La mer au Pays de Fouesnant - rprdq

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La mer aux pays de Fouesnant -

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La mer au Pays de Fouesnant - rprdq

  1. 1. Louis OGES Le port de Bénodet N.D.L.R. : Ce texte de Louis Ogès a été écrit avant la dernière guerre de 1939-45, et nous a été communiqué en 1941. Ce qui explique que sa conclusion ne soit plus d'actualité... mais n'enlève rien à son intérêt historique. Louis NICOLAS. Le port de Bénodet a eu autrefois une importance considérable. Un manuscrit du XIII ème siècle conservé à la Bibliothèque Nationale, intitulé "Grand routier ou Pilotage" lui accorde un développement supérieur à celui des autres ports bas-bretons. A l'époque gallo-romaine, le port n'occupait sans doute pas l’emplacement actuel. L'anse du Poulker et peut-être celle du Groasguen devaient servir de refuges aux bateaux. Des voies romaines aboutissaient en effet à ces lieux, et il est probable que les dunes qui ferment la grève du Groasguen et celles qui longent la "Mer blanche" n'existaient pas à cette époque. Quoi qu'il en soit, le port même de Bénodet doit remonter à l'époque qui suivit l'émigration bretonne en Armorique, c'està-dire au VI ème siècle. Les premiers émigrants venus dans notre région construisirent l'église de Perguet à une certaine distance de la côte, dans la crainte probablement des pirates normands qui déjà infestaient nos côtes. Peu à peu, des pêcheurs construisirent leurs chaumières à l'endroit où s'élève aujourd'hui le bourg. Leurs bateaux s'abritaient dans l'anse qui alors venait jusqu'au pied de l'actuelle église. La construction de la chapelle de Saint- Thomas par Eudon de Fouesnant en 1232 donna lieu à des pèlerinages très fréquentés et augmenta rapidement l'importance de Bénodet: l'agglomération s'étendit à flanc de coteau, dominée par un moulin à vent qui tournait ses ailes à peu de distance de l'emplacement actuel du grand phare. Eudon de Fouesnant fit don de sa nouvelle fondation religieuse à l'évêque de Quimper Raynaud. En même temps, il donnait le port de Bénodet à l'abbaye de Locmaria-Quimper. Le port prit le nom de Port Saint- Thomas, et à dater de ce moment devint lieu d'asile : tout homme "criminel ou autre", ou tout navire qui pouvait s 'y réfugier, se trouvait placé sous la protection du couvent. Il était interdit à qui que ce soit de le poursuivre sous peine d'excommunication. A cette époque, l'autorité des monastères était reconnue de tous, et l'excommunication était crainte à l'égal de la hache du bourreau. Cependant, en 1233, le sénéchal de Cornouaille, Henry Bernard, fort de son prestige, fit arrêter dans Bénodet des marins et des navires justiciables de ses tribunaux. Le sénéchal était à cette époque un seigneur puissant 1/10
  2. 2. dont l'autorité s'étendait sur toute la Cornouaille. Il semblait que le Prieur de Locmaria n'oserait pas défendre son privilège contre un tel personnage. Mais si forte et si crainte était l'autorité religieuse à cette époque que, par acte du 4 février 1233, le pauvre sénéchal fut contraint de transiger piteusement pour avoir enfreint les privilèges du prieuré. L'affaire fut portée devant le tribunal de Tours. Pendant les débats, le sénéchal se vit défendre l'approche des sacrements. Dans la transaction qui intervint avant le prononcé du jugement, il est dit : " Le Prieur de la Bienheureuse Marie, sous Kemper-Corentin (LocmariaKemper) d'une part, et Henry Bernard, Sénéchal de Cornouaille, d'autre part, après beaucoup de discussions et d'allégations au sujet de / 'arrestation de navires et de leurs marins faite par /e sénéchal dans l 'asile du Bienheureux Thomas-martyr, à Bénodet, se sont mis enfin d'accord pour arriver par devant nous à cette forme de paix, à savoir que le sénéchal cessera de retenir marins et navires, et les rendant quittes et libres, réparera, à /a taxation du Prieuré et d'Eudon fils, homme d'armes de Gradlon, /es dommages causés aux navires et aux matelots. Le Sénéchal reconnaît les droits du Prier et pour ce fait se voit accorder par l'évêque de Kemper le bénéfice de l’absolution. Le Sénéchal s'engage à défendrela personne et /es biens de l’Abbé et de ses hommes, de bonne foi et où qu’ils soient, les droits du Comte partout réservés. Il versera au Prieur la somme de quarante Livres qu'il a dépensées pour se rendre au tribunal de Tours. Le Prieur et /e Sénécha/ jurent sur les Évangiles sacrés d'observer de bonne foi et inviolablement cette transaction. Fait publiquement à KemperCorentin, l'an de grâce 1232, le vendredi après /a Purification de la Bienheureuse Vierge Marie." Au XIII ème siècle, le port de Bénodet était assez important. Il armait au moins dix navires appartenant à des négociants de Quimper. Ces navires se rendaient à Nantes et surtout à Royan pour y envoyer des poissons séchés ou salés, des congres et surtout des rougets et merlus qui entraient dans la fabrication d'un pâté très estimé des bordelais. Ils en revenaient avec des cargaisons de sel, de raisin et surtout de vin. Les comptes de sortie de Royan et de Nantes aux XIV ème, XV ème et XVI ème siècles prouvent la prospérité du port de Bénodet. Malheureusement, les habitudes de piraterie étaient tellement établies sur nos côtes aux XV ème et XVI ème siècles que des navires de commerce appartenant à de riches marchands bretons n’hésitaient pas à s'emparer d'une barque dont la cargaison leur convenait. D'autre part, équipages et capitaines se volaient ou volaient l’armateur. Témoin le document suivant datant du XVI ème (traduit en français actuel) : "La barque "La Marie", de Bénodet, chargée de sel et de blé au compte de Gratien Carrière, de Quimper, était au havre de Saint-Morand ² 1- Cette charte, écrite en latin, a été publiée dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Tome XXIII, 1897, par Mr Laborderie, membre de l'Institut, qui la découvrit dans les archives de l'llleet-Vilaine. A l'époque, l'année commençait à Pâques: Il s'agit donc de 1233. 2- Saint-Moran est le véritable nom du village situé en face de Bénodet, rive droite, et non Sainte-Marine. Saint Moran, chef de clan venu d'Irlande, établit son ermitage à proximité de la chapelle élevée plus tard en son honneur. 2/10
  3. 3. Extrait de « l’histoire de Bretagne » de « Skol vreizh » L'équipage se composait du maître de barque Jacques Cochon dit "Gall", de Combrit ; Michel Le Lay, Guillaume Reznou. Noël Le Guerranic, mariniers; et Jean Le Denic, mousse, tous de Bénodet. Avant de quitter Saint Moran, le maître de barque Jacques Cochon dit Gall enleva nuitamment une "pipe" de blé et un grand sac de sel qui devaient servir à l'approvisionnement de sa famille pendant son absence. Puis "La Marie" leva l’ancre et s'en fut "à trente lieues par delà le plus lointain havre de Normandie" où la cargaison, du moins ce qui en restait fut vendue. Il avait été convenu avec l'armateur que l'argent de la vente servirait à l'achat d'autres marchandises. Mais, de connivence avec Michel Le Lay, principal marinier, Gall cacha cet argent dans le sable qui servait de lest au navire. Son but était de s'approprier cet argent, se réservant de raconter à l'armateur quelque histoire de pirate pour expliquer la perte de la cargaison. "La Marie" reprit le large pour retourner à vide à Bénodet. A peine la terre était-elle perdue de vue qu'un pirate, vrai celui-là, l'aborde et enlève de force le capitaine "pour intimider l'équipage par menaces, et avoir rançon par ce moyen". Toutefois, le pirate n'y gagna rien "car les dits Gall et Le Lay nièrent fort et ferme qu'ils n’avaient point aucune somme d'argent qui fut notable, disant que leur marchand avait tout gardé, et après avoir été un jour prisonniers, ils furent relâchés". Pendant cette captivité, d'autres événements se passaient sur "La Marie". Le mousse Jean Le Denic, "curieux comme un singe", avait surpris Gall et Le Lay cachant leur trésor à fond de cale. Quand ces derniers furent enlevés par les pirates, il dévoila la cachette à l'équipage qui trouva dans le sable "un sac plein d'or de la grosseur du poing", et n'eut rien de plus pressé que de se partager le magot. Chacun eut vingt écus d'or et Le Danic vingt-cinq, "pour sa peine d’avoir enseigné l’or". Après que Le Lay et Gall furent relâchés, ils retournèrent à leur barque et ne s'aperçurent du vol qu'à leur arrivée à Bénodet. Ils tempêtèrent contre "la malhonnêteté des équipages" et firent un vacarme de tous les diables. Cependant, ils n'avaient pas tout perdu, 3/10
  4. 4. car l'équipage stupéfait les vit retirer du sable des draps de laine, des vaisselles d'étain et d'argent et beaucoup d'autres marchandises achetées par eux, "qu'ils emportèrent de leur navire sans en rien perdre". Après quoi Jacques Cochon s'en va raconter au pauvre armateur Gratien Carrière que "La Marie" avait été arraisonnée par un pirate qui avait enlevé toute la cargaison. Malheureusement pour l’équipage, il y eut dans la bande un bavard à qui quelques rasades d'alcool délièrent la langue: l'armateur mis au courant des faits intenta un procès aux mariniers .3 On ignore l'issue de ce procès, mais on peut présumer que selon les lois sévères de l’époque, les coupables furent "'pendus par leur pauvre cou" aux fourches patibulaires de Kréac'h ar Soner.4 Le port de Bénodet devint en 1596, à l'époque de la Ligue, le repaire d'un brigand, aventurier du genre La Fontenelle: le baron de Camors, de son vrai nom Christophe d ' Arradon.5 Le baron de Camors était l'un des rares chefs protestants de la région. Il s'empara des ports d'Audierne et de PontCroix, dont il pilla les magasins et terrorisa, les habitants. Un chef royaliste, le baron de Mollac, l'ayant chassé de ces deux endroits, Camors vint s'établir à Bénodet. A partir de ce moment, le commerce dans ce port devint impossible : Camors et sa bande pillaient sur terre et sur mer. Aucun navire ne pouvait remonter jusqu à Quimper. Les riches marchands de cette ville, ainsi que ceux de Pont-l'Abbé et de l'Ile-Tudy furent rançonnés. Le commerce maritime ne put reprendre que quand les troupes royales envoyées contre Camors réussirent enfin à le chasser de son nouveau repaire. Cependant, malgré la disparition de Camors, ce commerce ne se faisait pas toujours sans risques: en 1648, neuf ou dix pirates espagnols infestaient nos côtes. Ils avaient établi leur base aux Glénan, d’où ils menaçaient Concarneau et Bénodet, s'emparant des navires qui s'y rendaient ou en sortaient. En 1722, le sieur de Kersalaün, mousquetaire de la 2ème Compagnie des Gardes du Roi, habitant le château du Cosquer, en Combrit, est nommé commandant du port de Bénodet6, et chargé de veiller à l'exécution des mesures prescrites pour empêcher l'entrée en France des marins atteints de maladies contagieuses. Il existait au port de Bénodet un bureau de Recettes placé sous l'autorité d'un Lieutenant royal des Douanes. Ce bureau était chargé de percevoir au compte de l'Amirauté de Quimper les droits qui lui étaient dus: ancrage, dixième, amendes, etc... Il avait été créé au XVII ème siècle, et il était nécessité par le fait que le port de Quimper, 3- D'après une note de Mr Le Men, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, Tome IV, page 75. 4- N.D.L.R. : Les potences et carcans dépendant de la juridiction de Bodinio, puis Cheffontaines, s'élevaient à l'emplacement de l'actuel château d'eau, au lieu dit "Kréac'h ar Soner, la colline du sonneur». (Les jugements, sentences, exécutions... y étaient annoncés à son de trompe). Le nom s'est malencontreusement transformé en "Créac'h Conard"... Il faut signaler par ailleurs que les procès pour crimes commis sur le domaine maritime étaient du ressort des tribunaux de l'Amirauté, et non des justices seigneuriales. 5 - Pour plus de détails sur cet aventurier, voir "La Ligue" par le chanoine Moreau et l'Étude sur les comptes des Miseurs de la ville de Quimper, par Mr Faty. 6 - N.D.L.R. : A cette époque, l'expression "Port de Bénodet (ou plus souvent Bénaudet) employée dans les documents de l'Amirauté de Cornouaille, s'applique à l'estuaire et ses mouillages. Pour désigner les agglomérations riveraines, il est précisé "côté Saint- Thomas" ou "côté Sainte-Marine". 4/10
  5. 5. par suite de l'ensablement de la rivière, n'était plus accessible qu'aux navires de faible tonnage: les gros navires s'arrêtaient à Bénodet et y transbordaient leurs marchandises. Le port de Bénodet, étant donné sa situation et son tirant d'eau, attira l'attention de la fameuse Compagnie des Indes. Celle-ci songea à y construire l'important établissement qu'elle fonda ensuite à Lorient (ou plus exactement "Orient"). Ce projet dut être abandonné, par suite de l'intervention de personnages puissants" et aucun des travaux projetés ne fut accompli. L’entrée du port de Bénodet, carte marine ancienne : en 1879, à part quelques modestes installations, (quai, cales, phares…) le port n’avait guère évolué depuis les siècles précédents. Et pas davantage les agglomérations, rive droite ou gauche. L’heure du tourisme triomphant n’avait pas encore sonné … 5/10
  6. 6. Plus tard le Contre-amiral Yves de Kerguelen7, frappé lui aussi des avantages qu'offrait Bénodet, essaya d'attirer sur le port l'attention de Louis XV. Dans un manuscrit intitulé "L'État de mes Services "8, il raconte que Mr de Kergos lui ayant prêté les plans de l'Odet, il eut l'idée de refaire ce travail. "Je levai, écrit-il, le plan de la 1a rade de Bénodet et de la rivière de Quimper. Je vis avec plaisir que cette rivière très peu connue peut recevoir la plus belle armée navale, et qu'en temps de guerre on pourrait par cette rivière approvisionner Brest, fut-il bloqué par des forces supérieures. Je fis sur cela un mémoire que j'envoyai à Monsieur le duc de Choiseul qui me témoigna sa satisfaction." • Voici l'analyse de ce mémoire. Le plan d'eau de l'Odet offre un excellent port et de nombreuses ressources en temps de guerre. Les plus gros vaisseaux de ligne peuvent entrer à Bénodet et même s'enfoncer à deux lieues dans la rivière où il y a partout un excellent mouillage de sable vaseux et 26 pieds d'eau aux plus basses mers. Des flottes de 500 bateaux contrariés par les vents ou pourchassés par des vaisseaux ennemis y trouveraient un asile assuré, car Bénodet ne peut être bloqué à cause des Glénan et des rochers de Penmarc 'h dont les dangers ne permettent pas de tenir longtemps la mer dans ces parages. • Mais la plus grande utilité de ce port serait encore de pouvoir approvisionner le port de Brest, si ce dernier était bloqué par l'ennemi. Les munitions et les vivres pourraient arriver à Bénodet d'où ils passeraient à Quimper par l'Odet, puis à Châteaulin par terre et à Brest par l’Aulne. 9 • Le port de Bénodet a un autre avantage: il est facile à fortifier. Pour le mettre à l’abri de l’ennemi, il suffirait d'établir 10 pièces de canons a la pointe de Combrit, 10 à la pointe Saint-Gildas, et 10 autres près de la plage. Des balises établies aux bons endroits indiqueraient les trois passes permettant d'accéder au port : on utilise l'une ou l'autre de ces trois passes 7 - Yves Joseph de Kerguelen- Trémarec naquit à Landudal (Finistère) le 13 février 1734. Il dirigea un voyage d'exploration dans les mers australes, où il découvrit les îles qui portent son nom. Mort en 1797; 8 - Écrit par Yves de Kerguelen en 1768. Publié par Mr Bourde de la Rogerie en 1907. 9 - C'est dans le même but que Napoléon a fait creuser le canal de Nantes à Brest. Le projet de Y. de Kerguelen est plus ingénieux et de réalisation plus facile. Le plan d’eau de l’Odet, vu par l’artiste peintre André Douchez, depuis sa propriété de Kergaït. 6/10
  7. 7. suivant les vents, le chenal étant toujours accessible. Tel était le mémoire présenté par le grand navigateur, qui retint un moment l'attention de Choiseul. Mais de Kergllelen qui était en faveur à la Cour vit subitement cette popularité disparaître par suite d'une cabale de seigneurs ligués contre lui. Le pauvre de Kerguelen subit une disgrâce aussi retentissante que sa faveur avait été marquée, et du port de Bénodet il ne fut plus question. Quand, en 1772, Kerguelen découvrit les îles qui portent son nom, il donna aux sites de ces îles plusieurs noms inspirés par les souvenirs du pays natal: c'est ainsi que sur la carte qu'il en dressa il y eut les îles, la baie, et la rivière de Bénodet. La rivière est devenue ShotBay, mais on marque toujours vers le 49 ème degré de latitude sud les îles de Bénodet. Nous arrivons en 1746 : un combat naval a lieu au large des Glénan. La frégate "Marquise de Toumy" commandée par le lieutenant Jacques de Mary a pris à l'abordage la frégate anglaise "Benjamin". Pour mettre sa prise en sûreté, le lieutenant la conduit à Bénodet dont les mouillages en eau profonde sont cachés aux navires du large. Le 25 novembre, le "Benjamin" quitte le port pour rejoindre un convoi allant de Brest à Bordeaux où les prises sont rassemblées. Cette période de la Guerre de Sept Ans est fertile en aventures relatées par les rapports de l'Amirauté de Quimper où il est question de Bénodet. Ainsi, le 16 avril 1746, Pierre Pineau, maître de la barque "La Françoise", de Noirmoutier, jaugeant 26 tonneaux et chargée de vin, naviguait de conserve avec quatre autres navires se rendant aussi à Bénodet. Tout à-coup apparaît à l’horizon un fin voilier gréé en corsaire qui, poussé par un vent favorable, se dirige rapidement vers la flottille marchande. La flamme aux couleurs anglaises flotte à son grand mât. C'est un corsaire, un écumeur des mers, armé de deux canons, poursuivant les navires de faible tonnage qui se hasardent au large sans escorte. Les barques françaises ne possèdent que quelques arquebuses à faible portée: le parti le plus sage est donc de fuir. Impossible de gagner Bénodet, le corsaire barre la route. Toutes voiles dehors, nos navires s'éloignent et cherchent à gagner un refuge dans quelque crique de la côte où le corsaire, de plus fort tonnage, ne pourra le rejoindre. Mais le voilier anglais est rapide: une des barques est bientôt prise, et les autres serrées de près. Le capitaine de Françoise", plutôt que de laisser son bateau tomber aux mains des anglais, l'échoue dans l'anse du Lorc'h, en Névez. Le corsaire met ses chaloupes à l'eau et veut s'en emparer. Mais déjà les gens du pays, spectateurs de la poursuite, se sont massés sur le rivage et tirent sur l'ennemi qui est contraint de se retirer. Cependant, Maître Pineau n'est pas au bout de ses peines. Pour sauver son navire échoué, il faut l'alléger et pour cela débarquer sa cargaison de vin. Hélas! Nous sommes en 1746, le "Droit de bris" existe encore. Nos braves populations du littoral risquent aisément leur vie pour sauver celle des marins en péril, mais ne leur demandez pas le respect de leurs biens: tout navire ou toute épave jetés à la côte deviennent la propriété des riverains. Aussi bien la cargaison de Maître Pineau, par son contenu, attire tout particulièrement la convoitise des névéziens. 7/10
  8. 8. Le navire va être pillé quand Pineau a l'ingénieuse idée de mettre en perce une barrique et d'en distribuer le contenu aux assistants. Ceux-ci ne se font pas prier: le vin coule à flots et la barrique n'est pas vide que tous sont ivres à en rester sur place. Sans être inquiété, l'équipage peut alors déséchouer le navire et le recharger sans que les riverains puissent s'emparer de la cargaison ! L'aventure de "La Françoise" n'était pas un cas isolé dans nos parages. Le 20 mai 1748, un caboteur appartenant à jean Divanac'h de Pont-l’Abbé est poursuivi à la hauteur des Îles aux Moutons par un pirate anglais qui ne craint pas de le poursuivre jusque sous les feux de la batterie de Bénodet. Pour sauver son navire, Oivanac'h en est réduit à l'échouer à la Grève Blanche, en face de la batterie, où le corsaire n'ose venir le prendre. Si l'ennemi poursuivait nos bateaux, de leur côté nos corsaires capturaient de nombreux navires et taisaient grand tort au commerce britannique. De nombreuses prises ont été dans ces conditions amenées au port de Bénodet d'où elles repartaient en flottilles escortées par nos navires de guerre. Le commerce maritime était donc très difficile à cette époque troublée. La crainte des corsaires retenait au port un grand nombre de nos bateaux. S'il leur arrivait de faire naufrage, leur sort non plus n'était guère enviable: nous avons déjà dit que les populations côtières pillaient incontinent tout navire .jeté à la côte. Elles n'étaient jamais inquiétées par la justice: aussi ces moeurs barbares ont subsisté jusqu'à la Révolution. De nombreux pillages ont ainsi eu lieu sur les côtes de Bénodet : •Le 7 novembre 1761, "La Marie julienne", de Quimper, fait naufrage près du Groasguen : les agrès et la cargaison sont totalement pillés pendant la nuit suivante. • Le 6 mars 1767, la "Sainte-Anne", du Pouliguen" jaugeant 40 tonneaux, échoue au même endroit. Tout l'équipage est noyé, et des marins de Bénodet pillent le navire. Le port de Quimper : Les quais du "Cap Hom", les allées de Loclllalia et à l’arrière-plan la cathédrale (les flèches ne datent que de 1856.) gravure extraite de "Skol Vreiz." 8/10
  9. 9. •Le 16 février 1777, "La MarieGabrielle", chargée de vin, est pillée. Les tonneaux qui ne peuvent être emportés sont défoncés, et on boit à en rester sur place. Arrive la Révolution: des peines très sévères sont édictées contre les pilleurs d'épaves. Les communes de Perguet et de Fouesnant dont les habitants ont pillé un navire le 21 pluviôse An II sont condamnées à payer solidairement 4.500 Francs de dommages intérêts et 4.500 Francs d'amende. De nos jours lO, l'importance de Bénodet comme port de commerce a beaucoup décliné. Bénodet n'est plus guère que l'avant-port de Quimper. Les navires y attendent les vives-eaux pour remonter l'Odet. Ce rôle d'avant-port a du reste beaucoup perdu de son intérêt depuis la construction des chemins de fer qui approvisionnent Quimper et ses environs. Autrefois, cet approvisionnement se faisait par mer: en 1722, 152 navires remontèrent à Quimper ; en 1738, il en vint 209. Ceux de trop gros tonnage s'arrêtaient à Bénodet et y étaient déchargés, En 1854, le port n'a plus d'importance que pour le commerce des engrais marins et du bois. Ce commerce alimente cependant un trafic assez actif. En 1882, le conseil municipal appela l'attention du Gouvernement sur la situation du port dont la municipalité aurait voulu accroître l'importance en procédant à l'élargissement du quai d'une vingtaine de mètres vers le niveau des basses mers, de façon à rendre ce quai accessible aux navires d'un certain tonnage. Une bonne organisation aurait pu, en effet, drainer le commerce du canton de Fouesnant qui produit en abondance pommes à cidre, cidre, fruits, blé, bois de mine et de construction, et autres denrées susceptibles d’être commercialisées. Le projet de 1882 ne fut exécuté qu'en 1905. Encore les travaux effectués ne permettent-ils que l'accostage de navires de faible tonnage: le quai a une longueur de 53 mètres sur 32 de large. La cale perpendiculaire au quai a 66 mètres de long sur 5 de large. TRAFIC DU PORT DE QUIMPER DE 1716 A 1781 (total des entrées et sorties en tonneaux de jauge) Tonneaux guerre de succession d’Autriche guerre de sept ans guerre d’indépendance Américaine 1778-1783 15 000 10 000 5 000 Extrait de J' "Histoire de Bretabrne ", de "Skol Vreizh" 10 - N.D.L.R. : C'est-à-dire dans les années 1930, époque où ce texte a été rédigé. (Voir page de titre) 9/10
  10. 10. Pendant la guerre de 1914-18" des torpilleurs et des chalutiers armés y ont presque constamment stationné" et y ont trouvé des mouillages et des abris surs par tous les temps: on trouve en effet à certains endroits de la rivière 10 mètres d’eau aux plus basses mers. 11 Un jour viendra peut-être ou l’on tirera parti des avantages réels du port de Bénodet" et où ce port prendra l"importance à laquelle sa situation, sa profondeur d'eau et l"excellence de ses mouillages semblaient le destiner. 11- N.D.L.R. : Pendant la dernière guerre, la marine de guerre allemande a bien compris l'intérêt que présentaient pour ses flottilles de dragueurs les possibilités du port de Bénodet. Mais ceci est une autre histoire... Surveillance et défense du littoral L'article de Louis Ogès que nous venons de citer met l'accent sur l'état d'insécurité de la navigation dans nos parages au cours du XVIII ème siècle : Insécurité découlant essentiellement des guerres qui ont presque continuellement opposé la France à l'Angleterre de 1715 à 1815, une période que les historiens ont pu désigner sous le nom de "Seconde Guerre de Cent Ans". Au danger que présentaient les escadres anglaises croisant au large de nos côtes, et menant même des opérations de débarquement, s'ajoutaient celui des corsaires, également anglais, et celui de pirates de diverses nationalités. Pour tenter de remédier à cette situation, les régimes successifs ( Royauté, République, Empire) ont institué le long des côtes de notre façade atlantique un réseau dense de postes de surveillance et de défense destinés à prévenir nos navires d'un risque éventuel, et au besoin à les protéger. Ces établissements, placés sous l'autorité de l'Amirauté, étaient régulièrement inspectés par des officiers en mission. Nous citons ci-dessous deux extraits de rapports rédigés en ces circonstances. Nous verrons qu'ils font état non seulement de l'état des ouvrages côtiers, mais aussi de la configuration de l’arrière-pays. Nous conservons l'orthographe des originaux: elle ne manque pas de saveur, particulièrement en ce qui concerne certains noms de lieux. 10/10

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