En quel sens peut-on dire que l’homme
est un être culturel ?
GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
INTRODUCTION (1)
 Les trois sens du mot « culture »
« Culture » > colere (lat.) : cultiver, soigner, entretenir,
honorer,...
INTRODUCTION (2)
 L’opposition entre la nature et la culture
NATURE CULTURE
Inné
(présent dès la naissance)
Acquis
(qui r...
INTRODUCTION (3)
 Deux problèmes fondamentaux
1. Le problème de la nature de l’homme
→ La culture est-elle une seconde na...
1. La culture comme négation de la nature (1)
a) Travail et éducation
Cf. G. Bataille, L’érotisme.
L’homme est un être cul...
1. La culture comme négation de la nature (2)
1) Contrairement à l’animal, l’homme ne se contente
pas de vivre sur la terr...
1. La culture comme négation de la nature (3)
2) Transformant le monde extérieur, l’homme se
transforme aussi lui-même. Gr...
1. La culture comme négation de la nature (4)
• L’éducation comporte deux parties selon Kant :
 La discipline : l’enfant ...
1. La culture comme négation de la nature (5)
• La répression des pulsions naturelles est d’abord
une exigence de la vie e...
FAMILLE 1
FAMILLE 2
FAMILLE 3
Si l’inceste était autorisé, il n’y aurait pas
de société, mais seulement un amas de
famille...
1. La culture comme négation de la nature (6)
b) Culture et conscience
Si l’homme peut tout transformer, c’est parce qu’il...
Socrate le demi-chien : Héraclès, 2002.
Le sport est-il le propre de l’homme ?
GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
1. La culture comme négation de la nature (7)
 L’exemple du sport
cf. la bande dessinée de Joann Sfar et Christophe
Blain...
1. La culture comme négation de la nature (8)
 D’autres exemples : l’art et le tatouage.
Cf. Hegel, Esthétique.
L’homme p...
1. La culture comme négation de la nature (9)
• L’exemple de l’art. L’artiste cherche à extérioriser ce qu’il
est, à matér...
2. La culture comme nécessité vitale (1)
a) Le mythe de Prométhée
Cf. Platon, Protagoras.
• Contrairement aux animaux qui ...
2. La culture comme nécessité vitale (2)
• Confronté à une nature hostile, dépourvu d’organes
capables d’assurer sa conser...
2. La culture comme nécessité vitale (3)
b) Objections
1. Première objection : on pourrait se demander si le
mythe ne tien...
WALL-E (2008)
La technique change-t-elle les hommes ?
GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
2. La culture comme nécessité vitale (4)
2. Autre objection : l’homme est-il vraiment l’être le plus
faible de la nature ?...
2. La culture comme nécessité vitale (5)
L’instinct, certes, permet de réaliser parfaitement certains
gestes, sans aucun a...
2. La culture comme nécessité vitale (6)
• L’homme possède l’intelligence – faculté mentale grâce
à laquelle il peut résou...
2. La culture comme nécessité vitale (7)
 La main
Cf. Aristote, Les parties des animaux.
Double thèse :
1) Contre Anaxago...
2. La culture comme nécessité vitale (8)
1) Selon Aristote, si l’homme a des mains, ce n’est pas par
hasard : c’est parce ...
2. La culture comme nécessité vitale (9)
2) La main est un atout considérable.
• Les organes possédés par les animaux se c...
Paul Valéry : « La main est cet organe extraordinaire en
quoi réside toute la puissance de l’humanité, et par quoi
elle s’...
3. La culture comme seconde nature (1)
a) L’étroite corrélation du naturel et du
culturel
Cf. Merleau-Ponty, Phénoménologi...
Signifiant Signifié
Cri Colère
Baiser Amour
« Table » Table
Langage
du corps
Comportements, à première vue,
naturels, car ...
CULTURE
NATURE
CULTURE
NATURE
1 2
« Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme
on voudra dire. » Selon Merl...
3. La culture comme seconde nature (2)
• « Il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque
chose à l’être simpl...
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Pascal : « La coutume est une seconde nature qui
détruit la première. Mais qu'est-ce...
3. La culture comme seconde nature (3)
b) Faut-il renoncer à l’idée que l’homme a
une nature ?
 Il est impossible de déte...
3. La culture comme seconde nature (4)
2) L’homme n’a pas de nature. Par nature, il est un être
de culture, c’est-à-dire u...
3. La culture comme seconde nature (5)
Cf. Fichte : « En un mot, tous les animaux sont achevés et
parfaits, l'homme est se...
3. La culture comme seconde nature (6)
 L’idée de nature humaine est dangereuse.
Prêter à l’homme une nature, cela revien...
Conclusion : la culture est-elle le propre de
l’homme ?
L’idée selon laquelle la culture est le propre de
l’homme est aujo...
Exemple : les macaques de
l’île de Koshima
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• Denis Kambouchner, « La culture » in Notions de
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En quel sens peut-on dire que l'homme est un être culturel ? (G.Gay-Para)

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Pour les textes utilisés, cf. http://ggpphilo.wordpress.com

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En quel sens peut-on dire que l'homme est un être culturel ? (G.Gay-Para)

  1. 1. En quel sens peut-on dire que l’homme est un être culturel ? GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  2. 2. INTRODUCTION (1)  Les trois sens du mot « culture » « Culture » > colere (lat.) : cultiver, soigner, entretenir, honorer, mettre en valeur. ① La culture au sens courant → individu ② La culture au sens ethnologique → société ③ La culture au sens philosophique → homme GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  3. 3. INTRODUCTION (2)  L’opposition entre la nature et la culture NATURE CULTURE Inné (présent dès la naissance) Acquis (qui résulte d’un apprentissage) Universel (présent chez tous les hommes) Particulier (qui est propre à une société ou encore à un individu) GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  4. 4. INTRODUCTION (3)  Deux problèmes fondamentaux 1. Le problème de la nature de l’homme → La culture est-elle une seconde nature ? → La culture est-elle le propre de l’homme ? 2. Le problème de la diversité culturelle → problème moral et politique : quelle attitude faut-il adopter face aux autres cultures ? GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  5. 5. 1. La culture comme négation de la nature (1) a) Travail et éducation Cf. G. Bataille, L’érotisme. L’homme est un être culturel, car il procède à une double transformation : 1) Par son travail, il transforme le monde extérieur. 2) Il se transforme aussi lui-même par le biais de l’éducation. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  6. 6. 1. La culture comme négation de la nature (2) 1) Contrairement à l’animal, l’homme ne se contente pas de vivre sur la terre : il l’habite, il se l’approprie. Grâce à son travail, il transforme son environnement et le façonne selon ses désirs. Il évolue ainsi dans un milieu artificiel composé des différents objets qu’il a produits :  les objets techniques → utilité  les œuvres d’art → beauté GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  7. 7. 1. La culture comme négation de la nature (3) 2) Transformant le monde extérieur, l’homme se transforme aussi lui-même. Grâce à l’éducation, il sort de l’animalité. Cf. Kant : « L’homme ne devient homme que par l’éducation ». « Éducation » > ex-ducere (lat.) : conduire hors de, en dehors. L’éducation est donc ce qui doit « conduire » l’enfant « hors de lui-même », en le faisant passer de l’état animal à l’état d’homme. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  8. 8. 1. La culture comme négation de la nature (4) • L’éducation comporte deux parties selon Kant :  La discipline : l’enfant doit apprendre à contrôler ses pulsions naturelles, à différer la satisfaction de ses désirs. Il acquiert une maîtrise de son propre corps.  L’instruction : le corps étant discipliné, l’enfant est disponible pour cultiver son esprit et donc apprendre. → La discipline « dénature » l’enfant : elle lui enlève sa nature première qui est animale. L’enfant est ainsi disposé à obéir aux règles requises par la vie collective. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  9. 9. 1. La culture comme négation de la nature (5) • La répression des pulsions naturelles est d’abord une exigence de la vie en société. D’où la présence, dans chaque culture, de règles et d’interdits. Cf. La prohibition de l’inceste selon Claude Lévi- Strauss. Elle a un statut particulier : c’est la seule règle universelle. On la retrouve, certes selon des modalités différentes, dans toutes les cultures. Pour Lévi-Strauss, elle marque le passage de la nature à la culture, et fonde la société. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  10. 10. FAMILLE 1 FAMILLE 2 FAMILLE 3 Si l’inceste était autorisé, il n’y aurait pas de société, mais seulement un amas de familles fermées sur elles-mêmes et isolées les unes des autres. FAMILLE 1 FAMILLE 2 FAMILLE 3 Sœur Lien avec le beau frère Nouvelle femme L’inceste étant prohibé, l’homme est contraint d’aller chercher une femme à l’extérieur du cercle familial. Un « échange de femmes » a lieu.
  11. 11. 1. La culture comme négation de la nature (6) b) Culture et conscience Si l’homme peut tout transformer, c’est parce qu’il est conscient. La culture apparaît comme l’effet « visible » d’une caractéristique « invisible » propre à l’homme : la conscience. Le lien entre culture et conscience est double. 1. La conscience rend possible la culture. 2. La culture permet le développement de la conscience. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  12. 12. Socrate le demi-chien : Héraclès, 2002. Le sport est-il le propre de l’homme ? GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  13. 13. 1. La culture comme négation de la nature (7)  L’exemple du sport cf. la bande dessinée de Joann Sfar et Christophe Blain, Socrate le demi-chien : Héraclès, 2002. Le sport n’est rien d’autre que « la culture physique » : il est l’une des spécificités de l’homme. En faisant du sport, on cultive son corps ! On l’entretient, on développe ses facultés. Le sport suppose la conscience de soi. C’est parce que Héraclès sait qu’il a un corps qu’il cherche à le modifier. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  14. 14. 1. La culture comme négation de la nature (8)  D’autres exemples : l’art et le tatouage. Cf. Hegel, Esthétique. L’homme peut prendre conscience de lui-même de deux manières différentes : 1) Il peut se considérer lui-même par la seule pensée, en réfléchissant. 2) Il peut aussi transformer le monde extérieur, et prendre conscience de lui-même à travers les œuvres qu’il produit. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  15. 15. 1. La culture comme négation de la nature (9) • L’exemple de l’art. L’artiste cherche à extérioriser ce qu’il est, à matérialiser ses états d’âme à travers son œuvre. Ainsi, en créant, il apprend à se connaître. L’œuvre créée, comme un miroir, révèle qui il est. L’art n’est donc pas un simple divertissement : il répond à un besoin de l’esprit. • L’exemple du tatouage. De nouveau, l’esprit cherche à se manifester, non plus à travers la matière inerte, mais à travers le corps. Un corps tatoué est un corps, en quelque sorte, « spiritualisé », qui révèle l’identité de la personne. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  16. 16. 2. La culture comme nécessité vitale (1) a) Le mythe de Prométhée Cf. Platon, Protagoras. • Contrairement aux animaux qui peuvent survivre par leurs propres moyens, l’homme sans la culture aurait péri : à l’origine, il était « nu, sans chaussures, sans couverture, sans armes ». Le développement de la culture, loin d’être un luxe, est, pour lui, une nécessité vitale. Pour survivre, il doit pallier sa fragilité naturelle. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  17. 17. 2. La culture comme nécessité vitale (2) • Confronté à une nature hostile, dépourvu d’organes capables d’assurer sa conservation, l’homme ne peut pas rester dans son état naturel : il doit travailler et fabriquer par lui-même tout ce que la nature ne lui a pas donné. • Si les animaux peuvent se contenter de leurs organes, l’homme doit fabriquer et utiliser des outils qui sont comme des prolongements artificiels de son corps. L’homme est, avant tout, un être technique, un « toolmaking animal » (Benjamin Franklin). La technique apparaît comme essentielle à l’homme : sans elle, il n’aurait pas survécu. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  18. 18. 2. La culture comme nécessité vitale (3) b) Objections 1. Première objection : on pourrait se demander si le mythe ne tient pas pour naturel ce qui est, en fait, acquis. Loin d’être faible naturellement, l’homme le deviendrait à cause de la technique. Celle-ci, en nous libérant du travail, nous prive aussi de la possibilité de développer nos facultés. Maître de la nature, l’homme deviendrait, paradoxalement, esclave de la technique. → Cf. par exemple Rousseau, Second discours : la comparaison entre l’homme sauvage et l’homme civilisé tourne en faveur du premier. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  19. 19. WALL-E (2008) La technique change-t-elle les hommes ? GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  20. 20. 2. La culture comme nécessité vitale (4) 2. Autre objection : l’homme est-il vraiment l’être le plus faible de la nature ?  L’instinct et l’intelligence • Par instinct, l’animal répond à ses besoins : il sait naturellement ce qu’il doit faire ; il n’a besoin d’aucun apprentissage. L’instinct relève donc d’un savoir-faire inné dont la mise en œuvre se fait de manière automatique et inconsciente, et dont la finalité ultime est la conservation de l’individu ou de l’espèce. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  21. 21. 2. La culture comme nécessité vitale (5) L’instinct, certes, permet de réaliser parfaitement certains gestes, sans aucun apprentissage. Mais il a deux limites importantes : → Il est « rigide » : l’animal répète les mêmes gestes, quelle que soit la situation. Cf. Pascal : « Le bec du perroquet qu’il essuie, quoiqu’il soit net ». → Il est « immuable » ou « invariable » : l’animal n’évolue pas au cours du temps. Cf. à nouveau Pascal : «Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu’aujourd’hui, et chacune d’elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière ». GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  22. 22. 2. La culture comme nécessité vitale (6) • L’homme possède l’intelligence – faculté mentale grâce à laquelle il peut résoudre les problèmes qu’il rencontre, et en particulier, adopter les moyens les plus efficaces pour atteindre les fins qu’il vise. L’intelligence implique la capacité à fabriquer et à utiliser des outils. Certes, l’homme doit apprendre. Il ne réussit pas du premier coup. Mais, tirant des leçons de ses échecs, il évolue et peut s’adapter à n’importe quelle situation. → Si les animaux ont une « perfection bornée », pour reprendre les mots de Pascal, l’homme, étant intelligent, « n’est produit que pour l’infinité ». GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  23. 23. 2. La culture comme nécessité vitale (7)  La main Cf. Aristote, Les parties des animaux. Double thèse : 1) Contre Anaxagore : c’est parce que l’homme est intelligent qu’il a des mains. 2) Contre Protagoras et le mythe de Prométhée : le fait d’avoir des mains constitue, pour l’homme, un avantage décisif par rapport aux autres animaux. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  24. 24. 2. La culture comme nécessité vitale (8) 1) Selon Aristote, si l’homme a des mains, ce n’est pas par hasard : c’est parce qu’il est intelligent. • Aristote part du postulat finaliste selon lequel la nature ne fait rien en vain : elle attribue « chaque organe à qui est capable de s’en servir ». • Il constate ensuite que la main n’est pas un organe comme les autres : comme elle n’a pas de fonction prédéfinie, elle est polyvalente. • Or, seul un être intelligent peut tirer profit d’un tel organe. La nature ayant donné à l’homme l’intelligence, du même coup, celui-ci était comme « prédisposé » à avoir des mains. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  25. 25. 2. La culture comme nécessité vitale (9) 2) La main est un atout considérable. • Les organes possédés par les animaux se caractérisent par leur monovalence : ils ont chacun une fonction déterminée. La main étant polyvalente, l’homme peut s’adapter à n’importe quelle situation ; il peut disposer, à chaque fois, de l’outil approprié. • La main est un organe hybride, mi-naturel, mi-artificiel, dont les pouvoirs sont décuplés, non seulement à cause des différentes positions qu’elle peut prendre, d’un point de vue morphologique, mais aussi grâce aux outils qu’elle peut saisir. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  26. 26. Paul Valéry : « La main est cet organe extraordinaire en quoi réside toute la puissance de l’humanité, et par quoi elle s’oppose si curieusement à la nature, de laquelle cependant elle procède » (Discours aux chirurgiens, 1938). GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  27. 27. 3. La culture comme seconde nature (1) a) L’étroite corrélation du naturel et du culturel Cf. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception. L’homme n’est ni un être naturel ni un être culturel, mais les deux à la fois et de manière indistincte. Nature et culture ne s’opposent pas, mais interagissent, et tendent à se confondre : ce qui est naturel devient culturel, ce qui est culturel devient naturel. Pour le comprendre, prenons des exemples. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  28. 28. Signifiant Signifié Cri Colère Baiser Amour « Table » Table Langage du corps Comportements, à première vue, naturels, car spontanés, non réfléchis. Langage ordinaire Comportement culturel, car conventionnel. Désigner une table par le mot « table » est tout à fait conventionnel, car il n’y a aucun lien apparent entre le mot et la chose, qui rend nécessaire leur rapprochement. Le lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire, et repose sur un accord préalable des locuteurs qui parlent la même langue. Cf. Ferdinand de Saussure: le principe de « l’arbitraire du signe ». En fait, non. S’ils étaient vraiment naturels, on les retrouverait chez tous les hommes. Or ce n’est pas le cas : ils sont donc culturels. D’où ce paradoxe : rien ne semble plus naturel qu’un baiser ; et pourtant, le baiser révèle l’appartenance de l’individu à une culture, car on pourrait exprimer son amour d’une autre manière.
  29. 29. CULTURE NATURE CULTURE NATURE 1 2 « Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire. » Selon Merleau-Ponty, Il y aurait donc, non pas opposition, mais interaction entre le naturel et le culturel : 1. ce qui est naturel chez l’homme tend à se manifester de manière culturelle ; 2. ce qui est culturel tend à se faire passer pour naturel.
  30. 30. 3. La culture comme seconde nature (2) • « Il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique… » : malgré sa culture, l’homme reste déterminé par sa nature (son corps, ses besoins). Ex : il a faim. • « … et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale… » : l’homme ne satisfait pas ses besoins n’importe comment ; il est un être culturel, qui a un sens du raffinement. Ex : il cuisine. • « … ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque… » : le comportement de l’homme a toujours un double sens, à la fois naturel et culturel. Ex : le repas répond à des besoins naturels, mais a aussi une fonction sociale. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  31. 31. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015 Pascal : « La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qu'est-ce que nature ? Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle ? J'ai grand- peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. » (Pensées, éd. LG, 117)
  32. 32. 3. La culture comme seconde nature (3) b) Faut-il renoncer à l’idée que l’homme a une nature ?  Il est impossible de déterminer la nature de l’homme 1) L’idée de nature humaine relève toujours d’une interprétation culturelle. Chaque définition ne fait que projeter sur l’homme des traits qui n’ont rien d’universel, mais qui sont relatifs à un type de société et à un moment de l’histoire. Exemples : Aristote, Smith, Marx. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  33. 33. 3. La culture comme seconde nature (4) 2) L’homme n’a pas de nature. Par nature, il est un être de culture, c’est-à-dire un être indéterminé. → Cf. Rousseau, Second discours : ce qui distingue l’homme de l’animal, de manière incontestable, c’est sa « perfectibilité ». • L’animal est déterminé par sa nature : il est comme programmé pour agir d’une certaine façon et ne peut faire autrement ; il reste identique à lui-même au cours du temps. L’homme, au contraire, est un être, en quelque sorte, « plastique » : il peut acquérir de nouvelles manières de vivre. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  34. 34. 3. La culture comme seconde nature (5) Cf. Fichte : « En un mot, tous les animaux sont achevés et parfaits, l'homme est seulement indiqué, esquissé ... Tout animal est ce qu'il est ; l'homme, seul, originairement n'est absolument rien. Ce qu'il doit être, il lui faut le devenir ». • Que l’homme soit perfectible ne signifie pas qu’il progresse toujours. Il faut distinguer perfectibilité et perfectionnement. Rousseau ne croit pas au progrès de l’humanité. Il y a, certes, une évolution de l’homme, mais rien ne garantit qu’elle soit positive. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  35. 35. 3. La culture comme seconde nature (6)  L’idée de nature humaine est dangereuse. Prêter à l’homme une nature, cela revient à nier sa liberté, ce qui soulève des difficultés, d’un point de vue moral et politique. Exemples : 1) Le racisme. Cf. Le débat autour du « discours de Dakar » de N. Sarkozy, en 2007 : « l’homme africain ». 2) La violence. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  36. 36. Conclusion : la culture est-elle le propre de l’homme ? L’idée selon laquelle la culture est le propre de l’homme est aujourd’hui remise en question par l’éthologie : l’homme n’est pas le seul être culturel ; les animaux aussi ont une culture. Cf. Dominique Lestel, Les origines animales de la culture (2001). La culture apparaît comme un phénomène « intrinsèque au vivant ». La diversité culturelle englobe désormais les cultures humaines et les cultures animales. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  37. 37. Exemple : les macaques de l’île de Koshima Ces macaques sont les seuls à laver les patates dans l’eau de mer. Cette pratique est culturelle, car : 1) elle caractérise ce groupe particulier de macaques (et non tous les macaques) ; 2) loin d’être innée, elle a été d’abord inventée puis transmise de génération en génération au sein du groupe ; 3) elle s’explique, non pas par des causes (comme la génétique, ou encore les caractéristiques de l’environnement), mais par des raisons : plonger la patate dans l’eau de mer permet de changer son goût. En ce sens, les macaques « cuisinent ». GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015
  38. 38. Suggestions de lecture (pour aller plus loin) • Denis Kambouchner, « La culture » in Notions de philosophie, tome III, Gallimard, « Folio essais », 1995. • Freud, Malaise dans la culture (1930), trad. Dorian Astor, Flammarion, GF, 2010. GGP, Lycée Ella Fitzgerald, 2014-2015

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