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Complexite&confiance 010304

  1. 1. CONFIANCE ET COMPLEXITE Jean-Louis LE MOIGNECette note reprend le script d’une conférence donnée sous ce titre au COLLOQUE « Du Mépris à laConfiance, de nouveaux comportements pour faire face à la complexité » ,script publié initialementdans les actes de ce colloque organisé par lUniversité de Technologie de Compiègne (TSH/IDTH) ;Actes publiés en 1991 par lUTC sous la direction de G. Le Cardinal et de J.F. Guyonnet.. Je lereprends quinze ans après en apportant quelques compléments et précisions de forme, sans toutefoisatténuer le caractère ‘oral’ de son style, de façon à suggérer au lecteur le contexte dans lequel cettediscussion fut introduite. Les travaux et études sur la confiance se sont développés ces dernièresannées, et il m’a semblé qu’il apportait un éclairage original susceptible de contribuer modestement ànotre intelligence collective de cet étrange phénomène humain : la Confiance Cest avec beaucoup de plaisir que jal reçu cette invitation de nos amis de lUniversitéde Compiègne me suggérant de développer une réflexion sur un sujet auquel, jen conviens, jenavais pas beaucoup réfléchi : La conjonction de deux concepts jusqu’ici rarement associés :la confiance et la complexité. Après tout, ce concept de confiance nest pas un concept très universitaire.Ceux dentre vous qui sont familiers avec ce milieu savent que la confiance nest pas une deses vertus favorites. Je crois que je métais un peu résigné à ce que cela reste un concept moralmais pas très scientifique. Pourtant en voyant lacharnement de nos collègues de l’UTC, envoyant qu’ils avaient réussi à mobiliser des matières grises de telle qualité, je me suis ditquaprès tout ils avaient peut être raison de me faire réfléchir. Je vous soumets bien modestement mes réflexions en mexcusant davance ducaractère académique de mon propos. "Mais cest le contrat". Je suis là dans la situationconfortable de luniversitaire qui na pas à être concret, à avoir les mains dans la boue. Jai ledroit de me promener dans lordre des concepts : Il est vrai que de temps en temps, il nest pasdésagréable de faire cela aussi pour ne pas mourir idiot : Privilège des universitaires ?La complexité du concept de confiance: multidimensionnel, récursif et téléologique. Merci donc de votre indulgence. Laissez-moi commencer par une boutade qui annoncema conclusion un peu paradoxale : En réfléchissant sur la complexité de la confiance, je vaisvous proposer davoir confiance dans la complexité. Ce qui peut-être vous paraîtra quelquepeu provocant. Partons au ras du sol: la confiance quest-ce que cest? Pour linstant cest un conceptqui, sil est merveilleux dans son usage courant, "Jai confiance". "Tu nas pas confiance",nous échappe dès quon veut chercher à le cerner et le définir. Dune façon très étonnante. Ilpart dans toutes les directions. Je nal pas eu le temps de reprendre un dictionnaireétymologique pour fouiller, mais jai rassemblé quelques mots qui me passaient par la tète àpartir de sa traduction anglo-saxonne qui nous emmène vers la confidence. Jusquà son autretraduction anglo-saxonne qui nous emmène vers la fiabilité en passant par les fiançailles,voire la croyance.
  2. 2. Un concept multidimensionnel Je vois déjà apparaître bien des connotations des dimensions que nous associonsvolontiers à ce concept de confiance et ceci mamène tout de suite à prendre conscience de sapremière caractéristique qui est dêtre ce que nous appelons un concept multidimensionnel :Cela constitue à la fois une richesse et une difficulté car il ne sera pas réductible à une bonnecomposition. Lorsque je lisais les travaux de nos amis et que je les voyais introduire unconcept potentionnellement mesurable de « degré de confiance » je mapercevais tout de suitequon ne peut pas additionner des degrés de confiance pour avoir la confiance résultante etquon ne peut pas non plus multiplier : Quand on les multiplie, on ne sait pas ce que çadonne !Un concept récursif Un concept donc qui va dans tous les sens, qui nest pas linéaire, qui nest pas aisémentcombinable : on nest pas très à laise pour sen servir. En plus, cest peut-être plus grave, cestun concept récursif, cest-à-dire un genre de concept que les scientifiques occidentaux etfrançais en particulier, naiment pas du tout parce quil désigne deux choses à la fois : Ildésigne à la fois le résultat de laction et laction elle-même. Cest à la fois, en jargon un peumathématique, un opérande et un opérateur. ‘Désolé. - vous dira t-on : si cest un opérande,cest un opérande et ce nest pas un opérateur et réciproquement’. Or là, on est en présencedun quelque chose qui est à la fois une action (On ‘fait’ confiance à une personne et on agiten conséquence) et son résultat (La confiance, cest le résultat dune interaction : On ‘a’confiance). Enfin bref, on est dans une situation à nouveau bien désespérante pour les ‘bons’raisonnements du bon logicien. Nous sommes tellement accoutumés à sans cesse disjoindrepour bien raisonner, à diviser "en autant de parcelles quil se pourrait" comme nouslenseignait Descartes. Mais avec cette fichue confiance, dès que je veux la diviser. elleméclate dans les mains, ou plutôt elle ne se laisse pas découper en morceaux. Elle est doncdélicate à manipuler.Un concept téléologique Enfin cest un concept qui sentend dans le temps. Ce nest pas un concept qui aléternité pour lui, si vous mautorisez lexpression. Il nest pas comme Dieu. I1 nest pas lemême hier et demain. Il se transforme minute après minute. Il nest intelligible que dans untemps historique. Il est irréversible. Si je définis aujourdhui la confiance dune relation,. ladéfinition que je devrais en donner dans une heure, dans un jour, ne sera pas tout à fait lamême. Je pense en plus que ce concept nest intelligible compte tenu de son irréversibIlité,non pas dans une théologIe mais dans une ou des ‘téléologies’. Autrement dit, cest unconcept qui a bien peu de chance de se laisser inscrire dans un quelconque déterminisme oudans un quelconque causalisme. Il nest intelligible que pour des systèmes qui se veulent non seulement finalisés maisfinalisant, qui se produisant eux-mêmes leur irréversible intention de devenir. Voilà unetroisième richesse certes, mais aussi troisième difficulté pour le bon logicien, pour de bonsraisonnements, pour la bonne présentation académique, pour le bon règlement intérieurd’entreprise. La confiance appartient à ces concepts qui postulent une telle richesse, un telfoisonnement, qu’ils échappent au code usuel volontiers pratiqué en Occident etparticulièrement en France depuis deux siècles. Tout cela contribue à faire de la confiance unconcept passablement complexe et quon ne manipule pas très aisément.La confiance: un objet ou un projet ?
  3. 3. Voyons des typologies classiques pour entrer en la matière. La confiance a-telle réalitéen soi? A t elle statut ontologique? Est-ce que cela existe? Est-ce que, quand je passe un coupde couteau au travers de la confiance, il y a du sang qui coule, ou est-ce que cest simplementun concept, une représentation, une des créations de lesprit? Je peux les transpercer, lestronçonner dans tous les sens, cela ne fera de mal à personne. Autrement dit : Est-ce que laconfiance existe en soi ou est-ce quelle nexiste que par moi qui en parle ou par vous qui enparlez? Autrement dit encore, nest-elle nest pas propriété du sujet, tout à fait exclusivementdu sujet qui en parle. A la lim1te. nest-elle nest pas partie prenante du projet du sujet quisentretient de cette confiance? Est-ce qu’elle a réalité objective? Je serais tenté de répondre non, mais si je réponds non, ce que je vais faire dailleurs,vous voyez que je membarque dans une difficile aventure. Cela pose la question suivante entermes universitaires: « Quest-ce que je vais pouvoir enseigner sur cet objet qui na aucuneréalité?» Et quest-ce que le chef dentreprise ici, le directeur dhôpital ou de clinique là, vabien pouvoir postuler sur cette chose qui nexiste que dans sa tête et que chacun va traiter enlui-même. Il reste que malgré tout, ‘degré de confiance’ ici, ‘intervalle de confiance’ là, on atenté vaille que vaille de se fabriquer une représentation de la confiance comme quelquechose qui existerait en soi, quon pourrait diagnostiquer, mesurer, quon pourrait aborder aumoins en le simplifiant. Cest lattitude habituelle de lexercice cognitif appréhendant unphénomène quon saisit mal. « Commençons par simplifier » ! Edgar Morin dirait:"Commençons par mutiler ! " Comme cela, on espère trouver scientifiquement ce que loncherche.Raisonner logiquement sur la confiance ? Voyons alors ce que cela donne à peu près:Soit deux acteurs : Appelons les L et C comme tout à lheure. Considérons leur relation. Jereste ainsi dans le schéma que nos amis nous ont proposé ce matin. : -Zéro. Cest simple. cest clair. cest net. il y a confiance. - Un. Il ny a pas confiance.Et si vous me dites : Eh bien, cest un peu simpliste, je vous répondrais que je dois raisonner.je dois raisonner sur du simple, sur du clair, sur du net. : Il y a confiance. il ny a pasconfiance. Dans ce cas là, je vais pouvoir exercer quelques raisonnements. Je dispose en effetdun appareil intellectuel qui sappelle en gros la logique formelle avec ses nombreuxdéveloppements, qui va me permettre de manipuler le concept sur des modèles dont je saisquils sont simplifiés, mais sur lesquels je raisonne faute de mieux. Cela va me conduire sansarrêt à voir le monde, à voir les relations entre les acteurs, entre les entreprises, entre leshommes, ou en situation de compétition, ou en situation de coopération.: Et je vais minterdiretoute autre situation que dêtre dans létat zéro ou dans létat un, dans létat ‘confiance’ ou danslétat ‘méfiance’ ; Dans létat ‘compétition’ ou dans létat ‘coopération’. Et cela va très loin. Jai pris conscience que dans les facultés déconomie où jenseigne,les économistes depuis longtemps ne savent présenter un discours sur les phénomèneséconomiques quen termes de compétition. I1 y a, je crois, beaucoup de responsablesdentreprise dans la salle. Ils savent comment on nous fait marcher avec le critère de lacompétitivité, au fouet même ! "Regardez-moi un peu cette compétitivité française qui sedégrade ! Regardez les Japonais et faites comme eux. A nous la compétitivIté !". On ne nous dit plus jamais "coopération" : Coopérez, coopérez, coopérez avec lesJaponais au lieu de lutter contre. Je ne dis pas que cest bien pou que cest mal. Jobserve lesconséquences enchaînées de ce modèle. Nous nous sommes habitués à nous fabriquer ces
  4. 4. représentations binaires parfaitement bien argumentées (par un axiome bien formulé parAristote qui ne sen servait au demeurant que dans quelques cas très particuliers, trèsspécifiques) ; représentations binaires qui ont envahi la pensée et le raisonnement occidentaldepuis un siècle et demi surtout. (L’inventeur de l’algèbre booléenne intitulait son Traité « leslois de la pensée », 1854) On vous a appris que vous raisonnez bien lorsque vous raisonnez dela façon suivante: Si A est B et si B est C alors A est C... Vous vous souvenez: "Socrate est unhomme" ; les hommes sont mortels: donc Socrate est mortel". Vous avez bien appris cela. ?Qui connaît les trois axiomes du syllogisme parfait ? Mais ce que lon ne vous a pas dit, c’est que pour que cet énoncé soit acceptable, ilfallait que vous postuliez que A soit ou vrai ou faux. A est ou vrai ou non vrai, mais il ne peutpas être autre chose que vrai ou non vrai. Il ne peut pas être autre chose que ou vrai ou faux.Donc, ou vous êtes en compétition, ou vous êtes en coopération ; Ou vous êtes en confianceou vous ny êtes pas. Voilà un ‘Modèle’, une ‘Vision du monde’, une ‘Logique Infernale’ ! Jevais jusquà prétendre avec perversion que cet axiome est caché. Je ne vois pas un enseignantdepuis cinquante ans qui enseigne dans aucune école française les trois axiomes du syllogismeeffectivement formulés par Aristote, axiomes sur lesquels repose la logique formelle; Jaienvie de dire que cest pourtant la seule logique enseignable, en tout cas enseignée. Sesconséquences se développent dans tous les enseignements occidentaux et français enparticulier. Mais on ne nous apprend plus les axiomes fondateurs, on est supposé les savoir:Ils sont câblés dans notre patrimoine génétique !Laxiome du Tiers Exclu exclut la confiance Ma thèse est quon les apprenait avant. Quand on fait lhistoire de lenseignement, onvoit bien quau 18° et au 19° siècle, on insistait sur ces axiomes: Ceux dentre vous qui ont lula Logique de Port Royal’, savent le gros effort qui était fait alors pour voir sur quoi on poseles pieds avant de commencer à raisonner. Nous, le savons-nous ? Cette logique a commeconséquence que lon ne sait pas quon sappuie sur "laxiome du tiers exclu", mais on raisonnetout le temps en sy référant implicitement. Si vous me permettez une incidente (mais cela mabeaucoup frappé en réfléchissant avec quelques collègues sur les dramatiques phénomènesdexclusion que nous passons notre temps à vivre dans- nos sociétés occidentales etdèveloppées), je mapercevais que si ce concept dexclusion. (que jentends sous le sens delexclusion sociale, immigrés, pauvres. etc. ..) se développe si spontanément, cest parce queon trouve normal quun énoncé soit ou vrai ou faux, quil soit débile ou quil ne le soit pas. Cemode de raisonnement existe, ce nest pas un péché, cest du ‘bien raisonné’. Et toutsenchevêtre à partir de là. On a un peu oublié cet axiome. A ma connaIssance. il nest pasécrit au livre un de la genèse; "Au commencement Dieu créa la vérité et le mensonge. Pointfinal. Avec la forme simple pour tout énoncé dêtre ou vrai ou faux". C’est peut-être nous quInous lavons rajouté : Et finalement quand on regarde bien, il ny a pas tellement longtemps :Deux ou trois siècles. Et ne chargeons pas Aristote du pêché, car il ne se servait pas tellementde cet axiome du syllogisme parfait qui l’embarrassait plutôt. Il lui permettait daller vite dansquelques cas. Alors basculons de lautre coté. Si au lieu dentendre la confiance comme unphénomène en soi, je lentends comme un phénomène intelligible par le sujet qui en parle ouqui la considère ou qui réfléchit sur elle ou qui cherche à lévaluer, alors nous sommes enprésence dune nouvelle représentation, dun médium et dun medIa. On se représente quelquechose qui na peut-être pas de réalité, mais dont on se fait une image, un dessin, un schéma,une symbolisation, prenez le mot que vous voudrez. A priori restons simplement sur le petit
  5. 5. modèle introduIt par nos amis, la représentation minimum que je peux me faire de la relationentre L et C. Cest L qui cause à C pendant que C cause à L et que L et C se causent à eux-mêmes.Je reprends métaphoriquement ce schéma (qui est le logo du colloque). Mais du coup, vous levoyez, il est indébrouillable. Pourtant il est à peu près intelligible. Je veux dire que quand nosamis nous ont présenté ce schéma ce matin, on na pas eu le sentiment quon ne comprenaitpas. Cela nous est apparu à peu près intelligible. Certes les matheux parmi vous se disaIent:"Pour mettre cela sur un système déquations un peu manipulable, jaurai du mal" . Mais pourles autres, ceux qui ne sont pas matheux, eux avaient le sentiment de pouvoir comprendre. Ceque ne disait pas beaucoup le schéma, cest quelque chose de très important qui est rajouté endessous: Cette confiance dans la relation entre deux acteurs. Cest nous qui nous lareprésentons comme un phénomène avec mémoire, comme un phénomène mémorisant. Il alieu dans le temps, mais il nest pas étranger à ce qui sest fait avant. La façon dont Il sestdéveloppé avant affecte la façon dont i1 va se développer demain.Confiance: communication ET cognition. Le symbole gui se produit lui-même Communiquer cest nécessairement co-mémoriser et ce processus de construction demémoire échappe, jen conviens à la quasi totalité des formalisations que nous construisonsde lorganisation, de lhomme, de la société, etc. .. qui sont en effet fort durs à manipuleraisément avec une schématique simplette. Pourquoi nous interdirions-nous de les considérerpuisque après tout, nous les comprenons. Autrement dit nous venons de nous apercevoir quesi nous parlons de confiance, nous parlons dun quelque chose que nous ayons, nousdélibérément produit à laide de lartifice le plus fascinant que lesprit humain ait produitdepuis pas mal de milliers dannées, à savoir: le symbole. Ces représentations, les mots par lesquels on les dit, les dessins par lesquels on lesdessine, le petit schéma de nos amis, cette symbolique que vous ninterprétez pas tousexactement de la même façon, va avoir mille allures différentes, que nos amis évoquaient toutà lheure. Lorsque nous entendons : « Jai senti dans le regard… », il a un ‘presque rien’ ouun ‘je ne sais quoi’ qui appartenait à la communication, mais pas à son modèle formel, quinétait pas peut-être pas la réalité elle-même. Cétait l’ineffable ‘éclat dans le regard’, ou milleautres détails, mille autres perceptions, représentations symbolisations, que nous fabriquons etqui n’existent, fugacement que pour nous.Confiance, de la Logique à la Pragmatique. Autrement dit, la confiance nest pas un concept froid quon peut manipuler comme ça.Cest à la fois de la forme et du fond. Cest à la fois du signe et de la signification. Lorsque LeCardinal disait en présentant ce modèle tout à lheure: ‘Pour linstant. il est sans sémantique’ ilajoutait :"Aussi longtemps quil reste sans sémantique, on ne peut rien en faire". Il nadintérêt, il ne nous est appréhendable, que chargé de sens, même si ce sens est ambigu,confus, brouillon, enchevêtré. On ne peut pas lappréhender autrement. Eh bien acceptons-le !Ce qui veut dire, en effet : Ce nest plus de la bonne logique classIque du zéro et du un. Noussavons après tout que nous pouvons fort raisonnablement aujourdhui associer pragmatique etsémiotique: Je ne vais pas me lancer dans un cours sur les scIences de la communIcation. Mais Jetiens pour un des péchés de notre communauté francophone le fait que nous ayons traduitlouvrage anglais intitulé "Pragmatique de la communication" par le titre "Logique de lacommunication". En faisant ce malheureux petit geste, l’éditeur et ses traducteurs ont induitdes centaines et des centaines derreurs dans leur communication. Tout simplement parcequon ne sait pas fabriquer les mots pour le dire, parce que "logique" ça faisait plus
  6. 6. scientifique, alors que "pragmatique" on ne sait pas bien encore ce que cest ! Et pourtant cestbien cela qui était en jeu. Alors au lieu de manIpuler des logiques qui ne savent se servir quedu "ou", apprenons donc à fabriquer des raisonnements qui nous apprennent à nous serviraussi du "et". Restaurons notre capacité à relier. à associer. à con joindre. à considérer "à la fois".Bref. si vous my autorisez, tâchons de nous inventer quelques modes de raisonnementsconstruits sur ‘un axiome du tiers inclus’ (ou plutôt ‘à chercher à inclure’), si nous voulonspouvoir réfléchIr en raison gardant, jinsiste, en raison gardant, réfléchir sur la confiance.Les représentations de la confiance : Diplomatiques ou Théâtrales Je vals commenter ceci par un schéma de plus. Si nous convenons du fait que lorsquenous allons réfléchir, considérer, travailler, élaborer sur la confiance, nous nallons pastravailler sur quelque chose qui existe indépendamment de nous. Nous allons travailler sur desconstructions, sur des constructions symboliques, sur des représentations. Je dirais tout àlheure - la moitié dentre vous aura peur du mot - sur des "modèles". (Cest affreux "modèle"parce que ça détruit toute la poésie, tout le charme, toute laffectivité de la relation). Maisgardez médiation, gardez symbolisation, tous les mots que vous voudrez. : Un artifice hors denous, qui nest pas nous et qui est pourtant produit par nous, qui est manipulable, qui estintelligible", qui est complexe, qui est irréductible à vue simple et qui pourtant témoigne denotre bonheur dun vers ou dune phrase, notre émoi dune touche picturale ou dune harmoniemusicale. Nous savons que nous pouvons représenter même lineffable. Pensez à ce paradoxeétonnant. On représente bien un concerto de Mozart avec simplement cinq lignes, desblanches, des rondes et des croches et ça marche très bien. Après tout on peut représenterquelque chose daussi ineffable que la confiance avec quelque chose qui peut être du genredes blanches, des croches et une portée de solfège. Je ne vais pas vous conseiller de faire cela.Mais ce que je voulais mettre en valeur, cest que ce sur quoi nous allons réfléchir, cest un‘tiers’. Quelque chose qui nest pas nous, qui est entre lhypothétique confiance et nous, entrelui et moi, entre la perception et la conceptualisation, entre le faire et le comprendre, entrel’expérience et la conscience.Un axiome du tiers cherché Il y a cet artifice sur lequel nous pouvons raisonner : la confiance. Et lidée que je valsargumenter et illustrer va être 1a suivante : Si nous la voulons complexe, nenfermons pasnotre intelligence de la confiance ou de la méfiance dans 1es relations entre les acteurs autourdu seul concept de communication. Il existe, cest vrai, une section du Conseil Supérieur desUniversités qui rassemble les chercheurs et les enseignants en sciences de la communication.II nen existe pas encore qui rassemble les mêmes dans une section qui serait les sciences de lacognition. Je ne crois pas quil faille souhaiter deux sections rivales. Ce que je vais vousinviter à faire, cest à réfléchir au fait que nous pouvons décider de ne pas les disjoindre, de nepas oublier le fait quil nest pas de communication sans cognition. (Bien sûr, cest horrible cemot cognition, cela fait froidement scientifique : Vous, vous pensez "Amour », vous pensez‘Tendresse’, vous pensez ‘Affectivité’, et moi je vous réponds ‘manipulation de symboles etcomputation, feed back et autres concepts bien desséchés, bien aigris). Il reste que c’est cette capacité que nous connaissons tous de nous construire desimages, des représentations, et à les manipuler pour en produire dautres images dont nousdéclarons quelles nous rendent intelligents, quelles nous permettent dinventer des actionsauxquelles nous navions pas pensé, quelles nous permettent de comprendre les exposés deMonsieur Vanier ou de Monsieur De Bourbon Busset, de nous représenter la main qui ne setendait pas tout à fait, et qui nous permet de fabriquer dautres images, dautres
  7. 7. représentations. Assumons la cognition dans sa fantastique diversité. Intégrons lacomplètement, associons-la. conjoignons-la, dans linteraction de la communication. Etcessons davoir dans nos entreprises, ces responsables de la communication qui ne sont pasco-responsables de la cognition dans lentreprise, ou bien sûr réciproquement.Concevoir la confiance, plutôt que l’analyser Je ne vais pas me lancer dans un long développement. Mais cest cette interaction.,cette interdépendance "communication-cognition" qui va nous permettra dentendre larichesse de la confiance. Connaître, cest quoi? Cest construire des représentations, desreprésentations de notre communication. La confiance nest intelligible que dans le faire, quedans laction, que se faire soit de type ‘praxis’ ou qu’il soit de type ‘poïésis’. Nous pouvons réfléchir la confiance dans la communication en cessant de disjoindre lafaçon dont lacteur réfléchit et la façon dont lacteur communique. Ce ne sont pas deuxmoments différents de son action. Ce ne sont pas deux critères dévaluation différents. Nouspouvons les manipuler lun et lautre même si cela rend la chose un peu plus difficile. Alorspour comprendre cette confiance complexe, ne pouvons nous nous lancer dans cet exercice dereprésentatIon, de symbolisation, dans cet exercice de conception de ce qui nexiste pasencore, et que pourtant nous trouvons. Est-ce que vous ne trouvez que ce serait une très belledéfinition pour la science? "Concevoir ce qui nexiste pas encore et pourtant le trouver", aulieu de nous acharner à analyser ce qui existe et banalement le décrire. Quand vous pensez à la communication, et cela passionne la plupart dentre vous ici,cela nexiste pas. Encore une fois quand vous passez un coup de couteau au travers, il n’y apas de sang qui coule. En revanche, vous la concevez et à force de la concevoir, vous finissezeffectivement par la construire. Bien ou mal, mais cest une autre histoire. Acceptons ce jeu:notre capacité à symboliser va peut-être nous y aider.La Parabole de la gestion intelligente des carrefours. Je vais, dans un deuxième temps, essayer dillustrer maladroitement mon argumentavec une petite parabole que mes collègues et moi avons élaborée, il ny a pas longtemps, pourréfléchir à lorganisation des entreprises complexes et qui ma semblée pertinente pour rendrecompte de la confiance dans la communication entre les acteurs. Il sagit de la paraboleclassique de la gestion des carrefour. Voici un carrefour routier et voici la situation que prévoyait le code de la route lorsquequatre voitures, quatre acteurs dans cette organisation, se présentent simultanément aucarrefour. On est dans la situation type où la confiance va être en jeu et le code de la routeavait dailleurs tout à fait prévu ce quil fallait faire. Il avait prévu une organisation simple quipostule la confiance entre les acteurs et qui est relativement onéreuse: Il faut le temps pourchaque acteur de sortir, de faire la causette avec les trois autres (cela s’appelle ‘délibérer’)etde revenir à la voiture. Cest de plus risqué, parce quil y a toujours bien sûr la grande gueulequi ... Mais enfin cest cela qui était prévu et, mon Dieu, tant quil ny a que quatre voitures parjour sur ce carrefour, cest tolérable. Ainsi, on a un mode de relation qui est vraiment fondé sur la coopération confianteannoncée par le règlement. Mais cette solution sest avérée si dramatique dans sa gestionquotidienne que les gens se sont dits : "Puisque ça ne peut pas marcher, ce nest pas de la fautede la technologie, cest parce que je ne peux pas avoir confiance dans les hommes. Les autressont tous des méchants, des bêtes, des brutes. Il ny a quun seul moyen de sen tirer, cest demettre des chefs". Et on a mis un chef quon appel1e une ‘boîte de commande’, et depuis on
  8. 8. sen trouve tous très bien, vous comme moi. Ca consiste à installer un boîtier de commandesqui régule la circulation en réglant les feux de signalisation, rouge – vert, et bien quaucunevoiture ne passe dans ce sens là, eh bien vous êtes là à attendre, parce que le feu est au rouge.Quel gâchis économique global ! Pensez au million de voitures qui ne bougent pas alorsquelles pourraient bouger parce quil ny a pas de voitures dans lautre sens. Quel formidablegâchis de par lunivers ! Mais, postulant une absolue méfiance vis à vis de ces êtres humainsabsolument incapables de sauto réguler, on a donc inventé lorganisation hiérarchique. On afabriqué un niveau du dessus auquel on a confié toutes les tâches cognitives. Cela obligeseulement le conducteur à observer le feu et à passer si cest vert: il ny a pas à réfléchir. Il nefaut pas se demander si cest malin ou si ce nest pas malin ! Cest une situation bête etméchante. Si japplique cela aux entreprises, je vais être désagréable pour leurs chefs, je lecrains. Aussi je vais remplacer les entreprises par les universitaires, cest moins risqué ! Cestla situation de la quasi-totalité des membres des systèmes universitaires français, il y aprobablement quelque part, on ne sait même plus où dailleurs, quelques régulateurs super-puissants sensés nous dire "marche" ou "recule" ou "avance" ou "dépêche toi". Cette façon defaire repose sur lhypothèse que je nai pas confiance. Non seulement je nai pas confiancedans les acteurs, mais je nai pas confiance dans leur intelligence. Je pars de lhypothèse quilsvont sûrement nier le bénéfIce de lorganisation ; Ils vont sûrement chercher à compliquerlaffaire ; Alors tant pis, ça va me coûter très cher, mais je vais créer un système qui pourramarcher quand même, fondé sur la méfiance, fondé sur lautorité, fondé sur le "mépris". Leboîtier, même si cest un ordinateur qui est dans la salle de commandes, est présumé mépriserles braves PDG qui sont au volant de leur voiture puisqu’il sait leur donner lordre et ilsobéissent, de fonctionner et de ne pas fonctionner. Ce mode de communication là est institutionnel, il nous est familier : Nouslacceptons. Il est vrai pour les feux rouges. Il est probablement vrai ailleurs, dans lesentreprises. Il est quand même dune économie douteuse, il a tout de même la conséquenceaffreuse que surtout si vous roulez de nuit où il y a vraiment personne, vous allez mettre uneheure pour faire ce que vous feriez habituellement en quarante minutes. Donc ce nest pas siéconomIque que ça. Il est au moins aussi risqué que lautre, car comme le dit le mauvais coucheur, qui veutgriller les feux rouges, ‘ce nest pas le feu rouge qui lempêchera de passer’.L’invention d’un tiers : le Giratoire Alors il sest passé un curieux phénomène,i1 ny a pas très longtemps: les uns disentque ça vient de lEurope: les autres disent que ça vient de lAngleterre ? On a inventé lecarrefour avec rond-point qui sappelle officiellement "le carrefour à leuropéenne". Ceuxdentre vous qui ont roulé dans dès carrefours aménagés à leuropéenne, ont été frappés par sarelative efficacité économique. Cest vrai la fluidité globale du trafic ralentit. On est tousobligé de ralentir quand on aborde le carrefour. Il y a une fontaine ou des murailles au milieuqui nous force à ralentir tous. Nous forçant à ralentir tous, il nous oblige à faire marcher notretête. On a le temps de regarder ce qui vient à droite, à gauche, à comparer, à estimer ladistance du prochain, de celui qui vient, de celui qui va. On est en quelque sorte obligé dêtreintelligent, obligé dexercer nos fonctions cognitives. On peut les exercer de façon perverse.Je ne fais pas de jugement moral. Jobserve simplement que linstitution m’oblige à êtreintelligent. Je ne peux pas aller tout droit, et même si je voulais faire le tour des boulevards,pied au plancher, en ignorant les feux, je ne peux pas ici. Je suis obligé de ralentir: Il y a unmur devant mol. Ayant ralenti je vais avoir le temps de réfléchir: Cela vaut peut-être le coupque je pile parce que ça vient à droite ou que ça vient à gauche? A priori, on nest pas tousravi;. On a rajouté une règle morale, mais la règle nest que morale. Elle na dinfluence que
  9. 9. pour votre assureur. Elle ninflue pas tellement sur votre comportement effectif. La règle estdonc dinstaurer la priorité à gauche. Mais intuitivement s’il n’y avait pas la règle, je pensequon se comporterait quand même intelligemment, parce que on se rend bien compte que il ya plutôt intérêt à laisser le rond point se désengorger si on veut que ça circule ailleurs.La mémorisation de la communication, condition de la confiance Donc au total. lexpérience le prouve abondamment, ça ne se passe vraiment pas mal.Il est vrai que linstitution sest payé un dispositif qui postulant une confiance dans les acteurs,ceux-ci ne vont pas chercher systématiquement à boucher le carrefour: postulant leurintelligence, postulant leur capacité cognitive capable de sexciter, capable de sactiver,pendant quils entrent dans ce réseau complexe de communication non verbale à létat pur. Jene sais si vous navez pas été frappé par le fait quon na pas beaucoup de moyens decommunication entre deux voitures, en dehors du bras d’honneur quon sort par la fenêtre. Ceserait peut-être une idée à donner aux constructeurs de voitures: mettre des clignotantslumineux avec des systèmes de codes comme: "je te dis merci pour mavoir laissé passer". Parla présence de ce médium, de ce tiers, de cette injection forcée rajoutée au carrefour. Lecarrefour est beaucoup plus compliqué, il est plus dur à construire, il est un peu plus cher. Sonorganisation est plus complexe. Lorsquil y a un acteur de plus. il ralentit tout le monde.Cest typiquement ce quil ne faut pas faire pour avoir de la bonne productivité.au sens traditionnel du mot: Or cet obstacle a été rajouté délibérément. Il incite chacun à faireun peu marcher sa tête. Au total, vous me direz ça aurait pu ne pas marcher. Mais compte tenu des expériencesaccumulées en Europe, apparemment ça marche effectivement: Il y a sur ces carrefourssensiblement moins d’accidents dune part, et les écoulements de trafic avec les formations debouchons sont relativement diminués aux moments plus ou moins critiques. Alors méditonssur l’intervention de ce tiers dans la relation entre les acteurs. Ce tiers quI postulelintelligence du comportement des acteurs. Il ne sagit plus dune intelligence en dehors quiest intelligente pour eux et à leur place, quI cogite pour eux la façon de conduire leurcommunication. La charge cognitive de la communication est renvoyée sur les acteurs defaçon obligatoire. Il n’a pas le choix. La métaphore du carrefour avec giratoire est intéressante mais dans la réalité Je nevous propose pas dinstaller une grosse pomme entre vous et moi pour quon se parle par-dessus, ou pour que je sois obligé den faire le tour. En revanche je peux dIre: "Cetteorganisation va veiller à ce que la mémoire des communications des relations de ces acteursentre eux et avec leur environnement soit une partie prenante essentielle". Pour se causer, onva être obligé de se souvenir quon sest déjà causé, quon a déjà ensemble élaboré des projets.quon a déjà eu tel type dincident. On va en effet ralentir. On ne prendra pas nos décIsions àla Lucky Luke. Comme ces nouveaux managers américains, des supers stratèges qui prônent"La stratégie de la vitesse". Celle du manager qui tire plus vite que son ombre et qui a déjàracheté trois filiales et deux sociétés sans savoir pourquoi ! On voudrait tout de même quil réfléchisse un peu ! En plus ça ne lui ferait quandmême pas de mal. Même si ses stratégies précipitées sont bonnes.L’intelligence de la confiance permet la confiance en l’intelligence Alors ne pouvons nous réfléchir aux conditions dans lesquelles dans lacommunication, nous pouvons introduire ces tiers symboliques, ces tiers symbolisant quiseront souvent en effet laccumulation des représentations, éventuellement culturelles, quenous nous sommes créé dans nos relations.
  10. 10. Tiers qui vont viser à non plus disjoindre mais conjoindre "communication etcognition", qui vont faire que les acteurs communicants seront contraints, ou plutôt serontfortement incités à se servir de leurs capacités cognitives. Il y a peut être à partir de cettemétaphore, une veine de réflexions que je vous propose de mobiliser et qui va me conduire àma conclusion. Dabord paf une phrase dun laïque que j"aime bien, un laïque un peu agressif.du début du siècle, un grand pédagogue quand même. Jean Guéhenno : "Croire àl’intelligence de lautre, cest la faire naître et la développer ; La nier, cest la détruire". Tous ceux dentre vous qui sont professeurs, qui enseignent ou qui ont enseigné, voientassez bien ce que je veux dire. La tentation quon a de dire à lautre. "Mais ce que tu es bête".est forte. II faut se souvenir de ce petit bout de phrase de Jean Guéhenno. "... La nier cest ladétruire". Je ne peux pas vous faire la preuve que cet énoncé est vrai. Mais expérimentalementje crois quon peut assez légitimement largumenter. Autrement dit, paradoxalement, cest denotre confiance en lintelligence autant que de notre intelligence de la confiance, dont il vaêtre question. Je men tire en men excusant auprès des animateurs. Ils me demandaient deparler de la confiance et je vous parle de lintelligence. Mais je ne suis pas si sûr que ça que cedétour soit stérile. Intelligence, entendu en effet dans son sens le plus riche.Une épistémologie de la confiance complexeEt ceci mamène à conclure de façon plus épistémologique, voire philosophique. II est vraique nos modes de transmission, capitalisation, appréciation. Evaluation, de nos connaissanceset donc de nos cultures en Occident au moins, et en France en particulier, méritent qu’on lesreconsidère à partir de ce changement de paradigme. (Je dis en France en particulier parceque, pour mêtre promené de lItalie aux Etats-Unis en passant par la Suède, je ne sens pas celaailleurs avec la même intensité), Ces mode de production de connaissances actionnables sontsouvent encore marqués par le fait que nous considérons quil nest pas bien de raisonnerautrement quen distinguant le bien du mal, le vrai du faux, et en disant dailleurs que le biencest le vrai et que le faux cest le mal, ce qui est incidemment une approximation sémantiquepassablement hasardeuse et hâtive. Cette espèce de brutalité qui fait quau moyen-âge on avait inventé le purgatoire pouressayer de mélanger un peu les deux entre lenfer et le paradis. Hélas, peu après. Descartesnous a proposé de diviser les problèmes en autant de parcelles quil se pourrait. Et ensuite on aeu Auguste Comte ! Auguste Comte pèse aujourdhui beaucoup plus sur notre façon deraisonner à la fin du 20ème siècle que la quasi-totalité des philosophes occidentaux que vouspouvez me citer, en particulier en France. Il en est probablement au moins un parmi vous quiconnaît quelquun qui a contribué a faire instituer par la République Française en 1977. un"Institut Auguste Comte pour les Sciences de lAction ». Cet Institut a eu quelqucs heures degloire et a mobilIsé un bon paquet de millions. Comme par hasard on l’avait installé 1 RueDescartes. Vous voyez ? (Connaissez-vous une des causes plausibles du miracle italien? Voussavez. ces italiens qui sont incapables de se gouverner, qui sont toujours en pagaille, toujoursen grève, et qui pourtant ont une économie florissante et plein dinventions: C’est peut-êtreparce que le Polytechnico di Milano a pour adresse « Piazza Leonardo da Vinci", alors que enFrance, lEcole Polytechnique de Paris a pour adresse « Rue Descartes »). Nous vivons de loppression de ces épistémologies de la disjonction, du bien penser’qui consiste dabord à découper et à séparer, qui consiste dabord à exclure le tiers et àéliminer ce quil y a entre le vrai et le faux. Ce mode de pensée va renvoyer la confiance dansle champs de lirrationnel. On vous dira là : Très bien, vous pouvez y aller, cest laffaire desecclésiastiques et des bonnes âmes, ce nest plus dans lordre du rationnel. Cest dans lordre duspirituel, de lirrationnel de laffectif. Mais nous, on nest plus concerné par ça".
  11. 11. Ce nest pas moi qui al dit cela. Je souligne seulement le fait que nous avons cetteimage qui sest plus ou moins imposée à nous. Je pense que, sil est vraiment important que lespirituel nous relance et nous ré interpelle, ça ne sera pas seulement dans le champ delaffectif et du spirituel ou de lirrationnel, mais aussi dans le champ du rationnel.La confiance et lInvention: « Rien nest donné. Tout est construit » Ce nest pas parce que Descartes ou AugusteComte et quelques autres lont écrit, ni parce que Frege et Russell ont fabriqué une logiquedes prédicats qui est très belle, quon est pour autant contraint. Après tout, dans notre histoire,de Vinci à Vico, il est bien dautres façons de raisonner. Mais qui parmi nous lit Jean-BaptisteVico qui écrivait en 1708 un "discours de la méthode des études de notre temps" qui étaitdestiné à contrer le discours de la méthode de René Descartes, explicitement: "Ce cher Renése trompe". Cest Vico qui parle, que nous avons réussi à occulter à plusieurs reprises. Chaque foison essaye de le ré exhumer. Relisons Vico, ça nous fera du bien; P. Valery plus proche denous, mais nous commençons à le lire. G. Bachelard, J. Piaget, H. A. Simon, E. Morin. Jevous cite un peu les auteurs qui nous aident beaucoup aujourdhui et qui tous nous ramènent àla même idée; mais puisque nous pouvons, pour reprendre le mot de Vinci "fonctionner dansce deuxième univers naturel. celui de l’esprit, celui de la représentation, celui du ‘disegno’ oùnous pouvons inventer à linfinI, sans aucune limitation, pour conjoindre, pour imaginer. Nouspouvons imaginer par exemple cette solution quaucune logique naurait jamais permisdinventer et qui me servira de métaphore finale, la façon dont à son honneur, je crois, legouvernement de la République Française a, non pas résolu, mais a reposé dans des termesdifférents la situation dramatique de la Nouvelle Calédonie en 1988 . Car enfin, essayez devoir sur un problème de maintien de lordre la rationalité qui vous conduit à mettre un franc-maçon, un pasteur et un èvëque dans un avion pour résoudre le problème. Vous pourrez leprendre par tous les bouts : je vous mets au défi de me démontrer le syllogisme qui vousconduira de l’énoncé A à l’énoncé B. Et pourtant ça marche. Et quest-ce que ça veut dire queça marche? Ca voulait probablement dire que lon avait postulé quelque chose qui était danslordre de la confiance. La confiance des caldoches et des canaques dans les francs-maçons,les protestants et les curés. Symboliser, inclure le tiers, pour nous aujourdhui nous forcer mentalement àraisonner correctement. à "raison garder". En conjoignant dabord au lieu de disjoindredabord. Cest peut-être la condition par laquelle nous apprendrons à re finaliser lacommunication en nous aidant, sans naïveté aucune, à la rendre à la comprendre à lentendre,parfois confiante.
  12. 12. * Tous droits de reproduction réservés. Ce texte est publié dans les actes du colloque "Dumépris à la confiance. Quels changements de comportement pour maîtriser la complexité?"organisé par lUniversité de Technologie de Compiègne (TSH/IDTH) ; actes publiés en 1991par lUTC sous la direction de G. Le Cardinal et de J.F. Guyonnet.** Professeur émérite à lUniversité dAix-Marseille III.

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