Mémoire Master II - Associations et médias sociaux : Relation de complémentarité ou de substituabilité ?
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Mémoire Master II - Associations et médias sociaux : Relation de complémentarité ou de substituabilité ?

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Ce mémoire a pour thème les médias sociaux en ligne et leurs interactions possibles avec les associations. Il s’inscrit dans un contexte où les responsables associatifs, relayés par certains......

Ce mémoire a pour thème les médias sociaux en ligne et leurs interactions possibles avec les associations. Il s’inscrit dans un contexte où les responsables associatifs, relayés par certains médias, évoquent une crise du bénévolat, et où émergent des mobilisations citoyennes facilitées par l’engagement à travers les médias sociaux en ligne. Dans la première partie de ce mémoire, nous définissons ce qui caractérise l’engagement associatif. Puis nous étudions les risques de substitution de l’engagement militant traditionnel par les médias sociaux en ligne, et les opportunités que peuvent représenter ces derniers pour le monde associatif. Dans un deuxième temps, appuyés par la théorie de Marck Granovetter, « la force des liens faibles », nous nous efforçons de montrer en quoi les médias sociaux peuvent être des outils de renforcement d’un réseau militant et comment ceux-ci peuvent permettre d'élargir la diffusion du projet politique des associations. Enfin, est posée la question de l'adéquation du ou des médias sociaux issus de l’économie marchande avec les valeurs de l'Education Populaire, et des liens éventuels avec le mouvement du Logiciels Libres.

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  • 1. Master 2 SMEA-ESS Stratégie et Management des Entreprises Associatives de l’ESS Titre Associations et médias sociaux : Relation de complémentarité ou de substituabilité ? Mémoire présenté et soutenu par Jean-Luc GADIOUXDirecteur de mémoire :Jean-Luc RAYMONDChargé de cours UniversitésCELSA Paris Sorbonne, Paris Est - Marne-La-Vallée Promo 2011-2012 Octobre 2012
  • 2. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX« Les opinions exprimées dans ce mémoire sont celles de l’auteur et ne sauraient en aucun cas engager ledirecteur de mémoire ou l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée »Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 2
  • 3. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX PREAMBULEDans le contexte de mon activité salariale, et compte tenu de mes intérêts pour le mouvementde l’Education populaire, ce mémoire représente pour moi un support à visée pédagogique. Ilapporte un sens supplémentaire à ma démarche professionnelle et représente une opportunitéde nourrir ma réflexion dans ce domaine.Parcours de vie de l’auteur du mémoireLaspect collectif a toujours joué un rôle important dans ma vie. Je suis le cadet d’une famillede sept enfants, jai joué au rugby, jai passé mes vacances denfant et dadolescent encollectivité dans les centres de loisirs et de vacances. Dans ma vie professionnelle, jai étéimpliqué dans le travail en équipe dans chaque fonction que j’ai pu occuper. Ma carrièrecommence par une succession de postes de cuisinier au sein de brigades en restaurationtraditionnelle. Jai effectué mon service militaire en tant que Marin Pompier. Jai ensuitedirigé des équipes de restauration et des structures de tourisme social.Je suis actuellement responsable du service vie associative de la Fédération de la Ligue del’Enseignement de la Dordogne. Une de mes principales missions est d’accompagner lesbénévoles dans la mise en œuvre de leur projet collectif associatif.Je peux donc affirmer que le lien social fait sens pour moi, et c’est naturellement que je mesuis intéressé au phénomène des réseaux sociaux numériques.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 3
  • 4. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX REMERCIEMENTSJe souhaite ici adresser mes remerciements les plus sincères aux personnes qui mont apportéleur aide et qui ont contribué à lélaboration de ce travail ainsi qu’à la réussite de cetteformation.Je tiens à remercier sincèrement Jean-Luc Raymond, Chargé de cours à l’Universités CELSAParis Sorbonne, Paris Est - Marne-La-Vallée, qui, en tant que Directeur de mémoire, sesttoujours montré à lécoute et disponible tout au long de la réalisation de ce mémoire, ainsi quepour linspiration, laide et le temps quil a bien voulu me consacrer.Jexprime ma plus grande gratitude aux chercheurs et personnalités, Laurence Allard,Dominique Cardon, Bastien Sibille, et François Meynier, qui ont accepté de répondre à mesquestions avec une grande compréhension et générosité.Mes remerciements s’adressent également à mes amis et collègues, Claire Largarde, DelphineMartin, Jean-Luc Sanvicens et Gilles Le Page, qui ont gentiment pris sur leur temps pourrelire mon mémoire, et à tous ceux qui, par leurs réflexions et leur aide ponctuelle, ontparticipé à la réalisation de cette tâche.Je tiens à exprimer ma reconnaissance à mon employeur, représenté par Renée Simon,présidente de la Ligue de l’enseignement de la Dordogne, et Jean-Luc Sanvicens, secrétairegénéral de la fédération, pour m’avoir permis de suivre cette formation dans les meilleursconditions, ainsi qu’à mes collègues qui ont su s’adapter et combler mes absences régulièreslors de ces deux années.Je noublie pas mon épouse Lydie et ma fille Blandine, qui mont toujours soutenu etencouragé au cours de cette formation et de la réalisation de ce mémoire.Enfin, même si je ne le connais pas personnellement, je souhaite ici remercier MonsieurMichel Beaud, pour son livre « L’art de la thèse, comment préparer et rédiger un mémoire demaster, une thèse de doctorat ou tout autre travail universitaire à l’ère du net »1, qui m’abeaucoup aidé dans la structuration de ma recherche et la méthodologie de travail.Merci à toutes et à tous.1 Michel BEAUD.- L’art de la thèse, comment préparer et rédiger un mémoire de master, une thèse de doctoratou tout autre travail universitaire à l’ère du net.- Edition La Découverte, Paris, 2006. 202 pages.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 4
  • 5. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX TABLE DES MATIERESPREAMBULE ............................................................................................................................ 3REMERCIEMENTS .................................................................................................................. 4INTRODUCTION ...................................................................................................................... 71. LES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE, NOUVELLES FORMES D’ASSOCIATIONS ? .......................................................................................................................................... 11 1.1. Peut-on caractériser l’engagement associatif traditionnel ? ...................................... 11 1.1.1. Eléments historiques et contextuels ................................................................... 11 1.1.2. Les raisons d’agir ............................................................................................... 12 1.1.3. Les évolutions de l’engagement ......................................................................... 16 1.1.4. Eléments de synthèse ......................................................................................... 18 1.2. Les mobilisations sur les médias sociaux en ligne : nouvelle forme d’engagement ? .. ................................................................................................................................... 19 1.2.1. L’exemple du « Bad Buzz » des supermarchés CORA...................................... 20 1.2.2. Limpact des médias sociaux pendant le printemps arabe .................................. 21 1.2.3. Un compte Twitter fermé grâce à la mobilisation sur Internet........................... 22 1.2.4. Le mouvement des « Indignés » ......................................................................... 23 1.3. Medias sociaux en ligne : risque ou opportunité pour le monde associatif ? ............ 24 1.3.1. Médias sociaux : risque de substitutions ? ......................................................... 24 1.3.2. Médias sociaux en ligne : une opportunité à saisir ? .......................................... 272. LES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE, OUTILS AU SERVICE DU MONDEASSOCIATIF ? ........................................................................................................................ 31 2.1. Les médias sociaux comme support du fait associatif ? ............................................ 31 2.1.1. La notion de capital social appliquée à une association. .................................... 31 2.1.2. Les médias sociaux numériques : la force des liens faibles ............................... 33 2.2. L’exemple du compte Twitter du centre de ressources départemental de la vie associative de la Ligue de l’enseignement de la Dordogne. ................................................ 36 2.2.1. Objet de l’étude et données statistiques ............................................................. 37 2.2.2. Méthodologie ..................................................................................................... 38 2.2.3. Eléments d’analyse ............................................................................................. 41 2.2.4. Twitter comme outil de veille ............................................................................ 43Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 5
  • 6. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2.3. Impact des médias sociaux en ligne sur la fréquentation des sites Internet .............. 43 2.3.1. L’exemple du site Internet de la Ligue 24 .......................................................... 46 2.3.2. Le référencement devient « social » ................................................................... 473. QUELS OUTILS POUR QUEL PROJET ? .................................................................... 49 3.1. Existe-t-il un risque pour les associations à utiliser un outil commercial de type Facebook ? Est-ce compatible avec les valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire ? ........ 49 3.2. Associations et logiciels libres : des valeurs à partager ? .......................................... 51 3.3. Oxwall, Elgg, Diaspora, des alternatives à Facebook ? ............................................. 53 3.3.1. Le projet Diaspora .............................................................................................. 54 3.4. La Ligue de l’enseignement doit-elle disposer de son propre média social EN LIGNE ? ............................................................................................................................... 58CONCLUSION ........................................................................................................................ 62 conditions de réussite et perspectives ................................................................................... 64BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................... 67SITES INTERNET VISITES ................................................................................................... 72COMPTES TWITTER SUIVIS ............................................................................................... 73TABLE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUES ...................................................................... 74TABLE DES ANNEXES ......................................................................................................... 75Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 6
  • 7. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX INTRODUCTIONLa Fédération Française du bénévolat et de la Vie associative, dans un article publié sur sonsite Internet en date du 17 novembre 20112, évoque une crise du bénévolat en ces termes :« Le désintéressement solidaire est en passe de voler en éclat. Il est inutile de faire lautruche,la crise du bénévolat nest pas un vain mot. Les associations peinent à recruter de nouveauxbénévoles et surtout, à conserver ceux qui jusquà présent, donnaient du temps et de lénergiepour les autres. »Paradoxalement, la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA), dans undocument3, publié en mars 2012, indique que « le bénévolat est en plein essor et les Françaisde plus en plus nombreux à souhaiter s’engager : sa croissance en volume4 est de l’ordre de 4% par an », complétant cette analyse par quelques chiffres clé : 1,3 millions dassociations, 16millions de bénévoles, soit plus de 32% de la population adulte, 23 millions de Françaisadhérents dune association.Par ailleurs, en parallèle, Isabelle Compiègne, dans son livre « La société numérique enquestion(s) », parlant « des nouveaux dispositifs de communication et leur diversification » etdu phénomène de « connexion continue », dit « qu’elle entraine un morcèlement de lactivitéet une dispersion des engagements avec le danger que cela nuise finalement à la profondeurde linvestissement dans la relation. »Un exemple tiré d’une enquête réalisée par Harris Interactive5 sur Facebook illustrel’engouement des français pour de ces nouveaux dispositifs de communication :La France compte plus de 16 millions de « fans » actifs sur Facebook.Fin 2011, 80% des utilisateurs de Facebook sont membres d’au moins une page fan, qu’ils’agisse de la page Facebook d’une marque, d’une entreprise, d’une association, d’un2 http://www.benevolat.org/news/193-pour-stopper-la-crise-du-benevolat-un-projet-de-loi-enfin.html3 CPCA. Intitulé « Repère sur les associations en France », le document propose une photographie de ladynamique associative française. Mars 2012. http://associations.laligue.org/media/transfer/doc/p_o_t_o_2.pdf4 Mesuré à partir du nombre annuel d’heures de travail bénévole dans les associations5 Enquête réalisée en ligne par l’institut Harris Interactive en novembre et décembre 2011. Echantillon total de3 000 individus représentatifs de la population des internautes français âgés de 15 ans et plus, à partir de l’accesspanel Harris Interactive. http://www.harrisinteractive.fr/news/2012/09012012.aspAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 7
  • 8. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXpersonnage public… Et 80% de ces fans sont « actifs » au sens où ils suivent les publicationsdes pages dont ils sont membres.Parmi les catégories de pages Facebook les plus plébiscitées par les « fans » français, onretrouve en 3ème position, celles d’organismes et d’associations à but non lucratif.Facebook, Twitter, LinkedIn, Google+… Les réseaux sociaux numériques sont de plus enplus fréquentés. Depuis cinq ans, ils connaissent un développement sans précédent auprès depublics très divers.L’année 2010 a été marquée, selon une étude de l’IFOP (Observatoire des réseaux sociaux)6,par une expansion importante de ces sites de socialisation, dont se sont emparées les grandesmarques commerciales, qui bouleversent les modes de communication de notre société. Ilsreprésentent toutefois certains risques pour leurs utilisateurs. Les « sociaux-internautes »rendent publiques des informations sur eux-mêmes ou leurs amis (contacts personnels ouprofessionnels, photos, convictions religieuses, préférences sexuelles). Ces informationspeuvent être par la suite utilisées à des fins malveillantes ou discriminatoires.L’année 2011 voit émerger des mouvements de mobilisation citoyenne dans lesquels lesréseaux sociaux numériques jouent un rôle important, notamment “en créant de nouveauxliens de solidarité et de sociabilité entre ceux qui informent et ceux qui reçoiventlinformation pour contourner la censure et informer en continu et en direct des évènements”7 : le "printemps arabe" en a été le révélateur.Plus près de nous, la mobilisation d’une fraction de la population espagnole, se désignant eux-mêmes « les indignés », sur les places des villes, ainsi que celle de comités de citoyens enItalie, coordonnés par le Forum Italien des Mouvements pour lEau Publique, afin quilsparticipent aux référendums populaires, lillustre également.Avec les médias sociaux, les modalités traditionnelles de mobilisation prennent "un coup devieux" : le syndicalisme, le multipartisme, les manifestations, voire la représentation par6 IFOP : Observatoire des réseaux sociaux : http://www.slideshare.net/azizhaddad/ifop-observatoire-rseaux-sociaux-janvier-20107 Rita Chemaly. Les réseaux numériques au service des intifadas arabes . Table ronde du 20 avril 2011, Institutdes sciences politiques, université Saint Joseph : http://ritachemaly.files.wordpress.com/2011/04/table-ronde-isp-intifadas-arabes-et-ntic-par-rita-chemaly.pdfAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 8
  • 9. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXlélection... S’ils ne se substituent pas à ces modalités traditionnelles, les médias sociauxjouent le rôle de catalyseurs pour des mobilisations et des actions collectives. Par la gratuité,la rapidité et la facilité de leurs services, ils aident à organiser des actions collectives. Les"flash-mobs"8, lagora des "chats"9 et des "tweets"10, constituent de « nouvelles » modalités decommunication : des nouveaux espaces dexpression et de mobilisation peu ou pas régulés.Ces premiers éléments contextuels identifiés, ces questions peuvent être posées : lesmobilisations sur les médias sociaux en ligne11, peuvent-elles venir se substituer, mêmespartiellement, aux formes d’engagements associatifs plus traditionnelles ? Ou peuvent-ellesêtre complémentaires, voire venir renforcer la mobilisation associative ?Si les médias sociaux en ligne peuvent être des outils au service du fait associatif, l’utilisationde médias de type Facebook, dont le modèle économique est capitaliste, est-elle en cohérenceavec les valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire et de l’Education populaire ?Ce mémoire de fin d’études de Master « Stratégie et Management des EntreprisesAssociatives de l’Economie Sociale et Solidaire » a pour thème les médias sociaux en ligne etleurs interactions possibles avec les réseaux sociaux physiques et plus particulièrement lesassociations.Pour répondre aux questions préalablement posées, nous définirons dans un premier temps cequi caractérise l’engagement associatif. Puis nous étudierons les possibilités de substitution del’engagement militant traditionnel par les médias sociaux.Dans un deuxième temps, nous nous efforcerons de montrer en quoi les médias sociauxpeuvent être des outils de renforcement de son propre réseau militant et comment ceux-cipeuvent permettre délargir la diffusion du projet politique dun8 Un "flash-mob", ou encore mobilisation éclair, est le rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieupublic pour y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement. Le rassemblementétant généralement organisé au moyen d’Internet, les participants ne se connaissent pas pour la plupart.9 Chat : ce terme correspond à la possibilité de discuter en ligne sur internet en temps réel avec une ou plusieurspersonnes. Contrairement au logiciel de messagerie, le chat permet à linterlocuteur de prendre instantanémentconnaissance du contenu du message au moment même où ce dernier est écrit. www.cnil.fr/index.php10 Tweet : message limités à 140 caractères diffusé sur le logiciel de microblogging Twitter.11 Les médias sociaux en ligne désignent un ensemble de services permettant de développer des conversations etdes interactions sociales sur internet ou en situation de mobilité.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 9
  • 10. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXmouvement dÉducation Populaire auprès dassociations ou de militants plus éloignés. Ilsagira ici de vérifier si la théorie de Marck Granovetter12 sur "La force des liens faibles" peutêtre appliquée aux médias sociaux.Dans un troisième temps, sera posée la question de ladéquation du ou des médias sociauxchoisis avec les valeurs de lEducation Populaire. Il s’agira, dans cette partie, de s’interrogersur les médias sociaux les plus adaptés aux valeurs de lÉducation Populaire, au risque de sepriver de l’audience des médias que sont les entreprises et marques Facebook, Twitter,Google +, et des liens éventuels entre le monde du Logiciels Libres et celui de l’EducationPopulaire.Le travail effectué dans ce document s’appuie sur des interviews de chercheurs et depersonnalités dont les travaux sont connexes à la thématique de ce mémoire. Il prendégalement appui sur des enquêtes réalisées par des organismes extérieurs sur l’engagementassociatif et sur les médias sociaux. Enfin, une partie sera consacrée à l’étude et l’analysed’un compte Twitter associatif et sur l’impact des médias sur la fréquentation de sites Internetassociatifs.Pour réaliser ce mémoire, nous mobiliserons principalement les champs disciplinaires dessciences de l’information et de la communication et de la sociologie, notamment la sociologiedes réseaux.12 Mark Granovetter, né en 1943, est professeur de sociologie à lUniversité Stanford. Cest lun des principauxacteurs du renouveau de la sociologie économique.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 10
  • 11. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 1. LES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE, NOUVELLES FORMES D’ASSOCIATIONS ?Afin d’évaluer le risque de substitution, même partiel, de l’engagement associatif traditionnelpar l’engagement sur les médias sociaux, nous allons, dans une première partie de ce chapitre,tenter de clarifier ce qui caractérise l’engagement associatif bénévole traditionnel.Puis, nous nous intéresserons aux nouvelles modalités d’engagement pouvant être mises enœuvre à travers les médias sociaux.Enfin, nous nous interrogerons sur les risques et sur les opportunités que peuvent représenterles médias sociaux pour le monde associatif.1.1. PEUT-ON CARACTERISER L’ENGAGEMENT ASSOCIATIF TRADITIONNEL ? 1.1.1. Eléments historiques et contextuelsEn France, la notion d’engagement a été fortement liée à l’action partisane et au militantismepolitique. On a longtemps considéré que l’engagement « noble », l’engagement par excellenceétait l’engagement politique, suivi de l’engagement syndical. Les autres formes d’engagement(associatif et/ou bénévole) étaient souvent dévalorisées. Ce n’est que récemment que leschercheurs (notamment les sociologues) ont inclus l’engagement bénévole et associatif dansl’étude des formes de participation au débat public.13Les crises qui ont affecté, depuis une trentaine dannées un modèle militant construit danslaction politique et syndicale, essentiellement marqué à gauche, ont retenti sur lengagementassociatif. Celui-ci a, dans certains cas, connu une évolution parallèle, le militant laissantprogressivement la place à l’usager, dans une logique de consommation d’activité et nond’engagement militant sur des valeurs partagées. Dans dautres, il sest affirmé comme unemodalité substitutive de lengagement politique.Selon le discours dominant relayé par les médias, le bénévolat serait en crise, notamment auniveau de la jeunesse. Cest aussi le sens commun et la perception des intéressés eux-mêmes.13 Lengagement contemporain : Les raisons dagir et le sens des mutationsNote de problématique élaborée par Catherine LENZI, sociologue, chercheuse associée au laboratoirePrintemps/CNRS, responsable du pôle enseignement supérieur, recherche et international à l’IREIS Rhône-AlpesAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 11
  • 12. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXLors d’une intervention aux Journées d’Etudes des Responsables Fédéraux (JERF) de laLigue de l’Enseignement en février 2012, Viviane Tchernonog (chargée de recherche auCNRS), nous dit :« Il n’y a pas de crise du bénévolat. Le travail bénévole connaît, au contraire, un rythme decroissance tout à fait considérable. Les différents travaux qui sont conduits auprès desassociations permettent de conclure que le bénévolat est en plein essor.Les dernières données nous permettent d’affirmer aujourd’hui que 32 % des français âgés deplus de 18 ans ont une activité bénévole, ce qui nous fait à peu près 16 millions de bénévoles.Pour autant, le travail bénévole connaît un certain nombre de difficultés, notamment dans lerenouvellement de ses responsables, qui explique les discours tenus sur la crise dubénévolat. »Ces quelques éléments historiques et contextuels, nous conduisent à nous intéresser auxmodalités qui poussent les individus à s’engager dans une association. 1.1.2. Les raisons d’agirAu travers du lien d’association, l’individu s’inscrit dans le collectif par une relationvolontaire, libre et pour un temps donné. Il développe des relations informelles, multiples,basées sur la multiplication des expériences. C’est une sorte de mise en réseau perpétuelledans laquelle la relation prime sur le cadre dans lequel elle s’exerce. En agissant ainsi,l’individu s’affranchit de ses appartenances (familiales, sociales, professionnelles) pourdevenir un « individu pluriel », résultat d’expériences forgées tout au long de cettesocialisation élargie. Il s’inscrit en fait dans un lien d’association et ce dans le sens où sesrelations aux autres sont volontaires, libres et conçues dans un rapport égalitaire.14Ce lien d’association est présent dans notre vie de tous les jours, par les relations que nousnouons entre nous, « groupements de fait, groupements informels ». Ainsi le fait associatif estvisible bien au-delà du phénomène de l’association déclarée, contractualisée : l’association defait est aussi une réalité du lien social. Association de fait et association déclarée ne sont pas àopposer, l’une et l’autre s’inscrivent avant tout dans une approche renouvelée du lien socialpar le lien d’association.14 SUE Roger. - Renouer le lien social. Liberté, égalité, association.- Éditions Odile Jacob. - 2001Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 12
  • 13. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXDans son intervention lors des Journées d’Etudes des Responsables Fédéraux (JERF) de laLigue de l’enseignement (février 2012), Catherine Lenzi15, nous propose de rendre lisibles lesraisons qui motivent et orientent les conduites des individus qui, si elles ne sont pas forcémentliées à la thèse utilitariste, ne sont pas pour autant des « actes gratuits », c’est-à-dire nonmotivés.Pour Catherine Lenzi, le sens de l’acte d’engagement renvoie moins à la notion d’intérêt – ausens d’un calcul stratégique et rationnel – qu’à celle d’illusio, théorisée par Pierre Bourdieu :« L’illusio, c’est le fait d’être pris au jeu, d’être pris par le jeu, de croire que le jeu en vaut lachandelle, ou, pour dire les choses simplement, que ça vaut la peine de jouer. »16Bénédicte Havard-Duclos et Sandrine Nicourd, à partir d’une analyse des processusd’engagement observés dans des associations de solidarité, ont montré que l’intensité desengagements dépendait de la façon dont les organisations répondent aux attentes des militantssur quatre registres : « l’utilité sociale, le sens de l’engagement pour la trajectoirepersonnelle, le plaisir apporté par une sociabilité et un statut satisfaisant, la légitimité del’engagement au regard des normes sociales dominantes »17.Un rapport de recherche, "Intérêts dêtre bénévole"18, vient compléter l’analyse de BénédicteHavard-Duclos et Sandrine Nicourd.L’objectif essentiel de cette recherche concerne moins le bénévolat en tant que tel, quel’analyse des incidences positives, ou éventuellement négatives, pour le sujet de la pratiqued’une activité bénévole régulière au sein dune association. Cette recherche a été réaliséeauprès de cinquante huit bénévoles à partir d’entretiens non directifs sur leur parcoursinitiatique de formation et de construction de savoirs, à partir d’un échantillon raisonné.L’analyse des entretiens est réalisée avec le logiciel d’analyse de données textuelles Alcestedont la méthodologie vise à découvrir l’information essentielle contenue dans un texte.Les résultats de cette recherche, illustrés par le schéma suivant (Figure 1), montrent ceci :15 Catherine LENZI : Sociologue, chercheur associé au laboratoire Printemps/CNRS Université de VersaillesSaint-Quentin-en-Yvelines16 Pierre BOURDIEU, « Un acte désintéressé est-il possible ? », Raisons pratiques, Paris, Seuil, 1994, p. 15117 Bénédicte HAVARD DUCLOS, Sandrine NICOURD.- Pourquoi sengager ? : Bénévoles et militants dans lesassociations de solidarité.- PAYOT, 2005, 224 p. Page 19418 Recherche réalisée en 2010 par le laboratoire Cerlis/CNRS de lUniversité Paris Descartes sur commande duCrédit Mutuel et de la Fonda. http://www.cnrs.fr/inshs/recherche/docs-vie-labos/interet-etre-benevole.pdfAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 13
  • 14. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXClasse 1 : Animer, assurer des responsabilités et acquérir des compétencesPour 19% des bénévoles interrogés, l’engagement dans une association est souvent enconcordance avec une finalité professionnelle. Le fait de s’appuyer sur les ressources del’institution associative, de prendre des responsabilités sont des moyens d’acquérir unereconnaissance sociale. Le bénévolat permet d’enrichir ses expériences, de développer desaptitudes, d’acquérir des compétences. Il pousse à prendre des responsabilités et desinitiatives. Ces discours mettent laccent et valorisent tout particulièrement le réinvestissementprofessionnel et la reconnaissance sociale, voire une perspective d’emploi ou une promotion.Classe 2 : Projet de développement personnelPour 15% des bénévoles interrogés, l’engagement bénévole est un moyen d’utiliser desmissions associatives non seulement pour acquérir des compétences selon un projet personnel,voire un tremplin vers l’emploi, mais aussi pour sépanouir tout en occupant son temps libre.Chez les plus jeunes, on s’investit pleinement dans des missions jugées intéressantes et utilessi le projet permet de développer des compétences et laisse une grande part aux initiativesindividuelles. C’est un engagement bénévole dont l’utilité est positive pour la société maistout autant pour l’individu lui-même. La satisfaction personnelle vient en partie du don àlautre. Altruisme teinté dindividualisme donc, où se côtoient motivations pour l’autre etmotivations pour soi.Classe 3 : Contraintes et environnement familialPour 29% des bénévoles interrogés, il apparaît nettement qu’une des motivations principalesdéclarées est laspiration à rencontrer des personnes, établir des contacts et rendre service.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 14
  • 15. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXMais en même temps cet engagement est contraignant, surtout pour l’environnement familialqui en supporte les conséquences. Milieu familial qui est pourtant souvent à lorigine de cesengagements selon différentes traditions.Classe 4 : Individu et liens sociauxPour 37% des bénévoles interrogés, le désir de se faire des amis et la recherched’épanouissement est assez prégnant, c’est aussi une façon de lutter contre le risque de replisur soi. Souhaiter rencontrer des personnes ayant les mêmes préoccupations, se faire des amis,partager des moments conviviaux et festifs à l’issue des moments forts vécus ensemble sontaussi des motifs de satisfaction garants d’un engagement durable.Une deuxième analyse des contenus des entretiens vient renforcer et compléter les itemsdinformations significatifs déjà repérés et quantifiés par le logiciel Alceste. Trois grandsthèmes majeurs et transversaux à pratiquement tous les discours qui recoupent en partie etaffinent lanalyse précédente, se détachent :  Le plaisir de se réaliser : L’engagement bénévole apparaît d’abord comme lié à un loisir particulier par lequel nous pouvons tout à la fois nous connaître et « nous produire ». Il correspond à un projet d’activité où le plaisir est synonyme de réalisation de soi. En un sens, on est passé d’un engagement militant à une logique d’épanouissement personnel, ou en tout cas à une inversion des motivations.  Acquérir des compétences : S’il est difficile de considérer l’engagement bénévole comme un «travail» au sens d’une activité contractuelle, subordonnée et rémunérée, tous les bénévoles interrogés affirment en retirer des avantages par l’acquisition de nouvelles compétences. Ces compétences pouvant précisément faire l’objet d’un transfert dans le monde du travail. Par sa posture, le bénévole acquiert progressivement plus de confiance en soi et une capacité à se distancier. L’expérience bénévole facilite les acquis de compétences empathiques comme la capacité de mieux comprendre les autres, de motiver les gens rencontrés.  Affiliation & lien social : Le besoin d’appartenance à un groupe, d’échange et de reconnaissance est très fort, surtout quand nous nous sentons isolé. Le désir de se faire des amis est assez prégnant. A la différence du lien social qui se construit directementAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 15
  • 16. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX dans le rapport aux autres, la reliance est la représentation de son engagement à travers le groupe, le collectif, l’association. Nous nous lions individuellement et nous sommes relié par le collectif, par le sentiment d’une appartenance commune. C’est aussi un moyen de sortir des contraintes familiales et professionnelles tout en permettant de rencontrer d’autres personnes et d’apprendre autre chose.Si les raisons de s’investir dans le bénévolat associatif se traduisent principalement par leplaisir de se réaliser, par l’acquisition de nouvelles compétences susceptibles d’êtretransposées dans la vie professionnelle et par le désir de lien social, cet engagement associatifsubit-il des mutations ? Des évolutions ? 1.1.3. Les évolutions de l’engagementSi on entend derrière le terme engagement, l’engagement partisan ou politique, il ne fait doncpas l’ombre d’un doute que les individus aujourd’hui ne se reconnaissent plus dans ces modesde participation collective qu’ils perçoivent comme sacrificielle et en désaccord profond avecles valeurs individuelles et d’autonomie qui les animent. Ce nest donc pas anodin si lesacteurs associatifs se définissent davantage comme des individus "engagés" et affranchis deslogiques dappareil, que comme des militants, terme associé au petit soldat de la cause.Suivant cette même logique, les individus engagés dans une action collective et plusgénéralement les bénévoles associatifs, se définissent souvent comme apolitiques ou nonpartisans, quand bien même tout dans leur pratique, témoigne du contraire.19« Au militant dévoué et fidèle, fonctionnant à l’appartenance identitaire et à l’engagementillimité, aurait succédé un militant plus autonome à l’égard des organisations, mobilisé surdes objectifs concrets, modestes et spécialisés mais utiles, sur des durées limitées. L’actiondeviendrait plus importante que l’affiliation, dans un idéal tout autant libéral quelibertaire »20.19 Catherine LENZI.- Lengagement contemporain : Les raisons dagir et le sens des mutations. Intervention lorsdes JERF de la Ligue de l’enseignement (février 2012).20 HAVARD-DUCLOS et NICOURD, 2005, p. 171Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 16
  • 17. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXSi l’on en croit les discours de Catherine Lenzi et de Bénédicte Havard-Duclos et SandrineNicourd, il semblerait que l’engagement militant, basé sur l’appartenance identitaire liée auprojet politique de l’association, évoluerait vers une forme plus limitée dans le temps sur desobjectifs plus précis. C’est en cela qu’il existe une profonde différence entre les « nouveauxbénévoles » et le modèle militant traditionnel. Alors que ce qui fonde une association, ce quidoit être l’objet du ralliement des adhérents est une finalité partagée, ce qui motiveaujourd’hui les « nouveaux bénévoles » réside davantage dans l’action qu’ils conduiront eux-mêmes. La recherche d’un épanouissement individuel et la volonté de garder son autonomiedans l’association prendraient le pas sur un engagement permanent.Certains sociologues ont développé une thèse sur une mutation des formes de l’engagement.Jacques Ion explique, par exemple, qu’elle oppose un militantisme « total » du passé à unmilitantisme « distancié » du temps présent21. Le premier se caractériserait par uninvestissement intense dans la cause, à laquelle une large part de la vie familiale et des loisirsserait sacrifiée : réunions plusieurs soirs par semaine, distributions de tracts et vente dujournal le dimanche, auxquels s’ajouteraient cotisations élevées, docilité à l’égard de lahiérarchie et fort attachement identitaire au mouvement (parti, syndicat…). Le second sesingulariserait, à l’opposé, par les fluctuations de l’engagement, conçu comme « à la carte » :chacun choisirait ses propres rythmes, degrés et modalités de participation au groupe, et seméfierait des structures bureaucratiques hiérarchisées perçues comme menaçantes pour sonautonomie et sa liberté. De même, ces nouveaux militants n’hésiteraient pas à passer d’unecause à une autre au gré de leurs envies et disponibilités (de la défense d’un site menacé àcelle des sans-papiers, par exemple).Viviane Tchernonog (JERF, février 2012), constate que le profil des bénévoles a changédepuis une dizaine d’années22. Ils sont devenus beaucoup plus exigeants. Ils sont nombreux àsouhaiter maîtriser leurs parcours de bénévoles, à vouloir diversifier les expériences. Ilspréfèrent souvent certains secteurs d’activités.Les jeunes préfèrent faire du bénévolat dans la culture ou l’humanitaire et d’autres secteurssont délaissés. Les nouveaux bénévoles veulent avoir une prise sur le projet de l’association.21 Jacques ION. - La fin des militants ? - Paris, L’Atelier, 1997.22 Viviane TCHERNONOG. - Les grandes tendances de l’évolution des associations. - Article extrait de jurisassociations n° 384 du 15 septembre 2008. Reproduit avec l’autorisation des éditions Juris associations.https://www.associatheque.fr/fr/fichiers/etudes/tendances-evolution-asso-2008.pdfAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 17
  • 18. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXIls ne veulent pas être de simples exécutants. Ils aspirent aussi à pouvoir infléchir un certainnombre d’actions de l’association. 1.1.4. Eléments de synthèseLe tableau ci-dessous (Tableau 2) tend à synthétiser ce qui caractérise l’engagement associatifet ses évolutions.Tableau 2 : Raisons d’agir et évolutions de l’engagement associatifLes raisons de l’engagement - Le désir de lien social : se faire des amis,associatif : rencontrer de nouvelles personnes, hors du cercle professionnel et familial, partager des moments conviviaux. Le besoin d’appartenance à un groupe. - Le plaisir de se réaliser : épanouissement personnel, sépanouir tout en occupant son temps libre, motivations altruistes et motivations plus personnelles. - Acquérir des compétences : prise de responsabilités comme acquisition de reconnaissance sociale, réinvestissement professionnel, voire perspective d’emploi ou promotion. Acquisition de compétences empathiques.Les contraintes de - Engagement contraignant, surtout pourl’engagement : l’environnement familial qui en supporte les conséquences.Les évolutions de - Plus limité dans le temps.l’engagement : - Sur des projets d’actions plus précis. - Sur des rythmes plus souples, choisis par le bénévole. - Méfiance envers les structures bureaucratiques hiérarchisées. - Impliqué dans le projet global de l’association Vs simple exécutant.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 18
  • 19. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXPar ailleurs, Isabelle Compiègne, dans son livre « La société numérique en question(s) »23,parlant « des nouveaux dispositifs de communication et leur diversification » et du phénomènede « connexion continue », dit « qu’elle entraine un morcèlement de lactivité et unedispersion des engagements avec le danger que cela nuise finalement à la profondeur delinvestissement dans la relation. »L’engagement sur les médias sociaux peut-il venir se substituer à l’engagement associatiftraditionnel ? Internet est-il en train de réinventer une culture de l’engagement militant ?1.2. LES MOBILISATIONS SUR LES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE : NOUVELLE FORMED’ENGAGEMENT ?De 1995 à 2001, lInternet militant prend véritablement forme avec les listes de diffusion surle web24. Internet donne la possibilité à ceux qui nappartiennent pas ou ne veulent pasappartenir à des organisations syndicales ou associatives de donner une ampleur à leursrevendications. Cette période de développement de technologies façonne de nouveauxcomportements engagés permettant à de nombreux individus de se dégager des organisations.On parle de micro-mobilisations, non pour témoigner de leur faible diffusion, mais poursignaler quelles peuvent se déployer à partir de laction dun homme.Les mobilisations ne sont plus l’apanage des mouvements syndicaux ou associatifs, unesomme d’individus peut désormais, à partir du témoignage en ligne d’un seul membre,mobiliser autour d’une revendication, d’un fait ou de la défense d’une cause.Manuel Castells25 évoque par ailleurs que « les réseaux en ligne, quand ils se stabilisent,peuvent engendrer de véritables communautés : des communautés certes virtuelles,différentes en cela des communautés physiques, mais pas nécessairement moins fortes oumoins efficaces pour maintenir un contact ou mobiliser. »23 Isabelle COMPIEGNE.- La société numérique en question(s).-Auxerre, Siences Humaines Éditions 2011.-127p.24 Une enquête menée auprès de cyberactivistes montre comment Internet est devenue un véritable laboratoirepolitique. Scripts, blogs, forums, listes de discussions reformulent sans cesse les cadres du débat public. Articleparu le site scienceshumaines.com inspiré du livre « Devenir Média » (Olivier Blondeau en collaboration avecLaurence Allard) - http://www.scienceshumaines.com/quand-internet-reinvente-le-politique_fr_21841.html25 Manuel CASTELLS.- La Galaxie Internet.- Paris : Fayard, 2001.– 365 pAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 19
  • 20. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 1.2.1. L’exemple du « Bad Buzz26 » des supermarchés CORAL’exemple de la caissière des supermarchés CORA illustre bien le pouvoir de mobilisationdes médias sociaux.C’est un article publié sur l’Express.fr qui déclenche « la machine » le 26 octobre 2011.L’histoire de cette caissière des supermarchés Cora, « Menacée de licenciement pour un ticketde caisse ramassé », provoque des réactions en chaîne et une vague de commentaires violentssur les médias sociaux.La page Facebook de Cora a été prise d’assaut par les internautes qui ont multiplié lesinvectives et des commentaires furieux. Même chose sur Twitter où Cora entre très vite dansles sujets tendances du moment. De son côté, l’enseigne Cora tente une modération sur cesmédias sans jamais parvenir à endiguer la vague contestataire. Trop tard, l’incendie de la criseest déclaré ! Et les grands médias en font aussitôt leur miel à tel point que les stations de radioFrance Inter et Europe 1 ouvrent leur antenne à la caissière incriminée, et les indignéss’apaisent à peine le lendemain, quand l’enseigne publie son mea culpa sur Facebook.La direction, après avoir fait savoir dans laprès-midi être en relation avec lhypermarché deMondelange, a annoncé sa décision dans la soirée sur sa page Facebook. Elle annonce « nepas poursuivre la procédure engagée à lencontre dune salariée du magasin. »Cora ajoute : « Nous avons conscience de lémotion suscitée par les informations paruesdepuis ce matin. »Le statut a été commenté plus de 500 fois. Si la décision est évidemment une bonne nouvellepour la salariée, les internautes estiment que la réaction de Cora est bien faible, et demandent,pêle-mêle, « des excuses publiques », un « boycott » ou encore la « démission de ladirection ».La mobilisation sur les médias sociaux a gagné, la salariée est réintégrée, et Cora s’en tireavec une e-réputation négative dans les annales de Google.Cette mobilisation éclair n’est pas un cas isolé, et reflète le pouvoir fédérateur de l’Internet,pourvoyeur de nouveaux outils pour défendre, plaider, dénoncer, aider, critiquer, et agir,autant d’actions qui étaient jusque là mises en œuvre par des organisations associatives,politiques ou syndicales. Mais cette mobilisation n’est-elle pas ponctuelle ? A-t-elle permis de26 Un bad buzz est un phénomène de "bouche à oreille" négatif qui se déroule généralement essentiellement surInternet.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 20
  • 21. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXfaire avancer réellement la cause des conditions de travail des caissières de supermarchés ?Impacte-t-elle les ressources humaines de l’entreprise ? 1.2.2. Limpact des médias sociaux pendant le printemps arabeL’année 2011 voit également émerger des mouvements de mobilisation citoyenne danslesquels les réseaux sociaux numériques jouent un rôle important, notamment “en créant denouveaux liens de solidarité et de sociabilité entre ceux qui informent et ceux qui reçoiventlinformation pour contourner la censure et informer en continu et en direct desévènements 27 » : le « Printemps Arabe »28 en a été le révélateur.Rita Chemaly, lors d’une table ronde autour des Intifadas Arabes, organisée par l’Institut desSciences Politiques, à l’Université Saint Joseph de Beyrouth, le mercredi 20 avril 2011, nouséclaire sur le rôle des médias sociaux lors du « Printemps Arabe ».Ce rôle, dit-elle, sest centré autour de trois pôles : - Diffuser linformation et les messages de soutien aux populations révoltées, mais aussi et surtout couvrir le mouvement de rue et alerter, notamment via Twitter (exemple de Samer Karam qui mettait à jour une liste des disparus et utilisait Twitter pour alerter l’opinion sur le sort des « activistes » et opposants arrêtés, torturés ou kidnappés). - Contester avec des pétitions et articles qui expriment le ras-le-bol des citoyens, et de ceux qui les soutiennent, donnant aussi la parole, sur la sphère publique numérique, à la diaspora des pays concernés et aux dissidents.27 Rita CHEMALY, diplômée en sciences administratives et politiques de lInstitut des Sciences Politiques delUniversité Saint Joseph de Beyrouth. Les réseaux numériques au service des intifadas arabes . Table ronde du20 avril 2011, Institut des sciences politiques, université Saint Joseph :http://ritachemaly.files.wordpress.com/2011/04/table-ronde-isp-intifadas-arabes-et-ntic-par-rita-chemaly.pdf28 Le « Printemps arabe » est un ensemble de contestations populaires, dampleur et dintensité très variables, quise produisent dans de nombreux pays du monde arabe à partir de décembre 2010.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 21
  • 22. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX - Se mobiliser en se regroupant dans des groupes de façon affinitaire par la création de groupes sur Facebook et de Hashtags29 (#) sur Twitter qui regroupent et catégorisent les flux dinformations, et rassemblent autour dinitiatives communes.Un des enseignements que nous pouvons tirer de cette analyse est que les médias sociaux ontété des catalyseurs pour des mobilisations et des actions collectives communes, qu’ils ont étédes outils cruciaux lors des Intifadas arabes, mais qu’il ne faut pas oublier, comme le rappellejustement Rita Chemaly en conclusion de son intervention, « que la grande part de lamobilisation et de laction politique effective, a eu lieu dans la rue et dans les manifestationsde quartiers ». 1.2.3. Un compte Twitter fermé grâce à la mobilisation sur InternetPlus récemment, un compte Twitter pédo-pornographique a été suspendu le 9 août dernier parle site de micro-blogging, grâce à la mobilisation massive d’utilisateurs.Le compte « @many501611 » a été trouvé et fermé après que des utilisateurs du réseau socialont commencé à le dénoncer. La mobilisation des internautes utilisant Twitter ayantrapidement pris de l’ampleur, le compte pédo-pornographique a été signalé à la plateformeofficielle du ministère de l’Intérieur chargée de ce type de dossier.Depuis sa création en janvier 2009, le service qui emploie conjointement policiers etgendarmes tous rattachés à la Direction Centrale de la Police Judiciaire, a déjà à son actifplusieurs dizaines de milliers de signalements par des individus. En revanche, c’était lapremière fois qu’un signalement était réalisé sur le réseau social en France.Cet exemple prouve le pouvoir de mobilisation offert à des citoyens par les médias sociauxpour des actions rapides et ponctuelles. En effet, l’action des utilisateurs de Twitter,découvrant grâce à ce média un acte délictuel, a pu faire stopper cette diffusion à caractèrepédo-pornographique. Pour autant, il semble peu probable que la majorité des internautesayant participé à cette mobilisation s’engage dans une action à plus long terme pour la lutte29 Derrière ce mot barbare se cache un symbole trop souvent oublié du clavier : le #. Twitter remet ce symbolesur le devant de la scène en lui donnant un rôle capital, celui d’annoncer un sujet ou un mot-clé. Un hashtag estainsi un mot-clé précédé d’un #. Il permet d’ajouter une information complémentaire à un tweet, qui vapermettre de regrouper les messages autour d’un même thème, d’un même lieu ou encore d’un mêmeévènement, facilitant ainsi sa diffusion. Définition issue du livre d’Emilie OGEZ et Jean-Noël CHAINTREUIL :Twitter. Edition Diateno, 2012.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 22
  • 23. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXcontre la pédo-pornographie. Ce que permettent les médias sociaux de type Facebook ouTwitter, c’est la diffusion rapide auprès d’un nombre massif d’individus d’une information(même erronée dailleurs...) qui peut impliquer ceux-ci le temps d’un « clic ».Selon Alban Martin30, cofondateur du Social Media Club et maître de conférences associé auCelsa Paris IV Sorbonne, c’est une « forme hybride de l’engagement », qui serait née grâce àInternet et aux réseaux sociaux, « plus superficielle, et souvent décevante quand il s’agit depasser au concret ». Ce dernier attribue cette volatilité à l’outil lui-même : on peut soutenirune cause sur Facebook en un clic, sur une page qui accroche le chaland avec des airs depétition : « C’est un problème d’émotion. Sur le coup de l’émotion, on peut cliquer vite sansréfléchir ». 1.2.4. Le mouvement des « Indignés »Si les mobilisations virtuelles ne sont pas nécessairement synonymes d’engagement réel etpérenne dans le temps, nous aurions tort de négliger ce pouvoir de mobilisation.Il ya encore quelques années, les mobilisations de citoyens, signifiant leurs désaccords par desmanifestations de rues, étaient initiées par des collectifs formels. En 2006, par exemple, Lessyndicats et coordinations détudiants et de lycéens, ainsi que les partis de gauche, manifestentcontre le gouvernement Dominique de Villepin et demandent le retrait des Contrats PremièreEmbauche et Nouvelle Embauche (CPE & CNE). Cette mobilisation rassemblait, le mardi 28mars 2006, environ 1 055 000 manifestants, selon la police, plus de trois millions selon FO etla CGT31.Aujourd’hui, les modalités de mobilisation semblent, dans certains cas, s’être inversées.L’engagement, sur Internet, d’individus, non structurés en collectifs formels, inspire desactions collectives d’envergures. Dans le cas du mouvement des « indignés », inspiré par lepetit ouvrage de Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! », qui de Madrid à Athènes exprime sacolère, l’appel sur Internet s’est traduit en un engagement concret, physique de la part des30 Alban MARTIN. - Mobilisation numérique : « une forme hybride de lengagement ». -www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/9254-mobilisation-numerique-l-une-forme-hybride-de-lengagement-r.html31 Lemonde.fr, article paru le 27 mars 2006 : http://www.lemonde.fr/international/article/2006/03/27/la-mobilisation-contre-le-cpe-atteint-une-ampleur-inegalee_755248_3210.htmlAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 23
  • 24. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXinternautes. Descentes dans les rues, marches organisées, campements de fortune, autantd’actions symboliques et pacifiques pour manifester leur ras-le-bol.C’est également ce que nous rappelle Christophe Aguiton, lors du colloque « Refaire Société : 32Comment s’engager aujourd’hui ?» : « Aujourd’hui, pour s’engager, on commence par agir.On publie un dessin de chat sur Facebook, comme l’a fait Willis from Tunis33. On lance unepétition. On rencontre d’autres personnes. On construit peu à peu plus de sens. Avant, onconsidérait qu’il fallait d’abord être organisé avant d’être convaincu. On était militant avantde faire des manifs. Aujourd’hui, c’est la manif qui est le lieu de rencontre ».Ces mobilisations, facilitées par les médias sociaux, ne constituent-elles pas une nouvelleforme dengagement, moins structurée, plus spontanée dans son expression ? L’engagementassociatif traditionnel risque-t-il de disparaître au profit de lengagement sur les médiassociaux ? Les associations ne devraient-elle pas, au contraire, profiter de cette opportunitépour diffuser plus largement leur projet politique ?1.3. MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE : RISQUE OU OPPORTUNITE POUR LE MONDEASSOCIATIF ?Si ces nouvelles formes de mobilisation présentent effectivement quelques risques pourl’engagement traditionnel, elles représentent également des opportunités auxquelles le mondeassociatif devrait s’intéresser. 1.3.1. Médias sociaux : risque de substitutions ?S’il existe un risque pour les associations, notre avis est quil réside dans la nature même desmodalités d’engagement sur les médias sociaux. En effet, l’engagement traditionnel associatifreposait sur des structures hiérarchisées et pérennes qui portaient la parole collective desmilitants. Internet s’est construit différemment, avec pour ADN l’expression de l’individu entant que personne. Dans les mobilisations contemporaines comme le mouvement « Occupy32 Compte rendu du colloque « Refaire Société : Comment s’engager aujourd’hui ? »:http://internetactu.blog.lemonde.fr/2012/01/03/refaire-societe-comment-s%E2%80%99engager-aujourd%E2%80%99hui/33 Page Facebook WillisFromTunis : http://www.facebook.com/pages/WillisFromTunis/145189922203845Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 24
  • 25. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXWall Street34 » ou celui des « Indignés », c’est d’abord la personne qui sexprime et sengage.En cela, certains mouvements associatifs peuvent être réticents à développer une stratégie deprésence sur Internet et sur les médias sociaux, de peur de ne plus maîtriser un discoursconstruit par le collectif. Toutefois, pour Nathalie Boucher-Petrovic35, « ces technologiesoffrent des opportunités d’élargissement des lieux d’échange, de débat et d’interaction ;autrement dit de l’espace public ».Ce risque nous semble toutefois limité. Notre avis est que la parole collective a davantage dechance d’aboutir, et d’être prise en compte par les pouvoirs publics, si elle est portée par uncollectif structuré et formel, passant par des formes associatives, syndicales ou politiques.Ainsi, pour Dominique Cardon36, « il est inutile d’opposer les mobilisations en ligne et lesmobilisations traditionnelles, passant par les formes associatives. En fait, les premières sontsouvent très poreuses et beaucoup de ceux qui sont les plus actifs dans les mobilisations enligne ont souvent une socialisation militante et politique préalable.37 »Un des risques identifiés par les responsables associatifs croisés dans notre quotidienprofessionnel, est un risque de « virtualisation » des échanges allant à l’encontre même desraisons de l’engagement associatif, à savoir le désir de lien social (se faire des amis,rencontrer de nouvelles personnes, partager des moments conviviaux) comme nous l’avonsmontré précédemment. A cela, Valérie Peugeot38, répond « Contrairement à une craintecouramment répandue lors des premiers développements d’Internet, et pourtant démentie dèsce moment-là, les technologies de l’information ne se substituent pas aux échanges humains,relationnels, mais au contraire les amplifient, les démultiplient, ou leur font emprunter denouvelles voies. La préparation d’une décision collective peut être grandement facilitée par34 Occupy Wall Street (en français : « Occupons Wall Street/New York » ) est un mouvement de contestationpacifique, initié en 2011, dénonçant les abus du capitalisme financier.35 Education populaire et TIC : mise en perspective et enjeux - Communication de Nathalie Boucher-Petrovic,aux Roumics le 15 juin 2006 à Lille36 Dominique CARDON, sociologue et Chercheur associé au Centre d’étude des mouvements sociaux de l’Écoledes Hautes Études en Sciences sociales.37 Voir interview complète en annexe.38 Valérie PEUGEOT, chercheuse à lOrange Labs, présidente de lassociation VECAM.- Réseaux humains,réseaux électroniques. - Paris, Éditions Charles Léopold Mayer, 2001.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 25
  • 26. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXles outils à distance ; la construction finale d’une pensée collective et les prises de position etde décisions importantes demanderont toujours le face à face. »Un autre risque que nous pouvons identifier de l’utilisation faite des médias sociaux est queces nouveaux outils placent parfois au même niveau des causes très nobles, des débats desociété sérieux, et des requêtes très superficielles. Des millions de personnes peuvent semobiliser pour élire le candidat de Koh-Lanta ou la Danette du mois, et cliquer ensuite sur unepétition à caractère politique ou humanitaire. Pour pallier cet écueil et être visibles et lisiblessur ces médias numériques, les militants associatifs devront se convertir au « marketingagressif du web 2.039 », ce qui suppose une montée en compétences qui peut passer par unestratégie de recrutement de bénévoles ou de professionnels, issus d’une tranche de lapopulation plus jeune et souvent plus aguerris à ces nouveaux outils.François Meynier40, chargé de mission Technologies de l’Information et de la Communicationà la Ligue de l’enseignement de la Dordogne, en charge d’une mission déléguée « SociétéNumérique » auprès de la Ligue de l’enseignement nationale, nous explique que « lesmobilisations numériques ne pourront jamais se substituer totalement aux formestraditionnelles d’engagements qui passent par les actions de terrain, utilisées comme autantde vecteurs pour faire passer pratiques, idées et valeurs. Cependant, elles sont uncomplément intéressant lorsque l’on veut communiquer sur ces actions. Les formestraditionnelles d’engagements associatifs ne peuvent donc faire l’impasse sur ces nouveauxmoyens de communication au risque de perdre de l’audience face à des alternativesd’engagement plus axées sur de la consommation. »Même si l’engagement sur les médias sociaux présente des risques pour les organisationsassociatives traditionnelles, elles doivent sinterroger sur le risque qu’il y aurait pour le mondeassociatif à ne pas être présent sur les médias sociaux, et plus globalement sur le Web 2.0.Le risque pour un mouvement associatif d’être absent des médias sociaux est de notre point devue de plusieurs ordres : - Que dautres parlent à sa place sur des sujets qui font pourtant sa raison d’être. - Que dautres parlent de lui à sa place.39 Considéré comme lévolution naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept dutilisation dinternet qui apour but de valoriser lutilisateur et ses relations avec les autres.40 Voir interview en annexeAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 26
  • 27. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX - Que dautres offrent lieux de parole et de partage à sa place. - Que dautres fédèrent son public naturel à sa place.S’il existe bien un risque « d’émiettement de l’engagement que ce soit sous sa forme politiqueou sous sa forme associative, qui lui est dangereux pour la pérennité des structuresassociatives», comme nous le rappelle Bastien Sibille, fondateur de l’entreprise solidaire delogiciels libres TALCOD et secrétaire général de l’Association Internationale des LogicielsLibres (AI2L), dans une interview qu’il nous accordait le 18 juillet 2012 41, les associations nedevraient-elle pas saisir « ces nouvelles opportunités de s’exprimer dans les outils et médiasnumériques qui semblent correspondre aux démarches actives et collaboratives propres àléducation populaire »42 ?Il ne sagirait donc pas de s’exclure des évolutions technologiques et des médias sociaux enligne, mais de profiter des opportunités offertes, dy participer, voire même d’être moteur dansle domaine de l’appropriation citoyenne des outils et médias numériques. 1.3.2. Médias sociaux en ligne : une opportunité à saisir ?Si les médias sociaux représentent un risque pour l’engagement associatif traditionnel, enfavorisant un émiettement pouvant correspondre aux évolutions repérées de cet engagement(Plus limité dans le temps ; Sur des projets d’actions plus précis ; Sur des rythmes plussouples, choisis par le bénévole ; Méfiance envers les structures bureaucratiqueshiérarchisées), ils offrent également à une association une belle opportunité de communiquer.Il est toutefois nécessaire que lassociation connaisse bien les spécificités des modes demobilisation sur les réseaux sociaux. Ceux-ci passent d’abord par des contenus partageablesautour desquels il est possible d’interagir. Les vidéos, les infographies, les « images toutesfaites », quon partage, quon « like »43, quon « retwitte »44 ... sont des matériaux pour41 Voir interview complète en annexe42 Nathalie Boucher-Petrovic, « La société de l’information « appropriée » par l’éducation populaire : unetradition en question », tic&société [En ligne], Vol. 2, n° 2 | 2008, mis en ligne le 07 mai 2009. URL :http://ticetsociete.revues.org/52843 Liker : cliquer sur une information publiée sur Facebook pour dire quon laime.44 Le retweet est une pratique courante sur Twitter. C’est le tweet d’une personne, republié par un autreutilisateur qui le trouve suffisamment intéressant pour le faire découvrir à ses abonnés. Définition issue du livred’Emilie OGEZ et Jean-Noël CHAINTREUIL : Twitter. Edition Diateno, 2012.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 27
  • 28. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXmobiliser autour d’un projet dans le cadre d’une logique de dissémination des contenus par lespublics visés.Le cas de la campagne Kony 2012 est un cas extrême mais il est porteur denseignements. Ilsagit dune vidéo controversée mettant en scène Joseph Kony et utilisant la dramatisation,l’émotion et la simplification pour stigmatiser un pays - l’Ouganda - alors même que Kony nesy cache plus, et ce depuis 2006.Cette vidéo a été visionnée par des millions de personnes. Une très grande majorité de ceuxqui ont partagé et fait circuler cette vidéo n’auraient jamais eu connaissance des exactionscommises et du cas des enfants soldats si les modalités de l’interaction par contenus envigueur sur les médias sociaux n’avaient pas été déployées à une échelle jamais atteintejusqu’à là sur un sujet « sérieux ».Cette forme de militantisme a sa place dans les associations et les actions qu’elles proposent :c’est le « besoin » d’une organisation qui est au cœur de la logique d’engagement. En cela, lesréseaux sociaux numériques ne se substituent pas aux associations traditionnelles mais leursont complémentaires. C’est ce que nous dit Laurence Allard45, dans l’interview qu’elle nousaccordait : « les mobilisations sur les médias sociaux sont avant tout complémentaires auxmobilisations associatives traditionnelles. »Certains partis politiques ont d’ailleurs bien compris ce pouvoir de communication lors de ladernière campagne présidentielle. La plupart proposaient à leurs militants des kits de présencesur les médias sociaux. Le Parti Communiste Français, par exemple, consacrait un chapitreentier de son « Guide du militant »46 sur l’utilisation d’Internet pendant la campagne : règlespour mettre en place un mailing, conseils pour bien utiliser Facebook et Twitter, intérêt etmode dutilisation des Hastags (#PCF, #placeaupeuple, #FDG, #Melenchon2012).Pour François Meynier, ces médias ne sont pas seulement une opportunité : ils deviendrontdans le futur un des principaux moyens de communication des associations (en plus desmoyens de communication traditionnels, électroniques ou classiques).45 Laurence ALLARD, maître de conférences en Sciences de la Communication, Chercheur à l’IRCAV-Paris/Enseignante à l’Université Lille 3. Voir interview complète en annexe46 Guide du militant du Parti Communiste Français : http://www.pcf.fr/sites/default/files/guide_militant_2.pdfAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 28
  • 29. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXDes associations ont choisi avec succès d’investir dans les médias sociaux, le cas des Restosdu cœur est de ce point de vue intéressant.Pour chaque partage Facebook ou hashtag #restos2012, un repas était offert aux bénéficiairesdes Restos.Danone et Carrefour se sont associés au Restos du cœur pour réaliser cette opération. Cesdeux firmes promettent alors de distribuer 1 repas par partage Facebook (dans la limite de5000 partages), 1 repas par hashtag #restos2012 (dans la limite de 10 000 hashtags), 10 repaspour un billet de blog (dans la limite de 2000 billets) et 15 repas pour un dessin (dans la limitede 150 dessins).Bien sur, on l’aura compris, c’est une opération de communication pour Danone et Carrefourmais c’est aussi un gros coup de communication pour les Restos du cœur.Le bilan de cette opération est positif : l’objectif des 5000 partages sur Facebook a étécomplètement atteint (en 2 heures seulement !), en voyant plus de 70 000 partages accomplisen 1 jour. Par ailleurs l’objectif des 10 000 tweets a été également atteint en 1 jour lui aussi.A ce jour le nombre d’images et d’articles partagés n’est pas comptabilisable, mais les Restosdu cœur affirment que le lancement de cette opération est une vraie réussite puisque que plusde 15 000 repas ont été distribués.D’autre part, en développant de nouvelles formes de participation bénévole, aux côtés desintervenants ponctuels ou réguliers avec une fonction précise (animation, trésorerie, accueil,représentation …), les associations pourront également profiter de ces technologies pourdévelopper des missions bénévoles adaptées aux contraintes de certaines des personnes quihésitent à s’engager. Par exemple, du « bénévolat à distance » pour s’occuper, de sa Bretagneou de Paris, de la communication de la fête d’été à Périgueux pour aider des organisateursdéjà investis sur place. Cette solution permettrait également à des personnes isolées ou ensituation de handicap d’être bénévoles à hauteur de leurs moyens et envies, et, plus largement,de travailler en temps non contraint. Ceci pourrait inciter à s’engager des gens ayant lesentiment dêtre « surbookés ». Car un des freins au bénévolat est le manque de temps ousupposé.Bien utilisées, les technologies de linformation permettent de tirer la participation descitoyens vers le haut, doffrir des occasions de concrétisation à une citoyenneté plus active.Les échanges sur Internet peuvent aussi orienter linitiative, permettre de trouver lautre ou lesautres qui ont la même approche, les mêmes ressentis, les mêmes convictions, de créer desAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 29
  • 30. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXcommunautés dintérêt puis daction, et ainsi de construire le lien entre dispositionsindividuelles et actions collectives. N’est-ce pas là une des missions des mouvementsd’Education Populaire ?Ces technologies permettent à des formes d’engagement émiettées de s’exprimer, mais ellespermettent également de les agréger, de leur donner une temporalité.La théorie de Bastien Sibille, est que l’on va vers des formes faibles d’engagement. Cela neveut pas dire qu’elles sont meilleures ou pires, elles sont simplement de nature différente.Ces nouvelles formes d’engagement sont plus ténues, et il semble donc important que lemonde associatif soit en capacité de produire des technologies qui soient capables de capterces formes d’engagement.Si nous sommes convaincus que les technologies numériques, et notamment les réseauxsociaux numériques, présentent une opportunité de promouvoir le fait associatif, et mobiliserune base militante renouvelée et d’offrir à des personnes motivées loccasion et les moyens departiciper, qu’en est-il vraiment ? Peut-on mesurer l’impact de ces médias sur ladissémination du projet associatif ? Existe-t-il un intérêt à développer ces formes demobilisations dites « faibles » ?Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 30
  • 31. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2. LES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE, OUTILS AU SERVICE DU MONDE ASSOCIATIF ?Dans ce chapitre, nous allons tenter de montrer en quoi les médias sociaux peuvent être desoutils utiles aux associations pour la diffusion de leur projet associatif. Pour ce faire, nousnous intéresserons, dans un premier temps, à la notion de capital social, puis à la théorie de« la force des liens faibles », développée par Mark Granovetter47, pour ensuite essayer devérifier cette théorie à travers l’étude d’un compte Twitter d’une association. Enfin nous nousinterrogerons sur l’impact des médias sociaux sur la fréquentation d’un site Internet associatif.2.1. LES MEDIAS SOCIAUX COMME SUPPORT DU FAIT ASSOCIATIF ? 2.1.1. La notion de capital social appliquée à une association.Pierre Bourdieu48 (1980) définit le capital social comme “la somme des ressources actuellesou virtuelles, qui reviennent à un individu ou à un groupe du fait qu’il possède un réseaudurable de relations, de connaissances et reconnaissances mutuelles plus ou moinsinstitutionnalisées, c’est-à-dire la somme des capitaux et des pouvoirs qu’un tel réseaupermet de mobiliser”.Que cela veut-il dire ? Simplement que, pour l’individu, ses relations avec d’autres individusconstituent autant de ressources qu’il peut mobiliser à l’occasion pour obtenir un avantagequelconque dans sa vie sociale.Appliquée à une personne morale que constitue une association, cela pourrait vouloir dire quele capital social d’une association serait constitué de la somme des ressources actuelles (sespropres adhérents) ou virtuelles (adhérents ou sympathisants potentiels) qu’elle possède etqu’elle pourrait mobiliser à l’occasion pour obtenir un avantage quelconque dans sa vieassociative.47 Mark GRANOVETTER, « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, 197348 Pierre BOURDIEU.– Le capital social.- Actes de la Recherche en sciences sociales N° 31, 1980.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 31
  • 32. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXSelon Robert D. Putman49, ce concept renvoie également à un bien collectif, une composanteessentielle de toute société et de tout groupe humain constitué comme tel, ce qui en « colle »ensemble les différents éléments, pour reprendre une expression fréquemment utilisée parRobert D. Putnam lui-même (« social glue »). Cest donc la ressource mobilisée pour tisser unlien social.N’est-ce pas là une des missions principales des associations ? Ainsi, pour Jean-PierreWorms, sociologue engagé et président de la FONDA50, le monde associatif se situe commeun facteur incontournable du capital social de notre pays.On pourrait donc définir le capital social d’une association comme l’ensemble des ressourcesqu’elle peut obtenir au travers de ses relations sociales. Ce capital existe toujours de façonpotentielle : il faut le mobiliser à un moment donné pour le rendre efficace. Mais avant cela, ilfaut l’avoir accumulé, ce qui s’apparente à un investissement : tisser et entretenir des liensavec d’autres personnes a un coût en termes de temps et d’énergie. C’est pour cette raison quel’on parle de capital.Cette notion de capital social est, de notre point de vue, importante dans tout projet associatifdont la légitimité dépend, avant tout bien sûr de l’action menée sur le terrain, mais égalementde sa capacité à communiquer sur cette action. En cela, le développement du capital sociald’une association est une donnée essentielle pour pouvoir être en capacité de le mobiliser,bien sûr pour mener à bien son action, mais également pour être des relais de communication.Pour Pierre Bourdieu, l’existence d’un réseau de liaisons n’est pas un donné naturel, ni mêmeun «donné social», constitué une fois pour toutes et pour toujours par un acte sociald’institution, mais le produit du travail d’instauration et d’entretien qui est nécessaire pourproduire et reproduire des liaisons durables et utiles, propres à procurer des profits matérielsou symboliques.Autrement dit, le réseau de liaisons est le produit de stratégies d’investissement socialconsciemment ou inconsciemment orientées vers l’institution ou la reproduction de relationssociales directement utilisables, à court ou à long terme.49 Robert David PUTNAM, est un politologue américain, professeur à luniversité d’Harvard. Il sest renducélèbre par ses écrits sur lengagement civique, la société civile et le capital social.http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Putnam50 La Fonda est une association reconnue d’utilité publique. Dès sa création, elle réunit des personnes autourd’un objet commun : valoriser et renforcer la contribution essentielle des associations à l’intérêt général et à lavitalité démocratique de notre pays.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 32
  • 33. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXEt les réseaux sociaux numériques dans tout ça ?On présente généralement, et un peu rapidement sûrement, la notion de capital social endisant que celui-ci est constitué par le carnet d’adresse de l’individu. Cette présentation estprobablement de moins en moins parlante à des générations pour qui le concept même de« carnet » peut sembler « hors du temps » … Aussi, vaudrait-il mieux dire que le capitalsocial est constitué de l’ensemble du répertoire de votre téléphone portable, de vos contactssur Twitter ou de vos amis sur Facebook (ou de toute autre technologie permettant d’agrégerdes contacts).Vous l’aurez sans doute compris : Facebook, comme l’ensemble des autres sites de réseaux dumême type, constitue une objectivation du capital social. Et le fait d’être présent sur cesmédias sociaux en ligne est un moyen comme un autre d’entretenir, voire éventuellementd’étendre, son capital social.Oui, mais, diront certains, nous pouvons difficilement classer l’intégralité des personnes quenous mettons dans nos réseaux comme des relations proches.Comment alors penser que ce réseau puisse apporter quoi que ce soit d’important à uneassociation ? Des individus éloignés et avec qui nous entretenons que des relationsépisodiques peuvent-ils sérieusement être considérés comme des éléments importants ducapital social ?C’est là que la théorie de « la force des liens faibles » de Mark Granovetter est intéressante. 2.1.2. Les médias sociaux numériques : la force des liens faiblesNous pensons que les liens qui unissent des groupes sociaux plus distants et plus hétérogènes,comme cela est souvent le cas sur les réseaux sociaux numériques, permettent une meilleurediffusion de l’information. Cela peut s’expliquer de la façon suivante. Dans le cadre desréseaux constitués d’individus composant un cercle restreint (famille, collègues, amis …),pour diffuser une information chacun s’adressera à ses proches et amis. Comme ceux ayantdes liens forts ont souvent les mêmes groupes d’amis, certains auront reçu l’informationplusieurs fois, mais le nombre d’individus qui aura accès à cette information ainsi que laportée de cette dernière, seront limités. Pour cette raison, les associations auraient avantage àdiffuser leur information sur les médias sociaux en ligne, et c’est ce que nous tenterons deAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 33
  • 34. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXmontrer plus loin, ceux-ci composant potentiellement un réseau plus élargi que le cercle del’association elle-même.Mark Granovetter démontre que ce sont les relations de type « connaissances », les liens« faibles » (connaissances, personnes que l’on voit peu, de façon irrégulière, et avec qui onpartage peu) qui sont susceptibles d’apporter le plus à l’individu, comparativement auxrelations de type « ami », les liens « forts » (connaissances avec lesquelles les contacts sontfréquents).Il a expliqué cette situation, a priori paradoxale, par l’existence d’obligations vis-à-vis desproches avec lesquels des liens très forts sont entretenus. Lorsqu’un individu à la recherched’un emploi sollicite ses proches, ces derniers se mobilisent aussitôt pour l’aider. Appartenantaux mêmes réseaux que lui et comptant sur les mêmes schémas de contacts, ils ne sont pas lesmieux placés pour lui présenter les meilleures offres. Ce sont les liens faibles, ceux reliant desindividus qui évoluent dans des sphères différentes et conduisant, par là même, à des réseauxplus larges et hétérogènes, qui s’avèrent les plus efficaces. Les individus comptant sur cesliens faibles accèdent à des sources d’information plus variées et moins redondantes. MarkGranovetter a tiré de cette situation sa célèbre formule : « la force des liens faibles ».Les recherches de Mark Granovetter portaient sur des individus en recherche d’emploi. Cettethéorie peut-elle se vérifier pour d’autres types de relations ?Cette théorie des liens faibles peut être facilement transposable à une autre entité sociale quel’individu, à savoir, l’association. Dans ce contexte, les liens forts constitueraient lesdonateurs réguliers, les membres de l’association, les bénévoles. Les liens faibles quant à euxpourraient se créer et se favoriser grâce à l’utilisation des réseaux sociaux numériques, tel queFacebook par exemple, et aux nombreuses interactions qu’il permet. Pour Manuel Castels51,non seulement les médias sociaux numériques sont efficaces pour maintenir et mêmedévelopper des liens faibles, mais il semble aussi jouer un rôle positif pour le maintien desliens forts à distance.Par ailleurs, certains sociologues (C. Aguiton, D. Cardon) ont mis en évidence la genèse deformes collectives originales, les coopérations faibles, par opposition aux coopérations fortes.Ces dernières correspondent à des modes de sociabilité courants présupposant une adhésion à51 Manuel Castells.- La Galaxie Internet.- Paris : Fayard, 2001.– 365 pAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 34
  • 35. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXdes finalités et des idéaux communs comme pour les coopérations associatives ou lesmobilisations politiques. Le modèle de coopération faible serait lui relié aux usages du Web2.0.Inversant les séquences que régissent les coopérations traditionnelles (dabord le partage devaleurs, puis linstauration de mécanisme de coordination, et enfin la mise en commun desressources), ces coopérations faibles et en ligne auraient un potentiel de coordinationsupérieur et sur des thématiques inattendues.52L’exemple de l’encyclopédie collaborative en ligne Wikipédia où tout internaute est invité àparticiper selon ses centres d’intérêt, ses compétences et ses connaissances, est trèsreprésentatif de ce mode de coopération faible. Chaque visiteur du site peut ainsi créer oumodifier un article selon une procédure aisée, facilitée en cela par le choix d’une plateformeWIKI53. Une fois sauvegardée, la nouvelle version est éditée et peu donc profiter à tous.Résultant d’une coordination et d’une coopération entre des milliers de participants,rectifiable par chacun, Wikipédia est donc une encyclopédie évolutive basée sur lacoopération.Alors, bien sûr, le statut de Wikipédia comme la première référence sur le web et la premièresource de connaissance dans le monde est un sujet de controverses. L’audience grandissantede Wikipédia a conduit un grand nombre de personnes à formuler des avis critiques sur lafiabilité des informations présentées dans cette encyclopédie. Ces critiques peuvent êtreentendues, et sont parfois légitimes, mais l’expérience que nous révèle Michel Serres54 est dece point de vue intéressante : « Wikipédia est un modèle de démocratie intellectuelle, où il y acertes des erreurs mais somme toute pas davantage que dans de nombreuses encyclopédies depapier publiées sous les parrainages les plus autorisés. Il y a quelques années, avec ungroupe de collègues, nous avons inventé un personnage musicien que nous avons affublé52 Isabelle COMPIEGNE.- La société numérique en question(s).-Auxerre, Siences Humaines Éditions 2011.-127p.53 Un Wiki est un système dédition interactif permettant à plusieurs personnes de rédiger un document collectifsur Internet.54 Michel SERRES : Philosophe et historien des sciences, Michel Serres a consacré de nombreux essais auxconditions de l’invention et de la transmission des connaissances.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 35
  • 36. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXd’une biographie, d’œuvres, etc., pour voir combien de temps une telle supercherie pouvaitdurer : et bien en quelques mois de corrections, il n’en restait rien. »55Mais pour Dominique Cardon56, ce n’est qu’en de rares occasions que ces « coopérationsfaibles », au terme d’un long travail de consolidation et de renforcement des liens entre lesparticipants, font apparaître des normes et des valeurs que les acteurs endosseront commeattributs identitaires en s’engageant explicitement dans la prise en charge de tâchescollectives. Alors les coopérations «faibles» de l’Internet pourront effectivement devenir«fortes» et se doter de ressources et d’instruments d’action, à la manière des collectifs dumonde réel.Notre conviction est donc que si les formes de coopérations qui se développent sur les médiassociaux ont peu de chance de contribuer fortement au renouvellement d’une base militanteforte, se traduisant par un engagement associatif et bénévole, les réseaux sociaux numériquespeuvent être des outils intéressants pour communiquer sur son action auprès d’un public quine fait pas nécessairement partie du cercle habituelle de l’association. En cela, ils permettentaux associations de mieux communiquer sur leur projet politique et donc potentiellement demobiliser autour de celui-ci.Mais qu’en est-il vraiment de ce pouvoir de diffusion par l’intermédiaire des médias sociaux ?Peut-on vérifier si les liens faibles sont les meilleurs relais de l’information diffusée sur lesmédias sociaux ?2.2. L’EXEMPLE DU COMPTE TWITTER DU CENTRE DE RESSOURCES DEPARTEMENTAL DELA VIE ASSOCIATIVE DE LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DE LA DORDOGNE.Avant d’en venir à l’étude du compte Twitter de ce centre de ressources, il nous semblenécessaire de préciser les missions de celui-ci.La Ligue de l’enseignement de la Dordogne est une fédération d’associations (360associations affiliées en 2012, représentant prés de 19000 adhérents) œuvrant notamment pour55 Michel SERRES.- La forme classique de la transmission du savoir est périmée.- Article paru dans "Les idéesen mouvement", mensuel de la Ligue de lenseignement, N°200 - Juin/juillet 2012, page3.http://www.laligue.org/wp-content/uploads/2012/06/IEM-200-BR-3.pdf56 Dominique CARDON. - Vertus démocratiques de l’Internet.- Site Internet : la vie des idées :http://www.laviedesidees.fr/Vertus-democratiques-de-l-Internet.htm .Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 36
  • 37. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXla promotion et le développement de l’engagement bénévole et associatif. Pour mettre enœuvre cette mission, la fédération a mis en place un centre de ressources physique dans leslocaux de son siège social à Périgueux (24). La mise en place de ce centre de ressources setraduit par la mise à disposition de documentations relatives au fonctionnement associatif, etpar la divulgation de conseils et d’accompagnements individualisés auprès des responsablesassociatifs et porteurs de projets sur le territoire départemental.Malgré une expertise de 80 ans dans l’accompagnement des associations de son département,et malgré le fait que la fédération ait misé depuis plusieurs années sur le développement deson secteur Vie Associative, notamment en moyens humains, celle-ci souffre d’un manque devisibilité sur ce champ par un grand nombre d’associations.La fédération décide alors en 2010 d’étoffer son offre de services aux associations. Cela setraduit par la création d’un centre de ressources et de développement de la vie associative enligne : www.24.assoligue.org.Une page Facebook (www.facebook.com/crdva24), un compte Twitter (@crdva24) ainsiqu’un compte Google+ (https://plus.google.com/u/0/108159360629547191710/posts) sontassociés à cet outil en ligne et sont autant de canaux d’informations différents permettantd’accéder au centre de ressources en ligne. 2.2.1. Objet de l’étude et données statistiquesL’objet de l’étude du compte Twitter de ce centre de ressources était de visualiser le réseauque représentait un tel média et de mettre en évidence le pouvoir de diffusion de l’informationde ce réseau social numérique.Cette étude, réalisée sur une période d’un an (d’avril 2011 à avril 2012), est inspirée de lathéorie des graphes appuyée par des « matrices d’adjacences »57.Au moment de la réalisation de ce travail, le compte Twitter « @crdva24 » comptait 51abonnés (80 abonnées en septembre 2012) et était lui-même abonné à 74 comptes.Ce compte Twitter permet de diffuser l’information mise en ligne sur le site Internet du centrede ressources et de retransmettre, par l’intermédiaire de « retweets », des informationsrelatives à la vie associative auprès de ses abonnés.57 Mercklé Pierre (2011), Sociologie des réseaux sociaux, Paris, La Découverte, coll. « Repères », troisièmeédition, 128 p. pages 22 à 28.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 37
  • 38. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2.2.2. MéthodologieDans un premier temps, nous avons identifié les interconnexions entre chaque abonné ducompte @crdva24. Nous avons listé les abonnés au compte @crdva24 et pour chacun nousavons regardé s’il était connecté à un autre abonné du compte @crdva24. Ce travail a étéretranscrit dans une matrice (figure 3).Dans un deuxième temps, nous avons étudié quelles étaient les personnes qui avaient« retweeté » les informations du compte @crdva24 et auprès de combien de personnes(correspondant au nombre d’abonnés à leur propre compte). Il est intéressant de noter que despersonnes ont retweeté les informations du compte @crdva24 sans y être abonné, mais nous yreviendrons dans les éléments d’analyse.Lors de ce travail, nous avons qualifié les abonnés relevant de liens « forts » (abonnés connusdu gestionnaire du compte avec lesquelles les relations sont régulières) et les abonnés relevantde liens « faibles » (abonnés inconnus du gestionnaire du compte, sans relations régulièresautres que par l’intermédiaire de Twitter).Voir tableau en annexe : « @crdva 24 : Etude retweets & mentions - Liens forts / Liensfaibles ».Ce deuxième travail nous a permis de réaliser un graphe illustrant ces interconnexions(figure 4). Pour des raisons de lisibilité, nous n’avons pas donné de direction aux liens entreles abonnés, cette information pouvant être trouvée dans la matrice des interconnexions.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 38
  • 39. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 39
  • 40. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Figure 4 : graphe des interconnexions des abonnés au compte @crdva24Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 40
  • 41. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2.2.3. Eléments d’analysePierre Merckle58 nous dit, à propos de la théorie des graphes, que « son apportméthodologique est double : dune part les graphes donnent une représentation graphique desréseaux de relations, qui facilite leur visualisation .. ; dautre part, la théorie des graphesdéveloppe un corpus extrêmement riche de concepts formels permettant de mesurer un certainnombre de propriété des relations entre éléments. »La première remarque que nous inspire ce graphe est qu’il met effectivement bien en évidencela complexité d’un réseau de relations comme celui d’un compte Twitter comportantseulement 51 abonnés, mais également la multitude d’interconnexions entre les abonnés d’unmême compte.Il est intéressant de noter que 21 personnes non abonnés au compte @crdva24 ont diffusél’information par l’intermédiaire d’un ou plusieurs retweets ou mentions (Tableau 5). Celapeut être dû à plusieurs raisons : soit les personnes ont obtenu l’information grâce auxhashtags intégrés aux tweets (par exemple : #associations #dordogne), soit par l’intermédiaired’un retweet réalisé par un compte auquel ils sont abonnés.Tableau 5 : Synthèse étude retweets & mentions - Liens forts /Liens faibles Liens Liens Non forts faibles Abonnés abonnés totauxTotaux 10 62 51 21 72Nbre de personne ayantdiffusé lInfo par 1 RT ou 1mention. 13 21 34Nbre de retweets oumentions 5 68 49 24 73Nbre dabonnés ayant reçulinformation 729 28405 9849 19285 29134 % 3% 97% 34% 66%Sur les 51 abonnés au compte @crdva24, seuls 7 relèvent de liens « forts » pour 44 de liens« faibles ». Cette donnée montre bien l’intérêt d’un tel média pour maintenir et développerdes liens faibles d’une organisation.58 Pierre MERCKLE : Maître de conférences en sociologie à lENS de LyonAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 41
  • 42. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXSur les 73 retweets ou mentions réalisées, 97% l’ont été par des liens « faibles » ce quisemblerait s’inscrire dans la théorie selon laquelle les liens « faibles » auraient un meilleurpouvoir de diffusion que les liens « forts ». En étudiant plus précisément le profil despersonnes ayant diffusé l’information, on note que celles-ci appartiennent en grande majoritéà un champ d’activité proche de celui du centre de ressources (accompagnement de la vieassociative, militant de l’éducation populaire …).L’autre information importante que nous apprend cette étude est que, sur une période d’un an,29 134 personnes ont reçu une information issue du compte @crdva24 alors que la fédérationne compte elle-même que 19 000 adhérents. Cela confirme bien les dires de NathalieBoucher-Petrovic59 : « Les actions issues de l’éducation populaire sont très peu médiatisées,elles n’ont en effet rien de spectaculaire, il s’agit souvent d’un travail de fourmi, d’uneattention à la personne, aux groupes, à la singularité de chacun, de pratiques expérimentalestoujours questionnantes … on comprend aisément pourquoi cela n’intéresse pas les médias demasse, et justement tout l’intérêt des réseaux numériques et des Technologies del’Information et de la Communication pour informer et communiquer sur ces espacesd’expérimentation singuliers. »Seules trois associations affiliées à la fédération sont abonnées au compte Twitter du centre deressources départemental. Si nous pouvons nous questionner sur l’intérêt de proposer desinformations sur le développement et le fonctionnement de la vie associative à des personnesne faisant pas partie du réseau de la fédération, voire hors du département de la Dordogne,alors même que l’action de la fédération se limite au territoire départemental, notre convictionest que cette dissémination de l’information participe au repérage de la Ligue del’enseignement sur cette mission.Si, comme nous l’avons vu, Twitter peut s’avérer être un outil puissant de diffusion del’information, il peut également avoir une autre utilisation pour les responsables associatifs oupour les personnes chargées d’accompagner le développement de la vie associative sur unterritoire donné.59 Nathalie BOUCHER-PETROVIC.- Éducation populaire et TIC : mise en perspective et enjeux.-Communication aux Roumics le 15 juin 2006 à Lille.- URL : http://www.generationcyb.net/Education-populaire-et-TIC-mise-en,0823Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 42
  • 43. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2.2.4. Twitter comme outil de veilleSi un des intérêts d’un média comme Twitter est de diffuer sa propre information, Twitterpeut également s’avérer très intéressant pour se maintenir informé sur une ou plusieursthématiques qui nous intéressent, que ce soit à des fins personnelles ou professionnelles. Eneffet, à la différence de Facebook dont l’objectif est de favoriser les relations entre lesmembres, Twitter a plus pour vocation à faciliter le partage d’informations.Sous réserve donc de sélectionner les bons comptes à suivre en fonction de ses centresd’intérêts, Twitter peut être un outil de veille puissant. Et sa force réside dans la communautédutilisateurs, appelée parfois « Twittos », qui – chacun dans leur spécialité – fournissent uneinformation sourcée et triée. Toutefois, ce qui fait la force de Twitter, comme celle des autresoutils de veille sur Internet, est aussi sa limite : la subjectivité. Il faudra donc opérer un filtrestratégique afin de disposer de la meilleure information. Autrement dit : Twitter comme outilde veille est un début et non une fin. Il népargne pas une relecture stratégique desinformations ainsi accumulées.Aussi, pour un responsable associatif, il peut être intéressant de faire de Twitter un outil deveille permettant de se tenir informé de l’évolution de la vie associative, de l’actualité de sonsecteur géographique, ou encore des pratiques des associations œuvrant dans le même champd’activité.Un des intérêts à associer des médias sociaux (Twitter, page Facebook, compte Google +) aucentre de ressources en ligne de la Ligue de l’enseignement de la Dordogne était de diffuserl’information mise en ligne sur le site. Qu’en est-il vraiment ? La diffusion de l’informationsur les médias sociaux a-t-elle réellement un impact sur la fréquentation du site Internet ?2.3. IMPACT DES MEDIAS SOCIAUX EN LIGNE SUR LA FREQUENTATION DES SITESINTERNETSi les associations ont bien compris l’intérêt de mettre à disposition de leur public un siteInternet pour communiquer sur leur projet associatif, faut-il encore que ce site Internet ait unefréquentation satisfaisante pour pouvoir en faire un réel outil de communication.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 43
  • 44. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXLes réseaux sociaux (Facebook et dans une moindre mesure Twitter) « boostent » lafréquentation des sites dinformation en ligne. Cest ce que confirme une étude dATInternet60, site spécialisé dans la mesure d’audience et de performance des sites web etmobiles.Plus précisément, AT Internet révèle que, sur une période de trois mois, 28% des visites d’unsite web d’actualité français proviennent en moyenne de Facebook et 5,2% de Twitter.« Sil demeure loin des moteurs de recherche comme Google, qui pèse pour certains sitesdinformation entre un tiers et la moitié des visites, Facebook ne cesse détendre soninfluence » constatent « Les Echos »61. Létude, réalisée sur 12 sites Web français dactualitéaudités par AT Internet, confirme à la fois la percée de Facebook dans les habitudes desinternautes français, et le rôle du réseau social comme lune des portes dentrée du Web.Peut-on vérifier cette influence sur un site Internet associatif comme le centre de ressourcesen ligne de la Ligue 24 ou sur son site d’information plus généraliste www.laligue24.org ?Voulant vérifier l’impact de la diffusion de l’information sur la fréquentation du centre deressources en ligne, un article a été publié sur les réseaux sociaux associés (Twitter, pageFacebook, Google+) le 21 septembre 2011 (Figures 6 & 7). Le choix a été fait decommuniquer sur des indicateurs de performance signifiants du site internet. Ainsi, nouspouvons vérifier que l’envoi de cette information sur les réseaux sociaux génère un pic defréquentation le jour qui suit la publication (Figure 8).Figure 6 : Tweet du 21 septembre 2011 sur le compte @crdva2460 Sites médias : la part des visites venant du site Facebook a doublé en moins d’un an :http://www.atinternet.fr/Documents/sites-medias-la-part-des-visites-venant-du-site-facebook-a-double-en-moins-dun-an/61 lesechos.fr : Les réseaux sociaux, source de trafic pour les médias. -http://archives.lesechos.fr/archives/2012/LesEchos/21133-133-ECH.htmAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 44
  • 45. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Figure 7 : Article sur la page Facebook du centre de ressourcesSi comme nous le voyons, la diffusion de l’information sur les médias sociaux a un impactcertain sur la fréquentation du site Internet, il ne faut pas négliger l’importance de l’envoid’une lettre d’informations électronique. Une analyse des flux de fréquentation met en avantl’intérêt de cette lettre puisque le nombre de visites progresse de façon significative aprèschaque envoi (Figure 9). Cette information est envoyée chaque mois et informe lesutilisateurs des articles mis en ligne le mois précédent et des manifestations à venir.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 45
  • 46. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 2.3.1. L’exemple du site Internet de la Ligue 24Contrairement au centre de ressources en ligne, qui est un outil technique à disposition desresponsables associatifs, le site Internet de la Ligue 24 est quant à lui un site d’informationplus généraliste sur les activités de la fédération et plus « politique » sur les prises de positionde la Ligue de l’enseignement. L’influence des médias sociaux se vérifie-t-elle également surce site Internet ?Une analyse réalisée grâce à l’application Google Analytics sur trois mois (de mai à juillet2012) montre que sur les 3 028 visites effectuées durant cette période, 151 (soit 5%) viennentdes médias sociaux : pour 59% de Facebook et 41% de Twitter (Figure 10).Figure 10 : analyse sur 3 mois de l’influence des médias sociaux sur le site laligue24.orgAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 46
  • 47. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXCertes, les nombres ne sont pas aussi significatifs que pour les sites d’information français,mais se passer de ces médias reviendrait potentiellement à se priver de 5% de la fréquentationdu site. D’autre part, à l’instar des sites d’information français, 50% des visites sont issues desmoteurs de recherche (dont près de 92% de Google)62.Autre donnée intéressante qui peut nous inciter à diffuser l’information publiée sur les sitesInternet est que, depuis quelques mois, les réseaux sociaux jouent un rôle important sur leréférencement d’un site Internet par Google. 2.3.2. Le référencement devient « social »Dune part les réseaux sociaux en ligne explosent et prennent une place essentielle dans la vienumérique. Dautre part, la génération « Y » naccède plus au web via Google, mais via lesréseaux sociaux.Avec l’arrivée de Google Panda63, Google a modifié ses algorithmes pour prendre en compteles sites dont le contenu est de bonne qualité. Ainsi, pour savoir si une page d’un site estintéressante pour les internautes, Google utilise plusieurs critères :  Le nombre de fois où la page est relayée sur le média social Google +.  Le nombre de partages d’une page sur Facebook.  Et le nombre de tweets intégrant un lien vers cette page sur twitter.Ainsi, plus une page d’un site est partagée sur les médias sociaux plus elle va être lue et pluselle sera correctement référencée par Google.Notre conviction est donc bien que les technologies numériques, et notamment les réseauxsociaux numériques, peuvent présenter une opportunité de promouvoir le fait associatif parleur capacité à disséminer l’information. Ils sont également intéressants pour maintenir etdévelopper un réseau de sympathisants autour du projet associatif.62 Etude de Médiamétrie-eStat sur la fréquentation des sites Internet français en avril 2012.http://www.mediametrie.fr/internet/communiques/telecharger.php?f=55743cc0393b1cb4b8b37d09ae48d09763 Google Panda : Nom de code interne chez Google d’une évolution majeure de son algorithme mise en place auprintemps 2011, du nom dun ingénieur ayant participé à son élaboration.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 47
  • 48. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXCependant n’y-t-il pas un risque idéologiques à utiliser des outils de l’économie capitalisteallant en cela à l’encontre des valeurs défendues par les organisations du monde associatif etplus largement de l’Economie Sociale et Solidaire ? Les associations ne peuvent-elles pasperdre des militants parce que ceux-ci estiment qu’utilisant Facebook, ils renforcent desdynamiques contre lesquelles ils luttent ? Existe-t-il des alternatives à ces outils ?Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 48
  • 49. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX 3. QUELS OUTILS POUR QUEL PROJET ?La question de l’utilisation, ou non, des outils et méthodes issus de l’économie marchande estune question récurrente qui traverse régulièrement les associations et plus globalement lesorganisations de l’Economie Sociale et Solidaire. Développons-nous une économiealternative à l’économie de marché ? Ou sommes-nous dans l’économie de marché etessayons-nous de la modifier ?Le modèle économique de Facebook repose sur le Chiffre dAffaires généré par de la publicitéciblée grâce aux informations personnelles collectées auprès des utilisateurs. Ceci va àl’encontre des valeurs défendues par les associations. La question de l’utilisation par le mondeassociatif d’un média social de type Facebook peut donc être posée.3.1. EXISTE-T-IL UN RISQUE POUR LES ASSOCIATIONS A UTILISER UN OUTIL COMMERCIALDE TYPE FACEBOOK ? EST-CE COMPATIBLE AVEC LES VALEURS DE L’ECONOMIE SOCIALEET SOLIDAIRE ?Contrairement à l’économie marchande dont le but est la recherche de profit et l’accumulationde capitaux, l’économie sociale, dont les associations sont une des composantes au côté desmutuelles, des fondations et des coopératives, place l’homme au centre de ses préoccupationset actions. En cela, le risque idéologique d’utiliser des outils de l’économie marchandepouvant aller à l’encontre de ses valeurs existe en partie mais, comme nous le rappelleDominique Cardon64, « un usage tactique des médias sociaux à succès n’empêchent pas de lescritiquer et d’être attentif aux conditions de leur développement et à l’usage qu’ils font desdonnées. Il me semble qu’il serait dommage de s’en priver. » .Se priver de l’audience de ces médias sociaux (Facebook, Twitter …) serait de notre point devue contre-productif, étant donné que 77% des internautes français sont inscrits sur au moinsun réseau social et 60% d’entre eux s’y rendent au moins une fois par jour65. Il semble doncinutile de les diaboliser : autant les utiliser ne serait-ce que pour en faire une critiqueconstructive.64 Voir interview en annexe65 Source médiamétrie : http://www.mediametrie.fr/comportements/communiques/plus-de-3-internautes-sur-4-sont-inscrits-sur-un-reseau-social.php?id=698Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 49
  • 50. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXPar ailleurs, pour Bastien Sibille66, se priver de la capacité d’action générée par cestechnologies et de leur qualité, juste pour une question idéologique, ne semble pas suffisant.Le capitalisme informationnel, financier … produit des outils de type Google ou Facebook.Les associations peuvent saisir lopportunité d’utiliser leur puissance pour leurs propresobjectifs qui sont plutôt orientés contre le modèle économique développé par Facebook ouGoogle. Le monde associatif peut profiter de ces opportunités et en faire un « usagetactique », « L’adversaire vous met à disposition des armes, ce serait dommage de ne pas enprofiter ». Selon lui, le risque est ailleurs et il est double : 1. Le premier risque réside dans la perte des données. Lorsque l’on veut sortir d’un média social, ou si celui-ci disparait, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir récupérer nos données, ou alors en partie, cette partie étant variable selon les interfaces. 2. Le deuxième risque réside dans la difficulté à réutiliser ces données dans un autre contexte. Si Facebook s’effondre, l’accès aux interfaces de ce média sera impossible et nous perdrons donc une large partie de notre investissement. Cet investissement est de type cognitif, cest un investissement d’acquisition des savoir-faire liés à l’interface elle-même, et il sera perdu.Pour Laurence Allard67, le capitalisme du partage consiste à faire produire et diffuser lescontenus par les usagers en en retirant seul les bénéfices, et il est contradictoire avec lesprincipes de l’économie sociale et solidaire. La logique sociale qui demeure, cest celle de laparticipation, de la contribution ; elle est à l’œuvre sur ces mêmes réseaux sociaux et elle estau fondement de cette économie. Il y a là une contradiction qui peut être résolue en déployantvolontairement une tactique activiste d’instrumentation du caractère massivement socialisé deFacebook, par exemple, en l’utilisant comme tremplin vers d’autres sites et dispositifs issusdu mouvement du logiciel libre et dont le code source68 est plus ouvert.66 Voir interview en annexe67 Voir interview en annexe68 Le code source est un texte qui représente les instructions qui doivent être exécutées par un microprocesseur.http://fr.wikipedia.org/wiki/Code_sourceAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 50
  • 51. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXAinsi, le mouvement des logiciels libres ne représente-t-il pas le pendant technique desvaleurs de partage et de coopération chères à l’Economie Sociale et Solidaire, au mondeassociatif et plus particulièrement à l’éducation populaire ?3.2. ASSOCIATIONS ET LOGICIELS LIBRES : DES VALEURS A PARTAGER ?Le mouvement du logiciel libre est probablement le plus vaste mouvement d’émancipation etde partage de la connaissance qui se soit développé via Internet. Il réunit à ce jour descentaines de millions de contributeurs du monde entier. Il partage de nombreuses valeurs avecle monde associatif et plus particulièrement celui se revendiquant de l’Education Populaire.69Un logiciel libre est un logiciel garantissant un certain nombre de libertés fondamentales à sesutilisateurs : la liberté de lutiliser pour quelque usage que ce soit, la liberté détudier sonfonctionnement et de ladapter à ses besoins, la liberté den redistribuer des copies et enfin laliberté de laméliorer et de rendre publiques les améliorations de telle sorte que lacommunauté toute entière en bénéficie. Dans ce but, le logiciel libre est diffusé avec son codesource (un ensemble de procédures, telles une recette) nécessaires aux utilisateurs pourexercer leurs libertés, comme celle de modifier le logiciel.Le fondement même du logiciel libre repose sur un esprit de coopération, de partage dusavoir, pour enrichir et faire progresser le logiciel. Le logiciel libre permet ainsi une réelleappropriation citoyenne de linformatique et de ses outils, rend les utilisateurs autonomes,indépendants et les éloigne des impasses technologiques... Alors quaucun éditeur propriétairenen a lintérêt.Ainsi, le logiciel libre devrait se poser comme une réponse naturelle pour le monde associatiflors de ses choix informatiques. Pourtant, de nombreuses associations hésitent encore àfranchir le pas, par méconnaissance principalement.Le monde du logiciel libre et le monde associatif ont de nombreuses valeurs communes(partage, volontariat, bénévolat, passion) et notamment une certaine éthique du partage de laconnaissance. Faire le choix du logiciel libre apparaît évident à long terme avec la volonté de69 APRIL.- Guide Libre Association.- Version 1.0 du 1er juin 2012, Site Web : www.april.org.http://guide.libreassociation.infoAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 51
  • 52. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXconcilier les besoins du présent sans compromettre le futur. En effet, au-delà de la liberté et deléthique du partage de la connaissance, le logiciel libre offre de multiples intérêts.Pouvant être copiés légalement par tous, ils sont très souvent téléchargeables gratuitement surInternet. Cette gratuité en toute légalité permet de réduire les coûts daccès à linformatique, àla fois pour lassociation dans le cadre de la mise en œuvre de solutions informatiques maiségalement pour ses membres. En effet, les membres de lassociation ne seront pas dansl’obligation davoir recours à la copie illégale pour bénéficier des logiciels utilisés parlassociation.De même, un stagiaire ou des personnes en formation pourront repartir avec un cédéromcontenant tous les logiciels libres utilisés pour les installer chez eux.La liberté de copier permet également une homogénéité des outils à moindre coût pour lesdifférents intervenants (salariés, bénévoles, partenaires...).Par ailleurs, selon Nathalie Boucher-Petrovic70 « le libre rassemble des particularités qui fontécho aux démarches et aux finalités de léducation populaire : créer, être libre, partager, êtreen capacité dagir sur lexistant (machine, contenu), se libérer et sémanciper dinégalités, dedomination… ».Si léducation populaire est par nature difficilement définissable, ses acteurs portentglobalement des valeurs liées à lhumanisme, à la démocratie, à la citoyenneté, mais il sagitdun champ hétérogène (plusieurs courants historiques, plusieurs visions, plusieurs champsdaction).En termes de démarches, au delà des valeurs fédératrices, léducation populaire se caractériseen grande partie par des démarches, des méthodes et des pratiques collaboratives et de co-construction du savoir.Le mouvement du logiciel libre correspond en partie à ces démarches ; notamment sur lescinq points suivants :  la collaboration / coopération / coproduction (faire ensemble, co-construction, partage)  léchange / travail en réseau (collectif, associatif, réseau)70 Nathalie BOUCHER-PETROVIC.- Philosophie du logiciel libre et démarches d’éducation populaire.-Communication aux 7es rencontres mondiales du logiciel libre à Vandoeuvre-lès-Nancy, 7 juillet 2006.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 52
  • 53. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX  louverture / compatibilité / transparence (liberté, ouverture, émancipation)  laction / création / production (citoyen actif, critique, expérimentation)  la mutualisation / la transversalitéLa Fédération des centres sociaux, les CEMEA71 et la Ligue de l’enseignement ont fait de laquestion des logiciels libres un enjeu politique. En 2006, la Ligue de l’enseignement a ainsiadhéré à l’April, estimant que le logiciel libre est une « manière de faire société ». Dans lemême temps, l’association April a créé un poste de vice-président « en charge de l’EducationPopulaire » pour marquer sa volonté de travailler avec ce secteur. Certains acteurs du logiciellibre ont d’ailleurs demandé un agrément « jeunesse et éducation populaire ». Il existe doncbien un enjeu pour le monde du logiciel libre à se rapprocher des milieux de l’éducationpopulaire, tout comme ces derniers semblent trouver des outils répondant à leurs besoins etune philosophie proche de leurs préoccupations dans les milieux du logiciel libre (Boucher-Petrovic, 2006).En résumé, les logiciels libres offrent de multiples avantages aux associations : éthique dupartage de la connaissance ; réduction du coût d’accès à l’informatique ; copie en toutelégalité des logiciels et donc solution naturelle à la contrefaçon ; adaptation de logiciels auxbesoins, en toute indépendance ; pérennité des données ; protection de la vie privée.On a évoqué précédemment l’intérêt que pouvait représenter l’utilisation des médias sociauxpar les associations et la proximité en termes de valeurs entre le monde du logiciel libre et lemonde associatif. Ainsi, existe-t-il des alternatives issues du mouvement du logiciel libre auxmédias sociaux de type Facebook ? Le monde associatif, notamment par l’intermédiaire desgrandes fédérations, doit-il développer des outils technologiques alternatifs au risque de sepriver de l’audience des médias sociaux les plus fréquentés ?3.3. OXWALL, ELGG, DIASPORA, DES ALTERNATIVES A FACEBOOK ?Que ce soit pour un usage privé, dans le cadre d’une association ou pour des groupes plusinformels, l’offre Open Source72 pour les réseaux sociaux disponible aujourd’hui peut71 CEMEA : Centres dEntrainement aux Méthodes dEducation Active. http://www.cemea.asso.fr/72 Open Source : licence de logiciel qui autorise la modification et la redistribution gratuite.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 53
  • 54. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXconstituer dans certains cas une alternative viable. Avec les fonctionnalités de partage, decréation de profils personnalisés, d’échange de contenus et de documents, il est désormaispossible de se construire son propre réseau social. L’intérêt de ces outils réside dans lastructure décentralisée et sécurisée de ces derniers permettant de préserver la vie privée desparticipants et de faire communiquer différentes instances du logiciel installées sur différentsserveurs à travers le territoire. L’exemple de Diaspora est en cela intéressant. 3.3.1. Le projet DiasporaLe 24 avril 2010, quatre étudiants, Max Salzberg, Dan Grippi, Raphael Sofaer et IlyaZhitomirskiy, alors étudiants à l’Université de New York, dévoilent leur intention de créerune plateforme qui permettra à chacun de profiter de la sociabilité du Web sans abandonner laprotection de sa vie privée, ni voir ses données personnelles être transmises au plus offrant.Lancée en version alpha quelques mois plus tard, la plateforme de Diaspora propose les outilsnécessaires pour héberger un réseau communautaire. Celle-ci reprend plusieursfonctionnalités classiques de Facebook mais entend sappuyer sur un système décentralisé,gage dune meilleure sécurité. Diaspora pourra donc être installé sur le serveur dunepersonne, ou sur celui de son hébergeur, mais léquipe propose également daccueillir lesmembres sur des serveurs préconfigurés avec des mises à jour automatiques.Le projet s’inscrit dans une dynamique Open Source : il s’agit d’un logiciel libre distribuésous licence AGPL73.Diaspora accorde une grande importance à la protection des données personnelles et de la vieprivée et ceci avec une transparence et une facilité de prise en main ergonomique dans lesoptions de paramétrage et de confidentialité choisis par l’utilisateur. Diaspora se définit en 3points-clés74 :73 La licence AGPL ou GNU Affero General Public License est une licence libre dérivée de la Licence publiquegénérale GNU avec une partie supplémentaire couvrant les logiciels utilisés sur le réseau. Elle a été écrite parAffero pour autoriser les droits garantis par la GPL à couvrir les interactions avec des produits propriétaires àtravers un réseau comme Internet, ce que la GPL ne fait pas.74 Sources : Article « Diaspora : guide du logiciel/réseau social pour les débutants » publié par Jean-LucRAYMOND sur le site netpublic.fr le 12 novembre 2011. http://www.netpublic.fr/2011/11/diaspora-guide-du-logiciel-reseau-social-pour-les-debutants/Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 54
  • 55. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX  Le choix : Diaspora laisse à l’utilisateur la possibilité de trier ces connexions dans des groupes appelés aspects. Spécifiques à Diaspora, les aspects garantissent que les publications ne sont partagées qu’avec les personnes avec qui l’utilisateur souhaite les partager.  La propriété : l’utilisateur reste propriétaire de ses images, et il n’est pas obligé de renoncer à cela juste pour les partager (contrairement à Facebook qui devient propriétaire d’une image dès lors qu’elle est publiée sur sa plateforme). Il conserve la propriété de tout ce qu’il partage sur Diaspora, ce qui donne le contrôle total de la manière dont cela est distribué.  La simplicité : intrinsèquement privé, Diaspora ne contraint pas l’utilisateur à se frayer un chemin à travers des pages de configuration et d’options uniquement pour maintenir son profil sécurisé.La décentralisation d’un réseau de type Diaspora, laissant la possibilité à chacun d’installer laplateforme sur son propre serveur permettant ainsi d’en sauvegarder les données, limite doncles risques auxquels Bastien Sibille nous sensibilisait, à savoir : la difficulté à réutiliser lesdonnées et la perte de ces mêmes données en cas de rupture du service.Il est également intéressant de noter que la structure d’un réseau comme la Ligue del’enseignement (Figure 11) est plus proche de la structure d’un média social décentralisé detype Diaspora (Figure 12) que de celle de Facebook (Figure 13). En effet, la Ligue del’enseignement est composée de 102 fédérations départementales juridiquement autonomessans lien hiérarchique avec la structure confédérale si ce n’est à travers des liens statutaires etpar la signature de conventions. Chaque fédération ayant la liberté de développer ses propresprojets en lien avec son territoire départemental, et en cohérence avec les orientationsidéologique et politique du mouvement.Cependant Diaspora, présenté ici à titre d’exemple, a connu son coup de projecteur il y aquelques mois sans pour autant réussir à fédérer les internautes. Ce projet aura d’autant plusde mal à se faire connaître que les alternatives à Facebook se multiplient depuis peu.Oxwall par exemple qui se présente comme un logiciel communautaire open-sourcepermettant la création de son propre réseau social mais aussi comme plateforme collaborativeAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 55
  • 56. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXou de gestion projet. Ou encore Elgg : au-delà d’un réseau social numérique, Elgg se distinguepar ses fonctionnalités de partage de fichiers, de microblogging de type Twitter. Figure 11 : Schéma structurel réseau Ligue de l’enseignement Figure 12 : Schéma structurel réseau DiasporaAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 56
  • 57. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Figure 13 : Schéma structurel réseau FacebookSelon Nathalie Boucher-Petrovic75, « à bien des égards, les milieux de l’éducation populairese sont montrés pionniers dans l’utilisation des outils et médias. Au-delà de leur utilisationcomme support éducatif, ils ont expérimenté différentes formes d’éducation aux médias etparfois conçu eux-mêmes des contenus et des médias. Enfin, certaines fédérations d’éducationpopulaire ont pris en charge depuis fort longtemps la question de l’information et de lacommunication comme objet de travail. »Ainsi, une confédération comme la Ligue de l’enseignement, fort d’un réseau composé de26 500 associations affiliées à ses 102 fédérations départementales, représentant 1,6 millionsd’adhérents, ne devrait-elle pas développer son propre média social plus proche des valeursqu’elle porte ?75 Nathalie Boucher-Petrovic, « La société de l’information « appropriée » par l’éducation populaire : unetradition en question », tic&société [En ligne], Vol. 2, n° 2 | 2008, mis en ligne le 07 mai 2009, Consulté le 14mai 2012. URL : http://ticetsociete.revues.org/528Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 57
  • 58. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX3.4. LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DOIT-ELLE DISPOSER DE SON PROPRE MEDIASOCIAL EN LIGNE ?Alors que les associations sont de plus en plus présentes sur les médias sociaux « classiques »(Facebook, Twitter, etc.), l’avenir les verra-t-elles créer leurs propres communautésd’échanges ?A l’échelle d’un territoire, ce type de plateformes peut en effet servir à diffuser del’information en temps réel et à faire participer d’une autre manière les habitants et lesresponsables associatifs sur des thématiques spécifiques (évènements, Agenda 21 associatif,etc.). Il peut également permettre de dynamiser la vie associative locale et les échanges entreles acteurs tout au long de l’année.Les exemples de La ruche de Rennes (http://beta.ruche.org ) et de celle de Brest (www.ruche-brest.net ) sont deux exemples de ce point de vue intéressants. Ces médias sociaux locaux,animés et modérés par lassociation BUG, pour La ruche de Rennes, et par le service Internetet Expression Multimédia de la Ville de Brest, pour ce qui est de La ruche de Brest, ont pourbut de mettre en relation des habitants de chacune des deux villes et de leurs environsrespectifs, ainsi que les associations et collectifs locaux. Ils permettent également de créer desgroupes de discussion et de communiquer leurs événements en les localisant sur une carte. Laruche de Rennes permet à chacun de créer un profil personnel « Abeille » et des profils« Ruches » (associations ou collectifs), pour échanger, partager, communiquer sur leurterritoire.Véritable alternative à des réseaux sociaux issus dentreprises privées, La Ruche garantit lapréservation des données des habitants communiquées sur le site Internet et leur noncommunication à des tiers publics ou privés.Ces réseaux offrent à leurs utilisateurs la possibilité de créer des forums de discussions etd’échanges de pratiques allant de groupes évoquant l’actualité du saxophone sur Brest, lamise en place d’ateliers d’écriture, ou encore d’échanges sur la sophrologie.Cette approche locale nous semble intéressante et tout à fait adaptée à un réseau comme celuide la Ligue de l’enseignement dans la mesure où elle correspond bien à l’organisation mêmede cette confédération, structurée avant tout sur des fédérations départementales dont une desmissions principales et historiques est de fédérer et de mettre en relation des associationslocales.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 58
  • 59. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXUn autre intérêt majeur, illustré par les exemples précédents, réside dans la possibilité demettre en place des espaces thématiques d’échange de pratiques. Le réseau d’associationsaffiliées aux fédérations départementales est d’approches très diversifiées allant de la« simple » association sportive (cyclo, pétanque, sports motorisés …), à l’association dedéfense d’une cause (protection de l’environnement …), au groupe de réflexion sur des sujetsde société, où encore à la troupe de théâtre du village. Cette diversité rend complexe la miseen réseau de ces associations au niveau d’une fédération : ainsi des groupes d’échangesthématiques, permis par ces technologies, pourraient faciliter la collaboration entreassociations œuvrant autour d’un même secteur d’activité.Certains réseaux sociaux se sont d’ailleurs développés depuis plusieurs années autourd’approche thématique avec comme objectif de mutualiser les expériences et de développerune nouvelle forme de collaboration et d’intelligence collective76.L’exemple du réseau Tela Botanica (www.tela-botanica.org ), est de ce point de vue assezexemplaire et illustre bien cette notion de collaboration autour d’une thématique qu’est labotanique.Tela Botanica est le réseau de la botanique francophone. Créé en juillet 2000, il a pour finalitéde regrouper l’ensemble des botanistes qui utilisent la langue française comme outil privilégiéde communication. Son objectif principal est de redonner une nouvelle dimension à cettediscipline en permettant notamment de monter des projets collectifs d’ampleur nationale etinternationale.Tela Botanica compte aujourd’hui (septembre 2012) plus de 18 300 inscrits. Près de 90projets collaboratifs en ligne sont en cours et les échanges se font au travers de listes dediscussions thématiques, de Wikis et d’espaces de partage de documents.Pour construire leurs réflexion, les fondateurs se sont appuyés sur le document de Jean-Michel Cornu, « Les réseaux coopératifs, nouvelles approches »77, qui leur a permis deconfronter leur réflexion à leur pratique de terrain. Pour eux, « l’essentiel des principessuggérés par Jean-Michel Cornu, appliqué dans le cadre du réseau, permet, semble-t-il,d’expliquer en grande partie son succès. »76 « Lintelligence collective est la capacité dun groupe de personnes à collaborer pour formuler son propreavenir et y parvenir en contexte complexe ». Jean François NOUBEL.- Intelligence collective, la révolutioninvisible.- Novembre 2004.- 44Phttp://www.thetransitioner.org/wikifr/tiki-index.php?page=Intelligence%20Collective%20la%20r%C3%A9volution%20invisible77 Jean-Michel CORNU.- les « réseaux coopératifs, nouvelles approches ».http://www.cornu.eu.org/texts/cooperationAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 59
  • 60. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXLe croisement de ces deux approches, territoriale et thématique, pourrait, nous semble-t-il,correspondre aux attentes d’une confédération comme la Ligue de l’enseignement. Notreconviction est que la mise en place d’un média social décentralisé permettrait de répondre àplusieurs objectifs :  Offrir aux fédérations départementales, mais également aux associations locales, des espaces de coopération, de réflexion, et de partage. Ces espaces sont difficiles à mettre en place sur le terrain, que ce soit au niveau confédéral pour réunir les acteurs des fédérations sur des temps de réflexions collectives, ou au niveau local avec les responsables associatifs et leurs contraintes (implication professionnelle et bénévole, pour certains dans plusieurs associations). Ainsi ces espaces dits « virtuels » permettraient à chacun de produire du contenu de façon asynchrone sur des temps choisis et non contraints. Ils permettraient également, à travers des groupes thématiques, d’impliquer des associations locales repérées aux réflexions nationales, ce qui est, dans l’organisation actuelle, difficilement réalisable.  Permettre à un mouvement dEducation Populaire, se définissant comme un mouvement de citoyens portant le débat et agissant pour la transformation sociale, de mettre au débat son projet politique et ses prises de position. Bien sûr, comme nous le rappelle Véronique Kleck78, parlant des élus politiques, il y a un risque à cela : « Comment les élus peuvent-il susciter le dialogue avec les citoyens via les réseaux numériques sans se trouver submergés par une demande quils seraient dans lincapacité de traiter, créant ainsi de la frustration et de la défiance, là où il sagissait de rétablir le dialogue et la confiance. ». Il semble toutefois que cela pourrait permettre à chaque composante associative d’un réseau comme celui de la Ligue de l’enseignement de prendre part aux réflexions autours des valeurs du mouvement et d’un projet politique partagé. Il est à noter que quelques expériences de ce type ont été expérimentées ces derniers mois au sein de ce mouvement, notamment lors des dernières élections présidentielles pour l’élaboration des « 50 propositions pour faire78 Véronique KLECK.- Numérique & Cie, société en réseaux et gouvernance. - Éditions Charles LéopoldMAYER, 2006. - 238 p.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 60
  • 61. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX société79 » réalisées à l’issue d’une consultation en ligne de son réseau associatif et militant.  Enfin, comme nous l’explique Bastien Sibille, cela pourrait permettre de faciliter la gouvernance associative, de la rendre plus dynamique, moins chère, plus écologique et mieux sécurisée. L’exemple de la suite TALA, développée par la société TALCOD, est en cela intéressante. Elle offre des espaces et outils de gestions des ordres du jour, de gestion des procès verbaux, de gestion des archives des Conseils d’Administration, des Assemblées Générales, des convocations, de gestion de mandats, des outils de votes … toutes ces tâches qui peuvent être, dans la vie des associations, chronophages. Il ne s’agit pas de « virtualiser » totalement les instances décisionnaires que sont les conseils d’administrations, les réunions de bureaux, et les assemblées générales … mais de les rendre plus efficaces, les participants ayant pu échanger et travailler sur les documents et projets en amont.Toutefois, si la mise en place d’un tel projet nous semble intéressante pour un réseau commela Ligue de l’enseignement, il ne faut pas en sous-estimer la complexité technologique. Laréalisation de réseaux sociaux numériques, comme Diaspora par exemple, est assez simple àpetite échelle. Vous les téléchargez, vous les installez assez facilement, et cela fonctionnebien. Lorsque le dispositif est mis en production auprès de plusieurs centaines, voire demilliers d’utilisateurs, cela se complexifie. Les petits « bugs » qui ne posent pas trop deproblème à petite échelle, deviennent parfois très compliqués à gérer à grande échelle.Pouvons-nous à la fois bénéficier de l’audience et des services des médias de type Facebookou Twitter et développer en parallèle son propre média social ? Ces dispositifs sont-ils adaptésaux bénévoles associatifs des associations locales ? La question de la formation, de lavulgarisation et de l’appropriation citoyenne de ces médias ne devraient-elle pas être plusprise en compte par les mouvements d’Education Populaire ?79 50 propositions pour faire société : http://www.laligue.org/wp-content/uploads/2012/06/50propositions.pdfAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 61
  • 62. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX CONCLUSIONAlors que le discours dominant relayé par une partie médias, évoque un bénévolat en crise,l’objet de ce mémoire était de nous interroger sur les risques de substitution de l’engagementassociatif traditionnel par l’engagement sur les médias sociaux, et sur les opportunités quepeuvent représenter pour le monde associatif cet engouement pour les réseaux sociauxnumériques. En effet, quelques évènements récents, le « Printemps Arabe », le mouvementdes indignés, l’affaire Cora … pouvaient nous laisser penser que ces nouvelles formes demobilisation, de prises de parole citoyenne non organisées, venaient concurrencer des formesd’engagement plus formel, ou en tous cas les remettre en cause,.La première partie de ce mémoire nous a permis de caractériser l’engagement associatiftraditionnel et d’identifier ses évolutions. Les conclusions d’une enquête réalisée auprès de 58bénévoles associatifs nous indiquent que les motivations de l’engagement sont de plusieursordres : le désir de lien social, le plaisir de se réaliser, l’envie d’acquérir de nouvellescompétences. Mais cet engagement s’accompagne de contraintes quelquefois difficilementconciliables avec une vie familiale et professionnelle et des évolutions se font sentir cesdernières années. L’engagement bénévole tendrait à être plus limité dans le temps et se vivresur des rythmes choisis. Les bénévoles souhaitent être impliqués dans le projet global del’association et sur des projets d’actions précis, ils sont plus méfiants envers les associationsimportantes dont la structure est très hiérarchisée.La mobilisation sur les médias sociaux est quant à elle plus difficile à percevoir. Cestechnologies renforcent l’habitude de s’engager vite et sur du temps court. Il y a là une formed’émiettement de l’engagement, permise et induite par les réseaux sociaux numériques, quipourrait représenter un risque pour la pérennité des structures associatives. Cependant, cette« forme hybride de l’engagement »80, est souvent décevante quand il s’agit de s’engager àplus long terme. Pour autant, il ne faut pas négliger le pouvoir mobilisateur d’Internet et lesassociations devraient s’intéresser à ces technologies pour faire passer des messages etdiffuser leur projet associatif et politique auprès de nouvelles cibles. Ainsi, Pour LaurenceAllard, « les mobilisations sur les médias sociaux sont avant tout complémentaires auxmobilisations associatives traditionnelles ».80 Alban Martin, 2011Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 62
  • 63. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXDans la deuxième partie, nous avons pu montrer que les technologies de type Twitter ouFacebook étaient des outils à fort pouvoir de diffusion, bien sûr auprès de sympathisants de lacause associative, mais également auprès de publics plus éloignés. Ces médias permettraientainsi aux associations de développer leur capital social.L’analyse, sur une période d’un an, du compte Twitter du centre de ressources départementalde la vie associative de la Ligue de l’enseignement de la Dordogne a montré que plus de29 000 personnes avaient reçu des informations par l’intermédiaire de Twitter et que cetteinformation était relayée à 97 % par des abonnés relevant de liens « faibles », confirmant ainsila théorie chère à Mark Granovetter : « La force des liens faibles ». L’impact des médiassociaux en ligne sur le nombre des lecteurs d’un article publié sur un site Internet estégalement intéressant. Une étude réalisée par AT Internet met en évidence que 28% desvisites d’un site web d’actualité français proviennent en moyenne de Facebook et 5,2% deTwitter81.La troisième partie est consacrée quant à elle à la question l’apparente contradiction desmodèles économiques de médias de type Facebook avec les valeurs de l’Economie Sociale etSolidaire, dont les associations sont une des composantes, et aux risques structurels etidéologiques que représenteraient l’utilisation de ces outils. Si le risque idéologique à utiliserdes outils de l’économie marchande, allant à l’encontre des valeurs portées par le mondeassociatif, existe en partie, il semble toutefois contre-productif de se priver de l’efficacité etde l’audience de ceux-ci. Selon Bastien Sibille, le risque est ailleurs et il est double : risque deperte de données en cas de disparition de ces technologies, et difficulté à réinvestir lesdonnées récupérées dans un autre contexte.Les médias sociaux issus du mouvement des logiciels libres représenteraient le pendanttechnique des valeurs de partage et de coopération chères au monde associatif et plusparticulièrement à l’Education Populaire. Ainsi, les logiciels libres offrent de multiplesavantages aux associations : éthique du partage de la connaissance ; réduction du coût d’accèsà l’informatique ; copie en toute légalité des logiciels ; adaptation de logiciels aux besoins, entoute indépendance ; pérennité des données ; protection de la vie privée.81 Etude de Médiamétrie-eStat sur la fréquentation des sites Internet français en avril 2012.http://www.mediametrie.fr/internet/communiques/telecharger.php?f=55743cc0393b1cb4b8b37d09ae48d097Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 63
  • 64. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXA l’issue de ce travail, notre conviction est donc que le monde associatif auraient avantage àprofiter de l’engouement populaire pour les médias sociaux de type Facebook ou Twitter pourdiffuser leur projet associatif. Les associations ont l’opportunité d’utiliser ces technologiescomme tremplin vers d’autres sites, logiciel et réseaux numériques dont le code source estouvert et qui sont des espaces digitaux plus cohérents avec des projets associatifs.Par ailleurs, notre avis est qu’une confédération comme la Ligue de l’enseignement pourrait,aurait intérêt à mettre à disposition de son réseau associatif et militant une plateformenumérique sociale permettant d’offrir aux fédérations départementales, mais également auxassociations locales, des espaces de coopération, de réflexion, et de partage. L’idée serait quechaque fédération départementale dispose d’une instance de ce média social sur son propreserveur, chaque instance du logiciel pouvant communiquer avec les autres, créant ainsi unréseau numérique décentralisé correspondant à la structure du réseau associatif de la Ligue del’enseignement. Un tel outil permettrait également à un mouvement déducation populaire, sedéfinissant comme un mouvement de citoyens portant le débat et agissant pour latransformation sociale, de faire vivre plus largement les échanges sur son projet politique etses prises de position.En offrant des espaces de collaboration aux administrateurs et dirigeants des fédérations, maiségalement d’archivage et de sécurisation des données, ce réseau numérique décentralisépourrait enfin faciliter la gouvernance associative, la rendre ainsi plus dynamique.Si la mise en place d’un tel projet nous semble intéressante, il ne faut toutefois pas en sous-estimer la complexité technologique. Quelles seraient donc les conditions de réussite d’un telprojet ?CONDITIONS DE REUSSITE ET PERSPECTIVESLa mise en place d’une plateforme numérique sociale d’une telle ampleur, permettant deprofiter de la sociabilité du Web et intégrant des espaces de partage d’informations et deressources et de travail collaboratif, est complexe et demande des compétences techniquespointues. Raison pour laquelle, Bastien Sibille nous invite à associer à ce projet despartenaires technologiques dont c’est le métier et qui maitrisent bien ces technologies.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 64
  • 65. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXEnsuite, la mise en place d’un dispositif technique n’induit pas qu’il sera utilisé d’office : son« adoption » nécessite l’apprentissage de l’outil, le pilotage du changement et l’animation dela communauté des utilisateurs de l’outil.Pour garantir la réussite d’un tel projet, la question de la formation des acteurs, que ce soit auniveau des fédérations départementales ou au niveau des acteurs locaux (responsablesassociatifs, citoyens, élus locaux …), est essentielle pour une appropriation de cestechnologies par un plus grand nombre. Il ne s’agit pas de créer une nouvelle forme defracture numérique, après celle de linégalité daccès (même si celle-ci n’est pas tout à faitréglée). Dans son livre « Réseaux humains, réseaux électroniques »82, Valérie Peugeot, insistesur ce point : « Au-delà d’un problème bien réel de connectivité, la capacité d’accéder auxTechnologies de l’Information et de la Communication (TIC) suppose de pouvoir être forménon pas tant aux outils eux-mêmes qu’aux nouvelles fonctions cognitives sollicitées par lesTIC : capacité à appréhender des contenus mouvants, à hiérarchiser des informations, à lescontextualiser, à appréhender une logique non cartésienne et fondée sur l’incertitude. »Il y a là un véritable enjeu pour l’Education populaire de travailler sur l’appropriationcitoyenne des médias sociaux, que ce soit sur des technologies de type Facebook ou autreTwitter, ou sur des plateformes libres mises en œuvre par le monde associatif. Un travaild’éducation autour de la capacité à appréhender des contenus mouvant, à hiérarchiser desinformations, à les contextualiser, devra être mis en œuvre que ce soit par l’éducationformelle ou par les mouvements d’Education Populaire. C’est à cette condition que la maitrisedes outils permettra à chacun de passer du statut de simple consommateur de l’information àcelui de citoyen critique et à celui d’acteur.C’est par ailleurs un engagement que prend la Ligue de l’enseignement dans son manifeste« Faire Société »83 publié en 2010 :« Faire société », c’est aussi vivre ensemble les mutations inédites engendrées par lestechnologies numériques, les sciences du vivant, la crise écologique et leurs conséquences.82 Valérie PEUGEOT (COORD.).- Réseaux humains, réseaux électroniques. - Paris, Éditions Charles LéopoldMayer, 2001.83 Le Manifeste « Faire Société ! » : http://www.laligue.org/le-manifeste-faire-societe/Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 65
  • 66. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXLa place prépondérante des médias dans le fonctionnement de la démocratie oblige à faireprogresser la qualité de l’information … de mettre en œuvre une politique d’éducationcontinue aux médias qui inclut le développement de l’esprit critique et la formation pour unusage créatif et citoyen d’internet et des réseaux sociaux.Pour toutes les raisons évoquées dans ce mémoire, notre conviction est qu’un mouvementd’Education Populaire, par ailleurs plus importante confédération française d’associations,devrait davantage investir ces technologies numériques, notamment par la mise en place deson propre média social en ligne. Il serait de notre point de vue également important que ceréseau promeuve et contribue au mouvement du Logiciel Libre comme étant le pendanttechnologique des valeurs de partage et de coopération chères à l’Economie Sociale etSolidaire et à l’Education Populaire.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 66
  • 67. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX BIBLIOGRAPHIEChristophe AGUITTON (Chercheur en science sociales). - Mobilisation numérique : «une nouvelle culture militante ? ». - Entretien réalisé par Marine Defrennes pour le siteInternet Terrafemina.com.- 6 décembre 2011, www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/9255-mobilisation-numerique--l-une-nouvelle-culture-militante--r.htmlLusin BAGLA-GÖKALP.- « Quelques approches sociologiques de réseaux sociaux ».-ASp [En ligne], 27-30 | 2000, mis en ligne le 28 janvier 2011. URL :http://asp.revues.org/2118Michel BEAUD.- L’art de la thèse, comment préparer et rédiger un mémoire de master,une thèse de doctorat ou tout autre travail universitaire à l’ère du net.- Edition LaDécouverte, Paris, 2006. 202 pages.Denis BERNARDEAU MOREAU & Matthieu HELY.- La sphère de l’engagementassociatif : un monde de plus en plus sélectif.- Article publié sur le sitewww.laviedesidees.fr, le 31/10/2007.- www.laviedesidees.fr/La-sphere-de-l-engagement.htmlOlivier BLONDEAU et Laurence ALLARD.- Devenir Média, Lactivisme contemporain: défection, expressivisme, expérimentation.- Éditions Amsterdam, Paris 2007.- 387 p.Pierre BOURDIEU.- Le capital social.- Actes de la Recherche en sciences sociales N° 31,1980Nathalie BOUCHER-PETROVIC.- La société de l’information « appropriée » parl’éducation populaire : une tradition en question.- tic&société [En ligne], Vol. 2, n° 2 |2008, mis en ligne le 07 mai 2009, Consulté le 14 mai 2012. URL :http://ticetsociete.revues.org/528Nathalie BOUCHER-PETROVIC.- Éducation populaire et TIC : mise en perspective etenjeux.- Communication aux Roumics le 15 juin 2006 à Lille.- URL :http://www.generationcyb.net/Education-populaire-et-TIC-mise-en,0823Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 67
  • 68. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXNathalie BOUCHER-PETROVIC.- Philosophie du logiciel libre et démarches d’éducationpopulaire.- Communication aux 7es rencontres mondiales du logiciel libre à Vandoeuvre-lès-Nancy, 7 juillet 2006.Danah BOYD.- Pourquoi avons-nous peur des médias sociaux ? .- Article publié parHubert GUILLARD sur le site internetactu.net, mars 2012.http://www.internetactu.net/2012/03/29/pourquoi-avons-nous-peur-des-medias-sociaux/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+internetactu%2FbcmJ+%28InternetActu.net%29Périne BROTCORNE sous la direction de Gérard VALENDUC.- Les outils numériquesau service d’une participation citoyenne et démocratique augmentée.- Les initiatives enBelgique francophone et les bonnes pratiques étrangères visant à renforcer lexpressioncitoyenne et la démocratie participative.- octobre 2011Dominique CARDON. - Vertus démocratiques de l’Internet.- Site Internet : la vie des idées: http://www.laviedesidees.fr/Vertus-democratiques-de-l-Internet.htm . -Texte est issu d’une présentation à la table ronde « Internet et renouveau démocratique »(avec Daniel Bougnoux et Patrice Flichy), animée par Caroline Broué au forum « Réinventerla démocratie » (organisé par La République des idées à Grenoble le 9 mai 2009).Dominique CARDON. - Militer en ligne : Ressources et limites des nouvelles formesd’engagements.- Propos recueillis par Richard ROBERT. - Dossier du site internet de laLigue de l’enseignement - www.laligue.org : Internet, nouvel espace démocratique.http://www.laligue.org/assets/Uploads/Internet-et-democratie/20-Entretien-avec-Dominique-Cardon.pdfDominique CARDON. - La démocratie Internet : promesses et limites.-Edition Seuil,2010.- 112 P.Manuel CASTELLS.- La Galaxie Internet.- Paris : Fayard, 2001.– 365 pRita CHEMALY.- Les réseaux numériques au service des Intifadas arabes.- Table rondeautour des Intifadas Arabes.- Institut des Sciences Politiques, Université Saint Joseph.-Mercredi 20 avril 2011Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 68
  • 69. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXIsabelle COMPIEGNE.- La société numérique en question(s).-Auxerre, Siences HumainesÉditions 2011.- 127p.Marine DEFFRENNES.- Mobilisation numérique : quand les foules virtuelles prennent lepouvoir.- article paru le 6 décembre 2011, sur le site www.terrafemina.com.http://www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/9256-mobilisation-numerique--quand-les-foules-virtuelles-prennent-le-pouvoir.htmlJean-Michel DUCOMTE, Jean-Marc ROYRANT. - La liberté de s’associer.- Toulouse,Edition Privat, 2011.- 189p.Philippe EYNAUD.- Interpréter les stratégies internet des associations.- Conférenceprononcée dans le cadre de l’Université populaire et citoyenne, Conservatoire National desArts et Métiers - Institut Polanyi, 2 décembre 2009.http://www.institutpolanyi.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=497:interpreter-les-strategies-internet-des-associations&catid=81:contributions&Itemid=104Emilie OGEZ et Jean-Noël CHAINTREUIL.- Twitter.- Edition Diateno, 2012. 331 p.Véronique KLEK.- Numérique & Cie, société en réseaux et gouvernance. - ÉditionsCharles Léopold MAYER, 2006. - 238 p.Véronique KLECK.- Appartenir à un collectif.- Article paru dans "Les idées enmouvement", mensuel de la Ligue de lenseignement, N°200 - Juin/juillet 2012, page 13.http://www.laligue.org/wp-content/uploads/2012/06/Veronique_Kleck.pdf.-Alban MARTIN (cofondateur du Social Media Club et maître de conférences associé auCelsa Paris IV Sorbonne).- Mobilisation numérique : « une forme hybride delengagement ».- Entretien réalisé par Marine Defrennes pour le site InternetTerrafemina.com.- 6 décembre 2011, http://www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/9254-mobilisation-numerique-l-une-forme-hybride-de-lengagement-r.htmlLilian MATHIEU (Sociologue, CNRS). - Un "nouveau militantisme"? A propos dequelques idées reçues.- http://www.contretemps.eu/fr/socio-flashs/nouveau-militantisme-propos-quelques-idees-recues#.T-rdt5VHTic.twitterAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 69
  • 70. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXPierre MERCKLE.- Sociologie des réseaux sociaux.- Paris, La Découverte, coll. « Repères», troisième édition, 2011, 128 p.Jean François NOUBEL.- Intelligence collective, la révolution invisible.- Novembre 2004.-44P.http://www.thetransitioner.org/wikifr/tiki-index.php?page=Intelligence%20Collective%20la%20r%C3%A9volution%20invisibleValérie PEUGEOT (COORD.).- Réseaux humains, réseaux électroniques. - Paris,Éditions Charles Léopold Mayer, 2001.Romain PIGENEL (Conseiller politique et bloggeur sur Variae.com). - « Ce nouvelespace public exige une éthique » : Sur la blogosphère et les réseaux sociaux.- Proposrecueillis par ROBERT (Richard). - (Dossier du mois site internet de la Ligue del’enseignement - www.laligue.org). - http://www.laligue.org/assets/Uploads/Internet-et-democratie/20-Entretien-avec-Romain-Pigenel.pdfDossier réalisé par Hervé QUEILLE.- Bénévolat en pleine mutation.- Article publié le 16juillet 2012 dans "le Télégramme".-http://recherches-solidarites.org/media/uploads/benevolattelegramme.pdfBernard ROUDET.- « Entre responsabilisation et individualisation : les évolutions del’engagement associatif ».- Lien social et Politiques, n° 51, 2004, p. 17-27.-http://id.erudit.org/iderudit/008866arEric SCHERER.- Transferts de pouvoirs.- Article paru sur le site meta-media.fr le 13 mai2012.- http://meta-media.fr/2012/05/13/transferts-de-pouvoirs /Michel SERRES.- La forme classique de la transmission du savoir est périmée.- Articleparu dans "Les idées en mouvement", mensuel de la Ligue de lenseignement, N°200 -Juin/juillet 2012, page 3. http://www.laligue.org/wp-content/uploads/2012/06/IEM-200-BR-3.pdfRoger SUE. - Renouer le lien social. Liberté, égalité, association.- Éditions Odile Jacob. -2001Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 70
  • 71. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXViviane TCHERNONOG. - Les grandes tendances de l’évolution des associations. -Article extrait de juris associations n° 384 du 15 septembre 2008. Reproduit avecl’autorisation des éditions Juris associations. -https://www.associatheque.fr/fr/fichiers/etudes/tendances-evolution-asso-2008.pdfJean-Pierre WORMS.- Le capital associatif en France, hier et aujourdhui.- Article publiésur le site de la Fonda, décembre 2005. http://www.fonda.asso.fr/Le-capital-associatif-en-France.htmlKhaled ZOUARI (Docteur en SIC, Enseignant Groupe de recherche IDIL). - Pratiqueset usages organisationnels des nouveaux médias dans les entreprises d’économie sociale etsolidaire. - 15ième Colloque National de la Recherche en IUT | CNRIUT 2009 - Lille - Les 8,9 et 10 Juin 2009. - http://cnriut09.univ-lille1.fr/articles/Articles/Fulltext/61a.pdfNuméro coordonné par STENGER (Thomas) et COUTANT (Alexandre). - Ces réseauxnumériques dits sociaux. – Paris : CNRS Editions, 2011. – 256 p. – Revue Hermès N° 59.Article paru dans la revue AGORA débats jeunesse n°31(éditions L’Harmattan).- Nouvellesformes de l’engagement, Les associations doivent s’ouvrir à de nouvelles énergiesjuvéniles.- Mis en ligne le mercredi 5 janvier 2005.http://ressourcesjeunesse.fr/Nouvelles-formes-de-l-engagement.htmlAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 71
  • 72. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX SITES INTERNET VISITESNetPublic, accompagner laccès de tous à Internet :http://www.netpublic.frSocial Planet, le réseau social de linitiative sociale et solidaire en Europe :http://www.social-planet.orgLa Ligue de lenseignement :http://www.laligue.orgTela Botanica, le réseau de la botanique francophone :http://www.tela-botanica.orgLe Blog de Jean-Michel CORNU :http://www.cornu.eu.orgWikipédia, lencyclopédie libre en ligne :http://fr.wikipedia.orgPortail dédié à l’Education populaire sur Wikipedia créé par La Ligue de l’enseignementet l’INJEP :http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:%C3%89ducation_populaireTerrafemina : News & Réseaux, Portail dinformations fémininhttp://www.terrafemina.comLe Blog RunOrg : apports des nouvelles technologies pour les associations et leursresponsables.http://blog.runorg.comLe blog de Jean-Luc Raymond :http://blog.jeanlucraymond.netTIC&Société, analyse des rapports entre les technologies de l’information et de lacommunication (TIC) et la société :http://ticetsociete.revues.orgLa Ruche de Rennes, réseau social local réalisé, animé, modéré par lassociation Bug :http://beta.ruche.orgLa Ruche de Brest, réseau social local brestois :http://www.ruche-brest.netCultures Expressives, le Wiki de Laurence Allard :http://culturesexpressives.frAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 72
  • 73. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX COMPTES TWITTER SUIVIS pour faire de la veille d’informations sur le sujet du mémoire.Laurence ALLARD : @laurenceallardApril : @aprilorgAssociathèque : @associathequeAssociations : @depuis1901Citizenplace : @citizenplaceCPCA : @cpcafranceEducpoptic : @educpopticEPM en Deux Sèvres : @epm79LESS tjrs + net(te) : @esstjrsplusnetLoi1901.com : @Loi_1901Gérard MARQUIE : @gmarquieAlban MARTIN : @albanmartinLatinux Magazine : @LatinuxMagFRGilles LE PAGE : @lepagegillesLiberTIC : @LiberTICLe Monde Techno : @lemonde_technoNetPublic : @netpublicGuy PASTRE : @guypastreJean-Claude PLOURDE : @plojea01Jean-Luc RAYMOND : @jeanlucrDamien SOCIAL PLANET : @Social_PlanetTALCOD : @TALCODThot – Cursus : @thotVilles Internet : @Villes_InternetAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 73
  • 74. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX TABLE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUESFigure 1 : Intérêt dêtre bénévoles Page 14Tableau 2 : Raisons d’agir et évolutions de l’engagement associatif Page 18Figure 3 : Matrice des interconnexions des abonnés au compte @crdva24 Page 39Figure 4 : Graphe des interconnexions des abonnés au compte @crdva24 Page 40Tableau 5 : Synthèse étude retweets & mentions - Liens forts / Liens faibles Page 41Figure 6 : Tweet du 21 septembre 2011 sur le compte @crdva24 Page 44Figure 7 : Article sur la page Facebook du centre de ressources Page 45Figure 8 : Nbre de Pages Visitées Page 45Figure 9 : Nbre de visites après l’envoi de la lettre de septembre 2011 Page 46Figure 10 : Analyse de l’influence des médias sociaux sur le site laligue24.org Page 46Figure 11 : Schéma structurel réseau Ligue de l’enseignement Page 56Figure 12 : Schéma structurel réseau Diaspora Page 56Figure 13 : Schéma structurel réseau Facebook Page 57Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 74
  • 75. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX TABLE DES ANNEXESAnnexe 1 : Interview de Bastien SIBILLE Page 76Annexe 2 : Interview de Laurence ALLARD Page 82Annexe 3 : Interview de Dominique CARDON Page 85Annexe 4 : Interview de François MEYNIER Page 87Annexe 5 : @crdva 24 - Etude retweets & mentions - Liens forts / Liens faibles Page 90Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 75
  • 76. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Propos de Bastien Sibille, recueillis le mercredi 18 juillet 2012 par Jean-Luc GADIOUXQuestion de J-Luc GADIOUX : Tout d’abord, puis-je vous demander de vous présenter ?Bastien SIBILLES :Aujourd’hui, je m’occupe principalement de deux structures. D’abord de TALCOD qui estune entreprise solidaire que j’ai créée. TALCOD une entreprise de service en logiciels libresnotamment à destination des entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire et avec uneemphase sur les outils de gestion de la gouvernance des ces organisations parce que l’on aestimé que la présence dans les structures d’une gouvernance saine est un gage de pérennité.Nous avons des outils qui permettent d’améliorer la gestion des Conseils d’Administration,des Assemblées Générales, des comités etc. … c’est un premier versant qui est le versantéconomique de mon activité.Le deuxième versant est plus de l’ordre de l’engagement. J’assure le secrétariat général del’Association Internationale du Logiciel Libre (AI2L), qui rassemble le crédit coopératif, laMACIF, le groupe chèques déjeuner, et des partenaires québécois, à peu prés du même ordreque ces trois structures, sur un projet original de création de logiciels libres pour l’économiesociale. Je dis original, parce qu’il contribue au financement d’une chaire de rechercheindustrielle mais universitaire au Québec pour la création et le développement des softs. Il estégalement original, parce qu’il associe, au niveau international, des structures de l’économiesociale, ce qui n’arrive finalement pas si fréquemment sur des projets opérationnels.Je ne suis pas un informaticien, je suis plutôt sensible aux questions d’intérêt général puisqueje suis diplômé de Science-Po, qui s’est traduit au final par un doctorat en science politique auQuébec sur les questions de gouvernance et d’informatique.JLG : Dans un contexte où la difficulté à mobiliser des bénévoles associatifs estrégulièrement mis en avant par les médias et par les responsables associatifs eux-mêmes, etoù des exemples récents montrent la capacité à mobiliser à travers les réseaux sociauxAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 76
  • 77. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX(l’exemple du printemps arabe en est une illustration), quelques questions sur les interactionspossibles entre les associations et les réseaux sociaux numériques peuvent se poser.C’est donc le sujet que j’ai choisi de traiter dans mon mémoire de fin de Master II « Stratégieet Management des Entreprises Associatives de l’Economie Sociale et Solidaire » :Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ?Pour alimenter ma réflexion, j’ai décidé de prendre l’avis d’experts du sujet traité et c’est laraison pour laquelle je vous ai sollicité.D’après vous, les mobilisations sur les médias sociaux peuvent-elles venir se substituer,même partiellement, aux formes d’engagements associatifs plus traditionnelles ? Existe-t-il unrisque pour l’engagement associatif et militant traditionnel ?BS : D’abord c’est une bonne question. Que ce soit parce qu’il y a des technologies de typeréseaux sociaux numériques ou que ce soit parce que on est dans une société de plus en plusindividualisée, il y a effectivement une sorte d’émiettement de l’engagement que ce soit soussa forme politique ou sous sa forme associative, et qui elle est dangereuse pour la pérennitédes structures associatives. Et du coup, des technologies de type Facebook vont bien aveccette modification sociologique.Je veux sortir, une fois pour toute, de l’alternative : est-ce que ce sont des caractéristiquessociologiques qui engendrent des technologies, ou est-ce que ce sont les technologies qui ontdes impacts sur les critères sociologiques ? Je crois que ce sont de fausses questions. Je penseque tout avance ensemble. Mais le fait est que des technologies de type Facebook renforcentune habitude à s’engager vite et sur du temps court, voire très très court, en une seconde letemps de « Liker » sur une initiative. Mais par contre on va pouvoir « Liker » plusieurs foisdans la journée. C’est donc un morcèlement à mon avis, un raccourcissement del’engagement. Une forme de zapping de l’engagement. Ceci est un risque effectivement.Il y a aussi des éléments qui favorisent l’engagement, dans ces mêmes technologies. Si cestechnologies permettent à ces formes d’engagement émiettées de s’exprimer, elles permettentégalement de les agréger, de leur donner une temporalité.Du coup, ma théorie est que l’on va vers des formes d’engagement faibles. Quand je disfaibles, cela ne veut pas dire qu’elles sont mieux ou moins bien, je veux dire qu’elles sont denatures différentes. Elles sont plus ténues, et il faut donc des technologies qui soient capablesde capter ces formes d’engagement.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 77
  • 78. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXQuestion JLG : Pensez-vous que l’utilisation des médias sociaux peut représenter uneopportunité pour les associations de diffuser leur projet politique et de mobiliser autour decelui-ci ?BS : Ma réponse est sans ambigüité oui, en tout cas ce serait dommage qu’elles ne le fassentpas. On peut toujours se dire qu’on reste à côté de ces phénomènes, qu’on ne monte pas dansle train. Mais si on n’y monte pas, on risque de se couper de ceux qui y sont montés. Je penseplutôt que la bonne question, si vous me permettez, est : comment peut-on monter dans letrain dans de bonnes conditions ? Mais se dire, on ne va pas en profiter serait dommage,sachant qu’en face, les autres, les multinationales, les états, les dictatures, eux en profitent. Siles gens qui ont plutôt un impact positif sur la société se disent nous on ne va pas en profiter,ce serait quand même un peu dommage.Il faudrait plutôt lister les éléments de risque que prennent les associations à être sur cestechnologies et de voir comment on peut répondre à ces risques.Ne pensez-vous pas que l’utilisation de médias sociaux de type Facebook, dont le modèleéconomique est capitaliste, ne vient pas en contradiction avec les valeurs de l’EducationPopulaire, et plus globalement de l’Economie Sociale et Solidaire ? Connaissez-vous dessolutions alternatives ? Doit-on, au nom des valeurs, se priver de l’audience que représentece type de média ?BS : Ma réponse rejoint un peu la réponse précédente. Quels sont les risques et comment on yrépond ? Quels sont les vrais risques à utiliser des technologies capitalistes ? Quand je vousparle de vrais risques, je ne vous parle pas de risques idéologiques, qui peut être une forme derisques dans la mesure où les associations peuvent perdre des militants parce que ceux-ciestiment qu’utilisant Facebook, ils renforcent des dynamiques contre lesquelles ils luttent. Cerisque serait à estimer, j’ai un peu de mal à le faire aujourd’hui.Un risque financier, il n’y en a pas vraiment. Généralement ce sont des dispositifséconomiques d’exploitation technologique dans lesquels les petits utilisateurs ne paient pas leservice.Ce sur quoi j’attire votre attention, pour produire des technologies de cet ordre à TALCOD,on sait le coût que représente l’utilisation technologique par les utilisateurs. D’avoir unemachine économique qui permet à 500 millions d’utilisateurs d’utiliser un outil d’aussi bonnequalité que Facebook, gratuitement, c’est un exploit. Et Google, je ne vous en parle mêmeAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 78
  • 79. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXpas, là c’est carrément magique. Cela est plutôt l’aspect positif. Des associations ont à leurportée des outils gratuits d’excellente qualité.Maintenant, le risque est double : 1) La perte des données. Quand on veut sortir du dispositif, ou si le dispositif meure, une entreprise capitaliste peut toujours s’effondrer, je note tout de suite qu’une association ou une coopérative peuvent aussi s’effondrer, que se passe-t-il dans ces cas là ? Vous n’êtes pas sûr de pouvoir récupérer vos données, ou alors en partie, cette partie étant variable selon les interfaces. 2) Vous ne pourrez pas réutiliser ces données dans un autre contexte. Si Facebook s’effondre, vous n’aurez plus accès aux interfaces et donc une large partie de votre investissement, qui est un investissement cognitif dans l’interface, d’acquisition des savoir faire lié à l’interface, vous allez le perdre. C’est une problématique, vous ne pouvez pas quitter Facebook sans perdre une partie de vos données. Le risque est là.Questions JLG : Est-ce plus un choix idéologique ou politique que de préférer des LogicielsLibres plutôt que des outils capitalistes de type Facebook ?BS : Oui, c’est sûr, mais aujourd’hui ce sont plutôt les deux raisons que je vous ai donnéesavant qui m’amène à faire du Logiciel Libre. L’autonomie des acteurs est importante, paspour une question nécessairement idéologique mais pour une question de pérennité desdonnées. Sincèrement, se priver de la capacité d’action générée par ces technologies là et deleur qualité, pour juste une question idéologique, ne me semble pas suffisant. Et j’aurais plutôttendance à dire l’inverse. Cest-à-dire, le capitalisme informationnel, financier … produit desoutils de type Google ou Facebook. Ces outils vous permettent, à la marge, d’utiliser leurpuissance pour vos propres objectifs qui sont plutôt orientés contre Facebook et Google. Jecrois qu’il faut profiter de cela. L’adversaire vous met à disposition des armes, ce seraitdommage de ne pas en profiter.La question est donc plutôt, en utilisant cela, est-ce que je prends un risque pour mes donnéeset donc pour ma capacité d’action ? Si oui, dans quelle mesure ?Ce sont des questions anciennes et récurrentes dans les organisations de l’Economie Sociale.Est-ce que l’on sort de l’économie de marché ? Ou est-ce que l’on est dans l’économie demarché et on essaie de la modifier ?Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 79
  • 80. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXQuestion JLG : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre suite logicielle TALA, et notammentsur ce qu’elle apporte à la gouvernance associative ?BS : L’objectif de notre suite logicielle est de : - un rendre plus facile la gouvernance associative, - de la rendre plus dynamique, la rendre moins chère et plus écologique et la rendre mieux sécurisée.Quand je dis plus facile, dans les interfaces de TALA, on a des outils de gestions des ordresdu jours, des outils de gestion des procès verbaux, de gestion des archives des Conseilsd’Administration, des Assemblées Générales, des convocations, des membres, de passation depouvoir, de gestion de mandats … toutes ces choses sont finalement, dans la vie desassociations, des coopératives, des mutuelles, chronophages. Et donc on a là, à notredisposition, des outils qui vous facilitent la vie.Ensuite, notre but, et c’est peut être plus fondamentale, c’est de dynamiser les processus degouvernance. La grande question qui traverse les structures de l’économie socialeaujourd’hui, est la suivante : on se distingue par des éléments statutaires qui organisent unedémocratie d’entreprise certes, mais quelle est la réalité de cette démocratie ? On a des statutsqui disent que les sociétaires peuvent voter, par exemple dans les mutuelles où les clients sontsociétaires et peuvent voter, mais combien viennent vraiment aux AG et votent ? Du coup, sil’on a des outils qui permettent de dynamiser les processus de gouvernance, de faire en sorteque les gens votent, qu’ils prennent connaissance des documents qui préparent les décisionscollectives, que la vie sociétariale est plus développée, là on réinsuffle un nouveau souffle auxstructures de l’ESS, on leur permet d’améliorer leur idéal type statutaire.Le troisième point important pour nous est de réduire le coût de cette gouvernance et sonemprunte écologique. Cela est lié notamment aux outils de visioconférence, aux outils detravail à distance … les gens vont moins se déplacer et vont se déplacer vraiment pour desmoments d’échanges qualitatifs. Il ne s’agit pas du tout de virtualiser totalement les Conseilsd’administration mais de les rendre plus efficaces.Le dernier point est une question de sécurisation des procès et notamment par la créationd’archives pour lesquelles on a des sauvegardes. Il y a beaucoup d’associations danslesquelles c’est une personne qui, sur son disque dur, qui conserve les PV des cinq dernièresannées. Et si le disque dur « crame », tout est perdu. Donc on essaie d’assurer des sauvegardesqui sécurisent tout cela.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 80
  • 81. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXQuestion JLG : Un réseau comme la Ligue de l’enseignement, qui compte près de 26000associations représentant 1,6 millions d’adhérents, structuré en 102 fédérationsdépartementales, n’aurait-il pas, à votre avis, la capacité à développer un réseau socialinterne, par exemple sur le modèle de diaspora, dont la structure est plus décentralisée quecelle de Facebook, étant ainsi plus proche de la structuration de la Ligue de l’enseignement?BS : Je pense que oui, bien sûr, mais il y a plusieurs choses auxquelles il faut être attentif.D’abord, ce n’est pas parce que l’on met en place un dispositif technique que ce dispositiftechnique est utilisé. La question de l’animation est donc cruciale.Ensuite, il ne faut pas sous-estimer la complexité technologique d’un tel projet. Il y a unesorte de leurre dans les logiciels libres. Cest-à-dire, des logiciels libres, comme Diaspora parexemple, vous les téléchargez, vous les installez assez facilement, et puis cela fonctionne bienen petit comité. Quand on met le dispositif en production auprès de plusieurs centaines, voirede milliers d’utilisateurs, la partie change. Les petits « bugs » qui ne posent pas trop deproblème à petite échelle, deviennent parfois très compliqués à gérer à grande échelle. Etdonc, c’est la raison pour laquelle, je crois vraiment qu’il faut associer des partenairestechnologiques dont c’est le métier et qui maitrisent bien ces technologies.C’est vraiment les deux points de vigilance sur lesquels j’attire votre attention : 1- Réfléchissez bien à votre animation, aux questions politiques, aux freins d’usages liés à la structuration de l’organisation. 2- Ne vous lancez pas dans une aventure de cette dimension là tout seul, regardez s’il y a des professionnels qui peuvent vous aider.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 81
  • 82. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Propos de Laurence ALLARD Maître de conférences en Sciences de la Communication, Chercheur à l’IRCAV-Paris/Enseignante à l’Université Lille 3. http://culturexpressives.fr recueillis le vendredi 27 juillet 2012 par Jean-Luc GADIOUXDans un contexte où la difficulté à mobiliser des bénévoles associatifs est régulièrement misen avant par les médias et par les responsables associatifs eux-mêmes, et où des exemplesrécents montrent la capacité de mobiliser à travers les réseaux sociaux (l’exemple duprintemps arabe en est une illustration), quelques questions sur les interactions possiblesentre les associations et les réseaux sociaux numériques peuvent se poser.C’est donc le sujet que j’ai choisi de traiter dans mon mémoire de fin de Master II « Stratégieet Management des Entreprises Associatives de l’Economie Sociale et Solidaire ».Pour alimenter ma réflexion, j’ai décidé de prendre l’avis d’experts du sujet traité et c’est laraison pour laquelle je vous ai sollicité.Question J-Luc GADIOUX : D’après vous, les mobilisations sur les médias sociaux peuvent-elles venir se substituer, mêmes partiellement, aux formes d’engagements associatifs plustraditionnelles ?Réponse de Laurence ALLARD : D’une part, les mobilisations sur les médias sociaux sontavant tout complémentaires, les mêmes publics et les mêmes causes. Le cas extrême de lacampagne Kony 2012 avec une vidéo controversée utilisant la dramatisation, l’émotion et lasimplification stigmatisant un pays - l’Ouganda - alors même que Joseph Kony ne se cacheplus dans ce pays à l’heure actuelle, montre que tous ceux qui ont fait circuler cette vidéo sousdifférentes modalités n’auraient jamais eu connaissance de ces exactions voire même du casdes enfants soldats si les modalités de l’interaction par contenus en vigueur sur les réseauxsociaux n’avaient pas été déployées à une échelle jamais atteinte jusqu’à là sur un sujet« sérieux. » puisque la vidéo a été visionnée à des centaines de millions de vues en quelquesjours. Ces formes de mobilisation qui passent d’abord par des activités sémiotiques pré-Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 82
  • 83. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXdéfinies –liker, partager, commenter, mettre en favori etc. –ont un caractère minimal certesmais elles ont le mérite d’élargir les publics et les causes d’engagement.D’autre part, il apparaît que l’engagement associatif n’est parfois pas tant à relier à une causeen particulier qu’à une volonté de s’engager en tant que tel. Cette forme de militantismetrouve sa place dans les associations et les actions qu’elles proposent car c’est un « besoin »d’une organisation qui va être au cœur de la logique d’engagement. En cela, les réseauxsociaux ne sont pas substituables non plus aux associations traditionnelles.JLG : Pensez-vous que l’utilisation des médias sociaux peut représenter une opportunité pourles associations de diffuser leur projet politique et de mobiliser autour de celui-ci ?LA : Il faut bien connaître les spécificités des modes de mobilisation sur les réseaux sociaux,qui passent par des contenus d’abord partageables autour desquels il est possible d’interagirégalement mais pas obligatoirement. Les vidéos, les infographies, les « images toutes faîtes »,qu’il s’agit de partager, de liker, de RT... représentent les matériaux militants les plusadéquats pour mobiliser autour d’un projet dans le cadre de cette logique de dissémination parles publics des contenus (qui n’a rien à voir avec une «pseudo viralité immanente »). Ne pasoublier les boites mails qui demeurent les premiers réseaux sociaux en termes d’histoire etsurtout d’usage même sur l’internet mobile. Pour communiquer les pages Facebook et lesliens Twitter vers des sites avec des textes plus approfondis et des analyses sont égalementnécessaires pour assurer la présence en ligne de l’association. Le principe est d’être présentsur tous les dispositifs pratiqués : réseaux sociaux de photos, de vidéos, de géolocalisation, dereblogging car l’activité en ligne de posts d’informations, de photos des actions etc. incite à lamobilisation.Internet et le mobile sont des technologies de communication et doivent être utilisés à cette finpour faire connaître et faire agir.JLG : A votre avis, les outils numériques collaboratifs pourraient-ils aider à la mise en placed’une gouvernance associative plus participative et démocratique ?LA : L’idéal d’une gouvernance plus participative et démocratique pourrait être atteint si onconsidère que les citoyens ont désormais entre leurs mains des outils d’expression, desmoyens de prises de vues et d’écriture dans une ampleur massive. C’est le rapport même àl’écrit qui est dédramatisé avec les textos par exemple.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 83
  • 84. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXDu côté des pouvoirs publics, il faudrait prendre garde à ne pas bâtir des cathédrales de l’e-démocratie, des dispositifs intimidants mais plutôt à la manière de la gouvernance 2.0d’Obama (avec toutes ses limites) en s’appuyant sur les pratiques numériques existantescomme par exemple les types d’interactions par contenus sur les réseaux sociaux qui ontinspiré des contest de vidéos pour le ministère de la santé.Il y a aussi la nécessité de livrer des ressources aux citoyens de type données publiquesouvertes pour que leur participation ne soit pas simplement de la figuration sans connaissancefondée des problèmes d’un pays.A bien y réfléchir les citoyens ont déjà appris à se gouverner, à s’organiser avec les outilsnumériques qui sont les leurs depuis de nombreuses années sur Internet sans attendre que lagouvernance 2.0 soit à la mode. Les pouvoirs publics sont d’une certaine façon en retard surce terrain.JLG : Ne pensez-vous pas que l’utilisation de médias sociaux de type Facebook, dont lemodèle économique est capitaliste, ne vient pas en contradiction avec les valeurs del’Education Populaire, et plus globalement de l’Economie Sociale et Solidaire ? Connaissez-vous des solutions alternatives ? Doit-on, au nom des valeurs, se priver de l’audience quereprésente ce type de média ?LA : En effet, ce capitalisme du partage, ce crowdsourcing qui consiste à faire produire etdiffuser les contenus par les usagers en en retirant seuls les bénéfices est contradictoire avecles principes de l’économie sociale et solidaire. Demeure la logique sociale de la participation,de la contribution qui est à l’œuvre sur ces mêmes réseaux sociaux et qui est au fondement decette économie. Il y a là une contradiction qui peut être résolue en déployant volontairementune tactique activiste d’instrumentation du caractère massivement socialisé de Facebook parexemple en l’utilisant comme tremplin vers d’autres sites et dispositifs dont l’ouvertureinformationnelle est plus grande en termes de code source et qui sont les terrains digitaux pluscohérents dans des projets d’économie sociale et solidaire.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 84
  • 85. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Propos de Dominique CARDON, Sociologue et Chercheur associé au Centre d’étude des mouvements sociaux de l’École des Hautes Études en Sciences sociales, recueillis le mercredi 18 juillet 2012 par Jean-Luc GADIOUXDans un contexte où la difficulté à mobiliser des bénévoles associatifs est régulièrement misen avant par les médias et par les responsables associatifs eux-mêmes, et où des exemplesrécents montrent la capacité de mobiliser à travers les réseaux sociaux (l’exemple duprintemps arabe en est une illustration), quelques questions sur les interactions possiblesentre les associations et les réseaux sociaux numériques peuvent se poser.C’est donc le sujet que j’ai choisi de traiter dans mon mémoire de fin de Master II « Stratégieet Management des Entreprises Associatives de l’Economie Sociale et Solidaire ».Pour alimenter ma réflexion, j’ai décidé de prendre l’avis d’experts du sujet traité et c’est laraison pour laquelle je vous ai sollicité.Question J-Luc GADIOUX : D’après vous, les mobilisations sur les médias sociaux peuvent-elles venir se substituer, même partiellement, aux formes d’engagements associatifs plustraditionnelles ?Réponse Dominique CARDON : Il est inutile d’opposer les mobilisations en ligne et lesmobilisations traditionnelles, passant par les formes associatives. En fait, les premières sontsouvent très poreuses et beaucoup de ceux qui sont les plus actifs dans les mobilisations enligne ont souvent une socialisation militante et politique préalable. Ceci étant, il existe aussiune spécificité des formes de mobilisation en ligne, la spontanéité, les engagements « faibles», la coordination lâche et l’absence de définition préalable du programme d’action, qui luidonne un caractère très particulier ; que l’on retrouve notamment dans des nouvelles formesd’action comme le mouvement des Indignés. De sorte que, en ligne ou hors ligne, ce qui estAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 85
  • 86. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXnouveau dans le domaine des formes de mobilisation, c’est l’organisation en réseau desindividus à l’écart des formes traditionnelles de l’affiliation associative (Indignés/Occupy,Parti Pirate, Anonymous…)JLG : Pensez-vous que l’utilisation des médias sociaux peut représenter une opportunité pourles associations de diffuser leur projet politique et de mobiliser autour de celui-ci ?DC : Oui bien sûr, mais cela suppose de « débureaucratiser » les structures associatives desgrandes fédérations et de faire un usage plus audacieux d’Internet (par exemple Greenpeace).JLG : A votre avis, les outils numériques collaboratifs pourraient-ils aider à la mise en placed’une gouvernance associative plus participative et démocratique ?DC : Incontestablement et certaines associations en font de plus en plus usage. La question dela transparence notamment.JLG : Ne pensez-vous pas que l’utilisation de médias sociaux de type Facebook, dont lemodèle économique est capitaliste, ne vient pas en contradiction avec les valeurs del’Education Populaire, et plus globalement de l’Economie Sociale et Solidaire ? Connaissez-vous des solutions alternatives ? Doit-on, au nom des valeurs, se priver de l’audience quereprésente ce type de média ?DC : A mon sens il faut encourager les alternatives à ces plateformes (diaspora, etc.) mais ilfaut aussi être réaliste. Ces alternatives n’ont pas d’utilisateurs. Un usage tactique des médiassociaux à succès n’empêchent pas de les critiquer et d’être attentif aux conditions de leurdéveloppement et à l’usage qu’elles font des données. Il me semble qu’il serait dommage des’en priver.Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 86
  • 87. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Propos de François MEYNIER, chargé de mission Technologies de l’Information et de la Communication à la Ligue de l’enseignement de la Dordogne, mission déléguée « Société Numérique » auprès de la Ligue de l’enseignement nationale. recueillis le lundi 23 juillet 2012 par Jean-Luc GADIOUXDans un contexte où la difficulté à mobiliser des bénévoles associatifs est régulièrement misen avant par les médias et par les responsables associatifs eux-mêmes, et où des exemplesrécents montrent la capacité de mobiliser à travers les réseaux sociaux (l’exemple duprintemps arabe en est une illustration), quelques questions sur les interactions possiblesentre les associations et les réseaux sociaux numériques peuvent se poser.C’est donc le sujet que j’ai choisi de traiter dans mon mémoire de fin de Master II « Stratégieet Management des Entreprises Associatives de l’Economie Sociale et Solidaire ».Pour alimenter ma réflexion, j’ai décidé de prendre l’avis d’experts du sujet traité et c’est laraison pour laquelle je vous ai sollicité.Question de J-Luc GADIOUX : En quelques mots pouvez-vous vous présenter ?Réponse de François MEYNIER : je suis actuellement chargé de mission Technologies del’Information et de la Communication à la Ligue de l’enseignement de la Dordogne, et j’aiégalement une mission déléguée « Société Numérique » auprès de la Ligue de l’enseignementnationale.JLG : D’après vous, les mobilisations sur les médias sociaux peuvent-elles venir sesubstituer, mêmes partiellement, aux formes d’engagements associatifs plus traditionnelles ?FM : Elles ne pourront jamais se substituer totalement aux formes d’engagementstraditionnelles qui passent par les actions de terrain (comme par exemple les activités deAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 87
  • 88. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXloisirs), utilisées comme autant de vecteurs pour faire passer pratiques, idées et valeurs. Ellessont par contre un complément incontournable voire même indispensable lorsque l’on veutcommuniquer sur ces actions. Les formes d’engagements associatifs traditionnelles nepeuvent donc faire l’impasse sur ces nouveaux moyens de communication au risque de perdrede l’audience voire de disparaitre face à des alternatives d’engagement plus axées sur de laconsommation.JLG : Pensez-vous que l’utilisation des médias sociaux peut représenter une opportunité pourles associations de diffuser leur projet politique et de mobiliser autour de celui-ci ?FM : Plus qu’une opportunité, ces médias deviendront dans le futur, je pense, un desprincipaux moyens de communication (en plus des moyens de communication traditionnels,électroniques ou classiques). On assiste de plus à plus à l’émergence de la notion de « hubinformatif », où des sites tels que les réseaux sociaux agrègent, compilent, filtrent etprésentent de manière très attractive et interactive une quantité énorme d’informations surmesure, ciblées et formatées pour le lecteur en fonction de ses affinités culturelles et sociales.Elles en ont donc d’autant plus d’impact. L’interactivité immédiate et moins engageante decette nouvelle forme de communication permet d’entrer en contact de manière horizontaleavec le public.JLG : A votre avis, les outils numériques collaboratifs pourraient-ils aider à la mise en placed’une gouvernance associative plus participative et démocratique ?FM : S’il est bien un domaine clef où ces outils peuvent amener un réel plus, c’est bien celuide la gouvernance associative. Les outils collaboratifs tels que les wikis, les forums ou encoreles groupes Facebook en sont une bonne illustration. Ils ont toujours existé, mais grâce auxévolutions technologiques, ils sont maintenant faciles d’accès. Pour citer un exemple, lafédération départementale de la Ligue de l’enseignement de la Dordogne dans laquelle jetravaille les a récemment utilisés afin de construire son nouveau projet politique et ce aussibien au niveau de la phase d’élaboration participative (à l’aide d’un wiki), qu’au niveau de lapriorisation des idées (en utilisant un système de sondage en ligne).JLG : Ne pensez-vous pas que l’utilisation de médias sociaux de type Facebook, dont lemodèle économique est capitaliste, ne vient pas en contradiction avec les valeurs deAssociations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 88
  • 89. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUXl’Education Populaire, et plus globalement de l’Economie Sociale et Solidaire ? Connaissez-vous des solutions alternatives ? Doit-on, au nom des valeurs, se priver de l’audience quereprésente ce type de média ?FM : Le modèle économique de la plupart de ces outils (dont les principaux réseaux sociaux)est bien sûr à l’opposé des valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire. Dans certain cas etdans certaines pratiques, il peut même être vu comme un «ennemi » (non-respect de la vieprivée, abus de position dominante, usages commerciaux déguisés…).Se priver de leur audience serait malgré tout contre-productif, étant donné que 77% desinternautes français sont inscrits sur au moins un réseau social et 60% d’entre eux s’y rendentau moins une fois par jour(*). Il est donc inutile de les diaboliser, autant les utiliser ne serait-ce que pour en faire une critique constructive.Je pense qu’il faut avant tout faire confiance en l’humain derrière son écran.Il ne faut pas non plus oublier que d’autres outils -comme wikipedia pour le plus connu-,partagent au contraire les mêmes valeurs que l’ESS, basés sur des systèmes defondation/coopérative et de démocratie participative.Comme on l’a vu par le passé, les choses ne restent jamais figées dans le domaine des TIC, etrien n’empêche de rêver à l’apparition un jour d’un « Facebook à but non lucratif » gouvernépar ses utilisateurs.(*) source médiamétrie : http://www.mediametrie.fr/comportements/communiques/plus-de-3-internautes-sur-4-sont-inscrits-sur-un-reseau-social.php?id=698Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 89
  • 90. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX @crdva 24 : Etude retweets & mentions - Liens forts / Liens faibles Association Mentions Auprès Relayé auprès Liens Liens Abonnement ABONNES A @CRDVA24 Champ dactivité affiliée à la ou de X par X de X forts faibles réciproque Ligue 24 retweets abonnés abonné(s) abonnéseur Solidaire @ACT_SOLIDAIRE 1 1 oui Fondateur de lâge de faire, mensuel national dédié à lécologie, la citoyenneté et la solidarité. Le Plan ESSE c’est agir ensemble pour une 2 Alain Duez @LE_PLAN_ESSE économie juste. 1 oui 1 373 Alexis Geo INZONZI 3 @AlexisKZokin 1 non 4 AOL de Périgueux @AOLPx 1 1 oui Toutes les informations et ressources utiles à votre #association : guides, modèles, statuts, gestion, actualité. Rendez-nous visite ! Un site du Crédit 5 associathèque @associatheque Mutuel 1 oui 2 361 6 Associations @depuis1901 1 oui Travaille et réfléchis sur des sujets comme les pratiques #collectives, la dynamique des #groupes, les #collectifs, les #savoirs, la culture des 7 Benjamin Roux @benjaminroux précédents… 1 oui 1 459 8 Bergeracnews @Bergeracnews 1 oui 9 Blog Sudouest @BlogSudouest 1 oui canoes roquegeoffre 10 @canoedordogne 1 non 11 CAPCINEMA @capcinema 1 non Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 90
  • 91. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Groupes, associations, communautés outillez-vous ! CitizenPlace, la boutique dapplications pour répondre12 citizenplace @citizenplace à tous vos besoins. 1 oui 8 417 1 930 Sébastien de mon prénom. Spécialisé dans la #communication des #associations. Je vous file des pistes sur http://www.comm-asso.com Faites13 Comm Asso @CommAsso briller votre asso ! 1 oui 15 34714 comparemalin @comparemalin 1 non15 cub pcf @cub_pcf 1 non Culturedesprécédents16 @CDPrecedents 1 non17 Dukhon Laloy @DukhonLaloy 1 non18 Ele tric Cir us @EleKtricCirKus 1 non Militant de léducation populaire, délégué culture, éducation, territoire à Emmanuel HAUDEBOURG la ligue de lenseignement, fédération19 @ManuHau dIndre-et-Loire 1 non 2 8120 Festivals @festivals_ Communication sur tous festivals 1 non 1 97821 FOL de la Nièvre @FOL58 1 oui22 GreenDock @Green_Dock 1 non23 Guillem Boyer @GuillemSarlat 1 oui24 Hotels-live.com @Hotelslive 1 non25 I love éduc pop @iloveeducpop 1 oui26 Jean-Christo LABAILS @jclabails 1 oui27 J-J. Berthier @JJBerthier 1 non Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 91
  • 92. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Je tweet et retweet un peu sur tout : Information locale, Dordogne, #Smartphone, #HTC, #Android, #geek, #photo, vu sur le web ! Je28 juliaugi @juliaugi recense le #PerigordHardcore 1 oui 3 580 Point dappui à la vie associative en drome ardèche, Accompagnateur de projets collectifs, formations,29 La cooperative @lacoop2607 accueil… 1 oui 1 311 1 67430 Lecho @Echoegomalo 1 non31 Ligue 24 @Ligue_24 1 oui32 Ligue 18 @Ligue_18 1 oui33 ligueenseignement37 @ligue37 1 oui La Maison des Associations loi 1901 sur Internet depuis 1999 -34 Loi1901.com @Loi_1901 Loi1901.com - #Associationsloi1901 1 oui 10 653 3 221635 Mickael Huet @mickaelhuet 1 non36 NetPublic @netpublic 1 oui Objectif Aquitaine, premier magazine37 Objectif Aquitaine @ObjectifAqui régional dinformations en Aquitaine. 1 non 1 109538 paysagiste dordogne @ldel244 1 non39 Périgordin @perigordin 1 non40 PICVERT @PICVER45 1 non41 Pierre Labrunie @pierrelabrunie 1 oui42 quentin brackers @quentinbdh 1 non Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 92
  • 93. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Animateur socioculturel, militant de léducation populaire. Agent de RIBARDIERE Matthias développement chargé de la jeunesse43 @MattRiba à la ligue de lenseignement 37. 1 oui 2 26 Roman Laventure44 @romainlaventure 1 1 oui Et si gérer une organisation devenait simple ? Tout pour faciliter la vie des responsables et simplifier la45 RunOrg @RunOrg communication entre leurs membres 1 oui 2 34846 sahmy chiab @largo69 1 non47 Sébastien Laborde @Slaborde33 1 non48 Some Produkt @someprodukt 1 oui SORTIES DORDOGNE49 @sortiesdordogne 1 non SportEmploiAnimation50 @SportEmploiAnim 1 non51 ZenOuPresque @Zenoupresque 1 non TOTAUX 2 7 44 0 49 6029 5 3820 Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 93
  • 94. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Mentions Auprès Relayé auprès Liens Liens Abonnement NON ABONNES A @CRDVA24 Champ dactivité ou de X par X de X forts faibles réciproque retweets abonnés abonné(s) abonnés Agence de communication Web52 Girard Bérengère @line_soft marketing 1 non 1 183 Nous souhaitons que vous interveniez afin que ces agissements s’arrêtent sans délais et que ces comptes soient53 LA LETTRE @LALETTRE supprimés. 1 non 2 322 Patrick Bouillaud ,Cloud Business54 Bouillaud @pbouillaud developpement 1 non 1 1477 militant et responsable associatif.55 Sue Laurent @saurent ligue de lenseignement de la loire 1 non 1 7 Institut national de la jeunesse et de léducation populaire Observatoire de la jeunesse et des politiques de56 INJEP @Injep jeunesse 1 non 1 787 Association dEducation à57 Ekolo geek @Ekologeek lEnvironnement 1 1 non 1 133 MA in Strategic Communication & Leadership at Seton Hall. Leo Bottary invites you to share your insights on both topics and learn about our online58 MASCL @MASCL program. 1 non 2 863 2 488 I. GILLETTE-FAYE Sociologue, Directrice du GAMS,59 @FederationGAMS depuis 1990. Page FB 1 non 1 127660 JEANSOLEIL77 @JEANSO ? 1 non 1 150 A place for tiny and giant ideas where people build projects together.61 Gullibear @iamgullibear #launchingsoo 1 non 1 224 Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 94
  • 95. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Méchant bot qui répond aux messages contenant ou pas. Compte non officiel62 Le Marsu @Le_Marsu à but humoristique. 1 non 1 4870 Bertrand CHARLET63 @BertrandCharlet Manager produits frais Super U 1 non 1 245664 Edouard @jcktt co-founder and sociology student. 1 non 1 300 Auto-entrepreneur, formateur conseil : tourisme, etourisme, TIC, web2.0, epedagogie, Moodle, management de65 Le Page Gilles @lepagegilles projets TIC 1 non 1 508 Guide loisirs dédié aux sorties, activités manuelles, créatives et66 Sorties et Loisirs @sortiesloisirs sportives en famille ou entre amis 1 non 2 397 fan de VTT et je vais partager avec67 Pierre Betainger @vttvelo vous mes découvertes sur internet. 1 non 1 50 I dig Zumba and I am working towards a black belt in Tang Soo Do. Lover of unicorns and funny cat pics.68 Michelle McManus @mus I adore The Oatmeal. Single mom. 1 non 1 1333 Médiateur/Facilitateur Internet69 Stéphane Caillaud @s_caillaud (orienté PKM et KM) 1 non 1 34770 @credit_agri_PG Crédit Agricole Charentes Périgord 1 1 823 3 104271 @kupaia ? 1 1 181 1 394 conseiller d education populaire et de72 @fcuignet jeunesse a epinal 1 1 674 TOTAUX 1 3 18 0 24 17361 6 1924 TOTAUX GENERAUX 3 10 62 0 73 23390 11 5744 Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 95
  • 96. Master Stratégie et Management des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire J-Luc GADIOUX Synthèse étude retweets & mentions - Liens forts / Liens faibles Liens Liens Non forts faibles Abonnés abonnés totaux Totaux 10 62 51 21 72 Nbre de personne ayant diffusé lInfo. 13 21 34 Nbre de retwittes ou mentions 5 68 49 24 73 Nbre dabonnés ayant reçu linformation 729 28405 9849 19285 29134 % 3% 97% 34% 66%Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ? Page 96
  • 97. Titre du mémoire :Associations et médias sociaux : relation de complémentarité ou de substituabilité ?Nom et Prénom de l’auteur : Jean-Luc GADIOUXAnnée 2012Mots-clés :Médias Sociaux, Associations, Engagement, Logiciels Libres, Education PopulaireRésumé :Ce mémoire a pour thème les médias sociaux en ligne et leurs interactions possibles avec lesassociations. Il s’inscrit dans un contexte où les responsables associatifs, relayés par certainsmédias, évoquent une crise du bénévolat, et où émergent des mobilisations citoyennesfacilitées par l’engagement à travers les médias sociaux en ligne. Dans la première partie dece mémoire, nous définissons ce qui caractérise l’engagement associatif. Puis nous étudionsles risques de substitution de l’engagement militant traditionnel par les médias sociaux enligne, et les opportunités que peuvent représenter ces derniers pour le monde associatif. Dansun deuxième temps, appuyés par la théorie de Marck Granovetter, « la force des liensfaibles », nous nous efforçons de montrer en quoi les médias sociaux peuvent être des outilsde renforcement d’un réseau militant et comment ceux-ci peuvent permettre délargir ladiffusion du projet politique des associations. Enfin, est posée la question de ladéquation duou des médias sociaux issus de l’économie marchande avec les valeurs de lEducationPopulaire, et des liens éventuels avec le mouvement du Logiciels Libres.Key words :Social networks, Associations, Commitment, Free software, Popular educationAbstract :This research paper is concerned with the possibilities for interactions between online socialnetworks and associations (i.e. community – based groups). This issue is closely related to thefact that the voluntary sector is going through a crisis, as voiced by association officialsthrough certain media, and that private citizens tend to organize themselves into groups viatheir involvement in online social networks.In the first part of this paper, we aim to study the main features of community-based groups’commitment. We then move on to study the risks of substituting traditional activism withonline social media on the one hand, and the opportunities that online social media may offerto community-based groups on the other hand.In the second part, relying on Marck Granovetters theory entitled "The strength of weak ties",we aim to show how social networks may support and strengthen the activism of community-based groups and how they may be used to widen the audience for community-based groups’political proposals.We finally raise the issue of whether the social media born from our market economy mayuphold the values of Popular Education, and of potential links with the Free SoftwareMovement.