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Ariane de Rothschild, Portrait

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Ariane de Rothschild, portrait paru dans Challenges le 14 janvier 2016

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Ariane de Rothschild, Portrait

  1. 1. Portrait Ariane de Rothschild, présidente du comex d'Edmond de Rothschild Depuis un an, cetteforte personnalité préside la banquefondée par son beau-père. Pugnace, dotée d'une vraie vision pour le groupe, elle a/ait taire ceux qui ne voyaient en elle qu'une «femme de». sans p,évenfr, il fuse. New York. Pour l'assureur améri- schild,cousin de Benjamin,a bâti Enorme,franc,irrésistible. cain AIG,qu'elle rejoint en1990,elle son propre empire àParis. Une joyeuse cascade alto UNE PRO DE est chargée de lancer la filiale pari- Au mitan des années 2000,la crise dans une débauche d'émail. LARNANCE sienne. Sa carrière s'arrête tout net fait bouger les lignes et les rôles.En En une fraction de seconde,le rire 1965 en 1993,après un rendez-vous avec Suisse,centrenévralgiquedugroupe, d'Ariane de Rothschild fait tout ou- Naissance un client nomméBenjamin deRoth- le secret bancaire est menacé. En blier. Son rôle de présidente du co- au Salvador. schild. Coup de foudre.A 31 ans,il Europe,untsunami de nouvelles ré- mité exécutifdu groupe Edmond de 1988 est porteur d'un nom mythique.Fils glementations s'abat. Il est temps Rothschild, son allure de blonde Analyste de Nadine,comédienne reconvertie d'adapter labanqueàces mutations. hitchcockienne, son titre de ba- financière en prêtresse du savoir-vivre,il est Tandis que Bertjamin,trop absorbé ronne,le somptueux bureau où elle à la Société appelé à prendre les commandes de par ses passions,ne veut pas assu- reçoit,àun jet de pierre de l'Elysée. générale. la banque privée fondée en 1953 par mer la gestion courante,Ariane ma- Elle rit comme elle pilote sabanque. 1990 son père,Edmond. nifeste,elle,le désir de mener ces Avec une énergie naturelle. Depuis Responsable changements. Elle est entrée au unan,cetteforte personnalité dirige du développement De Paris au lac Léman conseil de surveillance en 2008,end'AIG Trading et incarne le groupe fondé par son en Europe. Le couple s'installe à Paris. Elle se devientvice-présidente en 2009. beau-père,Edmond de Rothschild. 1993 consacre à l'éducation des enfants Un défi à ceux qui avaient voulu la Rencontre - quatre filles - et aux activités non Baronne contre «barons» cantonner à son rôle d'actionnaire, Benjamin de financières,commelaphilanthropie Accoutumés à une grande autono- ou la renvoyer à celui d'épouse dé- Rothschild. ou le vignoble. Lui,à la Compagnie mie,lespatronsdefilialesviventmal corative. Un gant jeté aux persi- 2008 Benjamin de Rothschild (CBR), l'intrusion d'une femme dans leurs fleurs qui la jugeaient incapable de Membre du « banque dans la banque» qu'il a affaires. Encore moins d'une pièce diriger un établissement gérant conseil de créée en attendant d'hériter. « Pour rapportée... Pendant plusieurs an- 130 milliards d'euros.Un challenge surveillance du unefmnmefandamenuùementlibre nées,une guerre larvée,étouffée par personnel aussi que. cette fonceuse groupe Edmond d'esprit, être l'épouse d'un Roth- l'épaisse moquette verte aux armoi-de Rothschild. a relevé. « J'ai eu un doute au dé- 2015 schild et se couler dans les codes ries des Rothschild,oppose la ba- part, mais qui est vite passé », Présidente du d'un monde très conservateur qui ronne aux« barons».« Leur erreur confie-t-elle. comité exécutif du n'était pas le sienfut un véritable a été de prendre pour une "blonde" groupe Edmond defi », confie Fïroz Ladak,le patron cettefmnme très intelligente »,ré- Enfance nomade de Rothschild. des activités philanthropiques du sume un observateur. Et les em- Et pourtant,la finance,elleconnaît. groupe,qui la connaît depuis l'en- bûches stimulent la combative «Beaucoup de gens s'étonnent: "Ça fance.Après le décès d'Edmond,le Ariane. « Je ne suis pas amère, t'intéresse,la banque?" Ça mefait couplemigresur lesrives duLéman, mais au contraire très reconnais- rire quand j'entends cela», s'es- au château de Prégny,où ils officia- sante aux barons. C'était sans pi- claffe-t-elle. Ariane Langner,fille lisentleurunion en 1999.La mariée tié. n n'y a eu aucun passe-droit. d'une Française et d'un Allemand, est enceinte de huit mois,la noce, Zéro. Un parcours très riche, qui cadre dans l'industrie pharmaceu- intime.Brillant etvisionnaire,Bertja- m'a obligée à être très convaincue et tique,passe une enfance de globe- min confie les rênes des trois déterminée», juge-t-elle.La guerre trotteuse. Bangladesh, Mozam- banques - Suisse,Luxembourg et se solde par le départdes dirigeants biqu_e,Zaïre,jamais plus de cinq ans Portrait Paris - à des managers qu'il associe historiques: début 2012,Michel Ci-Ariane de Rothschild, dans lemême pays.AprèsSciences- photographiée dans au capital. Le groupe multiplie par curel,le patron des activités fran- Po et un MBA à New York,elle dé- ses bureaux parisiens, cinqsesactifs,enprospérantdans la çaises pendant treize ans,part fon- marre savie professionnelle dans la le 21 décembre 2015, gestion d'actifs et de fortune. Deux der La Maison. Le Suisse Claude banque. A 21 ans,elle débute à la parStéphane métiers bien distincts des fusions- Messulam quitte aussi le groupe,Lagoutte, Société générale comme analyste à pour Challenges. acquisitions, où David de Roth- après vingt et un ans de ser- ......... 56 e CHALLENGES N ° 460 - 14JANVIER 2016
  2. 2. Portrait Ariane de Rothschild, aux commandes 1. En 2011, dans la réserve de Nlassa, au Mozambique. Citoyenne du monde et polyglotte, la dirigeante possède une ferme là-bas. Pour elle, la finance doit être utile. Elle a créé un fonds dédié à l'Afrigue. 3. En 2014, avec son mari, Benjamin, â Paris. Le coup de foudre entre ces deux anticonformistes remonte à 1993, lorsqu'elle était chargée de la filiale parisienne de l'assureur américain AIG. Benjamin était son client. 4. En Juin 2015, dans la chapelle des Beaux-Arts, avec des écoliers de Saint-Ouen, dans le cadre du programme AIMS. Elle a conçu ce projet après une rencontre avec l'ex-maire communiste de Saint-Ouen. Des artistes des Beaux-Arts reçoivent une bourse et se rendent dans les écoles de la commune. 5. En septembre 2015, â Lorient, avec le skipper Sébastien Josse, lors du baptême du Gltana 16. La navigation est depuis toujours la passion familiale. 58 e CHALLENGES N °460 - 14 JANVIER 2016 2. En 2013, avec Christophe de Backer, au siège du groupe Edmond de Rothschild, â Paris. Nommé par la vice-présidente pour réorganiser le groupe, le directeur général est mal accepté dans la maison et finit par partir début 2015. Il est remplacé par... Ariane de Rothschild. ..,..,.., vice, puisc'est au tour de Fré­ déric Otto, le patron de la filiale luxembourgeoise. L'intéressée as­ sume : «L'entreprise devaitse réin­ venter. Après vingt ans de crois­ sance, la même équipe ne pouvait pas gérer la période compliquée où sont entrées les banques. Pour la crise, üfaut des gens très centrés, avec de vraies valeurs humaines. » Durant ces années charnières, Ariane tisse son fil. D'abord, elle décide d'unifier sous la marque unique d'Edmond de Rothschild les diverses banques qui s'étaient do­ tées de noms disparates.Pour accé­ lérer le dossier « US Program » - la régularisation de la clientèle améri­ caine, négociée avec les autorités-, elle décide de changer les conseils de la banque. « Une vraie décision de patronne. Sans cela, les négo­ ciations auraient sans doute pris un autre tour», admire Jean-Lau­ rent Bellue, administrateur du groupe. Patronne hyperactive Surtout, elle entend faire fonction­ ner plus efficacement cette coopé­ rative de petites banques qui se concurrencent les unes les autres. « C'était une absolue nécessité», souligne encoreBellue. Le chantier est confié à Christophe de Backer, directeur général d'HSBC France, en avril 2012.Le « CEO » installe la nouvelle organisation voulue par l'actionnaire. « ll s'est tapé le sale boulot», décode un manager. « na apportéla premièrepierre duchan­ gement, ce qui n'était pasfacüe », abondeAriane de Rothschild. Un euphémisme... Dans cette mai­ son où les salariés marchent à l'af­ fect, le style raide et moqueur de ChristophedeBacker-filsd'officier, habitué àunegrande machine anglo­ saxonne- ne passe pas.Une hémor­ ragie de cadresalimentelemalaiseet nourrit la rumeur du départ duCEO. Et l'hyperactivité de la vice-prési­ dente ne lui facilite pas la tâche. « C'était un système de doubles commandes, avec un CEO qui était actionnaire, un autre qui ne l'était pas», décode un administrateur.En janvier 2015, une double annonce metfin aux ambiguïtés : Christophe de Backer s'en va, remplacé par... Ariane de Rothschild. Et là, c'est le soulagement dans les rangs. Quel
  3. 3. meilleur garant des intérêts de la banque que l'actionnaire lui-même? « Tout I.e monde se demandait quel patron allait nous tomber sur la œte», se souvientVincent Taupin, le patron de la filiale française. En réa­ lité, l'arrivée de la baronne aux com­ mandes ne surprend personne. Pour Maurice Lévy, président du direc­ toire de Publicis et ami de la famille, c'était même un« aboutissement naturel». Bataille patronymique Mais Ariane de Rothschild gagne vraiment ses galons le 30 mars 2015 en assignant enjustice la branche parisienne, celle de David. Alors qu'elle a fait l'effort de clarifier sa marque à elle, elle reproche au cousin d'accaparer le nom Roth­ schild. L'élégant banquierd'affaires a la fâcheuse tendance à utiliser le pa­ tronyme légendaire en oubliant le suffixe« & Cie». L'affaire fait grand bruit et, en interne, les troupes font corps autour deleurdirigeante.«Les salariés ont découvert sa pugnaci­ té »,juge Vincent Taupin. Vexé d'ap­ prendre l'assignation par voie de presse,David de Rothschild déplore que l'épisode« ne se soit pas réglé par une discussion ». En réalité, les discussions entre les cousinsetleurs avocats traînaient depuis cinq ans. « La confusion n'est salutaire pour personne »,souligneAriane deRoth­ schild, précisant que la procédure suit son cours.« Elle a fait un tra­ vaü approfondi sur ce que veut dire êtreRothschüd. Elleestimeque pour exister, ce mythe doit rester vivant, pleinement dans son temps», dé­ code Olivier Colom,le secrétaire gé­ néral adjoint du groupe. La baronne ne serait donc pas la femme impulsive dépeinte par ses ennemis.« Elle ne s'arrête pas à l'écume. EUe entre en profondeur dans les sujets», souligne Maurice Lévy.« Je tourbiUonne, mais cela fait vingt-cinq ans queje suis très concentrée », ajoute l'intéressée. A peine aux commandes, elle s'est attaquée à la refonte des systèmes d'information,chantiervital pourun groupe bancaire. « J'ai dédié un temps fou à comprendre, débattre, regarder f.es diverses structures », raconte-t-elle. Une analyse qui dé­ bouchera cette année sur « une importante bascule sur des plate- Ce qu'ils disent d'elle Maurice Lévy, président du directoire de Publicis : • Elle est tout à fait légitime; précise et impliquée, engagée dans Johnny el-Hachem, directeur général d'Edmond de Rothschild Private Equity : « Au quotidien, elle cherche à récompenser le talent. Comme un capitaine de foot, la défense patrimoniale de la banque. » elle cherche à nous fédérer. » Véronique Morali, présidente de Fimalac Développement : • Elle a élargi les horizons et les façons de voir dugroupe, elle lui a donné un coup de fouet. David de Rothschild, associé gérant statutaire de Rothschild & Cie, à propos du procès qu'elle lui intente : « Je ne voudrais pas que l'on accorde à cet épisode plus d'importance qu'il n'en a. »C'est une businesswoman, une battante, et quelqu'un de très humain et sensible. » Laurent Dassault, directeur général délégué du groupe Marcel Dassault : Luc Rlgouzzo, managing partner à Amethis Finance : • Elle a rapidement compris les mutations que vit le business mode/ des banques privées. Elle a donc une vision de long terme et est très courageuse « Il était indispensable qu'elle reprenne les manettes. Mais elle donne l'impression d'être trop seule. » et volontaire. Elle assume ses choix. » ELLE AIME L'Afrique. Marcher pieds nus. Recevoir. ELLE N'AIME PAS Les baronnies. L'immobilisme. Les codes dépassés. formes informatiques en Suisse et auLu:œmbourg ». Pas question de déléguer.« Travail­ leuse acharnée, elle a besoin de s'awroprier en profondeur les su­ jets », observe sa directrice finan­ cière, Cynthia Tobiano. Entrée au comité exécutif début 2014, cette ancienne de Goldman Sachs est, à 38 ans, un pilier de l'équipe consti­ tuée par Ariane de Rothschild. Une équipe rajeunie, féminisée. Sans surprise,la boss se montre plus sen­ sible aux compétences qu'aux di­ plômes :« Ce sont des gens sur qui je compte beaucoup, et que j'ai choisis aussi pour leurs qualités humaines. » La nouvelle directrice des opérations, Sabine Rabald, cu­ mule dix-neuf années d'expérience maison. Ariane de Rothschild ne s'interdit pas pour autant de recru­ ter à l'extérieur. Fin décembre, elle a nommé ainsi comme économiste en chef Mathilde Lemoine, la direc­ trice des études d'HSBC France. Goût pour la philanthropie Déterminée à« énergiser» l'entre­ prise et à la faire entrer dans le XXI" siècle,Ariane de Rothschild as­ sume l'héritage en revenant à ses sources. « Les gens ont oublié ce qui a fait la force de cette famille pendant sept générations : sacapa­ cité d'anticipation, d'adaptation et de prise de risques », dit-elle. Elle a déjà prouvé sa capacité à transformer un autre legs Roth- schild : la philanthropie. Sous son impulsion, les douze fondations in­ ternationales lancées par Edmond de Rothschild se sont professionna­ lisées et enrichies de projets auda­ cieux dans les arts et l'éducation, avec toujours une dimension so­ ciale. Après une rencontre avec la maire de Saint-Ouen, la« baronne» a ainsiétéàl'origine d'AlMS,un pro­ gramme permettant à dejeunes ar­ tistes de l'Ecole des beaux-arts de recevoir une bourse et d'intervenir dans des écoles de la commune. Les activités de private equity portent elles aussi la patte de ladiri­ geante. Convaincue que la finance se doit d'être utile, elle a soutenu la création de fonds dans des géogra­ phies nouvelles ou des thèmes pion­ niers. Ginko,un fonds se consacrant à la dépollution de friches indus­ trielles, ou Amethis Finance, un fonds dédié à l'Afrique. Un pari africain qui reflète l'ouver­ ture de cette citoyenne du monde, dont le bureau est un récit de voyage. Au mur, des photos saisissantes de gangs sud-américains d'Isabel Muiioz. Sur une console, les vases modernes d'un céramiste italien. Et de fabuleuses coiffestribales.« Je la vois plus pieds nus dans la savane du Mozambique qu'en talons ai­ guiUes dans un salon parisien, ri­ gole Hugo Ferreira, ex-directeur gé­ néral de la CBR. Multiculturelle, parlant cinq langues; elle s'adapte partout. Delphine Déchaux 14 JANVIER 2016 - CHALLENGES N °460 e 59

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