N57

4 179 vues

Publié le

Quotidien Le National

Publié dans : Actualités & Politique
0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
4 179
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
2 846
Actions
Partages
0
Téléchargements
7
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

N57

  1. 1. » lire page 6 » P.7 » P. 13 »   P. 4 SOCIÉTÉ » suite page 5 Inauguration du viaduc du carrefour de l'aéroport Par Joe A. Jn Baptiste Pierre Louis Opont se décharge HAÏTI / LÉGISLATIVES / SÉCURITÉ Les autorités globalement satisfaits par Joe Antoine Jn-Baptiste LUNDI 10 AOÛT 2015 NUMÉRO 57 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES Le président du Conseil électoral provisoire, Pierre Louis Opont./ Ruben Chéry Les autorités, tant gouvernementales qu’électorales, sont unanimes à admettre que le premier tour des législatives s’est bien déroulé. Le président de la République Michel Joseph Martelly, le Premier ministre Évans Paul et le président du Conseil électoral provisoire, Pierre Louis Opont, se sont accordé un satisfecit malgré les nombreux cas d’irrégularités et de fraudes enregistrés dans plusieurs centres et bureaux de vote du pays. L e président de la République, Michel Joseph Martelly, a exprimé sa satisfaction quant au déroulement des opérations de vote. « Le processus se déroule bien. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai constaté que la population manifeste un grand intérêt à participer aux élections ». Le chef de l’État a fait cette déclaration au moment de laisser le lycée national de Pétion Ville où il a voté. Il a en outre ajouté qu’après cette journée électorale tous les secteurs et acteurs impliqués dans le processus pourront mieux préparer l’élection présidentielle. Il n’a pas manqué d’inviter la population à suivre son exemple qu’il qualifie de démocratique. « Les législatives et sénatoriales partielles ont eu lieu. Dès 9 heures 30, 90 % des bureaux de vote étaient installés et 92 % des matériels disponibles. Globalement, le Conseil électoral provisoire est satisfait du déroulement de la journée électorale ». Des observateurs qui n'observent rien par Noclès Débréus Des centres de vote fractionnés par Stephen Ralph Henri
  2. 2. 2 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 TRIBUNE L a parité en politique – en tant que revendication féministe – est étroitement liée à l’émergenceduféminismesous sa forme organisée. Particulièrement avec la création de la Ligue féminine d’action sociale (LFAS) au début du XXe siècle. Néanmoins, au XIXe siècle, malgré l’exclusion des femmes des sphères politiques formelles, beaucoup ont influencé la vie politique en s’appuyant sur leur rôle social traditionnel (épouse de, sœur de, copine de). Rézia Vincent (sœur du président Sténio Vincent) représente un modèle positif. Dans les années 1930, elle entame une « vaste politique du care » avec la création de structures comme l’Œuvre des enfants assistés ou la Caisse d’assistance sociale (qui existe aujourd’hui encore). Rézia Vincent a aussi milité pour l’éducation des filles des milieux modestes, en appelant en Haïti la congrégation religieuse des Salésiens et Salésiennes . Si les pratiques de care des femmes de pouvoir représentent une alternative face aux logiques politiques majoritaires au XIXe et début du XXe siècle, elles n’ont pu réparer les injustices sociales systémiques qui n’ont fait que s’accentuer au cours du développement historique global. Ce qui n’est pas étonnant en tout cas, puisque la lutte pour les droits humains doit s’inscrire dans la durée. Il existe également des femmes de pouvoir – plus controversées – comme Joute Lachenais qui réussit deux carrières de Première dame qui totalisent trente-six ans (1807-1843) . Elle épousa le président Alexandre Pétion (1806- 1818) puis son successeur Jean- Pierre Boyer (1818-1843). Les historiens affirment que Joute Lachenais a très habilement poussé le président Pétion à désigner Boyer comme son successeur. Ce dernier était par ailleurs son amant. Les historiens (majoritairement des hommes) lui ont collé une étiquette d’intrigante et de femme de mœurs légères. Les travaux féministes lui font peu de place. Comme Rézia Vincent, elle ne s’est pas servie de son pouvoir pour améliorer durablement la vie des plus pauvres. Je n’ai pas de position tranchée sur cette question. Avec du recul et de l’expérience, je ne cherche plus des modèles féministes purs. Il faudrait sans doute se démarquer d’un certain angélisme idéologique et se placer dans une position plus critique (en tenant compte du contexte sociohistorique) pour comprendre que ce sont des femmes engagées à corps perdu dans des logiques qu’elles ont essayées de contrôler avec les ressources matérielles et les valeurs dont elles disposaient. Ce qui n’exclut pas pour autant la valorisation ou l’identification à des figures féminines, plus en accord avec les valeurs politiques féministes. La Ligue féminine d’action sociale (LFAS) signe un tournant important dans la mesure où les femmes se donnent un outil politique pour combattre les discriminations qui les touchent spécifiquement. Du même coup, la participation des femmes aux espaces de pouvoir devient une revendication politique, et désormais un enjeu des luttes féministes. Créée en 1934, la Ligue est à l’origine de nombreux acquis en matière de droit des femmes : l’autonomie des femmes dans le mariage, le droit des filles à l’éducation, le droit de vote et l’accès des femmes aux postes de décision. La bataille la plus longue et la plus ardue de l’organisation féministe concerne les droits politiques des femmes. Après deux échecs cuisants en 1938 et 1946, la LFAS déploie une vaste mobilisation politique. S’alliant à la fois le soutien des syndicats féminins (les forces socialistes sont alors en pleine émergence) mais aussi de quelques hommes politiques progressistes, dont Dantès Bellegarde (président de l’Assemblée nationale en 1950), Étienne Charlier (président du Parti socialiste), Édouard Tardieu (directeur du journal L’Action sociale), etc. Dans son combat en faveur des droits politiques, la Ligue a également bénéficié du soutien des organisations féministes internationales. Principalement la Ligue internationale des femmes pour la paix. La stratégie politique de la Ligue féminine se révélera payante, puisque la Constitution de 1950, qui institue le suffrage universel, accorde à tout Haïtien âgé de 21 ans accomplis, sans distinction de sexe, les droits politiques. Toutefois, selon les prescrits de cette constitution, les femmes ne pourront voter que trois ans après leur participation aux élections municipales. Cette constitution induit donc l’idée d’un accès graduel des femmes aux droits politiques. Dans la réalité pratique, les femmes votent pour la première fois aux élections de 1955, mais uniquement au niveau municipal. Plusieurs femmes se porteront candidates aux postes municipaux. Deux ont été élues maires et six autres maires assesseurs . Les femmes votent aux élections générales de 1957. Soulignons également la nomination de Lydia Jeanty au poste de sous-secrétaire d’État au département du Travail sous la présidence de Franck Sylvain (7février 1957-2 avril 1957). Elle ne reste en poste que cinquante- six jours, c’est-à-dire le temps du mandat de Franck Sylvain . Et peu après, une dictature s’installe dans le pays empêchant les femmes, comme les hommes, d’exercer leurs droits politiques. Avec la dictature, le viol, la torture, l’emprisonnement arbitraire, l’exil des femmes... deviennent une arme de terreur, donc une arme politique. Yvonne Hakim Rimpel, militante de la Ligue féminine, et Ghislaine Charlier, du journal l’Indépendance, comptent parmi les premières victimes de la dictature des Duvalier. Toute mobilisation politique étant réprimée de l’intérieur, des femmes s’engagent dans la résistance civile à l’étranger. Dans la foulée, certains membres de la Ligue féminine s’exilent. D’autres intègrent l’administration publique pour se consacrer à la prise en charge des personnes vulnérabilisées par des rapports sociaux de plus en plus injustes. Lydia Jeanty est appelée au poste de ministre conseiller à l’ambassade d’Haïti à Londres au début du règne des Duvalier. Selon Jasmine Claude Narcisse, elle a quitté ses fonctions au bout de sept mois. Et puis, ce n’était qu’une goutte d’eau dans un océan. L’appareil étatique duvaliériste était largement occupé par des hommes. Les dictatures sont essentiellement des pouvoirs virils. Ce qui n’exclut pas la collaboration de certaines femmes. Avec la chute de la dictature, la vie associative et syndicale connaît un foisonnement particulier. Des organisations de femmes sortent de la clandestinité dans laquelle elles fonctionnaient jusque-là. De nouvelles organisations émergent aussi . La parité en politique, en tant que revendication, rejaillit dans la foulée. Cette revendication s’est clairement exprimée à travers la marche du 3 avril qui réunissait plus de 300 mille femmes. Toujours dans la foulée de la mobilisation féministe, la Constitution de 1987 consacre le principe de l’égalité des droits. Mais notons que les revendications féministes ne peuvent fleurir que dans un cadre politique démocratique et donc sensible aux exclusions et discriminations des minorités. Ainsi, ce qu’on a appelé au lendemain de 1986 la difficile transition vers la démocratie a constitué un obstacle à la concrétisation des revendications féministes. Cependant, avec la création du ministère à la Condition féminine (1994), puis de Fanm yo la (1999), la revendication en faveur de la parité se pose avec plus d’insistance. Depuis 1986, la participation politique des femmes évolue en dents de scie. Concrètement. De 1991 à nos jours, Haïti a connu deux Premières ministres. Elles n’ont pas fait long feu, happées par une culture politique fondée sur le sexisme, la violence et la manipulation… ClaudetteWerleigh n’a passé que quatre mois en poste. Michelle Duvivier Pierre-Louis passera environ un an. Donc, plus de temps que Claudette Werleigh mais pas assez pour impulser des politiques visant l’autonomisation des femmes. La consécration du principe de quota de 30 % de femmes dans les espaces de pouvoir constitue un pas important. En effet, l’article 17.1 de la Constitution amendée fait injonction à toutes les entités politiques, économiques et financières d’avoir un quota d’au moins 30 % de femmes tant au niveau des espaces décisionnels qu’au niveau médian. Cela a permis d’accroître la présence des femmes au sein de l’exécutif où l’on compte actuellement environ 40 % de femmes. Au cours de l’année 2013, les organisations féministes et le ministère à la Condition féminine se sont mobilisés en faveur de l’application du principe constitutionnel dans la perspective des prochaines élections. Elles ont donc soumis des propositions aux institutions compétentes, dont le CEP, l’Exécutif, le Parlement, les partis politiques, etc. Mais leurs propositions n’ont été retenues que partiellement. Et le déroulement de la campagne, les sondages d’opinion, bref la conjoncture politique globale, laissent supposer que la parité, encore une fois, ne sera pas respectée. Et comme la parité ne se résume pas à une affaire numérique, se pose d’emblée la question des futures élues (voire globalement les institutions politiques existantes ou à venir) à garantir la pleine reconnaissance des droits sociaux, économiques et culturels des femmes. i Madeleine Sylvain Bouchereau, Haïti et ses femmes : Une étude d’évolution culture, Port-au-Prince, Éditions Les presses libres, 1957. ii Jasmine Claude Narcisse, Mémoire de Femmes, Port-au-Prince, Unicef- Haïti, 1997. iii Madeleine Sylvain Bouchereau, Haïti et ses femmes : Une étude d’évolution culture, Port-au-Prince, Éditions Les presses libres, 1957. iv Jasmine Claude Narcisse, Mémoire de Femmes, Port-au-Prince, Unicef- Haïti, 1997. v Suzy Castor, Les femmes haïtiennes aux élections de 1990, Port-au-Prince, Cresfed, 1990. Parité en politique en Haïti : esquisse de la concrétisation d'une revendication féministe Par Natacha Clergé
  3. 3. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 3 ACTUALITÉ La lutte continue ! LeprésidentduConseilélectoralprovisoire,PierreLouisOpont,s’estestiméglobalement satisfaitdudéroulementdesopérationsélectorales.LeprésidentMartellyetlePremier ministreÉvansPaul,deleurcôté,toutenaccomplissantleurdevoird’électeurs,ontdit apprécierlabonnemarchedelamachineélectoraleetontrappeléleseffortsdéployés parlegouvernementpourquelesconsultationssetiennentàcettedateprévue. Au moment où nous écrivions ces lignes, nous n’avions pas encore connaissance de déclarationsderesponsablesdelacommunautéinternationale.Ellesirontcertaine- ment,avecquelquespetitesnuances,danslamêmedirection. Nousquiavionssuivideprèscesditesélections,nousavonsétésidérésdeconstater qu’en dépit de toutes les consultations électorales réalisées depuis 1987, nous ne parvenonstoujoursqu’àoffrircespectaclelamentabled’électionsqueJustinLhérisson n’aurait eu aucun mal à décrire tant les façons de faire n’ont pas évolué. Mauvaise organisationcommeplanifiéed’avance,désordre,violences,fraudesévidentes,letout surfonddemiseàl’écartd’unepopulationquin’oseplussemettreautraversdeshordes des«baz»queseconstituentlescandidatsdisposantdemoyensofficielsounon! MalgrélesdéclarationsrassurantesdelaPolicenationale,lescaciques,àlacapitaleet surtoutenprovince,ontpudéployertousleurstalentsetleursconnaissancesdesfailles del’Étathaïtienpourgagnerdesélectionslesplushaïtiennesquisoient.Iln’yapas pireviolencequecelled’utiliserlaprécaritédanslaquellevitunpeuplepourl’entraîner dansdetellesaventuresquinepeuventquecontinueràêtrepréjudiciablesàlanation. Iln’yapaspiresituationquandl’extrêmerichessefaitcheminavecl’extrêmepauvreté. Est-cequecesontdansdesconditionspareillesquenousallonsvraimentrenouveler notrepersonnelpolitique?Ouest-cequecesconditionssontnécessairespourqu’on puissereconstituerunpersonnelpolitiquedevantpermettrelacontinuitéd’unsystème sijuteuxpouruneminorité? Dans cette précarité dans laquelle s’embourbe notre société, on ne peut avoir une électiondignedecenom.Onnepeutconstruireunegouvernanceperformantequand ceuxquijouissentdecesystèmedéfaillantonttoutintérêtàfavoriser,decettemanière, l’accèsaupouvoird’unpersonnelpolitiquemédiocreetvassal. NousavionssouhaitéauNationaluneforteparticipationdescitoyensàcesélections. Elleaétéfaible,insignifianteparendroits.Lesraisonsquil’expliquent,nousenavons largement débattu au cours de nos précédents éditoriaux. Si le Parlement, principal détenteurdelasouveraineténationale,estenpéril,ilneresteraqu’unesolutionpour empêcherlenaufragefinal:sauverlesmairies,etsurtoutlaprésidence,enmettantles raresénergiesqu’ilnousresteauprofitdequelqu’unayantprouvéqu’ilpouvaitrésister auxchantsdessirènes,quelqu’undontlenationalismen’estpasmonnayable. LaNational’habitudedeslongscombats. Laluttecontinue. Gary VICTOR Édito L a journée de vote a été très surchauffée dans les différents centres de vote du pays. Frustrations, altercations, agitations, bagarres, disputes ont été au rendez-vous. Les mandataires, chargés de défendre le vote de leurs candidats ou partis, ont imputé au Conseil électoral provisoire (CEP) la responsabilité de cet état de faits. Au lycée de Cité-Soleil qui abritait 36 bureaux de vote, le constat a été lamentable. Des mandataires dénoncent la complicité du CEP dans ce « simulacre d’élections ». Munis de leur carte, ils ont indiqué n’avoir pas pu exercer leur droit de vote comme cela avait été le cas aux élections antérieures. À Cité-Soleil, certains d’entre eux étaient munis d’une carte les habilitant à défendre leur candidat à Pétion-Ville. Il s’agit, à leur avis, d’un véritable paradoxe. Ils ont, en ce sens, critiqué la mauvaise planification du CEP qui sait pertinemment qu’aucune condition n’a été remplie dans le cadre de cette parodie d’élections. Au regard de la loi, indiquent-ils, ils devraient assurer la surveillance du vote de leur candidat dans leur circonscription respective. Très critiques envers le CEP, ils ont indiqué que Cité-Soleil devrait avoir deux centres de vote de plus (l’un au Wharf Jérémie et l’autre à Rapatrié). Malheureusement les membres de l’organe électoral ont choisi, à la surprise générale, de les supprimer. Selon ce qu’ont indiqué ces citoyens, le CEP n’a pas délivré le nombre de cartes nécessaires aux mandataires. Pire, se plaignent- ils, ils ont décerné des numéros inappropriés aux mandataires compte tenu de leur situation géographique. C’est le même cas à l’école Père Arthur Volel. Un autre groupe, furieux, s’en est pris avec véhémence au président du CEP qui, disent-ils, s’apprête à reproduire les élections de 2010. Ils ont toutefois indiqué que « cela ne passera pas cette fois-ci ». Des mandataires ne peuvent pas voter ? À travers les différents centres qu’a visités Le National, les mandataires se plaignent du fait que des membres de certains bureaux de vote et des superviseurs ne leur ont pas permis d’accomplir leur devoir civique. Ils ont brandi le décret électoral qui stipule en son article 156 : « Les mandataires des partis, groupements politiques reconnus et participant aux élections, des cartels des candidats indépendants, munis de leur carte d’accréditation régulièrement délivrée par le Conseil électoral provisoire, exercent leur droit de vote dans le bureau où ils sont affectés. Procès-verbal en est dressé. » Face à de tels comportements, ces mandataires s’en sont pris au président du CEP, Pierre-Louis Opont qui, disent-ils, est à l’origine de ces « simulacres d’élections». Requérant l’anonymat, ces mandataires ont affirmé que ce scrutin peut avoir toutes les dénominations possibles, sauf celle d’élections. Des mandataires, source d’irrégularités dans les élections La défense du vote d’un candidat constitue l’un des facteurs explicatifs des irrégularités enregistrées lors de la tenue des élections. Les mandataires se lancent corps et âme dans cette dynamique. Au centre de vote du Lycée Jean Jacques Ier (Croix-des-Bouquets), des mandataires ont essayé de représenter plusieurs candidats et de les défendre en même temps. Au beau milieu du bureau de vote, certains vont jusqu’à faire la promotion de leur candidat en dépit de la clôture de la campagne officielle. Cela se fait sous les yeux impuissants des superviseurs. À l’école nationale Charlotin Marcadieux qui regroupait quatre bureaux de vote, des mandataires sont parvenus à voter plusieurs fois leurs candidats. Il convient également de souligner que dans certains bureaux de vote, la plupart des mandataires ont brillé par leur absence parce que, rapportent certains d’entre eux, ils auraient été l’objet d’intimidations de toutes sortes. Une très mauvaise gestion des mandataires par Reynold Aris HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Comme annoncé, les élections législatives ont eu lieu le dimanche 9 août 2015 sur tout le territoire national. Mais déjà les dénonciations pleuvent. C’est le cas des mandataires qui s’en prennent au Conseil électoral provisoire (CEP) auquel ils reprochent de ne pas avoir octroyé les mandats nécessaires pour leur permettre de défendre leurs candidats.
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, KENSON DÉSIR, REYNOLD ARIS, SCHULTZ LAURENT JUNIOR WALTER CAMEAU PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 ACTUALITÉ L a question de l’observation joue un rôle fondamental dans le cadre du déroulement du processus électoral. Les obser- vateurs, venant pour la plupart des organisations de la société civile, sont appelés à garantir la crédibilité du déroulement du processus ainsi que les résultats qui en découlent. Dans cette perspective, selon les disposi- tions de l’article 222 du décret du 2 mars 2015, les observateurs nation- aux et internationaux accrédités par le Conseil électoral provisoire sont habilités à s’informer auprès de toutes les instances du Conseil électoral provisoire du bon déroulement des opérations électorales, à signaler les irrégularités commises et demander que procès-verbal en soit dressé. Cependant certains observateurs engagés dans le cadre du déroulement de cette journée électorale semblent être mal imbus de leur mission. Dans plusieurs centres de vote visités dans plusieurs zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince, la présence des observateurs a été très peu remarquée alors que les opérations de vote se déroulaient sur fonds de graves irrégularités. Pour ce qui concerne les observateurs internationaux, notamment ceux de l’Union européenne, leur présence a été surtout remarquée dans certaines zones généralement réputées « chaudes » comme Cité Soleil, Bel’ Air et autres. Du côté des observateurs nationaux, surtout ceux-là travaillant pour des organisations telles que Renop, RNDDH, Ocid, CRO, ect. leur présence a été aussi remarquée dans bien de centres de vote basés dans différentes circonscriptions de la zone métropolitaine telles que Carrefour, Croix des Bouquets, Delmas, Pétion Ville, Port-au- Prince et autres. Si certains observateurs ont fait leur travail normalement, d’autres ont affiché des comportements indignes frisant même l’indécence en se faisant percevoir comme des « observateurs-mandataires ». Plusieurs cas de ce genre ont été notés dans plusieurs zones de la métropolitaine, selon le constat de plusieurs confrères du Journal. Dans la même veine, certains observateurs se contentent de se promener vaguement dans la cour des centres de vote, faisant ainsi peu de cas de leur travail d’observation qui, pourtant, demande vigilance et sérénité, car les rapports qui seront fournis par les institutions impliquées dans l’observation du processus prendront en compte les rapports d’observation de ces témoins. À l’école nationale République de Guatemala, à Pétion-Ville, plusieurs bureaux se retrouvent sur la cour de l’école sous un soleil de plomb où observateurs et mandataires s’étaient mis à l’abri pour fuir les rayons du soleil. Dans d’autres centres visités, certains se pavanaient sur la cour des centres ou parfois dans les parages, nonchalamment.Cette journée électorale est entachée de beaucoup d’irrégularités, comme l’a reconnu le président du Conseil électoral provisoire, Pierre Louis Opont. Les irrégularités sont constatées à presque tous les niveaux. Si le cas des mandataires est le plus criant, celui de certains observateurs n’est pas le moindre. Parfois mandataires et observateurs se confondent. S’il est vrai que les institutions impliquées dans l’observation électorale effectuent ce travail dans le noble l’objectif de donner plus de crédibilité au processus électoral, elles doivent toutefois faire preuve de plus de circonspection quant aux agents appelés à servir comme observateurs. Le décret électoral en son article 227 stipule clairement que toute organisation et tout individu pris en flagrant délit d’utilisation de carte d’accréditation et autre matériel d’observation électo- rale de façon frauduleuse, seront condamnés par le BCEN, siégeant de façon célère, sans remise ni tour de rôle, à payer une amende de cent mille (100,000) à cinq cent mille (500,000) gourdes, sans préjudice des peines prévues par le Code Pénal en la matière. Si un candidat est reconnu coupable comme auteur, co-auteur ou com- plice, sa candidature sera aussi annulée. De plus, le Parquet en sera immédiatement saisi, à la diligence du Conseil électoral pro- visoire pour les suites de droit. Des observateurs qui n'observent rienpar Noclès Débréus HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Des observateurs nationaux sur la cour d’un centre de vote . / Photo : Noclès Débréus Ils sont plus de 70 organisations et institutions nationales et internationales à avoir formulé des demandes d’accréditation auprès du Conseil électoral provisoire (CEP) pour observer le déroulement du scrutin sur toute l’étendue du territoire. Pas moins de 30 mille observateurs nationaux et étrangers auraient dû participer à ces joutes selon les prévisions de Lucien Hébert, responsable de l’observation au Conseil provisoire. Au cours de cette journée électorale le National a pu observer le comportement pour le moins questionnable de certains observateurs.
  5. 5. L ’accès limité des mandataires aux bureaux de vote constitue la cause principale de la ferme- ture prématurée de nombreux centres de vote. Un nombre restreint de mandataires, soit trois au total, sont autorisés à accéder au bureau de vote, affirme un membre d’un bureau de vote au lycée Daniel Fignolé, un centre de vote contenant 36 bureaux. Alors que, rien qu’au département de l’Ouest, si tous les partis devaient se faire représenter légitimement aux centres de vote, le nombre se chiffre- rait à 39 mandataires au minimum. Même constat au building 2004, un centre de vote doté d’une capacité de 42 bureaux de vote. De nombreux mandataires se voient refuser l’accès aux bureaux notamment parce qu’ils seraient en possession de faux mandats obtenus tardivement du CEP vers une heure du matin. Le président du CEP, M. Pierre Louis Opont propose une expli- cation à cette anomalie. Tout en s’excusant, il estime que ce fait est du à des raisons qui échap- pent au contrôle de l’institution qu’il dirige. À savoir qu’un chef de service, Joseph Ébert Lucien, affecté au dit conseil électoral et aujourd’hui en cavale, aurait délibérément ralenti le processus consistant à remettre à temps les cartes de supervision aux partis politiques. Entre autres irrégularités, notons l’ouverture tardive des centres de vote. À 8h 30 du matin, les portes du lycée Daniel Fignolé sont fer- mées. Alors que, selon le décret électoral, les centres de vote devraient être accessibles aux citoyens à partir de 6h du matin dans la journée du vote. Sous la pression notamment de certains mandataires, les responsables de ce centre ont finalement permis aux votants et mandataires d’y accéder. Entre-temps, les mem- bres de BV mettent les bouchées doubles pour finaliser les travaux qui permettraient aux électeurs de voter. Une heure plus tard, les premiers bulletins sont déposés dans les urnes. Dans cette galère, les électeurs peinent. Nombreux sont ceux qui restent figés devant la liste élec- torale affichée sous leurs yeux et dans laquelle leurs noms ne sont pas inscrits. Dans certains cas, les noms des électeurs figurent sur la liste affichée sur la porte du bureau, mais pas sur celle détenue par les membres des BV. Véritable inadéquation. Les irrégularités, les unes plus fla- grantes que les autres pleuvent. Certains candidats apparaissent à plusieurs reprises sur une liste sous la bannière de partis dif- férents. C’est le cas du candidat au Sénat Jean Truchard Saint Clore dans le département du Sud, apparaissant sous deux partis : « Renmen Ayiti » et « Rapwoche ». Et les violences s’amorcent ! Il s’ensuit de ces interminables cas d’irrégularités une ambiance de violence. Tôt dans la matinée du dimanche 9 août, des centres de votes sont vandalisés. On pouvait aisément observer des urnes rem- plies, des bulletins déchirés train- ant dans les rues. La démocratie se ramasse une fois de plus à la pelle. Il est 10h :30 du matin. Une équipe de journalistes de Le National se rend à l’école nationale Argen- tine Bellegarde, un centre de vote contenant 19 bureaux, situé à la ruelle Vaillant. Triste lieu rappe- lant les élections sanglantes de novembre 1987. Les opérations électorales y ont déjà pris fin à cette heure. Comme cause, des mandataires n’ayant pas accès à ce centre de vote, nous raconte l’un d’eux, ont pénétré de force l’enceinte du bâtiment, estimant que les représentants des partis proches du pouvoir tels « PHTK », Bouclier et « VERITE » sont favorisés à leurs dépens. Ce qui occasionne l’affrontement entre ces mandataires et des policiers présents dans le centre de vote. Cas de figure similaire à Christ- Roi où l’école des sœurs Francis- caine, un centre de vote abritant 137 bureaux de vote, a été sac- cagée par des individus mécon- tents, accusant le pouvoir en place de vouloir faire mainmise sur les législatives. Des urnes ont été transportées puis les bulletins déchirés, jetés dans les rues. Un peu partout à travers tout le territoire national, des cas simi- laires ont été enregistrés. Le CEP dit relever une vingtaine de centres de vote paralysés. Cette journée électorale aura, pour nombre d’observateurs, rappeler les élections contestées de 2010. Mais pour Pierre Louis Opont, elle serait globalement satisfaisante. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 5 ACTUALITÉ Les présages d'une journée électorale perturbée par Jean Michel Cadet LÉGISLATIVES/IRRÉGULARITÉS Les opérations de vote ont pris fin prématurément dans de nombreux centres de vote dans le département de l’Ouest. De graves irrégularités présageaient déjà un tel scenario. Ouverture tardive des centres de vote. Mandataires refusés d’accès à certains bureaux de vote. Électeurs ne sachant où voter. Frustrés et en colère, ces différents acteurs ont crié au scandale et le déroulement des opérations, dans plusieurs centres, s’en est trouvé paralysé. C ’est ce qu’a déclaré Pierre Louis Opont lors de la conférence de presse bilan donnée en fin d’après- midi. Il a informé que cinquante- quatre bureaux de vote ont été suspendus et annulés. « Ce qui représente un taux de 4 % qui ne peut affecter la journée électorale », a laissé entendre le président du CEP. D’un côté, le secrétaire exécutif du Réseau national de défense de droits humains qui participait aux élections à titre d’observateur a dit constater dans certains centres de vote que la Police nationale d’Haïti était très complaisante envers certains candidats. Il y a plus de négativité que de positivité enregistrée lors du déroulement du processus. Les retards enregistrés, les moyens logistiques non disponibles à temps auxquels s’ajoutent de nombreux cas de fraudes et d’irrégularités ont ponctué cette journée. « Le gouvernement n’était pas près pour la tenue des élections. Il y a eu beaucoup de violence. Les département du Centre et de l’Ouest ont emporté le premier prix », a-t-il expliqué. Certains candidats ont également dénoncé le comportement des mandataires des partis et plateformes politiques Bouclier, VERITE et PHTK. Ils disent constater que ces élections ne reflètent pas le choix du peuple. « PHTK a pris tous les centres de vote en otage », ont-ils affirmé. Aussi demandent-t-ils au CEP d’annuler les élections surtout dans la deuxième circonscription de Port-au-Prince. Notons que selon le calendrier proposé par le conseil électoral provisoire, les résultats partiels seront connus dans environ six jours et le second tour est envisagé à la fin du mois d’octobre. Les autorités globalement satisfaitspar Joe Antoine Jn-Baptiste HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES » suite de la première page De gauche à droite: le président du CEP, Pierre Louis Opont, le Premier ministre Évans Paul, et le directeur général de la PNH, Gotson Orélus. Un bureau de vote saccagé. / Photo : J. J. Augustin.
  6. 6. 6 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 ACTUALITÉ » suite de la première page Pierre Louis Opont se déchargepar Lionel Edouard « Le système de sécurité n’a pas fonctionné ». C’est un fait. Pierre Louis Opont l’a rappelé dans sa conférence de presse, à la fin de la journée électorale. Malgré les annonces pompeuses des autorités policières, le constat est catastrophique. Le président du CEP s’est déchargé. Il avait appelé les forces de l’ordre, à la mi-journée, à prendre leur responsabilité, malgré les 54 interpellations annoncées par Frantz Lerebours. M. Opont rapporte que certaines gens avaient ouvertement manifesté leur volonté de saboter certains centres de vote. Dans certains cas, ils ont réussi. Dans d’autres, la Police, soutient-il, est arrivée à temps. Les provocations faites durant cette journée aux forces de l’ordre, auraient pu compromettre le déroulement du scrutin, si la PNH n’avait pas fait preuve de maîtrise, temporise Pierre Louis Opont, après avoir placé la Police devant sa responsabilité. En effet, elle avait pour mission la sécurisation des centres de vote en l’absence de la Minustah qui s’est retirée de 6 départements. « Quand nous avons tout mis en place pour que les citoyens puissent voter et que des individus sont venus saccager le centre de vote, cet aspect sécuritaire ne dépend pas de nous ». Une sécurité confiée pourtant à un effectif de plus de neuf mille policiers. Enfin de journée, la PNH a aussi présenté son bilan. Mitigé! Le chef de la Police Godson Orélus critique le comportement passif de certains policiers. Il promet des enquêtes. Toutefois, il s’est dit satisfait du plan de sécurité. Un plan qui a permis de minimiser les actes de violence. 53 centres de vote sur 1508 ont été saccagés. 137 interpellations et 23 armes à feu saisies. C’est en gros les chiffres avancés par M. Orélus qui justifie le “succès de la PNH.” Neuf mille policiers, et... La forte présence policière annoncée laissait supposer un climat sécuritaire favorable à la tenue de bonnes élections. Il n’en fut rien. Dans la capitale, Port-au-Prince, la nouvelle du saccage du centre de vote logé au collège Isidor Boisrond à la rue Lamarre, au Centre-ville, lançait les hostilités. Jets de pierre et de tessons de bouteille, sous les yeux passifs des agents de police qui ont déclaré être en infériorité numérique, ont mis un terme aux activités de vote pendant longtemps dans cet espace. Quelques minutes plus tard, ce fut le tour du centre de vote logé au Foyer culturel Jean Marie Vincent, à Cité Soleil, de céder sous l’assaut des brigands. Des tirs nourris, jets de pierre et tessons de bouteille une fois de plus, ont mis fin prématurément aux activités de vote. Plusieurs blessés, pour la plupart à l’arme blanche. Les agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (Udmo) sont intervenus après que le centre de vote eut été vandalisé. Il abritait 41 bureaux de vote, tous détruits. C’était la même situation au lycée Daniel Fignolé à Delmas 6, où les agents de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID) sont accusés par le candidat à la députation Charlot Jacquelin Junior d’avoir pris en otage tout le centre de vote, depuis 1h dans l’après midi. À Carrefour, la question sécuritaire n’était pas différente. Des rafales d’armes automatiques ont poussé les électeurs à fuir les centres de vote. C’était le cas au Centre sportif de Carrefour, à l’École nationale République Centre Africaine et à l’École nationale des arts et des métiers (ENAM) où des individus non identifiés montés à bord d’une Mitsubishi de couleur rouge grenat (rouge violacé, sombre) ont créé la panique après avoir ouvert le feu devant les locaux de ces centres de vote. Et encore, la police n’était pas intervenue. La province, pas mieux! Catastrophique. Le constat fait dans certaines villes de province. À Saint Marc, Arcahaie, Desdunes et Petit-Goâve, les élections ont été interrompues dans de nombreux centres de vote vandalisés par des individus armés qui ont emporté et/ou saccagé les urnes. Des faits encore produits en présence des policiers, curieusement et incompréhensiblement passifs durant cette journée de vote qui doit offrir au pays, un nouveau Parlement afin de redresser la barre et de revenir sur la voie de la démocratie. Dans le Nord, à Dondon, un homme aurait été lynché par des individus non-identifiés. À Limbé, la mairie a été incendiée, selon les informations rapportées par la presse locale. La maison du maire a aussi été brûlée par des civils armés qui ont tiré de longues rafales d’armes automatiques. Cinq pour cent de l’électorat ont été affectés par ces actes de violence, selon Pierre Louis Opont qui fait remarquer que l’Ouest, le Centre, l’Artibonite ont été les départements les plus touchés. Nombre de candidats crient au scandale et annoncent déjà des mobilisations pour pousser à une reprise des scrutins. Le réveil s’annonce douloureux pour la population et aussi pour la PNH après cette terrible journée du 9 août. HAÏTI/LÉGISLATIVES/SÉCURITÉ Désordre. Généralisé en plus. Voilà le refrain qui a rythmé cette journée électorale, un peu partout à Port-au- Prince et dans la plupart des villes de province. À chaque minute, un nouveau dérapage. Le satisfecit précoce que se sont donné le Premier ministre Évans Paul et le président du Conseil électoral provisoire, Pierre Louis Opont, à la mi-journée, est anecdotique et parait, à croire les observateurs et les organismes de défense des droits humains, très loin de la réalité. Pierre Louis Opont, président du CEP
  7. 7. E nviron une heure avant la fermeture des bureaux de vote, le dimanche 9 août 2015, dans le département de l’Artibonite, l’envoyé spécial du CEP, Ricardo Augustin, et le directeur départemental de la police, Berson Soljour, ont dressé un bilan de la journée de vote dans la région. Selon le conseiller électoral Ricardo Augustin, plusieurs cas d’irrégularités ont été répertoriés dans le processus électoral au niveau du département. Au début de la journée, il y a eu, entre autres, des irrégularités dans laremisedesmandats,l’insuffisance d’encre indélébile et des noms manquants sur les listes électorales. Dans la mi-journée, plusieurs communes dans la région du bas Artibonite ont connu des situations de tension, a informé le conseiller électoral. Ces perturbations ont occasionné la suspension du scrutin dans près de 22 centres de vote. À L’Estère, il y a eu des tentatives de bourrage d’urnes. À Verettes, bas Artibonite, 4 des 12 centres de vote ont été suspendus. À Grande-Saline, deux centres de vote sur quatre ont été fermés. Les votes ont été également suspendus complètement à Desdunes, avons- nous appris. Selon les informations, l’opération de vote s’est soldée par une dizaine de blessés et un décès. Ces victimes sont répertoriées notamment dans des communes du bas Artibonite. Berson Soljour, directeur départe- mental de la police, a indiqué que la police a interpellé environ une vingtaine d’individus, notamment à Jean Denis (1re Section de Petite- Rivière de l’Artibonite) et à Grande- Saline où des individus malinten- tionnés ont perturbé sérieusement le bon déroulement des élections. « La police nationale a procédé à la saisie de plus d’une dizaine d’armes à feu et de sept véhicules », a déclaré Berson Soljour. « Deux de ces véhi- cules confisqués se dirigeaient vers la commune de Gros-Morne avec des grenades lacrymogènes, et un autre à Grande-Saline avec plus- ieurs armes à feu », a poursuivi le chef départemental de la police. En dépit des irrégularités enregistrées, le trésorier du Conseil électoral provisoire, Augustin Ricardo, s’est félicité du bon déroulement du processus dans le département. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 7 ACTUALITÉ Une journée marquée par des incidents et des irrégularitéspar Dieulivens Jules HAÏTI/ARTIBONITE/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Les opérations dans un bureau de vote aux Gonaïves. / Photo : Dieulivens Jules. L e Conseil électoral provisoire (Cep) a appelé les citoyennes et les citoyens à prendre la voie des urnes pour élire les nouveaux dirigeants haïtiens et en particulier, les membres de la 50è législature haïtienne, en ce qui à trait aux élections législatives tenues ce dimanche 9 août. Un appel ignoré par la population haïtienne, vu sa faible présence dans les centres de vote. Dans les espaces visités par Le National, les membres des bureaux de votes attendent l’arrivée des électeurs. Dans certains cas, ils causent avec les mandataires des partis et groupe- ments politiques. L’un des superviseurs du centre de vote du Collège Cotubanama, de Carrefour, secteur Sud-ouest de la capitale, souhaitant garder l’anonymat, déclare : « les mandataires sont plus que les votants ». Ce centre a 20 bureaux de vote, logés à l’intérieur de petites salles de classes, dont la plupart comporte, en la circonstance des bancs empilés. Cette situation d’amoncellement de bancs, est répétée dans tous les espaces qui sont habituellement des écoles, ce qui réduit l’espace pour ceux qui les fréquentent, notamment, les mandataires des institutions politiques, les observateurs, les membres de bureaux de votes et les votants, là où ils se sont rendus aux urnes. Mosler Georges, le directeur du Conseil électoral provisoire (Cep) reconnaît que les espaces réservés aux bureaux de vote ont été « petits », au moment de fournir une explication sur le fait que chaque parti n’a pas pu avoir un mandataire dans chaque bureau de vote, au cours de cette journée électorale. Ce qui a été la principale source de tension. Ailleurs, les bureaux de votes sont logés sous des tentes, en plein air et sous le soleil. Une situation d’inconfort, renforcée dans certains centres où les mandataires sont obligés de s’assoir à même le sol, certains sur des cartons, pour pallier au manque de chaises. On peut citer : le centre placé à l’école de l’Église de Saint-Charles à Carrefour, certains bureaux du centre installé dans l’école communale de Carrefour Diquini, l’église méthodiste de frère, où un espace qui pourrait accueillir en moyenne 3 bureaux de vote, en a reçu 12 ; et le Centre des frères de l’instruction chrétienne à Pétion- Ville. Au Centre sportif de Carrefour, les isoloirs sont placés plus bas que les hanches des votants à environ 60 centimètres du sol. Pour ceux qui sont placés plus hauts, les espaces pour voter ne présentent aucune intimité réelle. Un véritable pêle-mêle, où tout est sens dessus-dessous. Les isoloirs sont mis à l’écart, les électeurs sont soumis à la manipulation, à l’influence et à la violence des partisans de candidats. La situation est de peu, différente, à celle observée dans le centre de vote placé à l’école nationale de Merger, toujours sur la route nationale no 2 conduisant aux départements géographiques méridionaux du pays. Les superviseurs ont été obligés de s’enfermer à l’intérieur des salles comme derrière des barreaux pour se protéger. Dans une conférence-bilan, à la fin de la journée de vote, le directeur exécutif du Conseil électoral, Mosler Georges, a promis que l’institution électorale prendra note de tous les manquements de cette première journée, pour améliorer ses prochaines sorties. « Nous ne voulons pas commettre une même erreur à deux reprises (…) Nous allons (tout) corriger et nous attendons les enquêtes pour prendre des décisions». Des centres de vote fractionnéspar Stephen Ralph Henri HAÏTI/LÉGISLATIVES Un des centres de vote fractionnés. / Photo : J. J. Augustin. Aucune ligne, d’électrices et d’électeurs n’est remarquée dans les divers centres de vote de la Capitale haïtienne et les autres villes du département de l’Ouest pour les élections législatives du dimanche 9 août. Dans les rares centres de vote où les votants ont manifestement fait le déplacement, les bureaux ont été le théâtre visible de l’inconfort quand ce n’était pas le cadre de la confusion.
  8. 8. 8 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 ACTUALITÉ Journée électorale du 9 août en photos HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Des électeurs à la recherhe de leur bureau de vote. En toute quiétude après avoir saccagé un bureau de vote à Christ-Roi. Bousculade des mandataires devant la barrière du lycée de Pétion-Ville. Un bureau de vote éclairé à la lampe pendant les préparatifs. Des bulletins éparpillés dans les rues de Christ-Roi. Des bureaux de vote en plein air dans la cour de l’école Méthodiste à Frères. Opération de vote.
  9. 9. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 9 ACTUALITÉ (De gauche à droite) le président du CEP, Pierre Louis Opont, le Premier ministre Évans Paul et le directeur général de la PNH, Godson Orélus. Arrêté à l’école nationale République de Colombie, Bourdon. Le président du CEP au moment de voter. Jacky Lumarque en train de voter. Des centres de vote sous des tentes à Bulding 2004 De gauche à droite: le directeur exécutif du CEP, Mosler Georges, le président du CEP, Pierre Louis Opont, et le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Questions électorales, Jean Fritz Jean Louis. Bureau saccagé et bulletins de vote déchirés.
  10. 10. M es premiers contacts directs avec Henri remontent à l’année 2000. Il s’était agi à ce moment là de relancer les activités de l’AssociationHaïtienned’Economistes (AHE), œuvre à laquelle il a consacré toute son énergie. Par son charisme, sa détermination et son savoir- faire, et, aidé d’un petit groupe d’économistes, il réussit à relancer cette association. Il fut plébiscité à deux reprises en 2001 et en 2003 comme Président de la nouvelle association, poste qu’il a quitté à sa nomination comme Ministre de l’Economie et des Finances en 2004. La renaissance et la stabilité actuelle de l’association doivent beaucoup au travail de cet homme. J’ai eu le bonheur et l’heureux privilège de le côtoyer régulièrement pendant toutes ces années et de travailler avec lui parfois. Rude travailleur, honnête et respectueux des valeurs des autres dont il fait volontiers la promotion, Henri ne laisse personne indifférent. Il laisse le sentiment d’un être authentique dans le sens ontologique du terme: ce qu’on voit est ce qu’il est et pas autre chose. Je ne connais personne de son entourage qui ne lui voue le plus grand respect. Cet homme qui cultive un grand sens de l’honneur et de l’amour du pays, fait l’effet d’un grand sage animé par une vie intérieure intense et profonde. Il y a comme un grain de sagesse dans cet homme dont la voix ferme au service d’une parole posée et réfléchie manifeste d’une grande autorité et d’une profonde humilité. Ma perception de lui, c’est celle d’un homme au-dessus de la mêlée, qui vit loin du sordide et de l’indigne. Henri n’est pas quelqu’un qui se cherche. C’est quelqu’un qui s’est trouvé et qui vit en harmonie avec lui-même. Il donne le sentiment d’une construction achevée. C’est la mémoire de cet homme que nous célébrons aujourd’hui en tant qu’ancien Ministre de l’Economie et des Finances. Grand serviteur de l’Etat, Henri Bazin avait l’insigne privilège de se retrouver à la tête de ce Ministère au sortir d’une crise économique et sociale majeure où les finances de la République ont été mises à rude épreuve. Pendant son passage, des réformes d’envergure dans la gestion des finances publiques ont été initiées. Au nombre desquelles, on compte : • La révision de la législation sur les finances et la comptabilité publiques ; • La création des postes de contrôleurs financiers et des comptables publics dans les administrations ; • La création de la direction générale de l’inspection Générale des Finances (IGF) ; • La création de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) ; • La création du Conseil National des marches Publics (CNMP) ; • Entres autres… Il est difficile, voire presqu’impensable que l’évocation des qualités d’un homme sus- cite autant l’adhésion d’autant de gens d’horizons si différents. C’est cet homme que le Président de la République, Son Excellence Michel Joseph Martelly a voulu présenter comme modèle à la jeu- nesse dans son message de con- doléances à la famille Bazin et à ses proches. Pour pérenniser sa mémoire, le Ministère de l’Economie et des Finances annonce la création imminente d’une bourse d’Excellence pour promouvoir la recherche et récompenser la meilleure publication annuelle sur l’Economie Haïtienne. Un projet d’arrêté instituant cette bourse sera soumis incessamment en Conseil des Ministres pour validation. Une commission composée des représentants du Ministère de l’Economie et des Finances et de l’Association Haïtienne d’Economistes établira les règlements et la Charte de cette bourse dans les meilleurs délais. A Henri BAZIN, la Nation Reconnaissante ! Que son âme repose en paix ! Que ses actions et son souvenir continuent à nous inspirer ! Pour saluer le départ et perpétuer la mémoire d'un Grand Homme, Henri Bazin TAUX DE RÉFÉRENCE (BRH) >Taux moyen d’achat 52.3000 GDES >Taux moyen de vente 53.1000 GDES COURS DE LA GOURDE 7 AOÛT 2015 Intervention du ministre de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau, lors d’une cérémonie d’hommage à Henri Bazin organisée, le vendredi 7 août 2015 au local du ministère. Le ministre de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau. Photo (archives) : J. J. Augustin 10 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 ÉCONOMIE
  11. 11. Haïti-Tourisme : 40 kilomètres à pied pour découvrir le Parc national La VisitePar Jean Elie Paul | AlterPresse DÉVELOPPEMENTDURABLE I l s’agit d’inciter à la création de liens entre les sociétés d’exploitation – municipales, locales ou nationales – et la population locale ou nationale, et d’améliorer l’offre des services sociaux de base tout en sauvegardant les écosystèmes. C’est un domaine porteur. La preuve ... (ndlr). Emmenés par le professeur Luné Roc Pierre-Louis, une vingtaine d’étudiants, la plupart issus de la Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), ont marché, durant la journée du dimanche 26 juillet écoulé, du bourg de Kenscoff (municipalité à l’est de la capitale) vers le Parc national La Visite* dans un marathon touristique baptisé « Rallye pédestre ». Ce 23e Rallye pédestre, dans le Parc national la Visite, s’inscrit dans la perspective de partir à la découverte de ce coin paradisiaque du pays, à travers une randonnée de 40 km aller-retour. « Tout le monde n’arrive pas à destination. Mais, pour ce rallye, presque la moitié des gens ont pu accéder au sommet du parc. Les autres n’étaient pas trop loin du but », concède l’initiateur de cette activité, le professeur et docteur en communication sociale, Luné Roc Pierre-Louis. Le rallye n’a d’autres objectifs que faire évacuer la fatigue intellectuelle, au profit de la fatigue physique. Un premier rallye a eu lieu en janvier 2013. Lors du rallye du 26 juillet 2015, plus de la moitié des participants n’ont pas pu découvrir les beautés du Parc national La Visite, perché à 2 680 mètres de haut au sommet du pic la Selle. Couvrant une superficie de 30 km2, le Parc national La Visite s’étend jusqu’à la frontière avec la République Dominicaine. Il offre un paysage vallonné, entrecoupé par des ravines et des cascades. Créé, en 1983, dans l’idée de protéger la flore de la déforestation, il renferme une forêt mixte, composée de feuillus et de conifères. Ce parc renferme aussi la plus grande réserve de pins d’Haïti. Mais, malgré tout, le déboisement continue. Le Parc national La Visite fait également partie de la zone- tampon de la réserve** de biosphère de la Selle, désignée en 2012 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Grâce au rallye du 26 juillet 2015, certains étudiants de la Fasch ont pu découvrir cet espace ainsi que plusieurs autres endroits du pays (notamment Pernier, Fermathe, Furcy), faire le tour de Kenscoff, Faisard, Grenier, Saint-Laurent, Galet, Carrefour Feuilles, Laboule 12 et Boutilliers. « L’objectif, c’est de marcher dans un endroit, où il y a moins de transport en commun, et faire une forme de tourisme local », explique Luné Roc Pierre- Louis. « Le rallye n’est pas une activité de luxe. Marcher et voir le lendemain des gens qui boitillent, après une longue marche, c’est ça la beauté du rallye », estime-t-il. La misère au creux de la beauté Dans la zone, conduisant vers le Parc national La Visite, il n’y a même pas un centre de santé. Les infrastructures sont absentes, il n’y a que quelques rares écoles. L’accès à l’eau potable semble constituer l’un des défis majeurs pour les habitantes et habitants de cette zone, dont la majorité des sources d’eau sont taries, en raison de la sécheresse et du déboisement, qui laissent des mornes dénudées. La misère semble être le lot quotidien de la population, installée dans des bicoques, faites à l’aide de bois et recouvertes de paille. « Un député de la zone a fait construire un centre de santé, qui ne ressemble même pas à une maison habitable. L’accès aux soins n’existe pas dans la zone. Ce ne sont que des charlatans qui mentent à la population, en lui donnant des médicaments périmés », critique Occius Plézile, ancien directeur de chapelle (catholique romaine) dans la zone de Furcy, rencontré en chemin. La zone est pratiquement dévastée, alors qu’autrefois elle était couverte par la forêt, souligne Plézile. Le Parc national La Visite, un patrimoine à sauvegarder Bien qu’il y ait un corps de surveillance environnementale, les incendies volontaires éclatent..., sans qu’on puisse les prévenir. Il y a un sous-commissariat de police dans la zone de Séguin, mais la sécurité du parc n’est pas, pour autant, garantie. Malgré les efforts consentis pour le sauvegarder, le Parc national La Visite ne serait pas à l’abri des destructions progressives, dont le déboisement accéléré. « Nous interpellons l’Etat central, le secteur de l’environnement, le Ministère de l’environnement et autres instances concernées à faire en sorte que le Parc national soit davantage protégé, qu’il demeure attrayant » clame le professeur Pierre-Louis, Le Parc national La Visite n’est pas réellement accessible. Pour y arriver, il faut se rendre à pied ou à moto. Les voies existantes sont véritablement escarpées, avoisinant des falaises, glissantes. Le Parc national La Visite reste, quand même, une réserve de beautés. *Le parc national La Visite culmine à 2,680 mètres de haut, au sommet du pic la Selle, le plus élevé en Haïti. **Les principales zones protégées, recensées en Haïti, sont au nombre de le Parc naturel national de Macaya (Sud), la réserve de la biosphère de la Selle (Ouest), laquelle regroupe divers lieux, dont le parc national la Visite, la Forêt des pins (Ouest), le Trou Caïman (également appelé Eau Gallée, dans la commune de Thomazeau / Ouest), entres autres. Le tourisme local ou tourisme interne représente une grande opportunité pour un projet de développement local durable. sécheresse et du déboisement | © AlterPresse LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 11 ÉCONOMIE
  12. 12. Que faire face à la misère de la gourde ?Par Guy Laudé | (2e partie) COLLABORATIONSPÉCIALE J usqu’en 1993, les clients des banques n’avaient pas de compt- es dollar. Les nouvelles banques, qui vont créer une compétition agressive dans le système, naissent ou prennent extension pour la plupart durant la période du coup d’État. Au retour du président Jean-Bertrand Aristide en 1994, avec plus de dix mille hommes de troupe qui vont créer une pression extraordinaire sur le logement disponible et les services. Les prix des loyers et autres vont grimper d’une part et, d’autre part, s’exprimer en dollar même dans certaines villes de province. Les nouvelles banques vont introduire les prêts en dollar à des taux nettement plus alléchants que ceux en gourde. Et, lentement, l’économie va se « dollariser » au vu et à la barbe des autorités de ce pays qui, elles aussi, ont tout intérêt dans la cohabitation de facto de ces deux monnaies dans nos transactions. Si bien qu’au fil du temps la composition des portefeuilles des banques affiche un ratio supérieur en dollar. À la mi-juillet 2015, le total des dépôts bancaires se chiffrait à 181,8 milliards (les deux monnaies confondues) avec une composante de 60,3 % en dollars et 39,97 % en gourde. Tandis que le portefeuille prêt totalise dans les deux monnaies 73,9 milliards, avec une composante de 50,60 % en dollar et 49,40 % en gourde. L’ex-président Aristide avait confessé un désordre qu’il avait agréé afin de revenir terminer son mandat. Pour ceux qui ont eu la curiosité de suivre les périples de la Grèce avec les institutions financières et l’Union européenne, ce désordre dont parlait l’ex- président n’était autre que ces plans infligés à Alexis Tsipras comprenant notamment la vente au secteur privé des « assets » du pays, la mise en place de certaines réformes et, du même coup, satisfaire les exigences du FMI, à savoir une monnaie flottante au gré du marché. Les adeptes de « Chicago boys » remportaient une victoire éblouissante. Aristide revenait au pouvoir avec dans ses bagages un Lesly Delatour qui allait appliquer strictement le programme signé par le président réhabilité. Pour mieux faire passer ses idées, Delatour aimait répéter « pa gen sekrè nan fè kola ». La liquidation des entreprises de l’État va être mise en œuvre ainsi que toutes les autres réformes imposées au système. Si les transferts de la Hatrexco devaient atterrir à la Banque centrale, dorénavant, avec la libération de ce marché de change, les principaux intermédiaires financiers captent à la source le montant des transferts évalués à près de deux milliards de dollars. Cet argent reste sur leurs comptes en banque aux USA ou ailleurs, et le produit en grande partie est remis aux bénéficiaires sous forme d’aliments et autres biens privant les ménages de la liberté d’utiliser leur argent selon leur désir et besoin réel. La portion remisée en monnaie est négociée à des taux nettement au détriment des bénéficiaires en comparaison aux taux effectivement appliqués. Je me garderai de dénombrer les pressions que toutes ces transactions effectuées en dollar créent sur la demande de cette devise. Quant au passage à l’an 2000, la gourde menaçait de franchir le cap des 20 gourdes pour un dollar, le gouverneur d’alors, Fritz Jean, argumentait déjà dans les mêmes termes que le présent gouverneur. Donc rien de nouveau sous le soleil, et voilà encore les mêmes outils qui n’ont pu rien empêcher en quinze années. Comment peut- on poursuivre une stratégie qui n’a donné aucun résultat en plus de deux décennies et qui, au contraire, n’empêche en rien la détérioration de notre monnaie ? Silaproductionétaitnaturellement le seul paramètre pour fortifier une monnaie, le yen chinois serait la monnaie la plus forte au monde, bien que les USA se plaignent que la Chine dévalue volontairement sa monnaie au détriment des compétiteurs internationaux. Avant de revenir avec l’argumentation de la production nationale, interrogeons d’abord Bill Clinton et ses acolytes sur leurs manœuvres souterraines. Il y a déjà trop de bénéficiaires intéressés à la dévaluation de la gourde haïtienne pour revenir au point de départ. Au début du deuxième mandat du président René Préval, la gourde s’est fortifiée rapidement face au dollar, paniquant les acteurs du secteur de la sous-traitance qui se réunirent en urgence au Palais pour convaincre le Président, en présence des autorités monétaires et des banquiers, que les exportateurs perdaient de l’argent. Un banquier zélé avait même innové pour renchérir que les bénéficiaires de transferts perdaient leur pouvoir d’achat. La politique a dû intervenir pour demander de freiner, à ma connaissance, la seule histoire d’appréciation naturelle de la gourde face au dollar en trente ans. Les fossoyeurs de la parité de notre gourde et défenseurs de son flottement au gré du marché nous ont menés là où nous sommes, et des décennies après il est temps de conclure qu’ils n’étaient pas bien inspirés ; car les résultats qu’ils ont anticipés par leur proposition ne se sont jamais matérialisés mais certains ont fait leur beurre, et les détenteurs de cette manne de spéculation ne se laisseront pas faire. J’aurais mieux aimé qu’Haïti reste sur le même modèle qu’elle partageait avec les Bahamas et la Barbade, même si, pour cela, elle devait ajuster son taux de parité et que la Banque centrale reste seule détentrice des devises et autorise les transactions qui réellement nécessitent un besoin en devises. Une banque centrale forte, ayant le monopole de la gestion de la monnaie, peut aisément contenir la valeur de la gourde, quand nous considérons que les transferts de la diaspora dépassent les deux milliards de dollars, que les exportations atteignent 900 millions de dollars et que les réserves brute de change de la Banque centrale avaient atteint près 2,3 milliards de dollars en 2012, sans compter le montant de l’aide internationale, à côté des instruments de régulation qu’elle détient pour éponger les gourdes oisives du système. La facture commerciale se chiffrant autour de quatre milliards de dollars annuellement, une BRH forte a les moyens de remplir avec satisfaction sa mission constitutionnelle. Mais au fil des années, suite aux lobbies des plus « doués » et des institutions internationales (n’oublions pas la confession du président Bill Clinton devant le Sénat américain et son rôle dans la détérioration de la production nationale de riz). Lesly Delatour réussit à transférer une fonction essentielle et souveraine de la Banque centrale sous la forme d’un marché lucratif à des acteurs privés au comportement de prédateurs et de débridés qui, eux aussi, vont négliger leur fonction essentielle celle de faire de l’intermédiation bancaire. Voilà ce qui s’est passé en trente années. La détérioration n’est pas prête de s’arrêter et nous n’avons pas les moyens et le courage politique de revenir à ce que nous faisions. À part le dilemme de la production, je n’ai pas considéré non plus l’argumentation des déficits budgétaires successifs pouvant causer aussi la décote de la gourde. Elle est très chère au FMI qui prescrit la même médication classique à tous ses « patients ». En guise de conclusion, je reconnais que le retour au point de départ serait réellement très pénible et risqué. Pour ce faire, il faudrait une volonté politique courageuse à nulle autre pareille. Trop d’intérêts seraient remis en question pour doter à nouveau la Banque centrale de son pouvoir souverain et sans faille pour la monnaie. 1) Il faudrait affronter le FMI avec toutes les conséquences de représailles qui s’ensuivraient. Le FMI ne croît qu’en ses propres « guide lines » et schémas. Je ne connais un interlocuteur haïtien assez coriace pour les convaincre. Le FMI pactise avec l’économiste dont le son est accordé à son diapason. Pas d’autre son, (pas de) « son depaman » dans l’orchestre, dit l’adage. 2) Les intérêts énormes des institutions financières (banques, bureaux de change, etc.) seraient mis en jeux, car le plus fort de leur revenu est projeté sur leurs transactions de change. Ces dernières seraient seulement et dorénavant des intermédiaires de la Banque centrale et gagneraient quelques centimes par transaction. Les supermarchés et autres informels ne devraient plus s’adonner aux transactions de change, sauf des agents autorisés et reconnus au service de la Banque centrale. 3) Les transactions (dépôts, retraits, prêts, paiements) sur toute l’étendue du territoire seraient exprimées et effectuées seulement en gourde, incluant les loyers, les paiements par carte de crédit et toute la kyrielle. 4) Les demandes de devises étrangères seraient autorisées exclusivement par la Banque centrale qui en évaluerait l’opportunité. Cette dernière s’équiperait du personnel adéquat pour fournir en temps réel un tel service. Un adepte suggérait dans ces temps de lobby en faveur des idées prônées par les « Chicago boys » que l’on garde son pouvoir d’achat et son épargne dans la meilleure devise. Un souci et une anticipation pareils ne seraient pas de mise quand le citoyen a la perception que sa banque centrale est forte, est au contrôle et a les moyens de sa politique. Voici ce que je crois que mes plus de trente années de service de banque m’autorisent à proposer, si nous voulons stopper cette chute aux enfers de la valeur de la gourde haïtienne qui n’est pas prête de s’arrêter. 12 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 ÉCONOMIE
  13. 13. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 13 SOCIÉTÉ Inauguration du viaduc du carrefour de l'aéroportPar Joe Antoine Jn Baptiste Si chaque Haïtien pouvait devenir un Elzéard BouffierPar Jackson Joseph C ’est en présence du Premier ministre Évans Paul, des ministres des Travaux pub- lics, Jacques Rousseau, de l’Économie et des finances, Wilson Laleau, et d’autres membres du gou- vernement que le président de la République a procédé à l’inauguration du viaduc du carrefour de l’aéroport, rebaptisé carrefour de la Renaissance. C’était l’occasion pour le Président de saluer les efforts de son administra- tion qui, dit-il, a travaillé d’arrache- pied pour doter le pays d’une infra- structure routière de ce genre. « La construction de ce viaduc entraîne avec elle la renaissance de la nation. Cela prouve que le pays commence effectivement à renaître de ses cendres. Les dif- férents efforts que déploie mon administration abondent en ce sens. C’est un moyen de con- tinuer à assister la population, particulièrement la catégorie la plus vulnérable de la société, cette catégorie utilisée pour brûler les caoutchoucs », a-t-il fait savoir. Au cours de cette cérémonie inau- gurale, le chef de l’État a, par ail- leurs, pris le soin de vanter toutes les actions qu’il a déjà entreprises dans le pays. Il n’a pas manqué de tirer à boulets rouges sur ses différents opposants qui, dit- il, empêchent l’avancement du pays. Même les travailleurs de la presse n’ont pas été épargnés. « Ce viaduc, a-t-il déclaré, n’est pas un destin qui doit échapper à l’histoire du peuple haïtien. C’est un signal qui montre que nous avançons à grands pas. » Pour sa part, le ministre des Travaux publics, Jacques Rous- seau, a apporté des précisions relatives à cette construction qui, a-t-il affirmé, répond à un effort politique de l’actuel gouverne- ment et à la ténacité du chef de l’État. Au cours de cette céré- monie, il a tenu à expliquer à la population que ce projet s’étend sur sept cents mètres. C’est une route à quatre voies dont chacune mesure 3, 5 mètres de largeur. La partie droite de la chaussée accuse une longueur de 400 mètres et l’autre partie tient sur 350 mètres. Le viaduc est d’une hauteur de 4,5 mètres. « C’est un travail énorme qui aurait dû se terminer il y a très longtemps. Mais, en raison de quelques problèmes, le processus a été retardé. Aujourd’hui, les Haïtiens peuvent dire qu’ils ont un viaduc », a expliqué le ministre des Travaux publics. Entre-temps, quelques individus rencontrés dans le périmètre pensent que le viaduc n’est pas celui que les maîtres d’ouvrage avaient présenté à la population au cours du lancement du projet. Le chef de l’État, Michel Joseph Martelly, a inauguré le vendredi 7 août 2015 le viaduc au carrefour de l’aéroport baptisé carrefour de la Renaissance. Le président Michel Martelly (au milieu), le Premier ministre Évans Paul (à gauche) coupant le ruban inaugural du Viaduc. / Photo : Joe Antoine Jn Baptiste Ce texte, dont nous présentons les réflexions suivantes, s’intitule « l’homme qui plantait des arbres ». C’est une nouvelle de Jean Giono, un grand écrivain français du XXe siècle (1895-1970). C e texte de Jean Giono, « l’homme qui plantait des arbres » nous permet de comprendre que si nous sommes les principaux responsables de la dégradation de la Nature, nous sommes en même temps les seuls êtres à pouvoir réparer les dégâts causés. Ce grand écrivain français, qui a vécu entre 1895 et 1970, nous donne un exemple frappant des capacités de l’être humain lorsque ce dernier fait preuve de volonté, de courage et de détermination. Dans cette nouvelle, Jean Giono nous présente les exploits d’Elzéard Bouff- ier qui a pu transformer un désert des Alpes en un paradis sur terre. Ces exploits d’Elzeard ont consisté principalement en la régénération de ce désert, où il vivait dans la solitude, en un espace vivable qui fut devenu ensuite le refuge de plus de dix mille personnes. En fait, Elzéard plantait des arbres dans un désert sans vie ni espoir de vie. Pourtant, comme le rapporte Jean Giono, dans cette région des Alpes, désolée, dénudée, cet homme dépourvu de grands moyens, avec seulement de simples ressources physiques, a fait surgir du désert un Canaan. Jean Giono croit alors que, malgré tout, la condition de l’homme est admirable sur cette terre s’il sait faire montre de constance, de grandeur d’âme et d’acharnement. Dans un trou perdu du monde, dif- ficile d’accès, notre héros, Elzéard Bouffier, s’est mis à planter des arbres. Dans trois ans, il en avait planté cent mille, dont seulement dix mille avaient survécu. Il avait cinquante-cinq ans en 1910, mais il en a planté jusqu’à sa mort en 1947. Et ce village, « Vergons », était tout simplement devenu un lieu paradisiaque. Notre pays, Haïti, se désertifie aujourd’hui avec moins de 1,5 % de couverture forestière, la dégra- dation s’intensifie et les moyens mis en place pour pallier le prob- lème sont loin de suffire. Haïti est sérieusement menacée alors que rien de concret n’est entrepris. Et si chaque Haïtien pouvait devenir un Elzéard Bouffier ? Notre pays renaîtrait peut être de ses cendres ! L’environnement haïtien se dégrade toujours à un rythme inquiétant. Les rares interventions du gouvernement et de certaines associations écologiques ne se sont pas révélées très efficaces, tant le problème est devenu complexe. Il est nécessaire de reconsidérer les approches sur les différents problèmes liés à l’environnement, comme la déforestation, le déboi- sement par exemple, qui constitu- ent les deux plus grandes menaces de la dégradation de notre Haïti. D’un autre côté, augmenter la couverture végétale en Haïti comporte un grand coût, compte tenu de l’extrême dégradation de l’environnement et l’accélération du rythme de déboisement. Près de 30 millions d’arbres sont abattus tous les ans, selon ce que rapporte le Programme des Nations unies pour l’environnement. Pourtant le problème n’est toujours pas pris au sérieux par les responsables. Il n’existe aucune forêt modèle dans le pays et les aires dites protégées sont très peu protégées ou ne le sont pas du tout. Pour la refores- tation d’Haïti, il faudra du temps, mais surtout des hommes qui peuvent être des Elzéard Bouffier. Notre pays peut changer, il peut devenir le « Vergons » d’Elzéard, si nous montrons de la volonté, de la détermination et du courage. Jean Giono. / Photo: luberon.fr
  14. 14. 14 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ L'hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve en situation d'urgencepar Ritzamarum ZÉTRENNE AVIS de Formation de Société en Nom Collectif Avis de formation de la Société en Nom Collectif dénommée Tempo PlanCom (TPC). Entre les soussignés, Mr Emmanuel Marino BRU- NIF : 004-556-158-4 ; Mr Jean Moise SEJOUR, demeurant et do- 005-748-867-8, ont formé la Société en Nom Collectif, dénommée Tempo PlanCom (TPC) ayant pour objet de fournir des consultations social de la dite société est établi au # 22 bis, Avenue Poupelard, entre les associés d’un montant de 50,000.00 gourdes. Enregistré V endredi 7 aout 2015. Il était 3 h 30 de l’après-midi quand un homme à la tête trouée, enveloppée d’une chemisette, entre à l’urgence de l’hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve. Il pénètre dans l’espace sans même savoir si c’est le bon endroit. Il saigne tellement que la chemisette est dev- enue tout rouge. Souffrant le mar- tyre, l’homme s’appuie contre l’un des lits pour ne pas tomber. Il n’y a pourtant personne pour s’occuper de lui. « Peut-être que ce n’est pas ici qu’on reçoit les personnes blessées », doute la dame qui accompagnait cet homme. Plus de trente minutes se sont été écoulées. Personne n’est venu à son chevet. Quand la dame, mère de l’homme blessé, franchit la porte de la chambre d’à côté elle remarque d’autres blessés allongés sur le sol, qui attendent des soins. Mais il y avait à l’intérieur une seule infirmière. « J’ai un blessé en urgence ici. Faites quelque chose. Il saigne beaucoup », dit la dame à l’infirmière. « Trouvez un rasoir pour lui raser le crâne, le temps que je reviens », ordonne l’infirmière. Cette situation frappe presque toutes les sections de l’hôpital général de Petit-Goâve. Que ce soit à la maternité, à la chirurgie ou à la médecine interne, les services sont difficiles à trouver à cause surtout du manque de personnel technique. « Ah ! Les médecins passent ici rarement. Quand l’un d’entre eux passe enfin, tout le monde veut le voir. Mais au final, il va servir très peu de gens avant de repartir », raconte une jeune fille d’une ving- taine d’années. Elle accompagne un parent qui s’est fait opérer à la jambe gauche. Cette jeune fille a par ailleurs expli- qué que la pharmacie de l’hôpital n’existe que de nom. « Quand on nous prescrit des médicaments, les trouver à la pharmacie devient un casse-tête. Fort souvent, nous sommes obligés de nous orienter ailleurs où ils coûtent les yeux de la tête », se plaint la jeune fille. Le laboratoire et d’autres sections aménagées pour les consultations au sein de l’Hôpital général de Petit-Goâve ne sont presque plus fréquentés. Ce n’est plus un secret pour per- sonne : l’hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve ne peut plus répondre aux besoins de santé de la popula- tion. Delmondo Charlemagne, un journaliste réputé de la commune, fait remarquer que sur dix cas reçus à l’hôpital, sept sont trans- férés à un autre centre hospitalier. Comme beaucoup de Petit-Goâvi- ens, le journaliste pense que la politique serait à la base de cette situation. Beaucoup de citoyens de la commune pensent que « les autorités locales font trop souvent main mise sur l’hôpital, laissant ainsi à la tête de l’institution des gens qui n’ont aucune connais- sance et compétence en la matière ». Ce dysfonctionnement au sein de l’hôpital Notre-Dame de Petit- Goâve ne date pas d’hier. Déjà en juin et juillet 2014, plusieurs grèves ont été organisées par des employés qui réclamaient entre dix-huit à vingt mois d’arriérés de salaire. Au mois de janvier de l’année en cours, on a installé une nouvelle commission composée de quatre membres pour gérer l’hôpital. Cette commission, ayant à sa tête le docteur Gustave Jean-François, était chargée d’identifier, sur une période de trois mois, les pro- blèmes de l’hôpital et les solu- tions possibles afin de faire des recommandations au ministère de la Santé publique et de la Popu- lation. Le docteur Gustave avait promis d’améliorer la situation à partir du 14 février 2015. Les Petit-Goâviens attendent encore. Vue partielle de l’hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve. Depuis plusieurs mois, l’hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve s’engouffre dans un dysfonctionnement périlleux. Le plus grand centre hospitalier de la région des Palmes, aujourd’hui l’HNPG, n’est pas en mesure de desservir la totalité des habitants de la cité soulouquoise. Cette situation suscite de l’inquiétude chez beaucoup de Petit- Goâviens qui imputent toute la responsabilité aux dirigeants de la commune.
  15. 15. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 15 SOCIÉTÉ Pourquoi certaines personnes appellent leurs parents par leur prénom ?Par Ophélie Ostermann lefigaro.fr I ls ne peuvent pas - ou ne veulent pas - dire « maman » et « papa », et appellent leurs parents par leur prénom, comme s’ils refu- saient toute fusion familiale. Or cette pratique n’est jamais anodine. Témoignages et décryptage de la con- seillère conjugale et familiale Violaine Patricia Galbert (1) et de la psychogé- néalogiste Évelyne Bissone Jeufroy. Corentin a sept ans. Soudain perdu dans la foule qui se presse à la brocante, il hurle « Papa ! », « Maman ! ». En vain. Des dizaines de personnes tournent la tête. Il appelle alors ses parents par leur prénom. Quand on se sent vulnérable, le procédé est libérateur. Depuis, dans son téléphone, les numéros de son père et de sa mère apparaissent respectivement à Jean-René et à Françoise. Quand il s’adresse à eux, les termes « maman » et « papa » ne lui viennent jamais à l’esprit. La décision vient d’un changement dans la vie de l’enfant S’il raconte cet épisode comme un souvenir d’enfance, sans y voir une révolution, le moment où l’on se met à appeler sa maman par son prénom n’est jamais anodin. Il reflète toujours une prise de distance par rapport aux figures tutélaires, expliquent les psychanalystes. Appeler ses proches par leur prénom revêt une connotation négative. Comme lorsqu’un couple, habitué aux surnoms affecteux, retournent au prénom lors d’une dispute, comme pour mieux signifier le mécontentement. L’utilisation du prénom est parfois le choix des parents. « Notamment parmi les rarissimes héritiers de l’esprit soixante- huitard, pour lesquels il faut être “copain” avec l’enfant. Ils peuvent souhaiter être appelés par leur prénom pour instaurer des rapports d’égal à égal », indique la conseillère conjugale et familiale Violaine Patricia Galbert. Certains, pour se détacher de leur histoire personnelle, préfèrent un prénom plutôt qu’un terme qui renvoie au parent auquel ils ne veulent pas ressembler. Pour d’autres, l’idée peut aussi traduire une difficulté à endosser le rôle parental : le prénom désacralise le fait d’être père ou d’être mère. La psychogénéalogiste Évelyne Bissone Jeufroy explique : « Le mot “maman” est tendre et induit une relation unique et fusionnelle. Certaines mères ne sont pas prêtes à la vivre ou n’en n’ont simplement pas envie. » Jeannine, elle, a préféré être appelée par son prénom parce que cela lui évitait d’être rangée dans la case « maman » avec tout l’aspect sérieux que le terme peut comporter. Après son divorce, à 34 ans, elle demande à ses trois enfants, respectivement âgés de 14, 13 et 10 ans, d’adopter la méthode. Elle explique : « J’étais une femme très active, plutôt indépendante pour l’époque et désireuse de rester dynamique. Le prénom me semblait davantage correspondre aux rapports que j’entretenais alors avec les enfants. Quand ma fille a eu 18 ans, je sortais même avec elle parfois. » Maintenant qu’elle est retraitée et a 71 ans, le « maman » lui paraît plus légitime. Mais la décision peut aussi venir de l’enfant lui-même. « Elle fait généralement suite à un changement dans la vie de l’enfant, parfois traumatique, explique Violaine Patricia Galbert. En utilisant le prénom, l’enfant marque une rupture et prend de la distance. » À l’adolescence, un ado en conflit avec ses parents, s’en servira pour atteindre en plein cœur ceux qu’il défie. Il finit par les appeler de la même façon que n’importe qui pour leur signifier qu’ils ne sont plus ses parents. « Il banalise le rôle parental et rejette l’autorité », ajoute la professionnelle. Avec mon père, nous avons maintenant des rapports d’égal à égal Corentin, lui, n’a pas souffert de rapports conflictuels avec ses deux parents quand il était adolescent, mais le procédé lui a semble-t-il permis de s’émanciper : « Je les appelle par leur prénom quotidiennement depuis que je suis entré à l’université, à 18 ans. J’ai commencé à gagner en indépendance. Financièrement, avec un job étudiant, et physiquement, puisque je dormais souvent chez ma petite amie et que je rentrais de moins en moins chez mes parents qui habitaient en banlieue. Les appeler par leur prénom m’a semblé plus approprié », décrit le jeune homme. À l’âge adulte, c’est effectivement en s’éloignant du terme « maman », à la résonnance enfantine, que certains s’affranchissent de la tutelle parentale. Violaine Patricia Galbert le confirme : « Avec le parent, on utilise le prénom pour signifier que l’on n’est plus un bébé. Un adulte trouvera ridicule de parler de ses parents à ses amis en disant “maman” ou “papa”. » Les parents n’apprécient pas toujours ce qu’ils perçoivent eux aussi comme une prise de distance publique. Si sa famille s’y est habituée, Corentin confie tout de même que sa mère en a souffert : « Elle est d’un naturel assez protecteur, elle me couvait beaucoup quand j’étais plus jeune. Lorsque je l’appelle Françoise, elle a parfois l’impression que je m’éloigne, que je me détache d’elle. » Souvent, cette habitude d’appeler ses parents par leurs prénoms peut aussi refléter l’histoire familiale. Depuis ses cinq ans, Émilie a toujours appelé ses parents par leur prénom, imitant simplement son frère aîné. « Quand j’étais plus jeune, mes parents étant très pris par leur travail. Mon frère s’occupait beaucoup de moi. Il me ramenait à la maison après l’école, me gardait, il m’apprenait à faire mes lacets. Jusqu’à mes 8 ans, il était un peu un parent de substitution », raconte-t-elle. Mais avec une telle prise de distance, quid des rapports parents-enfant ? Sont-ils plus amicaux ? Ou dénués de sentiments et d’intimité ? Il semblerait que si la décision ne suit pas un bouleversement, de bons rapports subsistent. « Avec mon père, par exemple, nous avons plus des rapports d’égal à égal que de père à fils. Il discute avec moi comme il parlerait avec un ami. Mais je reste proche de mes parents, ils sont les premiers à savoir quand je vais mal et ils connaissent ma vie », indique Corentin. Dans ces familles où les prénoms ont remplacé les fonctions, les rôles ne sont pas figés. Et souvent, en vieillissant, le « maman » et le « papa » peuvent revenir, comme une tendresse qui se dit enfin. Dernièrement, lors d’une discussion autour d’un sujet intime, Corentin avoue avoir senti que le « maman » était plus approprié. Quant à Émilie, elle déclare les prononcer pour manifester son amour profond. « C’est rare, donc ça les touche encore plus. » Pourquoi certaines personnes appellent leurs parents par leur prénom ? / Photo : Getty images
  16. 16. 16 | N0 57 LUNDI 10 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ Ces bouillons qui tuent les africains (Jumbo, maggi, adja etc...) Sources : gabonlibre.com Dolli, Magi nokoss, Jumbo, Maggi, Joker, Adja, Jongué, Tak, Mami, Khadija, Dior, Tem Tem, autant de bouillons utilisés par la cuisinière sénégalaise pour apporter la différence dans sa marmite. C’est une assiette de maladies chroniques silencieuses qu’elle sert … L e plat sénégalais serait-il devenu un vrai poison pour le citoyen lambda ? La réponse coule de source, face à la recru- descence des maladies non transmis- sibles. L’espérance de vie au Sénégal en a pris aussi un sacré coup. De nos jours, le repas traditionnel, bien assaisonné, présenterait des goûts culinaires souvent plus exquis que ceux de nos mammys. Les Sénégalaises férues de bonne saveur ont l’art de mettre du piquant dans l’assiette. Toutes sortes d’ingrédients passent dans la marmite qui s’appauvrit de plus en plus en valeurs nutritives et s’enrichit en sel et calories. Quand les exhausteurs du goût s’y mettent, il faut simplement s’attendre à un cocktail…. explosif. Nombreux sont ceux qui pointent l’index sur la cuisinière : le poison est dans l’assiette. Aux Sénégalaises, il est reproché de mettre trop d’additifs culinaires dans la marmite pour aiguiser l’appétit, dénaturant le »thiébou dieune » qui aurait été, à l’origine, un plat riche en protéides. Tomate en poudre et plus d’une dizaine de bouillons sont mises à l’actif. »La recrudescence des maladies telles le diabète et l’hypertension artérielle sont causées par nos femmes qui nous tuent à petit feu, avec leurs substances toxiques. Nous sommes tous malades à cause d’elles. Elles ne cherchent qu’à écourter la vie des hommes… », souligne, un brin ironique, un vieux qui tient sur ses 70 berges, rencontré au centre de diabétologie Marc Sankalé. Il demande aux autorités de ramener à la raison les Sénégalaises, face à leur utilisation abusive de cette armada de bouillons présente sur le marché sénégalais. Il n’est pas le seul. Le 3éme âge se remémore, avec nostalgie, les recettes toute nature et sans artifice d’antan. »A notre époque, on resplendissait de santé. On était en pleine forme, car on mangeait sainement. L’alimentation était meilleure ». Du tout bio ! « Le bouillon règle un problème économique. Ils donnent l’illusion du goût » Autre temps, autres réalités. La crise économique a donné un coup de fouet au panier de la ménagère. Aujourd’hui, déplore Mme Salimata Wade, une universitaire, par ailleurs responsable de la »Compagnie du bien manger », qui réunit nutritionnistes, diététiciens et spécialistes de la santé, le Sénégal est l’otage d’une épidémie d’hypertension. »Même les jeunes sénégalais sont hypertendus », note t-elle. Et ce à cause, d’une alimentation trop riche en sels. Mme Salimata Wade craint que cette situation ne s’aggrave, en raison de la baisse du pouvoir d’achat des Sénégalais. »C’est un problème de société qui se pose. La structure du budget n’est plus la même. Les repas sont fractionnés, les charges énormes et le coût de la vie très élevé ». Quand elle passe à la loupe les habitudes alimentaires des Sénégalais, c’est pour détecter que le mal est d’une dimension économique. Mme Salimata Wade de s’expliquer. »Jadis, dit-elle, nos mamans mettaient assez de viande, de tomates fraîches, de légumes frais et d’ingrédients dans la marmite. Ce n’est pas par effet de mode que, de nos jours, les femmes recourent de plus en plus aux additifs culinaires. Les bouillons règlent une dimension économique. Ils donnent l’illusion du goût. Du point de vue gustatif, cela donne de l’appétit ». »Rééduquer le sénégalais et lui apprendre à manger sainement » Pour étayer sa thèse, la chercheuse de donner l’exemple de l’équation intenable de la ménagère sénégalaise qui dispose d’un maigre budget. »Ce n’est pas facile avec une maigre somme de préparer du riz pour plus de quinze personnes avec un kg de viande ou peu de poisson. Tout est cher au marché. Des sardines qui se vendaient à 50f par pièce s’échangent aujourd’hui à 500 f, le kg de kéthiah coûte 1200 F Cfa, un kg de tomates fraîches est vendu à 600. Elles n’ont pas souvent le choix », explique t-elle. Pour résoudre une difficile équation, la ménagère n’y va par quatre chemins. Elle se rabat sur les multiples bouillons qui donnent le goût du poisson, de la tomate, des épices, de la viande ou des légumes. Il suffit juste de débourser au maximum 200f pour s’offrir autant de saveurs. Et le tour est joué même si les conséquences sont désastreuses, avec des maladies chroniques et silencieuses. Il s’y ajoute, d’après la chercheuse Salimata Wade, »qu »il y a trop de sel dans notre alimentation. On aime ce qui est saturé en gras et en sel ». Mais pour l’universitaire, crever l’abcès exige de s’attaquer aux produits synthétiques qui inondent le marché sénégalais. Les bouillons ne sont pas, à cet effet, des cas isolés. »On ne boit plus, par exemple, du jus mais que des arômes qui sont des produits chimiques ». Avec le système des journées continues, les sandwichs, très prisés à midi, se font à forte teneur de mayonnaise, de moutarde, de ketchup qui sont tout aussi nuisibles à la santé. Comme solution, Mme Salimata Wade préconise le retour du repas commun en famille. »On n’a pas d’alimentation idéale à proposer, cela n’existe pas. On doit partir de ce que les gens ont pour changer leurs habitudes alimentaires, en tenant compte des données économiques. Il faut rééduquer le sénégalais et leur apprendre à manger sainement ».
  17. 17. LUNDI 10 AOÛT 2015 N0 57 | 17 CULTURE 1) Vous œuvrez dans la littéra- ture depuis plus d’une décennie, votre trajet peut-il vous conduire à l’écriture ? Quel était, au cours de votre enfance, votre rapport avec les livres ? Je lisais beaucoup de livres de conte qui m’ont ouverte au monde, les contes russes, les contes de la mer avant mes dix ans… Puis j’ai appris à aimer la poésie en découvrant les recueils d’Yvon Le Men à l’âge de treize ans. Les livres m’ont donné envie d’écrire. La présence de la mer tout autour de la presqu’île où j’ai grandi m’a appris la musique. Et mon grand- père peintre m’a ouvert les yeux — il pouvait peindre l’univers dans un coquillage. Les livres, les gens et les paysages ont forgé ma sen- sibilité littéraire. 2) La littérature, pourquoi faire ? La littérature façonne des mondes qui nous permettent de mieux appréhender la complexité du monde. La littérature peut chang- er un regard. Elle nous fait vivre d’autres vies que la nôtre et nous permet d’accepter de ne pas rester dans une identité figée. Elle nous rend plus sensibles, plus obser- vateurs.3) À en croire Marguerite Duras, chaque livre a toujours un trajet difficile. Parmi vos textes publiés, quels sont ceux qui vous ont le plus marquée ? La route des vents. Ce livre s’est écrit avec mon corps tout entier, puisqu’il relate des voyages que j’ai effectués en plein hiver dans l’est et dans le nord du Québec. J’ai écrit les premières pages du récit en 1995, alors que j’étais en mouvement. Après sept ans de travail, il a été publié en 2002 aux éditions de La Part commune, puis réédité dans une version aug- mentée en 2015. C’est donc un livre qui m’a accompagnée pen- dant vingt ans, et rien ne dit que je ne continuerai pas à l’enrichir... J’aime l’idée d’un livre ouvert, comme une route, comme les vents… 4) Vous êtes surtout éditée chez Mémoire d’encrier et vous êtes venue plusieurs fois en Haïti. Vous avez connu Davertige à un point tel qu’il a tenté de vous embrasser sur la bouche. Vous écrivez cela dans le collectif Bonjour, voisine. Et votre recueil, La terre, cet animal, a pour couverture un tableau de Mevs, un peintre haïtien. Qu’est- ce qui reste de votre rapport avec Haïti jusqu’à aujourd’hui ? Ma fréquentation de l’univers lit- téraire haïtien remonte à 2003, l’année où j’ai commencé à pub- lier dans la maison d’édition nais- sante Mémoire d’encrier. J’ai d’abord découvert Haïti par ses livres et ses auteurs : Rodney Saint-Éloi, Davertige, Magloire Saint-Aude, Yanick Lahens, Émelie Prophète, Gary Victor, Dany Laferrière, James Noël, Makenzy Orcel, Franz Benjamin, Jacques-Stephen Alexis, Franké- tienne, Yanick Jean, Jacques Roumain, Carl Brouard, Georges Castéra, Dominique Batraville… Je ne faisais pas de différence entre les écrivains vivants et les autres. Haïti, pour moi, c’était cette volée de papillons élégants dont les écrits me dévoilaient un monde nouveau. C’est ainsi que l’île a commencé à faire partie de moi sans que je m’en aperçoive. Il m’a fallu attendre dix ans pour enfin me rendre en chair et en os en Haïti, à l’occasion des « Rencontres québécoises » de mai 2013. Avant le départ, je me suis empressée de consigner toutes mes représentations de l’île. Je ne voulais rien oublier des saveurs que mes incursions imaginaires m’avaient permis de connaître. Cela a donné le texte paru dans le collectif Bonjour, voisine : « Je ne connais pas Haïti, Haïti me connaît. » C’est comme si ces dix années de sensations volées dans les livres et les regards avaient tracé des pas pour une histoire à venir. Au mois de novembre de la même année, je suis retournée à Petit-Goâve animer des ateliers d’écriture. Les jeunes auteurs qui m’avaient invitée m’ont fait part- ager leur enfance. Ils m’ont fait le plus beau cadeau dont on puisse rêver : ils m’ont offert un arbre, un acajou, dans leur « Jardin du livre ». Depuis, je me retrouve souvent en haut d’une colline surplombant la baie de Petit-Goâve à jouer au football avec les enfants. Il pleut averse et je cours dernière le ballon dans l’équipe des filles. Ma robe, un simple tissu noué, est trempée. Tout est vert et doré dans les mornes. J’ai 41 ans ce jour-là, et j’ai l’impression d’en avoir 14. Au retour vers le Jardin du livre, on prend notre douche près du bassin où les femmes lavent leur linge. J’ai le goût d’un bâton de canne à sucre. Cela me revient comme un miel blanc. Une joie pure. Quand un jeune homme de Petit- Goâve m’a confié que mon recueil La terre, cet animal avait « bercé son enfance », j’ai eu le sentiment d’avoir vécu en secret dans l’île d’Haïti toutes ces années sans le savoir. Je pense souvent à mon arbre qui vit dans le « Jardin du livre ». Nous sommes reliés. Cet acajou est encore jeune. Nous avons le temps de grandir ensemble… 5) « Le port est un bateau » ; « La montagne te donne à boire son ombre » ; « Loin de la mer, je vois la mer » : voilà des vers de votre dernier recueil Orange sanguine. Vous parlez souvent de la mer, sur- tout dans La terre, cet animal. Que représente la mer pour vous ? J’ai grandi au bord de la mer, face à son mouvement permanent, à l’écoute de son souffle relié aux planètes. Elle m’a appris à me fondre dans le monde. La mer fait partie de moi comme ma respi- ration. Quand je suis loin d’elle, j’écris pour entendre battre son intime musique sous ma peau. 6) « La vie s’enroule au soleil » ; « Ce n’est pas la neige qui tombe, c’est nous qui descendons dans la blancheur opaque » ; « Dix soleils brûlent de froid ». Dans le dernier vers cité, il y a comme un para- doxe. Qu’est-ce qui vous amuse dans ces deux climats opposés ? Dans ce poème, je parlais des oranges d’un arbuste oublié près d’une fenêtre pendant l’hiver : Un oranger Contre la vitre Encadrée par des briques Des câbles noirs Les voisins sont partis Sans leur arbuste Dix soleils brûlent de froid. Quand tout est blanc, enneigé, glacé, l’œil cherche instinctive- ment à s’accrocher aux couleurs chaudes. Et comme le froid intense donne vraiment une sensation de brûlure, cette image presque bru- tale de petits fruits m’est venue naturellement. Elle parle aussi des émotions, de l’abandon… 7) Les lecteurs peuvent s’attendre à une nouvelle publication très prochainement ? Cet automne, « Le cercle du rivage », une nouvelle que j’ai écrite à partir de photographies de Chris Friel, paraîtra sous forme de livre numérique, avec les images qui l’ont inspirée, aux éditions Publie. net. 8) Quels sont vos mondes d’influence ? Ils sont nombreux et variés. Au départ, les auteurs comme Julien Gracq, Jean Giono, Charles Baudelaire, la rencontre avec le poète Yvon Le Men qui est devenu mon guide, d’abord par ses livres puis en personne, la lecture des écrivains voyageurs (Bashô, Bouvier, Cendrars) , les écrivains naturalistes américains (Thoreau, Dillard), ; ma décou- verte de la poésie québécoise en 1993 (Hector de Saint-Denys- Garneau, Louise Dupré, Isabelle Miron, Catherine Fortin, Denise Desautel, René Lapierre…), la rencontre avec le peuple innu en 1996 et cette immense poésie qui se transmet en marchant, mes amitiés avec des auteurs des Pre- mières Nations comme Joséphine Bacon et N. Scott Momaday, la richesse de la littérature haïtienne depuis ma rencontre avec Rodney Saint-Éloi en 2003… La Bretagne d’où je viens, le Québec où je vis, le monde amérindien et Haïti qui m’accompagnent, l’Afrique du Nord d’où viennent mes grands- parents paternels sont autant de mondes qui nourrissent mon univ- ers grand ouvert à de nouvelles rencontres. 9) Michel Onfray a dit que la phi- losophie lui a sauvé la vie, la lit- térature peut-elle aussi sauver la vie ? Oui, je le crois, puisqu’elle est « souffle ». La littérature est « souffle »Par Carl henri Pierre INTERVIEW Comme la philosophie, Laure Moralie croit que la littérature peut sauver la vie. Elle s’est confiée dans un entretien au journal Le National.

×