Les_Quatre_Jumelles_LaQuinzaineLitteraire_16062012

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Les_Quatre_Jumelles_LaQuinzaineLitteraire_16062012

  1. 1. 135 RUE SAINT MARTIN 75194 PARIS CEDEX 04 - 01 48 87 48 58 16/30 JUIN 12 biMensuel Surface approx. (cm²) : 582 N° de page : 26 Page 1/3 L'acteur au centre Que peut-il y avoir de commun entre Ma Chambre froide de Joël Pommerat et Les Quatre Jumelles de Capi, mis en scène par Jean-Michel Rabeux ? L'installation d'une sorte d'arène, d'une aire de jeu circulaire entourée de gradins, qui place V acteur au centre, dans les ateliers Berthier de l'Odéon comme sur le plateau du Théâtre de la Bastille. JOËL POMMERAT MA CHAMBRE FROIDE Odéon-Théâtre de l'Europe Jusqu'au 24 juin COFI LES QUATRE JUMELLES Mise en scène de Jean-Michel Rabeux Théâtre de la Bastille Jusqu'au 23 juin La dernière saison de l'Odéon-Théâtre de son remplacement par Luc Bondy, se clôt d'aussi belle manière qu'elle s'est déroulée. Avec le festival « Impatience », elle a fait découvrir de prometteuses jeunes compagnies. Elle permet actuellement d'apprécier la mise en scène de Mademoiselle Julie par Frédéric Fisbach libérée de la pression d'Avignon (I), de voir ou de revoir Ma Chambre froide, déjà créé aux ateliers Berthier en mars 2011 et présente ensuite en une longue tournée devant des salles toujours combles. Cette reprise exceptionnelle a été associée à celle de Cercles/Fictions, datant de janvier 2010 : Joël Pommerat était alors artiste associé aux Bouffes du Nord, avant de le devenir BASTILLE2 9113072300501/GTG/OTO/3 THÉÂTRE MONIQUE LE Roux l'Europe programmée par Olivier Py, avant à l'Odéon pour trois saisons ; en 2013, il pro-posera une nouvelle création et la reprise de Cendrillon (2). Joël Pommerat, jusqu'alors adepte d'un rapport scène/salle frontal, avait innové aux Bouffes du Nord, grâce à l'espace d'inspiration élisabéthaine conçu par Peter Brook. Pour la première fois il avait créé un spectacle sur une aire de jeu circulaire et l'avait appelé Cercles/Fictions (3), sans que son processus artistique permette d'établir l'antériorité d'un élément sur un autre. Ainsi parmi de courtes his-toires, alternées en brèves séquences, du Moyen Âge à l'époque contemporaine (en 2009), un « présentateur », organisateur du « jeu de l'Infini », proposait « de prendre place ici à sa place au centre / au centre / de ce cercle... Au centre du cercle ». Pour Ma Chambre froide, le même dispositif a été repris, avec un plateau tournant qui varie les points de vue et contribue parfois, par sa lente rotation, à une atmosphère onirique. Il donne une réalisation concrète à la préoccupation première de Joël Pommerat : « placer l'acteur dans le temps de l'instant, et dans un rapport à l'espace qui l'entoure et à ces autres présences qui l'environnent (4) ». « Ça va pas être simple de retracer cette histoire et tous ces événements mais je vais Eléments de recherche : THEATRE DE LA BASTILLE : à Paris 11ème, toutes citations
  2. 2. 135 RUE SAINT MARTIN 75194 PARIS CEDEX 04 - 01 48 87 48 58 16/30 JUIN 12 biMensuel Surface approx. (cm²) : 582 N° de page : 26 Page 2/3 essayer quand même. Je vais faire tout ce que je peux. Ce que j'aurais envie de dire pour débuter, pour démarrer, c'est que dans la vie tout est fiction... Je sais pas mieux dire, oui. Tout est fiction. Avec le recul c'est pas facile de s'y retrouver dans la masse des réalités (5) » : une voix dans l'obscurité commence ainsi le récit d'épisodes reconstitués à travers un journal, celui d'Estelle disparue dix ans auparavant, évoqués de manière linéaire jusqu'au retour à la période contemporaine et à la réapparition d'Estelle dans les dernières scènes. Cette jeune femme fait partie des sept employés d'un magasin, mais diffère de ses collègues par son altruisme, sa générosité, son empathie envers les autres, qui ne manquent pas de l'exploiter et de la harceler, à l'exemple du patron. À la suite de divers rebon-dissements, théâtrale collective et protagoniste d'une intrigue policière, elle va se comporter de manière toujours plus incompréhensible pour son entou-rage, pire persécutrice, narratrice du récit, semble à la fois donner une explication simple à sa conduite et révéler une ambivalence insoupçonnée : « On dit qu'Estelle AIME plus que tout faire le bien mais que, décidément, elle est peut-être surtout très AMOUREUSE du mal... » Un rythme de feuilleton, en séquences ellip-tiques, BASTILLE2 9113072300501/GTG/OTO/3 devenue initiatrice d'une création jusqu'à ce que son journal, transmis à sa prouve une nouvelle fois l'éblouissante virtuosité de la compagnie, de ses techniciens (associés à ceux de l'Odéon) et de ses acteurs, partenaires inséparables des origines, agrégés en évidente harmonie à des comédiens belges, Joël Pommerat étant aussi artiste associé au Théâtre national de Bruxelles : Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Frédéric Laurent, Serge Larivière, Marie Piemontese, Dominique Tack. Dans une totale obscurité, puis grâce aux lumières du scé-nographe Éric Soyer, se réalisent le passage virtuose, parfois au son d'une musique rock (François Leymarie et Grégoire Leymarie), d'une scène d'hôpital à une évocation de rêve, la méta-morphose d'un directeur d'abattoir en ours polaire (costumes d'Isabelle Deffin). Le partage du même amphithéâtre par les spectateurs sur les gradins et les acteurs sur l'arène accentue la magie et crée une fascination quasi hypnotique. « Nous cherchons à montrer, pas à démontrer et nous pouvons montrer sans vraiment compren-dre, ni chercher à faire comprendre » : ainsi s'ex-plique le nom de « Louis Brouillard » choisi pour la compagnie, en opposition avec la « clarté » d'un certain « esprit français », avec « un fantasme de domination par le mot, par le texte ». Son processus de création justifie l'affirmation de Joël Pommerat : « Je n'écris pas de pièces, j'écris des spectacles (6). » Mais après une éla-boration longuement poursuivie et les premières Eléments de recherche : THEATRE DE LA BASTILLE : à Paris 11ème, toutes citations
  3. 3. 135 RUE SAINT MARTIN 75194 PARIS CEDEX 04 - 01 48 87 48 58 16/30 JUIN 12 biMensuel Surface approx. (cm²) : 582 N° de page : 26 Page 3/3 séries de représentations, les textes sont publiés et donc lus, sans le sortilège du plateau. Alors qui attend dans Ma Chambre froide, du travail de palimpseste, non seulement sur Le Songe d'une nuit d'été et Mesure sur mesure de Shakespeare, mais surtout sur Sainte Jeanne des abattoirs et La Bonne Âme de Se-Tchouan de Brecht, une « clarté » autre que celle purement réduite au rationalisme, reste quelque peu perdu quant à l'interprétation de ces réécritures et leur excès de références. Dans Les Quatre Jumelles, dans les pièces de Copi, il n'y a rien à comprendre rationnellement, d'où un accueil perplexe, du vivant de l'auteur (mort en 1987), contrastant avec le succès de « La femme assise » dans Le Nouvel Observateur. Jean-Michel Rabeux rappelle, dans le pro-gramme était inadmissible à la plupart, un pédé, une folle, un étranger, un insolent, un amoureux, et il faisait, en français, un théâtre étranger, pédé, folle, drogué et insolent. » II aurait pu ajouter « travesti » ; il fait mieux : au lieu des magni-fiques de la création au Palace (en 1973), il compose un quatuor identique avec une femme, la grande Claude Degliame, et trois hommes, grimés, coiffés des mêmes perruques blanches ébourif-fées. fois de son inventivité dans les costumes, les maquillages, comme dans la scénographie. Au milieu de l'arène, il a placé une sorte de céno-taphe BASTILLE2 9113072300501/GTG/OTO/3 de son spectacle à la Bastille, cette situa-tion qui a manifestement motivé son choix : « II actrices distribuées par Jorge Lavelli, lors Pierre-André Weitz témoigne une nouvelle rond, où s'affalent régulièrement telle ou telle jumelle ou les quatre ensemble sous l'effet des coups échangés, des piqûres d'héroïne, de cocaïne ou de camphre, où elles tombent suc-cessivement, mortes et ressuscitées, autour duquel elles se cherchent ou s'esquivent dans une poursuite achevée par un irrésistible défilé de vieilles majorettes. La mise en scène choisit ainsi d'effacer l'apparente opposition entre Maria (Marc Mérigot) et Leïla Smith (Georges Èdmont), riches habitantes d'une belle maison, Joséphine (Claude Degliame) et Fougère Goldwashing (Christophe Sauger), pauvres errantes prêtes à s'employer auprès des deux autres. Elle privilégie leur commune condition marginale d'impliquées dans des affaires de casses ou de meurtres, partageant le même voca-bulaire et ses injures récurrentes : « Salope », « Ordure » (7). Surtout elle fait triompher une réjouissante théâtralité. I 1. Cf. QL du 1er septembre 2011 ; le spectacle de Frédéric Fisbach, Mademoiselle Julie, est représenté jusqu'au 24 juin. 2. Cf. QL du 15 novembre 2011. 3. Joël Pommerat, Cercles/Fictions, Actes Sud- Papiers, 2010 ; le spectacle a été repris à l'Odéon du 23 mai au 3 juin 2012. 4. Joël Pommerat, Théâtres en présence, Actes Sud-Papiers, 2007. 5. Joël Pommerat, Ma Chambre froide, Actes Sud-Papiers, 2011. 6. Joëlle Gayot, Joël Pommerat, Joël Pommerat, troubles, Actes Sud, 2009. 7. Copi, Les Quatre Jumelles, Christian Bourgois 1973 ; Théâtre I, Christian Bourgois, 1999. Eléments de recherche : THEATRE DE LA BASTILLE : à Paris 11ème, toutes citations

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