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N50

  1. 1. » P. 13 » P. 17 »   P. 5 SOCIÉTÉ CULTURE » suite page 7 » lire page 3 Pour Haïti et pour la paix par Carl-Henry PIERRE Le cimetière de Port- au-Prince : entre abandon et oubli Par Stéphanie Balmir C ’est à partir du mois de juin que ces produits toxiques ont été identifiés dans des farines importées chez nos voisins par des commerçants haïtiens, selon Charles Pierre Charlemagne, titulaire de la Direction de la quarantaine et du contrôle sanitaire de produits agricoles au ministère de l’Agriculture. De nom- breuses analyses auraient été faites sur plusieurs échantillons de farine en provenance de divers pays, celles issues de la République dominicaine ont affiché un taux excessif de bromate de potassium. À cet effet, le Ministère a décidé, rapporte le conférencier, d’adopter des mesures pour protéger la population. Il s’agit, dans un premier temps, d’une mesure de quarantaine pour toutes les nouvelles importations de farine de la République dominicaine. Ces produits, selon Charles Pierre Charlemagne, seront impérativement détruits pour éviter leur écoulement sur le marché local. Dans un second temps, le ministère du Commerce exige de tous les importateurs défaillants un « certificat de vente libre ». Interdit dans de nombreux pays, le bromate de potassium qui serait un poison pour la population, selon Vilvert Papyto, chef du Service contrôle et qualité du MCI, peut causer le cancer. Le ministère du Commerce embarrasséPar Lionel Edouard HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION / OEA JEUDI 30 JUILLET 2015 NUMÉRO 50 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Un rapport mi-figue, mi-raisin HAÏTI / SCANDALE DE FARINE CANCÉRIGÈNE Le ministère du Commerce et de l’Industrie, via sa direction de contrôle et qualité, et le ministère de l’Agriculture ont voulu faire le point, devant la presse, sur les mesures de restriction qui frappent actuellement la farine en provenance de la République dominicaine sur le marché haïtien. Des mesures suggérées par la forte teneur dans ces produits d’un additif cancérigène, dénommé le bromate de potassium. La mission de l’OEA dans une rencontre avec des membres de certaines organisations de la société civile haîtienne. Maigre recette pour l'Aspha Par Reynold Aris
  2. 2. 2 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 TRIBUNE J acques Roumain profita de ce moment de tension pour continuer à répandre l’idéologie socialiste dans les coins les plus reculés du pays. En Novembre 1930, Sténio Vincent monte au pouvoir pour ensuite voir le départ des Yankees près de quatre ans plus tard soit le 21 Août 1934. Ce qui signifie que ce départ résulte d’un processus de lutte et de refus clairement exprimé par la population haïtienne. Aussi bien que par les paysans qui s’y étaient opposés dès le début de l’occupation que par les élites qui firent volte-face après maintes déception de la part des soldats américains qui affichaient souvent des comportements racistes. Ce rappel historique étant fait, regardons les lourdes conséquences que nous a laissées cette occupation cent ans plus tard. Premièrement, les projets SHADA accordaient aux américains 100 000 acres de terre pour cultiver le sisal, un produit ne desservant pas le marché national. De surcroît, le sisal est un produit qui détruit l’humus et rend la terre inapte à la culture à moins qu’elle soit mise en jachère pour reprendre sa fertilité et cela demande de longues années . Désormais les étrangers depuis l’occupation améric- aine, contrairement aux constitutions précédentes, ont accès à posséder des biens immeubles dans le pays. Ce qui occasionna le déguerpissement de beaucoup de paysans de leurs terres et l’augmentation de la misère. Par ce fait décourageant ajouté de la méchanceté implacable des soldats américains envers les paysans dans le cadre de l’application des mesures comme la corvée, 300 000 haïtiens, en 19 ans, abandonnèrent le pays . Il s’ensuit que l’occupation a suscité et laissé au pays la pratique du « Boat People » qui jusqu’à présent fait rage et se montre très destructif pour la diplomatie haïtienne. Cent ans plus tard, les gouvernements haïtiens gardent la même dépendance qu’ils avaient, de Sudre Dartiguenave à Sténio Vincent, par rapport aux yan- kees sous l’occupation américaine. À tel point que les élections, qui sont une haute expression de la souver- aineté, dépendent de la Communau- té Internationale qui arrive parfois jusqu’à dicter certains résultats. Dans cette même idée d’occupation est imposée au pays l’application stricte du plan néolibéral à travers les institutions du Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, pendant que la situation socio-économique du pays va de mal en pis. Ces institu- tions vont pour leur part proposer un ensemble d’outils et de documents de sortie de crise dont les uns sont plus inefficaces que les autres comme le CCI (Cadre Intérimaire Internation- al), PAS (Programme d’Apaisement Social), DSRPI (Document Straté- gique de Réduction de la Pauvreté Intérimaire) et le DSNCRP (Docu- ment Stratégique de la Croissance et de la Réduction de la Pauvreté). En outre, la privatisation du secteur public (comme la télécommunica- tion, les ports et les aéroports qui peuvent être considérés parmi les plus stratégiques et les plus renta- bles) devient un crédo dicté par les occupants. Il va sans dire que l’occupation prend diverses formes qui peuvent être militaires, économiques, adminis- tratives et même sociale sans vrai- ment apporter une amélioration aux conditions de vie de la population haïtienne. Au contraire, au niveau administratif, elle a laissé et perpétué une centralisation stérile dans le pays qui place les villes de provinces en éternelle dépendance par rapport à Port-au-Prince et à tous les niveaux. Une personne résidant en province doit monter à Port-au-Prince pour un simple passeport. Le président Ronald Reagan avait ordonné en 1985 au président Jean-Claude Duvalier la tuerie massive des cochons créoles . Sans parler de la Minustah qui est la forme militaire de l’occupation et qui est le principal vecteur de certains maux comme le choléra, le viol des enfants, etc. Somme toute, le pays est constam- ment occupé sous prétexte de crise interne mais ce qu’il faut surtout men- tionner c’est que ces crises internes sont souvent fois alimentées par des mains externes et les interventions ipso facto pour résoudre les conflits existants ont avant tout des mobiles impérialistes motivés par des velléi- tés de puissance de certains acteurs. Le malheur veut que ces occupations récurrentes laissent au pays plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Ce qui signifie que ces occupations se révèlent inutiles. Dans cette perspec- tive, plus d’un sont d’accord que le pays ne serait pas dans cet état s’il y avait des volontés réelles d’aider. Et si l’aide ne servait pas à une toute autre philosophie . Ce qui nous amène à conclure que l’occupation américaine aussi bien que les autres qui l’ont suivi n’ont en rien contribué au dével- oppement du pays. C’est ce que nous démontré l’histoire et les analyses des faits que nous venons de faire dans ce texte. L’un des éléments d’explication du marasme socio-économique, poli- tique et culturel dans lequel nous pataugeons en 2015. C’est un article condensé sur lequel nous sortirons un ouvrage sous peu Leslie Péan, Haïti, Économie politique de la corruption Tome III. Le Saccage (1915-1956)P.255citédans MarcArthur FilsAimé,Haïti:L’occupationaméricaine et ses conséquences profondes, in AlterPresse, Mardi 20 Mai 2008, http://www.alterpresse.org/spip. php?article7274#.VVyu_WjD8cA, consulté le 21 Mai 2015 à 1h20 PM. Suzy Castor, L’occupation américaine d’Haïti, Port-au-Prince, Imprimerie Henri Deschamps. P. 97-98. Premier Prix 1987 de la Société Haïtienne d’Histoire L’avènement du Président René Garcia Préval au pouvoir et celui de l’actuel président Michel Joseph Martelly en Marc Arthur Fils-Aimé, op.cit., Jn Anil Louis Juste, Crise Sociale et International Communautaire en Haïti, in AlterPresse, 1er Août 2003, http://www.alterpresse.org/spip. php?article643#.VWNefmjD8cA consulté le 22 Mai 2015 à 10h51 AM. A travers ce texte le professeur Jn Anil nous montre que l’aide internationale sert à une toute autre philosophie que celle sur laquelle elle se présente. En ce sens, comme il aimait le dire dans ses cours, l’aide internationale au lieu de faire le développement fait plutôt l’enveloppement des pays du tiers monde. Le lourd fardeau de l'occupation américaine d'Haïti de 1915Par Stanley Karly JEAN-BERNARD Un regard critique de l’impact de l’occupation américaine de 1915 sur le devenir d’Haïti cent ans plus tard (Deuxième partie)
  3. 3. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 3 ACTUALITÉ Une reconnaissance de trop Lepaysacommémoré,le28juillet2015,lescentansdupremierdébarquementdes Marinesaméricainssurlesolnational.Centansdelagrandeetpermanenteoccupation américaine.Marchededénonciationpar-ci,conférence-débatpar-là,remémoration par-ci,spectaclesdesouvenirpar-là.Descocktailsaussi.Entrelesinitiativesofficielles etcelledelasociétécivile,lapopulationseperd.LeNational,danssadernièreparution, acrunécessaired’attirerl’attentionsurl’absencedesymbolesderecueillement.Comme c’estlecasdebiend’autresévénementsmarquantl’histoiredupeuplehaïtien. Dansla commémorationdela présenceaméricainesurleterritoire, onarappeléles différentes interventions directes des soldats américains en Haïti. 28 juillet 1915, 19 septembre 1994. Une date est omise, volontairement ou non : 29 février 2004. D’autantquec’étaitarrivéàunmomentoùdesintellectuels,deshommespolitiqueset deshommesd’affaires,pourcombattrelepouvoirdel’époque,avaitprêchéleboycott des activités commémoratives du bicentenaire de l’Indépendance, prévues par le gouvernement.Bref. L’annéedernière,unepartiedelasociétéciviles’étaitsoulevéecontreleprésidentde laRépubliquepouravoirintégréle28juilletparmilesdatesretenuespourlatenuedu carnavaldesFleurs.Cetteannée,enpleinecampagneélectorale,lechefdel’Étatachoisi deserendredanslaGrand-Anse,poursupporterlescandidatsduPHTK,sachapelle politique. Pas un mot sur le centenaire de l’occupation américaine. Ou du moins, la pressen’arapportéaucunedéclarationyrelative.Encoreunsigneduméprisdupremier citoyen haïtien pour la commémoration de l’occupation américaine. D’aucuns ne s’étonnent.Surlesdoutesavancésd’unsénateurdelaRépubliquesurlanationalitédu Président,ilafalluladéclaration,auPalaisnational,d’unambassadeuraméricainpour direhautetfort,avecfiertéethardiesse:«LeprésidentMartellyn’estpasaméricain,il esthaïtien.»Ons’ensouvientaussi,c’étaitenmars2012. Le Premier ministre, dans un point de presse, le 28 juillet, a salué la mémoire des victimes. C’est très bien. Le chef du gouvernement a cru nécessaire de rappeler les responsabilités haïtiennes dans l’occupation américaine. C’est encore très bien. Mais quandlePremierministre,aprèsavoirreconnului-mêmequel’occupationaméricaine étaitunepériodehumiliantedel’histoiredupeuplehaïtien,avantél’amitiéaméric- aine et certaines infrastructures de l’occupation encore en service, cela peut donner l’impressionderechercherunejustificationàcetteoccupation. Lecomitéderemémorationducentenairedel’occupationaméricainede1915,le28 juillet2015,s’étaitrecueillidevantleslieuxhistoriquesayantmarquélesévénements dejuillet1915:Pénitenciernational,BasenavaleAmiralKillicketArsenal. Les étudiants de l’Université d’État d’Haïti avaient gagné les rues, ce 28 juillet, pour dénonceràleurmanièrecetteoccupation. Vanter,àcemoment,etdecettemanière,l’amitiédesÉtats-Unisetcertainesinfrastruc- turesencoreenservicedel’occupationaméricaineétaitfranchementdéplacé. Jacques Desrosiers Édito Un rapport mi-figue, mi-raisin par Noclès Débréus HAÏTI/RÉP.DOMINICAINE/MIGRATION/OEA » suite de la première page A lors que tous les acteurs concernés attendaient avec impatience les conclusions du rapport des commissaires de l’OEA sur la situation migratoire considérée par plus d’un comme une crise humanitaire annoncée, la montagne semble avoir accouché d’une souris. Presque rien de concret n’est sorti dans ce rapport, sinon des recommandations qui ont déjà été proposées même par des organisa- tions de la société civile nationale. Dans un rapport très court, la com- mission, se fondant sur ses observa- tions, en quelques points, a recom- mandé au secrétaire général de l’organisation hémisphérique, Luiz Amalgo de faciliter le dialogue entre les deux pays dans le but de trouver des voies menant à la résolution des difficultés actuelles en organisant une rencontre entre les deux pays à l’endroit le plus approprié et qui serait accepté par les deux parties. D’un autre coté, les commissaires ont proposé à l’OEA d’établir un mécanisme d’entente, dans le cadre des normes internationales, qui permette le déplacement de personnes entre les deux pays et d’utiliser les bons offices de l’OEA afin de renforcer les processus d’enregistrement en cours, en particulier en ce qui concerne le Programme d’Identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDIH), par le truchement du Programme d’universalisation de l’identité civile dans les Amériques (PUICA) de l’OEA. Aussi la mission dans ses conclusions a recommandé aux responsables de demander aux autorités nationales ainsi qu’à la communauté internationale de chercher des mécanismes destinés à aider les personnes déplacées, en particulier les plus vulnérables. Cette mission technique, menée par le Secrétaire aux questions politiques, Francisco Guerrero, accompagnée de Gabriel Bidegain, Conseiller spécial de l’OEA et composée de six autres fonctionnaires du Secrétariat général de l’OEA, avait pour mission de recueillir des renseignements sur le mouvement de personnes de la République dominicaine à Haïti. Elle avait également dans son agenda d’écouter les points de vue des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux des deux pays concernant ce mouvement de personnes et aussi recueillir des renseignements sur le nombre de personnes et sur leur situation migratoire afin de présenter au Secrétariat général un rapport contenant des observations et recommandations relatives au soutien que pourrait apporter l’Organisation des États américains. Pour mener à bien leur mission, les envoyés spéciaux ont fait part dans leur rapport les différentes personnalités rencontrées. Ainsi la délégation a eu une réunion avec le Président Michel Joseph Martelly, le Premier Ministre, Évans Paul, le Ministre des Affaires étrangères, Lener Renauld et huit autres Ministres du Cabinet. Alors qu’en République dominicaine la mission a rencontré le Ministre des relations extérieures, Andrés Navarro, l’Ambassadeur Pedro Verges et le Ministre de l’Intérieur et de la Police, José Ramón Fadul, de même que divers vice-ministres et conseillers concernés par cette importante question. Outre les réunions, la mission dit avoir visité deux des cinq centres d’accueil en République dominicaine, un des trois bureaux du Programme d’Identification et de Documentation des immigrants haïtiens (PIDIH) du gouvernement haïtienainsiquelarégionfrontalière à Anse-à-Pîtres en Haïti pour voir de leurs yeux les mesures prises par les deux gouvernements et la situation des personnes affectées par la situation migratoire. Ainsi, dans le cadre de leurs observations, les membres de la mission ont dit reconnaître qu’il y a des personnes qui risquent de se retrouver sans aucune nationalité reconnue par rapport à ce qui se dessine à la frontière. Dans la même lignée elle a précisé avoir reconnu l’existence de déplacements de populations qui survivent dans des conditions précaires, mais dit-elle, bien qu’il existe différents chiffres sur le nombre de personnes ayant traversé la frontière, il leur est toutefois difficile de les confirmer. La mission technique de l’Organisation des États américains (OEA), qui a séjourné sur l’île d’Haïti du 9 juillet au 14 juillet, en vue d’enquêter sur la crise migratoire en gestation entre les deux pays, a rendu son rapport public ce mercredi 29 juillet 2015. Dans ses conclusions, la commission a recommandé au secrétariat général d’organiser une rencontre entre les deux pays à l’endroit le plus approprié qui serait accepté par les deux parties et que l’OEA facilite le dialogue avec les deux pays, dans le but de trouver des voies menant à la résolution des difficultés actuelles.
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. 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Yves Bordes dit relever de nombreuses défaillances au niveau des lois sur lesquellessontfondéeslesinstitutions républicaines du pays. Prenant en exemple le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), ce conseiller en diplomatie estime qu’il faut revoir, sans toutefois en prendre un exemple concret, certains articles de la loi créant cet organe. Ce, en vue de garantir pleinement son indépendance et une plus grande efficacité. Un nouveau registre de taxation La plateforme « Pitit Desalin » dit s’évertuer à élaborer un projet de lois relatif à un nouveau registre de taxation. Interrogé sur son contenu, M. Bordes s’est voulu discret. Et comme cause, le document relatif à tous les projets de loi de cette structure politique est en cours de préparation. Il énumère sans ambages, de préférence, ses objectifs fondamentaux qui consistent notamment en l’augmentation de la croissance économique, l’établissement de la justice sociale à travers la redistribution des richesses selon les vœux de l’idéal dessalinien. Une nouvelle mission confiée à la BRH Abordant un problème ponctuel de l’économie, la dépréciation de la gourde, Yves Bordes annonce que la « Plateforme Pitit Desalin » travaille sur un projet de loi susceptible de définir une nouvelle mission à la BRH. Le cadre légal actuel, reconnait-il, limite les champs d’actions de l’organe régulateur des banques. Aussi faut-il donner, selon lui, une autre mission à cette institution financière pouvant lui permettre de contrôler les effets nuisibles de l’économie. Car, argumente-t- il, l’État doit pouvoir jouer son rôle de régulateur en intervenant sur ce qu’il appelle les veines sensibles de l’économie afin de garantir la justice sociale. Pour le développement des collectivités territoriales Poursuivant les grandes lignes des projets de loi relatifs à l’économique, Yves Bordes croit nécessaire d’adapter les lois et décrets sur les collectivités ter- ritoriales à notre réalité. Il dit déplorer, à ce titre, que certaines régions du pays, pourtant pros- pères, ne parviennent pas à se développer. Il prend en exemple la ville de Miragoane, jadis pourvoy- euse de taxes suite à l’exploitation de la bauxite. Cependant, la taxe engendrée par cette activité économique a été drainée dit-il vers « la République de Port-au- Prince ». Cette ville ( Miragoane), renchérit-il, disposait de deux ports ouverts aux commerces extérieurs alors qu’elle n’a rien bénéficié des recettes fiscales qui en découlaient. C’est pourquoi, annonce le conseiller, l’entité poli- tique concernée planche déjà sur des projets de lois qui permettront aux collectivités territoriales de se développer. Environnement L’environnement figure entre autres parmi les priorités de la « Plateforme Pitit Desalin ». Des projets de lois dissuasives et persuasives sont en cours de préparation, lance encore une fois M. Bordes. Ils concernent notamment le phénomène de la coupe des arbres et la pollution de l’environnement à travers les déchets toxiques et plastiques. Interrogé sur les mécanismes de mise en œuvre de ces lois, M. Bordes estime qu’il existe une grande complicité entre le peuple et la Plateforme « Pitit desalin ». Aussi croit-il, que ces lois seront respectées par la population, qui selon lui, accepte de plein gré de confier son destin à cette entité politique. Entre autres projets de loi pour redynamiser l’économie nationale, figure celui qui relève du domaine de la construction. Il s’agit d’un texte de loi qui obligerait toute firme de construction étrangère qui aura gagné un appel d’offre à sous-traiter son travail avec une firme nationale. Force armée La Plateforme « Pitit Desalin » dit souscrire, selon les exigences constitutionnelles,àl’implantation d’une nouvelle force armée dans le pays. Ce, contrairement à une certaine perception qui ferait croire, qu’étant de souche « Lavalas », elle serait opposée à la reconstitution des Forces armées d’Haïti. Yves Bordes dit s’inscrire en faux contre une telle idée. Toutefois, souligne-t-il, la décision de donner une autre appellation à cette armée ou de la maintenir, à travers une révision constitutionnelle, dépendra de la volonté du peuple. Entre-temps, la plateforme dit continuer son combat engagé avec son candidat à la présidence, l’ex sénateur Jean Charles Moise, dans de nombreux pays latino-américains : le retrait progressif de la Minustah. Non au mariage pour tous Intervenant sur l’épineuse question de la légalisation en Haïti du mariage homosexuel, Yves Bordes affirme sans marmotter que le peuple haïtien n’est pas prêt à accepter une telle pratique. Or la plateforme « Pitit Desalin » se dit être complice du peuple. Aussi, croit-il, que dans l’éventualité d’un vote au parlement sur cette question, le directoire du parti se prononcera contre la légalisation du mariage pour tous. Regroupant un ensemble de partis politiques et d’organisations de la société civile, la plateforme « Pitit Desalin » compte 76 candidats à la députation et 14 au Sénat. Cette entité politique dit épouser l’idéal dessalinien axé sur la redistribution des richesses, le dialogue, le vivre ensemble et la reddition de compte. Faisant de l’idéal dessalinien son cheval de bataille, la Plateforme « Pitit Desalin » aspire comme les autres entités politiques à prendre le pouvoir. Un agenda législatif visant à implémenter sa vision dans un cadre programmatique, à cet effet, est en cours d’élaboration. Au cours d’une entrevue exclusive accordée au Journal, l’un des conseillers de la dite plateforme, M. Yves Bordes, aborde les grandes lignes de ce projet.
  5. 5. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 5 ACTUALITÉ L ’un des faits marquants est que les structures politiques, consi- dérées comme de grosses cyl- indrées, telles l’Organisation politique Fanmi Lavalas, celle du peuple en lutte (OPL), la Fusion des sociaux-démocrates, ont brillé par leur absence. L’autre fait marquant. Ceux qui s’y sont présentés ne dispo- sent pas d’un agenda sanitaire leur permettant de subvenir aux besoins de sante de la population. On a tenté de s’enquérirdu nombre de structures politiques qui ont reçu l’invitation de l’Association. Cette démarche s’est révélée vaine. « Nous avons acheminé une lettre d’invitation aux différents partis, groupements et regroupements politiques via leur directoire, a fait savoir la conseillère de l’Aspha, Josette Bijou ». Cette invitation, ajoute-t-elle, a été rendue possible à l’aide d’une liste de structures politiques émanant du Conseil électoral provisoire (CEP) en vue d’arriver à une large participation, sans exclusion aucune. La localisation de ces partis : Un casse-tête chinois La tâche n’a pas été facile si l’on en croit les propos de Mme Bijou en ce qui concerne l’adresse de ces partis politiques. Elle affirme n’avoir aucun repère lui permettant de savoir exactement où les responsables pouvaient les repérer. Soulignant que les responsables ont dû faire face à des difficultés énormes. « Il s’agit d’un véritable casse-tête ». Elle affirme toutefois qu’il était nécessaire de réunir les futurs parlementaires en vue de les informer sur les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dont Haïti est signataire. Il s’agit également de faire la lumière sur la nécessité d’introduire dans leur programme une vision relative au développement durable. Selon l’ancienne Ministre de la Santé publique, il convient de définir un agenda sanitaire en vue de résoudre un ensemble de problèmes auxquels la population fait face. Seulement moins de 5 % du budget de la République, déplore-t-elle, sont consacrés à la Santé publique, alors que l’Organisation mondiale de la Santé recommande d’en allouer au moins 10 % à tous les pays membres de ladite organisation. Ce qui permettra de subvenir aux besoins de la population en ce qui concerne ses besoins sanitaires. Elle a en ce sens souligné que certains pays sont déjà parvenus à l’éradication de certaines maladies transmissibles. Et sont en passe d’en venir à bout de celles qui sont chroniques. Tandis que le nôtre, se désole-t-elle, est en proie à ces deux catégories. C’est dans cette optique que l’Aspha s’engage à rencontrer les futurs législateurs sur ce besoin pressant des compatriotes. Le Parlement, affirme Mme Bijou, représente la voie décisionnelle compte tenu du choix du pays de la démocratie représentative. Ainsi, elle appelle les futurs parlementaires à assumer leur engagement en défendant les intérêts de la population. Dr Ginette Rivière Lubin, présidente de l’Association a, pour sa part, déclaré que la situation de la santé est alarmante. Au regard du faible budget consacré à la santé, la tendance à la diminution de l’aide externe, il convient de rapprocher les hommes d’État des professionnels de la santé. Cette démarche, explique-t-elle, vise à leur permettre de mieux cerner les besoins des milliers de compatriotes qui n’ont pas accès aux services sanitaires vivant dans des zones reculées du pays. À son avis, ce n’est pas seulement aux professionnels de la santé qu’il importe de définir des plans. Cela, insiste-t-elle, doit se faire en collaboration avec les futurs dirigeants du pays. Santé : Un facteur déterminant Participant à ce forum, le dirigeant du Mouvement national patriotique du 28 novembre, Déjean Bélizaire a déclaré que la santé est un facteur déterminant dans le fonctionnement d’un peuple. Au regard de la situation d’insalubrité à travers les rues de la Capitale et des villes de province, les marchés publics, des efforts considérables doivent être consentis en vue de sortir le pays du bourbier dans lequel il s’enlise, ajoute-t-il. Alors que la force d’un peuple résulte dans son niveau de santé, condition essentielle au développement. S’agissant d’un agenda sanitaire, l’ancien sénateur a affirmé que le parti politique qu’il dirige accorde une grande priorité à la santé. Sans en préciser les grandes lignes, il a indiqué qu’il va s’inspirer des discussions et résolutions adoptées afin de mieux charpenter son programme politique en ce qui a trait à ce domaine. L’environnement, le milieu social d’une personne, souligne l’ancien candidat à la présidentielle de 2005, participent des conditions de jouir d’une bonne santé. Il a ainsi plaidé pour la conciliation des méthodes traditionnelles et celles qui sont modernes. De son côté, Gabriel Luckner, vice-président du GREH, a salué l’organisation de cette activité. Il souligne qu’elle revêt une grande importance compte tenu du manque d’infrastructures sanitaires et de personnels dans certaines villes de province. Le candidat à la députation pour la commune de Pétion-Ville a lui aussi informé que le GREH dispose d’un programme sanitaire intitulé « le meilleur choix». Mais il n’en a pas énuméré les différents axes. Il promet de travailler sur une proposition de lois, lors de son accession au Parlement enjoignant au SMCRS de collecter les résidus solides au moins deux fois par semaine afin d’en réduire leur volume. Toute personne qui déverse ses déchets dans les rues paiera une amende allant de 3 à 4 mille gourdes. Pour remédier au problème sanitaire, martèle M. Luckner, il convient de l’attaquer en amont et non en aval en passant de la santé curative à la préventive. Au terme de ce forum, une résolution a été adoptée et votée à l’unanimité par des partis politiques présents. Les partis politiques se rapprocheront de l’Aspha en vue de recueillir les informations sur les ODM et les ODD ; l’Aspha s’engage à assurer le suivi au Parlement et à introduire la convention-cadre de la lutte contre le tabagisme. Maigre recette pour l'AsphaPar Reynold Aris HAÏTI/FORUMSURLASANTÉ Le nombre de partis politiques invités a été sous représenté au forum de l’Association de Santé publique d’Haïti (Aspha) en partenariat avec l’OPS/OMS. Il a été organisé à leur intention et à celle de leurs candidats dans cette période électorale. Réfléchir autour des défis et enjeux auxquels sont confrontés le système sanitaire et le développement durable en Haïti, fournir des informations pertinentes aux futurs parlementaires, ont été, entre autres, les objectifs poursuivis par les organisateurs de l’Aspha. Ces assises ont eu lieu le mercredi 29 juillet 2015 à l’hôtel Royal Oasis. Des membres du directoire de l’Aspha. / Photos : Ruben Chéry
  6. 6. L e Conseil haïtien des acteurs non étatiques critique la façon dont la justice, la police et le Conseil électoral provisoire (CEP) traitent la situation de violence avant l’organisation des prochains scrutins. Parmi les faits de violence enreg- istrés, le mercredi 22 juillet, trois jeunes garçons, qui collaient des photos de candidats dans leur quartier ont tués par des hommes qui se déplaçaient à moto dans la commune de Carrefour, au sud- ouest de la capitale haïtienne. Dans cette même commune, l’oreille d’un jeune homme, qui exhibait la photo d’une candidate a été tranchée. Dans le départe- ment du Sud-Est, un candidat à la magistrature, Pierre Lafond, a été atteint de deux projectiles au pied, avant de rendre l’âme à l’hôpital, pour avoir perdu trop de sang, dans la matinée du 22 juillet. Antérieurement, le 15 mai 2015, le Bureau électoral communal (BEC) de Petit-Goâve a été sac- cagé en plein jour par des gens à visages découverts. Des zones de cette même commune du départe- ment de l’Ouest restent imprati- cables. Dans certains quartiers, il y a eu des lancements de tessons de bouteilles de pierres. Interve- nant sur la question dans la mati- née du 29 juillet, en marge de la présentation du cinquième bulle- tin des organisations de la société civile et action des pouvoirs pub- lics (Socapp), le coordonnateur du Conhane, Edouard Paultre, déplore le fait que les malfaiteurs ayant agi à visages découverts ne soient pas poursuivis. Réfléchissant sur le comportement des autorités, Edouard Paultre déclare que la « période des élec- tions reste un moment où l’État doit démontrer sa plus haute auto- rité », exhortant les dirigeants à agir pour bloquer la violence préé- lectorale. Il lit la situation violente et l’attitude des gouvernants face à celle-ci, comme un« déficit très grave ». « Je pense que le Conseil électoral gère mal la question de la violence électorale », a ajouté Paultre. Pour sa part, le directeur exécutif de l’Initiative de la société civile (ISC), Rosny Desroches, intervenant également en la circonstance, abonde dans le sens de Paultre, mais reste convaincu que l’actuel « niveau de violence » ne devrait pas « empêcher la réalisation des élections » si tous les Haïtiens veulent sortir de la situation dans laquelle se trouve actuellement le pays, « sans parlement et sans des élus locaux ». Encourageant le peuple à prendre le chemin des urnes, Rosny Desroches met en relief la nécessité de « renouveler les dirigeants politiques ». Il ne mâche pas ses mots. Pour lui, Haïti est présentement « un pays qui n’est pas géré ». En guise de rappel, Rosny Desroches traduit l’évidence que la République d’Haïti fonctionne avec « un seul élu (le président Michel Martelly) qui n’a plus que quelques mois à passer au pouvoir et qui a presque fini avec ce qu’il avait à faire ». Le peuple est aussi appelé à élire au cours de cette année, soit le dimanche 25 octobre, un nouveau président qui doit entrer en fonc- tion le 7 février 2016. Une éven- tuelle seconde journée de vote est arrêtée pour le 27 décembre, si aucun candidat à la présidence ne l’emporte au premier tour. Ces organisations de la société civile déplorent également le retard mis pour afficher les listes électorales définitives et pour financer la campagne des partis et regroupements politiques. D epuis bien des temps, l’HUEH fonctionne sur fond de revendication. Les différents services de l’institution réclament un meilleur traitement. Après l’arrêt de travail général des médecins résidents, la grève du petit personnel, ainsi que celle du service de radiologie, pen- dant la période allant du mois de mars à juin, cette fois, c’est au tour du service d’ophtalmologie de prendre la relève pour cette fin de juillet 2015. Si les causes des arrêts de service dans les autres embranchements de l’HUEH portent la marque fabrique de manque de matériel, de problème de rémunération ou encore de mauvaises conditions de travail, celles du service oph- talmologique sont en revanche nettement différentes. L’unique cause de cette suspension des activités est, selon Ulysse Samuel, l’un des médecins résidents du service d’ophtalmologie, le limo- geage humiliant du chef de ser- vice, le Dr Jean Claude Cadet qui selon lui, a passé sa vie à faire de ce service un autre hôpital à l’intérieur de l’HUEH. Selon les informations qu’il a fournies au National, le Dr Jean Claude Cadet avait reçu un SMS, suivi d’un appel téléphonique de la part du Dr Franck Télémaque. Le directeur médical de l’hôpital a adressé un bon matin ce message texte au Dr Cadet pour lui signaler qu’il n’est plus le chef de service de la section ophtalmologique, et qu’il n’a pas besoin de mettre les pieds dans les espaces de l’institution. Le Dr Cadet, informe M. Ulysse, a été remplacé de façon déshonorante par le Dr François Romain, qui a vu sa cérémonie d’installation perturbée par l’ensemble des résidents affectés au service. C’est une décision qui émane des autorités compétentes du ministère de la Santé publique et de la Population, a indiqué le Dr Ulysse. Le soi-disant remplaçant du Dr Cadet, avance-t-il, était muni effectivement de sa lettre de nomination dûment signée par la ministre de la Santé publique et de la Population, Mme Florence Duperval Guillaume. L’accueil n’étant pas chaleureuse, le Dr Romain tarde encore à prendre les rênes du service ophtalmologique. Mais le Dr Cadet, lui, a provisoirement abandonné l’institution. À l’heure actuelle, raconte-t-il, il n’y a aucun chef à la tête du service, les résidents ont en ce sens observé cette trêve pour demander que le Dr Cadet soit rétabli à son poste. Ils n’entendent pas négocier, ces résidents. Pour eux, il n’y a qu’une alternative si le directoire veut favoriser la reprise des activités au niveau du service : le MSPP doit revenir sur sa décision et présenter des excuses, s’il le faut, a expliqué le porte-parole. Par contre, ajoute-t- il, la bonne façon de faire est là, mais n’est peut-être pas envisagée par les dirigeants. Selon ce qu’il a suggéré, le Dr Romain pourrait être nommé au service, suivre pendant un temps son fonctionnement et, à la longue, remplacer le Dr Cadet. Mais pour l’instant, rétorque-t- il, il ne peut que l’adjoint de ce dernier. La radiologie veut le départ de son chef Alors que les résidents du service ophtalmologique veulent à tout prix garder leur chef, qu’ils considèrent comme un héros, ceux du service de la radiologie et de l’imagerie médicale veulent au contraire le départ sans condition du leur, Mme Carine Cléophard. Lesservicesn’ontpasvéritablement repris le 25 juillet, comme c’était annoncé par Maurice Mainville Fils, directeur exécutif du Conseil d’administration de l’hôpital. La grève est prolongée jusqu’au départ de Mme Cléophard qui, selon quelques résidents, est à l’origine de tous les maux qu’a connus ce service. Alors que les différents services de l’hôpital sont en grève, les patients les plus vulnérables, qui sont les principales victimes, décrètent entre-temps des problèmes de soins, crient au secours et souffrent amèrement dans presque toutes les parcelles de l’hôpital. 6 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 ACTUALITÉ La violence préélectorale, un mauvais présage Par Stephen Ralph Henri L'Hôpital Général : de grève en grève Par Évens RÉGIS HAÏTI/ÉLECTIONS HAITI/SANTÉPUBLIQUE La manière dont les autorités concernées par l’organisation des élections dans le pays gèrent la question de la violence préélectorale constitue un mauvais signal transmis aux candidats et à leurs partisans. C’est le constat du Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane), exprimé le mercredi 29 juillet 2015. Le peuple est invité à rester focalisé sur la nécessité d’élire de nouveaux dirigeants. Le service d’ophtalmologie de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) observe un arrêt de travail depuis environ une semaine. Le chef du service, le docteur Jean Claude Cadet, a été destitué de ses fonctions par un message texte, après vingt ans passés à la tête de l’institution. Les médecins résidents de la section ont initié à cet effet une grève pour exiger le respect des ressources humaines du pays et le retour du Dr Cadet à son poste.
  7. 7. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 7 Le ministère du Commerce embarrasséPar Lionel Edouard HAÏTI/SCANDALEDEFARINECANCÉRIGÈNE C’est ce qui justifierait la mesure de restriction adoptée par le gouvernement haïtien, sur les farines en provenance de la République dominicaine. Toutefois, le responsable qui intervenait aussi à cette conférence de presse, a tenu à préciser qu’il ne s’agissait nullement d’une interdiction. « Désormais, l’importateur doit fournir un certificat d’analyse, et nous devons faire une contre- analyse pour éviter les faux certificats », a-t-il insisté. Et les stocks en circulation, M. Papyto ? « Le Ministère ne peut pas identifier ces farines ! » C’est la réponse de M. Papyto devant le parquet de journalistes stupéfaits, se questionnant sur la manière dont la population devrait se protéger face à cette menace alimentaire. Les deux responsables n’étaient pas en mesure de fournir des explications sur la ou les marque (s) qui comportent un taux de bromate au-dessus de la normale. Encore moins sur la manière de les identifier sur le marché local. Les mesures adoptées ne concerneraient donc que les nouvelles exportations. Excité et désemparé, Vilvert Papyto, assailli de questions, a commis une autre bourde en expliquant aux journalistes qu’ils ne peuvent pas donner le nom de la marque parce qu’ils doivent procéder à des tests supplémentaires. Des mots qui remettent en question toute la théorie exposée avant, concernant l’origine de la farine présumée cancérigène. « C’est une farine qui est venue en vrac. Si les farines répondent aux normes, elles sont remises à leur propriétaire. Dans le cas contraire, elles sont retenues par l’État pour être détruites », informe-t-il sans vouloir identifier le propriétaire de cette farine mortelle. Dans le flou total, le directeur au Service de contrôle et qualité (sic) au MCI explique que plusieurs importateurs s’approvisionnent en République dominicaine. Les stocks contenant cet excès de bromate de potassium ont été identifiés depuis le mois de mars, encore en contradiction avec les informations précédemment citées qui parlaient de mois de juin. Pour rassurer, M. Papyto soutient que ces cargaisons sont déjà écoulées sur le marché haïtien. À travers le monde, il a été constaté que le bromate de potassium a des effets nocifs pour la santé. C’est un produit classé cancérigène. Le ministère du Commerce, rapporte Charles Pierre Charlemagne, avait toujours surveillé le taux de bromate dans les farines importées à travers des analyses de laboratoire effectuées chaque année. C’est un additif qui, de nos jours, ajoute-t-il, n’est plus utilisé. « Les farines doivent en afficher un taux zéro. » Pourtant certaines farines analysées en ont un niveau élevé. Jusqu’à 96 PPN étaient trouvés dans certains échantillons, alors que le minimum admis en Haïti est de 20 PPN. D’ici le mois de juin 2016, Charles Pierre Charlemagne informe que le niveau accepté en Haïti passera à zéro PPN en bromate de potassium. Mais ce n’est pas le seul souci du consommateur haïtien. Un autre additif dénommé azodicarbonamide, qui est admis par certains pays à 45 PPN, a également été trouvé dans les échantillons de farine analysés. Ce produit, rapporte le fonctionnaire, atteint les 109 PPN pour certains échantillons, alors que pour d’autres, il atteint des pics de 143 PPN. » suite de la première page ACTUALITÉ
  8. 8. 8 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 MONDE Etats-Unis: Le FBI déjoue un attentat prévu sur une plage de Floride Sources : 20minutes.fr H arlem Suarez, qui se présen- tait sur Facebook comme un partisan de l’organisation de l’Etat islamique (EI), a été arrêté et inculpé, selon une informa- tion révélée par le FBI ce mardi soir, pour avoir eu l’intention d’utiliser un sac à dos piégé. L’américain de 23 ans, habitant Key West en Floride (sud-est des Etats-Unis), postait sur le réseau social des messages extrémistes. Et selon les termes de l’inculpation, c’est un autre membre de Face- book qu’Harlem Suarez tentait de recruter pour le compte de l’EI qui a dénoncé le présumé terroriste à la police et a permis de déjouer l’attentat en préparation. « Je vais faire le sac à dos… c’est sûr, je vais faire le sac à dos », prévenait le terroriste présumé. Un fameux sac à dos qui aurait caché un engin explosif, selon les sources proches de l’enquête. « Ça va faire… un bruit énorme venu de nulle part » Harlem Suarez aurait ainsi payé quelqu’un pour fabriquer une bombe télécommandée par télé- phone, qu’il avait l’intention d’enterrer sur la plage et de faire exploser. « J’ai juste besoin d’appeler et ça va faire, ça va faire… un bruit énorme venu de nulle part », aurait-il dit à l’homme qu’il vou- lait enrôler au téléphone. Alertés, les agents du FBI ont alors épluché les favoris Face- book du suspect, pour y trouver : « Jihadist », « Extraordinary Prayer for ISIS » (Prière extraordinaire pour l’EI) ou encore « Prayers for ISIS : Weapons of our Warfare » (Prière pour l’EI : les armes de notre guerre). Le jeune homme avait également commandé sur Internet un fusil d’assaut AK-47. Il aurait tenté de contacter directe- ment l’EI en Syrie, mais, selon l’agence américaine, « il n’a jamais eu de réponse ». U n policier blanc a été inculpé de meurtre pour la mort « insensée » d’un homme noir, abattu lors d’un con- trôle routier dans l’Ohio (nord des Etats-Unis), a indiqué mercredi le procureur chargé du dossier, estimant qu’il s’agissait d’un acte motivé par la colère. « Il n’avait pas affaire à quelqu’un qui était recherché pour meurtre --il avait affaire à quelqu’un qui avait une plaque d’immatriculation manquante », a déclaré à la presse Joseph Deters, procureur du comté de Hamilton. « C’est, en langage fleuri, une interpellation assez pourrie. S’il commençait à partir en roulant, sérieusement, laissez-le partir. Vous n’avez pas à lui tirer dans la tête », a poursuivi M. Deters. Ray Tensing, policier de l’université de Cincinnati de 25 ans, est accusé d’avoir tué Sam DuBose le 19 juillet. Dans un premier temps, il avait déclaré aux enquêteurs avoir tiré parce que, en prenant la fuite en voiture, la victime de 43 ans l’avait entraîné. Mais le visionnage des images de la caméra du policier a révélé qu’en réalité il n’avait jamais été en danger. « Vous ne pourriez pas croire la rapidité avec laquelle il a dégainé son arme et lui a tiré dans la tête. Peut-être une seconde. C’est incroyable. Et tellement insensé », a relevé le procureur, avant de diffuser la vidéo. « Je pense qu’il a perdu son calme parce que DuBose refusait de sortir de son véhicule ». La vidéo montre le policier s’approchant d’un véhicule noir. Alors que Ray Tensing lui réclame ses papiers, Sam DuBose demande pourquoi on l’a fait s’arrêter et explique avoir oublié son permis de conduire chez lui. Puis la voi- ture démarre et le policier semble tomber à terre, sur le côté, tandis qu’elle s’éloigne. En une fraction de seconde, un pistolet apparaît dans le champ de la caméra, puis ce qui ressemble à un coup de feu part, et les images sautent pendant la course du pol- icier derrière la voiture qui va finir sa course sur le bas-côté. Sam DuBose est mort sur le coup, selon le procureur, qui a dit espérer que la réaction rapide des autorités montre que la justice fonctionne. Plusieurs bavures policières au cours desquelles des policiers blancs ont tué des hommes noirs non armés ont ravivé depuis un an les tensions raciales aux Etats-Unis, entraînant des mani- festations dégénérant parfois en émeutes, et relancé le débat sur la violence policière. En particulier, parce que la plu- part des policiers n’ont pas été poursuivis. Par précaution, l’université de Cincinnati avait fermé son campus mercredi et installé des barricades aux entrées, craignant d’éventuelles manifestations. USA : un policier blanc inculpé de meurtre pour la mort d'un Noir Sources : AFP USA: un policier blanc inculpé de meurtre pour la mort d’un Noir. / Photo : AFP/ Archives Le logo FBI de la veste d’un policier de l’agence fédérale américaine - AFP Un partisan de l’organisation de l’Etat islamique recrutait sur Facebook et prévoyait de faire sauter un sac à dos cachant une bombe...
  9. 9. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 9 MONDE D epuis deux jours, les habi- tants du Salvador n’osent plus prendre les trans- ports en commun, de peur d’affronter les représailles des cartels, qui ont la mainmise sur le pays. Des membres de maras, ces groupes crim- inels à l’œuvre en Amérique latine et en Amérique centrale, ont abattu, mercredi 29 juillet, un septième chauffeur de microbus, au motif qu’il ne respectait pas la grève des trans- ports qu’ils imposent pour faire pres- sion sur les autorités. Selon la police, le chauffeur a été criblé de balles alors qu’il faisait le plein dans une station-service de la périphérie de San Salvador. Avant lui, un autre chauffeur avait été tué dimanche et cinq autres lundi. Mercredi, sous une forte surveillance policière et militaire, des milliers de Salvadoriens se déplaçaient à bord de camions militaires pour se rendre au travail ou à l’école. Faire pression sur le gouvernement Les maras imposent cette grève pour exiger des autorités de négocier avec euxunallégementdelarépressionqui s’exerce sur leurs activités et assurer des conditions d’emprisonnement moins difficiles à leurs membres. Mais, jusque-là, le gouvernement a toujours refusé d’engager le dialogue avec ces gangs, dont les guerres de territoire sont à l’origine de la montée de violence qui embrase le pays depuis plusieurs années, jusqu’à en faire un des pays les plus violents d’Amérique centrale. « Sous aucun prétexte notre gouvernement n’est disposé à dialoguer avec les criminels, que cela soit bien clair, nous n’allons pas négocieretnousallonslespoursuivre, les capturer et les présenter devant la justice », a martelé mardi le président Salvador Sanchez Ceren. « Nous ne laisserons pas impunis les meurtres de chauffeurs, policiers, soldats et travailleurs salvadoriens », a lancé pour sa part le procureur Luis Martinez, qui a qualifié ces gangs de « terroristes ». Six cent trente-cinq homicides en un mois Le Salvador, petit pays situé entre le Honduras et le Guatemala, a en effet enregistré quelque 635 homicides en seulement un mois, essentiellement en raison des règlements de comptes opposant les divers gangs du pays. Soit une moyenne de 20 morts par jour. Les autorités affirment qu’il s’agit, pour les maras, d’un moyen supplémentaire de menacer le gouvernement après le transfert de quelque 2 600 membres de cartels emprisonnés. « Il s’agit du mois le plus violent depuis [la fin de la guerre civile en Amérique centrale en] 1992, et nous savons que nombre d’homicides n’ont pas été déclarés », s’inquiète Miguel Fortín Magaña, directeur de l’Institut de la médecine légale. Sept chauffeurs de bus ont été assassinés par les cartels. Il faut garder à l’esprit que, comme la plupart des cartels d’Amérique centrale, les deux principaux gangs du pays, la Mara Salvatrucha et la Mara Barrio, ont pour habitude d’enterrer leurs victimes dans des fosses communes. Les cadavres sont ainsisouventdécouvertsbienaprèsle crime. Or les homicides sont toujours imputés l’année de la découverte des corps, indépendamment de la date à laquelle ils ont été commis, comme le rappelle cette note de blog, ce qui fausse les statistiques. Il n’en reste pas moins que le Salvador enregistre l’un des taux d’homicides les plus élevés du monde et d’Amérique centrale, avec, en 2014, 61 victimes pour 100 000 habitants. Si la tendance observée au cours du premier trimestre de 2015 se maintient, le solde macabre devrait atteindre 4 500 victimes d’ici à la fin de l’année, soit un taux de presque 70 victimes pour 100 000 habitants, supérieur à son niveau de 2011, d’avant la trêve entre les maras. Au Salvador, les « maras » sèment la terreur dans les transports et battent les records d'homicides en un mois Sources : Le Monde.fr avec AFP et Reuters Des gens se ruent vers les bus encore en circulation, à Apopa, le 28 juillet. / Photo : STRINGER/EL SALVADOR / REUTERS Vol MH17: veto russe à la création d'un tribunal international Sources : Reuters La Russie a opposé mercredi son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies prévoyant la constitution d’un tribunal international chargé de faire le jour sur la destruction en vol d’un avion de la Malaysia Airlines l’été dernier au-dessus de l’est de l’Ukraine. Onze des quinze pays membres du Conseil ont voté en faveur de ce projet présenté par la Malaisie, l’Australie, les Pays-Bas et l’Ukraine; trois se sont abstenus (Chine, Angola et Venezuela). Le vote négatif de la Russie, membre permanent du Conseil, a valeur de veto. Le vol MH17 qui devait assurer la liaison entre Amsterdam et Kuala Lumpur a été abattu en juillet de l’année dernière avec 298 personnes à son bord. Il s’est écrasé dans l’est de l’Ukraine, dans une zone contrôlée par les séparatistes prorusses. Les Pays-Bas, dont étaient originaires les deux tiers des victimes, soupçonnent fortement les séparatistes prorusses d’avoir abattu le Boeing avec un missile sol-air Bouk de fabrication russe. La Russie accuse l’armée ukrainienne d’avoir tiré le missile. Dans la journée, quelques heures avant le vote à l’Onu, le président russe, Vladimir Poutine, avait redit son opposition à la création d’un tribunal international pour juger les responsables de la destruction du Boeing 777. « Le président russe a confirmé sa position selon laquelle la création d’un tel organe judiciaire serait inopportune », a déclaré le Kremlin dans un communiqué, à la suite d’un entretien téléphonique entre Poutine et le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. Hommage à Kiev aux victimes du vol MH17, qui a été abattu en juillet 2014 avec 298 personnes à son bord. La Russie a opposé mercredi son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies prévoyant la constitution d’un tribunal international chargé de faire le jour sur la destruction en vol de cet avion de la Malaysia Airlines au-dessus de l’est de l’Ukraine. / Photo prise le 17 juillet 2015/REUTERS/Gleb Garanich
  10. 10. 10 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 ÉCONOMIE La débâcle consacrée et programmée de l'économie haïtiennePar Henri Alphonse (4e partie) ENTREVUE L ’argent des épargnants, en majorité doublement pénali- sés, est alors utilisé pour des activités spéculatives néfastes pour la monnaie nationale. Ces derni- ers ne sont pas éligibles au crédit ban- caire et subissent de plein fouet les conséquences socio-économiques de la décote programmée de la gourde. Un déficit budgétaire élevé Dans une longue entrevue accordée au National, l’économiste Eddy Laboss- ière redoute les effets de cette situa- tion « de plus grand danger pour la gourde ». Malheureusement, constate- t-il, le danger est aussi ailleurs. Mon interlocuteur cligne des yeux, soudain perplexe. L’évidence saute aux yeux, certes, mais cette perplexité devant les errements inconcevables de la nature humaine semble encore le hanter. L’État haïtien, paradoxalement, est l’un des principaux artisans de la déconfi- ture de la monnaie nationale. Bizarrement, cette nouvelle ne fait que me décontenancer. Tout juste, cependant. Rien pourtant, venant de l’État haïtien ne devrait en principe me surprendre. La nature humaine est ainsi faite qu’elle espère toujours, par la transformation virtuelle de ses désirs en des faits concrets, restituer au monde une clarté que les ténèbres ont peut-être irrémédiablement sous- traite à la réalité. C’est un sujet qui mérite d’être approfondi, débattu. Quoi qu’il en soit, l’État haïtien a été identifié comme l’un des artisans de ses propres malheurs. « L’État doit tout faire pour mettre un terme à sa propension à accumuler les déficits budgétaires. » Actuellement, révèle notre interlocuteur, le déficit budgé- taire est de huit à neuf milliards de gourdes. « Leta sa anraje ! Ce déficit budgétaire est en train de nous tuer. C’est d’ailleurs l’une des causes princi- pales de la décote de la gourde. » Une situation d’autant plus grave qu’elle a donné lieu à opérations de création monétaire. D’où une augmentation de la quantité de gourdes sur le marché. Je me surprends à sourire en hochant la tête. Je me remémore les envolées lyriques du gouverneur de la Banque centrale lorsque, sommé d’intervenir publiquement pour rassurer les agents économiques, il a cru pouvoir impuné- ment dédouaner l’institution qu’il dirige. Pourquoi le gouverneur de la BRH a-t-il omis de mentionner l’usage de la planche à billets parmi les causes de la dégringolade de la monnaie nationale ? Le mal est fait, constate notre écono- miste, qui aurait souhaité voir le gou- vernement mettre une sourdine à ses dépenses. « Le gouvernement dépense trop. » C’est d’autant plus grave qu’il savait ne pas pouvoir compter sur un quelconque appui budgétaire. La planche à billets Manœuvrer la planche à billets a tou- jours été une tentation à laquelle nos différents gouvernements ont diffi- cilement su résister. Seul le gouver- nement intérimaire de Latortue a pu se prévaloir d’un surplus budgétaire. Celui du président René Préval avait réussi à maintenir l’équilibre bud- gétaire. Les autres n’ont toujours su l’éviter qu’avec l’obtention providenti- elle d’un appui budgétaire accordé par des bailleurs internationaux. Aujourd’hui, un appui budgétaire est difficile à obtenir de l’étranger. « Cet appui budgétaire, n’étant plus dis- ponible, comment ont-ils pu continuer à dépenser ainsi, de façon irraison- née ? » Le gouvernement actuel doit assumer aujourd’hui un déficit budgé- taire estimé à 5 % du Produit intérieur brut (PIB). Trop élevé ! Évidemment, soutient Eddy Laboss- ière, le gouvernement pourra toujours se défendre, se référer à ce fardeau que constitue l’Électricité d’Haïti (EdH). De ce déficit budgétaire de huit à neuf milliards, il faut tenir compte du financement du propre déficit de l’EDH, actuellement de cinq milliards de gourdes. Il reste trois milliards, je dis. Et mon interlocuteur, de rétorquer, avec hargne : « Mais pourquoi a-t-il fallu qu’ils se mettent en situation de dépenser ces trois autres milliards ? » Sachant qu’il ne pouvait compter sur aucun appui budgétaire, le gouverne- ment aurait dû faire preuve de retenue. Et comprimer ses dépenses. Des entités dollarivores Un surplus de liquidité dans les banques qui alimente la spéculation. Un gouvernement qui dépense plus que de raison. Et voilà que deux autres éléments du puzzle sont identifiés. Les deux seules compagnies de téléphonie mobile du pays, Digicel et Natcom, sont également sur la sellette, ce derni- er étant propriété de l’État haïtien à hauteur de 40 %. À elles seules, ces deux entités sont responsables d’une ponction de 600 millions de dollars américains dans un marché financier déjà anémique. La Digicel draine 500 millions annu- ellement et la Natcom 100 millions. Un total de 600 millions qui prennent le large chaque année vers leur siège social. Difficile de les incriminer. Ce sont des firmes étrangères, elles ont parfaitement le droit – sauf accord préalable, et ce n’est pas le cas – de transférer leurs profits dans leur pays d’origine. Je reste songeur. Notre écon- omiste, déterminé, poursuit son diag- nostic. Dans la plus prochaine édition, nous reviendrons sur ce dernier sujet et nous vous inviterons à découvrir une autre facette de notre économie moribonde. On pourrait tout aussi bien dire économie de rente. Une épargne nationale de 40 milliards de gourdes, enfermée dans les caisses des banques, tandis que des entreprises - potentiellement créatrices d’emplois - recherchent en vain le financement qui leur aurait permis de réaliser des investissements productifs. La migration haïtienne vers le Brésil !Par Therno N. A. Sénélus L e phénomène de la migra- tion haïtienne au Brésil s’est intensifié après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Certains Haïtiens, incapables de faire face à cette crise, cherchaient un mieux-être ailleurs. Comme la migra- tion vers les États-Unis, le Canada devient de plus en plus difficile, ils se sont tournés alors vers les pays de l’Amérique du Sud, notamment le Brésil. Ce pays, pour aider Haïti fortement éprouvée par le cataclysme du 12 jan- vier, se proposait d’accorder cent visas par mois aux Haïtiens ayant des attach- es au Brésil. C’était aussi une façon de faciliter la réunification familiale. Ce programme humanitaire s’échelonnait sur une période de cinq ans. La demande de ces 100 visas par mois a amplement dépassé l’offre et a exercé une contrainte sur la capacité adminis- trative du consulat du Brésil à Port-au- Prince. Selon certains employés de ce consulat voulant garder l’anonymat, ils reçoivent plus de 230 demandes jour- nellement. La quantité de demandes, ajoutent ces employés, pourrait subir une variation selon besoin. Financement du voyage La question du financement du voyage a été également mise en évi- dence. Les coûts prévus ont varié de 120 à 5 000 dollars américains, selon les déclarations de certains demandeurs de visa. La plupart des migrants haïtiens ont effectué des emprunts pour financer leur voyage. Julienne Valcin, 28 ans, se désole du fait que le pays ne lui ait pas offert l’encadrement néces- saire : « Depuis ma naissance, je mène une vie difficile. Je suis allée à l’école avec beaucoup de difficultés. J’ai composé six fois en rhéto et j’ai échoué. Je veux aller au Brésil pour trouver un mieux- être. Malgré tout, je suis obligée d’emprunter de l’argent pour payer le visa. » D’autres jeunes qui sont à la file devant l’ambassade ont déclaré avoir tous emprunté pour leur demande de visa. Il y a une rumeur faisant croire qu’il y a des emplois au Brésil pour les tra- vailleurs non qualifiés. Les visas sont relativement faciles à obtenir et on ne déporte pas les migrants irréguliers. Ceux qui sont éligibles à la résidence permanente sont minoritaires. Trois migrants haïtiens rencontrés ce lundi matin aux environs de 8 h 15 devant les locaux de l’ambassade du Brésil à Pétion-Ville sont de retour au bercail pour régulariser leurs dossiers. Pierre Alciné, 33 ans, père de quatre enfants, a quitté Haïti en juin 2012 et est arrivé à Brasilia via Panama, Quito,Tumbes, Lima. L’individu a vendu son « taptap » pour son voyage. On lui a fait savoir qu’une fois arrivé à Brasilia il aurait un emploi. Mais ce n’était pas le cas, il a dépensé beau- coup plus d’argent qu’il ne pensait dans le voyage car il avait dû payer 1 000 dollars à un passeur à la frontière entre Équateur et Pérou. Malgré tout, pour monsieur Alciné, « le Brésil est un véritable paradis quant à ses condi- tions de vie », soulignant que s’il avait un emploi d’au moins 10 000 gourdes, il ne laisserait pas Haïti. Pourtant, Apson Clénord, 27 ans, s’est rendu au Brésil pour une maîtrise en génie rurale. Pour lui, seules les études pouvaient le conduire dans ce pays : « Ce sont les études qui m’intéressent. Je suis en Haïti, depuis deux mois, je vais appliquer pour d’autres études. Je pourrais toujours travailler, mais pour moi, le Brésil est une destination beaucoup plus favorable aux études. » Il souligne, par ailleurs, qu’il n’est pas contre les Haïtiens qui y vont pour chercher de l’emploi, mais il fait remarquer que là-bas, ils vivent très mal : « Trop d’Haïtiens au Brésil vivent dans des conditions socioéconomiques précaires. Si j’avais à conseiller mes compatriotes, je leur suggérerais d’aller au Chili. » Soulignons que les institutions haïtiennes, comme l’Office natio- nale de la migration (ONM) et le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE) qui devraient fournir des informations sur le nombre d’immigrants haïtiens dans les autres pays ne disposent, pas jusqu’à date, d’archives.
  11. 11. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 11 ÉCONOMIE ENVIRONNEMENT « Bamboo Avenue » est un tronçon de route d’environ 2,5 kilomètres de la paroisse Sainte Elizabeth en Jamaïque. Il est bordé de bambous géants qui surplombent la route et se croisent au milieu pour former un tunnel ombragé. Cette avenue a été créée au 17e siècle par les propriétaires de ‘Holland Estate’ pour fournir de l’ombre aux voyageurs et pour proté- ger la route de l’érosion. Le bambou fait partie de la culture de la Jamaïque depuis des mil- liers d’années, mais il n’a jamais réellement fonctionné en tant qu’outil ou option pour résoudre certains des défis auxquels le pays est confronté. C’est-à-dire jusqu’à récemment. En septembre, le Bureau des normes de la Jama- ïque (BSJ) a annoncé que le pays se lancerait dans la production à grande échelle de bambou pour la construction de logements à faible coût et de produits à valeur ajoutée tels que des meubles et du charbon pour le marché d’exportation. Il est encore à ses premiers stades, mais la Jamaïque est saluée pour ce projet qui selon le directeur du Réseau international pour le bambou et le rotin (INBAR), Dr Hans Friederich, a un potentiel énorme dans la protec- tion de l’environnement naturel et de la biodiversité et l’atténuation contre les changements climatiques. « Le bambou, et il y en a environ 1 250 espèces différentes, a un rôle très important à jouer dans la protection de l’environnement et atténuation des changements climatiques. Les bambous ont des systèmes racinaires très forts et très étendus et sont donc des outils extraordinaires pour lutter contre l’érosion des sols et pour aider à la restauration de la dégradation des terres », a déclaré Friederich à IPS. « Plus de bambous absorberont plus de CO2 et donc vous aident dans vos objectifs de REDD+ [Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts], mais une fois que vous coupez le bambou et que vous l’utilisez, vous verrouillez le carbone, et le bambou en tant qu’herbe pousse si vite que vous pouvez en réalité le couper après quatre ou cinq ans, con- trairement aux arbres que vous devez laisser pendant longtemps. « Donc, en coupant le bambou vous avez un retour sur investissement beaucoup plus rapide, vous évitez de couper les arbres et vous fournissez la matière première pour toute gamme d’usages », a-t-il expliqué. Le BSJ offre une formation jusqu’à la fin de novem- bre pour que les gens soient employées dans le secteur et est en train de créer trois usines de bambou à travers l’île. L’agence veille également à ce que les populations locales puissent cultiver, préserver et récolter le bambou pour ses divers usages. « Il peut être planté simplement comme on plante la canne à sucre. Le potentiel d’exportation est grand, et vous pouvez faire créer des emplois, et être assuré de la création des indus- tries », a indiqué la directrice des pro- jets spéciaux au BSJ, Gladstone Rose. En marge de la 12e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (COP 12) à Pyeongchang, en Corée du Sud, Friederich a dit à IPS que les bambous peuvent contribuer directement aux Objectifs 14 et 15 d’Aichi sur la bio- diversité. L’Objectif 14 parle de la restaura- tion, d’ici à 2020, des écosystèmes qui offrent des services essentiels, y compris des services liés à l’eau, et contribuent à la santé, aux moyens de subsistance et au bien-être, en prenant en compte les besoins des femmes, des communautés autochtones et locales, ainsi que des personnes pauvres et vulnérables. L’Objectif 15 parle de la résilience des écosystèmes et de ce que la contribution de la biodiversité aux stocks de carbone soit amé- liorée, à travers la conservation et la restauration, y compris la restauration d’au moins 15 pour cent des écosystèmes dégradés, contribuant ainsi à l’atténuation et à l’adaptation aux changements climatiques ainsi qu’à la lutte contre la désertification. « Nous sommes ici pour encour- ager les parties à la convention qui sont producteurs de bambou à considérer le bambou comme l’un des outils dans l’atteinte de certains des objectifs d’Aichi et à intégrer le bambou dans leur stra- tégie nationale de la biodiversité là où cela convient », a précisé Friederich. Le président de la Société agricole de la Jamaïque (JAS), le sénateur Norman Grant, a dit que le bambou « est un secteur dont le moment est venu », tandis que le ministre par intérim de l’Agriculture et de la Pêche, Derrick Kellier, a dit aux habitants de l’île de s’abstenir de couper le bambou qu’ils utilisent comme tubercules d’igname. « Nous collaborons afin de faire passer l’information: cessez de détruire les réserves de bambou existantes, afin que nous les ayons pour l’utilisation », a-t-il déclaré. Kellier a indiqué que le bambou offre un potentiel énorme aux agriculteurs et autres. « C’est une plante à crois- sance très rapide, et dès que le secteur commencera à marcher, lorsque les gens verront la valeur économique, ils commenceront à développer leurs propres surfaces. Il pousse sur les terres marginales comme nous l’avons vu à travers le pays, alors nous sommes bien sur le point de bénéficier pleine- ment du secteur », a dit Kellier. Sur la question de la conservation de la biodiversité, le directeur exécutif adjoint du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Ibrahim Thiaw, a déclaré qu’il y a un manque de compréhension parmi les pays en développement que la biodi- versité constitue la base du développe- ment. En conséquence, a-t-il dit, ils n’investissent pas assez dans la bio- diversité à partir de leurs ressources nationales, car elle est considérée comme un luxe. « Si les pays des Cara- ïbes doivent continuer de bénéficier du tourisme comme une activité, ils devront investir dans la protection de la biodiversité parce que les touristes ne viennent pas seulement pour voir le beau peuple des Caraïbes, ils viennent pour contempler la nature », a souligné Thiaw à IPS. « Il est important que les pays en développement investissent dans leurs propres ressources d’abord et avant tout pour préserver la bio- diversité. Ils ont les ressources. C’est juste une question de pri- orité. Si vous comprenez que la biodiversité est la base de votre développement, vous investissez dans votre capital, vous conservez votre capital. Les pays des Cara- ïbes ont beaucoup de ressources qui sont essentielles pour leur économie ». Le BSJ a dit qu’il vise à puiser dans le marché mon- dial lucratif pour les produits en bambou, qui est estimé à 10 mil- liards de dollars, avec le poten- tiel d’atteindre 20 milliards d’ici l’année prochaine. Friederich a indiqué que bien que certains pays n’aient pas encore réal- isé le potentiel du bambou, d’autres l’ont développé. « J’étais au Vietnam la semaine dernière [début octobre] et j’ai constaté qu’il y a un décret du Premier ministre visant à promouvoir l’utilisation du bambou. Au Rwanda, il existe une loi qui recommande en réalité l’utilisation du bambou sur les pentes des fleuves et sur les rives des lacs pour la protection contre l’érosion; aux Philippines il y a un décret présidentiel selon lequel 25 pour cent de tout le mobilier scolaire doit être fabriqué à partir du bambou », a-t-il expliqué. « Donc, il existe des instruments réels de politique déjà en place pour promouvoir les bambous. Ce que nous essayons de faire, c’est d’encourager d’autres pays à faire de même et à examiner les diverses options qui sont dis- ponibles ». « Le bambou a un potentiel énorme pour la protec- tion de l’environnement naturel et la biodiversité. Les preuves mon- trent que cela est en train d’être sérieusement sous-estimé comme étant une possibilité pour les pays à s’engager dans la protection de la biodiversité et de l’environnement naturel », a-t-il ajouté. COURSDELAGOURDES EN DATE DU 29 JUILLET 2015 . TAUX MOYEN D’ACHAT (TAUX DE RÉFÉRENCE) : 55.4078 . TAUX MOYEN DE VENTE DES BANQUES (TMA) : 56.1567 Le bambou pourrait être un sauveur face au changement climatiquePar Desmond Brown | IPS Bamboo Avenue’est un tronçon de route d’environ 2,5 kilomètres au niveau de la paroisse Sainte Elizabeth en Jamaïque. Il est bordé de bambous géants qui surplombent la route et se croisent au milieu pour former un tunnel ombragé. Cette avenue a été créée au 17ème siècle par les propriétaires de‘Holland Estate’pour fournir de l’ombre aux voyageurs et pour protéger la route de l’érosion. Le bambou peut être planté simplement comme on plante la canne à sucre ; le potentiel d’exportation est grand, et vous pouvez faire créer des emplois | © Raubacapeu
  12. 12. 12 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 La Fed opte pour le statu quo et entretient le suspenseSources : IPS A l’issue d’une réunion à Wash- ington, son Comité de poli- tique monétaire (FOMC) a sans surprise reconduit sa politique de l’argent pas cher, adop- tée depuis fin 2008 pour soutenir la reprise, tout en pointant des progrès sur le marché du travail. « Le marché de l’emploi a continué de s’améliorer avec des gains d’emplois solides et un déclin du chômage », s’est félicité le FOMC dans un communiqué qui, pour le reste, ne diffère guère de celui publié mi-juin. La Fed prend ainsi acte de la décrue du chômage, tombé en juin à son plus bas niveau depuis avril 2008 (5,3 %), mais donne très peu d’indices sur le calendrier de la future hausse des taux directeurs, guettée avec anxiété par les marchés. « Les changements dans le communiqué du FOMC ont été plutôt minimes, n’envoyant aucun signal clair sur le moment précis où le proces- sus de normalisation commencera », résume Jim O’Sullivan, de High Fre- quency Economist. Les exégètes de la Fed voient toute- fois dans de petits détails --l’ajout de l’article « quelques » ici, la référence à un « déclin » du chômage là-- le signe que la Fed relèvera ses taux lors de sa prochaine réunion à la mi-septembre. « La Fed n’a pas besoin de beaucoup de signes d’amélioration supplémentaires et laisse ouverte la porte à une hausse en septembre », assure Ian Shepherd- son, de Pantheon Macroeconomics. La présidente de la Fed Janet Yellen s’est toujours gardée de préciser ses intentions même si elle s’est déclarée favorable à une hausse « à un moment » d’ici à la fin de l’année. Certains experts et institutions comme le FMI ont toutefois appelé la Fed à attendre la première moitié de 2016 pour opérer ce changement de cap aux vastes rami- fications. Une hausse des taux américains pour- rait anis entraîner un renchérissement du coût du crédit aux Etats-Unis, mais aussi doper la rémunération des placements dans le pays, attirant les investisseurs en masse au risque de provoquer des flux de capitaux volatils sur le globe. Inflation en berne Pour justifier son attentisme, la Fed rappelle que l’inflation américaine continue d’évoluer « en dessous » de son objectif annuel de 2 % et répète qu’elle attend d’être « raisonnablement confiante » que la tendance soit en train de s’inverser. Le compte n’y est visiblement pas: les prix à la consom- mation continuent de progresser bien moins que ne l’espère la Fed (+0,2 % sur un an en mai). Dans son communiqué, la Banque centrale également continue de s’inquiéter de la « faiblesse » des exportations américaines, plom- bées par l’appréciation du dollar, et de l’investissement des entreprises. Moteur de la croissance américaine, la consommation des ménages est restée « modérée » et le secteur immo- bilier a montré de nouveaux « signes d’amélioration », relève le communi- qué. La Fed en saura davantage sur l’état de santé de l’économie américaine avec la publication jeudi du produit intérieur brut au deuxième trimestre. Sur les trois premiers mois de l’année, l’activité s’était contractée de 0,2 % en rythme annualisé sur fond d’hiver rigoureux. Un net rebond du PIB pourrait chang- er la donne mais ce sont surtout les prochains rapports sur l’emploi qui seront cruciaux, selon les experts. La Réserve fédérale n’a ainsi cessé de le répéter : sa décision sur la hausse des taux sera basée sur les données économiques et pas sur un calendrier “établi à l’avance”. « S’il y a des créations d’emplois cor- rectes en juillet et août et un déclin dans le taux de chômage, la première hausse (des taux, ndlr) sera en sep- tembre », pronostique l’économiste Joel Naroff. Même si elles ne sont pas mentionnées dans le communiqué mercredi, la crise grecque et surtout les turbulences boursières en Chine peuvent toutefois « jouer un rôle » et contraindre la Fed à plus de patience, selon le cabinet Evercore ISI. La Fed « s’approche d’une hausse des taux mais attend encore plus de bonnes nouvelles avant de franchir le pas », résume Chris Low de FTN Financial. La banque centrale des Etats-Unis (Fed) a opté mercredi pour le statu quo monétaire en maintenant ses taux directeurs proches de zéro et en entretenant le plus grand suspense sur ses intentions futures. USA:POLITIQUEMONÉTAIRE ÉCONOMIE
  13. 13. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 13 SOCIÉTÉ Le cimetière de Port-au-Prince : entre abandon et oubliPar Stéphanie Balmir A u départ, on aurait l’impression que le cimetière n’est sous aucun contrôle. Car on n’a pas l’obligation de passer par le bureau administratif pour y pénétrer. Une trentaine de personnes de noir vêtues, venant enterrer un mort sans doute, attendent au portail principal. Des hommes, jeunes et vieux, certains arborant des lunettes noires, scrutent les visiteurs sans leur parler. Une discussion animée, ponctuée d’alcool, les occupe. Sous le pont, le bois de chêne continue de couler avec son lot de déchets plastiques. Un agent de sécurité placé à l’entrée, son fusil sur les cuisses, est silencieux. L’architecture des tombes est différente, mais elles ont, en fait, le même usage. Sur certaines d’entre elles, des fleurs perdent leur fraicheur sous un soleil de plomb. Sur d’autres, des cabris dorment ou font le va et vient. Le cimetière de Port-au-Prince est divisé en zones. « Ce sont des repères pour empêcher les visiteurs et/ou les usagers de se perdre dans un si grand espace », explique un employé du service de décès. Quant aux noms octroyés à certaines parties du cimetière, des situations précises les expliquent. Par exemple, la Croix des Bossales, zone limitrophe à la ruelle Alerte, doit son nom aux eaux stagnantes et à la masse de boue qui s’y trouvent. Le cimetière a beau relever du domaine public. Mais cela n’empêche pas que l’État soit absent de son mécanisme de fonctionnement. « L’État n’a rien ici. Les caves appartiennent toutes à des familles. L’État n’en a pas et ne peut donc pas en donner», explique un employé. Quand quelqu’un veut s’acheter une cave, ce que l’employé appelle « bouche », il faut passer par le secrétariat du cimetière pour savoir qui en dispose. « Pour s’acheter une cave, il faut avoir des accointances, des amis. L’on peut également passer par le secrétariat pour nouer contact avec les propriétaires », a-t-il fait savoir. Le processus se termine toujours en vase clos entre le propriétaire et l’acheteur. L’État n’y intervient pas. Le prix dépend de la courtoisie du propriétaire et des négociations. À la vente, la direction du cimetière recevra un frais du propriétaire de la cave pour lui octroyer un contrat de vente. Toutefois, la mairie reçoit des frais. Tout propriétaire ou locataire de cave est sommé de payer 3500 gourdes pour y enterrer un corps. Et 600 gourdes tous les ans pour l’entretien de l’espace. Pourtant, d’après une marchande établie au cimetière depuis un an, le nettoyage de l’espace se fait uniquement lors de la fête des morts. « Les 1er et 2 novem- bre, un certain effort est tou- jours déployé pour nettoyer le cimetière», précise cette femme qui vend de l’alcool, des bougies et d’autres babioles pour assurer sa survie. Ces dates constituent pour elle une période de grande recette. « Maintenant, il est très difficile de réaliser des bénéfices. Parfois je passe la journée sans rien vendre». La situation d’insalubrité au cimetière de Port-au-Prince inquiète également cet employé qui veut taire son nom. « Il y a des endroits au cimetière où l’accès est difficile. Tu ne peux même pas marcher. Il faut passer par-dessus des caves pour enterrer un mort. L’État ne fait pas son travail. Le cimetière doit être toujours propre. C’est le minimum que l’on puisse offrir aux morts », lâche-t- il avec une pointe de colère dans la voix. Selon lui, les frais reçus ne sont pas proportionnels au service offert. « Je pense qu’ils reçoivent assez de frais pour pouvoir payer l’entretien de l’espace. Le cimetière est rentable et ne devrait pas souffrir de la sorte. Toutes les semaines, au moins trente morts sont mis en terre ici. Ce qui veut dire qu’ils ont une recette acceptable», ajoute-t-il. Tout près de la zone E, non loin du mémorial du 12 janvier qui est fermé où flotte la moitié d’un drapeau que le soleil a déteint, l’on découvre une église patronnée par Notre Dame des sept douleurs. Tous les lundis, jeudis et samedis, des hommes et des femmes viennent vénérer leur patronne. Tous les premiers jours du mois, un prêtre vient pour une célébration eucharistique. La gestion de cette église est assurée par l’un des nombreux fidèles qui fréquentent l’espace. Le cimetière de Port-au-Prince est traité en parent pauvre. Personne, selon l’avis des usagers questionnés, ne s’en occupe. Dans ce grand espace, il n’y a pas de structure possible. Pas de toilettes. À se demander qu’est-ce que les nombreux marchands et autres usagers du cimetière utilisent pour faire leurs besoins ? Entre les caves où l’on peut apercevoir des cercueils ouverts, des ossements et de vieux habits, une poule entraine ses poussins derrière elle. Des lézards courent dans les feuilles séchées qui remplissent le cimetière. Par moment, une odeur désagréable vous rappelle qu’il y a des morts dans les parages. Nos morts, reposent-ils en paix ? Au cœur de la Capitale, non loin du stade Sylvio Cator, trône l’immense terrain de neuf carreaux et demi de terre qui abrite le cimetière de Port-au-Prince. Fondé depuis 1799, selon les dires de Pinchinnat Oginel, président du CTCP (Comite des Travailleurs du Cimetière de Port-au-Prince), il est géré par l’État haïtien via la mairie de Port- au-Prince. Un regard sur cet espace qui, selon certains, reste un patrimoine culturel. Vue d’une zone du cimetière de Port-au-Prince. / Photo : J. J. Augustin
  14. 14. 14 | N0 50 JEUDI 30 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ Opération « Coumbite métropolitain de nettoyage »Par Jackson Joseph U ne conférence de presse conjointe a eu lieu ce mercredi 29 juillet 2015 au local du Palais municipal de Delmas. Les quatre présidents des conseils municipaux de Pétion- Ville, de Port-au-Prince, de Carrefour et de Delmas ont tenu à informer la population en général et les habitants des communes en particulier des différentes mesures qui seront mises en application pour redorer l’image des villes ternie par les ordures de toutes sortes et le désordre instauré sur les trottoirs par les marchandes et marchands. Marie Yanick Mézile pour la municipalité de Delmas, Patrick Brutus pour la mairie de Pétion- Ville, Pierre Cadet Gérald pour Port-au-Prince et Jean Marie Reynaldo Brunet pour la Commune de Carrefour ont présenté au cours de cette conférence l’opération qu’ils baptisent : « Coumbite métropolitain de nettoyage ». Plusieurs évènements servent de prétexte au lancement de cette initiative qui selon les conférenciers, doit s’inscrire dans la durée. Ce sont toutes les municipalités et leurs populations, selon Marie Yanick Mézile, qui sont invitées à ce Coumbite métropolitain de nettoyage. « Nous sommes à l’approche de plusieurs évène- ments majeurs qui motivent ce Coumbite : les élections législa- tives du 9 août prochain au cours desquelles des milliers d’étrangers seront présents chez nous pour l’observation mais aussi au cours du même mois, la plus grande manifestation culturelle caribée- nne (Carifesta) a lieu dans le pays du 21 au 30 août sans omettre la rentrée scolaire du sept septem- bre ». Ce sont là, s’il faut croire les propos de madame Mézile, Prési- dente de la Commission munici- pale de Delmas, les évènements qui motivent au départ cette entreprise dont l’objectif traduit les plus grandes préoccupations de la société. D’autre part, les maires reconnais- sent que la gestion des déchets et des trottoirs est un hic majeur dans l’entretien de nos villes et du pays en général. Cela, soulig- nent-ils, participe de nombreux problèmes environnementaux qui menacent la vie en Haïti. « Nous devons être tous préoccu- pés par cette situation qui devient de plus en plus complexe et qui remet en question le processus même de développement commu- nal et des habitants », croient-ils. «Voilà pourquoi l’État par le biais du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales entend prendre les mesures inévitables à la réhabilitation de nos villes et du pays globalement », ont-ils ajouté. Quant au maire de Pétion-Ville, Patrick Brutus, il avoue que le travail à accomplir est immense et nécessite par conséquent la par- ticipation du plus grand nombre. « Il s’agit pour nous, dit-il, de mettre disponibles toutes les res- sources possibles dans une col- laboration étroite des mairies de la zone métropolitaine de Port- au-Prince. D’où cette intervention conjointe des maires de Delmas, de Port- au-Prince de Pétion-Ville, de Car- refour et aussi d’autres mairies qui ne sont pas présentes à cette conférence », explique-t-il. Selon ces quatre maires présents à cette conférence de presse, toutes les municipalités du pays doivent s’engager dans cette bataille pour permettre au pays de retrouver sa beauté et sa fraicheur. Pierre Cadet Gérald pour la mairie de Port-au- Prince, nous dit être conscient de la grande responsabilité qui lui incombe mais qu’il est tenu de s’exécuter car, pour le citer, c’est notre image de peuple qui en pâtit de vivre dans une ville sale, dans un pays où la santé peut être compromise par la mauvaise gestion des déchets. « Voilà pourquoi l’État haïtien par les ministères de l’Environnement, de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, des Travaux publics, par la Police nationale d’Haïti, le Service métropolitain de collecte des résidus solides(SMCRS) mais aussi et surtout les mairies, décident que le pays se défasse de cette image d’insalubrité qui nous ternit comme Nation », ont- ils rapporté. Coumbite métropolitain de net- toyage, si l’on doit croire ce qui est dit à cette conférence, doit impliquer les habitants des com- munes de Port-au-Prince, tous les candidats aux prochaines élec- tions. « Plus de marchandes et marchands sur les trottoirs, plus de fatras dans les rues, ce sont les conditions sine qua non de la vie paisible dans nos communes. Les contrevenants qui seront guettés le jour comme la nuit, pay- eront 25 mille gourdes d’amende pour éviter la prison. Des arrêtés communaux seront pris à cet effet. Nous sommes tenus d’accomplir ces travaux d’assainissement, de gestion des déchets qui participent à la bonne gestion d’un espace urbain sain et vivable si nous voulons parvenir globalement à la réhabilitation de l’environnement mais surtout entamer le processus du dével- oppement durable qui est notre vœu à tous. » Ce sont les propos tenus par Jean Marie Reynaldo Brunet, maire de Carrefour. Rappelons que la mairie de Delmas a déjà démarré Coumbite métropolitain de nettoyage selon Madame Mézile qui invite toute la population de cette municipalité à contribuer à la réussite de cette entreprise qui ne vise que le bien être de toute la communauté, a-t- elle fait savoir. Les mairies de Port-au-Prince, de Delmas, de Carrefour et de Pétion-Ville lancent l’opération « Coumbite métropolitain de nettoyage ». / Photo : J. J. Augustin
  15. 15. JEUDI 30 JUILLET 2015 N0 50 | 15 SOCIÉTÉ APPEL D’OFFRES Feed the Future Haiti Chanje Lavi Plantè - - « Ze bouyi, fig mi, pen bere » : un commerce de surviePar Ritzamarum ZÉTRENNE « Quandilyabonneventejegagne jusqu’à deux cents gourdes de bénéfice », révèle Kéthia. Cette jeune femme d’une vingtaine d’années, se positionne au Portail de Léogâne pour offrir ses produits aux passants. « C’est un point stratégique ici, il y a beaucoup de passants, ce qui me permet de vendre très rapide- ment », a déclaré Kéthia, préparant un œuf pour un client. Elle a ajouté, par ailleurs, que ce sont surtout les portefaix, les chauffeurs, les hommes qui vont travailler sur des chantiers qui consomment le plus souvent. Une autre marchande de la zone, mais une dame frôlant la cinquantaine, fait comprendre qu’elle éprouve pas mal de difficultés dans ce commerce, surtout avec la montée du dollar américain. « J’achète les produits à des prix plus élevés maintenant. Je suis obligée de vendre plus cher. Mais les clients ne voient pas cela d’un bon œil. Et pourtant, c’est la seule façon pour les femmes qui font ce commerce, de rentrer à la maison avec une maudite somme de 200 gourdes nous a-t-elle expliqué. Selon Kéthia, certaines marchan-des, celles qui ont les moyens d’acheter en gros, peuvent réaliser un bénéfice plus élevé par jour. En ce qui la concerne, elle a un petit garçon de dix-huit mois qu’elle doit nourrir tous les jours. Alors, elle doit attendre son mari pour savoir comment elle doit s’y prendre alors même que ce dernier qui vend des minutes de recharge, a vraiment du mal à répondre aux besoins de sa famille. De ce fait, nourrir le bébé est pour elle une véritable préoccupation. « Les cartons de lait pour bébé coûtent plus de cinq cents gourdes. Donc je suis obligée de donner à mon enfant de la nourriture pour adultes », explique la jeune mère. Dans les petites cuvettes de ces marchandes de « ze bouyi », on peut observer des figues-bananes, un bocal de beurre d’arachide, un sachet contenant des œufs et un autre des pains. Certaines d’entre elles vendent deux œufs pour quinze gourdes aux clients. Mais d’autres croient que ce n’est pas possible et elles font le point : « Celles qui vendent les œufs deux pour 15 gourdes sont condamnées à mourir pauvres. Elles ne connaissent pas les principes du commerce. » Il faut souligner que tous ces produits, hormis les pains et quelque fois le beurre d’arachide, sont importés de la République dominicaine. Même si les clients préfèrent la figue- banane d’Haïti, ces marchandes vendent de préférence, pour la majorité, celle importée. Kéthia explique un peu cela. « La figue-banane de la République dominicaine se vend à bon marché. Mais celle du pays est trop chère », justifie-t-elle. Et pourtant, selon elle, la figue- banane de la République voisine n’est nullement délicieuse. Elle explique, d’un autre côté, que les « œufs-pays » sont très chers en Haïti. « Il me faut 10 gourdes pour en acheter un, or, il faudrait les vendre à quinze gourdes l’unité, mais les gens ne l’achèteront pas», informe Kéthia. Désormais, c’est partout à la capitale qu’on les rencontre. Avec le strict minimum, ces femmes décident avec zèle de « chercher la vie ». Même si ce qu’elles gagnent en une journée est loin de leur permettre de répondre à leurs divers besoins, elles ne veulent pas abandonner, car disent-elles « peu vaut mieux que rien ». Avec la montée du dollar, leur activité devient de plus en plus insignifiante, mais elles sont obligées d’y rester. Dans toutes les rues, chaque jour, qu’elles soient assises quelque part ou qu’elles se promènent, pour attirer les clients, elles crient: « Ze bouyi, fig mi, pen bereee ! ». De jour en jour, le nombre des marchands de « Ze bouyi, fig mi, pen bere » augmente dans l’aire métropolitaine. Ce type de commerce est devenu fréquent au point qu’on ne peut ignorer son existence sur le marché.

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