Au detour des paroisses - Pays de Fouesnant ch04km

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Au detour des paroisses - Pays de Fouesnant ch04km

  1. 1. Jean VARENNE LES REGISTRES PAROISSIAUX DE GOUESNAC’H (Période 1751-1770) Dans de précédents numéros de notre Bulletin (n° 10, l ère série et n° 1, 2ème série), j’avais eu l’opportunité de présenter les commentaires que m’avait suggérés l’examen des plus anciens registres paroissiaux de Gouesnac’h conservés dans les Archives Départementales. J’y ajoute aujourd’hui un nouveau volet concernant les vingt années suivantes, de 1751 à 1770. Ces registres conservent la trace d’événements familiaux qui risquaient de demeurer dans l’ombre alors que ces familles constituent le terreau qui a donné naissance à l’histoire locale. Ces baptêmes, mariages et sépultures nous fournissent des informations sur les liens de parenté, le cercle des amis proches de la famille ou du moins de certains d’entre eux, retenus comme témoins des événements. Dans l’impossibilité de reconstituer une histoire de ces groupes familiaux, du moins pour le moment, je me contenterai de relater les faits qui m’ont semblé les plus significatifs dans le déroulement de la vie familiale des Gouesnachais de ce milieu du 18ème siècle. REGISTRES DES BAPTEMES Les autorités ecclésiastiques, par l’entremise des recteurs, tiennent des registres des baptêmes et non des naissances. A l’époque c’est, en effet, l’administration du sacrement du baptême qui confère à l’enfant son statut social en rappelant ses liens de parenté, en lui donnant son nom patronymique ainsi que son prénom qui lui donne son statut de chrétien, statut confirmé par la désignation de ses parrain et marraine : 7 février 1751 : « a été baptisé Alain, né ce même jour, fils de Pierre CARADEC et Jeanne COTTEN, ses père et mère, à la métairie de Lanhuron. Parrain a été Alain LE DIZES de Lès Goenach et marraine Marie RIVOAL de Kerilis » (1er baptême de l’an 1751). 1/10
  2. 2. Délai du baptême Selon l’habitude, le baptême est toujours administré très rapidement, dans les heures qui suivent la naissance lorsque l’enfant est venu au monde pendant la nuit ou en début de matinée. Dans les autres cas la cérémonie est reportée au lendemain, comme l’indique le baptême ci-dessous : 13 mars 1752 : « Alain BUREL, né le 12, fils de Mathieu et de Marguerite RICHARD, au village de Cosforn. Parrain a été Silvestre NEDELEC de Clohar. Marraine a été Marie NEDELEC de Boutcarvan ». La tradition veut que le père porte le nouveau-né à l’église où se trouvent les fonts baptismaux, ce qui n’est pas toujours sans risque pour la vie de l’enfant, surtout en hiver, même s’il est en bonne santé, le père pouvant être tenté de s’arrêter dans les auberges et cabarets situés sur son chemin et dans lesquels il est trop heureux d’annoncer la nouvelle de sa paternité. Pour la période 1751-1770 le délai de présentation à l’église n’a jamais dépassé vingt quatre heures. Enfants illégitimes Les naissances hors mariage dans la paroisse de Gouesnac’h sont fort peu nombreuses ; je l’avais déjà noté pour les périodes antérieures à 1751. Les actes de baptême pour les naissances de ce type sont généralement inscrits avec la mention « né de père incertain » : 15 octobre 1751 : « baptême de Guillaume, fils de Marguerite C. dont le père est demeuré jusqu'à présent incertain, la dite C. ne l’ayant voulu nommer, malgré les demandes éitérées qu’on luy a faites au village de Kernon où elle a accouché, et aucun homme ne voulant se présenter pour parrain, la seule Jeanne LE SAUX du dit Kernon a esté marraine ». Le registre de 1763 présente l’anomalie qui, à première vue tout au moins jusqu’en 1770, est unique dans la paroisse, d’un baptême inscrit à l’envers par le recteur KERNEVEZ alors en fonction dans la localité : celui de « Henry, enfant illégitime, né le 23 septembre à Quillouarn ». Cette disposition inhabituelle n’est pas due à une distraction momentanée du recteur ; elle traduit la difficulté pour l’église d’admettre ces naissances dont le nombre est tout de même assez limité dans les régions de campagne. Sans doute, les cas en sont-ils plus nombreux dans les régions portuaires et les grandes villes où les mouvements de population importants favorisent ce type de naissance. Malgré cette inscription exceptionnelle, le baptême n’en était pas moins admis, le nouveau chrétien étant pourvu d’un parrain, Charles SIDIC et d’une marraine, Jeanne BERROU. Choix du prénom Un décompte des prénoms donnés aux baptisés fait apparaître une préférence marquée pour : Marie (48 fois), Yves et François (36), Jeanne (32), Jean (29), Guillaume (26), Catherine (22), Noël (18), Anne (17), Marguerite et Alain (16), Pierre (14), Françoise (13), soit 323 attributions pour 412 baptêmes. 2/10
  3. 3. Corentin n’est choisi que 6 fois, chiffre porté à 13 en tenant compte des Corentine. Apparaissent pour la première fois semble-t-il Mathias le 24 février 1758 dans la famille de Jacob DENES et Anne LE SOUAL de Cosform, nés le même jour, ainsi qu’Hélène le 22 avril 1759 chez Yves BOURGOT et Marie LE CLOAREC, née le 21 à Prat-an-Guib. Le choix de Marie, Anne et Marguerite (d’Antioche) dont les statues sont visibles dans les églises de la région s’explique par le rôle important qui leur est dévolu : assurer la protection des femmes en couches. Les futures mères souhaitaient s’entourer de toutes les garanties possibles pour que leur enfant vienne au monde dans les meilleures conditions. Nous constaterons, en effet, au chapitre des sépultures qu’incidents et accidents, lors de la naissance, pouvaient entraîner la mort de l’enfant ou de la mère ou même des deux à la fois. Les patrons de nos vieilles chapelles ont peu de succès, Cado et Barbe ne sont choisis qu’une fois, Maudet est cité pour la première et, semble-t-il, unique fois sur les registres sous la graphie Modé, Saint-Herbot, pour sa part, est complètement oublié, le patronage qu’il exerce sur les bêtes à cornes en serait-il la raison ? Nos trois saints sont entrés dans les familles suivantes : 8 novembre 1762 : Cado LE DIZET, fils de Jacob et Jeanne BERROU. Parrain : Jean JAFFRAY. Marraine : Marie TANIOU de Quillouarn 29 janvier 1766 : Barbe NEDELEC, fille de François et Margueritte LE SAUSSE née même jour à Kerguenon (Kerguéon) Parrain : Yves KERRAVEN de Kersaluden. Marraine : Jeanne LE SAUSSE, tante 26 février 1769 : Modé BERRECHOUC, fils de Maurice et Catherine ESTIN, né même jour à Kergaradec. Parrain : Yves COTTEN de Feunteun Lédan. Marraine :Magdelaine ESTIN, tante de Kerdual 3/10
  4. 4. Apparus dès les premières années du 18ème siècle, l’usage des prénoms doubles se répand peu à peu ; certes, ce n’est pas encore une généralité, seulement une augmentation significative. Parmi d’autres se découvrent des associations qui deviendront prénoms uniques liés par un trait d’union, tels Marie-Jeanne, Jean-Pierre, Pierre-Marie, MarieLouise. Si l’on peut y voir l’imitation d’un usage noble déjà adopté par la bourgeoisie, ce peut être aussi le désir de maintenir dans une famille les prénoms de plusieurs ancêtres. De quelques baptêmes gemellaires Dans cet espace de temps, de vingt ans, il a été relevé six naissances de jumeaux : 21 mai 1754 : Corentin et François chez Barthélémy NEDELEC et Anne CARADEC à l’Isle er 1 octobre 1754 : Yves et Jeanne chez Tristan NEDELEC et Catherine LE CALVEZ à Treffélen 15 juin 1758 : Catherine et Marie chez Pierre KERAVEN et Marie NEDELEC à Treffélen 27 novembre 1759 : François et Pierre chez Jean CARADEC et Françoise LE CAIN à Keralay 14 janvier 1768 : Marguerite et Allain chez Allain COSQUERIC et Magdeleine TANNIOU à Roboliou 19 mars 1770 : Louis et Marie chez Louis BIGER et Marie TOULERASTEL à Kerouguy REGISTRES DES MARIAGES De 1751 à 1770 la situation est, dans l’ensemble, semblable à celle des années précédentes; le nombre des mariages est, en effet, peu élevé : 87 actes seulement. Si l’année 1753 est honorable (11) suivie de près par 1755 (9) et 1769 (8), treize années n’ont pas passé la barre des cinq, 1758, pour sa part, en est restée à l’unité. Etapes à franchir La cérémonie de mariage est l’aboutissement d’un processus évolutif dont chaque étape vient renforcer les liens créés entre deux familles par la future union de leurs enfants. A l’origine de cette « aventure » il y a la première rencontre des futurs époux. Les occasions en sont multiples : ce peut être lors de réunions familiales telles que mariages, baptêmes, veillées qui rassemblent familles et amis, ou au cours de manifestations festives, telles que pardons, ou encore à l’époque des travaux agricoles qui mobilisent généralement une main-d'oeuvre abondante. Il n’en sera pas dit davantage sur cette étape importante qui met en jeu le coefficient personnel et la psychologie des deux protagonistes. Par contre, arrêtons-nous sur les phases administratives préalables au mariage. 4/10
  5. 5. Formalités préalables En vue de la cérémonie du mariage, il était nécessaire d’accomplir plusieurs formalités pour en conforter la validité. Tout d’abord, il appartenait au prétendant mineur d’obtenir une dispense d’âge sous forme d’un décret de mariage délivré par l’autorité judiciaire dont dépendait, en matière domaniale, le lieu de sa résidence. Pour Gouesnac’h , la Cour Royale de Concarneau et les Cours Seigneuriales du Mur, Henvez et Gueriven d’une part, de Cheffontaines d’autre part, étaient les juridictions compétentes : Décret du 2 janvier 1753 émancipant Marie TANIOU, fille mineure de feu Guillaume et Jeanne LE PERNEC de Quilihouarn promise à Laurent LALLAISON, fils de Guillaume et de Marie GUILLOU de Keridré. Pour les futurs conjoints mineurs, originaires d’une paroisse extérieure, la Cour compétente restait celle de leur domicile. C’est ainsi que Jean MENDES, fils mineur de Jean et défunte Catherine LE GOFF de Bodivit (paroisse aujourd’hui disparue), promis à Marie LE GUILLOU de Kerouchard, obtiendra son décret de la Cour Seigneuriale du Quéménet (paroisse de Penhars), alors que Marie LE GUILLOU sa promise, également mineure, obtiendra le sien de la Cour Royale de Concarneau La situation juridique des futurs mariés étant bien établie, les fiançailles ou promesses de mariage pouvaient avoir lieu : l’engagement de chacun des futurs était reçu par le recteur « en face de l’église » en présence des membres de la famille et, éventuellement, d’amis proches dont les noms figurent au registre. A noter, aux fiançailles de Jean LE BERRE et Catherine ISTIN, la présence de « noble homme Charles HERVE, notaire royal (parrain de la fiancée) « qui signe pour son respect ». Le futur mariage pouvait alors être porté à la connaissance des paroissiens par la publication des bans faite au prône de trois grand’messes des dimanches à une semaine d’intervalle. Cette publicité permettait de faire apparaître éventuellement des motifs valables d’opposition au mariage. Les registres de 1762 et 1770 nous révèlent qu’une dispense de deux bans pouvait être accordée par l’autorité religieuse : 21 février 1762 : à l’annonce du premier ban le recteur François LEROUX avertit que cette publication valait également pour les deux autres « les partis désirants avoir de la grandeur » 27 juillet 1770 : premier ban pour le mariage de Laurent ESTIN de Kergaradec avec Marie LE CALVEZ « première et dernière publication, après dispense de deux bans, accordée par Monsieur DU LAURENT, grand vicaire ».. Fiançailles et publication des bans sont des moments importants dans la marche vers le mariage et sont, en conséquence, inscrits à leur date sur les registres. 5/10
  6. 6. Simultanément, avec la dispense d’âge, intervient la dispense de consanguinité qui doit être sollicitée auprès de l’autorité épiscopale. L’Eglise, en effet, avait dès les 8è-9è s. mis de l’ordre dans le domaine de la nuptialité pour éviter les mariages entre cousins jusqu’au 8ème degré. Au 18ème s. la pratique des dispenses autorisait les mariages entre parents à partir du 4ème degré, ce qui se traduisait dans les actes par la formule « dispense de quarto gradu ad quartum gradum ». L’Eglise était même allée plus loin en introduisant, à l’initiative de l’autorité pontificale, la notion de « parenté spirituelle » selon laquelle était interdite toute union entre un parrain ou une marraine avec leur filleul ; il en était de même entre frère et sœur de lait du fait d’avoir têté au même sein. Le registre des mariages de l’an 1754 porte mention d’une dispense d’empêchement de consanguinité assortie de l ‘affinité spirituelle accordée à André LE BERRE et Anne NEDELEC qui se marient le 18 janvier. Célébration du mariage Toutes les formalités préalables étant accomplies, le jour de la célébration peut être fixé. La cérémonie se déroule avec solennité dans l’église paroissiale en présence des familles et de leurs relations. Le compte rendu, qui en est fait par le recteur, sera inséré au registre des mariages. Le texte débute par l’exposé de la situation familiale de chacun des deux époux suivi de l’énumération des décrets et dispenses obtenus, de la constatation que les trois bannies n’ont révélé aucune opposition. Les intéressés sont alors admis à la bénédiction nuptiale « après les avoir interrogé et de leur consentement … » ; ce consentement personnel est, en effet, un élément essentiel voulu par l’Eglise. Saisons des mariages L’époque choisie de préférence pour se marier demeure le début et la fin de l’année : sur 87 célébrations inscrites entre 1751 et 1770, 27 le sont en janvier, 18 en février, 11 en octobre et 13 en novembre, contre 1 en mars et septembre, 0 en août, ce qui correspond à la sagesse populaire conservée dans les dictons suivants : « Qui se marie en mai C’est la pie qui bat le geai » « Qui se marie en août Ses enfants sont morvoux » Les croyances locales sont en accord avec ces discours populaires : les mariages de mai, mois de la Vierge Marie, passaient pour être le mois des veuves et ceux d’août le mois de la pauvreté. En ce qui concerne le mois de Marie, aucune interdiction des mariages ne semble pourtant avoir été édictée par le clergé. En août les travaux agricoles passent avant tout et ceux qui les délaisseraient pour préparer des noces courraient à leur ruine. 6/10
  7. 7. Mariages manqués Toutes les promesses de mariage sont-elles parvenues à leur terme ? Il n’a pas été fait de recherches à ce sujet. Il a été simplement noté que l’une d’entre elles, concernant Guillaume LE PERNEC de Kersaluden et Marie KERAVEN, suivie des trois bannies réglementaires des 6, 9 et 16 janvier 1757, avait été brutalement interrompue par le décès de Guillaume survenu dans la nuit du 6ème jour de février, âgé de 35 ans, la sépulture ayant eu lieu le 8 février en présence de Laurent LALAISON de Quilihouarn, Yves LE SEHEDIC, Jean BERTOLOM, Yves LE DISES. Aucune indication n’est donnée sur la cause du décès, maladie ou accident ; d’une manière générale les recteurs sont muets sur le sujet. REGISTRES DES SEPULTURES De l75l à l770 ces registres comportent 362 inscriptions dont la plupart sont enregistrées au premier trimestre (111) et en fin d’année (57), le mois d’août étant le moins chargé (l9). L’année l762, la plus endeuillée, compte 35 décès, suivie de près par l758 (30) et l766 (29) ; les années les meilleures sont l764 (7) et l765 (9). En comparant avec les chiffres des baptêmes dont le total est de 4l2 les résultats ne sont pas négatifs mais plusieurs années sont en déséquilibre au profit des décès : - l758 : 22 B - 30 S - l762 : 20 B - 35 S - l766 : l4 B - 29 S Notre préoccupation n’étant pas de fournir une étude statistique, ces quelques chiffres suffiront pour situer les choses. Les actes de sépultures sont, en général, rédigés comme suit : ll janvier l751 : Jeanne CLEMENT, âgée d’environ 32 ans, femme d’Allain COTTEN du lieu de Kersabiec Bras a été enterrée le l2 dans la nef de l’église paroissiale en présence d’Allain COTTEN son mari, François LE SAUX, François LE PROVOST, Guillaume LE CLOAREC, Jean et François CLEMENT Enfants anonymes Il s’agit d’enfants qui n’ont pas été baptisés parce que leur trop faible constitution ne permettait pas de les transporter jusqu’aux fonts baptismaux de l’église paroissiale, ou dont les chances de survie après l’accouchement étaient nulles. Ces nouveaux-nés recevaient des mains de la sage-femme ou d’un membre de la famille l’ondoiement, substitut du baptême qui devait permettre à leur âme d’accéder aux Limbes à défaut du Paradis. La présence d’un médecin n’est jamais signalée ; il est vrai qu’il n’en existait pas dans la paroisse. Il fallait donc se satisfaire du concours de la sage-femme qui n’avait aucune formation et dont la compétence ne reposait que sur l’expérience. 7/10
  8. 8. Mendiants Les cahiers de sépulture nous permettent aussi d’avoir connaissance du phénomène de la mendicité. La mort des mendiants est enregistrée dans la paroisse où ils sont décédés. Nous en avons deux exemples : 11 septembre 1751 : Ollivier PEREZ, mendiant, âgé de 77 ans environ, décédé dans un bout de maison à Kervern Bihan a été inhumé le 12 1er octobre 1753 : a été inhumé le corps d’un nommé Yves BRIANT, mendiant, décédé le 30 septembre dans une grange du village de Kerrein. La même situation doit être reconnue à Guillaume B….. de Fouesnant, mari de Marie L….., âgé d’environ 60 ans, décédé le 11 août 1762 au village de Kersabiec Bras. Le registre des tutelles de la Cour Royale de Concarneau saisie d’une requête de son épouse demandant à être instituée tutrice de leurs cinq enfants, indique, en effet, que le père est « décédé dans la mendicité ». L’augmentation du nombre des mendiants due surtout à une succession de crise alimentaire dont étaient victimes les petits fermiers et les ouvriers agricoles (laboureurs, bêcheurs de terre, journaliers) déjà rendus à la limite de l’extrême pauvreté, faisait que le mendiant n’était pas une exception dans la société de l’époque et qu’il s’agissait d’une véritable catégorie sociale dont l’existence était reconnue. D’ailleurs, le mendiant était généralement bien accueilli par les fermiers qui lui « réservaient la part du pauvre » et lui laissaient passer la nuit dans une grange ou autre local dépendant de leur ferme. Le mot n’est associé à aucun des Gouesnachais figurant sur les registres, sans doute parce qu’ils allaient montrer leur misère par les chemins d’autres paroisses où ils n’étaient pas connus, paroisses dans lesquelles, en cas de décès, ils étaient ensevelis puisque les règlements sur les mendicités en faisaient une obligation pour les paroisses d’accueil. Lieu de la sépulture Depuis 1680, date des premiers registres paroissiaux conservés pour Gouesnach, il était de tradition d’enterrer les morts dans l’église paroissiale. En 1751 il en est toujours ainsi localement sauf quelques exceptions concernant notamment les corps des pauvres qui ne pouvaient payer la taxe de sépulture due au Conseil de fabrique, l’inhumation ayant alors lieu au cimetière qui jadis était situé entre l’église et le presbytère. Sont ainsi admis dans ce nouvel emplacement : 11 septembre 1751 : Ollivier PEREZ, âgé d’environ 77 ans, décédé dans un bout de maison à Kervern Bihan, inhumé le 12.. 4 janvier 1753 : Noël LAVANAN, 60 ans, décédé dans une maison de terrasse à Saint-Cado. Le dépôt du corps au cimetière, qui était l’exception, devient normal à la suite d’un arrêt du Parlement de Bretagne qui, en 1719, interdit les sépultures dans les églises. Cependant, l’application en sera retardée jusqu’à ce qu’il soit décidé que les dits enterrements paieraient les mêmes droits que dans les églises, afin de sauvegarder les intérêts des Conseils de fabrique. 8/10
  9. 9. L’application de ces nouvelles dispositions n’interviendra qu’en l’an 1755, le 3 février exactement, pour les obsèques de Catherine AUTRET, âgée de 21 ans, fille de Corentin et de Marie LE DIGUIGNET, décédée le 1er dans la maison de son père au village de Kérilis, autrement dit Le Querlis au Bourg. Sépultures particulières Les registres contiennent des actes concernant des situations exceptionnelles, comme les noyades, que la proximité de l’Odet et ses courants rendent possibles et dont la nature accidentelle nécessitera l’intervention d’un représentant de l’autorité judiciaire qui appréciera s’il convient d’autoriser le recteur du lieu à procéder à l’enterrement. Une telle situation s’est présentée deux fois : Le 6 février 1752 : « le 4ème jour du mois de février un nommé Alain NEDELEC reconnu et à nous nommé par Marguerite LE FAOU, sa femme de la ville et paroisse de la place de Quimper, a esté trouvé sur les côtes de cette paroisse près Saint-Cado, qui eut le malheur le 3 janvier dernier de tomber de dessus le quay de Quimper à la mer et de se noyer. Selon qu’il est spécifié dans la permission de Messieurs les Juges de l’Amirauté de la dite ville de Quimper, laquelle nous a esté portée par la dite Marguerite LE FAOU, son épouse et ayant vu cette ordonnance rendue le 5 du dit mois de février présente année, signée Clémensin, nous avons inhumé le cadavre du dit Alain NEDELEC dans le cimetière de notre église paroissiale en présence de la dite Marguerite LE FAOU, sa femme, de Vincent LALLAISON, d’Yves LE PROVOST, de Jean JEZEQUELOU, d’Yves LE DIZES et de plusieurs autres, laquelle inhumation et les cérémonies de l’inhumation ont esté faites le 6ème dudit mois de février. Signé LE ROUX, prêtre recteur de Gouenach. » Autre sépulture pour cause de noyade le 7 mars 1761 : « après avoir vu l’ordonnance du siège royal de l’Amirauté, il est procédé à l’enterrement d’un cadavre trouvé au Pors ar Guin près Saint-Cado tout défiguré étant depuis longtemps à la mer. Etaient présents François LE DIVANACH de Kerdianaoué, procureur terrien, Jean KERAVEN, François NEDELEC de Saint-Cado, qui l’ont enseveli, Jacques LE BEC » 9/10
  10. 10. Encore au chapitre des noyades, le 7 février 1760 : « après avoir reçu entre mains une ordonnance de Messieurs les Juges de l’Amirauté, en datte du 6 feuvrier …ay inhumé, dans le cimetière de notre église paroissiale, le cadavre d’un homme jeté par la mer à la coste près du moulin de Lanhuron en cette paroisse, lequel homme montait la gabarre du sieur du FRENEST, que l’on dit s’appeler Jean LE FACHEC, mari de …(en blanc) ……… demeurant dit-on en la paroisse de Saint-Mathieu de Quimper » Autre décès, autre environnement : le 21 juin 1759 celui de François LALLAISON, « soldat et non marié, au moins à ma connaissance, décédé le 20 au village de Pontusqué, (aujourd’hui Keranguel) après avoir reçu les sacrements de l’église du sieur recteur de Clohar m’a-t-on dit. Agé de 42 ans ». Quelques jours plus tard, le 28 juin1759, il est obtenu des informations sur la composition du clergé local à l’occasion de la mise en terre de Marie-Anne LE QUELLEC, fille de Guillaume et Anne KERAVEN de Kerniviniou, autrement Kerbaul, âgée de 2 mois, en présence de Jean LE DIVANACH de Kerdianaoué, Jean PEROS de Keroter, célébrée par Julien PERICHON, prêtre du Kergos en Clohar, délégué par le recteur LE ROUX qui était « à donner le jubilé dans la paroisse de Pleuven ». L’acte du 16 décembre 1763 porte notre attention sur le presbytère de Gouenach où vient de décéder « demoiselle Marie-Anne KERNEVEZ, originaire de Pluguffan, âgée de 16 ans, fille de Maître Gabriel KERNEVEZ, notaire royal, en présence d’autre Gabriel KERNEVEZ, de Noël KERNEVEZ, recteur de Gouenach et d’honorable homme Jean LE PERENNOU (tuteur) » Vraisemblablement cette jeune personne exerçait les fonctions de gouvernante auprès de son parent. Une lecture attentive permet parfois de déceler une suite d’événements familiaux comme les décès à deux mois d’intervalle d’Anne LE GALL , 27 ans, et d’Yves NEDELEC, 33 ans, de Trefelen, mari et femme (3 mai et 5 juillet 1766). Nombreux sont les enfants décédés en bas âge (18 dans les jours qui suivent la naissance et par dizaines avant un an). Par contre, les adultes qui atteignent un âge avancé sont en nombre plus important qu’on ne pourrait le penser. Quelques exemples : François CLEMENS de Kerhoreden Bihan, 90 ans, Jean LE QUEFFELEC de Kerroet, 77 ans, Yves KERAVEN de Kerbaul, 79 ans, Marie GOUIC de la métairie de Lanhuron, 80 ans. Arrivé au terme de ma réflexion sur ces vingt années de registres paroissiaux, qu’il me soit permis d’avoir une pensée, par delà les siècles, pour les recteurs qui ont eu la charge d’établir ces documents qui permettent de restituer une partie de ce qui a été le présent des Gouesnachais du 18ème siècle : François LE ROUX, en fonction à Gouesnac’h de 1745 à 1762, assisté de Guillaume DENIC à partir de 1754, auquel a succédé, à partir de 1762, Noël KERNEVEZ qui décédera dans la paroisse en 1773. Jean VARENNE NB – Les clichés photographiques sont la propriété de l’Association « Les Amis du Vieux Gouesnac’h » 10/10

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