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ParÉRICDECOUTYSordideIl y a d’abord les mots.Ignobles et dérisoires.Ces cris germanophobesque la colère ne peutjustifier. ...
Le ballet des bétaillères s’est étiolé.Comme le moral, aussi bas, ce ma-tin-là, qu’un ciel en transhumance.Dans cet abatto...
L’Allemagne, avec ses ouvriers roumains oubulgares, est devenue la bête noire des Bre-tons. Chaque semaine, des camions qu...
Le syndicaliste allemand Matthias Brümmer appelle l’UE à faire cesser ce dumping:«Bientôt, ce seront des Françaisque nous ...
Elyakim,villagelibanaiscréésurmesureparTsahalEn Israël,des militairess’entraînentà une possibleconfrontationavec le Hezbol...
couvrent un tunnel menant à l’extérieur duvillage, façonné à l’image de ceux que les mi-litaires pourraient trouver côté l...
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  1. 1. ALAINCASTE.PLAINPICTURELAGUERREDUCOCHONCACOPHONY: LA SUBVERSION ORIGINALE CAHIER CENTRALleMagBienmoinschèrepourcausededumpingsocial,l’Allemagneattirelesindustrielsdel’agroalimentairefrançaisetmetenpérillafilièreporcinebretonne.PAGES 2­5•1,60 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO9986 SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 JUIN 2013 WWW.LIBERATION.FRIMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,30 €, Andorre 1,60 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,70 €, Canada 4,50 $, Danemark 27 Kr, DOM 2,40 €, Espagne 2,30 €, Etats­Unis 5 $, Finlande 2,70 €, Grande­Bretagne 1,80 £, Grèce 2,70 €,Irlande 2,40 €, Israël 20 ILS, Italie 2,30 €, Luxembourg 1,70 €, Maroc 17 Dh, Norvège 27 Kr, Pays­Bas 2,30 €, Portugal (cont.) 2,40 €, Slovénie 2,70 €, Suède 24 Kr, Suisse 3,20 FS, TOM 420 CFP, Tunisie 2,40 DT, Zone CFA 2 000CFA.
  2. 2. ParÉRICDECOUTYSordideIl y a d’abord les mots.Ignobles et dérisoires.Ces cris germanophobesque la colère ne peutjustifier. Et puis il y a laréalité, ce recourscroissant à une main-d’œuvre étrangère etsous-payée, ces salariéslow-cost qui font le mield’entreprises du BTP ou del’agroalimentaire. Cetteconcurrence déloyale,qui prospère sur ledésarroi des salariés lesplus pauvres et qui est entrain de détruire la filièreporcine bretonne, n’est enaucun cas l’apanage del’Allemagne. L’industriefrançaise exploiteraitainsi 300000 travailleursà bas prix dans une Unioneuropéenne qui encompterait 1,5 million.La démarche originellequi devait permettre derépondre à des besoinsindustriels spécifiquesn’est plus qu’un sordideoutil pour réduire le coûtdu travail dans tous lesgrands pays européens.Insupportablesocialement, cette réalité ade sérieuses conséquencespolitiques. Car dans uneéconomie en crise où tousles populismes senourrissent de discoursantieuropéens, le dumpingsocial est un danger tenacepour nos démocraties.La sonnette d’alarme tiréejeudi par FrançoisHollande –qui s’estengagé à mettre le sujetsur la table du prochainConseil européen–ne suffira pas. Les Etatsde l’Union doivent sansdélai organiser uneharmonisation socialeet imposer un salaireminimum. Ils doivent toutaussi vite organiser uncontrôle rigoureux etdésigner les entreprisesqui s’affranchissent sansvergogne de toutes règlessociales. Sans négligerl’indispensable répressiondes fraudeurs.ÉDITORIAL Destabilisée par l’exploitation, en Allemagne, de travailleursde l’Est sous-payés, la filière porcine française craint pourson avenir. Hollande et des députés PS s’emparent du sujet.Dumpingsocial:vayavoirduporc!Elle avait hanté le référendumde 2005 sur la Constitutioneuropéenne. La voilà qui risqued’animer, en pleine récession,la campagne des élections européennesde mai 2014. La directive Bolkestein surles services, et sa grande sœur de 1996,sur les «travailleurs détachés», sont deretour, accusées de favoriser le dum-ping social entre pays de l’UE. En parti-culier dans l’agroalimentaire. Les abat-toirs français, en très grande difficulté,attribuent leurs malheurs au dumpingsocial de leurs concurrents allemands,qui abusent de la directive pour sous-payer des ouvriers venus de l’Est.Jeudi, François Hollande s’en est ému.Dans son discours d’ouverture de laconférence sociale, le chef de l’Etat aexpliqué qu’il ne pouvait «pas accepterqu’il puisse y avoir, au nom de cette direc-tive, des concurrences faussées qui détrui-sent de l’emploi en France». Ni qu’onpuisse «utiliser […] le malheur d’un cer-tain nombre de pays pour faire venir destravailleurs européens en les payant à desniveaux qui ne sont pas raisonnables». Ila promis de porter les questions de sa-laire minimum et «l’organisation d’uneharmonisation fiscale en Europe», jeudiet vendredi, en Conseil européen. Unpremier pas. Depuis plusieurs mois, desparlementaires s’alarment. Après le«mythe du plombier polonais», écrit lesénateur (PCF) Eric Bocquet dans unrapport parlementaire, c’est «le spectredu maçon portugais ou de l’ouvrier agri-cole roumain» qui plane. «Cette directiveétait un progrès: avant 1996, c’était lajungle absolue, explique l’élu. Mais de-puis la crise et la course à la réduction descoûts, elle est contournée sans arrêt.»GERMANOPHOBIE. Dans leurs circons-criptions, certains élus entendent desexpressions qu’on croyait disparues:«schleus», «boches», ou «doryphores»,toutes sur la gamme de la germanopho-bie. «Je donne pas six à neuf mois pourqu’on ait un drapeau allemand brûlé enBretagne lors d’une manifestation. Touteune région très europhile est en train de seretourner, s’inquiète Gwénégan Bui, dé-puté (PS) du Finistère, départementtouché par la fermeture des abattoirs(lire ci-contre). On pourra toujours faire debeaux discours sur l’amitié franco-alle-mande, si on ne règle pas ces questions onva détruire l’Europe.»Pourquoi l’Allemagne? Parce qu’enl’absence de salaire minimum là-bas,de très gros abattoirs payent desouvriers d’Europe de l’Est à moinsde 10 euros de l’heure (lire page 5). Unabus de la loi européenne, car le contratde travail d’un ouvrier détaché doitobligatoirement être conforme avec ledroit du pays d’accueil. Seules les coti-sations sociales sont payées dans le paysd’origine. Problème: «L’absence de dis-positif de contrôle réellement efficace [acréé] un outil redoutable de concurrencedéloyale, notamment dans les secteurs duBTP et de l’agroalimentaire», insistentles députés (PS) Gilles Savary et ChantalGuittet ainsi que Michel Piron (UDI),dans un rapport publié fin mai.Mais il n’y a pas qu’outre-Rhin qu’onfait appel aux travailleurs détachés. EnFrance, on estime à 300000 le nombrede ces salariés low-cost (1,5 million ausein de l’UE, selon la Commission). Cequi fait de l’Hexagone le deuxième paysd’accueil derrière l’Allemagne. Parfoispour de bonnes raisons (pénurie demain-d’œuvre), parfois pour de mau-vaises (réduction des coûts). Rien quedans le BTP, leur nombre a triplé en troisans, pour atteindre 64000 en 2011.Quand ils sont déclarés… Ces salariéstransitent parfois par des sociétés «boî-tes aux lettres», sans existence physi-que dans le pays d’origine, permettantà l’entreprise de s’exonérer de cotisa-tions sociales. «J’ai vu une fiche de paied’un salarié portugais sur un chantier deClermont-Ferrand : 2,89 euros del’heure», illustre Bocquet.«POISON». Avec un chômage au plushaut, «on voit le Front national se saisirde cette question pour en faire un brûlotanti-européen», alerte Guillaume Garot,le ministre délégué à l’Agroalimentaire.Le député Gilles Savary abonde: «Cettesituation installe un poison violent, insi-dieux, dans l’opinion publique.» Le par-lementaire avance des solutions :agence du travail mobile au niveau del’UE, carte vitale européenne, salaireParLILIANALEMAGNAPhotosISABELLERIMBERT L’ESSENTIELLE CONTEXTEDes directives européennesfavorisent le dumping social.Le président Hollande a évoquéle sujet en ouverture de laconférence sociale.L’ENJEUL’Europe doit procéder àune harmonisation sociale etinstaurer un salaire minimum.A gauche, lesporcs de DavidRiou, éleveurdu Finistère.A droite, l’abattoirGad à Lampaul­Guimiliau, quicherchedésespérémentun repreneuraprès de trèslourdes pertesen 2012.REPÈRES«Je ne peux pas accepterqu’il puisse y avoir,au nom de cette directive,des concurrences fausséesqui détruisent de l’emploien France.»FrançoisHollandejeudiàlaconférencesociale850salariés sont menacés de licencie­ment à l’abattoir du groupe Gadà Lampaul­Guimiliau (Finistère).Le site devrait fermer ses portesle 20 août, faute de repreneur.LES «TRAVAILLEURS DÉTACHÉS»La directive 96/71/CE, adoptéeen 1996, encadre le «détachement»temporaire de travailleurs européensdans un autre pays de l’Union. Le sala­rié est soumis au droit du travail dupays d’accueil, sauf s’il lui est moinsfavorable. Les cotisations socialesrelèvent, elles, du pays d’origine.«Nos deux pays partagentl’objectif de lutter contre ledétournement des règlesde détachement au seinde l’Union européenne.»DéclarationduConseildesministresfranco­allemanddu22janvierLIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 20132 •EVENEMENT
  3. 3. Le ballet des bétaillères s’est étiolé.Comme le moral, aussi bas, ce ma-tin-là, qu’un ciel en transhumance.Dans cet abattoir de porcs du groupeGad, 4000 bêtes sont avalées par jour, alorsque 6000 pourraient l’être. Ici, surtout,850 hommes et femmes abattent,découpent, transforment. Tousrisquent de passer à la trappele 20 août, «pas loin de 3000 personnes, encomptant les emplois indirects», lâche un sala-rié. Ici, c’est Lampaul-Guimiliau (Finistère),son église, ses 2500 habitants d’apparenceimpassible, et son maire, Jean-Marc Puchois,qui refuse de céder à l’impuissance: «Legroupe est là depuis soixante ans, et là, l’ac-tionnaire laisse entendre qu’il va laisser partirun tel outil? C’est dramatique, suicidaire…»Propriété du groupe coopératif Cecab (connupour sa marque D’Aucy), Gad aurait perdu«20 millions d’euros en 2012», confie un ac-tionnaire. Faute de repreneur s’étant pré-senté devant le tribunal de commerce deRennes pour «mettre un gros billet, de l’ordrede 40 millions d’euros», comme le dit un pro-che de la direction, rien ne sem-ble pouvoir empêcher la ferme-ture annoncée.UnchocpourlaBretagne,berceaudel’agroa-limentaire, qui produit 57% des 24 millionsde porcs français par an. Un trauma quis’ajoute aux plans sociaux chez Doux (poulet)et Marine Harvest (saumon). Et entraîne,dans son sillage, un sentiment de résignation,«de défaitisme», lâche un élu local, inhabituelpour la région. «Et ce n’est que le début dufeuilleton “Le porc de l’angoisse”», prophétisele patron d’une coopérative… «Notre avenirest mal barré», résume Olivier Le Bras, élu FO(majoritaire) à Lampaul. Il a dix-huit ans deboîte au compteur. Ouvrier de découpe: leplus raide des postes. Qui martyrise épaules,coudes, poignets et dos. Il raconte les an-nées 90, quand les 1200 ouvriers récupéraient«un salaire et demi» en participation. Pas lalune, quand on gagne 1200 euros net parmois.IdempoursoncollègueJean-MarcDes-tivelle, 50 ans, dont sept ans de découpe, «unjob usant physiquement et moralement, pas va-lorisant». Mais de quoi vivre, «acheter à côtéà crédit», élever sa famille. «A l’époque, on sesentait intouchables: Gad était numéro 1 en Eu-rope», ajoute Le Bras.«En pleine gueule». Voilà la chute. «Quevont devenir ceux sans diplôme, ceux qui vontrester sur le carreau? Direction RSA, lâche lesyndicaliste. On n’a pas vu venirMises KO par le modèle allemand, nombre d’entreprises craignent de fermer.Des ouvriers bretonsenvoyés à l’abattoirminimum de référence, liste noire desentreprises. Au ministère de l’Agricul-ture, on s’avoue satisfait de voir l’Alle-magne et les pays de l’Est pris petit àpetit en étau par les critiques média-tiques et les plaintes de pays européens.Sans toutefois le claironner trop fort.De quoi faire peur à Merkel? Pas vrai-ment… Lors de sa visite, fin mai, à Paris,la chancelière a parlé de simples «ma-lentendus», et a assumé sans ciller lapolitique de bas salaires. Et Bruxelles?La Commission s’est engagée à renfor-cer les moyens de lutte contre les abus.Et, à l’aube de la campagne de 2014, leParlement européen pourrait aussi s’ymettre. A sa grande surprise, le députéGwénégan Bui a reçu une réponse posi-tive du président du Parlement, l’Alle-mand Martin Schulz. Dans son courrier,le social-démocrate dénonce «l’embau-che massive de travailleurs détachés à bascoûts» qui «sape directement les bases denotre modèle social». De quoi encoura-ger des députés français démunis,comme Jean-Luc Drapeau, élu (PS) desDeux-Sèvres, territoire agricole con-cerné au premier chef: «Comment vou-lez-vous faire accepter des mesures envi-ronnementales ou sanitaires aux éleveursquand ils ne voient dans l’Europe que con-traintes et concurrence déloyale?»•REPORTAGESuite page 4LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 • 3
  4. 4. L’Allemagne, avec ses ouvriers roumains oubulgares, est devenue la bête noire des Bre-tons. Chaque semaine, des camions quittentla région pour emmener des porcs bretons sefaire découper outre-Rhin, mais aussi en Es-pagne, où c’est moins cher. Même résiduel(on évoque 6000 à 8000 porcs par semainesur 400000), le phénomène est symbolique.Et nourrit un climat anti-élus, doublé d’unsentiment anti-allemand. «Pour la premièrefois, des fachos sont venus tracter devantl’usine», enrage Patrick Le Goas, «pousseurde viande» à Lampaul. Du jamais-vu dans undépartement où le PS a fait carton plein auxlégislatives. Les ministres de l’Agriculture?«Desintermittentsduspectacle»,tacleunsala-rié. «Leur impuissance fait peur: les conseillersnous disent, “oui, c’est dégueulasse, mais on ypeut rien!”» ajoute un syndicaliste.Bien être animal. La crise est générale.L’agroalimentaire tricolore souffre d’«un pro-blème de compétitivité», aggravé par «l’ab-sence d’harmonisation fiscale et sociale» enEurope, explique Guillaume Roué, à la tête del’interprofessionnelle porcine. S’il n’y avaitcette concurrence déloyale, il ne cacheraitpas une certaine admiration pour le modèleallemand. «Là-bas, le pouvoir a cédé aux éco-los sur le nucléaire mais a mis le paquet sur lamétanisation et le photovoltaïque qui ont permisaux paysans de se diversifier.» Tandis que laFrance aurait cédé aux environnementalisteset entravé la filière. Cédant aussi, au nom dupouvoir d’achat, à la grande distribution quimatraque les éleveurs avec une politique deprix bas. Résultat? «On s’achemine vers uneconcentration des ateliers agroalimentaires»,note Guillaume Roué. La France compte en-viron 180 abattoirs, dont dix seulement «fontplus d’un million de porcs par an», rappelle-t-il. Cela ne va pas durer. L’Allemagne, le Da-nemark et l’Espagne (les plus grands produc-teurs) ont déjà taillé des croupières à laFrance grâce à leurs abattoirs géants.Le monde du porc pointe aussi l’entrée en vi-gueur, en 2013, d’une directive européennesur le bien-être animal qui impose (notam-ment) davantage d’espace pour les truies.«Entre les 26% des 12000 éleveurs qui n’ontpas les moyens de s’y conformer et l’arrêt desexploitations, la chute de la production s’élèveà 4% depuis le début de l’année», s’alarmeGuillaume Roué. La flambée du prix des ma-tières premières, alimentée par le boom del’agroalimentaire en Asie, a aussi dopé lescoûts de production. Le prix des alimentspour porcs a doublé entre 2005 et 2010. Et,malgré une légère décrue, la tonne coûte302 euros, 22% de plus que l’an passé.«Juste prix». David Riou le sait bien.A 32 ans, cet éleveur de Kerdrein raconte ladifficile équation du métier. Après un BTS de«gestion de système d’exploitation», l’hommea repris la ferme de son oncle. Il vient d’in-vestir 350000 euros pour agrandir son ex-ploitation, et tente de s’accorder chaque an-née un revenu de 40 000 euros et deuxsemaines de vacances. David Riou se dit op-timiste. Mais rêve de voir ses cochons payés«au juste prix». «On me l’achète à 1,55 eurole kilo avec les primes. Il faudrait que le prixgrimpe à 1,75 pour être serein.» Il dit aussi:«Depuis des années, les éleveurs tirent la son-nette d’alarme. Ils disparaissent sans bruit, etça ne dérangeait pas grand monde. Maintenantque les abattoirs sont dans la tourmente, les po-litiques se réveillent. Doucement.»Dans un marché ultralibéralisé, symbole dela mondialisation, la concurrence est terrible.Et, dans la filière, c’est chacun pour soi.«Entre producteurs, industriels et grands distri-buteurs, chacun se fait la guerre et se rejette laresponsabilité de la crise», note Olivier Le Bras.«Entre les éleveurs et les transformateurs, il ya une cassure», admet Jean-Pierre Astruc,conseiller municipal de Josselin (Morbihan).Mais aussi entre les communes. A Josselin,Gad a un deuxième abattoir, de 650 salariés,qui pourrait également finir en rillettes. Lemaire de Lampaul a appelé celui de Josselinpour qu’ils se mobilisent. «J’attends toujoursla réponse», dit le premier. Franck Guillot, éluCFDT de Gad à Josselin, le déplore: «Laguerre économique fait rage en Europe, et voilàqu’on doit aussi la vivre entre nous, dans unemême région. C’est terrible…» A ses côtés, An-nick Le Guevel, secrétaire du comité d’entre-prise de Josselin, cherche en vain l’issue: «Onest pris en tenaille entre la grande distributionet les éleveurs.»Et si la France, Bretagne en tête, avait tardéà faire muter son modèle productiviste?«Peut-être, avoue Olivier Le Bras. Mais, saufà être suicidaire, on ne peut le changer du jourau lendemain.» Le porc bio ou label rouge pèsemoins de 0,5%. «La faute aux normes qui im-posent de ne pas dépasser 40 truies, dit un ex-pert. Cela tient du militantisme, pas du modèlealternatif.» Et si rien ne change? «La filièreporcine passera à l’abattoir», souffle un indus-triel. «C’est déjà écrit, enrage Patrick Le Goas,de FO, la révolte des ouvriers de la viande, entrain de tout vouloir péter faute d’avoir été en-tendus. Après la sidérurgie, le textile, l’agro-alimentaire plonge; on perd notre autonomie, ettout le monde s’en fout.»Envoyé spécial en Bretagne CHRISTIAN LOSSONl’Allemagne, son dumpingsocial et ses salaires trois fois moins chers. Onn’a pas modernisé nos outils de production. Ona pris en pleine gueule la concurrence des abat-toirs de la grande distribution.»Des abattoirs, comme ceux de Kermené (Le-clerc), dans les Côtes-d’Armor, ou Gâtine(Intermarché), en Ille-et-Vilaine, qui ontaugmenté leur production l’an dernier alorsque l’activité recule de 2% par an depuis2007. Ceux-là font rêver les forçats de Lam-paul. «Mais eux ont investi jusqu’à 8 millionspar an pour automatiser leur outil», rappelleun élu local. Et Guillaume Roué, éleveur dansle Finistère et patron de l’interprofessionnelleporcine française, d’ajouter: «Surtout, ilsn’ont pas besoin de service commercial. L’ar-gent économisé leur permet de moderniser et derobotiser, avec moins d’emplois. D’être compé-titif quand les Allemands taillent des parts demarché en exploitant la main-d’œuvre.»Annick Le Guevel, du comité d’entreprise de l’abattoir Gad à Josselin.Suite de la page 3FINISTÈRECÔTES-D’ARMORMORBIHANILLE-ET-VILAINEOcéanAtlantique50 kmBRETAGNERennesBrestJosselinLampaul-GuimiliauOlivier Le Bras, élu FO à l’abattoir de Lampaul. David Riou, 32 ans, éleveur à Kerdrein.Jean­Marc Destivelle, 50 ans, dont sept ans à la découpe chez Gad.LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 20134 • EVENEMENT
  5. 5. Le syndicaliste allemand Matthias Brümmer appelle l’UE à faire cesser ce dumping:«Bientôt, ce seront des Françaisque nous verrons ici»Matthias Brümmer est président dusyndicat allemand de l’industrie ali-mentaire NGG pour la région d’Ol-denburg (Nord-Ouest). Pour lui, les condi-tions des travailleurs étrangers dans lesabattoirs d’outre-Rhin «s’apparentent à uneforme d’esclavage moderne».Comment les difficultés des abattoirs françaissont-elles perçues en Allemagne?Le problème existe en France, mais aussi enBelgique, au Danemark ou en Autriche. Lapolitique des bas salaires en Allemagne etl’inexistence d’un salaire minimum provo-quent des dégâts sociaux dans les pays voisinset mettent sous pression les salariés allemandset européens dans nos abattoirs.Qui est responsable?D’abord les dirigeants des abattoirs, qui sepermettent de pratiquer des salaires aussi basavec des conditions de travail inhumaines.Ensuite, notre gouvernement: en refusantd’instaurer un salaire minimum et en ne met-tant pas les moyens suffisants pour contrôlerles contrats de travail et la réalité de ses abat-toirs, il cautionne un système. Il doit mettrefin aux abus pratiqués dans ces usines. Enfin,l’Union européenne doit faire cesser cedumping social. Car l’Allemagne connaît au-jourd’hui une forme de tourisme liée à cedumping. Après les travailleurs d’Europe del’Est, ce sont des chômeurs grecs et espagnolsque l’ont fait venir. Certains disent que, bien-tôt, ce sont des Français que nous verrons ici…L’Europe ne peut fonctionner ainsi.Dans quelles conditions vivent ces ouvriers?Nous n’avons pas de chiffres précis, mais ceque nous avons pu observer s’apparente à uneforme d’esclavage moderne. On a recensé dessalaires allant de 1 à 10 euros del’heure. Ils vivent dans des préfa-briqués ou s’entassent à 40 dansdes logements prévus pour 6. Cer-tains paient parfois 200 euros parmois pour un lit et sont six ou septpar chambre… Pendant que la moi-tié est de service de jour, les autresdorment. Lorsque la nuit tombe, ilsfilent au boulot. On considère aujourd’huique 75% des salariés dans les abattoirs alle-mands travaillent dans ces conditions.Et les 25% restants?Ils sont protégés par des accords de branche,payés 13 à 18 euros de l’heure pour des semai-nes de travail allant de 37 à 40 heures. Ilsbénéficient aussi de 30 jours de congéspayés par an et de règles strictes de tempsde travail. Ce sont les plus anciens qui enbénéficient.Comment expliquer une telle évolution?Depuis des années, l’Allemagne veut devenirle numéro 1 du secteur de la viande. Elle s’estmise à attaquer des parts de marché en bais-sant de manière drastique le coût du travail.En dix ans, le marché de la viande a exploséde plus de 30%, avec une demande forte dansles pays de l’Est. Les entreprises du secteur sesont lancées dans une politique de concentra-tion, mettant à genoux leurs con-currents des pays voisins et ontprofité de l’ouverture du marchédu travail et de règles européennesambiguës pour faire travailler àmoindres coûts, via des agencesd’intérim.Etlessyndicatsallemandsnedisentrien?Bien sûr qu’ils protestent! Nous réclamonstout d’abord une convention collective cou-vrant l’ensemble de la branche et un salaireminimum d’au moins 8,5 euros de l’heure.Nous demandons aussi que ces ouvriers soientassurés et rattachés à une caisse d’assurance-maladie. Le gouvernement doit se saisir de cesquestions. Mais les premières réactions politi-ques à Berlin et au Parlement régional de Bas-se-Saxe à Hanovre sont encourageantes.Recueilli par LILIAN ALEMAGNADRCe que la France n’ose pas vis­à­vis del’Allemagne –vie de couple oblige–,la Belgique l’a fait: porter plaintecontre Berlin. Par l’intermédiaire deses ministres, de l’Economie et del’Emploi, le pays a saisi en marsla Commission européenne contreles autorités allemandes. Legouvernement belge compte, par cebiais, tenter de sauver un secteur de laviande en grande difficulté. Dans leurplainte, ils soulignent que la loiallemande «n’est manifestement pasmise en œuvre de manière effective […]au profit des travailleurs détachés dansles entreprises établies en Allemagneet actives dans le secteur de l’abattageet de la transformation de la viande».La France a une autre stratégie:la négociation de la nouvelle directivequi doit encadrer à l’avenir lestravailleurs détachés. Face aux paysde l’Est qui aimeraient qu’on ne toucherien, la France retrouve là l’Allemagnepour tirer vers le haut la législationeuropéenne. Le ministre du Travail,Michel Sapin, tente de faire accepterqu’en termes de contrôle,l’administration puisse demander toutdocument à une entreprise pours’assurer qu’elle est en règle. Ellecompte également inscrire dans ledroit européen qu’«un donneurd’ordre soit responsable de sonpremier sous­traitant» qui pourraitfrauder. L.A.LA BELGIQUEÀ L’OFFENSIVEBIENNALE DE CRÉATION DE MOBILIER URBAIN DE LA DÉFENSEPLUG-INCRÉATEURS, ARCHITECTES, DESIGNERS, PAYSAGISTES,PROFESSIONNELS ET ÉTUDIANTS, RÉPONDEZ AUX 4 USAGES :PLUG-IN POUR UN TAPIS D’ÉVEIL1PLUG-IN POUR UN SEUIL PARTAGÉ3PLUG-IN POUR UN PARCOURS MUSCLÉ2PLUG-IN POUR UNE PRÉPARATION À L’ACTION4DATE LIMITE DE REMISE DES PROJETS : 11 OCTOBRE 2013Téléchargez l’appel à projet sur WWW.LADEFENSE.FRÉvénement organisé par DefactoDirection artistique : Jean-Christophe ChobletProduction déléguée : le Troisième Pôlebiennale-2014-liberation.indd 1 18/06/2013 10:13:41LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 EVENEMENT • 5
  6. 6. Elyakim,villagelibanaiscréésurmesureparTsahalEn Israël,des militairess’entraînentà une possibleconfrontationavec le Hezbollah.Dans un fracassant bruit de ferraille,le char s’avance dans la rue princi-pale du petit village. Des fantassinssont déjà sur place, échine cour-bée, ils progressent lentement, se glissanthors des venelles pour atteindre l’artère cen-trale. Sur les toits environnants, d’autres sol-dats protègent leur progression en mettantParAUDEMARCOVITCHEnvoyéespécialeàElyakimen 2006. «Durant le conflit, les chars entraienten premier pour protéger l’infanterie. Mais cer-tains ont sauté sur des explosifs placés par leHezbollah sur leur chemin. On perdait alors àla fois le char et les soldats qu’il était censé pro-téger. Du coup, on a changé notretactique», commente Archi Leo-nard, instructeur de troupes àElyakim. Des buissons avoisinants, viennentd’émerger une poignée de soldats, quelques-uns entrent dans une des maisons où ils dé-Des soldats israéliens lors d’un exercice sur la base militaire d’Elyakim. PHOTO UPI. VISUAL PRESS AGENCYen joue les ennemis. De la poussière, descombattants qui courent, des tirs.Fin de l’exercice. Sur la base militaire israé-lienne d’Elyakim, dans le nord du pays, unelocalité libanaise a été reconstituée. Elle sertde terrain d’entraînement auxforces de Tsahal qui cherchent àaméliorer leurs techniques decombat en cas de nouvelle confrontation avecle Hezbollah, tout en évitant de répéter leserreurs de la guerre de trente-quatre joursREPORTAGELIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 20136 •MONDE
  7. 7. couvrent un tunnel menant à l’extérieur duvillage, façonné à l’image de ceux que les mi-litaires pourraient trouver côté libanais.A 36 ans, Dan, sergent d’une unité comptantune trentaine de soldats, suit des sessions dedix jours à trois semaines par an. «Les entraî-nements sont devenus de plus en plus compli-qués, ils augmentent en intensité et les technolo-gies qu’on emploie changent tout le temps»,explique-t-il.CONVOIS D’ARMES. Pour les responsablesmilitaires israéliens, le Hezbollah libanaisreste l’ennemi principal de la frontière nordet son réarmement une des préoccupationsde l’état-major de Tsahal. Trois attaques aé-riennes menées par l’aviation israélienne surle sol syrien, en janvier et mai, visaient –se-lon les informations confirmées de manièreofficieuse en Israël– des convois d’armes duHezbollah qu’il cherchait à mettre à l’abri descombats en les rapatriant au Liban. Dans lemême temps, l’implication de la formationchiite dans la guerre syrienne a pour consé-quence un affaiblissement du mouvementchiite, jugent les hauts gradés de Tsahal. «Lasituation stratégique du Hezbollah est en déclin,à la fois parce qu’il a perdu une partie de sonsoutien au Liban et que la Syrie n’a plus la forcede le soutenir, juge un responsable israélien.Ils ont aussi perdu de nombreux combattants.Mais on peut imaginer que leurs capacités àcombattre se renforcent grâce à ces nouvellesexpériences sur le terrain.»Ce militaire prévient que l’acheminementd’armes sophistiquées au Liban, telles quedes missiles antiaériens, des missiles sol-merou des armes chimiques, pourraient avoirdes conséquences désastreuses sur la popu-lation libanaise: «Si le Hezbollah fait usaged’armes sophistiquées contre Israël et lance desmissiles sur nos villes, nous réagirons très fortet ce sont les civils libanais qui en pâtiront. LeCraignant l’escalade, le président libanais appelleles combattants chiites à quitter la Syrie.Le Hezbollah,péril en sa demeureAu Liban, l’interventionmilitaire du Hezbollahaux côtés du régime sy-rien de Bachar al-Assad conti-nue de provoquer des remous.Jeudi, c’est le président liba-nais, Michel Sleimane, qui estmonté au créneau, appelant lescombattants du Hezbollah «àrentrer au Liban», dans une in-terview parue dans le quoti-dien libanais As Safir. «S’ilsparticipent à la bataille d’Alep,cela attisera davantage les ten-sions. J’ai dit que protéger la ré-sistance [le Hezbollah, ndlr] estquelque chose qui m’est cher,mais je veux aussi la protégercontre elle-même», a-t-il af-firmé.«Poignardés». Le Président,partisan de la «neutralité» li-banaise dans le conflit syrien,envoie ainsi un signal fort à lacommunauté internationale,même si son influence reste li-mitée sur le plan intérieur.Depuis les accords de Taëf quiont mis fin à la guerre civileen 1989, le Président joue sur-tout un rôle d’arbitre au seindes institutions libanaises. Saprise de position intervientpeu après la remise d’un mé-morandum signé par 57 dépu-tés du «14 mars», la coalitionantisyrienne conduite parSaad Hariri, exhortant le chefde l’Etat à demander au Hez-bollah de «se retirer immédia-tement et totalement des com-bats en Syrie». Début juin, le«Parti de Dieu» a joué un rôlecrucial dans la reconquête dela ville d’Al-Qoussayr, bastiondes rebelles syriens proche dela frontière libanaise, et estégalement présent en forcedans la ville de Sayeda Zeinab,dans la banlieue sud de Da-mas. Selon l’opposition sy-rienne, il serait aussi impliquédans les combats dans le norddu pays.L’engagement total du Hezbol-lah en Syrie fait même grincerles dents de certains de sessoutiens les plus fidèles. Demanière inattendue, GebranBassil, ministre démission-naire et gendre du généralMichel Aoun, principal alliéchrétien du Hezbollah de-puis 2006, a taclé le parti chiiteces derniers jours. «Les occu-pations régionales du Hezbollahl’ont poussé à commettre deserreurs internes», a soutenu leministre. «Il nous a poignardés,il a poignardé la démocratie», a-t-il affirmé dans le quotidienpanarabe Asharq al-Awsat,accusant le «Parti de Dieu»d’avoir manœuvré avecd’autres formations pour re-porter les élections législativesjusqu’en novembre 2014. Lescrutin, qui aurait dû se tenirce mois-ci, aurait pu mettre endifficulté le Hezbollah etl’amener à reconsidérer sonimplication en Syrie.«Ces déclarations ne remettentpas en cause l’alliance straté-gique du général Aoun avec leHezbollah, mais elles reflètent lesentiment de l’opinion publiquechrétienne, qui majoritairementn’est pas favorable à son actionen Syrie», estime Ghassan el-Ezzi, professeur de sciencespolitiques à l’université liba-naise de Beyrouth.Roquettes. L’implication du«Parti de Dieu» a des réper-cussions sécuritaires de plus enplus importantes au Liban,particulièrement dans la plainede la Bekaa, dans l’est du pays.En «représailles» à la reprised’Al-Qoussayr par le Hezbol-lah, une trentaine de roquettestirées depuis le territoire sy-rien ont touché depuis le débutdu mois de juin la ville deBaalbek, fief du parti chiite, etplusieurs villages environ-nants. Les relations entresunnites et chiites se sont en-core dégradées cette semainedans la Bekaa, avec l’assassinatde trois Libanais chiites, dontdeux membres du puissantclan tribal des Jaafar. Ils ontété attaqués par des hommesarmés à proximité de la localitéd’Ersal, bastion sunnite et basearrière des rebelles syriens auLiban. Les foyers de tension semultiplient également dansd’autres régions, comme à Tri-poli, la grande ville portuairedu Nord, ou à Saïda. Dans cetteville côtière au sud du pays,des affrontements au lance-roquettes entre partisans ducheikh salafiste Ahmad al-As-sir et du Hezbollah ont faitmardi un mort et plusieursblessés.De notre correspondant à BeyrouthTHOMAS ABGRALLGolanMerMéditerranéePlaine dela BekaaISRAËLLIBAN30 kmCISJJORDSYRIETripoliHaïfaSaïdaTel-AvivBeyrouthDamasElyakimCamp de ZaritQuneitraCréé en réponse à l’invasionisraélienne au Sud­Liban en 1982,le Hezbollah est un mouvementchiite fondamentaliste armé. Le«parti de Dieu» bénéficie du sou­tien de Téhéran et de Damas, quil’arment et le financent. Il s’estengagé dans le conflit syrien, auxcôtés des forces d’Al­Assad.REPÈRESHezbollah se dissimule dans la population etchercher à l’atteindre revient inévitablement àtoucher des civils.»De la base militaire de Zarit, isolée dans lesbosquets touffus face à la frontière libanaise,des soldats ont les yeux rivés sur les appareilsd’observation qui ne perdent pas une miettede ce qui se passe de l’autre côté de la clô-ture. A intervalles réguliers, des représen-tants de Tsahal, de l’armée libanaise et de laForce intérimaire des Nations unies au Liban(Finul) se retrouvent pour faire lepoint sur le résultat de leurs ob-servations à la frontière. Les offi-ciels israéliens aiment relever queles rapports avec l’armée libanaisesont plutôt sereins, mais laissentouverte la question de savoir sicette non-belligérance seraitmaintenue en cas de nouveauconflit entre l’Etat israélien et le parti chiitelibanais.Mais c’est à l’est, sur la frontière israélo-sy-rienne, que la situation s’est soudainementdégradée. Après les Japonais, puis les Cro-ates, les Autrichiens ont à leur tour retiré«Le Hezbollah a perdu de nombreuxcombattants. Mais on peut imaginerque leurs capacités à combattrese renforcent grâce à ces nouvellesexpériences sur le terrain.»Unresponsablemilitaireisraélienleurs observateurs de la Force des Nationsunies sur le Golan, après que deux d’entreeux ont été blessés dans des échauffouréesentre armée syrienne et rebelles. Pour la pre-mière fois, début juin, les combats ont atteintle point de passage de Quneitra, les insurgéstenant pour quelques heures la position desgarde-frontières syriens. Côté israélien, lesmilitaires disent ne pas craindre de confron-tation avec l’armée syrienne, jugeant que lesforces de Bachar al-Assad ont d’autres chatsà fouetter.JIHADISTES. C’est davantage une situationsimilaire à celle qui perdure avec la bandede Gaza, avec des tirs de roquettes spora-diques, que craint Tsahal. L’enrôlementd’hommes du Hezbollah sur le terrain sy-rien pourrait leur donner un accès à la fron-tière entre Israël et la Syrie. Dans le scénarioinverse où les forces loyales à Bachar al-As-sad perdraient du terrain, Israël craint alorsque des groupes de jihadistes profitent del’occasion pour faire de la frontière sur leGolan une nouvelle zone de confrontationisraélo-syrienne.•970Casques bleus sont en perma­nence déployés sur le plateaudu Golan depuis 1974 pour fairerespecter le cessez­le­feu entreIsraël et la Syrie.«Le projet du Hezbollahau Liban […] détruit laformule de coexistencecommune, le systèmedémocratique et l’unitédes confessionsmusulmanes.»SaadHaririchefdel’oppositionlibanaise,le13juinLIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 MONDE • 7
  8. 8. AuBrésil,ladroitedurechercheàraflerlamiseAvec plus d’unmillion demanifestants jeudisoir, la révolte aatteint uneampleur qui laissela présidente,Dilma Rousseff,sans voix.Pas un mot. La présidente duBrésil, Dilma Rousseff, duParti des travailleurs (PT,gauche), est restée muréedans son silence après la réunion decrise tenue vendredi avec ses con-seillers pour étudier la marche àsuivre face à la révoltepopulaire qui embrasele Brésil. Rien n’a fil-tré, sinon qu’elle restait «perplexe»face à l’ampleur de la convulsionsociale. Mais aucune déclaration of-ficielle n’est venue répondre à lacolère de la rue qui a atteint jeudiune ampleur inédite. Plus d’un mil-lion de manifestants avaientprotesté dans une centaine devilles, du jamais-vu depuis trenteans. Ils étaient au moins 300000 àRio, 110 000 à São Paulo,100000 à Vitória, 52000 à Recife,30000 à Manaus… La révolte, dé-clenchée il y a deux semaines par lahausse du tarif des transports ur-bains, a en effet redoublé de vi-gueur, et cela malgré la révocationde la mesure par près d’une cin-quantaine de villes. Une fois deplus, c’est la classe politique toutentière, et même les institutions,qui ont été dans le collimateur. Lesmanifestants dénonçaient la cor-ruption et l’impunité, ainsi que laprécarité des services publics, alorsque le pays va débourser au moins10 milliards d’euros pour organiserle Mondial de foot l’an prochain.DÉSAVEU. Les débordements, mar-qués par des scènes de pillage etde vandalisme, ont entraînédeux morts accidentelles et aumoins 77 blessés. La Fifa, organisa-trice de la Coupe des confédérationsde foot, qui se déroule actuellementsur place, a pour sa part démentiavoir menacé de mettre fin à lacompétition après que deux auto-bus liés à l’organisation ont été vi-sés à Salvador de Bahia. C’est àBrasília, la capitale, que la tensionétait la plus forte. Des contestatairesont attaqué le siège du ministère desAffaires étrangères et tenté d’enva-hir le Congrès. Et, pour la premièrefois depuis le début de la révolte, ily a deux semaines, le palais prési-dentiel du Planalto a été pris pourcible. Un millier de manifestantsont marché sur l’édifice aux lignesépurées –autour duquel s’était dé-ployée l’armée–, avant d’être re-poussés à coups de lacrymos. DilmaRousseff est restée retranchée toutela journée sur place. La crise a bel etbien frappé à la porte du Planalto.La Présidente a annulé tous ses dé-placements, et notamment une vi-site officielle qu’elle devait effectuerau Japon la semaine prochaine.Mais son silence –elle s’est conten-tée jusqu’ici de rendre hommage àla vitalité démocratique du pays,dont le mouvement serait lapreuve– s’était fait de plus en plusassourdissant. Son entourage seraitdivisé quant à l’opportunité de seprononcer ou non sur les événe-ments. Ne serait-ce pas une façondereconnaîtrequelegouvernementest lui aussi visé par le désaveu po-pulaire?Brasília n’en cherche pas moins laparade. Un train de mesures so-ciales pour les jeunes, principauxacteurs de la contestation, serait àl’étude. Selon la presse, certains auPT prêchent un virage à gauchepour doper les investissementsdans la santé et l’éducation. Leparti, qui s’est joint aux manifes-tants, a été désavoué par laPrésidente. Cette décision de re-joindre les manifs a été perçuecomme une tentative, sinon de ré-cupérer le mouvement, du moinsde montrer que le PT –qui croyaitdétenir le monopole de la rue et sevoit débordé par elle– n’est pas in-sensible aux revendications. Mais,pour Dilma Rousseff, l’irruption desa formation sur l’avenue Paulista,jeudi soir à São Paulo, risquaitd’exposer explicitement son gou-vernement à la colère populaire,alors qu’il n’est pas –du moinspour l’instant- la cible principaledes manifestants. Lesmilitants du PT ont ef-fectivement été fraî-chement reçus et ontdû être carrémentévacués pour échap-per aux foudres d’unefoule rétive à la pré-sence de toute forma-tion politique. «Hey, PT, va te fairef…» hurlaient des protestataires, enmettant rageusement le feu à labannière rouge du parti de Lula.«Partez à Cuba, partez au Ve-nezuela», criaient d’autres. «Fas-cistes!» s’époumonaient en retourles gens du Movimento Passe Livre(Mouvement du libre passage,MPL). A l’origine de la fronde quiembrase le pays, le MPL, groupe-ment «anticapitaliste» qui militepour la gratuité des transports encommun, a même abandonné lamanifestation.AVORTEMENT. Alors que des cor-tèges étaient programmés hier dansune soixantaine de villes, le MPL aannoncé qu’il ne convoquerait plusd’autres mobilisations. Ses repré-sentants dénoncent une récupé-ration de la révolte par la droite.«Nous avons vu surgir des bannièresterribles comme la baisse de la majo-rité pénale ou le rejet de l’avorte-ment», a expliqué l’un d’eux. «Audépart, le mouvement réclamait labaisse du tarif des transports en com-mun et voilà que se joint à nous main-tenant une classe moyenne réaction-naire qui vomit les pauvres et ne seremet toujours pas d’être gouvernéepar la gauche», déplorait lundi Leo-nardo, un étudiant en histoirecroisé sur la Paulista. La politologueMaria Izabel Noll fait écho à cescraintes: «Mai 68 avait renforcé legaullisme, rappelle-t-elle. Au Brésil,on peut craindre que l’avancée dela mobilisation serve à justifier le re-tour d’un gouvernement conserva-teur, qui délogerait le PT du pou-voir.»•ParCHANTALRAYESCorrespondanteàSãoPaulo«Voilà que se joint à nous uneclasse moyenne réactionnairequi vomit les pauvres etne se remet pas d’être gouvernéepar la gauche.»LeonardoétudiantenhistoireRÉCITDes manifestants après le tir de gaz lacrymogènes par la police, à Rio, jeudi soir. PHOTO NICOLAS TANNER. AP20centimes de real (7 centimesd’euros). C’est le montantde l’augmentation du ticketde bus qui a mis le feu auxpoudres, il y a dix jours.Le plus vaste mouvement socialau Brésil depuis vingt et un ans aculminé jeudi avec plus d’un mil­lion de personnes dans 80 villes.A l’opposition au prix des trans­ports s’est ajoutée la contestationde la précarité, de la corruption,et des 11 milliards d’euros dépen­sés pour le Mondial de foot.REPÈRESRÉSEAUX SOCIAUX«Nous sortons de Facebook»,proclament certains slogans.Le réseau joue un rôle clédans les manifestations, orga­nisant les rassemblements. Lafronde brésilienne se veutrévolution 2.0.LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 20138 • MONDE
  9. 9. Des dizaines de milliersd’Egyptiens se sontrassemblés hier àMedinat Nasr, en périphériedu Caire, pour apporterleur soutien au présidentMohamed Morsi. Sous unsoleil étouffant, la foule,majoritairement composéede provinciaux, a brandi desdrapeaux égyptiens et desportraits du chef de l’Etat;de nombreux slogans fai-saient rimer Morsi et démo-cratie, d’autres appelaient àl’instauration de la charia.Initiée par les Frères musul-mans, dont est issu le raïs,cette manifestation a réunidix-sept partis islamistesderrière un triple motd’ordre: défendre le bilandu gouvernement, rétablirla légitimité de Morsi et dé-noncer la violence politique.Il y avait aussi une volontéd’intimidation : montrerl’unité et la puissance ducamp islamiste alors que lePrésident est critiqué de tou-tes parts et que l’oppositiona prévu une grande mani-festation le 30 juin. Fortsdes 15 millions de signaturesde la pétition anti-Morsiqu’ils ont lancée, les mili-tants libéraux et de gaucheattendent beaucoup de cetteéchéance et rêvent d’une se-conde révolution.Hier, le pari des islamistesn’a été qu’à moitié réussi:si les soutiens étaient aurendez-vous, Al-Nour, leplus important parti sala-fiste, n’a pas pris part audéfilé par crainte d’aggraverla polarisation. Mais aussipour se démarquer du pou-voir et soigner son image envue des législatives prévuescet automne.Un an après l’investiturede Morsi, le pays est totale-ment divisé, pas loin de larupture. Le bilan n’est pas àla hauteur des espérances:l’économie est au plus mal,le processus de transitiondémocratique traîne despieds et le régime fait preuved’une brutalité qui n’a rienà envier à la dictature deHosni Moubarak. Si lePrésident a hérité d’une si-tuation compliquée et nesaurait être tenu pour uniqueresponsable de la crise, sesmaladresses à répétition etle mépris dont il fait preuveà l’égard de l’oppositionattisent les mécontente-ments. Dernier exemple: lasemaine passée, le chef del’Etat a nommé Adel al-Khayat, membre de laGamaa al-Islamiya, au postede gouverneur de Louxor. Orc’est dans cette provinceque des militants de cemouvement islamiste onttué 58 touristes sur le sitearchéologique de Deir-el-Bahari, en 1997. Morsi, qui seprésentait comme «le prési-dent de tous les Egyptiens»,apparaît de plus en pluscomme le président des seulsislamistes. Et l’oppositionespère secrètement qu’aprèsle 30 juin, il ne sera plus leprésident de personne.•De notre correspondant au CaireMARWAN CHAHINEAuCaire,lessoutiensdeMorsisemanifestentÉGYPTE Les partisans du raïs ont paradé hier. Sesopposants préparent l’épreuve de force.PAKISTAN Un attentat-sui-cide a fait au moins 15 mortsvendredi dans une mosquéechiite près de Peshawar,dans le nord-ouest du pays.ESPAGNE Huit personnesappartenant à un réseau liéà Al-Qaeda ont été arrêtéesvendredi dans l’enclave es-pagnole de Ceuta (Maroc).TUNISIE Le procès en appeldes trois Femen européennescondamnéesàquatremoisdeprison se tiendra mercredi.RDC L’Afrique du Sud a dé-ployé ses troupes en républi-que démocratique du Congovendredi en coopérationavec l’ONU, afin d’y com-battre les groupes armés.SYRIE L’armée a bombardé lequartier de Qaboun, à Da-mas, vendredi, dans le butd’en déloger les rebelles.RUSSIE La Douma a voté,vendredi, l’interdiction,pour des homosexuels,d’adopter des enfants russes.Retrouvez notre carte animée et commentéeQuatre minutes pour comprendre le conflit en Syrieet notre dossier Le conflit en Syrie•SUR LIBÉRATION.FR«Il y a eu avecl’opération Servalun affaiblissementconsidérable desgroupes [islamistes].Mais ils ontdes capacitésde reconstructiontrès rapides.»MichelReveyranddeMenthonreprésentantspécialdel’UEpourlarégionsahélienne,vendrediLes alliances contre­naturene durent jamais: il y aun an, Fotis Kouvelis avaitaccepté de participer à lacoalition gouvernementaledominée par le parti con­servateur Nouvelle Démo­cratie pour éviter à laGrèce une nouvelle crisepolitique. Pour cet ex­com­muniste de 65 ans, c’étaitun pari risqué: son petitparti, Dimar, créé en 2010et issu d’une scission de lagauche radicale, pouvait yperdre son âme et sonélectorat. Mais après avoiravalé bien des couleuvres(comme le rejet d’une loiantiraciste par NouvelleDémocratie), Kouvelis aperdu sa sérénité légen­daire lors de la suppressionbrutale de la télévisionpublique, le 11 juin. Opposéà cette mesure, Kouveliss’est aussi offusqué de voirle Premier ministre, Anto­nis Samaras, s’obstiner mal­gré l’avis défavorable duConseil d’Etat prononcélundi. Du coup, vendredi,Kouvelis a demandé auxquatre ministres de sonparti de quitter un gouver­nement qu’il ne soutientplus. Ce qui laisse face àface socialistes et conser­vateurs, autre alliance con­tre­nature. PHOTO REUTERSLE VIEUX LIONGREC KOUVELISLÂCHE SAMARASLES GENS127ans de prison. C’est lacondamnation dont aécopé, en Espagne, JoanVila Dilmé, pour le meur­tre de 11 personnes âgéesdans la maison de retraiteoù il travaillait commevigile, entre 2009 et 2010.Un film deAntonin PERETJATKO«Resplendissant. Une joie communicative et uneaudace dans la blague qui connaît peu de limites…bienvenue chez les fous!»LES INROCKS«Hyper jouissif!»TÉLÉ CINÉ OBS«Une ode à la légéretéet à laventure.»SO FILM«Singulière et craquante, unecomédie qui fait du bien à la vie.»20 MINUTES«Drôle. Très drôle. Une pépitedhumour décalé.»LEXPRESS«Une folie plusque bienvenue dansle cinéma.»EVENE.FR«Givré!»LIBÉRATION«Hilarious Vincent Macaigne!»HOLLYWOOD REPORTER«Un road movie complètementbarré. Réjouissant!»FRANCE INTERACTUELLEMENTEmmanuel Chaumet présenteVimala PONS Vincent MACAIGNEGrégoire TACHNAKIAN Marie-Lorna VACONSINET AUSSI SERGE TRINQUECOSTE, THOMAS SCHMITT, ESTEBAN, PHILIPPE GOUIN, LUCIE BORLETEAU,PIERRE MEREJKOWSKI, CLAUDE SANCHEZ, YOANN REY ET LA PARTICIPATION AMICALE DE ALBERT DELPY ET BRUNO PODALYDÈS«Si jétais encore vivantjirais voir ce film.»GROUCHO MARX«Craquante Vimala Pons,hilarant Vincent Macaigne,on jubile, on savoure.»LE MONDE«Se foutre carrément de tout !»STENDHAL« La comédie en or ! » ELLE«Jolie façon de rentrer danslété. Une petite pépite.»STUDIO CINÉLIVE«Jubilatoire!»TGV MAGAZINELIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 MONDEXPRESSO • 9
  10. 10. Villeneuve-sur-Lot:uneaubainepourladroitedécomplexée?Une victoire du FN, dimanche, serait un coup dur pour le front républicain.Dans les états-majors pari-siens, rares sont ceux quise risquent à exclure unevictoire du Front nationalà Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Ga-ronne), dans l’ancienne circons-cription de Jérôme Cahuzac, di-manche, au deuxième tour de lalégislative partielle. A droite, l’hy-pothèse est envisagée plutôt serei-nement, avec un brin de résigna-tion. Plus personne ne croit, en toutcas, que le candidat de l’UMP Jean-Louis Costes pourra compter sur unsursaut comparable à celui qui aporté Jacques Chirac à l’Elyséeen 2002, avec 82% des suffragesface à Jean-Marie Le Pen. Aprèsl’élection partielle dans l’Oisedu 24 mars, qui avait vu l’UMPJean-François Mancel l’emporterde quelques centaines de voix sur saconcurrente frontiste, le scrutin dedimanche pourrait signer, une foispour toutes, l’arrêt demort du «front républi-cain». «Si le FN obtient45% ou plus pour la deuxième foiscette année, c’est énorme», souligneJérôme Fourquet de l’Ifop.Dans le parti de Jacques Chirac,certains se réjouissent de l’enterre-ment de ce vieux «front républi-cain». Jean-François Copé et sesamis, partisans d’une «droite dé-complexée», y verront la justifica-tion définitive de leur ligne «ni-ni»(ni FN ni front républicain) contes-tée par les modérés, notammentNathalie Kosciusko-Morizet etFrançois Baroin. Pour GuillaumePeltier, animateur de la Droiteforte, courant le plus droitier del’UMP, la partielle de Villeneuve-sur-Lot confirme que «les diguesdes reports de voix ont définitivementsauté». Les électeurs de gauche nesont pas plus sensiblesque ceux de droite aux«consignes de Paris» et iln’est pas de plus grand service àrendre au FN que de «laisser enten-dre qu’il n’y aurait pas de différencesentre droite et gauche».GOURMANDISE. De fait, le timideappel de la direction du PS au frontrépublicain fournit au FN ses slo-gans favoris: vendredi sur RFI, lebras droit de Marine Le Pen, FlorianPhilippot, dénonçait avec gour-mandise «un front des copains pourrester en place». Reprenant une rhé-torique chère à l’ancien patron deMinute Patrick Buisson, conseillerultra-droitier de Nicolas Sarkozy,Peltier affirme que la droite parle-mentaire doit «s’adresser aux petitset aux invisibles», leur montrer qu’ilexiste «une vraie droite». Inutile,selon lui, de remonter à CharlesMaurras: «Sarkozy a montré la voiedès 2004. En prônant la rupture avecle chiraquisme, il tournait la paged’une droite qui avait honte de ne pasêtre de gauche.» Copé, présidentd’une UMP en crise, ne dit pas autrechose. En meeting dans l’Aisnemercredi, il a ressorti son hymne à«la droite décomplexée» qui necraint pas de «dire les choses». De-vant les militants picards, il s’esttaillé un franc succès, jurant de neplus leur servir «d’eau tiède» et enosant un hommage appuyé aux vic-times du désormais célèbre «ra-cisme antiblanc».Pour l’aile droite de l’UMP, l’entréeà l’Assemblée nationale d’un qua-trième député d’extrême droiten’aurait rien d’une catastrophe.Bien au contraire: ce pourrait êtrel’électrochoc salutaire qui encoura-gera la droite à se débarrasser de ses«complexes».Soucieux de ne pas décourager lesélecteurs de gauche susceptibles derespecter le front républicain,l’UMP Jean-Louis Costes s’est biengardé de solliciter le soutien deschampions de la droite décom-plexée. Il s’est contenté de la visitede l’ancien ministre de l’Agricul-ture Bruno Le Maire, possible atoutdans cette circonscription très ru-rale, en meeting à Casseneuil mardisoir. Attendu jeudi, le centristeJean-Pierre Raffarin a dû renoncerà cause d’un «problème d’avion».CRISE. Gilbert Collard et FlorianPhilippot n’ont eu, en revanche,aucun souci de transport pour venirsoutenir le jeune frontiste EtienneBousquet-Cassagne, jeudi. Pour sondirecteur de campagne Michel Gui-niot, vieux cadre du FN, la victoireà Villeneuve-sur-Lot est plus pro-bable encore qu’à Beauvais où iln’avait manqué que quelques cen-taines de voix à Florence Italiani.Dans le Lot-et-Garonne et dansl’Oise, les candidats du Front natio-nal ont fait à peu près le mêmescore au premier tour: près de 26%.Mais avec 40%, l’UMP Jean-Fran-çois Mancel avait fait beaucoupmieux que le modeste 28% de Cos-tes. Sans mobilisation significativedes abstentionnistes, une victoiredu FN peut donc raisonnablementêtre envisagée.En toute hypothèse, l’élection par-tielle de Villeneuve renvoie la droiteà sa crise existentielle. Dans l’UMPbalkanisée, nombreux sont ceuxqui ne se rallieront jamais à la stra-tégie de droitisation. Nathalie Kos-ciusko-Morizet rappelle qu’à Paris,comme à Lyon, les élections pri-maires ouvertes à tous les sympa-thisants ont abouti à la désignationde candidats «qui refusent de mettresur le même plan un parti extrémiste[le FN] et un parti qui s’inscrit dansle champ républicain [le PS]».Plusieurs responsables de l’UMPse revendiquant de la sensibilitégaulliste militent pour la renais-sance d’un rassemblement «au-dessus des partis». L’ancien prési-dent de l’Assemblée nationale Ber-nard Accoyer est de ceux-là.Comme de nombreux proches deFrançois Fillon, il estime qu’encherchant à s’affirmer comme une«vraie droite» capable de doublerle FN sur son terrain, l’UMP «se ré-signe au populisme». L’alternative?«Ce serait de faire du vrai gaul-lisme», affirme Accoyer. Vaste pro-gramme… comme disait, juste-ment, le Général.•ParALAINAUFFRAYetGILBERTLAVALANALYSE26%des Français pourraient voterFN à une élection nationale,et 29% à une élection locale,selon un sondage BVA pourl’émission CQFD d’i­Télé.LOTTARN-ET-GARONNETARN-ET-GARONNEGERSLANDESGIRONDE LOT-ET-GARONNEDORDOGNEAgen25 km25 kmVilleneuve-sur-Lot «Les Français ont biendécrypté que ça n’étaitpas un front républicain.C’est un front des copainspour rester en place.»FlorianPhilippotvice­présidentduFN,vendrediREPÈRES «Le FN [n’est pas]une alternative crédible.Voter FN, ce serait aiderHollande en affaiblissantla droite et le centre.»Jean­FrançoisCopéprésidentdel’UMP,dimancheLe candidat UMPJean­Louis Costesen meeting mardià Casseneuil ( Lot­et­Garonne). PHOTOCHRISTIAN BELLAVIALIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 201310 •FRANCE
  11. 11. JUSTICE La plainte pour«provocation à la haine ra-ciale» déposée par la Fonda-tion du mémorial contre latraite des Noirs contre le dé-puté UMP Jean-ChristopheVialatte pour un tweet, postéle 13 mai lors des violencesdu Paris-SG au Trocadéro,assimilant les «casseurs» àdes «descendants d’escla-ves», va être retirée aprèsun accord entre les intéres-sés.PARIS La vice-présidentedu Modem, Marielle deSarnez, candidate à la mairiede Paris, a dit vendredi vou-loir «arriver à un rassemble-ment du centre» dans la capi-tale.«J’ai le sentimentsurtout d’êtreextraordinairementinfluente dansl’équilibrecroissance-austérité.»KarineBergerdéputéePSdesHautes­Alpes,danslaProvencedevendredi,etquiprovoquel’hilaritésurTwitter2Femen ont tenté de sejeter sur François Hol­lande au Bourget en criantle nom de deux Françaisescondamnées en Tunisiepour avoir manifesté seinsnus. Elles ont été menot­tées et éloignées par lesservices de sécurité.Marquer la bonne dis-tance. Ni trop prèsni trop loin. Voilà leprincipal enjeu ce week-endde la visite de François Hol-lande au Qatar. Un confetti,grand comme la Corse,bourré de réserves en gazet pétrole, et donc richecomme Crésus. En 2010, cepays est même devenu leplus riche du monde en ter-mes de PIB par habitant.Voilà qui force évidemmentle respect.Pour François Hollande, ils’agit à la fois de s’inscriredans cette longue histoirefranco-qatarie, commencéeavec François Miterrand etaccélérée avec Jacques Chi-rac, et de se détacher (un peumais pas trop non plus) de laquasi-fusion qu’avait entre-tenue Nicolas Sarkozy avecl’émir Hamed ben Khalifaal-Thani. Une histoire quicontinue, d’ailleurs, puis-que, selon le Canard en-chaîné, des diplomates fran-çais venus préparer le voyagede François Hollande ont eula surprise de tomber nez ànez à Doha avec l’ancienPrésident venu, lui, rendrevisite incognito à son trèsriche ami.Opacité. Très vite aprèsl’élection de Hollande, leQatar a fait assaut d’amabi-lité auprès de l’Elysée. Pen-dant l’été 2012, le Royaumeaura été reçu à trois reprises.L’Emir une fois, avec tousles égards. Et le Premierministre à deux reprises.Mais en toute discrétion.Au total, ce sera plus quel’Allemagne d’Angela Mer-kel. «Ils n’avaient qu’uneseule crainte, c’est que la col-laboration entre nos deux payss’arrête», confie un diplo-mate. Le Qatar avait surtoutenvie que la convention fis-cale qui l’exonère de toutimpôt de plus-value immo-bilière dans ses investisse-ments dans l’Hexagone soitconfirmée. Elle le sera.Mais, entre-temps, Hollandea cherché à clarifier les non-dits de la diplomatie qatarie.Et notamment ce fonds, ini-tialement destiné aux ban-lieues françaises, et finale-ment fusionné avec la Caissedes dépôts et consignationspour aider au financementdes PME. Et puis il y a le jeutrouble du Qatar au Mali,suspecté d’aider des groupesliés à Al-Qaeda au Maghrebislamique. Et enfin cettelutte d’influence sur l’oppo-sition syrienne à laquelle selivrent le Qatar et l’ArabieSaoudite. Paris assure quetout est devenu transparent.«Je ne vois pas d’opacité dansles relations entre nos deuxpays», assure même unfonctionnaire. Ce n’est pro-bablement pas vrai. Mais,dans l’entourage du chef del’Etat, on souhaite que cettevisite se place au-dessus«des interrogations et des po-lémiques».En matière de diplomatietout est affaire de dosage etde symbole. Hollande pas-sera une nuit et presquevingt-quatre heures à Doha.Soit quasiment le tempspassé en Russie. Ce qui estbeaucoup pour un Présidentqui ne quitte jamais l’Hexa-gone plus de quarante-huit heures. Mais, en mêmetemps, cette visite intervientaprès son pas-sage en ArabieSaoudite et auxEmirats arabesunis, les deuxconcurrents dupetit royaume.Une façon, pourHollande, de prendre un peude distance.Entrisme. Le chef de l’Etatva évidemment parler affai-res. Redire que le Qatar estle bienvenu en France.D’ailleurs, Paris veut relati-viser l’entrisme du petitémirat au sien du capitalismefrançais. A l’Elysée, on aimerépéter que ses investisse-ments en France (autour de15 milliards d’euros) ne re-présentent que 10% de la to-talité de son fonds. «Et puis,la France n’est que le qua-trième partenaire commercialdu Qatar, loin derrière l’Alle-magne et le Royaume-Uni»,assure un conseiller du chefde l’Etat. Ce qui signifie qu’ily a donc une marge de pro-gression.GRÉGOIRE BISEAUFaceauQatar,Hollandegardel’équilibreDIPLOMATIE Le Président ajoute ce week-end unevisite à sa longue série de rencontres avec l’émirat.Dominique Strauss­Kahn sera auditionné durant uneheure, mercredi, par la commission d’enquête du Sénat,sur le rôle des banques et des acteurs financiers dansl’évasion des capitaux. C’est en tant qu’ancien ministre etancien directeur général du Fonds monétaire internatio­nal que Dominique Strauss­Kahn sera écouté. Presque undébut de réhabilitation pour celui qui, depuis deux ans,est davantage entendu sur les affaires du Sofitel ou duCarlton que sur ses expertises économiques. Hasardmalencontreux du calendrier, le même jour, l’ex­ministredu budget Jérôme Cahuzac doit être entendu par uneautre commission d’enquête, cette fois à l’Assembléenationale, sur le rôle du gouvernement dans son affairede fraude fiscale. PHOTO APDSK AUDITIONNÉLE MÊME JOURQUE CAHUZACLES GENSL’émir qatari Hamed ben Khalifa al­Thani, à l’Elysée le 22 août 2012. PHOTO K. TRIBOUILLARD. AFPIl s’agit pour le chef de l’Etatde s’inscrire dans l’histoirefranco-qatarie et se détacherde la fusion qu’entretenaitSarkozy avec l’émir.La droite crie au scan­dale après l’incarcéra­tion d’un manifestantanti­mariage pour tous.•SUR LIBÉ.FRParCATHERINECOROLLERHommageàJeanMoulin:Ayraultappelleà«laplusgrandevigilance»L’ex-chef de l’Etat Nico-las Sarkozy se plaçaitsans vergogne dansles pas des résistants à l’oc-cupation nazie, comme JeanMoulin ou Guy Môquet. Endéplacement dans le Rhôneavec son épouse, vendredi,à l’occasion des 70 ans del’arrestation de Jean Moulin,Jean-Marc Ayrault a fait part,lui, de ses craintes et de sesdoutes. Première étape: lamaison du docteur Dugou-jon, à Caluire, dans la ban-lieue de Lyon, où Jean Mou-lin fut arrêté le 21 juin 1943.«Nous avons la chance devivre dans une démocratie,dans une république, mais enmême temps on doit se dire quetout cela est fragile, tout celan’est jamais définitif», a dé-claré le Premier ministre.Faut-il y voir une allusion aucontexte politique avec lamontée de l’extrême droite,qu’il s’agisse de la législativepartielle du Lot-et-Garonnequi voit s’opposer des candi-dats UMP et FN pour le siègede l’ancien ministre JérômeCahuzac ou de la mort deClément Méric, ce militantantifasciste tué par un natio-naliste? «On voit partout re-monter, dans les périodes dedésarroi, d’incertitude, dansles pays européens, des mou-vements populistes, des thèsesd’extrême droite», a poursuiviJean-Marc Ayrault. Qui pré-vient: «Il faut toujours resterdans la plus grande vigilance,ne jamais renoncer, ne jamaiscéder, ne jamais faire preuvede faiblesse.»Deuxième étape: la prison deMontluc, à Lyon, où JeanMoulin et de nombreux ré-sistants furent torturés, no-tamment par Klaus Barbie.Saluant «l’immense couragedu préfet résistant» qui a tentéde se suicider en «se tran-chant la gorge avec un débrisde verre» plutôt que de céderaux «forces de la tyrannie»qui lui demandaient de si-gner un document accusantles troupes noires de l’arméefrançaise de massacres defemmes et d’enfants, Ayraults’est interrogé: «Je me suisdemandé si, moi aussi, j’auraistrouvé la force nécessaire pourrésister.» Et d’inviter lesécoliers présents à faire demême: «Qu’aurais-je fait à saplace?» •VU DE CALUIREL’ex­trader de la Sociétégénérale Jérôme Kervielreçoit du soutien… poli­tique. Jean­Luc Mélenchonjeudi, l’écologiste JulienBayou hier, sur Libé.fr…Depuis deux jours, du beaumonde à gauche sort publi­quement pour défendre legarçon, peu avant son pas­sage aux Prud’hommes, ins­tance devant laquelleil réclame 4,9 milliardsd’euros de dommages etintérêts à la banque qui l’alicencié en 2008. «Monengagement s’inscrit dansla lignée des actions du col­lectif Sauvons les riches, quimilite pour la régulationbancaire, explique JulienBayou. Au­delà de l’affaireKerviel, il y a peut­être uneaffaire Société générale[…]. Quand une fraude estcommise dans une entre­prise, elle doit prouver quela hiérarchie n’était pas aucourant –ce que j’ai du malà croire.» «Kerviel est inno­cent», pour Mélenchon, quin’hésite pas à dresser, danssa lutte contre la finance,un parallèle avec l’affaireDreyfus. Dans cette «rudebataille en perspective», ilcompte prendre sa «placecomme soldat du rang»,explique­t­il sur son blog.LA GAUCHEAU SECOURSDE KERVIELL’HISTOIRELIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 FRANCEXPRESSO • 11
  12. 12. LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 201312 • FRANCELe premier tour des électionsmusulmanes, le 8 juin, est pres-que passé inaperçu. Le seconda lieu ce dimanche. Le Conseilfrançais du culte musulman (CFCM) vase doter d’un nouveau bureau et d’unnouveau président, sans doute le recteurde la Grande Mosquée de Paris (GMP),Dalil Boubakeur. Alliés dans beaucoupd’endroits, le RMF (Rassemblement desmusulmans de France, sous influencemarocaine) et la GMP (sous contrôle al-gérien) ont raflé la mise au premier tour.L’Union des organisations islamiques deFrance (UOIF, liée aux Frères musul-mans), elle, a décidé au derniermoment de boycotter le scrutin.Le principal défi des institutionsmusulmanes est leur manque de crédi-bilité auprès des deuxième et troisièmegénérations. Elles ne se reconnaissentpas dans ces batailles alimentées par lesréseaux consulaires ni dans la culturedes «blédards» qui gèrent le plus sou-vent les mosquées. L’imam de BordeauxTareq Oubrou tente de dépasser ces cli-vages. Nous l’avons suivi durant vingt-quatre heures.Vendredi,13h05Plutôt habitué du complet veston, TareqOubrou, recteur de la plus grande mos-quée de Bordeaux, a revêtu un longmanteau sombre et un imam sarik, lecouvre-chef blanc et rouge traditionnel.Devant une foule compacte, il s’avancevers le micro pour prononcer la khotba,le prêche traditionnel du vendredi.Quelques minutes auparavant, le muez-zin avait appelé les fidèles, un appelseulement diffusé à l’intérieur de lamosquée pour ne pas perturber le voisi-nage. Rue Jules-Guesde, dans lequartier populaire de la gare, lasalle du rez-de-chaussée, aux al-lures orientales avec ses carreaux defaïence et ses piliers, est comble. Laconsigne est stricte: personne ne s’ins-talle dans la rue. Pour faire face à l’af-fluence, les salles de classe à l’étage ontété mises à la disposition des fidèles. Ausol, on a déroulé les tapis. DesVendredioulaviesagedelamosquéeAl-Huda«Libération» a passé vingt-quatre heuresavec l’imam bordelais Tareq Oubrou, loindes divisions qui animent les institutionsmusulmanes de France.ParBERNADETTESAUVAGETPhotosFRANCKPERROGONRÉCITIci, les femmes ont le droit de prier dans la même salle que les hommes.Tareq Oubrou, recteur de la mosquée Al­Huda, la plus grande de Bordeaux.Une des salles de classe de la mosquée. On y apprend l’arabe, les sciences islamiques et la récitation du Coran. Charaffedine Mouslim, secrétaire général des musulmans de la Gironde.
  13. 13. LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 FRANCE • 13haut-parleurs retransmettent lakhotba. Tareq Oubrou s’exprime enarabe, puis en français: «Je dois êtrecompris par tous», explique le recteurqui a entamé un cycle de réflexion sur«la parole de Dieu». «Elle a plusieursfonctions, se lance-t-il. Elle est d’abordcréatrice.» Son prêche a une tonalité in-tellectuelle, contrairement à beaucoupd’autres prononcés dans les mosquées,à forte connotation morale. L’assistanceest hétéroclite, d’origine africaine oumaghrébine. Figure respectée et charis-matique, Tareq Oubrou fédère et attire.Parfois, on vient de loin pour l’écouter.Pragmatique, il a avancé d’une demi-heure la grande prière du vendredi.«Cela permet aux gens qui travaillent devenir pendant la pause déjeuner.» Y as-sister est une obligation pour les hom-mes. C’est facultatif pour les femmes.13h22Le prêche est terminé. Dans la salle deprière, il y a au moins 400 personnes.Tareq Oubrou, froissant les fondamen-talistes, a innové: il a autorisé les fem-mes à prier dans la même salle que leshommes. Jeunes ou âgées, elles sontune quarantaine, groupées derrière leshommes. D’autres sont à l’étage. D’unstrict point de vue religieux, celles quiont leurs règles ne peuvent pasparticiper à la prière.16h30Un grand silence règne dans la mos-quée. Un homme passe la serpillière.Deux femmes voilées, bénévoles, assu-rent la permanence à la bibliothèque. Ily a peu d’ouvrages. Ils sont essentielle-ment consacrés à l’islam. Tareq Oubrouest parti se reposer avant la réunion ducercle soufi. Il rentre de Bruxelles, où ila donné une conférence. Auteur dequelques ouvrages, il promeut uneadaptation de la religion musulmane aucontexte européen, et défend, commeil dit, une «invisibilisation» de l’islam,soutenant que le voile n’est pas uneobligation religieuse. Le recteur de lamosquée de Bordeaux est très souventsur les routes, pour donner des confé-rences. Face à la montée du fondamen-talisme, l’«école Oubrou» tente de fairecontrepoids.Très pris, l’homme est épaulé par uneéquipe: des adjoints, un directeur ad-ministratif et beaucoup de bénévoles.Auparavant, à la fin de la grande prière,il recevait les fidèles pour des consulta-tions privées. «Il faut savoir s’arrêter. Jen’étais plus capable de tout assumer.»Dans les mosquées, l’imam interprètele droit musulman, prodigue desconseils, et joue même parfois le rôle duconseiller conjugal.Le bras droit d’Oubrou, CharafeddineMouslim, rentre à son bureau, rue Jules-Guesde, après avoir rencontré le direc-teur de cabinet du préfet. «J’ai régulière-ment des rendez-vous avec les autorités»,dit-il. Lui dirige la Fédération musul-manedelaGironde(FMG),quiregroupedeux mosquées, celle de la rue Jules-Guesde et celle de Cenon, aux portes deBordeaux, et une dizaine d’associations.Une mosaïque de structures qui montrela capacité des Frères musulmans–mouvance dans laquelle gravite laFMG, affiliée à l’UOIF– à occuper le ter-rain. Dans ses cartons, le projet d’unegrande mosquée à 22 millions d’euros,qui devrait voir le jour d’ici 2020 sur lesite d’Euratlantique, un vaste projetd’aménagement de Bordeaux.18heuresTareq Oubrou prend la route vers lamosquée de Cenon. Ce soir, il y a un in-vité de marque, Eric Geoffroy, islamo-logue de renom, Français converti àl’islam, adepte du soufisme, la branchespirituelle de la religion musulmane. Aufil des ans, Tareq Oubrou s’est créé deplus en plus d’affinités avec cette mou-vance. Pourtant, il ne renie rien de sesattaches avec l’UOIF. Au début des an-nées 80, il faisait partie du «clan desBordelais», les pères fondateurs de l’or-ganisation. Désormais, il trace sa proprevoie, parfois controversée au sein mêmede l’UOIF. A la mosquée de Cenon,inaugurée en 2005, en attendant la con-férence, certains lisent le Coran,d’autres prient. Tareq Oubrou et EricGeoffroy sont sur la même longueurd’onde: pour échapper au fondamenta-lisme, plaident-ils, l’islam doit se re-centrer sur sa dimension spirituelle.Samedi,10heuresIl y a foule à la mosquée, rue Jules-Guesde. Beaucoup d’enfants et dejeunes. Toutes les salles de classe sontoccupées. «Ce n’est pas une école cora-nique au sens strict. On vient ici aussipour apprendre l’arabe, pour la culture»,précise Nabil, le directeur bénévole.Mais il est quand même beaucoup ques-tion de religion. Le coût est modique:15 euros par mois. Tous les professeurssont bénévoles. Entre 300 et 400 élèvesfréquentent les cours. Dans la grandesalle de prière, autour de petites tables,de jeunes enfants s’initient à l’arabe. Lamoitié des petites filles sont voilées.Française non musulmane, Danielle suitdes cours d’arabe à la mosquée. «J’aibeaucoup voyagé dans les pays arabes.Je voulais apprendre la langue», raconte-t-elle. «Il y a trois ou quatre ans, j’ai euune période un peu difficile ici, poursuit-elle. Des femmes très voilées considéraientque je n’étais pas à ma place.» Rue Jules-Guesde, il y a un silence pudique sur lacrise traversée entre 2008 et 2010, avecla tentative d’infiltration de musulmanstrès fondamentalistes. Depuis, leschoses se sont arrangées.•REPÈRESCréé en mai 2003, le Conseil fran­çais du culte musulman (CFCM)est une instance représentative del’islam de France, notamment auprèsdes pouvoirs publics. Mais, déchirépar des batailles internes, il ne jouepas pleinement son rôle dans desdossiers comme la construction demosquées ou la formation des imams.1,5million, tel serait le nombre demusulmans pratiquants en France.Les personnes issues de familles d’ori­gine musulmane seraient 6 millions.
  14. 14. MATIGNON Le Premier mi-nistre, Jean-Marc Ayrault,réunira plusieurs ministreslundi matin à Matignon pourfaire le point sur «les ques-tions des réparations et de laprévention» après les inonda-tions qui ont touché le Sud-Ouest cette semaine.INONDATIONS De nombreu-ses routes restaient coupéeset des villages isolés, ven-dredi, dans le Sud-Ouest. ALourdes (Hautes-Pyrénées),37 hôtels resteront ferméspendant des mois.MÈRE Une Jordanienne de36 ans a été placée sous écrouextraditionnel vendredi àMarseille. Suite à un conflitfamilial, elle aurait enlevé sesdeux fillettes en Suisse.130C’est le nombre deprêtres qui vont êtreordonnés cette année,un chiffre loin de compen­ser les départs desanciens. Depuis plusieursannées, les ordinationsoscillent autour d’unecentaine, soit huit foismoins que les départs dusaux retraites ou aux décès.Avec 10 nouveaux curés,Fréjus­Toulon est lediocèse qui attire le plusde postulants. SuiventVersailles (8) et Paris (6).Les preuves manquenttoujours, mais les té-moignages sont acca-blants. Le conseiller di-plomatique et interprètepersonnel du colonel Kadhafia répété, dans une interviewà Complément d’enquête dif-fusé sur France 2 jeudi soir,les accusations de finance-ment de la campagne prési-dentielle de Nicolas Sarkozyen 2007 par l’ancien régimelibyen. Alors qu’une infor-mation judiciaire a étéouverte en France à ce sujet,ce diplomate du nom deMoftah Missouri affirme:«Même Kadhafi m’a dit, àmoi, verbalement, que la Libyeavait versé une vingtaine demillions de dollars.»Menace. Le 30 avril 2012,entre les deux tours de laprésidentielle française,Moftah Missouri avait livréune autre version au Figaro.Interrogé par le quotidien, ilavait confirmé avoir «eu ventdes rumeurs concernant unecontribution financière du co-lonel Kadhafi à la campagnedu président Sarkozy». Il avaitcependant ajouté: «J’ai étépendant quinze ans, en maqualité d’ambassadeur, l’in-terprète officiel [de] Kadhafi.Je n’ai jamais eu connaissanced’un accord financier.»Avant la chute de Tripoli àl’été 2010, le fils de Kadhafi,Saïf al-Islam, avait aussi ac-crédité la thèse d’un finan-cement, déclarant en guisede menace à l’égard deSarkozy : «C’est nous quiavons financé sa campagne etnous en avons la preuve. Noussommes prêts à tout révéler.Nous avons les détails.»Enfin, l’avocat tunisien del’ex-Premier ministre libyenMahmoudi Baghdadi, ren-contré par Libération il y aun an, avait également con-firmé ces soupçons. Lors del’interview à Complémentd’enquête, Moftah Missouri ade plus affirmé l’authenticitéd’un document dévoilé parMediapart en avril 2012, quiindique que Tripoli avait ac-cepté de financer pour«50 millions d’euros» la cam-pagne de Nicolas Sarkozy.«Ça, c’est le document de pro-jet, d’appui ou de soutien fi-nancier à la campagne prési-dentielle du président Sarkozy,s’est-il souvenu. C’est un vraidocument.»Authenticité.Une authen-ticité pourtant fortementmise en cause. Une enquêteest ouverte concernant sacrédibilité après une plaintede Nicolas Sarkozy contreMediapart pour «publicationde fausses nouvelles». Toutesles personnes mentionnéesdans ce document avaientdémenti son authenticité,tout comme, en 2012, le pré-sident du Conseil national detransition, au pouvoir en Li-bye, Mustapha Abdeljalil.L’enquête des juges permet-tra d’y voir plus clair.Les enquêteurs ont déjà per-quisitionné le domicile deZiad Takieddine, intermé-diaire en armement, qui aaffirmé que la Libye avaitbien versé de l’argent à laFrance. Ainsi que celui deClaude Guéant, où ils ont re-trouvé la trace de plusieursvirements suspects.S.Soc.Argentlibyen:unevoixdepluscontreSarkozyFONDS Un diplomate affirme que l’ex-président areçu des millions de dollars avant l’élection de 2007.Voyageur solitaire sur lesroutes de France, unhomme de 48 ans a com­mis 93 cambriolages enl’espace de cinq mois ensillonnant les routes de33 départements. Connude longue date par les ser­vices de police, il auraitempoché 40000 euros ens’attaquant aux coffresforts d’établissements sco­laires, de clubs de sport, en«visitant» des presbytères.Il aurait été arrêté en fla­grant délit en novembrepar une brigade de nuit ducommissariat d’Aubenas(Ardèche). Il s’était intro­duit dans les locaux d’unclub de tennis, a révélé,vendredi, le commissariatdu chef­lieu du départe­ment. Il est depuis endétention provisoire.En fouillant son véhicule,des policiers ont trouvé lematériel nécessaire pourpercer les coffres, notam­ment une disqueuse muniede disques en diamants.Sur son ordinateur, les poli­ciers auraient découvertdes films pédo­pornogra­phiques. L’homme seraitfiché comme délinquantsexuel.40000EUROSDÉROBÉS EN93CAMBRIOLAGESL’HISTOIREUn meeting de campagne de Nicolas Sarkozy, en avril 2007. PHOTO LAURENT TROUDE. AFPUn rassemblement silencieux auralieu samedi en début d’après-mididevant la sous-préfecture d’Argen-teuil (Val-d’Oise) en réaction auxagressions récentes de deux femmesvoilées et à un contrôle de policed’une autre en niqab qui dégénéré le13 juin dans cette commune. Denombreuses associations de luttecontre le racisme et l’islamophobieainsi qu’un collectif d’habitants se-ront présents. Tous demandent unecondamnation sans faille de la partdes autorités des actes islamophobes.Cette semaine, le ministre de l’Inté-rieur, Manuel Valls, a envoyé uncourrier aux deux femmes agressées.L’une d’elles et l’avocat de l’autre ontpar ailleurs été reçus par son direc-teur de cabinet adjoint, jeudi soir.Tout au long de la semaine, denombreuses voix, dont celle du prési-dent d’ACleFeu, Mohamed Mechma-che, avaient alerté le gouvernementsur la tension montante autour deces affaires, notamment au sein dela communauté musulmane, étonnéede l’absence de prises de positionsde la classe politique après ces agres-sions. Alice GéraudGÀ CHAUD RASSEMBLEMENT SUITE AUX AGRESSIONS DE FEMMES VOILÉESL’Etatappeléàcondamnerl’islamophobieParONDINEMILLOTL’héritierducaviar,cocaïnomane,condamnéàhuitanspourviolsSur sa page Facebook, lavidéo d’un bébé qui faitdes câlins à un groschien sur fond de musiquedouce. Dans le huis clos de lacour d’assises de Paris, où ilvient d’être jugé pendantdeux semaines, le récit desrelations sexuelles violenteset des tortures (coups, brûlu-res au briquet-chalumeau,perforation anale) qu’il auraitimposées à deux jeunesfemmes. Cyril de Lalagade,43ans,héritierduprestigieuxrestaurant la Maison du ca-viar et de la société d’importCaviar Volga, a été condamnévendredi à huit ans de prisonpour «viols» et «violences vo-lontaires».Cyril a rencontré Julie (1),alors âgée de 19 ans, en 2003,quand elle était en cure dedésintoxication. Séduite, lajeune femme accepte unverre, puis un rail, puis l’ac-compagne dans ses soiréesd’orgie, qui durent parfoistrois ou quatre jours, à nou-veau totalement accro à lafree base (cocaïne fumée).Aux enquêteurs, elle a décritdes partouzes où les «filles»étaient incitées à consommercocaïne et kétamine, unpuissant anesthésiant fournipar un infirmier de l’hôpitalTenon. Coups de ceinture,introduction d’une pipe àcrack dans le rectum, «souf-flettes» de fumée brûlantedans le sexe, il «s’acharnait»sur son corps rachitique desjournées entières, a-t-elleexpliqué. Déchaîné par leseffets du free base.La deuxième partie civile,Astrid (1), elle aussi dépen-dante à la drogue fournie parl’accusé, a détaillé les mê-mes sévices. Mais, au débutdu procès, elle lui a murmuréun «je t’aime», et tient undiscours ambivalent, où semêlent les violences subies etson attachement toujoursfort à «Cyril». Sur Facebook,elle a liké tous ses posts.Qui est vraiment Cyrilde Lalagade? Derrière la ca-ricature de l’odieux enfantgâté, élevé dans le caviar,ayant si peu à faire de sonargent qu’il le consacre à as-sujettir et faire souffrir, sedresse une autre image, celled’Odette de Lalagade, sagrand-mère. La «reine ducaviar», femme du monde etfemme à poigne, est à la têtede l’entreprise familiale de-puis la mort de son mari dansles années 80. Elle a élevéson fils, le père de Cyril qui,devenu alcoolique au dernierdegré, a été écarté des affai-res et placé sous tutelle. Ellea ensuite élevé Cyril, dont ledestin est assez comparable–lui non plus n’a jamais tra-vaillé. On dit qu’Odette,qu’il appelait «maman» (samère est absente depuis sanaissance) était «très stricte»mais «ne lui refusait rien dematériel», lui versant un«salaire» de 9000 euros parmois. Ultradépendant à lacocaïne, Cyril de Lalagaden’a pas pu se présenter à sonprocès, lundi, car il n’était«pas en état». «Avant de fairedu mal aux autres, c’est quel-qu’un qui s’est d’abord détruitlui-même», dit son avocat,Jean-Yves Le Borgne.•(1) Les prénoms ont été modifiés.À LA BARREAprès un printemps d’intempéries, quelles perspec­tives pour la saison touristique à venir? Décryptage.A l’issue d’une semaine d’épreuves, retrouvez nos quiz,reportages et décryptages dans le dossier Bac 2013.•SUR LIBÉRATION.FRLIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 201314 • FRANCEXPRESSO
  15. 15. Japon L’île d’Iwaïshima, noyau dur de la résistance antinucléaire Page VIIIPiano Behzod Abduraimov, une touche ouzbèke à Montpellier Page XIIleMag SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23JUIN 2013www.liberation.frFeu la cacophonieDès 1986, ils semaientle chaos à coups defarces et d’événementspérilleux. Histoire de labande légendaire quicréa le Burning Man,une ville éphémèresurgie dans le désert duNevada chaque fin d’été.SEBASTIANHYDEETKEVINEVANS
  16. 16. LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013II • LE MAG SOMMAIREENTRETIENJohn LawL’épopée de laCacophony SocietyTrublion de la premièreheure, l’un des fondateursde ce réseau anarchiquequi a sévi sur troisdécennies, raconte.SEBASTIAN HYDEREPORTAGEYamato TakashiUn Japonaissans atome crochuNatif de l’île d’Iwaïshima,cet entrepreneur a repris leflambeau d’une lutte vieillede trente ans contre laconstruction d’une centrale.RAFAËLE BRILLAUDPORTRAITBehzodAbduraimovPianiste prodigeAvec Daniil Trifonov,le jeune Ouzbek compteparmi les meilleursinterprètes apparus cesdix dernières années.ÉRIC DAHANLA SEMAINE DE L’ÉCRIVAINDidier DecoinEmbrasser un avionsur le museauCroire au GPS, dénombrerune armada, voir les Airbusau Bourget et caserles «Goncourables» dansquatre valises.JF PAGA. GRASSETBOURRE­PAFAntoine de CaunesRevenu de«Nulle part»L’animateur fera sa rentréeau Grand Journal. Du coup,petits doigts et croûtes auxgenoux, le Dr Garribertsregresse en 1991.PATRICK KOVARIKJE ME SOUVIENSMahmoudAhmadinejadLe pouvoir absoluLe 26 juin 2005, la victoirede l’ultraconservateur à laprésidence de l’Iran suscitel’inquiétude dans le payset à l’étranger.CARLOS G. RAWLINS. REUTERSLE CASTING DU 22 JUIN 2013PAGE VIIIPAGE IV PAGE XII PAGE XV PAGE XXPAGE XVIII«VU DES ÉTATS­UNIS» SÉLECTIONNÉ PAR PETER KUPER«La lutte elle-même vers lessommets suffit à remplir uncœur d’homme. Il fautimaginer Sisyphe heureux.»Il y a quelque chose decamusien dans le combattrentenaire mené par unepetite brigade d’insulairesjaponais, farouchementopposés au projetd’installation d’unecentrale nucléaire, endépit de la catastrophe deFukushima. Quelque chosequi force le respect et laisseaussi un arrière-goûtd’«à-quoi-bonisme», selonl’expression chère à SergeGainsbourg. Le respecttient à la ténacité d’uneminuscule population quiveut sauver sa peau etrefuse mordicus lachronique d’un suicideannoncé. Le malaiseréside, lui, dans lesentiment que le combatsera perdu. C’est tout ledilemme camusien: on araison de se révolter, carc’est le seul moyen deconduire sa vie dans unmonde absurde, et celaquel que soit le but quel’on veut atteindre. A leurmodeste échelle, ceshabitants de l’îled’Iwaïshima sont unmodèle de résistance pourla planète entière et c’estbien la force de leur choixet de leur engagement.Si leur lutte renvoie encoreà celle de David contreGoliath, elle a aussi lamodernité d’une répliqueau sens employé ensismographie: lesrépliques successives d’untremblement de terre. Ens’entêtant à ne pas serésigner, ces hommes dubout du monde incarnentencore une belle idée del’humanité qui n’a jamaispourtant cessé de s’enprendre plein la figure.L’idée d’un bonheurparadoxal: pour vivreheureux, il faut se battre.L’humanité d’une îleÉDITOParBÉATRICEVALLAEYSArtiste: EdelRodriguez, inédit.«Turquie: laréponse duPremier ministreErdogan à lavague decontestation».
  17. 17. LIBÉRATION SAMEDI 22ET DIMANCHE 23JUIN 2013 CHRONIQUES LE MAG • IIIVOX POPULIParMATHIEULINDONSic transitmorale mundiUn spectre hante la justice française:Nicolas Sarkozy. Pour peu que toutesles juridictions s’y mettent en mêmetemps, on imagine l’ancien présidentdécrivant son agenda. «Lundi, j’aiBettencourt. Mardi, j’ai Karachi. Mercredi,j’ai Kadhafi. Jeudi, j’ai Tapie, et vendredi, c’estla journée comptes de campagne.» Peut-êtreest-ce pour ça qu’il a bourré les prisons, pourêtre sûr qu’il n’y ait pas de place pour lui. Lespetits pois se rebiffent (enfin), ainsi qu’il avaitsurnommé les magistrats, on ne sait pas qui vapasser à la casserole. Ça se paie d’avoir été aupouvoir, on ne peut pas avoir le beurre etl’innocence du beurre. D’autant qu’il y atoujours le risque que, quand le chat n’est pluslà, les souris se mettent à table. A commencerpar Christine Lagarde qui parle malgré elleavec sa lettre de soumission. Elle, au moins,il peut encore la remercier pour tout ce qu’ellene sait pas. Et Claude Guéant, qui avait un telgoût du secret qu’il faisait des choses louchessans même tenir son patron au courant, envoilà un autre sur qui compter. Lui, il n’hésitepas à mettre les mains dans la peinture. Il y aun peu plus d’un an, Claude Guéant étaitministre de l’Intérieur et faisait les leçons demorale, et maintenant il les reçoit en pleinegueule. Sic transit morale mundi. Mais siClaude Guéant avait droit à 10000 euros parmois, combien pouvait se faire son boss, celuiqui allait augmenter dès 2007 le pouvoird’achat du Président pour que, en toute logiquehiérarchique, il soit supérieur à celui duPremier ministre?Nicolas Sarkozy va-t-il réapparaître en tenuede trappiste, robe de bure, sandales et Swatchpour cause de bling-bling badaboum?Le problème est que, s’il dit «j’ai changé»,comme il le dit à chaque fois, ça voudra direqu’il n’a pas changé. Et s’il dit qu’il n’a paschangé, ce qui serait un changement, il est àcraindre que ce ne soit pas fameux en termesde retombées électorales.L’ancien président ne peut pas écrire ses«Mémoires»; ses mémoires, il les confie auxgreffiers. Peut-être que, désœuvré, il jouemaintenant dans sa chambre avec des petitsministres de plomb sur une grande carte deFrance pour mener l’offensive contre lechômage. «A toi, Brice, enfonce-le sur ladroite.» On le voit devant sa télé, à chaque G8ou G20, comme un érudit devant un jeutélévisé: «Mais non, ce n’est pas du tout ça labonne réponse.» Il doit être dégoûté que sesanciens copains (Obama, Poutine) continuentde s’amuser sans lui –c’est comme si on avaitenvoyé Atlas jouer sur la plage, un pur gâchis.Et chaque fois qu’apparaît François Hollandeen représentation: «C’est ça, mon gars, régale-toi, prends ton bon temps. Aie l’air content,au moins. Gâche pas ta joie.» Ça doit lui fairebizarre de penser qu’il n’est plus auxcommandes et que ça ne change pas: il vaencore falloir travailler plus pour gagnermoins. Même ses adversaires ne peuventtoutefois pas nier que, sous son quinquennat,certains scandales auraient épargné la France.«Si j’avais été là, il n’y aurait pas eu d’affaireCahuzac ou autre. On tenait la justice, nous,on ne faisait pas le jeu du Front national.»•REGARDER VOIRParGÉRARDLEFORTClasse de merQuelle allure, quelchic, quelle classe.Le parfait portraità deux d’un cer-tain style de vê-ture qui est aussi un style devie. A gauche, le composi-teur Benjamin Britten, et deprofil, le regardant, Eric Cro-zier, écrivain, metteur enscène et surtout principal li-brettiste des œuvres de Brit-ten. On ne peut pas faire abs-traction du fait ethnologiqueque ces deux-là sont britan-niques. Et que leur allure endécoule en partie, parangondu fameux dandysme anglaisqui, à l’instar de l’inégalableBrummell, permet de resterélégant même après s’êtreroulé dans la boue ou avoirchuté dans la misère.Détaillons l’ensemble: cos-tume (en tweed probable-ment, la netteté de la photone permettant pas de tran-cher), chemise blanche, pullà torsades pour Crozier, cer-tainement sans manches, et,accessoired’importance,unecravate. Ces deux hommessontjeunesàladate(1949)dela photo (Britten a 36 ans etCrozier35),mêmesi,àl’épo-que, on était plus vieux plustôt, a fortiori quand on a der-rière soi des œuvres majeureset un opéra, Peter Grimes, quifait déjà date dans l’histoirede la musique du XXe siècle.Ils sont jeunes, Benjamin etEric, et ils portent cravate.Aujourd’hui, on dirait qu’ilsfont fanés, désuets ou réac-tionnaires ainsi radicalementcravatés. Or pas du tout. Leurclassicisme est tel, si inac-tuel, si parfait en son genre(jusqu’aux chaussures im-peccablement cirées de Brit-ten, à cinq œillets) qu’il con-fine à l’excentricité. Ainsi, denouveau, cette satanée cra-vate dont Soupault expliquaun jour à Breton, qui s’éner-vait qu’il la porte aux AG sur-réalistes, qu’elle est aussi unnœud pour se pendre.La disposition physique desdeux hommes est comme lamétaphysique de leurs cos-tumes. Le temps devait êtregris et incertain ce jour-làsur la plage de galets d’Alde-burgh. On sent la mer duNord prête à bondir, le venthargneux. Ce qui est phéno-ménal, c’est que le climat apriori maussade soit prisavec autant de grâce et debonheur par les deux com-pagnons: Crozier qui souritd’être aussi superbementcoiffé-décoiffé par la risée,Britten qui, grimpé sur unebitte d’amarrage et en pleindevenir lierre, improvise detout son corps un entortille-ment de liane propre à défierles arrachements d’une lamede fond traîtresse. Voyons sesmains, fines et longues, quine sont pas tant des mains depianiste que des pattes ani-males, griffes ou serres, prê-tes à agripper. Voyons sur-tout qu’embellis par leséléments, Britten et Croziersont comme deux machinis-tes de l’univers, à la fois pré-posés et inspirés.Car, enfin, que voit-on dansl’arrière-monde de cetteimage? Un canot en cale sè-che, peut-être une barque desauvetage, une promessed’aventure en mer, aussi ex-citante que périlleuse.Autant dire le futur, carl’avenir de ces deux gars dela plage sera océanique lors-que, deux ans plus tard, Brit-ten et Crozier, avec le renfortde E. M. Forster, vont inven-ter, d’après Melville, l’opéraBilly Budd, marin. Ce seraitplausible, donc idéal, queBritten et Crozier en aient eule pressentiment ce jour-là,entre deux grains, une bonneblague (on soupçonne queCrozier sourit autant auxpropos de Britten qu’aux ca-prices du vent) et l’épreuvephotographique qui, à cetinstant d’immortalité, fixedes artistes, des hommes,des amis, déjetés et libres,heureux d’être vivants, che-veux au vent.•LIBÉRATION SAMEDI 15ET DIMANCHE 16JUIN 2013 LIBÉRATION SAMEDI 15ET DIMANCHE 16JUIN 2013VIII • LE MAG CÉLÉBRATION CÉLÉBRATION LE MAG • IXTexteetphotosÉRICDAHANEnvoyéspécialdansleSuffolkDe Lowestoft où il est néil y a cent ans, à Aldeburghoù il s’est éteint le 4 décembre1976, des membres de safamille, des amis et desinterprètes de sa musiqueévoquent le compositeuranglais majeur du XXe siècledont l’œuvre est hantéepar la guerre, l’injusticeet la souillure morale.LemondecrueletlyriquedeBrittenque le plus important compositeur an-glais depuis Henry Purcell a vécu et crééson festival dans un village portuairevoisin, Aldeburgh. Pour le centenaire desa naissance, Lowestoft s’est toutefoisfendu d’une nouvelle plaque commé-morative au 21 Kirkley Cliff Road,adresse de la Britten House en briquerouge où il a grandi, désormais trans-formée en hôtel.Tennis et croquetLe maire a également bataillé pour quela fontaine municipale s’anime à inter-valles réguliers, au son des Sea Interlu-des de l’opéra Peter Grimes et autre Sim-ple Symphony, une pièce ludique etvirtuose écrite par Britten entre ses 9 et13 ans. Son père, chirurgien-dentiste,recevait ses clients au rez-de-chaussée et, depuis sa fenêtre,Britten pouvait voir la mer duMalgré les nomsfamiliers desgrandes surfa-ces aperçuessur la route, vi-siter le comtéde Suffolk, surla côte Est del’Angleterre, c’est aussi voyager dans letemps. Il y a d’abord le premier train,aux allures de micheline, qui part de lagare de Liverpool Street à Londres. Puisle second, deux wagons à peine, qu’onattrape à Ipswich. Enfin, les passagerscomme le contrôleur parlent un anglaisaffable, lui aussi d’un autre âge.Si Lowestoft n’a jamais développé letourisme en rapport avec Britten qui yest né le 22 novembre 1913, c’est parceBenjamin Britten et EricCrozier, sur la plaged’Aldeburgh, en 1949.PHOTO KURT HUTTON. PICTUREPOST. GETTY IMAGESLe moulinoù Britten,ci­dessous en1946, écrira PeterGrimes, son pluscélèbre opéra.PHOTOS É. DAHAN.GEORGE RODGER.TIME LIFE PICTURES.GETTY IMAGESThe Red House,la dernièredemeure ducompositeur,(ci­dessus)au volant,en juin 1964.PHOTOS ÉRIC DAHAN.LEBRECHT, RUE DESARCHIVESKURTHUTTON.PICTUREPOST.GETTYIMAGESLibération des 15 et 16 juin.

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