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Charlemagne Péralte :
le cheminement d'un véritable soldatPar Elisée Décembre
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Georges Sylvain, un opposant farouche de
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Par Schu...
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N40

  1. 1. » P. 14 » P. 21 »   P. 5 SOCIÉTÉ SPORT » suite page 4 » lire page 10 Une matinée à la paroisse Notre-Dame du Mont-Carmel par Ritzamarum ZETRENNE Monuma Constant Junior chanceux, Manchini Telfort maudit ! par Gérald Bordes Soixante-dix millions de gourdes disparuesPar Reynold Aris HAÏTI / ÉCONOMIE/DÉPRÉCIATION DE LA GOURDE JEUDI 16 JUILLET 2015 NUMÉRO 40 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Des mesures qui ne rassurent pas HAÏTI / ÉDUCATION / PSUGO / CORRUPTION Le gouverneur de la BRH, Charles Castel, en conférence de presse, le mercredi 15 juillet 2015. / Photo : J.J. Augustin L es directeurs fautifs doivent restituer l’argent qu’ils avaient reçu en usant de subterfuges, c’est la principale décision arrêtée au terme de cette réunion. Au micro des journalistes, le chef de l’État, Michel Martelly a réitéré son engagement à contribuer à la scolarisation d’un plus grand nombre d’enfants en vue de les doter des moyens nécessaires leur permettant d’affronter l’avenir. Il a affirmé en ce sens que l’éducation demeure la pierre angulaire à même de sortir le pays de l’ornière du sous-développement. Près de 70 millions de gourdes ont disparu à travers 340 écoles qui sont éclaboussées dans la corruption sur les 8 mille 300 inscrites dans le Programme de scolarisation universelle, gratuite et obligatoire (Psugo). Une rencontre spéciale s’est tenue, le mercredi 15 juillet 2015, entre le président Michel Martelly, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Nesmy Manigat, celui de la Justice, Pierre Richard Casimir, et le directeur général de l’ULCC, Rodiny Jean-Baptiste, sur la question. Objectif : restitution de l’argent détourné. Escapade à Malpasse et à Jimani ! Par Gary Victor
  2. 2. 2 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 TRIBUNE Lettre ouverte du regroupement Concertation pour Haiti L’honorable Stephen Harper Premier ministre du Canada Monsieur le Premier ministre Concertation pour Haïti (CPH) est un regroupement d’organisations de la société civile et de membres individuels du Québec et du Canada qui participent au mouvement de solidarité avec le peuple haïtien. La CPH œuvre au niveau de la promotion des droits humains et des libertés fondamentales en Haïti, du développement solidaire et de la sensibilisation du public. Concertation pour Haïti fut profondément indignée par l’arrêt 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain qui enleva la nationalité dominicaine à des milliers de Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne, et les rendirent de fait apatrides, comme nous l’écrivions à l’honorable John Baird, ministre des Affaires étrangères le 23 octobre 2013. Cet arrêt, dont les effets sont rétroactifs jusqu’en 1929, a ouvert la porte à de nouvelles expulsions et mesures répressives prises par les autorités de la République Dominicaine, en violation flagrante des droits humains et du droit international. Depuis le 17 juin 2015, date de l’échéance du Plan national de régularisation des étrangers, notre indignation s’est transformée en colère face à la crise humanitaire découlant des expulsions massives et violentes effectuées dans des conditions infrahumaines, dégradantes et révoltantes. Derrière l’apparence “volontaire” du retour massif en Haïti des immigrants haïtiens et des dominicains d’ascendance haïtienne, se cache une vraie « chasse aux sorcières», volontairement incontrôlée par l’État dominicain. Depuis le 17 juin, plus de 17 000 personnes sont arrivées en Haïti. où, chaque jour, des centaines de personnes n’ayant pu régulariser leur statut ont été expulsées manu militari. La plupart d’entre elles n’ont pas eu la possibilité de prendre leurs maigres effets personnels et certaines sont mortes en cours de route. La majorité est composée de femmes et d’enfants et souvent ces derniers ont été séparés de leurs parents. Dans les centres d’accueil improvisés en Haïti, la situation humanitaire devient problématique. Toutefois ici on entend peu parler de cette crise dans les nouvelles internationales. Monsieur le premier ministre, nous demandons que le Canada brise le silence et condamne haut et fort l’imposture de ces retours forcés, la brutalité des agents de la force publique dominicaine et les violations massives des droits fondamentaux et de la dignité humaine afin que cessent ces expulsions contraires aux engagements internationaux de la République dominicaine. Reprenant à notre compte les demandes des organisations haïtiennes des droits humains, de la société civile et du secteur religieux du 25 juin 2015 [1], la CPH réclame que le Gouvernement canadien : 1. Exige de l’État dominicain le respect de la dignité des Haïtiens- nesetduprotocolede1999signépar les deux États sur les mécanismes de rapatriement (informations préalables sur les personnes, respect du regroupement familial, rapatriements dans des points officiels et pendant les jours ouvrables, possibilité offerte aux gens de prendre leurs effets...) ; 2. Demande à l’État dominicain de faire cesser la « chasse aux Haïtiens et Haïtiennes » ; 3. Sollicite sur le champ une session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la question en vue de recommander, en urgence, une mission d’évaluation sur la frontière et sur le territoire dominicain (articles 13 et 20 de la Charte de l’ONU) ; 4. Explore et utilise toutes les voies juridico-diplomatiques et stratégiques appropriées à la situation dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies et des autres institutions régionales (OÉA, CARICOM) ; 5. Propose son appui à la préparation et à l’organisation en Haïti des états généraux de la nation sur le plan économique et social afin de faciliter la réinsertion des nombreux rapatriés et trouver des solutions à long terme à l’exode historique vers la République dominicaine ; 6. Offre son concours à la création d’une cellule de crise au niveau de l’État haïtien sur la question haïtiano-dominicaine, qui respecte les principes de bonne gouvernance (transparence, reddition de compte, efficacité...) ; 7. Encourage l’État haïtien à établir des mécanismes clairs et transparents pour l’accueil des ressortissant-e-s haïtiens-nes expulsés, en misant sur des centres provisoires pour mieux orienter les gens, sans toutefois entrer dans une logique de camps afin d’éviter de fortes concentrations démographiques. 8. Offre d’appuyer l’État haïtien et les organisations de la société civile dans l’élaboration et la mise en ouvre de programmes de réinsertion qui répondent véritablement aux besoins des différents groupes notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes ayant une déficience etc. ; 9. Offre son appui à la création d’une structure de terrain entre les organisations de la société civile intervenant sur la ligne frontalière et les autorités locales en mettant à leur disposition les moyens nécessaires (humains, logistiques, financiers, technologique, etc.). Monsieur le Premier ministre, Concertation pour Haïti compte sur le leadership du Canada - pays ami d’Haïti - et demande instamment à votre gouvernement de porter ce dossier par devant les instances internationales concernées afin qu’il soit traité avec diligence. Nous nous attendons également à ce que tous les Partis politiques dont les élus- es siègent au Parlement appuient cette démarche qui s’inscrit dans la tradition du Canada de dénoncer les atteintes aux droits des minorités où qu’elles se trouvent, de prendre leur défense dans les instances appropriées et de leur porter assistance lorsqu’elles sont victimes de racisme et d’exactions diverses. Nous vous prions d’agréer, monsieur le Premier ministre, l’expression de nos sentiments distingués. Pierre Bonin pour les membres de la Concertation pour Haïti : • Alternatives • Amnistie internationale Canada francophone • AQOCI •Carrefour de solidarité internationale - Sherbrooke (CSI - Sherbrooke) • Centre international de solidarité ouvrière (CISO) • Centre justice et foi • Comité de solidarité / Trois- Rivières (CS/TR) • Développement et Paix • Église Unie du Canada • Équitas • Fédération des travailleuses et des travailleurs du Québec (FTQ) • L’Entraide missionnaire • Solidarité - Union - Coopération (SUCO) • Terre sans frontières (TSF) • Les YMCA du Québec - Initiatives internationales Copies : Robert Nicholson. ministre des Affaires étrangères ; Christian Paradis, ministre du Développement international et de la Francophonie ; Thomas Mulcare, chef de l’opposition (NPD) ; Justin Trudeau (Parti libéral) ; Gilles Duceppe (Bloc québécois) ; Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. [1] Source Position du secteur des droits humains, de la société civile et du secteur religieux haïtiens (25 juin 2015) : Tiré de Haïti-RD/ Déportations : La société civile et le secteur religieux fixent les responsabilités et formulent des propositions. AlterPresse 28 juin 2015. http://www.alterpresse.org/ spip.php.... Texte original sur http:// rnddh.org/crise-ha%C3%AFtian...! 15 organisations canadiennes de solidarité demandent au Canada de rompre le silence sur les « retours forcés » Publié par Alterpresse
  3. 3. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 3 ACTUALITÉ L'incertitude continue On attendait comme la terre sèche attend la pluie une réaction autorisée de la Banque de la République d’Haïti (BRH) face à la chute accélérée de notre monnaie. De46gourdespourundollaraméricainenseptembre2014,ilfallaitcemercredi 15 juillet 2015 56 gourdes pour acheter le billet vert qui se fait parfois rare, alorsquenousimportonspresquetout.AuNational,noussavons,parexemple, que pour de grandes transactions sur le marché il faut déjà 60 gourdes pour undollar. LegouverneurdelaBRH,CharlesCastel,aparléd’untraindemesures prises parl’institution,invitantlapopulationetlesopérateursaucalme,sansarriver pourtantàrassurerl’opinion. Il a indexé les problèmes structurels et mis en cause, dans le même temps, les gouvernants haïtiens. Ces problèmes structurels, le manque de vision et d’intelligencedenosdirigeants,leurfaiblesensibilitésociale,leurpropensionà jouirsanslimitesdesprivilègesréservés,dirait-on,auxchefsenHaïti,seraientles causesdecettedégradationsystématiquedelamonnaienationaleparrapport àladeviseaméricaine.Aucuneconsidérationn’aétéfaitesurlequotidiendes Haïtiens,doncdelamassedesconsommateurs. Onestendroitdes’interrogersurlerôleeffectifdelaBRH.N’a-t-ellepaspour missiondeprotégernotremonnaie? Encesens,commetouteslesinstitutions quiontcettefonctionrégulatricedanslesautrespays,elledevraitêtreindépen- dantedupouvoirpolitiqueetêtrecapabledetirerlasonnetted’alarmeencasde mauvaisesdécisionsouderazziadesgouvernements,etmêmedes’opposerà certainesdemandesquimettraientéventuellementnotremonnaieenpéril.La BRHs’est-elleélevéeàlahauteurdesamissionous’est-ellemislaqueueentre lesjambes,commebeaucoupd’autresinstitutionsdupays,devantcespouvoirs dontl’incompétencen’estplusàdémontrer? Ce n’est pas la population qui provoque les spéculations sur le billet vert. Ce sont les spéculateurs eux-mêmes qui prennent des décisions, en prévoyant (provoquantouenanticipant)leshausses. Detoutemanière,lagourdepeutcontinueràs’effondrer.Lesgrandsmanitousse protégerontavecleursalaireendollarsUSouavecunemassedegourdessup- plémentaires.Lapopulation,lesclassesmoyenness’appauvrirontencoreplus. Quidisaitqu’onfestoyaitdansunavionenpremièreclasse,pendantqu’enclasse économique,unebombeétaitprêteàexploser? Gary Victor Édito Grève au service de radiologie de l'HUEH Par Stephen Ralph Henri HAÏTI/SANTÉ L ’espace est désert, les bancs réservés aux patients sont vides et les résidents se casent dans une petite chambre, s’ils ne sont pas dans d’autres espaces de l’hôpital. Une situation qui indique clairement qu’il n’y a pas de service. D’après des explications recueillies auprès des médecins résidents, qui souhaitent garder l’anonymat, la grève est une façon de faire passer leurs revendications méprisées par leur chef de service, dont ils souhaitent désormais la démission. Les résidents sont des médecins licenciés effectuant une spécialisation dans une branche en vue d’obtenir le plein droit de pratiquer. La résidence consiste alors en une période de for- mation continue. Par rapport à leur statut, ces rési- dents en radiologie, réclament sur le plan structurel, de meilleures condi- tions de travail. De l’internet pour pouvoir effectuer des recherches, des toilettes, de l’eau potable dans le service, une meilleure aération de la salle d’interprétation, une cham- bre de garde et la réparation des machines défectueuses ou ayant une pièce manquante. Ces résidents rencontrés par Le National souhaitent surtout sur le plan académique la poursuite de la pratique de certains examens médi- caux à la section, « lesquels ne sont plus effectuées depuis un certain temps », disent-ils. Parmi ces tests, ils soulignent l’urétrocystographie, con- sistant à faire un bilan de l’appareil génito-urinaire chez l’homme, l’hystérosalpingographie, destiné à faire un bilan d’infertilité chez la femme, l’urographie intraveineuse (Uiv), servant à l’exploration des reins, et d’autres examens visant l’analyse de l’appareil digestif, pour détecter d’éventuelles anomalies. En pratiquant ces activités, ces jeunes médecins continuent de se former tout en servant la population. Des rotations dans d’autres structures hospitalières, des déplacements à l’étranger pour des formations, sont d’autres demandes de ces résidents. Toutes ces sollicitations ont été regroupées dans un document remis au chef de service, le 2 juin, qui a décidé de les « ignorer », tout en les menaçant « d’expulsion », d’après leur dire. Ils sont au nombre de 16 Au cours de la journée du 15 juillet, ils ont adressé une lettre au chef de service pour lui demander de démissionner. Mais « on ne peut pas renvoyer le chef de service, juste parce que quelqu’un le demande », a déclaré à Le National, le directeur général de l’Hôpital, le Dr Maurice Fils Mainville, qui affirme être informé de la situation. « Un chef de service pour partir doit commettre une faute grave ou un acte attentatoire à l’administration », poursuit Maurice Mainville. Il reconnaît toutefois qu’il y a eu « des manquements » dans les échanges entre le chef de service, Carine Clépah et les résidents. Il explique que des dispositions sont déjà prises pour satisfaire les autres griefs des résidents en radiologie. Les médecins de service menacent de leur côté d’entrer en grève, si la responsable du service de radiologie est révoquée, rapporte le directeur Mainville. D’ici le mois prochain (août) les examens médicaux, qui ont été suspendus devront recommencer, pour les rotations, des ententes sont déjà trouvées avec ces institutions, et c’est autant pour la question de formation à l’étranger, toujours d’après le directeur général de l’hôpital. Mainville explique que les examens ont été suspendus en raison de « mauvaises conditions ». Il invite les résidents à trouver un modus operandi. Il envisage d’acheminer le dossier par devant, la haute direction du ministère de la Santé publique et de la Population (Mspp), si les résidents restent intransigeants. Le service de la radiologie et de l’imagerie médicale de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (Hueh), a cessé de fonctionner depuis le 15 juin de l’année en cours, en raison d’une grève observée par les médecins résidents de la section, réclamant entre autres le départ du chef de service; une revendication difficile à satisfaire d’après la direction générale de l’institution. L.’espace désert et les bancs réservés aux patients vides au service de radiologie de l’HUEH, le mercredi 15 juillet 2015.. / Photo : Stephen Ralph Henri
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ : SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Soixante-dix millions de gourdes disparuesPar Reynold Aris HAÏTI/ÉDUCATION/PSUGO/CORRUPTION Selon ce qu’a indiqué le président de la République, près de 8 mille 300 établissements scolaires font partie du Psugo dont 6 mille 200 privés et 2 mille 100 écoles publiques, soulignant que ces deux effectifs combinés totalisent environ 1,4 million d’enfants scolarisés durant l’exercice de son mandat. Il a fallu, poursuit-il, la conduite d’une enquête dans le cadre de l’évaluation du programme pour déceler le nombre d’écoles respectant les clauses du contrat paraphé avec le MENFP. De l’avis de M. Martelly, il convient de faire la lumière autour de diverses questions en ce qui concerne l’éducation des enfants du pays. Mais, il incombe à l’État haïtien de jeter les bases afin de développer la coopération avec d’autres partenaires, notamment avec la France qui manifeste sa volonté de contribuer au renforcement du système éducatif, voire à l’amélioration de sa qualité. Quant aux rumeurs faisant état d’un secrétaired’Étatquiseraitpropriétaire d’un de ces établissements impliqués dans ce dossier, le chef de l’État se dit impartial dans le cadre du travail de la loi. Ce qui importe c’est d’agir selon ce que stipule la loi. Minimisant le pourcentage d’établissements éclaboussés dans cette affaire de « fraudes et d’irrégularités », M. Martelly s’est contenté de dire que ce nombre représente moins d’un tiers de l’effectif global des écoles inscrites dans le Programme. De son côté, Nesmy Manigat, titulaire du MENFP informe que des « irrégularités graves » ont été enregistrées dans les écoles inscrites dans le programme, notamment dans les départements de l’Ouest (Carrefour) et de l’Artibonite (Gros- Morne). En ce qui concerne les 85 établissements éclaboussés dans ce dossier, il s’agit d’un ensemble d’écoles dont l’effectif subventionné est supérieur à l’effectif constaté après la vérification des cahiers d’appel et le comptage physique des élèves. Le titulaire du MENFP a indiqué que l’enquête de l’ULCC parvient d’abord à prouver qu’il est des établissements scolaires qui n’existent que par le compte bancaire soumis aux autorités du MENFP. Ensuite, les directeurs de ces écoles fournissent des effectifs qui ne correspondent pas dans la réalité à ceux constatés. Enfin, précise M. Manigat, l’empressement de certains de ces directeurs les conduit à dupliquer les noms de certains élèves. » suite de la première page De gauche à droite, le ministre de l’Éducation national, Nesmy Manigat, et le président Michel Martelly au palais national, le mercredi 15 juillet 2015. / Photo : J.J. Augustin
  5. 5. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 5 ACTUALITÉ Escapade à Malpasse et à Jimani !Par Gary Victor HAÏTI/ZONEFRONTALIÈRE O n a peine à croire qu’on est sur une route internatio- nale. Si l’entrée de la Croix- des-Bouquets ressemble à une vraie cour des miracles avec sa route en mauvais état, les marchands des deux côtés de la rue, les méca- niciens, les artisans en ferronnerie, la partie vers Malpasse est une véritable plongée vers le néant haïtien. Pas de présence étatique sur des dizaines de kilomètres. Un marché en bon état qu’on trouve vide ce lundi matin, avec une banque, sont l’œuvre d’une ONG. À Fond-Parisien, nous remarquons deux autobus surchargés, stationnés au bord de la route, transportant les effets d’Haïtiens obligés de quitter la République dominicaine. Ces auto- bus sont allés jusqu’à Santo Domingo pour récupérer ces compatriotes qui ont décidé, par peur, de revenir. Les choses ne semblent pas se passer bien à Fond-Parisien. Quand nous commençons à poser des questions, les chauffeurs des deux autobus nous apprennent que le syndicat des chauffeurs de la zone leur réclame 5 000 gourdes chacun comme droit de passage, sinon ils ne pourront plus revenir chercher d’autres compatriotes. Nous allons au renseignement au siège même du syndicat dont le président confirme les dires des chauffeurs en parlant de « taxes » qu’ils veulent prélever sur ces autobus qui font le circuit qui leur appartient, c’est-à-dire Mal- passe-Fond Parisien. Ce président de syndicat est convaincu d’être du bon côté de la barrière. Si on suit sa logique, pour faire le trajet Cap- Haïtien-Port-au-Prince on devrait changer chaque fois de véhicule ou payer une « taxe » pour chaque tronçon. De toute manière, ce syn- dicat ne dispose pas d’autobus pour aller chercher nos compatriotes en République dominicaine. On quitte Fond-Parisien pour Mal- passe. S’approchant de la fron- tière, on est confronté à la fois à la beauté des eaux du lac Azuéi et au spectacle apocalyptique des mon- tagnes érodées jusqu’à la roche et des carrières de sable qui donnent à penser à des morsures gigantesques dans le paysage. En l’absence de tout contrôle, les mineurs à la recherche de sable ont totalement détruit l’environnement de la zone, et la route poussiéreuse qu’on tra- verse risque bien, un jour, en cas de cyclone ou de tremblement de terre, d’être submergée par les eaux. Les beaux autobus des compagnies dominicaines transportant surtout des Haïtiens des deux côtés de la frontière sont anachroniques dans ce paysage cauchemardesque. Dans ce qui reste des carrières de sable, des cabris sommeillent. On ne sait pas où ils trouvent de l’herbe pour se nourrir. Avant d’arriver au poste de la douane, on découvre un grand espace sableux vide avec une pancarte du ministère de la Défense : « Ici bientôt : Centre d’accueil des rapatriés ». Pas trop loin après, un point de stockage et de vente de sacs de charbon de bois. Le long de la frontière, du côté dominic- ain, des Haïtiens coupent le bois, en font du charbon qu’ils viennent vendre en Haïti. Des Dominicain,s et même des militaires dominicains, toujours prêts à gagner quelques pesos en plus pour arrondir leur solde misérable, participent à ce commerce. C’est la mafia du char- bon de bois dont on parle en pays voisin. Ce commerce roule sur plus de 30 millions de dollars américains par an. La proximité du territoire haïtien avec sa misère et la non- gouvernance ne permettent pas à l’armée dominicaine d’enrayer ce trafic qui menace de transformer la zone frontalière du côté dominicain en zone aussi désertique que le côté haïtien. L’armée dominicaine aussi, sur la frontière, comme on vient de le voir, est rongée par la corruption. Au poste de la douane à Malpasse, c’est un véritable Capharnaüm : marchands de nourriture, march- andes de pacotilles, camions, con- tainers, autobus ! Les douaniers haïtiens, certains jeunes, ne savent où donner de la tête pour effectuer leurs tâches dans des conditions si déplorables. Nous en faisons d’ailleurs le constat. De la pous- sière partout. Tout est sale. Les bureaux sont dans des baraque- ments exigus. Pour se désaltérer, on est souvent obligé d’acheter de l’eau aux commerçantes. Pas de cafétéria. On se débrouille comme on peut. Tout le monde se démène pour effectuer sa tâche et, là, tout dépend de l’honnêteté et de la con- science de chaque fonctionnaire. Mais leur boss, l’État haïtien, lui, n’est pas honnête. C’est le prédateur suprême. Malpasse est le deuxième port d’entrée, après la douane du port de Port-au-Prince, qui apporte le plus d’argent au pays. On ne peut que comprendre la frustration des commerçantes haïtiennes qui, revenant de la République voisine, sont soumises à des taxes prélevées par les fonctionnaires de la douane. Elles assimilent ces taxes à du vol, surtout quand tout le monde sait que des ayants droit ou proches du pouvoir, font ce qu’ils veulent à la frontière. Le lac est toujours là, beau et indif- férent. Deux pirogues, propulsées par des moteurs, se dirigent du côté dominicain. La contrebande, au vu et au su de tout le monde, surtout la nuit, se déploie, de la frontière dominicaine à Fond-Parisien. Le charbon de bois décime la terre d’Hispaniola le long de la frontière. Entre la douane et l’Immigration haïtienne, on peut observer un vaste no man’s land. C’est ici que se tient le marché. Des milliers de commer- çants et de commerçantes y vien- nent s’approvisionner. Les produits sont à 95 % dominicains. Gourdes et pesos ont cours ici, tout comme le créole et l’espagnol. Dans ce troisième pays, comme dit Ives Marie Channel dans son beau et courageux reportage, les natifs et habitués de la zone passent d’un point à l’autre de la frontière sans papier. Ce sont, en général, les Haïtiens qui n’ont pas de papiers. Ils ont développé des relations amicales, à Jimani, avec des militaires dominicains tou- jours à l’affût de quelques pesos. Ces derniers sont satisfaits de peu (20 ou 50 pesos) car ils ont de quoi s’acheter un paquet de cigarettes, un rafraîchissement, alors que le policier haïtien se sentirait offensé de recevoir de telles sommes. En revanche, le policier a l’habitude de créer des difficultés pour soutirer des gens quelque chose de plus subséquent. Bref, la corruption est partout. Mais, curieusement, elle n’aboutit pas à la même chose car… Quand on se rend à Jimani, l’une des villes les plus pauvres de la République dominicaine, on trouve tout le nécessaire, en particulier l’électricité et l’eau potable. Devant la grande caserne, des lots de sacs de charbon de bois saisis qu’on s’apprête à brûler. Une lutte con- tinuelle, mais qui égratigne très peu la mafia du charbon de bois sur la frontière. Un petit Haïtien d’une dizaine d’années s’accroche à un militaire dominicain et lui demande de l’argent. Ils semblent se connaî- tre, car ils se parlent en espagnol, bien sûr, pendant quelques min- utes. Une traversée rapide à Jimani donne le haut-le-cœur à tout Haïtien manifestant un vrai amour pour son pays. Yves Marie Channel a fait une comparaison stupéfiante entre les villes haïtiennes et dominicaines se trouvant face à face à la frontière. Des exemples flagrants de la nullité de la gouvernance haïtienne. Quant à la question des rapatriements, elle est comme anecdotique. Les gens sont plongés dans leur vie au quotidien. Le commerce continue ,même si, selon divers témoignages, il a baissé de 20 à 30 % en raison de la tension entre les deux pays et de la chute de la gourde – il faut maintenant 120 à 130 pesos pour 100 gourdes alors qu’auparavant les deux monnaies oscillaient dans une certaine parité. On a demandé à quelques militaires dominicains ce qu’ils pensaient de la question des rapatriements. «Ils vont tous revenir dès que les choses se seront calmées. Il y a un consulat secret qui fonctionne bien mieux que celui placé en Haïti pour faire entrer des Haïtiens en République dominicaine », a répondu l’un d’eux, les autres éclatant de rire. Ils nous parlent des Haïtiens qui passent par les mon- tagnes et marchent des heures pour arriver jusqu’à Azua. Ces militaires semblent, eux aussi, très loin de la question des rapatriements. Ce qui est important pour tout le monde dans cet espace quand même loin de Santo Domingo et de Port-au- Prince, c’est qu’il y a de l’argent, ici, à empocher. Malpasse, véritable néant haïtien. / Photo : J.J. Augustin
  6. 6. 6 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Tourner la page BoulosPar Lionel Edouard HAÏTI/MAST/CSS D ans le collimateur de nom- breux syndicats de travail- leurs et organismes de défense des droits humains, pour sa gestion jugée approximative de la question du salaire minimum, le CSS tente de jouer la carte de la transparence. L’évacuation du dossier de la démission de Réginald Boulos parait de plus en plus pressante pour les conseillers. Sévèrement éclabous- sés, ils ont décidé conjointement avec le ministre des Affaires sociales de ne plus en parler. C’est en tout cas ce qu’a rapporté le ministre Victor Benoit, lors de cette conférence de presse tenue dans les locaux du MAST. « Nous ne pouvons pas laisser la démission de M. Boulos devenir le point central du débat qui devrait être le salaire minimum », a renchéri le conseiller Renan Hédouville qui assurait le rôle de maître de cérémonie à cette activité. En ce qui a trait aux résultats de l’enquête devant permettre de faire la lumière sur la démission du propriétaire de l’Autoplaza, d’un ton désinvolte le ministre a lâché: « je n’ai pas trouvé d’éclairage », toutefois, il a tenu à préciser que le remplacement de M. Boulos par une autre personnalité issue du monde des affaires, revenait au président de la République. En guise de transparence, Victor benoît fait remarquer qu’en 2013, la direction administrative du Mast a mis 410 mille gourdes à la disposi- tion du CSS, contrairement aux 410 millions de gourdes mentionnées lors de la démission de Réginald Boulos. « Une erreur de frappe », argumente-il. Rassurant dans cette République en manque de tout. Le ministère des Affaires sociales et les membres du CSS, pour se blanchir, sollicitent à cet effet, de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif, un audit sur l’utilisation de ces fonds. Par ailleurs, Victor Benoît s’est dit désolé de la frustration suscitée par ces fonds en question. Cette conférence de presse a aussi été l’occasion pour le ministre Benoît de faire le point, dans « l’intérêt de la transparence qui doit marquer le fonctionnement de cette institution », autour de la demande faite en 2014 par le CSS au ministre des Affaires sociales d’alors, pour l’ouverture de Comptes bancaires. Lesquels comptes ont été effectivement ouverts par le ministère de l’Économie et des Finances au nom de cette institution en 2015. Cependant, le Ministre explique que ces comptes ne sont pas encore opérationnels. « Il n y a pas d’argent sur les comptes et la BRH n’a pas encore les spécimens des signatures des concernés ». Bientôt, un autre rapport Le ministre des Affaires sociales a aussi annoncé lors de cette rencontre avec la presse que le Conseil supérieur des salaires avait initié des réflexions autour de la problématique du salaire minimum, deux mois avant la clôture de l’exercice fiscal 2014-2015. Compte tenu de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar, la permanence est donc décrétée au sein du Conseil, insiste-il. D’un autre côté, Jean Dany Pierre François, représentant du secteur patronal, malgré les critiques, acerbes pour certains, croit que le CSS a fait un travail satisfaisant, en réussissant à satisfaire tant bien que mal la demande du secteur ouvrier, tenant compte, dit-il, que nous sommes dans un pays où le taux de chômage, l’inflation et les indices économiques sont difficiles à gérer. Une situation, reconnait-il, qui crée des frustrations dans le secteur ouvrier qui réclame de gros salaires pour faire face à la cherté de la vie.Toutefois, il se félicite de l’entente entre le secteur patronal, le gouvernement et le secteur syndical au sein du CSS qui a permis de faire des propositions de salaire à l’État haïtien. Aussi, croit-il que les dernières erreurs administratives qui ont suscité des remous au sein du CSS, ont été corrigées. Jean Dany Pierre François a par ail- leurs informé de la mise en place d’une commission pour la finalisa- tion des règlements intérieurs du CSS, tout en annonçant la sortie sous peu du troisième rapport du Conseil. Un rapport plus qu’attendu, dans un contexte où la cherté de la vie bat son plein et où les ménages haïtiens sont aux abois. Le ministre des Affaires sociales et du Travail, Victor Benoit. / Photo: J.J. Augustin Le ministre des Affaires sociales, Victor Benoit, et le Conseil supérieur des salaires (CSS) ont conjointement présenté, mercredi, en conférence de presse au local dudit ministère, les dispositions adoptées lors de leur dernière séance de travail tenue le lundi 13 juillet, en vue de faire face aux problèmes générés par la question du salaire minimum et les soupçons de corruption créés par la démission de Réginald Boulos .
  7. 7. « Il faut que les journalistes continuent à se mobiliser. Les organismes des droits humains doivent continuer avec la mobilisation », lance Guyler Cius Delva, responsable de SOS journalistes. Cette mobilisation devrait permettre l’arrestation, le jugement et l’emprisonnement de ceux qui sont inculpés dans ce dossier. Il estime nécessaire que les inculpés soient écroués. Le 30 août 2007, deux individus ont été condamnés à perpétuité par la justice haïtienne comme les assassins de Jacques Roche. Guyler C. Delva, doute que ces derniers soient encore en prison. Pour lui, « ils se sont évadés ». Le juge qui a instruit le dossier, Jean Pérez Paul a rendu une ordonnance, suivant laquelle une dizaine de personnes devaient être inculpées. Par rapport à ces inculpations, « les instances de la justice, notamment le commissaire du Gouvernement et la Police doivent agir », insiste Delva. « Ces personnes sont là, que la justice prenne ses responsabilités en les cherchant, pour les arrêter et les faire juger conformément à la loi», réclame le responsable de SOS Journalistes. Il pointe du doigt le secteur lavalassien, qui à son avis serait à l’origine du crime. « Jacques Roche a été assassiné pour des raisons politiques », parce qu’il fournissait son « support à l’opposition politique de l’époque », affirme-t-il avec conviction. Confiant, il croit que « le temps ne doit pas tuer la justice, ni donner libre cours à l’impunité ». Mais, dix ans plus tard, les chances pour que la lumière soit faite sur le dossier de Jacques Roche sont de plus en plus réduites. Le RNDDH qui lutte pour le respect des droits humains n’est pas confiant quant à l’aboutissement de cette quête de justice du journaliste. Pierre Espérance, directeur exécutif du réseau, estime qu’on « ne peut pas dire qu’il y a eu un procès dans l’assassinat de Jacques Roche. Il n’a jamais trouvé justice ». Il considère les deux inculpés comme « deux exécutants », le focus devrait être mis sur les auteurs intellectuels, où sont-ils? Considérant que la justice haïtienne avait seulement décidé de condamner ces deux derniers sans se soucier de continuer avec le procès pour démasquer les auteurs intel- lectuels de l’acte, Pierre Espérance pense que tout est clos sur ce dossier. « Il est clair, tout espoir est perdu. Dix ans plus tard, on ne peut pas s’attendre à ce que la justice Haïtienne reprenne le dossier ». Le système est trop faible à son avis pour produire un tel miracle. Enlevé par des bandits le 10 juillet 2005, le corps du poète et journaliste a été découvert à Delmas 4, dans la matinée du 14 juillet. Retrouvé les mains menottées, il avait été torturé par ses kidnappeurs. À côté de Jacques Roche, sur la liste des journalistes broyés par le système, on retrouve Jean Léopold Dominique, assassiné le 3 avril 2000, au moment où il entrait dans sa station de radio à Delmas. Avec lui, est tué au même moment le gardien de la station Jean-Claude Louissaint. Le 3 décembre 2001, le journaliste Brignol Lindor est assassiné à Petit- Goâve. Un peu plus près, le 9 février 2011, Jean Richard Louis Charles, jeune journaliste de 29 ans, est abattu au cœur de la capitale, non loin du Champs-de-Mars. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 7 ACTUALITÉ Jacques Roche, dix ans après, entre confiance et désespoir !Par Stephen Ralph Henri HAÏTI/JUSTICE Dix années après l’assassinat du journaliste et poète Jacques Roche, la justice haïtienne se montre incapable de faire la lumière sur le mobile du crime. Dans ce contexte, l’organisation « SOS Journalistes » appelle à la mobilisation des personnalités et organisations défendant les droits humains pour que justice soit rendue à la victime, tandis que de l’autre côté, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) perd tout espoir.
  8. 8. 8 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 MONDE S i les États-Unis arrivent à effacer les derniers vestiges de la guerre froide avec Cuba, ils sont loin d’être prêts à par- donner à l’Iran. Même si une issue favorable a été trouvée sur le dossier très sensible du nucléaire iranien, la République islamique est une invitée récurrente de la liste noire américaine d’« États soutenant le terrorisme ». Qu’est-ce, cette liste noire ? Publiée par le département d’État sous l’administration de Jimmy Carter, la première liste noire d’« États soutenant le terrorisme » (« State sponsors of terrorism », en anglais) date de décembre 1979. Quatre pays partageaient le tableau : l’Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen du Sud. Il s’agit d’un pur produit « inspiré par un manichéisme démocratique similaire à la chasse aux sorcières de la guerre froide », explique Annick Cizel, spécialiste de la politique étrangère américaine à la Sorbonne. Dans les années 1980 et 1990, Cuba, l’Iran, la Corée du Nord et le Soudan y ont été ajoutés. « Au total, on relève des ajouts dans cette liste sous des administrations aussi bien démocrates (Carter, Clinton) que républicaines (Reagan), ce qui indique un traitement bipartisan de cette question aux États- Unis », remarque Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’Iris, spécialiste des relations internationales. L’actuelle liste comprend trois États « sponsors du terrorisme » : l’Iran, la Syrie et le Soudan. Alors qu’elle fait grand bruit en Europe, la liste demeure relativement inconnue aux États- Unis. Même si c’est difficile à établir, « on peut penser que la grande majorité de l’opinion publique américaine ignore l’existence d’une telle liste », constatent Annick Cizel et Julien Zarifian, maîtres de conférence en civilisation américaine à l’université de Cergy- Pontoise. Pour ceux qui sont au courant, elle est loin de faire l’unanimité. Des associations et des intellectuels, dont le philosophe Noam Chomsky, dénoncent le vide juridique et la tentation visant à criminaliser les pays qui ne sont pas des alliés de Washington. « Le concept d’État soutenant le terrorisme est difficile à définir avec précision. Il peut sembler partiel ou réducteur », souligne Julien Zarifian. Comment l’Iran, la Syrie et le Soudan ont-ils réussi leur entrée sur cette liste ? L’Iran y fut inscrit en 1984. À la suite de la Révolution islamique de 1979 qui détrône le Shah pro-américain, le nouveau Guide suprême, l’Ayatollah Khomeiny, mène une politique de résistance acharnée contre l’« impérialisme américain ». L’antagonisme entre les deux pays atteint son paroxysme avec la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran, qui s’achève en 1981 après 444 jours de détention. En outre, Téhéran s’attire les foudres de Washington en raison de son soutien assidu aux groupes armés classés « terroristes », dont le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais, fondé par l’Iran. Mais l’élément déclencheur, selon Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, est l’attentat du 23 octobre 1983 à Beyrouth dans lequel ont péri 241 soldats américains. Washington accuse Téhéran et le Hezbollah d’en être responsables. Un an après, la République islamique intègre la liste noire qu’elle n’a jamais pu quitter depuis. Considérée par Washington dès les années 1970 comme l’autre « sponsor du terrorisme » au Moyen- Orient, la Syrie « ne cesse d’appuyer les organisations terroristes, telles que le Front de libération de la Palestine et le Jihad islamique palestinien », selon un rapport du département d’État américain. D’après la même source, Damas aurait abrité ces terroristes et leur aurait permis la libre circulation sur les territoires qu’il contrôle au Liban. Mais ce n’est qu’en 1979, au moment où le régime de Hafez el-Assad se positionne fermement pour la Révolution islamique iranienne, que Washington décide de placer la Syrie sur sa liste noire. Il n’y a pas d’amis éternels La mésentente entre Khartoum et Washington remonte bien avant le « génocide » au Darfour. Situé au carrefour de l’Afrique et du Moyen- Orient, le « pays des Noirs » sert depuis les années 1990 de terre de transitpourlesarmesenprovenance d’Iran à destination de la bande de Gaza. « Le Soudan apparaît aux États-Unis comme un refuge aussi bien pour des groupuscules affiliés à Al-Qaïda qu’au Hamas palestinien, une base logistique où convergent des extrémistes issus d’Afghanistan, de Libye, du Mali ou de Syrie », ajoute Annick Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à la Sorbonne. En outre, il suffit de rappeler que le fameux chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, à l’époque déjà dans le collimateur américain, s’est installé au Soudan en 1992 pour y former des combattants au Jihad. « L’inscription du pays sur la liste en 1993 est ainsi directement liée à l’identification d’Al-Qaïda comme un risque sécuritaire majeur », relève Barthélémy Courmont. Comme disait Lord Palmerston : « Il n’y a pas d’amis éternels, ni d’ennemis éternels. Que l’intérêt éternel. » La liste d’« États soutenant le terrorisme » évolue en effet selon les intérêts américains. L’exemple de la Corée du Nord est édifiant. Bête noire historique des États- Unis, Pyongyang fut ajouté en 1988 à cause de sa présumée implication dans la destruction d’un avion de ligne sud-coréen en 1987, avant d’être retiré de la liste en 2008, à la suite d’un accord (éphémère) conclu avec Washington sur son programme nucléaire. En décembre dernier, à la suite de l’affaire de piratage de Sony, le président Barack Obama a déclaré qu’un retour de Pyongyang à la liste serait tout à fait envisageable. Les grands satans des États-UnisPar Junzhi Zheng / Le Point.fr Si les relations diplomatiques entre Washington et Téhéran se sont réchauffées grâce à l’accord sur le nucléaire, la République islamique d’Iran reste sur la liste noire des États-Unis des États qui supportent le terrorisme. / Photo: AFP©CARLOS BARRIA Les Américains mettent régulièrement à jour une liste noire « d’États soutenant le terrorisme ». De quoi s’agit-il ? Nos explications.
  9. 9. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 9 MONDE D es heurts ont opposé mer- credi des manifestants anti-austérité à la police grecque devant le Parlement à Athènes, où les députés débattaient de l’accord conclu lundi à Bruxelles avec les créanciers de la Grèce. Les manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, qui ont riposté en tirant des grenades lacrymogènes, provoquant la fuite de centaines de personnes rassemblées place Syntagma. Il s’agit des affrontements les plus violents depuis plus de deux ans dans la capitale grecque. La Vouli, le Parlement monocaméral grec, doit se prononcer dans la nuit sur l’accord de Bruxelles, qui prévoit des mesures d’austérité draconiennes en échange d’un nouveau plan d’aide international. Juste avant les affrontements place Syntagma, des manifestants avaient défilé en scandant « Annulez le plan d’aide ! ». « Non à la politique de l’UE, de la BCE et du FMI », en référence aux créanciers de la Grèce - l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. Dans la journée, des marches pacifiques avaient été organisées à travers la ville à l’occasion d’une journée de protestation contre le nouveau plan d’austérité. Le syndicat des fonctionnaires ADEDY avait appelé à une grève de vingt-quatre heures et les pharmaciens avaient baissé leurs rideaux. Violente manifestation devant le Parlement à AthènesSources : Reuters Des heurts ont opposé mercredi des manifestants anti-austérité à la police grecque devant le Parlement à Athènes, où les députés débattaient de l’accord conclu lundi à Bruxelles avec les créanciers de la Grèce. / Photo: REUTERS / Yannis Behrakis moins Iran : Washington présente à l'ONU une résolution entérinant l'accords Sources : afp L es Etats-Unis ont soumis mer- credi au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution qui entérine l’accord nucléaire conclu à Vienne mardi entre l’Iran et les grandes puissances, selon des diplomates. Ce texte, qui devrait être adopté au début de la semaine prochaine, valide l’accord de Vienne et remplace en fait les sept résolutions adoptées depuis 2006 par l’ONU pour sanctionner l’Iran par les dispositions de cet accord. Celui-ci prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions économiques internationales imposées à l’Iran au fur et à mesure que Téhéran réduira sa capacité à fabriquer une bombe atomique. Il maintient cependant un embargo sur les armes conventionnelles pendant cinq ans et une interdiction de tout commerce lié à des missiles balistiques ayant la capacité d’emporter des têtes nucléaires pendant huit ans. Le vote de cette résolution devrait intervenir « lundi ou mardi », a précisé un diplomate du Conseil. Il devrait s’agir d’une simple formalité puisque l’accord, et le projet de résolution lui-même, ont été négociés à Vienne par les mêmes membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume- Uni), plus l’Allemagne. L’accord de Vienne introduit aussi un mécanisme de « snapback », c’est-à-dire de rétablissement des sanctions par le Conseil de sécurité en cas de non respect de l’accord par l’Iran. L’Iran est actuellement sous le coup de quatre séries de sanctions de l’ONU, contenues dans sept résolutions adoptées entre 2006 et 2015, pour réagir aux activités militaires et balistiques de Téhéran. Le président américain Barack Obama donne une conférence de presse, le 15 juillet 2015 à la Maison Blanche à Washington. / Photo : AFP/AFP
  10. 10. 10 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Des mesures qui ne rassurent pasPar Jean Michel Cadet C harles Castel n’y va pas par quatre chemins pour répon- dre aux spéculations de plus d’un sur l’inaction ou l’incapacité de la BRH à intervenir face à cette crise. Les réserves nettes de cette institution sont estimées, rassure-t-il, à 860 millions de dol- lars américains, l’équivalent de cinq mois d’importations en guise des trois mois exigés par les institutions financières internationales. Il informe que l’organe régulateur des banques a mobilisé tous les outils mis à sa dis- position pour intervenir au niveau de l’offre et la demande du dollar : les réserves obligatoires, l’achat et la vente de dollars et les bons du trésor public. Le gouverneur a fait savoir, à cet effet, que 70 millions de dollars provenant des réserves nettes de la BRH ont été vendus. L’institution qu’il dirige a pu, entre autres mesures, stériliser 11 milliards de gourdes notamment en imposant aux banques commerciales d’appliquer un taux d’intérêt très élevé sur les prêts à la consom- mation. Charles Castel invite au calme mais En adoptant ces mesures, M. Castel dit observer une certaine stabilité au niveau de la fluctuation du taux de change à l’opposé de ceux qui affirment que la gourde est quoti- diennement dépréciée. Cependant, contrairement à l’espérance de plus d’un, le gouverneur ne croit pas que la BRH pourrait ramener le taux de change à 46 gourdes pour un dollar comme c’était le cas en septembre 2014. Ce serait, selon lui, une mesure contre-productive pour l’économie. Il dit redouter qu’une trop grande contraction sur l’économie n’engendre des effets néfastes comme le chômage. Invitant la population au calme, M. Castel estime que la panique, dit- on, que provoque cette situation se trouve au niveau des perceptions. Il revient au gens, recommande-t- il, de ne pas se laisser manipuler par les spéculateurs. Or, estiment certains spécialistes en écono- mie, les spéculations seraient le fait de grands importateurs, qui soulignent-ils, spéculent déjà sur un taux de change susceptible d’atteindre la barre des 60 gourdes pour s’acheter le dollar. Les gouvernants sur le banc des accusés Sous l’air apparemment calme de Charles Castel, pouvait se lire une certaine nervosité face à l’insistance des journalistes désireux de connaître les résultats concrets à espérer des mesures prises par la BRH. Le gouverneur était sur la défensive. Il a rappelé que la Banque centrale joue sa partition et qu’il a les moyens de sa politique. Tout en reconnais- sant ne pas vouloir se dédouaner de ses responsabilités, il renvoie la balle dans le camp des dirige- ants haïtiens en pointant du doigt les problèmes structurels, causes majeures selon lui de la déprécia- tion de la gourde par rapport à la devise américaine. « Il importe aux dirigeants d’adresser les questions struc- turelles à travers la mise en place de politiques publiques respon- sables », souligne-t-il. Comme pour faire montre de son pessimisme en l’avenir, il dit n’attendre rien de bon des prochaines élections. Celles-ci, s’avèrent généralement contre-productives, rappelant au passage qu’il a fallu six mois pour installer un nouveau premier min- istre au lendemain des élections de novembre 2010 ayant conduit Michel Martelly à la Présidence. Dans cette veine, le gouverneur rejette la thèse selon laquelle la BRH serait de connivence avec l’équipe au pouvoir qui aurait mal géré les fonds publics. Cette mauvaise gestion, croit-on, serait l’une des principales causes con- joncturelles de la dégringolade de la gourde. Charles Castel avise qu’il n’est pas de la compétence de l’institution qu’il dirige de jauger les dépenses publiques. Le cadre légal régissant le fonc- tionnement de la banque cen- trale, rappelle-t-il, ne lui impose qu’une seule limite à ce propos : le financement de la BRH ne doit pas dépasser 20% des recettes de l’État du précédent exercice fiscal. De septembre 2014 à juillet 2015, le taux de change a fluctué de 46 à 56 gourdes pour un dollar améri- cain. Un phénomène qui, d’une part, résulte, selon les experts, de la nature de l’économie haïtienne reposant sur les importations net- tement supérieures aux exporta- tions : la balance commerciale s’estime actuellement à 3 millions de dollars américains. Cette rareté du dollar, d’autre part, est due, selon eux, au ralen- tissement considérable de l’aide externe joint à une réduction du budget 2014-2015 de 10 milliards de gourdes provenant des fonds petro caribe, soit 49 % des recettes internes. HAÏTI/ÉCONOMIE/DÉPRÉCIATIONDELAGOURDE Des membres du conseil d’administration de la BRH en conférence de presse, le mercredi 15 juillet 2015. / Photo: J. J. Augustin La Banque de la République d’Haïti (BRH) sort de son mutisme face à la dégringolade accélérée de la gourde par rapport au dollar américain. Pour tenter de calmer les tensions, le gouverneur Charles Castel informe, au cours d’une conférence de presse donnée le mercredi 15 juillet, que des mesures ont été prises par l’institution qu’il dirige et que leurs effets se font déjà sentir. Ces mesures, hélas, ne permettront pas de redresser la pente rapidement car, elles peuvent causer, selon lui, de graves dommages à l’économie. » suite de la première page
  11. 11. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 11 ÉCONOMIE Depuis toujours, les États-Unis d’Amérique ont représenté l’eldorado pour bon nombre d’Haïtiens. Pour d’autres, plus maintenant. Lorsque des Haïtiens, au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, décidèrent de quitter le pays à la recherche d’un mieux-être, plusieurs choisirent de partir vers d’autres destinations. Après le Brésil, le Chili … Le Chili, entre voyages d'études, destination touristique et possibilité d'emplois pour les Haïtiens Par Therno N. A. Sénélus MIGRATIONETOPPORTUNITÉS Croissance mondiale : le FMI revoit ses prévisions à la baisse Sources : latribune.fr D e nos jours, le Chili devi- ent la terre promise pour bon nombre de nos com- patriotes. Ils sont de plus en plus nombreux à la recherche de bourses d’études, visas de séjour et possibilités d’emplois. Tal vez ! ¿ Quien sabe ? Plus de 3000 ressortissants haïtiens résident aujourd’hui au Chili. Durant ce semestre de 2015, au moins dix visas ont été délivrés à des citoyens haïtiens. Des visas relatifs aux études, aux emplois et à la résidence permanente, confirme une employée du consulat chilien s’exprimant sous couvert de l’anonymat. « Pour aller au Chili, les Haïtiens passent le plus souvent par la République dominicaine ». C’est bien, parce que le processus y coûte moins cher. Au niveau du consulat, on constate, en effet, qu’il y a beaucoup d’Haïtiens à choisir la République dominicaine comme point de transit pour arriver au Chili. « Ils estiment que le billet y coûte moins cher ». Notre visite à l’ambassade du Chili de Port-au-Prince n’a pas été infructueuse. L’on nous y a remis la documentation spécifiant les pièces à produire pour l’octroi d’un visa temporaire d’étudiant ou de contrat de travail. Aucun visa n’est exigé aux personnes qui comptent séjourner au Chili à titre de touristes. Permis de séjour Dans le cadre d’un accord diplomatique bilatéral, les Haïtiens n’ont pas besoin de visa pour visiter le Chili. La durée d’un séjour, dans cette perspective, est de quatre-vingt- dix jours. Apres cette échéance, toute personne y sera considérée illégale. Mais tout n’est pas perdu. Si la personne épinglée veut rester dans le pays, elle devra se diriger vers le ministère de l’Intérieur du Chili pour payer un droit de prolongation de séjour. Il en est de même pour les Chiliens séjournant en Haïti. Eux aussi doivent se procurer un permis de séjour du ministère de l’Intérieur ou le renouveler. Pour obtenir un visa de résidence temporaire d’un an ou un contrat de travail de deux ans (730 jours), le prix du visa est de 25 dollars. Un visa d’étudiant coûte environ 15 dollars américains. Le coût total d’un voyage vers ce pays d’Amérique du Sud est de 3500 dollars américains pour une personne. Le billet d’avion coûte normalement 1400 dollars américains. En cas de variation des prix, le billet pourrait coûter jusqu’à 2000 dollars. Un passeport ou une pièce d’identité valide, une accréditation de solvabilité, une lettre d’invitation d’un individu ou d’une entreprise au Chili, voilà les documents sollicités par le consulat pour solliciter un permis de séjour au pays de Pablo Neruda. Toutefois, au cas où la personne ne produirait pas une invitation d’un individu ou d’une entreprise, une réservation d’hôtel est exigée. Pour l’obtention d’un visa d’étudiant, l’intéressé doit soumettre un certificat ou une lettre d’acceptation émis par une institution universitaire reconnue par l’État haïtien, une attestation de ses moyens économiques au consul, un certificat de bonnes vies et mœurs, un certificat médical, un passeport valide et quatre photos d’identité. D’autres visas peuvent être délivrés par le consulat, comme un visa de résidence temporaire, un visa de contrat de travail ou un visa de courtoisie. Ce dernier est strictement réservé aux diplomates et aux officiels du gouvernement. Un pays accueillant Le quotidien ‘Le National’ a rencontré Wilhem Jeannite, un immigrant qui vit au Chili depuis deux ans. De retour au pays pour visiter sa famille et régulariser ses documents de voyage, il a qualifié le Chili de « pays qui crée de l’emploi pour tout le monde, que l’on soit professionnellement qualifié ou pas. Chacun - a-t-il poursuivi - pourrait y trouver un emploi lui permettant de satisfaire ses besoins. Dans des conditions favorables et légalement acceptables, la sécurité alimentaire, les soins de santé sont garantis : « J’ai un salaire raisonnable là-bas. Les conditions de travail y sont acceptables ». Wilhem est convaincu que le Chili est un pays où l’on peut vivre comme une personne, les conditions de vie y étant respectées. D’un autre côté, Hélène Harold, bénéficiaire d’une bourse d’étude en langues vivantes croit qu’il faudrait resserrer les liens entre les deux pays. « J’ai passé deux ans environ au Chili, je me sentais à l’aise dans mes études. J’y ai trouvé un bon encadrement académique. C’était vraiment formidable. Je crois que les deux pays devraient resserrer leurs liens de coopération afin d’augmenter les chances des jeunes qui veulent poursuivre leurs études au Chili ». De retour au bercail, la jeune linguiste se prépare déjà à retourner au Chili. « Sous peu, je repars pour le Chili afin de continuer mes recherches pour un emploi. J’ai déjà postulé pour un poste.. ». Le Chili est la meilleure destination touristique et estudiantine pour les Haïtiens, affirme-t-elle. *Le processus d’inscription pour les bourses d’études débutera dès la fin du mois de septembre 2015. L e Fonds monétaire internation- al a abaissé jeudi sa prévision de hausse du PIB mondial à 3,3 % en 2015, notamment en raison d’une croissance améric- aine plus morose que prévu en début d’année. En avril, le FMI attendait une croissance économique mondiale à 3,5 %. Jeudi 9 juillet, il a revu sa prévision à la baisse. Désormais il table sur une hausse du PIB mondial à 3,3 %. Cela représente un léger ralentissement par rapport aux 3,4 % de croissance engrangée en 2014, indiquent ces nouvelles projections de l’institution. « La reprise économique dans la zone euro est plus solidement installée » Le « fléchissement inattendu en Amérique du Nord », notamment aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, au début de 2015, pèse sur les nouvelles estimations du FMI. La prévision de croissance des Etats-Unis pour l’année a été abaissée de 0,6 point, à 2,5 %. L’institution note toutefois que les moteurs de la consommation et de l’investissement aux États- Unis restent intacts, notamment la croissance des salaires et la situation du marché de l’emploi. Concernant la zone euro, la reprise économique y « est plus solidement installée », assure l’institution dirigée par Christine Lagarde, qui attend une hausse du PIB à 1,7 % en 2015, conforme à sa prévision du mois d’avril. Cette croissance est portée par « des indices de hausse de la demande intérieure et de l’inflation ». Si le FMI estime que « les événements en Grèce n’ont jusqu’à présent pas eu d’effet de contagion significatif », il prévient toutefois qu’il « subsiste des risques de réapparition de tensions financières ». Concernant la zone euro, la reprise économique y « est plus solidement installée », assure l’institution dirigée par Christine Lagarde qui attend une hausse du PIB à 1,7 % en 2015. / Photo : © Francois Lenoir / Reuters
  12. 12. 12 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 ÉCONOMIE RÉSONANCES Le Cameroun mettra en place un système de collecte et de diffusion des prix des denrées alimentaires via le mobile Sources combinées L e gouvernement cameroun- ais, à travers le ministère de l’Agriculture et celui en charge de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales, vient de lancer, avec le concours de l’Institut national de la statistique (INS), un projet qui aboutira d’ici octobre 2015, à la mise en place d’un système électronique permettant de collecter et de diffuser les prix des denrées alimentaires via les smartphones. Le projet financé par la Commis- sion économique des Nations Unies pour l’Afrique, apprend-on, rendre dans le cadre d’une initiative visant à mettre à niveau les compétences des pays africains dans l’utilisation de la téléphonie mobile pour la col- lecte des données statistiques. Au Cameroun, le projet ambitionne de limiter l’instabilité des prix dans les marchés camerounais, en don- nant en temps réel aux ménagères eu autres producteurs des informa- tions leur permettant de prendre les meilleures décisions d’achat ou de vente. Ce type de système d’information existe déjà dans les filières cacao et café au Cameroun, et permet aux acteurs de recevoir, chaque jour, via des Sms envoyés sur leurs téléphones portables, les prix FOB et CAF de ces produits. Selon l’interprofession cacao-café, le Système d’information ces filières (SIF) a, depuis quelques années, renforcé le pouvoir de négocia- tion des producteurs devant les acheteurs, induisant ainsi une rémunération plus intéressante de la force de travail L’OCDE et l’ONU lancent le pro- gramme « Inspecteurs des impôts sans frontières ». L’OCDE et le Pro- gramme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont lancé le 13 juillet 2015 à Addis-Abeba (Ethiopie), le projet Inspecteurs des impôts sans frontières (IISF). Cette nouvelle initiative envisage d’aider les pays en développement, à accroître leurs recettes intéri- eures en renforçant leurs capacités en matière de vérification fiscale. « L’IISF facilitera le déploie- ment d’une assistance ciblée en matière de vérification fiscale dans les pays en développement du monde entier. Elle se concré- tisera par l’envoi de spécialistes de la vérification fiscale qui travail- leront aux côtés de fonctionnaires d’administrations fiscales de pays en développement afin de les aider à renforcer leurs capacités en la matière, y compris sur des ques- tions concernant des dossiers de fiscalité internationale », peut-on lire dans le communiqué qui donne l’information. Pour les pays afric- ains au sud du Sahara, l’initiative pourrait se présenter comme une opportunité d’améliorer la mobili- sation des ressources dont ils ont besoin dans le financement de leur développement. Plusieurs d’entre eux, pour attirer d’avantage d’investissements étrangers, ont adopté des politiques fiscales accommodantes, sur lesquelles certaines entreprises s’appuient pour payer parfois le moins d’impôts possible. Création d’une cellule de journali- stes ouest-africains pour traquer la mal gouvernance. « Je pense qu’il était temps pour les journalistes de l’Afrique de l’Ouest de former un groupe pour se consacrer à l’investigation », a déclaré Will Fitzgibbon, journaliste installé aux Etats-Unis, membre du Con- sortium international des jour- nalistes d’investigation (Interna- tional Consortium of Investigative Journalists-ICIJ). Il a pris part aux travaux de création au Burkina Faso de la Cellule Norbert Zongo pour la promotion du journalisme d’investigation (Cenozo). Il s’agit d’une initiative de plusieurs jour- nalistes venus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : Burkina Faso, Nigéria, Gambie, Cap Vert, Niger ou encore Guinée Bissau. La cellule s’est dotée d’un conseil d’administration présidé par Allen Yero Embalo, correspondant de Radio France Internationale (RFI) en Guinée Bissau. « L’investigation est un sacrifice de soi », a-t-dit, rendant hommage au journaliste Norbert Zongo assassiné au Burki- na Faso. « Nous allons travailler ensemble, se partager les bonnes informations afin de lutter contre l’impunité, les crimes économiques et la violation des droits humains », a prévenu Allen Yero Embalo. La cellule est soutenue par le Centre national de presse Norbert Zongo, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la Media foundation for West Africa basée au Ghana et le Consortium international des journalistes d’investigation. Kenya : les TV et radios ont 1 an pour consacrer 40% de leurs pro- grammes aux contenus locaux. A l’ère du numérique au Kenya, les contenus locaux représenteront au moins 60% de l’offre des stations de radio et des chaînes de télévi- sion. Ces médias ont une année pour passer à 40% au moins. Au bout des 4 années suivantes, il faudra atteindre les 60% exigés. Ça c’est pour les grands médias. Les plus petits ont 5 ans pour se mettre à jour. Ainsi en a décidé la Commission kenyane des com- munications (Communications Authority of Kenya-CA). Lorsque les délais seront expi- rés, toute violation de la nouvelle règlementation sera punie d’une amende de 1 million de shillings kenyans et d’un supplément de 0,5% sur les revenus annuels. Le régulateur a finalement accepté de s’inscrire sur la durée pour faire appliquer les nouveaux cahiers des charges applicables aux stations de radio et chaînes de télé. C’est que plusieurs responsables de ces médias se sont plaints d’être mis sous pression, car le délai était fixé à juin 2015 pour s’arrimer aux quotas. « Nous savons que les con- tenus locaux permettront de créer plus d’opportunités d’emplois dans le secteur », a expliqué le président de la commission, Ngene Gituku. Cameroun : les troncs de bananiers bientôt transformés en produits pour revêtement des murs. Le consortium constitué par les entre- prises camerounaise Eto’s Farm et française Fibe & Co, ambitionne de construire au Cameroun, dès l’année 2016, une unité de trans- formation de troncs de bananier plantain en produits pour revête- ments muraux, objets de déco- ration d’intérieur et d’extérieur, ainsi que les tableaux de bord de véhicules. Les représentants de ces entreprises, notamment Vladimir Hayot, co-président de Fibe & Co et Roger Samuel Eto, DG d’Eto’s Farm, viennent de rencontrer la ministre déléguée auprès du min- istre de l’Agriculture, Clémentine Ananga Messina, pour lui faire part de ce projet. Mais, il s’est surtout agi, à préciser Roger Samuel Eto, de s’assurer de la «production pérenne de cette matière première utile pour nos futures usines». Selon les orientations données aux investisseurs par Mme Ananga Messina, cette unité de production, dont le montant de l’investissement n’a pas été révélé, pourrait bien être construite dans la région de l’Est-Cameroun, présentée par la ministre comme étant le principal bassin de production de banane plantain dans le pays. Grâce à cette unité industrielle, soutiennent les porteurs du projet, Fibe & Co et Eto’s Farm entendent dupliquer au Cameroun des exem- ples existants déjà en Europe et en Asie. A en croire Roger Samuel Eto, la future usine ambitionne de produire «100 000 m2 de plaquage par an» pour les marchés local et africain, dont une bonne quantité exclusivement livrée à Fibe & Co, détenteur du brevet en matière de transformation de troncs de bana- niers, et qui dispose déjà d’un con- trat d’achat ferme dans le cadre de ce projet, a-t-on appris. Cette usine devrait permettre d’industrialiser la transformation des troncs de bananier plantain au Cameroun, puisque cette activité existe déjà depuis des lustres, mais sous une forme purement artisa- nale. En effet, pour l’heure, cette matière première sert à fabri- quer un tissu traditionnel appelé «obom», généralement exhibé lors des défilés de mode. / Photo: tisoleil-madinina.eklablog.com
  13. 13. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 13 N os mâles octogénaires prennent plaisir à se venter du temps où les femmes s’éventaient farouchement en bat- tant des cils. Rien de plus, pour leur faire tourner la tête que les mouvements onduleux des carabellas brodées et dentelées. Mesdemoiselles, la plupart pudiquement vierges, aimaient se promener en groupe le dimanche soir sur la place publique. Le charme se jouait de par le style élégant de leur coiffe, par la sensualité de leurs épaules dénudées et leurs chevilles mises en valeur par les sandales plates en cuir. Tout ça n’a rien à voir avec la génération de femmes « sou moun » qui parcourent les rues à moitié nues, maquillées comme si le carnaval était pour toute l’année. Les femmes semblent penser qu’afficher quelques bouts de chair par ci et par là est synonyme de séduction. Et nos Haïtiens les trouvent comment ? « Sexy ! » ( au sens américain du terme c’est-à-dire qui fait appel à l’envoûtement). Là où les choses deviennent de plus en plus alléchantes, c’est quand nos femmes sont de plus en plus complexées en ce qui a trait à leurs physiques. Il paraît qu’avoir de belles rondeurs dans tout le corps n’est plus à la mode, pitit ! Maintenant ce sont les « seksi (sexy)» au sens haïtien du terme qui font la une. Oh oui ! Est appelée « sexy » une femme qui est mince ou qui a un corps assez élancé. Si cela s’arrêtait là, le monde serait en paix. Mais il se trouve qu’en plus elles veuillent avoir un corps à la Nicki Minaj : une grosse « dach »…correction… de grosses fesses pour aller de pair avec des seins gonflés. En toute logique ! Comme ça, ce sera plus beau sur les photos qu’elles devront publier sur leurs pages Instagram. La recette du canon de beauté devient : diète + « piki bokit »! Et en passant, n’oubliez pas que si vous êtes « grimèl » ça fera plus de sensation alors ne ménagez pas votre « douko », les intéressées. Après il suffit d’ajouter les accessoires nécessaires (comme les talons « kikit » qui font monter les fesses en « tèt digèt ») et le tour est joué : vous serez officiellement une femme attirante ! Cerise sur le gâteau : les femmes courtisent fièrement les hommes, à présent. Cela plaît même à beaucoup d’eux. Mais attention, les hommes ! En faisant le compte des faits, vous verrez que vous le perdez à vitesse grand V, votre position de dominants. Certaines femmes exigent que ce soit vous, les hommes, qui faites la cuisine en permanence. Les temps ont changé. Le féminisme bat son plein : les femelles vont à l’école, travaillent, s’habillent comme elles le veulent et ne sont plus obligées de s’occuper exclusivement du foyer, en Haïti. Ce sont elles qui font « psiiit ! Ti cheri vini m’ pale w’ » maintenant sans besoin d’être une fille de joie! Bon nombre d’entre elles sont des femmes-boussoles à portefeuilles qui chantent « Alouette… Gentille alouette… Alouette, je te déplumerai ». C’est comme le chant d’une sirène. Et si un homme résiste il suffit de faire un coup de « gouyad » ou une pirouette : les seins et les fesses retombent en « dekabès ». Ça marche à tous les coups ! Ne vous offusquez pas, messieurs. Vous pouvez toujours leur taper dessus. Que sont quelques bleus devant le privilège de pouvoir voter que les femmes possèdent de nos jours? Du moment que vous n’êtes pas à la cuisine, près des casseroles, vous pouvez battre votre femme en toute sécurité. Je suis sûre qu’elles n’y verront aucune objection. Si vous réunissez tous ces critères, félicitations, mesdames: vous êtes nationalement sexy dans les deux sens du terme… Sexy...par Edna Blaise L es bordels prolifèrent au jour le jour dans la cité de l’Indépendance. Actuellement, la ville compte près de cinq endroits de débauche et d’autres lieux informels. Citons, le club Rosie situé au cœur de Raboto, un lieu très fréquenté par les jeunes Gona- ïviens. Rambo club, à Parc Vincent, cet endroit est surtout fréquenté par des étrangers. La Dominicana, au centre de la ville, son nom l’indique, c’est le commerce transfrontalier. Ce sont des travailleuses du sexe venant de la République voisine qui y fonc- tionnent. La Passion disco, à la rue Christophe, là où les strip-teaseuses se donnent rendez-vous. Contrairement au prix de ces quatre endroits, un lieu comme « Malè Pandye », situé à la rue du Quai, dans les périmètres du port de cabotage des Gonaïves, les femmes ne sont pas trop pointilleuses. Cinquante gourdes doivent suffire pour passer un moment avec l’une d’entre elles. « Anba meb yo », à proximité du Commissariat Toussaint Louverture, à la tombée de la nuit, les activités sexuelles se font en plein air. Cet endroit est utilisé par certains ébénistes pour exposer des meubles, d’où son nom. « Free night » à l’intérieur du marché, Topa, à l’avenue Paul Eugene Magloire (Descahos). Là encore les travailleuses du sexe ne sont pas à couvert. Entre chiens et loups, le va et vient se fait sentir à l’intérieur du marché. « Pwè Ovan », un nouveau site pour les amants de la détente et du plaisir. Il est situé à environ 1.5 kilomètre du centre-ville, précisément à Phaéton, Bassin, 2e section communale. Un weekend à « Pwèl Ovan » se distingue. On donne ce qu’on a pour y avoir accès. Au bord de la mer, un disc-jockey (Dj) assure l’animation musicale. Les bredjenn défilent. L’alcool et la cigarette sont au rendez-vous. L’ambiance bat son plein. « Jwi lavi w, il n’y a pas mieux que ça », a lâché un jeune homme, avec en main une bouteille « d’asowosi ». Les boites de nuit attirent de nombreuses personnes, a-t-on constaté. Ces espaces, le plus souvent, sont fréquentés par des jeunes âgés entre 18 et 25 ans. Si certains considèrent cette activité comme une dérive, d’autres estiment qu’elle est normale. « À chacun, sa manière de vivre », dixit un citoyen interrogé sur ce sujet. La vie nocturne aux Gonaïvespar Dieulivens Jules Qui l’aurait cru ? Les boîtes de nuit prennent du champ aux Gonaïves, au nord de Port-au-Prince. Les professionnelles du sexe procurent du plaisir aux bredjenn comme aux membres de l’intelligentsia sans aucune discrimination. Dominicana Bar Resto aux Gonaïves. / Photo : Dieulivens Jules
  14. 14. 14 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ À l’Église, à 6 heures 50 du matin, il y a encore une messe. Elle a commencé depuis cinq heures, selon ce que racontent les pèlerins. La salle est pleine. Pour participer à la fête, les retardataires sont obligés de s’entasser à l’entrée. Ils sont debout. Mains en l’air. Ils font incessamment le signe de la croix. On aurait cru qu’il y a un secret derrière ce geste que même les adeptes ignorent. Ils le font, ce signe. Avec conviction ! À l’intérieur, ils sont vêtus décem- ment. Ils portent des robes de cou- leur blanche et/ou bleue, des maillots frappés du portrait de la Sainte, des mouchoirs… Ils chantent, s’oublient dans leurs prières et récitent le Notre Père en égrenant leurs chapelets. Dehors, les pèlerins sont allongés sur les marches de l’escalier conduisant à la porte principale de l’Église. Certains d’entre eux dorment encore. « Une messe a duré toute la nuit », raconte un homme qui dit attendre sa femme se trouvant à l’intérieur. D’autres sont déjà réveillés. Ils attendent. Le miracle de la Sainte ? Non. Le miracle du jour. Celui qui leur permettra de manger. Ils attendent. Parmi eux, des nourrices. De vielles femmes. Des vieillards. Des enfants aussi. Mais très peu de jeunes. Ils viennent pour la plupart du bicentenaire et de la place de Sainte-Anne. Ils sont restés sur les marches de l’église, question de ne rien rater. Surtout, les maillots et la nourriture que distribuent les candidats. Derrière l’Église, des pèlerins dorment également. Leurs lits sont faits de draps étendus sur le ciment. Certains y ont passé la nuit. Ils dorment profondément. Et, il est déjà sept heures. « Ce n’est pas une tragédie de dormir dans de telles situations quand, à la maison, la vie n’est pas moins pénible », a affirmé une vielle dame qui a préféré parler sous couvert d’anonymat. Elle est venue à la Mont Carmel pour la deuxième fois. Mais, cette année, d’autres raisons la motivent. Elle veut faire pénitence et implorer la pitié de « Manman » Notre dame parce qu’elle a des problèmes familiaux. « C’est ce qui m’amène ici. Je n’ai aucun autre recours que de me confier à Notre Dame », avoue la vieille de 75 ans. Depuis deux semaines, elle se trouve aux pieds de Mont Carmel. Elle a acheté une maison avec sa fille. Après la mort de celle-ci, ses petits-enfants veulent aujourd’hui la mettre à la porte. Elle aurait pu porter le dossier par devant un juge. Mais elle n’a pas le papier de la maison. « Je ne vois aucun problème à me confier à ma fille. On est du même sang. J’ai laissé le papier entre les mains du mari de ma fille », regrette-t-elle. Pour manger, la septuagénaire reste à l’église, à portée de main. Elle ne veut pas rater la distribution de la nourriture. « On venait distribuer la nourriture hier, mais j’étais trop loin. Je n’ai pas reçu mon plat. C’était un « bon manjé ». Il y avait beaucoup de viandes de bœuf, des légumes… », raconte la dame. À Mont carmel, les pèlerins ne viennent pas tous pour les mêmes raisons. Certains sont venus pour remercier la Sainte. Ils sont de ceux qui viennent de l’étranger. Ils ont trouvé leur visa grâce à Notre- Dame. Pour remercier leur mère (ils l’appellent manman Notre- Dame), ils sont retournés au pays pour faire des dons aux pauvres, leur donner à manger ; déposer des gerbes de fleur à l’Église… D’autres y sont venus aussi pour demander un emploi, mettre sur pied un business, recevoir un anneau (symbole du mariage), un enfant… D’autres encore ne viennent que pour « chercher la vie ». Ils sont éparpillés sur la cour de la paroisse avec leurs assiettes en mains. Ils attendent le miracle de cette matinée. Huit heures du matin. Fin de visite. Une matinée à la paroisse Notre-Dame du Mont-Carmelpar Ritzamarum ZETRENNE La date du 16 juillet marque la fête de Notre-Dame du Mont- Carmel. À Bizoton, de nombreux pèlerins, venus de partout, se cantonnent aux environs de l’Église, pour la plupart depuis deux semaines. Ils attendent le miracle qui les délivrera de tous leurs problèmes. Une des célébrations de la messe de 5 heures du matin de la paroisse Notre-Dame du Mont-Carmel à Bizoton (Carrefour). / Photo : Ritzamarum Zétrenne Dehors, les pèlerins sont allongés sur les marches de l’escalier conduisant à la porte principale de l’Église.. / Photo : Ritzamarum Zétrenne
  15. 15. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 15 SOCIÉTÉ La banalisation des funérailles, une pratique à la mode en Haïtipar Evens RÉGIS D éfilé de motards, habits extravagants (skinny Zoe, dekòlte, bout jip ), scènes de joie, propos malsains, musiques de toutes tendances, tout rythme, réceptions identiques à celles des mariages, communions, gradua- tions, ou autres, sont désormais au menu des funérailles dans le pays.  Le port des vêtements, des boutons noirs par les filles et les garçons en signe de deuil, a disparu depuis un certain temps. « Kote kafe a, te sa poko bon toujou, kibò resepsyon an ap fèt », sont le refrain de la plupart des individus lors des veillées et des obsèques. Sous prétexte d’esquiver les critiques, des familles mortuaires, inconsciemment, encouragent souvent ce phénomène. Elles font des dépenses énormes et des fois, consentent même des prêts hypothécaires pour préparer des réceptions. Alors, est-il possible de savoir si elles sont dans la joie ou la tristesse. Selon ce qu’a expliqué l’octogénaire Ysmena Canon, les funérailles, au cours des années cinquante, etaient tout à fait différentes de celles observées de nos jours. Certes, à l’époque, les familles organisaient des réceptions aux amis et aux proches mais différentes de celles d’aujourd’hui. La sympathie était, avant tout, au rendez-vous et la mort de quiconque avait toujours attristé toute la communauté. Aujourd’hui tout a changé, c’est l’ère de la mode et de l’influence des jeunes. La bière, l‘immoralité, l’insensibilité, remplaçant le thé, le café, les jeux de dominos, de cartes, les moments de devinette, comme signes de sympathie dans les obsèques d’autrefois, a-t-elle ajouté. Des adeptes opinent Des chefs-guides du secteur 3 de la mission des adventistes du Sud d’Haïti, font savoir que nous sommes au dernier temps, que les prophéties sont en train de s’accomplir. Pour ces jeunes de la promotion phare, ce peut-être la nouvelle façon de sympathiser avec la famille du défunt, de banaliser la mort qui fait mal pourtant.. Nous sommes en train de vivre l’ère de la fuite des vraies valeurs. « C’est le résultat de la mondia- lisation, et de l’acculturation», a déclaré Raymond Pierre, étudiant mémorant à la faculté d’Ethnologie de l’Université d’Etat d’Haïti. Selon lui, c’est une situation qui porte atteinte à notre culture. Elle lais- sera de graves conséquences sur la société haïtienne, croit-il. « Nous avons perdu le sens de nos valeurs morales, l’idiotie nous rend aveugle », a lâché Stéphat Junior Sainsurin, qui nous a confié que deux de ses meilleurs amis ont préféré questionner sur la nourriture le jour des obsèques de son père, il ya quelques semaine de cela, au lieu de sympathiser réellement avec lui qui était dans une profonde tristesse. La semaine dernière, la veille des funérailles de Linstant Bienné, un habitant de la zone de Côte plage 28, un acte d’inhumain s’est produit. Suivant notre coutume, un moment a été réservé dans la soirée, la veille de la cérémonie funéraire pour sympathiser avec la famille, mais ce moment a été transformé en un véritable spectacle. Comme au club, les grands buveurs, les bambocheurs étaient au rendez- vous. Ils ont fait une liste des personnages qui doivent attendre leurs tours. L’ambiance était à un niveau tel qu’une bagarre a éclaté. Le nommé Valéry et son ami ont été poignardés et transportés d’urgence à l’hôpital. Leurs intestins étant touchés, s’ils arrivent à survivre, ce sera avec des dommages physiques, selon les médecins. Quelle que soit la façon dont une personne est morte, dans son jeune âge ou dans sa vieillesse, les obsèques sont de nos jours très insignifiants. Aucun signe de respect, de sympathie envers les familles endeuillées, encore moins des moments de recueillement en mémoire des défunts. Des scènes de liesse, des propos et réactions contraires à la circonstance, des habits de toutes couleurs, c’est ce qu’on observe, de nos jours, aux cérémonies funéraires en Haïti. Funérailles au Cap-Haïtien du Monseigneur François Gayot. / Photo : reseaucitadelle.blogspot.com.
  16. 16. 16 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ Express partout ou la mort ambulantepar Stéphanie Balmir « Evite miyò pase mande padon/ mieux vaut prévenir que guérir.». Ce proverbe s’explique de lui-même. Mieux vaut prevenir une situation délicate au lieu de chercher des solutions. Ici en Haïti, l’on préfère l’inverse. Personne ne saura dire pourquoi. Mais les problèmes attirent l’attention des autorités concernées uniquement quand une catastrophe se produit. À la Capitale ou à l’extérieur, les conditions ne changent pas. Les moyens de transport ne sont pas des meilleurs. Et ceci, sur tous les plans. Ces camions sont un peu partout sur les routes qui conduisent vers les villes de province. Serait- ce pourquoi ils sont marqués du sceau : express partout. Ils ont tous une spécificité, ces camions : ils transportent tout. Le tout englobe : marchandes, marchandises de toute sorte et animaux. Équipés uniquement de barres de fer qui servent de bancs aux passagers, ils n’ont pas de carrosserie qui pourrait les protéger du soleil qui tape fort en ce mois de juillet. De la pluie, encore moins de la poussière. Ces « express partout » parcourent de longues distances. Aussi chargés qu’ils puissent être, ils ne se contentent pas d’assurer la connexion entre deux communes. Ils traversent des départements. Certains font le trajet Jérémie- Cayes. D’autres Beaumont-Cayes. Mais la majorité rentre à Port-au-Prince. Ce qui justifie le fait qu’ils sont légion sur la route qui conduit à Jérémie. Plusieurs ralentiront pour laisser passer les bus qui arrivent en sens inverse. Parfois à toute vitesse. Ou encore, ils devront même stationner au bord la falaise pour laisser passer d’autres véhicules, vu l’étroitesse de la route. Sur ce camion, l’on peut lire : Immaculée. Sur un autre : un proverbe quelconque. Mais ils ont les mêmes règles et remplissent les mêmes fonctions dans des conditions identiques. Qui s’est déjà prononcé sur la sécurité de ces hommes et ces « madan sara » qui, avant tout, essayent de survire ? Qui veille à ce qu’ils ne soient pas empilés sur des sacs de charbon, de bananes et d’autres denrées ? Qui empêche qu’ils soient transportés comme ces cabris ? Qui diront leur peine s’ils pouvaient parler ? Qui surveille ces véhicules remplis à la limite ? À quoi servent ces commissariats sur le long des routes fréquentées par ces véhicules ? Les concernés se montreront un jour. Peut-être. Sans doute quand l’un de ces véhicules tuera des dizaines de personnes, de « madan sara » spécialement. Toutes les couches de la société donneront leur avis et leurs conseils. Ce sera l’heure des discours et des fleurs. L’on enterrera ensuite nos morts dans la tristesse et les « express partout » continueront leur tra- vail. Les moyens de locomotion et de transport demeurent un problème dans la société haïtienne. Rien n’est soumis à une quelconque régulation. Qu’il s’agisse de la circulation des véhicules, du montant des courses laissé au caprice des chauffeurs, de l’entretien des véhicules de transport et finalement les conditions dans lesquelles les passagers sont transportés. Les « express partout », camions transportant des marchandises traduisent une partie de cette réalité.
  17. 17. JEUDI 16 JUILLET 2015 N0 40 | 17 CULTURE Charlemagne Péralte : le cheminement d'un véritable soldatPar Elisée Décembre Il ne fait aucun doute que, pour la quasi-totalité du peuple haïtien, Jean-Jacques Dessalines est le héros par excellence. Nous ne devons cependant pas perdre de vue Charlemagne Péralte, qui mérite bien d’être placé sur le même piédestal que Jean-Jacques Dessalines par l’ensemble des mouvements qu’il a menés contre l’occupant américain de 1915 à 1934. I l est impossible de parler de l’occupation américaine sans évoquer le nom de Charlemagne Péralte. Né à Hinche le 10 octo- bre 1885 et assassiné dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1919, Charlemagne avait plusieurs cordes à son arc. Il était fermier, guildivier, distilleur et éleveur. Avec tous ses cha- peaux, il lui fallut peu de temps pour se faire un nom. Cependant, ce fier héros, piqué par le devoir de servir son pays, s’intéressait aussi à la chose publique. Ainsi donc, il fut nommé vice- consul d’Haïti à Elias Piña en République dominicaine, maire de Hinche en 1909, juge de paix à Mirebalais en 1911. Et, après avoir pris part aux côtés de son frère Saül en 1914 aux soulèvements contre le président Michel Oreste, qui allaient porter à la première magistrature le citoyen Oreste Zamor, lui aussi originaire du Pla- teau central, comme récompense, Charlemagne, à 28 ans, fut nommé commandant de l’arrondissement de Port-de-Paix et avait sous ses ordres le 9e régiment d’Infanterie de ligne, anciennement appelée 9e demi-brigade commandée par le grand et inoubliable Capois-la- Mort. Néanmoins, partout où il fut placé, il était aimé et respecté tant par ses subalternes que par les populations locales. Lorsque le président Oreste Zamor fut renversé par Davilmar Théo- dore, Charlemagne fut démis de ses fonctions et n’a pas tardé à passer à l’opposition. En 1915, avec son cousin Dupéra Péralte, il prit les armes contre le nouveau président sous la bannière de Vilbrun Guil- laume Sam. Alors qu’il occupait, avec ses troupes et celles de son cousin, les trois forts de Lascaho- bas, celui-ci, sous les assauts des forces gouvernementales, fut tué mais, lui, Charlemagne, s’en sortit sain et sauf. Davilmar Théodore vaincu, Vilbrun Guillaume Sam devint président. Il nomma Char- lemagne Péralte commandant de l’Arrondissement de Léogâne, et Saül, son grand-frère, commandant de l’arrondissement de Saint-Marc. C’est à Léogâne que la vie de Charlemagne allait prendre une autre tournure, lorsque, le 27 juillet 1915, sur ordre du général Charles Oscar, plus de 300 prison- niers furent massacrés au Péniten- cier national, dont un parent de Charlemagne Péralte, le général Gaspard Péralte. Et, selon Alain Turnier, « Charles Oscar, pris d’une fureur homicide, fit arrêter le train allant à Bizoton, obligea les passagers à descendre et en fusilla une quinzaine (…) » Tou- jours selon Alain Turnier, « dans la matinée du 27 juillet, la résistance des défenseurs du Palais national, vite écrasée, le Pprésident Vilbrun Guillaume, blessé d’une balle à la jambe, se réfugia à la légation de France. Les parents et amis des prisonniers se précipitèrent à la prison où les cadavres gisaient encore dans leur sang, poitrines labourées, cervelles éparpillées. Mis en rage par l’orgie de sang, ils se ruèrent vers la légation dominicaine où s’était réfugié Charles Oscar. Ce dernier en fut arraché, abattu à la porte même de l’immeuble de trois balles par Edmond, dont trois fils avaient péri dans le carnage à la prison. Les acolytes d’Oscar n’ont pas été épargnés, eux non plus. Ces troubles allaient donner un faux prétexte aux États-Unis d’Amérique, qui brûlaient long- temps le désir d’occuper le pays de Charlemagne Péralte, de mettre finalement leur plan impérialiste et raciste à exécution. Alors le 28 juillet 1915, les soldats de l’Aigle foulèrent le sol haïtien en passant par Bizoton. Charlemagne Péralte ne pouvait pas digérer cet affront. Pour lui, c’est un coup de massue sur sa tête de nationaliste, c’est une piqûre empoisonnée injectée dans son âme haïtienne. Alors, en tant que soldat nationaliste, défenseur de la souveraineté nationale, il ne se fit pas prier pour passer tout de suite à l’action tout en ressassant les vers on ne peut plus stimulants du poète Capois : « Si un jour sur tes rives / Reparaissent nos tyrans / Que leurs hordes fugitives / Ser- vent d’engrais à nos champs. » Les troupes américaines arrivèrent à Léogâne le 17 août 1915. Le commandant américain intima l’ordre à Charlemagne Péralte de lui livrer la ville, mais c’était mal connaitre ce nationaliste farouche qui allait devenir le cauchemar de l’occupant. Le commandant yankee avait reçu le message clair et net et ne fit pas le forcing. Il se contenta de garder ses troupes sur leurs bateaux et dans leurs avions. Mais cet invertébré que fut le nou- veau président Surdre Dartigue- nave, chien fidèle et docile de l’occupant, licencia le Comman- dant Charlemagne Péralte pour son refus de livrer la ville aux envahis- seurs. Dans une lettre d’adieu à la popu- lation de Léogâne, Charlemagne expliqua ses sentiments face à l’affront que vient de subir la Nation. Quelques jours avant son départ pour Hinche, il se rendit à Bourdon chez le Général Edmond Polinice, un acteur au centre des évènements du 14 juillet, à qui il aurait confié ces paroles : « Général, je rentre chez moi. Mais j’ai confiance en mon étoile. Je soulèverai le peuple et mettrai les Américains hors du pays. » Péralte savait de quoi il parlait car, en tant que citoyen responsable, il ne pouvait et ne voulait en aucun cas rester les bras croisés pendant que la Nation est remise dans les chainemaudites de la colonisation. C’est ainsi que, arrivé à Hinche, constatant les déboires de ses frères sous le poids du nouveau système appelé « corvée » insti- tuée par les nouveaux colons éta- suniens, Charlemagne passa de la parole aux actes. Suzy Castor, dans son fameux ouvrage L’occupation Américaine, rapporte ce qui suit : « Le 11 octobre 1916, avec ses frères Saül et Saint-Rémy et 60 hommes presque sans armes, Charlemagne Péralte attaqua la maison du général Doxey, com- mandant de Hinche. L’attaque fut repoussée, les chefs arrêtés et Charlemagne Péralte condamné à 5ans de travaux forcés par un tri- bunal prévôtal. » Astucieux comme pas un, Charlemagne utilisa tous les moyens à sa disposition pour prêcher dans la prison même la résistance à cette infamie qu’était l’occupation de sa chère patrie. C’est ainsi qu’il réussit à convain- cre son gardien le gendarme Luc- zama Luc à prendre la fuite avec lui en trompant la vigilance des soldats yankee. Cela se passa le 3 septembre 1918. Et de sa cachette chez Madame Raoul Deetjeen au Cap-Haïtien, il regagna, avec l’aide d’autres compatriotes le Plateau Central, son fief. Charlemagne Péralte fut un grand stratège. Et selon Roger Gaillard, les Américains reconnaissaient que le leader principal des mou- vements de la résistance contre l’occupation était un organisateur- né. Pour communiquer avec ses lieutenants dans les différents points du pays, voici ce que rap- porte F. Wirkus, un officier yankee : « Les tanmbours envoyaient des messages à une centaine de mille ou plus presque aussi vite que par télégraphe ou la radio. Les « madan sara » servaient d’agents actifs de propagande et de liaison : c’étaient des femmes commerçantes et dis- tributrices de produits agricoles, qui sans éviller les soupçons par leurs activités de redistribution et de relations entre la ville et la campagne, recueillaient des infor- mations qu’elles transmettaient au quartier-général des insurgés, sur les déplacements des troupes américaines et les rumeurs en cours. » Charlemagne Péralte est trahi, et tué par les Américains le 31 octo- bre 1919. La mort de Charlemagne Péralte a pris pour les Haïtiens la dimension d’un martyr. Après le départ des forces américaines en 1934, le corps de Péralte fut déter- ré, identifié par sa mère et enterré avec les honneurs au cimetière de Cap-Haïtien. Charlemagne Péralte.
  18. 18. 18 | N0 40 JEUDI 16 JUILLET 2015 CULTURE Georges Sylvain, un opposant farouche de l'occupation américaine de 1915 Par Schultz Laurent Junior G eorges sylvain, poète éclec- tique de la génération de la Ronde (1898-1915), disci- ple d’Etzer Vilaire, est entré dans la littérature haïtienne en pub- liant une mince plaquette de vers con- tenant 29 poèmes écrits en français, « Les confidences et mélancolies », en 1901. Pourtant le curriculum vitae du poète, né à Puerto Plata en Répub- lique dominicaine en 1866, est à bien des égards impressionnant. Georges sylvain fit ses études supérieures à la Faculté des lettres et à la Faculté de droit de Paris. Animateur de plusieurs centres intellectuels, il fonda l’École de droit, la Société de législation, créa l’Alliance française en Haïti et fonda L’œuvre des écrivains. Emporté et animé par un souffle nationaliste zélé, il a esquissé pendant les dix dernières années de sa vie une posture de combat- tant en luttant contre l’occupation américaine de 1915. « Non, je ne vais me résigner à cette occupa- tion, je vais lutter jusqu’au bout pour la désoccupation de mon pays. » Ne voulant pas rester impassible, voulant associer la parole aux actes, il porta, pour citer Perceval Thoby, une virile et invincible fermeté à la bataille partout où il pouvait atteindre l’ennemi. Il était à la tête de tous les rassemblements politiques qui s’étaient organisés dans le pays et fonda le journal La patrie. Il a écrit des articles de journaux, adressé des correspondances au Sénat américain, prononcé des conférences, organisé des tournées patriotiques et a su, en plusieurs occasions, mettre sa vie en péril pour l’honneur et le salut de la patrie. Symbole de la résistance haïti- enne à l’occupation américaine, il écrira plus tard « Nous lutter- ons, nous et nos enfants, tant que notre patrie n’aura pas retrouvé la plénitude de son indépendance. Nous le devons à nos morts héroïques, pères à jamais bénis, qui avaient donné tant de peines pour que les enfants issus de notre sang eussent au moins dans le monde un coin de terre où vivre en paix, libres et respectés ». Avec un cœur débordant de patriotisme, Georges sylvain est devenu le porte-parole de tout un pays gémissant sous les bottes de l’Oncle Sam. Selon lui, pour reprendre les réflexions perti- nentes du professeur Eddy Arnold Jean, « ce déshonneur national ne permet plus le silence. C’est un devoir impérieux pour tout Haï- tien d’engager le combat aux fins de restituer au pays sa dignité. » S’armant de sa plume vengeresse, il flétrit l’acte liberticide perpé- tré par le grand voisin du Nord et invite les Haïtiens à conjuguer leurs forces en vue de rendre au pays son indépendance. Il a exhor- té la nation à protester énergique- ment contre l’occupation. Il lui a demandé après coup de manifester à l’oppresseur une farouche résis- tance, car l’agresseur peut tirer de notre passivité la justification de son comportement. Il peut croire, selon lui, que nous acceptons sa domination et que nous renonçons à notre souver- aineté. « Haïti, lève-toi, le monstre qui t’entraîne Vers l’abîme, la honte, le deuil aura peur S’il voit se soulever la conscience humaine ! Fais frissonner le monde à tes cris de douleur ! Montre ton âme en plaie où meurt ton rêve en cendre. » (Page 43, 2007, Éditions Mémoire d’encrier.) Si Georges Sylvain n’avait pas eu le temps de voir le départ des Améri- cains de notre pays, l’Histoire cependant, retiendra son nom comme celui qui avait élevé le ton de sa voix pour crier son patrio- tisme et son attachement filial à la terre natale. Il a souffert dans les fibres les plus sensibles de son être le comportement antipatriotique et la mauvaise foi de ses concitoyens sans pour autant renoncer à son idéal de voir une Haïti libre, pros- père et régénérée. Georges Sylvain CENTENAIREDEL’OCCUPATIONAMÉRICAINE/GEORGESSYLVAIN

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