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  1. 1. » P. 14 » P. 21 »   P. 5 SOCIÉTÉ SPORT » suite page 4 » lire page 6 L'église catholique invite les chrétiens à faire le bon choix Haïti pour une place en demi-finales par Gérald Bordes L'OEA pour une rencontre urgente entre les deux paysPar Stephen Ralph Henri HAÏTI / RENCONTRE ONU DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 NUMÉRO 41 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Évans Paul, les poches pleines de promesses HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION Le Premier ministre Évans Paul à l’ONU, le 16 juillet 2015 / Photo : UN Photo/Cia Pak L a question de la migration devrait être abordée avec « une certaine urgence », entre Haïti et la République dominicaine, estime le secrétaire général de l’OEA Luis Almagro au cours d’une entre- vue accordée au Cable News Network (CNN) en espagnol, le jeudi 16 juillet 2015. Cette entrevue est reprise par le site d’information Diarolibre. « Nous aimerions avoir une réunion avec les deux parties en même temps », a ajouté le responsable. Aucune date n’est encore arrêtée pour cette éventuelle rencontre. Le secrétaire Almagro a fait savoir qu’il « présentera la semaine prochaine , du 19 au 25 juillet, le rapport de la mission que l’organisation a effectuée en Haïti et dans la partie orientale de l’île. L’Organisation des États américains (OEA), qui a envoyé une mission sur l’île d’Haïti du 10 au 14 juillet, pour se renseigner sur la crise migratoire, souhaite la tenue d’une rencontre urgente entre les deux Républiques, sous sa médiation. Le rapport de sa récente mission sur l’île devrait être présenté d’ici la semaine prochaine. Entre-temps, les activités du Comité mixte national pour l’accueil des rapatriés semblent marquer un temps mort. « Mariaman », la Mont-Carmel oubliée ParLionelEdouard
  2. 2. 2 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 TRIBUNE A ucun individu sensé, à mon avis, n’accepterait de se faire ausculter par un sociologue pour des problèmes oculaires. La vue, arguerait-on, est trop importante pour encourir un si grand risque de vivre l’expérience de cécité. La logique est simple, le plus éminent sociologue dans la fonction d’un ophtalmologue n’est autre qu’un charlatan et un usurpateur. Un charlatan peut, bien sûr, réussir son coup là où un professionnel émérite essuie piteusement un échec. Ça arrive, car les impondérables existent. Mais cela ne fait pas d’un mensonge une vérité, ni de l’exception la règle. Tout aussi vrai est que même au cas où le président Michel Martelly eut pu construireuneuniversitédanschaque section communale, permettre à des milliers d’enfants de recevoir une Éducation de qualité gratuite, créer des Emplois pour la masse défavorisée, aborder le problème Énergétique dans son acuité, sauver le paysage haïtien de la dégradation Environnementale le caractérisant depuis la deuxième moitié du XXe siècle, et établir un État de droit où les règles du jeu démocratique seraient scrupuleusement respectées, je resterais convaincu que le choix de M. Martelly comme chef d’État de la République d’Haïti était irrationnel. Ce, parce qu’au XXIe siècle gouverner une nation est à la fois trop important et complexe pour le laisser aux caprices des apprentis et amateurs aux esprits singuliers. Trop systématique pour le laisser sous la férule de l’aléatoire. La gestion capitularde du Président en témoigne. Les cinq «E» résumant le programme du président, sont, pour répéter l’économiste Lalime, « muets ». Trois ans après l’ascension du président Martelly au pouvoir, Alterpresse, après avoir recueilli les observations de certaines personnalités sur la gestion du pouvoir, se demande si les cinq E ne se fondent-ils pas plutôt en un E=échec. Fallait-il être perspicace pour prévoir cet échec? Non. Outre les raisons ci-mentionnées, Martelly, étant accouché aux forceps par une communauté internationale contre les grés des scrutins populaires, ne saurait faire mieux sinon qu’être un valet des intérêts du grand capital et un groupuscule de nationaux affairistes historiquement en quête d’un Sudre Dartiguenave. Et à défaut de ce dernier, ils trouveront sans doute un « laquais aussi inconditionnel » comme Louis Borno. Sans oublier des inexpérimentés comme Phillipe Guerrier, Louis Pierrot et Jean Baptiste Riché, des belles têtes de doublure. Ainsi donc, le président Martelly n’est pas un accident de l’histoire ; il est tout au contraire un produit de l’histoire haïtienne dans les traditions politicardes et satrapiques façonnées de telle sorte que, comme l’a si bien remarqué Michel-Rolph Trouillot, l’État s’érige contre la nation. Dans le cadre des élections de novembre 2010, on ne peut pas savoir ce qu’aurait donné un Jude Celestin ou une Mirlande Manigat comme premier magistrat de la République compte tenu des difficultés épistémiques d’établir le contrefactuel historique, mais on savait qu’avec Martelly, la résistance contre les intérêts ne concordant pas à ceux du pays serait moins difficile à contourner. Son manque d’expérience politique, son incompréhension du fonctionnement de l’État et des enjeux géopolitiques font de lui une proie facile incapable de dire non aux propositions indécentes. Les Rosalvo Bobo sont toujours trop intransigeants pour mériter la bonne grâce des faiseurs des rois. Et quand un Pauléus Sanon résiste aux manœuvres attentatoires aux principes de souveraineté nationale en démissionnant de son poste de ministre des Relations extérieures, les satrapes disposent encore dans leur répertoire des Louis Borno pour faire leurs sales besognes. On veut du docile comme potentiel et idéal collabo. On en veut à l’intransigeant parce qu’il est « fou et trop idéaliste ». Trop patriote à la tête altière. Dans Marche Arrière, le prolifique Roger Dorsainville est pétrifié devant le fait que « le pays qui s’ouvre à Nord Alexis, tourne le dos à Firmin ; celui qui s’est ouvert à Vilbrun Guillaume Sam, puis à Dartiguenave, s’est fermé à Rosalvo Bobo ». Pour les moins jeunes et les fidèles de l’histoire d’Haiti, Martelly est un instant du déjà-vu. Les temps ont changé, mais les pratiques ne sont pas différentes. Nous ne sommes plus en 1915 où un Amiral Caperton s’opposait farouchement à l’ascension d’un intransigeant Rosalvo Bobo à la présidence au profit d’un Dartiguenave pour son inclination à s’agenouiller devant les intérêts de l’occupant. Cependant, en 2010, presqu’un siècle après, une communauté internationale a décidé d’escamoter les votes de la majorité pour donner le pouvoir à celui dont l’échine est pliable devant toutes les propositions mettant les « amis » d’Haïti dans une situation confortable où le recours à des grandes stratégies diplomatiques ne s’avèrent point nécessaires. Nous ne sommes plus en 1915 où un Sudre Dartiguenave a dissous, en deux reprises et aux mépris de l’article 85 de la constitution de 1889 alors en vigueur, le sénat pour plaire à l’occupant voulant essentiellement abroger une disposition constitutionnelle chère à la nation depuis son indépendance – celle prohibant l’accès au droit de propriété aux étrangers. Mais, cent ans après, nos yeux consternés assistent, avec amertume, un Président déployant tout son monopole de violence, aux mépris de la Constitution de 1987, pour arrêter un député en fonction. Par ce geste, et beaucoup d’autres, le président Martelly vient de grossir la liste des chefs d’État qui, à l’instar des Salnave, Dartiguenave et Duvalier, voyaient le Parlement comme une entrave à leur présidentialisme omnipotent et irrespectueux des valeurs démocratiques. Et quelle est la conséquence logique d’un tel constat ? Sommes nous condamnés à l’expérience paramnésique ou à la sensation du déjà vécu, caractérisant l’histoire de la société haïtienne ? C’est à dire, ces instants de déjà-vu constituent- ils une fatalité ? Par rapport à ce lugubre constat, nous avons deux options : laisser l’histoire faire son cours en l’assistant impuissamment jeter son dévolu sur notre destin de telle sorte que les régimes traditionnels de gloutons ignorants aient toujours le feu vert pendant que la masse continue de patauger dans la misère la plus abjecte. Vaincre le fatalisme en se faisant maitre de son histoire. Se faire maitre de l’histoire dans le pays le plus inégalitaire des Caraïbes et de l’Amérique latine où 58.5 % de la population est pauvre revient à redéfinir la structure économique génératrice d’institutions que Acemoglu et Robinson (2012) appellent « institutions extractives » dont la principale fonction consiste à enrichir une minorité au détriment de la grande majorité. Se faire maitre de l’histoire au XXIe peut durement être issu d’une révolution par les armes. Les pays de l’Amérique Latine, comme par exemple le Venezuela, ont compris que ces pratiques sont aujourd’hui révolues. Ils utilisent donc les urnes pour choisir ceux et celles qu’ils croient être à la hauteur des tâches qui leur incombent. Dans le cadre des prochaines joutes électorales, nous avons la responsabilité d’initier la restitution de notre histoire. Je dis « initier » parce que cette responsabilité va au-delà des élections. La conquête de notre histoire doit être permanente. Elle doit être effective dans les institutions pour lesquelles les élections ne doivent être qu’un expédient. Martelly n’est pas un accident de l’histoire, mais on peut déséquilibrer les pesanteurs des traditions historiques qui font que « le pays qui s’ouvre à Nord Alexis, tourne le dos à Firmin ; celui qui s’est ouvert à Vilbrun Guillaume Sam, puis Dartiguenave, s’est fermé à Rosalvo Bobo ». Le président Michel Martelly n'est pas un accident de l'histoire...par Claude Joseph
  3. 3. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 3 ACTUALITÉ La Faucille d'or Onn’auradecessederépéterquelesHaïtienssontprofondémentreligieux.Ils croientdurcommeferquecemondephysiquementpalpable,avecsesdouleurs etsesjoies,estlereflet,parunjeudemiroirsavammentorganisé,d’ununivers spirituelplusélaboré. Mais, il y a une nuance. Certains dogmes font croire qu’il faut jeter son plus grand mépris sur ce monde matériel, source de toutes les vanités. Selon ces dogmes,êtredecemondeetl’acceptercommelieud’expériences,c’estpactiser aveclemal.Lespéchéssontclassifiéssuivantunagencementrégulé.Ilsvontde lafornicationauluxeenpassantparlesorgueils,lesscepticismes,lesidolâtries etautrestentationsanimistes. Les guerres, les pulsions de puissance, les destructions, les enjeux politiques, les grandes pompes officielles sont les manifestations du monde externe. Cependant,toutcevastespectacleestlerefletdumiroirdecequenousavons àl’intérieurdenous:lajalousie,lemépris,laluxure,l’individualisme,laparade sociale,l’excèssexuel… À une compatriote haïtienne qui s’étonnait de nous entendre dire que tous les déchets des ravins que nous voyons et qui montent sur nos trottoirs sont l’expression physique de notre « lourde spiritualité », nous avions réaffirmé qu’uneffortquotidiensursoinenousferaplusvoirlesimmondices. C’est cette rupture entre le ciel et la terre, entretenue par des conceptions religieuses exogènes, qui ne nous autorise pas à agir sur le réel. Parce que l’éducation reçue nous porte vers une espèce d’ascension sociale qui nie et mépriseceluiquifaitletravaildebasepouruneélitesansfaute,sanspéchéet toutàfait«blanchie»d’erreurs. Sinon,commentcomprendrequedansnotrepaysoùl’égoutdevientpresque notre salon, il n’y ait pas de brigades mobilisées pour enlever, l’espace de quelques heures, toutes ces piles de détritus qui menacent notre santé et la terresurlaquellenousavonsprisnaissance?Lesreligionsquiaccusentlaculture nationale font des mobilisations énormes d’énergie qui, utilisée patriotique- ment,auraientlavénotrecapitaledesesdéchets.Mais,ellesn’ontpasintérêtà fairelasynthèseentrelaterreetleciel.Quelquepart,laBibledenoscenseurs, dit, par contre : tout ce que vous avez enlevé sur la terre, Dieu le fait dans les cieux.Ayibobo! Le16juilletdecetteannée,lespèlerinscatholiquesétaientencorepourprierà Saut-d’Eau.Lesvodouisantsétaientencoredelapartiesouslachute,euxqui ontdessavoirsdialectiquesdeguérisonetdedialoguesoutenuentrelecieletla terre.OnpenseàcettesublimeimagedeVictorHugofaceausavoirdesadeptes duvodou:«Quelmoissonneurdel’éternelétéa,ens’enallant,jetécettefaucille d’ordanslechampdesétoiles?» Pierre Clitandre Édito Une quinzaine de cas seront entendus en 15 joursPar Reynold Aris HAÏTI/JUSTICE/ASSISESCRIMINELLES P rès de 15 cas avec assistance de jury seront examinés au rythme de deux salles d’audience par jour. Telle a été la déclaration du doyen a.i. du tribunal de Première instance (TPI) de Port-au-Prince, Me Bernard Saint- Vil, lors d’une interview téléphonique accordée au journal Le National, le mercredi 15 juillet 2015. Le doyen a.i. du tribunal de Première instance a, en outre, expliqué que l’organisation de ces assises répond aux prescrits de l’article 181 du Code d’instruction criminelle. Lequel enjoint le doyen d’organiser deux sessions d’assises criminelles durant l’année judiciaire, débutant à partir du 1er lundi d’octobre et arrivant à terme au dernier vendredi de juillet. Me Bernard Saint-Vil a informé que des assises criminelles, sans assistance de jury, ont débuté depuis le 8 juin 2015. Près de 250 dossiers sont en état d’être traités dans le cadre de ces assises criminelles. Mais, les audiences civiles ne pourront pas se tenir, compte tenu de la vacance judiciaire des tribunaux, prévient le doyen a.i. du tribunal de Première instance. Par ailleurs, le magistrat a attiré l’attention sur l’augmentation des audiences dans les différentes prisons civiles du pays. Ce, pour résoudre le phénomène de la détention préventive prolongée. Il a indiqué que des procès sont déjà entamés dans les centres de réinsertion des mineurs en conflit avec la loi (Cermicol) à Delmas 33, annonçant sous peu leur début dans le centre carcéral de Port-au- Prince (Pénitencier national) et la prison civile de Pétion-Ville en ce qui concerne les femmes. Quid des dossiers de Brandt et d’Edric Léandre ? Le magistrat n’a pas tergiversé en ce qui concerne le dossier de l’homme d’affaires, Clifford H. Brandt, accusé d’enlèvement et de séquestration. Il a indiqué qu’il n’est pas au menu des procès prévus dans le cadre de ces assises. L’instruction continue. À ce stade, le doyen du TPI de Port-au- Prince déclare qu’il n’est pas encore en possession de ce dossier. Cette affaire est encore en attente. Pour ce qui est de l’affaire de l’ancien directeur général de l’Office d’Assurance Véhicules contre Tiers (OAVCT), Edric Léandre, accusé de corruption et de détournement de fonds, le juge Saint-Vil a indiqué qu’il s’apprête à la programmer pour la semaine prochaine sans donner une date précise. Les assises criminelles avec assistance de jury ont démarré officiellement le lundi 13 juillet 2015 et prendront fin le 31 du même mois dans la juridiction de Port-au-Prince. Le dossier d’Edric Léandre devrait être entendu au cours de ces assises. Le doyen a.i. du tribunal de Première instance de Port-au-Prince, Me Bernard Saint-Vil / Photo d’archives
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ : SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 ACTUALITÉ L'OEA pour une rencontre urgente entre les deux paysPar Stephen Ralph Henri HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Le document est présentement en cours d’élaboration, toujours d’après les déclarations de Luis Almagro. La mission a rencontré les autorités, ainsi que des membres d’organisations de la société civile des deux pays. Elle s’était également déplacée à Anse-à-Pitre (Sud-Est d’Haïti), où un campement est établi par les rapatriés qui vivent dans de mauvaises conditions. Jusqu’à présent, aucune structure formelle d’accueil n’est conçue pour recevoir ces personnes refoulées vers Haïti. Dans un court entretien avec Le National, le ministre de la Défense haïtien, Lener Renauld, également ministre des Affaires étrangères a.i. a fait savoir « qu’un hangar est en train d’être construit au niveau de Fonds Parisien pour recevoir les gens ». Fonds Parisien est une section communale, sur la ligne frontalière entre les deux pays. À partir du renforcement des mouvements de rapatriement, après le 15 juin 2015, à date, le gouvernement haïtien a recensé 25 mille rapatriés, d’après le ministre Renaud. Les autorités dominicaines ont décidé, après leur rencontre avec les membres de la mission de l’OEA, de ne pas reprendre le dialogue avec les dirigeants haïtiens sur la question, s’ils ne s’excusent pas d’avoir affirmé que les actes de rapatriements massifs ont commencé. La République dominicaine nie avoir ordonné l’expulsion des immigrants haïtiens au cours de l’année 2015. Elle remonte un tel ordre à novembre 2013. Or, les gens qui ont commencé à rentrer en Haïti expliquent que des policiers et des militaires dominicains, les ont arrêtés dans les rues et les ont contraints de monter dans des bus qui les conduisent à la frontière. Par rapport à la question d’excuse, le ministre Renaud croit que la République dominicaine, joue le rôle de « l’agresseur agressé ». Il souligne toutefois que celle-ci n’est pas perçue comme « une ennemie ». Au cours du mois de juin, le gouvernement a formé un comité national mixte chargé d’accueillir les rapatriés, celui-ci est constitué de ministres du gouvernement et de membres de la société civile, venant de divers secteurs. Le coordonnateur du Groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (Garr), Saint-Pierre Beaubrun, souligne à Le National qu’il observe maintenant « un point mort » sur le fonctionnement de ce comité. En termes d’activités déjà réalisées, le coordonnateur du Garr évoque des déplacements sur le terrain dans certaines zones, pour effectuer des évaluations et des échanges avec les médias. Actuellement, il souligne que des réunions sont planifiées. » suite de la première page Les membres de la mission de l’OEA lors de la rencontre avec les organisations de la société civile haïtienne, le 12 juillet 2015. / Photo : Fondation Zile
  5. 5. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 5 ACTUALITÉ « Mariaman », la Mont-Carmel oubliéePar Lionel Edouard HAÏTI/FÊTEPATRONALE M ercredi 15 juillet, il est 5h 45 minutes dans l’après- midi quand de Marlique étant, localité limitrophe de Mariaman, nous entamons ce périple vers cette cité isolée qui, une fois tous les ans est mise sous les pro- jecteurs. Sur la route caillouteuse, il y a une poussière coutumière plus que désagréable. Les motocyclettes, dans un va et vient incessant, trans- portent les visiteurs et autres curieux mobilisés pour l’occasion. À part la marche, c’est le seul moyen de trans- port. Des silhouettes humaines en groupes épars gravissent les flancs de la montagne. Ces pèlerins enthousiastes, vien- nent de partout à travers le pays. De la plaine du Cul-de-sac, du Cap- Haïtien, de Jacmel, entre autres. Ils expliquent qu’ils viennent demander à Notre Dame du Mont- Carmel de leur « ouvrir le passage ». Certains affirment avoir préparé ce pèlerinage durant toute une année. Ils marchent, infatigables, vers la petite église construite depuis l’année 1922. Juchée sur une pente, elle parait plutôt bien vêtue dans sa robe blanche et bleue. Les pèlerins allègrement récitent leurs prières. On y entend certains supplier: « Manman Notre Dame, lekòl timoun yo wi ». Et d’autres : « Notre Dame du Mont-Carmel pro- tège-moi contre les « Haoussa ». Il est déjà huit heures et quelque trente minutes dans la soirée. Dans le voi- sinage, une musique entraînante monte des tentes géantes dressées pour la circonstance. L’odeur de la tisane qui envahit la cour de l’église dissuade de tout départ précipité. Pourtant, l’envie de jubilation est là. Elle brûle l’esprit des uns et des autres. La veille de nuit commence. Elle prendra fin avec la messe tenue aux environs de 4 h du matin, le lendemain. Les pèlerins, fatigués, sont couchés, un peu partout dans la cour de cette église qui fait déjà partie du patrimoine culturel de la zone. Sur des draps, presqu’en hail- lons, ils prient. Avec des blocs de béton en guise d’oreillers, ils se per- dent dans les bras de Mont-Carmel, une vierge peut-être sourde à leurs prières récurrentes. Les espaces bordant l’église sont transformés en dortoirs. On y entend, sous les arbres, dans les bos- quets, les ronflements des dormeurs trop fatigués pour aller danser dans les discothèques improvisées. Le champ libre est laissé aux « bredjenn » qui en profitent pour investir tous les espaces festifs et faire voir leurs chaussures neuves et leurs pantal- ons qui tiennent jusqu’aux genoux. Ils cherchent la bonne affaire. Une belle jeune femme, pour passer la nuit. Des filles cherchent aussi. Le 16 juillet, ça continue... Alors que la messe solennelle bat son plein le jeudi 16 juillet dans la matinée, à l’intérieur de cette vieille église en décrépitude, les vodou- isants prient également. Les deux religions les plus populaires d’Haïti s’entrecroisent sans ambages dans une ambiance de recueillement col- lectif qui laisse deviner un fébrile sentiment d’unité et de partage. À l’extérieur, les marchands de feuilles médicinales et de bains de chance sont aux aguets. Ils offrent des feuilles de pois Congo et de « trompette » pour les infec- tions. Koray et Rale mennen vini pour la chance. Les paquets sont à 25 gourdes. Un morceau de cal- basse séchée (Kwi) est offert pour déposer les feuilles médicinales avant les cérémonies d’usage. On y entend les voix des marchands de bougies s’élever au milieu de cette ambiance cacophonique, pour inviter les passants à formuler leurs demandes, en se dotant, pour seule- ment cinq gourdes, de ce fameux cierge d’invocation. Scène inédite, à l’intérieur de l’église, les gens prient avec leurs bougies éteintes. Un homme dans la trentaine, alors que nous nous interrogeons sur cette pratique par- ticulière et pour le moins étonnante, vient rappeler aux fidèles qu’il est interdit d’allumer les bougies dans l’église. Bizarre! Les bougies allumées sont pourtant un grand symbole dans le catholicisme, évo- quant la présence du Saint-Esprit. Certains y dérogent toutefois, et cachent sous les bancs leurs bou- gies allumées, murmurant leurs prières. Pour la petite histoire Fénélon Zaché (Chachamix) le Dj le plus populaire de la zone se livre sur la situation de la population locale confrontée à des problèmes divers. Depuis plus de vingt-cinq ans, tant bien que mal, il tente de donner une note positive à cette fête oubliée des autorités. Même la police y patrouille rarement. Il a succédé à son père. Son installation lui coûte entre soixante-quinze et cent mille gourdes. Depuis le ven- dredi 10 juillet, il est installé dans la cour d’une école de la zone. Il y met de l’animation et attire les jeunes. Mariaman n’a pas de sources d’eau, encore moins une chute aussi attrayante que celle de Saut-d’Eau. Elle n’a que son environnement et la fraîcheur de l’ombre sous ses arbres en cette période de chaleur torride à offrir aux visiteurs. Les méfaits d’El nino dans cette localité, sont toutefois perceptibles au premier regard. Rien n’est fait pour protéger cet espace qui représente pourtant le poumon de Pétion-ville. Mais, la plus grande menace pour cet environnement autrefois verdoyant, reste l’urbanisation anarchique avec l’élargissement de la ville. La route est une autre grande préoc- cupation des habitants. Une route qui peut conduire jusqu’à la Croix- des- Bouquets, en reliant plusieurs localités, insiste Chachamix. L’état de délabrement de l’église qui ne dispose pas encore d’un presbytère témoigne de cet oubli volontaire des autorités. Les mêmes tôles de 1922 recouvrent encore cet espace de recueillement et de grand sym- bolisme pour les pèlerins. Les bancs qui y ont été mis dès sa création n’ont été changés que cette année par un bon samaritain, informe-t-il. Contraste! Cette année comme à chaque période électorale, les candidats affluent. Des banderoles pour souhaiter bonne fête à la Vierge de Mont-Carmel marquent leur passage. Passée cette fièvre électorale. Mariaman replonge dans l’oubli. Au fil des ans, rien n’a changé, Chachamix avec ses bouteilles de bière à 50 gourdes se débat pour offrir quelques heures de plaisir aux habitants et aux visiteurs qui continuent de fréquenter ces lieux et faire vivre la Mont-Carmel. Des pèlerins à l’entrée de l’église Mont-Carmel à Mariaman, le 16 juillet 2015. / Photo : Ruben Chéry Perdue au cœur du Morne l’Hôpital à environ quinze minutes de voiture du centre de Pétion-ville, la localité de Mariaman a fêté ce 16 juillet sa Mont-Carmel. Dans une ambiance proche du carnaval, dans un mélange de sueur et de poussière, les fêtards ont défilé sur le rythme endiablé des Disk-Jokeys pour donner un autre souffle à ces festivités qui, au fil des ans, perdent de leur ampleur et de leur pittoresque.
  6. 6. 6 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Évans Paul, les poches pleines de promessesPar Noclès Débréus HAÏTI/RENCONTREONU L e Premier ministre, Évans Paul, et la représentante du Secrétaire général de l’ONU en Haïti, Sandra Honoré, ont co-présidé cette importante rencontre avec des pays amis d’Haïti sur le processusélectoral.Étaientégalement présents, le président du Conseil électoral provisoire (CEP), Pierre Louis Opont, le ministre chargé des questions Électorales, Jean Fritz Jean Louis et le conseiller de la primature en Relations internationales, Watson Denis. Le chef du gouvernement en a profité pour informer les pays amis de l’état d’avancement du processus électoral mis en branle depuis quelques mois. « Les élections à venir marquent un moment fort pour notre pays et le gouvernement que j’ai l’honneur de diriger consent tous les efforts possibles pour s’assurer que ces élections aient lieu à temps et dans un environnement serein », a déclaré Évans Paul. Il se dit par ailleurs heureux d’annoncer que le gouvernement haïtien a alloué 6 millions de dollars américains pour la sécurité et 10 millions de dollars pour le financement des partis politiques, en complément des autres efforts financiers déjà substantiels, mis en œuvre en support au processus électoral, lit-on dans un communiqué de presse rendu public par l’ONU. De son côté, Sandra Honoré a précisé que ces élections étaient indispensables pour le renouvellement immédiat des institutions démocratiques du pays. Elles sont indispensables pour le rétablissement de l’équilibre institutionnel et pour la consolidation démocratique d’Haïti sur le long terme, a poursuivi la représentante spéciale du Secrétaire général en Haiti, lors de cette réunion rassemblant des hauts responsables de l’ONU, le Premier ministre, Évans Paul, ainsi que des représentants de pays partenaires. Intervenant aussi à la tribune, le président du Conseil électoral provisoire, Pierre Louis Opont, a réaffirmé que les préparations pour la tenue du premier tour des élections sont sur la bonne voie. Il a aussi exprimé sa gratitude pour le soutien des États membres. «Jusqu’à présent, les efforts conjoints des autorités nationales et des bailleurs internationaux ont généré suffisamment de ressources pour financer le premier tour du scrutin en août. Afin de couvrir le cycle électoral dans son ensemble, un écart budgétaire important doit être couvert », rapporte ce communiqué qui n’a toutefois fourni aucune information sur les engagements de soutien pris par les pays amis concernant le support financier à apporter au budget électoral. Alors que le Premier ministre dit disposer de 10 millions de dollars pour le financement des partis politiques, les candidats ne cessent de se plaindre quant aux difficultés financières rencontrées en ces temps de campagne électorale. Jusqu’à présent, les autorités cherchent encore une formule pour attribuer les 500 millions de gourdes destinées à subventionner les candidats impliqués dans le processus électoral. Au moment de lancer la campagne électorale le 9 juillet dernier, le ministre chargé des questions Électorales, Jean fritz Jean Louis, avait promis que d’ici cette semaine, un premier décaissement aurait eu lieu. Hier, le président de la République, Michel Martelly et le ministre de la Justice, Pierre Richard Casimir se sont prononcés sur ce dossier et n’ont pu donner aucune garantie sur la date où cette subvention serait donnée. Ils invitent les partis politiques à se servir de leurs propres fonds en attendant le support de l’État. Aujourd’hui encore, cette question a été agitée, lors d’une conférence de presse, avec le secrétaire général du CEP, Vijonet Déméro qui informe qu’il est fort probable que cette question soit traitée à partir de la semaine prochaine. Entre-temps, des rumeurs laissent croire que cette subvention pourrait ne pas être attribuée durant cette période de campagne. Le président du CEP, Pierre Louis Opont, à l’ONU, le 16 juillet 2015. Photo: UN Photo / Cia Pak À un moment où un écart budgétaire de 22 millions de dollars américains reste à combler pour la réalisation des prochaines élections, la réunion des pays amis d’Haïti, en soutien au processus électoral, tenue au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce mercredi 16 juillet 2015, semble avoir porté fruits. À l’issue de cette rencontre, plusieurs partenaires internationaux ont promis leur soutien financier au processus électoral, selon des informations disponibles sur le site de l’ONU. Mais aucune information n’a filtré sur le montant promis. » suite de la première page
  7. 7. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 7 ACTUALITÉ Une quinzaine d'organisations vont marcher pour la dignité des Haïtiens HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION D esorganisationsdelasociété civile haïtienne prévoient de marcher le 21 juillet prochain pour dénoncer le processus de rapatriement des Haï- tiens de la République Dominicaine et de déportation de Dominicains vers Haïti. L’initiative est lancée par le Collectif 4 décembre, rejoint par les autres organisations, dont le Groupe d’appui aux rapatriés et refugiés (Garr), le réseau national de défense des droits humains (RNDDH), la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) et le Centre œcuménique des droits humains. L’initiative est réalisée sous le label de « marche pour la dignité » et projette d’appeler les responsables à tous les niveaux à agir pour redorer la dignité haïtienne. L’idée est de « dénoncer », le processus de rapatriement et de déportation vers le territoire haïtien dans des conditions inhumaines. « Qu’on cesse de recevoir ces gifles ! », s’exclame Jean Robert Argant, coordonnateur du Collectif 4 décembre joint par AlterPresse. Les initiateurs du mouvement visent à appeler les Haïtiens à réagir face à cette attitude des Dominicains de refouler les immigrants haïtiens et d’expulser des dominicains dénationalisés par un arrêt de la cour constitutionnelle dominicaine, daté du 23 septembre 2013. Cette décision de justice enlève la citoyenneté à tout Dominicain né sur le sol de ce pays à partir de 1929. Le Collectif estime nécessaire de boycotter les produits dominicains. Un boycott difficile car le pays ne produit pas assez pour répondre aux besoins des citoyens. Dans ce contexte, le Collectif 4 décembre, croit que « la production nationale est la voie à suivre » et que les Haïtiennes et Haïtiens doivent y chercher la solution. La marche partira du Champs- de-Mars, au centre de la capitale, et se terminera devant le bureau du premier ministre Evans Paul, au bas de la ville, pour porter le message de l’action pour la restauration de la dignité des Haïtiens et du pays tout entier. Le Collectif 4 décembre juge important d’entreprendre des démarches économiques susceptibles de favoriser la création d’emplois. Il déplore la faiblesse des institutions haïtiennes, « défaillantes » et souhaite que les Haïtiens commencent à croire en la création d’entreprises. Le coordonnateur du Collectif 4 décembre, Jean Robert Argant. / Photo d’archives
  8. 8. 8 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 MONDE C ’est une jolie île touristique, coincéedansuneunionmoné- taire avec un gros secteur public et une dette colossale qu’elle ne peut pas rembourser. Et sa faillite risque de provoquer une onde de choc sur les marchés… Non, il ne s’agit pas d’une île grecque, mais de Porto Rico, au large de la République dominicaine. Depuis des mois, on la surnomme la « Grèce de l’Amérique », puisqu’elle souffre en fait des mêmes maux. Un statut entre État et colonie Porto Rico possède un statut hybride assez bizarre de Commonwealth, qui n’en fait pas un État à part entière et l’empêche de fonctionner de manière indépendante. « Nous sommes une des dernières colonies », résume Ruben Berrios, le leader du Parti indépendantiste. Cette île, un peu plus grande que la Corse, a été cédée aux États-Unis en 1898 par l’Espagne. La vieille ville de San Juan a d’ailleurs un faux air de Séville avec ses maisons à balcons fleuris, ses rues en pavé bleu et ses églises blanches. L’île possède sa propre Constitution, élit son gouverneur, envoie des athlètes aux JO et sélectionne une Miss Porto Rico, mais dépend en fait de Washington. Les 3,6 millions de Portoricains sont citoyens américains, le dollar et l’anglais y ont cours. On y joue au baseball, sans toutefois que la population ait le droit de vote à la présidentielle. Elle n’élit pas non plus de représentant au Congrès. Au-delà, le territoire ne fait pas vraiment une bonne publicité aux États-Unis : 45 % de la population vit en deçà du seuil de pauvreté, la seule industrie prospère semble être le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine... Sans oublier la crise économique dans laquelle Porto Rico patauge depuis près de dix ans : 15 % de taux de chômage, un endettement de 72 milliards de dollars… Plutôt ironique : l’Oncle Sam, volontiers donneur de leçons dans la crise européenne, a lui aussi son propre canard boiteux et ensoleillé. Ce qui d’ailleurs a fait dire, sur un ton persifleur, au ministre allemand des Finances qu’il avait offert à Jack Lew, son homologue américain, de prendre Porto Rico dans la zone euro si les États-Unis prenaient la Grèce ! Des obligations aux garanties béton Ledéclinde«l’îledel’enchantement » ne date pas d’hier. Après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion du gouvernement américain, les plantations de canne à sucre sont remplacées par des usines textiles, électroniques et, plus récemment, pharmaceutiques attirées par l’accès au marché américain et des exonérations fiscales très avantageuses. L’île connaît une croissance fulgurante, qui s’essouffle peu à peu avec la hausse des coûts et la concurrence d’autres pays émergents. En 2006, le mécanisme d’exemption fiscale qui coûte très cher aux États-Unis est supprimé. Beaucoup d’entreprises quittent alors l’île au moment où l’Amérique plonge dans la récession. Ce qui fait dire à bon nombre que le marasme actuel est la faute de Washington. D’autant que, pour combler son déficit, Porto Rico a été autorisé à émettre des obligations exonérées de toutes taxes, aux garanties de remboursement inhabituelles : en cas de défaut, les créanciers seront payés en priorité, précise la Constitution. Une aubaine pour les investisseurs qui se ruent sur ces bons à haut rendement sans se poser trop de questions sur la situation économique réelle de l’île. Entre 2000 et 2012, l’endettement a presque été multiplié par trois. Porto Rico est ainsi devenu le troisième plus gros émetteur d’obligations municipales, après la Californie et New York. Plan d’austérité et dette impayable Le gouverneur Alejandro García Padilla a lancé un plan d’austérité qui relève l’âge de la retraite, augmente les impôts et sabre les dépenses. Des réformes indispensables mais qui étranglent un peu plus l’économie et pousse à un exode. Grâce à leur passeport américain, les Portoricains peuvent sauter dans un avion pour aller chercher du travail à Orlando ou à New York. Ils ne s’en privent pas. Rien que sur les deux dernières années, Porto Rico a perdu plus de 2 % de sa population et le nombre de résidents de la diaspora dépasse celui de l’île. Mais c’est « une spirale infernale », comme le dit le gouverneur : avec la baisse des contribuables, l’île doit augmenter les impôts pour payer sa dette, ce qui pousse d’autres gens à partir. Le mois dernier, le gouverneur a annoncé que la dette était « impayable », donnant des sueurs froides à l’administration. En effet, plus de 180 fonds communs américains ont 5 % de leur portefeuille constitué en bons portoricains, selon l’institut de recherche Morningstar. Devenir le 51e État ? Comme la Grèce, voire en pire, l’île désenchantée n’a pas beaucoup d’options devant elle. Elle ne peut pas dévaluer, ni espérer une aide du FMI, puisque ce n’est pas un pays, ni se déclarer en faillite, puisqu’elle est soumise au régime des États américains. Quant au Congrès, il n’a sans doute guère envie de voter un renflouement. Et même si de plus en plus de voix s’élèvent pour un changement de statut, elles demeurent divisées entre velléités d’indépendance et rêve de devenir le 51e État de l’Union. Cette semaine a commencé une série de réunions avec les créanciers. Les autorités de l’île veulent une renégociation de la dette et l’autorisation du Congrès américain de pouvoir placer sous le régime de la faillite notamment les entreprises publiques, dont l’EDF locale, qui croulent aussi sous les dettes. Certains démocrates se disent pour, mais les républicains traînent des pieds : pas question de se mettre à dos les créanciers américains. En même temps, les voix de la puissante diaspora portoricaine comptent, surtout en Floride, aux yeux de tous les candidats à la présidentielle de 2016. Porto Rico, la « Grèce de l'Amérique » Par Hélène Vissière L’île, qui n’est même pas un État à part entière, ne peut ni dévaluer ni se déclarer en faillite.©Hannes Breustedt Des touristes, un secteur public obèse, une dette abyssale... La seule solution pour la jumelle américaine de la Grèce : devenir le 51e État de l’Union.
  9. 9. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 9 MONDE Le gouvernement qatari, le plus efficace du monde selon un classement Sources : 20minutes.fr Q uatre militaires ont été tués jeudi lors d’une fusil- lade près de Chattanooga dans le Tennessee (sud des Etats-Unis), a indiqué le journal local Chattanooga Times Free Press sur son compte Twitter, sans identifier ses sources. Un policier a également été blessé mais, selon les médias locaux, ses jours ne sont pas en danger. Selon la presse, le tireur a été tué par les forces de l’ordre. La police de Chattanooga avait simplement indiqué sur Twitter vers 17H15 GMT que l’incident de la fusillade était “terminé”. Il avait débuté vers 10H00 locales (15H00 GMT). Les autorités devaient donner rapidement une conférence de presse. Des tirs ont été entendus à proximité de deux installations militaires à une dizaine de kilomètres l’une de l’autre: une base de réservistes de la marine américaine et un centre de recrutement où plusieurs forces armées sont présentes, a détaillé à l’AFP un responsable américain, sans donner de bilan. Au moins un tir provenant de l’extérieur de la base a été entendu, a précisé cette source. Selon elle, plusieurs tirs « par longues rafales » ont en revanche été entendus au centre de recrutement sans qu’il soit confirmé que le tireur disposait d’une arme automatique. Les télévisions diffusaient des images montrant plusieurs impacts de balles sur des vitrines du centre de recrutement, et des douilles sur le sol. Obama tenu au courant Le président américain Barack Obama « a été informé par le personnel de la sécurité nationale sur la fusillade de Chattanooga, et continuera à être tenu au courant » de la situation, a indiqué Eric Schultz, porte-parole de la Maison Blanche. « Nous avons des informations faisant état d’un agent des forces de l’ordre qui est à terre », avait fait savoir plus tôt le maire de Chattanooga, Andy Berke, sans préciser si l’agent était décédé. « Le suspect est aussi à terre », a-t-il ajouté, sans autres détails. L’US Navy a confirmé une fusillade dans un bâtiment à Chattanooga. Une base de la marine, ainsi que des commerces et plusieurs établissements scolaires ont notamment été bouclés par mesure de précaution. Erica White, témoin de la fusillade à travers la fenêtre d’un salon de coiffure situé à quelques mètres du centre de recrutement, a raconté sur CNN avoir « entendu un boum, un boum très fort. Alors nous sommes allés voir par la fenêtre de quoi il s’agissait ». « Nous avons vu un homme dans une (Ford) Mustang couleur argent qui tirait sur le centre de recrutement de la marine », a-t-elle ajouté, précisant que l’homme avait rechargé son arme et recommencé à tirer sur le bâtiment. Selon elle, il a ensuite déplacé sa voiture avant de recommencer à tirer sur un autre endroit du centre de recrutement. Le sénateur Bob Corker, ancien maire de Chattanooga, a dit avoir le « cœur brisé ». « C’est un jour difficile pour les habitants du Tennessee et nos pensées et prières vont à tous ceux qui sont affectés par cette tragédie », a-t-il dit dans un communiqué. États-Unis : quatre militaires tués dans une fusillade dans le Tennessee Sources : AFP Un centre de recrutement de l’armée américaine lors d’un salon à Washington DC le 13 octobre 2014. / Photo: AFP / AFP Politique le Venezuela et l’Italie sont les derniers de ce classement réalisé par le Forum économique mondial... L e meilleur gouvernement du monde serait-il qatari ? A en croire un classement publié par le Forum économique mondial, qui organise chaque année la réunion de Davos, il est en tout cas le plus efficace. Parmi les critères déterminant l’ordre des 144 gouvernements du classement, l’organisation a retenu les dépenses inutiles, le poids de la régulation ou encore la transparence des politiques publiques. Rien sur les droits de l’homme ou les investissements dans le sport, en revanche. Le Qatar arrive donc en tête, devant Singapour, la Finlande, Hong Kong et les Emirats arabes unis. En bas de classement, on trouve le Venezuela, juste derrière l’Italie, l’Argentine, le Liban et la Libye. A noter la septième place du Rwanda, dont le Forum économique mondial salue les dépenses sans pertes. L’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani à Doha le 9 décembre 2014. / Photo: Marwan Naamani AF
  10. 10. 10 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Développement : accord à Addis Abeba pour trouver 2 500 milliards de dollars Sources : AFP L es pays riches et les Nations en développement se sont entendus jeudi sur les moyens de trouver les quelque 2 500 milliards de dollars nécessaires au financement du développement d’ici à 2030, à l’issue d’une conférence de quatre jours dans la capitale éthiopi- enne Addis Abeba. Ces fonds sont nécessaires pour atteindre les 17 objectifs de dével- oppement durable (ODD) que l’ONU est en train de fixer pour 2015-2030, avec l’ambition d’éradiquer d’ici 2030 la pauvreté et la faim dans le monde, tout en maîtrisant le change- ment climatique. Les pays donateurs ont réaffirmé leur objectif de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide au développement. Le docu- ment adopté à l’issue de cette con- férence sous l’égide de l’ONU encour- age également la coopération avec le secteur privé et propose des mesures de soutien aux pays en développe- ment pour améliorer leurs politiques fiscales et générer davantage de reve- nus par la collecte d’impôts. Pour le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, l’accord constitue « une importante avancée vers un monde de prospérité et de dignité pour tous ». Cet accord s’est néanmoins fait au prix d’un recul des pays pauvres sur la fiscalité: après d’âpres négo- ciations, ils ont renoncé à la créa- tion d’un organisme, chapeauté par l’ONU, de lutte contre une évasion fiscale qui leur fait perdre tous les ans des dizaines de milliards de dol- lars. La création de cette instance aurait eu pour mission d’établir de nouvelles normes fiscales inter- nationales dans la lutte contre les flux illicites et l’évasion fiscale, en particulier des multinationales, qui font perdre des dizaines de milliards de dollars par an aux pays pauvres. Mais sa mise en place divisait pays du Nord et du Sud. Les premiers estimaient que l’OCDE, qui regroupe les 34 pays les plus avancés, suffit pour débattre des questions de taxation internationale. Pour eux, un nouvel organisme cha- peauté par l’ONU risquait surtout d’introduire des lourdeurs. L’argument était contesté par les pays du G77, qui rassemble 134 pays en développement, emmenés par l’Inde et le Brésil, qui réclama- ient, avec de nombreuses ONG, une instance intergouvernementale dans laquelle tous les pays pourraient faire entendre leur voix. L’idée était de mettre fin aux transferts de béné- fices permettant aux multinationales d’échapper à l’impôt dans les pays où elles opèrent, souvent en ayant recours aux paradis fiscaux. Enjeu très politique Devant l’inflexibilité des pays du Nord, États-Unis et Royaume-Uni en tête, les pays en développement ont abandonné leur revendication, en raison notamment des appels pressants de l’Ethiopie, hôte de la conférence, qui craignait un échec de la conférence sur son sol. Le texte final dit seulement que les experts du modeste Comité sur la coopéra- tion internationale en matière fis- cale, qui existe déjà au sein de l’ONU avec un rôle purement consultatif, soient désormais nommés « par les gouvernements » et sélectionnés « selon une distribution géographique équitable ». « Les États-Unis et l’Europe ont réussi à garder la mainmise sur le système de gouvernance mondiale, dont fait partie la fiscalité. Il était important pour les pays en dével- oppement d’avoir une voix sur ces questions. Le monde de Bretton Woods (le système financier mondial établi en 1944) est préservé. Rien n’a changé », s’est agacé Lucie Watrinet, du CCFD-Terre Solidaire, coordina- trice de la Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires. Pour nombre de participants, la question de cet organisme fiscal dépassait la simple question des normes de taxation. Les pays du G77 y voyaient avant tout une façon de contester la domination des pays occidentaux sur l’établissement des règles internationales. « Cette question est devenue un enjeu très politique. Il est facile de compren- dre que les pays en développement ont besoin d’un organisme fiscal intergouvernemental plutôt que de s’entendre dire par l’OCDE ce qu’ils doivent faire. Mais il est plus difficile de dire si cette instance de l’ONU serait vrai- ment efficace pour générer davan- tage de recettes fiscales dans ces pays », juge Paddy Carter, chercheur à l’Overseas development institute (ODI), un groupe de réflexion britan- nique spécialisé dans le développe- ment. Les délégués insistaient cependant jeudi sur le « succès » de la con- férence. « C’est un compromis (...) C’est un processus et nous devons aller de l’avant », a confié Jayant Sinha, le ministre indien des Financ- es. L’échec des pays du Sud sur la fis- calité ne doit pas cacher de réels progrès a estimé Eric LeCompte, directeur de Jubilee USA Network, organisation spécialisée sur la ques- tion de la dette des pays pauvres: « Il y a 3 ans, personne ne parlait de la questions des flux illicites et main- tenant nous avons pour la première fois un accord global pour tenter de les éliminer d’ici 2030 ». Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon (à d.) et la présidente de l’Union africaine Nkosazana Dlamini Zuma tiennent une conférence de presse le 13 juillet 2015 à Addis Abeba, en Ethiopie. / Photo: AFP/AFP/Archives Le Brésil pourrait devenir le premier fournisseur mondial de produits alimentaires Sources : Le Monde L e Brésil, septième économie de la planète, pourrait dépasser les Etats-Unis et devenir pre- mier fournisseur de produits alimentaires et biens agricoles du monde, selon un rapport présenté mercredi 15 juillet par la FAO et l’OCDE. Dans le rapport annuel sur les perspectives agricoles 2015-2024 des deux organisations internatio- nales, un chapitre spécial sur le Brésil souligne les opportunités de ce pays pour augmenter sa pro- duction et répondre à la demande croissante de protéines dans le monde lors de la prochaine décen- nie, surtout en Asie. Principale source de devises « Le pays est parmi les dix plus grandes économies du monde et le deuxième fournisseur de produits alimentaires et agricoles. Le Brésil est prêt pour devenir le plus grand fournisseur (…). Au cours des dix prochaines années, les récoltes du Brésil devront con- tinuer à croître sur la base de la production et de la surface agri- cole », souligne le texte qui estime la surface cultivée au Brésil en 2024 à 69,4 millions d’hectares. Selon les données officielles, le géant sud-américain récoltera 204,3 millions de tonnes de céré- ales et oléagineux cette année, sur 57,5 millions d’hectares cultivés. La Confédération brésilienne de l’Agriculture (CNA) a par ail- leurs estimé mercredi, dans un communiqué, que le secteur de l’agroalimentaire engrangerait un chiffre d’affaires de 478,3 mil- liards de reais (139,2 milliards d’euros) cette année, une hausse de 5,8 % par rapport à 2014. Ce secteur arrive en tête des exportations du Brésil et constitue sa principale source de devises. De plus, il joue un rôle central pour coordonner les politiques publiques comme celles qui ont aidé le pays à sortir l’an dernier de la carte de la faim, établie par l’ONU pour recenser les popula- tions dans le monde qui sont sous- alimentées.
  11. 11. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 11 ÉCONOMIE DETTEEXTERNE Venezuela : à quelques encablures d'un défaut de paiement ? Sources combinées Le Venezuela ne va pas très bien. Ce partenaire privilégié d’Haïti éprouve actuellement de sérieuses difficultés économiques et financières. Un service de la dette externe très pesant. Un déficit non moins gênant de sa balance de paiement. Et plus de 50% de pertes des revenus tirés de l’exportation du pétrole. À la fin de l’année 2015, le Venezuela pourrait enreg- istrer plus de 34 milliards de dollars en importations de biens et de services. Une prédic- tion qui illustre assez bien la situa- tion économique et financière de la cinquième puissance économique latino-américaine. Avec une population de 30 mil- lions d’habitants, un Produit intérieur brut (PIB) de 209,226 milliards de $US, le Venezuela traine le fardeau d’une dette pub- lique externe estimée au premier semestre de 2015 à 41,3% de son PIB. Entrée en récession en 2014, constatent les experts, l’économie du Venezuela a peu de chances de voir sa situation s’améliorer en 2015. La consommation privée, soutenue par la dépense publique sous forme d’aides sociales mul- tiples en faveur des classes défa- vorisées, est affectée par un niveau d’inflation élevé. La faiblesse de l’investissement privé, national et étranger, devrait se poursuivre en raison des restrictions aux impor- tations et aux devises, ainsi qu’aux difficultés pour rapatrier les divi- dendes et une relative insécurité juridique. La méfiance des investisseurs locaux et étrangers favorisent d’ailleurs les sorties de capitaux du pays. En outre, les capaci- tés productives du secteur agri- cole et industriel, affectées par l’insuffisance des investissements, sont laissées à l’abandon au profit du secteur pétrolier. L’inflation res- tera forte alimentée par l’expansion rapide de la masse monétaire, la pénurie de biens (automobile, produits d’hygiène et denrées ali- mentaires de base), ainsi que les difficultés à se procurer les devises pour importer. Déficit budgétaire Les comptes publics sont très déficitaires en raison de la poli- tique laxiste menée par le gou- vernement depuis des années. En 2015, le déficit, financé en grande partie par la création monétaire, devrait encore se creuser. Alors que les recettes pétrolières ont cessé de progresser, la réduction des dépenses publiques (sub- ventions sur le prix de l’essence notamment) semble peu prob- able compte tenu du fort coût politique que cela pourrait avoir à l’approche des élections légis- latives de septembre 2015. En outre, l’opacité liée à la gestion discrétionnaire de la rente pétro- lière et le recours à des véhicules extrabudgétaires de financement des programmes sociaux, rendent difficile une appréciation précise de la situation des finances pub- liques. Par ailleurs, le niveau de l’endettement public, n’intègre pas la part de la dette non déclarée des autres entités publiques, y com- pris une partie de celle de PDVSA, dont les ressources sont utilisées pour le financement de certaines dépenses sociales. Des sorties de capitaux L’excédent courant devrait se réduire. Les exportations pétro- lières (90% du total des exporta- tions) reculent du fait de la baisse des cours et des quantités crois- santes affectées au remboursement des prêts chinois. En face, le con- trôle des changes et des importa- tions ne réduit pas suffisamment les importations de biens de con- sommation et d’équipement, mais aussi de produits pétroliers raffi- nés, conséquence de l’état dans lequel se trouve le secteur non pétrolier et les capacités de raf- finage insuffisantes. Les nouveaux investissements directs étrangers sont très réduits et les participations étrangères dans les sociétés mixtes pétro- lières entraînent des rapatriements de profits. Enfin, malgré le strict contrôle des changes, les fuites de capitaux sont très élevées, facilitées par la corruption et les anticipations inflationnistes. Les émissions obligataires de PDVSA sur le marché international et le recours aux prêts bilatéraux ne suf- fisent pas à équilibrer la balance des paiements, si bien que le pays doit puiser dans ses réserves dont le niveau a beaucoup baissé. Un environnement des affaires très difficile Elu en avril 2013, le président Nicolas Maduro du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) est dépourvu de la popularité de son prédécesseur, Hugo Chavez. Bien qu’il ait su faire taire l’opposition qui voulait son départ suite aux mouvements sociaux violents qui ont éclaté début 2014, le prési- dent éprouvera des difficultés à consolider sa position jusqu’aux prochaines élections législatives de 2015. La situation économique déplorable du pays favorise l’opposition, mais celle-ci est sus- ceptible d’être divisée entre l’aile radicale, frustrée par l’échec de ses efforts visant à faire tomber le gouvernement de Nicolas Maduro et la faction plus modérée du MUD (Mesa de la Unidad Democratica). En attendant, l’environnement des affaires ne cesse de se dégrader. Les fournisseurs de l’Etat et du secteur pétrolier enregistrent d’importants retards de paiement. Les importateurs parviennent diffi- cilement à obtenir des devises. Du fait de l’hyperinflation, du contrôle des changes et de la fuite devant le bolivar, un écart énorme est con- staté entre le cours officiel, irréel malgré sa dévaluation épisodique, et celui pratiqué sur le marché parallèle, à l’inverse très sous- évalué. La détérioration des infra- structures, liée à la négligence de l’investissement public depuis des années, la hausse de la criminalité ainsi qu’une certaine hostilité du gouvernement envers le secteur privé dissuadent les investisseurs. Risque de défaut de paiement La Bank of America Merril Lynch a demandé à 54 analystes et spé- cialistes de l’économie vénézué- lienne s’il existait une possibilité que l’administration Maduro se retrouve en situation de cessation de paiement de la dette externe. 52% des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative, 11% pensent que le défaut de paiement serait inévitable si le chavisme garde le pouvoir tandis que 16% croient qu’un gouvernement mili- taire n’y échapperait pas. 18% des personnes consultées sont convaincues qu’un gouvernement de transition paierait le service de la dette. Les probabilités de la ces- sation de paiement seraient plus hautes (2%) au cas où le gouverne- ment serait dirigé par l’opposition. La majorité des spécialistes consul- tés partagent toutefois la vision d’un Venezuela payant régulièrement le service de la dette pour éviter de se mettre dans une situation, trop coûteuse, de cessation de paiement. La Bank of America a également pronostiqué pour l’année 2015, des dépenses de l’ordre de 34 mil- liards de dollars en importations de biens et de services. Ce montant représente quand même une chute de 46.6% par rapport à l’année 2012 mais elle se révèlera incapa- ble de colmater la brèche creusée par la perte récente de 51 milliards de dollars de recettes pétrolières revenus pétroliers. L’entreprise PDVSA, la compagnie pétrolière publique vénézuélienne a souffert l’année dernière d’un recul sig- nificatif de son chiffre d’affaires, 4,3% en 2014 à 128,4 milliards de dollars. Cette entreprise, rouage essentiel de l’économie vénézuéli- enne qui en tire 96% de ses devis- es, a vu sa production baisser de 4% à 2,78 millions de barils par jour (mbj), tandis que ses exporta- tions ont diminué de 2,8% à 2,35 mbj. L’héritage de Chavez Contrairement à certains pronostics, le Venezuela ne se noiera pas dans son pétrole. Il dispose encore de séri- eux atouts, susceptibles de renforcer sa résilience. Ce pays dispose encore des réserves considérables de pétrole le long du fleuve Orénoque ainsi qu’un fort potentiel gazier offshore. La compagnie pétrolière nationale PDVSA dispose encore d’importants actifs (y compris aux Etats-Unis).Il peut encore tirer profit de sa prox- imité géographique avec les Etats- Unis, premier marché d’exportation de son pétrole et s’il a perdu un peu de son influence dans la région Cara- ïbe à cause de la longue agonie de PetroCaribe, il y est encore considéré comme le partenaire crédible, atten- tionné et efficient. Mais sa population active croissante reste son plus grand atout. Certains interprètent la tendance actuelle de l’économie vénézuélienne comme une réponse au capitalisme rentier. Forte d’un recensement de plus de 250 000 coopératives au second semestre 2009, l’économie véné- zuélienne est actuellement en pleine métamorphose, expérimentant de nouveaux modèles de production au service de la collectivité. Les travaux consacrés à la coopération et à l’économie sociale, promue par une politique volontaire, y sont en pleine ébullition. En juin 2008, la loi pour le dével- oppement de l’économie populaire est donc adoptée. Elle permet la création de nouvelles organisations socio-productives avec l’idée de créer une association étroite entre le secteur des coopératives et les instances exécutives du « pouvoir populaire » (conseils communaux mettant en œuvre la démocratie participative locale). Ces unités de production recherchent un impact social maximal dans les commu- nautés où elles sont localisées en y redistribuant leurs excédents. Cette loi qualifie d’« organisations socio-productives » les entreprises de distribution sociale, les groupes d’échanges solidaires, les entreprises communales ou de propriété sociale directe, les groupes de troc commu- nautaire, ainsi que les entreprises de production sociale (EPS) [loi con- sultable sur www.sunacoop.gob.ve]. « Tout n’est pas perdu, argumente Camilo Bracho le coordonnateur d’une organisation socio-productive de El Hatillo (Barquisimeto). L’espoir demeure. L’héritage du Comandante Chavez sera ce levain qui garantira le dynamisme populaire pour une meilleure cohésion sociale ».
  12. 12. 12 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 ÉCONOMIE L’ex ministre des finances grec Yanis Varoufakis, démis de ses fonctions au lendemain du référendum du 5 juillet, ne s’est pas résigné à prendre une retraite discrète. Il vient de publier une version intégrale de l’accord signé par le PM Alexis Tsipras, avec ses remarques et annotations corrosives. Yanis Varoufakis publie sa version annotée et corrosive du nouvel accord avec la troïka Par Jean-Baptiste Duval / HuffPost GRÈCE/ZONEEURO V oici ses dix remarques les plus cinglantes à propos de cet accord qu’il a comparé au Traité de Versailles, sym- bole de l’humiliation de l’Allemagne à l’issue de la Première guerre mon- diale, en 1919 (les annotations sont en caractères gras, ndlr) : 1. Berlin ne fait confiance qu’au FMI “Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI. Il s’agit d’une condition préalable pour que l’Eurogroupe approuve un nou- veau programme du MES. La Grèce demandera donc que le FMI main- tienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016. [Berlin croit toujours que la Commis- sion n’est pas fiable pour ‘policer’ les propres plans de sauvetage de l’Europe.] 2. Une totale soumission de la Grèce est exigée “Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet de la zone euro se félicite que la Grèce ait pris l’engagement de légiférer sans délai sur une première série de mesures.” [la Grèce doit se soumettre elle-même à un waterboarding (technique d’interrogatoire qui simule la noyade, NDLR) fiscal, avant même qu’aucun financement ne soit proposé] 3. La hausse de la TVA, catastrophique et inefficace “une rationalisation du régime de TVA [pour la rendre plus rétrograde, grâce à une hausse des taux qui encourage la fraude à la TVA] et un élargissement de l’assiette fiscale afin d’accroître les recettes” [infligeant un coup majeur à la seule industrie de croissance grecque - le tourisme] 4. Encore et toujours plus d’austérité “la pleine mise en œuvre des dis- positions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire, notam- ment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finali- sation du protocole d’accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents pri- maires, après avoir sollicité l’avis du conseil budgétaire et sous réserve de l’accord préalable des institutions [le gouvernement grec, qui sait que les objectifs fiscaux imposés ne seront jamais atteint avec l’austérité impo- sée, doit s’engager à plus d’austérité automatique comme résultat des nouveaux échecs de la troïka] 5. Faillites en cascade “L’adoption du code de procédure civile, qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine [faillites, expulsions, et liquidation de milliers de foyers et de commerces qui ne sont plus en position de payer leur emprunt/ loyer] 6. Syriza doit être humilié “Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités grecques, condition préalable pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme du MES. À cet égard, il est essentiel que la maîtrise du processus revienne aux autorités grecques, et les engagements pris dans ce contexte devraient être suivis d’une mise en œuvre effective. [le gouvernement Syriza doit être humilié au point qu’il lui est demandé de s’imposer à lui- même une rude austérité comme premier pas vers la demande d’un autre prêt de sauvetage toxic, du genre de ceux que Syriza combat, ce pour quoi il est connu internationnalement] 7. L’asphyxie tactique des créanciers “Afin de pouvoir servir de base à la conclusion positive du protocole d’accord, les mesures de réforme présentées par la Grèce doivent être sérieusement renforcées compte tenu de la profonde dégradation de la situation économique et budgé- taire du pays au cours de l’année dernière. [le gouvernement Syriza doit accepter le mensonge selon lequel il a, et non l’asphyxie tactique de ses créanciers, causé la profonde détérioration des six derniers mois - la victime doit prendre le blâme à la place du méchant] 8. Les sommes dérisoires des privatisations “Élaborer un programme de priva- tisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront trans- férés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privati- sations et d’autres moyens. La monétisation des actifs con- stituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements. [le bien public sera vendu et les sommes dérisoires iront au service d’une dette insoutenable - avec précisément aucun reste pour l’investissement public ou privé] 9. Faire de la Grèce une technocratie inepte “Conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement renforcer l’administration publique grecque, et mettre en place, sous l’égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l’administration publique grecque. [Transformer la Grèce en une zone zéro-démocratie calquée sur Brux- elles, une forme de prétendu gou- vernement technocratique, qui est politiquement toxique et macro- économiquement inepte] 10. Une dette insoutenable? Ca alors ! “De sérieux doutes planent sur le caractère soutenable de la dette grecque. [Vraiment? Ca alors!] Cela est dû au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, qui a entraîné la dégradation récente de l’environnement macroéconomique et financier du pays. Le sommet de la zone euro rappelle que les États membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont allégé le service de la dette de la Grèce et sensiblement réduit les coûts.” [Ce ne sont pas les plans de ‘sauvetage’ de 2010 et 2012 qui, en conjonction avec une austérité destructrice de PIB, ont fait grimper la dette jusqu’à des hauteurs immenses - c’est la per- spective, et la réalité, d’un gouverne- ment qui a critiqué ces prêts... qui a rendu la dette insoutenable !]. *Pour consulter la version intégrale de l’accord annotée par Yanis Varou- fakis http://t.co/pNgjBn4Hwq « Le bien public sera vendu et les sommes dérisoires iront au service d’une dette insoutenable ». / Photo: Scoopnetr
  13. 13. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 13
  14. 14. 14 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ B uron n’était pas content du tout. Cela se voyait. Il ne me tendit même pas la main, grognant dans sa barbe de plusieurs jours une invitation à m’asseoir. Même son verre de whisky semblait subir sa fureur, car il l’avait rempli sans lui faire honneur. -Je vous connais trop bien, Buron, lui dis-je. Que se passe-t-il ? -Je hais les journalistes, me lança-t-il. Il ponctua son éclat d’une grande gorgée de whisky. -Vous pouvez m’expliquer pourquoi ? demandai-je prudemment. -Pourquoi ? Mais vous n’entendez pas la radio. On me vilipende parce que je n’ai donné que 80.000 gourdes à un fonds qu’on constitue pour les haïtiens qu’on rapatrie de la République Dominicaine. Je ne savais pas qu’il allait m’entretenir de ce sujet. -Je sais Buron. Vous faites partie d’une groupe de neufs millionnaires haïtiens qui ont constitué un fonds de 700 mille gourdes pour aider nos compatriotes malmenés par les dominicains. -Elles sont rares ces initiatives, cher ami, se rengorgea Buron. Nous manifestons notre intérêt pour le pays, pour ce peuple souffrant et voici qu’un piètre journaliste m’agresse en questionnant les 80.000 gourdes de ma contribution. 80 000 gourdes oui, cher ami. 80.000 gourdes pour des Haïtiens ! Vous vous rendez compte ! C’était quelque part vrai. Buron donnant 80.000 gourdes pour des Haïtiens, c’était quelque chose d’appréciable. Quelque chose changeait- il chez le monstre ? Notre pays avait-il une chance ? -Vu l’étendu de votre fortune, on peut juger que 80.000 gourdes de participation à un tel fonds est… ridicule. -C’est l’intention qui compte, hurle Buron. Epi pa gen moun ki te ede m fè lajan m. M fè sa m vle avè l. -Quand même Buron, lui dis-je. Vous et vos amis auriez pu faire un petit effort même pour votre image. Buron me regarde d’un air mauvais. -Elle a quoi mon image ? Je jugeai prudent de détourner la conversation. -Vous êtes donc fier de votre contribution ? -Bien sûr que oui, me dit-il. C’est une contribution qui peut servir d’exemple. Il faut que l’élite de ce pays montre le chemin à suivre. Il faut mettre fin au mépris social. Il faut que nous travaillons à l’inclusion des exclus. Je restai bouche bée devant les paroles d’Albert Buron. -Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas, continue le grand homme. A ce moment, un homme entre dans le salon avec un cartable. Buron lui fait signe d’approcher. -Alors ? lui lance le grand homme. -3.000.000 de gourdes pour le gazon et la piscine, dit le nouveau venu. Je vous ai préparé le chèque. -Je croyais que c’aurait été plus cher, roucoule Buron. Buron prend son stylo et signe ce que lui tend l’homme, certainement son comptable qui s’éclipse ensuite. Je tousse, quelque peu gêné, avant de dire : « Ce serait triste Buron qu’après avoir déboursé cette somme colossale de 80.000 gourdes pour les rapatriés d’en découvrir un sur son gazon ou dans sa piscine. » - Un rapatrié sur mon gazon ! Dans ma piscine ! s’exclame le grand bourgeois haïtien. J’ai déjà fait ma part ! Je n’inclus pas des exclus chez moi ! L e cardinal Chibly Langlois appelle la population en général et les jeunes en partic- ulier à faire des choix éclairés lors des élections législatives, sénato- riales, municipales et présidentielle prévues pour cette année 2015. Le président de la Conférence épiscopale d’Haïti qui assure également la direction du diocèse des Cayes, exhorte les catholiques à voter les candidats chrétiens qui pourront défendre la position de l’église en vue de sortir le pays de sa situation catastrophique. Les chrétiens ont besoin d’une nouvelle société, des candidats chrétiens qui puissent aider le peuple à sortir de la misère. « Beau- coup de candidats qui m’écoutent présentement, je vous demande, en cas de victoire aux élections, de vous montrer à la hauteur de vos responsabilités », a lâché le cardi- nal Chibly Langlois lors d’un ras- semblement de plus de cinq mille jeunes catholiques, le dimanche 12 juillet 2015 aux Cayes. Le chef de l’église catholique en Haïti a fait allusion, dans son intervention, au candidat à la présidence, Aviol Fleurant, fils de l’église, qu’il présente aux Chrétiens comme son ami personnel. « Nou bouke ak moun ki bezwen pouvwa, e ki pa konn sa yo rele gouvène », a lancé Chibly Langlois pour illustrer son appel aux chrétiens catholiques quant à leur choix aux prochaines élections. Il invite les candidats à faire campagne dans le respect mutuel en évitant de lancer des propos désobligeants et les jeunes à s’engager à tous les niveaux pour changer l’image d’Haïti. Rappelant les cinq vertus qui sont l’amour, la vérité, la non- violence, le respect, la droiture que doivent protéger les chrétiens, le respon- sable du diocèse des Cayes appelle les Haïtiens à travailler en équipe et à vivre en communauté pour pouvoir contribuer au développe- ment de leur pays. Le cardinal Chibly Langlois qui considère la famille comme la base de la société et de l’église, a aussi évoqué la situation de sécheresse qui prévaut dans le pays, et qui engendre selon lui, le manque de production et la faim. « Les jeunes représentent l’avenir du pays. Ils doivent cultiver l’amour et la miséricorde pour contribuer au changement réel », a soutenu le Cardinal Langlois qui était accompagné à cette occasion, de l’évêque de Jacmel, Monsei- gneur Launay Saturné, de l’évêque auxiliaire de Port-au-Prince, Monseigneur Eric Marie Glandas Toussaint, d’une cinquantaine de prêtres, de religieux, religieuses et de laïcs au cours d’une célébration eucharistique. La fureur d'Albert Buronpar gary victor L'église catholique invite les chrétiens à faire le bon choixpar André Marc ODIGE EXIT Le cardinal Chibly Langlois. / Photo : André Marc Odigé
  15. 15. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 15 SOCIÉTÉ Sel iodé : élément essentiel pour la croissance et la santé des enfantspar Ronald Singer S eulement sept sels importés en Haïti sont adéquatement iodés sur 52 analysés. C’est ce qu’a révélé une enquête du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), réalisée, en 2012, dans des supers marchés de la place. « Seulement 11 % des sels vendus sur le marché haïtien sont iodés. Ce qui explique que plus d’un million d’Haïtiens souffrent d’une carence en iode», a déclaré la min- istre de la Santé publique et de la Population, Florence Duperval Guillaume lors d’une visite qu’elle a effectuée, dernièrement, dans deux usines fabriquant du sel iodé pour le MSPP. Ces usines, l’une à cité Militaire et l’autre à Delmas 2, ont organisé deux journées (portes ouvertes) en vue de sensibiliser la population sur l’importance et l’utilisation du sel iodé dans la nourriture des familles haïtiennes. Accompagnée du docteur Mahonne, directrice du Programme national d’Alimentation et de Nutrition (UCPNANU) du MSPP, des membres de la communauté de Sainte-Croix, des visiteurs et d’un parterre de journalistes, la Ministre a fait le tour de ces deux compagnies qui fonctionnaient à plein rendement. D’une voix haute et claire, elle a dit : « Réduire les maladies causées par la carence en iode, c’est réduire le poids financier en termes de dépenses faites à la recherche de soins curatifs. Pourtant, on peut les prévenir. Pour combattre certaines maladies notamment la filariose lymphatique, un mal irréversible, la prévention est la meilleure formule à appliquer en rendant disponible le sel iodé partout dans les zones où la prévalence de la microfilarémie est élevée dans le pays, » a soutenu le docteur Guillaume. Vu les problèmes enregistrés dans le pays quant à la carence du sel iodé, le ministère de la Santé publique s’est donné pour objectif de porter la population à consommer 80 % de ce produit pendant cinq années consécutives, a fait comprendre la Ministre. Pour soutenir les propos de la Min- istre, le docteur Marhone Pierre a révélé que la carence en iode peut entrainer : le crétinisme, maladie provoquée par le manque d’hormones thyroïdiennes et caractérisée par un retard dans le développement physique et mental de l’enfant à une certaine période de sa croissance, le goitre caractérisé par une augmentation du volume au niveau du cou, le retardement mental, un trouble généralisé perçu avant l’âge adulte, caractérisé par un déficit et un dysfonctionnement cognitifs dans, au moins, deux fonctionne- ments adaptatifs, - l’anémie, une anomalie de l’hémogramme caractérisée par une diminution de l’hémoglobine circulant en dessous de la valeur normale, l’avortement, interruption avant son terme du processus de gesta- tion d’un fétus, la dépression, un trouble psychiatrique prononcé. D’un autre côté, le sel iodé à la di-éthyle carbamazine (DEC), médicament utilisé dans le traitement de la filariose lymphatique, est d’une importance capitale dans la lutte contre cette pathologie, une maladie négligée. Pour les personnes de tous âges, la consommation du sel iodé dans l’alimentation permet de faire la prévention de ces maladies citées plus haut. Il est encore important de ne pas négliger le sel iodé dans l’alimentation des enfants, car il favorise sa bonne croissance, son développement intellectuel et garantit une bonne santé, a conseillé le docteur Marhone. L’objectif du Ministère est d’arriver à une consommation de 80% de sel iodé au niveau de la population pendant cinq années consécutives, ce qui permettra d’arriver à l’élimination de la carence en iode en Haïti. C’est bien la raison pour laquelle, le MSPP et ses partenaires travaillent à établir d’autres usines de sel iodé dans le pays afin d’en augmenter la production, a annoncé la ministre. Pour l’année 2015, ils se fixent comme objectif de produire 1800 tonnes métriques de sel iodé. « La carence en iode représente un problème majeur de santé publique en Haïti. C’est un mal qui doit être attaqué et éradiqué collectivement dans ses racines », a fait savoir la titulaire du MSPP. Elle promet d’entrer en consultation bientôt avec les moulins d’Haïti pour essayer de voir comment on pourrait procéder à la fortification en fer de la farine produite afin de réduire le taux d’anémie au sein de la population. Le docteur Marhone a ajouté que le sel fortifié dans ces usines est disponible au niveau de 8 des 10 départements sanitaires et est vendu au prix de 10 gourdes le petit sachet et 150 gourdes le paquet de 30 sachets. Elle rappelle que la première usine a été établie à cité militaire en 2005 et la seconde, à Delmas 2 en 2014. Sel iodé : élément essentiel pour la croissance et la santé des enfants.
  16. 16. U ne dame, frôlant la quar- antaine, à l’avenue Lamar- tinière, doit attendre pen- dant une minute environ avant de traverser. Un chauffeur de taxi, très courtois lui cède le passage. Au moment où elle engage la rue et s’empresse de traverser, elle bute sur un taxi moto qui a failli la heurter. Choquée, la dame atteint malgré elle l’autre bord de la route toute essouf- flée. Ces cas sont monnaie courante à Port-au-Prince. C’est un véritable casse-tête pour les piétons qui se trouvent en situation difficile à chaque fois qu’ils doivent tra- verser une rue de la zone métro- politaine. Encore moins si cette rue est très fréquentée par des voitures, des camions voire des motocyclettes. À certains carrefours, très mouvementés, étaient disposés autrefois des feux de signalisation. C’est le cas, par exemple, du portail de Léogane. L’on pouvait suivre ce jeu de lumière pour oser traverser. Rouge, les véhicules s’arrêtent. Vert, ils avancent. Avec cela, les piétons rencontraient moins de difficultés pour traverser. Même s’il arrive certaine fois que les conducteurs ne respectent pas tous les principes de la circulation. Depuis quelque temps, constate plus d’un, les feux de signalisation sont dysfonctionnels à portail. C’est également le cas de plusieurs autres carrefours de l’aire métropolitaine : au Champ-de-Mars, à l’avenue John Brown, au pont Saint Géraud pour ne citer que ces carrefours-là. « Peut-être qu’on n’en a plus besoin », raconte un piéton d’un air moqueur. Ce qui parait sûr jusqu’à date, c’est que ces carrefours sont très fréquentés. Des véhicules de toute sorte, offrant de multiples services à la population, (voitures privées, Tap-tap, bus de transports publics, motocyclettes…) forment un tohu- bohu infernal et entravent la libre circulation des piétons. Devant la marine haïtienne, située à Bizoton, une localité de la commune de Carrefour, personne n’arrive à saisir la gravité de ce problème. Si un piéton traverse seul, il court plus de risque de se faire renverser par un véhicule. D’ordinaire, la majeure partie des conducteurs franchit cette route à grande vitesse. C’est pourquoi, ceux qui souhaitent atteindre l’autre bord de la route, se rassemblent en petits groupes, question de solliciter la courtoisie des chauffeurs. Lorsque les écoles fonctionnent, des agents de l’action civique, vêtus de jaune et noir et munis d’un drapeau rouge, facilitent la traversée aux piétons qui sont majoritairement des élèves. Il est arrivé, selon le constat de cer- tains passants, que quelques con- ducteurs ignorent la présence de ces agents à chaque coin de rue de la ville. Une attitude qui inquiète et dérange. Traverser la rue à Port-au-Prince ! En voilà un mat suiffeux que les piétons se voient obligés de grimper tous les jours. Il leur faut une attention très soutenue au moment de traverser la rue. Sinon, ils risquent d’allonger la liste quotidienne des victimes des cas d’accident de la route dans le pays. Les responsables de la circulation, ne devraient-ils pas prendre en compte la sécurité des piétons en régularisant la situation ? 16 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ Traverser la rue dans l'aire métropolitaine : un exercice difficile et risqué par Par Ritzamarum ZETRENNE Traverser la rue dans toute la « région métropolitaine » est un exercice assez difficile. L’on dirait même, plus difficile que de grimper le regrettable mat suiffeux du Champ – de- Mars. De ce fait, un piéton qui veut passer à l’autre côté d’une rue, risque, à tout moment, de se faire percuter par un véhicule. HAÏTISOCIÉTÉ/SÉCURITÉDESPIÉTONS* Vue partielle du boulevard Toussaint Louverture, bloc trois mains.
  17. 17. DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 N0 41 | 17 CULTURE Cent dix ans depuis l'apparition de la Vierge Miracle à Saut- d'EauPar Walcam Comme chaque année, des pèlerins ont défilé par milliers à Saut-d’eau, Ville Bonheur, à quelques kilomètres de Mirebalais, pour rendre hommage à la patronne de la commune, Notre Dame du Mont-Carmel. A pres avoir traversé la ville de Mirebalais pour se diriger vers la commune de Saut d’eau, on peut observer déjà un va et vient entre celle-ci et l’église de Mont-Carmel. C’est une véritable course, dirait-on, entre mototaxis, bus et voitures. À Ville Bonheur, c’est un mélange de religions. On y rencontre le protestantisme, le catholicisme et l’animisme ou le vaudou. Cette année, l’église catholique fête les cent dix (110) ans de l’apparition de la Vierge et de la fondation de la paroisse, selon le curé, le père Raphael Bernadin Desras. C’était en 1905. Mais les pèlerinages ont commencé depuis l’apparition de la Vierge en 1848, sur l’habitation Dubreuil. Sur le chemin de l’église, tout le monde évoque un don reçu de la Vierge, le curé aussi : « Je crois que je suis un produit miracle de la Vierge », dit-il. Il pense que c’est un cadeau que lui a fait l’évêque qui l’a nommé curé de la paroisse et un miracle du fait qu’il est appelé pour diriger l’église de sa ville natale. Comme s’il ne peut se retenir, le curé ne cesse de racon- ter des témoignages qu’il a reçus des fidèles de la Vierge. Il raconte, « Ben Constant, alias Dj Constant, qui est adventiste, est venu me voir pour me dire que chaque année, c’est lui qui s’occupe de la sonorisation pour la procession. Mais à une condition, la vierge doit l’aider à trouver un camion plus petit pour traverser la ville ». Deux semaines avant le 16 juillet, date de la fête, Ben a acheté un camion neuf pour un prix dérisoire. Tous les pèlerins qu’on rencontre, ont une histoire avec la Vierge. Le prêtre nous cite le nom de l’avocat et homme de loi Mario Joseph qui, dit-il, a une histoire fantastique avec la Vierge. Monsieur Miradin Morlan, le directeur de la DGI, qu’il a reçu après la procession, l’ingénieur Gréger Jean-Louis, le ministre des Travaux publics Jacques Rousseau, madame Marie- Carmel Jean-Marie, ancienne min- istre des finances tous, sont des gens qui ont une histoire particu- lière avec la « Vierge Miracle Mont- Carmel ». Le rendez-vous des vodouisants dans la cité reste un mystère dans leurs relations avec la « Mont-Car- mel Vierge Miracle ». Selon le prêtre, c’est une histoire qui remonte au temps de la col- onie. Les esclaves n’étant pas habilités à prendre part à la messe dans les églises, s’organisent pour pratiquer leur religion chez eux. Cette religion qu’ils transportent avec eux depuis l’Afrique dans les cales des bâtiments. C’est le folklore haïtien, c’est le culturel qu’on rencontre à Saut- d’Eau pense le Père Desras. Ce mélange ne se rapporte pas tout à fait à la Vierge, il y a des per- sonnes qui sont venues pour autre chose, estime-t-il. Il a l’intention de créer d’autres sites spirituels afin que ces gens là s’occupent de leurs affaires en dehors de l’église. Le syncrétisme est ancré dans une frange de la population, selon le prêtre. Pour lui, il y a aussi des gens des cultes réformés qui pratiquent le vodou. « Ils se déguisent en « Azaka » (Loa vodou) pour s’occuper de leurs affaires », a dit le prêtre qui raconte qu’il y a des pasteurs qui ont une « vie avec la Vierge », d’autres, accompagnés de leurs familles, viennent commander une messe. Le curé regrette l’hypocrisie religieuse chez les autres prati- quants. La veille de la fête, la ville grouille d’activités de toutes sortes, avec le va et vient de la population et les cérémonies vodouesques organisées paradoxalement dans les rues. Selon le Père Raphaël Bernadin Desras, l’apparition de la Vierge à Saut- d’Eau est une affaire par- ticulière et les miracles ne font que commencer. Des pèlerins implorant Notre Dame Mont-Carmel../ Photo : Walcam Quand la technique « Pochoir » se fait atelier Par Carl-Henry PIERRE O n est au Centre d’art. L’heure est à la peinture. L’espace est attrayant et est propre- ment vêtu : arbres, fleurs, peintures. Il comporte une vingtaine de gens. Sur les murs du Centre, plein de portraits d’artistes : Préfète Duffaut, Hector Hyppolite, Dewitt Peters, Rigaud Benoit... Il y a aussi des phrases qui vous sautent aux yeux comme des étincelles de feu : « L’art est une façon de vivre, une façon de voir le monde, Francine Murat », « Au Centre d’art on n’avait pas d’état d’âme, on avait un état d’art, Tiga », « L’art naïf n’obéit pas à la religion mais à la féerie, André Malraux », « La peinture haïtienne boira le sang du phénix et des épaulettes de Des- salines, André Breton». Ces gens-là qui occupent l’espace du Centre, s’ils sont bien accueil- lis, c’est qu’ils avaient gratuite- ment retiré leur formulaire à l’ENARTS et au Centre. Et surtout c’est qu’ils ont un pré-requis en dessin. Car c’était ça l’exigence faite aux participants. Aux appre- nants, pour dire juste. Le festival n’est pas encore lancé mais ils organisent ces ateliers d’apprentissage pour inculquer l’art dans les veines des gens. Cette activité qui a débuté ce jeudi 16 jusqu’à vendredi 17, sera clôtu- rée par une fresque de souvenirs avec les travaux réalisés dans le cadre de l’atelier Pochoir. «Le pochoir est une technique d’impression (ou technique pic- turale) qui permet de reproduire plusieurs fois des caractères ou des motifs sur divers supports », a déclaré l’artiste Oliga. Et il ajoute : «Le pochoir est aussi la feuille de carton ou de métal découpée, pour colorier avec brosse, le dessin ayant le contour de la coupure ». L’artiste nous a appris que la technique Pochoir a existé dans le temps. Il nous a cité des pionniers comme Jef Aelosol en France et Banksy aux États-Unis. Et selon Assaf : « on utilisait cette technique dans le cadre des manifestations pour faire passer un message. Elle con- siste à écrire avec un spray les lettres pour ensuite les découper de façon à faire des murs, l’objet de tous les caprices de l’artiste. Car il a le pouvoir d’écrire ce qu’il veut ». « Les avantages de la technique Pochoir, c’est qu’après l’avoir réalisée, on peut la dupli- quer autant de fois que possible. C’est un véritable moule », a expli- qué Oliga tout en souriant ». Et Assaf a ajouté que « Patwon» est la connotation donnée en créole de « moule ». Il termine pour dire que cette technique-Graffiti est devenue un véritable art à travers le monde. Ce 16 juillet 2015, au Centre d’art de la rue Roy, un atelier a été animé par les artistes Oliga, Jerry et Assaf, dans le cadre du Festi-graffiti (Festival de graffitis et de street art). Le tout est de promouvoir une technique picturale appelée « Pochoir ». Ce projet est présenté par les ateliers Ganthier et sera accueilli par Le « kolektif Basquiat ». Ces ateliers sont réalisés en partenariat avec Le centre d’art, l’École nationale des arts, Akoustik Prod et la Coopération Suisse.
  18. 18. 18 | N0 41 DU VENDREDI 17 AU DIMANCHE 19 JUILLET 2015 CULTURE Kako à HaHaHaïti : entre humour et humanitaire Par Chantale Guy/ La presse J acques Bourjolly, mieux connu sous le nom d’artiste Kako, sera de la programmation du troisième spectacle-bénéfice HaHaHaïti, au profit de la première École nationale de l’humour en Haïti. Portrait d’un humoriste engagé qui aime autant faire rire que faire le bien autour de lui. Nous avons attrapé Kako lors de son passage à Montréal pour la pre- mière du film Ego Trip de Benoit Pelletier, dans lequel il tient un petit rôle et a agi comme consul- tant pour le tournage. Il sera de retour chez nous le 19 juillet pour le spectacle HaHaHaïti, mis en scène par Louise Richer et Benoit Pelletier, au profit de la création de la première École nationale de l’humour en Haïti, qui ouvrira ses portes cet automne. «On ne peut pas dire non à Louise, elle est tellement une amie d’Haïti, dit Kako, avec un grand sourire. C’est extraordinaire, l’amour de Benoit et de Louise pour ce projet. La force qu’ils mettent pour créer une école de l’humour, le potentiel qu’ils y voient...» Si une telle école avait existé lorsqu’il était plus jeune, nul doute que Kako l’aurait fréquen- tée. Aujourd’hui, il participe à son élaboration, et ce qui lui tient le plus à coeur est de pouvoir mon- trer aux jeunes talents de son pays que ce rêve est possible. Il en est la preuve vivante. «J’ai toujours eu ce talent de bla- gueur depuis que je suis petit, et un jour, des amis qui ouvraient un bar m’ont demandé de faire un stand-up. Ça m’a pris trois mois pour dire oui. Je suis quelqu’un de très timide. Je travaillais tou- jours en même temps, c’était dif- ficile de faire une tournée, mais en 2008, j’ai fait une petite crise cardiaque et ça a changé ma vie. C’était la meilleure chose qui pou- vait m’arriver! Je me suis dit que je n’allais plus jamais travailler pour quelqu’un, mais pour Kako. Et ça a explosé. Je peux dire aujourd’hui que je gagne ma vie avec mon talent.» Créer des ponts Véritable star en Haïti, où ses spec- tacles Bingo Night sont courus, Kako se produit aussi partout «où il y a des Haïtiens», de Montréal à Miami en passant par la France ou la Martinique, car son humour, il le pratique en créole, et son intention est de créer des ponts. «Chaque fois que je fais un show à l’extérieur, j’essaie de vendre les bons côtés d’Haïti. Je leur dis de venir voir leur famille, de garder le contact.» Pour sa part, Kako a les deux pieds fermement plantés dans son pays, qu’il adore, et qu’il veut aider. Il a créé il y a six ans la Fondation Kako (ou Kako’s Kids), qui vient en aide aux enfants défavorisés par des camps de jour et des camps de vacances. «Faire rire, c’est la chose la plus facile au monde, mais faire rire un enfant, c’est profond, ça n’a pas de prix. Surtout en Haïti. Tu lui donnes de l’espoir, le goût de la vie, quoi. Je me sers de ma popu- larité pour faire ça.» «Aussi, j’incite au volontariat avec les enfants qui sont plus chan- ceux, et leurs parents, car on n’a pas assez de ça chez nous, confie Kako. Les grandes personnes, on n’a pas donné le bon exemple, il faut dire aux enfants que le pays est à eux. Ces enfants, ils ont peur, ils ont un comportement de bagarreur mais pendant qu’ils sont au camp, ils redeviennent des enfants.» Une École nationale de l’humour en Haïti appartient à cette espérance, pour Kako. «Cette année, trois jeunes vont venir à HaHaHaïti, et c’est une chance extraordinaire pour eux de prou- ver que ça peut se faire, que ça peut être un débouché. Tu as beau le leur dire, quand ils le voient, c’est plus concret.» Selon lui, l’humour est une dimen- sion que partagent les Québécois et les Haïtiens. «On est plus proches de l’humour québécois que de l’humour français ou anglais. On aime rire de nous, de nos histoires, de notre famille. Notre pays n’est pas tellement chanceux, il faut de l’humour! Le message passe mieux par l’humour, et la pilule passe mieux aussi quand on rit de certaines choses un peu tristes.» Avec comme invité d’honneur Wyclef Jean, le troisième spec- tacle HaHaHaïti présentera des numéros de Boucar Diouf, Eddy King, Adib Alkhalidey, Mehdi Bousaidan, Katerine Levac, Alban Jouvin, Marie-Lyne Joncas, Ralph Alfred Valery, Gariana Jean-Louis, Johnny Moussignac et, bien sûr, Kako. Jacques Bourjolly dit Kako. / Photo: La presse Jean Jean Roosevelt au Sénégal pour son albumPar Carl-Henry PIERRE P our enregistrer son quatrième album qui sortira bientôt, le musicien chanteur, Jean Jean Roosevelt, se trouve actuelle- ment à Dakar, au Sénégal et travaille avec son nouveau producteur. Celui-ci n’est autre qu’un frère du chanteur mondialement connu Youssou N Dour, qui a une com- pagnie qui s’appelle Prince Arts. Ils travaillent ensemble pour la sortie de l’opus qui sera baptisé, sauf changement de dernière heure : « Ma direction. » La direction de Jean Jean Roosevelt, on la connait déjà. C’est un artiste engagé qui défend les femmes, les enfants, l’environnement, etc., par des textes en créole et en français. « Ma direction traite aussi des sujets comme : la protection de l’environnement, la solidarité, l’amour, le civisme et aussi le respect des droits des femmes et des enfants, en gros, elle plaide pour un monde plus juste, vivable et équitable », explique Jean Jean Roosevelt. Mais laissons à Jean Jean le soin de nous dire pourquoi « Ma direc- tion ?» « C’est un titre qui traduit mon état d’esprit et ma façon de concevoir la réussite, c’est-à-dire qu’on est chacun maitre de son destin, le capitaine de son bateau, le Beethoven de son piano, en gros, son propre héros ». Selon le chanteur, il n’y aura pas de grands changements dans la mélodie de ses chansons. Il compte continuer sur la même voie avec des compositions qui se rapprochent des rythmes ibo, congo, yanvalou, rara et sans aucun doute tout ça sera agré- menté d’une sauce africaine. Des musiciens africains parti- ciperont à l’enregistrement de l’album « Ma direction » de Jean Jean Roosevelt qui comportera treize (13) titres. Interrogé pour savoir s’il a invité des artistes locaux, le musicien chanteur n’a pas voulu citer de noms, mais nous savons qu’il a pris contact avec la chanteuse Émeline Michel pour une collaboration. Ce serait une très belle voix à côté de celle de Jean Jean. L’album « Ma direction » de Jean Jean Roosevelt financé par la Francophonie, une partenaire spéciale, sortira, selon l’artiste, au mois d’octobre prochain, en Haïti. Jean Jean Roosevelt en studio.

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