Sonnets

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Petit parcours de lecture autour du sonnet, de Pétrarque à François Le Lionnais.

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Sonnets

  1. 1. Sonnets
  2. 2. PETRARQUE (1304-1374) 13 Que de fois, tout en pleurs, fuyant le genre humain, Et me fuyant moi-même en mon charmant asile, J'inonde ma poitrine et l'herbe du chemin ! Que de fois mes soupirs troublent l'air immobile! Que de fois, seul, en proie à mes rêves d'amour, Au fond d'un bois épais et d'une grotte obscure, Je cherche autour de moi cette femme si pure Que me ravit la tombe où j'aspire à mon tour! Tantôt elle s'élance en nymphe vaporeuse Sur les flots argentés de la Sorgue écumeuse, Et s'assied près de moi sur ses bords enchanteurs; Tantôt, d'un pied léger, son image chérie Agite doucement les fleurs de la prairie, Et semble à mon aspect prendre part à mes pleurs.
  3. 3. CLEMENT MAROT (1496-1544) "... A MADAME DE FERRARE« (1536) Me souvenant de tes bontés divines Suis en douleur, princesse en ton absence ; Et si languis quand suis en ta présence Voyant ce lys au milieu des espines. O la douceur des douceurs feminines, O cueur sans fiel, o race d'excellence, O traitement remply de violence, Qui s'endurcit pres des choses benignes. Si seras tu de la main soutenue De l'Eternel, comme sa chair tenue Et tes nuisants auront honte et reproche. Courage, dame, en l'air je vois la nue Qui çà et là s'escarte et diminue Pour faire place au beau temps qui s'approche.
  4. 4. LOUISE LABE (1524-1566) VIII Je vis, je meurs : je me brûle et me noie ;    J’ai chaud extrême en endurant froidure ; La vie m’est et trop molle et trop dure ; J’ai grands ennuis entremêlés de joie.   Tout en un coup je ris et je larmoie,       Et en plaisir maint grief tourment j’endure ; Mon bien s’en va, et à jamais il dure ; Tout en un coup je sèche et je verdoie.   Ainsi Amour inconstamment me mène ;      Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.   Puis quand je crois ma joie être certaine      Et être en haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.
  5. 5. PIERRE DE RONSARD (1524-1585) Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose, En sa belle jeunesse, en sa première fleur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l'aube, de ses pleurs, au point du jour l'arrose ; La Grâce dans sa feuille, et l'amour se repose, Embaumant les jardins et les arbres d'odeur; Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur, Languissante, elle meurt, feuille à feuille déclose ; Ainsi, en ta première et jeune nouveauté, Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté, La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes. Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs, Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs, Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.
  6. 6. JOACHIM DU BELLAY (1522-1560) Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine : Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin, Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur angevine.
  7. 7. WILLIAM SHAKESPEARE (1564-1616) Shall I compare thee to a summer's day? Thou art more lovely and more temperate. Rough winds do shake the darling buds of May, And summer's lease hath all too short a date. Sometime too hot the eye of heaven shines, And often is his gold complexion dimm'd; And every fair from fair sometime declines, By chance, or nature's changing course, untrimm'd; But thy eternal summer shall not fade Nor lose possession of that fair thou owest; Nor shall Death brag thou wand'rest in his shade, When in eternal lines to time thou grows't: So long as men can breathe or eyes can see, So long lives this, and this gives life to thee. William Shakespeare, Sonnet 18
  8. 8. GERARD DE NERVAL (1808-1855) El Desdichado Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé, Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie. Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé, Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie, La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé, Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie. Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ; J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène... Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron : Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
  9. 9. CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867) A une passante La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ; Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté Dont le regard m'a fait soudainement renaître, Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ? Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être ! Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
  10. 10. ARTHUR RIMBAUD (1854-1891) Ma bohème Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
  11. 11. PAUL VERLAINE (1844-1896) Mon rêve familier Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. Car elle me comprend, et mon cœur, transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore. Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
  12. 12. STEPHANE MALLARME (1842-1898) Angoisse Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser Dans tes cheveux impurs une triste tempête Sous l'incurable ennui que verse mon baiser : Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes Planant sous les rideaux inconnus du remords, Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges, Toi qui sur le néant en sais plus que les morts. Car le Vice, rongeant ma native noblesse M'a comme toi marqué de sa stérilité, Mais tandis que ton sein de pierre est habité Par un cœur que la dent d'aucun crime ne blesse, Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.
  13. 13. FRANÇOIS LE LIONNAIS (1901-1984) L'unique sonnet de treize vers et pourquoi Les mots nouveaux me donnent de la tablature, Ils ne figurent pas au Larousse illustré Et bien souvent je suis quelque peu étonné Par ceux-ci, dont l'aspect semble contre nature : Arnalducien, bensilloscope, bergissime, Blavièrement, braffortomane, duchater, Lattissoir, lescurophage, queneautiser, Quevaloïde, schmidtineux, à quoi ça rime ? Mais il est parmi tous un mot imprononçable, Sous un parler rugueux son sens est délectable, C'est le mot : oulichnblkrtssfrllnns. J'eus tort de faire appel à lui pour un sonnet Car je ne trouve pas de rime à frllnns. Oulipo, Littérature potentielle (1973 )

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