pour relire en approfondissantprendre des notes sur son mobile pour se les envoyer par mailsLoin de produire une fragmentation du temps, elles sontle moyen de vivre des continuités entre des tempsdisjoints, par une adaptation aux flux de pensées etd’événements.Elles favorisent ce que Michel Foucault nommait « laméditation ultérieure » : la réflexivité de « l’examen deminuit » trouve aujourd’hui sa place dans la continuitédu jour.L’emprise de l’immédiat et du« temps réel » et leur effet surl’accélération du cours desactivités
  76. 76. 76En contrepoint des conceptions d’un temps désarticulé, lesrécits recueillis font état des raccords entre les séquences devie que permettent les technologies mobiles.La fragmentation des tempsliée à l’interruptabilitédes activités et à la dispersionde l’attentionLes technologies mobiles permettent destructurer son temps en projets (personnels,professionnels, relationnels, …) poursuivis enfiligrane, sur un mode mineur, dans l’agencementavec d’autres activités majeures.Marie-Laure, 51 ans, médecin, note sur son mobile dès qu’ellea un instant, une idée de cadeau de Noël pour les 11 membresde sa famille.Gaëlle, 32 ans, mère au foyer de 4 enfants, prévoit de devenirfleuriste : elle photographie des vitrines qui lui semblent bienagencées, et note sur son iPhone quand elle le peut des listesde choses à faire en rapport avec son projet.
  77. 77. 77Entre retard subi ou entretenu et projets d’usage, le temps despratiques se détache de celui des innovations technologiquesL’injonction de l’innovationtechnologique, et lesentiment de retard qui peutlui être associé.Le « retard » perçu par de tous ceux qui ne seconçoivent pas comme des « early adopters » peut êtrevécu comme• une injonction à laquelle on fait défaut : « je me sens à latraîne »• un décalage qui ménage le plaisir de la découverteperpétuellement entretenu :« Je vais m’y mettre » : les projets d’usageMais chez tous les individus connectés, le temps del’usage est un temps prospectif : le présent de lapratique contient toujours des usages en attente.«J’ai découvert il y a quelque temps, qu’il y avait la bible illustrée en dessin animé. Cela me fait plaisir. Mais ma pauvretablette, elle ne chargeait pas assez vite. Tout le monde s’est moqué de moi car je ne savais pas télécharger les vidéos surYouTube. Heureusement que j’ai pas téléchargé James Bond!” Ariane, 36 ans, directrice marketing, Paris.
  78. 78. 78Les idées claires sur l’espace « virtuel » engendré par Internet :Les nouvelles technologies produisent des configurationsspatiales inédites dans leur hybridité : entre réalité physique etréalité en ligne.10.
  79. 79. 79Richesse des espèces d’espacesLe voyage connecté en deuxtemps, deux espaces.Les interviewés nous livrent des récitsd’allers-retours entre l’espace local etréticulaire, façon d’atteindre « l’autre côtédu miroir »L’accès à un paysage ou à une réalitélocale livrée sous une autre vision quecelle du touriste de passage est alorsrendu possible par la médiationnumérique.La méthodologie du voyage connectéconsiste aussi à se forger unecompétence par anticipation pouraméliorer l’expérience.L’effet passe-muraille« Quand on est sur place, on passe à côté deschoses. On ne pense pas que derrière cet endroit ily a des piscines d’eau chaude. Il y a une maisondevant laquelle je passe tous les jours en vacanceset j’ai vu qu’il y a plein de choses dedans, terrainsde golf, bungalows. Je me suis toujours demandéce qu’il y avait derrière cette maison. Je me doutaisque c’était un club ou quelque chose comme ça.Sur Google, je suis tombé sur les photos.«Internet ça permet de gratter un peu, de voir cequ’il y a derrière la façade »Armando, façadier, 38 ans, facadier, Paris.Apprendre à vivre ses vacances«Trois mois avant de partir au ski, je vais tous lesjours plusieurs fois sur les webcam de plusieursstations de ski en Autriche : je regarde quel temps ilfait, s’il y a du monde sur les pistes, si le temps queje vois correspond à la météo qu’ils affichent : çame permet de vivre mes vacances un peu l’avanceet de me rassurer. C’est pas parce qu’il ne fait pasbeau le matin qu’il ne va pas faire beau une heureplus tard »Georges, retraité, 69 ans, Reichstett (67)Les usages des outils numériques conduisent à la création de formes de spatialitésinédites, qui articulent toujours l’espace physique à l’espace « en ligne ». Quelquesexemples.1
  80. 80. 80« gratter la façade » : une application proposée par le Museum ofLondonhttp://www.museumoflondon.org.uk/Resources/app/you-are-here-app/index.html
  81. 81. 81Richesse des espèces d’espacesDes spatialités hybridesporteuses d’enjeux identitairesLes usages des outils numériques conduisent à la création de formes de spatialitésinédites, qui articulent toujours l’espace physique à l’espace « en ligne ».«Je vais sur les sites de tourisme portugais, car jesuis portugais. Ma ville de naissance est à 10km dela montagne et 5 km de la mer, dans la région deBraga, près de Porto. A la maison sur Google, jerepères des sites, des endroits où aller sur place »Armando, façadier, 38 ans, Paris.« Les groupes ne sont plus territorialisés ni liés spatialement et c’est pourquoi les identités de groupe en régimemigratoire doivent se penser en termes de la renégociation entre vies imaginées et mondes dé-territorialisés.»,Arjun Appadurai, Les conséquences culturelles de la globalisation, La découverte, 2001Pour Armando qui est portugais et qui vit en France, un espace hybride créé associant « la maison » à Paris, le« sur place » au Portugal et le « derrière la façade des maisons familières du village natal» sur Internet.Et c’est dans cet espace hybride, cet « ethnoscape, paysages mouvants et fluides d’identités, d’images et detechnologies », suivant la définition de l’anthropologie Arjun Appaduraï, que l’identité nationale s’articule articulée.2
  82. 82. 82Richesse des espèces d’espacesLa réinvention des lieux par lespratiques numériquesLes SMS, la lumière d’un iPhone, ou unservice comme google.doc sontemployées sciemment par les utilisateurspour ré-architecturer les lieux.Ils sont utilisés pourédifier d’efficaces cloisons symboliquesouredéfinir les propriétés physiques d’unespace partagéCes ingénieries ordinaires forgent denouveaux espaces physiques où vivreensemble.Des services numériques plus efficaces quedes mursAmélie, 42 ans, coiffeuse, vit depuis la séparationavec son mari dans un petit 2 pièces avec sa fillede 12 ans. Le soir, elle éprouve le besoin de seconfier à ses amies, mais les murs sont « commedu papier ». Elle se met alors à MSN pour chatteret convertit ses deux meilleurs amies. « MSN pourmoi, c’est comme une pièce en plus » , dit –elle.Dans cette grande salle de cours à l’Université, lesétudiants au premier rang prennent en note lecours sur un google doc, mis en partage avecl’ensemble des étudiants, tandis que leurcamarades, qui se sont installés au fond de la salle,préparent leur exposé en chattant sur MSN tout enrecueillant des infos sur Internet.Des usages numériques qui réinventent les propriétés des espaces physiquesDans leur grande maison, Laure, 18 ans, comprend que sa mère est rentrée car elle la voit apparaître sur lachat Facebook.Isabelle fait à ses enfants la lecture de Winnie l’Ourson sur son iPhone après les avoir couchés, dans le noir.Jawad et son père se parlent au téléphone en se regardant de part et d’autresde la vitre insonorisante duwagon du train.Les usages des outils numériques conduisent à la création de formes de spatialitésinédites, qui articulent toujours l’espace physique à l’espace « en ligne ».3
  83. 83. 83Les idées claires sur le discours de la surveillance:Le soupçon de la surveillance qui accompagne les usages seporte aussi bien sur des entités surplombantes (marques, Etats),que sur des figures familières de proches. En réaction à cetteentre-surveillance, les utilisateurs développent des stratégiesd’anticipation des regards pour contrôler leur images en ligne.11.
  84. 84. 84L’exercice du soupçon accompagne les usagesLa surveillance des activités en ligne par desinstances surplombantes, étatiques oucommerciales, est une préoccupation présentedans les discours.« on est tous fichés » / « il y a du big brother là derrière » /« tout ce qu’on fait sur Internet est consigné quelque part »Cette préoccupation s’accompagne parfois demesures concrètes prises pour tenter d’échapperà la surveillance• Les frontières vie privée / vie publique et vie privée / vieprofessionnelles sont réaffirmées, par des stratégies deselon recloisonement qui passe par :• La multiplication des profils et des adresses mails• L’intervention sur les paramètres de confidentialité• La surveillance est anticipée par des pratiques d’auto-googlisation : cette anticipation du regard sur soi et surles siens se présente comme une forme de compétencenouvelle, affichée et affirmée.… même si aux yeux des utilisateurs qui lesprennent, ces mesures ne les prémunissent jamaistotalement de la surveillance.« Ma belle sœur m’a dit « Fais attention ! » si ontape sur Google, on tombe sur les vidéos desenfants. »Audrey, 39 ans, femme au foyer, mariée avecdeux enfants« Internet, c’est gratuit, mais à quel prix ? Il y ales marques derrière qui nous surveillent »Nicolas, 31 ans, infirmier, Nanterre.
  85. 85. 85Se dédouaner, par le discours, d’une adhésion idéologique,tout en persistant dans ses pratiques.La crainte de la surveillance prend le plussouvent la forme d’un risque consenti, quis’exprime dans des formules de dénégation :« je sais bien mais quand même »Autrement dit, la conscience affichée de desusages se drape dans la distance critique : ils’agit de se dédouaner par le discours d’uneadhésion idéologique, tout en persistant dansses pratiques.« Sur facebook, j’ai décoché la fonctiond’affichage sur Google, même si je me doutebien que les photos doivent quand même resteren mémoire », Sally, 31 ans, attachée depresse, Paris.Mise en perspectiveCette attitude clivée se retrouve dans l’aptitude contemporaine à voir les programmes télé à différents degrés à la fois :regarder bêtement, tout en décryptant.La pratique des grands médias se retrouve de plus en plus dans une logique de la pluralité des regards, qui allientadhésion et défiance. Les spectacles de la télé-réalité favorisent cette compossibilité des regards qui permet de jouird’un spectacle en multipliant les degrés et les contrats de lecture : réaliste, en même temps que fictionnel et en mêmetemps qu’ironique sur sa propre adhésion (le jeu) ou sur l’adhésion des autres (la raillerie).« J’y vais quand même, et pourtant je sais qu’il ya des coups de marketing partout », Céline,assistante sociale, Stains (93).
  86. 86. 86De la surveillance à l’entre-surveillanceLe réseau social facebook cristallise aujourd’huiles soupçons de surveillance.« Sur Facebook, je ne fais que mater. Le côté surveillance,cela ne me plait pas. On est assez surveillés. », Claudine, 52ans, opticienne, Paris.Pour incarner ce « on » de la surveillance, ce n’estcependant pas la figure d’un Big Brother ou mêmedu patron de Facebook qui est convoquée le plussouvent, mais des personnes de l’entourage dontles pratiques de divulgation de contenus sontépinglées, comme un manquement au respect dela vie privée.Dans cette mention de figures familièresappartenant à des générations qui ont grandi àl’ombre des réseaux numériques, on retrouve laremarque faite par l’anthropologue de lacommunication, Jan Chipchase, qui met en gardecontre « Little sister »Cette figure de la “petite soeur” aux compétencestechnologiques indéniables, se rencontre dansdifférents entretiens. Elle peut aussi prendre lesallures d’une mère, ou d’amis des parents. Cessurveillants familiers invitent à redéfinir lesentiment de surveillance sur un plan horizontal età parler non pas tant de « surveillance » mais« d’entre-surveillance. »“Quand on parle de surveillance, la plupart desgens pensent à Big Brother, alors que c’est deplus en plus de votre petite soeur (Little Sister)qu’il est question, une petite soeur frianded’innovations, compétente en technologie, touteéquipée de capteurs. A cause d’elle, faire usagedu droit de ne pas adopter la technologie (optout) revient à se mettre en marge de la société.”(http://janchipchase.com/tags/little-sister/)« La fille d’une amie dit tout ce qu’elle fait surFacebook. Quand elle écrit “Je pars à Miami. Onse doute que c’est pas toute seule”. Elle a plusde vie privée », Gaëlle, 50 ans, secrétaire,Paris.« Les cousines de mes enfants : elles ont 25ans et envoient des SMS à table et elles ont desblogs et facebook où elles font n’importe quoi etelles mettent des photos de mes enfants »,Ariane, 40 ans, juriste, Paris.
  87. 87. 87La « sousveillance »La conscience de l’entre-surveillance conduit lesutilisateurs à développer des tactiques pourcontrôler leur propre activité– en se mettant sous contrôle du logiciel Reppler– en pratiquant la stratégie du « mur blanc »(« whitewalling », dans les termes del’anthropologue danah boyd) qui consiste à sedésinscrire de facebook dès que l’on n’est pas enligne – façon de « surveiller ses arrières »Ces pratiques conduisent à parler de « sous-veillance » (Steve Mann), forme de unesurveillance inversée venant décrirelenregistrement dune activité du point de vue dela personne impliquée.« Une des caractéristiques de ce que jai appelé l’« enclos numérique» est quil facilite non seulement la surveillance desentreprises et de lEtat, mais aussi ce qui pourrait être décrit comme la surveillance latérale ou peer-to-peer. Dans une culturede la constante connectivité et du constant auto-dévoilement en ligne, nous pouvons non seulement garder un œil sur nosamis et sur les membres de notre famille via les téléphones cellulaires, le courrier électronique et la messagerie instantanée,mais nous pouvons également faire des vérifications sur de nouvelles connaissances ou danciens amis en allant surInternet. « Googliser » est devenu non seulement un verbe, mais un verbe transitif dont les objets sont souvent des amis,des connaissances, des proches, des collègues, ou quiconque qui vient à traverser lesprit et la curiosité des internautes. »Marc Andrejevic, iSpy, 2007
  88. 88. 88Du panoptisme au paranoptismeL’histoire de la surveillance a été largementdéveloppée par Michel Foucault dans Surveilleret punir (1975) à travers la notion de «panoptisme ». L’évolution des sociétésmodernes s’est faite selon lui à travers ladiffusion d’un modèle de sur-veillance et dediscipline (des corps et des esprits) renduconcrètement possible par un « archipel » de «dispositifs » panoptiques : la prison, l’école,l’atelier, l’usine, l’hôpital, etc.Si ces dispositifs restent très largementhiérarchisés et verticalisés, ils doivent leurefficacité au fait qu’ils se répandent àl’ensemble du tissu institutionnel.L’entre-surveillance aurait ainsi partie liée avecl’émergence des médias numériques qui aamplifié ce processus d’horizontalisation enconférant à tout un chacun les moyens d’unesurveillance de la population jusque-là dévolueà l’état.« Au début 2007-2008 quand j’étais célibataire, celaremplaçait le téléphone. Une super occasion de fairepartager des choses. J’ai été vacciné quand j’ai étélarguée par ma nana : j’étais en position de voyeur ; àquel point c’est possible de pister quelqu’un, c’estdingue.», Nicolas, 31 ans, infirmier, Nanterre.« sur facebook, je suis devenu addict au voyeurisme » /« on a raison d’être parano sur facebook » / «On peut proposer le terme de paranoptismepour décrire cette évolution à trois niveaux :- L’horizontalisation du panoptisme pardélégation et démocratisation des outilsnumériques : ordinateurs, wifi, téléphonesmobiles, etc.- Le principe d’équivalence (de « parité » ausens de peer to peer) dans la réciprocité desmécanismes de surveillance de tous par tous.- La prégnance d’une suspicion et d’uneméfiance de type paranoïaque sur lesimages, les comportements, les menacespotentielles : attaques de virus, manipulationsdes messages, mensonges, traçabilité,prédation numérique, etc.
  89. 89. 891. Méthodologie2. La vie intérieure des individus connectés3. La vie relationnelle des individus connectés4. SynthèseSommaire
  90. 90. 90L’intérêt actuel pour les réseauxsociaux occulte la diversité etl’ampleur des autres pratiquesrelationnelles
  91. 91. 91La gamme des logiques sociales rencontrées sur le terrain nerecoupe pas, loin de là, la cartographie des réseaux sociaux
  92. 92. 92Quand, à travers des technologies d’écriture ordinaires ( mail, transferts,couleurs des caractères), quelques amis s’inventent une plate forme deréseau social.Amélie, 38 ans, consultante en ressources humaines, a acheté une maison de campagne avec deux autrescouples. Ils gèrent un calendrier d’occupation partagée par le biais de mails rédigés avec un code couleur parfamille qui sont transférés et complétés par les uns et les autres
  93. 93. 93La vie relationnelle des individus connectés emprunte 8 formes dominantes1. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  94. 94. 941. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  95. 95. 951. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  96. 96. 962. Le bénéfice des formes de communication minimales« Si un grand Mr habillé tout enrouge avec une barbe blanche teprends (sic) et te met dans unsac, ne t’inquiète pas, c’est parceque je t’ai commandé pour noel,car tu es le plus beau descadeaux qu’il puisse exister …moi en tous cas JE T4AIMEBEAUCOUP fais tourner au gensque t’aime (amour, ami, famille…)moi c’est fait. ;) »Chaîne de SMS chez des collégiensLa communication paradoxale de l’évitementLes services et les technologies numériques offrentaujourd’hui une vaste gamme de possibilités pouréviter de s’engager dans une interaction, tout enmaintenant le lien.
  97. 97. 971. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  98. 98. 981. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  99. 99. 99L’agonistique de la vie en ligne :des jeux aux joutes verbales.L’instauration d’espaces desolidarités en ligneL’invocation d’un Grand Auteuranonyme et bienveillant4. L’usage actif des collectifs anonymesLes réalisations communes entreanonymes« J’aimais bien battre des grecs au backgammonl’année où ils ont battu la France au basket »,Robert, 45, ans, commerçant, Lisieux« Je vais sur le forum, je fous la merde, et tout desuite ça prend des proportions ! …», Jean-Claude,62 ans, retraité SNCFExemples de requêtes Google :comment savoir si je l’aimecomment paraître interessante sur facebookla réponse pour prend moi dans tes brasquelqu’un qui vous aime peut il préférer levouvoiementleçon de savoir vivre pour monter un escalier avecune damegestes la danse des canards( extraits du blog « Commentdevenirunninjagratuitement.com »)Claude, 65 ans, retraité de l’Electricté deStrasbourg, parlant français, allemand et alsacien, aorganisé un festival de diaporama international avecun californien exclusivement anglophone.
  100. 100. 1001. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble dans un espacepartagé6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  101. 101. 101A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneJulien, jeune graphiste, vit encolocation avec 6 autres jeunesgens. Ils partagent une piècecommune dans laquelle se trouveune télévision. Ils ne la regardentque très peu ensemble. Enrevanche, ils ont chacun unordinateur et suivent le mêmeprogramme culturel à quelquesjours d’intervalle : ils s’échangentles séries et les films par desdisques durs externes, et endiscutent.
  102. 102. 102A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneInterpeller ( « viens voir ça ! Écoute ça ! ») : lespectacle partagé des trouvailles« Avec ma compagne, on seretrouve pour écouter le dernieralbum qu’elle a téléchargé. C’estS. qui télécharge et elle me faitdécouvrir, connaître desnouveaux titres, chanteurs,albums », Michel, professeur degym, 32 ans, Aubervilliers
  103. 103. 103A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneInterpeller ( « viens voir ça ! Écoute ça ! ») : lespectacle partagé des trouvailles« Faire couple » ou « faire famille » à travers desvisionnages en commun : les rituels continués« Avec les enfants et mon marisont a ritualisé les soirées VODdu vendredi soir : c’est le seulmoment où on est tous ensemblesur le canapé » ,Isabelle, 39 ans, femme au foyer,Paris.
  104. 104. 104A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneInterpeller ( « viens voir ça ! Écoute ça ! ») : lespectacle partagé des trouvailles« Faire couple » ou « faire famille » à travers desvisionnages en commun : les rituels continuésMettre à disposition de ceux qui vivent sous le mêmetoit des ressources audio visuelles : les nouveauxfournisseurs de contenus« Mes trois fils me donnent accès àplein de films dans une boite noireà côté de l’ordinateur, c’est commeun serveur , et je me sers en séries– il y a tous les épisodes des sériesdu moment qui apparaissent sur labarre de menu de mon ordi »,Pascale, médecin, 56 ans, banlieueparisienne.
  105. 105. 105A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneInterpeller ( « viens voir ça ! Écoute ça ! ») : lespectacle partagé des trouvailles« Faire couple » ou « faire famille » à travers desvisionnages en commun : les rituels continuésMettre à disposition de ceux qui vivent sous le mêmetoit des ressources audio visuelles : les nouveauxfournisseurs de contenusFaire écran à part.. et canapé commun : la proximitéretrouvée.Crystelle s’est achetée unetablette tactile avec un casquepour être à côté de son mariquand il travaille le soir sur sonordinateur portable.« Je vais sur Internet, et parfois jemets mon casque quand jeregarde des films pour ne pas ledéranger » (45 ans, commerciale,Strasbourg)
  106. 106. 106J’en avais assez d’être tout seul là hautdevant mon ordi tous les soirs, et Martineaussi, je crois : alors je me suis acheté unportable et un coussin chez Ikéa pourpouvoir l’utiliser confortablement sur lecanapé, à côté de Martine qui regarde latélé. Comme ça, on passe nos soiréesensemble »Stéphane, 48 ans, cadre de personnelhospitalier, Niederhausbergen (67)
  107. 107. 107A chacun son coin numériqueAu sein des foyers que nous avons observés, lesoutils technologiques appareillent les individus à lamanière d’habitacles tout personnels.Mais si les outils sont séparateurs, ils sont aussifédérateurs de nouvelles formes de partages.Drôles de rencontres autour des outilsRegarder seul et en parler aux d’autres : l’actualitécommuneInterpeller ( « viens voir ça ! Écoute ça ! ») : lespectacle partagé des trouvailles« Faire couple » ou « faire famille » à travers desvisionnages en commun : les rituels continuésMettre à disposition de ceux qui vivent sous le mêmetoit des ressources audio visuelles : les nouveauxfournisseurs de contenusFaire écran à part.. et canapé commun : la proximitéretrouvée.Surveiller les enfants d’une oreille : la disciplinecorporelle au service de la co-présence connectée
  108. 108. 108L’exemple de la « parentalité connectée » : négocier desmodalités de présence par une discipline du corpsPhotographie du New York Times illustrant l’ouvrage de ShirleyTurkle, Alone TogetherLine (45 ans, femme au foyer,Paris), en reconversionprofessionnelle, travaille tout ens’occupant de ses 5 enfants (âgésde 2 à 16 ans). Assise dans lesalon, elle met son ordinateur surses genoux pendant que « lespetits » jouent.« L’oreille est là pour savoir s’il n’ya pas quelqu’un qui est en train defoutre une claque à quelqu’und’autre… »Spécialiser ses organesLe toucher et la vue pour les outils numériques, etl’ouïe pour rester en contact avec l’universenvironnant.« Les enfants ont soulevé troiscontextes dans lesquels ils sesentent délaissés et n’osentdemander à leurs parents de faireplus attention à eux : au momentdes repas, lorsqu’ils viennent leschercher à l’école et lors demanifestations sportives. »Shirley Turkle, Alone Together,2012.
  109. 109. 109Skype et MSN vidéo, nouveaux « films de famille » (1/2)Pour les familles dispersées et diasporiques,les dispositifs de tchat vidéo (Skype, MSN)jouent un rôle important.Plus qu’un moment commun, ils représententun « nouveau film de famille » dans sa fonctionsociale de scène de représentation et par salogique ritualisée.L’usage est celui d’un rendez-vous qui seprépare à l’avance malgré les possibilitésd’échanges synchrones.« Cela permet aux cousins de sevoir. Une fois, mes filles ont misleurs enfants devant Skype et ilsétaient ensemble. Ils ont mis leurschaussures de backets qu’ilsvenaient d’acheter, ils ont montréleurs dessins. »Jacqueline, 62 ans, retraitée, Paris« On a voulu faire une petitesurprise à mon bon beau-frère dontc’était l’anniversaire. On a regardés’il était connecté et on lui a donnérendez-vous à 20h. »« Là on lui avait préparé sur latable un petit gâteau, des bougieset mon fils a chanté. Et là cela l’achamboulé, le voir pleurer c’estrare quand on le voit c’est uncolosse.” Armando, façadier, 38ans, Paris.
  110. 110. 110Skype et MSN vidéo, nouveaux « films de famille » (2/2)Pour les familles dispersées et diasporiques,les dispositifs de tchat vidéo (Skype, MSN)jouent un rôle important.Plus qu’un moment commun, ils représententun « nouveau film de famille » dans sa fonctionsociale de scène de représentation et par salogique ritualisée.L’usage est celui d’un rendez-vous qui seprépare à l’avance malgré les possibilitésd’échanges synchrones.Cette caractéristique scénique peut être perçuecomme une nouvelle norme familialecontraignante« C’est un rendez-vous pour mafille et pour moi. C’est le matinpour moi. Un rendez-vous familialavec les enfants, les petits-enfants.Ils ont besoin de ce rendez-vous,c’est important. Avec ceux deToulouse, c’est le mercredi soir oule We.« Je ne suis plus allée sur Skypequand je n’étais pas bien. C’est unrendez-vous un peu stressant pourmoi. », Janine, 58 ans, retraitée,Paris.
  111. 111. 1111. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  112. 112. 1126. L’exercice des décadrages (1/2)La vie relationnelle autour et avec les technologies mobiles procède pareffets de cadre :un appel reçu, un vibreur qui se met en marche, un SMS qui arrive sont autant d’occasionsde décadrages temporaires par rapport à la situation d’interaction directe.En 2005, les discours ordinaires et certains discours sociologiquesfaisaient de façon unilatérale du mobile un outil perturbateur des interactionsde face-à-face.En 2007, s’était opéré dans les convenances un renversement de l’ordrehiérarchique des situations de communication : perturber une conversationtéléphonique devenait de l’ordre de « l’inconvenance acceptable ». L’oralitéin presentia avait repris ses droits.Pour dissuader toute interruption, mieux valait alors s’éloigner ostensiblement avec sontéléphone.Aujourd’hui, cette porosité entre les deux ordres de communications esttoujours à l’œuvre. Mais le hors champ communicationnel ne cesse d’êtreprésent à l’esprit de tous les interactants : il fait en somme explicitementpartie du cadre de participation.Les mobiles sont régulièrement manipulés pour donner à voir ce qui s’y est affiché, sansque cela conduise à interrompre sa phrase, ou ralentir son débit.Passer un moment ensemble n’exclut pas forcément de continuer sonouvrage incessant de « vigie » ou de « standardiste téléphonique ».
  113. 113. 1136. L’exercice des décadrages (2/2)Outre ce travail en sous main, les individus connectés mobilisent desstratégies pour aménager un hors champ communicationnel qui n’entre pas enconflit de convenances par rapport à une interaction de face-à-face :• La sélection du canal de communication qui s’agencera au mieux avec lasituation (appel, SMS ou mail)« Si je suis dans la voiture avec mon mari pour aller à la campagne par exemple, j’envoiedes SMS, sinon, il me dit : "T’es encore au téléphone ?". Quand j’envoie des SMS, je suisavec lui, je peux lui parler », Line, 45 ans, femme au foyer, Paris.• Le polylogue qui consiste à faire participer le / les interlocuteurs présents à laconversation« Je suis avec Céline, là, elle te dit que c’était super hier soir et elle t’embrasse »• Le commentaire de l’appel ou du message, qui devient un ressortconversationnel important.« C’était mon père, il ne va pas très bien en ce moment, etc … »
  114. 114. 1141. La culture matérielle de l’échangeLes technologiques numériques donnent lieu à des échanges en ligne comme en interaction directe, quimêlent des échanges discursifs, des contenus partagés, des matériels mis en partage.2. L’économie des liensL’usage des outils numériques favorise également des formes de communications minimales, qui ont pourvocation de ratifier le lien ( ou de le faire fonctionner a minima)3. Le goût des cerclesL’exercice des liens s’accomplit de manière privilégiée à travers différents cercles relationnels à géométrievariable4. L’usage actif des collectifs anonymesUne grande partie des relations en ligne tendent à des formes « d’ agir ensemble » avec des anonymes, oudes quasi-anonymes.5. La co-présence réinventéeLes usages des outils numériques conduisent à réinventer les façons d’être ensemble.6. L’exercice des décadragesLes individus connectés négocient toute une gamme de formes de présences du hors-champcommunicationnel dans le cadre relationnel7. L’art du cadrageLes services et les outils numériques requièrent aujourd’hui chez les individus connectés la maîtrise de ceque l’on donne à voir dans le cadre d’une relation8. Les silences éloquentsLe silence est aujourd’hui une activité communicationnelle hautement significative
  115. 115. 115Dans un contexte de « publitude pardéfaut » (Jeff Jarvis), loin d’une exhibitionde soi inconsidérée,le cœur de la compétencecommunicationnelle aujourd’hui est decontrôler activement ce que l’on souhaitemontrer ou ce que l’on veut cacher par unegrande variété de pratiques qui vont de lapublication à la suppression.7. L’art du cadrage
  116. 116. 116Dire sans dire : la stratégie de l’iceberg.« La plupart des ados ont réalisé que limiterl’accès au sens peut être un moyen bien plusefficace que limiter l’accès au contenu lui-même », danah boyd et Alice Marwick.Cacher que l’on cachePoser son mobile, écran caché, sur latable.Paramétrer son smartphone pour queles SMS s’affichent sans mention deleur expéditeurFaire le tri dans ses SMS pour effacertous ceux qui pourraient être malinterprétésEffacer des mailsFabriquer quotidiennement sesapparences en lignePoster un statut, un commentaire,taguer, se détaguer …sont unefaçon, comme une autre, detravailler ses apparences . Unepage facebook, comme unvêtement que l’on choisit ouauquel on renonce, est unecouche de signes dont l’identitése revêt.7. L’art du cadrage

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