Faits divers du Pays de Fouesnant - focfj

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Faits divers du Pays de Fouesnant - focfj

  1. 1. Annick Le Douget Le gang des voleurs d’abeille Voici relatée, à travers un dossier pénal de la sénéchaussée de Concq, une histoire véridique qui s'est déroulée au XVIII ème siècle dans le Pays Fouesnantais : celle de voleurs d'abeilles. C'était la spécialité étonnante d'une bande de délinquants, hélas non exclusive d'autres méfaits et de violences, puisque trois d'entre eux n'ont pas hésité à couper la langue d'un jeune témoin pour le t'aire taire... Un contexte de misère Dans la seconde partie du XVIII ème siècle, la misère sévit en Bretagne. Le Parlement y autorise en Mars 1786 tes "généraux" des paroisses "à prendre dans leurs coffres forts telles sommes qu'ils jugeront nécessaires pour subvenir, d'ici à la prochaine récolte, aux besoins les plus pressants des pauvres". Le Pays Fouesnantais n'échappe pas aux vagues successives de mauvaises récoltes et à la cherté des blés. La mendicité se développe, et quelques âmes plus faibles vont basculer dans la délinquance. C'est ainsi que tes vols d'animaux se multiplient dans les campagnes; mais ils ne peuvent être tolérés dans un contexte de pauvreté générale. La justice va s'en saisir et prononcer des peines sévères. Voici l'un de ces dossiers. Une procédure exemplaire A partir des pièces de leur procès, nous allons évoquer ici les exactions de malfaiteurs ayant sévi en 1785 et 1786 dans l'actuel canton de Fouesnant. L'instruction de la procédure, menée par le Sénéchal de Concq, Louis Marie Dutaureau de La Barre, est exemplaire : 67 témoins ont été entendus, les prévenus ont été plusieurs fois interrogés "sur la sellette" (petit siège de bois sur lequel on taisait asseoir l’accusé), et confrontés entre eux. Les larcins avoués sont multiples; mais la bande s'était surtout spécialisée dans le vol des ruches et des abeilles. Les sept malfaiteurs Ils n'ont pas de chef attitré; il faut plutôt parler d'une association de malfaiteurs que les circonstances et l'appât de gains faciles ont réunis. 1/9
  2. 2. Pierre Nédélec, dit ""Pot Peurit"' Pierre Nédélec, dit "Pot Peurit," abréviation de "Pot Peumerit" ce gars de 19 ans est en effet natif de cette paroisse. Le Sénéchal le décrit ainsi, en avril 1786 : "taille de 4 pieds 5 pouces (1m 45), visage allongé, nez assez bien fait, yeux gros bien fendus et roux, barbe,cheveux et sourcils châtain, vêtu d’une chemisede toile, pourpoint de toile, culotte et guêtres de toile, sans bas ni sabots, sans chapeau,ayant seulement un mouchoir sur la tête." Pot Peurit traîne derrière lui mauvaise réputation. Laboureur chez Guillaume Le Moal au bourg de Pleuven, il a perdu sa place depuis Noël 1785, "'et mendie presque toujours son pain dans plusieurs paroisses". Si l'occasion se présente, il n’hésite jamais à commettre un larcin. Ainsi, il a volé douze sous à la vieille Marie Cabellan, de Keralès, à Pleuven. Plus tard, il est entré dans la maison de Yves Le Hélias, à Créac'h an Allé, paroisse de Fouesnant, pendant l'absence des propriétaires: ouvrant le coffre, il a volé la douzaine d ' oeufs et les deux Livres onze sous qu'il contenait. Profitant encore de ce que le maréchalferrant de Clohars-Fouesnant, Corentin Nédellec, de Kervorien, avait le dos tourné, il lui a subtilisé une "pelle en fer" et n'a pas hésité à la proposer à Guillaume Le Moal, son ancien employeur. Ce gaillard sans scrupules, après la Noël de 1785, a abusé de la confiance de Yves Piriou, du Saluden, en Gouesnac'h : il lui a promis d'aller remettre à Marguerite Le Meur, du Moustoir Bihan, en SaintÉvarzec, "une paire de bas de laine travaillée à l'éguille et douze poignées de chanvre paigné" ; au lieu de cela, Pot Peurit les a portées pour les gager chez la Demoiselle Hervé, débitante de tabac au bourg de Pleuven. Il faut encore mettre au compte de ses multiples méfaits le vol de toutes les économies de Jean Bénéat valet chez Jean Caradec au Guéider, à Fouesnant "La nuit fermante, il pénétra dans sa petite maison, et après y avoir rompu la serrure d'un coffre, il y y vola 36 Livres en argent..." Enfin, il est convaincu d'avoir subtilisé une somme identique à François Le Coz, du Quinquis, à Fouesnant. François Le Coz lui fit avouer son forfait, on ne sait d'ailleurs comment: puis, plutôt que de se plaindre à la maréchaussée, "il envoya Pot Peurit chez le recteur de la paroisse de Fouesnant, où le coupable fit le même aveu et disant qu’il avait dépensé l’rgent". Jean Colin, dit "'Casenéis", et sa femme Françoise Le Meur Jean Colin, dit Casenéis, a 38 ans. Il exerce la profession de couvreur de paille et habite à Kercoréden, paroisse de Gouesnac'h. Il est ainsi décrit : "Taille de 4 pieds 10 polices (1 m 59), visage allongé, bouche grande, lèvres moyennes mais ayant la supérieure grosse, yeux roux, barbe et cheveux châtains, gilet croisé d'étoffe grise, pourpoint bleu dessus ; culottes et guêtres de toile grise, chapeau noir à la paysanne, sabots, " Son épouse, Françoise Le Meur, 36 ans, est originaire de Scaër. Elle mesure 5 pieds (1m 65 ), "visage plat et allongé, menton pointu, nez long, sourcils et cheveux noirs ; gilet d'étoffe bleu, jupe brune, tablier et coiffe de couleur grise, sans bas, sabots." Ce couple est très organisé pour voler sur les marchés et foires de la région: vêtements, étoffes, chapeaux, sabots, tout est bon pour eux. Ils revendent ensuite ces objets dans les auberges du pays. 2/9
  3. 3. Le Sénéchal fera une descente chez eux, et y découvrira "une infinité de marchandises" : en fait ils avaient ouvert deux boutiques clandestines de revente des marchandises volées, l'une à Kercoréden, et la seconde à Kergouellic, en Pleuven ! Des vols d'animaux sont aussi à leur actif. Soupçonné d'avoir même volé une jument à Kergourin, en Pleuven, et de l'avoir revendue à la foire de Pont-Croix, Casenéis jure son innocence. La suspicion était grave, la "Coutume de Bretagne" punissant de mort le vol de chevaux. Casenéis déclare au Sénéchal que "ce mercredi de Pâque, il fut chercher, ses Pâques au curé de /a paroisse de Gouesnac'h", et que "le soir du vol, il était chez luy avec sa femme". Marie Le Barzic Maric nc sait pas son âge, 27 ou 28 ans dit-elle au juge. Originaire de Melgven,"au service aux campagnes" elle est sans domicile fixe. Sa taille est de 4 pieds 112 (1 m 48) visage allongé, grands yeux, bleus, nez petit, bouche moyenne, cheveux châtains, vêtue d'une chemise de toile, gilet d'étoffe sans manches, jupe bleue, tablier de toile, coëffe de toi/e sur la tête, sabots". Sa réputation n'est pas bonne: elle a déjà été surprise un soir à voler la vache de Laurens Furic" à Kerangaou, en Fouesnant. Elle est acoquinée avec Guillaume Le Calvez, dit "Patamic". Jean Gevot Agé de 36 ans" Jean Gevot est originaire de Saint-Yvi. Il est garçon charpentier de moulin de profession, mais il a joué de malchance peu avant son procès: l'un de ses vols récents, celui d'une jument à la foire de Pont-Croix, s'est mal passé. En chemin, près de Plonéis, "la jument s’est effrayée et l’a jeté à terre". Depuis, il est estropié d’une cusse" et condamné à "mendier son pain place Keréon à Quimper". Il regrette amèrement son dernier forfait qui, pour lui, n'en est pas tout à fait un : certes"il a eu l'esprit faible" lorsqu’il s'est emparé de la jument "dans le dessein de la vendre à Quimper, mais il avait toujours l’intention de la rendre à celui qui se déclarerait le propriétaire". Hors d'état de marcher, il sera transporté en "'voiture publique" jusqu'à la geôle de Concarneau. François et Marguerite Le Corre Enfin se distingue tristement la famille Le Corre, du moulin dc Kerguilly, à Pleuven, non loin de la chapelle Sainte Anne. Le meunier, François Le Corre père est mort depuis peu, fin 1785 ou début 1786, "et par là a expié tous ses crimes", nous dit le Procureur du Roy: mais sans en préciser la nature exacte. Il laisse une fille, Marguerite, voleuse connue sur les marchés des environs, fugitive au moment du procès, et un fils de quinze ans, François, né à Lestrésivit" à Fouesnant. Le jeune garçon est désormais livré à lui même" sans métier, vagabond et mendiant... Sa description nous est donnée par le Sénéchal: "3 pieds 9 pouces (1m 23 ), visage allongé, menton poinu, bouche moyenne, lèvres et nez bien faits, yeux grands et gris, cheveux châtains, chapeau noir à la paysanne..." La vie du pauvre orphelin aurait pu inspirer Victor Hugo ou Hector Malot: François est souvent battu par sa soeur Marguerite qui l'oblige à commettre divers méfaits. Ainsi, sous la contrainte, il se rendit le 26 avril 1786 à six heures du matin, dans une prairie de Kervir, paroisse du Saint-Esprit" à Quimper. 3/9
  4. 4. Il fut surpris à couper " les crins de la queue et du cou d'une jument", ces crins étant destinés à la vente sur les marchés. Mais il vole surtout poules et abeilles pour satisfaire sa soeur et en éviter les violences. Ainsi "il vola une ruche à Jean Bodivit, au lieu de Kerangalès Perguet, avec sa soeur qui le battit tant pour qu'il aille voler la ruche qu'il fut forcé d’y aller seul". Le vol des abeilles ou "mouches à miel" Nous en arrivons maintenant au but de l"association de ces mauvais sujets: c'est de voler des abeilles, appelées encore ici "mouches à miel". Dans les campagnes, l'apiculture est une source de revenus appréciable. Lorsqu'on "tue la ruche", tous les deux ans, on peut récolter 12 à 15livres de miel. Ce miel et la cire sont vendus sur les marchés, au cours de 3 sous la livre de miel et 25 sous la livre de cire (en l789). Mais, nous dit le Procureur en son réquisitoire du 10 mai l786" cette activité est presque totalement anéantie par l'importance des vols commis. "N'est-il pas temps, Messieurs, d'arrêter les progrès d'un mal devenu trop commun ? Dans presque tous les villages de campagne il y a des abeilles, on les élève et cultive avec soins, elles forment dans la province une branche importante du commerce. C'est une branche considérable du commerce de cette province qui est presque entièrement détruite par la quantité immense d'abeilles volées...". Comment se préserver des vols ? Le Procureur du Roy explique ensuite que les habitants du pays surveillent pourtant au mieux leurs ruches - "Quelques uns des habitants de la campagne, pour les soustraire aux voleurs, ont porté les abeilles dans leur maison : ils ont eu la douleur de les y voir mourir... Le propriétaire est donc forcé de les laisser de jour Comme de nuit sous la protection du Roy, de la justice, et des 1ois." Ou encore : "nos paisants passent les nuits près de leurs abeilles, ou font faire un lit où couche leur valet pour garder les abeilles". D'autres encore "s'arment pour leur défense, et plus d'un voleur d'abeilles a reçu du plomb dans le derrière comme dans les jambes, telle est alors l'extrémité dangereuse ou l'on est réduit pour conserver ses propriétés". La crainte des voleurs Toutefois, les voleurs sont craints, ils sont capables de violences. Souvent, le propriétaire des ruches n'ose pas intervenir au moment du vol. Voici, par exemple, la déposition de l'une des victimes, Jean Bodivit" laboureur à Kerangalès à Perguet, transcrite par le Sénéchal : "Au commencement du Carême dernier, étant couché chez lui, sur les deux heures après minuit il entendit son chien aboyer, qu'il se leva, et cria chez lui pour faire peur, sans oser sortir, parce qu'il entendait plusieurs voix au dehors: qu'après, il n'entendit plus de bruit, que son chien quitta d'auprès de la maison et aboyait en allant plus loin ," qu'après, le chien revint à la maison : que le lendemain matin dès qu'il fut levé, il fut dans son jardin ou il vit qu'on lui avait volé une roche d'abeilles avec la mère, qu’il trois autres ruches abattues par terre, que la mère d'abeilles de l'une d'elles était morte parce qu'on avait tant dérangé la ruche et placée d'une façon que la mère d'abeilles ne pouvait plus vivre 4/9
  5. 5. : que le même jour, en suivant les traces des voleurs', il parvint jusqu'au moulin de Kerguillly, Pleven, chez deffunct François Le Corre père chez qui il vit et reconnut une de ses roches ; d'abeilles que les mères d'abeilles étaient mortes, et que la ruche sentait le souffre : que le miel et la cire y étaient encore: qu'il emporta le tout avec lui: qu'il demanda au dit moulin de Kerguilly à François Le Corre qui avait volé la ruche, lequel lui en fit l'aveu." François Caradec, tisserand au bourg de Pleuven, n'osa pas davantage intervenir: il déclare avoir "entendu du bruit la nuit, le chien aboyer, les poules perchées dans un arbre crier. Le lendemain matin, il vit qu'on lui avait volé deux poules, et une voisine lui dit qu'elle les avait vues au moulin de Kerguilly…" La crainte d’intervenir, de se montrer aux voleurs était-elle justifiée ? Oui, semble-t-il. Les malfaiteurs connaissaient les peines encourues pour leurs larcins s»ils venaient à être arrêtés Leur procès serait alors fondé sur les témoignages : aussi" s'ils venaient à surprendre un témoin gênant, menaces et violences étaient employées pour le faire taire. Où Pot Peurit, Casenéis et Patamic coupent la langue d'un jeune mendiant Pour le démontrer" nous avons ici un exemple édifiant témoignant en outre, s'il le fallait encore" de la sauvagerie de l'homme et de toute la cruauté dont il est capable. Pierre Nédélec, Guillaume Le Calvez et Jean Colin viennent encore de voler une ruche cette nuit de février 1786. S'étant rendus dans le bois proche de Créac"h Quétta à Pleuven, ils se partagent entre eux le butin: ils sont alors surpris dans leur besogne par un jeune mendiant de 14 ans appelé Dener, orphelin originaire de Combrit "cherchant son pain dans le canton de Fouesnant et dormant dans les bois".Pour se débarrasser de ce pauvre témoin, les voleurs n’hésitent pas à lui couper la langue, et le menacent ensuite de mort s'il venait à les dénoncer... Le compte-rendu des déclarations du jeune mendiant au Sénéchal fait frémir : "En passant la nuit dans le bois de Créac 'h Quetta, paroisse de Pleuven, il y reconnut Pierre Nédélec, Guillaume Calvez et Casenéis qui se partageaient entre eux une ruche d'abeille, qu'il, fut surpris de voir Patamic venir à lui, l'abattre par terre, lui mettant un genou sur l'estomac et y pesant si fort que son haleine lui manqua et qu'il vit le moment où il allait expirer. Que Pot Peurit lui tenait les deux mains et les lui serrait extrêmement : que Casenéis lui serra la main sur la gorge en ... mettant deux doigts jusqu'au fond, qu'il lui lit sortir la langue en la grattant avec son couteau : qu’il la lui perça jusqu’à faire répandre beaucoup de sang que ces trois mauvaises gens lui dirent qu'ils lui laisseraient la vie s'il ne les dénonçait pas, ce qu’il leur promit. Qu’étant relevé, ils lui redirent que s'il allait les déclarer,ils le trouveraient bientôt et le tueraient: que Casenéis, en le quittant, lui recommanda de faire le bègue, sans quoi il aurait affaire à lui". Un crime jamais puni Le pauvre garçon vivra dans la terreur pendant trois mois" jusqu"à sa rencontre avec un brave matelot du bourg de Fouesnant, Noël Perrot. Celui-ci le reçut un jour chez lui, lui fit manger de la bouillie et reçut ses confidences : "il l'entendit bégayer et comprit qu’il lui disait que Casenéis lui avait coupé la langue". 5/9
  6. 6. Ces faits atroces furent alors dénoncés aux autorités, mais les bandits n’eurent jamais à répondre de ce crime. Le Procureur du Roy insista sur cet "excès de cruauté", mais comme le jeune garçon "avait eu le bonheur de se guérir luimême", aucune poursuite ne pouvait avoir lieu de ce chef... C'est ainsi que Patamic ne fut pas inquiété davantage et n'eut pas à être jugé :surprenante législation, où les atteintes aux biens étaient beaucoup plus sévèrement réprimées que les atteintes aux personnes... Comment opéraient les voleurs de ruches ? Après cette tragique parenthèse, revenons au vol des abeilles : quelle était la méthode utilisée pour dérober et exploiter les ruches ? On pouvait, soit tuer l'essaim sur place avant d'emporter la ruche, soit transporter l'essaim vivant dans sa ruche s'aidant d'une"poche" (un sac). Les voleurs se rendaient ensuite dans un lieu isolé. Leur repaire habituel était ici le moulin de Kerguillv. Françoise Le Meur, épouse Colin, utilise les deux méthodes. Elle avoue, lorsqu'elle est confrontée à un complice, "qu'elle n'a pas dit la vérité lorsqu'elle a nié avoir volé une ruche d’abeilles dans la paroisse de Pleuven, tandis que rien n'est plus vrais... Qu'elle porta avec le dit François Le Corre la ditte ruche d'abeilles au moulin de Kerguilly, paroisse de Pleuven, où elle-même et le dit Le Corre firent mourir les abeilles avec des morceaux de toille souffrée qu’ils mirent dessous les ruches et qu’elle même aida le dit Ie Corre à presser et travailler le miel et la cire…" Plus loin, elle rapporte le vol des ruches au préjudice de Corentin Caradec, de Kergoff à Pleuven : "ce fut elle-même qui mit le feu avec deux morceaux de toille souffrée sous la ruche d'abeilles à Kergoff : afin de faire mourir plus tôt les abeilles: qu'elle transporta la dite ruche avec le fils Le Corre au moulin de Kerguilly ou elle distilla et pressa avec la ditte Marguerite le Corre le miel et la cire". Le Procureur du Roy précise la méthode habituellement employée: les voleurs "s’introduisent la nuit dans les jardins et étouffent les abeilles au moyen d'un morceau de toille souffrée placée à l'extrémité d’un bâton qu’ils allument et introduisent dans le trou de vol. Le miel et la cire sont prélevés sur place ou au domicile des voleurs: le produit obtenu est pressé et distillé et vendu aux particuliers aux foires et marchés". Les pièces à conviction Elles ont été déposées à la Sénéchaussée de Concq. En voici la description : "Une poche et un pochon avec y renfermés deux petits morceaux de bois fendus en l'un de leurs bouts, ayant chaque dans leurs fentes un petit morceau de toille souffrée. La grande poche de toile grise mesure 2 pieds la de long sur 2 pieds 2 pouces de largeur; le petit pochon de même toile mesure 10 pouces sur quatre de large. Quant aux deux petits morceaux de bois et toille souffrée dans leurs fentes, l’un d’eux a cinq pouces de long et l’autre quatre pouces." 6/9
  7. 7. Verdict Après plusieurs mois d'instruction au cours desquels les délinquants resteront incarcérés dans la prison de Concarneau, la sentence définitive est rendue le 21 août 1787 par le juge Dutaureau de la Barre, Conseiller du Roy au siège royal de Concarneau. Ses assesseurs sont Charles Demalherbe et Joseph Guillou de Pennanros (ce dernier fera partie du comité Permanent de Quimper pendant la Révolution, et sera l'un des dirigeants du parti contre révolutionnaire). Voici les peines prononcées à l'encontre de chacun de nos malfaiteurs : Jean Gevot : Pourtant soupçonné de multiples vols d'abeilles à Fouesnant, dans la trêve de La Forêt, à Clohars-Fouesnant, Perguet, Pleuven et Gouesnac'h, Jean Gevot a toujours nié, assurant "On ne prouvera jamais rien de cela contre moi". Le Procureur réclame cependant qu'il soit banni pendant cinq ans. Mais le juge l'a "renvoyé hors d’instance", c'est-à-dire relaxé, estimant que "les preuves ne sont pas duement acquises " François Le Corre : Il a été admonesté par le juge, "sous plus grande peine en cas de récidive". Le magistrat, sans doute sensible à sa détresse, n'a pas suivi les dures réquisitions du Procureur qui réclamait la mise au carcan du jeune garçon et son exposition trois jours de marché à Concarneau, avec près de lui un écriteau ainsi rédigé: "voleur d'abeilles et coupeur de crins de cheveaux ". Jean Collin dit Casenéis : Ce voleur professionnel a été condamné "à servircir le Roy dans ses galères pendant cinq ans étant préalablement flétri (c’est-à-dire marqué au fer rouge), sur l’épau/e dextre des trois lettres G.A.L (premières lettres de Galérien). Le Procureur avait requis contre lui les galères perpétuelles. Françoise Le Meur, épouse Colin: Elle est condamnée "à être fouettée un jour de marché dans les carfours, faubourgs et places publiques de cette ville par l'exécuteur de la haute justice, et bannie ensuite du ressort de cette Sénéchaussée pendant dix ans"'. Marie Le Barzic : Elle aussi condamnée à être fouettée, mais sans bannissement. Pierre Nédélec dit Pot Peurit : Le plus lourdement sanctionné: ..Condamné à servir le Roy dan ses galères pendant quinze ans, étant préalablement flétri sur l'épaule dextre des lettres G.A.L." Marguerite Le Corre : Fugitive, elle est condamnée par contumace, ses biens étant saisis, à être fouettée publiquement "et sera la présente sentence, pour son respect, écrite dans un tableau attaché dans la place publique de cette ville ". Les délinquants sont en outre condamnés chacun "' à une amende de dix Livres au profit du Roy et aux dépens du procès," : Ces "épices" se montent à 200 Livres, et sont réparties entre les six prévenus, y compris Gevot relaxé, à raison de 33 Livres chacun. On ne sait pas si nos voleurs purent s'acquitter des amendes et des frais du procès ; on ne sait pas si Marguerite Le Corre fut retrouvée- Deux ans plus tard, la Révolution va éclater, et la justice du Roy aura sans doute d'autres soucis. . . 7/9
  8. 8. Pour nous- il est frustrant d'abandonner ainsi ces personnages dont une tranche de vie nous a été révélée par le procès, sans savoir ce qu'ils sont devenus, et donc sans épilogue... La Sénéchaussée de Concq La Sénéchaussée a à sa tête un magistrat le Sénéchal qui s’intitule "seul juge civil, criminel et de police, opère les constats, dirige les instructions et les informations, juge avec le concours de deux assesseurs, rend les sentences, ordonne les exécutions en son nom, sur requête et conclusions d'un Procureur du Roy". La Sénéchaussée connaissait aussi en premier ressort les affaires criminelles" à l'exception des cas dits "prévôtaux". Fouesnant était une ancienne barre ducale, comme Concarneau et Rosporden. La Cour Royale de Concq (ou Concarneau) étendait sa compétence dans le ressort de ces trois anciennes barres. L'édit de Châteaubriant avait vainement ordonné l'union du siège de Concarneau à celui de Quimper: leur séparation subsistera jusqu'à la Révolution. N-B: Un pied vaut 33 cm" un pouce 2,7 cm. Nous avons respecté l'orthographe des documents, bien qu'elle soit souvent fautive; il faudrait, par exemple, écrire "" Paotr Peurit" : le gars de Peumerit. A propos d'abeilles... Extraite de "la vie des Bretons d'Armorique", d'Alexandre Bouët Olivier Perrin (1844), l'illustration ci-contre et son commentaire nous apportent quelques éléments anecdotiques sur l'élevage des abeilles, et les superstitions qui l'accompagnent : Corenlin (le jeune garçon) soupire après le moment ou il possèdera quelque chose à lui, el son père, qui a de nombreuses, ruches, d'abeilles rangées comme en bataille sur l'un des fossés du courtil, l'a comblé de joie en lui promettant le premier essaim qu'un surcroît de population pousserait à s'expatrier. Corentin s'est mis aussitôt à construire, pour le recevoir, un de ces palais de paille qui sont à la fois les "meilleurs et les plus économiques, et que les abeilles lambrissent de miel et de cire avec plus d'ardeur qu'aucune autre espèce de ruche. Un heureux hasard est, venu lui procurer ce qu'il ne devait obtenir que du temps. Un matin que Corentin menait paître les chevaux dans les champs en jachère de la ferme, il aperçoit tout-à-coup un essaim ramassé et suspendu comme une grappe d'or à la branche d'un châtaignier. Il appelle Soizic (la servante) à grands cris, et, la prenant à témoin qu’il a trouvé cet essaim sans maître et que par conséquent il en est désormais l'unique propriétaire, il la prie de le garder pendant qu’il ira chercher sa ruche. Il a bientôt été de retour, et, avec une légère baguette, a fait tomber l'essaim dans la roche, dont il a frotté les parois de crème, comme d'un appât qui puisse retenir les abeilles vagabondes. Il s'est ensuite dirigé vers le courtil, accompagné de sa mère, de sa jeune soeur et de Soizic qui, armées de clefs ou de marteaux, frappent à coups redoublés sur des poëlons et des trépieds : 8/9
  9. 9. cet espèce de charivari produirait sur les abeilles le même effet que le tonnerre, qui les fait rentrer tout effrayées dans leurs ruches, et tant qu’il dure, les empêche d'en sortir", Corentin indique l'endroit ou la large pierre qu'apporte le premier valet servira de support à sa ruche, provisoirement déposée sur une nappe blanche, Son père revient de la foire. Informé de ce qui se passe, il fait admirer à son compagnon de route l'heureux esprit d'ordre et de propriété qui se révèle chez Corentin... Nos fermiers les plus soigneux élèvent beaucoup d'abeilles, ils en ont parfois jusqu’à 25 et 30 ruches. Outre le bénéfice qu’ils en retirent, quelques-uns, dans les années où le cidre manque, font de l'hydromel, cette boisson des anciens temps. Plus d'une idée bizarre a cours parmi eux sur les abeilles, comme à peu près sur tout ce qui les environne. Ils croient par exemple, que vendre une ruche à son voisin c'est porter malheur aux abeilles des ruches qu'on ne vend pas, et presque les condamner à mort. Lorsqu'on prend le deuil du chef de la famille, il faut mettre dans les ruches un morceau de drap noir, ou toutes les abeilles périssent. Enfin, des abeilles ont-elles été volées ? Si leur propriétaire est assez matinal pour aller avant le lever du soleil uriner sur l'emplacement de la ruche, il lui deviendra facile d'en reconnaître le voleur : aussitôt en effet les cheveux lui rougiront ! 9/9

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