COURS DE PAROLE VIVANTE (sacredote.fr)INTRODUCTIONLa parole de Dieu n’est pas enchaînée. La parole de Dieu est vivante et ...
CHAPITRE 1LA PAROLE DE DIEU DANS LA PAROLE HUMAINEEn ses desseins éternels et insondables, Dieu a voulu se révéler aux hom...
Révélation analogieI. DIEU SE RÉVÈLE PAR LA PAROLE« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe...
« J’ai regardé la terre : un chaos ;Les cieux : leur lumière a disparu.J’ai regardé les montagnes : elles tremblentToutes ...
c) De plus, la parole est créative. Unie à d’autres paroles, elle crée de nouveaux senset nuances, révèle des univers nouv...
l’homme. Les paroles de Jésus au scribe « Va et fais de même » (Lc 10, 37) par leurcontenu impératif, nous informent sur l...
humaine, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Yahvé parle au peuple,comme Jésus s’adresse à la multitude ou au gr...
10ss) et c’est encore plus clairement que cette fonction apparaît dans l’annonce del’ange à Marie : « Tu concevras, tu met...
Dans la Constitution dogmatique Dei Verbum, il est dit ouvertement : « Dieu a parlépar des hommes, à la manière des hommes...
Chapitre 2Transmission-traditionAu moment historique qu’il nous est donné de vivre, la transmission - tradition quinous re...
I. INTRODUCTIONSi l’on veut s’opposer au rejet de la tradition, il faut mettre en valeur la significationpositive. Tout d’...
Transmission : c’est l’acte par lequel le peuple de Dieu, guidé par des hommeschoisis, communique à la génération suivante...
2- Exigences de la révélation elle-même.La transmission - tradition n’est pas seulement un fait vérifiable dans le texte s...
Les Apôtres vivent sous ce même impératif divin. Les Actes nous racontent quePierre, devant les membres du Sanhédrin qui l...
survie historique. Dans le cas contraire, ils étaient absorbés par d’autres clans outribus, sans laisser de trace dans la ...
Deux mots pour terminer sur la fonction interprétative et innovatrice de latransmission - tradition. Les études d’exégèse ...
5 - Fonctions coexistantesDe cet exposé on déduit que les fonctions de la transmission - tradition peuvent êtredistinguées...
c) Les périodes de crise qui sont éclairées par la parole prophétique et lesfulgurations apocalyptiques (chute de Samarie,...
sans que pour cela, il ne soit plus vrai que tout ce qui est nécessaire à notre salut estcontenu dans les textes scriptura...
abondant et plus économique que le parchemin, mais en même temps plus exposéaux offenses du temps. Le papyrus dut cependan...
- Pourquoi y a-t-il des gens, y compris des chrétiens, qui ne croient pas à la Bible ?Pour un grand nombre, les livres de ...
Balaam, le prophète de Moab (Nb 22, 38 et 24, 2 sv) en passant par Isaïe (Is 59, 21)jusqu’à l’auteur de la seconde lettre ...
II - LA CONSCIENCE DE L’INSPIRATION DANS LA BIBLEAu n° 9, la Constitution Dei Verbum enseigne que « La Sainte Écriture c’e...
1) Le rouleau de Jérémie jeté au feu par le roi impie Joaquin. Les paroles écrites parJérémie sont des paroles du Seigneur...
qui existait déjà dans la conscience de Jésus et qu’il avait lui-même manifestéouvertement. Avec Jésus naît une nouvelle t...
s’accomplisse tout ce que l’Esprit Saint a prédit dans l’Écriture par la bouche deDavid (Ac 1, 16). Jésus cite lui-même un...
III - LA RÉFLEXION DE L’ÉGLISE AU SUJET DE L’INSPIRATIONAu long de l’histoire de l’Église, les chrétiens n’ont cessé de ré...
des deux : de l’Esprit et de l’inspiré, une et indivisible, parfaitement humaine etmystérieusement divine.b) A l’époque sc...
Et saint Grégoire le Grand, d’une phrase sobre et catégorique, jugera « celui qui l’adictée, l’a écrite ».Que signifiait «...
révélation, écrit Benoît, ne se confondent ni ne s’opposent ; elles ne se succèdentpas non plus. Elles agissent simultaném...
Cette valorisation de l’Écriture inspirée est en plein accord avec la Patristique.L’Écriture, selon saint Irénée, est parf...
3. L’inspiration est une vérité révélée par Dieu dans l’Écriture elle-même. Il suffit depenser à la conscience que les aut...
c). L’inspiration est entièrement une initiative de l’Esprit Saint, mais sans lamédiation humaine, le texte inspiré est im...
b). Tous et chacun des livres de la Bible chrétienne sont inspirés. De même, lescanoniques et ceux qu’on appelle deutéroca...
- Tous les livres de la Sainte Écriture ont-ils la même importance ? S’il en est ainsi unprincipe de l’AT devrait avoir la...
Canon : étymologiquement, le mot canon semble provenir du terme grec canon quisignifie « mesure ». Avec le temps, canon s’...
c) Apocryphes et pseudo-épigraphiquesÉtymologiquement, le terme «apocryphe » signifie chose cachée et désignait enprincipe...
même si d’autres livres peuvent être inclus) et des prophètes écrivains. Le groupedes "écrits" paraît être encore ouvert. ...
Avec le décret «pro Jacobitis » du Concile de Florence (1441), l’Église adopte uneposition claire sur le canon qui sera ul...
1-7). Ensuite viennent les listes d’Origène et d’Eusèbe de Césarée. En Occident, leslistes d’Athanase, d’Augustin, des con...
5. En définissant le caractère sacré et canonique de tous les livres contenus dans laBible, le concile désire affirmer, d’...
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Cours de parole vivante de sacerdoce

  1. 1. COURS DE PAROLE VIVANTE (sacredote.fr)INTRODUCTIONLa parole de Dieu n’est pas enchaînée. La parole de Dieu est vivante et efficace.«Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route. Ta parole, en sedécouvrant, illumine, et les simples comprennent. » (Ps 119, 105 et 130). Nousvoulons réfléchir, avec beaucoup de respect et d’amour, sur cette Parole divine. Uneréflexion profonde, destinée à soutenir l’intelligence et, principalement, à nourrirl’esprit pour la transformation de la mentalité et du cœur du lecteur.Dans l’histoire du salut la Parole de Dieu se déroule en trois grandes étapes : laParole révélée, la parole inspirée, la Parole interprétée. Ainsi la révélation,l’inspiration et l’interprétation de la Parole constituent les concepts de base surlesquels s’appuie la compréhension catholique de la Sainte Écriture. Notre réflexionprétend vous introduire dans chacun de ces trois concepts et, en même temps, dansd’autres concepts complémentaires et comme leurs satellites. La révélation est enétroite relation avec la transmission et la tradition ; l’inspiration inclut en son sein lavérité biblique et la conformité canonique. L’interprétation ne peut se passer del’étude des méthodes appropriées et de l’actualisation de la Parole pour l’hommed’aujourd’hui.La méthode que l’on suit dans ce cours est narrative, fondée sur les sources de lathéologie, en particulier sur la constitution dogmatique sur la révélation divine (DeiVerbum) du Concile Vatican II. L’exposition sera accompagnée de brèves lectures detextes des Pères de l’Église, des théologiens et du Magistère de l’Église. A la fin destextes de lecture il y aura un bref questionnaire pour inviter à la réflexion. Chaquechapitre se terminera par l’indication de quelques sujets d’étude pour lesapprofondir et les aborder sans difficulté. A la fin du cours est inclus un lexique quidéfinit quelques-uns des termes employés ; ceux-ci sont indiqués par un astérisque(*) lorsqu’ils apparaissent pour la première fois dans le cours ; de même, on trouveraen annexe un index de sigles.
  2. 2. CHAPITRE 1LA PAROLE DE DIEU DANS LA PAROLE HUMAINEEn ses desseins éternels et insondables, Dieu a voulu se révéler aux hommes parl’intermédiaire de la Parole. La révélation divine n’est pas quelque chose demomentané et fortuit. Dieu s’est révélé une fois pour toutes à une époque del’histoire humaine, mais sa révélation est adressée à tous les hommes de n’importequelle époque historique. La révélation de Dieu à Abraham a été aussi une révélationpour le Prophète Jérémie et son temps, pour saint Paul et son temps, pour saintAugustin et saint Bernard et leur époque, pour saint Maximilien Kolbe, et aussi pourvous et vos contemporains.De là découle que la Parole révélée à un certain moment et pour toujours, devaitêtre communiquée de génération en génération. Cette communication a d’abord étéeffectuée sous forme orale, et peu à peu, ensuite elle a été mise par écrit. Ainsi larévélation de Dieu s’est-elle transmise de siècle en siècle, oralement, de père en fils,jusqu’à se trouver comme cristallisée dans le texte sacré, ce texte que nousappelons, nous, aujourd’hui, les chrétiens, l’Écriture Sainte ou la Bible. De cettefaçon, la Parole révélée est devenue Parole transmise grâce à laquelle la richesseinfinie de la Révélation est arrivée à tous les hommes.I. Dieu se révèle par la paroleII. Analyse de la parole humaineIII. L’analogie de la paroleIV. Les hérauts de la parole divineAPERÇUSQuelle est la différence fondamentale entre la Bible et les écrits sacrés des religionsnon chrétiennes ? A la fin de ce chapitre vous pourrez donner une réponse à cettequestion.Quelle est l’importance de la Parole de Dieu dans la vie d’un chrétien ? Parfois nousl’entendons sans y prêter beaucoup d’attention.MOTS CLEFS
  3. 3. Révélation analogieI. DIEU SE RÉVÈLE PAR LA PAROLE« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe étaitDieu» (Jn 1, 1)Dieu commence le dialogue amoureux avec les hommes en un point concret del’histoire humaine, et c’est ainsi que commence la révélation de la Parole. Nousavons ici deux données importantes : la Parole de Dieu se révèle ; la Parole de Dieuse révèle par l’intermédiaire de la parole humaine.Dieu n’a prononcé qu’une seule Parole : FILS. Avec cette parole il nous a tout dit. LeFils, Parole de Dieu, a commencé son dialogue avec l’homme par l’intermédiaire dela création, de la rencontre avec les prophètes et finalement par l’incarnation dans lesein de la Vierge Marie.Nous pourrions donc définir la révélation en tant que Parole de la façon suivante :Révélation : La communication amoureuse de Dieu et de son mystère à l’hommepour qu’il soit participant de son salut.Cette communication s’est réalisée tout au long de l’histoire, de manière orale ouécrite, par l’intermédiaire de médiations humaines qui atteignent leur plénitudedans le Christ. L’homme est invité par Dieu à répondre à cette révélation avecl’obéissance de la foi. »II. ANALYSE DE LA PAROLE HUMAINE1. L’expérience de la parole.Sciemment ou non, toute parole humaine vient de l’expérience. Dans la Bible,surtout chez les prophètes, ce passage de l’expérience à la parole est évident etéclairant. Prenons l’exemple de Jérémie : de l’expérience vivante de Jérusalemenvahie et mise à sac jaillissent ces vers :
  4. 4. « J’ai regardé la terre : un chaos ;Les cieux : leur lumière a disparu.J’ai regardé les montagnes : elles tremblentToutes les collines sont secouées.J’ai regardé : plus d’hommes ;Tous les oiseaux du ciel ont fui,J’ai regardé : le verger est un désert ;Toutes les villes sont détruitesDevant Yahvé,Devant l’ardeur de sa colère » (Jr 4, 23-26)La Bible a été écrite à partir d’expériences vécues, d’événements immergés dansl’expérience. La Bible est parole écrite, parole vécue du passé et constammentvivifiée par l’expérience du présent.2. La symphonie de la parole.La parole humaine est polyphonique, comme un chœur aux multiples voix. Leursvariations musicales bien harmonisées forment la symphonie du langage. Notreintention est de décomposer la symphonie pour découvrir les divers instruments quila composent.a) La parole est en premier lieu une réalité organique. Elle n’existe pas isolée. Elleprend vie quand elle fraternise avec d’autres paroles, elle s’organise et se structureavec elles en une unité de sens. Ce n’est pas la même chose de dire « Louis » que dedire « Louis court» ou encore « Louis court à l’Église». Même quand une parole estseule, pour qu’elle soit vivante, elle est unie (reliée) au moins implicitement à uneautre, avec laquelle elle acquiert un sens. La parole tend à l’existence en famille, ycompris quand elle semble être en perpétuel célibat.b) D’où la parole reçoit-elle son caractère organique ? Sans aucun doute, parcequ’elle est une réalité sociale. En Dieu lui-même la parole est sociale ; elle requiertl’existence d’un « je » et d’un « tu » qui créent un dialogue. Dieu est unique, mais enDieu il y a trois personnes qui éternellement communiquent entre elles leurspensées et leur amour.Dieu Trine, en créant l’homme, l’a créé à son image et ressemblance, et ainsi il l’acréé social. C’est socialement que l’homme subsiste, qu’il se perfectionne et dominela terre ; et le milieu naturel de cette vie sociale est le langage, le dialogue, la parole.La parole a commencé à être sociale à l’instant où Adam a appelé sa femme pour lapremière fois « Ève » et que celle-ci lui a répondu par un sourire.
  5. 5. c) De plus, la parole est créative. Unie à d’autres paroles, elle crée de nouveaux senset nuances, révèle des univers nouveaux du cœur humain. L’arrivée de cette parolejusqu’à un « toi », y crée une résonance en tant que réponse. Le sourire d’Ève estcréation de la parole, tout comme le « fiat » (« fais en moi selon ta volonté ») deMarie. La parole engendre la parole et à travers elles s’établit le fil de lacommunication.La parole crée l’histoire. Dieu a commencé l’histoire avec la Création parl’intermédiaire de la parole (Gn 1). La parole de l’homme a résonné dans le présentavec la force d’un futur. Paroles des parents, des éducateurs, des leaders d’unpeuple ou d’une nation. Au dessus de tout, la parole de Jésus, parole de salut,continue de résonner dans l’esprit humain. La révélation, tout comme la parole estcréative dans la liberté. Elle ne s’impose pas, elle s’expose. C’est un appel à larecherche d’une réponse donnée par la liberté.3. Autres caractères de la paroleNous avons évoqué trois instruments de la symphonie de la parole : son caractèreorganique, social et créatif. Prêtons attention maintenant à trois autres caractères :la parole informe, elle interpelle et elle exprime. Ceci correspond à trois fonctions dulangagea) L’objet de l’information est un ensemble de faits, de personnes, d’objets etd’événements. C’est le langage objectif propre à l’historiographie, à la didactique etaussi aux sciences exactes. Exemple : « Le 12 octobre 1492 fut découvert lecontinent américain».b) La parole exprime des sentiments, des émotions, c’est-à-dire, l’intériorité del’homme et sa participation aux événements de la vie. C’est le propre des mémoireset des confessions, du lyrisme. Exemple : les vers fameux de sainte Thérèse : « je vissans vivre en moi-même et j’attends une vie si haute que je meurs de ne pas mourir» (Poèmes I. Œuvres complètes).c) Tout homme s’est déjà adressé à un autre homme pour l’interpeller, provoquer saréponse et l’influencer. Le fait d’interpeller est le propre de l’art oratoire et decertaines formes littéraires comme la vocation, le commandement, etc. Exemple : «Suivez-moi et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19).Dans la vie, aucune de ces formes ne fleurit à l’état pur. Elles existent entrelacées etmutuellement conditionnées. La simple information « Dieu est Amour » (Jn 4, 8)exprime beaucoup du mystère de Dieu et, en même temps, invite inéluctablement
  6. 6. l’homme. Les paroles de Jésus au scribe « Va et fais de même » (Lc 10, 37) par leurcontenu impératif, nous informent sur la parabole du Samaritain et nous révèlentquelque chose de l’âme de Jésus-Christ. Quand le Christ dit à Marthe : « Je suis laRésurrection » (Jn 11, 25), il dévoile pour l’histoire un peu de son intimité, mais nousinforme et nous interpelle par cette définition de lui-même.III. L’ANALOGIE DE LA PAROLE« Dieu, dans l’Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes » (ConcileVatican II, DV 12). Le véhicule de la communication divine avec l’homme est doncspécialement la parole, le langage humain. Les musulmans croient que le Coran a étédicté par l’ange Gabriel à Mahomet. Les Mormons croient que leurs saintsdocuments ont été trouvés écrits dans une langue inconnue sur des tables d’or. Pourun chrétien, la parole de Dieu n’est pas venue par l’intermédiaire des anges mais pardes hommes.La parole divine ne parvient pas aux hommes en sons dépourvus de sens, mais enphrases et propositions de révélation. Au Paradis, Yahvé adresse la parole à Adam entermes compréhensibles : « Où es-tu ? »(Gn 3, 9). Dieu n’a pas d’autre manièred’établir la communication avec l’homme, de se révéler et de lui révéler son desseinde salut. La parole divine s’est incarnée en parole humaine concrète : hébreu,araméen, grec. Par ces langues d’hommes, Dieu est entré en dialogue avec deshommes concrets et avec l’humanité entière. Il est vrai que « la Parole de Dieu n’estpas enchaînée », mais elle a été versée dans un moule particulier, comme en safaisant chair, elle a assumé une race, une famille, une nation.Jésus Christ est l’Unique Parole du Père, dont toutes les paroles révélées sont lereflet. La Bible est révélation à partir du Christ, en Christ et par le Christ. « Révélantle sens de la Bible Jésus y reconnaît le reflet de la lumière qui brille en lui, il y écouteun écho lointain de la Parole qui résonne en sa conscience humaine », écrit H. deLubac.Si la parole divine est organique et structurée, cela est indubitablement dû à soncaractère public et social. Elle est destinée à une communauté non à des individusprécis (prophètes, sages, voyants, etc.) qui ne sont que des médiateurs et desporteurs de la révélation divine. C’est la révélation de la société trinitaire à la société
  7. 7. humaine, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Yahvé parle au peuple,comme Jésus s’adresse à la multitude ou au groupe des douze, et les apôtresprêchent dans les synagogues, sur les places publiques ou dans les églisesdomestiques. Le cénacle de Jérusalem ou l’aréopage d’Athènes, la plaine au pied dumont Sinaï ou les sanctuaires du Gilgal et Bethel, sont des lieux où la parole divinearrive aux hommes réunis en assemblée, en peuple, en communauté, parl’intermédiaire d’hommes et du langage humain.La parole possède un souffle créateur. Elle crée le peuple d’Israël et « l’ecclésia*1+* »chrétienne. Elle crée l’histoire. La création entière est l’œuvre de la parole divine. Laparole divine est créatrice parce qu’elle est efficace, car Dieu est fidèle à sapromesse, à sa parole. Le psaume 28 nous décrit Yahvé comme un souverainexerçant son autorité d’une voix puissante sur les éléments de la nature. Et la parolede Jésus réalise les miracles les plus surprenants chez les malades qu’il a rencontréssur son chemin ou sur les forces naturelles, telles qu’une tempête sur la mer deGalilée.Voyons maintenant brièvement comment la parole divine réalise les trois fonctionsde la parole humaine. Si Dieu a choisi le langage humain pour communiquer avec leshommes, la parole de Dieu – sa révélation – devra assumer toutes les fonctions de laparole. Dieu pourrait-il, se réduire à n’être qu’un simple conteur de faits et de vérités? Si Dieu est une personne et que la révélation est ouverture de son intimité etdialogue avec l’homme, Dieu ne prétendra-t-il pas exprimer la richesse de la vietrinitaire, faire appel aux fibres les plus délicates du cœur humain, pour l’amener à lavérité du salut ?Il faut lire la Sainte Écriture comme l’œuvre d’un langage complet par l’intermédiaireduquel Dieu nous parle. Si la parole divine en reste à une fonction informative, laBible ne serait qu’un livre didactique, mais dans la Bible, en plus de l’histoire, il y a dulyrisme, de la poésie, du drame. Pourra-t-on la réduire au lyrisme ou à l’histoire ?Absolument pas. La fonction du langage est en étroite relation avec les genreslittéraires et tout le monde sait que la Bible se compose de nombreux livres auxgenres littéraires très divers par lesquels on s’adresse à l’intelligence (information), àla volonté (interpellation) et au cœur (expression). Dans la Bible, Dieu tout entier,dans sa plénitude, parle à tout l’homme.Prenons un exemple pour éclairer ces idées. Lorsqu’il parle de la naissance de Jésus,Luc nous donne une information historique très précise : « il arriva qu’en ces jours làparut un édit de César Auguste ordonnant que tout le monde se fasse recenser » (Lc2, 1ss). Dans la rencontre de l’ange avec les bergers se dévoile la fonctiond’interpellation : « Ne craignez pas, car je vous annonce une grande joie… » (Lc 2,
  8. 8. 10ss) et c’est encore plus clairement que cette fonction apparaît dans l’annonce del’ange à Marie : « Tu concevras, tu mettras au monde un fils…Comment cela se fera-t-il ? … L’Esprit du Seigneur viendra sur toi…Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,26-38). Le Magnificat de Marie est un exemple de la fonction expressive (Lc 2, 29-32).Ce qui est dit sur la parole divine est basé sur le principe d’analogie entre elle et laparole humaine.L’analogie dit ressemblance par un aspect, mais dissemblance (ou différence) surtous les autresAinsi donc, la parole divine s’est humiliée et s’est abaissée jusqu’au langage humain ;Ainsi, elle l’a non seulement élevé, mais encore elle l’a sublimé et enveloppé de sonmystère. Ne nous arrêtons pas à la lettre, nous recommande saint JeanChrysostome, mais considérons qu’à cause de notre faiblesse, Dieu utilise le langagehumble pour réaliser notre salut d’une façon digne de Dieu. Donc, si nous voulionsprendre toutes les paroles à la lettre et non dans un sens digne de Dieu, nes’ensuivrait-il pas des absurdités et des contradictions ?La parole divine passe par la parole humaine, sans s’identifier avec elle, comme lagrâce passe par les sacrements. Elle en fait sa demeure et de là, elle dialogue etétablit la rencontre du salut avec les hommes. Avec condescendance enversl’homme et son langage, la parole divine, descendue par l’échelle de Jacob (Gn 28,10-22) jusqu’à son interlocuteur, ne reste pas sur la terre, mais remonte par cettemême échelle jusqu’à la hauteur du mystère caché dans sa propre révélation àl’intelligence humaine. La lumière de la parole divine ne touche l’homme que d’unseul de ses rayons infinis, avec une lumière suffisante pour le transfigurer et leconduire au salut, mais avec une surabondance de lumière inaccessible pour lui fairevoir que Dieu est Dieu et non pas homme, et que sa parole ne reste pas enchaînéepar le langage humain.IV. LES HÉRAUTS DE LA PAROLE DIVINE
  9. 9. Dans la Constitution dogmatique Dei Verbum, il est dit ouvertement : « Dieu a parlépar des hommes, à la manière des hommes » (DV, 12). Seule la parole humaine peutdonner corps et forme à la parole divine. La médiation est une condition absolumentnécessaire pour que la parole de Dieu arrive aux oreilles humaines et influenceefficacement leur vie, d’une efficacité salvatrice. Fixons d’abord notre attention etnotre intérêt sur la nature même de la médiation.En acceptant que la médiation soit nécessaire dans la communication entre le divinet l’humain, il faudra tout autant admettre qu’il appartient à la nature de lamédiation d’appauvrir la réalité médiatrice. Si dans la médiation entre les hommes,ou entre la pensée et la parole, l’appauvrissement du message se vérifie, cecis’intensifie dans le cas d’une médiation entre Dieu et la parole humaine. C’est laparole même de Dieu qui nous arrive, mais transformée en parole humaine etsoumise aux limites des capacités d’un langage humain déterminé. Le messagearrive, la parole divine se rend présente et vivante devant les hommes, mais avecdes signes d’expression de l’homme qui parle une langue déterminée et appartient àune culture déterminée.Qu’est-ce qui rend possible cette médiation de la révélation divine ? La présenceactive, dynamique de l’Esprit de Dieu chez les médiateurs. Parmi les médiateurs(comme les patriarches, les juges, les rois, les prophètes, les prêtres, les apôtresetc…) ceux qui possèdent une conscience plus vive de l’initiative divine sur leurspersonnes et sur leurs paroles sont les prophètes. Dans leurs écrits, ils ont concrétisébien souvent le dynamisme divin qui les pénètre et les secoue jusque dans les fibresles plus intimes de leur personnalité. Cette même force divine agit sur les auditeursou les lecteurs de telle sorte que la parole humaine, pénétrant dans les oreilles et lecœur des hommes, souffre sous l’action de l’Esprit Saint, la mise à nu du langagehumain et arrive à l’intimité de l’âme comme « Parole de Dieu ».Les paroles des médiateurs ont été, par conséquent, comme condensées en JésusChrist, le Verbe, la Parole de Dieu, l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. Lesmédiateurs qui l’ont précédé sont une « préparation » ; ceux qui l’ont suiviconstituent le « prolongement » de la seule Parole vivante et efficace par laquelleDieu s’est révélé aux hommes, Jésus Christ, Fils de Dieu et de Marie.[1] * Terme défini dans le lexique final.
  10. 10. Chapitre 2Transmission-traditionAu moment historique qu’il nous est donné de vivre, la transmission - tradition quinous relie au passé, est dévalorisée, tout comme le passé lui-même. Au milieu descendres du passé, cependant, il y a une grande richesse cachée. La découvrir,l’assumer et l’assimiler est ce qui incombe à chaque génération et à chaque époque.Chaque génération est une création, mais pas « à partir du néant », mais bien « àpartir de la tradition », à partir de l’accueil purificateur et sélectif du passé proche oulointain.I. Introduction.II. Le fait de la transmission - tradition.III. Fonctions de la transmission – tradition.IV. Le milieu ambiant de la transmission – tradition.V. Langues et matériaux utilisés pour la transmission de la Révélation.APERÇUS- Comment savons-nous que ce qui est écrit dans la Bible est authentique ? L’étudede la transmission de la Sainte Écriture peut nous aider à répondre à cette question.- Pourquoi le rejet de la tradition s’oppose-t-il à l’histoire et à la science ? Pensez à cequi se passerait si nous nous fiions uniquement à tout ce qui arrive et se dit dans lemoment présent.MOTS CLEFS :Transmission : Tradition
  11. 11. I. INTRODUCTIONSi l’on veut s’opposer au rejet de la tradition, il faut mettre en valeur la significationpositive. Tout d’abord, la tradition est une condition d’identité d’une personne oud’un groupe humain. Le passé garde nos racines biologiques et culturelles,religieuses et morales. Le travail de chaque génération n’est pas de couper l’arbre etde semer une nouvelle plante sur la planète terre, mais de tailler l’arbre pour qu’ilgrandisse avec une vigueur nouvelle et donne de nouveaux fruits. Les Pères del’Église n’ont pas cessé de regarder la tradition, comme modèle éternel de la foi etde la conduite chrétienne. Saint Cyrille de Jérusalem, entre autres, dans ses fameuxcatéchismes, recommandait aux chrétiens la fidélité à la tradition : « maintenez lestraditions, que vous recevez maintenant et inscrivez-les dans votre cœur... (icil’évêque remettait aux chrétiens la formule du credo). On ta remis un trésor de vieet le Seigneur te demandera compte de ce dépôt le jour où il apparaîtra ».Ensuite, la destination universelle de la révélation d’une part et le destin historiquede l’homme d’autre part, exigent la transmission – tradition de la révélation. Si parimpossibilité la chaîne de la transmission - tradition s’était rompue, l’humanité seraitrevenue, dans ses relations avec les hommes, aux « hominidés (*) » d’il y a desmillions et des millions d’années, et dans ses relations avec Dieu, au point zéro. Laparole révélatrice de Dieu resterait ensevelie dans la froide caverne d’un passé sansnom.Quand nous parlons de transmission - tradition de la révélation nous nous référons àtout le processus de ce phénomène, depuis le commencement, à travers lesnombreuses générations, jusqu’au présent. Ce qui nous intéresse, nous, c’est latransmission - tradition depuis la naissance de ce fait jusqu’au moment où le canonbiblique (*) est arrivé à son apogée et à son accomplissement. Il est évident, enoutre, que ce qui nous intéresse n’est pas la totalité de l’étendue de la traditionhumaine, mais uniquement la tradition révélée dans tout le substrat de la SainteÉcriture. Nous sommes intéressés par la tradition religieuse et par tout le reste entant que véhicule de la parole divine.Après cette brève introduction définissons la transmission et la tradition :
  12. 12. Transmission : c’est l’acte par lequel le peuple de Dieu, guidé par des hommeschoisis, communique à la génération suivante la révélation divine jusqu’au momentoù ladite révélation se fige en texte sacré et canonique.Tradition : ce sont les événements, coutumes et vérités contenues dans la révélationet qui, transmis par voix orale ou écrite au long de nombreux siècles, sont restésdéfinitivement modelés dans la Sainte Écriture.II. LE FAIT DE LA TRANSMISSION – TRADITION1- Constatation du fait.Le fait de la transmission est un phénomène indéniable, inséré dans la naturehistorique et sociale de l’homme. Par l’expérience humaine on transmet ce que l’onconsidère précieux pour les générations futures. Dans la Bible, on transmet la Paroleet l’action de Dieu sur la nature et surtout sur l’histoire. Les écrivains sacrés ont euconscience de ce fait et nous en ont laissé la trace dans leurs écrits. Ils ont manifestécette conscience à différentes époques dans leurs livres au genre littéraire divers etcela tant dans l’Ancien que dans le Nouveau TestamentDans le Deutéronome (4, 9), Moïse, se souvenant de la révélation de Dieu à l’Horeb,adresse la parole à son peuple : « Ne vas pas oublier ces choses que tes yeux ontvues et ne les laisse, en aucun jour de ta vie, sortir de ton cœur ; enseigne-les, aucontraire, à tes fils et aux fils de tes fils ». Le psaume 78, 3-4, où l’auteur essaie demettre devant les yeux de son peuple les leçons l’histoire d’Israël, parle ainsi : « nousl’avons entendu et connu, nos pères nous ont appris, nous ne le tairons pas à nosenfants. »Paul, à plusieurs occasions, emploie la formule : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu… ». Dans toutes ses épîtres se trouvent des textes provenant de latradition apostolique dans laquelle il se trouve lui-même immergé et qu’ilcommunique à ses communautés. Tout cela parce que Paul est très conscient de ceque « la foi naît de la prédication et la prédication de la parole du Christ. » (Rom.10,17 )
  13. 13. 2- Exigences de la révélation elle-même.La transmission - tradition n’est pas seulement un fait vérifiable dans le texte sacré, ilest bien davantage une exigence de la révélation elle-même. La révélation de Dieucommence par une bénédiction, une promesse et une alliance. Abraham reçoit deDieu la bénédiction et la promesse : « Je bénirai ceux qui te béniront et je maudiraiceux qui te maudiront…(bénédiction). Par toi seront bénies toutes les races de laterre (promesse) (Genèse 12, 3). Et ensuite l’alliance : « Ce jour là Yahvé conclut unealliance avec Abraham en disant : à ta descendance j’ai donné ce pays, depuis lefleuve d’Égypte jusqu’au Grand fleuve, le fleuve Euphrate... » (Genèse 15,18 ).Dieu est fidèle à son alliance et à sa promesse et le peuple d’Israël n’a cessé de lestransmettre de génération en génération. Comme Dieu est fidèle, la promesse doits’accomplir malgré les difficultés et au milieu des vicissitudes de l’histoire etl’alliance n’est pas rompue par l’infidélité humaine, mais Dieu s’en sert pour luimontrer son amour et établir une alliance parfaite et définitive dans le sang deJésus-Christ.Le Christ assume en lui-même et personnalise la promesse. Il en fait une réalité etétablit lalliance par son offrande sacrificielle sur la croix. Avec le Christ on fait un pasde la promesse de descendance biologique à l’alliance messianique : de l’alliance dela loi à l’alliance de la grâce.Une nouvelle tradition et transmission, reliée à la précédente mais nouvelle etoriginale s’inaugure avec le Christ Jésus. De cette façon Jésus-Christ est constituépoint d’aboutissement de la tradition d’Abraham et, en même temps, point dedépart de la nouvelle tradition chrétienne.3- Impératif divinLa transmission - tradition est aussi un impératif divin inéluctable puisquil va del’identité de chaque israélite et de tout le peule d’Israël. L’impératif divin jaillitcomme une nécessité de sa fidélité sponsale envers Israël : qu’ils n’oublient pasYahvé, leur époux ; de même, qu’ils lui soient fidèles.« Il avait commandé à nos pères de le faire connaître à leurs enfants, que lagénération qui vient le connaisse, les enfants qui viendront à naître ; qu’ils se lèvent,qu’ils racontent à leurs enfants, qu’ils mettent en Dieu leur espoir, qu’ils n’oublientpas les hauts faits de Dieu et ses commandements qu’ils les observent». (Psaume 78,56,7ª ).
  14. 14. Les Apôtres vivent sous ce même impératif divin. Les Actes nous racontent quePierre, devant les membres du Sanhédrin qui leur interdisaient de parler au nom deJésus, répondit au nom de tous : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous obéir àvous plutôt qu’à Dieu. Nous, nous ne pouvons pas cesser de dire ce que nous avonsvu et entendu » (Ac 4, 19). Si le salut ne s’obtient que grâce à l’acceptation del’Évangile de Jésus-Christ, la transmission de génération en génération estabsolument nécessaire et impérativement obligatoire. « Nous ne pouvons pas ne pasle faire » comme le disait Pierre lui-même.III - FONCTIONS DE LA TRANSMISSION - TRADITION1 - Fonction conservatriceL’acte de transmettre n’a de signification que s’il est fait pour conserver ce que l’ontransmet (tradition ). Comme l’on transmet la vie pour la conserver et pour quel’humanité ne s’éteigne pas, de la même façon, on transmet les lois qui régissent laconstitution d’une nation, les coutumes familiales, les traditions religieuses, etc…afinqu’elles survivent dans l’avenir pour les nouvelles générations.De ce point de vue la transmission - tradition a une relation avec l’idée de culture,cet ensemble de principes, de normes, de lois de vie, de coutumes, de valeurs, etcqu’ont légué à l’humanité l’Égypte, la Grèce, Rome, l’Europe chrétienne, l’empireinca ou aztèque. Elle est en relation aussi avec l’histoire, maîtresse de vie, de sorteque l’homme apprenne à vivre dans le présent en voyant comment on a vécu dans lepassé, en l’assumant de façon critique. Ainsi donc, parmi les fonctions de latransmission - tradition, celle qui se distingue indubitablement le plus est la fonctionconservatrice. Transmettre quelque chose (tradition) implique de façon intrinsèque,non seulement la volonté de conserver ce que l’on transmet, mais aussi laconservation elle-même. D’une certaine manière, transmettre c’est conserver.Au long des siècles de la transmission biblique, celle-ci s’est d’abord réalisée àl’intérieur de la famille, du clan ou de la tribu. Ce n’est que si la famille, le clan ou latribu, étaient capables de conserver leurs traditions qu’ils avaient l’assurance d’une
  15. 15. survie historique. Dans le cas contraire, ils étaient absorbés par d’autres clans outribus, sans laisser de trace dans la succession des événements de l’humanité. Ce quivaut pour la famille, le clan ou la tribu, est également valable pour une nation. Si,durant l’exil babylonien et les siècles qui ont suivi, Israël n’avait pas cherché sonidentité en tant que nation dans tout le bagage dogmatique moral et culturel léguépar le passé, il aurait, sans aucun doute, succombé sous la griffe de l’empire assyrien,babylonien, persan, grec ou romain.Quand, au Ve siècle, le judaïsme se constitue et déjà la Torah (*) (le Pentateuque :Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) et une grande partie des écritsprophétiques acquièrent leur forme définitive, les écoles rabbiniques surgissent afinde conserver fidèlement le texte sacré et de l’actualiser pour chaque époque etchaque génération. En plus du texte écrit et des méthodes mnémotechniques (parexemple répétitions fréquentes à haute voix, formules concises sous forme desentences, emploi de la mise en parallèle, mots mnémotechniques, etc.), la fonctionconservatrice de la transmission - tradition se manifestait dans le culte où beaucoupde textes canoniques de l’Ancien Testament et du Nouveau, ont acquis leur formedéfinitive.2 - Fonction constitutiveIntimement liée à la fonction conservatrice se trouve la fonction constitutive. Ce quis’est transmis peu à peu arrive à son moment de maturation, et se transforme entexte immuable et permanent dans lequel le peuple d’Israël, ou le peuple chrétien,écoute la parole du Dieu vivant et trouve les modèles de son identité et de sonexistence juive ou chrétienne. La transmission - tradition est alors constituée, par laforce de sa valeur permanente et de son origine divine, en Écriture Sainte,expression définitive de la volonté de Dieu.Ce que Dieu, révélateur et principal auteur de l’Écriture, a considéré nécessaire ausalut de l’humanité, est resté comme consacré par le canon biblique sous les espècesde la parole humaine. C’est l’auteur divin lui-même qui a révélé les Écritures, a guidéet assisté l’Église dans le choix des livres normatifs de son identité et de sa vie qui, enmême temps que l’Eucharistie, constituent sa nature la plus intime et la plusessentielle. Ce que Dieu a révélé progressivement au long des siècles, une foisconstitué texte sacré, canonisés par l’Église, à des moments précis de l’histoire, setransforme en Parole vivante, impérissable et éternelle, qui lance son cri d’appel etde salut aux quatre points cardinaux de la planète.3 - Fonction rénovatrice
  16. 16. Deux mots pour terminer sur la fonction interprétative et innovatrice de latransmission - tradition. Les études d’exégèse des deux derniers siècles ont mis enévidence le travail interprétatif et innovateur interne de la Bible elle-même,précisément pour que la transmission – tradition soit significative et parlante pourles destinataires d’un texte à un moment déterminé de l’histoire, antérieur à lafixation définitive et constitutive de l’Écriture. Le NT, dans son ensemble, interprèteet actualise à partir de la nouveauté du Christ, tout l’AT. L’exode est interprété defaçon nouvelle par le groupe sacerdotal en exil à Babylone, quand Cyrus en l’an 538leur permit de retourner dans leur propre patrie. L’alliance du Sinaï reçoit unnouveau souffle avec la promesse d’une nouvelle alliance inscrite non pas sur destables de pierre, mais plutôt dans le cœur des hommes. La Pâque juive reçoit unelumière nouvelle et transformante de la pâque chrétienne dans le sang du Christ. Latradition de Jésus est méditée et mieux comprise, sous l’action de son Esprit, par lacommunauté apostolique après la Pentecôte.4 - Fonction eschatologique.La transmission – tradition tend par la force de son dynamisme intérieur même àatteindre un objectif précis : dans l’Ancien Testament, la permanence, dansl’histoire, de la présence salvatrice vivante et actuelle du Dieu d’Abraham, d’Isaac etde Jacob, à travers la Révélation faite par Dieu au peuple d’Israël. Dans le NouveauTestament, la présence historique salvatrice du Dieu de Jésus–Christ, vivant etglorieux, par l’intermédiaire de l’Église, dépositaire de la révélation et de la traditionchrétiennes. Les vicissitudes politiques, institutionnelles, religieuses, etc., changerontau long de l’histoire du peuple israélite, mais la relation vitale avec le Dieu des Pèresrestera comme élément essentiel de la transmission – tradition. L’Église, à son tour,traversera historiquement des situations et des époques très différentes, mais dansla transmission – tradition ecclésiale le centre sera toujours occupé par le Dieu deJésus-Christ, l’Homme­Dieu.A travers cet « eschaton » (*) historique, la transmission - tradition, une foiscristallisée dans la Sainte Écriture, se projette vers l’eschaton définitif, dans l’au-delà,quand le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu de Jésus-Christ sera tout entous, et que l’homme atteindra la plénitude de la vérité dans le mystère de Dieu.C’est la raison pour laquelle la constitution sur la révélation divine affirme : « l’Églisechemine à travers les siècles vers la plénitude de la vérité, jusqu’à ce ques’accomplissent pleinement en elle les paroles de Dieu ». Dans l’au-delà, la Parole deDieu, transmise par les hommes, et qui vit dans l’Écriture et dans l’Église, arrivera àêtre pleinement vérité salvatrice et appartiendra à tous les sauvés. Alors, latransmission - tradition s’achèvera et sera remplacée par le « gaudium » de lacontemplation du mystère de Dieu.
  17. 17. 5 - Fonctions coexistantesDe cet exposé on déduit que les fonctions de la transmission - tradition peuvent êtredistinguées les unes des autres et que nous pouvons les séparer de façon analytique,mais sans perdre de vue qu’elles coexistent, qu’elles s’appuient et se complètentréciproquement, qu’elles sont hiérarchisées et subordonnées à la Parole définitive,Jésus-Christ, alpha et oméga de toute l’Écriture : oublier ou omettre l’une d’entreelles c’est mutiler et appauvrir la richesse et le contenu de la transmission - tradition.Si la tradition juive n’avait pas conservé le souvenir de la première pâque, au pied duSinaï, cet événement n’aurait jamais été institué texte canonique et, ni Jésus, nil’Église ensuite, n’auraient interprété la passion - mort - résurrection de Jésus-Christcomme la pâque nouvelle et définitive, le sommet du passage de Dieu dansl’histoire. L’Apocalypse n’aurait pas non plus, décrit la Jérusalem nouvelle danslaquelle il n’y aura plus de temple parce que l’agneau est son temple ; il n’y aura pasbesoin de la lumière du soleil, puisque l’Agneau sera sa lampe, il n’y aura pas demalédiction, parce que le trône de Dieu et de l’Agneau est au milieu d’elle, et sesserviteurs l’adoreront ; ils verront son visage et porteront son nom sur leur front (Ap21, 22-23 et 22, 3-4). Sans conservation, il n’y a pas constitution et, en leur absence,ni l’interprétation, ni l’innovation, ni l’élan eschatologique ne sont possibles.IV - LE MILIEU AMBIANT DE LA TRANSMISSION -TRADITION1 - Dans l’Ancien Testament.Il s’agit de considérer quels ont été les lieux, ou les circonstances, où la révélationdivine s’est réalisée et où la transmission - tradition a été possible. Selon la naturedes livres sacrés, des péricopes ou des cycles de textes (par exemple le cycled’Abraham : Gn 12-25 ; ou le cycle des paraboles : Mt 13), comme ambiances pluspropices à la formation des traditions et de leur transmission, on peut distinguer :a) Les divers sanctuaires israélites (Béthel, Silo, Sichem, Gilgal, Hébron, etc.) et, enparticulier, le culte dans le Temple de Jérusalem.b) La cour royale, surtout aux moments de splendeur (David et Salomon) ou derénovation (Ezéchiel, Josias).
  18. 18. c) Les périodes de crise qui sont éclairées par la parole prophétique et lesfulgurations apocalyptiques (chute de Samarie, exil, persécution à l’époque desMaccabées).d) Dans le judaïsme tardif, l’école rabbinique et la synagogue acquièrent uneimportance comme lieu de transmission.2 - Dans le Nouveau Testamenta) En ce qui concerne le christianisme, le lieu par excellence de la transmission est leculte chrétien. Les textes les plus proches de l’origine, (les plus anciens), du cycle dela passion et un grand nombre des textes de la vie publique, se sont transmis et fixésdans l’ambiance du culte dominical.b) Par rapport au culte, comme chemin de préparation à ce dernier, se trouve laprédication primitive ou kérygme, dans laquelle on insiste surtout sur le mystèrepascal chrétien selon les Écritures (relecture de tout l’AT à la lumière de la passion -mort - résurrection de Jésus-Christ et vice versa ).b) Comme complément du culte, on fait la catéchèse auprès de ceux qui sont déjàbaptisés. Par cette ambiance de catéchèse, on transmet une grande partie desÉvangiles de l’Enfance, de nombreux textes de la vie publique et quelquesparticularités du cycle de la passion et des apparitions.c) Non moins importante pour la transmission - tradition est l’ambiancemissionnaire, soit relative aux juifs (textes surtout polémiques) soit relative auxpaïens (discours missionnaires, miracles...).d) Dans le reste du NT (tout comme, dans une certaine mesure, à l’intérieur desÉvangiles) le milieu ambiant (Sitzim Leben), ce sont les communautés déjàconstituées auxquelles s’adressent le plus fréquemment les apôtres ou leursdisciples (école apostolique) pour expliquer certains aspects doctrinaux relatifs aumystère du Christ, pour corriger des déviations, pour écarter et défendre lescommunautés des faux prophètes et docteurs, pour enseigner le comportementchrétien dans certaines situations de la vie personnelle ou sociale, pour soutenir etencourager dans les moments de persécutions ou de crises.L’étude de l’ambiance de la transmission - tradition de la Bible met en évidence lecaractère fragmentaire et occasionnel d’un grand nombre d’écrits de l’AT et du NT,
  19. 19. sans que pour cela, il ne soit plus vrai que tout ce qui est nécessaire à notre salut estcontenu dans les textes scripturaires.V - LANGUES ET MATÉRIAUX UTILISÉS POURLA TRANSMISSION DE LA RÉVÉLATIONLa révélation ou parole de Dieu à l’homme, a dû « s’incarner » en parole humainepour être intelligible et ainsi être transmise. L’histoire de la transmission écrite de larévélation suit fidèlement l’histoire de la mise en canon des livres sacrés ; il s’agit,cependant, de deux procédés différents et qui ne coïncident pas nécessairement.1 - Les langues de la BibleLes livres canoniques de la Bible ont été écrits en hébreu, en araméen et en grec. Lamajeure partie de l’AT a été écrit en hébreu. En araméen on trouve quelquesfragments vétérotestamentaire : Es 4, 8-6, 12-26 ; Dan 2, 4-7, 28. Ont été écrits engrec : 2M, le livre de la Sagesse et tous les écrits du NT.La Bible a été écrite en trois langues, parmi elles deux sont sémitiques (*) tandis quel’autre est indoeuropéenne (*). Dieu est souverainement libre de choisir les languespar lesquelles faire parvenir sa révélation à l’humanité. Pour autant, il n’est pas licitede tomber dans la « sémitolâtrie » et de penser que le grec a trahi l’idiosyncrasie dela langue et de l’âme sémite ; le grec est également apte à transmettre la révélationdivine. Qui opposerait de façon excessive la pensée hébraïque à la pensée grecqueau point d’identifier la révélation avec la première, tomberait dans une impasse etne ferait pas honneur à la libre action de Dieu, pour qui le dessein biblique du salutest susceptible d’être traduit et exprimé en d’autres langues et d’autres cultures.2 - Le matériau de l’ÉcritureOn ne compte aucun texte originel de la Bible, pas même du NT. Et même au IIIesiècle déjà, les textes originaux néotestamentaires avaient disparu. Ceci s’expliquepar le fait que le matériau qu’on utilisait couramment au Ier siècle après Jésus-Christet pendant les nombreux siècles précédents, était le papyrus beaucoup plus
  20. 20. abondant et plus économique que le parchemin, mais en même temps plus exposéaux offenses du temps. Le papyrus dut cependant être le matériau employé pour lesautographes aux époques de l’Ancien Testament comme dans celles du Nouveau.On avait l’habitude de donner au texte écrit sur papyrus la forme d’un rouleau de dixmètres de long sur 25 à 30 cm de large. Les extrémités étaient renforcées avec deuxbaguettes de bois qui permettaient de le dérouler plus facilement. D’ordinaire lerouleau de papyrus est peu résistant. Sur le rouleau, on avait l’habitude d’écrired’une écriture continue sans séparer les mots les uns des autres.Chapitre 3LinspirationDieu s’est révélé aux hommes pour en faire l’objet de son amitié et de son Amour(DV, 2). Étant une révélation de salut engageant le présent et l’avenir définitif del’homme et de tout homme, non seulement cette révélation ne peut sombrer dansl’oubli mais il faut la transmettre soit oralement, soit par écrit. La révélation de Dieustabilisée en tradition qui doit se transmettre aux générations futures, parvient à lafixation écrite à un moment historique donné et forme ainsi la Sainte Écriture.Qu’est-ce qui caractérise et différencie le texte sacré de n’importe quel autre textereligieux du christianisme ou des autres religions ? Depuis toujours, le judaïsmed’abord et le christianisme ensuite, ont vu les Écritures comme inspirées par Dieu.Parce qu’elles sont inspirées par Dieu, elles sont canoniques, c’est à dire fondationset normes de notre foi. Parce qu’elles sont inspirées et canoniques, elles contiennentet sont ce que Dieu a voulu nous communiquer pour notre salut (vérité salvatrice).Dans ce chapitre nous traiterons de l’inspiration.I - Le phénomène de l’inspiration.II - La conscience de l’inspiration dans la bible.III - La réflexion de l’Église sur l’inspirationAPERÇUS- Pourquoi disons-nous que la Bible est Parole de Dieu ? Ce qui est certain c’est queles textes bibliques ont été écrits par des hommes.
  21. 21. - Pourquoi y a-t-il des gens, y compris des chrétiens, qui ne croient pas à la Bible ?Pour un grand nombre, les livres de la Bible ne sont rien d’autre que des texteslittéraires comme bien d’autres.MOT CLEF :Inspiration bibliqueI - LE PHÉNOMÈNE DE L’INSPIRATIONQuand on parle d’inspiration biblique, on fait référence aux textes sacrés de l’Ancienet du Nouveau Testament, mis par écrit sous l’inspiration de l’Esprit Saint.Maintenant, l’Esprit Saint n’agit plus seulement dans les livres sacrés et chez leshagiographes (écrivains sacrés ou écrivains des livres de la Bible), mais aussi avecd’autres personnes, ou les événements antérieurs ou postérieurs aux Livres sacrésl’histoire du salut, tout le dessein de salut de Dieu depuis le commencement jusqu’àla fin des temps.Dans la Bible, en effet, l’Esprit de Dieu se revêt de métaphores variées pour montrersa force et sa liberté, sa présence multiple, invisible et dynamique. C’est un ventdivin qui plane sur l’abîme primitif de la création (Gn 1, 2) ; c’est une forceimpétueuse qui s’empare de Samson et le pousse à des exploits héroïques (Jg 1, 25)ou une force vivifiante qui, des quatre points cardinaux, vivifie les ossementsdesséchés contemplés par le prophète (Ez 37, 9) ; c’est un souffle divin qui animeAdam et une brise suave qui adoucit l’angoisse d’Élie (1Ro 19, 12). C’est une languede feu le jour de la Pentecôte (Ac 2), c’est une voix murmurant le nom « ABBA » dansl’intimité de l’âme (Ga 4, 6 ; Rm 8, 15) ; c’est le don de charismes variés dans l’Église(Cor 12, 4-11).La Bible met en relief non seulement la présence active de l’Esprit, mais encorel’efficacité de son action. Par l’œuvre du Saint-Esprit la création entière acquiert unvisage d’ordre et de beauté, de chaos elle se transforme en cosmos. Dieu a souffléson Esprit et le peuple d’Israël est passé de l’esclavage à la liberté (Ex 15, 10) ; l’Espritde Pentecôte souffle et la Parole de Dieu résonne avec sincérité, suscite la foi de lamultitude, l’Église se construit dans la communion de foi et de charité, le mondes’ouvre à l’espérance (Ac 2). L’Esprit de Dieu pousse les prophètes à parler : depuis
  22. 22. Balaam, le prophète de Moab (Nb 22, 38 et 24, 2 sv) en passant par Isaïe (Is 59, 21)jusqu’à l’auteur de la seconde lettre de Pierre (2Pi 1, 21). L’Esprit accorde aussi àcertains hommes le charisme d’écrire les livres sacrés (2Tim 3, 16).Cette présence multiple et dynamique de l’Esprit divin, et son efficacité, se prolongedans l’histoire et dans la vie de l’Église. Toute l’action sanctifiante de l’Église estœuvre de l’Esprit. Le Magistère de l’Église possède une assistance spéciale de l’EspritSaint pour remplir les fonctions qui lui sont propres. Les grands inspirés sont lessaints qui se sont laissés posséder par l’action mystérieuse de l’Esprit. Les Conciles, lafondation d’institutions religieuses nouvelles ou de mouvements et d’associations delaïcs, pour citer un exemple, sont la preuve de l’activité et du dynamisme de l’Espritdans l’histoire.En conclusion, l’inspiration est un phénomène de l’histoire du salut qui en parcourttoutes les étapes, mais qui a son sommet dans l’histoire biblique où se condense laParole de Dieu à l’homme dans le Christ, avec le Christ et par le Christ. Malgré tout ilreste clair que l’accent n’est pas mis sur les auteurs, mais sur l’Écriture en tant quedivinement inspirée.En toutes ces inspirations le même Esprit est présent, mais seule l’inspirationbiblique reçoit stricto sensu, au sens propre, le nom d’inspiration. Dans tous lesautres cas, on ne peut pas parler de Dieu en tant qu’auteur ; par contre Dieu estl’auteur des livres sacrés. Essayons par conséquent de définir ce que l’on entend parinspiration biblique.Inspiration biblique : c’est le résultat de l’action charismatique de Dieu (causeprincipale, auteur) sur l’hagiographe (cause instrumentale, auteur) qui, usant detoutes ses facultés et talents (mode humain) et Dieu œuvrant en lui et par lui (modedivin), met par écrit tout et uniquement ce que Dieu veut (effet).Dans cette définition entrent trois éléments constitutifs :1 - Dieu comme inspirateur de l’Écriture Sainte.2 - L’hagiographe comme inspiré par Dieu en ce qui concerne les Écritures.3 - L’Écriture inspirée en tant que résultat de l’action inspiratrice de Dieu surl’hagiographe qui met ses facultés et ses talents au service de l’inspiration divine.
  23. 23. II - LA CONSCIENCE DE L’INSPIRATION DANS LA BIBLEAu n° 9, la Constitution Dei Verbum enseigne que « La Sainte Écriture c’est la Parolede Dieu en tant qu’elle est consignée par écrit sous l’inspiration de l’Esprit Saint ».Dans cette phrase nous trouvons deux expressions de grand intérêt : (1) parole deDieu, (2) écrite sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Notre intention est d’analysercomment se vérifie, dans la Bible, la conscience du fait que l’Écriture est Parole deDieu et qu’elle est écrite sous l’inspiration de l’Esprit Saint.1 - La Bible est Parole de Dieu.a) Dans l’Ancien Testament.La bible juive, ou AT, se divise en trois grandes parties : La Loi, les Prophètes et lesÉcrits. Le peuple d’Israël a toujours considéré la Loi comme divine, parce que Dieu lalui a remise par l’intermédiaire de Moise, prenons deux exemples :1) Le document du Pacte Sinaïtique (*) : Dieu prononce ses paroles (Ex 20 ss) ; Moisecommunique au peuple toutes les paroles du Seigneur et tous ses commandements(Ex 24,3) et les inscrit (24, 4) ; il lit le livre en présence du peuple et celui-ci répond :« Tout ce que le Seigneur a ordonné, nous le ferons » (24, 7)2) Avec le roi Josias (640 à 609 avant Jésus-Christ), la Loi va se transformer en charteconstitutionnelle du roi et de son royaume. Pendant les travaux de restauration duTemple de Jérusalem on a découvert un livre de la Loi. Dans ce texte on lit cepassage : « Lorsqu’il (le roi) montera sur le trône royal, il devra écrire sur un rouleau,pour son usage, une copie de cette Loi sous la dictée des prêtres lévites. Il ne laquittera pas, il la lira tous les jours de sa vie pour apprendre à craindre Yahvé sonDieu en gardant toutes les paroles de cette Loi ainsi que ses règles pour les mettreen pratique. » (Dt17, 18-19)Cette même conscience se manifeste chez les prophètes. Ceux-ci sont les hommesde la Parole. Ils ont l’habitude de commencer leur message par des formules commecelles-ci : La Parole du Seigneur me parvint… ; la Parole du Seigneur qu’il a reçue… ;Écoutez la Parole du Seigneur ; ainsi parle le Seigneur ; Oracle du Seigneur. Deuxtextes sont particulièrement significatifs :
  24. 24. 1) Le rouleau de Jérémie jeté au feu par le roi impie Joaquin. Les paroles écrites parJérémie sont des paroles du Seigneur ; la destruction du rouleau est interprétée parle prophète comme un délit contre la Parole de Dieu… Le rouleau est de nouveauécrit car la Parole de Dieu ne doit pas se perdre (Jr 36 ).2) Le rouleau dévoré par le prophète Ézéchiel (Ez 2, 8-9) : « Fils d’homme… mange cerouleau et va parler à la maison d’Israël » (3, 1). Dans ces textes s’exprime laconviction de ce que, non seulement l’oracle prophétique, mais aussi le livre - oracleécrit -, sont Parole de Dieu.A la fin du second siècle avant Jésus Christ, on ajoute à la Loi et aux prophètes, lesÉcrits qui, en majorité, peuvent être rassemblés sous le titre de livres sapientiaux etdidactiques. La sagesse d’Israël qui a commencé à se développer avec l’avènementde la monarchie, pendant l’exil, s’intériorise et se spiritualise, grâce à une relationplus étroite avec la foi en Yahvé. Grâce à cette relation, la Sagesse humaine devientSagesse de Dieu. Sur cette base, on en vient à l’identifier avec la Torah (Si 24, 22 ; Ba4, 1), avec la parole des prophètes elle-même (Si 24, 31 ; Sg 9, 17) et, même, elle estassimilée à la Parole de Dieu (Pr 1, 20-23). Insensiblement, la Sagesse mise par écrit,est arrivée à être une nouvelle forme de révélation, accueillie par Israël avec lamême autorité que la Torah ou les prophètes.b) dans le Nouveau Testament.Durant le judaïsme, comme résultat de l’ensemble du processus décrit jusqu’ici, naîtune vive conscience de posséder une collection de livres sacrés (1M 12, 9) ousimplement le livre sacré (2M 8, 23 ). Jésus et l’Église primitive s’approprient cetteconscience du judaïsme possédant des livres sacrés. Avec une simple formule : « Ilest écrit », Jésus clôt m’importe quelle discussion (Mt 4, 4-10 ) ou réclame uneautorité indiscutable (Mt 21, 13). L’Écriture apporte un témoignage de sa personneet de son œuvre, joint à celui du Père et des miracles (Jn 5, 31-40). Pour Jésus, laParole de Dieu (écrite) ne peut être annulée (Jn 10, 35).Dans le Nouveau Testament Jésus est conscient d’être la révélation ultime etdéfinitive de Dieu. C’est en tant que tel qu’il a parlé et agi. Bien qu’il reconnaissel’autorité de l’Ancien Testament, il se situe au dessus de ce dernier : « Il y a iciquelqu’un de plus grand que le temple, que Jonas et que Salomon… » (Mt 12,6.41-42). Son autorité se situe même au-dessus de la loi mosaïque (Mt.5, 21-48 ). Quandl’Église primitive voit en Jésus l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu(Cor.1, 20 ) ou l’ultime - définitive Parole de Dieu aux hommes (Hb.1, 1-2 ) et mêmela Parole de Dieu incarnée (Jn.1, 14 ), elle ne fait pas autre chose que de formuler ce
  25. 25. qui existait déjà dans la conscience de Jésus et qu’il avait lui-même manifestéouvertement. Avec Jésus naît une nouvelle tradition, la tradition chrétienne.Les Apôtres, après la Pentecôte, commencent à prêcher le salut avec courage etliberté, l’Évangile apporté par le Christ, conscients de ce que Jésus est la paroledéfinitive de Dieu (Ac 4, 29-31), la Parole du Seigneur Jésus (Ac 8, 25 ) tant aux juifsqu’aux gentils (*). Luc voit dans l’accroissement de la communauté chrétienne, lacroissance de la Parole (Ac 6, 7 ; 12, 24 ; 14, 20 ). Dieu a non seulement prononcé enJésus la parole définitive, mais il l’a également manifestée quand le Christ estannoncé dans la prédication apostolique. Encore mieux, Dieu continue dans laprédication apostolique à proclamer Sa Parole, la même que celle qu’il avaitprononcée en Jésus Christ.Paul parle et agit avec la puissance du Christ (2 Cor 13, 3) pour le salut de ceux quil’écoutent (Rm 10, 17) et attribue le même caractère d’autorité à sa parole et à sesécrits (2Th 2, 15). Aussi n’est-il pas étonnant que les épîtres pauliennes soientplacées à côté d’autres textes de l’Écriture (2Pi 3, 14-16). L’auteur de l’Apocalypse,de son coté, menace de châtiments quiconque oserait ôter ou ajouter quelque choseaux paroles de son livre prophétique (Ap 22, 18-29).En conclusion, pour le peuple d’Israël tout comme pour l’Église, les Saintes Écrituresnon seulement contiennent la Parole de Dieu, mais elles-mêmes sont Parole de Dieu.Et parce qu’elles sont Parole de Dieu elles bénéficient du charisme de l’inspiration.Nous allons parler de ceci maintenant.2 - La bible est écrite sous l’inspiration de l’Esprit Saint.a ) En général.La présence de l’Esprit de Dieu dans les livres sacrés en vient à être une conséquencede l’action de l’Esprit dans l’histoire et dans la Parole. La Bible étant le momentprivilégié de la conservation et de la transmission de la révélation, l’Esprit de Dieu nepouvait être absent à l’instant définitif et décisif où toute l’histoire du salut,révélatrice du dessein de Dieu, était mise par écrit, au moment d’atteindre, grâce aulivre sacré, les hommes de tous les temps pour la constitution du nouveau peuple deDieu.Le rapport intime entre Esprit de Dieu et Parole de Dieu écrite s’entrevoit déjà en Is34, 16 : « Dans le livre de Yahvé œuvrent la bouche et l’Esprit de Yahvé ». Dansl’oraison pénitentielle de Néhémie la parole écrite de la Loi est attribuée à l’Esprit deDieu (Né 9, 20). Dans le Nouveau Testament, on dit qu’il est nécessaire que
  26. 26. s’accomplisse tout ce que l’Esprit Saint a prédit dans l’Écriture par la bouche deDavid (Ac 1, 16). Jésus cite lui-même un psaume avec la formule : « David lui-mêmesous la motion de l’Esprit Saint a dit … » (Mc 12, 36 )b ) En particulierCependant, les textes classiques dans lesquels on parle explicitement de l’action del’Esprit de Dieu dans la parole écrite, c’est-à-dire dans les livres sacrés, sont aunombre de deux : 2Pi 1, 20-21 et 2Tm 3, 16-17.(1) 2Pi 1, 20-21 : «Avant tout, sachez-le : aucune prophétie de l’Écriture n’est objetd’interprétation personnelle ; ce n’est pas d’une volonté humaine qu’est jamaisvenue une prophétie ; c’est poussés par l’Esprit Saint que les hommes ont parlé de lapart de Dieu ».- Dans le texte on ne distingue pas entre prophétie orale et prophétie écrite, onpasse de l’une à l’autre sans aucune différenciation.- Des deux sortes de prophéties, on dit qu’elles ne proviennent pas de l’initiativehumaine, mais qu’elles furent prononcées ou écrites par des hommes mus parl’Esprit Saint. Par conséquent, leur prophétie n’est apparemment qu’une parolehumaine, mais dans sa nature plus intime, elle est Parole de Dieu, en tant queconsacrée par l’Esprit Saint.- Étant Parole de Dieu, consacrée par l’Esprit, elle n’admet pas une interprétationprivée arbitraire.( 2 ) 2Tm 3, 16-17 : « Toute écriture est inspirée par Dieu et utile pour enseigner,réfuter, redresser, former à la justice : ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli,équipé pour toute œuvre bonne ».- L’action de l’Esprit Saint a des retombées sur « toute l’Écriture ».- De quelle Écriture parle-t-on : de l’AT ou du NT, ou des deux ensemble ?Directement, Paul se réfère à l’Ancien Testament : il parle en effet, de l’Écriture queTimothée a connue par sa mère juive. Indirectement il se réfère à tout livre qui seprésente sous le nom d’Écriture (2Tm 5, 17-18).- Une chose est certaine : au moment où on écrit la 2e épître de Pierre, il existe déjàune collection des épîtres pauliennes, mises sur le même plan que les autresÉcritures (2Pi 3, 15-16).
  27. 27. III - LA RÉFLEXION DE L’ÉGLISE AU SUJET DE L’INSPIRATIONAu long de l’histoire de l’Église, les chrétiens n’ont cessé de réfléchir sur l’inspirationet sa nature, se basant sur le fait que la Bible est la Parole de Dieu et qu’elle estinspirée. Clément Romano désigne les prophètes comme ministres de la grâce deDieu, mus par l’Esprit Saint (1Clém 8, 1). Saint Jérôme ajoutera que les Écritures ontété écrites et publiées par l’Esprit Saint. L’Église a manifesté cette même consciencedans son magistère et sa théologie.A ) LE CHEMIN DES ANALOGIESPour expliquer les mystères, dans leur sens naturel aussi bien que dans leur senssurnaturel, les hommes ont toujours eu recours à l’analogie. Grâce à elle, leshommes essaient de s’approcher du mystère, d’en chercher l’intelligibilité, sachant,cependant, que l’analogie est un moyen très imparfait et limité. La théologie quiréfléchit sur les mystères ne peut se passer du langage analogique, aussi impropresoit-il en face de la réalité qu’il essaie de capter. On a spécialement utilisé deux typesd’analogie : les instrumentales et les littéraires.1 - Analogie instrumentalea) A l’époque patristique (*)« Ces saints hommes-là, écrit Clément d’Alexandrie, n’avaient pas besoin d’artificeset n’avaient pas à parler dans un but polémique : il leur suffisait de s’offrir avecsincérité à l’action de l’Esprit Saint, parce que ce divin plectre, descendu du ciel, seservant des hommes comme d’instruments de musique, cithare ou lyre, nous révèleles réalités célestes et divines ».Prenons l’instrument musical. Dieu est le musicien qui prend la flûte dans ses mainset joue une musique belle et harmonieuse. L’homme est la flûte. La musique est lerésultat de l’action de Dieu et de l’homme. Tout comme la flûte est l’instrument dumusicien pour faire entendre une belle musique, l’hagiographe-prophète estl’instrument de Dieu pour faire entendre sa parole dans le texte sacré. Il est évidentque dans l’image ce qu’on prétend mettre en relief c’est l’hagiographe commeinstrument de Dieu. L’Esprit Saint meut son instrument humain pour exécuter sonœuvre de langage. C’est lui qui souffle, fait bouger et appuie ; chaque auteur humainmet son timbre, sa note, son langage et son style. La mélodie qui en résulte provient
  28. 28. des deux : de l’Esprit et de l’inspiré, une et indivisible, parfaitement humaine etmystérieusement divine.b) A l’époque scolastique (*)Avec la scolastique on avance de l’image de l’instrument de musique vers uneconceptualisation de celle-ci : cause instrumentale et cause principale. Saint Thomasexpose cette doctrine avec les points suivants :(1 ) La cause principale agit par vertu propre ; l’instrumentale en vertu de la motionreçue de la cause principale. L’Esprit Saint est la cause principale, l’homme,l’instrumentale.( 2 ) Dans l’instrument, on distingue une double action : la naturelle de l’instrumentet l’instrumentale, qui est la naturelle élevée et appliquée aux capacités propres dela cause principale. L’homme, qui est instrument, a la capacité naturelle d’écrired’une façon logique et raisonnée. Cette capacité naturelle est élevée par l’EspritSaint pour qu’il écrive la révélation, ou Parole de Dieu aux hommes.( 3 ) Le résultat de la coopération entre cause principale et cause instrumentale doitêtre attribué entièrement aux deux réunis, mais selon un mode différent. La SainteÉcriture est œuvre de Dieu, de l’Esprit Saint et de l’homme, mais de façon différente: Dieu comme cause principale, l’homme comme cause instrumentale.( 4 ) Les deux causes agissent simultanément pour la production du même effet.( 5 ) La capacité de l’agent principal a un caractère permanent ; celle de l’agentinstrumental un caractère passager. L’instrument n’est instrument qu’au moment etpour le but vers lequel tend la cause principale.2 - Analogie littérairePuisque l’inspiration retombe sur un texte littéraire, peut être cette analogie serait-elle la plus adéquate pour expliquer et approfondir la nature de l’inspiration.a) Analogie du dictéSaint Jérôme, par exemple, écrit : « Toute l’Épître aux Romains exige uneinterprétation et elle est enveloppée de tant d’obscurités que, pour la comprendre,nous avons besoin de la grâce de l’Esprit Saint qui a dicté ces choses parl’intermédiaire de l’apôtre ».
  29. 29. Et saint Grégoire le Grand, d’une phrase sobre et catégorique, jugera « celui qui l’adictée, l’a écrite ».Que signifiait « dictare » ou « dictatu » dans la terminologiepatristique ? Qu’ont voulu dire les conciles et les textes du magistère en utilisant ceterme ? Outre le sens actuel « dictare » peut être traduit par composer, enseigner,commander ou, simplement, suggérer. Ceci posé, il est facile de penser que dans lestextes patristiques et ceux du magistère l’expression « Spiritu Santo dictante » (sousla dictée de l’Esprit Saint), ne veut pas dire prononcer des paroles qui vont êtretranscrites l’une après l’autre mécaniquement, mais il faudrait plutôt traduire : sousl’ordre, la prescription, la suggestion de l’Esprit Saint ou, composé par l’Esprit Saint.Dans le premier cas on souligne l’action de l’Esprit Saint sur la volonté del’hagiographe, dans le second l’Esprit Saint en tant qu’auteur de l’Écriture.Comme dans le Christ il y a deux volontés et deux opérations, sans confusion niopposition et, comme la volonté humaine du Christ est soumise à la volonté divine,de la même façon, dans le mystère de l’inspiration il y a une opération humainelittéraire ou de langage, soumise et non pas opposée à l’opération de l’Esprit Saint.Et rabaisser l’opération humaine à celle d’un simple copiste (personne qui écrit cequ’on lui dicte), ce n’est pas glorifier l’opération divine.b) Dieu et l’homme auteurs de la Sainte ÉcritureLe Concile Vatican II nous a habitués à parler de Dieu auteur de l’Écriture et deshommes comme véritables auteurs des livres sacrés. Comment expliquer que letexte sacré puisse avoir deux auteurs ? Auteur appliqué à Dieu, signifie-t-il la mêmechose qu’appliqué aux hommes ?La lutte contre l’hérésie (*) gnostique (*) avec ses diverses ramifications (marcionites(*), manichéens (*), etc.) fut l’occasion d’utiliser cette analogie. Les pères de l’Égliseeurent à défendre l’unité des deux Testaments ; il faut affirmer que tous les deuxprocèdent et sont inspirés par Dieu lui-même. Il a semblé, aux Pères de l’Église, quel’image la plus appropriée pour exprimer ces idées était celle d’un auteur : Dieu estauteur aussi bien de l’AT que du NT.Cette analogie se trouve aussi dans des textes conciliaires et ceux du magistère, etmême dans une définition de la foi du Concile de Florence (Dz-Sch 1334). Le ConcileVatican II répétera les paroles de Vatican I, en DV 11 et, de son côté, affirmera en DV16 : Dieu est l’auteur qui inspire les livres des deux Testaments, de sorte que l’Ancienrecouvrait le Nouveau et que le Nouveau révélait l’Ancien.Peut être qu’un chemin expliquant la relation entre auteur divin et auteur humain del’Écriture devrait-il être cherché dans la révélation et l’inspiration. Inspiration et
  30. 30. révélation, écrit Benoît, ne se confondent ni ne s’opposent ; elles ne se succèdentpas non plus. Elles agissent simultanément et harmonieusement, s’incluant l’unel’autre, comme l’Esprit inclut la Parole. Le Dieu qui révèle est le même qui inspire,bien qu’il s’agisse de deux actes différents : « la vérité divinement révélée quecontiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sousl’inspiration de l’Esprit Saint » (DV 11).Dieu est auteur en tant qu’utilisant des hommes choisis et agissant en eux et pareux. « Ceux-ci mirent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à sondésir, et cela seulement », c’est-à-dire la révélation de lui-même et la manifestationdu mystère de sa volonté, pour que les hommes parviennent jusqu’au Père etparticipent de la nature divine (DV, 11.2). Dieu est auteur pour autant que le textesacré est un texte de révélation divine, mise par écrit par les écrivains sacrés sousune motion vitale de Dieu lui-même. L’homme est auteur par tout ce qu’il met parécrit, en pleine possession de ses facultés et capacités intellectuelles et littéraires,tout et seulement ce que Dieu veut. Tous deux sont auteurs littéraires, mais avecune spécificité différente. Dieu, en tant que l’Écriture est un texte de révélation desoi-même et de son dessein d’amour envers les hommes. L’hagiographe, en tant quel’Écriture est un texte écrit par les hommes, sous l’action et l’inspiration de Dieu lui-même.La Constitution dogmatique DV enseigne (n°11) : « Les livres de l’Ancien Testamentcomme du Nouveau, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint, sont sacrés… ils ontDieu comme auteur ». Dieu étant l’auteur de l’Écriture, celle-ci nécessairement nepeut qu’être inspirée. Étant donné que le cours est une Introduction à la SainteÉcriture, nous allons terminer par une réflexion sur l’Écriture inspirée.Sous l’influence de la réflexion philosophique sur la théorie du langage, on adavantage valorisé l’Écriture elle-même comme inspirée. Il faut continuer d’affirmerque les textes et les auteurs sont indissociables ; le texte n’est pas un objet fabriquéauquel le lecteur pourrait lier n’importe quelle signification ; le texte est une paroleadressée par l’auteur aux lecteurs traversant le temps et la distance. La théologie del’inspiration doit regarder les livres saints en tenant compte des coordonnéeshistoriques et culturelles qui ont conditionné la formation du message de Dieu en untemps et un lieu déterminés, dans une tradition qui s’étale tout au long del’économie historique du salut. En bonne logique, il convient d’affirmer que Dieu estcelui qui inspire, l’homme celui qui reçoit l’inspiration et transmet la Parole de Dieureçue par l’inspiration, mais seul le texte sacré, au sens strict, est inspiré en tant querésultat simultané et conjoint de l’action de Dieu et de l’action de l’homme.
  31. 31. Cette valorisation de l’Écriture inspirée est en plein accord avec la Patristique.L’Écriture, selon saint Irénée, est parfaite, car elle a été dite par le Verbe de Dieu etpar son Esprit.Le magistère de l’Église utilise aussi fréquemment l’expression « livres inspirés » ou «Écriture Divine », depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours. Un simple exemple : «L’économie du salut, annoncée d’avance, racontée et expliquée par les auteurssacrés, apparaît donc dans les livres de l’Ancien Testament comme la vraie Parole deDieu. Par conséquent, ces livres divinement inspirés, conservent une valeurimpérissable » (DV, 14).B ) DOCTRINE THÉOLOGIQUE SUR L’INSPIRATION.1. Pour mieux comprendre l’inspiration biblique, il est nécessaire de la considérer enrelation avec la révélation de Dieu à l’humanité, ce don surnaturel, gratuit et àl’origine de toute l’histoire du salut dans laquelle il faut situer l’Écriture, l’inspirationet l’Église. Tout concept d’inspiration devra, par conséquent, se mesurer aucaractère gratuit et surnaturel de celle-ci. S’il en était autrement on courrait le risquede la réduire à une expérience religieuse, purement humaine, à la mesure den’importe quelle autre expérience profane ; les livres sacrés deviendraient la misepar écrit de l’expérience religieuse d’hommes extraordinaires, de génies religieux.Par l’Écriture, cependant, on constate que les auteurs sacrés, en grande majoritéfont partie des hommes normaux de leur peuple, sans qualification humaineparticulière pour l’accomplissement de leur mission prophétique et inspirée. D’unautre côté, en la mettant en relation avec la révélation qui se transmet au cours dutemps de l’histoire du salut, nous évitons le risque de comprendre l’inspiration d’unemanière mécanique (dictée mot à mot, ce qui ferait de l’auteur sacré un simplecopiste ou secrétaire), ou sous forme d’oracle selon le mode de la culturehellénistique (*). La chaîne de la transmission révélatrice jusqu’à la fixation enÉcriture inspirée est la négation la plus catégorique de cette façon de concevoirl’inspiration biblique.2. De plus, l’inspiration doit être comprise dans l’ensemble de l’action multiforme del’Esprit Saint dans l’histoire du salut et en harmonie avec ladite action. Un isolementde l’inspiration biblique, comme entité en soi, étrangère à toute autre activité del’Esprit est insoutenable. Le propre de l’inspiration biblique sera mieux et plusfacilement compris, si nous le plaçons dans le cadre de l’activité multiforme del’Esprit. Traiter l’inspiration biblique sans relation à la révélation historique revient àlui faire perdre sa généalogie et son identité de sens.
  32. 32. 3. L’inspiration est une vérité révélée par Dieu dans l’Écriture elle-même. Il suffit depenser à la conscience que les auteurs sacrés avaient du fait que l’Écriture est Parolede Dieu et, en tant que telle, est inspirée par l’Esprit Saint. Le Concile de Trente (Dz-Sch 1504), en la définissant comme dogme de foi, n’a fait que reconnaître ce quiapparaît clairement dans l’Écriture elle-même. La pénétration dans l’intelligence dudogme de l’inspiration se réalise à partir de la contemplation et de la réflexion ducroyant, mais surtout grâce à une expérience intime de l’inspiration elle-même aucontact de l’Écriture, sous la direction des Évêques, successeurs des apôtres dans lecharisme de la vérité.4. L’intelligence de l’inspiration en tant que mystère divin ne peut être menée à biensans les approximations analogiques avec les réalités de ce monde ou avec lesmystères entre eux (mystère de l’Incarnation, de l’Eucharistie…), comme aussi par sarelation avec la fin ultime de l’homme qui est le salut (Dz-Sch 3016). C’est uneexigence de l’entendement humain qui ne peut comprendre les choses invisibles etau delà des sens, si ce n’est par les visibles et les sensibles. Cependant, il ne suffit pasde savoir que la réflexion de l’Église s’est servie de l’image de la cithare, de la plume,de la dictée ou de l’auteur pour expliquer la nature de l’inspiration. Ce qui estintéressant surtout, c’est de capter l’étincelle de vérité que nous voyons derrièrel’image et d’en acquérir un certain concept. Il ne suffit pas, non plus, de voirclairement le parallèle établi entre le mystère de l’inspiration et celui de l’Incarnationou de l’Eucharistie. Il est nécessaire de découvrir et de conceptualiser la nouvellelumière que nous recevons dans la compréhension du mystère. Une plus grandeintelligence du mystère nous sera donnée par la connexion organique de cesétincelles dans lunité.a). Dans l’inspiration interviennent inséparablement trois facteurs : l’Esprit Saint quiinspire, l’homme qui reçoit l’inspiration, le texte sacré où se trouve mis par écrit ceque Dieu a inspiré. Une intelligence adéquate de l’inspiration devra toujourscomporter la présence des trois facteurs, même s’il est légitime de faire ressortir l’undans un cas et un autre dans un autre cas.b). L’action spécifique de l’Esprit Saint sur le texte sacré et celle de l’auteur humainsont passagères ; l’inspiration de la Sainte Écriture, en revanche, est permanente,fixe et immuable pour le bien de toutes les générations futures. L’écrivain n’est pastoujours en train d’utiliser la plume, en revanche la lettre écrite demeure. L’EspritSaint n’agit pas avec son action inspiratrice, comme auteur de l’Écriture, à chaqueinstant, puisque l’auteur humain a écrit le texte sacré dans un laps de tempsdéterminé. L’Écriture, au contraire, survit à l’auteur humain et continue d’existeraprès l’activité inspiratrice de l’Esprit Saint.
  33. 33. c). L’inspiration est entièrement une initiative de l’Esprit Saint, mais sans lamédiation humaine, le texte inspiré est impossible. Il s’agit d’une médiationnécessaire pour ne pas tomber dans un concept d’inspiration de type rabbinique,coranique ou d’oracle. Dans la compréhension catholique de l’inspiration, l’hommede Dieu, comme pont entre l’initiative de l’Esprit et le texte sacré, est un être qui agitavec « toutes ses facultés et talents » (DV, 11). L’initiative divine agit sur le textesacré, seulement comme révélation de Dieu et, exclusivement, par l’intermédiaired’hommes inspirés.d). L’élévation du texte au niveau du livre sacré et inspiré ne provient pas de lamédiation humaine, comme un génie religieux ou littéraire, mais de l’action del’Esprit sur l’auteur sacré pour qu’il écrive tout et seulement ce que Dieu veut.L’auteur humain, grâce à ses facultés et talents, pourra faire du texte sacré unmorceau merveilleux de littérature ou bien exprimer une expérience religieusesingulière et sublime, mais n’élèvera jamais ses écrits au niveau d’un texte sacré etinspiré, si ce n’est par une action surnaturelle de l’Esprit Saint sur lui.e). L’inspiration biblique est exigée par la révélation divine elle-même, par laquelleDieu entre en dialogue amoureux et sauveur avec le genre humain. Sans révélation,il n’y a pas d’inspiration ; sans inspiration, nous ne saurions pas exactement ce queDieu a révélé. Un texte écrit ne se crée pas à partir du néant. A proprement parler,ce n’est pas une création, mais une naissance. L’inspiration gratuite et surnaturellenaît de la révélation, surnaturelle et gratuite également.f). Dans l’inspiration biblique il est impossible de séparer la part de Dieu et la part del’homme. Tout le texte inspiré est œuvre de Dieu et de l’auteur sacré, bien que sousdes aspects différents. Le texte inspiré, en tant qu’il est et qu’il contient la révélation,a Dieu pour auteur. En tant que texte littéraire, médiateur de l’action de l’Esprit, ilest œuvre humaine.5. L’Église, se basant sur la révélation de l’Écriture, dans la réflexion pluriséculaire surl’inspiration, pour en défendre l’intégrité et la véritable nature, l’a définiedogmatiquement et l’a précisée en tant que concept, repoussant des positions etdes interprétations erronées qui se sont succédées à travers les siècles.Ci dessous sont indiquées les plus importantes :a). Dieu lui-même, l’Esprit lui-même, est l’auteur de l’Ancien et du NouveauTestament (contre les manichéens et tous les mouvements religieux dualistes), (EB28, 30, 57, 77, 125, 200).
  34. 34. b). Tous et chacun des livres de la Bible chrétienne sont inspirés. De même, lescanoniques et ceux qu’on appelle deutérocanoniques (contre les protestants). (EB83, 85, 124, 202).c) Contre les modernistes (*), l’Église s’est vue obligée à défendre l’inspiration totaleet intègre de l’Écriture (y compris ce que les modernistes appellent des erreurs). (EB193, 210).Chapitre 4Le canon de lécritureLa Bible est un livre inspiré parce qu’elle a Dieu comme auteur et qu’elle a été écritesous la motion de l’Esprit Saint. Il est clair que l’inspiration ne provient pas del’homme, ni même de l’Église, mais que l’inspiration est un don surnaturel de Dieu àl’Église et, à travers Elle, à l’humanité pour qu’elle trouve dans l’Écriture inspirée sonchemin de salut. Devant l’Écriture inspirée surgit dans l’esprit humain une série dequestions. Comment l’homme sait-il qu’un livre est inspiré ? Comment connaîtrequels sont les livres inspirés par Dieu ? Pourquoi ces livres, et non d’autres, sont-ilsacceptés par l’Église comme sacrés ? Le canon de l’Écriture essaie de donner uneréponse à ces questions : tous et seuls ces livres-là, ceux que l’Église reconnaîtcomme norme et règle de la foi et de la vérité salvatrice, sont inspirés. L’Église nemène pas cette opération de façon arbitraire mais, au contraire, par l’application decritères tant internes qu’externes, par lesquels il lui est permis de discerner et dedécouvrir la règle de la foi et de la vérité dans un livre déterminé, comme dans unmiroir.I. Introduction.II. Formation du canonIII. Le dogme de la canonicitéIV. Les critères de la canonicité.APERÇUS.- Pourquoi les églises chrétiennes évangéliques n’acceptent-elles pas tous les livresqui sont dans la Bible catholique ? L’étude du processus historique dereconnaissance de la canonicité des écrits sacrés vous donnera la réponse.
  35. 35. - Tous les livres de la Sainte Écriture ont-ils la même importance ? S’il en est ainsi unprincipe de l’AT devrait avoir la même valeur qu’un principe du NT.MOTS CLEFS :Canon Livres canoniquesI. INTRODUCTION1) Nécessité du canon bibliqueLa fixation du canon biblique a constitué un besoin pour l’Église. En premier lieu, ilétait nécessaire de le faire à cause de l’universalité de l’unique Église. Pour maintenirune même règle de foi dans toutes les églises disséminées sur la terre il étaitindispensable de disposer d’un même canon. Face aux hérétiques (*) qui avaientfréquemment recours à des livres « secrets » (apocryphes) (*), il était en tout pointnécessaire de délimiter clairement les livres normatifs de la foi, en les distinguant den’importe quel autre, fut-il apocryphe ou non. En ce qui concerne le judaïsme aveclequel elle entra en polémique maintes fois, l’Église dut réaliser deux opérationsdifférentes :a) Établir le canon chrétien de l’Ancien Testament.b) Fixer les Écritures chrétiennes, non en concurrence avec l’Écriture juive, maiscomme son complément, son perfectionnement et sa plénitude.L’existence même d’Écritures chrétiennes dénote la conscience lumineuse qu’avaitl’Église primitive de ce que Jésus était le Messie attendu, préfiguré et prophétisédans la Bible hébraïque, de ce que Jésus était la plénitude de la révélation de Dieu.Avec le temps, cette conscience amènera l’Église à distinguer entre AncienTestament et Nouveau Testament, en soulignant la continuité par le nom(Testament), mais également l’originalité et la nouveauté de l’Écriture chrétienne(Nouveau).2) Terminologie.a) Canon, canonique, canonicité.
  36. 36. Canon : étymologiquement, le mot canon semble provenir du terme grec canon quisignifie « mesure ». Avec le temps, canon s’est converti en critère de la vérité d’uneaffirmation ou mesure, norme ou règle de quelque chose.Jusqu’au IIIe siècle, il n’y a pas d’usage explicite du terme appliqué à la SainteÉcriture, même si on présuppose que le contenu de la règle de foi était éminemmentbiblique. C’est au IVe siècle que le terme « canon » commence à prendre le sens decatalogue normatif des livres inspirés. Saint Athanase, peu après 350, dit que le «Berger d’Hermas ne fait pas partie du canon » (EB 15). La raison en est que ce termeexprime précisément le caractère de norme fondatrice, c’est à dire le contenuobjectif des livres inspirés comme norme de la vérité chrétienne.De canon dérive canonique, terme utilisé pour la première fois au Concile deLaodicée de Phrygie (ca 360). Au canon 59, on établit que «dans l’assemblée on nedoit pas réciter des psaumes privés ou des livres non canoniques, mais seulement leslivres canoniques du Nouveau et de l’Ancien Testament ». Les livres canoniques, parconséquent, en viendront à recouvrir l’ensemble des livres qui donnent la norme dela foi de l’Église. La canonicité, d’autre part, serait cette qualité de l’Écriture Saintepar laquelle celle-ci se constitue comme norme, règle, canon de la foi et de la vie duchrétien.Livres canoniques (canon de la Bible) : ce sont la collection de livres de l’AT et du NTrecueillis par l’Église, parce que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieucomme auteur et, par conséquent, sont normatifs de la foi.b) Proto et deutérocanoniques.Sixte de Sienne, dans les années postérieures au Concile de Trente, a introduit unedistinction entre les livres de l’Écriture, entre les protocanoniques et lesdeutérocanoniques pour distinguer les livres acceptés par les réformateurs de ceuxqu’ils n’acceptent pas. Nous pouvons dire que les livres protocanoniquescorrespondent à ceux qui ont été acceptés comme canoniques depuis toujours etsans discussion par toute l’Église, par contre, les deutérocanoniques sont ceux dontla canonicité a fait l’objet de quelques discussions.
  37. 37. c) Apocryphes et pseudo-épigraphiquesÉtymologiquement, le terme «apocryphe » signifie chose cachée et désignait enprincipe ces livres que l’on destinait à l’usage privé des adeptes d’une secte. En cequi concerne les livres canoniques, on appelle apocryphes ceux qui ont été rejetéspar l’Église comme non canoniques même si, parfois, certains Pères et écrivainsecclésiastiques ont pu les considérer comme canoniques. Ces livres sont appeléspseudoépigraphiques par les protestants.II. FORMATION DU CANONÉtant donné que l’AT s’est progressivement formé au cours des siècles et que le NTcorrespond à une période de 70 ans, le caractère canonique des différents écrits n’aété découvert et ne s’est imposé que peu à peu dans la vie du judaïsme et de l’Église.Tenant compte, par ailleurs, de ce que le canon passe par des vicissitudes différentespour les juifs et pour les chrétiens, nous devons les analyser séparément. Parconséquent, nous développons le sujet sur les points suivants :1) Formation du canon dans le judaïsme.2) Formation du canon de l’AT dans le christianisme.3) Formation du canon du NT.1) Formation du canon dans le judaïsmeDans Ex 31-32, la Loi se présente comme un texte écrit normatif du peuple d’Israël.La Torah ou Pentateuque sera, donc, le premier ensemble de livres qui sera acceptécomme canonique. Cependant, dans ce processus de la formation du canon juif, letexte le plus significatif est constitué par le prologue du Siracide (ou Ecclésiastique),écrit pour la traduction grecque vers l’an 130 av JC. Il parle de «la Loi, les Prophèteset les autres (écrits) qui suivent » par l’intermédiaire desquels «nous ont étécommuniqués de nombreux et grands biens » et un peu plus loin il se réfère à la Loi,les Prophètes, et les autres livres de nos Pères. Il est clair qu’avec le mot Loi, il seréfère au Pentateuque, tandis que lorsqu’il parle des Prophètes, il s’agit sans doutedes Prophètes antérieurs (Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois principalement,
  38. 38. même si d’autres livres peuvent être inclus) et des prophètes écrivains. Le groupedes "écrits" paraît être encore ouvert. Sous le nom d’Écrits on doit mettre lesPsaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques et l’Ecclésiastique ; peut-êtreaussi le livre de Job.Pendant le 1er siècle il ne semble pas exister un canon fixe de la Bible hébraïque,même si on accepte comme livres sacrés la Loi et les Prophètes, à côté de quelquesÉcrits, en particulier les Psaumes. La nécessité d’un canon normatif s’est vueaccélérée par la destruction du Temple de Jérusalem en 70 ap JC, qui a provoquél’urgence d’une cohésion qui maintiendrait la propre l’identité juive et desdiscussions internes au sein du judaïsme, entre les pharisiens et les sectes juivesd’inspiration apocalyptique. L’acceptation, par les chrétiens, de la Bible des Septante(*) a probablement été l’ultime motif pour que les juifs limitent le canon de l’AT auxlivres les plus anciens et seulement à ceux qui de fait circulaient alors dans leurlangue d’origine hébraïque ou araméenne.2. Formation de l’AT chrétien.Comme nous l’avons vu, l’Église n’a pu recevoir de la Synagogue un canon de l’ATdéjà fixement établi. Considérons donc le processus de la formation du canonchrétien de l’Ancien Testament.a) Les Pères de l’Église.L’Église naissante hérite de la communauté juive d’une série de livres sacrés dont laliste n’était pas définitivement close. L’Église se posa le problème du canon et réalisaun grand effort d’éclaircissement et de fixation des livres sacrés de l’AT.Les Pères Apostoliques (*) qui les citent selon la version grecque des septante,paraissent être familiarisés avec les deutérocanoniques de l’AT, mais ils citent aussiquelques apocryphes, ce qui permet de penser que le canon proprement dit n’estpas encore fixé. Origène, par exemple qui vécut entre le IIe et le IIIe siècle, sait trèsbien que quelques livres utilisés comme Écriture existent dans l’Église, mais qu’ilsn’appartiennent pas au canon juif.Origène, comme beaucoup d’autres Pères, distingue deux groupes de livres : celuides apocryphes, qu’il considère comme utiles, mais que l’on doit utiliser avecbeaucoup de précaution ; et celui des livres scripturaires qui comprennent la Biblehébraïque et les deutérocanoniques, même si ces derniers ne sont pas lus par l’Égliseet ne font pas, non plus, l’objet de commentaires. Rufin d’Aquilée les appellera livresecclésiastiques.b) Le Magistère de l’Église
  39. 39. Avec le décret «pro Jacobitis » du Concile de Florence (1441), l’Église adopte uneposition claire sur le canon qui sera ultérieurement défini, «une fois pour toutes »,par le Concile de Trente (1546), contre les réformateurs protestants qui se basaientsur le principe de la «solaScriptura » et avaient opté pour le canon juif. Le texteproclame ainsi « …on juge opportun d’ajouter au présent décret le catalogue deslivres sacrés, pour que nul ne puisse hésiter sur ceux qui sont les livres reconnuscomme sacrés par le Concile lui-même » (Denz-Hun, 1501). Postérieurement VaticanI se référa au Concile de Trente (EB 77) et la Constitution «Dei Verbum » de Vatican IIne fait pas autre chose que de citer Vatican I (DV, 11).3. Le canon du Nouveau Testament.A l’époque apostolique on ne peut proprement parler de livres canoniques,puisqu’elle correspond à la période de leur composition. On peut affirmer qu’à la findu 1er siècle, il existait une collection d’épîtres pauliniennes, dont l’importance nousest inconnue. En outre, les quatre Évangiles, bien que destinés à des communautésparticulières, avaient acquis une importance singulière et étaient conservés parcequ’ils provenaient des apôtres ou de leurs disciples, ou à cause du prestige de lacommunauté à laquelle ils étaient destinés (Antioche, Rome, la Grèce, Éphèse).Finalement, se crée peu à peu une conscience canonique à l’intérieur des écritsnéotestamentaires eux-mêmes (cf. 2Pi 3, 4-16 ; Ap 1, 1-3 ; 22, 18-19).Dans la vie et la conscience de l’Église est apparu, peu à peu, le concept de«Nouveau Testament ». Saint Justin témoigne de la lecture des Évangiles dans laliturgie eucharistique à côté des écrits des prophètes. Méliton de Sardes parle desécritures juives comme de l’AT, donnant à entendre implicitement qu’il existe déjàun NT. Enfin, vers la fin du IIe siècle, Tertullien fut le premier à employer l’expressiondu NT pour désigner les écrits chrétiens sacrés.Lorsque la tradition orale commence à devenir incertaine, incontrôlable etmanipulable par les hérétiques, s’impose la nécessité d’écrits qui transmettentfidèlement cette tradition. Ce phénomène se vérifia dans la seconde moitié du IIesiècle. Les mouvements hérétiques (*) durent influer notablement sur l’accélérationdu canon dans l’Église : Marcion (*) avec son rejet de l’AT et avec la réduction du NTaux 10 épîtres pauliniennes et à l’Évangile de Luc ; le montanisme (*) avec sonextension de l’inspiration à tout chrétien qui dans l’Église s’ouvrirait à l’Esprittoujours agissant, s’appuyant sur Jn 14, 16-26 ; 15, 26 ; 16 12-15.5.L’apparition des premières listes fut décisive pour la constitution du canonnéotestamentaire. Outre celle de Marcion, déjà mentionnée, la plus ancienne est leFragment muratorien, qui représente l’emploi du NT à Rome, à la fin du IIe siècle (EB
  40. 40. 1-7). Ensuite viennent les listes d’Origène et d’Eusèbe de Césarée. En Occident, leslistes d’Athanase, d’Augustin, des conciles d’Hippone et de Carthage certifientl’unanimité des Églises, qui offrent déjà un canon complet. Cette liste sera confirméepar le concile de Florence et définie par le Concile de Trente.III. LE DOGME DE LA CANONICITÉ« Si quelqu’un ne reçoit pas ces mêmes livres dans leur intégrité, avec toutes leursparties, pour sacrés et canoniques, comme on a coutume de les lire dans l’Églisecatholique et tels qu’on les trouve dans l’édition de la Vulgate ; s’il méprise depropos délibéré les traditions susdites, qu’il soit anathème » (Concile de Trente-session IV cf EB 79).1. Il s’agit d’une véritable définition dogmatique, car elle déclare anathème celui quin’accepte pas le contenu du paragraphe. La formule employée ici : « Si quelqu’un…qu’il soit anathème » était le propre de l’époque pour exprimer la volonté de définirun dogme de foi.2. Dans le texte, on définit le caractère sacré et canonique des livres mais non leurauthenticité ou leur pureté d’origine ? La qualité des auteurs des livres n’est pasdéfinie. Un clair indice en est le changement effectué, par rapport au concileflorentin, lorsqu’on nomme les auteurs des Évangiles. On ne dit pas «Évangile deMarc ou de Matthieu» mais «selon Marc ou selon Matthieu ».3. L’expression «livres dans leur intégrité, avec toutes leurs parties». « Livresintégraux » veut dire tous et chacun des livres énumérés, sans aucune exception etsans aucune addition. « Avec toutes leurs parties » fait allusion à ces fragmentsparticuliers par exemple de Marc, Jean, Luc dont on doutait de l’authenticité.4. « comme on a coutume de les lire dans l’Église catholique» ? On fait mention enpremier lieu, de l’usage pluriséculaire du canon biblique dans l’Église, comme le meten évidence l’histoire même de la formation du canon. La lecture des livres est,avant tout, la lecture liturgique, mais aussi la lecture théologique et la lecturespirituelle. Au Concile de Trente on donne un caractère officiel à la Vulgate, mais cene fut pas dans l’intention des Pères d’éliminer n’importe quelle autre traduction oule recours à l’original hébreu ou grec.
  41. 41. 5. En définissant le caractère sacré et canonique de tous les livres contenus dans laBible, le concile désire affirmer, d’une certaine façon, que tous les livres jouissent dela même valeur et de la même autorité. Si le Christ est la plénitude de la révélation,les livres où on nous parle de la vie, de la doctrine et de la personne du Christoccuperont la première place dans une hiérarchie d’autorité. Ensuite, viendront ceuxqui, d’une manière ou d’une autre, ont une relation directe avec le Christ (le restedes livres du NT). Le troisième rang dans la hiérarchie est occupé par les livres de l’ATqui enseignèrent et annoncèrent le Christ.IV. LES CRITÈRES DE LA CANONICITÉLa formation du canon a montré que la fixation et la reconnaissance définitives decelui-ci de la part de l’Église, n’a pas été une tâche facile et simple. Cependant, unechose est la formation, une autre la réalité du canon. Chaque livre sacré estcanonique dès l’instant même où il est définitivement fixé par écrit. L’ensemble de laBible jouit de canonicité lorsque le dernier livre qu’elle contient a été mis par écrit.Le processus pour reconnaître la canonicité de ces livres a été lent, parfois un peucomplexe dans les facteurs qui sont intervenus, mais sûr parce qu’il a été guidé parl’assistance de l’Esprit Saint. Le même Esprit qui a inspiré les Écritures a assistél’Église pour les reconnaître comme inspirées.Entreprenons maintenant d’exposer les différents critères auxquels l’Église a eurecours dans la formation du canon biblique, critères qui doivent être vus commeinstruments dont l’Église s’est servie, des uns parfois, des autres d’autres fois, pourdécouvrir et fixer le mystère de la canonicité. Parmi eux, cependant, certains ont uneimportance majeure : l’usage liturgique, l’orthodoxie (*) et l’origine mosaïque ouapostolique. Puisque le canon est typiquement chrétien, voyons séparément lescritères appliqués par l’Église à l’AT et ensuite au NT.1. Ancien Testament.a) Premier critère : La Bible des septante (LXX). Il est indéniable que, lorsque lechristianisme s’est ouvert à la gentilité et à la culture hellénistique, l’Écriture juiveutilisée par les premiers chrétiens fut le texte grec des Septante (LXX). Pourtant,dans la Bible des LXX sont inclus aussi bien les livres proto que les livresdeutérocanoniques de l’AT. L’usage officiel et public de la Bible grecque a guidél’Église dans le discernement du canon vétérotestamentaire.

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