Faits divers du Pays de Fouesnant - asn-ve

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Faits divers du Pays de Fouesnant - asn-ve

  1. 1. Annick Le DOUGET La mendiante Marie Le Picard, condamnée à mort en 1786 pour exposition de nouveau-né à Fouesnant L'infanticide est le meurtre ou l'assassinat d'un nouveau né, précisément « d'un enfant au moment où il vient de naître ou dans un temps très rapproché de celui de la naissance ». Quel crime désignait-on par « exposition d'un enfant nouveau-né » ? Il s'agissait de son « abandon, non seulement aux intempéries de l'air, aux rigueurs de la saison mais encore à la voracité des chiens ou des loups », nous explique le procureur du roi de Concarneau le 19 mars 1786. Dans les faits, la mère laissait mourir le bébé sans le tuer, un meurtre dit par omission, que l'on opposait au meurtre direct dit par commission. . . L'accusée est une vagabonde, Marie Le Picard, native de Saint- Evarzec, vivant de mendicité dans la campagne du Pays fouesnantais. Cette pénible affaire met en relief la difficile condition d'une femme miséreuse et misérable: d'abord sa dignité perdue dans une grossesse inavouable, «un enfant conçu dans le crime » selon l'expression du procureur, puis dans un accouchement solitaire, animal, et enfin la déchéance dans un crime, le pire, celui de laisser mourir son enfant. . . « Ce double crime révolte la nature et l'humanité. Non contente d'être coupable d'un infanticide, elle a encore la cruauté d'exposer et d'abandonner son enfant », s'insurge le procureur Le Beau. Faut-il le rejoindre dans son indignation, ou peut-on faire montre d'indulgence ? Le crime Voici les faits. Au matin du 10 mars 1786, Jean Le Séhédic, fils de la ferme du Roudou, sise non loin du bourg de Fouesnant, va conduire ses veaux dans leur enclos. Il remarque du sang sur la clef de la barrière, et, plus loin, découvre le corps sans vie d'un nouveau-né jeté dans les broussailles d'un fossé. Aussitôt, il alerte ses parents, qui, sans hésitation, font le rapprochement entre cette macabre découverte et l'hébergement de deux vagabondes dans une crèche la nuit précédente. 1/10
  2. 2. Soupçons sur Marie, une mendiante Les soupçons pèsent sur l'une des deux femmes, enceinte et prête à accoucher selon l'oeil avisé de Jeanne Le Séhédic, la fermière qui leur donne 1 'hospitalité ce 9 mars « au coucher du soleil », lorsqu'elles viennent chercher un gîte pour la nuit. Cette mendiante se présente comme étant Marie Le Picard, originaire de Saint-Evarzec l, et être femme de charbonnier (on saura plus tard par un témoin que son mari est « absent » depuis huit ans). La présence de cette femme enceinte et visiblement affaiblie ne dit rien qui vaille à la fermière, réticente à lui accorder 1 'hospitalité, non pas faute de générosité, les mendiants savaient trouver asile dans sa ferme : mais il faut dire qu'une telle situation pouvait être source d'ennuis pour 1 'hôte. Marie refuse les secours proposés Marie Riou, une voisine, épouse du tailleur d'habits Guénolé de Kernévélec, n'avait d' ailleurs pas accepté de la garder une heure auparavant. Elle l'avait d'abord accueillie, mais Marie Le Picard « se trouvant malade et incommodée », 1 'hôtesse lui avait dit « qu'il fallait chercher quelqu'un pour la secourir ». La mendiante refusait les secours proposés, et Marie Riou lui déclarait alors que, « puisqu'elle ne voulait pas être soulagée, elle n'avait qu'à s'en aller ».Elle obtempérait, non sans traiter Marie Riou de « mauvaise langue d'oser lui soutenir qu'elle était enceinte ». . . C'est ainsi qu'elle arrive au Roudou, en même temps que Marguerite, dite la fille Nadigou, jeune mendiante âgée de 16 ans; toutes deux ne se connaissent pas, ou peu. Enfantement seule dans la nuit Les Séhédic, selon les lois traditionnelles de 1 'hospitalité paysanne, offrent une soupe aux mendiantes, mais Marie Le Picard ne peut rien avaler. Puis ils leur donnent un drap et de la paille fraîche pour se coucher dans la crèche à la chaleur des vaches. Marguerite, fille Nadigou, a un sommeil de plomb... Elle se réveille à peine lorsque, vers minuit, sa compagne d'infortune se met debout «faisant les gestes d'une personne malade » ; elle se rendort aussitôt, dira-t-elle au juge quelques jours plus tard, « sans s'enquérir quel mal travaille ladite Marie Picard ». Cette dernière sort de la crèche et n'y revient dormir qu'au bout de deux heures d'absence. 1 Hélas, malgré quelques recherches, on ne peut même esquisser une rapide biographie familiale de Marie Le Picard. . . Non interrogée par les juges, on ignore sa filiation comme le nom de son mari; parfois même son nom est orthographié en Le Picart. Une rapide consultation des actes paroissiaux au Centre généalogique de Cornouaille révèle une occurrence de 45 actes Le Picard et Le Picart sur le canton fouesnantais, et de 232 dans le proche secteur ! Plusieurs Marie Le Picard sont nées à Saint-Evarzec. Deux d'entre elles peuvent correspondre à notre mendiante, l'une née à Neisbran, l'autre à Coat-Cariou. 2/10
  3. 3. Marie a en fait accouché dehors et abandonné son enfant dans le champ. Au petit matin, Marguerite et Marie vont ensemble partager la soupe des obligeants fermiers; la fermière ne peut s'empêcher de faire remarquer à Marie « que son ventre avait diminué et n'était plus le même que la veille » ; en guise de réponse, la mendiante se contente de rire et quitte rapidement ses hôtes. Elle s'en va au bourg de Fouesnant: nous sommes le dix mars, et ce jour, nous dit-on, l'aumône se donne plus particulièrement. Découverte de l'enfant Vers neuf heures du matin, le fermier Le Séhédic prépare la litière pour ses bêtes dans la crèche, là où ont couché les femmes. Non sans surprise, il accroche avec son crocq en remuant la paille « l'arrière fez ou placinta avec une partie du cordon ombilical d'en enfant nouveau-né ». Au même moment, son fils arrive en courant signaler sa macabre découverte. Les deux hommes devinent, aux traces repérées entre la crèche et le cadavre de l'enfant, que l'accouchement s'est fait sur le chemin menant à l'enclos ; ils remarquent « beaucoup de sang répandu sur la terre fraîchement remuée ». Le recteur de Fouesnant, à peine avisé, prévient aussitôt les juges du siège royal de Concarneau, qui se déplacent le lendemain matin jusqu'au lieu du crime en compagnie de deux experts-chirurgiens. Autopsie dans le penn-ty Jean Le Séhédic a placé le corps de l'enfant dans un coin de penn-ty, sous une baratte renversée couverte de trois pierres. Les chirurgiens Collet et Laporte, de Concarneau, commis par le procureur, procèdent à l'examen du corps et constatent que « le cordon ombilical a été coupé à cinq travers de doigt du bas-ventre, sans ligature au cordon, par lequel endroit l'effusion du sang s'est fait ce qui a précipité la mort dudit enfant ». Ils pratiquent ensuite l'autopsie. Au Roudou même, le poumon du nouveau-né est mis dans un vase plein d'eau. L'épreuve paraît concluante: « le poumon surnage sur l'eau » ; les maîtres en chirurgie estiment que l'enfant est venu vivant au monde et qu'il était de sexe masculin ». Ils confirment, au vu des traces de sang, que l'accouchement a bien eu lieu « sur le chemin menant audit parc », et que l'enfant, de sexe masculin, né viable, a été jeté dans les broussailles du fossé et est mort au cours de la nuit. 3/10
  4. 4. Mort par hémorragie ombilicale Quelle est la cause de la mort ? Les chirurgiens sont formels : elle est due à l'hémorragie ombilicale, le cordon ombilical n'ayant pas été ligaturé. Dans l'histoire médico-légale de l'infanticide, l'hémorragie ombilicale tenait le premier rang dans les causes de la mort du nouveau-né par omission. On considérait qu'au nombre des soins urgents à porter à l'enfant au moment où il vient de naître était la ligature de l'extrémité ombilicale du cordon. Cette hémorragie n'était jamais très abondante et se produisait assez lentement ; elle ne tuait en général qu'au bout de plusieurs heures selon les observations des médecins du 1ge siècle. Toutefois, pour être complet, il faut savoir, selon le traité de médecine légale de Tardieu, que le défaut de ligature du cordon n’entraînait pas nécessairement 1 'hémorragie mortelle. Statistiques de l'infanticide Les statistiques judiciaires n'existaient pas sous l'Ancien Régime. En voici quelques unes, les premières, de l'infanticide au 19e siècle en France. Nombre moyen des infanticides entre 1826 et 1865. Années 1826-1830 1831-1835 1836-1840 1841-1845 1846-1850 1851-1855 1856-1860 1861-1865 Nombre D’infanticides 102 94 135 143 152 183 214 206 Sur le plan de la répression, le crime d'infanticide était celui qui offrait au 19e siècle la proportion la plus considérable d'acquittements, environ 374 pour mille! Parfois était-ce en raison du défaut de preuve matérielle, mais plus souvent semble-il par commisération du jury à l'égard des femmes accusées. 4/10
  5. 5. Fuite de Marie Le Picard Le crime ne fait plus de doute aux Juges. Il faut donc retrouver la meurtrière. Le valet du Roudou, Corentin Gaillard, est le dernier à l'avoir aperçue en fin de matinée. Alors que Le Séhédic allait au presbytère prévenir le recteur, Gaillard, chargé de garder le corps de l'enfant dans le champ, voyait en effet « Marie Le Picard revenir du bourg de Fouesnant avec d'autres mendiants et mendiantes. Arrivée près de la crèche dudit parc, elle voulut y rentrer, mais ayant vu le gardien, elle continua sa route sans mot dire, la tête baissée sur le sein, et d'un air fort triste ». . . Marie a compris que son crime a été découvert, et que, désormais, elle serait recherchée par la justice. Elle préfère fuir et l'instruction suivra son cours sans elle. . . L'instruction se poursuit Les premiers témoins sont entendus le 29 mars 1786 à l'auditoire du siège royal de Concarneau, compétent pour traiter les affaires de Fouesnant, par l'avocat Guillaume Royou de Kerliezec, en l'absence du sénéchal de la ville. Parmi eux est entendue une dernière fois la fermière Le Séhédic, qui mourra le 20 avril suivant. . . Le procureur du roi Yves Le Beau ne mâche pas ses mots : « des enfants conçus suite aux désordres d'une mère coupable... ne sont que trop souvent les victimes de l'incontinence de mères criminelles qui cherchent presque toujours à cacher la honte de leur opprobre par la perte de leur fruit », dit-il en substance. Il note en outre une circonstance aggravante, après avoir entendu le témoin Marie Riou, de Kernévélec : « il a dépendu d'elle qu'elle ait été secourue si elle l'avait voulu pour donner la vie à son enfant ». Recherches infructueuses dans le pays fouesnantais Les recherches sont lancées et la prise de corps de Marie Le Picard est ordonnée afin qu'elle soit conduite « aux prisons de la sénéchaussée ». Plusieurs déplacements de la maréchaussée aux bourgs de Fouesnant et Saint-Evarzec ont lieu, en vain. . . Ainsi le 19 mai 1786, les sergents royaux arrivent avec leur tambour à six heures du matin au bourg de F ouesnant. Ils se renseignent auprès des habitants et des notables de la paroisse qui affirment n'avoir pas vu cette mendiante depuis un mois. On conseille aux sergents « d'attendre au bourg jusqu'à l’heure de midi, que l'on donnait l'aumône aux pauvres de onze heures et demi à midi ». 5/10
  6. 6. Peut-être Marie y serait-elle. Mais midi passe, elle n'est toujours pas venue. . . Les 17, 28 et 30 juin 1786, le rappel de l'ordonnance de prise de corps est fait avec tambour dans les bourgs de Saint-Evarzec et de Fouesnant, ainsi qu'à Concarneau. On vérifie que Marie Le Picard ne s'est pas constituée prisonnière d'elle-même dans les geôles concarnoises. . . mais rien de tel ! La sentence de mort Il faut attendre le 6 novembre 1786 pour que soient rendues les conclusions définitives du Procureur du roi contre l'accusée défaillante. C'est la mort qui est requise. Le lendemain, le jugement est rendu par le sénéchal du Laurens, seigneur de la Barre: Marie Le Picard est, « convaincue d'avoir, dans la nuit du 9 au 10 mars dernier, accouché d'un enfant de sexe masculin, et de l'avoir exposé et abandonné dans un parc nommé adriou ar verger au lieu du Roudou, paroisse de Fouesnant, de l'avoir par là laissé mourir sans lui porter aucun secours, pour réparation de quoi la condamne à être pendue et étranglée jusques ce que mort s'ensuive à la potence qui est plantée sur la place publique du faux bourg de cette ville ». Tels sont les termes de la sentence. Le juge rajoute une peine de 10 livres d'amende au profit du roi et la confiscation de ses biens meubles... « Pendaison en effigie » à Concarneau Sur la place de Concarneau, le 8 janvier 1787, jour du marché, a lieu l'exécution par effigie de Marie Le Picard. Le greffier de la sénéchaussée lit d'abord publiquement la sentence en présence du bourreau quimpérois, Maurice Le Glaouer, exécuteur de la haute justice, qui s'est déplacé pour la circonstance. Qu'est-ce la pendaison en effigie ? En l'absence de la criminelle, c'est son tableau qui est pendu! Cette curieuse sentence de l'Ancien Régime est exécutée selon les règles coutumières: un chevaistre, tableau représentant la fugitive en peinture, est accroché au gibet de la potence dressée sur la place de Concarneau, puis pendu par le bourreau. Nous ne pouvons donner une fin à cette tragique histoire. Marie ne sera pas retrouvée. Faute d'avoir son identité précise, nous ne saurons pas davantage où elle se sera cachée, où elle mourra. 6/10
  7. 7. « L'an mil sept cent quatre vingt sept, le huit janvier, je soussigné commis juré au greffe du siège royal de Concarneau, certifie avoir lu la sentence cy attachée à haute et intelligible voix en la place des faux bourgs de cette ville, copie de laquelle et l'effigie cy mentionnée étant en un tableau, ont été attachés à la potence par Maurice . . . exécuteur de la haute justice. De tout quoi j’ai rapporté mon présent procès-verbal aux dits jour et an que devant ». (Archives départementales, B 1327) 7/10
  8. 8. Médecine légale : quelques mots sur la méthode des chirurgiens. L'enfant a-t-il vécu ? Les traités de médecine légale nous expliquent la méthode dite de Galien, plus savamment nommée docimasie pulmonaire hydrostatique ordinaire, et qui est ici utilisée par les chirurgiens experts transportés au Roudou. Voici ce que nous dit le manuel complet de médecine légale par J.H. Briand et J.X. Brosson (1841) à son sujet. Ce procédé est le plus ancien et le plus simple de tous ceux employés pour constater si les poumons ont été dilatés par l'air. Il sert de base depuis la fin du 17e siècle aux décisions judiciaires en matière d'infanticide. Mais il n'est pas infaillible . . . ! Cette expérience est fondée sur le principe que le tissu pulmonaire est plus dense que l'eau chez l'enfant qui n'a pas respiré, et qu'il doit par conséquent se précipiter au fond de ce liquide ; que l'air introduit dans les vésicules de ce tissu par l'acte respiratoire le rend, au contraire, plus léger que le liquide, et que par conséquence le poumon doit rester à la surface de l'eau lorsque toutes ses parties ont été bien pénétrées d’air. Poumons, coeur et thymus sont placés ensemble très doucement dans un vase contenant au moins un pied d'eau, afin que la co- i lonne du liquide soit proportionnée au poids et au volume des viscères, et qu'elle puisse les supporter s'ils sont susceptibles de surnager. Il faut employer une eau bien pure car si elle contenait, comme les eaux de puits, quelques substances salines, sa densité se trouverait augmentée et favoriserait la surnatation des poumons. Par ailleurs l'eau ne doit être ni trop chaude ni trop tiède. Lorsque les viscères thoraciques sont déposés à la surface de l'eau, on observe la réaction. Explication des planches Figure 1 : Pownon d'un enfant nouveau-né à ternIe, né vivant et ayant respiré. Les poumons sont complètement pénétrés par l'air et par le sang, Figure 2 : Fragment de pownon ayant respiré, dont la coupe montre la structure. Les vésicules pulmonaires ont été distendues par l'air. Figure 3: Poumon d'en enfant nouveau-né à t=e, mort. né et n'ayant pas respiré. Les poumons sont à l'état fretal. Figure 4: Fragment de poumons n'ayant pas respiré. Le tissu pulmonaire offIe l'espèce de splénisation propre à l'état fretal. (Extrait du Traité de médecine légale de Tardieu.) S'ils restent à la surface, c'est une preuve que le tissu pulmonaire contient beaucoup d'air, que la respiration a été bien complète. S'ils s'enfoncent un peu, mais que le poumon seul, séparé des autres organes, flotte ensuite, c'est une preuve que l'enfant a exécuté plusieurs inspirations pleines et entières; mais que cependant la respiration n'a pas été aussi parfaite que dans le cas précédent. Enfin si les poumons vont au fond de l'eau, l'enfant est mort-né. 8/10
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