La bataille de Paris : un duel entre                 socialistes et écologistes ?   Institut Français de Géopolitique – Ma...
2Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
Table des matièresRemerciements .............................................................................................
RemerciementsTout d’abord, je tenais à remercier les différents acteurs et observateurs de cette rivalitéparisienne entre ...
IntroductionA           lors que les élections législatives viennent de prendre fin ce 17 juin 2012, les           acteurs...
politique municipale de la capitale, au point de susciter de telles ambitions et de telles rivalitésplusieurs années avant...
I Elections législatives 2012, la pré-bataille de Paris      A) La conquête de Paris sera politique ou ne sera pas      1)...
Il faudra véritablement attendre 1974 et la candidature à l’élection présidentielle del’agronome René Dumont, pour que le ...
gestion des politiques publiques. Trois ans après avoir acté leur participation à la gaucheplurielle de Lionel Jospin, ils...
aussi les acteurs associatifs ou syndicaux environnementalistes (Greenpeace, WWF, les Amisde la Terre, Fondation Nicolas H...
puisqu’ils font la bascule dans une majorité de gauche étriquée (177 sénateurs de gauchecontre 171 de droite).Pragmatiques...
susceptibles de faire sombrer leur partenariat. C’est sans nul doute l’accord le plus aboutijamais signé entre les deux pa...
2) Une nouvelle dynamique qu’ils cherchent à appliquer à la capitale          omme l’écologie politique à ses débuts ou le...
ou l’autre les oiseaux du PS» analyse Rosalie Lucas, journaliste qui couvre le Parti Socialisteet Europe Ecologie-Les Vert...
Depuis trois ans, la victoire d’écologistes sur les socialistes lors de scrutins locaux n’est plusseulement une ambition f...
Mais      contrairement        aux       élussocialistes bien implantés localement                                        ...
Cécile Duflot, apparatchik carriériste ou plébéienne désintéressée ?(suite) alors que Dominique Voynet vient d’enregistrer...
réunions informelles, la candidature de Cécile Duflot aux élections municipales n’a cependanttoujours pas été confirmée pa...
opposé nationalement à la participation gouvernementale, et Denis Baupin, ancien conseillerministériel de Dominique Voynet...
Caen. Problème : celle-ci n’a pas été intégrée à l’accord PS/EE-LV rendant ses chances d’êtreélu inexistantes. Il s’est fi...
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La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ?

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Mémoire réalisé par Hugo SOUTRA en juin 2012, dans le cadre de ses études à l'Institut Français de Géopolitique.
Sujet: élections municipales 2014 à Paris, et rivalités entre PS et EE-LV

Publié dans : Actualités & Politique
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La bataille de Paris, un duel entre socialistes et écologistes ?

  1. 1. La bataille de Paris : un duel entre socialistes et écologistes ? Institut Français de Géopolitique – Master 1 – 2011 / 2012 Hugo SOUTRA, sous la direction de Philippe SUBRA.Diffusion en totalité ou en partialité interdite sans l’accord de l’auteur ou de l’Institut Français de Géopolitique ©
  2. 2. 2Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  3. 3. Table des matièresRemerciements ......................................................................................................... 4Introduction............................................................................................................... 5I Elections législatives 2012, la pré-bataille de Paris.............................................. 7A) La conquête de Paris sera politique ou ne sera pas ............................................. 71) Les écologistes veulent entrer dans la cour des grands ................................................ 72) Une nouvelle dynamique qu’ils cherchent à appliquer à la capitale ............................ 13B) Le test des élections législatives à Paris ............................................................. 281) Les écologistes peuvent être satisfaits ..................................................................... 282) La bonne séquence d’EE-LV ne pénalise pas le PS .................................................. 40II Rivalités de pouvoirs entre frères ennemis ....................................................... 47A) «L’unité est un combat» ................................................................................... 471) Interdépendances et rivalités de pouvoirs ................................................................ 472) Des relations «bipolaires» exacerbées à Paris ........................................................... 59 3B) Les relations PS / EE-LV à l’épreuve du pouvoir .............................................. 741) 2001-2008, la douloureuse construction d’un rapport de forces .................................. 742) 2008-2014, la contrainte d’un rapport de forces évolutif ........................................... 90III Enjeux géopolitiques des élections municipales 2014 ................................... 103A) La Mairie de Paris, au cœur des stratégies politiques ...................................... 1031) Paris, un territoire plus que convoité ..................................................................... 1032) Une super-institution au service d’ambitions nationales .......................................... 110B) Vers un duel interne à la majorité municipale ? .............................................. 1171) Socialistes et écologistes affûtent leurs armes en vue de 2014.................................. 1172) Paris peut encore réserver bien des surprises .......................................................... 134Conclusion ............................................................................................................ 145Résumé : ................................................................................................................ 156 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  4. 4. RemerciementsTout d’abord, je tenais à remercier les différents acteurs et observateurs de cette rivalitéparisienne entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie-Les Verts. Les discussions que j’ai puavoir avec les différents élus ainsi que leurs collaborateurs mais aussi les militants locauxm’ont permis de mieux appréhender les positions de chaque parti et de chaque personnalitépolitique. Ces différents entretiens ont été indispensables à ma réflexion et viennent nourrircette recherche tout au long des pages suivantes. J’ai aussi pu avoir des échanges riches avecplusieurs journalistes suivant la vie politique parisienne, qui n’ont pas hésité à me consacrerde leurs temps personnel pour aborder cette recherche comme mon avenir professionnel. Jeprofite donc ici de l’opportunité qui m’est offerte de leur exprimer ma gratitude, qui va bienau-delà de ces quelques lignes.Dans un second temps, il me paraît indispensable de souligner le rôle joué par l’ensemble ducorps enseignant de l’Institut Français de Géopolitique, qui m’a donné l’occasion tout au longde cette première année, d’acquérir des compétences indispensables à l’exercice du métier de 4journaliste auquel j’aspire. Leurs différents cours, séminaires et présentations, m’ont permisde saisir les tenants et les aboutissants d’un conflit géopolitique, dans toute sa complexité.Plus particulièrement, mes remerciements s’adressent à Philippe SUBRA qui a dirigé cemémoire. Il a su m’orienter dès l’automne dernier sur les éléments clés permettant decomprendre la concurrence entre ces deux formations à Paris, et s’est montré disponible toutau long de ma recherche pour répondre à mes interrogations.Le soutien et les conseils de Mathilde COSTIL, allocataire de recherche à l’IFG, ainsi que deGuilhem MAROTE, me furent également précieux tant dans la rédaction de ces pages quedans la confection de mes cartes géopolitique disséminées dans cette recherche. Il va aussi desoi d’exprimer ma reconnaissance à mon entourage proche parfois mué en correcteurs, pourleur aide et leur soutien exprimé au cours de ces semaines de travail. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  5. 5. IntroductionA lors que les élections législatives viennent de prendre fin ce 17 juin 2012, les acteurs politiques parisiens ont déjà les municipales de 2014 à l’esprit. Si elle devrait progressivement monter en intensité, la bataille pour la Mairie de Parisétait déjà prégnante dans les stratégies des élus écologistes et socialistes ces derniers mois.Galvanisé par un poids politique qu’il n’a jamais eu à l’échelle nationale, Europe EcologieLes Verts (EELV) a pour ambition de concrétiser la bonne dynamique enregistrée dans lacapitale au cours des précédents scrutins locaux. Concrètement, il s’agira pour eux d’ancrer laMairie de Paris à gauche tout en parvenant à inverser les rapports de forces de la majoritéplurielle, aujourd’hui sous la domination du Parti Socialiste et de Bertrand Delanoë.Discipline à l’intersection de la géographie, de l’histoire contemporaine et de la sciencepolitique, la géopolitique étudie les rivalités de pouvoirs sur un territoire, susceptible ded’aboutir à un conflit. Dans cette définition d’Yves Lacoste, il est entendu que le terme«rivalités de pouvoirs» peut recouvrir un large champ de relations : il peut aussi bien s’agird’affrontements que se livrent deux camps ennemis aux idéologies antagonistes, que de la 5concurrence exprimée entre deux forces partenaires aux intérêts divergents. Dans tous les cas,le territoire, qu’il s’agisse de celui d’un Etat ou d’une collectivité, doit être considéré commeun enjeu de pouvoir en tant que tel. Bien que les litiges locaux n’engagent ni armées ni neremettent en cause la souveraineté des peuples, les rivalités qui se déroulent dans desprocédures démocratiques (débats, élections, etc) n’en sont pas moins fortes que certainsconflits interétatiques. Dès lors que l’enjeu du conflit a été spatialisé et confronté aux rapportsde forces dans leur épaisseur historique mais aussi aux représentations de chaque acteur, cesjoutes locales deviennent éminemment géopolitiques.Dans la foulée des sénatoriales de septembre dernier où la droite parisienne s’est violemmentdivisée, les socialistes de la capitale ont vivement combattu l’implantation de l’écologisteCécile Duflot lors des législatives de juin 2012. Bien que moins intense et moins médiatique,de fortes tensions couvent également entre les deux principaux partis politiques formant lamajorité plurielle, qui domine et contrôle la Mairie de Paris depuis onze ans. Dès mai 2010,certains élus écologistes de la capitale clamaient leur intérêt pour le poste de Maire de Paris.Quelles divergences opposent le Parti Socialiste et EE-LV dans la gestion quotidienne de la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  6. 6. politique municipale de la capitale, au point de susciter de telles ambitions et de telles rivalitésplusieurs années avant le scrutin municipal ? Pourquoi sont-ils en conflit à Paris, alors queleurs relations semblent plutôt au beau fixe dans d’autres exécutifs locaux de province ou auConseil régional d’Ile-de-France, ainsi qu’au niveau national ?Si les trois forces politiques qui composent la majorité rose-verte-rouge de la capitale serejoignent dans l’objectif commun de faire battre la droite, ils n’en sont pas moins soumis àdes rapports de forces politiques internes : le Front de Gauche souhaiterait concurrencer legroupe écologiste, qui lui-même a pour ambition de dépasser son grand frère socialiste,aujourd’hui le plus haut dans la hiérarchie. Se comparant constamment entre eux, ils font descalculs, des hypothèses, opèrent des choix et appliquent des stratégies politiques pour arriver àleurs objectifs respectifs, qu’ils s’agissent de prendre le contrôle ou de conserver le fauteuil deMaire de Paris, d’augmenter leur poids politique en remportant davantage de postes électifs,de faire primer leurs idées sur celles des autres, de gagner en crédibilité pour s’inscriredurablement dans l’exercice du pouvoir, etc. Bien souvent, les rivalités personnelless’entremêlent aux rivalités partisanes. Dans un environnement comme Paris, dans un théâtregéopolitique comme celui de l’Hôtel de Ville, les rivalités personnelles sont même peut-être 6plus importantes encore que les divergences idéologiques.Réalisé à la suite d’un travail de recherche ponctué d’une enquête de terrain, ce mémoire apour objectif d’analyser les rivalités et les tensions rythmant les relations entre le PartiSocialiste et Europe Ecologie-Les Vert,s depuis 2001 jusqu’à aujourd’hui et la préparation duprochain scrutin municipal. Alternant entre l’échelle nationale et locale, cette recherchetentera de comprendre le lien entre leurs rivalités et le climat politique propre à la capitale. Enprenant également en compte les dynamiques de chaque partis, leurs stratégies politiques,leurs plans de communication ainsi que leurs capacités de mobilisation, nous tâcherons derépondre à cette problématique : la conquête géopolitique de l’Hôtel de Ville de Parisréinterroge t’elle le leadership du Parti Socialiste sur Europe Ecologie-Les Verts ? Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  7. 7. I Elections législatives 2012, la pré-bataille de Paris A) La conquête de Paris sera politique ou ne sera pas 1) Les écologistes veulent entrer dans la cour des grands u’il est loin le temps où les écologistes manifestaient à vélo contre les autoroutesQ urbaines du Président Georges Pompidou ou tractaient dans les marchés accompagnés de joyeux orchestres. Dimanche 10 juin, ils étaient plutôt du genre àscruter dans le détail les résultats du premier tour des législatives, calculette à la main pourpréparer le bureau politique du lendemain. Le sourire aux lèvres. Les réactions dans lesmédias pleuvent. Alors que le MoDem s’est écroulé et que le Front de Gauche se tasse, lesécologistes font remarquer qu’eux progressent par rapport à leur triste performanceprésidentielle, qu’ils ne subissent plus «l’effet vote utile» et qu’ils retrouvent «leur électoratqui s’était porté sur Hollande le 22 avril dernier pour virer Sarkozy.» Après les 2,31%récoltés par Eva Joly, peu avaient «imaginé franchir la barre des 5%.» Pour couronner le 7tout, «leurs têtes d’affiches se portent bien1» : Noël Mamère est réélu à Bègles dès le premiertour avec 52% des voix, Cécile Duflot et François de Rugy n’ont pas été loin de l’imiter enrecueillant 48,7% à Paris et 47,3% à Nantes. Reprenant en cœur plusieurs éléments delangage, ils font une lecture très politique de ces résultats pourtant mitigés de premier tour,par le biais d’une langue de bois qu’ils n’ont longtemps pas su maîtriser.Car avant d’être politique dans les urnes, l’écologie a longtemps été revendicative sur leterrain : dans la France des 30 glorieuses, une poignée de citoyens - qu’ils soient défenseursde l’agriculture biologique, militants de la cause homosexuelle, féministes ou partisans de lanon-violence – rêvent de freiner la croissance pour donner naissance à une société alternative.Ils forment des groupes locaux, se réunissent, réfléchissent, manifestent, sensibilisent, sedivisent, se déforment : l’écologie est un mouvement citoyen désorganisé, hétéroclite. Avantde s’illustrer avec leurs amis altermondialistes dans l’occupation de terrain du Larzac ou lescombats ayant trait à l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff, les écologistes ontlongtemps été cloisonné en lisière de la société, à force de bousculer les certitudes d’unmonde en mutation.1 L’Express : Europe Ecologie a le sourire mais pas encore de groupe parlementaire, le 11 juin 2012 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  8. 8. Il faudra véritablement attendre 1974 et la candidature à l’élection présidentielle del’agronome René Dumont, pour que le mouvement écologiste se fasse entendre. La largemédiatisation du jeu politique dont ils bénéficièrent pour la première fois pendant cettecampagne provoqua même un débat interne à la mouvance écologiste : quelle est la méthodeoptimale à employer pour «changer le monde» ? Faut-il continuer à être un mouvementcitoyen influençant la société civile ou bien se structurer et faire son entrée dans le mondepolitique ? Tout en se démarquant des organisations traditionnelles, refusant d’intégrer lescodes du milieu politique, une partie des écologistes privilégia la deuxième solution etinventèrent des comités de campagne «biodégradables», disparaissant au lendemain de chaquescrutin. Déçus de l’alternance socialiste et des premières années d’un mitterrandisme bousculépar les crises, ils décident de s’inscrire comme une force politique durable : le parti des Vertsnaît au congrès de Clichy, en janvier 1984. Mais lorsque se posa quelques années plus tardl’épineuse question de la stratégie électorale à suivre, l’autonomie politique renvoyant dos-à-dos la droite et la gauche fût privilégiée à une stratégie d’alliances permettant de «modifier leschoses de l’intérieur». Le clivage était profond entre d’un côté les militants de gauche voired’extrême-gauche affirmés et revendiquant leur politisation à voix haute, et de l’autre ceux,pas forcément de droite, désireux de créer une troisième voie au-delà de l’opposition gauche / 8droite, entre marxisme et libéralisme. La division était d’autant plus dévastatrice pour lesVerts qu’elle était attisée… par une guerre des chefs, entre les quelques élus nationaux etrégionaux. Traduction dans les urnes : les écologistes réalisaient du yoyo électoral, selon lemode de scrutin, les enjeux de la campagne… et la profondeur de leurs divisions.Après un quart de siècle d’échecs électoraux où les écologistes ne parvinrent que trèsrarement à transformer en mandats leur relative popularité, les Verts changeaient doncradicalement de stratégie : le congrès de 1994 sacra Dominique Voynet et son idée decontourner les contraintes du scrutin majoritaire, par le biais d’alliances avec les partis degauche. Selon elle, c’était l’unique moyen de participer au pouvoir tant au niveau descollectivités locales que de l’Etat, et seule une entrée dans les exécutifs locaux et legouvernement pouvait permettre aux écologistes de confirmer aux scrutins nationaux sansproportionnelle (présidentielle, législatives) les «percées» réalisées lors des européennes etrégionales. Au milieu des années 90, l’amateur associatif devint alors un professionnel de lapolitique, les élections n’étaient plus un moyen d’influencer les autres partis mais une ported’entrée dans les exécutifs de gauche : les Verts ne voulaient plus seulement être unlaboratoire d’idées réfléchissant pour changer la vie mais être une force politique associée à la Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  9. 9. gestion des politiques publiques. Trois ans après avoir acté leur participation à la gaucheplurielle de Lionel Jospin, ils obtenaient pour la première fois de leur jeune histoire sixdéputés et un poste ministériel.Mais l’efficacité de cette stratégie n’en resta pas moins toute relative : sans expériencepolitique et ne disposant d’aucune marge de manœuvre –«je me suis aperçu que lors desdécisions ministérielles, on n’arbitrait pas forcément sur la base d’arguments objectifs maisen fonction du poids des Ministres et des groupes politiques au Parlement, de l’émotion desfaits divers, de l’influence des lobbys, etc»2 – Dominique Voynet et les écologistesdéchantaient rapidement. Tout en perdant des électeurs, les divisions entre écologistess’accentuèrent. Le fait que les élus courent après les mandats – dans le but de crédibiliser lemouvement - n’empêchaient pas les militants, selon qu’ils soient libertaires ou pragmatiques,de continuer à débattre de façon véhémente sur la participation au pouvoir. Pour ne rienarranger, le choc du 21 avril 2002 éclipsa le score historique de Mamère –considéré commeun des responsables de l’élimination au premier tour de Lionel Jospin- et plombadéfinitivement leur stratégie de conquête électorale adossée aux succès socialistes, qui devaitthéoriquement les aider à évoluer. Faute de personnalités bénéficiant d’une notoriété nationale 9et disposant de fiefs électoraux, les écologistes réalisaient toujours des scores honorables lorsdes élections sur listes (municipales, régionales, européennes), mais continuaient à seridiculiser lors des scrutins uninominaux majoritaires (législatives, présidentielle). Alors queles thèmes environnementaux étaient au premier plan de la campagne présidentielle de 2007,Dominique Voynet réalisa même le plus mauvais résultat des Verts… depuis René Dumont !Les rêves que nourrissaient les écologistes de devenir la «majorité culturelle du 21ème siècle»ne semblaient alors plus être qu’un lointain espoir, alors que dans le même temps NicolasSarkozy écologisait son début de quinquennat3.A l’automne 2008, le constat est implacable : les écologistes ont le choix entre s’auto-décerner un satisfecit pour avoir eu «raison avant tout le monde» ou devenir crédible etprendre le pouvoir. Sous l’initiative de Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Cécile Duflotémerge rapidement la nécessité de dépasser le parti des Verts, de se débarrasser de leur imagede vassal du Parti Socialiste pour s’affirmer comme une nouvelle force politique autonome, etainsi réapparaître positivement dans les radars médiatiques. Les adhérents des Verts mais2 Source : « La saga des écolos ».3 Il lança le Grenelle de l’Environnement le 6 juillet 2007, pour «refonder la politique de lécologie en France etinventer les conditions dune croissance nouvelle.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  10. 10. aussi les acteurs associatifs ou syndicaux environnementalistes (Greenpeace, WWF, les Amisde la Terre, Fondation Nicolas Hulot) ainsi que les écolos-centristes, socialistes ou électeursd’extrême-gauche sont tous appelés à s’unir dans une structure provisoire, Europe Ecologie.Objectif initial de cette stratégie fédératrice ? Progresser dans les élections et acquérir uneprésence dans d’autres segments de la vie publique, comme le débat d’idées ou l’éducationpopulaire. Mais c’est encore et toujours au niveau électoral qu’ils se font remarquer. Lacréation d’Europe Ecologie est aussitôt couronnée d’un succès historique, lors des électionseuropéennes de 2009 : la nouvelle coalition, représentant des tendances assez diverses au seinde la galaxie écologiste, dépasse les prédictions les plus optimistes en recueillant 16,3% dessuffrages exprimés, frôlant le résultat du Parti Socialiste. Le scénario se répète quelques moisplus tard – sans être au coude à coude avec le PS cette fois-ci – lorsque les écologistes, malgréleurs faibles audiences dans les communes périurbaines, présentent aux élections régionales2010 des listes autonomes sur l’ensemble du territoire. Réalisant en moyenne 12,2% avec desperformances inédites en Rhône-Alpes, en Ile-de-France et en Alsace, Europe Ecologieconfirme la viabilité de cette alliance politique entre écologistes et environnementalistes. Unedynamique qui mérite toutefois d’être nuancée : ces deux scrutins élisent des assembléespolitiques dont les compétences collent aux thèmes de campagne écologistes, et dont le mode 10d’élection à la proportionnelle prend mieux en compte les petits partis dont Europe Ecologiefait partie.Le nouveau parti de l’écologie politique, copié-collé de ses deux derniers noms, naîtformellement à l’automne 2010 dans le but de peser véritablement dans l’exercice du pouvoir,et non plus seulement d’y participer pour moderniser le marketing électoral du PS. La créationd’Europe Ecologie-Les Verts est la stratégie des écologistes pour professionnaliser l’écologiepolitique dont l’histoire a pour l’heure été marquée par des hauts et des bas continus. Plus queréaliser des scores honorables et être représentés symboliquement, le nouveau parti écologisteaurait vocation à obtenir davantage de mandats pour agir et inventer les prémisses de lasociété de demain. En quête d’indépendance mais surtout d’influence, les écologistes nepeuvent pour autant exclure de leur stratégie les accords politiques de second tour, qui leurpermettent de négocier des contrats de majorités. Dès 2011 et au terme d’un premierrapprochement avec Solférino, ils investissent le Sénat en passant de 4 à 12 élus4 mais surtout,ils y fondent leur premier groupe parlementaire et disposent d’une influence inégalée4 10 élus le 25 septembre 2011, puis 12 avec la nomination du gouvernement de François Hollande. De même,16 eurodéputés écologistes siègent désormais au Parlement européen au lieu de 14 élus en 2009. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  11. 11. puisqu’ils font la bascule dans une majorité de gauche étriquée (177 sénateurs de gauchecontre 171 de droite).Pragmatiques depuis leur renouveau et leur entrée de plain-pied dans la real-politik, lesécologistes s’attaquent dès l’automne 2011 à la séquence tant redoutée des électionsprésidentielle et législatives… encore avec l’aide du Parti Socialiste. La réalité institutionnellede la 5ème République et les contraintes du scrutin uninominal à deux tours, contraindraitEurope Ecologie-Les Verts à passer par cet exercice difficile : «C’est compliqué de faire desalliances avec le PS. Oui, on est une troisième voie ; oui, on est capable de passer desaccords ; mais non, ce n’est pas automatique. Nous revendiquons à la fois l’autonomie denotre projet politique différent, et la possibilité de passer des accords» tente de justifierCécile Duflot dans le livre d’Erwann Lecoeur5. Objectif : proposer à leur partenaire unprogramme de transition écologique et être l’initiateur d’une future majorité qui sestructurerait autour de réformes radicales et structurelles. Sans illusions sur une «vieillegauche productiviste et néo-libérale», les écologistes qui redoutent toujours autant d’«être lepoil à gratter de la social-démocratie»6 refusent de se vendre aussi facilement qu’en 19977 etentament d’égal à égal la négociation d’un accord électoral et programmatique, censé leurpermettre d’acquérir à terme leur indépendance politique. Réclamant une centaine de 11circonscriptions dont la moitié de gagnables pour peser à l’Assemblée nationale et se garantirune visibilité politique au cours de la prochaine mandature, ils obtinrent finalement 63circonscriptions dont 25 à 30 gagnables. De quoi assurer une représentation proportionnelle àleur poids politique et ainsi leur faire espérer la création d’un second groupe parlementaireindépendant, à l’Assemblée nationale cette fois-ci. Les deux formations publient en parallèleun document de trente pages où ils actent 80% d’idées communes dont un retrait militaired’Afghanistan, un contrôle public des banques, l’harmonisation de la taxation des revenus ducapital et de ceux du travail, une réduction de la part de l’énergie nucléaire dans la productiond’électricité française et la non-prolongation de 24 centrales nucléaires en fin de vie, etc. Uneclause de revoyure est signée en ce qui concerne des sujets plus polémiques, comme l’arrêt dela construction de l’EPR de Flamanville ou le moratoire sur l’arrêt de la construction del’aéroport Notre-Dame-des-Landes, où les représentations opposées de chacun étaient5 « Des Écologistes en politique », 2011.6 Tribune publiée le 18 août 2010 dans Le Monde « Yes we can »par Patrick Farbiaz et Pascal Durand7 «En 1997, nous avons été achetés pour pas cher» avouera Jean-Luc Benhamias, à l’époque secrétaire nationaldes Verts, dans Le Monde du 30 septembre 1998. Noël Mamère estimera pour sa part que Lionel Jospin a donnéaux Verts des «hochets pour amuser la galerie.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  12. 12. susceptibles de faire sombrer leur partenariat. C’est sans nul doute l’accord le plus aboutijamais signé entre les deux partis notamment «grâce au talent des négociateurs d’EuropeEcologie-Les Verts.8» Après une séquence électorale plus que difficile symbolisée par les2,31% d’Eva Joly, les écologistes se rassurent en obtenant 17 députés mais sans empêcher leParti Socialiste d’avoir la majorité absolue à lui tout seul.Tantôt autonomes et capables de concurrencer le PS pour la place de première force politiquede gauche, tantôt réduits à subir l’hégémonie de leur partenaire voire même à observer leurplace d’alternative à la social-démocratie raflée par les communistes (dernièrement, le Frontde Gauche à la présidentielle), les écologistes courent comme toujours après la régularitéélectorale. Mais contrairement à l’après-2007, ils croient de nouveau en l’objectif detransformer une opinion sensibilisée en réussites électorales en attendant la réformeinstitutionnelle instaurant de la proportionnelle aux scrutins majoritaires nationaux que leur apromise François Hollande. De fait, EE-LV est persuadé d’avoir devant lui un espacepolitique à conquérir, tout en étant conscient qu’il est tout autant susceptible de disparaître.«Soit le Parti Socialiste est capable d’intégrer les ambitions et les orientations proposées parl’écologie politique, ou bien il n’en est pas capable, et c’est les écologistes qui dépasseront,un jour ou l’autre, les socialistes» estime Dominique Voynet, dans le documentaire La Saga 12des écolos. Selon Jean-Marie Bouguen, collaborateur parlementaire de Jean-Vincent Placé,«nous sommes au troisième âge de l’écologie politique» : après la naissance des Verts puisl’accès au pouvoir, Europe Ecologie-Les Verts achève «la mutation des écologistes vers unparti classique et doit aujourd’hui s’inscrire de façon décomplexée en situation deresponsabilité, afin d‘agir au maximum sur les politiques publiques». Cette entreprise denormalisation qui doit voir les élus EE-LV se banaliser dans l’exercice du pouvoir est enbonne voie, mais son avenir ne peut être préjugé à l’heure où ces lignes sont écrites. Alors queLes Verts, au fonctionnement trop brouillon pour arriver à leur objectif, n’étaient jamaisparvenus à se métamorphoser en vingt ans d’existence, Europe Ecologie-Les Verts doit veillerà ne pas retomber dans leurs travers passés, sous peine de dilapider le capital-sympathieaccumulé depuis les européennes 2009. La stratégie politique professionnalisante desdirigeants doit s’accompagner d’une rigueur interne visant à trouver le bon équilibre entreVerts historiques et nouveaux venus d’Europe Ecologie, apparatchiks et militants d’ONG ; lesectarisme des premiers ne devant pas cannibaliser l’utopisme des seconds.8 Pascal Durand sur Public Sénat, le 6 juin 2012. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  13. 13. 2) Une nouvelle dynamique qu’ils cherchent à appliquer à la capitale omme l’écologie politique à ses débuts ou les Verts en leur temps, EuropeC Ecologie-Les Verts est un parti résolument urbain : ils réalisent leurs meilleurs résultats dans les territoires les plus dynamiques économiquementdémographiquement (Ile-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Alsace), dans les grandes etvilles où se produisent des changements à la fois culturels et sociologiques. «Pourquoipensez-vous que Dominique Voynet, conseillère régionale de Franche-Comté puis Députée duJura ait décidé d’aller se faire élire Maire à Montreuil ? Chez les Verts, les figures, commeles programmes, se recentrent automatiquement vers les villes, terreau de l’écologiepolitique» explique Jean-René Bourge, chercheur en science politique à Paris VIII. De par lasensibilisation de l’électorat des grandes villes à l’écologie politique, les résultats électorauxde Lille, Bordeaux, Lyon mais aussi Paris sont étroitement analysés par l’état-majorécologiste. Europe Ecologie-Les Verts, qui ne gère aujourd’hui que 57 municipalités, dont 13seule la ville de Montreuil dépasse les 100.000 habitants, souhaite consolider ses basesacquises et conquérir de nouvelles grandes villes… dont Paris serait le symbole le plusprestigieux.Si le succès des européennes 2009 n’a pas permis d’arriver devant le Parti Socialiste àl’échelle nationale (16,28% contre 16,46% au PS), il n’a pas échappé aux écologistes que leurliste autonome était arrivée largement devant celle de leur partenaire-adversaire socialiste…dans la capitale : Daniel Cohn-Bendit y réalise 27,46% quand Harlem Désir ne parvient àrallier que 14,69% des suffrages derrière lui. L’année suivante aux régionales, la liste deCécile Duflot avait limité les dégâts face à celle d’Anne Hidalgo. De quoi faire naître l’idéeque Paris et sa région pourrait être le potentiel lieu du dépassement de la social-démocratiepar l’écologie politique. «Dire qu’ils y pensent n’est pas un euphémisme : étant donné que lenational ne lui réussit pas, EE-LV compte d’abord doubler le PS sur le plan local avant detirer des plans de dépassement politique. A ce titre, ils surveillent attentivement les grandesvilles comme Paris, Lyon ou Grenoble où ils savent que leurs élus sont costauds et que lesélecteurs répondent généralement présents. Dans ces villes, le PS n’est pas rassuré: les nidsécologistes qui pourraient éclore au niveau local risquent de s’étendre et de toucher un jour Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  14. 14. ou l’autre les oiseaux du PS» analyse Rosalie Lucas, journaliste qui couvre le Parti Socialisteet Europe Ecologie-Les Verts pour le compte du Parisien. 14 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  15. 15. Depuis trois ans, la victoire d’écologistes sur les socialistes lors de scrutins locaux n’est plusseulement une ambition farfelue inventée dans les cerveaux verts. «Nous avons prisconscience que si nous arrivons à être plus sérieux et à la jouer intelligemment etcollectivement, nous pourrions peut-être concrétiser cette ambition» décrypte AdrienSaumier, un militant parisien. Autant dire que la présidentielle et les législatives – scrutinsnationaux qui ne réussissent traditionnellement pas aux écologistes – les intéressaientlocalement dans une logique de préparation du prochain scrutin municipal.«Les centres-villes sont une de nos meilleures bases, donc l’objectif de conquérir Paris en2014 est bien réel. Depuis des années, nous avons de plus en plus d’élus, la prochaine étapeconsiste à prendre le pouvoir ausein de l’exécutif local» raisonneYves Contassot, le porte-drapeaudes Verts lors des électionsmunicipales dans la capitale en2001. Particularité de cette nouvelle 15stratégie insufflée par EuropeEcologie-Les Verts : les écologistesn’hésitent plus à crier haut et fortleur ambition.Lors des premières électionsmunicipales organisées depuis un siècle dans la capitale, en 1977, Brice Lalonde avait déjàobtenu 10,1% des suffrages. Et depuis, la configuration politique n’a cessé de changer : lasociologie de l’électorat parisien a évolué, les quelques citoyens de gauche qui votaient pourdes raisons essentiellement sociales ont été remplacés par un vivier d’électeurs de la «gauchesociétale». «La forte concentration de classes moyennes et supérieures déjà sensibilisée àl’écologie politique, qui dispose des ressources intellectuelles comme le montre son fortniveau de diplôme, est typiquement un électorat auquel notre discours peut plaire» reconnaîtClaire Marynower, une cadre locale d’EE-LV-Paris. Au-delà de la structure même de lapopulation, les écologistes ont également été associés à la gestion de la ville depuis 2001 etl’accession au pouvoir de Bertrand Delanoë. Etre la pierre angulaire de la future majoritéparisienne en 2014, une de leurs bases militantes et électorales les plus importantes, est dansleur esprit une étape rationnelle et logique de leur évolution. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  16. 16. Mais contrairement aux élussocialistes bien implantés localement Cécile Duflot, apparatchik carriériste ouet disposant pour certains d’une aura plébéienne désintéressée ?nationale, le casting des écologistes Qui est réellement Cécile Duflot ? Si elle est loin de correspondre àparisiens manquait jusqu’ici de l’image de la «jeune femme arrivée par hasard en politique» qu’ellepersonnalités susceptibles d’incarner cherche à donner; la présenter comme une horrible cumularde revientle rôle de Maire de Paris. Leurs bons à sauter bien des étapes de son parcours. Fille d’une professeure etrésultats jusqu’ici étaient liés aux d’un cheminot du Val-de-Marne, Cécile Duflot intègre - après avoircaractéristiques de l’électorat suivi un DEA de géographie à l’université Paris VII- l’ESSEC, uneparisien plutôt qu’au profil de ses prestigieuse école de commerce parisienne. Diplômée en 2000, ellereprésentants locaux, peu reconnus. prend le contrepied du parcours-type de sa promotion en intégrant unConscients qu’un bon score en 2014 groupe immobilier spécialisé dans le logement social. Un an plusne sera possible que si le vote pour tard, elle s’engage chez les Verts qui participent alors auEE-LV induise plus qu’un simple gouvernement, mais pour «agir au niveau communal» à Villeneuve- Saint-Georges, dans sa proche banlieue parisienne. Du moins, tel étaitvote de témoignage, les écologistes l’objectif initial.ont profité des élections législatives En janvier 2003, elle est élue au Collège exécutif des Verts, où ellepour donner davantage de poids à est chargée de la réforme interne. Aux premières loges de l’échec de 16Denis Baupin, ainsi que pour la participation gouvernementale et de la gauche plurielle, mais aussiimplanter la secrétaire nationale, des divisions intrinsèques aux Verts, elle entame une ascensionCécile Duflot, à l’est de la capitale. fulgurante, digne d’une apparatchik passée par les pépinières deUne stratégie qui pourrait s’avérer partis –type MJS ou Unef. Désignée porte-parole du courant le plus àêtre la bonne, selon Marie-France gauche du parti, qui deviendra majoritaire au sein des Verts en 2005,Gairaud, journaliste du Parisien : «la Cécile Duflot s’impose rapidement comme une figurecandidature d’une personnalité incontournable : en multipliant les choix politiquement judicieux, elled’envergure nationale sur Paris est comble son «retard». A 31 ans, elle prétend déjà à l’investiture pour l’élection présidentielle de 2007, ne recueillant qu’un peu plus deune bonne chose pour EE-LV : ils 23% des suffrages… mais gagnant considérablement en notoriété.pourraient davantage marquer le Consécration au congrès national de décembre 2006, où elle devientcoup qu’avec des élus parisiens» la plus jeune secrétaire nationale des Verts ! La tâche qui lui incombemédiatiquement inexistants. «Pour n’est pas une mince affaire : (suite)2014, il nous faut une candidateemblématique, avec une visibilité et des espoirs à l’écologie politique. A partir de ce moment, fortenotoriété : la candidature dune Cécile Duflot s’emploiera à des réformes internes en cherchant àmembre du gouvernement contre rassembler l’ensemble de la mouvance écologiste, qu’elle soitune liste socialiste nest pas à exclure» explique Denis Baupin. au niveau de la société an lors de les investie politiquement ou Evoquée depuis un civile, avec milieux associatifs. «Le parti était électoralement, humainement et financièrement en difficulté, mon rôle a été de remettre le train – qui Hugo SOUTRA - Institut Françaisun tête à queue - sur les Juinpour le cas où le contexte avait fait de Géopolitique - rails 2012 nous serait à nouveau favorable.»
  17. 17. Cécile Duflot, apparatchik carriériste ou plébéienne désintéressée ?(suite) alors que Dominique Voynet vient d’enregistrer le plus mauvais résultat des écologistes (1,57%) à la présidentielledepuis la candidature de René Dumont en 1974, elle doit redonner de la visibilité et des espoirs à l’écologie politique. A partirde ce moment, Cécile Duflot s’emploiera à des réformes internes en cherchant à rassembler l’ensemble de la mouvanceécologiste, qu’elle soit investie politiquement ou au niveau de la société civile, avec les milieux associatifs. «Le parti étaitélectoralement, humainement et financièrement en difficulté, mon rôle a été de remettre le train – qui avait fait un tête àqueue - sur les rails pour le cas où le contexte nous serait à nouveau favorable.»Elle semble donner satisfaction puisqu’elle est reconduite pour un second mandat en décembre 2008. Refusant d’êtrecandidate au scrutin européen malgré la proposition d’une place éligible, Cécile Duflot remporte toutefois sa premièrebataille : les listes Europe Ecologie, portées par des candidats aussi différents que le «faucheur d’OGM» José Bové ou le«leader de Mai 68» Daniel Cohn-Bendit, réalisent 16,28% en juin 2009 –six points au-dessus de leur précédent record de1989- et obtiennent 14 députés européens ! Du jamais vu. Face au succès de cette stratégie d’union et d’autonomie, elle selance à son tour comme tête de liste aux élections régionales en Ile-de-France, accompagnée de l’ancien directeur de la Caissedes Dépôts Robert Lion, du co-fondateur des Enfants de Don Quichotte Augustin Legrand ou encore de la présidente d’Act-Up Emmanuelle Cosse.Suite au succès collectif des européennes, «il y avait le besoin de personnaliser le moment pour grimper une nouvellemarche. Et j’étais la bonne personne pour le faire puisque j’avais l’atout d’avoir un certain altruisme politique, de ne pas 17être cataloguée comme celle qui avait utilisé les Verts pour sa gloire personnelle.» La patronne des Verts, qui expliquera peuaprès avoir été lassée de «passer la serpillère», se révèle alors dans le paysage politico-médiatique, en assurant la majeurepartie des apparitions médiatiques d’une campagne à enjeux locaux. La liste qu’elle conduit dans la région-capitale recueille16,58% des suffrages (plus que la moyenne nationale) et lui donne le droit d’aller négocier doublement à Solférino durantl’entre-deux tours : d’abord l’accord global avec le PS de Martine Aubry en sa qualité de secrétaire nationale puis ensuite sonralliement francilien à Jean-Paul Huchon, en l’échange d’un groupe écologiste (qu’elle présidera par la suite) passant de 28 à50 élus.Plus d’un an plus tard, elle décroche un troisième et dernier mandat en interne avec 50% des voix, «véritable sacre» illustrantà merveille son «sans-faute» en interne, selon ses proches. Un sans-faute qui n’empêche pas le paradoxe Duflot d’apparaîtreau grand jour : estimant que les éléments les plus forts de l’histoire de l’écologie politique ont déjà été écrits et qu’elle est «del’âge de ceux qui ont à faire» et à agir, Cécile Duflot ne concrétise pas elle-même ses belles paroles. Auréolé du plusimportant poids politique que n’a jamais eu un leader écologiste, le côté calculateur de la secrétaire nationale transparaîtlorsqu’elle refuse de se lancer dans la difficile course à la présidentielle en 2012 puis une place indécise sur la liste sénatorialedu Val-de-Marne. Elle officialise le jour de ses 5 ans à la tête du mouvement écologiste, le 16 novembre 2011, sa candidatureaux élections législatives à Paris. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  18. 18. réunions informelles, la candidature de Cécile Duflot aux élections municipales n’a cependanttoujours pas été confirmée par la principale intéressée : si elle reconnaissait à l’automnedernier sur le journal de France 2 que cela faisait «partie des choses possibles», elle a depuisajouté que ce n’était pas encore d’actualité... L’arrivée de la très médiatisée Cécile Duflotdans la 6ème circonscription de Paris démontre la volonté du parti de se donner les moyens deson ambition municipale. Depuis les débuts de l’écologie politique française, l’histoire verteétait teintée d’un amateurisme revendiqué, marquée par le refus du vedettariat.Automatiquement, toute stratégie d’un individu ressemblant à une marque d’ambitionpersonnelle s’exposait à de vives critiques, dans un parti où la base militante a une fortepropension à «couper les têtes» et à considérer cela comme une forme de notabilisation «à lamode radical-socialiste, voire socialiste tout court…»9 L’ancienne présidente de FranceNature Environnement et aujourd’hui députée européenne Sandrine Bélier confirme àSlate.fr10 que «nous avons une logique de partage du pouvoir qui peut conduire à uneméfiance envers nos leaders, mais cette culture change en ce moment» avec Europe Ecologie-Les Verts, où les têtes d’affiches sont de mieux en mieux acceptées.Autre point de satisfaction pour la direction nationale, l’arrivée de Cécile Duflot ne semblepas avoir froissé les élus écologistes parisiens : au fil des élections, ils semblent avoir pris 18conscience de leurs carences naturelles – dont l’absence de leadership - pour progresser ausein de la capitale, au point de réclamer presqu’unanimement l’implantation de la secrétairenationale. Mieux, certaines voix laissent espérer qu’une candidature consensuelle de Duflotaux municipales en 2014 pourrait mettre un terme à leurs historiques querelles internes… «Ily a eu des animosités très fortes chez les Verts à Paris. Le débat sur la participation aupouvoir, sur lequel s’entremêlaient les amitiés et inimitiés personnelles, ont provoqué desdégâts internes considérables au cours de la première mandature. En 2002, nous nousinsultions entre nous» révèle l’actuel patron d’EE-LV Paris, Hervé Morel.«Dès notre arrivée au pouvoir, les batailles d’appareils et de personnes ont remplacé lesbatailles d’idées : les «leaders» voulaient que tous les écologistes parisiens s’impliquent dansleur conflit privé et fassent allégeance à l’un ou l’autre» explique Anne Le Strat, ex-Conseillère de Paris verte, siégeant désormais en apparenté au groupe PS. Tout au long de lapremière mandature de Bertrand Delanoë (2001-2008), les Adjoints au Maire Yves Contassot,9 Blog de Pierre Minnaert, propos d’un militant de base. Article : « Législatives : candidature du mouvement ounotabilisation ? »10 « Pourquoi les écologistes n’ont pas la main verte avec la présidentielle », 13 février 2012 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  19. 19. opposé nationalement à la participation gouvernementale, et Denis Baupin, ancien conseillerministériel de Dominique Voynet, se livrèrent une bataille feutrée en vue de l’investiture pourles municipales 2008. Depuis, les crispations semblent moindres. «Notre groupe n’a pasconnu de départs, de conflits de personnes ni de divergences de vote depuis quatre ans.Mieux, il a enregistré l’arrivée de deux anciens PS11» se félicite le co-président d’EE-LV auConseil de Paris, Sylvain Garel. Au contraire, explique un ancien Conseiller de Paris Vert,«les échos que j’ai m’indiquent que la seconde mandature est pire que la première : le groupen’aurait plus d’existence en tant que tel, chacun pousserait les projets de son arrondissementdans son coin.» A défaut de connaître la véritable ambiance régnant actuellement au sein dugroupe écologiste, j’ai interrogé Hervé Morel pour savoir si les rivalités couvant à propos del’investiture législative dans l’autre circonscription accordée par le PS12 aurait pu fairerenaître cette haine déchirant les écologistes parisiens : «Joker !», lance-t-il avant de sereprendre, «tout le monde voit bien que cette investiture aurait pu rallumer la flamme quinous a ravagé il n’y a pas si longtemps, mais franchement, cela aurait fait un peuréchauffé…»En dépit de l’image de maturité que les écologistes parisiens cherchent à afficher depuis 19quelques années, ils n’ont pas été loin de retomber dans leurs turpitudes passées sous l’appelde nouveaux enjeux de pouvoirs et de postes. Pour choisir son candidat aux législatives dansla seconde circonscription réservée selon l’accord avec le PS, Europe Ecologie-Les Verts a eul’embarras du choix, avec pas moins de neuf candidatures présentées : « Il y a tellement deprétendants à latterrissage dans la 10e circonscription de Paris quil faudra bientôt une tourde contrôle » samusait René Dutrey, candidat sur cette circonscription en 2007. Au-delà deplusieurs personnalités parisiennes – les Adjoints au Maire Denis Baupin et VéroniqueDubarry, mais aussi Yves Contassot désormais élu dans le 13ème arrondissement – quelquescadres du parti avaient également déposé leurs candidatures, en l’occurrence la trésorière EvaSas et le porte-parole Pascal Durand. Car si le candidat écologiste aux dernières municipalesDenis Baupin a finalement été élu député en juin 2012, sa désignation interne ne s’est pasfaite sans remous en décembre 2011. Cécile Duflot ayant fait main basse sur «sa» 6 èmecirconscription et le 20ème arrondissement où il est élu depuis 1995, l’Adjoint de BertrandDelanoë prévoyait initialement de se présenter dans une circonscription de sa ville d’origine,11 Il s’agit des élus du 20ème arrondissement, Michel Charzat et Katia Lopez12 Dans le cadre de l’accord, le PS soutient également le candidat écologiste dans la 10 ème circonscription deParis Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  20. 20. Caen. Problème : celle-ci n’a pas été intégrée à l’accord PS/EE-LV rendant ses chances d’êtreélu inexistantes. Il s’est finalement rabattu sur les désignations internes en Essonne, àGrenoble, à Saint-Brieuc… et dans la 10ème circonscription de Paris ! «C’est vrai que cela m’aun peu mis en difficulté» avouera-t-il peu après au Parisien13. «Son investiture ne l’honoraitpas, je n’aurais jamais déposé une candidature interne là où Denis est élu, dans la 6èmecirconscription… Les plans de carrières personnels doivent être mis de côté quand ils peuventavoir une incidence sur l’ambition du parti. Les apparatchiks l’ont fait gagner en internemais il n’a plus que les militants du PS pour faire sa campagne» enrage en privé le local del’étape Yves Contassot. Preuve de leur professionnalisation, ce dernier eut toutefois la sagessede ne pas tenir de tels propos sur la place publique.L’autre évolution remarquable de la stratégie parisienne d’EE-LV est d’avoir fait desprochaines municipales un enjeu moins en termes de performances électorales qu’en terme demultiplication de postes à responsabilité. L’objectif est d’imiter l’UMP et le PS, quasi-assurésde parvenir à la tête d’exécutifs locaux puisque contrôlant la majorité des postes électifs – desmaires aux parlementaires en passant par les conseillers généraux (ou de Paris) et lesconseillers régionaux – et ayant su nouer un système d’alliances les inscrivant comme le parti 20dominant de leurs camps respectifs. Pour s’inscrire durablement et peser dans la vie politiqueparisienne, le parti écologiste doit posséder davantage de fiefs électoraux14, avec des élusconfirmés et réélus possédant un solide réseau local15, à l’exemple de Jacques Boutault dansle second arrondissement de la capitale. La Mairie remportée en 2008 par Dominique Voynetà Montreuil, les bons scores d’EE-LV enregistrés dans les 2, 3, 10, 11, 18, 19 et 20èmearrondissements lors des européennes et régionales suivantes, en écho à la circonscription surlaquelle s’est faite triomphalement élire Cécile Duflot en juin 2012 sont autant de raisons quipeuvent laisser espérer aux écologistes de construire un «fief» dans le nord-est parisien. Ilsemble y avoir là une assise électorale, un potentiel qui reste toutefois à consolider pour enfaire à terme une situation «acquise».13 « Les écologistes se déchirent à Paris », Le Parisien, 15 décembre 2011.14 Refusant d’entrer dans le jeu des partis politiques puis engluée dans des coalitions avec le PS, les écologistesn’ont jamais pris le temps de constituer des fiefs électoraux, des zones de forces où s’accumulent municipalités,cantons, circonscriptions avec différentes échelles d’élus locaux, des forces militantes ou encore des relaissyndicaux et associatifs.15 Bien que cela ne soit pas le cas de Jacques Boutault, un mandat de parlementaire a son utilité dans laconstruction d’un fief politique. Ne serait-ce que grâce à sa réserve parlementaire, évaluée annuellement de150.000 à 200.000 euros par députés. Ils peuvent ainsi financer des projets dans leur circonscription, ou encoredistribuer des subventions aux associations… Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  21. 21. Pour Marie-Anne Gairaud, qui traite la vie politique parisienne au Parisien, «les écologistesauront tout de même du mal à faire du 20ème arrondissement leur fief parisien : il y a denombreux logements sociaux autour des boulevards des maréchaux, et la population est pluspréoccupée par les questions sociales qu’environnementales.» Même son de cloche chezJean-Marc Pasquet, conseiller régional EE-LV d’Ile-de-France et ancien patron des VertsParis : «Notre discours est très «centre de Paris» à parler de démocratie locale plus que delogement ou de petite enfance, et peut paraître en décalage dans un quartier où il y a 10%d’illettrisme, le double du chômage et de nombreux bénéficiaires du RSA…» Tout l’enjeu àterme pour le parti écologiste est de parvenir à démontrer que leurs combats contre lapollution ou encore le bruit pénalisent en premier lieu les catégories les plus populaires.«Notre positionnement «bobo» peut nous faire passer à côté d’un score à deux chiffres sinous ne nous adressons pas en parallèle aux plus faibles : nous avons le devoir de nousintéresser autant au cadre célibataire qu’aux familles nombreuses. Il faut trouver des pontsentre les attentes écologistes d’une population qui n’a plus de besoins matériels et les attentessociales d’un électorat bien plus fragile» continue ce cadre local. Car si les cadres moyens etsupérieurs représentent plus de la moitié de la population dans les 11ème et 20ème 21arrondissements depuis les nombreuses opérations d’urbanisme16 touchant l’Est de la capitale,la gentryfication ne s’est faite qu’à la marge dans certains micro-quartiers tels que les Hautsde Belleville ou Léon Frot. Une population socialement défavorisée est parvenue à s’ymaintenir dans des cités de logements sociaux, où les préoccupations sociales sont très forteset où le vote écologiste est lui, très faible. S’ils veulent un jour devenir dominateur dans l’Estparisien, les écologistes doivent parvenir à «transcender les classes sociales», à discourir parexemple autant sur la généralisation du bio dans les cantines municipales – où ils marquerontdes points parmi leur électorat aisé – que sur les problèmes d’obésité qui touchentmassivement les enfants des classes populaires.Une telle stratégie couplée à des scores historiques et une ambition inédite de la part desécologistes parisiens, aujourd’hui minoritaires dans l’exécutif de Bertrand Delanoë, n’a pasmanqué de faire réagir les socialistes de la capitale. Avant même la conclusion de l’accordentre Europe Ecologie-Les Verts et le Parti Socialiste, ils se sont employés à minimiser lesdégâts pour que «Paris ne soit pas sacrifié». Par exemple, en transmettant une position pour16 Les opérations d’urbanisme dans ces quartiers (réhabilitations, rénovations, reconstructions) ont débuté dansles années 1980. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  22. 22. le moins malhonnête intellectuellement aux négociateurs de Solférino - «la fédération deParis est favorable à un accord électoral cédant aux écologistes parisiens deuxcirconscriptions gagnables, mais refuse toute candidature commune là où un Député PSsortant souhaite se représenter.» Alors que les onze parlementaires socialistes de la capitalesouhaitaient initialement briguer un nouveau mandat, seule une17 des douze circonscriptionsgagnables était théoriquement «libre» pour un candidat EE-LV… Il faut reconnaître quelorsque la fédération de Paris a transmis ce «mandat-piège» à la direction nationale du PS, desrumeurs de plus en plus insistantes faisaient état de l’implantation de Cécile Duflot dans lacapitale. Le patron de la fédération PS de Paris Rémi Féraud – qui a fait allégeance au Mairede Paris Bertrand Delanoë – menace alors son propre parti de présenter des dissidents partout«là où la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts se présenterait.» En parallèle, ilintoxique les médias : «Cécile Duflot à Paris, c’est du bluff… Son parachutage ne fait paspartie d’un accord envisageable entre le PS et EE-LV»18. Sous couvert de «off», un proche duMaire de Paris va même plus loin: « Jamais on ne se laissera flinguer de lintérieur. Noussommes prêts à faire exploser laccord au niveau national ! »19. 2217 Il s’agit de la 11ème circonscription, qui plus est fragilisée par le redécoupage électoral.18 Sur France Bleu Ile de France, 8 novembre 2011.19 Source : Rue 89, «A Paris, Duflot attendue avec un bazooka par le PS » le 10 novembre 2011 Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  23. 23. Dans les jours précédant lasignature de l’accord, Anne Le parachutage, une pratique ancestrale à ParisHidalgo, la première adjointe S’ils peuvent être légitimes lors de scrutins locaux, les débats sur leet candidate à la succession parachutage ont-t-il leur place lors d’élections nationales telles que lesde Delanoë en 2014, ne dit législatives ? La députation, contrairement aux cantonales ou auxpas autre chose : selon Le municipales où il est nécessaire d’être inscrit sur les listes électorales et deParisien, elle envoie à ses payer des impôts depuis au moins cinq ans sur le territoire convoité, nesoutiens des SMS du type «Il requiert aucune obligation de domicile. Pourquoi ? Parce que commefaut tenir bon. Pas de l’explique la Constitution de 1791, les députés «ne sont pas représentantsparachutage, sinon pas d’un département en particulier, mais de la Nation entière.» Ne représentantd’accord possible. Si pas pas les habitants d’une circonscription mais l’ensemble des Français, lad’accord, c’est pas la géographie ne devrait avoir en théorie que peu d’importance dans le scrutincata !»20. Le contenu de la législatif. Auparavant, le rattachement à une circonscription n’était considérénégociation entre les deux que comme une modalité du mode de scrutin : des hommes politiques d’envergure nationale comme Georges Clémenceau se parachutaient ainsiformations – accordant à Paris dans plusieurs circonscriptions à la fois, pour s’assurer une chance d’être élu.la 6ème et la 10ème, deux Battu aux élections législatives de la Seine en 1928, Léon Blum s’est lui, faitcirconscriptions jugées élire à l’Assemblée nationale un an plus tard, lors d’un scrutin partiel… à 23comme excellentes et Narbonne. La fidélité électorale des citoyens locaux était ensuitepermettant l’implantation de récompensée par la mise à disposition du réseau et de l’entregent de cesCécile Duflot – est dévoilé au pontes : une fois élu Président de la République en 1981, le charentais-bureau national du Parti landais François Mitterrand n’oublia pas, loin de la, le département de laSocialiste, le 15 novembre au Nièvre où il a été élu Député pendant près de 35 ans. «Qu’on le veuille ousoir. non, les parachutages ont toujours existé en politique. J’ai le regret de vous annoncer que François Mitterrand n’est pas né dans la Nièvre. Et à ce que je sache, l’arrivée de Royal à La Rochelle, c’est ça la politique autrement ? Et puis, est-ce qu’un parachuté fera moins bien la loi qu’un non-parachuté ? Est-ce qu’il aura moins d’empathie avec le territoire dans lequel il est élu… au suffrage universel ?» fait remarquer malicieusement une sénatrice PS rencontrée à l’automne dernier. Reste que depuis une trentaine d’années, le parachutage est connoté négativement, (suite) décentralisation de la vie politique a peu à peu inscrit l’ancrage local comme une condition sine qua non pour être élu député. Soucieux de disposer de fiefs leur assurant d’être élus et réélus, certains barons locaux ont accrédité20 l’idée qu’un député devait, à travers les lois votées «dans l’intérêt de la Le Parisien, « A Paris, Aubry lâche Delanoë », le 17 novembre 2011. Nation», défendre des projets locaux comme n’importe quel élu de terrain (sic). Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  24. 24. Le parachutage, une pratique ancestrale à Paris(suite) le parachutage est connoté négativement, associé à de basses manœuvres parisiennes. La décentralisation de lavie politique a peu à peu inscrit l’ancrage local comme une condition sine qua non pour être élu député. Soucieux dedisposer de fiefs leur assurant d’être élus et réélus, certains barons locaux ont accrédité l’idée qu’un député devait, àtravers les lois votées «dans l’intérêt de la Nation», défendre des projets locaux comme n’importe quel élu de terrain.Bien que bénéficiant d’un statut à part par rapport aux autres territoires concernés par les lois de décentralisation, Paris aelle aussi versé dans cette ode au localisme. Il est loin le temps où Jacques Chirac cumulait son mandat de Maire de lacapitale… à celui de Président du Conseil général de Corrèze (NDLR : de 1977 à 1979). Au cœur du pouvoir central, lacapitale a en effet été le lieu d’atterrissage de nombreux professionnels de la politique qui n’étaient pas Parisiens desouche, dont Bertrand Delanoë dans les années 70. Plus un territoire est acquis à un camp, plus la résistance des éluslocaux est forte contre les candidats «imposés d’en-haut» : en 1977, Jacques Chirac a combattu le candidat soutenu etenvoyé de l’Elysée par Giscard d’Estaing, Michel d’Ornano ; de même pour Jean Tibéri en 2001 face à Philippe Séguin.Cette année-là, Paris a basculé à gauche après la victoire d’un sénateur parisien quasiment inconnu jusqu’alors, qui aprofité du forfait à gauche de «parachutés» populaires comme Dominique Strauss-Kahn puis Jack Lang. BertrandDelanoë a-t-il pour autant installé par la suite une culture politique empêchant tout parachutage, dont celui de CécileDuflot, comme il l’affirme aujourd’hui ? Peut-être. Mais ce n’était pas encore le cas lors des législatives 2002, où 24l’ancien Ministre (Verts) de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement de son ami Lionel Jospin et jusqu’alorsDéputé du Val-d’Oise, Yves Cochet, s’est fait élire dans la 11ème circonscription de Paris à la suite d’un accord local.Concernant ses adversaires, le Maire de Paris ne s’est pas ému sur les implantations surprises de Christine Lagarde ou deRachida Dati lors des municipales 2008… mais a réagi au parachutage du Premier Ministre François Fillon, pressentipour être le candidat de l’UMP en 2014. Rémi Féraud, patron de la fédération PS de Paris et proche de Bertrand Delanoëanalyse : «Duflot, c’est le parachutage d’une dirigeante nationale pour en réalité préparer les prochaines municipales, àun moment où nous dénonçons le parachutage de François Fillon à Paris.» Plus qu’une culture politique éthiqueinterdisant les parachutages dans la capitale, il semble surtout que le PS parisien réagisse en fonction de ses intérêts et deses stratégies de campagne.«Ils me prennent vraiment pour un con! Ils se foutent de ma gueule» s’énerve le Maire deParis, à la sortie de la réunion. Même colère chez Anne Hidalgo, qui lança à Martine Aubrydont elle était la porte-parole au cours de la primaire socialiste, et dont le mari est le directeurde cabinet de la première secrétaire, «que je ne te croise plus jamais !» Cheffe du parti et donc Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  25. 25. organisatrice de cet accord entre le PS et EE-LV, la Maire de Lille21 – dont c’est le seulmandat d’élue – est dans ses fonctions locales de dépendante des écologistes lillois. Enorganisant le rapprochement des deux formations politiques au niveau national, il apparaîtincontestable que Martine Aubry marque des points précieux dans la course à sa propreréélection aux municipales 2014.Mais la colère de l’exécutif socialiste parisien ne s’explique pas seulement par cette seule«trahison» : cet accord contrecarre directement les plans de Bertrand Delanoë, qui a déjàannoncé qu’il ne se représenterait pas en 2014 mais qui avait pour ambition que sa premièreadjointe – qui n’est toujours pas parvenue à imposer son leadership - lui succède à la tête del’Hôtel de Ville de la capitale. Les deux caciques parisiens n’avaient pas anticipé la nouvellestratégie parisienne d’Europe Ecologie-Les Verts, plus ambitieuse et conquérante. Et encoremoins prévu que leur secrétaire nationale - qu’ils considéraient comme une partenaireambitieuse mais soucieuse de son image d’élue proche des banlieues – ne prenne le risque detraverser le périphérique pour se faire élire à Paris. Déçus que ni le candidat PS ni la premièresecrétaire n’aient plié ni face à leurs exigences personnelles ni face au mandat délivré par lafédération de Paris, à quoi l’on peut rajouter l’amertume provoquée par leurs difficiles années 25de cohabitation avec les Verts parisiens, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo dénonceront dansla foulée une «insulte faite aux parisiens», des «modifications arbitraires», des«parachutages» et des «tripatouillages» ; ils répèteront à qui veut bien l’entendre que cetaccord «n’est pas dans la culture politique que nous avons installée à Paris depuis 2001» etque «s’ils me demandaient de favoriser le parachutage d’un socialiste, je m’y opposeraiégalement.»Premier motif d’insatisfaction des socialistes de la capitale : la terre d’implantation queSolférino a accordée à Cécile Duflot. Il s’agit de la 6ème circonscription, une des plus à gauchede France et donc l’une des meilleures, détenue jusqu’ici par Danièle Hoffmann-Rispal. «Unpeu âgée et n’étant pas une figure possédant un gros poids politique, le PS parisien avait déjàpensé à la remplacer en interne et plusieurs scénarios avaient prévu de la faire sauter pourlaisser la place à Seybah Dagoma, Pascale Boistard ou Frédérique Calandra. Désormais,celle dont la principale utilité avait déjà été de dégager le chevènementiste Georges Sarre en2002 redevient un atout pour s’occuper du cas Duflot» décrypte Marie-Anne Gairaud,21 Martine Aubry n’est ni Ministre, ni Députée. La Mairie de Lille est son seul mandat électif. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  26. 26. journaliste couvrant la vie politique de la capitale pour le compte du Parisien. La députéesortante est désormais le dernier espoir des socialistes pour éviter l’arrivée de Cécile Duflot,et que cette circonscription «10 étoiles», à leurs yeux «plus prolo que bobo», ne soitabandonnée à l’écologiste de 37 ans. Organisant la riposte du PS parisien, Anne Hidalgoconfie à plusieurs journalistes que «la guerre ne fait que commencer. Hoffmann-Rispalmaintiendra sa candidature. Et si Duflot choisissait une autre circonscription, elle trouveraitde toutes façons un candidat socialiste sur son chemin22.»Seconde inquiétude, les bruits qui prêtent à Cécile Duflot la volonté de se présenter auxprochaines élections municipales dans la capitale –en langage fleuri, de vouloir «bouffer le PSet tout faire péter en 201423.» Se disputant les mêmes électeurs – les classes moyennes etsupérieures diplômées – le PS et EE-LV ont jusqu’ici observé chacun de leur côté laproximité de leurs scores dans l’Est de la capitale et le rôle que ces territoires pourraient joueren 2014 du fait du nombre de Conseillers de Paris qu’ils possèdent : «la stratégie desécologistes et de Duflot a évidemment une visée municipale. Est-ce qu’elle a des visées sur laMairie du 20ème arrondissement ? Les bruits courent, nous les entendons, et ils nousinquiètent» ne se cache pas le patron du PS parisien, Rémi Féraud. «A deux ans d’une élection 26où il devra organiser la succession de Delanoë, nous aurions pu discuter entre socialistes del’arrivée de Duflot, d’un point de vue politique et stratégique : le parti rajoute de la difficultéà des difficultés déjà existantes…» se plaint Pascale Boistard, adjointe au Maire et cadreaubryste du PS parisien. Mais sur ce point, tous les socialistes parisiens ne possèdent pas lamême opinion : le député (PS) Jean-Marie Le Guen, qui brigue lui aussi la Mairie de Paris en2014, prend aussitôt ses distances avec la position du Maire de Paris et de sa premièreadjointe, en expliquant que «la compétition est légitime. Personne nest propriétaire deParis.» Son collaborateur parlementaire, Nicolas Vignolles, décrypte la position de sonpatron : «Delanoë a été très mauvais tactiquement, il n’aurait jamais dû pointer ainsi du doigtCécile Duflot. Cela démontre sa fébrilité. Il a un ressenti contre les écologistes du fait de sonpremier mandat, où les Verts l’ont gêné. A sa place, Jean-Marie Le Guen aurait fait le«baiser du scorpion» en lui souhaitant la bienvenue sur Paris avant d’organiser la contre-offensive.»22 Rue 89 le 16 novembre 2011, « Duflot vs Delanoë, la guerre est déclarée à Paris.»23 Rue 89 le 16 novembre 2011, « Duflot vs Delanoë, la guerre est déclarée à Paris.» Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  27. 27. Quelques jours plus tard, le député PS de Paris enfonce le clou et met en exergue la faute «desresponsables socialistes parisiens, qui ont mené une très mauvaise discussion.» Dans unelettre également transmise aux médias, il se demande s’il «existe encore une fédération du PS à Paris ?», un moyen de critiquer en creux le bilan de Rémi Féraud, patron de la fédération PS, proche du Maire de Paris et de sa première adjointe. Plusieurs élus et militants vont alors embrayer sur la fébrilité supposée du premier fédéral. Loin d’être un partisan de Jean-Marie Le Guen, le secrétaire de section du 11ème arrondissement Philippe Wehrung estime que «la fédération de Paris n’est pas n’importe quelle fédération socialiste: elle aurait dû jouer un plus grand rôle dans les négociations.» La gronde ne s’arrête pas 27 là. «Après le redécoupage, la fédération aurait dû réunir tous les parlementaires parisiens pour gérer la situation humainement. Au lieu de cela, elle a rayéles plus vieux et les plus fraîchement élus» déplore le Député sortant de la 10èmecirconscription, Serge Blisko, évincé après avoir assuré trois mandats à l’Assemblée tout eninstallant le PS à la tête du 13ème arrondissement. Quelle est la cause de cetacharnement contre Rémi Féraud ? Premier fédéral, Maire du 10ème arrondissement et ancienattaché parlementaire de Danièle Hoffmann-Rispal, ce dernier aurait tenté de «faire valoir sesintérêts personnels sur ceux du PS, en ne protestant qu’à demi-mots contre le choix de la 6èmepour que Solférino n’ait pas l’idée de donner la 5ème circonscription - qui comprend sonterritoire du 10ème – aux écologistes» analyse Marie-Anne Gairaud, journaliste au Parisien.«Aucune instance ne s’est réunie pour flécher des circonscriptions24, il y a eu un flouorganisé par Féraud pour que personne n’évoque le cas de la 5ème circonscription, qui étaitpourtant la seule où le député sortant de 73 ans, Tony Dreyfus, ne s’est pas représenté»24 Sens : donner des indications à la commission électorale Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  28. 28. complète Philippe Wehrung. L’application à la lettre de la stratégie parisienne des écologistes,sans que Solférino n’y trouve rien à redire, aurait pu souder les socialistes parisiens dans unélan légitimiste. Mais à un an du prochain congrès PS et à deux ans des municipales, elle asurtout été l’occasion de règlements de comptes internes et de stratégies personnelles. B) Le test des élections législatives à Paris 1) Les écologistes peuvent être satisfaits igner un accord électoral – une tâche par définition compliquée entre formationsS politiques - en vue des élections législatives 2012 était rendu d’autant plus difficile que ce scrutin ressemblait à un saut dans l’inconnu pour l’ensemble des partis : ilinaugurait le redécoupage Marleix… qui n’a pas épargné la capitale, loin de là. En vertu de laConstitution qui prévoit que «l’Assemblée nationale, désignée au suffrage universel direct,doit être élue sur des bases essentiellement démographiques», le département de Paris, qui aperdu nombre d’électeurs depuis la dernière carte électorale réalisée en 1986, a été amputé de3 de ses 21 circonscriptions. Et le périmètre des 18 restantes a été allègrement modifié, le 28critère de base au redécoupage devenant le quartier et non plus l’arrondissement : des bureauxde vote ont été transférés d’une circonscription à l’autre, sans grand respect pour la cohérenceterritoriale, tandis que «certains bureaux de votes ont même été complètement défigurés, avecdes corps électoraux modifiés à 75%» me confie le responsable d’un service élections d’uneMairie d’arrondissement de la capitale. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  29. 29. A sa publication, l’ensemble de la gauche parisienne, Verts et Socialistes confondus, ontvivement protesté ; le Maire de Paris Bertrand Delanoë (PS) expliquant même que«contrairement au discours de Monsieur Marleix selon lequel la gauche perdrait deuxdéputés et la droite un, ce découpage consisterait à faire en sorte qu’il y ait trois députés degauche en moins en 2012.» Sous la pression de la commission de contrôle, le Secrétaire d’Etatà l’Intérieur et aux Collectivités locales Alain Marleix, par ailleurs secrétaire national de 29l’UMP chargé des élections, a finalement dû revoir une partie de sa copie avec les différentsresponsables des partis politiques, pour finalement revenir en arrière dans 35 départementsdont Paris.Nettement favorable à la gauche qui comptait en 2007 treize députés sur vingt-et-un, lerapport de forces n’a pas été modifié par la seconde mouture du redécoupage : la gauchedevrait perdre un député et n’en compter plus que douze, tandis que la droite devrait passer dehuit à six. La nouvelle carte électorale semble avoir renforcé les circonscriptions, les rendanttoutes - mis à part la 3ème et la 11ème circonscription - imperdables et acquises au camp de lagauche ou de la droite. Si bien que la bataille législative ne semble plus se jouer aujourd’huide façon bipolaire… mais entre partenaires. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  30. 30. Les Verts, qui avaient deux députés élus dans la capitale depuis 2002, ont vu leurs circonscriptions –respectivement les anciennes 1ère et 11ème- disparaître ou tout du moins être fragilisées. La terre d’élection de Martine Billard, Députée Verte ayant rejoint le Front de Gauche Les accords législatifs sous l’ère Delanoë au cours de la dernière mandature, a été dépecée : les quatre petitsDans la foulée des municipales victorieuses de 2001, Solférino avait accordé arrondissements du centre parisienaux Verts trois circonscriptions gagnables : la 1ère à Martine Billard, la 11ème à ont été rattachés aux anciennesYves Cochet ainsi que la 12ème à l’environnementaliste Maryse Arditi. Lessocialistes parisiens se sont sentis floués. Mais craignant pour la solidarité de 4ème circonscription, ancrée àsa majorité municipale, le Maire de Paris n’a eu de cesse de répéter que «Les droite ainsi qu’aux 5ème et 7ème.Verts méritent leurs trois circonscriptions» ou encore qu’«on a besoin des Celle d’Yves Cochet, devenuVerts.» «Ce qu’il ne pouvait pas deviner, c’est qu’Arditi ferait sa campagne Député européen en décembresur le devenir des crapeaux dans le 15ème arrondissement… Aucun accord 2011, s’est-elle vue adjoindre desnational n’ayant été signé en 2007, le PS parisien repris logiquement cette bureaux de vote du conservateurcirconscription mais décida tout de même de ne pas présenter de candidats 6ème arrondissement et du quartiersocialistes contre Martine Billard et Yves Cochet» raconte l’Adjoint au Maire(EE-LV) Yves Contassot. le moins à gauche du 14ème 30 arrondissement (Montparnasse) En 2012, la situation se compliquait donc du fait du redécoupage électoral : ainsi qu’amputée du sud de sa«la 1ère circonscription de Billard répondait à tous les critères, elle n’auraitpas dû être modifiée. Mais le préfet de région qui suit le dossier du circonscription, traditionnellementredécoupage, m’a avoué depuis que le PS et l’UMP s’étaient entendus pour plus à gauche.la supprimer…» explique Hervé Morel, le patron d’EE-LV Paris. Sans Estimant que ce n’était pas à euxcompter que la 11ème circonscription d’Yves Cochet avait été «droitisée»selon les socialistes et les écologistes. Pour Sylvain Garel, co-président du de subir la perte d’un député degroupe EE-LV au Conseil de Paris, «le PS a cherché à nous faire payer gauche à Paris occasionné par cel’addition du redécoupage, mais nous nous en sortons bien au final. Il ne faut redécoupage, les écologistespas oublier que nous revenons de loin : en 1997, l’accord national du PS parisiens décidèrent denous proposait seulement la 14ème circonscription (sud du 16ème revendiquer d’autresarrondissement) où la gauche ne dépassait pas les 30% au second tour… » circonscriptions ayant été épargnées. Dopés par leurs excellents résultats lors des européennes de 2009 qui les virent côtoyer le PS au niveau national mais les dépasser largement dans la capitale, ils réclamèrent d’entrée de présenter leurs candidats sur les dix-huit circonscriptions, avec le Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  31. 31. désistement et le soutien du PS au candidat écologiste dans trois, dont deux gagnables. Ils’agissait de la cinquième ou la sixième circonscription, dans l’est parisien ; la dixième, enlieu et place de la onzième circonscription, fragilisée par le redécoupage ; ainsi qu’unecandidature commune dans un bastion de la droite parisienne dans le centre de Paris, soit «lanouvelle 1ère circonscription où nous aurions souhaité légitimer Jacques Boutault » soit la2ème circonscription, tout aussi imprenable mais qui présentait l’avantage d’une médiatisationgarantie, du fait qu’elle serve de terre d’élection à l’ancien Premier ministre, François Fillon.Le Parti Socialiste soutiendra finalement deux candidats écologistes à Paris, comme lors desprécédents accords à la différence que le redécoupage électoral a réduit le nombre decirconscriptions. Une bonne affaire pour les écologistes, donc… mais aussi pour lessocialistes adeptes du coup de billard à trois bandes. Le poids politique des écologistes acertes augmenté ces derniers mois, mais le PS n’a pas cédé à leurs revendications sans serviren retour ses propres intérêts : pourquoi Solférino a-t-il accepté de lâcher la 10èmecirconscription et de reprendre la 11ème, «droitisée» ? Pour satisfaire la demande de leurspartenaires Verts, mais aussi et surtout pour permettre au Maire du 14ème arrondissementPascal Cherki25, de se présenter et d’être élu dans la 11ème circonscription… Même 31configuration dans la 6ème circonscription, où l’accord se fait au détriment de DanièleHoffmann-Rispal alors qu’entre temps, le député sortant de la 5ème circonscription voisineavait annoncé son retrait : cela satisfait Cécile Duflot qui insistait pour hériter de la 6èmecirconscription plutôt que la 5ème, mais cela a également permis au PS de faire une place ausoleil à la jeune Adjointe au Maire de Paris, Seybah Dagoma.Cette circonscription, qui depuis 1986 regroupait les quartiers de la Folie Méricourt (11è), deSaint-Ambroise (11è), de Belleville (20è) ainsi qu’une partie du Père Lachaise (20è) atoujours été de gauche. Y compris lors du règne de Jacques Chirac sur la Mairie de Paris(1977-1995), où le RPR contrôlait une partie des mairies d’arrondissements de l’est parisienlorsque ce n’était pas la totalité. En 2010, Alain Marleix a beau avoir pris ses ciseaux pour laremodeler26, cette circonscription n’en reste pas moins inscrite au cœur de deuxarrondissements républicains, puis populaires et donc très à gauche. Aucun des bureaux devote intégrés dans cette circonscription n’avait placé l’UMP en tête, au premier tour des25 Poids lourd de la motion C (courant Un Monde d’Avance classé à la gauche du PS), influente à Paris et quin’était jusqu’alors pas représentée dans l’équilibre interne des Députés de la capitale.26 Elle est depuis composée de la partie Est des quatre quartiers qui composent le 11 ème arrondissement (FolieMéricourt, Saint-Ambroise, Roquette et Sainte Marguerite) ainsi qu’une partie des quartiers de Belleville et duPère Lachaise Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  32. 32. élections régionales 2010, certains coins de Belleville accordant même des scores staliniens àla liste d’union de la gauche au second tour (avec près de 90% des suffrages). Autant dire quemême une poussée légitimiste à la suite d’une hypothétique réélection de Nicolas Sarkozy en2012 n’aurait pas été suffisante pour faire basculer la 6ème circonscription à droite.Loin des arrondissements de pouvoirs où sont concentrés institutions et lieux d’influence dansquelques kilomètres carrés, l’Est parisien n’en est pas moins convoité. Malgré que la députéesortante de la 6ème circonscription, Danièle Hoffmann-Rispal avait annoncé sa volonté debriguer un troisième mandat, Solférino a décidé d’accorder l’investiture du PS à la secrétairenationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot. Ce qui n’empêcha pas le PS parisien etnotamment les élus de la circonscription, telle la Maire du 20ème arrondissement FrédériqueCalandra ou le sénateur et conseiller de Paris, David Assouline, de tout faire pour annulercette décision. Dès l’officialisation de l’accord, la Députée sortante Danièle Hoffmann-Rispal,une strauss-kahnienne ralliée à François Hollande pendant les primaires, réaffirme sa volontéde se présenter malgré l’accord électoral. Pour le secrétaire de la section du 11èmearrondissement Philippe Wehrung, le choix d’accorder cette circonscription n’est pascohérent : «la 6 ème circonscription est encore ouvrière et populaire dans certains recoins, et 32nos deux partis n’ont pas les mêmes positions sur des dossiers locaux stratégiques comme lemarché sauvage de Belleville ou les biffins. Surtout, la Députée sortante qui a été rayée de lacarte par Solférino est une des seules parlementaires socialistes – et l’unique à Paris – à êtreissue du militantisme ! Elle représente en quelque sorte la diversité sociale du PS» fait-ilvaloir. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  33. 33. Selon Le Monde, les deux femmes se seraient rencontrées à plusieurs reprises sur l’initiativede Cécile Duflot, mais sans parvenir à se mettre d’accord. Encore mi-janvier, «je résiste et jecontinuerai de résister» abonde Danièle Hoffmann-Rispal dans les colonnes du quotidien dusoir. «Si Cécile Duflot peut trouver un point de chute ailleurs que sur mon dos, ce seraitmieux. Quelle aille dans une circonscription plus difficile» explique-t-elle naturellement. Enpublic, c’est un discours plus policé qu’elle met cependant en avant : «je suis la petitevendeuse du Sentier qui s’est faite toute seule, à travers moi, c’est un peu de Belleville et deMénilmontant qui s’élèvent vers les ors de la République» décline t’elle inlassablement. Maisalors que l’élection de François Hollande devient de plus en plus probable, la députée sortanteva perdre un soutien de poids. Dans Le Parisien du 16 janvier, Bertrand Delanoë confie ainsique «jusqu’au 6 mai, toute mon énergie est tendue vers un seul objectif : la victoire deFrançois Hollande. Les élections législatives viendront après.» Guidé par ses ambitionsministérielles, le Maire de Paris accepte même de rencontrer Cécile Duflot, en marge duConseil de Paris le mardi 7 février, afin de reprendre langue selon un confidentiel deLibération : «faut pas quon se fâche, Cécile», aurait lâché le Maire de Paris à celle qui avaitsollicité cette entrevue, toujours selon ce quotidien. 33Mues par des intérêts convergents – empêcher l’arrivée de Duflot à Paris pour conserver lasinécure que représente la députation dans la 6ème circonscription pour l’une, ne pascompromettre ses chances en vue de l’élection de 2014 pour l’autre – Danièle Hoffmann-Rispal et Anne Hidalgo adoptent alors la même stratégie. Omettant de préciser que la 6èmecirconscription avait été découpée en 1986 sur mesure pour Georges Sarre et la gauche27, quela sociologie de l’est parisien a (presque) toujours été favorable aux valeurs de la gauche,qu’elle a elle-même précipité la chute du député sortant Georges Sarre en 2002, DanièleHoffmann-Rispal revendique d’avoir construit son succès pas à pas et d’être aujourd’hui surle podium des parlementaires les mieux élus de France28. «Ce travail de trente années, je necomprends pas qu’il doive se perdre sur un simple accord électoral» fait-elle valoiraujourd’hui. La première adjointe du Maire de Paris ne relâche pas non plus la pression vis-à-vis de sa (future) rivale écologiste, et continue son bras de fer, feutré mais sans concession,vis-à-vis de Solférino et de son ancienne amie, Martine Aubry. Lors de la journée de la27 «Lors du redécoupage de 1986, Georges Sarre a profité de sa fonction de leader de l’opposition au Conseil deParis pour être reçu par Charles Pasqua : pour qu’il ne conteste pas cette refonte de la carte électorale, le Ministrelui a offert le privilège de se préparer sa propre circonscription, en annexant tous les territoires les plus à gauchede l’est parisien» explique Philippe Wehrung, secrétaire de section dans l’Est parisien.28 Elle a obtenu 69% des suffrages, au second tour des législatives de 2007. Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012
  34. 34. femme le 8 mars, elle organise ainsi un dîner au restaurant La Comète pour «soutenir lacampagne de François Hollande… et la députée sortante évincée de la 6 ème circonscription,Danièle Hoffmann-Rispal.» Profitant de l’actuelle médiatisation de la vie politique ainsi quede la politisation de l’électorat parisien - qui suit l’actualité, lit les journaux, regarde lesdébats, s’exprime sur les réseaux sociaux – pour déstabiliser Cécile Duflot, Anne Hidalgolaisse fuiter dans un «indiscret» de L’Express29 sa stratégie de remplacer l’écharde Hoffmann-Rispal par l’épine Mélenchon, dans le pied de la secrétaire nationale d’EE-LV. La rumeur necessera de prendre de l’importance, jusqu’à l’officialisation de la candidature de ce dernier…à Hénin-Beaumont. Score réalisé par le candidat EE-LV (anciennement Les Verts) au premier tour de lélection présidentielle à Paris 1974 1981 1988 1995 2002 2007 2012 7,38 4,07 4,18 3,64 3,63 2,32 1,53 1974 1981 1988 1995 2002 2007 2012 34Si le faible score d’Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle (2,31%) est de natureà donner des espoirs aux dissidents socialistes, ce n’est pas le cas à Paris : dans la 6èmecirconscription, l’ancienne juge d’instruction réalise 5,66%, soit encore mieux que samoyenne parisienne (4,18%). Danièle Hoffmann-Rispal se console toutefois avec les 43,03%de François Hollande, qui améliore lui aussi son score parisien (34,83%) et national (28,63%).Statu quo : il faudra donc attendre le 6 mai pour connaître le casting définitif des candidats dela 6ème circonscription. Et pas question de faire des vagues avant d’avoir le résultat. Lepremier secrétaire fédéral du PS Rémi Féraud, qui n’a jamais caché être partisan d’unecandidature dissidente, se refuse ainsi d’aborder «la question des législatives entre les deuxtours de la présidentielle »30. Jusqu’ici contrainte en sa qualité de secrétaire nationale d’EE-LV de réaliser au minimum deux déplacements par semaine avec Eva Joly, Cécile Duflot n’apas attendu plus tard que le 23 avril, soit au lendemain du premier tour, pour lancer sa proprecampagne. Mais quand elle organise une distribution de tracts en faveur de François Hollandesur le marché Charonne dans le 11ème arrondissement, ou qu’elle colle des affiches de soutien29 L’Express, le 28 mars, Le PS pousse Mélenchon à se présenter.30 Source : Le Parisien, le 24 avril « Cécile Duflot écrasée par les socialistes » Hugo SOUTRA - Institut Français de Géopolitique - Juin 2012

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