Tribune mpt 1

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La lettre du sénateur Serge Larcher dans laquelle il s'exprime en faveur du mariage homosexuel.

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Tribune mpt 1

  1. 1. Tous contre le mariage pour tous ?A l’heure où s’engage à l’Assemblée Nationale le débat relatif au projet de loi visantà instituer le mariage pour tous, il m’a semblé utile de faire quelques mises au point.Il s’agit de rappeler et d’expliquer ce que sont mes convictions et ce que sera maposition quant à ce sujet.J’entends que la quasi-totalité des élus des outre-mer seraient opposés à ce texte.S’il est évident que les plus farouches opposants ne manquent jamais de se faireentendre, j’ai le sentiment que la majorité est bien silencieuse. Nombreux sont ceuxqui en réalité ne prennent pas ou ne défendent pas leurs positions.J’entends que ce silence serait une façon de ne pas se mettre « en porte-à-faux »avec un électorat très majoritairement opposé au mariage homosexuel. J’ignore s’ilfaut donner foi à cette explication. Dans le même temps, j’ignore également si uneétude sérieuse a été conduite quant à l’état de l’opinion sur ce sujet dans les outre-mer – et singulièrement en Martinique.Pour ma part, non seulement je voterai ce texte, mais je m’efforcerai également de ledéfendre toutes les fois où l’occasion m’en sera donnée.Voilà pourquoi.L’ouverture de l’institution du mariage civil aux homosexuels était un engagement decampagne clair, net et précis du candidat Hollande. Je ne comprends pas qu’onpuisse à la fois reprocher aux élus de ne pas tenir leurs engagements et leur faireprocès lorsqu’ils les tiennent. Certes, on peut élire un Président sans être d’accordavec l’ensemble de ses projets ; mais tout de même, comment le peuple deMartinique peut-il voter massivement pour un candidat dont l’une des mesuresphares serait proprement insupportable aux Martiniquais. N’y a-t-il pas une forme deschizophrénie à choisir un Président dont on sait qu’il va faire voter une loi qui vaprétendument saper les bases, la culture, la tradition, les coutumes et les valeurs denotre société martiniquaise.Balivernes ! Ce projet ne détruit rien : il ajoute, il augmente, il génère de l’égalité.Comme le démontre brillamment jour après jour Christiane Taubira, le droit nouveaupour les couples homosexuels n’enlève absolument rien aux couples hétérosexuels.Il ne s’agit pas d’un gâteau qu’il faudrait partager avec de nouveaux convives.J’ai entendu un collègue député affirmer que le mariage gay « fragilise le délicatédifice sur lequel se sont construites nos sociétés antillaises et guyanaises aprèsl’abolition de l’esclavage ». N’importe quoi ! De quel édifice parle-t-on ? En quoi lemariage hétérosexuel en est-il le fondement ? Faut-il convoquer ici la réalité de nossociétés pour démontrer l’ineptie du propos : sociétés matrifocales, monoparentalité,cohabitation des fratries et des générations, rapport conflictuel à la monogamie… 1
  2. 2. Voilà notre vrai visage. Il ne s’agit pas de le juger en bien ou en mal. Il n’est ni bien nimal, il est comme il est. Par contre où se situe dans ce tableau le mariage« traditionnel » qui serait prétendument notre modèle absolu et le fondement mêmede notre société et de nos valeurs ? Invention.Si nous voulons convoquer l’Histoire, c’est celle de la conquête des droits qui doitnous interpeler. Les révoltes anti-esclavagistes, l’abolition, la départementalisation,l’égalité sociale : nos luttes font écho à la devise de la République et en particulier àses deux premiers mouvements : Liberté et Egalité. A ce titre, il me semble que nousdevrions être les premiers défenseurs de ce projet de loi car il nous renvoie à la luttequi a été historiquement la nôtre au cours du XXè siècle : la conquête de l’égalitéparfaite en droits. Car c’est de droit qu’il s’agit : ce pour quoi nous nous sommesbattus - nous descendants d’esclaves, au nom de quoi le refuserions-nous à d’autresau motif de leur orientation sexuelle.J’entends que le mariage a pour fondement un ordre naturel concourant à lareproduction de l’espèce – et qu’à ce titre il ne peut concerner un choix qui va encontradiction avec la nature. Ceux qui tiennent ce discours n’ont certainement pasbeaucoup observé la nature : elle regorge d’exemple de comportementshomosexuels dans le règne animal. Mais passons, revenons aux hommes. Une foisencore, nous sommes particulièrement bien placés, nous Antillais et Antillaises, poursavoir que la reproduction et le mariage sont deux choses parfaitement dissociables.La question n’est donc pas de savoir si le mariage est nécessaire à la reproduction,elle est de savoir si le mariage entre personnes de même sexe empêchera auxautres de se reproduire. Evidemment non ! Ce n’est pas parce que les droits descouples homosexuels seront mieux reconnus que qui que ce soit va se « convertir »à l’homosexualité. En fait, l’argument de la « menace » homosexuelle quant à lasurvie de l’humanité est tellement aberrant et grossier qu’on éprouverait presqu’unsentiment de perte de temps à y répondre.J’entends que l’enfant grandissant au sein du couple homosexuel serait en danger.Plus que l’enfant du couple hétérosexuel comprenant un parent violent ? Plus quel’enfant du couple hétérosexuel démissionnaire ? Là encore, notre expérience devraitnous instruire. Nous savons que l’enfant à certes besoin de modèles pour seconstruire, mais nous savons également que le modèle du couple hétérosexuelmarié n’a pas valeur universelle. Nous savons dans notre société la place desréférents externes au couple : la place de la grand-mère, la place du grand-père, laplace de l’oncle, la place de la tante, la place de l’enseignant, la place de l’ami de lafamille, la place de la voisine, la place du parrain ou de la marraine… Si le modèlestable père-mère était le seul viable, la majorité d’entre nous seraient sans doute engrande difficulté. Donner un cadre légal aux couples homosexuels pour éduquerleurs enfants, c’est mettre fin à une hypocrisie et à une dissimulation préjudiciables àl’enfant. C’est permettre à l’enfant lui-même d’être pleinement inséré dans la sociétéet ouvert à sa complexité. 2
  3. 3. J’entends que quand la loi sera votée on ne trouvera aucun élu acceptant decélébrer ces mariages dans certaines communes. Ce que je sais, c’est que laséparation de l’Eglise et de l’Etat date de 1905. Qu’un Maire ait des convictionsreligieuses c’est une chose – et c’est certainement très bien ; qu’il administre sacollectivité publique en vertu desdites convictions s’en est une toute autre. A vraidire, j’ai regretté que le Président de la République évoque la notion de clause deconscience. Dura lex sed lex. La loi est faite pour être appliquée. Si on laisse auxpersonnes concernées le choix de le faire ou non - elle n’a alors plus valeur de loi. Siun élu estime qu’une loi est tellement en contradiction avec ses convictions qu’il doitrefuser de l’appliquer, il doit alors en tirer des conséquences personnelles quant àson statut d’élu.Au final, bien que tout cela soit mâtiné de bonne conscience chrétienne, lefondement de la lutte contre ce projet de loi réside largement dans l’homophobied’une partie de la population et du personnel politique. Et cela n’est pas acceptable.Il n’y a aucune raison de craindre l’attirance d’une personne pour une autre personnedu même sexe. Il y a également une malhonnêteté intellectuelle grossière à évoquerl’homosexualité comme une déviance – et à en faire l’amalgame avec les véritablesdéviances (pédophilie, zoophilie…). L’homophobie n’est donc pas une phobie, c’estau mieux de l’ignorance, au pire de la bêtise. Je voterai ce texte car il constitue unecontribution essentielle à la lutte contre l’homophobie, cette homophobie qui fait quenous feignons d’ignorer l’homosexualité qui d’un frère, qui d’une amie, qui d’un fils.Je voterai ce texte car ce frère, cette amie, ce fils qui existent dans nombre de nosfamilles, nous devons cesser de les exclure, de les marginaliser – au point quecertains n’ont d’autre horizon que de s’exiler dans des mégalopoles lointaines où onne les jugera pas. Je voterai ce texte car il est un pas dans la lutte contre l’ignoranceet la bêtise.Serge LARCHER, Sénateur de la Martinique 3

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