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Mémoire réalisé par Hugo SOUTRA, rendu en juin 2011 dans le cadre de ses études à l'ISCPA Paris. Sujet: la précarisation des journalistes et la qualité de l'information.

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  1. 1. qwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfg La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’informationhjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxc      vbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmq Mémoire de fin d’études - ISCPA Paris    wertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyui     Auteur : Hugo Soutra (ISCPA Paris, filière journalisme)opasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfg   Tuteur : Jean-Christophe Féraud (Rédacteur en chef adjoint, Libération)    hjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxc     2010/2011  vbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmq    wertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopas
  2. 2.    
  3. 3. SOMMAIREIntroduction. I) Etat des lieux de la précarisation du métier de journaliste A) La précarisation du métier de journaliste… .3   a. Une précarisation salariale et statutaire… .4 b. … mais aussi du contexte et des conditions de travail… .15 c. … pas si récente que cela. .18 B) … est une conséquence des maux de la presse. .20 a. Un métier populaire, victime de son succès… .21 b. …entamé par la crise de la presse… .23 c. … et creusé par les évolutions technologiques. .24 2) L’influence de la précarisation sur la qualité de l’information A) L’information est de moins bonne qualité… .28 a. Une information simplifiée à outrance… .29 b. …réduite au rang de marchandise. .31 B) … à cause de la précarisation du métier… .35 a. Le journaliste ne peut plus jouer son rôle… .35 b. … quand le système médiatique le précarise. .39 C) … entre autres raisons. .41 a. Les médias ont une grande part de responsabilités… .41 b. … tout comme les salariés non-précaires. .44 Conclusion.  
  4. 4. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ? IntroductionCertains déploreront d’entrée l’objectif de ce mémoire, à savoir questionner desprofessionnels des médias pour déterminer l’influence –ou non- que peut avoir laprécarité des journalistes sur la qualité de leur travail. Cela ressemble étrangement àun raisonnement par le bas. Qu’ils se rassurent ! Ce mémoire n’a pas vocationd’imposer une réponse formelle sur des notions pour le moins subjectives. Madémarche consiste simplement à étudier deux phénomènes distincts voire indirectsmais tout aussi intéressants l’un que l’autre: la précarité et la qualité du journalisme.Car si l’Etat français définit comme précaire une situation «qui n’offre aucunegarantie de durée, qui est incertaine, sans base assurée, révocable et qui ne permetni d’assumer pleinement sa responsabilité ni de bénéficier de ses droitsfondamentaux […] ni de pouvoir se retrouver dans une situation acceptable dans unavenir proche», rien ne permet pour autant d’identifier ce qu’est un journalisme dequalité. Si tant est qu’il y ait une définition qui fasse l’unanimité, quelles seraient lesconditions idéales pour traiter l’information de manière la plus complète possible ?Se mesurerait-elle à au temps de l’enquête ou à la longueur de la réflexion ?Plus probablement et sans prendre trop de risques, il est possible d’affirmer que laperception de ces deux phénomènes peut continuellement être influencée par denombreux facteurs culturels. Aspirant journaliste –probablement futur pigiste- j’aimoi-même multiplié (et continue de le faire) les piges mal payées et autres stagesrémunérés un peu plus de 400 euros par mois (dans le meilleur des cas). J’ai intégréla précarité, et à l’aube de l’étudier, tiens à le préciser. Au fur et à mesure de cemémoire, je me suis toutefois attelé à réfléchir contre moi-même pour prendre lemaximum de recul sur la paupérisation d’un métier qui n’a de cesse de m’attirer. Aidépour cela par des professionnels de la profession, qu’ils soient journalistes pigistesou titulaires, consultant médias ou sociologues, représentants des syndicats ou de ladirection, en activité ou non, etc. 1 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  5. 5. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?En école de journalisme, les cours sur l’économie des médias sont généralementsuccincts si ce n’est survolé. Seul pré-requis dont je disposais, la nécessité d’inclureles questions de temps et de moyens dans ma démarche, questions indissociablesd’une réflexion conjointe sur la précarisation et la qualité du journalisme. Par la suite,j’ai voulu balayer le plus large possible: il n’était pas question de jouer au pessimisteréactionnaire préoccupé par la tyrannie de l’instantanéité en récitant ses grandsprincipes ; ni d’enfiler le costume du web-journaliste persuadé de réinventer sonmétier en s’enthousiasmant des bienfaits de l’interactivité ; et encore moins ded’entamer l’ôde fataliste du «c’était mieux avant»…Non, loin de là. A 21 ans et avec seulement trois années de piges à mon actif, je nem’estime pas suffisamment pertinent pour me poser en donner de leçons d’uneprofession en crise. J’aimerais pourtant, j’aimerais être porteur d’une solution quipermette de rendre viable notre travail, tout en maintenant un journalisme de qualité.Simplement, je ne l’ai pas encore trouvée…Je me suis donc contenté de mener une réflexion sur les contraintes et la pratiquejournalistique. En brossant le plus honnêtement possible un état des lieux de laprécarisation du métier, en revenant sur les conséquences de ce phénomène puis enl’explicitant et en analysant quelques une de ses causes potentielles. Dans uncontexte de remise en question de l’information et du contenu médiatique, j’aicherché à faire à faire ressortir des tendances étant susceptible d’avoir porté atteinteà la presse française. Etape nécessaire pour étudier finalement si la précarisationjouait un rôle dans cette baisse de la qualité des médias, et si c’est le cas, à quelniveau.Mêler un regard sociologique à l’expérience journalistique permet simplementd’établir des thèses et des pistes de réflexion. Encore une fois, il n’est pas questiond’apporter une réponse. Ce mémoire n’a pas pour objectif d’être une étudeexhaustive ou une enquête sociologique… mais seulement une réflexion –une deplus- sur un (beau) métier en mutation ! 2 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  6. 6. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Partie I Etat des lieux de la précarisationdu métier de journaliste A) La précarisation du métier de journaliste…Le premier signe de la précarisation de la profession est mathématique. Pour lapremière fois depuis la création de la carte de presse en 1935, les statistiques de laprofession font état d’une baisse du nombre de journalistes. Du pigiste au patron derédaction en passant par le secrétaire de rédaction, les journalistes français-titulaires de la carte de presse- ne seraient plus que 37.007 en 2010. Contre 37.904en 2009 et 37.811 en 2008…Si les chiffres marquent une diminution globale, il est à noter que le nombre dejournalistes pigistes est lui passé de 7.267 en 2009 à 7.449 en 2010, soit une haussede 2,5%. Le nombre de chômeurs titulaires d’une carte de presse a égalementaugmenté de plus de 7%, passant de 1.416 en 2009 à 1.520 l’année suivante.L’augmentation du nombre de pigistes –journalistes les plus précaires par leur statut-est donc indéniable. Mais selon plusieurs chercheurs dont Alain Accardo dans sonouvrage «Journalistes précaires, Journalistes au quotidien», ces chiffres –issus desdernières statistiques de la Commission de la Carte d’Identité des JournalistesProfessionnels (CCIJP)- minoriseraient la montée de la précarité dans la profession :l’étude portant seulement sur les seuls journalistes «encartés».Or, certaines entreprises ne soutiennent pas leurs journalistes salariés dans leurdémarche de reconnaissance, afin de continuer à les payer en-dessous des minimas 3 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  7. 7. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?conventionnels. Tout comme une partie des pigistes pigeant pour la pressemagazine complètent leurs revenus par de la communication, ce qui les exclutégalement de cette catégorie. Pareillement, un nombre croissant de pigistes, surtoutparmi les débutants, réalisent des articles sans parvenir à tirer la majorité de leursressources du journalisme. Ou encore certains pigistes spécialisés en audiovisuelrelèvent du régime des intermittents du spectacle pour bénéficier de meilleuresallocations aux Assedics. De fait, tous ces cas sus-cités ne remplissent pas (ou plus)les conditions d’obtention de la carte de presse. Ils ne sont donc pas comptabilisésdans les statistiques de la profession.L’observatoire des métiers de la presse, à partir des données possédées parMediafor et enrichies par les chiffres de la caisse de retraite et de prévoyance dusecteur de la presse (Audiens), dénombrerait lui un chiffre sensiblement plusconcret. Ainsi, l’observatoire des métiers de la presse comptabilisait 15.175 pigistesen 2008 soit près du double des chiffres récoltés par la CCIJP.Des chiffres qui font tout aussi polémique. En effet, les chiffres d’Audiens prennenten compte toutes les personnes ayant réalisé au moins une pige dans l’année,qu’elles possèdent ou non le statut de journaliste professionnel. Plusieurscontradicteurs font valoir que cette source surestimerait leur nombre réel…Pour rappel, cet état des lieux n’a pas prétention d’être exhaustif et de traiter tous lesaspects de la précarité de la profession. Simplement d’en témoigner le plusprécisément possible et de démontrer les récentes tendances.a. Une précarisation salariale et statutaire…Le salaire moyen des journalistes a diminué, passant de 2.839 euros en 2008 à2.672 en 2009. Une baisse des salaires qui cache de nombreuses disparités suivantles statuts des journalistes.Car si le salaire médian des titulaires, disposant d’un Contrat à Durée Indéterminée(CDI), est passé de 3.133 euros à 3.225 euros ; le revenu médian des pigistes a lui«bondi» de 1.846 euros en 2008… à seulement 1.855 euros en 2009 ! Des salaires 4 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  8. 8. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?variables et jamais acquis l’année suivante: de 2000 à 2009, le salaire brut mensuelmoyen des journalistes pigistes est passé de 2201 à 2128 euros, selon des chiffresde la dernière photographie de la profession des journalistes (réalisée parl’Observatoire des métiers de la presse, qui a croisé ses données avec celles de laCCIJP). En 2009, les journalistes en CDD gagnaient eux en moyenne 2.317 eurosbruts.Quels enseignements en tirer ? Les salaires des journalistes en CDD et desjournalistes pigistes ont diminué progressivement de 2001 à 2006, avant de stagnerdepuis. Mais lors de chaque étude, il ressort que les journalistes permanentstouchent davantage que ceux en CDD, qui gagnent eux-mêmes plus que lesjournalistes pigistes. Il faut également nuancer et prendre en compte que lesrémunérations observées ne sont pas uniquement liées au type de contrat dujournaliste mais également à ses caractéristiques, à savoir son âge, son sexe, sondiplôme, etc…- Le journaliste pigisteUn pigiste est un journaliste professionnel rémunéré à l’article, au reportage, à laphoto ou à la journée: tout comme l’intermittent du spectacle dans son secteur, c’estavant tout un élément assurant une marge de flexibilité à l’entreprise de presse. 5 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  9. 9. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?L’entreprise fait appel à lui, en cas de besoin. En contrepartie, le pigiste peut cumulerles piges dans autant d’organes de presse qu’il le souhaite, sans être affilié à uneseule rédaction en particulier.De ce fait, sa précarisation financière est toute relative puisque sa rémunération estvariable selon sa productivité, et qu’elle peut varier du simple au triple selon quel’employeur en question soit un site internet, un titre de presse magazine ou unerédaction audiovisuelle. La moyenne du prix du feuillet (1.500 signes) est d’environ60 euros dans la presse parisienne, il peut atteindre plus de 100 euros dans lapresse magazine et 150 à 200 euros la journée pour une chaîne de télévision. Destarifs qui n’ont que «très peu évolués depuis de nombreuses années» regrette leSyndicat National des Journalistes : Françoise Laigle, membre du bureau national,affirme: «au début des années 1990, je touchais environ 600 francs (N.D.L.R. soitenviron 91€) du feuillet lorsque je travaillais avec des titres du groupe Prisma Presse.Aujourd’hui, ils payent le feuillet 100 euros, sans tenir compte du fait que le coût dela vie a considérablement augmenté…»En fonction de son réseau, un débutant peut très bien gagner 600 euros le premiermois, 1.500 euros six mois plus tard et 3.000 euros une fois qu’il est définitivementinstallé…Ce qui reste toutefois exceptionnel: en 2009, plus d’un tiers des pigistesgagnaient moins de 1.500 euros selon la photographie de la profession réalisée parl’Observatoire des métiers de la presse. Certains ne parvenant pas à obtenirl’équivalent d’un SMIC…Sur le papier, le journaliste pigiste a pourtant la même situation qu’un salarié: il estprésumé journaliste en contrat à durée indéterminée. L’article L7112-1 du Code dutravail issu de la loi n° 74-630 du 4 juillet 1974, dite loi Cressard stipule que : «Touteconvention par laquelle une entreprise de presse sassure, moyennant rémunération,le concours dun journaliste professionnel est présumée être un contrat de travail.Cette présomption subsiste quels que soient le mode et le montant de larémunération ainsi que la qualification donnée à la convention par les parties.»En principe, le journaliste pigiste bénéficie donc des droits correspondants au codedu travail, c’est-à-dire qu’il reçoit des bulletins de paie, cotise et à ce titre, a droit aux 6 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  10. 10. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?indemnités de sécurité sociale, des Assedic ou de la retraite. Après troiscollaborations avec une même entreprise, la convention collective des journalistesleur assure également d’obtenir le principe du 13ème mois, des congés payés, desindemnités de licenciement, de la participation sur le bénéfice, voire éventuellementune prime d’ancienneté et l’intéressement, etc....Mais dans la réalité, ce modèle qui offre tant de sécurité ne s’applique pas dans tousles cas. Leurs droits ne sont pas toujours respectés: si tant est que la collaborationest encadrée par un contrat écrit, le 13ème mois ou les congés payés sont ainsiinclus dans le prix brut de la pige, la prime d’ancienneté n’est pas toujours prise encompte ou la «repasse» (15 à 50% de la première rémunération) en cas de nouvellepublication du travail produit est oubliée.De plus, certaines entreprises de presse ne versent pas de salaires mais rémunèrentle pigiste en droits d’auteurs ou en honoraires –afin de minimiser les chargespatronales mais ce qui l’empêche de recevoir de bulletins de salaire-. Dès lors,l’AGESSA ne gère plus sa couverture sociale et la CCIPJ ne lui octroiera pas sacarte de presse. Ne pas avoir de carte de presse pourrait presque devenir unargument de recrutement : certaines entreprises en jouent et préfèrent ne pas faireappel à des journalistes encartés pour disposer d’une main d’œuvre plus corvéable.Au-delà de l’absence d’augmentation et de la multiplication des supports qui nepaient pas en salaires, les pigistes doivent parvenir à instaurer un rapport de forcefavorable pour ne pas voir diminuer leurs remboursements de frais –lorsqu’ils ne sefinancent pas totalement sur leurs deniers personnels-. «Pour les reportages àl’étranger, c’est à nous d’avancer les notes d’hôtel et de restaurants, sans garantied’être totalement remboursés ensuite. Nous minimisons donc les frais, et ce malgréque nos prétentions salariales soient relativement faibles : nous coûterons toujoursmoins cher à une entreprise que si elle dépêchait un de ses envoyés spéciaux surplace, c’est clair» témoigne Amélie Cano, du collectif de pigistes Youpress.Pour améliorer sa situation, le pigiste doit donc courir après les piges en flairantl’actualité, aller au devant de l’information. Force de proposition, le journaliste pigistedoit -avant de rédiger son article ou de réaliser son reportage- écrire un synopsis 7 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  11. 11. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?destiné à l’employer potentiel. Il doit également relancer les rédactions aveclesquelles il travaille déjà, afin de s’assurer un volume de travail suffisant. Pour JeanAbbiateci, journaliste Challenges, Slate et la Nouvelle République entre autres, «lepigiste doit être plus agile qu’un titulaire : il doit rechercher, produire et vendre sonarticle, et non pas seulement fabriquer l’information». Travailler vite et bien, accepterun statut moins «tranquille» sont quelques unes des conditions pour faire unjournaliste pigiste employable.L’entreprise est clairement dans son droit si elle refuse une idée d’article d’un pigiste: il ne sera alors pas rémunéré pour le travail de recherches qu’il a mené aupréalable. Par contre, selon l’article L761-9 du Code du travail, l’entreprise doitpayer tout article commandé, même si celui-ci n’est pas publié.Au-delà le fait qu’ils aient intégré le devoir d’être sur le qui-vive en permanence(week-ends et vacances compris) ou d’être amené à retoucher leurs productions à lademande, la majorité des pigistes ne s’émeut pas plus que cela de leurs statutsprécaires. La situation serait toute autre si la conjoncture était différente, estimeFrançois Laigle du SNJ : «S’il y a avait du boulot, les pigistes partiraient dès lepremier excès de l’employeur. Mais aller aux prud’hommes alors qu’ils sontprécaires et isolés, en temps de crise, c’’est malheureusement kamikaze».Vulnérables, ils ne revendiquent que très peu leurs droits, par peur qu’un prochainsujet ne leur soit pas accordé, de se voir fermer la porte d’une rédaction ou de voirleur réputation salie auprès des directions des groupes de presse.Le journaliste pigiste n’est jamais certain de trouver du travail d’un mois sur l’autre,rien ne lui garantit de collaborations régulières avec une entreprise, à moins qu’il nedevienne «pigiste permanent» pour celle-ci. Ce numéro d’équilibriste afin d’étaler leflux de commandes et les revenus tout au long du mois, peut expliquer que denombreux pigistes épousent cette situation par défaut.Deux tiers des pigistes subiraient leurs statuts et sont en attente d’un emploi plusstable au sein d’une rédaction. Un véritable sas d’entrée à la profession a même étéobservé : le jeune journaliste devant se faire d’abord reconnaître en tant que pigistependant trois ou quatre ans avant de pouvoir espérer une quelconque titularisation. 8 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  12. 12. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Un emploi salarié: le cauchemar decertains journalistes freelance, quichoisissent volontairement ce statut de Youpress : la victoire des pigistespigiste. Un statut qui leur permet de «Quand  j’ai  débuté  l’aventure  Youpress, travailler pour plusieurs journaux à la j’avais quelques piges par‐ci par‐là mai je me fois et ainsi de «rester indépendant». demandais  si  je  n’allais  pas  changer  de Car le statut de pigiste -lorsqu’il est boulot…»  confie  Amélie  Cano  à  ses  camarades  co‐fondateurs,  stupéfaits.  Ce choisi- présente également quelques collectif  de  pigistes  a  été  crée  en  octobre avantages: liberté de travailler avec les 2007 –un an après leur sortie d’école‐ par six  jeunes  journalistes.  Une  façon  de  lutter médias en affinité avec les goûts du contre la solitude du statut de pigiste, «mais journaliste, sur des sujets qui lui aussi  un  moyen  de  mettre  nos  forces  en plaisent, sans être soumis à des commun, de partager nos idées de sujets, nos   contacts,  nos  interlocuteurs  des  rédactions… contraintes d’horaires ni de tout  en  pratiquant  le  journalisme  qui  nous hiérarchie… C’est le cas de Nadjet plaisait!» résument‐ils. Cherigui, qui se sentait auparavant Dans  l’obligation  de  réaliser  quelques  piges étouffée à l’intérieur de la rédaction où en  communication  à  leurs  débuts,  afin  de  financer  leurs  voyages  à  l’étranger,  ils  ont elle était salariée : «Travailler en désormais  dépassé  ce  stade:  «Youpress  a freelance, c’est avant tout retrouver sa acquis  une  vraie  légitimité  auprès  des liberté ! Ca a un prix, mais il faut rédactions, nous travaillons aussi bien avec Le  Monde,  Libération,  Le  Figaro  ou  le  JDD l’accepter et l’assumer.» qu’avec  Causette,  Témoignage  Chrétien,  Politis,  Ouest‐France,  Slate.fr  ou  encore  TV5 Disposant déjà d’un solide réseau et Monde,  Bloomberg  TV,  la  Raï  et  l’Associated  Press…» de nombreuses connaissances dans lesecteur de la presse, une infime Les  désormais  sept  membres  –rédacteurs minorité parvient à travailler dans une (trices),  JRI  ou  photographe‐  sont  devenus  pigistes  permanents  dans  une  rédaction. dizaine de rédactions à la fois, voire «Pour  le  reste,  c’est  de l’éclate.  Nous  faisons plus encore. Pour elle, «être pigiste, 100% de grands reportages que nous arrivons  très  souvent  à  pré‐vendre,  nous  nous  faisons c’est également un challenge qui nous rembourser  nos  frais  à  chaque  fois,  nous oblige à toujours réfléchir, à se sommes  plus  que  rentables!»  lâche  Leïla remettre en question… et donc à Minano.  Ou  comment  s’assurer  une  assise  financière,  tout  en  comblant  ses  aspirations avancer». Devenus indispensables à journalistiques ! certaines rédactions, les 9 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  13. 13. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?rémunérations de ces «permalances» (contraction entre permanent et freelance)avoisinent plutôt les 4.500 euros bruts qu’un seul et unique SMIC… Des conditionspas si précaires et suffisamment attrayantes pour pousser certains journalistesconfirmés à quitter leur emploi salarié…Jean Abbiateci n’en démord pas: si la réalité est dure pour certains, il existe «unmythe de la précarité : la vie de pigiste, ce n’est pas toujours le rush que l’on dépeint.Nous alternons contrats alimentaires afin de subvenir à nos besoins et projets quinous comblent sur un plan professionnel. C’est la routine, mais il faut savoirl’organiser» plaide t-il.Lui comme d’autre sont donc très satisfaits de leur situation. «Tous les pigistes nesont pas précaires, et au contraire, certains salariés le sont plus» alerte t’il. Lespigistes ont donc une condition à double tranchant. Si la majorité subit leurssituations, un tiers d’entre eux se félicitent tout de même de leur indépendance, de lagestion de leurs horaires voire même de leurs rémunérations supérieures à celled’un emploi salarié.- Le Correspondant Local de Presse (CLP).Moins connue est par contre la précarité de certains pigistes locaux, abusivementcatégorisés sous le statut de correspondant local de presse (CLP). Moins connuecar moins intéressante: très peu d’études sociologiques se sont attardées sur lacondition globale des journalistes de province, et ce malgré une diffusion de leursmédias bien supérieure à celle des grands quotidiens nationaux…Les correspondants locaux de presse sont ces «agences locales» en contact avecchacun des acteurs de leurs communes, chargés de faire remonter des informationsd’hyper-proximité aux rédactions plus que de ne les contextualiser et de les mettreen forme, qui reste à la charge du journaliste titulaire. Pour le directeur général deCross Media Consulting et ancien cadre de la presse régionale, Erwann Gaucher,«ils permettent de tisser un lien social indispensable à la PQR bien que dans laplupart des cas, aucun journaliste n’aurait envie d’aller faire le travail d’uncorrespondant !» 10 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  14. 14. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Habituellement, le correspondant a un travail principal et est donc considéré parl’entreprise de presse comme un collaborateur occasionnel non salarié, sans aucunlien de subordination. Mais dans la réalité, une partie des 30.000 CLP seraient despigistes à part entière à qui l’entreprise demande un vrai travail de journaliste ou dephotographe. Un moyen de les sous-payer puisque les rémunérations ne tiennentpas compte des tarifs conventionnels, malgré la place considérable que lescorrespondants locaux de presse ont pris dans la PQR et la PHR d’aujourd’hui,allant même parfois jusqu’à sauvegarder les ventes de certains titres de presse.- Le journaliste en Contrat à Durée DéterminéeDe plus en plus, il arrive que le journaliste professionnel soit engagé en contrat àdurée déterminée (CDD). La conclusion d’un tel contrat n’est possible selon la loi quepour une activité exceptionnelle, dans des cas bien précis: remplacement d’unsalarié absent (maladies, congés, etc…) ou passé provisoirement à temps partiel,attente de la prise de fonction d’un nouveau salarié, accroissement temporaire del’activité de l’entreprise, etc…Ce qui n’empêche pas «qu’il y ait un réel excès de la part des employeursaujourd’hui», selon Françoise Laigle, du Syndicat National des Journalistes. Le CDDne devrait théoriquement pas avoir pour objet –ni pour effet- de pourvoir durablementun emploi lié à l’activité permanente de l’entreprise de presse, c’est-à-dire laproduction d’information.C’est pourtant le cas de nombre d’entre eux: Jérémy Joly, diplômé de l’IUT de Tourspuis l’an dernier de la licence professionnelle « Journalisme et médias numérique»de l’Université de Metz, enchaîne depuis peu les CDD et les piges : Après avoir faitl’équivalent de deux ans de stages au travers de ses études dont le dernier auxDernières Nouvelles d’Alsace, où il commence à piger avant d’y obtenir un premierCDD en novembre 2010. De février à mai 2011, il redevient pigiste avant de signerun nouveau CDD, cette fois-ci de cinq mois sur le site internet de La République duCentre. Une situation qu’il voit plus comme un passage obligé de sa carrière, uneétape normale par laquelle sont passés ses confrères: «je ne me suis jamais sentiprécaire en fait, assez privilégié en réalité…» explique t-il. 11 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  15. 15. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Ils sont de plus en plus dans sa situation. Au nombre de 628 en 2008, lesjournalistes en CDD étaient 985 en 2009 selon l’Observatoire des médias. Leurschiffres résultant du croisement de leurs données avec celles de la CCIPJ -quicomptabilise encore les CDD parmi les pigistes sans fournir de détails- les chiffres2010 ne sont pas encore disponibles. Une augmentation toutefois conséquente(+57%) et qui s’expliquerait par le fait que de plus en plus d’entreprises de pressepréfèrent recourir à l’activité de CDD, plutôt que de commander des piges et seretrouver avec un potentiel CDI (cf. loi Cressard) entre les mains en cas decomplication judiciaire.«Les divers contrats sont utilisés comme un moyen pression, pour faire aller lejournaliste dans la direction voulue par la direction» analyse Jérémy Joly. Le salariéen CDD est vulnérable : s’il espère être à terme embauché, il ne lui est pas conseilléde réclamer avec insistance la majoration de ses heures de nuit ou la récupérationde ces missions du week-end ou des jours fériés. De façon induite, il n’a pasréellement son mot à dire tant qu’il n’est pas encore titularisé.Les employeurs sont donc de plus en plus nombreux à utiliser ce type de contrat.Bien que cela leur coûte légèrement plus cher qu’une pige classique: en 2009, lesalaire médian des CDD était de 2.000 euros; un tiers des journalistes sous CDDtouchaient entre 1.500 et 2.000 euros et 14,5% moins de 1.500 euros.Dans le même registre en encore plus précaire, il est important de signaler le casdes journalistes en CDD d’usage dits CDU. Des contrats qui selon l’article 122-1-1du Code du travail, peuvent être conclus afin de «pourvoir des emplois pour lesquelsil est d’usage constant de ne pas recourir au CDI, en raison de la nature de lactivitéexercée et du caractère par nature temporaire de ces emplois». Utilisé notammentdans le secteur audiovisuel, cela permet aux entreprises de presse de ne pas payerla prime de précarité théoriquement dû en fin de contrat à durée déterminée (CDD).«Quelquun qui fait un travail régulier et pérenne ne devrait pas pouvoir êtreembauché en CDU… » précise Françoise Laigle. Une nouvelle fois, la réalité estpourtant bien différente. 12 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  16. 16. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?- Le stagiaire journalisteIl convient ici de différencier le stagiaire journaliste du journaliste stagiaire. Latitularisation comme journaliste professionnel n’est effective qu’après avoir étéjournaliste stagiaire pendant deux ans. Ces derniers sont donc des journalistesdébutants, mais titulaires. Alors que les stagiaires journalistes sont encore desétudiants, réalisant des immersions plus ou moins longues dans le cadre de leurscolarité.Généralement enthousiastes à la veille de recevoir une première reconnaissance parle monde du travail… et souvent obligés, également. L’étudiant en journalisme doitfaire des pieds et des mains pour décrocher plusieurs expériences dans différentesrédactions, avant de faire son entrée effective sur le marché de l’emploi. C’est unecondition nécessaire pour postuler à un emploi durable. Ces stages doivent luipermettre de garnir son CV et d’amorcer la machine à relations, de quoi le rendrecapable de démarcher d’autres médias par la suite. La formule a fait ses preuves.Si aucune statistique officielle ne répertorie les stagiaires, certaines entreprises depresse poussent la culture du stage à l’extrême : certaines rédactions –notammentsur internet- sont composées de plus d’un tiers de stagiaires.Les principaux médias régionaux ainsi que quelques médias nationaux nouent desconventions de stage avec les écoles reconnues par la profession. Stages à l’annéeou remplacements d’été rémunérés, ces premiers contacts professionnels donnentl’occasion à ces apprentis journalistes de découvrir les rouages de la PQR. Unefaçon, en quelque sorte, «d’aider les bénévoles à acquérir de l’expérience» selon lediscours de l’entreprise… C’est aussi pour l’entreprise une main d’œuvre formatée,précaire et relativement compétente. Payée environ trois fois moins que le salaireminimum, l’entreprise n’encourt pas de risques énormes en acceptant un stagiaire ausein de sa rédaction. 13 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  17. 17. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Si la convention de stage stipule que la collaboration est avant tout une période deformation encadrée par un tuteur de l’entreprise avisé et disponible, ces expériencessont dans certains cas synonymes de petits boulots et de tâches rébarbatives (miseà jour de fichiers, documentations, photocopies, etc…) que les journalistes titulairesne souhaitent pas exécuter. A moins que ce ne soit un travail salarié déguiséalimentant quasi-gratuitement l’industrie de la presse, ce qui est tout autantrépréhensible.Des grands quotidiens profitent ainsi de leur renommée pour attirer ces petites mainspeu onéreuses. Sarah Belouezzane et Zeliha Chaffin, ont co-écrit l’article «AuMonde, une carte de cantine et un rêve: être publié » paru dans le quotidien du soirdaté du 19 juin 2010, alors qu’elles étaient elles-mêmes stagiaires de cette célèbrerédaction du boulevard Blanqui. L’histoire ne dit pas si elles étaient payées.Présentant un tel stage comme «le Saint-Graal de l’étudiant en journalisme», lesdeux auteures concluent que «sur la centaine de stagiaires accueillis par le journalchaque année, tous ne repartent évidemment pas satisfaits. Néanmoins, il leur resteune jolie ligne sur le CV, de quoi impressionner les futurs employeurs.»Faute de modèle économique viable, les médias internet sont également friands deces petites mains à la recherche à la recherche d’un nom prestigieux sur leurs CV dedébutant. S’ils sont peu avares de leur temps et arrivent à se faire oublier en tant questagiaire pour faire preuve d’efficacité et de motivation, alors peut-être parviendront-ils même à réaliser d’autres tâches que du bâtonnage de dépêches. Peut-être.Aubaine pour l’employeur, encouragé par les écoles et cautionné par les étudiants, lestage est devenu une norme dans les rédactions françaises comme dans lesentreprises du monde entier. Mais en ces temps de précarité galopante, les groupesde presse peuvent en profiter: ils sont en position de force et l’étudiant doit être prêtà l’emploi.Aujourd’hui, l’école –aussi prestigieuse soit-elle- n’est plus une garantie d’emploi.Les stages sont donc une alternative aux piges pour se faire remarquer etambitionner une hypothétique embauche. Lorsqu’ils laissent entrevoir de tellesperspectives d’évolution, car ce n’est pas le cas de tous : certains rémunèrent leurs 14 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  18. 18. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?pigistes les plus jeunes… au nombre d’heures travaillées, le tout rapporté au proratadu tarif conventionnel du stagiaire (417 euros par mois, soit environ 2,98euros/heure). D’autres en profitent pour remplacer provisoirement un journalistedémissionnaire ou en congés maladie.Mais certains stages donc, notamment ceux de fin d’études, sont parfois lieues depromesses d’embauche en CDD. Carottes –il faut le reconnaître- exceptionnellementconcrétisées dans la foulée sauf cas de force majeur. Non, désormais, à la fin deleurs études, les diplômés d’écoles de journalisme reconnues ou non par laprofession, doivent désormais passer de nouveaux concours… internes cette fois-ci.L’AFP, Reuters mais aussi L’Equipe ou Prisma Presse distribuent leurs quelquesCDD et contrats de professionnalisation désormais de cette façon.b. … mais aussi du contexte et des conditions de travail…- Manque de moyensUn journaliste aura beau proposer trois fois un reportage à l’étranger avec troisangles différents, il aura aujourd’hui peu de chances de voir sa demande aboutir.Après avoir été une des règles du journalisme, le reportage est devenu uneexception. Trop coûteux, pas assez rentable, surtout qu’il est devenu simple deconfectionner un bon «produit» à moindre coût : plutôt que d’envoyer un rédacteur etun photographe sur place, le titre de presse n’a plus qu’à acheter les clichéslégendés d’une agence de presse, pour ensuite demander à un salarié de narrerune histoire avec, la possibilité de passer deux ou trois coups de téléphone… surplace ! Ou alors lui demander de garder le fil de dépêches ouvert et de scruter le sitede partage de photos Flickr en parallèle…Amorcé il y a une quinzaine d’années, les coupes budgétaires des entreprises depresse ont largement diminué les moyens alloués aux reportages. Des notes de fraisinfernales d’antan, la période est plutôt à la négociation du moindre centime. «Argentou pas argent, ce qui change est principalement la façon de l’utiliser : les médias onteu trop d’argent à un moment donné, intégrant une culture de gâchisinstitutionnalisé. Dans le Libération d’il y a trente ans, le journaliste disposait d’une 15 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  19. 19. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?enveloppe d’argent liquide et dormait dans un palace… Aujourd’hui, tout estréglementé mais je trouve cela tout à fait normal» raconte Gilles Bruno, spécialistedu monde de la presse et directeur de la publication de L’Observatoire des Médias.Pour défendre leur budget et se donner les moyens d’une politique rédactionnelle dequalité, les rédacteurs en chef ne font pas toujours le poids face aux gestionnaires.«Nous disposons d’un budget prévisionnel, sur lequel nous devons nous adapter enfonction de nos résultats commerciaux et de diffusion… Mais notre modèleéconomique ne fonctionne plus: même avec une gestion habile et subtile, il devientdifficile d’offrir un journal diversifié et spectaculaire» se lamente Thierry Deransart,Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine.Au-delà des reportages qui se font de plus en plus rares, la pagination rédactionnellediminue dans la plupart des publications au profit des pages de publicité. La longueurdes articles commandés se réduit du même coup… Le pigiste à qui l’entreprise depresse fera appel doit alors réaliser des sujets qui demandent toujours autant detemps d’enquête, mais publiés dans un format plus court et donc moins bienrémunéré.Autre preuve s’il en faut de cette diminution des moyens, le déménagement deplusieurs groupes de presse depuis une vingtaine d’année : des titres historiquescomme Le Parisien, L’Equipe, Bayard ou La Tribune ont quitté le quartier de lapresse (2, 8, 9, 10ème arrondissements de Paris) pour rejoindre la petite couronnede la capitale. Plus récemment, Prisma Presse et Mondadori ont rejoint lemouvement. Objectif : baisser également les coûts fonciers, dans un contextepublicitaire tourmenté de crise de la presse. Entraînant du même coup unedégradation des conditions de travail, puisque de la fatigue supplémentaire lié autrajet domicile-travail voire du stress et de la démotivation pour les salariés les plusfragiles.- Hausse des objectifsComment optimiser les effectifs d’une rédaction sans moyens ? En prônant lapolyvalence. A la télévision, fini les reportages en équipe de quatre ! Place au 16 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  20. 20. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?binôme rédacteur audiovisuel et JRI, où ce dernier doit assurer la prise de son et lagestion de la lumière, en plus de la caméra. Quitte à devenir prisonnier de latechnique et ne plus avoir le temps de soigner ses plans et d’exploiter les situationsde tournage qui s’offrent à lui. Dans le meilleur des cas… Sur les chaînesd’information en continu, l’homme-orchestre (ou le journaliste-shiva) se retrouvesouvent tout seul pour son reportage. Il lui alors faut tourner plus, toujours plus vite.En presse locale, les dénominations secrétaire de rédaction, fait-diversier, reporter,chef d’agence ont disparu. Le principe de poly-aptitude règne également: lejournaliste doit collecter et mettre en forme l’information pour le quotidien papier touten prenant des sons et réalisant des vidéos pour la version du site internet. Cetteréorganisation du travail a d’autres conséquences: l’ex journaliste-rédacteur hérite dedeux casquettes supplémentaires, celles de photographe et de secrétaire derédaction. Il doit désormais fabriquer sa page de A à Z.Un jeune journaliste doit désormais maîtriser les aspects techniques de son métier,et plus seulement la partie «intellectuelle». La multi-compétence est un vraiargument d’embauche puisqu’il permet à l’entreprise de réaliser des économiesd’échelle, et de ne pas avoir recours à des solutions externes en cas deremplacement à assurer.Ces nouveaux fonctionnements organisationnels sont généralement accompagnésd’une autre mutualisation, celle visant à accroître la productivité en augmentant lerendement des salariés. Outre NextRadioTV d’Alain Weill (RMC, BFM, Groupe 01) etBolloré Médias (Direct 8, Direct Matin, Direct Soir), Bayard Presse envisage ainsi decréer une plate-forme rédactionnelle. L’objectif: pouvoir disposer de journalistesmulti-casquettes capable de produire des articles repris sur les différents supports dugroupe. Tous doivent travailler indifféremment pour tel ou tel titre du groupe, versionpapier, site internet, chaîne de télévision ou station de radio.Pas de quoi effrayer le fondateur de l’Observatoire des Médias, Gilles Bruno : «Lejournaliste a une forte tendance à pleurer sur son sort, mais ils sont largementcoupables de leur situation ! Il est nécessaire de rappeler qu’il a crée lui-même laprécarisation en refusant d’écrire pour le site internet de son média, à moins d’être 17 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  21. 21. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?payé le double (N.D.L.R. la repasse donne théoriquement droit au versement denouveaux droits d’auteurs)… Du coup, le site –sans moyens- ne fait que bâtonnerdes dépêches et se déprécie automatiquement, ce qui finit par dévaloriser le médiadans son ensemble, qui ne se vend dorénavant plus…»- Manque de tempsObsédés par le modèle du flux permanent court-termiste séduisant un public demasse attiré par le scoop, certaines entreprises de presse ne donnent plus le tempsnécessaire aux journalistes de faire correctement leur travail. Soucieux d’optimiserleurs médias, chaque seconde doit être rentable. Le temps de recherche, deréflexion, de recul, pourtant nécessaire à tout travail journalistique de qualité, estdésormais devenu optionnel dans certaines rédactions.Les entreprises de presse profitent également que le journaliste n’ait pas d’horairesfixes -que la culture professionnelle valorise l’investissement personnel- pours’autoriser quelques excès. En démultipliant les tâches qui incombent au journaliste,celui-ci va forcément dépasser la durée légale du travail s’il a un minimum d’éthiqueet ambitionne de rendre un travail convenable.Des cas similaires peuvent être observés avec la prolifération des journalistes àtemps partiel: un salarié embauché à trois-quarts temps fera souvent 35 heures ouplus malgré qu’il ne soit payé l’équivalent que de 26 ou 27 heures… Pourquoi ? Cars’il souhaite un jour être titularisé à temps plein, il doit prouver sa capacité à faire dubon travail et exécuter toutes les tâches nécessaires.Une chaîne de télévision refusera de commander une enquête à un pigiste si sontournage n’est pas concentré sur une seule journée. Davantage de temps d’enquêteet de tournage signifie plus de temps de travail et donc un coût exponentiel:l’entreprise préférera alors traiter le sujet en interne. Il arrive même que ce soit lesjournalistes eux-mêmes qui se mettent des barrières et désertent le terrain, faute detemps. Ils ne prennent plus le risque de s’absenter de la rédaction pour un sujet donteux-mêmes doutent… 18 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  22. 22. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?La membre du bureau national du SNJ, Françoise Laigle, en convient, «si ce n’estpas une précarisation dans les termes, les conditions de travail du journaliste sedégradent tout de même. Et pour le même résultat : cela apporte de la fatigue etn’améliore en rien sa capacité à faire son travail correctement…»c. … pas si récente que cela.Pour autant, la précarité n’est pas une notion nouvelle pour les journalistes ! S’il estacquis pour tous les journalistes qu’il ne faut pas faire ce métier pour le salaire etqu’il est compliqué d’être titularisé dès ses débuts, la précarité a toujours existée,plus ou moins forte selon les époques, les statuts, les tendances du chômage, laformation des journalistes, etc…«La précarité est une étape obligée» estime Gilles Bruno, «des journalistes commeRenaud Dély ou David Revault d’Allonnes étaient précaires à leur entrée dans laprofession chez Libération. Cela ne les a pas empêchés de devenir Directeurdélégué de la rédaction du Nouvel Observateur et Grand Reporter politique chezEurope 1…»«Faux !» lui rétorque Jean-Christophe Féraud, journaliste successivement à LaTribune, aux Echos puis aujourd’hui à Libération. «Dans les années 80, j’aiégalement galéré pour rentrer dans la profession, par le biais de stages mais aumoins ils étaient payés ! Et une fois titularisés, nous y étions bien installés. La notionde CDD n’existait pas ! Il y avait une transmission du savoir, comme une passationde pouvoir entre les générations. Cela n’existe plus, c’était à l’époque où lesjournaux n’étaient pas encore des entreprises comme les autres… Vingt ans plustard, on a glissé dans l’élevage de poulets en batterie, précaires, dotés de tâchesdéqualifiées, sans aucune reconnaissance» fait-il valoir, nostalgique d’une époquebien révolue.Les stages, les piges et les CDD ont toujours rythmé l’entrée d’un jeune journalistedans le monde de la presse. Seulement, cette période subie d’une à deux annéesse serait allongée de deux ans au cours des années 2000. L’effet sas d’entrée estdevenu structurel: en 2008, un peu plus du tiers des nouveaux titulaires de la carte 19 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  23. 23. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?de presse étaient précaires (39,6% étaient pigistes ou en CDD) contre près de lamoitié en 2009 (49,4%). Des chiffres attestant d’une précarisation des parcourspréprofessionnels, qui démontre également que la précarisation est devenue unenorme, s’étendant même à de nombreux secteurs du marché du travail autres que lejournalisme.Pour Jean-Christophe Dupuis-Rémond, journaliste audiovisuel et internet pourFrance 3 Lorraine depuis 2000 et enseignant en web-journalisme depuis 2010 àl’Université de Metz, «la précarisation n’a rien de nouveau mais ne s’est pasarrangée dernièrement.» En 1975, 8,5% des journalistes étaient précaires, 14,7% en1990 et 18,8% en 2000. S’ils n’étaient plus que 18,1% des journalistes encartés àêtre en CDD ou pigistes en 2008, leur part s’est de nouveau élevée pour atteindre19,3% des journalistes en 2009 et 20,1% en 2010.Une aggravation de la situation qui se fait ressentir à tous les niveaux, et plusuniquement sur un plan purement et strictement professionnel. Leur situationprécaire a également des conséquences sociales. Nadjet Cherigui, pigiste depuisplus de neuf ans, dit ne ressentir la précarité qu’à un certain niveau: «mais ce qui meparle vraiment, c’est de ne jamais pouvoir me projeter, de ne pas préparer mesvacances des mois à l’avance ni de m’engager pour accompagner la sortie d’écolede ma fille.»Pour elle qui réclame ce statut de freelance et s’est organisée en fonction, la règleest la même que pour tous les autres pigistes : être toujours disponible et ne jamaisrefuser une proposition, «car nous ne savons jamais quand la prochaine pigearrivera…» Au-delà même des effets psychiques que peut générer la précarisationchez certains, le fait de ne pas avoir de salaires réguliers en empêche d’autresd’obtenir un crédit bancaire ou de négocier l’achat d’un logement.B) … est une conséquence des maux de la presse 20 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  24. 24. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Coupes budgétaires, gel des salaires, recours à l’emploi précaire… La période dedoute traversée dernièrement par l’ensemble des médias est loin d’être favorableaux journalistes : selon les statistiques de la CCIPJ qui se base sur le nombre decartes de presse délivrées annuellement, le nombre de pigistes auraient augmentéde 367% entre 1980 et 2010, contre 122% pour le nombre de journalistes. Leurproportion dans les rédactions, en trente ans, serait ainsi passée de 9,6% à 20,1%.Quand l’économie va mal, les employeurs cherchent naturellement à en profiter,quitte à faire patienter une génération surdiplômée, motivée et peu onéreuse à leurporte. Las d’ambitionner un emploi durable, ces derniers s’heurtent depuis desannées à une précarité institutionnalisée -à coup de stages et de CDD- qui induitparallèlement productivisme et perte d’autonomie. Mais rarement la dichotomie entrestatut théorique et réalité sur le terrain, journalistes salariés et précaires, freelanceschoisis et pigistes subis, n’aura été aussi forte. Les raisons avancées pour expliquerla précarisation du métier sont nombreuses et clivantes.Si le cœur du métier –à savoir la recherche de la vérité, la culture du doute,l’honnêteté intellectuelle, la vérification de l’information- n’a pas fondamentalementchangé, les conditions d’exercice de la profession ont elles, évolué. Deschangements structurels, dus aux crises –identitaire, économique, technologique-que traversent les médias aujourd’hui, remettent à l’ordre du jour les questionsd’organisation, de valeur, d’audience et de temps auxquelles il est indispensable derépondre pour assurer les lendemains de la presse.a. Un métier populaire, victime de son succès…Alors que la progression du nombre de journalistes «encartés» était de 60% entre1980 et 1989, elle n’était plus que de 13,5% de 2000 à 2008. Un temps plusimportant que le rythme de progression observé au niveau de la population active, letaux de croissance de la profession a progressivement diminué pour ne plus être quede 0,2% entre 2008 et 2009. Suivant cette pente glissante, le nombre de journalistesa logiquement diminué pour la première fois de son histoire entre 2009 et 2010. 21 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  25. 25. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Des données qui traduisent plus un encombrement du métier quun réel désintérêtpour une profession… qui ne cesse par ailleurs de vieillir. Pour le SNJ, «la pénuried’emplois augmente la précarité: le salarié est prêt à plus de concessions etacceptent des salaires plus bas, les pigistes d’être payés au noir ou en droitd’auteur…. Des pratiques qui ont toujours existé mais qui sont facilitées par l’actuelrapport de force actuel entre dirigeant et journaliste» argumente Françoise Laigle.Mais l’absence d’emplois –et de moyens suffisants pour exercer son métier- toutcomme le fait d’avoir de moins en moins de lecteurs ne décourage pas plus que celales aspirants journalistes. Les écoles de journalisme –reconnues ou non- se sontmultipliées ces dernières années sans vraiment anticiper les mutations du secteur,mais plutôt en attendant un signe des entreprises de presse. En matière derecrutement de jeunes journalistes, ce retour est pourtant éloquent : seulement 225des 1.822 journalistes ayant reçu leur première carte de presse en 2010 sontdiplômés de lun des treize cursus reconnus par la profession, soit 12,3%. Unrecrutement hors écoles reconnues, justifié par le fait déviter le formatage desnouveaux arrivants mais aussi pour avoir la possibilité de recruter une main d’œuvreencore plus précaire et moins exigeante.Au-delà de ces réflexes des entreprises de presse, une génération de précaires(beaucoup de formés, peu d’élus) complètement déconnectés des réalités du secteura débarqué dans un secteur en crise… par la mauvaise porte. Entre 2005 et 2009,«j’ai vu passer beaucoup de jeunes confrères qui n’avaient qu’une idée en tête:commencer leur carrière en intégrant les rédactions des grands médias nationaux enn’imaginant que comme dernier recours de faire leurs classes dans la presserégionale ou départementale» raconte Erwann Gaucher, consultant qui aaccompagné le développement multimédia d’environ 50 titres de presse locale.Toujours plus nombreux à vouloir mettre un pied dans la profession, et toujours plusnombreux à déchanter… Ils avaient beau piger pour différents médias parisiensplutôt que de tenter leur chance dans des médias «moins prestigieux» avec desdébouchés moins précaires, le constat était le même partout: le journalisme d’AlbertLondres ou de Joseph Kessel n’existait plus. Les reporters, «l’œil et l’oreille, mais 22 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  26. 26. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?aussi le nez, la bouche ou la main du lecteur» pour paraphraser Christian Sauvage,se font de plus en plus rares. Et eux, jeunes pigistes, n’étaient pas embauchés pourles remplacer mais bien pour leurs faibles prétentions salariales et leur capacité àécrire un papier tout en sachant l’agrémenter d’un son et l’enrichir d’une vidéo.Au-delà d’une question de talent, la conjoncture ne le permettait plus. «Si le secteurde la presse est bien en crise, il est surtout en mutation. Les journaux cherchent denouvelles compétences, de nouveaux profils. Il y a des opportunités que me fontsincèrement penser que la précarisation n’est pas inévitable, à condition decomprendre voire de la précéder…» laisse entendre Erwann Gaucher. La tendanceévolue et les nouveaux postulants semblent mieux comprendre et mieux naviguerdans ce secteur en mutation.b. … entamé par la crise de la presse…La presse cherche des solutions pour réinventer à bas prix le journalisme. Car lacrise qui a longtemps touché la presse écrite et seulement la presse écrite s’estaujourd’hui généralisée à l’ensemble des supports d’information. Ni la presse écrite –web ou print- ni la télévision, ni la radio ne recrutent aujourd’hui… Pour le sociologuedes médias Eric Maigret, «un jeune journaliste doit d’abord postuler à L’Internaute ousur des agrégateurs d’information plutôt qu’au Monde, au Figaro, à Libération ou àFrance Télévisions s’il ambitionne de décrocher un emploi durable.»Pour Thierry Deransart, Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, «lacrise de la presse n’a jamais cessé d’exister»: érosion des ventes de journaux, crisepublicitaire (voire suppression pour l’audiovisuel public), explosion de la bulleinternet, contrecoup des 35 heures… Confrontés à de multiples maux, la liste despotentiels clients des aspirants journalistes ne cesse de se réduire: fermeture decertains titres de presse, réduction de la pagination, concurrence intra-pigistes… Lesarticles commandés sont moins longs (donc moins payés) avec des délaisd’exécution raccourcis pour des sujets nécessitant le même temps d’enquête. Aufinal, les journalistes pigistes sont amenés à devoir travailler plus pour gagner autant. 23 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  27. 27. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Les subventions de l’Etat n’y changeront rien, le journalisme doit affronter une criseglobale sans précédent historique. Loin des simples difficultés passagères qu’elle apu connaître périodiquement. Le modèle économique (inventé par Emile de Girardin)des groupes de presse s’essouffle : depuis 1850, les médias parvenaient à vendredeux fois leur journal, au lecteur et à l’annonceur. Une logique qui se heurte depuisl’avènement d’internet à la culture du tout-gratuit. «Les médias se sont longtempsdéveloppés en tirant une diffusion maximale de leur produit vendu peu cher, et uncomplément non négligeable des publicitaires. Chose devenue impossibleaujourd’hui… Nous devons prendre des mesures d’économies, qui sont certessusceptibles de provoquer une précarisation» argumente t-il.Même la fusion des médias, passés sous l’emprise de puissants propriétaires et desmarchés financiers, n’a pu enrayer ce phénomène. De là à pointer la responsabilitédes logiques industrielles qui auraient perverti l’esprit des médias et des «cost killersqui managent les rédactions», il n’y a qu’un pas… franchi par Françoise Laigle,journaliste retraitée depuis quelques mois et membre du bureau national du SNJ: elledit ne jamais avoir «vu une telle volonté de transformer le métier de façon aussinocive.» Pour autant, ce raisonnement ne peut pas expliquer à lui seul le regain dedifficultés auxquelles font face les entreprises de presse.Face aux rigidités de son propre système (monopoles de la distribution et del’imprimerie, qui coûtent plus au lecteur et rapportent moins à l’éditeur) et à la criseéconomique globale de 2008, les directions des groupes de presse ont dû resserrerleurs coûts. Plus par contrainte que par choix, donc. Patrick de Saint-Exupéry, ledirecteur de la publication du trimestriel XXI spécialisé dans l’enquête et le grandreportage, ne jette pas la pierre aux groupes de presse: «Personne ne sait comments’écrira la presse demain. Dans le doute, les directions de journaux de plus en plusfragiles ne vont pas vers un renforcement des équipes… Ce n’est pas une questionde volonté mais de priorité ! Ils subissent un enchaînement de facteurs, ils sont doncamenés à traiter d’autres urgences en priorité» détaille t-il. 24 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  28. 28. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Un moyen de combler une partie de leurs blessures à court-terme, avant d’espérertrouver la solution salvatrice réinventant le journalisme. Peut-être en basculant versde nouvelles formes d’organisation, ou alors grâce à de nouveaux supports.c. … et creusé par les évolutions technologiquesUne partie des dirigeants de médias avance larrivée du journalisme sur internet pourexpliquer léchec dun modèle économique, qui a pourtant fait ses preuves pendantplus dun siècle. «Nous ne sommes pas parvenus à transposer le système dukiosque minitel pour financer linformation sur internet, ce qui aurait permit de fairepayer le lecteur suivant le temps passé sur le site de presse» regrette ThierryDeransart, du Figaro Magazine.«Les problèmes économiques de la presse datent de bien avant l’arrivée d’internet»conteste Jean-Christophe Féraud, rédacteur en chef adjoint de Libération. «Depuisl’après-guerre, personne ne s’était réellement posé de questions sur le danger desmonopoles, le modèle éditorial, etc… Dans un contexte économique morose, cela aamené la concentration des groupes de presse, puis la pression économique qui vaavec, les économies d’échelle, les plans sociaux. Ensuite est venu se greffer lamutation technologique et le tsunami internet ! Là, personne n’a plus rien compris etla grande majorité des journalistes ont refusé d’apprendre. C’était fini: leur peur etleur mépris vis-à-vis du web les ont conduits à accepter que les entreprises élèventdes jeunes smicards sur le web, afin de faire le sale boulot à leur place» seremémore t-il.Si elle a bien contribué à créer une nouvelle temporalité médiatique qui a souventrelégué la presse papier en retard (N.D.L.R. dernièrement avec la mort d’OussamaBen Laden), cette deuxième révolution technologique n’a pas que du tort. Cet outilaux multiples possibilités -pas encore totalement exploitées- a également accruconsidérablement laudience des médias, facilité laccès des lecteurs à linformationet renouvelé les pratiques dans le traitement de linformation.Internet a fait évoluer le paysage de l’information: aujourd’hui, chacun peuts’improviser journaliste et devenir son propre rédacteur en chef, chacun peut créer 25 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  29. 29. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?son blog et poster ses propres vidéos, etc… Et pour se tenir au courant des derniersévènements, il suffit d’ouvrir une page Google ou Yahoo. Autant de changements quiont modifié les façons des lecteurs de consommer l’information, leurss usages etleurs habitudes.Pour s’y adapter, les journalistes se sont vus imposer des règles spécifiquesd’écriture : pour conserver des chances d’être lu un maximum par ces adeptes duzapping, il faut écrire court (est-ce à dire, sans profondeur ?), pour les moteurs (est-ce à dire, de façon standardisée ?) et pour l’audience (est-ce à dire, uniquement del’information futile ?). Les libertés –et l’autonomie- du journaliste web (précaire, faut-ille rappeler) ont été encadrées, réduisant sa capacité à se démarquer de sescollègues sous prétexte que le lecteur n’avait plus envie de lire de longs reportages.Une auto-censure qui, conjuguée à un sous-effectif et un manque de moyens, peutexpliquer le discrédit jeté sur le secteur par certains confrères de presse écrite et despatrons de presse en général. Dans «Le Journaliste» d’octobre 2010, le créateur ducollectif DJIIN (pour le Développement du Journalisme, de l’Information et del’Innovation Numérique) Sylvain Lapoix insiste sur le fait que les journalistes webdevront «d’abord bénéficier de la reconnaissance professionnelle avant d’espéreravoir la reconnaissance salariale ! […] Le support ne fait pas le métier et unjournaliste reste un journaliste, sur les ondes, le papier ou internet.»Laurent Léger est sur la même lignée. Pour ce journaliste d’enquête à CharlieHebdo, l’équation est simple : «Les journalistes de presse écrite et d’internet, ce sontles mêmes ! Ils ont tous besoin de temps et de moyens. Mais si votre direction vousimpose d’écrire trois articles par jour, vous n’aurez pas le temps de faire du bonjournalisme… Les patrons de presse créent des sites internet sanas leur allouer demoyens suffisants. L’enquête arrivera sur internet. Mais tant qu’ils vivotent, qu’ilsn’ont pas les moyens d’exister de manière indépendante et uniquement de leurproduction journalistique, c’est cause perdue !»Car pour ne rien arranger, le journalisme sur internet n’a toujours pas trouvé demodèle économique viable. Quelques pureplayers dont Rue89 se développent surdes activités annexes (comme la presse professionnelle : formation, séminaires, etc), 26 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  30. 30. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?d’autres comme Owni.fr sont financés des sociétés de services (22 Mars) ou encorecomptent sur un public suffisamment motivé pour souscrire à un abonnement(Mediapart, Arrêt sur Images) ou financer directement l’information via lecrowdsourcing (J’aime l’info).Mais cela ne nous dit rien de la capacité à équilibrer les comptes des sites dequotidien (Figaro.fr, Monde.fr, Lexpress.fr, etc..) qui ont fait le choix de se spécialiserdans la réécriture de dépêches (mélangé avec du recyclage du print et une partie deproduction propre) afin de garder la noble matière journalistique pour leurs éditionspapier.Seuls quelques sites parviennent aujourd’hui à être rentables et financièrementindépendants. C’est le cas du Huffington Post ou de News24.com qui ont profité dela crise pour innover. Les rédactions du Los Angeles Times, du New York Times, duGuardian ou de la BBC se sont également dotés d’un service de recherche etdéveloppement. Le Financial Times a récemment mis au point son propre kiosquenumérique afin de ne pas être dépendant des intermédiaires (Google, Apple, etc...)et ainsi ne pas perdre l’accès direct à son lecteur. Contrairement aux sites françaisqui lanceraient leur version Iphone ou Ipad aujourd’hui, qui seraient soumis au«NewsStand» d’Apple qui ponctionne 39% du prix de l’application, en plus des19,6% prélevés par l’Etat… 27 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  31. 31. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Comment être rentable après coup ? La stratégie éditoriale –produire massivement àmoindre coût- est également en partie responsable. Alors qu’internet se veut lieud’expérimentation et de liberté d’expression, le web journalisme produit trop souventune information standardisée à l’heure de l’instantanéité. Il suffit de regarder lesderniers articles indexés par Google Actualités pour s’apercevoir qu’ils émanentplutôt d’agences de presse que des journalistes affiliés aux sites en question.En suivant ce raisonnement, une partie de l’offre actuelle pourrait être produite pardes algorithmes et des journalistes-robots. Si bien que les fermes de contenu(Demand Media) qui écrivent en fonction d’algorithmes déterminant ce que le lecteurrecherche et ce qui génèrera de la publicité, ou les journalistes-robots (StatsMonkey) qui écrivent des articles en moins de trois secondes, ne sont aujourd’huimalheureusement plus de la simple science-fiction.Nés il y a un peu plus de dix ans, personne ne sait vraiment ce qu’est le webjournalisme. Ce qui est valable aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, lejournalisme internet décante, évolue pour s’affirmer à court ou moyen-terme dans saquête d’identité. L’optimisme reste donc de mise. «Les nouveaux médias qui mettentbeaucoup plus l’accent sur l’investigation, l’émergence de nouveaux formatséditoriaux, toutes ces raisons me poussent à un certain optimisme. Internet est entrain de réinventer le journalisme avec le web-documentaire, le data-journalisme,etc… » plaide Erwann Gaucher, journaliste-consultant qui effectue ponctuellementdes formations pour 22 Mars, la société éditrice de l’innovant Owni.fr. 28 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  32. 32. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?Partie II : L’influence de la précarisationsur la qualité de l’information A) L’information est de moins bonne qualité…Collecter, puis sourcer et vérifier l’information, avant de la situer dans un contexte etla hiérarchiser pour s’en faire le vecteur et le porter à la connaissance du public: tellepourrait être la définition du journalisme. A quelques variations près, elle ne devraitsouffrir d’aucune contestation possible. Ce qui n’est pas le cas de la «qualité dujournalisme», une notion beaucoup plus subjective. Interrogés, les définitions deprofessionnels des médias divergent:Pour le journaliste de France 3 Lorraine Jean-Christophe Dupuis-Rémond, «c’estcomme le communisme : un idéal absolu qu’il faudrait atteindre, en répondant auxattentes de son public avec une information vérifiée et obtenue si possible de visu.»Gilles Bruno, directeur de la publication de L’Observatoire des Médias juge plutôt surle résultat final: «Un journalisme de qualité se distingue avant tout dans le style, s’il aune plume intéressante, s’il possède cette verve de l’écrit, etc…»L’enquêteur Laurent Léger est lui plus catégorique. «Le journalisme, c’est d’abord del’enquête ! Ce n’est pas en faisant du journalisme mou ou du publi-reportage que lapresse parviendra à reconquérir son lectorat… Mais être dans le contre-pouvoir etnon dans le compte-rendu, cela demande du courage, du temps et des moyens…»Suivant le principe que la qualité proposée est fonction de la qualité de la source, lesociologue des médias Eric Maigret tient à préciser que «95% des informations quiarrivent aux journalistes ne résultent pas forcément d’un travail d’enquête. Unjournalisme de qualité, ce n’est pas empiriquement de l’investigation !»Thierry Deransart, directeur adjoint du Figaro Magazine, acquiesce. «C’est un tout : iln’y a pas de matières plus ou moins nobles que d’autres dans le journalisme. Un 29 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  33. 33. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?journaliste fait du travail de qualité à partir du moment où il le fait honnêtement, sansidée préconçues ni en avançant avec des œillères.» «Tout à fait» reprend le diplôméde l’IFP en histoire des médias Jean-Christophe Féraud, «mais ça dépend tout demême du temps, des moyens à disposition du journaliste et de son talent. Ce que jesais, c’est ce qu’est un mauvais journalisme par contre: un journalisme de sondages,réalisé en fonction de l’offre et de la demande. Je provoque volontairement mais lelecteur est con, il faut dépasser ses attentes et le surprendre constamment!»«Et à partir du moment où le journaliste met le pied dehors ! Chose rendue difficilequand vous devez rendre deux à trois papiers par jours» renchérit Jean Abbiateci,membre du collectif de pigistes Objectif Plume. «Il n’y a pas besoin de scoops, lejournalisme de qualité nécessite avant tout du temps pour se documenter,comprendre les enjeux et des moyens pour pouvoir aller sur le terrain vérifier lesinformations» ajoute t-il.a. Une information simplifiée à outrance…Héraut de la liberté d’expression et garant de la démocratie, le rôle du journaliste estde plus en plus remis en question. Tout comme les médias font l’objet de vivescontestations. Au-delà de la perte d’une partie du lectorat, un climat de méfiance etde défiance s’est installé sur la profession. «Le public sait que les journalistes ont unmeilleur accès aux données, qu’ils sont capables d’identifier les tenants et lesaboutissants d’un fait. C’est légitime qu’il veuille lui aussi accéder aux informationsles plus pertinentes» perçoit Jean-Christophe Dupuis-Rémond, journaliste de terraindans une locale de France 3.Le peu de lecteurs restants, excédés par les différents fiascos médiatiques(dernièrement, l’affaire Outreau, ou à une moindre mesure «l’omerta» touchant DSK)est devenu exigeant avec le contenu des journaux payants. Pas encoresuffisamment, selon l’enquêteur du Washington Post à l’origine des révélations sur lescandale du Watergate, Bob Woodward, qui confiait dans un récent entretien auMonde Magazine que «les gens ont l’impression d’être bien informés alors qu’ilsreçoivent une information dénuée de tout contexte et de signification […] Il y a 30 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  34. 34. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?beaucoup de vent et peu d’informations de valeurs. Le système médiatique estobsédé par la vitesse, l’obligation de répondre à une pseudo-impatience du public.»A un tel point selon lui, que les journalistes en sont venus à présupposer les enviesdes lecteurs, pour en finir par occulter la complexité du réel et les sujets de fonds.Exagération du fait divers et de l’émotion, sensationnalisme, présentation politiciennede toutes problématiques politiques, transformation de toute question économique endiscours savant, seraient dorénavant les traditionnelles formes de traitementjournalistique.Une concurrence médiatique effrénée qui conduit à l’oubli de la notion de pluralisme,une prise de risques minimum et une information banale ; des unes plus racoleusesque jamais ; la vie privée vendue comme une information… «C’est également enpartie la faute de la technologie» veut croire Jean-Christophe Féraud: «Internet achangé la donne, il y a plus de bruit, plus de redondance, une répétition del’information AFP…» déplore t-il. Son collègue Gérard Davet, enquêteur du Mondeabonde en ce sens : «ce ne sont pas les mêmes méthodes de travail : au monde.frils ne vont même pas déjeuner avec leurs contacts ! Eux ce qu’ils font c’est dujournalisme de flux, ils n’ont jamais le temps et il leur manque des moyens… »S’il ne faut pas en tirer de généralités et reconnaître que des médias comme FranceCulture, LCP ou Slate parviennent à prendre le contre-pied des exigences del’immédiateté, les tendances observées n’aident pas à rester optimistes. Non pasque les médias considèrent leurs publics comme des masses ignorantes… Maisgommer la complexité du monde présenterait l’avantage de s’adapter à un publicmoins disponible, qui réclame des explications rapides pour ne pas louper sonprogramme de divertissement…D’où des réponses simples et peu nuancées que le journaliste doit lui apporter, d’oùla prédominance de la vulgarisation et du storytelling, d’où la nécessité de formatscourts et synthétiques, d’où la généralisation de «l’écriture web», etc… Une logiquede pensée qui effraie l’ancien directeur du Monde Diplomatique et père de MediaWatch Global (ainsi que d’ATTAC) Ignacio Ramonet, qui déplore que «le journalisme 31 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  35. 35. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?de spéculation, de divertissement et de spectacle triomphent au détriment del’exigence de qualité.»Les journalistes ont un devoir envers lescitoyens, une responsabilité sociale qu’ilsassument de moins en moins. Mais est-ce Les drôles de pratiques deencore réellement de leur faute ? Le pouvoir Bernard Arnault :dont dispose les journalistes n’est pas si Propriétaire  de  La  Tribune  vendu  un énorme, ils ont été dépossédés par les euro  symbolique  pour  s’emparer  de entreprises de presse de leur pouvoir l’autre  quotidien  économique  Les  Echos  en  2007,  la  quatrième  fortune d’informer. mondiale,  patron  et  actionnaire  majoritaire du  groupe  LVMH  Bernard Passés sous le contrôle de groupes Arnault  est  également  patron  de industriels inféodés à quelques puissants qui presse.  continuent à leur acheter de la publicité, le Egalement  administrateur  depuis journaliste –précaire ou non- ne doit pas bientôt  dix  ans  du  groupe  Lagardère  (Le  Journal  du  Dimanche,  Paris assumer l’entière responsabilité des dérives Match, Elle), il contrôle une partie de du métier (connivence, quête du profit, perte la  presse  française…  via  le  marché  publicitaire. Selon le Canard Enchaîné de qualité). La dramatisation des faits est du  27  avril  dernier,  le  patron  et mise en scène pour faire monter l’audience. actionnaire  majoritaire  de  LVMH  a Un phénomène que le journaliste ne fourni  «près  de  8%  des  recettes  publicitaires  de  la  presse  féminine  et contrôle pas, mais qui résulte plutôt d’une plus  de  10%  de  celles  du  groupe volonté préalable des groupes de médias. Figaro.»  «J’ai  préféré  quitter  ce  journalisme  d’entreprise  et  institutionnel, pour  gagner  800  euros b. … réduite au rang de de moins mais retrouver une grille de  lecture  plus  critique,  plus marchandise journalistique»  témoigne  Jean‐ Christophe  Féraud,  transfuge  des L’apathie des médias –trop occupés à se Echos aujourd’hui à Libération. sortir du gouffre financier- est source denombreuses dérives, de l’information nonvérifiée à la course au scoop, en passant par le panurgisme et l’autocensure, sansoublier la logique de remplissage, la négation de toute réflexion et la baisse del’éthique professionnelle… 32 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  36. 36. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?«La dégradation de la qualité de l’information a débuté depuis quinze à vingt ans»estime le sociologue des médias Eric Maigret, qui avance pour preuve qu’il n’y a«jamais eu autant de médias ni de journalistes, mais paradoxalement moinsd’images et de points de vues.» La naissance de l’information en continu conjuguéeà la mondialisation de l’information, s’est faite parallèlement à la concentration et lafusion des groupes de médias. «L’information est aujourd’hui moutonnière, carcentralisée : les acteurs sont de moins en moins nombreux. Seuls quelques agencesde presse abreuvent la presse, le web, la radio et la télévision et parviennent àétablir les discussions du jour» déplore t-il. L’appauvrissement du contenumédiatique est en grande partie dû à la prédominance du rôle de l’AFP ou Reuters,rôle que les lecteurs (ou téléspectateurs) ignorent bien souvent.«Il y a quinze ans, le journaliste était en position de narration. Aujourd’hui, il fait dela synthèse» résume Patrick de Saint-Exupéry, ancien grand reporter du Figaro,lauréat du Prix Albert Londres en 1991, fondateur et directeur éditorial de la revueXXI. Le journaliste aurait perdu la maîtrise de l’agenda de l’information.La pression économique ainsi que la marchandisation de l’information ont fait perdredu sens au journalisme, en poussant les médias à se concentrer uniquement surl’audimat. «Avant, la presse n’était pas un métier comme les autres. Mais lesmauvaises pratiques de l’entreprise (rationalisation, précarisation) l’ont gangrenéjusqu’à ce qu’elle le devienne à part entière» analyse Jean-Christophe Féraud,ancien chef du service Médias-Tech des Echos et désormais responsable de larubrique Eco-Terre de Libération. «Le vocable du marketing a contaminé notreprofession: nous ne fabriquons plus une œuvre culturelle mais nous vendons unproduit ; on ne parle plus de titre mais de marque ; les termes acheter, cibler,marché, rentabiliser, prise de risque ont envahi notre quotidien de journaliste…»«Les journaux sont des entreprises comme des autres, et elles doivent être en bonnesanté pour être de qualité ! Si un journal veut pouvoir faire face aux pressions et nepas être dépendant des annonceurs, il doit être sain économiquement. Ce quin’empêche pas de faire correctement notre métier» lui rétorque l’ancien journalistede Valeurs Actuelles et aujourd’hui Directeur adjoint du Figaro Magazine. 33 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  37. 37. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ? Une mutation non sans conséquences sur leLe contre-exemple du Monde : contenu éditorial: le journalisme est devenu uneéconomies et enquête. industrie mécanisée. L’exigence de productivité et de rendement envers chaque journalisteAu  Monde,  l’ancien  bras  droit  du nouveau  propriétaire  Xavier  Niel,  conjuguée au refus de prendre des risques deMichael  Boukobza,  a  été  chargé  moins en moins couverts par les assurances ontd’engager  un  plan  d’économies drastique.  Les  coupes  budgétaires  se  conduit les médias à rentrer dans une logiquemultiplient.  Mais  parallèlement,  Erik  commerciale, privilégiant les sujets qui fontIsraelewicz  a  pris  la  tête  de  la rédaction.  Avec  sa  promesse  de  vendre au journalisme dangereux (grandrebâtir une cellule d’enquête.   reportage, enquête au long-cours) et donc au journalisme de qualité…Et  ce  pour  le  plus  grand  plaisir  de Gérard  Davet,  enquêteur  au  Monde sous  Plenel  avant  de  devenir  grand  Le journaliste d’enquête Laurent Léger areporter  face  au  faible  soutien  conscience que l’indépendance des journauxtémoigné  par  les  précédentes directions :  «il  a  dit  qu’il  voulait  n’est plus qu’une illustre utopie. Cela neremettre l’enquête au cœur du journal,  l’empêche pas de dénoncer «le manque deet  il  a  assumés  ses  dires !  Des  fonds  volonté des médias. Ils ne font plus d’enquêteont  été  débloqués  pour  les recrutements  de  Fabrice  Lhomme  et  pour des raisons de relationnel, les patrons deEmeline Cazi, et c’est tant mieux !» Les  presse fréquentent les soirées mondaines et ontpremières  embauches  depuis  six  ans, comme  un  symbole,  viennent  donc  des amis qu’ils ne souhaitent pas froisser… Ilsrenforcer  le  service  de  Raphaëlle  n’ont pas envie –et c’est compréhensible- de seBacqué  et  Gérard  Davet. Un cinquième  élément  pourrait  même  mettre à dos des personnalités politiques ou desêtre recruté avant que l’équipe ne soit  chefs d’entreprises avec qui ils dîneront demaindéfinitivement  au  complet  et  soir chez un procureur… »déterminée.   «C’est  très  bien  que  Le  Monde  recrée  Gérard Davet, son homologue qui a traitéune  cellule  d’enquête,  il  faut  l’ensemble de l’affaire Woerth-Bettencourt pourmaintenant  la  doter  de  moyens suffisants  pour  qu’elle  puisse  le quotidien du soir Le Monde, en convient. «Ici,travailler»  lâche  Laurent  Léger.   nous avons toujours eu les moyens de faire du«J’attends  de  voir  ce  que  ça donner  bon journalisme. Mais pas toujours le désir.mais  je  suis  confiant:  Mediapart  a réinstallé  un  regain  de  Quand Edwy Plenel est parti, une volonté del’investigation… »  estime  pour  sa  part  faire du journalisme d’enquête s’est volatilisée…Jean‐Christophe Féraud.  Nous avions pourtant les moyens, ni aucune 34 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  38. 38. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?contrainte de temps ! J’ai continué dans mon coin sans le soutien de ma direction,avant de finir par craquer et faire du grand reportage»Selon lui, Libération comme Le Parisien ou Le Figaro auraient également de quoifinancer quelques enquêtes. La question des moyens est primordiale, puisqu’ellenécessite un investissement humain en détachant sur une longue période unjournaliste mensualisé, pour un sujet qui plus est pas certain d’aboutir. Les frais sontégalement importants puisque ce journaliste doit nourrir son réseau de sources s’ilveut bénéficier d’informations encore non révélées. Sans compter que le journalismed’investigation est également à l’origine de diverses pressions, notamment desséries de procès. Qui coûtent également de l’argent.«Bien entendu que la disparition de l’enquête est également du à un manque demoyens, que la crise de la presse n’arrange rien. Mais si les journauxn’appartenaient pas à des industriels vivant des commandes de l’Etat, ils seraient unpeu plus dans le contre-pouvoir. Car les patrons de presse ont les moyens, il leurmanque simplement de la volonté» conclue Laurent Léger.Inféodés aux pouvoirs politiques et économiques (aides publiques, publicité,annonces légales, etc…) la presse –et pas seulement nationale- ne court plus aprèssa liberté éditoriale. «C’est clair que XXI ne présente pas le même contenu que lesjournaux d’aujourd’hui, mais nous sommes sur des schémas complètement différents[N.D.L.R. trimestriel sans publicité, fonctionnant avec de nombreux collaborateurs -pigistes ou écrivains- et trois journalistes salariés]. L’idée de notre revue étaitd’éviter de tomber dans les écueils de la presse française en retournant auxfondamentaux du journalisme. Nous ne sommes pas non plus dans une logique deflux, ce qui nous a permit de retrouver le sens du réel» témoigne Patrick de Saint-Exupéry, qui innove loin d’internet.Un modèle à contre-courant de l’actuelle course à l’audience et à l’immédiateté : le 6juin 2011, TF1 et France 2 coupaient leurs programmes respectifs (habituellementpour des événements internationaux spéciaux, type 11 septembre 2001) pourretransmettre une audience technique de l’affaire DSK, longue de… quatre minutes !Rien de concret à annoncer, mais une façon de concurrencer les chaînes d’infos en 35 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.
  39. 39. La précarisation des journalistes a-t-elle une influence sur la qualité de l’information ?continu qui réalisent leurs meilleures audiences en commentant des heures et desheures une affaire mœurs et politique. Et ainsi de tomber dans les mêmes traversque leurs petites sœurs de la TNT.Une réactivité sur laquelle s’est également construit –et est décrié- le journalismeinternet. Pour Eric Maigret, son gros défaut est d’avoir choisi «le modèle du fluxpermanent comme stratégie. Ce qui compte, c’est le scoop et le court-terme. Il y aalors un gain –la réactivité- et des pertes –moins de réflexion et plus desensationnalisme-»Le numérique pour réinventer le journalisme, pourquoi pas, à condition de ne pasoublier les règles d’or du métier. Jean-Christophe Féraud, qui se décrit comme«journaliste gonzo attaché au parfum de l’encre imprimée mais se soignant surTwitter et son blog», témoigne: «certains jeunes confrères –pas mauvais qui plusest- n’ont plus ce réflexe d’aller sur le terrain. Ils estiment pouvoir faire correctementleur métier, derrière l’écran. C’est dangereux, la réalité, ce n’est pas l’écran»Le danger pour le journalisme internet serait de céder totalement la valeur ajoutée dujournaliste, contre la rapidité de son outil. Au risque de faire alors exclusivement dujournalisme suiviste et de signer l’arrêt de mort du journalisme de compréhension.Malgré même le fait que la probabilité est plus grande pour que l’inédit (et doncl’audience, le clic) vienne d’une enquête ou d’un reportage plutôt que d’une dépêchebâtonnée sous la précipitation. B) … à cause de la précarisation du métier…a. Le journaliste ne peut plus jouer son rôle…- Influence déontologique :De par le boom des écoles de journalisme et la concentration des médias, il y a deplus en plus de pigistes et de moins en moins de travail qui leur est destiné. Pourtant 36 ISCPA – Juin 2011 Hugo SOUTRA.

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