Chapitre 1 slideshare roman le "Puits des âmes"

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Découvrez le 1er chapitre du "Puits des âmes" Le romand 'aventures de l'année 2013.

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Chapitre 1 slideshare roman le "Puits des âmes"

  1. 1. CHAPITRE 1 Le professeur Simon - "Ne vous emballez pas mon jeune ami ! D'innombrables trésors sont encore enfouis dans les entrailles de notre bonne vieille terre. Mais ces trésors sont toujours bien gardés. Ne sous-estimez pas la puissance de leurs gardiens ! " Paul Simon se tut et posa un regard bienveillant sur l'homme qui lui faisait face. Le célèbre archéologue sonda cet étrange étudiant, il voyait vibrer dans ses yeux le même enthousiasme, la même passion qui l’avait tenu en éveil depuis des années. Ces pulsions avaient forgé sa foi et nourri son âme. Sa vie avait été autrefois remplie de décisions parfois incontrôlées, mais qui l’avaient souvent baigné dans une totale euphorie. La naïveté des propos que venaient de tenir David Lange au professeur Simon aurait pu lui valoir un camouflet expéditif, mais le vieil universitaire fut séduit par le visage figé et énigmatique, la stature fière et le phrasé assuré et ferme de cet homme. Enfoui dans ses recherches depuis trop longtemps, Simon était las. Il avait la sensation d’être emprisonné depuis trop longtemps dans ce bureau. Il demeurait figé comme dans une pose, observant le regard audacieux qui le fixait. Il laissa tomber soudain son stylo et cligna des yeux en se baissant pour le ramasser. Pour quelque obscure raison, David éprouva du regret et presque de la honte de l’avoir déniché dans cette misérable captivité, ce refuge doré. Simon se releva en soufflant, puis le fixa de ses yeux verts qui brillaient de malice. La fraîcheur et la candeur de David le régénéraient. Il se décida alors à l’aiguiller dans sa quête, calmement, mais avec une curiosité qui le tenaillait.
  2. 2. - " Bien, David Lange, je peux vous conseiller, vous donner des indices, vous empêcher de commettre des erreurs irréparables, dans la mesure de mes moyens.... Vous dites vouloir retrouver le Puits des âmes que j'ai cherché pendant vingt ans, en vain. Ce trésor enfoui en pleine Amazonie dans des contrées inexplorées et impies.... Connaissez-vous seulement le Pérou ? Avez-vous déjà participé à une expédition archéologique de grande ampleur ? - Je saurai discerner un temple inca, même dans une forêt vierge. Je ne suis pas un archéologue. Juste un passionné. Vos livres m’ont guidé vers vous. - Bien. Je vois, rétorqua Simon le visage amusé, séduit par la répartie de David. - Je me suis documenté depuis des mois sur le Pérou, ses origines, la civilisation inca. J'ai découvert l'énigme du Puits des âmes dans vos ouvrages, puis j'ai lu un manuscrit du Docteur Humboldt à la bibliothèque de Berlin qui m'a intrigué... Je suis venu pour... - Attendez David ! - Non. Laissez-moi terminer, professeur ! .... Guidez-moi ! Apprenez-moi à lire les signes, à décrypter les messages, à ne pas me laisser égarer. Je me suis préparé physiquement à cette expédition," dit David avec fermeté. "Mais ce qui guide ma conduite est la quête. Je veux connaître mes limites, mes capacités de réaction, mon adaptabilité dans des circonstances inhabituelles. La quête, seule, donnera un sens à ma vie ! Si j’attends trop, la raison m’aura happé. Les ambitions matérielles m’auront détourné de mes pulsions de vie." Le mot quête intrigua Simon. Il se leva brusquement de son vieux Voltaire au cuir usé, traversa son bureau d’un pas agité et alla s'adosser contre la poutre de sa cheminée. Simon fixa David intensément et comprit que le destin avait mené cet étrange étudiant chez lui pour le sauver de la mélancolie qui l'empoisonnait chaque jour davantage. Simon était devenu un enseignant désabusé, un homme seul, figé dans ses convictions, pétri de certitudes et rongé de désillusions. David l'observa timidement sans oser continuer à lui parler. Simon saisit un petit globe terrestre en bois vernis qui décorait sa cheminée et le retourna nerveusement dans sa main. David l'observa à la dérobée, attendant la sentence sans se faire trop d'illusions sur son issue. Simon posa le globe sur la cheminée, traversa lentement la pièce en fixant un petit éléphant en bois qui l’observait de son œil vide et se rassit lourdement dans son fauteuil. Il observa tranquillement son aspect extérieur, ses cheveux noirs, ses yeux sombres, sur lesquels de longs cils noirs projetaient une ombre épaisse. Il regarda droit devant lui. Le coin de sa bouche tourné vers lui tombait un peu. Son menton fier, un peu pointu était noble. Cet homme avait l’air malheureux et cela lui seyait bizarrement. Son front soucieux, sa bouche douloureuse, son regard fixe et vague, tout cela lui donnait de l’attrait, une touche personnelle… Simon eut un sourire pâle et l’observa d’un regard amical, qu’il n’avait pas trop l’intention de lui révéler. Il toisa David d'un regard fixe, puis marmonna d'une voix rauque avec un accent d’une sincérité parfaite.
  3. 3. - "Très bien. Je crois qu'il est peut être temps que je te tutoie David..." Il se tut quelques instants en scrutant David, intrigué, puis continua brusquement. - "Le Pérou est divisé en trois zones climatiques. Une étroite plaine littorale au climat désertique borde l'océan Pacifique. Au centre, les hautes terres andines entaillées par de profondes vallées forment la partie vitale du pays. A l'Est, la région amazonienne étend sa large surface humide, couverte par une forêt tropicale dense, peuplée par de multiples tribus indiennes dont certaines n'ont jamais vu un blanc. La capitale des incas, Cuzco, est établie à 3 500 mètres d'altitude. C'est là que se trouve renfermés les plus beaux vestiges de l'empire inca. Cette ville compte plus de 200 000 habitants. Cuzco était la cité qui possédait la plus grande réserve d'or de la planète lors de la conquête de l'empire par l'Espagne. Cet empire inca, appelé aussi "Empire du soleil", s'étendait de part et d'autre de Cuzco sur un territoire 17 fois plus vaste que la France. Le souverain de cet empire était un dieu vivant. Fils du soleil, doté d'une autorité absolue qui s'exerçait tout au long de la Cordillère des Andes sur plus de 4 000 kilomètres de la Colombie méridionale au Chili central... - Professeur. Mais venez-en au but de ma visite. Le Puits des âmes... Est-ce un mythe, une légende, avez-vous trouvé des indices de sa présence ? Croyez vous qu’il existe-t-il vraiment ?", demanda David avec exaltation. Simon le regarda assis sur son fauteuil. Son visage, dont les joues lisses et la forme si masculine exprimaient une certaine maturité, était un peu privé de sa fraîcheur par une fatigue évidente. Ses yeux, un peu ternis par des veillées probables, luisaient quelque peu. Le professeur était lui aussi usé par une certaine lassitude. Mais il tentait de conserver une imperturbable gravité et solennité dans son comportement public. Interrompant le fil de ses rêveries, il murmura soudain. - J'en reste persuadé. Si tu veux le trouver, il te faudra t'enfoncer dans la forêt amazonienne. Elle est dangereuse, sauvage, violente, cruelle, inattendue... et merveilleuse." Simon se tut, baissa le regard et gratta nerveusement sa barbe rousse. David contre-attaqua. - "Vous aviez entrepris des recherches dans la forêt amazonienne il y a vingt ans. Lors de votre dernière expédition, c'était bien le Puits des âmes que vous recherchiez à l'Est de Cuzco. - Peut-être David. Mais sais-tu comment mon expédition s'est terminée ? Les indiens ont massacré dix de mes hommes. Nous ne fûmes que trois à rentrer vivants à Cuzco. - Quels ont été les résultats de votre expédition ? - Tu désires vraiment les voir ? Alors suis-moi." Simon se dirigea à petits pas vers une vieille armoire en chêne qui trônait au fond de son bureau. Il en ouvrit un des battants qui couina sourdement. Il fouilla nerveusement parmi les innombrables boîtes de chaussures qui grouillaient dans un fatras hallucinant et finit par en extirper une cassette d'ébène, cerclée de cuivre. Ses yeux verts se plissèrent malicieusement lorsqu'il ouvrit le coffret et en sortit une statuette d'argent, incrustée de rubis énormes, de coquillages et de nacre. Elle représentait un homme qui portait de gros anneaux aux oreilles. Sa tête était ceinte d'un bandeau rouge,
  4. 4. orné de signes géométriques. La statuette devait mesurer 30 centimètres de hauteur. Ce qui frappa David fut l'horrible expression de sa face ricanant. Ses deux yeux d'émeraude le fixaient d'un regard mauvais qui le fit frissonner. Simon sentit la fascination qu'éprouvait David pour ce mystérieux objet. Il regarda attentivement son visiteur vêtu de noir. Il portait un col rabattu et sur le revers de sa veste était fichée une grande épingle ornée d’un kangourou doré. Cela l’amusa. Il se tenait raide. Il parlait d’une voix douce, mais affirmée. Il lui fit l’effet d’un homme humble, énergique, mais abattu par le stress et la perplexité. Simon poursuivit calmement après un long silence. - "Cette statuette provient d'un tombeau inca. Elle a été la cause du massacre de mes amis. Ressens-tu la malignité qui émane d'elle ? Ce brouillard pernicieux et invisible qui enveloppe d'une robe impie cet objet ? - Oui. Le regard de cette statue m’irrite, me rend nerveux. Je me sens désarmé. J'ai la sensation que ses yeux scrutent mes pensées", dit David en souriant. Cette statue terrifiante n'avait en rien affecté sa détermination à partir en quête de ce puits fabuleux. Le professeur reposa minutieusement l'objet dans la cassette, rangea précautionneusement la boîte à chaussures dans la vieille armoire, puis se dirigea vers une vieille bibliothèque en noyer recouverte de sculptures représentant des scènes de chasses médiévales, en soupirant doucement. Simon extirpa du rayon le plus élevé un gros ouvrage sur lequel il souffla, afin d'en faire partir la poussière accumulée sur sa surface qui s'envola doucement, dévoilant les lettres dorées qui ornaient sa couverture. - «L'empire du soleil». C'est l’un de vos livres, professeur ? - Non. C'est l'œuvre d'un de mes confrères. Le docteur Nojes. Il est mort d'un cancer foudroyant, il y a deux ans à Lima. C'était le meilleur spécialiste des civilisations andines. Un archéologue spécialiste des méthodes musclées qui s'était fait des ennemis dans notre petit milieu, souvent trop timoré à l'idée de partir en expédition. Mais viens t’asseoir David ! Je vais te fournir des pistes qui pourront te mener vers ce que tu recherches. Regarde cette carte. Elle représente l'extension de l'empire inca. Il englobait la plupart des territoires occidentaux de l’Amérique du sud sur lesquels s'étaient développées les premières cultures indiennes de la côte océanique et des hautes terres. Cet empire s'étendait, comme je te l'ai dit, sur 4 000 kilomètres, de l'Equateur, à l'Argentine et au Chili, en passant par le Pérou et la Bolivie. Mon expédition arriva à Lima en 1950, puis nous gagnâmes Cuzco par la route. Cela représentait à peu près 600 kilomètres de routes carrossables. Après Cuzco, nous fûmes obligés de continuer à pied. Notre objectif était une région dont nous parlaient les indiens qui se situait à l'Est de Cuzco et à l'Ouest de MachuPichu, à une distance à peu près égale des deux sites, non loin de la rivière Madre de Dios. Les incas nommaient cette région Antisuyu. Cela représentait environ 120 kilomètres à parcourir dans des régions extrêmement chaudes, inhospitalières et très humides. Nous recherchions un site découvert en 1450 par Pachacuti, le cinquième inca. Lors de cette campagne, qui entrait dans le cadre de ses nombreuses conquêtes, l'inca s'enfonça dans la forêt amazonienne avec ses guerriers
  5. 5. montagnards et leurs lamas. Il voulait gagner la grande vallée d'Urumba à l'Ouest de Cuzco. L'expédition s'égara dans la jungle et se retrouva à peu près à 150 kilomètres de Cuzco dans un site merveilleux en pleine forêt vierge, où, pour de mystérieuses raisons, il fit ériger un temple au soleil. Une légende indienne raconte que Pachacuti et son armée parvinrent dans ce lieu après une marche épuisante à travers les marécages. Ils découvrirent au milieu d'une clairière lumineuse un puits entièrement façonné en or d'une profondeur incroyable. Toute l'armée étancha sa soif avec l'eau du puits qui leur rendit inexplicablement leur force et leur vigueur. Certains indiens ajoutèrent même que l'eau cicatrisa les plaies des blessés et guérit les fièvres de nombreux guerriers. Pachacuti but à son tour et ressentit un extraordinaire apaisement. Sa vitalité redevint intacte instantanément. Son visage rayonna sous la lumière. L'inca décida alors d'ériger un temple au soleil qu'il recouvrirait d'or... Depuis le 17ème siècle, de nombreux aventuriers ont recherché ce temple et ce puits. En vain. Les conquistadores envoyèrent expéditions sur expéditions. Mais la plupart ne revinrent jamais. Les indiens massacrèrent la plupart des espagnols qui s'aventuraient dans cette contrée. Comme s'ils voulaient garder ce puits à l'abri des appétits cupides des européens. - C'est donc bien le puits d'or que vous recherchiez en 1950 ? Le Puits des âmes ? Demanda David, de plus en plus exalté. - Oui... Mais attends, j'ai autre chose à te montrer, David. La statuette que tu as vu tout à l'heure n'est pas le seul objet que nous avons ramené de notre expédition. Nous avions découvert autre chose avant d'être attaqués par les indiens. " Simon ouvrit un vieil album en cuir jauni dans lequel pullulaient les photos d'œuvres d'art admirables d'origine inca, maya, aztèque et mochica. Il posa son doigt sur une photo un peu jaunie, mais dont on discernait bien les motifs. Elle représentait un jaguar sculpté dans l'or, dont la gueule ouverte découvrait des canines acérées. - "Ces canines représentent les forces surnaturelles. Les terres occupées par les incas regorgeaient d'or autrefois. L'or représentait pour eux la sueur du soleil. Ils façonnaient toutes sortes d'objets en or. Depuis l'article rituel, jusqu'aux hameçons pour la pêche. Lors de ma dernière expédition, nous eûmes juste le temps de photographier ce jaguar qui était gravé sur un vaste mur de pierre. Quelques secondes après, plusieurs de nos porteurs s'écroulaient, criblés de flèches. Elles pleuvaient sur nous, comme lancées par des mains invisibles. Sur dix explorateurs, seuls sept d'entre nous échappèrent au massacre. A notre arrivée à Cuzco, nous n'étions plus que trois. Les quatre autres avaient été terrassés par les fièvres, un de mes porteurs a même été mordu par un serpent, sans que nous puissions intervenir. Il est mort en quelques minutes en poussant des hurlements atroces. " Simon se tut. Referma son album. Un long silence suivit le récit du vieil homme qui resta figé le regard posé sur la bibliothèque qui grouillait de livres d'archéologie écrits dans divers langues : anglais, espagnol, français, allemand. Simon songea à cet instant qu'il ne connaîtrait jamais le secret du jaguar, ni celui du Puits des Ames, qu'il avait recherché pendant une partie de sa vie.
  6. 6. Il s'épongea le front qui perlait de sueur avec un gros mouchoir blanc brodé, s'assit sur son Voltaire marron, au cuir usé. Il observa David à la dérobée. Le jeune étudiant était embrasé par cette histoire. Cette ardeur, cette exaltation, Simon l'avait ressenti avant chaque expédition. David brûlait d'en savoir davantage sur cette expédition et sur ce lieu fabuleux : le Puits des Ames. Pourquoi Pachacuti avait fait construire un temple en pleine jungle ? Pourquoi personne n'était parvenu à le découvrir ? Pourquoi les indiens gardaient avec tant d'acharnement ce puits d'or ? David était déterminé à partir en quête du Puits. Rien ne pourrait plus l'en empêcher. Simon avait été immédiatement séduit par l'allure et le regard de cet homme emporté, fougueux, déterminé. David mesurait un mètre quatre-vingt, il portait un costume de velours noir qui assombrissait son visage grave et anguleux. Ses yeux noirs légèrement enfoncés dans leurs orbites, son front haut surmonté d'une chevelure brune, son nez aquilin, ses lèvres charnues et son menton carré dégageaient une expression de dureté et de détermination qui fascinait Simon. David fixa le professeur pendant quelques instants, attendant l'occasion de relancer la conversation. Son regard enveloppa l'archéologue. Simon le fit asseoir face à lui, le dévisagea longuement et lui demanda à brûlepourpoint. - "Pourquoi partir si loin de chez toi ? As-tu pensé à ce que cette expédition représente comme sacrifices, comme dangers ? - Oui, j'y ai pensé, répondit fermement David. - Tu m'as dit tout à l'heure que tu n'étais guère fortuné. Ce voyage va te coûter très cher. Tu devras acheter du matériel, des outils pour les fouilles, des vivres pour plusieurs mois. Où vas-tu trouver l'argent ? - Je vais emprunter cet argent. Un prêt étudiant, vous savez, répondit David. - Tu comptes partir seul ? - Un ami se joindra à moi... Jean Conti. Nous avons fait nos études ensemble. Je compte gagner les côtes péruviennes en bateau, comme les explorateurs d'autrefois. La voie maritime est la plus pratique, si nous avons des objets précieux à ramener en France. Ce sera le meilleur moyen de ne pas nous faire embêter par la douane. - Bien, je vois que tu as pensé à tout. Mais, David, le problème du transport est secondaire. Tu as une foule de choses à apprendre, si tu veux revenir en vie de cette aventure. D'abord, si tu veux réussir cette expédition, tu devras apprendre le quechua, la langue qu'utilisent les indiens dans cette région. Beaucoup d'entre eux parlent encore le dialecte des incas dans certaines régions de la Cordillère des Andes particulièrement isolées. Si tu veux gagner leur confiance et glaner des renseignements sur le site, parler leur langue sera un atout précieux. - Professeur Simon. Puis-je vous parler sans détour ? demanda David inopinément. - Bien sur. Vas-y ! répondit Simon sur un ton amusé. - Je vais sûrement vous paraître complètement illuminé, voir prétentieux, mais je pense que sans votre aide et vos connaissances, notre expédition est vouée à l'échec." Il eut un instant d'hésitation, puis continua fiévreusement. "Joignez-vous à nous, professeur Simon. Je sais que vous avez cessé toutes
  7. 7. vos expéditions depuis dix ans, mais je suis sûr que vous brûlez d’envie de tenter une dernière fois de trouver le Puits d’or de Pachacuti. Les expéditions doivent vous manquer. Je le sens. " Simon sourit calmement en posant un regard bienveillant et amusé sur David, puis il détourna son regard en expirant d’un air las et scruta la fenêtre aux rideaux verts de son bureau, où il avait passé l'essentiel de ces dix dernières années. Sa vie d'enseignant ne lui procurait plus aucune satisfaction. La flamme de l'expédition ne l'avait jamais quitté. La même qui consumait David quand il se décida à venir chercher l’aide du professeur pour l'accompagner dans sa quête du Puits des Ames. Cette flamme le guida jusqu'au bureau de Simon qui se rongeait d'ennui dans son université depuis bientôt dix ans. L'archéologue regarda David fixement. Il gratta sa barbe distraitement, posa ses mains à plat sur son bureau, puis les joignant, il lança soudain. « T'accompagner. Mais voyons David. Mon université, mes élèves, mes cours. Mon Dieu. Que puis-je te dire ? Il y a un âge pour l’aventure. Un temps pour découvrir les secrets et un autre pour les regrets de ne pas avoir accompli tout ce à quoi on avait aspiré à 25 ans. Je suis un vieil homme mon garçon, un grincheux misanthrope, un ermite asocial. " Simon se releva et marcha jusqu'à la fenêtre, il lança un fiévreux regard sur la rue de L'Aiguillerie qui grouillait de badauds et de femmes apprêtées, leurs nez accrochés aux vitrines de luxe. Montpellier était très animée par cette belle après-midi de printemps. Sa ville natale lui manquait parfois pendant ces longs voyages qui duraient des années ? Pourtant personne ne l'attendait. Il était seul. Infiniment seul. - "David, pendant ce long voyage tu ne pourras jamais supporter les râles d'un vieillard de 60 ans. - Pissaro n'avait-il pas 59 ans lorsqu'il conquit le Pérou avec une poignée d'hommes ", répliqua David en décochant un sourire enthousiaste. Simon observa l’excitation qui le soulevait du sol et s’en amusa. Il ouvrit le tiroir de son bureau et saisit un calepin où il tenait consigné les récits et contacts de ses derniers voyages. Il lui tendit une carte de visite en souriant. - Appelle de ma part Jim Tornton, c’est un excellent skipper. Il émit un léger bâillement et baissa le regard. Il cessa d’observer David qui le toisait décomposé. Ce fût ce dernier instant de silence gêné qui le figea. Simon releva les yeux et sourit. Cette insouciance et cette énergie le fascinaient. Il baissa à nouveau la tête, pensif, désarçonné par le regard implorant de David. L’étudiant était abattu que ces tentatives de convaincre Simon aient échoué et n’aient eu comme résultat qu’une fin de non recevoir polie. Il se demandait s’il était encore temps d’affronter le refus et se ravisa. Il paraissait avoir perdu sa langue et son énergie. Il se retourna vivement et ouvrit la bouche comme s’il allait crier son désappointement au monde. Mais il se ravisa et s’engouffra dans l’antichambre de l’appartement. Simon ouvrit la porte et lui serra la main vigoureusement et longuement. Il chuchota un adieu d’une voix cassée. Il resta prostré sur le palier de son appartement, une expression de dégoût répandue sur le visage. Il respira lourdement, les yeux baissés, outragé, digne, mais immobile. Une morne lassitude se manifesta dans son regard. Il ferma la porte en soupirant.

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