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N23

  1. 1. » P. 16 » P. 21 »   P. 5 SOCIÉTÉ SPORT » lire page 4 E n effet, cinq délégations, du susdit comité, ont visité, le lundi 22 juin 2015, cinq villes frontalières du pays dont Ans- es-à-Pîtres, et en particulier la localité de « Tête à l’eau » où environ 800 personnes vivent dans une situation exécrable sur un terrain inapproprié, a expliqué le Premier ministre Évans Paul, également présent. Ouanaminthe où beaucoup de migrants ont déjà été recensés, ainsi que Malpasse et la ville de Belladères qui a reçu 1800 nouveaux expulsés, lundi, sont entre autres villes à avoir accueilli des membres de la commission venus apporter de l’aide aux dizaines de migrants affluant en ces points, soit volontairement, soit de manière forcée. » suite page 6 Créé, suite au dialogue, dit patriotique, organisé par le Gouvernement Martelly-Paul, autour du rapatriement des citoyens haïtiens et des dominicains d’origine haïtienne, vivant en République dominicaine, le Comité mixte de Solidarité nationale, ainsi que ses différentes commissions, est déjà à pied d’œuvre dans plusieurs villes frontalières du pays où les déportés affluent. Le nombre des déportés grossit !par Lionel Edouard MARDI 23 JUIN 2015 NUMÉRO 23 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI HAÏTI / RESSOURCES NATURELLES HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION ACTUALITÉ À la découverte du pétrole haïtien Démarrage des activités d’exploration de Pétrogaz Haïti à Ganthier. / Photo : Ducarmel Lindor Examens de 9e A.F. : Un bon départ par Reynold Aris Quand le quotidien fait place au foot ! par Stephanie Balmir Kianna et Aniya Louissaint, deux nouvelles figures du taekwondo haïtien ! par Kenson Désir
  2. 2. 2 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 TRIBUNE Corruption et crise financière aux temps du choléra haïtien Par Leslie Péan, publié par Alterpresse L e président Martelly refuse de se faire une raison. Laissant son pays en plein dans une crise multidimensionnelle due essentiellement à son gaspillage des deniers publics, il part en voyage pour la Belgique avec une forte délégation de trente membres composée de min- istres, ambassadeurs et conseillers. Violant l’invitation qui spécifiait que les délégations devaient être compo- sées de neuf (9) membres au plus, le président Martelly a été rappelé à l’ordre dès son arrivée à Bruxelles. Aussi a-t-il fait le rondonmon (regim- bé) en refusant d’assister à certaines rencontres. Par exemple, il n’a envoyé aucun représentant à la séance de tra- vail planifiée pour attirer des inves- tisseurs européens dans l’île tandis que la délégation en provenance de la République Dominicaine était com- plète. Le président Martelly s’est plutôt investi dans les divertissements. Il a pris le micro et chanté lors d’une soirée donnée à l’ambassade d’Haïti à Bruxelles qui a été un fiasco. Il n’y avait aucun diplomate étranger et surtout aucun homme d’affaires. Le président qui chante sur le mauvais ton a tenu à mon- trer qu’il s’en fout éperdument d’Haïti et du peuple haïtien. Il l’a dit lui-même en chantant la chan- son I don’t give a danm (Je m’en fous) au SOB à New York le ven- dredi soir 12 juin 2015. Le prési- dent Martelly s’amuse à s’enfoncer irrémédiablement dans la bêtise. On se rappelle qu’en août 2013, il avait fait un voyage à l’étranger avec 84 courtisans pour la ronde- lette somme de 5 364 000 $US (5 millions trois cent soixante quatre mille dollars américain). Trois millions huit cent vingt mille (3 820 000) dollars US de perdiem à Martelly Le président Martelly récidive donc, persuadé qu’il peut tout se permettre, se disant en substance qu’il n’y aura aucune réaction, car le peuple est zombifié et n’osera pas prendre les moyens pour le renverser immédiatement du pou- voir. Depuis sa prise du pouvoir le 14 mai 2011, le président Martelly a effectué au moins quarante (40) voyages à l’étranger, totalisant 191 jours au perdiem de vingt mille (20 000) dollars par jour, soit un total de trois millions huit cent vingt mille (3 820 000) dollars américains. Comme l’a dénoncé le sénateur Moïse Jean-Charles en décembre 2011, le président Mar- telly a quadruplé le montant du perdiem alloué au Président qui était de cinq mille (5 000) dollars US par jour sous le gouvernement Préval. Ce perdiem scandaleux de vingt mille (20 000) dollars par jour avait provoqué la colère de l’archevêque Guire Poulard qui en avait critiqué en janvier 2013 le montant astronomique [3]. Quand on y ajoute les dépenses pour les nombreux courtisans qui l’accompagnent lors de ces voy- ages inutiles, cela fait une petite fortune que le trésor public a casqué. En choisissant la tactique du pire, Martelly n’en finit pas de chanter et de rêver même quand le songe se dissipe et que la brume se lève sur son aventure. La gourde dégringole et tous les prix des produits de première nécessité (maïs moulu, riz, haricots) aug- mentent. Le peuple est aux abois et arrive difficilement à se faire une soupe. Manifestant son insou- ciance avec fanfare, Martelly ne trouve pas mieux que de cracher dans la soupe, avec ce voyage à Bruxelles qui ne sert à rien. Le peuple haïtien attend d’être délivré de ce gouvernement au bilan aussi désastreux. Il bou- gonne, en proie à un abattement profond et recherche un soulage- ment. En faisant ce voyage en Europe, le président Martelly l’insulte une fois de plus, tout en exprimant sa propre détresse. Parmi les membres de la délégation qui ont été forcés de l’accompagner, cer- tains ne l’avouent pas en public mais ressentent le camouflet et le disent en privé. La participation à la rencontre de la Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes (CELAC) à Bruxelles les 10 et 11 juin 2015 est un alibi qui ne tient pas debout. Le gou- vernement Martelly se cantonne à mener une politique sur le plan intérieur contraire à tous les objectifs pour lesquels la CELAC a été créée. La participation à la CELAC est de la poudre aux yeux pour tenter de redorer son blason à un moment où il est totalement discrédité devant le peuple haï- tien. Dans tous les cas de figure, la question de la crise provoquée par la baisse des recettes publiques se pose encore comme au temps de la chute des Duvalier et nous allons tenter de l’analyser et de la commenter dans toute sa com- plexité. L’intervention de l’État pour protéger l’intérêt public La référence obligée pour com- prendre la crise est la corrup- tion douanière. Cet éclairage est fondamental, car les dégâts causés par cette corruption se répercutent dans tout l’espace haïtien. En effet, si la corruption douanière conduit à une valse de directeurs de douane, elle a servi d’accélérateur à la crise avec trois conséquences principales. La pre- mière est politique . Du fait desin- vestissements personnels réalisés à travers le pays par l’équipe Mar- telly, cette dernière est en ordre de bataille pour garder le pouvoir le plus longtemps possible afin de jouir du fruit de ses rapines. Dans cet entendement, il n’est donc pas question d’avoir des élections honnêtes débouchant sur un gouvernement démocra- tique. Qui risquerait à travers des audits indépendants de démon- trer les rapines des « bandi legal », de les traduire en justice et de confisquer leurs biens mal acquis. C’est dans cette optique que Michel Martelly a orchestré cette stratégie de multiples candi- dats à la présidence relevant tous de la mouvance Tèt Kale afin de protéger ses biens mal acquis, quelque soit celui qui gagne. Tout en privilégiant l’alliance avec l’ex- président René Préval et son parti Verite pour propulser le profes- seur Jacky Lumarque à la prési- dence, Martelly a d’autres fers au feu, dont Steeve Khawly, Jovenel Moïse, etc. La seconde conséquence est économique . Les banquiers qui assurent le blanchiment de l’argent volé par la bande de ban- dits de Martelly ont pris ce dernier en otage ainsi que son gouverne- ment et sont du même coup en mesure de faire la pluie et le beau temps. Tout comme Martelly a corrompu certains juges pour faire libérer Sonson La Familia et d’autres malfrats de sa trempe, ces banquiers sont en mesure d’obtenir des juges à leur solde des décisions judiciaires qui bloquent d’importantsinvestissements dans des secteurs stratégiques. Le dossier sur le projet Lafiteau, où le groupe Unibank est en con- flit ouvert avec le groupe Bigio, demande un traitement plus équitable dans l’intérêt national pour un projet de 150 millions de dollars devant créer vingt mille (20 000) emplois. On ne saurait laisser un groupe monopoliser toutes les activités portuaires en Haïti. Le projet du Port Lafiteau ne doit pas se termi- ner en queue de poisson, comme ce fut le cas pour le Projet du Port Saint Louis sous le gouvernement de René Préval. Il n’est pas non plus question que se reproduise le cas de l’achat de la Hasco sous François Duvalier. On se souvi- ent de la guéguerre qui éclata en 1973 entre le groupe Brandt appuyé par Henri Siclait et Marie- Denise Duvalier d’un côté, et le groupe Mevs appuyé par Manman Simone Duvalier de l’autre, autour de l’acquisition de la HASCO, cette entreprise américaine, alors propriété des frères Clark. Nous en avons largement discuté dans L’ensauvagement macoute et ses conséquences (1957-1990), Haiti- Économie politique de la Corrup- tion. Cette plaisanterie macabre s’est terminée au profit de Mevs avec la promesse de remettre quinze pour cent (15 %) des actions de la compagnie à Manman Simone Duvalier. Le père Mevs traina les pieds pour ne pas honorer cette promesse. Dans un exercice de haute voltige, il mit habilement en avant un groupe d’investisseurs américains qui lui servirent de paravent pour neutraliser les Duvalier. C’est ainsi qu’il a pu se replier sur lui-même, au besoin passer quelques années loin d’Haïti et enfin verser une pitance aux Duvalier pour avoir la paix. Les Duvalier sont ainsi éclipsés. Le climat est rasséréné, les Duva- lier sont en froid avec les Mevs qu’ils voient comme des ingrats. La leçon à tirer de cette affaire est que le développement d’Haïti est impossible quand le pouvoir poli- tique s’immisce dans le secteur privé au prix d’octroi de conces- sions, d’actions et de participa- tions des dirigeants politiques dans une entreprise privée. On ne pourra jamais galvaniser nos entrepreneurs s’ils doivent payer ce prix élevé. Ils seront toujours déchirés et démoralisés. Cette tradition multiséculaire de corruption et de connivence doit être abandonnée au profit d’une approche plus saine. Dans le cas du nécessaire développement portuaire, la conjoncture appelle l’intervention de l’État pour pro- téger l’intérêt public. On l’a vu aux Etats-Unis d’Amérique pour l’industrie automobile où le gou- vernement Obama est intervenu pour devenir le principal action- naire de la General Motors ou encore dans celui de Chrysler qui a été obligé de fusionner avec Fiat pour sauver trente mille (30 000) emplois. On retrouve également l’intervention bénéfique de l’État américain dans l’industrie pétro- lière avec l’obligation faite par le gouvernement Obama au géant BP de créer un fonds de compensa- tion à hauteur de 20 milliards de dollars pour dédommager les vic- times des dégâts de la marée noire dans le golfe du Mexique en 2010. La troisième conséquence est monétaire . Les pressions sur la gourde provoquées par les rapines des « bandi legal » ont augmenté à un tel point que la gourde se déprécie à un rythme sans précé- dent. En effet, les « bandi legal » raflent l’équivalent des droits de douane sur un minimum de trente sept (37) milliards de gourdes à convertir par an en dollars améri- cains. Ce montant est la différence entre les 50 milliards de gourdes déclarés par les Dominicains comme exportations vers Haïti par la frontière et les 13 milliards de gourdes déclarés dans les statistiques de l’Administration Générale des Douanes (AGD). De plus, un baron de la présidence s’est arrogé le droit de diminuer de moitié les factures de douane des importateurs et de séparer la différence non payée à l’État avec ces derniers. Le manque à gagner pour l’État est réparti judicieuse- ment. On peut ainsi comprendre l’importation des produits de luxe tels que des Audi de soix- ante quinze (75 000) dollars américains ou encore des Porsche Cayenne Turbo S de cent mille (100 000) dollars américains par les organisateurs de ces magouilles. (Lire la suite au prochain numéro de LE NATIONAL).
  3. 3. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 3 ACTUALITÉ Quelle école ? DepuislaRéformeBernard,lesecteurdel’ÉducationenHaïticherchepéniblementsa voie.Cetteréformenesefocalisaitpasseulementsurl’introductionducréoledansnotre systèmeéducatif.Elles’étendaitsurtoutversunerefontedesmentalitésenmettantà ladispositiondesprofesseursetdesélèvesdenouveauxoutilspédagogiquesadaptés aux problèmes du pays. Le ministre Bernard, d’après des observateurs, a tenté de décoloniserl’éducationcheznous. Car, tout vient de là : de ce qu’on met dans la boîte crânienne du jeune. On peut préparerdesantinationaux.Demêmequ’onpeutformerdespassionnésdelaterre haïtienneéconomi-quementforte,socialementéquilibréeetculturellementporteuse denouveauxsavoir-fairedelavie,dubonheur,dubien-êtrecollectifetdelapriseen chargescientifiquedenotredestinée. Aveclerègnedestechnocrates,lesproblèmessontattaquésplutôt techniquement. On élimine des examens, on interdit la graduation au kindergarten, des mesures sontprises(onendénombre12!)pourremettresurpiedunsystèmebancal,désuet, postcolonial et inadapté. Beaucoup de ministres qui sont passés à ce ministère ont tentédefairequelquechose.Ilyenaeudebonnesvolontés!Mais,prisonniersd’une éducationdereproductioncoloniale,combiensesontnoyésdansleschiffresetautres rationalitésadministratives! LesexamensdeRhétoetdesixièmeannéeéliminés,leproblèmeresteentier: «Quelcitoyenformons-nouspourprendreenmainlesdestinéesdelanation»? Onconservelesexamensde9eannéequisetiennentdu22au24juin.CeuxdePhilo sont programmés du 29 au 3 juillet. Le ministère de l’Éducation nationale, donne souventl’impressiondenagerdanslesuperficiel,dejeterdelapoudreauxyeuxalors qu’ildevraitêtretempsd’attaquer,avecaudace,intelligence,méthodeetnationalisme, laproblématiqueéducationnellehaïtienne. L’impuissance, le manque de compétence affichés par les autorités haïtiennes par exempledanslacriseavecnosvoisinsprouvententreautreslanécessitédelaformation d’autrescitoyensayantlebagagesuffisantpourtraiterdetelsdossiers.L’écolehaïtienne jusqu’iciestplusquequestionnable.Avectouslesdéfisquivontseposerànous,nous auronsbesoindeplusdecitoyenscapablespouryfaireface. PS: L’article dans la rubrique Tribune, # 22, « Élections : La pyramide électorale » a été publiésanslasignaturedesonauteur,JacquesTedSaintDic.Lenationals’enexcuse auprèsdel’auteuretdeseslecteurs. Édito L e Premier ministre Évans Paul a visité, le lundi 22 juin 2015, la commune frontière d’Anses- à-pitres, département du Sud- est. Il était à la tête d’une délégation composée, entre autres, du ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, du directeur général du ministère de l’Environnement, du directeur général du service de l’Immigration et de l’Émigration, du directeur général du FAES (Fonds d’assistance économique et sociale), et du directeur exécutif de la Croix- Rouge haïtienne. Au cours de son passage, le Premier ministre Évans Paul a visité un camp de réfugiés à Tètalo, situé dans la section communale « Boucan Guillaume ». Des bâches, des matelas, des moustiquaires, des kits d’hygiène et de nourriture ont été distribués aux occupants de ce camp. Dans un entretien au journal Le National,l’agentexécutifintérimaire des Anses-à-Pitres, Morlan Michel- Ange, s’est réjoui de cette visite, qui, selon lui, « se réalise au moment où les réfugiés ont besoin de support ». Il annonce l’ouverture d’un nouveau camp dans la zone de « Tèt sous ». Il a par ailleurs exprimé ses inquiétudes quant à l’avenir de la commune face à ces réfugiés dont on ignore absolument tout de leurs antécédents. Pour gérer les camps d’hébergement des réfugiés, la mairie des Anses-à-Pitres crée un comité constitué des représentants des directions départementales de l’Administration publique, de certaines ONG et de la Croix-Rouge haïtienne. Selon Gabriel, l’un des réfugiés, l’État haïtien fait face à un défi. Il se sent humilié, non seulement parce qu’il fait partie des réfugiés, mais aussi parce qu’il est haïtien. « J’aimerais avoir l’occasion de demander aux 58 candidats à la présidence aux prochaines élections, quel plan ils ont pour nous, apatrides d’origine haïtienne! », a-t-il déclaré. « Les dominicains sont des racistes, certes, mais ce qui me chagrine le plus c’est que des haïtiens de pure souche occupent des places importantes dans toute l’administration publique et dans le secteur des affaires dominicains, mais ils ne font rien pour nous aider, nous, leurs frères et sœurs », a ajouté Tidris, originaire du Plateau Central. HAÏTI/SUD-EST/MIGRATION Le PM haïtien Évans Paul visite Anses-à-Pitres Pierre Paul Ancion Le Premier ministre Evans Paul à Anses-à-Pitres. / Photo : Pierre Paul Ancion
  4. 4. C e projet qui s’échelonne sur une période de cinq ans con- siste, d’une part, à vérifier si l’or noir existe réellement dans le sous-sol haïtien, et d’autre part à en déterminer la quantité et le type. Une enveloppe de 81 mil- lions de dollars américains ont été investis rien que pour démarrer les travaux de recherches sur six sites situés dans l’Ouest, Les Nippes et la Grand-Anse. Petro Gaz-Haïti S.A. est détenteur des six permis d’explorer octroyés par le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME). Cette compagnie - dirigée par Fred Alamus, satisfait, selon le directeur général du BME, M. Ludner Remarais, aux critères techniques et financiers pour l’obtention de ces permis. Toutefois, ce protocole d’accord, ainsi qu’une convention, les deux paraphés par le gouvernement haïtien et la Petro Gaz-Haïti S.A., doivent nécessairement être ratifiés par le parlement haïtien dysfonctionnel depuis le 12 janvier 2015. D’aucuns se rappellent, dans un passé encore récent, d’un précédent lié à une affaire similaire. Alors que le gouvernement de Laurent Lamothe avait accordé à deux compagnies trois permis d’exploitation minière le 21 décembre 2012, le Parlement s’était fortement interposé. À l’unanimité le sénat avait pris, en février 2013, une résolution demandantlasuspensionimmédiate des travaux d’exploitation pour « cause d’irrégularités » dans les procédures d’octroi de ces juteux contrats. Des richesses inexploitées? Considéré comme le pays le plus pauvre de l’hémisphère, Haïti n’est pourtant pas dépourvu de ressources. Le chercheur haïtien, le docteur Daniel Mathurin, de regretté mémoire, n’a de cesse, de son vivant, avisé l’opinion publique que le sous-sol haïtien est riche en hydrocarbures et en fossiles. Selon lui, 20 sites pétrolifères, dont cinq d’importance, seraient répertoriés dans les régions du Plateau central, de la Plaine du cul-de-sac et de la Baie de Port-au-Prince. Il soutenait même la thèse selon laquelle les réserves pétrolifères d’Haïti seraient plus importantes que celles du Venezuela, 5e pays exportateur de pétrole. « Une piscine comparée à un verre d’eau », disait-il en guise d’illustration. Le projet Petro Gaz-Haïti S.A. confirme à cet effet, pour l’économiste Camille Charlmers, le potentiel énorme du pays en matière de ressources enfouies dans son sous-sol. Ce qui contredit, selon le coordonnateur du parti politique « Rasin kan pep la », de fausses idées venant d’une certaine frange de « l’international faisant croire que Haïti est pauvre en ressources ». Les perspectives d’exploitation du pétrole en Haïti font déjà rêver ses filles et ses fils en quête permanente d’un mieux-être. L’altermondialiste exhorte, cependant, à la prudence. Pas d’euphorie. Les ressources pétrolières d’un pays, avance-t-il, ne garantissent pas automatiquement sa croissance économique. Il en veut pour preuve certains pays exportateurs de l’or noir qui peinent pourtant à se développer. Dans certains cas, rappelle-t-il, on parle de la malédiction du pétrole. Pour qu’un pays puisse en tirer profit, explique le chef de parti, la découverte et l’exploitation du pétrole doivent intégrer un plan stratégique global de développement. Ce qui passe, croit-il, par une approche du développement axée sur la valorisation et la défense de l’intérêt national. Pour illustrer son propos, l’économiste s’appuie sur le modèle de la Bolivie. Ce dernier, argumente-t-il, en dépit de ses richesses pétrolières vieilles de plus d’un siècle, était le pays le plus pauvre de l’Amérique du sud. Il a fallu « qu’Evo Morales prennent les rênes du pouvoir central pour qu’en dix ans la Bolivie change de statut ». La politique économique ayant amené à cette « performance surprenante » reposait sur le « recouvrement de la souveraineté » du pays à travers notamment la « nationalisation de ses ressources pétrolières ». WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 46 11 10 10 (509) 32 14 55 54 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ FRANTZ CLERGÉ GRAPHISTE : JUNIOR ADME DISTRIBUTION : SARADJINE ST-JEAN ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE Le sous-sol haïtien regorgerait, selon certains observateurs convaincus, d’importants gisements de pétrole. Le temps des spéculations est révolu. S’ouvre l’ère de la vérification. La compagnie pétrolière et gazière Petro Gaz-Haïti S.A. a procédé, dans cette optique, le vendredi 19 juin 2015 dans la commune de Ganthier, au lancement des travaux d’exploration et de recherches d’hydrocarbure en Haïti. Cet événement qui marque un tournant dans l’histoire du pays, laisse présager, dit- on, de jours meilleurs dans l’économie haïtienne. » suite de la première page 4 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 ACTUALITÉ À la découverte du pétrole haïtienpar Jean Michel Cadet HAÏTI/EXAMENSDE9EANNÉEFONDAMENTALE
  5. 5. « Le processus électoral avance sérieusement », a lancé le porte-parole du Conseil élec- toral provisoire (CEP), Frantz Bernadin, lors d’une conférence de presse donnée le lundi 22 juin sur l’état d’avancement du processus électoral. Une délégation du con- seil composée du président du CEP, Pierre Louis Opont, du trésorier, Ricardo Augustin et du directeur du registre électoral, Philippe augustin séjourne actuellement à Dubaï aux Émirats Arabes Unis pour une visite de prospection sur la capacité de la compagnie appelée à préparer les bulletins de vote, informe Frantz Bernadin qui annonce du même coup l’arrivée de plusieurs milliers de kits électoraux ce mardi 23 juin. Une première catégorie, dit-il, de 1 800 kits concerne la formation électorale alors que la seconde catégorie de 3 865 kits se rap- porte aux opérations électorales. Dans la même lignée, M. Berna- din a également fait le point sur la validation des maquettes qui avait eu lieu entre le 17 et le 20 juin dernier. Un total de 1 621 candidats dont 484 au sénat et 1 137 à la députation, ont pris part à cet exercice qui visait à vérifier, avec les candidats, si les photos, la bannière ainsi que le numéro du parti étaient respectés dans les maquettes. Frantz Bernadin déplore en la circonstance l’absence de certains candidats agréés à cette opération d’une importance capi- tale dans la préparation des bul- letins de vote. Concernant les élec- tions des collectivités territoriales, Frantz Bernadin a aussi informé Le CEP n'est pas de tout repos par Noclès Débréus De la mise en place des Bureaux électoraux communaux à la validation des maquettes de bulletins, en passant par la délégation du CEP séjournant à Dubaï et la mise à l’écart de Jacky Lumarque et Levelt François, le processus électoral fait son chemin jusqu’à date. Parallèlement, le rang des candidats écartés qui se font réfractaires, grossit. que le processus est encore à la phase contentieuse au niveau des BCEC (Bureaux des contentieux électoraux communaux). Sitôt ter- minée cette phase, les BCED et BECN peuvent se constituer en cas de recours, a-t-il fait savoir, sans toutefois préciser le nombre de cas de contestations enregistrées au niveau des collectivités territoria- les avec plus de 41 mille candidats régulièrement inscrits. Et l’affaire Jacky Lumarque ? Si du côté des opérations électora- les tout semble aller bon train, de l’autre côté le Conseil n’est pas de tout repos. La décision d’écarter le candidat de la plateforme VERITE pour défaut de décharge le place en mauvaise posture et a créé de nouvelles frustrations. Les sym- pathisants de Jacky Lumarque sont d’ailleurs montés aujourd’hui au créneau, pour dénoncer cette décision du CEP qu’ils qualifient de « politique et d’arbitraire ». C omme l’avaient annoncé les responsables du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation profession- nelle (MENFP), les examens de la 9e année fondamentale ont débuté le lundi 22 juin 2015 dans les différents départements scolaires du pays. Près de 206 mille 330 candidats ont participé à ces examens qui doi- vent prendre fin le 24 juin prochain. Des évaluations qui ont bien com- mencé si l’on en croit les propos des responsables et postulants à travers les différents sièges qu’a visité « le National », tels les lycées Fritz Pierre-Louis, Toussaint Louverture et le Collège Saint-Pierre. Vêtus de leur uniforme, les élèves se sont présentés très tôt dans la matinée dans les salles d’examens. Munis de leur fiche, de leurs instruments géométriques et de leurs stylos, ils ont subi les épreuves de Communication fran- çaise et de Sciences expérimen- tales. De plus, des agents de la Police communautaire éducative (EduPol), massés sur la cour de ces différents Centres d’examen, assuraient la sécurité des candi- dats et, du même coup, le bon déroulement de cette première journée des examens de la 9e année. L’organisation des examens va bon train, a fait savoir le censeur du « groupe PM » du Lycée Fritz Pierre- Louis, Bélizaire Jean Ronel. Il a indiqué que les textes des exam- ens ont été disponibles avant qu’il n’ait eu à sonner l’entrée des can- didats dans leur salle respective. Cette mesure, explique-t-il, a con- tribué au respect strict de l’heure qui a été fixée par les responsables du MENFP en ce qui concerne le début de ces épreuves. Satisfait, il informe qu’aucun candidat ne s’est plaint de la qualité des textes, contrairement aux années précédentes où des erreurs s’y étaient parfois glissées. Les textes, dit-il, ont été bien élaborés, ce qui a facilité la tâche aux candidats. Il rappelle qu’aucune irrégularité n’a été enregistrée au cours de cette pre- mière journée, soulignant dans le même temps que tous les postu- lants s’étaient présentés avec leur fiche. Il s’agit d’un bon départ, selon le numéro 2 du lycée Fritz Pierre- Louis qui croit que le ministère est sur la bonne voie en ce qui concerne l’organisation de ces épreuves. Il a toutefois souligné le nombre insuffisant de surveillants dans son centre d’examen. Le constat n’a pas été différent au Collège Saint-Pierre, selon Woodlyne Dorvil, responsable de ce centre, qui indique qu’aucun incident n’a été enregistré dans le siège qu’elle dirige. Elle informe avoir enjoint les candidats de ne pas entrer dans les salles avec leur téléphone portable et leur calcula- trice programmable comme l’avait recommandé le MENFP. Faradjah Joissaint, élève du Lycée Marie Jeanne a, pour sa part, expliqué que les examens ont été très faciles. Il n’y avait aucune question difficile qui n’ait été vue dans le programme. Si tous les autres jours, estime-t-elle, se passent ainsi, elle espère réussir sans coup férir compte tenu de ses efforts. C’est le même son de cloche pour Noël Bergel Juny de l’établissement Saint-Jean de Dieu. Il croit que n’importe quel candidat devrait pouvoir réus- sir facilement ces examens sans s’exposer au moindre stress. Il s’agit, à son avis, d’une véritable évaluation où les postulants n’ont pas à se casser la tête. Des élèves du Collège Saint- Louis de Bourdon, requérant l’anonymat, elles-mêmes, ont déclaré que même des élèves de la septième année fondamentale pouvaient s’amuser avec ces exa- mens. Disant qu’elles vont les réussir à cent pour cent comme cela est coutumier dans leur établissement. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 5 ACTUALITÉ Examens de 9e A.F. : Un bon départpar Reynold Aris Les examens de la 9e année fondamentale (A.F.) ont bel et bien commencé. Les candidats ont été évalués en Communication française dans la matinée et en Sciences expérimentales dans l’après-midi. Responsables de sièges et postulants chantent à l’unisson que tout s’est bien passé. Il s’agit d’un bon départ. Mais ils se sont plaints du nombre insuffisant de surveillants dans certains centres d’examens. HAÏTI/ÉDUCATION Une petite révision après l’épreuve. / Photo : J. J. Augustin HAÏTI/ÉLECTIONS » suite page 7
  6. 6. À Belladères, le ministre des Affaires sociales, Victor Benoît, qui conduisait la délégation gouvernementale a informé qu’une enveloppe de 200 mille gourdes est mise à la disposition des autorités compétentes en vue de réaliser les premières interventions en faveur des réfugiés. Et ça continue ! Par ailleurs, contrairement aux informations véhiculées dans la presse dominicaine, certains des haïtiens qui ont décidé de fuir la République dominicaine, ces derniers jours, ont été soumis à de fortes pressions, notamment de la part des « Ti Gele », voleurs et assassins en treillis lâchés à leurs trousses. C’est ce que rapportent plusieurs migrants qui ont dû fuir, en laissant tout ce qu’ils possédaient pour sauver leur vie. Le Service Jésuite aux Migrants/ Solidarite Fwontalye (SJM-Haïti/ SFw) a accueilli, ce lundi, au niveau de la frontière de Ouanaminthe, 235 immigrants haïtiens qui ont accepté de retourner en Haïti par « peur de la fureur des agents de l’immigration et de l’Armée dominicaine ». Parmi ces personnes, le SJM-Haïti/SFw dénombre 95 hommes, 82 femmes, 35 garçonnets et 23 fillettes. Dans la foulée, le SJM-Haïti/SFw a reçu 15 autres migrants haïtiens dont 12 hommes, 2 femmes et 1 enfant qui ont été conduits à la frontière de Dahabon-Ouanaminthe par les autorités dominicaines. D’un autre côté, cet organisme de défense des droits des migrants en territoire voisine, a accueilli 13 personnes qui ont été refoulées, c’est-à-dire, des gens qui ont tenté de pénétrer en RD mais qui ne sont pas arrivées à destination. À la frontière d’Anse-à-Pitre- Pedernales, le SJM-Haiti/SFw a dit recenser dans les localités de « Tête à l’Eau », où il y a déjà un centre d’hébergement, 711 déportés dont 400 femmes parmi lesquelles 15 sont enceintes. 117 autres sont logés au Parc Cadeau, dans la même ville. De ce nombre 38 enfants, 21 fillettes et 17 garçonnets. Le gouvernement dit décréter la permanence au niveau de la frontière pour porter secours à ces nombreux compatriotes qui reviennent aux pays dans des conditions difficiles. S’il est vrai que des dispositions ont été prises pour cinq points frontaliers, Évans Paul a informé en avoir dénombré 141 et tous seraient susceptibles de recevoir des migrants. Entre-temps, des voix se font entendre sur le plan international pour dénoncer l’attitude des dominicains qui violent les conventions internationales. Parmi elles, celle du Haut-commissariat aux Réfugiés (HCR) des Nations Unies qui s’inquiète de la situation des personnes qui sont frappées d’apatridie par cette décision des autorités dominicaines. Le HCR a, à cet effet, offert ses services à l’État dominicain pour enregistrer les personnes et opérer à la différenciation entre ceux qui sont dominicains ou non. Le HCR propose ainsi comme méthode la question de langue. Selon cette entité, les natifs de la République dominicaine ne parleront pas la langue de la même manière que les immigrants haïtiens. Malgré les flux de contestations qui s’élèvent tant sur l’île qu’ailleurs, les dominicains n’en démordent pas. Expulsion ! Le président dominicain Danilo Médina a fait remarquer récemment, dans une déclaration à la presse, que « ce dossier est classé ». Ainsi, l’immigration dominicaine met des autobus à disposition des migrants qui veulent revenir, dit- elle, volontairement en Haïti ; une manière de leur faciliter le voyage du retour. 6 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 ACTUALITÉ ÉCHO Pour une fonction publique au service de la population L’Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH) conjointement avec les ministères et organismes de l’administration centrale de l’État, célèbrera ce mardi à l’hôtel Montana la Journée mondiale de la fonction publique. Cette activité se tient sous le thème : « Pour une fonction publique au service de la population ». La journée mondiale de la fonction publique a été décrétée par les Nations unies en 2003. L’OMRH invite les agents de la fonction publique à célébrer, sur l’ensemble du territoire, cette journée pour exprimer leur engagement, leur fierté de faire partie d’une fonction publique résolument engagée dans la voie du changement. La Papda exige le respect des déportés La Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) déplore la façon dont le gouvernement traite le dossier des migrants haïtiens en République dominicaine. « Les élites des deux pays se sont toujours mises d’accord pour violer les droits des haïtiens en terre voisine », a estimé Camille Charlmers, président de la Papda, qui conseille au gouvernement haïtien de prendre des mesures appropriées afin de procéder à la réinsertion des déportés. Le SJRM prône la solidarité avec les déportés Le Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (SJRM) a commémoré le samedi 20 juin, la Journée mon- diale des réfugiés à Fonds Parisien. Il a organisé une journée de réflexion autour de l’évolution des relations haïtiano-dominicaines mar- quées ces jours-ci par le rapatriement des migrants haïtiens. Le Service jésuite aux réfugiés et aux migrants préconise l’hospitalité et la solidarité avec les déportés, a fait savoir Dieudonné Bien- Aimé, officier communication du SJRM. Hinche et Fort Liberté : la Minustah fait ses valises La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) ferme ses bureaux à Hinche et Fort Liberté a confirmé Sophie Boutaud de la Combe, Cheffe adjointe du bureau de la communication de la mission onusienne. Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’application d’un calendrier de retrait en vigueur depuis trois ans, a rappelé madame Boutaud qui rassure que la Minustah continuera à appuyer le processus électoral dans le Plateau central ». Lundi 22 juin, la fête des fonctionnaires Les ministères et organismes de l’État ont fêté, le lundi 22 juin, la fête des fonctionnaires afin d’encourager l’innovation et l’excellence dans les services publics. Des manifestations sectorielles ont marqué cette journée durant laquelle chaque entité a fait le choix de valoriser son personnel en octroyant une plaque d’honneur aux membres de l’institution qui se sont distingués. Edwin Paraison : Haïti peut perdre 400 millions de dollars de la RD La diaspora soutient Haïti à hauteur d’un peu plus de 2 milliards de dollars par année. Les ressortissants haïtiens en République dominicaine envoient plus de 400 millions de dollars chez nous. Avec le processus de rapatriement en cours, ce montant va chuter énormément. C’est ce qu’a fait remarquer Edwin Paraison de la Fondation (Zile) précisant que la situation économique du pays déjà précaire va s’aggraver. » suite de la première page HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Le nombre des déportés grossit !par Lionel Edouard Sur la frontière de Ouanaminthe, retour « volontaire » des migrants Haïtiens. / Photo : Jéthro-Claudel Pierre Jeanty
  7. 7. Ce même lundi, en effet, lors d’une conférence de presse organisée par la plateforme VERITE, ses militants ont scandé des propos hostiles au CEP et menacé de boycotter les élections si l’institution électorale ne se rétracte pas sur sa décision jugée « arbitraire » par les protégés de René Préval. Alors que le Candidat Jacky Lumarque avait eu gain de cause contre ses contestataires tant au niveau du BCED qu’à celui du BCEN pour la question de décharge, le CEP, apparemment sous la pression d’un groupe de 17 partis agréés, a rayé le nom de Monsieur Lumarque de la liste des candidats autorisés dans la course présidentielle pour cette même question de décharge. En ce sens, une sommation a été acheminée au CEP, selon Me Jean Phillipe Gordini qui dit « contester énergiquement par acte d’huissier cette décision du CEP ». « C’est un irrespect total ! le fait que le candidat Jacky Lumarque a été informé de sa mise à pied par le biais de la presse via une note de presse émanant du CEP », s’est indigné l’homme de loi devant un parterre de journalistes, de militants et de cadres de la plateforme, dont les anciens ministres Joanas Gué, Paul Antoine Bien- Aimé, Fritz Longchamp, Marjorie Michel sans compter les dizaines de candidats de VERITE présents en la circonstance. Intervenant sur ce dossier, Frantz Bernadin ne convainc pas. S’il précise que le CEP n’agit pas sous la pression des partis politiques, il ne nie pas que le CEP ait tenu compte de la lettre que ces partis avaient adressée au Conseil. « Le Conseil électoral provisoire ne se compose pas de robots, mais plutôt d’humains », a martelé le porte-parole du CEP. Mirlande Manigat se mêle de la partie Mirlande Manaigat n’est pas restée bouche bée par rapport à la façon dont se déroule le processus électoral. Pour l’ancienne Première dame, ce CEP agit avec légèreté et incompétence dans le traitement des dossiers des candidats. « La manière de fonctionner du CEP - établi sur la base d’un consensus boiteux, sans aucune assise constitutionnelle, toléré par lassitude -, a souligné à la fois, son incompétence, une carence de professionnalisme et une espèce de légèreté dans la manière de traiter les dossiers de candidature par ses différents organes », a-t-elle fait remarquer dans une lettre ouverte dont Le National a obtenu copie. Pour la constitutionnaliste, les 70 candidats inscrits devraient rester dans la course et seul l’électeur est appelé par le biais de son vote à leur donner carnet. « Je m’adresse à vous les 70 candidats à la présidence et non aux 58 sélectionnés. Ce n’est pas une confusion. Je suis de l’opinion que c’est le droit de tout citoyen de se porter candidat à n’importe quel poste électif; il revient à l’électeur, seul souverain en la matière, d’exprimer son choix », a précisé d’entrée de jeu la collègue de Jacky Lumarque à l’université Quisqueya avant de s’en prendre vertement au CEP qui, selon elle, « fait montre parfois de versatilité dans ses sélections et éliminations, suivies de rattrapages puis d’exclusions dans un rythme dicté par des intérêts contradictoires sans explications convaincantes ». Le CEP n'est pas de tout repos par Noclès Débréus HAÏTI/ÉLECTIONS MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 7 ACTUALITÉ » suite de la page 5
  8. 8. 8 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 HAÏTIANO-DOMINICAINE E n 2012, la population immi- grante en République dminic- aine a été l’objet d’une enquête par échantillonnage de l’office dominicain des statistiques, Oficina nacional de estadística, (ONE), avec l’assistance technique et financière de l’Union européenne et du Fonds des Nations Unies pour la Popula- tion (FNUAP). Les résultats de cette enquête (ENI 2012) publiés en avril 2013 peuvent aider, entre autres, à dresser le profil de la population immigrante haïtienne en territoire voisin. Avec la fin de la période d’enregistrement au PNRE, c’est la grande inquiétude au sein de cette population face à l’éventualité de déportation ou d’expulsion mas- sive de ses membres en situation irrégulière. On s’inquiète également en Haïti du sort de cette population peu connue dont la taille donne lieu à tant d’élucubrations dans le pays d’accueil. Parce que la présence haï- tienne en République dominicaine n’est pas simplement une question de statistique. Population fortement masculine, urbaine, jeune et faiblement éduquée Les immigrants haïtiens représen- tent (458 233) 87,3 % de la popu- lation immigrante en République dominicaine, et 4,71 % des habi- tants du pays. Tandis que la pop- ulation d’ascendance haïtienne (immigrants et leurs descendants) forte de 668 145 âmes, constitue 6,87 % de la population dominic- aine. Les immigrants sont majori- tairement de sexe masculin (65,4 %), vivent plutôt dans les zones urbaines (65,1 %), et 14 % seule- ment habitent dans les provinces frontalières de la République dominicaine. C’est une popula- tion relativement jeune : 76,1 % ont entre 15 et 39 ans. Le taux d’analphabétisme des 5 ans et plus est assez élevé : 28,3 % ne savent ni lire ni écrire, contre seulement 3,1 % des immigrants des autres pays. En ce qui concerne la sco- larité de la population des 5 ans et plus, 47,8 % ont atteint le niveau primaire, 21,6 % le niveau secon- daire, et 5,7 % le niveau universi- taire et post-gradué. En comparai- son, 46,9 % des autres immigrants ont atteint le niveau universitaire et post-gradué. Travailleurs salariés peu qualifiés, occupants des fonctions subalternes et à couverture sociale insignifiante La majeure partie de la popu- lation active est constituée de travailleurs salariés (72,8 %) et 20,5 % sont à compte propre. Les immigrants haïtiens travaillent surtout dans 4 secteurs : agricul- ture et pêche (35,7 %), construc- tion (25,9 %), commerce (16,5 %), et autres services (10,4 %). En ce qui concerne la qualifi- cation, parmi les immigrants haïtiens salariés, seulement 1,5 % occupe une fonction de gérance; 18,1 % sont employés dans les services, la vente et le travail administratif ; 12,8 % sont agri- culteurs et travailleurs agricoles qualifiés, 22,4 % employés comme travailleurs qualifiés (ouvriers qualifiés, artisans, opérateurs de machines), et 43,7 % sans quali- fication précise occupés dans les tâches basiques. Parmi les immigrants salariés haïtiens 45 % ont un emploi fixe, mais seulement 12 % disposent d’un contrat écrit. Les travailleurs temporaires (41 %) travaillant sur- tout dans l’agriculture et la con- struction. En ce qui concerne les droits sociaux, seulement 11,9 % disposent de congés payés, 14,7 % sont rémunérés pour les heures supplémentaires, 9,1 % sont payés pour les jours de congé maladie, 8 % ont une assurance maladie. Dans les 12 derniers mois précé- dant l’enquête, 10 % des ménages d’immigrants haïtiens ont reçu des transferts provenant principale- ment des États-Unis d’Amérique (38,7 %), et d’Haïti (32,5 %), 44 % des immigrants haïtiens actifs envoient des transferts en Haïti. Immigrants d’installation récente Dans la population immigrante haïtienne, 76,3 % ont effectué une seule migration en territoire voisin aux fins de travailler et de vivre. Leur processus migratoire n’est pas si éloigné de celui des immi- grants des autres nationalités. La population migrante totale est d’installation récente à 51,8 % (4 ans ou moins), 20 % d’installation intermédiaire (entre cinq et 9 ans) et 26 % d’installation ancienne (10 ans ou plus). Au moment de l’enquête en 2012, 28,2 % des Haïtiens en République domini- caine avaient une (1) année ou moins d’installation en Répub- lique dominicaine, et 53 % moins de cinq ans. L a phase d’enregistrement au PNRE (Plan national de régula- tion des étrangers) est arrivée à sa fin le jeudi 17 juin dernier. Il est encore trop tôt pour établir un bilan exhaustif. Selon les informa- tions disponibles, 288 466 étrangers se sont inscrits, dont une écrasante majorité de nos compatriotes, près de 93 %. En ce qui concerne les docu- ments d’identité, les données pub- liées par le Ministère de l’Intérieur et de la Police dominicain indiquent que 102 940 étrangers se sont inscrits avec leur acte de naissance, 95 164 avec leur passeport et 69 997 avec leur carte d’identité. Seulement 20 345 inscrits n’ont pas fourni de documents d’identité. En se référant à l’enquête sur la population immigrante en Répub- lique dominicaine, on peut dire que près de 60 de nos compatriotes éli- gibles (ceux qui y sont arrivés avant le 19 octobre 2011) se sont inscrits. Cette enquête réalisée en 2012 a révélé, contrairement à une idée reçue, que 92,6 % des Haïtiens en République dominicaine déclarent disposer d’acte de naissance, 51,9 % de carte d’identité, 37,8 % de passeport. Les données fournies pour les inscriptions au PNRE relatives au document d’identité, tendent à confirmer les estimations de l’enquête. Cependant, seulement 1,59 % (environ 4 600) des inscrits au PNRE a réussi à présenter tous les documents demandés. Aperçu de la population immigrante haïtienne en République dominicaine en 2012 Par yves michel Thomas Les Haïtiens en République dominicaine ! Manifestation des travailleurs de canne à sucre, d’origine haïtienne, devant l’ambassade d’Haïti à Santo domingo, août 2014. / Photo : nancyroc.com
  9. 9. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 9 MONDE USA Q uelques jours après la fusil- lade de Charleston dans laquelle neuf Noirs ont perdu la vie, Barack Obama a évoqué en termes très directs les divisions raciales persistantes dans la société américaine, prononçant le mot « nègre » pour mieux appuyer sa démonstration. « Nous ne sommes pas guéris du racisme »: dans un entretien au ton parfois très personnel, le pre- mier président noir des Etats-Unis a longuement abordé cette ques- tion sensible, insistant sur l’ombre pesante de l’esclavage dans un pays où la ségrégation a été abrogée il y a seulement un demi-siècle dans certains Etats du Sud. « L’héritage de l’esclavage, des (lois de ségrégation raciale) Jim Crow, de la discrimination dans presque tous les compartiments de nos vies, cela a un eu impact durable et cela fait toujours partie de notre ADN », a expliqué M. Obama dans l’émission radio « WTF with Marc Maron », enregistrée vendredi à Los Angeles --deux jours après la fusil- lade sanglante-- mais diffusée lundi matin. « Ce n’est pas seulement une ques- tion de discrimination patente. Les sociétés n’effacent pas complète- ment, du jour au lendemain, ce qui s’est passé 200 ou 300 ans plus tôt », a-t-il poursuivi. Et le président américain d’insister, en utilisant à dessein un mot chargé d’une forte connotation raciste: « Il ne s’agit pas seulement de ne pas dire « nègre » en public parce que c’est impoli, ce n’est pas à cela que l’on mesure si le racisme existe tou- jours ou pas ». Durant la campagne de 2008, M. Obama avait abordé frontalement la question des relations entre Noirs et Blancs lors d’un discours à Phila- delphie, après une controverse sur des propos incendiaires de son ancien pasteur Jeremiah Wright. « Le racisme est un problème que ce pays ne peut se permettre d’ignorer », avait-il lancé. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, pourtant, il a souvent fait preuve d’une grande prudence sur ce thème, certains de ses partisans déplorant régulièrement l’absence d’une réaction plus forte -et plus personnelle-- à chaque fois qu’un incident faisait resurgir le spectre du racisme. Dans l’entretien diffusé lundi, M. Obama --né d’une mère améric- aine et d’un père kényan-- évoque aussi son enfance et son rapport à sa couleur de peau. Il raconte comment il a appris à se position- ner « comme Africain-Américain mais aussi comme quelqu’un qui revendique le côté blanc de sa famille ». « J’essayais de compren- dre comment j’étais vu et perçu en tant qu’homme noir aux Etats-Unis ». Mais le président américain met aussi en garde contre la tentation de réécrire l’histoire ou de minimis- er les progrès accomplis, soulignant que les relations raciales se sont sensiblement améliorées au cours des 50 dernières années: « Les opportunités se sont développées, les attitudes ont changé. C’est un fait », a-t-il expliqué. « Ne dîtes pas que rien n’a changé », a-t-il martelé. « Les progrès sont réels et sont une source d’espoir. Mais ce qui est également bien réel est que la marche n’est pas terminée », a ajouté le président, en référence à son discours prononcé début mars à Selma, petite ville de l’Alabama devenue symbole de la lutte non- violente pour les droits civiques. Devant le pont Edmund Pettus sur lequel, il y a cinquante ans, plu- sieurs centaines de manifestants pacifiques furent violemment pris d’assaut par la police, M. Obama avait appelé à la lucidité et à la vigilance. La répression sanglante de cette marche bouleversa l’Amérique et aboutit quelques mois plus tard au Voting Rights Act, qui garantissait à tous le droit de vote en supprimant un nombre incalculable d’obstacles qui se dressaient sur la route des Noirs désireux de s’inscrire sur les listes électorales. « Si nous arrivions à faire autant de progrès au cours des dix années à venir que nous en avons fait au cours des 50 dernières, les choses iraient beaucoup mieux », a conclu M. Obama. « Et c’est fais- able. C’est à notre portée ». Obama: les Etats-Unis ne sont pas guéris du racismeSources : AFP Le président américain, Barack Obama à San Francisco le 19 juin 2015. / Photo : GettyImages
  10. 10. L e ministre l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Ariel Henry, a annoncé la con- struction de plusieurs abris temporaires pour loger, le long de la frontière haïtiano-dominicaine, les milliers de familles d’ascendance haï- tienne déportés et réfugiés en Haïti après leur expulsion par les autorités dominicaines. Ces dizaines de mil- liers de rapatriés recevront – prévoit- il - une liste de produits de première nécessité dont matelas et articles de toilette. Ces réfugiés, il faudra les aider à garder leur autonomie. Or les emplois se font rares. Le taux de chômage, environ 41%, place Haïti au 154ème rang dans l’Indicateur du développement humain sur un total de 178 pays. Déjà, pour ce qui est de la distribu- tion des revenus, les pauvres – 90% de la population - reçoivent moins de 1% (0,7% plus exactement) du revenu national ; les plus riches qui représentent seulement 10% de la population reçoivent – d’une façon ou d’une autre – des alloca- tions de plus de 50%. Alors, ayons recours à des solu- tions innovantes. Un centre d’incubation d’entreprises coo- pératives de production et de ser- vices, doublé d’une pépinière de mutuelles de solidarité, ferait-il l’affaire ? Et si, de surcroit, était créé un fonds spécial pour la pro- motion de l’entreprenariat agri- cole et que l’on entreprenait de donner du blé à moudre à l’Unité de Promotion de l’Investissement privé dans le secteur agricole (UPISA) ? Les créneaux potentiels dans les filières rurales haïtiennes ont fait l’objet, en 2005, d’une étude qui a permis leur pleine identifica- tion ainsi que la formulation de recommandations de politiques sectorielles d’investissements publics destinés à en relever les principales contraintes. 10 ans après, alors que le pays est devenu un importateur endurci de biens alimentaires et que le ministère de l’Agriculture est invité, par la force des choses, à améliorer ses capacités pour “ mieux répondre aux besoins, aux attentes et aux aspirations des petits, moyens et grands entre- preneurs agricoles et agro-indus- triels” (ndlr), les pouvoirs publics ont du pain sur la planche. « Les investissements significatifs dans le milieu rural (et périurbain, ndlr) – écrivait l’agronome François Séverin en 2005 - contribueront à améliorer l’emploi, augment- eront les revenus des familles et aideront le pays à tendre vers la réalisation des Objectifs du Mil- lénaire pour le Développement (OMD) ». Ces études, croyait-il à l’époque, auraient le mérite de sensibiliser les organismes financiers multi- latéraux et le secteur d’affaires haïtien sur le potentiel de crois- sance du secteur rural haïtien, contribuer à alimenter la réflexion pour la définition d’un nouveau cadre macroéconomique favorable au secteur rural et « encourager la conception de politiques qui faci- litent la croissance globale et amé- liorent le revenu de la population rurale dont 82% vit au-dessous de la ligne de pauvreté absolue ». Car toute la lutte du peuple haï- tien, insistait-il, - et il a raison - conduite ces dernières années avec tant d’acharnement et d’opiniâtreté, n’a qu’un seul but : sortir du cercle infernal de la pau- vreté et avancer d’un pas résolu vers les horizons de bien-être et de dignité. Pour convertir nos revers en opportunités. Diversité, créativi- té et innovation. Pour créer un «cercle vertueux ». 10 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 ÉCONOMIE CONTRAINTESETOPPORTUNITÉS Diversité, créativité et innovation pour créer un «cercle vertueux » Par Henri Alphonse Un centre d’incubation d’entreprises coopératives de production et de services, doublé d’une pépinière de mutuelles de solidarité, ferait-il l’affaire ? / Photo: lacooperationagricole.coop Déportés, expulsés, réfugiés de gré ou de force – quelle différence - dans les conditions que l’on sait, est-ce si difficile que ça de les transformer en petits et moyens entrepreneurs agricoles et agro-industriels, dans le cadre d’un projet-pilote de réduction de l’insécurité alimentaire ? Coopératives agricoles et mutualité sociale agricole font, parait-il, bon ménage ailleurs … 3,8 millions de familles admissibles à la prestation universelle élargie Source : quotidien.pm.gc.ca « Si vous avez des enfants de moins de 18 ans, vous êtes admissibles. Point. Peu importe votre salaire ou le type de ser- vice de garde que vous choisissez. Faites une demande maintenant pour recevoir l’argent qui vous est dû », a indiqué le ministre du Développement social Pierre Poilievre dans une déclaration récente. Dans la seule ville de Toronto, par exemple, on estime que 32 000 familles ne sont pas inscrites et pourraient ne pas toucher l’argent qui leur est dû si elles n’en font pas la demande. Le ministre Poilievre souligne que la majorité des familles avec enfants – envi- ron 3,8 millions de familles – sont déjà enregistrées dans le système et recevront automatiquement des paiements en vertu de la PUGE. Mais celles qui ne reçoivent pas la prestation actuelle ou qui n’ont pas fait de demande pour le crédit d’impôt pour enfants dans le passé risquent de ne pas recevoir cette nouvelle prestation bonifiée, à moins qu’elles s’inscrivent sur le site Canada.ca/taxsavings. Le PUGE élargie est entrée en vigueur en janvier et offre main- tenant 1 920 dollars par année au lieu de 1 200 dollars pour chaque enfant de moins de six ans, et 720 dollars par année pour chaque enfant de 6 à 17 ans. Les nouveaux montants de la presta- tion seront rétroactifs à partir du 1er janvier 2015 et seront ajoutés aux prestations mensuelles des familles à compter du mois de juillet 2015. Le gouvernement du Canada tente de localiser 200 000 familles avec enfants qui sont admissibles à recevoir de l’argent, mais ne se sont pas inscrites à la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) élargie. Le PUGE élargie, entrée en vigueur en janvier. / Photo: syndicatafpc.ca
  11. 11. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 11 ÉCONOMIE Le fonctionnement d’une coopérative agricole L’intérêt est de mener une activité efficace ensemble. Voici comment fonctionne une coopérative agri- cole et quels sont les avantages d’y adhérer. SUne coopérative agricole est une entreprise à but non lucratif, créée par des agriculteurs et dont le but est de résoudre collectivement des problèmes, qu’ils rencontrent en commun, dans leur filière de pro- duction. Il peut s’agir de problème de stockage de produits, de manque de fourniture agricole, ou du manque de crédits accordés dans leur filière. Le fonctionnement de la coopéra- tive, privilégie la coopération entre les membres et surtout la solidarité. Ensemble, les agri- culteurs d’une même filière de production, sont plus forts. La coopérative agricole fonctionne avec un conseil d’administration et une Assemblée générale. Le Conseil élit un bureau et un président. Le président de la coopérative est élu pour un an renouvelable. Le rôle du bureau est de définir la stratégie de la coopérative. Il existe plusieurs sortes de coo- pératives, comme les coopéra- tives du vin ou les coopératives forestières. Chaque membre a le droit de participer à la décision prises par la coopérative, selon la règle “un homme, une voix”. La plupart des coopératives du pays peuvent se fédérer en union des coopératives agricoles (UCA). Ces fédérations se font de manière régionale et nationale. Les avantages d’adhésion à une coopérative agricole Si vous voulez profiter de la soli- darité des membres de la coopéra- tive agricole, de votre filière de production, il suffit d’y adhérer. L’adhésion est libre. Dés que celle-ci sera validée, vous pourrez profiter des services de la coopérative. Vous pouvez adhérer à toutes sortes de coopératives : - Fourniture et partage des machines agricoles. - Acheter ensemble des semences agricoles et des engrais, pour les payer moins chers. - Stocker les céréales dans les silos pour les revendre avec profit. - Mettre du lait dans des boîtes et fabriquer des fromages dans des ateliers communs. - Stocker fruits et légumes au froid ou fabriquer du sucre à partir de betteraves. - Faire de la culture maraichère dans différentes unités de produc- tion. - Pratiquer l’élevage de poules pondeuses. - Produire du manioc pour divers- es transformations agro-industri- elles. L'intérêt d'une coopérative agricole et son fonctionnementSource : OverBlog INVESTISSEMENTSPRODUCTIFSETFILIÈRESAGRICOLES Une société de coopérative agricole (SCA) est une entreprise qui relève du code rural, rassemblant une communauté d’agriculteurs, dont le but est de mobiliser plus de ressources collectivement et de créer des alternatives intéressantes, pour acheter et vendre leurs productions et services. Les coopératives permettent de mener une activité de production plus efficace / Photo: goodplanet.org
  12. 12. La santé en Afrique : le rôle des mutuelles Source : solsoc.be / 1ère partie L asantéestreconnuecommeun droit fondamental, notamment par l’Article 21 de la Déclara- tion universelle des droits de l’Homme. Tout être humain, sans dis- crimination de quelque ordre que ce soit, doit pouvoir bénéficier en temps utile de soins de santé appropriés. Chacun doit aussi pouvoir être acteur de sa propre santé et peser sur les décisions et facteurs qui déterminent les politiques sanitaires. La santé ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie ou de handicap, mais aussi en la possibilité de jouir d’un état de bien-être physique, mental et social. La santé s’inscrit ainsi dans un champ plus vaste qui touche au politique, aux facteurs sociaux (alimentation, habitat, éducation, services publics) et aux infrastruc- tures (transport, équipements col- lectifs), mais aussi aux représenta- tions culturelles. Il convient donc de faire un survol de l’état des lieux quant à la réalisation pra- tique de ce droit dans le monde, et plus particulièrement en Afrique, et de rendre compte rapidement des effets négatifs sur les poli- tiques sociales des orientations ultralibérales prises dans le cadre de la globalisation économique. Dans un second temps sera abordé le rôle de la société civile et de ses organisations dans la mise en œuvre du droit à la santé, en nous attardant davantage sur celui des mutuelles de santé dans le cadre du programme de Solidarité Socialiste et de ses partenaires en Afrique subsaharienne. En 1978, Alma-Ata (aujourd’hui Almaty) accueillait une Conférence Inter- nationale sur les Soins de Santé Primaires. À l’issue de cette ren- contre, une Déclaration définis- sait les éléments essentiels des soins de santé primaires : l’accès universel selon les besoins ; la par- ticipation des populations dans la planification, la prestation et l’évaluation des soins ; l’insistance sur le rôle d’autres acteurs et sur l’importance d’autres domaines et secteurs dans les activités sani- taires. Cette Déclaration conduira à l’objectif “La santé pour tous en l’an 2000”, mis à l’agenda interna- tional par l’Organisation Mondiale de la Santé en 1981. Selon cet objectif, il s’agissait de promou- voir la santé considérée comme une ressource majeure pour le développement. Produire une Déclaration et adopter un objectif est une chose. La concrétiser et réaliser l’objectif en est une autre. Si des progrès étaient accomplis dans certains pays et certaines régions du monde, “La santé pour tous en l’an 2000” se révélait être dans l’ensemble un échec cuisant. Des disparités inquiétantes sub- sistaient au tournant du siècle. C’est ainsi que dans la plupart des pays d’Afrique, l’état de santé des populations s’est sensiblement dégradé durant les années 80 et 90, et des progrès sanitaires que l’on croyait acquis ont été remis en question sur de multiples fronts, au Nord comme au Sud de la planète. Marchandisation du monde Beaucoup de facteurs peuvent expliquer cette aggravation des conditions sanitaires dans de nombreuses régions du monde à partir des années 80. Mais le fil d’Ariane de l’échec est évident : il s’agit de la mise à mort voulue et programmée de la puissance pub- lique par les politiques de laisser- faire économique qui ont dominé le monde ces trente dernières années, et qui ont conduit à la catastrophe sociale, économique et financière que nous connais- sons aujourd’hui. De fait, le capitalisme débridé a mené à une marchandisation progressive de la santé, mais aussi de l’éducation et de toutes les matières qui faisaient l’objet jusqu’alors d’une réglementa- tion plus ou moins efficace par le biais des politiques publiques. Les défenseurs du tout au privé ont voulu réduire ce droit fondamen- tal, dans les pratiques et dans les esprits, à un produit de consom- mation accessible uniquement à celles et ceux qui peuvent se le permettre financièrement. Dans ce cadre, les pays africains, comme de nombreux autres États du Sud, ont dû se plier aux dik- tats des institutions financières internationales. C’est ainsi que la Banque Mondiale et le Fonds Moné- taire International leur ont imposé des politiques dites d’ajustement structurel (PAS) en échange de prêts ou de rééchelonnement de leur dette contractée pendant les années 70 et 80. Durant ces deux décennies, la surabondance de liquidités avait en effet incité les pays industrialisés à prêter de fortes sommes qui n’ont guère profité aux populations locales : elles étaient destinées pour la majorité à des “projets de dével- oppement” inadaptés, et ont le plus souvent servi à maintenir en place des régimes corrompus ou dictatoriaux qui servaient leurs intérêts et ceux des détenteurs de capitaux. C’est ainsi que si l’on a assisté dans la plupart des pays du Sud à une augmentation du Produit National Brut, celle-ci s’est accompagnée d’une croissance des inégalités et de la pauvreté - créant des sociétés de plus en plus duales - et d’un endettement de plus en plus lourd. Les PAS ont consisté, afin de dégager des liquidités destinées au rembourse- ment d’une dette illégitime, en l’ouverture forcée des marchés des pays du Sud aux produits et capitaux des pays industrialisés, par la baisse ou l’élimination des barrières tarifaires, et en l’exportation de leurs matières premières agricoles et minérales, transformées en produits de rente pour les créditeurs du Nord, à des prix fixés par les marchés interna- tionaux et donc largement défa- vorables aux pays exportateurs. Ils ont conduit aussi à des coupes claires dans les politiques sociales et à la diminution drastique des moyens consacrés aux administra- tions publiques. Avec les conséquences que l’on peut imaginer en termes de santé, d’éducation, de logement, ou encore de sécurité alimentaire. Les niveaux de vie et de santé des populations africaines, et tout particulièrement de leurs franges les plus pauvres et les plus vul- nérables, ont de ce fait chuté de manière alarmante. L’Afrique, première victime C’est ainsi que le continent afric- ain compte aujourd’hui 34 des 49 pays qualifiés de moins avancés (PMA). Plus d’un tiers de sa pop- ulation (sur)vit sous le seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Cette région est donc, sans surprise, la plus touchée par des maladies comme le SIDA : elle compte quelque 25 millions de séropositifs, soit près des deux tiers des personnes qui vivent avec le VIH dans le monde, et les décès dus à ce virus en Afrique subsaharienne représentent 72 % du total mondial. L’Afrique est aussi particulière- ment touchée par les maladies diarrhéiques, le paludisme et la tuberculose. L’accès aux soins de santé et aux médicaments y est très difficile, surtout pour les populations vivant en milieu rural (la majorité) et les hommes et femmes qui, suite à l’exode rural, tentent leur chance en ville dans le milieu très instable et insécuri- sant de l’économie informelle. En fait, pour l’immense majorité des personnes pauvres des PMA, il n’existe pas de services publics de santé, ou alors ceux-ci sont finan- cièrement inabordables. D’autres obstacles, non des moin- dres, sont la démotivation - parfois la corruption - du personnel mal payé, le coût des médicaments et l’état déplorable voire l’absence de système de distribution, ainsi qu’un réseau déficient de struc- tures de soins de santé. Dans ce contexte d’États défaillants pour de multiples raisons, quelles actions mener pour faire en sorte que les populations accèdent aux soins de santé primaires et puis- sent disposer d’une protection et d’une sécurité sociales dignes de ce nom ? La réponse est complexe, mais on peut estimer que ces actions doivent s’articuler selon trois axes fondamentaux : la mobilisation des populations pour la défense et la revendication de leurs droits, le soutien à la mise en place d’États démocratiques forts qui assument leurs missions publiques, et la sol- idarité internationale entre pro- gressistes du Nord et du Sud. Le tout dans un même mouvement. *Prochainement « les structures mutualistes en Afrique. ALTERNATIVES 12 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 ÉCONOMIE Dans la plupart des États africains, la santé générale des populations s’est sensiblement dégradée depuis les années 80. L’accès aux soins et aux médicaments y est très difficile. Pour l’immense majorité des personnes pauvres de ces pays, il n’existe pas de services publics de santé, ou alors ceux-ci sont financièrement inabordables. Dans ce cadre, quel rôle les mutuelles de santé peuvent-elles jouer ? Dans ce contexte d’États défaillants pour de multiples raisons, quelles actions mener ? / Photo: ajonews.infos
  13. 13. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 13
  14. 14. 14 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 SOCIÉTÉ FOKAL : « soucieuse de science et de culture » Propos recueillis par Pierre Clitandre A l’avenue Christophe, La Fondation connaissance et liberté a fêté ses vingt ans. Universitaires, écrivains, hommes de théâtre, peintres, opérateurs culturels, chorégraphes et autres artistes en herbe étaient tous là. Le National a voulu savoir un peu plus : de la genèse de l’entreprise, des personnalités qui la dirigent, de leurs réalisations et leurs projets. Madame Michèle Duvivier Pierre Louis s’est confiée à Nous. L.N. : FOKAL a déjà vingt ans. Pour une organisation culturelle, c’est une démonstration de résistance. Mais, avant de venir aux facteurs qui ont maintenu l’institution en vie dans nos contextes politiques difficiles, parlez nous de la genèse de FOKAL.. M.D.P.L. : FOKAL est souvent perçue comme une organisation culturelle, mais elle n’est pas que cela. Pour tenter d’être plus exacte, FOKAL est une fondation, une institution opératrice de programmes et projets tout en ayant aussi dans sa boîte à outils la capacité d’accorder des subventions. Nous sommes opérateurs lorsque les concepts viennent de nous tandis que les subventions servent à appuyer des initiatives ou des secteurs dont l’action correspond à notre mission de construction, laquelle est de promouvoir les structures nécessaires à l’établissement d’une société démocratique, juste et solidaire, soucieuse du développement de l’éducation et de la communication, de la science et de la culture. FOKAL est créée en 1995 par délégation de pouvoir accordée à Michèle Duvivier Pierre-Louis par George Soros, fondateur de l’Open Society Institute (aujourd’hui Open Society Foundations) autorisant Mme Pierre-Louis à engager toutes les démarches légales et institutionnelles nécessaires à la création d’une fondation en Haïti. C’est son nom qui figure sur tous les documents légaux instituant FOKAL. Monsieur Soros s’intéressait à l’époque aux pays en « transition démocratique » et nous supposions qu’en 1995 le pays eût pu s’engager sur cette voie. Les domaines d’interventions priorisés étaient principalement l’éducation mais nous allions nous rendre compte très vite qu’il faut aussi embrasser d’autres champs lorsqu’on investit dans l’éducation. C’est bien la raison pour laquelle nous avons choisi de nous lancer dans un programme d’accès à l’information, à la culture, à la science, aux nouvelles technologies, en développant un réseau de petites bibliothèques de proximité. La bibliothèque Monique Calixte (BMC), inaugurée le 29 juillet 1996 a été la seconde. La première était celle de l’Association Etoile Filante établie à Fontamara. L.N.:Onsaitqu’àcettebibliothèque, Monsieur Albert Mangonès, a joué un rôle de conseiller technique important. J’ai connu aussi le personnel à Fontamara. J’ai été un peu plus intime à la bibliothèque Monique Calixte, plus proche de ma maison. Quelles sont les différences majeures entre la bibliothèque Monique Calixte et la Fokal. M.D.P.L. : A la création de FOKAL, Jean Dominique nous avait loué sa maison de l’Avenue Magny à Port- au-Prince pour en faire les bureaux de FOKAL. Pour loger la BMC nous avons cherché dans la zone du Bas-peu-de-choses, quartier qui nous a toujours intéressés pour ses qualités urbaines et son potentiel de mixité sociale, et avons pu louer du Dr. Desmangles la belle maison qui a servi de local à la bibliothèque pendant six ans. Entre temps, nos programmes s’élargissaient, notre staff grandissait et la maison de l’Avenue Magny devenait trop petite, en même temps le loyer augmentait. Alors, nous avons décidé de construire tout en restant dans le quartier. Notre bailleur a accepté et nous avons conçu avec l’architecte Gaylord Esper le centre culturel de l’avenue Christophe qui abrite nos bureaux, la BMC et d’autres éléments tels que l’atrium, la Salle Polyvalente, l’espace café, etc. Nous l’avons inauguré en 2003. C’est vrai qu’il a fallu s’habituer au changement d’espace, mais les nouveaux locaux ont aussi permis d’augmenter considérablement le nombre d’usagers de la BMC et de leur proposer de nouveaux programmes particulièrement pour les enfants et les jeunes. L.N. : Qui était Monique Calixte? M.D.P.L. : Monique Calixte, née en Haïti mais ayant vécu une grande partie de sa vie en France, est restée très proche de son pays d’origine. Suite à son décès en juillet 1995, ses parents et amis ont créé une association portant son nom : l’Association Monique Calixte (AMC) dont le siège se trouve en région parisienne. Monique qui était une amie très proche avait une bibliothèque personnelle assez importante. C’est ce legs qui a constitué le premier fonds documentaire de la BMC. L’objectif principal de l’AMC est d’entretenir la mémoire de Monique à travers la création de la bibliothèque dans un premier temps, puis de contribuer à l’organisation de levée de fonds, d’envoi de livres etc. FOKAL a pris en charge le financement, le recrutement et la formation du personnel, le développement et l’organisation de la collection ainsi que la gestion de la bibliothèque. De 1996 à 2003, la bibliothèque Monique Calixte se trouvait au 28 de la rue Cadet Jérémie à Carrefour- Feuilles. Depuis 2003, elle a intégré les locaux du centre culturel de FOKAL. L.N. : Combien de livres aviez-vous à cette petite bibliothèque qui recevait beaucoup de lecteurs à une période où la littérature haïtienne n’avait pas encore connu ce “grand boom” éditorial dans les meilleures maisons d’édition, de Gallimard à Grasset passant par Seuil. C’était l’époque, je me rappelle, de la littérature latino-américaine avec Marquez, Amado, Cortazar, Llosa, Neruda, Carpentier, Lezama Lima ... M.D.P.L: La BMC a ouvert ses portes à la place Jérémie avec cinq mille livres. La collection personnelle de Monique comprenait environ un millier de livres. Avec l’Association Monique Calixte de France et avec d’autres partenaires locaux, nous y avions ajouté des titres haïtiens, en français et en créole et au moment où elle a été transférée à l’Avenue Christophe le fonds documentaire comptait environ dix mille ouvrages. Mais vous avez raison, les écrivains latino-américains étaient très demandés à l’époque, jusqu’à présent d’ailleurs. « La lecture ouvre sur le monde » L.N. : Comment était venue l’idée d’une bibliothèque de proximité ? On connait votre passion pour l’art, la littérature, l’économie, mais, on ne s’attendait pas, à l’époque, à cette initiative. Pensez-vous que ce fût un premier pas de libération des esprits traumatisés par la dictature duvaliériste ? M.D.P.L. : J’ai toujours été passionnée de lecture et de bibliothèque. J’ai eu la chance d’avoir un père directeur du Lycée de Jérémie et grand lecteur lui- même. Les livres m’ont toujours accompagné jusqu’à présent. Ceci m’a amenée à chercher un emploi au New York Public Library de la 42ème rue à Manhattan lorsque j’étudiais aux États-Unis. Une belle époque de ma vie d’étudiante. Des années plus tard, en Haïti, j’ai travaillé en collaboration avec Lorraine Mangonès, avec un groupe de jeunes de Martissant, en plein coup d’État de 1991, qui souhaitait ouvrir une bibliothèque dans le quartier. Vous voyez que cette idée du rôle de la bibliothèque dans la cité et dans la vie de ses habitants me poursuivait. Alors, lorsqu’en 1994, une fondation japonaise m’a accordé un prix pour mon investissement dans l’éducation et le développement, j’offris plus de la moitié du prix (US$5000) à l’Association étoile filante pour la création de sa bibliothèque. C’était avant FOKAL. C’est bien la raison pour laquelle cette bibliothèque a été la première de notre réseau. La lecture ouvre sur le monde, sur la culture, développe l’esprit critique, sans oublier son aspect ludique. L.N. : Je sais que cette bibliothèque fonctionnait bien. C’est là que j’ai connu le poète Bonel Auguste. Sur le plan financier comment aviez vous pu tenir et pour combien de temps avec la bibliothèque Monique Calixte? Quel est le meilleur souvenir de manifestation culturelle avez-vous de cette bibliothèque? M.D.P.L : Le financement de la BMC est inscrit chaque année, jusqu’à présent, dans le budget de FOKAL. En plus, nous recevons des dons de l’AMC et d’autres partenaires intéressées par la lecture. Il est difficile de singulariser un seul souvenir. Mais les conférences de Jean Dominique, Jean-Claude Bajeux, Madeleine Paillère, Vertus Saint-Louis, Dany Laferrière, Gary Victor, les ateliers de Rodney Saint Eloi, les expos des artistes de Carrefour-feuilles, les anniversaires de la BMC, autant de souvenirs heureux… ( Lire la suite au prochain numéro de LE NATIONAL) FOCUS Madame Michèle Duvivier Pierre Louis, présidente de la Fokal
  15. 15. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 15 SOCIÉTÉ I l sert d’itinéraire aux habitants de Christ-roi, de Nazon, de Delmas, de Canapé-vert, et de Pétion-ville. Abritant écoles, bureaux, magas- ins, marchés, centres de santé, lieu d’événements historiques. Elle est à la fois une zone résidentielle et fonc- tionnelle. Elle a connu des mutations. Quand on part du carrefour de Christ-roi pour atteindre l’angle formé de l’avenue John Brown et la rue Lamarre, on découvre les deux allées ornées de vêtements usés qui font l’aubaine des river- ains et les différents étalages de marchandises diverses. Si l’on attend un véhicule de transport en commun qui nous emmène à Christ-roi, à Nazon, à Delmas, à Canapé-vert, à Pétion- ville, on n’aura pas en vue tous les commerces informels dont les vêtements usés communément appelés Pèpè ou Kenedy, qui con- stituent les décors de ce lieu et qui expriment son aspect chaotique. Pourtant, s’il nous vient à l’esprit l’envie de nous promener le long de cette avenue, on dénombrera plus d’une centaine de marchands éparpillés sur les trottoirs vendant toute sorte d’articles. Ceux qui sont nés avant le cent- cinquantenaire de Port-au-Prince, doivent se souvenir de ce que fut jadis l’avenue John Brown avec l’architecture des anciennes mai- sons et la fraicheur des arbres qui fixaient majestueusement le ciel. Il ne reste de ce décor autrefois pittoresque que l’ancienne maison qui loge l’établissement scolaire des sœurs de Sainte-rose de Lima. La métamorphose du lieu est due certainement au rythme ver- tigineux d’une urbanisation cha- otique. Elle s’explique aussi par l’effet des flux migratoires enreg- istrés dans les périphéries du lieu. Aujourd’hui, s’aventurer à l’Avenue John Brown avec les sou- venirs des années 30, 40 et 50, ne peut donner que de la nostalgie. La ville a muté pour donner à cette entité spatiale des décors nouveaux qui attristent et désen- chantent. Il est même indispens- able d’avoir une mémoire efficace pour se rappeler ce que fut ce lieu. Il ne faut point voir dans l’oubli et l’effort du souvenir le signe de l’amnésie. Il s’agit plutôt de l’effet de la méta- morphose spatiale et de la diffi- culté d’y retrouver des repères qui permettraient de créer l’identité par l’appropriation du lieu. L’incapacité du repérage résulte d’une fixation dans la mémoire des traces qui sont anéanties par les mutations exprimées par de nouvelles pratiques socioculturel- les et économiques. Pour la génération des années 80 et 90, s’aventurer dans les sillages de l’Avenue John Brown pour y faire du shopping et se procurer d’autres biens, n’a rien de l’effet de la métamorphose spatiale. Ces nouveaux repères observables, loin d’être pour les jeunes généra- tions, des points d’identification des pôles et des effets de l’urbanisation, fait partie d’une identité géographique spontanée de l’espace. Au constat de cette ignorance, il s’avérerait urgent de rappeler qu’une rue peut être le lieu de patrimonialisation de cer- tains biens. Ainsi, les changements dont elle est l’objet ne doivent pas être perçus comme de simples acci- dents, mais ceux-ci intègrent des dynamiques historiques qui mar- quent l’évolution de cette entité spatiale. Elle a donc pour effet de marquer une identité, rattachée à une his- toire et des expériences sociales, et joue aussi le rôle de porteur de la mémoire collective du ter- ritoire. Il faut donc noter sa place dans les processus de socialisa- tion et dans les processus éduca- tifs des générations. Donc, les mutations qu’elle peut subir doivent aussi s’expliquer par la diversité des acteurs localisés et situés sur des points différents territoriaux, ayant des logiques comportementales et des intérêts divergents. En notant aussi que ces acteurs se constituent en des groupes form- els de résidents et des groupes informels qui s’approprient le lieu pour la satisfaction des besoins ponctuels. Et c’est pourquoi, on peut enregistrer des processus de changements qui ne se coor- donnent pas et qui détruisent tout ce qui constitue les repères d’identification pour les autres. De ce fait, un arbitrage politique et administratif devrait remplir un rôle décisif pour harmoniser les mutations. D’abord, par le façonnement d’un cadre juridique (codes d’urbanisme, protection d’architecture, etc.). Ensuite, cela supposerait que les pouvoirs pub- lics aient la capacité administra- tive et juridictionnelle de les faire respecter. Enfin, l’harmonisation de ces changements doit dépendre large- ment de la capacité des autori- tés publiques à agir de façon à coordonner entre elles et avec les acteurs résidents et non résidents du lieu. Et cela en tenant compte du poids de l’histoire comme nécessaire- ment fort dans les modalités d’émergence et de valorisation du lieu comme marqueur d’identité et vecteur de socialisation. Certes, l’Avenue John Brown n’est pas un patrimoine. Encore moins l’objet d’un processus de patrimo- nialisation. Mais, elle est un bien public confortant un bien patri- monial ou susceptible d’’être pat- rimonialisé (l’architecture logeant les sœurs de sainte-Rose de Lima) qui contribue à la socialisation des acteurs et à marquer forte- ment l’identité de la ville. C’est pourquoi elle n’est pas un simple lieu de résidence et de fonctionnalité. Mais elle est une entité fortement historicisée, dont les traces doi- vent être incessamment reconsti- tuées pour redéfinir l’identité de la ville et des résidents. L'avenue John Brown (Lalue) : un lieu en mutationpar CHERISCLER Evens Boukman HAÏTI /SOCIÉTÉ Vue Partienlle de Lalue prise de haut.
  16. 16. 16 | N0 23 MARDI 23 JUIN 2015 SOCIÉTÉ L es élections ont un nouveau concurrent. Si l’actualité au cours des dernières semaines étaient centrées sur les inscrip- tions des candidats, les évaluations des bureaux et conseillers électoraux, depuis le 11 juin, c’est le football qui s’impose. Tous les regards sont rivés sur le petit écran pour cette 44e édi- tion de la copa America. Que la compagnie d’électricité, à l’image du pays, décide de faire des heureux ou pas, les mordus de football sont servis. Toujours. Quitte à s’aventurer chez un voisin qui peut se payer le luxe d’acheter du carburant pour sa génératrice. Ou d’aller grossir l’une des foules compactes entourant un petit poste de télévision dans les rues. A Port-au-Prince, toute une campagne publicitaire invite la populationàsuivrelaretransmission de ces matches. Certaines stations de radios et de télé sortent le grand jeu. Studio chic, spot publicitaire, commentaire d’après-match, entre autres. Le problème, si l’on peut considérer qu’il y en a un, ne se situe pas au niveau des stations, ni des matches ou encore de la compétition elle- même. Car comme tout autre domaine, l’on peut tirer des avantages, en tenant bien sûr compte des inconvénients. Ce qui inquiète est la passion qui accompagne de telles compétitions sportives. Les discussions bruyantes peuvent parfois friser la violence. Quand il y a un match de football, le transport en commun fonctionne au ralenti. Certains chauffeurs de bus, effectuant le trajet : Pétion- ville-centre-ville, équipent leurs véhicules d’une mini-télé. Histoire de ne rien rater. La sécurité des passagers, le respect du code de la route sont relégués au second plan. Juste parce que le chauffeur ne veut pas perdre une seconde de jeu. Certains restaurants profitent de la clientèle qui augmente, sans pour autant améliorer le service offert. Certains vendeurs de bières peuvent également espérer un surplus de bénéfice si l’une des équipes comme celle du Brésil ou de l’Argentine gagne ou perd un match. Tout dépendra des supporters. Hors de tous ces détails, le plus important se repose sur la population dont le public est composé : de citoyens désœuvrés, catégorie toujours présente en tout et partout. Touchée plus que jamais par le chômage. Des enfants, le plus souvent sans surveillance. Et la catégorie majoritaire : des jeunes. Des écoliers qui veulent oublier une journée de stress dans une école sans structure. Des jeunes universitaires. Et d’autres jeunes qui ne sont ni l’un ni l’autre. Catégorie marginalisée, ces jeunes n’ont ni véritable objectif, ni projet de vie. Alors que les jeunes représentent la majorité de la population, rien n’est fait pour les intégrer à la vie nationale. Ils seront de ceux qui passent leur journée autour d’une table de domino, de bezig ou de ces séances de pike kole au Champs de Mars. Peut-on vraiment miser sur ces jeunes pour l’avenir du pays ? En quoi, sans offenser les amateurs de football, regarder des dizaines de matches peut aider ces jeunes ? Et l’avenir alors ? Quand le quotidien fait place au foot !par Stephanie Balmir HAÏTI/MOBILISATIONDESJEUNES/COMPÉTITIONSINTERNATIONALES De la ligue des champions à la Copa America, la population, les jeunes en particulier, font de ces grands championnats de football, le but de leur journée. Oisiveté ou loisir, on se demande à quoi peut bien servir un match de foot pour un jeune haïtien ? Photo: andina.com.pe
  17. 17. MARDI 23 JUIN 2015 N0 23 | 17 CULTURE L a littérature haïtienne con- temporaine jouit en Haïti et sur la scène internationale d’une importante visibilité. Les auteurs haïtiens gagnent des récompenses, des prix littéraires très cotés et ont une représentativité assez considérable dans les mass medias. Les écrivains haïtiens de notre époque sont des stars de la plume. Et beaucoup maintenant prennent plaisir et trouvent honneur (valeur ajoutée) à se faire une petite photo avec Gary Victor, Dany Laferrière, Emmelie Prophète, Syto Cavé et d’autres écrivains haïtiens connus. Mais, paradoxalement - et qu’est- ce ça peut être étrange et bizarre - il y a de moins en moins de jeunes qui s’adonnent à des activités collectives qui mettent en avant la littérature. Les clubs littéraires appartiennent au « temps des grammairiens », à ce temps qui n’est qu’une ombre. Les clubs littéraires constituent un peuple qui n’a de présence active que dans l’Haïti des années 1990. Depuis un peu plus de dix ans maintenant, les jeunes n’ont plus de temps pour des échanges qui requièrent un temps de lecture, une mémoire littéraire doublée d’une culture générale, tout ça ajouté à une finesse de rhétorique et une capacité de conceptualisation et de problématisation. Madame Technologie Le poète et romancier Bonel Auguste qui a grandi à Fontamara se rappelle que dans son quartier, il y avait tellement de clubs littéraires que ça menait vers des polémiques interclubs. Et c’était plus qu’un jeu nous dit- il. Fallait absolument lire plus que le club adverse et débarquer à ses rencontres pour briller par la qualité de son langage, la cohérence de sa pensée et sa connaissance de la littérature. L’auteur de « Dève Lumineuse » qui a fait ses études secondaires au Lycée Jean Jacques Dessalines, nous a fait savoir qu’au sein des classes de rhéto et de philo de son époque, on trouvait des clubs littéraires, des groupes d’élèves qui se rassemblaient le samedi ou après les cours pour parler littérature et beaux-arts. À l’heure qu’il est, a poursuivi Bonel, nous sommes malheu- reusement passés à autres choses, la faute en grande partie aux nou- velles technologies. On ne voit plus l’intérêt à se réunir, à se voir quand sur whattsapp et facebook on peut passer des heures à échanger des photos, à draguer, à parler de la coupe de cheveux de Christiano Ronaldo, du beau gosse du quartier, de la nana aux fesses protubérantes qu’on a vue au « ti sourit » de hier soir. Les jeunes ne trouvent plus de motivations Pour Étienne Orémil, président de l’Association des Professeurs de français d’Haïti (APROFH), il faut trouver dans la défectuosité du système éducatif haïtien la raison de la chute de l’engouement des jeunes à mettre en place des clubs littéraires. Il y a de moins en moins de professeurs de littérature pas- sionnés et compétents. Au sein de nos écoles enseignent beaucoup de « vendeurs d’heures » nous a dit le président de l’APROFH. L’enseignement est fait au rabais, les élèves ne sont pas portés à aimer les lettres, ils ne reçoivent aucun encouragement à se con- stituer en groupe pour partager leur rapport avec le livre. Il y a quand même quelque chose qui reste Pour Yanick Lahens, écrivaine haï- tienne très connue, il y a surtout lieu de parler de mutations dans la façon dont les clubs littéraires continuent à exister. La lauréate du prix Femina 2015 croit qu’il y a toujours aujourd’hui des structures, des associations qui accordent une place de choix à la littérature. Tout de même, l’auteur de Failles nous a fait savoir que même si dans ce qu’on voit les auteurs haïtiens ont une meilleure présence en Haïti, ils sont lus, invités et appréciés , tout paradoxalement, ils ne constituent pas, ou du moins leur parole dans l’espace public n’a pas, une grande force d’influence et de mobilisation. Yanick Lahens nous a dit qu’il est impossible maintenant, vu le contexte socio-politique, que des écrivains haïtiens arrivent à mobiliser la population autour d’eux comme ce fut le cas par exemple lors de la « révolution de 1946 ». Claude Bernard SERANT, journaliste culturel et auteur de livres jeunesse, croit qu’il y a encore des clubs littéraires à Port- au-Prince et dans d’autres villes d’Haïti. Il nous a dit qu’à Carrefour-feuilles et à Carrefour, des clubs littéraires l’ont déjà invité à présenter ses livres. L’auteur de « La guerre des Cerfs-volants » nous a aussi invités à nous interroger sur les nouveaux lieux qu’investit la parole littéraire. Il a notamment fait mention de l’émission « Les gens de Lettres » qui passe tous les dimanches à 7 heures PM sur la TNH et qui est aussi disponible sur Youtube. Cette émission nous a dit le journaliste senior marque beaucoup les esprits et fait rentrer la culture littéraire dans les ménages. Vers quoi nous allons ? À côté de toutes ces considérations, par toutes les manières possibles d’approcher cette question, avec toutes les nuances qu’on peut y mettre , la vérité du réel donne à voir qu’il y a de moins en moins de clubs littéraires, qu’il y a de moins en moins de jeunes qui lisent et qui font des textes littéraires leurs alliés dans une logique de mise en sens de leur réalité immédiate. Les jeunes vivent en mode pantalon san fouk, facebook, whattsapp, epa kounya ! Dans cinquante ans alors, comment fera ce pays pour avoir des écrivains ? Les Clubs Littéraires sont-ils morts ? Par Dangelo Néard Il y a quelques années, dans beaucoup de quartiers de Port-au-Prince, on marchait sur des clubs littéraires. Des jeunes, habités, hantés même par le désir de tout lire et de bien parler, se donnaient des habitudes de rassemblement, sur un ton quelque peu solennel, autour du livre, du bavardage intellectuel de la poésie et de la culture. À l’heure qu’il est, que peut-on dire de ce temps-là ? Des clubs littéraires, visiblement, il n’y en a plus comme il y en avait avant. La jeunesse serait-elle trop occupée par Facebook, WhatsApp, le football, le swag, le rap, et l’église ?

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