Chateau & seignerie de Fouesnant i6p

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Chateau & seignerie de Fouesnant i6p

  1. 1. Le manoir de TREGONTMAB Une fois n'est pas coutume, FOEN IZELLA s'aventure au-delà des limites du canton, mais sans risquer de se perdre, puisqu'il s'agit seulement d'une incursion chez nos voisins d'Ergué-Armel, aujourd'hui partie du Grand-Quimper. Louis Le Guennec a publié jadis 1'histoire du manoir de Trégontmab, qu'il présente ainsi: « A l'est de la route de Quimper à Bénodet, sur la pente d'une colline feuillue qu'encercle à demi le ruisseau qui va tomber au fond d'une des découpures de l'anse de SaintCadou en faisant tourner le vieux moulin du Pont, le manoir de Trégonmab offre sa façade grise aux caresses du soleil comme à 1 'haleine véhémente du vent de suroît. C'est un lieu célèbre dans les traditions locales. » Le Manoir de Trégontmab en Ergué-Armel Les causes de cette célébrité ? Notre fidèle abonné, Monsieur de Caumont : actuel propriétaire du manoir, a bien voulu nous les exposer dans l'article qui suit. 1/4
  2. 2. LES TRENTE FILS ET LA DUCHESSE ANNE La tradition et l'imaginaire collectif s'allient pour nous transmettre une étrange histoire, celle d'une famille très nombreuse, une trentaine d'enfants, « Trente Fils », (traduction française de Tregont Mab), que le prestige de la duchesse Anne va localement faire entrer dans le mythe. Lorsqu'en 1490 la jeune « duchesse en sabots », alors dans sa quinzième année, entreprit son premier tour de Bretagne, elle souhaita s'arrêter quelques instants entre Quimper et Concarneau, dans ce lieu qui « relevait prochement de son domaine », et revoir d'anciens serviteurs de ses parents. Elle fit annoncer son passage, et exigea de ne rencontrer que la famille seule, sans invités (1). Elle arriva, vit dans la salle une trentaine de couverts et manifesta son vif mécontentement. « Mais, Madame, j'ai trente fils ( tregont mab) ! » lui fut-il répondu en breton (2). Pleine d'admiration, la duchesse accorda des privilèges à cette grande famille (3). Revenue en 1505 à Quimper (4) lorsque, reine de France, elle fit son second tour de Bretagne, elle avait à nouveau envoyé un message dans ce lieu dont elle ne se souvenait plus exactement du nom et qu'elle désigna pour la première fois « Tregont Mab » (5). Telle est en résumé la tradition simple et plausible qui était racontée, avec des variantes, depuis des générations dans les fermes et les paroisses avoisinantes. Cette tradition a été fixée et consignée par écrit de nombreuses fois aux XIX e XX e siècles (6). Toutefois, certains l'ont beaucoup embellie au point de la rendre féérique. C'est ainsi que dans « La Reine Anne », puis dans « L'Ère Bretonne », le poète Frédéric Le Guyader (qui reconnaît s'être laissé emporter) montre le père de famille présentant fièrement ses fils à la duchesse (7) : « Voici ma compagnie: elle est désormais vôtre ... Je suis pauvre et très pauvre, hélas ! dit le vieil homme, Mais foi de Trégonmab- c'est ainsi qu'on me nomme Cette armée est à moi, car c'est moi qui la fis. Je suis riche en enfants: voilà mes trente fils ! Prenez-les : ils feront pour la Fille, j'espère, Ce que j'ai fait jadis pour votre illustre père... » Émerveillée, la duchesse pourvoit somptueusement à leur établissement : « C'est près d'Ergué-Armel, dans leur castel antique, Vaste manoir moitié guerrier, moitié rustique, Que les beaux Trégonmab nichèrent leurs amours. Là, dans ce val charmant, durant trop peu de jours, Ils vécurent auprès des filles de /a reine Une /une de mie/ radieuse et sereine. » 2/4
  3. 3. L'emportement épique de Le Guyader ne connaît alors plus de bornes: A Brest, Portzmaguer attend impatiemment les trente gars qui doivent compléter l'équipage de « La Cordelière », le plus beau navire de Bretagne, pour lutter contre les anglais. Ce superbe navire sauta le Il août 1512, c'est un fait historique. Le vieux Trégonmab n'a plus d'enfants, mais lorsque la reine Anne, en grand deuil, revient encore une fois, l'aïeul a ces mots sublimes : « Mes brus ont accouché ... de deux garçons chacune ! Mes trente fils sont morts. Je pleure leur trépas. Trente soldats de moins ! Mais vous n y perdez pas, Puisque que par /a bonté de Dieu, toute puissante, Pour trente de perdus, vous en aurez soixante! » Comme souvent, une part de vérité peut se cacher sous la légende. Un nom inhabituel aux consonances mal comprises, une famille très nombreuses et remarquée, le passage d’un haut personnage prestigieux chez des gens à la fidélité éprouvée, tout est plausible . . . La visite d'une souveraine a bien failli se reproduire le 31 mai 1990 : Trégon Mab avait en effet été pressenti pour assurer quelques instants de repos à la reine mère Élisabeth d'Angleterre, entre son déjeuner sur une vedette de l'Odet et sa réception officielle à la cathédrale de Quimper (8). . . Peut-être l'inconscient collectif de générations de conteurs illettrés, mais enchanteurs, sans lesquels un récit manque de substance, est-il plus révélateur que l'énoncé des faits dans leur rigueur. Au delà des événements, il y a des lieux propices et forts où sensibilité et imagination enrichissent mythes et réalités. La « Gwerz des Tregont Mab », chaude et poignante, fait peut-être entendre le bruit de fond d'une histoire perdue. NOTES (1) Anne, duchesse de Bretagne, était née à Nantes en 1477 ; malgré sa jeunesse, elle voulut connaître son duché et en fit plusieurs fois le tour, ce qui lui acquit prestige et affection. Elle devint deux fois reine de France: en 1491 en épousant Charles VIII, puis, après la mort de ce dernier en épousant son successeur Louis XII en 1499. Elle mourut en 1514. (2) Sté Archéologique du Finistère, T. XXIII, 1984, p. 147 : la grammaire bretonne ne tolère pas de pluriel après un numéral cardinal. Trente fils se traduit donc bien par tregont map (ou tregont mab, en breton moderne). Rappelons ici que l'ensemble des documents écrits les plus anciens que nous ayons sur Trégont Mab, qui s'échelonnent de 1637 à 1641 et concernent des opérations de nature différente, n'emploient que le nom de Tre'lont map. 3/4
  4. 4. (3) Est-ce de cet événement, ou d'une époque plus lointaine qu'il faut dater l'insignifiance symbolique de la redevance d'un sol tournois, un sou, due au duc de Bretagne, puis au roi de France " à cause de son duché de Bretagne «. Ce sol, payé annuellement jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, par cette terre qui "relevait prochement" du duc, et non d'une seigneurie locale, est à comparer avec les 80 sols du prix d'un cochon gras en 1475 (Arch. Départ. du Morbihan, E 2704). Ceci dit, les redevances insignifiantes étaient assez fréquentes et généralement anciennes. (4) Elle octroya à cette occasion en 1505, à la principale seigneurie d'Ergué-Annel, le PlessisQuenquis (ou Plessis-Ergué), le droit à un quatrième poteau de justice à Kervao. Cette terre appartenait alors à Vincent de Ploeuc. (5) Le chiffie de trente a pu être arrondi pour la consonance si le nom original était Tregomarc'h, Treguenmap ou autres ... Les familles de plus de vingt enfants ont existé encore au XVIII e siècle. Le propriétaire actuel de Trégont Mab descend de Charles De la Rue, manufacturier en drap, maire d'Elbeuf, qui eut 20 enfants de ses trois épouses, et de JeanHervé le Bastard, Sr de Kerguiffinec, en Tréguennec (1731-1815), qui eut 19 enfants de ses deux épouses. Dans les Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand parle de M. de la Baronnais qui eut 20 fils et filles. Enfm, au XIxe siècle, à Chateauneuf-du-Faou, un certain M. Moreau, notable local, eut 23 enfants (Michèle Le Goffe, " Sites, signes, vies au centre de la Vallée de l’aulne ", Ed. ar Garo, 1989, p. 109). Et si, ultime trace suggérée par « le chemin appelé Treguibon Kerperennes » au midi de « Parc ar Fom » (bail du 31 mars 1637), le nom d'origine était Treguibon, le phénomène des Trente était suffisamment exceptionnel pour justifier le changement du nom, même sans Anne de Bretagne ! (6) « Paysages et Monuments de la Bretagrle », par Paul du Chatelier et Emile Ducrest de Villeneuve (Paris, 1893, 22e, 23e et 24e livraisons, St Evarzec, p. 64). Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1898, T. 25, « Une promenade à Tregont Mab » " par le Chanoine Abgra1l, p. 30 et suivantes. La Dépêche de Brest, du mardi 25 novembre 1930 : article de Louis Le Guennec. « Nos Vieux Manoirs à Légendes »"par Louis Le Guennec, 1936, T. 1, p. 37 et svtes. Plus récemment, Mme Clémentine Herlédan, dans un article sur Ergué-Annel du magazine « Quimper Réalités » N° 62, 1988, p. 21, et le journal « Le Télégramme » du 31 août 1990, dans un article sur les manoirs de Quimper, ont raconté la légende de Trégont Mab. De son côté, l'écrivain et ethnologue breton Pierre-Jakez Hélias a consacré à Trégont Mab l'une de ses émissions radiodiffusées. (7) Frédéric Le Guyader (1847 - 1929), poète breton, publia « La Reine Anne » en 1888, qu'il introduisit dans « l'Ere Bretonne » publiée en 1896. Cette oeuvre fut plusieurs fois rééditée. Nous nous référons ici à la 3ème édition, impr. Cornouaillaise, Quimper 1935, p. 220-221 et suivantes. Par commodité ou harmonie, Le Guyader a retenu dans son poème l'orthographe Trégonmab. 4/4

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