Tree of live

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un regard sur Tree of life de Terrence Malick

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Tree of live

  1. 1. The Tree of Life a comblécetteattente. Car cet hymne à la vie met en parallèle une histoirede l’humanité et la vie d’une famille emblématique de l’Amérique des années 50 –considérée comme un véritable jardin d’Éden, sans doute parce que Malick y était lui-mêmeenfant –, vivant à son échelle les bonheurs et les vicissitudes de toute famille biblique ethumaine. Comme Adam et Ève, cette famille a trois fils, qui tiennent les rôles d’Abel, Caïn etSeth, et comme elle, va être chassée du paradis.Plus descriptif que narratif, plus métaphysique que romanesque, et pourtantautobiographique, ce film se veut une méditation mystique, qui entend dépasser le débatentre évolutionnistes et créationnistes. Terrence Malick, professeur de théologie et dephilosophie au MIT, traducteur de Heidegger, s’inspire de la Kabbale, pour laquelle tout estné de la lumière ou plutôt d’une énergie jaillissante unique, qui se déverse de vase en vase,se coagule de plus en plus dans des mondes successifs. L’Arbre de Vie, mentionné par laGenèse en 2, 9, est aussi celui qui symbolise dans la Kabbale les lois de l’univers et leprocessus de création qui met en œuvre, dans le Macrocosme de l’univers et dans lemicrocosme de l’être humain – rigoureusement homologues –, les énergies ou puissancescréatrices émanant du Créateur.Car pour le Zohar, œuvre principale de la Kabbale, la Genèse ne raconte pas lecommencement temporel de l’histoire, mais transmet l’intuition ontologique du passage del’Infini, sinon directement au fini, du moins à la « transparence ». Réduisant le concret desanecdotes à des fonctions abstraites ou transcendantes, ses textes évoquent unearchitecture spirituelle à l’image de l’Homme, par un véritable anthropomorphismecosmique. C’est exactement ce que Terrence Malick traduit en images de synthèse, lesurgissement de la vie, puis la naissance de l’humanité, processus dont la Genèse est laversion mythique.On suit donc l’évolution depuis le Chaos, avec les dinosaures, l’apparition de l’homme, sonadaptation et la découverte du mal, inhérent au projet de Dieu, comme le souligne enexergue la citation de Job : « Où étais-tu quand je jetais les fondations de la terre ? » (Job,38, 4). Comme Adam, Job aussi perd tout, et la famille symbolique du film incarne sa révolteet son acceptation de la volonté divine, après avoir perdu l’un de ses fils et ses moyensd’existence. Enfin les séquences finales montrent, en images indistinctes et ralenties, larésurrection, la réunion de ceux qui avaient été séparés et le Paradis retrouvé.La voix off du narrateur, plus omniscient que Dieu lui-même – invention biblique majeurequi a influé sur toute la technique narrative ultérieure – domine le film, dont l’interprétationn’est pas réaliste, mais distanciée parce que symbolique. Les trois enfants sont excellents.L’aîné est interprété à l’âge adulte par un Sean Penn tourmenté, tandis que Brad Pitt joue lerôle du père, « répressif par nature » selon le cinéaste, parce qu’il incarne l’autorité
  2. 2. formatrice des patriarches, tandis que son épouse (Jessica Chastain) fait ressentir latendresse active des mères de la Bible.On peut certes rester extérieur à cette fresque presque abstraite, à cette saga initiatiquedont les clefs sont pourtant données par le réalisateur dès le titre : il ne faut pas chercherd’intrigue dans ce film, mais se laisser entraîner au rythme d’une cosmogonie mystique,d’une odyssée de l’espèce, dont chaque personnage est une vivante allégorie. L’ampleur dela vision, traduite en images grandioses, est soulignée par la musique inspirée d’AlexandreDesplat, mais surtout par la Moldau de Smetana, le Requiem de Berlioz, la premièresymphonie de Mahler, la quatrième symphonie de Brahms, la Toccata et fugue de Bach…Conjuguant son autobiographie rêvée avec le mythe de la Genèse et son interprétationmystique, plus admissible sur le plan scientifique, Terrence Malick a subjugué le public parune œuvre de pure poésie. Ode symphonique à la vie sur Terre, ce film sur l’immanence dusacré et l’intuition humaine de la transcendance, est d’une ambition inouïe, mais s’avère à lahauteur de cette ambition, comme l’a reconnu le jury du 64e Festival de Cannes.Le nouveau film de Terrence Malick, The Tree of Life, attendu si longtemps, sort enfin sur lesécrans français après sa présentation à Cannes. Prévu pour le festival à Cannes de 2010, iln’a été montré par la suite ni à Venise, ni à Berlin, ni à Londres. Rien d’étonnant que latension montât. Les cinéphiles se perdaient en conjectures d’autant plus que le cinéaste,tout au long de sa carrière, a crée le mythe d’un créateur peu prolifique mais génial. Il aréalisé seulement cinq films depuis 1973. Chacune de ses œuvres marque l’histoire ducinéma par une vision inspirée, très personnelle, voire audacieuse. Malick a le couraged’atteindre certains registres de sensibilité esthétique, émotionnelle et spirituelle, ce qui leplace à la marge du monde contemporain. Il est frappant que ces mêmes registres soientacceptés et assimilés dans la musique et contestés dans le cinéma, qui subit une pressioncommerciale qui exclut un ton plus élevé, méditatif et poétique.Malick compose un requiem qui est paradoxalement un hymne glorifiant la vie. Cettesolennité est son choix artistique et correspond à sa quête spirituelle authentique. Certainsposent cependant la question : est-il sublime ou grandiloquent ? Il suffit pourtant de penserà l’histoire de l’art, et surtout à celle de la musique, pour constater que certains sujetsrequièrent un style soutenu. Le cinéma devrait se situer dans cette riche tradition etdévelopper sa palette d’expression. Malick n’a pas peur de l’élan wagnérien. Livré à laméditation métaphysique, doté d’une sensibilité morale aiguë, enivré par la splendeur du
  3. 3. monde et désespéré par sa corruption, il revient à l’arbre de vie pour troubler l’âme, la fairepleurer, dire sa soif de pureté, de beauté, l’essence de la vie dans son exubérance.La narration s’ouvre par une voix d’enfant chuchotant une prière, illuminée d’une imageabstraite, une sorte d’interstice embrasé dans le ciel. Dans tous les films du réalisateuraméricain, la voix d’un enfant donne aux histoires leur profondeur candide et les renvoie àl’innocence primitive. Cette voix revient tout au long du film, elle évoque Job, le malheur etle mal, la faute et la culpabilité, la nostalgie du bien absolu. Les chants religieux récurrents etles cloches rythment le récit. Bien que l’œuvre de Malick soit imprégnée de spiritualité, ellene se réfère pas aux symboles religieux, sauf à l’allégorie de Job, dans les scènes à l’église oudans les citations musicales. Malick n’a d’aspiration ni moraliste ni didactique. Il est fidèle àla voix intime issue des origines, de l’enfance et du Paradis. Le drame se déroule parmi deshommes ordinaires et touche plus les cœurs et les consciences qu’il ne développe depéripéties. Les protagonistes sont confrontés à de larges espaces où l’âme cherche sesracines. Dieu est invisible, pressenti et proche, perdu malgré tout par l’homme qui, secouépar la souffrance, a besoin de le retrouver.Le héros habillé en tenue impeccable (Sean Penn), enfermé dans d’énormes cages de verre,des buildings d’une grande métropole, au sommet de sa réussite professionnelle, subit unecrise intérieure dans ce monde artificiel et stérile. Ces images appuyées sur des élémentstrès rudimentaires, montrent surtout un état intérieur dans un décor moderne où seul le cieloffre un horizon de liberté, un souffle de vie. Des yeux égarés, des déambulations entre desétages de bureaux impersonnels, des fonctionnaires en uniformes, sans nom, tout ce mondeanonyme exhibe le désastre humain et donne l’ampleur de la perdition.A partir de ce moment se développe une rétrospective, le retour à l’enfance.L’histoire de Malick est très épurée, voire schématique. Des événements à peine esquisséssont les moments cruciaux pour le cœur de l’enfant. Instants presque banals de la viefamiliale, jalousie envers le frère, révolte contre le père. Le cinéaste revient à la simplicité deson premier film, Balade sauvage (1973), comme s’il cherchait à dépouiller l’anecdote oumême à s’en débarrasser pour en tirer l’essence philosophique. Ce n’est pas dans l’anecdotemême que se place la valeur attrayante de ce film. Rien de plus ordinaire que la vie d’unefamille typique au Texas dans les années cinquante, une opposition entre un père violent(Brad Pitt) et un fils révolté, une mère douce et sensible (Jessica Chastain). Même dans ceschéma familial, Malick ne porte pas de jugement. Ses personnages sont divisés, déchirés,l’ambition et l’autorité mises en question. Chacun y a sa part de faute comme une erreurinévitable. Le père regrette sa dureté, le fils est égaré dans l’amour pour son père, alors qu’ille déteste. Entre violences, regrets et jalousie, les cœurs vacillent et cherchent leurpurification, plongent dans la nostalgie d’un monde immaculé.Cette nostalgie se nourrit de somptueuses images de la nature vierge, du Paradis. Dans tousles films de Malick, de grands plans jouent un rôle important mais, jamais comme dans cedernier film, l’image de la nature n’atteint un tel degré de beauté frôlant l’abstraction.L’artiste se délecte de perspectives grandioses du ciel, des galaxies, des montagnes, de lamer démontée, des volcans. Ces images progressent avec la musique (Brahms, Mozart,Bach, Górecki, Preisner…). Plus qu’une démonstration esthétique ou une illustration, le
  4. 4. rythme symphonique de ces passages entraîne dans la contemplation de la beauté quiprovoque la catharsis.Bien qu’appuyé essentiellement sur les images, le talent du cinéaste se révèle iciproprement musical, c’est-à-dire attaché aux canons de la musique classique etcontemporaine réservés aux grands thèmes religieux. L’image, la musique, la prière sontcomme les moyens d’accéder à un monde supérieur où l’homme peut retrouver toute sanoble dimension humaine. Malick donne ce pur plaisir de plonger dans la beauté visuellesoutenue par la musique. Ces amples vues cosmiques, où apparaissent les galaxies aussiénigmatiques et enivrantes que les cellules et les veines du corps, montrent la vie dans touteson étendue, dans sa richesse perçue comme une ouverture vers la divinité.Sur cet horizon gigantesque se déroule une petite histoire avec une maison comme noyauintime, secret, avec ses objets familiers, ses moments de bonheur, ses violences, sestroubles ; développement progressif de chacun à travers les drames, les larmes, la mort,l’abandon. Jamais, dans l’œuvre de Malick, la sublimation esthétique n’a été aussi célébréeet osée. L’artiste répond ici aux exigences de son talent et ne recule pas devant uneexpression élevée et vaste, guidé par un rythme musical large, symphonie, hymne, messe,épopée, allégorie biblique. Il est plus proche de la poésie et du rêve que de l’examen de laréalité, de l’analyse psychologique. Son tempérament se prononce décidément commephilosophique et visionnaire. Il sait que la grandeur du questionnement moral correspond àun mystère qui dépasse l’homme. Il sait que l’homme, pour découvrir son humanité, ne peutéchapper à ce dialogue pathétique avec l’Univers et ses origines. Le mal qui ronge le cœurde l’enfant, ce trouble au départ banal ressemble à une éruption de volcan, il a son germedans l’histoire très ancienne du monde, dans la formation de l’Univers. La naissance de lavie, autant que la naissance du mal, ne peut être considérée que dans cette mesure géante.Là, l’homme perdu se construit et se cherche, animé par la soif de la pureté originaire.Le film, grâce à sa beauté et à l’accent mis sur des sentiments tourmentés, porte une fortecharge émotionnelle. Les larmes y sont comme une expiation. Les larmes, la beautéplastique, autant que la musique, forment un fond hypnotique qui provoque une émotionlibératrice. Soit on se laisse entraîner par l’atmosphère et le rythme de l’ensemble, soit on yrésiste. C’est pour cela que la critique du film est si difficile et loin d’être objective. L’œuvrede Malick s’adresse à une certaine sensibilité peu courante aujourd’hui, non atteinte parl’ironie, le pragmatisme et la distanciation.Comme Tarkowski, Malick compose son journal intime, livre son âme, assoiffée du beau etdu bien. C’est un homme inconsolé qui retourne obsessionnellement à l’idéal. Ce côtéidéaliste de ses films peut, lui aussi, s’exposer à la critique. Mais Malick n’a pas honte de diresa quête spirituelle élémentaire, grandeur aujourd’hui oubliée et gênante

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