Nouvellesquestphilosophiques
G.Oegger
NOUVELLES
QUESTIONS PHILOSOPHIQUES.
TABLE DES CHAPITRES.
Page.
I. La Vérité 1
n. L 'Infini 4
III. Le Possible et l'Impossible ... 14
IV. La Liberté 20
V. L'ho...
CHAPITRE I.
La V érité.
Depuis T haïes et Pythagore quelle foule de pen
seurs ont cherché la vérité 1 Quelle légion de phi...
en d roitde dire à ces scrutateurs orgueilleux. Cher
chez-vous la vérité absolue ? cherchez-vous toutes les
vérités à la f...
public. Quelques personnes y trouveront le repos
de leur esprit; ce sera pour nous un dédommagement
plus que suffisant. No...
CHAPITRE H.
Ulnjini.
Les r éflexionsprécédentes nous conduisent na
turellement à considérer Dieu sous deux points de
vue d...
Écoutons raisonner sur cette matière le plus
cloquent et souvent le plus profond de nos philo
sophes.
«C'est a insi,»dit J...
6
inexplicable est à nos âmes ce que nos âmes sont
à nos corps. S'il a créé la matière , les corps , les
esprits , le mond...
7
l'homme est Yamour de ses semblables, et la bonté
de Dieu est Yamour de l'ordre; car c'est par l'amour
de l'ordre qu'il ...
l'esprit pour trouver quelque avantage à considérer
Dieu de la sorte , je ne puis absolument arriver qu'à
cette conclusion...
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par l equell'esprit humain puisse parvenir à l'idée
de la bonté divine , doit trouver à peine que le bien
contrebalance ...
10
dans d esdémarches que nous prétendons en même
tems arrêtées de toute éternité*)'. Nés d'hier, four
mis rempantes sur c...
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Après les avoir humblement reconnus en Dieu,
avec Jean-Jacques , ces attributs incompréhensibles,
et l'avoir parconséqu...
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moindre h orizon,tous les objets individuels rentrent
dans le vague.
Quand J ésus-Christ, ou Dieu Rédempteur,
a dit: pe...
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«L'esprit humain, dit un auteur ingénieux, ne
saurait construire un pont du fini à l'infini: tout
élan risqué en cet en...
Mais du côté de Dieu cette impossibilité n'existe pas;
il a pu construire ce pont, il l'a posé d'un côté sur
YAmour infini...
adage que chacun admet sans l'approfondir. Cepen
dant le respect pour la Divinité ne doit pas nous
empêcher de raisonner d...
16
que dans les démarches que nous attribuons à sa
conduite libre. Dieu considéré ainsi après ses ré
solutions prises, est...
17
fiée par celle de mille autres auxquels il est donné
de l'influencer plus ou moins. Il n'est pas jus
qu'aux objets inan...
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l'âme. Mais dans l'ordre des choses admis , il est
devenu impossible à Dieu de venir au secours de
tous ces malheureux ...
plus é troitqu'on ne l'a jamais pense. Il est méta-
physiquement impossible que le Créateur isole de
lui un moi ou un Être...
20
CHAPITRE IV.
La L iberté.
Examinons maintenant avec attention la nature
de la liberté de l'homme. Il eût peut-être fall...
conformité extérieure des traits des individus le
prouverait, si les caractères nationaux n'étaient
pas une chose générale...
22
peuple , je suis toujours tenté de croire que c'est
du sang royal qui cherche à remonter vers sa source.
Quoiqu'il en s...
23
tous p ropres,à une pratique égale des différentes
vertus. Il ne dépend pas plus de nous de les pra
tiquer toutes en un...
24
qui é taitcensé toucher au dépôt sacré de leur liberté
morale : néanmoins une telle prière ne peut être
qu'indiscrète. ...
28
peut s e perfectionner ou se dégarder à l'infini.
Pour ce qui est du champ du perfectionnement du
genre humain , il est...
terre : d elà cette latitude plus immense donnée aux
masses ; et quil ne faut jamais perdre de vue quand
on veut raisonner...
1 27
CHAPITRE V.
L'homme moral placé partout entre les infinis.
•
Quand nous avons avancé , il y a quelques an
nées , que ...
28
se c oncevoir entièrement libre qu'en le supposant
ainsi placé partout entre les infinis: en d'autres
termes, pour que ...
l'Etre i nfinidoit envisager le mal dans ses faibles
créatures , qu'insensiblement il mettra moins de sé
vérité dans ses j...
30
porte à l aliberté humaine : voilà précisément pour
quoi elle en a été si avare. Les miracles de l'Evan
gile ont été mé...
51
A
individuel et la masse des Etres intelligents , soutien1
drait que pour être moralement libre il doit être,
lui, plac...
chapitres; quelle audace! Dieu, qui s'était néces
sairement présenté à lui avec simplicité, et qui dans
l'intérêt de son b...
33
Il n'y aque ces considérations qui puissentjeter
toute la lumière nécessaire sur la conduite de Dieu
envers le genre hu...
vent f ormer. Ici l'esprit orgueilleux peut continuer
de scruter sans jamais s'arrêter, ne reconnaissant
jamais pour évide...
35
partie du buisson enflamme demanda de lui ; mais
voyez quelles explications interminables Jean-Jac
ques eût entammées a...
36
Divinité ? L'Etre infini peut-il se présenter comme
un Etre fini? Peut-il prendre une forme? Ou si
j'accorde, ce qu'il ...
37
leur de tous, que l'Etre infini a pu maîtriser l'esprit
de l'homme , comme il a maîtrisé ses passions.
Si du reste, peu...
58
commè le plus odieux des incrédules modernes,
était encore plus près du vrai christianisme que tous
les philosophes ses...
59
petitesse ; que tel débauché se laissera entraîner à
une bassesse ; ou bien que tel personne aux senti-
mcns généreux f...
40
ment , e tqui cependant nous parait d'une évïdenee
géométrique comme toutes les autres questions aux
quelles nous avons...
puis, s idans l'hypothèse d'une liberté parfaite, la
prévision certaine devient métaphysiquement im
possible , impossible ...
44
Nous a jouteronsseulement encore ici, qu'en
faisant l'application de cette question des futurs
conditionnels à Dieu-hom...
telles c irconstancesmalheureuses, dans tel embarras
de famille, dans telle détresse de fortune, si j etais
entrainé par u...
46
liations à dévorer! quels déchiremens de l'âme à
subir, avant que vous soyez mûrs pour l'éternité!
Il y a d esindividus...
47
inaperçue. Quoique certaines plantes se dévelop
pent avec une telle rapidité, dans certains momens
favorables de l'anné...
48
ches, e tmême de ses pensées et de ses sentimens.
On serait tenté de croire alors que cet homme dût
devenir aussi en un...
49
de r eflexionon trouve qu'elle aUssi est dans la nature
des choses , et qu'il ne devait ni ne pouvait en être
autrement...
80
que d 'un degré tous les mille ans , il ne faudrait pas
s'en étonner.
En s eplaçant à cette hauteur , on est surpris de...
51
Ces d egrésdont nous parlons , et qui peuvent
servir à rectifier un grand nombre de nos idées
dans les questions de mor...
9»
C'est comme si quelqu'un avançait que tous les
points mathématiques se ressemblent. Deux moi,
comme deux hommes , parfa...
— ss
dit , chaque individu ne naît pas plus avec des dis
positions morales semblables à celles des autres,
qu'il ne naît a...
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cœurs s ensiblesprès de l'objet aimé, est probable
ment assez voisin des limites du possible dans cette
partie. Il est ...
55
jusqu'à la mort de la croix ! — Que la philoso
phie, que le déisme, nous montrent une autre
manière de parvenir à conna...
S6
de v ertuqu'il nous a donnes, et que l'on chercherait
aussi vainement ailleurs.
Quant aux degrés du honneur il en faut ...
«7
CHAPITRE IX.
Action de Dieu sur ses créatures.
On p eutse faire une idée maintenant des diffi
cultés que peut présenter...
38
qu'alors nous ne savons au juste qui forme en nous
ces images substantielles , et qui ont toutes les qua
lités des corp...
59
esprits , et qui, dans un mouvement presque conti
nuel, suivront les modifications morales des Etres
qu'ils entourent; ...
60
aussi s ottequ'il la supposait lui-même: je ne m'op
pose pas du tout à ce que l'on fasse influencer les bêtes
féroces p...
61
certains s entimens, et à en éloigner d'autres qui
nous assiégent malgré nous, mais surtout laconscience
morale qui se ...
le moyen qu'il a employé. Les expressions mysti
ques du prix du sang de Jésus-Christ  et du mérite
de ses tourmens , repré...
65
moral à un autre , en reçoit la récompense , d'abord
indirectement, de son propre cœur, par la conscience
d'avoir fait ...
64
fluencer, jusqu'à un certain point, leurs semblables
restés sur les globes matériels. Le grand ensemble
de tous les Etr...
des r oisde la terre , qui ne l'est que par la vertu
et ne régne que par l'amour.
CHAPITRE X.
Connaissante des choses futu...
on a é téforcé d'admettre un autre ordre de choses
futures , celles qui ne peuvent en aucune façon être
soumises au calcul...
67
de communications peuvent-elles être expliquées?
Le voici.
En c réantune société d'Etres sensibles et libres,
qui doive...
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Abbé J.G.E. OEGGER, 1790-1853.
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Abbé Guillaume OEGGER Nouvelles Questions Philosophiques 1835

  1. 1. Nouvellesquestphilosophiques G.Oegger
  2. 2. NOUVELLES QUESTIONS PHILOSOPHIQUES.
  3. 3. TABLE DES CHAPITRES. Page. I. La Vérité 1 n. L 'Infini 4 III. Le Possible et l'Impossible ... 14 IV. La Liberté 20 V. L'homme moral placé partout entre les Infinis 27 VI. P ourquoi: ou Nature de l'esprit philoso phique 33 VII. S i:ou les Conditionnels .... 38 VIII. L esDegrés 46 IX. A ctionde Dieu sur ses créatures . . 57 X. C onnaissance des choses futures . .65 XI. L'homme matériel et l'homme spirituel 80 XII- N aturedes songes 89 XIII. La Première langue 96 XIV. Le Malheur éternel 106 XV. La Tolérance 117 XVI. La Philosophie et la Théologie doivent- elles ê treséparées? 123 Conclusion 126
  4. 4. CHAPITRE I. La V érité. Depuis T haïes et Pythagore quelle foule de pen seurs ont cherché la vérité 1 Quelle légion de philo sophes , depuis ces tems reculés , ont fait profession de consacrer leurs vies à cette sainte recherche ! Pourquoi, s'écriait encore Rousseau , la vérité' ne vient-elle pas se montrer à un cœur fait pour l'a dorer ? C'est en effet une recherche fort séduisante que celle de la vérité. Pour les esprits d'une certaine trempe la vérité a un attrait magique. Je l'ai long- tems cherchée moi-même : et ce n'est qu'après un quart de siècle de méditations que je commençai à soupçonner que, peut-être, je ne poursuivais qu'un fantôme. Il e stcertain que lorsqu'on prend le mot de vérité dans ce sens vague dans lequel on le prend d'ordinaire , c'est une pure abstraction ; c'est une espèce dinfini qui n'a aucun rapport avec l'esprit Humain. Quelle vérité cherchez-vous donc? est-on 1
  5. 5. en d roitde dire à ces scrutateurs orgueilleux. Cher chez-vous la vérité absolue ? cherchez-vous toutes les vérités à la fois? — Vos prétentions sont gran des ! — Vous emhrassez beaucoup ! — Vous res semblez à cet homme altéré qui voudrait boire la mer d'un seul trait. Heureusement que cette divinité mystérieuse , appelée la vérité , change de nature quand on la fait descendre des cieux , et qu'on la contemple de près, et en détail , avec les yeux d'un mortel. Reve nant comme d'un songe un esprit désabusé s'écrie alors : Mais non , ce n'est pas la vérité absolue que je cherche ; je ne cherche que des vérités particu lières , des vérités détachées , et une à une. Mais d e ces vérités là , n'en avez-vous jamais trouvé ? N'y en a-t-il pas des myriades qu'on n'a pas besoin de chercher ? L'histoire , les sciences et les arts , la physique , la morale , la religion , les trois règnes de la nature , le ciel et la terre ne les étalent-ils pas à tous les yeux ? Tous les jours encore , quelque savant trouve sujet de s'écrier comme Archimède , Eurêka ! et de faire part de ses découvertes à ses contemporains. Il ne s'agit donc que de coordonner ces vérités connues , et de les lier en un système : et chacun peut faire ce travail pour son compte, d'une ma nière plus ou moins satisfaisante. Nous l'avons fait, de notre côté ; et cela , avec tant de succès , que notre système nous semble complet, et que dans notre joie nous croyons en devoir faire part au
  6. 6. public. Quelques personnes y trouveront le repos de leur esprit; ce sera pour nous un dédommagement plus que suffisant. Nous ajouterons seulement , avant d'entrer en matière, que notre système est entièrement fondé sur Yamour , et par conséquent sur le christianisme. Dans l esiècle dernier, chercher la vérité ne signifiait en général que trouver la fausseté du christianisme; mais plus récemment des esprits méditatifs, en voulant entièrement secouer le joug de cette antique croyance , lui ont reconnu des ra cines plus profondes qu'ils ne l'avaient supposé; et ils ont commencé à négliger cette philosophie super ficielle qui a plaisanté sur tout , mais qui n'a examiné aucune question à fond , et n'a arrêté au cun principe de manière qu'il pût faire autorité en fait de religion et de morale. Ceux toutefois qui de nos jours font encore profession de chercher la vérité, le plus souvent ne cherchent rien du tout. En cherchant la vérité dans le sens absolu et com plexe, on ne saurait, en effet, la trouver qu'en cherchant celui qui s'est dit la vérité: et peu de tètes sont mûres pour prendre ce parti. Là est néanmoins la source où l'esprit humain pourra puiser éternellement ; et puiser non pas simplement des vérités nues et sèches , telles qu'en fournit la philosophie ou la métaphysique ordinaire ; mais des vérités fécondées par Yamour, qui seules peuvent donner le bonheur.
  7. 7. CHAPITRE H. Ulnjini. Les r éflexionsprécédentes nous conduisent na turellement à considérer Dieu sous deux points de vue différents, comme infini et comme fini car on verra que , par rapport à nous , Dieu ne peut être que fini. Toutes les qualités divines en tant qu'infinies nous échappent; il faut raisonner de toutes comme nous avons fait de la vérité. Nos t raitésde théologie et de morale commen cent d'ordinaire par l'énoncé de cette grande vérité: Dieu est un Etre infiniment hon , infiniment sage, infiniment puissant, juste, intelligent, en un mot, un Etre infini sous tous les rapports , ou absolu , comme s'exprime l'école allemande, un Etre éternel et nécessaire. On ajoute même quelquefois que Dieu est un Etre infiniment saint, mot qui en cet endroit n'offre aucune idée claire; puis on entre dans les détails , et on multiplie les preuves et les explications. Nous sommes assurément hien éloignés de nier aucune de ces assertions ; mais nous osons soutenir que dans toutes les discussions de ce genre il n'y a rien de pratique ; qu'elles restent absolument sans ohjet, et que l'esprit de l'homme ne saurait meme concevoir clairement ce que c'est qu'une bonté, une sagesse, une puissance, une justice, une intelligence infinie.
  8. 8. Écoutons raisonner sur cette matière le plus cloquent et souvent le plus profond de nos philo sophes. «C'est a insi,»dit Jean-Jacques, «que contem plant Dieu dans ses œuvres , et l'étudiant par ceux des attributs qu'il m'importait de connaître , je suis parvenu à étendre et augmenter par dégrés l'idée, d'abord imparfaite et bornée , que je me faisais de cet Être immense. Mais si cette idée est devenue plus noble et plus grande , elle est aussi moins pro portionnée à la raison humaine. A mesure que j'approche en esprit de l'éternelle lumière , son éclat m éblouiti me trouble, et je suis forcé d'abandon ner toutes les notions terrestres qui m'aidaient à [imaginer. Dieu n'est plus corporel et sensible ; la suprême intelligence qui régit le monde n'est plus le monde même: J'élève et fatigue en vain mon esprit, à concevoir son essence inconcevable. Quand je pense que c'est elle qui donne la vie et l'activité à la substance vivante et active qui régit les corps animés ; quand j'entends dire que mon âme est spirituelle, et que Dieu est un esprit, je m'indigne contre cet avilissement de l'essence di vine : comme si Dieu et mon âme étaient de même nature ! Comme si Dieu n'était pas le seul Etre ab solu , le seul vraiment actif , sentant , pensant , voulant par lui-même , et duquel nous tenons la pensée , le sentiment , l'activité , la volonté , la li berté , l'être ! Nous ne sommes libres que parce- qu'il veut que nous le soyons, et sa substance
  9. 9. 6 inexplicable est à nos âmes ce que nos âmes sont à nos corps. S'il a créé la matière , les corps , les esprits , le monde , je n'en sais rien : l'idée de création me confond et passe ma portée ; je le crois autant que je puis le concevoir ; mais je sais qu'il a formé l'univers et tout ce qui existe , qu'il a ioui fait , tout ordonné. Dieu est éternel , sans doute; mais mon esprit peut-il embrasser l'idée de l'éter nité? Pourquoi me payer de mots sans idées? Ce que je conçois c'est qu'il est avant les choses, qu'il sera tant qu'elles subsisteront, et qu'il serait même au delà si tout devait finir un jour. Qu'un Etre que je ne conçois pas donne l'existence à d'autres Etres , cela n'est qu'obscur et incompréhen sible : mais que l'Etre et le néant se convertissent d'eux-mêmes l'un dans l'autre, c'est une contra diction palpable, c'est une claire absurdité.» « Dieu est intelligent ; mais comment l'est-il? L'homme est intelligent quand il raisonne, et la suprême intelligence n'a pas besoin de raisonner. Il n'y a pour elle ni prémisses ni conséquence, il n'y a pas même de proposition ; elle est purement intuitive , elle voit également tout ce qui est et tout ce qui peut être ; toutes les vérités ne sont pour elle qu'une seule idée, comme tous les lieux un seul point, et tous les tems un seul moment. La puis sance humaine agit par des moyens; la puissance divine agit par elle-même. Dieu peut parcequ'il veut , sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon , rien n'est plus manifeste: mais la bonté dans
  10. 10. 7 l'homme est Yamour de ses semblables, et la bonté de Dieu est Yamour de l'ordre; car c'est par l'amour de l'ordre qu'il maintient ce qui existe ej lie chaque partie avec le tout. Dieu est juste , j'en suis con vaincu , c'est une suite de sa bonté : l'injustice des hommes est leur œuvre et non pas la sienne: le désordre moral , qui dépose contre la providence aux yeux des philosophes , ne fait que la démontrer aux miens. Mais la justice de l'homme est de rendre à chacun ce qui lui appartient, la justice de Dieu , de demander compte à chacun de ce qu'il lui a donné.» «Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dontje n'ai nulle idée absolue , c'est par des conséquences forcées , c'est par le bon usage de ma raison ; mais je les affirme sans les com prendre , et, dans le fond, c'est n'affirmer rien. J'ai beau me dire Dieu est ainsi , je le sens , je me le prouve ; je ne conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi. Enfin , plus je m'efforce de con templer son essence infinie , moins je la conçois.» Telles s ontles idées de Rousseau sur ce grave sujet , et par conséquent celles de la philosophie du siècle. Mais s'il en est ainsi, nous le demandons, quelle idée arrêtée peut-on se faire de Dieu dans le système du déiste ? Nest-il pas évident que, pour nous , un Etre tel qu'il est représenté ici , et rien , est la même chose ? Ne serions-nous pas tout aussi avancés si nous étions matérialistes et si nous croyions le monde éternel ? — J'ai beau me fatiguer
  11. 11. l'esprit pour trouver quelque avantage à considérer Dieu de la sorte , je ne puis absolument arriver qu'à cette conclusion : // n'est rien pour moi. Il e stparfaitement vrai de dire que nous n'a vons aucune idée claire ni complète de ce que nous appelons Yéternité. Pour nous, l'éternité n'est ja mais que le tems prolongé. Nons savons encore moins ce que c'est que la nécessité de l'existence. C'est là un de ces termes absolument inintelligibles , inventés ou par la vanité -ou par l'ignorance de l'école. Quand.Dieu a défini son essence à Moyse, a-t-il employé cette phrase entortillée : Je suis celui gui ne peut pas ne pas être ? Non ; il s'est con tenté de dire: Je suis celui qui est. Et avec de la réflexion cela se conçoit ; la vérité absolue aussi bien que Yéternité de l'existence se trouvent dans le mot Être. Mais la nécessité de l'existence passe notre conception et ne dit rien à notre esprit. La vue de la création ne suffit pas non plus pour prouver à l'homme une bonté infinie. Après tout la création estfinie : et ce don , de la part d'un Etre tout puissant, sous un rapport, peut même être regardé comme peu de chose , puisqu'il ne lui a coûté qu'un acte de volonté. Les maux sans nombre qui assiégent l'homme depuis son berceau jusqu'à sa tombe , sont , de leur côté , un argument terrible contre cette bonté infinie. Celui qui ne connait pas Dieu comme Rédempteur , dans la per sonne du Christ, l'Etre le plus aimant dont l'his toire nous ait transmis l'image, et seul moyen direct
  12. 12. 9 par l equell'esprit humain puisse parvenir à l'idée de la bonté divine , doit trouver à peine que le bien contrebalance le mal dans la vie. Cela est si vrai que long-tems des esprits , du reste éclairés , et des peuples entiers, ont admis deux principes, l'un bon et l'autre mauvais, pour expliquer le sort de l'homme sur la terre. Il en est de même encore de la toutepuissance. La création qui estfinie, ne la prouve point. L'acte créateur seul, considéré comme tel, pourrait être représenté comme provenant d'une volonté toute- puissante, si en l'avançant on ne prononçait pas une de ces phrases vagues dont personne ne sent la portée. Qu'y aurait-il, d'ailleurs, de pratique, à savoir qu'il y a encore des myriades de mondes existants, ou possibles, outre le nôtre? Celui qui ne croit pas devoir être reconnaissant envers le Créa teur pour le monde que nous connaissons, ne le sera jamais. Il en est de même enfin de tous les attributs divins. Et qui sommes nous donc , juste ciel ! pour parler d'une sagesse , d'une intelligence , d'une jus tice infinie? qui sommes nous pour parler d'un Etre éternel et nécessaire? nous qui ne savons pas même si nous devons dire Digfi a créé ou Dieu crée; Dieu a prévu ou Dieu prévoit, ou même Dieu ne saurait prévoir, étant présent à tous les tems ! Nous qui ne pouvons affirmer si Dieu prend une résolution ou s'il n'en prend pas ; enfin nous qui ne pouvons concevoir comment Dieu reste libre l *
  13. 13. 10 dans d esdémarches que nous prétendons en même tems arrêtées de toute éternité*)'. Nés d'hier, four mis rempantes sur cette terre, ramassons donc grain à grain des vérités détachées, des vérités utiles et pratiques qui sont à notre portée, et ne nous enorgueillissons pas en prononçant de grands mots dont le Créateur seul connaît le sens. Il e stévident qu'en tirant des conséquences rigoureuses des attributs de Dieu que nous appe lons infinis, et surtout de son éternité, on peut arriver à la conclusion, qu'il n'est libre en rien, et qu'il n'est que le fatum des anciens. Le v raiphilosophe renoncera donc sans peine comme sans regret à toutes les Questions infinies, rigoureusement insolubles, ét il reconnaîtra qu'il nous faut dorénavant distinguer entre Dieu dans son état infini et inconcevable, tel qu'il est en lui- même, et Dieu fini, tel qu'il est nécessairement dans son rapport avec thomme. Le vrai philoso phe n'adorera plus dorénavant d'autre Dieu qu Em- manuel ou Dieu avec nous, Dieu rapproché de nous , en rapport avec nous; en un mot il n'adorera plus que Xhomme-Dieu, appelé Jésus-Christ. Etant nous- mêmes des créaturesfinies, nous ne pouvons atteindre Dieu que comme fini. Âsscz et trop long-tems l'école s'est tourmentée à propos de qualités et d'attri buts qui pour nous ne sont que des abstractions. *) On sait que St. Augustin soutenait qu'on ne devait pas dire: Dieu nous a rendus justes, mais Dieu nous rendjustes continuellement.
  14. 14. 11 Après les avoir humblement reconnus en Dieu, avec Jean-Jacques , ces attributs incompréhensibles, et l'avoir parconséquent adore d'autant plus profon dement que nous le comprenons moins, ou plutôt après l'avoir adoré précisément par ce que nous ne le comprenons pas (puisque c'est là le point réel où toute adoration commence), nous passerons doré navant de suite à ce qui est réel, et surtout prati que pour nous. L'impossibilité qu'un Etre fini entre autrement en rapport avec un Être infini, que d'une manière finie, est au fond une de ces vérités de métaphysi que où la limite du possible et de l'impossible est aussi clairement tracée que dans toutes les questions géométriques. Est-il possible, en effet, que vous touchiez autrement cette sphère immense à laquelle Pascal compare le Créateur, quepar un point? Une sphère finie même ne saurait etre touchée autre ment. Dans l'infini moral, ou spirituel, parconsé quent, bien qu'il ne doive point être considéré comme étendue, mais comme placé hors du tems et de l'espace, notre esprit ne peut de même saisir qu'un point, c'est à dire, une idée, une pensée, comme nous ne pouvons éprouver qu'un sentiment à la fois. Sur les ailes de l'imagination nous pouvons bien décrire un petit cercle dans ces domaines in finis , ainsi que nous le faisons sur la terre au milieu des merveilles de la nature ; mais c'est toujours sous peine de quitter un objet pour un autre: dès que nous voulons embrasser la moindre étendue, le
  15. 15. 12 moindre h orizon,tous les objets individuels rentrent dans le vague. Quand J ésus-Christ, ou Dieu Rédempteur, a dit: personne ne vient au père que par moi, il a dit la vérité métaphysique la plus palpable qui se puisse imaginer. Il est rigoureusement impos sible que l'homme contracte autrement des rapports directs ou personnels avec l'Etre infini, qu'en recon naissant que l'âme, ou le moi de Jésus-Christ était cet Être. Car c'est là ce qu'il appelait le Père qui était en lui, tout comme il s'appelait lui-même un Être provenu du Père, le fils venu du Père: c'est à dire le Père vu, le Père entré en rapport avec le monde, le Père montré ou manifesté au monde. Il n'y a point de moyen terme possible à imaginer à l'égard de Jésus-Christ; il faut lui reconnaître tout ou rien de la Divinité ! Ou il était le Créateur personnifié, ou il n'était qu'un homme comme un autre, un philosophe Juif. Ce dernier sentiment parait même plus philosophique que l'autre, dans la bouche de ceux qui ne peuvent s'élever assez haut, pour voir la Divinité dans un Etre aussi humble et aussi simple que le Fils de Marie *). *) J en'ai jamais pu concevoir comment un homme aussi solide que Herder ait pu s'arrêter à l'idée de faire de JÉsus-CHRisiunEtre intermédiaire, quin'est ni Dieu ni homme, un Être éternel et qui toutefois n'est pas Je .Père de la nature. Un poète du second , ordre du même pays, a eu, sous ce rapport, des idées plus saines que ce philosophe renommé. Non
  16. 16. 13 «L'esprit humain, dit un auteur ingénieux, ne saurait construire un pont du fini à l'infini: tout élan risqué en cet endroit précipite dans l'abîme.» seulement Seume reconnaît la Divinité de Jésus- Christ , mais il déclare ,. dans sa Promenade à Syra cuse, queleifacuitésde l'esprithumain nepeuvent s'élever quejusqu'à lui. Au de là de Vhomme-Dieu, dit-il, il n'y a rienpour nous. licftfeit e r&e&ett/<iber meftt reeiter. Le Dieu éternel et infini, appelé Jéhovah , est incompréhensible et in abordable; et un Être intermédiaire et éternel, est une pure chimère. Il est probable que Herder; aussi bien que Jérusalem, écrivain religieux du même genre, et en général tous ceux qui conservent lafoi chrétienne malgré les trois personnes distinctes, ne pouvant d'un côté se tirer de ce que les théologiens ont appelé le mystère de la Trinité, et reconnais sant de l'autre le caractère plus qu'humain de Jésus-Christ, en seront restés à peu près au point où en est resté Jean-Jacques ; eux, si l'on veut, à force de foi, etJean-Jacques à force de philosophie. D'autres écrivains, au reste, ou Prédicateurs de l'Evangile, sont à cetégard dans un vague encore plus singdlier. Ils écrivent, ils prêchent pendant des années, que Jésus-Christ, auquel ils donnent on ne sait trop pourquoi, les titres de Sauveur et de Rédempteur du monde , était un Envoyé de Dieu, sans admettre pour cela qu'il existait avant de venir sur la terre, ou même sans y avoir jamais pensé; de sorte qu'ils sont tout étonnés quand quelqu'un s'avise de leur demander comment on peut envoyer quelqu'un qui n'existe pas. Si Jésus-Christ n'a réellement été envoyé sur la terre que comme cha cun d'entre nous, il n'est de même qu'un homme comme tout autre; et il n'en faut pas faire plus de bruit que de Socrate, ou de tel autre philosophe renommé.
  17. 17. Mais du côté de Dieu cette impossibilité n'existe pas; il a pu construire ce pont, il l'a posé d'un côté sur YAmour infini, et de l'autre sur le Rocher qui est le Christ *). Mais , d ira-t-on, un Etre fini ne peut plus être Dieu. Cela est faux, complètement faux: En lui- même, Dieu est toujours infini, quoique dans son rapport avec nous il soit fini. Quand vous appro chez de la mer ne dites vous pas aussi? voila la mer! Et vous parlez juste, quoique vous ne voyiez qu'une très petite partie de la mer, et que vous ne puissiez toucher que quelques gouttes de ses eaux immenses. Il en est de même de Dieu. CHAPITRE 1U. Le possible et l'impossible. L'homme connait-il au juste les limites du pos sible et de l'impossible ? Non assurément. Mais il lui est permis de chercher à tracer une ligne de démarcation entre ces deux empires sans bornes. Peu de philosophes ont traité cette question; on rencontre même peu de personnes qui aient osé y réfléchir. A Dieu tout est possible est un ancien *) S inous cherchions ici plutôt des autorités que des raisons, nous pourrions citer entre autres notre grand Buffon, qui, dans ses immortelles pages sur la . nature de l'homme, reconnaît comme nous Fimpossi- bilité où il est d'atteindre Dieu en tant qu'être purement métaphysique.
  18. 18. adage que chacun admet sans l'approfondir. Cepen dant le respect pour la Divinité ne doit pas nous empêcher de raisonner d'Elle et de ses attributs, comme nous faisons de tous les autres objets de la nature , en suivant avec simplicité les lumières de la raison et. du bon sens qu'il nous a donnés. Or en suivant ces lumières on pourrait trouver presque autant de choses impossibles qu'il y en a de possibles. Dans l ascience des nombres et de l'espace, c'est à dire dans les mathématiques et la géométrie, les limites de l'impossible nous frappent si vivement, du moins dans toute question soluble , que les mé connaître est aussitôt une absurdité " pour tout le monde. Dieu lui-même, dit-on, ne pourrait rien changer ici, parcequ'il est question de sciences exactes , et que Dieu ne peut pas changer l'essence des choses. Mais pourquoi dans les sciences mo rales et métaphysiques n'y aurait'il pas des limites analogues? Il n'y a nulle raison de les mécon naître, quoique dans cette partie les limites soient plus difficiles à déterminer. Dieu ne peut pas faire qu'une chose soit à la fois etne soit pas ; il ne peut pas se montrer imparfait, méchant, déraisonnable, absurde. Quand Dieu a pris une résolution (car il faut bien que nous usions de cette formule, Dieu pour nous étant fini) quand , disons nous , Dieu a pris une résolution , il'en a admis aussi toutes les conséquences , il ne revient pas sur ses pas ; et par là même mille choses deviennent impossibles , jus
  19. 19. 16 que dans les démarches que nous attribuons à sa conduite libre. Dieu considéré ainsi après ses ré solutions prises, est engagé de tous côtés par ses propres démarches , et sa liberté se restreint à pro portion. Tout cela est aussi clair que cet adage : Dieu ne peut pas faire qu'une chose soit' à la fois et ne soit pas ; qu'une chose qui a une fois existé n'ait jamais existé ; que deux et deux ne soient point quatre; ou que les trois angles d'un triangle n'équi valent, pas à deux angles droits. Le nombre des choses déraisonnables , ou qui seraient faites mal à propos , est immense pour Dieu dans sa création ; et si l'homme raisonnable lui-même ne peut réelle ment pas faire des choses absurdes, pourquoi le dirait-on de la Divinité ? Tout ce qui est déraison nable, quoique possible d'après notre imagination extravagante , Dieu ne le fera jamais , et il ne peut pas le faire. Appliquons maintenant ce principe si simple à la destinée de l'homme sur la terre , et nous au rons le résultat suivant : Dieu a une fois jugé con venable de créer l'homme libre ; donc il ne peut plus l'empêcher d'agir selon son bon plaisir ; il ne peut plus Yempêcher de se livrer au vice et à l'erreur pré- fcrablement à la vertu et la vérité. En c onsidérantl'homme en société , et comme un anneau de la chaine entière des Etres , ces im possibilités d'une certaine action de Dieu sur ses créatures se compliquent ensuite à l'infini ; car dans les masses la liberté d'un individu est encore modi
  20. 20. 17 fiée par celle de mille autres auxquels il est donné de l'influencer plus ou moins. Il n'est pas jus qu'aux objets inanimés r qui autrement pourraient être soumis à un .calcul rigoureux , il n'est pas jus qu'à l'homme physique , dont on sait que dépend en partie l'homme moral, et aux autres Etres vivant moins libres que l'homme, tels que les animaux dont les instincts pourraient rigoureusement se cal culer , qui ne soient modifiés ainsi de mille manières par l'action libre des hommes, excluant entièrement celle de Dieu. Qui a uraitcru, par exemple, que les bornes de ce qui demeure possible à l'action divine sur notre globe , dussent se rétrécir au point que Dieu fût contraint de laisser mourir dans la rage et le plus affreux désespoir , l'infortuné que l'impéritîe ou l'atrocité humaine a enterré vif, plutôt que de trancher exlraordinairement le fil secret qui l'attache à la vie ? Cela est néanmoins prouvé tous les jours par le fait ; car, quand par hazard on vient à rouvrir la tombe de ces infortunés , leurs mains rongées et leur bouche sanglante montrent assez quelle a été leur triste fin. Ce n'est que dans des cas rares et extraordinaires , et en sa qualité de Rédempteur , que Dieu a pu déroger à cet ordre. C'est ainsi que le Dr. Bertrand , dans son ouvrage sur Xextase magné tique , cite plusieurs martyrs qui furent tenus dans un état d'insensibilité corporelle pendant tout le tems qu'on les tourmentait à mort, et qui chan tèrent des hymnes jusqu'au moment qu'ils rendirent
  21. 21. 18 l'âme. Mais dans l'ordre des choses admis , il est devenu impossible à Dieu de venir au secours de tous ces malheureux par ce que nous appelons un miracle, et cela par la seule raison qu'aucune at teinte ne doit être portée à leur liberté morale, ou à celle des Etres en rapport avec eux , soit corporels soit transformés et passés à l'état d'esprits. Sous l epoint de vue de la moralité du genre humain par conséquent, Dieu ne peut faire autre chose que suivre les individus, et surtout les masses, pas à pas. Son action par Yexemple , en paraissant au milieu d'eux sous laforme du mortel le plus ver tueux et le plus aimant possible , est la seule action concevable. Toute autre influence est devenue ri goureusement impossible. Le vague dans lequel l'esprit humain était resté jusqu'ici relativement à ce qui est possible à Dieu en fait d'influence morale , venait de ce que chaque individu se croyait plus ou moins isolé dans la création , et de ce que la philosophie a cru pouvoir considérer les sociétés entières comme isolées. Mais ces idées sont tout-à-fait erronnées. Non-seulement les hommes terrestres s'influencent nécessairement tous les uns les autres ; non-seulement les hommes esprits continuent à s'influencer entre eux ; mais ces derniers doivent même conserver une certaine action sur lés habitants des globes matériels. Le grand ensemble que la création doit former le requiert impérieusement. Et quant au lien secret qui nous unit tous au Créateur individuellement , il est bien A
  22. 22. plus é troitqu'on ne l'a jamais pense. Il est méta- physiquement impossible que le Créateur isole de lui un moi ou un Être intelligent quelconque, de lui qui est le moi ou Yintelligence suprême. Quand un pareil isolement serait possible dans la spécula tion , il ne le serait point dans le fait. 11 faut ab solument que Dieu garde toujours entre ses mains les rênes de la conduite des individus, comme de l'ensemble , si l'ordre éternel ne doit point être troublé. Nous avons déjà remarqué que l'on peut dire : Dieu n'a pas créé l'homme ; mais il le crée continuellement , puisque faire une chose dans un tems pour qu'elle continue à exister ensuite par elle-même dans un autre tems, serait une imper fection, dans l'Etre éternel ; eh bien ! on doit dire de même : Dieu ne nous a pas simplement influen cés au moment de notre création , mais il nous in fluence incessamment ; et par là même il ne peut pas tout sur notre conduite , puisqu'il nous a laissés en même "tems libres de résister plus ou moins à celte influence, et de la modifier sans cesse selon notre bon plaisir. Ces c onsidérationssont encore de nature à nous faire trouver plus concevable l'action de Dieu sur nous comme homme, que son action comme être infini et absolu ; et cette vérité ressortira" de plus en plus.
  23. 23. 20 CHAPITRE IV. La L iberté. Examinons maintenant avec attention la nature de la liberté de l'homme. Il eût peut-être fallu l'avoir déja bien comprise pour raisonner pertinem ment sur la question précédente ; mais toutes ces grandes questions tiennent si étroitement l'une à l'autre qu'on ne sait au juste laquelle il serait plus avantageux de traiter la première. La l ibertéde l'homme a toujours été considé rée comme l'abîme de son esprit. Bien que sous certain rapport elle offre les qualités de Yinfini, elle n'est point, toutefois, rigoureusement insoluble, comme la liberté de Dieu, laquelle se doit combiner en même tems avec son éternité et son immutabilité. Les deux réflexions suivantes serviront à éclaircif cette matière abstruse : Selon nous , d'un côté les philosophes n'ont point assez restreint notre liberté morale; de l'autre ils ne l'ont pas assez étendue. Expliquons et prouvons ces assertions. En p remier lieu , la liberté de l'homme est moindre qu'on ne l'a cru ; parcequ'il ne -dépend pas de lui de se changer au moral aussi facilement, ni aussi vîte , qu'on l'a supposé. Chaque individu hérite de ses ancêtres une nuance de caractère mo ral qui lui restera toute sa vie, et qui se trouve encore modifiée , surtout dans ses premières an nées, par l'influence de ses contemporains. La
  24. 24. conformité extérieure des traits des individus le prouverait, si les caractères nationaux n'étaient pas une chose généralement admise. Un jeune Caraïbe et un jeune Européen sont certainement deux Etres fort différents pour les dispositions mo rales , même avant d'avoir ressenti l'influence de la société ; et avec toutes les ressources de l'éducation vous n'en ferez pas deux hommes semblables. Or ce qui se remarque chez les peuples , doit avoir lieu en petit dans les familles. Il y a des exceptions, nous ne le nions pas; mais ces exceptions ne font que confirmer notre assertion en thèse générale. Ces exceptions d'ailleurs ont aussi leurs causes par ticulières ; et si une marche uniforme était toujours suivie dans la propagation de l'espèce , elle se ferait de même remarquer dans les caractères. L'enfant d'une famille princière , par exemple , serait d'ordi naire portée à la fierté et à l'amour du commande ment , tout comme le rejeton d'une famille d'ou vriers simples et laborieux serait naturellement timide et soumis. Les dispositions aux vices comme aux vertus et aux talens se transmettraient ainsi dp père en fils : et on pourrait y compter hardi ment dans la plupart des cas. J'en suis si con vaincu pour ma part, que dans une famille de souverains bien réglés dans leur conduite, la légi timité ne me paraîtrait plus un problême , mais un principe fondé dans la nature , et donnant des droits réels à l'enfant qui vient de naître. Et quand je vois sortir au contraire un conquérant de la lie du
  25. 25. 22 peuple , je suis toujours tenté de croire que c'est du sang royal qui cherche à remonter vers sa source. Quoiqu'il en soit, il résulte toujours de ces considérations que les individus sont généralement jetés dans un cercle, dans lequel ils peuvent se mouvoir , mais dont ils ne leur est pas donné de sortir. Il faut , en effet , que l'homme combatte souvent pendant des années, pendant sa vie en tière , un défaut qu'il a clairement reconnu , et qu'il hait lui-même le premier. Nos penchants tiennent si profondément à la racine de notre être , ils sont tellement identifiés avec notre organisation et avec notre vie intime , que la meilleure volonté, la plus forte résolution, ne suffit pas à anéantir un défaut dans un moment. La prière même et le secours de Dieu ne sont pas en état d'opérer cette merveille , laquelle serait plus que miraculeuse , puisqu'elle est d'une impossibilité absolue. Dieu n'a jamais pro mis, et n'a jamais pu promettre, qu'il ferait tout par lui seul, et en un instant , sur la requête de l'homme ; il faut que l'homme coopère à son amé lioration ; laquelle , par suite , est lente , et ne se fait que par progrès insensibles *). Peut-être même qu'un défaut ne sera jamais complètement anéanti : Les anges conservent des taches aux yeuxde l'Eternel. Par l amême raison les hommes ne sont pas *) „ Vois, o IsraëL," est-il dit dans l'ancien Testa ment, „ si tu veux t'attacher à ton Dieu , et former une alliance avec lui;" et la même chose est dite à chaque homme en particulier.
  26. 26. 23 tous p ropres,à une pratique égale des différentes vertus. Il ne dépend pas plus de nous de les pra tiquer toutes en un dégré extraordinaire, qu'il ne dépend de tous les prêtres d'être des Vincents de Paule et des Fénélons , ou de tous les poètes d'être des Virgiles et des Racines. S'il e stgénéralement reconnu que nos facultés morales tiennent en partie à la conformation de notre cœur et de notre cerveau, il est clair qu'il faudrait un miracle matériel pour nous changer, tout comme il en faudrait un pour guérir une per sonne qui aurait quelque partie noble entièrement viciée. Néanmoins , nous nous hâtons de l'ajouter, cette observation , encore , il ne faut pas la pousser trop loin: Avec le lems et du zèle le moral peut rectifier le physique , tout en suivant les lois ordi naires de la nature ; de même que dans la maladie la plus désespérée le ciel peut encore exaucer plus ou moins la requête fervante d'un patient , en l'é clairant , lui ou ceux qui le soignent , sur les vrais remèdes à employer, et le guérir par conséquent sans recourir à un miracle proprement dit. Des hommes excellents ; travaillant à leur per fection morale avec une ardeur inquiète, voyant qu'ils ne pouvaient pas faire de leur liberté tout l'usage qu'ils désiraient , sont allés quelquefois jus qu'à demander que Dieu la leur retirât, afin de n'être plus que de purs instrumens entre ses mains. Ils se persuadaient sans doute qu'en faisant cette demande eux-mêmes, librement, ce n'était plus Dieu
  27. 27. 24 qui é taitcensé toucher au dépôt sacré de leur liberté morale : néanmoins une telle prière ne peut être qu'indiscrète. Quand il nous arrive de succomber, malgré notre meilleure volonté , il ne nous reste qu'à nous humilier, et à faire des résolutions encore meilleures pour une prochaine occasion, afin de guérir peu à peu et avec le tems. Dieu ne peut ni ne veut toucher à notre liberté , qui fait précisément le prix de notre Etre. Lui seul aussi peut savoir jusqu'à quel point il doit assister chaque individu , meme sur sa propre requête, vû qu'il ne saurait y avoir devant lui de privilégié, et que les intérêts et les passions de ses enfans se croisent de mille ma nières. Lui seul enfin peut apprécier au juste le degré de notre sincérité et de notre bonne volonté, sur lesquelles nous nous faisons nécessairement illu sion, ainsi que le prouve le fait même de nos rechutes , et celui de la non-intervention du Très- haut , qui certes n'est jamais en retard quand il peut nous être utile. Si donc il peut être permis de demander à Dieu den'êtreplus qu'un instrument entre ses mains, il faut toujours se rappeler qu'il ne peut être question que d'un instrument vivant, agissant, et non d'un in strument mort. En s econd lieu si nous considérons l'homme en général, ou les hommes en masse, nous trouvons que le degré de leur liberté est plus grand, qu'on ne le pense communément. C'est sou? ce point de vue seulement qu'il est vrai de dire de l'homme A
  28. 28. 28 peut s e perfectionner ou se dégarder à l'infini. Pour ce qui est du champ du perfectionnement du genre humain , il est absolument illimité. Eternel lement les hommes pourront se rapprocher de leur grand modèle, le Père de la nature, le Père céleste, sans jamais l'atteindre. Et quant au champ de leur dégradation, il n'a été circonscrit que par le fait même de la Rédemption, à l'époque où cette dégra dation , ayant rompu toutes les digues et menaçant d'entrainer l'universalité des Etres, était devenue intolérable aux yeux de l'Eternel. L'homme indi viduel peut, à la vérité, continuer à se dégarder indéfiniment dans le cercle particulier qui l'envi ronne -, mais l'homme collectif ne le peut plus. Par le fait les masses ne sortiront plus du cercle qui leur à été tracé par Celui qui a dit a leur passions, comme autrefois à la mer : Tu n'iras pas plus loin ; là se brisera la rage de tes flots. Le premier homme (car il faut bien que vous en supposions un premier pour pouvoir raisonner clairement, quoiqu'il soit aussi philosophique de dire que Dieu a toujours été créateur , que de sup poser qu'il ne l'est devenu que dans le tems , ce qui ramène la question insoluble de l'éternité), le premier homme disons-nous , a nécessairement du Etre plus restreint dans ses pensées, ses connaissances et ses volontés , que les suivans ; puisque Dieu était forcé de réserver à chacun de ses enfans le plaisir de la découverte de quelque nouvelle vérité, ou celui de mettre quelque nouvelle vertu en honneur sur la 2
  29. 29. terre : d elà cette latitude plus immense donnée aux masses ; et quil ne faut jamais perdre de vue quand on veut raisonner pertinemment sur la nature de la liberté. Cette vérité parait évidente dès qu'on y est rendu attentif; et il suffit de l'indiquer. Les deux chapitres suivans serviront, du reste, à l'éclaircir et à la confirmer. Nous ajouterons seulement , en terminant celui-ci, que chacun peut facilement se convaincre que dans le fond la racine de sa liberté morale lui reste toujours , à tout âge et dans toutes les situations de lavie. Il peut le voir non seulement par là nature des reproches de sa conscience, qui certes ne se soulèverait pas contre une action faite nécessairement, mais surtout il le pourra quand il voudra se faire une légère violence dans de petites démarches qui ne sont pas sous l'influence de quel que passion devenue trop impérieuse. Dans ce cas chacun voit clairement quil peut faire précisément le contraire de ce qu'il désirerait; tout comme entre deux chemins inégaux de sa promenade il petit pren dre le plus difficile et le.moins agréable, par la seule raison que telle est sa volonté. Et si l'on peut se surmonter dans les petites choses , on le peut aussi, avec letems, dans les grandes, à mesure que l'on regagnera du terrain sur les passions que l'on avait eu l'imprudence de laisser trop grandir.
  30. 30. 1 27 CHAPITRE V. L'homme moral placé partout entre les infinis. • Quand nous avons avancé , il y a quelques an nées , que l'homme moral devait nécessairement se trouver placé entre les infinis de quelque côté qu'il se tourne, nous entendions déjà tout ce que nous venons de dire, savoir que dans son perfectionne ment comme dans sa dégradation l'homme ne ren contrait aucune bornes absolument insurmontables : seulement alors nous n'avions pas encore distingué entre l'homme individuel et l'homme collectif. Nos propres idées s'étant étendues depuis, il nous sera peut-être plus facile de nous faire bien comprendre ; car nous n'avons fait au fond , que nous confirmer dans le même sentiment, qui n'est qu'une suite né cessaire d'une liberté morale dont la nature même est d'être illimitée , et sous ce rapport, parfaite. Pour peu que l'homme soit déraisonnable, il peut , sans être proprementfou selon le monde , par venir à se prouver qu'il n'y a point de Dieu, ou que Dieu ne se mêle pas des choses humaines ; qu'il n'y a point de vie future, et parconséquent aucune dif férence essentielle entre le bien et le mal ; que toutes les vertus et tous les vices peuvent se confondre, selon les tems et les lieux ; qu'enfin, et a plus forte raison, le christianisme n'est qu'un amas de doctrines plus ou moins absurdes , fruit du fanatisme et de la faiblesse humaine. Et, en effet, l'homme ne peut
  31. 31. 28 se c oncevoir entièrement libre qu'en le supposant ainsi placé partout entre les infinis: en d'autres termes, pour que notre liberté morale soit complète, il faut que Dieu se soit pour ainsi dire éaché et qu'il nous ait entiérement abandonnes à nous-mêmes. Si une main visible nous présentait incessamment du haut du ciel une riche récompense pour chaque bonne action, nous ne serions point libres de ne pas les accomplir , et si le châtiment était toujours prêt pour chaque action mauvaise, nous n'aurions aucun mérite de les éviter. Supposez un ordre de choses différent , ou l'homme ne sera plus libre du tout , pas plus que la pierre qui tombe, ou bien il sera libre comme Dieu , c'est à dire qu'il ne sera libre que dans le bien , qualité exclusivement réservéeà l'Etre suprême. Pour que l'homme fût libre entre le bien et le mal dans toute la rigueur de l'expression, il fallut que son es prit pût se retourner d'une manière si admirable', que sa liberté demeurât encore entière , même alors qu'on lui oppose telle barrière qui dans le premier momentsemble insurmontable. Unathée, parexem- ple , parvient après de longues méditations à recon naître enfin l'existence de Dieu et l'action de sa pro vidence sur les destinées de cet univers: dans le premier moment cet athée peut se croire capable de pratiquer toutes les vertus sous les yeux d'un pareil témoin de ses actions; cependant une aussi heureuse disposition n'est point nécessairement durable. Peu à peu , ce même homme fera tant de raisonnemens sur ses rapports avec Dieu , et sur la manière dont
  32. 32. l'Etre i nfinidoit envisager le mal dans ses faibles créatures , qu'insensiblement il mettra moins de sé vérité dans ses jugemens , et par conséquent dans sa conduite; et à la fin il sera à peine plus moral qu'au paravant : au contraire , il pourra devenir plus cou pable qu'il n'était , s'il ne fait pas les efforts conve nables pour vivre d'une manière digne de ses nou velles convictions. Mais, d ira-t-on,si les principes que vous déve loppez sont vrais , comment les accordez-vous avec le christianisme? comment expliquez vous par exem ple , les miracles qui doivent avoir été opérés lors de l'apparition de la Divinité sur la terre? Ces miracles n'ont-ils pointporté atteinte à la liberté des hommes? Comment résister à la vue d'un miracle ? Nous répondons que les miracles de l'Evangile eux-memes , qui au premier coup d'œil sembleraient avoir dû forcer l'assentiment des hommes, les ont encore laissés libres. Que dis-je? ces miracles, les hommes les ont pu tourner contre le christianisme , en les déclarant impossibles , et par suite supposés. Cette objection n'aurait tout au plus quelque force qu'à l'égard des temoins oculaires, nccessairement ébranlés danslepremiermomentparce qu'ilsvoyaient, si l'on ne savait pas d'ailleurs qu'ils avaient été pré parés à ces événemens longtems d'avance, et qu'ils avaient nécessairement acquis un dégré de foi et de ré solutionmoraleauquel lavue d'un miraclenepouvaità peu prèsplus rien ajouter. Personne ne sait mieux que l'intelligence suprême quel coup la vue d'un miracle
  33. 33. 30 porte à l aliberté humaine : voilà précisément pour quoi elle en a été si avare. Les miracles de l'Evan gile ont été ménagés d'une manière si admirable par la providence , qu'ils suffisent à l'homme de bonne volonté, tandis qu'ils n'ont aucune importance pour ceux qui ne sont pas encore mûrs pour le royaume de Dieu. Les miracles, en un mot, ont été opérés pour les masses, pour l'universalité des Etres sensi bles, et non pour les individus. Pour les individus Dieu n'en fait point , il ne peut point en faire , il est forcé, comme nous l'avons dit, de laisser mourir un malheureux dans la rage et le désespoir , plutôt que de toucher par un miracle à son organisation physique. Et ceci peut être étendu jusqu'au moral , en tant que le physique l'influence. Encore ici donc il faut distinguer entre l'homme individuel et l'homme collectif ou le genre humain en masse , car il se meuvent dans des cercles tout à fait différents. L'un ne peut devenir qu'un peu meilleur ou pire que ses contemporains ; l'autre peut passer de l'état angélique à l'anthropophagie , et de l'anthropophagie à la philanthropie chrétienne. L'homme primitif, par la même raison, a pu être cob- pable , par exemple, de vouloir scruter des questions philosophiques que les hommes sont louables d'étu dier au 19me siècle. Il e stbien vrai qu'un philosophe, qui, n'étant encore que déiste , ne connaissant Dieu que comme Etre absolu ou infini sous tous les rapports, et n'ayant point encore fait la distinction entre l'homme
  34. 34. 51 A individuel et la masse des Etres intelligents , soutien1 drait que pour être moralement libre il doit être, lui, placé partout entre les infinis , ce philosophe aurait atteint le degré suprême de l'orgueil de l'esprit ; car il aurait accaparé pour lui seul toutes les connais sances de philosophie morale qui ne devaient être distribuées qu'a la masse de ses semblables *). Etant venu néanmoins au 19me siècle, il pour rait n'être pas plus coupable que chacun des philo sophes ses devanciers, pris individuellement, qui tous auraient contribué à le pousser au point où il serait parvenu. Mais q u'on se figure le premier des humains voulant entrer avec le Créateur dans toutes les dis cussions métaphysiques que nous traitons dans ces *) Nous avons déjà eu occasion de dire que le mot absolu est une expression inventée , ou du moins consacrée par l'école d'allemagne (car nous l'avons déjà vu employée par Rousseau). Nul doute que les philosophes de ce pays ne sachent attacher à ce mot une idée adéquate: pour nous, néanmoins, nous avouons en toute humilité , que nous ne pouvons pas même comprendre l'infini sous unseul rapport. Il nous semhle qu'il serait tout aussi facile d'emhrasser le soleil avec ses rayons , ou de disséquer sa lumière. Et encore ici nous nous persuadons que l'on raison nerait à la fois avec plus de clarté , plus de facilité, et surtout avec plus d'utilité, si on voulait voir la Divinité dans le Dieu-homme, voilée simplement sous la lumière du Thahor, plutôt que de la chercher dans rabsolu. Il est vrai que cette lumière du Tha hor, est elle-même déjà trop brillante pour certains yeux.
  35. 35. chapitres; quelle audace! Dieu, qui s'était néces sairement présenté à lui avec simplicité, et qui dans l'intérêt de son bonheur n'avait pu lui recommander que la modération en toutes choses, comme un père le dirait encore aujourd'hui à son enfant, ou un ami à son ami, Dieu, disons-nous, ne pouvait que se retirer d'un pareil raisonneur, et le priver de ses rapports directs , pour se contenter d'influencer ses pensées , entant que Dieu invisible , jusqu'à ce qu'il pût se représenter à lui dans des conjonctures plus favorables. Aussi est-ce là précisément ce qui est arrivé selon la croyance chrétienne. Seulement, au lieu d'un seul individu auquel nous avons supposé cette pétulance d'esprit , plusieurs ce sont réunis pour en partager la culpabilité. Et quand la mesure a été comblée ,' ou dans la plénitude des tems, l'Etre in fini s'est présenté aux hommes comme Bédempteur, leur recommandant avant tout la douceur et l'humi lité. Ce sont les vices des hommes, et principale ment leur orgueil , qui ont forcé la Divinité à se déro ber à leur présence : et ce n'est qu'à l'époque mysté rieuse appelée par l'Écriture le milieu des Jours ou des années , c'est à dire , au moment où Funiver- salité des humains éprouvait le besoin de la solution des difficultés que nous avons mis dans la bouche de l'un d'eux, que le Créateur s'est reproduit; et cela avec l'appareil nécessaire pour maîtriser leur esprit aussi bien que leur cœur; car l'un avait autant besoin de réhabilitation que l'autre.
  36. 36. 33 Il n'y aque ces considérations qui puissentjeter toute la lumière nécessaire sur la conduite de Dieu envers le genre humain, sur la marche, sur lé mode adopté pour sa réhabilitation, et jusque sur les expressions dont Dieu s'est servi en se manifes tant à eux. Dieu à toujours parlé, à la fois, à l'homme collectif, c'est à dire à l'homme en général , à l'universalité des Etres, et à l'individu; et ce qui ne se conçoit pas pour l'un, se conçoit très bien, appliqué à l'autre. CHAPITRE VI. Pourquoi: ou Nature de Tesprit philosophique. D'après ce que nous venons de voir, l'esprit humain est tellement fécond qu'il peut continuelle ment passer de la cause à l'effet et de l'effet à la cause ; car on sait qu'ils se transforment incessamment l'un dans l'autre, à mesure que l'on remonfe ou que l'on redescend dans l'examen d'une chaîne de vérités. L'homme , en discutant des vérités de morale ou de méthaphysique , peut poursuivre ainsi les chaînons à l'infini. Après chaque assertion il peut articuler un pourquoi. Si, dans les sciences exactes, on trouve toujours àla longue un axiome d'une évidence si frappante que tout pourquoi ultérieur devient ab surde, il n'en est pas de même des questions dont il s'agit; surtout quand on les considère dans le grand ensemble, ou le système complet qu'elles doi 2 *
  37. 37. vent f ormer. Ici l'esprit orgueilleux peut continuer de scruter sans jamais s'arrêter, ne reconnaissant jamais pour évident ce qui parait tel aux autres. Que dis-je? l'esprit peut trouver des raisons pour infirmer ce qui lui avait paru évident à lui-même. Le miracle que l'on a vu de ses propres yeux , n'en sera plus un; si l'on veut, au bout de six semaines : on a mal vu; on a été trompé; on ignore toutes les ressources cachées de la nature. Une a pplicationde ces principes généraux à un cas particulier les rendra encore plus clairs, et fera mieux comprendre ce qui a été dit jusqu'ici. On sait que Jean-Jacques se plaignait souvent que Dieu ne. vînt point lui parler , comme il avait parlé à Moyse , aux prophètes et aux apôtres. Si Jean- Jacques avait réfléchi plus profondément sur la na ture de l'esprit humain , il en eût trouvé lui-même facilement la cause. Moyse , d'abord , vivait à une époque où Dieu avait des raisons d'agir sur l'uni versalité du "genre humain, qu'il n'avait plus du tems de Jean-Jacques; la suite des démarches divi nes développant le grand système de la Rédemption, depuis Abraham jusqu'à la mort de Dieu-homme , le prouve sans replique. Et il faut dire la même chose de tous les prophètes jusqu'aux apôtres ; car ils entraient tous dans ce plan. • Rien d e plus frappant ensuite que la différence de caractère entre Jean-Jacques et ces différents ser viteurs de Dieu. Moyse, entre autres, se rendit facilement , comme on sait , à tout ce que la voix
  38. 38. 35 partie du buisson enflamme demanda de lui ; mais voyez quelles explications interminables Jean-Jac ques eût entammées avec cette voix ! quelle suite de pourquoi il eût entassés avant de se rendre , si tant est qu'il se fût jamais rendu! Qui est-ce qui me parle? eût-il demandé. Voilà qui est singulier, une voix en l'air , sans un corps d'homme d'où elle parte ! un buisson qui brûle et ne se consume pas ! c'est un vrai miracle*, c'est à devenir fou ! Pourquoi ne vous montrez-vous pas, vous qui me parlez? Qui êtes-vous ? — Je suis celui qui est ! — Oh ! voilà un grand mot ! il paraît meme profond ce mot ; je m'éditerai là-dessus : mais en attendant pourquoi ne me dites-vous pas clairement que vous êtes Dieu , puis que c'est bien cela que vous voulez me dire? Pourquoi n'ajoutez-vous pas que vous êtes le Dieu absolu ; afin que je ne puisse pas vous confondre avec tous les autres Dieux des nations, et vous croire seulement un Dieu un peu plus fort et plus puissant qu'eux? — Comment d'ailleurs me prouverez-vous ce que vous avancez? comment pourrai-je savoir que je ne suis point la dupe de quelque esprit de mensonge qui pourrait m'en dire tout autant? Ou b ien, en supposant , qu'entrant dans ses idées , Dieu se fût montré à Jean-Jacques , voyez quelles autres réflexions il eût ajoutées. Bien! se fût-il écrié: voilà maintenant quelque chose de plus humain qu'un buisson ; vous avez pris les traits de l'homme ; mais ces traits conviennent-ils bien à la
  39. 39. 36 Divinité ? L'Etre infini peut-il se présenter comme un Etre fini? Peut-il prendre une forme? Ou si j'accorde, ce qu'il n'est guère possible de nier, que la forme humaine est géométriquement parlant la forme la plus parfaite , et par suite la forme indis pensable par laquelle un Etre sensible et intelligent puisse entrer en rapport avec un autre ; quelle rai" son suffisante aviez-vous de prendre telle nuance de figure plutôt que telle autre? — Bref, il est évi dent que les comment et les pourquoi de Jean- Jacques n'eussent jamais eu de fin. Et quelques singulières que paraissent toutes ces questions ainsi réunies , il est certain que Jean-Jacques les eût fai tes; non pas, il est vrai, en un moment; mais à la longue: ou du moins d'autres philosophes sub séquents les eussent faites pour lui. Le d éiste,en effet , qui ne croit pas que la voix de la conscience, combattant tous les jours ses mau vais penchants et le tourmentant malgré qu'il en ait, est la voix même de Dieu, ne le croira jamais d'au cune voix extérieure , quelque merveilleux que lui paraissent dans le premier moment des sons articulés se faisant entendre en l'air. Il n'y a que le héros de lÉvangile qui ait le droit d'être cru sur parole quand il se déclare le créateur en personne. A tout autre Etre , fût-il l'ange le plus resplendissant de lumière, le philosophe serait en droit de demander des preuves qu'il lui serait impossible de fournir. Ce n'est qu'en se personnifiant, ce n'est qu'en se montrant comme un de ses semblables , et le meil
  40. 40. 37 leur de tous, que l'Etre infini a pu maîtriser l'esprit de l'homme , comme il a maîtrisé ses passions. Si du reste, peu de personnes ont eu comme Jean-Jacques la franchise d'avouer publiquement le désir orgueilleux que la Divinité vienne leur parler, le nombre de ceux qui ont pensé la même chose dans leur cœur sans le dire , est plus grand. Et à ceux là nous promettons que leurs vœux seront exaucés sous les conditions suivantes. Qu'ils écoutent d'a bord en tout la voix de leur conscience ; qu'ils dé fèrent d'abord aux bons avis d'un père , d'une mère, d'un maître éclairé , d'un véritable ami , autant de moyens indirects par lesquels le Seigneur s'adresse à eux (parceque le Seigneur souhaite autant que nous ayons des rapports d'amour et de reconnaissance entre nous qu'avec lui) ; alors il pourra aussi s'établir un rapport ou un entretien direct. En d'autres termes , pour s'entendre adresser la parole du Très- haut, il faut etre devenu assez humble pour n'être point scandalisé de son étonnante simplicité' : il faut s'être mis, en un mot, en état de la comprendre. Quand ces conditions sont remplies*, alors la possi bilité du rapport existe , et on peut le solliciter avec la confiance d'être exaucé ; quoique l'homme mo deste se persuadera toujours difficilement qu'il a réussi à remplir ces conditions. Si Jean-Jacques avait pu se persuader que Dieu est humble il était plus fait que qui ce soit pour reconnaître la Divinité absolue de Jésus-Christ ; car , lui que l'on a décrié
  41. 41. 58 commè le plus odieux des incrédules modernes, était encore plus près du vrai christianisme que tous les philosophes ses prétendus disciples , et que la plupart peut-être de ses détracteurs. Mais la plus grande maladie du genre humain était cet orgueil qui dans ces derniers teins était parvenu à son apo gée : les savans et les philosophes marchaient en tête ; ils prêtaient leur propre morgue à la Divinité, et l'univers les suivant en masse , il était impossible qu'on se fit de Dieu aucune idée exacte. CHAPITRE VH. Si: ou les Conditionnels. La n ature même de la liberté de l'homme sup pose qu'il y a pour lui des futurs conditionnels. Tous les évènemens futurs qui ne dépendent pas de causes libres, il peut les prévoir avec certitude: une éclypse peut être calculée des milliers d'années d'avance. Les conjectures de l'homme ont encore prise sur les déterminations morales des Êtres dont le degré de liberté n'est point parfait ; et les proba bilités qu'il en peut tirer sur certains évènemens futurs de ce genre, peuvent approcher de si près de la certitude qu'elles lui en tiennent lieu. Ainsi il peut parier mille contre un , que , dans tel tems, telle occasion, tel ivrogne fera un excès; que tel homme colère s'emportera ; que tel avare fera une
  42. 42. 59 petitesse ; que tel débauché se laissera entraîner à une bassesse ; ou bien que tel personne aux senti- mcns généreux fera telle action louable. Le com merce de la vie , les transactions civiles et politiques, ne reposent en général que sur cette base. Mais la science et. les conjectures de l'homme seront en dé faut chaque fois qu'il devra intervenir un agent assez libre pour dérouter ses prévisions. C'est alors que se forment les évènemens conditionnels, et que l'esprit scrutateur arrive à ces points où il est forcé de dire : si telle cause est posée , il en résultera tel effet; maisjusqu'à présentj'ignore si la cause sera réellement posée ou non. Ces points nous les appelerons des nœuds. Pour l'homme il y a beau coup de ces nœuds ; car sa vue est trés bornée quand il la porte sur les causes secondes non encore déve loppées; mais pour les esprits supérieurs, ils doi vent être en moins grand nombre, puisque pour eux les conditionnels se reculent d'autant qu'ils ont acquis plus d'expérience ou de perspicacité. Tout c elaest clair et évident, et n'exige ni développemens ni preuves ; mais on demande s'il y a aussi des futurs conditionnels pour Dieu: en d'autres termes , on demande si Dieu a pu, s'il lui a été possible, de donner, ou non, aux hommes une liberté telle , que lui-même ne pût plus prévoir jusqu'à quel point ils s'égareraient dans les routes du vice et de [erreur. Voilà la question que nous avons osé soulever , que peu de philosophes ont eu le courage de résoudre, comme nous, affirmative
  43. 43. 40 ment , e tqui cependant nous parait d'une évïdenee géométrique comme toutes les autres questions aux quelles nous avons reconnu ce caractère. Pour q u'ily ait en effet à l'égard de Dieu des futurs conditionnels , il suffit que la liberté morale du genre humain soit parfaite dans son genre ; or qui peut nier qu'elle le soit? Ce caractère de la perfection est inhérent à sa nature. Chaque homme doit de toute nécessité arriver dans sa vie , plusieurs fois peut-être, mais une fois très certainement, à un point où sa liberté morale se mette en un équi libre parfait : Et alors il devient rigoureusement impossible, pour Dieu comme pour les esprits sub ordonnés, de savoir d'avance s'il se décidera pour le bien ou pour le mal. Dieu sera forcé de dire alors comme l'esprit créé: si telle résolution est prise par cet agent libre, elle sera suivie de tel effet. Mais prendra-t-il cette résolution? je ne puis le savoir, puisqu'il m'a plu de lui donner une li berté absolue. Donc il y a , même pour Dieu , des futurs conditionnels. Et que l'on ne pense pas que par là on re tranche quelque chose aux perfections et aux préro gatives de l'Etre des Etres ; car , d'un autre côté, même dans ce système , la science de Dieu ne de viendra en rien incertaine ; elle ne deviendra jamais conjecturale comme celle des hommes, qui, se décidant souvent mal à propos , s'exposent à l'er reur : elle sera conditionnelle purement et simple ment, quoique toujours infiniment certaine. Et
  44. 44. puis, s idans l'hypothèse d'une liberté parfaite, la prévision certaine devient métaphysiquement im possible , impossible comme le sont les impossibilités géométriques et mathématiques , il devient par là même absurde de réclamer une prérogative pour quelque esprit que ce soit , pour Dieu comme pour tous les autres. Dieu lui-même , dans ce cas , n'a voulu , et ne veut prévoir les résolutions de l'homme que conditionnellement. Et personne sans doute n'a le droit de lui dire : Pourquoi cela ? Il est assuré ment bien le maître de faire une telle disposition. Je voudrais le voir ce philosophe , ce métaphysicien ou ce théologien assez hardi, pour oser soutenir qu'il ne la pas pu , et que cela n'a pas dépendu de lui. Cette impossibilité pour Dieu de percer au delà de ces sortes de futurs conditionnels , nous le répétons , ne vient que de cette bonté , de cet amour immense , avec lequel il a accordé à ses créatures sensibles une liberté si entière, si parfaite, si abso lue, que lui-même ne pût plus prévoir toutes les résolutions qu'il leur plairait de prendre. Dans cette grande question , le philosophe se trouve nécessaire ment entre deux difficultés opposées ; il faut , de toute nécessité , qu'il retranche ou à l'amour , ou à la science de la Divinité , et il n'y a pas à balancer; entre deux inconvénients on choisit le moindre. C'est Dieu qui a mis son amour au-dessus de toutes ses autres perfections; ce n'est point nous ; ce n'est point à nous à nous en plaindre; ce n'est pas à nous à porter pour cela une main téméraire sur sa liberté,
  45. 45. 44 Nous a jouteronsseulement encore ici, qu'en faisant l'application de cette question des futurs conditionnels à Dieu-homme, ou Dieu-Rédempteur, l'esprit , de nouveau , demeure plus vite et plus faci lement satisfait, qu'en l'appliquant àDieu infini et ab solu. En entendant, en effet, le héros de la croix déclarer qu'il a prévu la conduite morale du genre humain aussi longtems d'avance qu'il [a voulu, on ne sera guère tenté de lui faire des questions ultérieures. Mais i lest surtout intéressant, pour chacun, de faire l'application de la question des futurs lihres à sa propre destinée, ou à celle de quelques uns de ses contemporains. Aucune considération n'est plus propre que celle-ci à nous rendre indulgens envers tout le monde; et nous enverrons ce peu de mots en avant, comme pierre d'attente pour notre chapitre sur la Tolérance. On peut dire, par exemple, si tel philanthrope connu, de l'Europe, fût né en Amérique , il eût été un anthropophage. Si tel misérable qui expie sur l'cchafaud un effrayant attentat, eût vécu vingt ans de plus, il eût réparé tous ces torts et eût reconquis l'estime de ses concitoyens. Si tel mendiant était né avec tant soit peu de fortune, il eût été le bienfaiteur du genre humain. Si tel homme solide et vertueux que l'on présente comme un modèle au public, fût né simplement avec un certain degré de faiblesse du cœur, il serait mort en Grève. Si moi-même je venais, encore aujourd'hui, à me trouver dans
  46. 46. telles c irconstancesmalheureuses, dans tel embarras de famille, dans telle détresse de fortune, si j etais entrainé par une simple imprudence, par l'amour, ou par l'amitié, dans telle intrigue, je deviendrais un faussaire , un homme dont l'histoire ne pronon cerait un jour le nom qu'avec horreur. Il y a certes de quoi devenir humble et modeste, quand on pense que la bonté est souvent voisine de la faiblesse , et quelafaiblesse esttouslesjours àlaveille de commet treun crime. Ily a de quoi devenir humble et modeste, quand on pense que quelques écus de plus ou de moins dans la poche , que dis-je? des circonstances plus insignifiantes encore , un regard , une prome nade, un mot, peuvent changer entièrement notre destinée sur la terre! Mais il-y-a de quoi trembler, pour ceux dont le système de morale et de religion n'est point encore développé ni entièrement arrêté ; car ceux là vivent tout-à-fait au jour le jour , et ne peuvent jamais assurer ce qu'ils feront ni ce qu'ils seront le lendemain. O ciel ! quand je me rappelle lestourmens, les peines d'esprit , qu'il faut souvent endurer pour parvenir à la vraie foi , je ne puis envi sager qu'avec une profonde commisération , ces per sonnes du monde , ces prétendus philosophes qui se font un trophée de leur incrédulité en fait de christi anisme; qui se donnent si ingénument à eux-memes le brevet d'hommes d'esprit, et plaisantent avec tant d'agrément sur toutes les questions sérieuses de ce genre ! Que de souffrances , me dis-je , il vous fau dra encore endurer ! que de chagrins , que d'humi
  47. 47. 46 liations à dévorer! quels déchiremens de l'âme à subir, avant que vous soyez mûrs pour l'éternité! Il y a d esindividus si étrangement nés, si singulièrement constitués , offrant un mélange si bizarre de faiblesse , de grandeur d'âme , d'apathie, d'éxaltation, un mélange, en un mot, de tant de bonnes et de mauvaises qualités, de tant de vices et de vertus, qu'il leur faut absolument passer par les épreuves les plus terribles avant de parvenir à la première condition de tout perfectionnement moral, à la connaissance d'eux-memes. Bien des malfaiteurs se sont crus les meilleurs des mortels, jusqu'à ce que leurs crimes les ont conduits à l'échafaud ; ce n'est qu'alors qu'ils se sont dit avec surprise: Tu n'es qu'un monstre! D'autres ont été obliges de monter sur des trônes pour reconnaître tout leur orgueil , toute leur ambition, aussi bien que le néant des choses humaines. CHAPITRE VIII. Les Degrés. Tout d ansla nature a certains degrés , et tout développement se fait par progrés insensibles. C'est une loi générale pour toute la création. Voyez les plantes, les métaux et les minéraux: il faut toujours un certain laps de tems pour amener leur formation; et cette formation a lieu d'une manière tout-à-fait
  48. 48. 47 inaperçue. Quoique certaines plantes se dévelop pent avec une telle rapidité, dans certains momens favorables de l'année, qu'elles puissent croître quatre à cinq pouces par jour, et s'avancer presque à l'unisson avec l'aiguille d'une montre , on n'est point parvenu néanmoins à suivre leur développement im médiat, même à l'aide des meilleurs myeroscopes. Nous n'exceptons pas memes ici les plantes appelées Oscillatoires , dont les mouvemens indiquent plutôt, qu'ils ne font voir la croissance. Tout ce que l'on a pu apercevoir clairement, c'est la circulation de la sève dans certaines plantes aquatiques. Or il en est de même du règne moral, si on me permet cette expression: Les progrès de l'homme dans le bien et le mal sont également insensibles. Jamais un scélcrat ne se forme du soir au lendemain, il faut probablement plusieurs générations pour pro duire des monstres tels que ceux qui. effraient quel quefois la terre, comme il faut que la matière électrique s'accumule pendant plusieurs jours pour amener un orage. Et les vertus doivent croitre encore plus lentement que les vices , la pente du vice parmi nous, étant en général devenue rapide, et le sentier ce la vertu difficile et escarpé. Il e stvrai , comme nous l'avons déjà remarqué , qu'il y a dans la vie de ces époques précieuses , où l'homme arrive tout à coup à la découverte de quel que grand principe qui peut servir de levier moral , et qui devient , en effet , entre ses mains un levier assez puissant pour régler la plupart de ses démar- -
  49. 49. 48 ches, e tmême de ses pensées et de ses sentimens. On serait tenté de croire alors que cet homme dût devenir aussi en un instant un homme tout nouveau; et lui-même croit quelquefois que cela ne peut man quer d'être le cas; néanmoins encore ici il faut recon naître un progrès moins saillant qu'on pouvait l'es pérer. Peu à peu l'esprit de cet homme, rayon nant, comme le soleil, dans tous les sens, vers le ciel comme vers la terre , ses passions le' tirant en même tems de tous côtés, il finit par trouver un contrepoids à toute espèce de force qui l'entraine. Ce penseur même qui dans toute la force de l'âge, et à force de philosophie , parvient comme il arrive quelquefois de nos jours, à reconnaître le Créateur du ciel et de la terre dans l'Être humble et mystérieux qui s'est montré sur notre globe , et qui croit do rénavant être capable de tous les sacrifices sous un tel chef, ce penseur là même se trouve souvent, à son grand étonnement, aussi faible et aussi im parfait qu'auparavant: l'état d'énergie qu'il à éprouve n'a duré qu'un tems, le vague est revenu peu a peu par les efforts qu'a faits son esprit pour flatter encore ses passions, et l'équilibre s'est presque ré tabli. Dans ces occasions , souvent, quand l'homme ne trouve plus d'autres raisons , il va jusqu'à mettre à contribution la bonté même et l'amour infini du Créateur, pour se donner sur certains points une plus grande latitude. Une telle disposition dans l'économie du salut a, je l'avoue , de quoi sur prendre dans le premier moment ; mais avec un peu
  50. 50. 49 de r eflexionon trouve qu'elle aUssi est dans la nature des choses , et qu'il ne devait ni ne pouvait en être autrement. Ce n'est qu'avec le tems , que l'homme arrive à cette espèce de sabbat , ou d'état de repos , où l'orage de ses passions et de ses pensées s'ap- paise ; quoique , encore après cette époque , le balan cement des vagues doive se faire sentir, puisque la vie consiste nécessairement dans le mouvement, dans l'action, et que lorsqu'il n'y a plus progrès réel, il faut qu'il y ait du moins encore variété pour que l'esprit y conçoive autre chose que la mort. On s efourvoie bien souvent dans les raisonne- mens philosophiques sur l'état, ou le progrès moral du genre humain, quand on ne fait point assez d'attention à ces grandes vérités. L'un deman dera, pourquoi, si le christianisme est une insti tution divine, et son auteur le Créateur en per sonne, la moralité de l'univers n'a pas encore fait des progrès plus rapides et plus apparents. Un autre fera la même question comme individu: Pourquoi, s'écriera-t-il , ne suis-je pas capable de marcher sans broncher dans les voies de la per fection sous ce guide divin? Et il se découragera. Tout cela tient à la nature même de la liberté. Dieu n'y saurait rien changer. L'homme moral se développe par progrès insensibles comme l'homme physique. La vie corporelle est le type de la vie spirituelle. Et quand le christianisme ne ferait qu'un pas tous les siècles, quand il n'avancerait 5
  51. 51. 80 que d 'un degré tous les mille ans , il ne faudrait pas s'en étonner. En s eplaçant à cette hauteur , on est surpris de voir les philosophes raisonner comme ils ont fait souvent sur le meilleur des mondes. Demander si le monde tel que nous le voyons, est le meilleur des mondes possibles, c'est demander si un fruit qui n'est point parvenu à sa maturité est le meilleur des fruits. Ce n'est évidemment qu'en y joignant la loi du développement graduel, que l'assertion de Pope , Tout est bien , devient une vérité. A savoir ensuite si par le fait notre monde deviendra jamais le meilleur, c'est une question analogue: Il en est de lui sans doute comme des individus; il pourra se perfectionner éternellement. Et s'il est vrai que le genre-humain, lui aussi, arrive à son sabbat, ou à son jour de repos, il faut encore qu'il y ait pour lui variété dans le bien et le bonheur, s'il n'y a plus progrès proprement dit. Dans le ciel même il faut que les évenemens arrivent encore successivement, qu'il y ait pour ainsi dire histoire, et que celle de la Rédemption , par exemple , se développe sans fin, pour que l'on conçoive la vie, le mouvement et le bonheur des sociétés éternelles. A L'Etre i nfini,ou absolu, seul, est placé en déhors ou au-dessus du progrès cl du changement ; l'homme et l'univers sont seulement appelés à se rapprocher peu à peu de cet état de perfection, et à s'en rap procher éternellement sans l'atteindre.
  52. 52. 51 Ces d egrésdont nous parlons , et qui peuvent servir à rectifier un grand nombre de nos idées dans les questions de morale ou de métaphysique , comme dans toutes les autres, se retrouvent partout. On peut ainsi distinguer des degrés dans Yâme humaine, ou dans le moi, parcequ'il y en a dans la vie, et que chaque âme ou moi, n'est qu'un degré de vie. Le moi d'un enfant qui vient de naître est certainement moins développé que celui d'un homme de trente ans. Le moi d'un homme instruit est plus développé que celui d'un idiot. Il y a une différence immense entre le moi divin , le 77ioi universel-, qui est Dieu , et le moifini d'un homme créé à son image. Il n'est pas jusqu'aux animaux qui n'aient un degré du moi ; car, se sentir exister, en est le premier développement, Qu'est-ce, en effet, qui constitue le moi individuel d'un homme ? Ce n'est certes ni son nom , ni son corps, ni un acte isolé de sa vie qui fait qu'un homme est un tel; mais l'ensemble de toutes les pensées qu'il a eues et des sentimens qu'il a éprou vés, l'ensemble de toutes ses démarches, depuis sa naissance, et qui l'ont engrené de mille manières dans la société , qui constituent ïindividualité de son moi. Considéré , nous ne saurions le nier , dans son essence métaphysique (pour ceux du moins qui savent ainsi considérer un moi), le moi n'a plus de degrés, et tous les 77101 se ressemblent; mais alors aussi ces spéculations deviennent absurdes.
  53. 53. 9» C'est comme si quelqu'un avançait que tous les points mathématiques se ressemblent. Deux moi, comme deux hommes , parfaitement sembables , se raient deux Etres bien insipides l'un pour l'autre: ils n'auraient point un mot à se dire. Cette con sidération fait toucher au doigt la nécessité absolue de cette variété dont nous parlions tout-à-l'heure , nécessaire encore dans le ciel, pour le bonheur de ses habitans, comme elle l'était sur la terre. Et cette variété éternelle proviendra nécessairement de celle que l'on remarque déjà ici-bas dans les dif férents caractères des individus. Les nuances ne sauraient disparaître. Il est probable , par exemple, qu'un individu humain qui aura été orgueilleux, formera un esprit supérieur d'un caractère analogue , et qu'il continuera à exprimer ses idées et ses sen- timens d'une façon particulière, peut-être plus énergiquement que les autres ; tout comme un esprit humble s'exprimera avec modestie, un esprit doux avec amour et affection. Le criminel lui-même mê lera dans ses discours , surtout quand il sera question de la miséricorde infinie du Seigneur, quelque chose de plus touchant, de plus pénétrant que celui qui ne sera pas tombé dans les mêmes égaremens. La l ibertéa aussi ses degrés: elle n'est pas la même chez l'homme moral et chez l'homme immo ral; car l'un en a fortifié le ressort, l'autre l'a af faibli. Elle n'a pas le même degré chez les enfans du même âge, quoique ayant reçu une éducation parfaitement semblable ; car, ainsi que nous l'avons
  54. 54. — ss dit , chaque individu ne naît pas plus avec des dis positions morales semblables à celles des autres, qu'il ne naît avec le même degré de beauté corpo relle , ou avec les mêmes talents et les mêmes apti tudes pour les diverses branches des sciences et des arts. Pour l edire en passant, cette latitude, de pou voir distribuer la culpabilité, comme le mérite des individus, sur un certain nombre de leurs ancêtres et de leurs contemporains, cette latitude, disons-nous, soulage le cœur du moraliste, quand il considère ces crimes horribles que la perversité d'un seul semblerait ne pas pouvoir expliquer. Les anciens, comme on sait, allaient plus loin encore, et attri buaient a l'influence des esprits dégradés, une partie de la malignité des crimes commis ,- tout comme ils expliquaient par despossessions les manies , les folies, et certaines maladies singulières. Et certes, leurs persuasions à cet égard étaient pour le moins aussi philosophiques que celles de nos matérialistes mo dernes, qui prétendent pouvoir rendre raison de tout par quelques fibres du cerveau. Nous revien drons sur ce sujet. Il y a e nfindes degrés dans [amour, et par- conséquent dans le bonheur, deux sentimens étroi tement liés. Nous ne parlerons pas de l'amour infini considéré dans le Créateur, l'esprit humain ne saurait le concevoir. Pour nous, le sentiment de l'amour est nécessairement fini ; cela tient à notre nature d'êtres créés. Ce qu'éprouvent ici-bas les
  55. 55. 54 cœurs s ensiblesprès de l'objet aimé, est probable ment assez voisin des limites du possible dans cette partie. Il est seulement à croire qu'avec le tems il faudra que nous parvenions à ce degré de per fection, que nous n'éprouvions plus ce sentiment ineffable qu'en présence du beau moral, tandis qu'au jourd'hui malheureusement l'extérieur physique est surtout ce qui nous charme : et on voit par là combien peu, avec notre prétendue bonté de coeur, nous som mes ce que nous devrions être , et combien la vraie réhabilitation est difficile. Pour c equi est de l'amoUr de Dieu ordinaire , ce n'est que dans la personne de Jésus-Christ que nous pouvons véritablement,le concevoir ; car il n'y a dans la nature qu'un Etre personnel, ou plutôt, une personne, que l'on puisse réellement aimer. Tout ce qui est impersonnel glisse sur la super ficie de notre cœur sans l'échauffer. Il n'en fautA pas même excepter l'Etre des Etres, qui considéré dans son essence métaphysique, est impersonnel pour nous. L'idée même de dire qu'on peut aimer autant l'amitié qu'un ami, un pire en général autant que son père , ou l'idéal d'une parfaite épouse autant que son épouse , est absurde. Il en faut donc dire autant de laDivinité, ou de l'Etre absolu, qui n'est rien pour nous s'il n'a contracté avec nous des rapports personnels d'amour et de reconnaissance. Comme Créateur , Dieu ne nous a aimés qu'au point de dire en notre faveur : que la terre soit; tandis que comme Rédempteur, il nous a aimés jusqu'à la mort, et
  56. 56. 55 jusqu'à la mort de la croix ! — Que la philoso phie, que le déisme, nous montrent une autre manière de parvenir à connaître, à apprécier, à éprouver l'amour de Dieu, que l'incarnation, et nous cesserons d'être chrétiens. — L'amour dont a fait preuve le héros de la croix est réellement le seul amour divin, aussi bien que le plus grand conce vable. Jésus-Christ l'a déclaré lui-même : Personne n'a un plus grand amour que celui qui donne sa viepour ses amis. Comme Rédempteur , Dieu nous a aimés jusqu'à désirer avec ardeur ce baptême de sang que lui avait préparé la perversité du genre humain, mais qui devait rendre le genre humain attentif à sa dégradation ! Dieu Rédempteur nous a aimés jusqu'à comparer le jour de sa mort à celui de ses noces! Que dis-je? Dieu Rédempteur, nous a aimés au point que cette mort épouvantable fut pour lui la jouissance d'une mère qui a le bonheur d'arracher son fils aux flammes, en s'y précipitant elle-même. Et on pourrait demander où est le mérite de son sacrifice , si l'amour avait besoin d'autres titres que lui-même pour exiger le retour le plus tendre de tout ce qui a un cœur. Encore une fois, que la philosophie, que le déisme, cherchent les mêmes motifs d'amour, les mêmes titres à l'amour , hors du Dieu incarné; nous osons dire qu'il y a impossibilité absolue d'y réussir, et absurdité à le tenter. Et qu'on le remarque bien , nous ne parlons même pas ici de ses exemples divins, des exemples encourageants et indispensables
  57. 57. S6 de v ertuqu'il nous a donnes, et que l'on chercherait aussi vainement ailleurs. Quant aux degrés du honneur il en faut rai sonner de même: nous ne connaissons pas le degré suprême du honneur; parceque notre cœur est fini, et que le honheur est en raison de l'amour. Ceux qui ont aime savent seulement que l'amour a diffé rents degrés , et ils en infèrent que le bonheur en a de semblables. Quoiqu'il en soit , le bonheur éternel des esprits bienheureux dans le ciel serait déjà assez désirable quand il ne remplirait le cœur qu'au point de ne lui laisser désirer rien de plus; degré de bonheur dont notre terre elle-même nous donne quelquefois l'idée, soit au sein de l'amitié, soit dans le sanctuaire de l'amour conjugal, le plus pur et le plus vif dont nous puissions nous faire une idée, et au-delà duquel il n'y a peut-être plus rien. Dans t ousles cas, si pour les créatures , l'amour a réellement des bornes, parvenu à son plus haut période, il se ranimera alors comme la flamme, par son propre mouvement; il se balancera éter nellement entre sa plus grande et sa plus petite intensité : le tableau aura ses ombres , et les plaisirs de l'hiver rajeuniront éternellement ceux du printems.
  58. 58. «7 CHAPITRE IX. Action de Dieu sur ses créatures. On p eutse faire une idée maintenant des diffi cultés que peut présenter la question de l'action de Dieu sur ses créatures. Celle sur les agents libres surtout, a été regardée par bien des philosophes comme insoluble. Avec nos principes , toutefois , nous sortirons de ces difficultés, et cela plus simple ment que ces théologiens dont les infolios sur les innombrables espèces de graces qu'ils ont inventées, offrent à peine une page digne d'être lue par un homme de bon sens. L'action d e Dieu sur ses créatures peut être considérée comme s'exerçant sur la nature morte, sur la nature animée, et sur les intelligences libres. Voyons d'abord son influence sur la nature morte ou sur la matière. La c réation en général paraît une chose suffi samment intelligible, quand on reconnait que Dieu crée la matière comme notre esprit crée les pensées. Le Créateur , par la force de sa volonté , revêt d'un corps réel , ce qui chez nous ne reste qu'une image fugitive et vague, ou plutôt, ce qui chez l'homme même prend quelquefois du corps, ainsi qu'il arrive dans le songe et l'extase ; car il y a une différence évidente entre nos pensées de l'état de veille , et les images qu'offrent nos songes de la nuit, quand nos organes matériels se trouvent engourdis. Il est vrai 5 *
  59. 59. 38 qu'alors nous ne savons au juste qui forme en nous ces images substantielles , et qui ont toutes les qua lités des corps, au point de n'en pouvoir être distin gués; nous ne savons si c'est notre esprit lui-même qui les produit, si ce sont des esprits supérieurs qui nous les communiquent, ou s'il faut remonter jusqu'à la vertu créatrice primitive pour les expliquer. Ces trois manières d'en rendre raison sont peut-être égale ment vraies, selon les divers tems et les diverses occasions. Quoiqu'il en soit, ce phénomène, ap précié comme il doit l'être , suffit pour nous rendre l'idée de la création aussi intelligible que cela est nécessaire. Nous ajouterons seulement, que, pour Dieu , conserver n'est autre chose que créer conti nuellement. C'est notre propre faiblesse qui nous avait fait supposer si longtems que Dieu crée, en un tems, les objets qui doivent subsister dans les tems subséquents, comme si Dieu n'était pas le Dieu de tous les tems. La création s'effacerait nécessaire ment comme nos pensées, si Dieu ne la soutenait sans cesse par sa volonté toute puissante. Le monde des esprits, le ciel des anges, ou le paradis , comme vous voudrez l'appeler , est réalisé de même par la pensée éternellement efficace du Créateur. Aussi ne concevons-nous d'autre diffé rence entre ces deux espèces de mondes, que la diversité des lois d'après lesquelles Dieu agit sur l'un et sur l'autre. Dans le monde spirituel le Créateur se sera seulement réservé une plus grande mobilité des tableaux substantiels qui entourent les hommes
  60. 60. 59 esprits , et qui, dans un mouvement presque conti nuel, suivront les modifications morales des Etres qu'ils entourent; tandis que dans le monde naturel, que nous appelons matériel, tout reste glacé, fixe et mort, les objets divers y étant soumis presque unique ment aux modifications lentes que l'homme, dans l'exercice de sa liberté, juge à propos de leur im primer. La mobilité seule des images substantielles nous les a fait juger moins réelles que la matière , et nous a portés à les appeler immatérielles. Il est certain néanmoins que la forme sous laquelle un esprit pur apparaît, bien que invisible et intangible dans notre état terrestre , devient visible et tangible dans le songe et l'état extatique, qui ne diffèrent que comme le plus et le moins; et cette forme ne saurait absolument être autre chose qu'un ensemble d'organes en tout semblables aux nôtres , sans même en excepter la solidité, ou l'apparence de la solidité; de même que les objets qui l'entourent, ne sauraient différer essentiellement de ceux que nous voyons dans la nature ordinaire. L'action d eDieu sur les animaux se conçoit également très bien dans notre système, et n'offre rien de choquant ni de contradictoire, quand , comme nous l'avons fait , on admet des degrés dans le moi, ou ce qui est la même chose , des degrés de vie; et quand d'ailleurs on suppose cette action plus ou moins médiate , ou exercée par des Etres inter médiaires. L'idée de ce théologien, qui disait les bêtes animées par des diables , n'était peut-être pas
  61. 61. 60 aussi s ottequ'il la supposait lui-même: je ne m'op pose pas du tout à ce que l'on fasse influencer les bêtes féroces par des esprits méchants, pourvu que les affections bonnes , que nous remarquons chez d'aut res animaux, lesquels n'en déplaise à leur prétendu roi en ont souvent de meilleures que lui , soient attribuées à l'influence d'esprits bons. Nous agissons sur les animaux par des moyens matériels , et même par le langage qui en est déjà très éloigné ; les es prits purs agiront sur leurs instincts par l'énergie même de leur volonté, comme un magnétiseur agit sur ses somnambules: il n'y a rien là qui répugne. Passons m aintenant à l'action de Dieu sur les hommes. On la peut partager en deux espèces, savoir , cette action générale par laquelle Dieu les fait incessamment penser et sentir, en leur donnant en même tems la conscience que c'est eux qui pen sent et sentent; et son action sur leur moralité. La première de ces actions nous l'appelons indirecte, parceque l'homme peut croire que ses pensées et ses sentimens sont de son propre crû, ainsi que cela était nécessaire pour que sa liberté individuelle fût parfaite. La seconde nous l'appelons action de Dieu directe, parce qu'alors Dieu agit comme un Etre distinct , placé à côté ou en regard de l'homme. La première espèce d'action de Dieu sur nous est plutôt obscure qu'inconcevable ; des conséquences forcées tirées de la nature de Dieu et de la nôtre nous condui sent à la reconnaître. La peine que nous éprouvons quelquefois à nous rendre présens certaines idées et
  62. 62. 61 certains s entimens, et à en éloigner d'autres qui nous assiégent malgré nous, mais surtout laconscience morale qui se met quelquefois en opposition formelle avec notre moi pour nous ramener sur une meilleure voie , prouvent assez que nous ne sommes point les seuls maîtres , que nous ne sommes point les maîtres absolus de nos pensées et de nos sentimens. Mais une dissertation plus approfondie sur ce sujet serait du tems perdu. Chacun peut observer très bien par lui-même ce qui se passe dans son intérieur. Nous avons d'ailleurs expliqué plus haut quelle est la nature de notre liberté. L'action de Dieu sur la moralité du genre humain est la seule qui nous intéresse ici : et cette action doit être réduite tout simplement aux instructions directes données aux hommes dans l'Ecriture sainte, et aux exemples personnels de Dieu Rédempteur , qui a vécu et agi parmi nous , pour nous faire voir comment nous devons vivre et agir , et qui s'est ainsi mis à la tête de la famille éternelle , afin que chacun puisse le connaître , s'attacher à lui et le suivre. Par là tou tes ces graces mystérieuses de la théologie scholasti- que sont écartées , et la doctrine chrétienne devient aussi claire que les plus simples transactions de la vie ordinaire. Ne pouvant ni ne voulant contraindre en rien notre libre volonté , qui malgré la voix ami cale de la conscience s'était portée décidément au mal , il ne restait absolument à'Dieu que l'efficacité de son propre exemple. Par là seulement il pouvait nous entraîner sans nous contraindre ; et c'est aussi
  63. 63. le moyen qu'il a employé. Les expressions mysti ques du prix du sang de Jésus-Christ et du mérite de ses tourmens , représentés par l'ignorance comme satisfactoires en eux-mêmes , n'ont fait que dérouter l'univers. On n'a plus rien compris à la Rédemption dès que l'on est sorti de l'influence toute naturelle et toute simple des exhortations et des exemples du Seigneur. -Aussi la Rédemption ou la restauration morale du genre humain ne s'est-elle pas bornée au tems de l'apparition de la Divinité sur notre globe , autems de la personnification de l'Etre infini parmi ses créatures intelligentes et sensibles. La Rédemp tion a commencé avec les premières démarches de Jéhovah , ou Dieu éternel, infini et invisible , rap portées dans la Genèse ; et elle s'est continuée depuis la mort de Dieu-homme , non-seulemént sur notre terre, où cette grande œuvre se poursuit avec tout le succès que la libre volonté des hommes lui per met ; mais surtout dans le séjour éternel , où le nouveau Boi du genre humain reçoit, touche, in struit chacun de ses enfans à mesure qu'il se trans forme, lui assignant la carrière qu'il doit doréna vant poursuivre, et lui marquant la place qu'il doit tenir dans la chaîne des Etres. Une p artiede la Rédemption , d'un autre côté, a été nécessairement abandonnée aux Etres intelli gents eux-mêmes, sous la direction de leur chef suprême; parce que le mérite et la joie de ramener leurs frères devait rester à leur disposition. Tout individu qui réussit à procurer le moindre bien
  64. 64. 65 moral à un autre , en reçoit la récompense , d'abord indirectement, de son propre cœur, par la conscience d'avoir fait le bien; puis directement on extraordi- nairement, par les mains de Dieu-Rédempteur dont tous les rapports avec nous sont directs. Celui qui retire son frère de l'ignorance et du vice , pour le rendre à la vertu et à la piété , le ramène triomphant au pied du trône de l'Eternel. Chaque homme en particulier est ainsi appelé à être l'apôtre de ses semblables. Les douze collaborateurs que Dieu-Sau veur s'est adjoints pendant sa vie mortelle , n'étaient que le type de l'universalité des Etres appelés à se réformer entre eux. Déja sur la terre s'offre le spectacle d'hommes consacrés par état au bien moral de leurs semblables , quoique le feu céleste se soit souvent changé entre leurs mains en feu infernal : des efforts plus purs se font sans doute derrière le voile qui nous dérobe les scènes du monde des es prits. Et sur notre malheureuse terre aussi , il faut l'espérer , on comprendra enfin mieux le véritable esprit du christianisme. Un autre genre d'occupa tions éternelles que celui du perfectionnement géné ral et mutuel , un genre d'occupations plus digne et plus convenable pour des Etres intelligens et sen sibles, dont la vie consiste nécessairement dans l'action, n'est point concevable, n'est point dans l'ordre des choses possibles. Non seulement , nous le répétons, les hommes transformés et passés à la nature d'esprits purs , doivent pouvoir agir les uns sur les autres ; mais ils doivent encore pouvoir in
  65. 65. 64 fluencer, jusqu'à un certain point, leurs semblables restés sur les globes matériels. Le grand ensemble de tous les Etres de la création l'exige. Le monde spirituel , placé , comme la pensée , hors du tems et de l'espace , et incomparablement plus habité que les mondes matériels qui lui envoient tous les vingt ans leurs générations , devient ainsi le lien de tous les globes. Aucun de ces globes n'est isolé , aucun ne flotte seul dans l'immensité. Tout se tient , toutA se donne la main ; et l'Etre suprême demeure en relation avec toutes les sociétés et avec tous les indi vidus ; il demeure le modérateur suprême de toute sa création. L'ordre éternel l'exigeait ainsi, quand bien même les sociétés d'Etres sensibles se multiplie raient éternellement , ou plutôt , par la raison même qu'elles se multiplieront pendant toute l'éternité. Et e ncore ici, quoique l'idée d'une action aussi étendue et aussi compliquée sur toute la création par un Etre unique, soit accablante pour l'esprit humain , nous concevons encore mieux cette action en la faisant dériver de Dieu-homme , qu'en l'attri buant à ce même Etre adorable considéré dans son essence métaphysique et infinie. La raison, bien consultée, nous dit, en effet, que ce n'est pas en qualité de Créateur infini, invisible et inaccessible que Dieu a pu se mettre à la tête de ses créatures intelligentes et aimantes , entrer dans leur mouve ment, les influencer et les maîtriser y mais bien comme roi du Calvaire, ayant un roseau pour sceptre et une épine pour couronne , roi différent
  66. 66. des r oisde la terre , qui ne l'est que par la vertu et ne régne que par l'amour. CHAPITRE X. Connaissante des choses futures. Deux q uestionsse présentent ici : Est-il dans l'ordre des choses possibles que les événemens futurs soient connus ? Est-il avantageux pour l'homme de les connaître ? Personne n'a jamais révoqué en doute la possi bilité de pénétrer plus ou moins dans la connais sance des événemens futurs. Tous les philosophes ont admis que Dieu les' connaissait. On m'aura même trouvé hardi en me voyant avancer qu'à l'é gard de certains événemens la prescience de Dieu ' devient conditionnelle, quoique demeurant toujours parfaitement certaine; mais on ne doit jamais reculer devant ce que la raison nous enseigne clairement; la raison vient aussi de Dieu. L'homme armé de cette simple raison connait" un grand nombre de choses futures. Il prévoit, comme nous l'avons dit , avec certitude , tous les événemens naturels qui dcpendent de lois physiques connues. Il connait avec une probabilité qui se s rapproche de la certitude , et qui lui en tient sou vent lieu , les événemens moraux , civiles et politi ques que le tems doit faire éclore. Ce n'est point des futurs de cette espèce qu'il est question ici. Mais
  67. 67. on a é téforcé d'admettre un autre ordre de choses futures , celles qui ne peuvent en aucune façon être soumises au calcul humain , et qui pourtant ont été souvent prévues et prédites. L'histoire prouve trop clairement que certains individus ont joui du don singulier de la connaissance des futurs libres , pour qu'il soit permis au philosophe de le nier. L'existence des vrais prophètes, celle même des faux, suffit pour le prouver : " car ces derniers n'étaient point appelés faux parce qu'on ne leur reconnaissait au cune connaissance des choses futures, ou cachées, mais seulement parce qu'ils n'employaient point leur art selon l'ordre de Dieu. En un mot, les écoles de prophètes si nomhreuses anciennement chez les Juifs et les autres nations de cette époque , les oracles , les mystères des anciens temples, l'état extatique provoqué , connu généralement , même chez les sau vages , et retrouvé récemment parmi nous , sont une preuve évidente de la possibilité où est l'homme de pénétrer dans la connaissance d'autres événemens que ceux soumis au calcul *). Comment ces sortes *) Dans les œuvres choisies et posthumes de Laharpe (Migneret 1806, 4 vol. in 8°), on lit la relation . suivante, imprimée sur un manuscrit de la propre main de Laharpe, mais que nous retraduisons de l'allemand , de Stilling , n'ayant pas le texte français à notre disposition. „Le s ouvenirde cette scène extraordinaire," dit le célèbre professeur, „est encore tellement présent à ma mémoire qu'il me semble qu'elle a eu lieu hier: toutefois elle date de 1788. Nous
  68. 68. 67 de communications peuvent-elles être expliquées? Le voici. En c réantune société d'Etres sensibles et libres, qui doivent trouver leur bonheur dans la vie , c'est étions à table chez un de nos collègues à l'aca démie, homme de qualité et de beaucoup d'es prit. (Très probablement le duc de Choiseul.) La société était nombreuse et bien choisie. Il y avait des personnes de tous les rangs, des courtisans, des magistrats, des savans, des aca démiciens, etc. On avait pris part à la joie d'un repas splendide et bien ordonné. Au dessert, le malvoisie et le Champagne avaient encore augmenté la gaieté, et répandu parmi les con vives cette espèce de liberté qui ne se tient pas toujours dans de strictes bornes. On é taitvenu alors dans le monde à ce point où il était permis de tout dire, pourvu que l'on réussit à faire rire. Chamfort nous lut quelques uns de ses contes impies et dissolus, et nos dames comme il faut, elles-mêmes, les en tendirent sans avoir recours à leur éventail. Cette lecture fut suivie d'une explosion de plai santeries sur la religion. L'un citait une tirade de la Pucelle; un autre rappela les vers de Diderot où il %st dit qu'ilfaut pendre le dernier1 des rois avec les boyaux du dernier des prêtres; et tout le monde applaudit. Un troisième se lève, et, le verre en main, s'écrie: Oui, Messieurs, je suis aussi sûr qu'il n'y a point de Dieu que je suis sûr que Homère était un fou. Il était en effet aussi sûr de l'un que de l'autre: on avait justement parlé de Dieu et d'Homère, et l'un et l'autre avaient trouvé quel ques convives qui avaient cru pouvoir en dire du bien. La c onservation devint plus sérieuse. On parla avec admiration de Voltaire, et de la ré

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