Liberation . Syrie

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Liberation . Syrie

  1. 1. AFP Le Parti de gauche fait monter la cote d’Eva Joly Draguée par le mouvement de Mélenchon, l’ex-candidate EE-LV à la présidentielle en profite pour s’assurer une place de choix sur les listes écologistes aux européennes de 2014. PAGE 8 Usain Bolt, le sprint en tête Le Jamaïcain a remporté, hier aux Mondiaux de Moscou et sous la pluie, un nouveau titre sur 100m, en 9”77. PP. 16­17 72002ET SI RAËL AVAIT RÉUSSI LE CLONAGE HUMAIN TOUT L’ÉTÉ, «LIBÉ» RÉINVENTE 40 ANS D’ACTUALITÉ CAHIER CENTRAL Syrie L’horreuràhuisclos Rébellionéclatée,jihadistes omniprésents,patrimoinedévasté, témoinsétrangersécartés… Al-Assadpoursuitsonmassacre. PAGES 2­5 AlamorguedeRaqqa,samedi,danslenorddelaSyrie.PHOTOALICEMARTINS.AFP •1,60 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO10029 LUNDI 12 AOÛT 2013 WWW.LIBERATION.FR IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,30 €, Andorre 1,60 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,70 €, Canada 4,50 $, Danemark 27 Kr, DOM 2,40 €, Espagne 2,30 €, Etats­Unis 5 $, Finlande 2,70 €, Grande­Bretagne 1,80 £, Grèce 2,70 €, Irlande 2,40 €, Israël 20 ILS, Italie 2,30 €, Luxembourg 1,70 €, Maroc 17 Dh, Norvège 27 Kr, Pays­Bas 2,30 €, Portugal (cont.) 2,40 €, Slovénie 2,70 €, Suède 24 Kr, Suisse 3,20 FS, TOM 420 CFP, Tunisie 2,40 DT, Zone CFA 2 000CFA.
  2. 2. Ni l’armée ni les rebelles ne parviennent à prendre un avantage militaire décisif dans le conflit. Sur le plan diplomatique, la situation est gelée. Lalongueagonie dupeupledeSyrie ParALEXANDRA SCHWARTZBROD Témoin Dans une guerre civile, le personnage clé, c’est le témoin. Lui seul peut raconter l’horreur sans être soupçonné de partialité. Lui seul peut empêcher de laisser dire un jour à ceux qui auraient pu intervenir: «Nous ne savions pas.» En faisant régner la terreur, en libérant dès le début de la rébellion des jihadistes prêts à tout, en laissant proliférer des groupes criminels qui ont fait de l’enlèvement une industrie prospère, le régime de Damas est parvenu à ses fins: tarir le flot de tous ceux qui voulaient apporter de l’aide (humanitaires, diplomates) ou témoigner (journalistes), couper la Syrie du monde afin de régler le problème seul, sous le regard bienveillant d’un Poutine ragaillardi par cette occasion inespérée de peser à nouveau sur le (dés)équilibre de la planète. A force d’être vidés de tout bruit et de toute lumière, de résonner dans le vide et de tomber dans l’oubli à peine prononcés, les mots, sur ce conflit, ne veulent plus rien dire. «En Syrie, il se commet un crime contre l’humanité et les puissances occidentales y ont une grande part de responsabilité [car] la non- assistance à un peuple en danger est un crime», nous disait en avril le chercheur Gilbert Achcar. Quel chef d’Etat, de l’ONU ou de la Commission européenne, s’est levé depuis, pour dire qu’il n’acceptait plus l’intolérable? Personne. Le pire serait pourtant de se résigner. C’est pourquoi nous avons choisi de donner la meilleure place au témoignage accablant de Donatella Rovera. ÉDITORIAL A Rakka, dans l’est du pays, samedi. La seule grosse ville entièrement contrôlée par les rebelles a été bombardée par les avions de l’armée loyaliste. PHOTO NOUR FOURAT. 100000C’est, au minimum selon l’ONU, le nombre de personnes tuées en Syrie depuis le début de la révolte contre le régime, en mars 2011, avec une contestation pacifique qui s’est vite transformée en guerre civile. LA VILLE DE RAKAA BOMBARDÉE Au moins 13 civils, dont sept enfants, ont péri samedi dans un raid aérien sur la ville de Rakka, seule capitale provinciale aux mains des rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Libérée en mars, la ville est dominée par l’Etat islamique en Irak et au Levant, affilié à Al­Qaeda. Un jésuite italien critique du régime, le père Paolo Dall’Oglio, y est porté disparu depuis début août. REPÈRES «Sergueï Lavrov et moi ne sommes pas toujours d’accord sur la Syrie, mais nos deux pays sont d’accord pour une solution politique négociée via Genève 2.» JohnKerrysecrétaired’Etataméricain,après avoirrencontrésonhomologuerusse,vendredi LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20132 • EVENEMENT
  3. 3. ParHALAKODMANI L’ESSENTIEL LE CONTEXTE La situation ne cesse de se dégrader en Syrie, tant au plan humanitaire que sécuritaire, affirme Donatella Rovera, d’Amnesty International. Et jusqu’au patrimoine architectural, peu à peu emporté par la guerre. L’ENJEU L’objectif du régime est en passe d’être atteint: empêcher l’entrée de tout témoin étranger et couper la Syrie du monde pour mieux maintenir son emprise. Pour Donatella Rovera, d’Amnesty International, la situation sur le terrain empire mois après mois: «Peu de zones sont hors de portée des canons» P arfaite arabophone, Donatella Rovera, d’Amnesty International, vient de pas- ser un mois en Syrie dans les zones te- nues par la rébellion. Quelle est la situation sur place? J’ai été très frappée de la dégradation très ra- pide des choses par rapport à mon précédent voyage, il y a trois mois. C’est vrai sur le plan humanitaire et encore plus en matière sécu- ritaire. Les enlèvements sont quotidiens, même si l’on n’en entend pas parler à l’exté- rieur, sauf quand il s’agit d’étran- gers. Ils sont aussi bien le fait de groupes criminels qui font sem- blant d’être politiques que de groupes politiques se finançant par des activités criminelles. Des groupes de miliciens liés au régime pénètrent aussi en zone rebelle pour de telles opérations. On sent, en outre, une présence de plus en plus forte des grou- pes islamistes radicaux et les affrontements entre eux et d’autres formations de l’opposi- tion, notamment les Kurdes, deviennent tou- jours plus fréquents. A cela s’ajoutent des bombardements quotidiens des forces du ré- gime. L’aviation et les hélicoptères opèrent moins souvent, mais les tirs d’artillerie s’in- tensifient. Il y a très peu de zones hors de portée des canons et des missiles Grad. Que se passe-t-il à Alep? La situation alimentaire et sanitaire y est très difficile. Il n’y a pas d’eau et très peu d’élec- tricité. L’essence qui permet de faire tourner les générateurs est de plus en plus chère et j’ai vu son prix augmenter de 50% en dix jours. La ville est toujours divisée en deux. Même s’il est im- possible d’avoir une estimation précise, il y a environ 800000 ou un million de person- nes côté rebelle, et un peu plus du côté gou- vernemental, qui ne subissent pas des bom- bardements. Mais cette zone est désormais totalement encerclée et ceux qui y vivent ne peuvent plus se ravitailler que chez les rebel- les, ce qui entraîne une envolée des prix car il y a encore maintenant beaucoup plus d’ar- gent côté gouvernemental. Pour limiter la spéculation, les autorités rebelles ont fixé des quotas pour les produits de première néces- sité et elles interdisent de faire passer les mé- dicaments et le lait en zone gouvernemen- tale, mais les moyens de contournements sont nombreux. C’est en fait dans les territoi- res contrôlés par l’opposition que la situation humanitaire est de loin la plus mauvaise. Beaucoup de gens venus d’ailleurs se sont ré- fugiés là. Ils sont totalement démunis. Il y a un immense désespoir de la population et les trafics d’une économie de guerre prospèrent. Des structures politiques et administratives ont-elles été mises en place par l’opposition? Les conseils municipaux ou les conseils de quartier sont de plus en plus nombreux mais, souvent, ils ne représentent qu’eux-mêmes. Ces structures fonctionnent en parallèle de celles mises sur pied par les divers groupes combattants, qui ont cha- cun leur fief. C’est particulière- ment évident pour les groupes is- lamistes radicaux, le Front al-Nusra ou l’Etat islamique en Irak et ou Levant (EIIL), qui, au début, étaient discrets mais, dé- sormais, sont de plus en plus visibles. Il y a ainsi deux tribunaux, une cour unifiée et une cour islamique. La seconde a beaucoup plus de pouvoir car elle dispose d’un véritable bras armé et a les moyens de mettre en application ses décisions alors que l’autre ne le peut pas. Qu’avez-vous vu à Deir el-Zor, dans l’est? Cette ville isolée, en plein désert, où il est très difficile d’arriver et encore plus d’y entrer car la partie tenue par les rebelles, où ne vi- vent plus qu’une dizaine de milliers d’habi- tants, est encerclée, avec un seul accès tou- jours sous le feu des snipers. Mais toutes les zones rurales autour sont contrôlées par la rébellion. Dans la ville voisine de Hatlah, il y a eu, mi-juillet, des affrontements avec la population chiite. 40000 personnes ont fui en zone gouvernementale. Le Front Al-Nusra a fait sauter leurs mosquées et maisons pour bien signifier qu’il n’y aura pas de retour. Vous avez enquêté sur les crimes commis. Où en est-on? Les forces du régime continuent leurs bom- bardements indiscriminés sur les populations civiles. Il est important, dans chaque cas, de voir s’il y avait des objectifs militaires qui pouvaient justifier de telles frappes, mais dans un tel chaos, il n’est pas simple de me- ner des investigations. Jusqu’ici, nous n’avons pas non plus réussi à trouver des preuves formelles de l’emploi d’armes chi- miques. Les forces gouvernementales conti- nuent par ailleurs de pratiquer des exécu- tions sommaires, aussi bien de civils –y compris des familles entières– que de com- battants rebelles. Les forces de l’opposition pratiquent elles aussi de telles exécutions, mais à l’encontre d’ officiers, soldats ou mili- ciens capturés, sans s’en prendre aux civils. Mais certains groupes, notamment les jiha- distes, se montrent de pire en pire. Recueilli par MARC SEMO AP A vec 4400 morts, le mois de ramadan qui s’est achevé jeudi aura été l’un des plus sanglants depuis le début du conflit en Syrie, au printemps 2011. La tuerie banalisée se déroule dans le huis- clos toujours souhaité par le régime de Damas, bien aidé par les groupes jiha- distes.Acoupd’enlèvementsdejourna- listes et de menaces contre les tra- vailleurs humanitaires, ceux-ci ont réussi à éloigner les témoins étrangers, en particulier dans le nord. Tout au long du mois, le régime et l’op- position ont marqué tour à tour des points ou encaissé des coups, remporté des victoires ou subit des revers sur le terrain. Tous provisoires, dans cette guerre d’usure asymétrique installée dans la durée. L’épisode final aura été l’attaque au mortier du convoi de Ba- char al-Assad, en plein Damas, alors qu’il se rendait à la mosquée pour la prière de l’Aïd. L’opération, démentie jeudi par le gouvernement, a provoqué la panique dans la capitale, où les habi- tants ont fêté la fin du mois sacré au son du canon et des armes automatiques. Dernier pied de nez de l’opposition: le chef de la Coalition nationale a pu faire tranquillement sa prière dans une mos- quée de Deraa, après avoir franchi clan- destinement la frontière jordanienne. EMBUSCADE. Bachar al-Assad avait pourtant des accents triomphants, fin juillet, en félicitant ses troupes qui ve- naient de reprendre la plus grande par- tie de Homs, près de la frontière liba- naise. Trois jours après, les brigades rebelles du nord exultaient après la conquête de la base aérienne de Min- nigh, près d’Alep: l’aboutissement d’une bataille menée depuis huit mois contre l’aéroport, d’où partaient les avions qui pilonnaient toute la région. Le lendemain, l’opposition était acca- blée quand plus de soixante de ses com- battants sont tombés dans une embus- cade tendue par l’armée régulière dans les environs de Damas. Ces derniers jours, l’offensive lancée par les rebelles contre le bastion alaouite de la région côtière de Lattaquié, appro- chant Qardaha, village natal des Al-As- sad, marque une escalade aussi provo- cante que dangereuse. L’opération ne fait pas l’unanimité, même parmi les opposants, qui craignent des massacres de villageois alaouites par les extrémis- tes sunnites. «Son objectif est au con- traire de briser le plan de partition du pays par l’établissement d’un Etat alaouite, se- lon Abou Ibrahim, nom de guerre d’un chef de brigade rebelle LIBAN JORDANIE IRAK TURQUIE SYRIE Deraa Palmyre Deir el-Zor Hama RakkaIdlib La aquié Qardaha Homs Ras al-Aïn Al-Qoussayr Damas 50 km Alep loyaliste zones disputées kurde rebelle Territoire sous contrôle «Nous mettrons en œuvre toutes ses capacités pour défendre les Kurdes innocents menacés de mort et de terrorisme en Syrie.» MassoudBarzaniprésidentdela régionautonomekurdeirakienne Des raids aériens sur la ville de Salma, dans la province de Lattaquié, bastion alaouite, ont tué au moins 20 personnes hier alors que l’armée syrienne a lancé depuis trois jours une vaste contre­ offensive pour reprendre le contrôle de villages alaouites conquis ces derniers jours par les rebelles. LES ARMES RUSSES La Russie a fabriqué une partie des missiles sol­air S­300 destinés à la Syrie, mais la livraison a été reportée à 2014 malgré un acompte versé par Damas. Le 4 juin, Poutine affirmait que Moscou n’avait pas «pour l’instant» livré de S­300 pour ne pas «rompre l’équilibre des forces». Suite page 4 INTERVIEW L’offensive rebelle contre le bastion alaouite de la région côtière de Lattaquié marque une escalade aussi provocante que dangereuse. REUTERS LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 • 3
  4. 4. L’Unesco a placé la totalité des monuments classés sur la liste des sites en péril et assiste, impuissante, à leur dévastation. Le patrimoine syrien rongé par les bombes et les pillages L e mausolée de Khaled ben al-Walid n’est qu’une victime de plus du conflit syrien. Le 22 juillet, des tirs d’obus ont totalement détruit ce haut lieu de pèlerinage sunnite, situé au plein cœur de Homs. Construit au IXe siècle par les seljoukides, le monument honorait un compagnon et le principal chef militaire de Mahomet. Vraisemblable- ment bombardé par l’armée syrienne, le mausolée vient s’ajouter à la longue liste des chefs-d’œuvre architectu- raux emportés par la guerre. locale, joint par Skype. Il ne s’agit pas, pour nous, de conquérir la zone, mais de perturber le dé- ploiement de l’armée pour qu’elle dégar- nisse ses positions dans le nord.» La division de facto du territoire syrien entre une région centrale et côtière sous le contrôle du régime, tandis que le nord, l’est et une partie du sud du pays sont dominés par les rebelles, est loin d’être figée. Les lignes de front sont mouvantes et chacun des deux camps garde l’ambition de contrôler l’ensem- ble du pays, tout comme leurs alliés in- ternationaux et, surtout, régionaux. PORTEFEUILLE. Car dans ce conflit où se joue bien plus que l’avenir d’un sys- tème politique en Syrie, les grandes puissances occidentales ont sous-traité le dossier aux acteurs régionaux. Or l’Iran poursuit une stratégie de domina- tion de tout le «croissant chiite» –entre Téhéran et Beyrouth–, auquel s’oppo- sent les pays sunnites, Turquie, Qatar et Arabie Saoudite en tête. Cette dernière a repris l’initiative depuis plusieurs se- maines. D’abord en prenant le contrôle, à la place du Qatar, sur la Coalition na- tionale des forces de l’opposition sy- rienne, élargie pour affaiblir la prépon- dérance des Frères musulmans en son sein et désormais présidée par Ahmad Assi Jarba, membre de la grande tribu des Chammar aux ramifications saou- dienne et syrienne. Riyad s’est lancé également dans un soutien militaire substantiel au commandement central de l’Armée syrienne libre, avec l’aval de Washingtonetpoursuitsadiplomatiedu portefeuille jusqu’en Russie. Le chef des renseignements saoudiens, Bandar ben Sultan, s’est rendu chez Vladimir Pou- tine à Moscou pour l’inviter à lâcher Al- Assad en échange de contrats d’arme- ment de 15 milliards de dollars et de ga- ranties pour le marché du gaz russe en d’un plus grand rôle dans la région. Of- fre rejetée par Moscou, d’autant moins prêt à abattre sa carte Al-Assad, qu’il croit sa victoire possible. Diplomatiquement, les dernières ten- sions entre Russes et Américains avec l’affaire Snowden (Libération de ce week-end) vont aussi peser sur le dos- sier syrien déjà bien négligé. L’annonce par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, vendredi à Washington, de leur accord pour réunir une confé- rence dite de «Genève 2», apparaît comme un simple rappel qu’une solu- tion politique n’est pas exclue. Encore faut-il amener les belligérants syriens à la table des négociations. Or Al-Assad affiche sa détermination d’en finir par les armes avec les «terroristes», tandis que l’opposition, qui exige son départ comme préalable à toute discussion, n’a jamais su convaincre qu’elle pouvait of- frir une alternative. Ses divisions et l’in- compétence de ses principaux repré- sentants ont servi de prétexte légitime à ses alliés occidentaux, tout aussi divi- sés et hésitants, pour mesurer leur sou- tien, notamment militaire. «Les positions du régime comme de l’op- position rendent toute solution militaire ou politique illusoire», conclut le rapport de l’International Crisis Group, publié fin juin, et pointant les «métastases du con- flit». «Les alliés de chacune des parties donnent assez pour les faire tenir, mais pas assez pour s’imposer, faisant durer la guerre par procuration aux dépens des Syriens.» • Images satellitaires du quartier Ard al­Hamra, dans le nord d’Alep, avant et deux jours après une double frappe de missiles de l’armée syrienne, dans la A Alep, la mosquée de Khaled ben al­Walid, endommagée par des bombardements aériens. PHOTOS LENS YOUNG HOMSI. AP;ANADOLU AGENCY. AFP La mosquée des Omeyyades d’Alep, photographiée le 16 avril et le 20 juin 2013. Le 24 avril, le minaret s’est effondré. PHOTOS DIMITAR DILKOFF. AFP Suite de la page 3 LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20134 • EVENEMENT
  5. 5. sur place. A ce désastre cul- turel, il faut ajouter le fléau des pillages et du trafic d’ob- jets, qui se sont intensifiés ces derniers mois. «On sait que des objets provenant de si- tes syriens ont été saisis au Li- ban et d’autres circulent sur In- ternet, explique Karim Hen- dili. On a l’exemple récent de l’Irak, où des pièces qui avaient disparu n’ont jamais été retrouvées. Nous mobili- sons le marché de l’art afin qu’il ne se rende pas complice, même de manière involontaire, de ce trafic.» La sauvegarde des sites, tou- jours inaccessibles à cause des combats, est l’autre dif- ficulté à laquelle est confron- tée l’organisation. Un fonds d’urgence a bien été créé, mais il ne sera utilisable qu’une fois «le conflit ter- miné», ou quand l’Unesco aura «une fenêtre pour inter- venir». Incendie. Il y a pourtant urgence. En septembre, le vieux souk d’Alep, inscrit au Patrimoine mondial de l’hu- manité, a été détruit dans un incendie. En avril, dans la même ville, c’est le minaret de la mosquée des Omey- yades, joyau historique du nord de la Syrie, qui n’a pas résisté aux combats. L’Unesco peine même à se tenir informée de l’état des sites protégés. «Nous sommes en contact sur place avec la Direction générale des antiqui- tés et des musées de Syrie, dé- taille Karim Hendili. C’est très compliqué de mesurer l’ampleur des destructions et on s’est rendu compte, au Mali notamment, que nous avions sous-estimé les dégâts. Ce pourrait être la même chose ici.» Avec six sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco –les vieilles villes de Damas et Alep, la cité ro- maine de Bosra (sud), le site antique de Palmyre, les châ- teaux du Krak des chevaliers et de la forteresse de Saladin, et une quarantaine de villa- ges antiques du nord-ouest du pays–, la Syrie fait figure de perle historique au Moyen-Orient. «Il y avait une centaine de missions ar- chéologiques sur place avant la guerre», explique Karim Hendili. Mi-juillet, le Krak des chevaliers, un des bijoux historiques syriens, cons- truit pendant les croisades entre le XIe et le XIIIe siècle, a lui aussi été endommagé. Depuis le début du mois en effet, l’armée a intensifié sa puissance de feu pour re- prendre plusieurs positions rebelles, une stratégie qui s’avère catastrophique pour l’Unesco, qui voudrait met- tre en place des cordons de sécurité autour des princi- paux sites afin de prévenir des pillages. En février, des reliques appartenant selon la tradition au prophète Maho- met (trois cheveux et un fragment de dent) ont été dérobées dans la grande mosquée d’Alep. Inventaires.«On veut inciter les pays frontaliers à renforcer la sécurité aux frontières en prenant des mesures fortes pour empêcher ces objets de quitter le pays», poursuit Ka- rim Hendili, qui ajoute que l’Unesco travaille main dans la main avec Interpol et l’Or- ganisation mondiale des douanes. La mission s’avère plus que complexe puisque dans la majorité des cas, les inventaires imposés par la convention de l’Unesco de 1970 manquent de préci- sion. Impossible de fait de déterminer les pertes exactes dans beaucoup de cas. «Nous faisons face à un réseau de trafic d’objets culturels très organisé, n’hésitant pas à pro- fiter de la détresse des habi- tants qui se rendent parfois complices du trafic pour des raisons de survie», rajoute Karim Hendili. La communauté internatio- nale ne semble pas plus dé- terminée à agir sur ce point que sur le reste, dans ce con- flit qui a déjà fait plus de 100000 morts. «Notre mis- sion est de mobiliser au maxi- mum, conclut Karim Hendili. Le patrimoine est une partie essentielle de l’identité des ci- toyens. On a vu en Irak que la destruction ou le pillage des si- tes affectait énormément les populations. Les gens sur place ont besoin de se sentir soutenus.» THOMAS LIABOT «Détruire l’héritage du passé […] ne fait qu’accentuer la spirale de la haine et du déses- poir», lançait mi-juillet Irina Bokova, la directrice géné- rale de l’Unesco, qui tente de mobiliser la communauté internationale. Le 20 juin, l’organisation a ainsi placé la totalité du Patrimoine mon- dial syrien sur la liste des si- tes en péril, «comme une re- connaissance de la menace à laquelle ils font face», com- mente Karim Hendili, spé- cialiste du monde arabe au sein de l’Unesco. En un peu plus de deux ans de combats, les dommages causés aux sites historiques du pays sont considérables. La Syrie est pourtant signa- taire de la convention de La Haye de 1954 pour la pro- tection des biens culturels en cas de conflit armé. Un argu- ment qui semble bien mince face aux enjeux politiques Le Krak des chevaliers (province de Homs), inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, a été touché lors d’un raid aérien selon l’opposition. PHOTOS ABD RABBO. SIPA; AFP Le souk de la vieille ville d’Alep, au cœur des combats rapprochés entre rebelles et loyalistes depuis le début du conflit. PHOTOS HEMIS. AFP; ABD RABBO AMMAR. ABACA «On sait que des objets provenant de sites syriens ont été saisis au Liban et d’autres circulent sur Internet.» KarimHendilidel’Unesco soirée du 22 février 2013, ayant fait au moins 117 morts selon Amnesty International. PHOTOS 2013 DIGITAL GLOBE; ATRIUM LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 EVENEMENT • 5
  6. 6. Transparence:lapromesse incomplètedeBarackObama Le Président veut rassurer les Américains, échaudés par l’affaire Snowden, mais reste silencieux à propos de l’espionnage des Etats-Unis à l’étranger. L’ Union européenne est no- tée «3» sur la liste des «priorités»del’espionnage américain, révèle aujourd’hui le magazine allemand Der Spiegel, qui a pu accéder à un nouveau document volé par l’ancien agent Edward Snowden. Sur ce dossier daté d’avril, la National Security Agency (NSA), chargée du renseignement électronique des Etats-Unis, classe sur une échelle de 1 (l’intérêt maxi- mal) à 5 (faible intérêt) ses priorités d’espionnage. La France y figure comme une priorité moyenne, au même plan que l’Allemagne ou le Japon, mais avant l’Italie ou l’Espa- gne. L’Union européenne (UE) ap- paraît aussi comme une cible, avec une priorité «3» accordée à ses «objectifs de politique étrangère», son «commerce international» ou sa «stabilité économique», mais la note de 5 seulement en matière de «nou- velles technologies», «sécurité énergétique» ou «questions alimen- taires». La révélation tombe à pic, au moment où l’UE entame les né- gociations avec Washington sur un traité de libre-échange. D’autres documents fournis par Edward Snowden fin juin avaient déjà mon- tré que la NSA écoutait les bureaux de l’Union européenne à Washing- ton, à l’ONU ou même à Bruxelles. L’«indignation» alors exprimée par plusieurs dirigeants européens, surtout alle- mands, fut discrète et embarrassée. Ce que Barack Obama n’a même pas abordé en évoquant, lors de sa conférence de presse, les réactions à l’affaire Snowden. INNOCUITÉ. Juste avant de s’auto- riser une petite semaine de vacances, le Président a énoncé quatre propositions pour rassurer les Américains de l’innocuité des programmes de surveillance qui les visent. Pas un mot n’a été dit des programmes ciblant les «alliés» européens ou les usagers non amé- ricains des compagnies comme Facebook, Google, etc., dont les données sont passées au crible de la NSA. «Les Européens devraient parler plus fort pour être entendus à Washington, observe Marc Roten- berg, président de l’Electronic Pri- vacy Information Center (Epic). Obama n’ignore pas les préoccupations des di- rigeants européens, avec qui il parle en privé, mais son souci premier, vendredi, était de répondre aux énor- mes inquiétudes du public améri- cain.» L’espionnage américain est déjà bien contrôlé et il «évite les abus», a assuré vendredi Barack Obama, soulignant lui-même que les mesures qu’il propose ne visent qu’à rendre les Américains «plus à l’aise» avec ces programmes. «Si je dis à Michelle que j’ai lavé la vaisselle […] et qu’elle est un peu sceptique, peut-être ai-je besoin de lui montrer les assiettes, même si j’aimerais bien qu’elle me croie», a expliqué le Pré- sident. Une métaphore particuliè- rement triviale, qui lui a aussitôt valu les railleries de la presse. Le président américain a proposé de «réformer» la section 215 du Patriot Act, qui permet de collecter les re- levés téléphoniques de pratique- ment tous les citoyens américains. Sans remettre ce droit en question, il a invité le Congrès à «travailler» avec lui pour mettre en place «une plus grande surveillance, une plus grande transparence, et des limites à l’usage de cette autorité». Obama a aussi proposé d’ajouter un repré- sentant indépendant à la Fisc, la cour secrète chargée d’autoriser les écoutes qui, jusqu’à présent, n’en- tend que les arguments du gouver- nement. Il a promis la nomination à la NSA d’un officier chargé du respect de la vie privée, la création d’un site web où les services de renseignement publieront des do- cuments jusqu’alors classés secrets, et aussi la nomination d’un groupe «d’experts extérieurs» chargés de proposer d’autres réformes. CADRE. Toutes ces mesures vont dans le bon sens mais restent très insuffisantes, selon les défenseurs des libertés. «Ces propositions ne sont pas sans importance, mais elles ne vont pas assez loin, résume Marc Rotenberg. Ce qu’il faut, c’est mettre fin au programme actuel de collecte des relevés téléphoniques des Améri- cains, qui est illégal.» Pour ce qui est de l’espionnage à l’étranger, et ce- lui des Européens en particulier, des changements sont aussi pos- sibles, même si le problème est là plus diplomatique que juridique, explique cet expert: «Actuellement, le droit américain ne reconnaît pas le droit à la vie privée des citoyens non- américains.» «Espionner des non- Américains à l’étranger soulève des questions diplomatiques et politiques compliquées mais moins de problèmes au regard de la loi américaine, puis- qu’[ils] ne sont pas protégés par le quatrième amendement [de la Cons- titution américaine, qui permet de se prémunir contre des perquisi- tions et saisies non motivées, ndlr]», observe Stephen Vladeck, professeur à l’American University. Sur ce point aussi, la réflexion a pourtant commencé, rapporte Marc Rotenberg, invité la semaine dernière à la Maison Blanche à une réunion où le besoin de protéger les données privées au niveau interna- tional a été évoqué. «Il faudrait un cadre international faisant du respect de la vie privée un droit de l’homme fondamental, comme la commissaire Viviane Reding a commencé à le de- mander, côté européen», plaide le président d’Epic à Washington. Voilà qui pourrait aussi fournir un très bon sujet de campagne à l’UE: une occasion enfin positive de montrer que les Européens peuvent tenir tête aux Etats-Unis et sortir d’un scandale en obtenant de nou- velles avancées du droit.• ParLORRAINEMILLOT CorrespondanteàWashington «Les Européens devraient parler plus fort pour être entendus à Washington.» MarcRotenbergexpertendroitdelavieprivée RÉCIT Obama à la Maison Blanche, vendredi. Le chef de l’Etat s’est engagé à réformer le programme de surveillance de la NSA. PHOTO PABLO MARTINEZ. AP LE CAS SNOWDEN Le père d’Edward Snowden a annoncé hier avoir un visa pour visiter «très prochainement» son fils. «En tant que père, j’aimerais qu’il revienne à la maison à la condition qu’il ait droit, en tant qu’Américain, à l’application juste de la justice», a­t­il déclaré. REPÈRES «Nous avons déjà déclassifié un nombre d’informations à propos de la NSA sans précédent. Mais nous pouvons aller plus loin.» BarackObamavendredi «Des réformes se dessinent, pour cela, le Président et le peuple américains ainsi que le monde sont redevables à Edward Snowden.» JulianAssangefondateur deWikiLeaks,samedi LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 20136 • MONDE
  7. 7. Les Maliens se sont rendus aux urnes dans le calme, hier, pour élire leur nouveau président. Ils devaient choi- sir entre Ibrahim Boubacar Keïta, donné largement favori avec 39,7% des voix au premier tour, et Soumaïla Cissé (19,7%), pour sortir leur pays de dix-huit mois de chaos. Les deux can- didats, vétérans de la vie politique malienne, ont appelé au «calme et à la sérénité» après avoir voté à Bamako, où le scrutin a été perturbé dans la matinée par de fortes pluies. Dans les grandes villes et régions administrati- ves du nord du pays (Gao, Tombouc- tou et Kidal), le vote s’est apparem- ment déroulé sans incident. Deux semaines après un premier tour réussi le 28 juillet, le second tour de la présidentielle doit rétablir l’ordre constitutionnel interrompu par un coup d’Etat militaire le 22 mars 2012, précipitant la prise du nord du pays par des groupes islamistes armés liés à Al-Qaeda. Le scrutin est surveillé par plusieurs centaines d’observa- teurs nationaux et internationaux et sa sécurité assurée par l’armée ma- lienne, les Casques bleus de la Mi- nusma et les forces françaises. C BONNE NOUVELLE LES CITOYENS DOIVENT DÉPARTAGER «IBK» ET CISSÉ Présidentielle:leMalivotedanslecalme Sur le lieu d’un attentat à Kerbala (au sud de Bagdad), hier. PHOTO M. MUSHTAQ. REUTERS D e nouveaux attentats ont fait plus de 60 morts et des cen- taines de blessés samedi en Irak, visant notamment des cafés et des marchés à Bag- dad, alors que la population fêtait la fin du ramadan, le plus meurtrier depuis cinq ans. Les violences quoti- diennes se sont intensifiées et font craindre une nouvelle guerre civile, alors que des centaines de prisonniers, dont des hauts responsables d’Al-Qaeda, se sont évadés en juillet grâce à un coup de main du réseau. En tout, 16 voitures piégées et des at- taques ont tué 61 personnes et blessé près de 300 autres à travers le pays samedi. A Bagdad, des attentats coordonnés à la voiture pié- gée ont fait 37 morts dans huit quartiers, selon des sources policières et médica- les. Les Etats-Unis ont quali- fié d’«ennemis de l’islam» les auteurs de ces attaques «lâ- ches […] dirigées contre des familles qui célébraient l’Aïd- el-Fitr» marquant la fin du ramadan. Le département d’Etat américain a rappelé qu’une prime de 10 millions de dollars (près de 7,5 mil- lions d’euros)était offerte pour «toute information qui aiderait les autorités à tuer ou capturer Abou Bakr al-Ba- ghdadi», le chef d’Al-Qaeda en Irak. Selon les Nations unies, plus de 1000 person- nes sont mortes en juillet, le bilan mensuel le plus élevé dans le pays depuis cinq ans. Le gouvernement attribue cette augmentation des attaques au conflit qui fait rage en Syrie voisine, et ac- cuse régulièrement des pays étrangers d’encourager ces violences. Mais la crise poli- tique qui oppose notamment la majorité chiite aux sun- nites, qui tenaient le haut du pavé sous Saddam Hussein, a également servi les intérêts des extrémistes. Les sunni- tes, qui accusent les autorités de chercher à les marginali- ser politiquement, orga- nisent des manifestations depuis la fin décembre, dé- nonçant notamment des ar- restations arbitraires. Les at- tentats à grande échelle ont repris à partir d’avril, après que les autorités ont abattu des dizaines de manifestants sunnites à Hawija. Par ailleurs, le gouverne- ment se montre incapable de fournir des services de base, en particulier un approvi- sionnement stable en élec- tricité, et très peu de lois ont été adoptées depuis les légis- latives de 2010. Le Premier ministre Nouri al-Maliki (chiite) est souvent accusé de chercher à monopoliser tous les pouvoirs, et blâme pour sa part ses opposants d’être à la solde de l’étranger. S.Etr. EnIrak,l’ombred’une nouvelleguerrecivile TERRORISME Des attaques ont fait des dizaines de morts samedi, concluant un ramadan meurtrier. ParSTÉPHANIEDESILGUYIntérim LesBritanniques montrentlescrocscontre leschiensméchants D e la prison à vie pour les propriétaires de chiens «dangereux et hors de contrôle»? Dans une consultation publique lancée cet été par le gouvernement britannique, les citoyens sont appelés à donner leur avis sur la répression envers les molosses. Instauré en 1991, le Dangerous Dog Act réprime les attaques de chiens dans les lieux publics de deux ans de prison et de 5 000 livres (environ 5800 euros) d’amende. Une peine rarement appliquée dans sa totalité. Rien n’est, en outre, prévu pour les agressions dans les jardins privés comme celle survenue en mars près de Manchester. Une adolescente avait été tuée par des Bullmastiffs chez une amie. Les proprié- taires n’ont jamais été pour- suivis. Depuis 2005, 16 per- sonnes sont mortes agressées par un chien. Avec 210000 attaques recen- sées chaque année et 6000 hospitalisations pour morsure, le gouvernement a décidé de sévir. Parmi les questions de l’enquête : «Combien d’années de prison faut-il instaurer pour le pro- priétaire d’un chien qui a blessé une personne ou qui a tué un chien guide d’aveu- gle ?» L’internaute peut choisir entre des peines de trois, cinq, sept ou dix ans. Dans l’hypothèse où la vic- time décède, la détention varie de sept ou quatorze ans à la prison à vie… Des propo- sitions qui semblent con- vaincre les employés qui sont quotidiennement en contact avec ces bêtes hargneuses. Postiers, électriciens doivent souvent ruser pour éviter at- taques, morsures, pouvant entraîner la perte d’une main ou d’un bras. Selon le syndi- cat des télécommunications, 23000 postiers ont été atta- qués par des chiens ces cinq dernières années. «Les pro- priétaires ont au mieux été condamnés à de la prison avec sursis. Les autres, à payer des peines d’amende de 100 li- vres», se lamente Dave Joyce, l’un de ses représentants. Autre phénomène, les pitbulls s’attaquent aussi aux chiens guides d’aveugle. Le rapport publié en juin par l’association Guide Dogs ré- vèle qu’il y a plus de dix agressions par jour. Son pré- sident lance un cri d’alarme: «Il faut que le gouvernement comprenne les répercussions que cela entraîne sur les mal- voyants. Un chien guide d’aveugle représente deux ans de travail et un investissement deplusde50000euros.»Pour la RSPCA, l’association bri- tannique de protection ani- male, le gouvernement de- vrait aller encore plus loin. «Acheter un chien n’est pas seulement un droit. Il faut res- ponsabiliser les propriétaires en les obligeant à suivre des cours pour éduquer leur animal et donner le pouvoir aux forces de police de les contrôler. Il faut avant tout prévenir les atta- ques», insiste David Bowles, son porte-parole. Les inter- nautes britanniques ont jus- qu’au 1er septembre pour ré- pondre au questionnaire.• VU DE LONDRES L’ancienne caserne mili­ taire de Targoviste, dans laquelle Nicolae Ceau­ sescu, l’ancien dictateur roumain, et sa femme, Elena, ont été exécutés en décembre 1989, sera ouverte au public dès sep­ tembre. «Les visiteurs pour­ ront voir le mur où ont été fusillés les époux Ceau­ sescu», a indiqué le direc­ teur du complexe muséal de Targoviste, Ovidiu Cars­ tina, affirmant que «l’inté­ rieur du bâtiment a été repeint dans les mêmes couleurs que celles de 1989 et le mobilier sera égale­ ment identique». Le musée est en train d’aménager la pièce où a été improvisé le procès, mais aussi la cham­ bre où les Ceausescu ont passé leur dernière nuit. L’ouverture au public de cette ancienne caserne a été décidée à la suite de demandes de groupes de touristes étrangers. Après avoir fui Bucarest le 22 décembre 1989, les époux Ceausescu ont été arrêtés par l’armée (passée du côté des protestataires) à près de 100 km de la capitale, et conduits dans une caserne militaire où ils furent fusillés trois jours plus tard, après un procès sommaire, et tout cela sous l’œil des caméras. LA MORT DES CEAUSESCU, COMME SI VOUS Y ÉTIEZ L’HISTOIRE «On combat mieux les préjugés en participant, plutôt qu’en boycottant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi.» DavidCameron Premierministre britannique,quiaffirmait, surTwittersamedimatin, soninquiétudesurles violationsdesdroits deshomosexuelsenRussie, 1187C’est le nombre de nouveaux logements (793 à Jérusa­ lem­Est et 394 en Cisjordanie) pour lesquels le gouver­ nement israélien lance un appel d’offres. Les Palestiniens dénoncent cette mesure alors que les négociations de paix sont censées reprendre mercredi. SOUDAN Des combats oppo- saient toujours deux tribus arabes hier au Darfour, au lendemain d’affrontements ayant fait au moins 100 morts dans cette région, où les ri- valités tribales alimentent un regain de tensions après dix ans de violences. ÉGYPTE Les partisans du président islamiste destitué Mohamed Morsi ont appelé hier à de nouvelles manifes- tations alors qu’expire un ultimatum de fait et que les autorités s’apprêtent à dis- perser de force leurs sit-in sur deux places du Caire. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 MONDEXPRESSO • 7
  8. 8. 8 • FRANCE L’ex­candidate à la présidentielle a été invitée à la rentrée du Front de gauche, fin août. PHOTO FRANCK TOMPS EvaJolyfait del’effet àMélenchon Les proches du président du Parti de gauche tentent un rapprochement avec l’eurodéputée Europe Ecologie-les Verts. Leurs alliés communistes s’agacent. L a drague continue. Jean- Luc Mélenchon et les siens courtisent toujours Eva Joly, alors qu’elle avait marché à leurs côtés le 5 mai en fa- veur d’une VIe République. Dernière preuve d’amour: le Parti de gauche (PG) lui a en- voyé avant l’été une invitation à participer à la rentrée politique du Front de gauche, fin août à Greno- ble. La proposition est pour l’ins- tant restée sans réponse. Et l’en- tourage d’Eva Joly fait mine de ne pas être au courant… «Si Eva était invitée, elle pourrait tout à fait y al- ler», assure pourtant un de ses pro- ches. Qui fixe les conditions: «Par exemple pour parler réforme des re- traites. Mais si c’est pour faire un pas vers les européennes avec eux, Eva n’en sera pas.» RUMEUR. Alexis Corbière, lieute- nant de Mélenchon, confirme l’ini- tiative: «On aurait bien aimé qu’elle y soit, elle est la bienvenue. Mais ce serait un signe fort qu’elle n’a peut- être pas envie de donner.» D’autant plus fort qu’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) fera sa rentrée au même moment, à Marseille. Ses di- rigeants enrageraient de voir les caméras se braquer sur Grenoble. Quant à Joly, elle ne souhaite pas relancer les rumeurs, nées en mai, d’un départ vers le Front de gau- che. Dans la foulée de sa participa- tion – contre les consignes d’EE-LV – à la marche pour un changement de République, cer- tains l’annonçaient déjà sur une liste commune avec Mélenchon aux européennes. Avant que l’ex-ma- gistrate ne riposte: «Je suis écolo- giste, je suis une des fondatrices d’Europe Ecologie, j’y suis, j’y reste. Et je compte bien y peser.» Mais la rumeur persiste et, au siège du Parti communiste fran- çais (PCF), on reste convaincu que Mélenchon tente d’attirer l’ex-ma- gistrate sur la liste Front de gau- che (FG) en Ile-de-France. Manière de prouver son attractivité avec une belle prise. «C’est du pipeau», sou- tient-on chez Joly. «Je n’ai jamais discuté des européennes avec [son] entourage», jure de son côté Eric Coquerel, négocia- teur en chef du PG. Reste qu’au sein du Front de gauche, les communis- tes s’agacent du gringue fait par leur allié à Joly l’écologiste. Avec d’autres composantes du Front de gauche, ils ont clairement dit niet à une proposition faite avant l’été par François Delapierre (PG): que Joly et Mélenchon donnent chacun une «conférence» lors des estivales du mouvement. «En dehors des lea- ders du Front de gauche, on ne pou- vait pas avoir seulement Eva Joly, justifie Marie-Pierre Vieu (PCF). Et puis à un moment, il va falloir qu’elle énonce comment et où elle poursuit son parcours.» La camarade Joly est priée de choisir son camp. Sujet de débat au Front de gauche, la candidate écolo de la dernière présidentielle continue de ne pas faire l’unanimité à EE-LV. Parmi les dirigeants, ils seraient même nom- breux à se féliciter de la voir quitter le navire. «Comme pendant la prési- dentielle, elle continue de courir der- rière Mélenchon, alors que ce n’est pas la ligne qu’attendent nos élec- teurs», tacle Denis Baupin, vice- président (EE-LV) de l’Assemblée nationale. «Eva considère que si on gouverne avec les socialistes, ce n’est pas infamant de discuter avec le Front de gauche», rétorque son entou- rage. Depuis le 5 mai, les deux an- ciens concurrents de 2012 sont res- tés «en bons termes» et «en contact» par textos. Pas suffisant toutefois pour concrétiser l’hypo- thèse d’un transfert. L’an dernier dans Libération, Joly avait jugé Mé- lenchon «terriblement séduisant», avant de souligner que EE-LV «pro- pose davantage qu’une protestation». Au finale, ce jeu de séduction ren- force surtout le souhait de Joly de verrouiller sa place sur une liste EE-LV aux européennes. Elle a prévu d’annoncer lors des journées d’été qu’elle briguera un deuxième mandat d’eurodéputée. «Sa place est garantie», a déjà fait savoir Jean-Vincent Placé, qui ne fait pas partie de ses fans. Car, mal- gré ses 2% à la prési- dentielle, Joly bénéfi- cie toujours d’une aura certaine auprès des militants. Ses critiques chroni- ques contre le gouvernement et les socialistes restent appréciées d’une base désabusée. Or, à quelques mois d’un congrès où le numéro 1 du mouvement, Pascal Durand, et la ministre Cécile Duflot veulent rassembler le plus large possible, personne ne compte écarter une personnalité sur qui pourraient se cristalliser les mécontentements internes. «Si tu sors Eva, tu fous le boxon», convient Yannick Jadot, son camarade à Strasbourg. Même Daniel Cohn-Bendit –critique avec celle qu’il était allé chercher en 2009– y est allé de sa mise en garde: «Arrêtez vos conneries. Si Eva veut y aller, elle est dans le dis- positif.» En vue des européennes, l’entourage de Duflot aurait préféré voir Joly libérer sa deuxième place en Ile-de-France pour placer en tête de liste une Italienne franco- phone: Monica Frassoni, coprési- dente du Parti vert européen et ex- patronne du groupe écologiste à Strasbourg avec Cohn-Bendit. DÎNER. Joly tient bon. Son club po- litique lancé l’an dernier (#Engage- ment) est certes au point mort, mais elle débarquera à Marseille avec un petit livre dans son carta- ble. Titre de travail: «l’Europe, l’écologie, notre combat conti- nue». Elle doit intervenir sur les questions méditerranéennes en ouverture, le 22 août, puis répondre le lendemain à l’invitation de Julien Bayou et sa Nouvelle Ecole écolo- giste, pour faire le bilan de la parti- cipation verte au gouvernement. Son équipe prépare aussi, pour la rentrée, un dîner avec des repré- sentants de la gauche du PS. His- toire de montrer qu’elle ne discute pas qu’avec Mélenchon. Et qu’elle compte bien occuper toute sa place, à la gauche des Verts.• ParLILIANALEMAGNA «Je suis écologiste, je suis une des fondatrices d’Europe Ecologie, j’y suis, j’y reste.» EvaJolyaumoisdemai RÉCIT L’ÉTÉ À GAUCHE w EE­LV Journées d’été du 22 au 24 août à Marseille. w Parti de gauche Remue­ méninges du 22 au 24 août à Grenoble. w Front de gauche Estivales les 25 et 26 août à Grenoble. w Parti socialiste Université d’été à La Rochelle du 23 au 25 août. REPÈRES «[Mélenchon] est allié au Parti communiste [qui] est pronucléaire, proproductiviste et pro-infrastructures.» EvaJolyle12avril2012 àRue89 «Je ne vais pas attendre que ce gouvernement coure à l’échec, je veux qu’il change.» EvaJolyle9mai LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  9. 9. 10 • FRANCE AParis,lesbains- douchesdeplus enpluspopulaires Gratuits depuis 2000, les thermes publics sont utilisés par plus d’un million de Parisiens: SDF, mais aussi retraités, étudiants, salariés… ParJUSTINERIGHO PhotosRENAUDBOUCHEZ O n les croyait disparus ou transformés en mythique boîte de nuit, les bains-dou- ches parisiens tournent à plein régime. Avec plus d’un million de passages, ils arrivent à saturation et sont confrontés à l’affluence de nou- veaux précaires. «Ils sont étudiants, retraités et même sa- lariés», explique un employé municipal. A l’instar de Karim. «Je connais tous les horaires des bains-douches de la ville. Dans ma sacoche, j’ai du shampooing, du gel douche, une brosse à dent, un rasoir et du dentifrice», explique ce travailleur qui se douche quatre fois par semaine dans un établissement de sa rue. MOUSSE. Créés à la fin du XIXe siècle pour faciliter l’accès à l’hygiène, les bains-douches se multiplient dans les années 30. C’est le cas de ceux de Bu- zenval (XXe), construits en 1927 dans un quartier populaire. A cette période, la ville implante des salles de bains communes pour permettre aux Pari- siens de se laver. Après-guerre, les dou- ches municipales se vident progressive- ment avec l’amélioration de l’habitat pour décliner à 300000 entrées à la fin des années 90. En mars 2000, la mairie de Paris décide d’en rendre l’accès gra- tuit, notamment pour améliorer l’hy- giène des plus démunis. Trois ans plus tard, le cap du million de douches est franchi. Et la tendance perdure. Un vendredi après-midi, Paris Ve. A quelques mètres des terrasses bondées de la place de la Contrescarpe, ils sont nombreux à converger au 50, rue Lacépède, un sac plastique à la main contenant une serviette et du savon. «Je viens aux bains-douches trois fois par se- maine», indique Henri, 48 ans, installé devant l’un des quatre lavabos, un ra- soir à la main. En arrivant, il a posé ses affaires dans la cabine numéro 13. Il l’a nettoyée à l’aide d’un jet à forte pres- sion, puis a sorti sa mousse à raser. «J’aime venir ici, c’est comme un culte, une église, cela m’aide. Et puis moi j’aime les gens!» clame d’une voix grave ce grand gaillard. Chez lui, à Vitry-sur- Seine (Val-de-Marne), il n’a pas d’eau chaude, car «cela coûte trop cher». Après s’être lavé, Danana(1), 36 ans, glane quelques renseignements. «C’est la première fois que je viens», annonce- t-il, souriant. Arrivé de Lyon pour signer un CDD de six mois, ce maître- nageur s’est retrouvé subitement sans logement. «Je devais récupérer l’appar- tement d’un ami, mais cela ne s’est pas fait. En attendant, je dors dans ma voi- ture. […] Je ne suis pas désocialisé, donc mentalement c’est facile à avaler.» Carte de l’Ile-de-France en mains, il grimpe sur son vélo pour rejoindre sa voiture, à 14 kilomètres de là. Un samedi midi, dans le XIXe arrondis- sement. «Inch’Allah! Un jour peut-être, j’aurais une douche chez moi», espère Halima, après s’être lavée dans l’une des 49 douches de la rue de Meaux. «Cela fait onze ans que je viens ici.» Construit dans les années 70, en pé- riode d’immigration, cet établissement accueille plus de 100000 visiteurs cha- que année, dont 10% à 15% de femmes. Sous le numéro de cabine, un large bout de scotch permet à l’agent d’inscrire à la craie l’heure d’entrée. «Normalement, c’est vingt minutes. Mais quand on peut, on leur laisse plus de temps», indique Marc Albéri. Agent rue de Meaux depuis six ans, il constate que la fréquentation des migrants évolue en fonction de la «proximité des conflits. Au moment du printemps arabe, il y avait plus de Tuni- siens. Et aujourd’hui, il y a davantage de Maliens». SQUAT. Un dimanche matin, dans le XXe arrondissement. Aux magnifiques bains-douches des Haies à la façade classée, un groupe de cinq Maliens finit de se préparer. Devant la glace depuis dix bonnes minutes, la tête sous le sé- choir, un peigne à la main, Oumar, 20 ans, se coiffe avec application. Autour de son poignet, un bracelet aux couleurs de l’Italie, d’où il vient d’arri- ver. Pour l’heure, il dort à Montry (Seine-et-Marne), dans un squat «sans eau et sans électricité», avec 80 personnes. «J’ai honte et ne sais pas quoi faire pour m’en sortir», s’in- quiète celui qui a quitté ses études à cause des troubles dans son pays. «Je veux apprendre le français», jure-t-il dans un italien impeccable. A la sortie, ses colocataires ne l’ont pas attendu. Il est midi. Les grilles se ferment derrière lui. «Je dois aller à Pyrénées, indique le chef d’établissement à l’un de ses agents. Ils ont cassé la vitre de la porte d’entrée, car on ne les a pas laissés se doucher.»• (1) Son prénom a été modifié à sa demande. «J’aime venir ici, c’est comme un culte, une église, cela m’aide. Et puis, moi, j’aime les gens!» Henri48ans REPORTAGE LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  10. 10. FRANCE • 11 Aux bains­douches de la rue des Haies, dans le XXe arrondissement de Paris, en mai. L’établissement a été construit en 1927. Il accueille aujourd’hui aussi bien des habitués que des migrants fuyant des conflits. REPÈRES 17C’est le nombre de bains­douches que compte la ville de Paris. A la fin de l’année, la mairie devrait rouvrir un établissement rue Rocher, dans le VIIIe arrondissement. «Nous avons un ancien militaire qui continue de venir alors qu’il a une salle de bains. Il a toujours été habitué aux bains-douches et préfère voir du monde que d’être seul.» MarcAlbériagentauxbains­douchesdelarue deMeauxàParis(XIXe arrondissement) 1 km PARIS Ier IIe IIIe IVe Ve VIe VIIe VIIIe IXe Xe XIe XIIe XIIIe XIVe XVe XVIe XVIIe XVIIIe XIXe XXe Bains-douches de Paris Créées à la fin du XIXe avec le mouve­ ment hygiéniste, les douches municipales sont un service public venant s’ajouter aux fontaines publiques et aux vespasiennes. Payantes, elles se généralisent dans les années 1920­1930, sont modernisées dans les années 50, et ont tendance à fermer dans les années 80, mais sont encore un service public dans des communes comme Paris, Nantes, Rouen ou Clermont­Ferrand. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  11. 11. 12 • FRANCEXPRESSO U n militaire de 23 ans, «proche des idées de l’extrême droite ra- dicale», selon le ministère de l’Intérieur, a été déféré hier devant la section antiterroriste du parquet de Paris après quatre jours de garde à vue dans les locaux de la Direction cen- trale du renseignement intérieur (DCRI). Interpellé sur la base aérienne de Lyon-Mont Verdun le suspect «avait projeté de tirer à l’arme à feu contre une mosquée de la région lyon- naise», indique le communiqué de la Place Beauvau. Selon des sources pro- ches de l’enquête, ce jeune soldat aurait lancé, l’année dernière, un cocktail Molotov sur la porte d’une mosquée près de Bordeaux, ne faisant que peu de dégâts et pas de victime. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a félicité les agents de la DCRI pour avoir «permis de mettre [le sus- pect] préventivement à la disposition de la justice et hors d’état de nuire». Et il a réitéré «son engagement le plus résolu à lutter contre toutes les violences s’ins- pirant des idéologies les plus extrémistes […] qui ont pour seul objectif de propa- ger un climat de haine. Aucune tolérance ne sera admise.» G À CHAUD LE SUSPECT A ÉTÉ DÉFÉRÉ HIER DEVANT LES JUGES ANTITERRORISTES UnsoldatauraitcibléunemosquéeàLyon Le procureur de Marseille, Jean­Jacques Fagni, devant la presse hier. PHOTO BORIS HORVAT.AFP L’ émotion était grande hier en fin de journée dans le centre de Mar- seille, sur les lieux où un homme de 22 ans a été poi- gnardé vendredi. Une tren- taine d’habitants et d’étu- diants de la même école (Euromed) que la victime se sont recueillis dans le silence en présence de Patrick Men- nucci, le maire (PS) du sec- teur. Le matin, Jérémie, ori- ginaire des Vosges et venu en vacances chez des amis, avait succombé au coup de cou- teau qu’il avait reçu la veille en allant chercher une amie à la gare Saint-Charles. Samedi soir, un individu d’une quarantaine d’années, qui semble correspondre au suspect repéré sur les images des caméras de surveillance, a été interpellé. D’après les premiers éléments, il s’agi- rait d’un SDF, connu des services de police pour vols et violences. Et souffrant de troubles psychiatriques. Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur, Ma- nuel Valls, évoque un indi- vidu «manifestement et gra- vement déséquilibré, qui fera l’objet de soins psychiatriques sans consentement». L’auteur présumé de l’agres- sion, qui se trouve dans un état «très délirant», a été examiné par un expert psy- chiatre qui a ordonné son in- ternement. L’arrestation de ce marginal, qui s’est faite sans difficulté, a été rendue possible grâce aux recoupe- ments faits entre l’enquête de voisinage effectuée par les policiers et les images de vidéosurveillance. L’agression de l’étudiant a eu lieu vendredi soir, aux alen- tours de 23 heures. Grave- ment blessé à la gorge, il se rend dans un bar situé boule- vard d’Athènes et explique à la gérante avoir été agressé, avant de s’effondrer. Son téléphone portable n’ayant pas été retrouvé sur les lieux de l’agression, les enquêteurs n’ont pas écarté, dans un premier temps, l’hypothèse d’une rixe provoquée par le vol du téléphone. Selon une source proche de l’enquête, l’homme interpellé, «qui ne semble pas avoir pris cons- cience de ses actes», est «bien sûr» le suspect numéro 1, «même s’il n’a pas pu être en- tendu», en raison de son état. A Marseille, la droite s’est emparée de ce drame pour relancer la polémique sur l’insécurité dans la cité pho- céenne. Pour le maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, «cet acte de violence […] démontre la nécessité ab- solue pour l’Etat d’augmenter les effectifs et la présence poli- cière dans les rues de la deuxième ville de France». Le ministre de l’Intérieur a, lui, appelé tous les responsables publics à la retenue, «afin d’éviter les surenchères et polémiques déplacées». G.Li (avec AFP) EtudianttuéàMarseille: unsuspectinterné MEURTRE L’agresseur présumé de Jérémie, 22 ans, serait un SDF déséquilibré connu de la police. L a riposte du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à l’enquête consacrée par Libération le 9 août au Bugaled Breizh ne s’est pas fait attendre. Dans sa missive, le patron des mi- litaires affirme que «tout a été fait depuis l’ouverture de l’enquête judiciaire pour faire émerger la vérité dans cette affaire tragique». Le 15 janvier 2004, le chalu- tier finistérien sombrait avec cinq marins à son bord, pro- bablement crocheté par un sous-marin militaire partici- pant à un exercice de l’Otan. Mais, après presque dix ans d’enquête, la justice s’apprê- terait à rendre un non-lieu, ce qui fait dire aux familles des victimes que «les autori- tés ont sciemment fait entrave à la manifestation de la vérité». Sur ce point, Jean- Yves Le Drian précise «qu’à chaque demande par la justice de déclassification de docu- ments classés “secret défense” ou “confidentiel défense”, le ministre se doit de solliciter l’avis de la commission consultative du secret de la dé- fense nationale. Cette commis- sion a émis à six reprises un avis favorable à la déclassifica- tion des documents réclamés par les juges. Avis que nous avons systématiquement sui- vis», fait-il valoir. Mais cette mise au point ne convainc pas Dominique Tricaud, l’un des avocats des parties civi- les: «Il est aujourd’hui établi que l’armée française a menti en niant les manœuvres sous- marines à proximité du lieu du naufrage, en ne montrant aux familles qu’un côté de l’épave du “Bugaled Breizh” [celui où l’on ne voit pas l’implosion de la cale, ndlr], et en inven- tant la fable d’un cargo voyou reprise en chœur par les gou- vernements successifs.» A ce jour, le ministère n’a pas accédéàlademandedespar- ties civiles qui réclament la déclassification des journaux de bord de certains bâti- ments en manœuvre au mo- ment du naufrage, comme l’aviso Commandant Blaison ou la frégate Primauguet. Or, ces journaux consignent tous les mouvements observés au cours de la navigation, que ce soit en veille visuelle, radar de surface ou en surveillance sous-marine. D’où leur im- portance cruciale.• PROFANATION La façade d’une petite salle de prière musulmane de Lesparre- Médoc (Gironde) a de nou- veau été dégradée dans la nuit de vendredi par des tags de croix gammées. Elle avait déjà fait l’objet, mardi, d’un début d’incendie et d’ins- criptions similaires. ACCIDENT Un passager du car, dont l’accident a fait deux morts et une trentaine de blessés, hier dans l’Aude, a avoué avoir fait donner un brusque coup de volant au chauffeur. Pour une raison indéterminée, cet Ukrainien souhaitait qu’il s’arrête. Cinq autres personnes sont mortes sur la route, samedi près de Carcassonne. ÉCHANGES Matignon sera le théâtre mercredi d’une «conversation entre [le phi- losophe] Marcel Gauchet et le Premier ministre, en- touré de ses conseillers», ont annoncé samedi les services de Jean-Marc Ayrault. Aujourd’hui, une autre «con- versation» est prévue, avec une dizaine d’enfants. ROUGE L’automobiliste dé- cédée après une collision avec un TGV, samedi soir sur un passage à niveau en Sa- voie, s’était engagée alors que le feu de signalisation était rouge. La femme d’une trentaine d’années aurait calé sur le passage à niveau avant que les demi-barrières ne se rabattent. 53%des Français sont oppo­ sés aux restrictions à l’accès à la propriété sur l’Ile de Beauté proposées par Paul Giacobbi, prési­ dent du Conseil exécutif de Corse, d’après un sondage Ifop pour le JDD, réalisé les 8 et 9 août. «Je le dis à tout le monde: il y a un Premier ministre, la succession n’est pas ouverte.» L’adresse est venue hier dans le Journal du dimanche de François Rebsamen, le président hollandais des sénateurs socialistes. Le message vaut pour le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et le président de l’Assemblée, Claude Bartolone –qui se retrouveront le 18 à Fran­ gy­en­Bresse (Saône­et­ Loire)–, mais aussi pour le locataire de la place Beau­ vau, Manuel Valls. Ce der­ nier «sait être au service de sa popularité», une méthode qui «lui réussit plutôt bien», juge le maire de Dijon, qui se serait bien vu premier flic de France. Sur l’exercice du pouvoir, Rebsamen a regretté qu’il y ait «par moments une ges­ tion trop technocratique», appelant l’exécutif à s’appuyer davantage sur les parlementaires. Et enjoint les ministres et le PS à faire la pédagogie de l’action engagée, soutenant que le chef de l’Etat, lui, «a fait ce devoir d’explica­ tion». PHOTO REUTERS REBSAMEN DÉFEND AYRAULT ET TACLE VALLS LES GENS«C’est une information bidon. […] Visiblement, certains n’ont pas attendu le 15 août pour terminer la trêve, certaines petites manœuvres mesquines commencent.» JulienDrayvice­présidentduconseilgénérald’Ile­de­ France,réfutantsurlesiteLelab.europe1.frqueFrançois Hollandeluiaitproposéd’êtretêtedelisteauxeuropéennes, commel’affirmaithierleJournaldudimanche ParWILLYLEDEVIN «BugaledBreizh»: justeunemiseaupoint DROIT DE SUITE LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013
  12. 12. AprèslacatastrophedeDacca, lacasseouvrièrecontinue Depuis l’effondrement au Bangladesh de l’immeuble du Rana Plaza, l’absence de prise en charge des employés rescapés est dénoncée dans un rapport. S elon un think tank bangla- dais indépendant, 750 em- ployés du Rana Plaza n’ont toujours pas reçu d’indem- nisation, plus de cent jours après l’effondrement de cet immeuble dans la banlieue de Dacca qui a fait 1131 morts le 24 avril. «Ils n’ont plus de travail, pas d’ar- gent. Ils sont dans une situation mi- sérable», dénonce Kalpona Akhter, une activiste. Pire: le syndicat des patrons du textile, le BGMEA (1), est incapable d’identifier les em- ployés présents le jour du drame. Il parle de 2760 person- nes. En réalité, il s’agi- rait plutôt de 3900. En publiant ces données dans un rap- port du 3 août, le Centre pour un dialogue politique (CPD) a fustigé le «manque de stratégie» du gou- vernement et du patronat. La situation est grave: certains blessés ne peuvent pas payer leur traitement médical, des familles sont sans ressources car elles n’ont pas retrouvé d’emploi. Les em- ployeurs n’ont pas réglé l’intégra- lité des salaires, ni des heures sup- plémentaires (pour 60 heures de travail par semaine, payées 30 à 80 euros par mois), ni les indemni- tés de licenciement ou les assuran- ces décès (1000 euros par mort). Et tous les ouvriers ne bénéficiaient pas d’assurances… CERCLE VICIEUX. La confédération syndicale IndustriALL chiffre les besoins d’indemnisation à 54 mil- lions d’euros, bien plus que ce que le textile bangladais est prêt à payer. Syndicats et ONG tentent donc d’impliquer les marques occi- dentales qui s’approvisionnent au Bangladesh. Mais peu d’entre elles ont accepté. Une réunion est pré- vue en septembre à Genève pour les inciter à participer. En juillet, les groupes occidentaux ont passé deux accords séparés (80 européens d’un côté, plus le ja- ponais Uniqlo depuis jeudi, et 17 nord-américains de l’autre) pour améliorer la sécurité dans les usines bangladaises qui les fournissent et financer des travaux de rénova- tion. Mais l’accord américain reste non contraignant. Et comment répertorier des usines qui bourgeonnent sans aucun con- trôle? Comment les superviser avec seulement 51 inspecteurs pour 6000 entreprises (200 supplémen- taires doivent être embauchés d’ici la fin de l’année)? Comment s’as- surer que les travaux sont réalisés? Autre problème: à chaque accident, le pays annonce des mesures qui n’entrent jamais en vigueur, faute de contrôles. Comment sortir du cercle vicieux? Le CPD réclame «un plan concret, des responsabilités bien établies, un échéancier précis», ainsi que de la transparence, un code de conduite et des organes in- dépendants de contrôle. Mais rien de tel n’existe dans ce pays gangrené par la corruption. Mêmes inquiétudes pour le statut des syndicats. Sur 5000, seules quelques dizaines d’usines textiles en ont. La loi a légèrement changé mi-juillet. Jusqu’ici, le patron était prévenu quand un employé se syn- diquait: le harcèlement commen- çait alors, jusqu’au licenciement. Cette clause a été supprimée mais, selon la militante Kalpona Akhter, «ça ne signifie pas que les tra- vailleurs vont rejoindre les syndicats. Dès qu’ils commencent à s’organiser, les patrons les en empêchent. Il fau- drait une protection des délégués.» Le problème est plus profond, déplore le président du CPD, Re- hman Sobhan: «Pour que nous soyons com- pétitifs, il faut que les employés n’aient aucun droit, qu’on puisse les licencier sans problème. C’est la flexibilité qui nous permet d’être compétitifs.» Le Rana Plaza a tragiquement illustré les conséquences d’un manque de syndicats. «Au matin de la tragédie, déclare Sobhan, la pression a été mise sur les travailleurs qui refusaient d’entrer [l’immeuble présentait des fissures, ndlr]: “Si vous n’y allez pas, vous perdrez votre job.” “Quel choix avais-je? ont dit les employés. Si je n’entre pas, qui va nourrir mes enfants, qui va payer leurs études?” Si ces ouvriers avaient fait partie d’un syndicat, aucun employeur n’aurait pu les obliger à risquer leurs vies.» «SERMONS». Kalpona Akhter note néanmoins que «l’on voit main- tenant certains employés refuser d’entrer dans leur usine tant que la sécurité n’est pas améliorée». Un petit progrès… Mais pour Sobhan, la tragédie per- pétuelle du Bangladesh tient à cette «relation inégale de travail» entre employeurs et ouvriers: «C’est un problème systémique. Il n’y a pas de gouvernance dans ce pays capable de réguler la situation. La seule régula- tion, c’est le marché.» Et l’enjeu n’est pas circonscrit au Bangla- desh, ajoute Sobhan. «On va avoir des sermons de nos partenaires : “Vous devez faire ceci et cela.” Mais comme la concurrence va se poursui- vre, Wal-Mart et les autres cherche- ront toujours les fournisseurs les moins chers car les clients occiden- taux regardent surtout le prix.» Le tee-shirt acheté 5 dollars au Bangladesh «sera toujours vendu 25 à New York». Il faut donc, selon lui, «exiger des grandes marques qu’elles rendent des comptes sur les richesses que créent nos productions». Ce n’est pas gagné.• (1) Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association. ParMICHELHENRY «Il n’y a pas de gouvernance capable de réguler la situation. La seule régulation, c’est le marché.» RehmanSobhanprésidentduthinktankCPD RÉCIT Akhi, une ouvrière du Rana Plaza, faisait toujours partie des portés disparus le 24 mai, un mois après l’écroulement du bâtiment. PHOTO TASLIMA AKHTER 2000C’est le nombre de personnes mortes au Bangladesh dans des incendies ayant frappé des usi­ nes textiles depuis dix ans, selon le rapport du think tank CPD. BANGLADESH Golfe du Bengale BIRMANIE INDE INDE 100 km Dacca REPÈRES «Un grand nombre d’usines textiles fonctionnent en dehors des lois et en toute impunité.» LethinktankCPD danssonrapportdu3août 332victimes du Rana Plaza sont toujours portées manquantes. On a enterré 234 cadavres non identifiés. Des tests ADN sont en cours. LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 2013 ECONOMIE • 13
  13. 13. [OULAISSEZ-LE...] A.CHANGEMENTD’ADRESSE B.SUSPENSIONÉTÉ A NOUS RENVOYER UNE DIZAINE DE JOURS AVANT VOTRE DÉPART A.MERCI DE NOTER MON ADRESSE DEVACANCES DU AU ADRESSE DE VACANCES COMPLÈTE: ADRESSE CODE POSTAL VILLE B. MERCI DE SUSPENDRE MON ABONNEMENT DU AU RÉFÉRENCE ABONNÉ(E) VOS COORDONNÉES HABITUELLES: NOM PRÉNOM ADRESSE CODE POSTAL VILLE EMMENEZ-LE Cet été, faites envoyer Libération directement à votre adresse de vacances [France métropolitaine uniquement] ou suspendez provisoirement votre abonnement COMMENT FAIRE?Rendez-vous sur www.libération.fr (pavé «gérer mon abonnement» à droite de la home page et enregistrez vous-même votre adresse d’été) ou remplissez le coupon ci-contre et renvoyez-le PAR FAX au: le 01 42 76 11 30 ou PAR COURRIER à Libération abonnement, B590-60643 CHANTILLY CEDEX [si vous le connaissez] MESSAGE RÉSERVÉ À NOS ABONNÉS N on, Pierre Moscovici n’a pas revu à la baisse, a-t-il martelé hier sur RTL, la prévision de croissance pour 2013. Oui, le ministre de Finances a bien assuré, la veille dans Nice- Matin, que la «croissance sera faible, voire étale, entre -0,1 et +0,1». Or, jusque-là, le gouvernement Ayrault ta- blait sur un mini-rebond de 0,1% du PIB. Le locataire de Bercy laisse donc entendre que cette prévision, qui sera affinée le 25 septembre lors de la présentation de la loi de fi- nance, tient de la fourchette haute. Et que le rebond es- péré a plus des allures de wishful thinking – vœu pieux– que de réalité écono- mique. A force de vanter les signes de convalescence, ce n’est plus de l’équilibrisme auquel se livrent les autorités françaises, c’est du funam- bulisme. «Il y a au moins un consensus pour dire que tout cela ne sera pas terrible, note un économiste. Moins 0,1 ou + 0,1, cela ne change pas grand-chose à l’arrivée: cela reste pathétiquement mau- vais». Mais ne pas terminer l’année sur une note récessive tient, pour l’exécutif, de l’impéra- tif. «Il y a quelque chose qui se passe», avait ainsi martelé mardi François Hollande, dans la foulée de son allocu- tion du 14 Juillet, où il avait tablé sur la «reprise» de l’économie. Ce volontarisme avait pris de court Moscovici qui avait dû assurer, dans la foulée, que la France était «sortie de récession». Sortie de la récession, peut- être (après avoir reculé au dernier trimestre 2012 et au premier trimestre 2013): le PIB devrait croître à nouveau au troisième trimestre, selon la Banque de France. Mais de là à claironner le retour de la croissance, il y a de la marge. Ou de l’incantation. Reste l’aveu, par le locataire de Bercy, de l’augmentation de 0,3% des prélèvements obligatoires pour le bud- get 2014. «Une hausse limitée, toujours dans la justice so- ciale», plaide Pierre Mosco- vici. «Une erreur majeure, s’étrangle Gilles Carrez, pré- sident de la commission des finances de l’Assemblée na- tionale. Comment voulez-vous que la consommation reparte si le pouvoir d’achat des mé- nages, en particulier des clas- ses moyennes, est encore altéré par une hausse de CSG pour le financement de la réforme des retraites?» Samedi, François Bayrou, président du Modem, avait rappelé que la chute de la production industrielle (-1,4% en juin par rapport à mai) et la hausse du déficit de l’Etat (+2,6 milliards fin juin sur un an) démentaient «l’optimiste affiché par le pouvoir». CHRISTIAN LOSSON «Sortiederécession»: l’œilde«Mosco» CROISSANCE Les prévisions du ministre des Finances, fluctuantes, tiennent de la méthode Coué. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) réduit légèrement ses prévisions de croissance de la demande mon- diale de pétrole pour cette année et la suivante. Pour 2013, l’AIE table désormais sur une hausse de 895000 barils par jour de la demande planétaire d’or noir, à 90,8 millions, alors qu’elle prévoyait une augmenta- tion de 930000 en juillet, détaille-t- elle dans son rapport mensuel sur le marché pétrolier. Et pour 2014, elle continue à tabler sur une accélération de la demande, qui devrait toujours atteindre un nouveau sommet à 92 millions de barils par jour, mais un peu moins forte qu’auparavant. Elle estime désormais la croissance de la consommation de brut à 1,1 million de barils par jour en moyenne, contre 1,2 million précédemment. L’agence a justifié ce léger abaissement par la révision à la baisse des prévisions de conjoncture du Fonds monétaire in- ternational (FMI). Cette année, le FMI ne prévoit plus qu’une croissance de l’économie mondiale de 3,1% (ali- mentée par les pays émergents), con- tre 3,3% en avril, et de 3,8% en 2014, au lieu de 4%. G À CHAUD LES PRÉVISIONS DE DEMANDE DE PÉTROLE SONT À LA BAISSE Laplanètemoinsgourmandeenornoir ParPHILIPPEBROCHEN DesproduitsSamsung boutéshorsdesEtats-Unis L a guerre des brevets en- tre Apple et Samsung, les deux leaders mon- diaux des smartphones et ta- blettes, ne connaît pas de trêve estivale. La marque à la pomme a obtenu vendredi l’interdiction de vente aux Etats-Unis d’appareils mobi- les de son rival sud-coréen, qu’il accuse de violer ses bre- vets. La décision a été prise par la Commission améri- caine du commerce interna- tional (USITC). Il y a une se- maine, la Maison Blanche avait cassé une décision si- milaire prise par l’USITC à la demande de Samsung contre les iPhone 3GS, 4, 4S et cer- tains iPad. Que reproche Apple à Samsung? La firme de Cupertino avait déposé plainte contre la firme sud-coréenne en août 2011, car elle estimait que certains smartphones et tablettes de son concurrent copiaient des fonctionnalités de ses iPhone et iPad. L’USITC a jugé des violations avérées pour deux brevets. Elles portent sur des techno- logies liées aux écrans tacti- les et à la détection d’acces- soires comme les écouteurs. Apple n’a toutefois pas gagné sur toute la ligne: l’USITC a rejeté ses accusations contre Samsung pour quatre autres brevets. Deux portaient sur la forme des appareils, et no- tamment les coins arrondis qui caractérisent les iPhone et les iPad. Quelles conséquences pour le sud­coréen? Samsung Electronics Ame- rica et Samsung Telecommu- nications America sont inter- dits «de continuer à importer, vendre et distribuer des articles qui enfreignent» ces deux brevets. La décision n’indi- que toutefois pas quels sont les appareils concernés. Mais selon des sites américains, les produits en cause seraient ses produits phares: les Ga- laxy S4G, Fascinate, Capti- vate, Galaxy Tab et Galaxy Tab 10.1, ainsi que des smart- phones et tablettes commer- cialisés en 2010 et 2011. Le groupe sud-coréen a laissé entendre que la portée de cette décision serait limitée. Les produits cesseront­ils d’être vendus? La décision de l’USITC ne prendra effet qu’après l’ex- piration d’un délai de deux mois durant lequel Obama peut opposer son veto. Washington y a eu recours la semaine dernière pour la première fois depuis 1987 en faveur d’Apple. Une décision interprétée comme du pro- tectionnisme par Séoul.• DÉCRYPTAGE La banque centrale allemande l’assurerait: la Grèce aura besoin début 2014 d’un nouveau soutien financier, selon Der Spiegel hier, citant un document de la Bundesbank. Une fuite qui pourrait relancer le débat sur l’attitude de la chance­ lière Angela Merkel, notam­ ment soupçonnée par Peer Steinbrück, leader du parti social­démocrate, de mini­ miser la situation financière de la Grèce pour ne pas compromettre ses chances de remporter les élections du 22 septembre. Athènes a déjà utilisé 90% des 240 milliards d’euros d’aides promises… QUERELLE OUTRE­RHIN SUR LA GRÈCE L’HISTOIRE NUCLÉAIRE Tepco, qui ex- ploite la centrale de Fukushima, a commencé à pomper de l’eau souterraine radioactive pour tenter de réduire les rejets dans l’océan Pacifique. ALIMENTATION Les produc- teurs d’œufs bretons sus- pendent leurs actions dans l’attente d’une réunion avec le préfet. Ils avaient détruit des œufs pour protester con- tre la faiblesse des cours. «Thorasoumis uneoffreàplus de1,18milliardde dollars[885millions d’euros,ndlr] àEmpireState BuildingAssociates.» JasonMeisterdufonds d’investissement enimmobilier LIBÉRATION LUNDI 12AOÛT 201314 • ECONOMIEXPRESSO
  14. 14. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr ET SI RAËL AVAIT RÉUSSI LA PHOTOCOPIE HUMAINE Untasde clonesrit REWIND Cet été, «Libération» transforme l’Histoire en fictions. Reportage en 2047 au grand raout des clones de France. C omme chaque année, le Clone Fest pose aujourd’hui ses quartiers au parc naturel du Gâtinais français (Essonne). Le rendez-vous, instauré en 2020, rassemble ceux qui se ressem- blent, nés depuis 2002 grâce aux 200271973 2013 L’ÉTÉDES40ANS ParÉRICLORETetGUILLAUMETION EnvoyésspéciauxauparcduGâtinais(Essonne) PHOTOJULIEGUICHES.PICTURETANK
  15. 15. II • 20027 LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr efforts de la société Clonaid. Trois jours de partage en partenariat avec les associations 130 Millions d’Amis et Tel quel, mais aussi de débat, car tous ne sont pas amoureux de l’uniforme: quel- ques associations de dissidents, on le sait, souhaitent «rétablir les différen- ces». Pour mieux connaître leur quoti- dien, nous avons interrogé cinq clones de Francis, 65 ans, retraité de la marine. Ils ont entre 21 et 44 ans, sont ensei- gnant ou sociologue et ont traversé la vie dans l’ombre de leur modèle ou, comme ils disent, leur «numéro 1». «J’étais un peu leur maman» Fransix 44 ans, gardien de prison «Dans les cloneries [fratries de clones, ndlr], ce qui est primordial, c’est le ran- gement. Sans ça, on n’arrive à rien. Par exemple, 20 personnes qui cherchent leur deuxième chaussette dans le même dortoir, c’est pas possible. C’est un mo- tif d’éradication. Pour la première cam- pagne de clonage de Francis, on était apparus une douzaine. Dès 3 ans, cha- cun avait son rôle, par exemple, pour Francys, c’était les organes (lire ci- après); pour Francisse les actes admi- nistratifs; pour moi c’était l’inten- dance. Je devais m’occuper des onze autres. J’étais un peu leur maman, et avec moi, c’était carré. «J’ai eu une enfance plutôt agréable car on ne me demandait pas d’être bon en classe ou de servir d’esclave sexuel. Tant que j’arrivais à finir mes lessives, mon repassage, mon ménage et les courses, après avoir préparé le repas, mis la table et l’avoir débarrassée, fait un peu de vaisselle et rangé la maison, j’étais tran- quille jusqu’au petit déj du lendemain. J’avais pas à me plaindre. «Ensuite, je me suis occupé des clones des onze autres campagnes. Mais c’était pas pareil, on avait des problèmes de place, on a dû s’entasser dans des gar- de-meubles. J’avais comme une im- pression de déjà-vu. Et puis on était trop différents. En âge, je veux dire. Autant j’étais proche de mes premiers frères, que je pouvais reconnaître à l’odeur, autant ceux-là, j’étais infoutu de retenir ne serait-ce que leur prénom. Il y a eu des moments difficiles, c’est vrai, mais comme dans toutes les fa- milles de 145 personnes. Le pire, je crois, c’est le jour de l’anniversaire, ou celui du départ en vacances. L’impor- tant dans ces cas-là, c’est de rester uni, soudé. Une équipe.» «Putes à volonté, buffet gratuit soir et midi» Francys 28 ans, enseignant «Vous savez, on s’habitue. Chaque Clone Fest, c’est peut-être le dernier. On est une trentaine, je crois, à servir de réservoir d’organes pour Francis. Et Francis, son truc, c’est la picole. Il y a des gens qui clopent, bon, on peut leur changer un poumon et même avec un seul poumon, son clone survit. Ou un seul rein. Mais le foie, une fois qu’on me l’aura enlevé pour l’autogreffer à Francis, à la poubelle le Francys. C’est le progrès : Francis va mourir Depuis 2020, le Clone Fest rassemble ceux qui se ressemblent grâce aux efforts de la société Clonaid. PHOTO JULIE GUICHES. PICTURETANK
  16. 16. • III20027 LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr POUR DE VRAI 1997 Messager des Elohim («nos créateurs») depuis 1973, Claude Vorilhon dit Raël fonde Clonaid, société promeuvant l’éternité par le clonage. 2000 Raël abandonne la direction de Clonaid à Brigitte Boisselier, ex­chimiste à Air Liquide et guide­évêque raélienne. 26 décembre 2002 Naissance annoncée, depuis la Floride, par Brigitte Boisselier, d’Eve, premier bébé cloné par sa société. Janvier 2003 Après avoir annoncé des preuves ADN du clonage d’Eve (que personne n’a jamais vue), Boisselier explique que les parents du bébé ne sont plus très chauds pour le test génétique. 13 janvier 2003 Le tribunal de Fort Lauderdale en Floride entame une procédure judiciaire contre Thomas Kaenzig, vice­ président de la société Clonaid. 2013 Le clonage humain reproductif n’a toujours pas été réalisé. beurré comme un Petit Lu sans jamais avoir frôlé la cirrhose. Moi, en re- vanche… «Bon, il y a des compensations. Putes à volonté, buffet gratuit soir et midi. J’ai de la chance, pour les filles, Francis a passé un deal avec une boîte russe, c’est de la qualité. Des clones de la même fille tous les week-ends, pour la sentimentalité, et des produits dif- férents tous les soirs de semaine. Côté bouffe, rien que du bio et du diététique, afin d’éviter qu’on meure d’obésité avant d’avoir livré nos organes. «Comme tous les CPM [clones précoce- ment mortels, ndlr], j’ai eu à choisir un métier en rapport avec mon savoir in- time de la mortalité. Les pompes funè- bres ou légiste, ça ne me disait trop rien. J’ai fait dans la facilité. Prof de philo. Apprendre à mourir, la révolte, l’être, tout ça. Mais cette année, je pré- pare des Immortels aux grandes écoles de communication. C’est la première fois, ça me plaît bien. Je leur fais les œuvres complètes d’Alan Harrington et Michel Houellebecq en extraits. Là, j’en suis au développement créatif comme passe-temps pour l’éternité, ça a l’air d’accrocher. Ils ont une disserta- tion à rendre pour l’an prochain : “Peut-on créer continûment sans deve- nir Dieu?” J’espère ne pas passer par la case morgue avant d’avoir fini le pro- gramme…» «Même les vaches ont des taches» Phrancis 21 ans, sans emploi «Je suis là mais en fait je ne suis pas là. J’ai pas le droit d’être là. S’ils me trou- vent ici, ils me rectifient d’emblée, s’il vous plaît notez que je ne suis pas là… [A la demande de Phrancis, son prénom a été modifié, ndlr.] Tout petit, j’ai com- mencé à me demander pourquoi on était autant à se ressembler. Quel inté- rêt de recouvrir la planète de personnes identiques, sans signe distinctif. C’est vrai, ça, même les vaches ont des ta- ches. Et puis j’ai compris. «Revenez dans deux cents ans, et vous ne trouverez plus qu’une dizaine de fa- milles qui peupleront la Terre. Le clo- nage thérapeutique, c’est du flan. Parce que le but, c’est pas de soigner, c’est de sélectionner les élus qui feront partie du grand shebaz, le voyage cosmique pour retrouver nos ancêtres Elohim. C’est ça la vérité, c’est aussi pour ça que le Clone Fest est organisé, pour qu’on ne se perde pas de vue. Les affiches du conseil général de l’Essonne, le barbecue à 14 heures, je veux bien, mais c’est une couverture. L’essentiel, c’est les yeux, regardez… Je te vois, tu me vois, on se comprend. Tu vois? «Raël, pour moi, c’est le seul qui peut nous sauver, il va briser le miroir. J’ai un contact avec lui. Tous les jours, il vient me voir, avec son manteau blanc il entre dans ma chambre, me de- mande si je vais bien, il prend soin de moi. Je sais qu’il sait que nous savons qu’ils savent. C’est pour ça que les cho- ses vont changer, ça va être différent, avec des différences. (Il crie) Des diffé- rences ! Après le barbecue, vous verrez… (Il est soudain ceinturé par des membres de la sécurité.)» «On veut un enfant non né» Francisse 39 ans, employé «C’est en visitant la mère de Francis que j’ai rencontré Polyne. Une fille sympa. Je ne peux pas me plaindre. D’ailleurs, Francis est plutôt cool avec moi. Je fais la queue à la poste, aux As- sédic, aux expos du Grand Palais, c’est moi qui cause aux garçons de café, évi- demment je travaille à sa place, bref tout le sale boulot, mais Francis aime bien se garder quelques activités. Par exemple, il bosse en été, pour mater les filles en jupettes et sandales. Pendant ce temps, je me repose. Là, c’est un peu pareil. Je vais voir sa mère tous les di- manches à sa place, mais Francis ne dit rien, rapport à mon histoire avec Po- lyne; tant que je fais la conversation avec sa daronne, que je lui apporte des chocolats, que je supporte ses chanta- ges au suicide… Polyne, c’est le clone 78 de la mère de Francis. Elle a 33 ans, elle est coiffeuse. On l’a fabriquée à l’épo- que où l’on croyait que Pauline, sa nu- méro 1, avait un don de divination et que ça pourrait servir d’en avoir plu- sieurs en cas de guerre, de canicule, de pénurie de lolcats… On s’est aperçu trop tard que Pauline n’avait aucun don. Elle se contentait d’écouter les voisins à tra- vers la cloison et de leur prédire ce qu’elle avait entendu. «Avec Polyne, je crois qu’on s’aime vraiment. On envisage de déposer une demande de stérilisation, afin d’être sûrs que notre enfant sera unique puis- que non né. Vous savez, être clone, c’est parfois dur. Je vois mon pote Rayanne, que son numéro 1 utilise pour pratiquer l’autofellation, c’est pas top glamour.» «Un moyen efficace de s’épanouir en société» Francyx 41 ans, sociologue «Dès 2005, le clonage a d’abord été une préoccupation des couples homo- sexuels, qui y voyaient un moyen sim- ple d’avoir des enfants, avant les lois sur l’adoption ou la PMA. Il y a eu les dé- bordements que l’on sait dans les cou- ples gays, chacun des partenaires se trouvant plus beau que l’autre et insis- tant pour que leur fils soit à son image. Chez les lesbiennes, à l’inverse, cha- cune voulait que la fille du couple soit le clone de sa partenaire. Assez vite, beaucoup de couples d’hommes se sont séparés. Chacun trouvait plus avanta- geux de vivre avec son seul clone que de supporter les humeurs d’un partenaire qui n’était, de fait, qu’une copie impar- faite de lui-même. «Mais la fracture décisive dans l’évolu- tion du clonage remonte à l’affaire des Grotowsky [en 2021, Boris Grotowksky a épousé le clone, alors âgé de 17 ans, de sa mère, clone qui a ensuite voulu se marier avec le clone d’un des jumeaux qu’elle avait eus avec Grotowsky, ndlr], qui, bien que ressortissant davantage à la psy- chiatrie, a eu des conséquences juridi- ques énormes, notamment la loi de dé- cembre 2024 sur l’encadrement marital des clones, qui deviendra deux ans plus tard la loi sur l’encadrement sexuel. «Aujourd’hui, le clonage reste un moyen efficace pour s’épanouir en so- ciété, c’est-à-dire en restant chez soi pendant que vos clones vous représen- tent au dehors. Il n’a plus, de par son encadrement juridique –et même, ne nous voilons pas la face, par une cer- taine lassitude de ses plus fervents sup- porteurs– cet attrait de l’interdit gé- mellaire et de la quête sexuelle infra-identitaire qu’il a pu générer jadis. Aujourd’hui, le “droit à la ressem- blance”, c’est un truc de vieux.»• Demain: Le rock n’est pas revenu à la mode. SurFranceInfojusqu’au24août avec 40ANS 40jourspourrevivre40années! Dulundiauvendredià9h15,lesamedià8h15etàréécoutersurfranceinfo.fr
  17. 17. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr VOUS PERMETTEZ? Conceptstores, duvideaubide Une robe Alaïa, en jersey, encolure carrée, à 2600 euros, en vente chez Colette? OK, on ajoute au panier. Notre petite entreprise ne connaît pas la crise. Des boucles d’oreilles «ailes» en or blanc 18 carats, sertis de diamants blancs et diamants noirs, Elise Dray à 11025 euros? Elles sont nécessaires pour écrire, on les fera passer en notes de frais, tant pis pour les clips qui pincent. La créatrice a un «instinct artistique», «une énergie positive», elle s’inspire de «son amour pour les animaux», et «ses idées bouillonnent», dit la présentation. Tout comme nous. Est-ce une chance ou un pléonasme, d’être ornée de son reflet? Et le doudou? Doit-il ressembler à l’enfant, comme le chien à son maître? Une marque américaine de poupées s’est posé cette question et c’est une vision d’horreur que de voir des milliers de petites filles, Frankenstein en goguette, choisir et composer la poupée qui leur ressemble le plus, dans un espace rose, immense, et sonore, accompagnées d’un double plus âgé toujours féminin, et d’autant plus double qu’il y a des miroirs. A l’opposé, le concept store Colette cultive la pièce unique, la rareté, et, avec elle, le manque. Concept store? Et pourquoi pas «marchand de couleurs», ou «tout à 10000 euros»? En 2002, dans le sillage de Colette, le concept store bat son plein, et les boutiques qui vendent du flan, «une ambiance», et un peu de soleil dans l’eau tiède, prolifèrent. Déjà, une dizaine d’années avant, lors de la publication de Qu’est-ce que la philosophie? coécrit avec Guattari, Deleuze s’insurgeait que des publicitaires s’octroient le concept de concept, propre à l’activité philosophique. «C’est quoi le concept de ta robe?» nous demande-t- on, tandis qu’on boit de l’eau dans le water bar de Colette, après avoir humé le luxe dans l’espoir et la crainte d’être contaminée: «un grand moment d’émotion» comme disent les rédactrices de mode après les défilés. Les clients de Colette «viennent de toutes les provenances sociales», c’est la cofondatrice et directrice artistique de la boutique qui l’assure au magazine Stratégie. En 2002, cependant, coincées entre l’éclatement de la bulle boursière et le 11 Septembre, le luxe a peur. Les ardeurs de la consommation et le désir de se distinguer s’écrouleront-ils à leur tour? Mais non. Tel James Bond 007, ils ont été les premiers à reprendre du poil de la bête. Dans le Nouveau Luxe, à paraître en septembre chez Stock, Yves Michaud explique: «Entre 1995 et 2012, le marché mondial du luxe est passé de 77 milliards d’euros à 212 milliards. Les prévisions du cabinet Bain and Co, spécialisé dans l’analyse de ce marché, tablent sur 230 milliards d’euros en 2014.» Qui plus est, il est devenu immatériel. Acheter du vent n’est plus à la portée de toutes les bourses.• ParANNEDIATKINE Larubriquedes chiensnécrosés ÇA VA ÇA VIENT L’Amibox promet un accueil éternel à nos animaux domestiques. J acques Dambron est de la race des inven- teurs foudroyants. Dès qu’un problème débarque, il se creuse les méninges et hop, eurêka, coup de génie. Par exemple: un jour de ciel gris, en 2002, son chien Bilou meurt. Un cocker. Triste his- toire. Jacques Dambron vou- lait enterrer Bilou mais rien ne faisait l’affaire. «Je n’ai pas trouvé de réceptacle, je l’ai enveloppé dans son plaid. C’était triste», expliquait-il à Libé après le drame. Avec l’énergie de l’endeuillé, il lance l’Amibox: le cercueil pour animaux. Brevet. Le principe est sim- ple, c’est comme pour les humains sauf que la boîte est plus petite (à voir pour les cadavres de Saint-Bernard) et qu’elle évite le chêne et l’acajou. Onze ans après le lancement, l’inventeur se souvient: «Je commercialisais des boîtes pour pièces anato- miques à l’époque, des boîtes pour recueillir les membres amputés, un bras, une jambe. J’ai appelé ça l’Anatbox. Je m’en suis inspiré pour le cer- cueil. J’ai déposé le brevet et tout de suite j’ai été appelé par des Anglais. Ils sont férus de petits animaux là-bas, les sou- ris et tout, ils sont fous de ça!» A quoi ressemble une Ami- box? Imaginez un cercueil Ikea, à assembler entre deux sanglots sur le tapis du salon. Ni clou ni vis, les quatre planches s’emboîtent. En- suite, à moins de vouloir creuser dans le potager la sé- pulture de Riri, Fifi ou Lou- lou, il vous faut un cimetière. Pourquoi pas Asnières-sur- Seine (Hauts-de-Seine)? As- nières pour un chien, c’est le Père-Lachaise pour un fan de Jim Morrison, sauf que la star ici s’appelle Rintintin. Dans les allées, gravés sur des stè- les marbrées, on croise les noms de feu les fidèles com- pagnons : Mémère, Titine mais aussi Roro, Hulk et le surprenant Robespierre, qui râle au fond de son trou. C’est qu’il y a du monde au dortoir d’Asnières, des chiens, des oiseaux, des la- pins nains ou pas, des hams- ters morts de fatigue, épuisés d’avoir trop couru, des pois- sons rouges, des lions, des singes… Ils sont plusieurs di- zaines de milliers à garnir les allées du premier cimetière animalier au monde, inau- guré en 1899. Alors cette Amibox, une arnaque? L’in- vention d’un truc vieux de cent quinze ans? La nuance est dans le prix : Jacques Dambron a pensé à celui qui n’a pas 3540 euros à claquer pour réserver 1 m2 de pelouse sur vingt ans. Voilà le but de l’Amibox: permettre, pour un peu plus de 30 euros, d’enterrer son furet domes- tiqué «dans la dignité». Pro- blème, les planches de peu- plier n’ont pas percé. Jouet. On aurait dû en trou- ver au supermarché, entre le jouet qui couine et la laisse à grelot. Jacques Dambron es- pérait en écouler 5000 par mois, il se voyait précurseur d’un secteur que la crise ne pouvait pas plomber puisque les chiens continueraient à mourir, quoi qu’il arrive. «Mais en France, le maître va chez le véto quand il sent la fin venir. L’animal est euthanasié puis congelé jusqu’à ce qu’une entreprise vienne le chercher pour la crémation. Ça se passe comme ça dans 90% des cas. Après, bien sûr, il reste des gens qui creusent leur jardin, mais encore faut-il en avoir un!» Du coup, Jacques Dambron a quitté la France. Comme d’autres patrons. Enfin, lui vit toujours en Alsace mais son Amibox a traversé la Manche. Les Anglais sont les derniers à lui trouver une utilité. Désormais, à Ribeau- villé, l’inventeur se consacre à Transhygiène, sa boîte de boîtes pour membres ampu- tés: «Je vends dans 350 hôpi- taux et cliniques sur toute la France. Ça marche bien.» MATHIEU PALAIN ETAUSSI CHAUDBIZ Tousceuxqu’on«M» A u Maroc, mariage royal. Rien à voir avec une version raï de Fred Astaire, mais de vraies épousailles entre Moham- med VI, monarque de droit divin, et Salma Bennani, jeune informati- cienne originaire de Fès (pas de bla- gues, svp). Elizabeth II est tristou- nette, elle perd sa mère, la bien nommée «reine mère» et sa sœur Margaret la même année. Chez les roturiers, Macaulay Culkin, qui avait été élu «l’enfant le plus mignon du monde» en 1994 (par un jury qui n’était pas uniquement composé de Michael Jackson), sort avec Mila Ku- nis (toujours pas de blague, svp). Ils resteront ensemble jusqu’en 2010. SURPRISE Ni clou ni vis, les quatre planches s’emboîtent. PHOTO DR IV • 20027
  18. 18. LIBÉRATION Lundi 12 août 2013 www.liberation.fr D’un côté les bars à ginjinha où les anciens trempent leur moustache, de l’autre, la jeunesse et ses hangars discothèques au bord du Tage. PHOTO ALPH.B.SENY.DIVERGENCE Lisbonne comme du bon pain ÇA A EU LIEU Destination prisée, la ville est alors convoitée pour sa capacité à mêler le neuf et l’ancien. L es villes ont leur temps et leurs mo- des. Un peu avant Berlin et après Bar- celone, Lisbonne est l’une des destinations françai- ses branchées autour de 2000. Au point qu’en 2002, la nou- velle bande dessinée la célèbre en carnets de voyage. Il y a Du- puy et Berberian, aux éditions Cornélius, qui croquent l’acti- vité flegmatique de la capitale: silhouettes au téléphone, en voiture, sur des bancs, comme détachés des décors baroques de la cité. A chaque page, Lis- bonne apparaît comme un spectacle dont les deux dessi- nateurs chercheraient à com- prendre la mise en scène. Peu après, Nicolas de Crécy livre chez Casterman son Lisbonne, voyage imaginaire, une quaran- taine d’aquarelles obsédées par les enchevêtrements de rails, lignes électrifiées de tram, tremblement au loin d’une coupole blanche. Côté texte, Raphael Meltz (future revue R, de réel) raconte la ville sans l’avoir visitée, d’où l’«imagi- naire» du titre. Pourquoi Lisbonne à ce mo- ment-là ? Les visiteurs de l’époque ont ce sentiment, qui caractérise toute ville exci- tante, que l’ancien et le neuf s’y fertilisent mutuellement sous leurs yeux. D’un côté, azulejos et vieux bars à ginjinha (liqueur de griottes) où les an- ciens trempent leur moustache dès 9 heures du mat, et de l’autre, une jeunesse qui car- bure à la Sagres dans des han- gars démesurés au bord du Tage, friches industrielles de- venues temples postmodernes, certains ressemblant à Gotham City autant que les christs en cire des églises ressemblent ici, avec leurs perruques de crin, à des épouvantails divins. L’économie portugaise s’est fortement développée dans les années 80, et depuis 1994 l’Union européenne distribue au titre du développement «ré- gional» 3 milliards d’euros chaque année au pays, soit 3% à 4% de son PIB. L’embellie de Lisbonne est alors fulgurante, boostée en particulier par l’Ex- position internationale de 1998 qui pousse à la rénovation de ses infrastructures (le gigan- tesque pont Vasco-de-Gama en est l’exemple phare), décrasse les façades du quartier popu- laire de l’Alfama et déchaîne l’urbanisme sur les docks. Mais peu après 2002, la manne commence à s’épuiser. ÉRIC LORET ÇA PASSE OU ÇA CLASSE Mickaël T on prénom n’est pas anodin: il fait entrer la société française dans l’ère de l’inven- tivité à tout crin, de la créativité bon mar- ché dans les maternités. En particulier, les or- thographes multiples sont prisées. Exemple pour toi: Michael, Mickaël, Michæl, et ses dérivés, Mika, Michal, Michelhouellebecq… A part avec ce dernier, tu as peu de chance de finir DG ou DA d’une entreprise. La faute aux Michael (Jackson, Jordan) dont le nom a été francisé avec l’accent. Tu es le grand frère CSP- de tous les pauvres gars à venir: Kevin, Logan, Brandon, Ryan… Tout l’été, coupez, collez et reconstituez le dessin de Stéphane Blanquet sur une page de Libé (du 9 juillet). Les puzzles complets gagneront une surprise. PUZZLE • V20027

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