Conscienceetineffable

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Conscienceetineffable

  1. 1. LINEFFABLE ET LA CONSCIENCE:SUR LA MUSICALITE DE LA PAROLE ET DU GESTE. Jean Vion-DuryUnité de Neurophysiologie et Psychophysiologie, Pôle de Psychiatrie Universitaire, HôpitalSte Marguerite (CHU), 13009 Marseille.Institut des Neurosciences Cognitives de la Méditerranée (UMR-CNRS 6193)Chercheur associé au Centre de Recherches en Epistémologie Appliquée (CREA CNRS 7656)Ecole Polytechnique, Paris. 1
  2. 2. Résumé.Pour des raisons d’ordre philosophique, la linguistique s’est tournée vers une analyse structurale et logico-symbolique du langage. Cette approche a favorisé une conception de la pensée basée sur des processus dereprésentation et de computation. Cependant la mimogestualité ainsi que les phénomènes prosodiques fontintervenir d’autres modes d’interactions entre des interlocuteurs. Cet article analyse les liens entre d’une part laprosodie et la mimogestualité relative au discours en acte et d’autre part la notion centrale de geste dans lamusique. Il met l’accent sur la notion « d’affects de vitalité » et sur l’importance probablement déterminante dela conscience pré-réflexive dans ce qui, dans le langage, est ineffable.Summary :Due to philosophical reasons, linguistics has developed a structural , logical and symbolic approach of language.This choice has facilitated a conception of mind based on both representation and computation processes.However, gestures, face and body motions and prosody associated to speech involve other interaction modesbetween interlocutors. This paper analyses the link between both prosody, face and body motions and gesturesin speech and, in other hand, the musical gesture which appears to be central in music. This paper emphasises thenotion of “vitality dynamics” and pinpoints the critical importance of pre-reflexive consciousness in theineffable which is present in speech. 2
  3. 3. I) Une introduction philosophiqueAborder le problème conjoint de l’ineffable et de la conscience à propos de la musicalité de laparole et du geste, c’est s’aventurer sur des chemins mal balisés, à la périphérie de ce queThomas Kuhn (1983) appelle la science normale. Or la science normale fonde le plus souventses hypothèses et ses expérimentations sur l’amoncellement de résultats préalablementobtenus et insérés dans un paradigme donné, sans que celui-ci ne soit questionné quant à sonfondement philosophique.Prendre les chemins de traverse, explorer la jonction de champs disciplinaires variés nesemble pouvoir se faire sans remonter à la source de la science standard, et sans en réaliserune épistémologie critique. En d’autres termes, explorer des champs disciplinaires limites nepeut se construire que sur une réflexion philosophique (et non plus sur des amoncellements dedonnées empiriques) qui prend du recul par rapport aux fondements philosophiques implicitesou explicites de la science normale. C’est pourquoi nous commencerons cet article par cetteintroduction philosophique.A) le regard égaré .Selon Jean François Mattéi (2007), l’Occident, dans sa recherche d’une explication du monde,a posé sur celui-ci un regard réflexif. Cette attitude exceptionnelle dans le monde del’Antiquité, associée aux spécificités de cette autre culture du pourtour méditerranéen qu’estle judéo-christianisme (Athènes, Rome et Jérusalem, donc) a conduit l’Europe à développerun mode de pensée au centre du duquel se trouve la raison, c’est à dire le rapport (ratio)mathématique et logique entre les choses. Pour cet auteur, la culture européenne s’estconstruite à partir de trois commandements : « la persistance d’un regard dirigé vers lelointain, le culte de l’abstraction issu de la visée théorique de l’âme et l’éloge de l’infini portépar une attente messianique » (p.31). Dans cette Europe1, dont l’étymologie grecque elle-même a à voir avec l’œil et le regard (opsis), la téoria, contemplation des spectacles dumonde fondatrice de cette civilisation conduira à une position particulière qui cherche l’idéetranscendante de tout objet, dans un regard d’emblée universel et abstrait portant sur lemonde, sur la cité et sur l’âme elle même. Or ce regard critique et distancié, formidablemoyen de connaissance de monde parce que donnant le goût du dépassement vers un autreque soi, s’est selon Jean François Mattéi progressivement dévoyé, en perdant notamment lacapacité d’assumer ses racines grecques et chrétiennes.1 fille de Phoenix enlevée par Zeus 3
  4. 4. La critique de Jean-François Mattéi quant à ce qui s’est perdu, au fur et à mesure del’évolution de la civilisation occidentale initialement construite sur cet l’élan original de lapensée grecque enrichie par le judéo-christianisme, trouve un écho saisissant dans la réflexiond’Olivier Rey (2003). Celui-ci remarque que l’élan rationnel à la base de la mathématisationdu monde initiée dès les pythagoriciens (« les choses sont des nombres », Jean-FrançoisMattéi, 1993, p.57), et qui s’est orienté avec Platon vers la recherche du Bon, du Beau et duVrai grâce aux mathemata (« ce que nous portons en nous même des choses », Olivier Rey,p.67), s’est égaré en perdant le sens même de sa démarche.Pourquoi un tel égarement ? Sur cette fascination pour la mathématique et le calcul qu’avait lemonde antique, Galilée fonda toute analyse du monde : « [l’Univers] est écrit dans la languemathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figuresgéométriques» (cité par François. Lurçat, 1995, p.23). Héritage à la fois pythagoricien etplatonicien, le projet galiléen de mathématisation du monde, associé à la tradition du regardréflexif et distancié, allait constituer ainsi le socle, à partir du XVIIème siècle, dudéveloppement formidable de la science contemporaine. Or, la mathématisation du mondes’est rapidement adossée à une évolution technique conjointe aux différentes découvertes dela physique, une technique dont le développement semble incoercible et dont les succèsamènent se demander à quel point elle n’orienterait pas de manière quasi systématique ladémarche de connaissance.La philosophie mécaniste fondée par René Descartes n’est sans doute pas étrangère à cetteemprise de la technique. Celui-ci se propose en effet « …de diviser chacune des difficultésque j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait ;… de conduire par ordre mespensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pourmonter peu à peu jusques à la connaissance des plus composés. » (René Descartes, 1637/1970, p.45) l’amenant à considérer que « ma philosophie ne considère que des grandeurs, desfigures et des mouvements comme fait la mécanique » (cité par Joseph Beaude, 2006).Naissait ainsi, sur de telles bases, le mécanisme, c’est à dire une philosophie de la nature selonlaquelle lUnivers et tout phénomène qui sy produit peut et doit sexpliquer daprès les loisphysiques des mouvements matériels.Il était logique dès lors de considérer (certes initialement de manière métaphorique) le corpshumain et plus spécifiquement le cerveau comme des machines dotées de mécanismes, telsdes automates et, de proposer, pour en comprendre le fonctionnement, d’une part de lesdémonter et, d’autre part, de tenter d’en construire des simulacres (des modèles), justifiantainsi la maxime de Giambatista Vico : « verum et factum convertuntur » (cf Jean-Pierre 4
  5. 5. Dupuy, 1999). Donc, pour comprendre la machine humaine, la première chose à faire sembleêtre de la dissocier en ses parties les plus petites (selon une position proche de l’atomismedémocritien) et de les associer ensuite progressivement – par l’esprit -, pour en comprendreles mécanismes partiels, puis, éventuellement, globaux.En ce qui concerne l’effort conduit pour comprendre le cerveau et la pensée, la technique aparticipé considérablement au soubassement rationnel de la démarche de connaissance. Onn’insistera jamais assez sur l’impact des développements techniques dans la manière dont on aconstruit les conceptions successives du cerveau et de la pensée (Jean Vion-Dury, 2008).Transposée aux « mécanismes » psychologiques, la méthode cartésienne ainsi comprise nousconduit à l’atomisme associationnisme que William James (cité par Natalie Depraz, 2006, p.120) critique en ces termes:« Ils commencent par « des idées simples de sensations » qu’ils considèrent comme autant d’atomes pourélaborer ensuite des états supérieurs de l’esprit à partir de leur « association » ou leur « intégration » ou de leurfusion comme on construit une maison en assemblant des briques…Cela nous engage dans une théorie trèsdiscutable selon laquelle nos états de conscience supérieurs sont des combinaisons d’unités… La méthode quiconsiste à aller du simple au compliqué est illusoire…[Ce que l’on connaît ] immédiatement …ce sont les étatsmentaux concrets et globaux … [et non] un ensemble d’idées censées être « simples », avec lesquelles [on] setrouve à la merci de n’importe quelle expression plausible pour désigner leurs interactions supposées. »Malgré de nombreuses réserves émises sur cette philosophie mécaniste par des penseurséminents (comme Blaise Pascal ou Emmauel Kant), l’évolution de la pensée occidentaleallait, en raison du double mouvement conjoint de mathématisation systématique du réel etd‘abandon des transcendances, perdre sa dynamique initiale, son regard critique : d’une parten ne s’intéressant plus qu’à l’immanent et en opérant une déconstruction du sens (Jean-François Mattéi, 2007) et, d’autre part, en oubliant le sujet, en raison du postulat scientifique(critiquable) que seule l’objectivité permet la connaissance, conduisant ainsi à une conceptionmécanisée de la pensée (Olivier Rey, 2003).L’abandon de l’attention au sujet explique probablement en grande partie l’incapacité desneurosciences cognitives et de la philosophie de l’esprit à comprendre la conscience Sil’homme est pensé comme mécanique, analysé seulement sur un mode objectif, en « 3èmepersonne », ce qu’il trouve au bout de cette démarche c’est ce fameux « hard problem » de laconscience (Denis Fisette et Pierre Poirier, 2000), laquelle ne peut être décrite finalement(hors de ses corrélats neurologiques) qu’en première personne, puisqu’elle est ce que chacunde nous vit. Ce problème si difficile souligne que la « vraie » vie, la nôtre, celle que nousvivons, échappe largement à l’objectivation scientifique, laquelle n’est qu’une activitéparticulière de cette vie, limitée de plus à certaines communautés humaines. C’est ainsi que la 5
  6. 6. science, comme le pense Henri Bergson (1939/ 2004), amène à ce que l’écoulement continude la vie est « artificiellement décomposé pour la plus grande commodité de la connaissanceusuelle» (p.207), nous conduisant à préférer « l’analyse des objets plutôt que celle desprogrès » (p.135).B) Le langage mécanisé.De là, il semble possible de soutenir que, dans cette logique de mécanisation et demathématisation, les savants qui s’occupaient des langues, les philologues, se sontprogressivement mués en linguistes et, portés par le positivisme et le mécanisme ambiants, sesont tournés à la fin du XIXème siècle vers une analyse scientifique du langage, lequel fut prisalors comme un objet d’une science descriptive : la linguistique structurale (Françoise Farago,1999).Il n’est pas question ici, pour un neurobiologiste, de rentrer dans les détails de l’histoire de lalinguistique dans laquelle il n’est pas compétent, sinon pour signaler à quel point ledéveloppement de la linguistique structurale dans ses différentes formes a eu un impactconsidérable sur la conception que l’on avait de la pensée humaine. Le « tournantlinguistique » (« linguistic turn ») du début du XXème siècle a orienté durablement lesrecherches sur le fonctionnement de l’esprit humain. La convergence de l’algèbre de Boolequi cherchait les lois mathématiques de la pensée, avec les recherches d’une part encybernétique et intelligence artificielle et, d’autre part, en linguistique a conduit lesspécialistes de la psychologie cognitive, puis ceux des neurosciences cognitives à concevoir lefonctionnement de l’esprit selon une approche logico-sémantique et représentationnelle. Lecalcul sur les symboles (la computation) compatible avec le paradigme d’un cerveau compriscomme traitant de l’ information (au sens des spécialistes du traitement du signal), est devenula base admise des processus de pensée (pour revue, voir Jean Vion-Dury, 2007). Puisque laphilosophie analytique (fondamentalement une philosophie du langage) postule que laphilosophie est analyse logique linguistique (phrase, proposition, signification), la philosophiecognitive et les sciences cognitives qui s’en inspirent assument largement les évolutionsremarquables de la linguistique du XXème siècle tout autant que sa structure paradigmatique.Ce « tournant linguistique » sera à l’origine d’une conception de l’esprit dans laquelle a) lespensées sont « localisées » dans le langage, b) l’explication philosophique de la pensée serésout dans l’explication philosophique du langage et, c) de même que la modularité estpostulée dans la structure du langage conçu comme un système de centres de traitements 6
  7. 7. reliés entre eux par des voies de communication de l’information, elle est également postuléeen sciences cognitives entre des zones cérébrales investies d’une fonction spécifique.On notera d’ailleurs la proximité épistémologique entre, d’une part cette conception logicistedu langage et, d’autre part, le physicaliste réductionniste du cercle de Vienne (dérivé de ladoctrine mécaniste cartésienne) qui s’est emparé des sciences biologiques en général et desneurosciences en particulier.On pressent dès lors qu’il existe un lien puissant entre l’attitude distanciée, réflexive etmathématisante qui gouverne avec une grande efficacité les activités techniques etscientifiques des humains du XXIème siècle et une conception très structurale,computationnelle et logique du langage et de la pensée. Le langage, devient alors un jeucréateur d’associations entre une nombre fini de signes (d’« atomes ») et de règles dans le butde créer un nombre infini de phrases, selon la logique de la grammaire générative deChomsky, qui postule le caractère inné des mécanismes profonds du langage (FrançoiseFarago, 1999). Jusqu’à la musique qui subit également sa part de réductionnismecomputationnel au travers de la théorie générative de la musique tonale (TGMT) de FredLerdahl et Ray Jackendoff (1983), sur des bases similaires.Il existe donc une cohérence de fait entre la mathématisation du réel, le projet mécaniste sous-tendant la biologie contemporaine, les (neuro)sciences cognitives, l’intelligence artificielle, lalinguistique structurale, et la TGMT. Cette cohérence est basée sur la conception postulantque l’association adéquate des parties (atomes) au sein de structures données permet decomprendre le tout.II) Le geste et l’ineffable.On peut donc soutenir, dogmatiquement, que la pensée de l’homme se réduit effectivement aulangage, voire à un système de computation logique objectivable. Mais, d’une part lapragmatique et une conception interactionniste du langage se sont glissées dans lalinguistique moderne et, d’autre part, il semble le langage (tel que le pense la linguistiquestructurale et les sciences cognitives) ne puisse épuiser ou décrire entièrement la pensée.A) Au delà de la linguistique des codesC’est ainsi que tout d’abord il existe des mots particuliers (les petits mots) dont les fonctionssémantiques sont ou floues ou variables et dont le rôle relève de l’amadouage, de la co-construction du sens, de modulations ou d’hypo-corrections (Claire Maury–Rouan, 2007).Leurs fonctions ne sont intégrables que dans une linguistique interactionniste. Dans une tellelinguistique, la co-énonciation du discours et la co-construction de sens, dont on imagine 7
  8. 8. l’extrême complexité puisque relevant de celle des relations sociales, jouent un rôlefondamental. Cette complexité se surajoute à celle de la structure des phrases ou du discoursprononcé. L’analyse des interactions (qu’on pourrait dire en 2de personne) montre à quel pointse produit, ainsi que l’indique Claire Maury-Rouan (2007a), une véritable mise en scène dudiscours, qui en dépasse la structure logico-sémantique et en relativise une présentation sousla forme d’un codage, même complexe, d’informations.La communication verbale ne se réduisant pas à des codes linguistiques, elle met en jeu, outreces mots aux fonctions floues, des actions du corps dans son entier incluant la motricitéphonatoire, la mimogestualité et ce que l’on convient d’appeler une organisation verbo-viscéro-motrice (Jacques Cosnier, 2003). Nous y reviendrons.Paradoxalement, il semble ainsi qu’au sein même de la parole humaine se tient l’ineffable,c’est à dire ce dont on ne peut parler, en tout cas dans le cours du discours. De ce point devue, Ludwig Wittgenstein, un des plus éminents philosophes du langage et de la logique, noussignale où se trouve la limite du langage : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder lesilence » (Tractatus, § 7). Or, mettre l’accent sur une communication verbale dont une grandepartie des informations passe par des processus à proprement parler non linguistiques maiscorporels, a une conséquence épistémologique considérable pour les neurosciences. La pensée(au sens large et non réduite à un raisonnement logique, abstrait et réflexif sur le monde)risque bien de ne pas se limiter à un processus simplement computationnel et ne pas être detype représentationnel. Le socle des sciences cognitives s’en trouve alors ébranlé.B) Pragmatique linguistique et philosophie de l’action.L’importance désormais accordée à la mimogestualité dans la linguistique contemporainenous oblige donc à changer de point de vue. Ainsi que le souligne Claire Maury-Rouan(2008), c’est en continu que la régulation de l’activité mimogestuelle a lieu au cours del’interaction, alors que le jeu des réponses verbales est discontinu chez chaque interlocuteur.Non seulement ces emblèmes gestuels jouent un rôle dans les processus d’interaction, mais ilsapparaissent aussi comme des processus d’échoïsation corporelle et possèdent de ce fait unefonction régulatrice sur l’émission du discours. Ainsi, le message transmis dans l’échangeverbal est un complexe de parole et de motricité (au sens le plus large), interprété par lesinterlocuteurs en fonction du contexte, grâce à ce que l’on appelle l’analyseur corporel àl’œuvre dans la perception et l’interprétation de cette mise en corps des mots.Cependant on peut discuter le caractère potentiellement réducteur d’une interprétation de cettevoie corporalisée de la communication telle qu’en donne par exemple Jacques Cosnier (2003, 8
  9. 9. 2008) comme composante fondamentale de l’empathie, notamment au travers du transfertd’émotions. D’une part, il existe un risque de réduire ces processus complexes à la seuleactivation des neurones miroirs supposée constituer la base du processus empathique. D’autrepart, très souvent, dans le domaine des sciences cognitives, les émotions sont plutôtconsidérées de manière simplifiée sous la forme de ce qu’il est convenu d’appeler lesémotions fondamentales (colère, joie…), oubliant de la sorte le Descartes du Traité despassions pour ne plus que considérer que celui de la doctrine mécaniste. Sans doute pouvonsnous retrouver parfois, dans notre vie quotidienne, ces émotions correspondant à ces émotionsfondamentales, mais ces catégorisations peu subtiles de la psychologie cognitive ne semblentpas adéquates pour penser les transferts d’affects survenant au cours d’un processusd’interaction aussi sophistiqué que le langage. Nous préférerions dire que les émotions sont aubout du compte tout ce qui nous « é-meut » ou nous affecte au sens le plus large du terme, etce de la manière la plus subtile (c’est à dire par l’intermédiaire des affects de vitalité dontnous parlerons plus loin), et que les processus d’empathie, en raison de leur complexité mêmeengagent, comme on le sait maintenant, beaucoup plus la matière cérébrale que les seulsneurones miroirs, notamment en raison de la régulation de l’empathie par le contexte.Tout autant que le sens dans l’acception saussurienne, le geste se trouve alors au coeur de lacommunication linguistique, qu’il soit exprimé directement dans la mimo-gestualité, ousuggéré dans la métaphore (George Lakoff et Mark Johnson) laquelle concerne à la fois lapensée et l’action et s’enracine dans l’expérience même.L’importance théorique (philosophique) de l’emphase mise par Claire Maury-Rouan sur lamimogestualité nous semble considérable. En effet, cette attention à l’aspect moteur dudiscours qui ne se réduit pas à l’énoncé logique linguistique ou même au simple partage desémotions fondamentales, est en accord avec les positions de John Austin (pragmatiquelinguistique, notion d’illocutoire), mais surtout de John Searle. Si l’on suit celui-ci, le langagen’est pas une simple production de sens au travers de mots, c’est véritablement un acte, uncomportement régi par des règles et un acte moteur en particulier que l’on peut intégrer plusgénéralement dans une philosophie de l’action...(Françoise Farago, 1999).Penser le langage notamment comme un geste accompagné de sens, c’est à dire « poser » enquelque sorte le sens sur l’action et non l’action comme conséquence du sens, nous amène,avec Henri Bergson dans deux directions à notre avis fécondes. D’une part dans une critiquedu langage qui considère que celui-ci discrétise, fragmente, réduit et, en définitive, déforme lapensée et masque l’expérience immédiate (Henri Bergson 1940/2002) et, d’autre part, dansl’idée que la matière vivante, l’animal, et donc l’homme, sont tournés vers l’action (Henri 9
  10. 10. Bergson, 1939/2004). Si l’homme est fait pour agir, et si la base du fonctionnement de l’êtrevivant est un processus sensorimoteur tendu au départ et par réflexe vers l’action sur lemilieu, on n’a plus besoin de la notion de représentation, en tout cas dans la conception qu’enont les sciences cognitives. L’esprit n’est plus comme le disent Francesco Varela et coll.(1993) « parachuté dans un monde pré donné » (p.234), et la cognition devient « énaction »c’est-à-dire avènement conjoint d’un corps et d’un esprit, à partir de l’histoire des diversesactions accomplies dans le monde2. En renvoyant dos à dos idéalisme et réalisme, enrepensant les liens entre la matière et la mémoire (l’esprit) en dehors de processusreprésentationnels et en nous amenant à penser l’être vivant comme par principe tourné versl’action, Henri Bergson nous permet de concevoir philosophiquement l’énonciation d’undiscours comme un conglomérat de processus sensorimoteurs, comme une nébulosité degestes et de postures en actes, et non comme la seule association logico-sémantique d’atomeslinguistiques.C) La musique de la voix.Certes l’on parle avec des mots sémantiquement stables ou flous, des mimiques et des gestes,mais on ne parle pas sans mélodie. Beaucoup a été dit sur l’importance de la prosodie dans lelangage (Jean-Louis Calvet et Robert Sctrick, 2007). La parole est tout autant mélodie quesens, et qui dit mélodie suggère la notion d’inflexions et de rythmes, puisque dans la prosodieon distingue, comme en musique, des caractéristiques métriques, tonales et temporelles(Claire Maury-Rouan, 2007) auxquelles il faut aussi ajouter des caractéristiques de timbre.Dans une parole, il y a donc une sorte de chant qui se tapit et se module, en chaque instant,d’inflexions subtiles. La nature de la mélodie vocale, sa texture, ses modulations, tout autantque la mimogestualité, nous renseignent sur l’habitus intime et sur la personnalité du sujet quiparle.Les travaux de Daniel Stern (2004) ont montré l’importance de la prosodie, c’est à dire desvocalisations non verbales dans le développement des interactions mère-enfant,particulièrement dans les processus de synchronisation et la création précoce de la matriceintersubjective. Stern écrit même : « La nature a eu la sagesse de n’initier les bébés au langagesymbolique qu’au bout d’un an et demi pour qu’ils aient le temps d’apprendre comment lemonde humain fonctionne vraiment sans la distraction de la complication des mots mais avecl’aide de la musique du langage » (p.139).2 Signalons ici la parenté entre la pensée Bergsonienne et la neurophénoménologie initiée parFrancesco Varéla. 10
  11. 11. Les médecins, les politiques, les pédagogues et les acteurs savent implicitement comment, enjouant de cette musique vocale, ils sont capables de faire adhérer l’auditeur à leurs discours età leurs arguments.Dans le récit, comme dans le discours, la narration s’organise dans une enveloppe proto-narrative c’est à dire « l’élan de la phrase, le rythme de la voix, sa musique … ce qui est endeçà du roman ».(Michel Imberty, p 170 et seq). Or, l’enveloppe proto-narrative possède uncontour temporel et met en jeu les affects (ou dynamiques) de vitalité décrits par Daniel Stern.Ces affects de vitalité se composent« de la dynamique temporelle des changements de sentiments consistant en des modifications analogiques,millième de seconde par millième de seconde, en temps réel, d’affects, de pensées de perceptions desensations…se produisant en parallèle avec les contours temporels de stimulations » (Michel Imberty, p.277).On pourrait dire ainsi, que les processus prosodiques, mélodieux de la voix parlée,transmettent, tout autant que la mimogestualité, essentiellement des dynamiques de vitalité,qui forment le socle de l’empathie dans le discours.D) Le geste musical.Non seulement la musique peut-être appréhendée comme un groupement savant et complexede sons inscrit dans une tradition culturelle donnée, ou comme une macrostructure, c’est àdire un schéma de structuration du temps, ou comme un style, mais elle peut aussi être penséecomme exemplificatrice de sentiments ou d’affects, lesquels sont souvent en fait représentéspar des mouvements ou des actions se déroulant dans le temps (Michel Imberty, 2005) :« Le geste et le mouvement sont pour une grande part à l’origine de la représentation mentale musicale, maisd’une représentation qui est ici de nature dynamique et non liée directement à des encodages d’écriture de l’objetmusical figé sur la partition »… « Tout se passe comme si pensée et représentation ne pouvaient se stabiliser – etdonc s’enraciner dans les codes sociaux - que par projection dans le geste et le mouvement du corps propre. »(p.91).C’est ainsi que les unités sémiotiques temporelles (UST) constituent par exemple des gestesépurés (descente, montée…) et forment une sorte de « squelette moteur » de nombreusespartitions musicales.Le geste donc, pour Michel Imberty, est élément structurant de la forme musicale :« c’est une énergie déployée dans une trajectoire temporelle orientée, consubstantielle à l’ expérience intérieurevécue, et sans laquelle le sujet ne pourrait sans doute s’en approprier le sens ; le geste constitue le ressortpsychologique essentiel de toute la pensée musicale. »…(p.98).Cette « épopée de l’énergie » qu’est la pièce musicale, pensée comme succession de gestes,est une récapitulation de ce qui s’est déjà produit au cours d’actions antérieures - puisque« tout geste est trace de processus qui se sont déjà produits » (p.99) - , sorte de mémoire 11
  12. 12. motrice individuelle et collective. Les figures musicales, ces groupements de gestes(musicaux) inscrits dans une temporalité en quelque sorte repliée, correspondent à desconcepts concrets, à des schèmes de la pensée imageante, à des « figures de pensée » (p.100)exemplifiant des processus temporels ou des évènements antérieurs. Nous retrouvons ici lanotion ancienne mais pertinente d’ « idées concrètes » de Boris de Schoelzer (1947).E) ConvergencesLe puzzle est désormais en place. Pour peu que l’on admette à la fois que le langage n’est pascette transmission aride et codée d’informations qu’une société de robots pourrait produire etque l’action est au cœur du processus vital, il nous est enfin loisible de penser autrementl’ineffable et de lui donner toute sa place dans le discours linguistique ou musical.Communiquer n’est pas seulement produire un discours codé dans lequel des lettres et desmots correctement agencés ont un sens logique, compréhensible, décodable. Produire undiscours, c’est faire une action, c’est à dire effectuer un nombre considérables de gestes : desmimiques, des mouvements du tronc et des membres, des modifications viscéralesdétectables par d’infimes indices (variations du diamètre pupillaire), etc. C’est présenter aussides comportements et utiliser des mots qui régulent les positions respectives desinterlocuteurs. Toutes ces modifications continues et extrêmement rapides des dynamiques devitalité semblent insaisissables alors que notre conscience semble toute occupée à mettre (ouextraire) du sens dans ce qui est vocalisé.Nous faisons passer des variations des dynamiques de vitalité à la fois dans la mimogestualitéet dans la prosodie du discours, ou, si l’on veut, dans le chant continu de la vocalisation, c’està dire dans un type de gestes musicaux particuliers (respiratoires et pharyngés) quiaccompagnent les gestes et les mimiques du discours. Il nous semble qu’il n’y a en fait qu’unedifférence de quantité et non de nature entre le chant de la voix du discours (la prosodie) et lechant musical. Tous les deux ont en commun des gestes inscrits dans la temporalité,récapitulant d’autres gestes (ou d’autres processus) appris dès les premières interactions mère-enfant. Tous ces gestes (ou subtiles équivalences de gestes) produits au fil du discours ontpour particularité d’être transmis en continu entre les protagonistes, de ne pas relever de cequi serait racontable (en cela ils sont largement ineffables), et d’échapper, le plus souvent, lorsde la production vocale, à l’analyse réflexive de la conscience.Ainsi, dans l’échange discursif entre deux personnes, deux types de pensée semblent àl’œuvre. D’une part une pensée logico-sémantique, celle des linguistes structuralistes et desphilosophes analytiques. D’autre part une pensée concrète, largement musicale et gestuelle, 12
  13. 13. figuration temporelle de l’action passée présente ou à venir. C’est là la pensée ineffable, lepoint intraduisible, ce dont on ne peut parler et qu’il faut taire, et sans doute le moyen del’accès à l’être.La mise en corps du langage, c’est à dire en fait son incarnation, nous ramène, on le voit à laprise en compte nécessaire de cette subjectivité dont on a plus haut signalé le regrettableoubli. C’est alors qu’il nous faut parler de la conscience.III) L’ineffable, le geste et la conscience.Claire Maury-Rouan soulève fréquemment dans ses écrits, la question du type de consciencedans lequel s’inscrivent les processus de mimogestualité et de prosodie avec leur cortège designifications immédiatement saisies. Le plus souvent on parle de processus implicites sanssavoir si, finalement, ces processus relèveraient de simples automatismes ou bien desstructures et du fonctionnement de l’inconscient freudien.La phénoménologie depuis Husserl, son fondateur, a porté son attention sur les contenus et lastructure de la conscience. Notre conscience ne se limite pas à la réflexivité, c’est à dire laconscience que l’on a d’être conscient. Cette conscience réflexive, médiate, attentive constitueen quelque sorte une couche « superficielle » de notre conscience au sens large, c’est à dire dece qui dans notre vie n’est pas inconscient. Un second niveau de conscience est celui d’unevigilance ouverte, d’un accueil panoramique, d’une conscience de base minimale, graduelle etouverte (Natalie Depraz, 2001) C’est ce que l’on dénomme « awareness ». Ce second niveau,cette conscience pré-réflexive, couche profonde de notre expérience subjective estmultimodale, pré-conceptuelle et pré-cognitive. Elle est présente avant toute séparation de nosmodalités sensorielles. L’accès à la conscience pré-réflexive est possible par des méthodesspécifiques (Claire Petitmengin, 2007).Or, d’une part Daniel Stern insiste sur le caractère pré-réflexif, implicite, des affects devitalité, et d’autre part, nous avons montré, dans l’analyse de la conscience pré-réflexive, lorsde l’écoute musicale (Claire Petitmengin et coll, 2009), à quel point, justement, l’écoute de lamusique engageait des gestes, des processus multimodalitaires et des actions, qui relèventlargement des dynamiques de vitalité.Nous voudrions proposer ainsi l’hypothèse suivante. Sous la structure logique et syntaxiquedu langage sont présentes ces dimensions implicites qui relèvent d’une gestualité généralisée :la métaphore d’une part, la mimogestualité d’autre part et enfin la prosodie (la musique). Ellesétayent l’idée que la vie est action. Ces dimensions implicites du langage ne sont pas, d’unemanière générale, présentes dans la conscience réflexive, analytique, comme le sont par 13
  14. 14. exemple le sens du discours, la conceptualisation et la catégorisation. Ces dimensionsimplicites, qui précèdent l’acquisition du langage par l’enfant et constituent le « socle nonverbal » du langage verbal sont présentes non pas seulement dans l’inconscient(éventuellement défini dans le sens freudien) mais elles remplissent probablement laconscience pré-réflexive. Ainsi, une double acception du sens peut apparaître : d’une part, lesens (l’orientation et la dynamique) des gestes (musicaux, de langage) qui se tient, se construitet se perçoit dans la conscience pré réflexive ; d’autre part, le sens abstrait, qui s’organisedans la conscience réflexive et semble émerger ontologiquement et pratiquement du « sensgestuel ».Par la mimogestualité, la métaphore, mais aussi le mélisme de la parole, le geste, c’est à direl’action signifiante, se love au cœur du langage humain. C’est ainsi que toute parole estfondamentalement incarnée, et grâce à cette incarnation nous indique en chaque instant toutce qu’il y a à comprendre de l’autre et que le langage logique et structuré ne nous dit pas.Notre conscience pré-réflexive saisit ainsi en permanence les multiples aspects, combinaisonset irisations de la circulation subtile qui se produit entre les gestes de la musique, les gestes dulangage, le chant de la voix, les gestes du corps, la voix des choses (les sons), nous présentanten permanence ce dont nous ne pouvons parler, qui remplit notre mémoire dans laquelles’entasse toutes nos actions passées, crée une atmosphère spécifique et que l’on nommel’ineffable. Dans cet ineffable, l’épaisseur (expérientielle et temporelle) de la vie de l’autrenous est donnée ; et nous lui proposons ainsi la nôtre.IV) Conclusions.Il nous semble ainsi que l’ineffable est au cœur de la communication verbale, tapi, cachédans la conscience pré-réflexive. De lui, nous ne pouvons parler qu’au prix d’un effortd’explicitation de cette conscience pré-réflexive ; nous en découvrons alors, parfoislentement, la richesse et la profondeur, qu’il participe d’un discours linguistique ou d’undiscours musical.Nous donnons ainsi vie à notre vie subjective, celle des contenus de notre conscience et, enfaisant cela, nous savons, nous expérimentons même, que toutes nos pensées ne sont pas denature linguistique. Nous saisissons à quel point dans cette conscience pré-réflexive le geste,sensori-moteur par essence, consubstantiel à l’action, lui donnant sens et la définissant fondela quotidien de notre vie humaine. Nous découvrons à quel point le geste contient de lamusique et la musique du geste, et combien parler à l’autre c’est l’amener, par des gestesremplis de musique et une prosodie toute entière gestualisée, à saisir instantanément dans sa 14
  15. 15. conscience pré-réflexive, le contexte personnel expérientiel (sédimenté au cours du temps) dudiscours qu’il analyse dans sa conscience réflexive. Ce contexte est la condensation de cequ’il doit savoir de nous ; il le met en position d’appréhender ce que nous lui disons. Faireattention à ce qui est présent dans notre conscience pré-réfexive lors de la communicationverbale et musicale nous montre ce qu’il en est de notre manière d’être au monde mais surtoutà l’autre.Le travail de linguistes comme Claire Maury-Rouan ouvre un chemin vers l’humanisation dela compréhension du langage. Tournant le dos à la seule appréhension mécaniste desprocessus linguistiques, ces linguistes ouvrent la voie d’une véritable prise en compte del’infinie complexité de l’intersubjectivité. Dès lors, ils nous éloignent du monde des robots, etnous donnent des outils pour comprendre comment, humains en société, nous nous disons lesuns aux autres. La compréhension de l’incarnation du langage n’a pas à se faire contrel’analyse des structures et la contemplation des formes. Il nous faut rester admiratifs devantle travail de notre conscience réflexive, devant la richesse des structures du langage , devantces efforts de conceptualisation que notre raison nous permet de faire. Mais d’une certainemanière la compréhension de l’incarnation du langage rejoint le programme de MauriceMerleau-Ponty (1945) : joindre « l’extrême subjectivisme et l’extrême objectivisme dans sanotion du monde ou de la rationalité » (p.XV). 15
  16. 16. RÉFÉRENCESJospeh Beaude. Mécanisme Encyclopædia Universalis. 2006.Bergson Henri. Matière et Mémoire. PUF Quadrige , 1939/2004.Bergson Henri. Le rire. PUF Quadrige, 1940 /2002.Calvet Jean-Louis et Sctrick Robert. La prosodie , Encyclopaedia universalis, 2007Cosnier Jacques. « Les deux vois de communication de l‘émotion » in Coletta Jean-Marc etTcherkassof Anna. Perspectives actuelles sur les émotions. Cognition, langage etdéveloppement. Hayen, Mardaga, 2003 : 59-67.Cosnier Jacques. « Empathie et communication. Comprendre autrui et percevoir sesémotions ». in La communication, état des savoirs . Paris, Editions sciences humaines, 2008 :149-154.Depraz Natalie. La conscience approches croisées des classiques aux sciences cognitives.Paris, Armand Colin 2001.Depraz Natalie. Comprendre la phénoménologie, une pratique concrète. Paris Armand Colin,2006.Descartes René. Discours de la méthode pour bien conduire sa raison , et chercher la véritédans les sciences. 1637, Paris Gallimard, 1970.Dupuy Jean-Pierre. Aux origines des sciences cognitives. Paris . La Découverte. 1999.Imberty Michel. La Musique creuse le temps. De Wagner à Boulez : Musique, psychologie,psychanalyse. Paris L’Harmattan, 2005.Farago Françoise. Le langage. Paris, Armand Colin, 1999. 16
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