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Extraits de "L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité"

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Extraits du livre de Gilles Babinet "L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité" (Le Passeur, 236 pages, 19,90 euros).

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Extraits de "L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité"

  1. 1. 1 La connaissance et les gains d’opportunité L’accélération de la diffusion de la connaissance La révolution industrielle ne commence pas avec la machine de Watt. Ni même avec les Manufactures royales. Celui qui, en réalité, a allumé la mèche, c’est Gutenberg. Les innovations techniques que les Romains avaient accumulées au cours des siècles (le ciment, les grues, la plomberie, le moulin à eau, la presse à huile, etc.) se sont presque toutes perdues dès l’effondrement de l’empire, ce qui ne serait probablement pas survenu s’ils avaient disposé d’un moyen efficace de diffusion de la connaissance. En inventant l’imprimerie, Gutenberg fait en sorte qu’il soit plus difficile qu’une invention soit perdue ; mieux encore, si celle-ci est jugée intéressante, elle se répliquera et se dupliquera à une vitesse incomparable à celles auxquelles les inventions précédentes avaient pu se répandre. Il a fallu un peu moins de trois cents ans entre le moment de cette invention et l’écriture des Lettres philosophiques de Voltaire, le manifeste de l’émancipation de la pensée, symbole du siècle des Lumières. C’est la publication de cette œuvre qui marque la fin de la suprématie du pouvoir
  2. 2. 72 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ ecclésiastique. En moins de trois siècles, l’Église aura donc perdu de façon définitive le contrôle de la pensée et des idées, un monopole qu’elle exerçait depuis au moins un millénaire. La vitesse à laquelle les idées se répandent ne va, dès lors, cesser de croître. Les inventions deviennent aisément diffusables, à commencer par celles qui améliorent en permanence la productivité des imprimeries. Les progrès sont tels que, désormais, ce ne sont plus les seuls savants qui peuvent s’offrir des livres, mais toute personne un peu aisée. On ne compte plus les ouvrages subversifs qui sont diffusés sous le manteau, nourrissant la révolution à venir. Dans le même temps, des innovations fondamentales pour le développement de l’humanité se produisent  : l’invention du vaccin, de la boîte de conserve, la découverte de l’électricité et sa canalisation, la machine à vapeur, les latrines modernes en sont quelques-unes. L’information, les livres ont également eu un grand rôle dans l’émergence de sociétés plus inclusives. Les révolutions, qu’il s’agisse de celle de Cromwell, de la Révolution française ou encore de la Révolution américaine, ont aussi été la conséquence d’une diffusion des idées, facilitée principalement par les livres. Disposer de la bonne information dans le bon contexte est donc une source considérable de création de richesse et de bien-être pour l’ensemble de l’humanité. Mais c’est à la fin du e XX   siècle que la distribution de cette connaissance s’accélère de façon spectaculaire, en devenant accessible par le biais de l’Internet, au travers du Web – sur les PC – et des téléphones mobiles, massivement et à très faible coût.
  3. 3. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 73 Pourtant, il y a seulement vingt ans, cette idée semblait totalement hors de propos  : en 1993, lorsqu’un jeune banquier ayant fait fortune à Wall Street entreprit d’installer un réseau de téléphonie mobile au Bangladesh, il fut accueilli avec scepticisme et considéré comme un utopiste. À l’époque, l’idée même d’offrir des services de télécommunication à des populations qui vivent avec environ un dollar par jour était considérée comme parfaitement inconséquente par l’ensemble des opérateurs occidentaux, ainsi que par la communauté financière spécialisée dans le financement des infrastructures de télécommunication. L’optique de Quadir Iqbal était de créer un accès universel au mobile et d’accroître ainsi les possibilités d’auto-emploi de la population rurale pauvre. Vingt ans plus tard, Grameenphone sera devenu le premier opérateur mobile au Bangladesh, avec 20 millions d’abonnés. Elle fournit l’accès au téléphone à plus de 100  millions de ruraux, vivant dans 60 000  villages répartis sur tout le pays, et génère des revenus de plus de 1 milliard de dollars par an. « La connectivité, c’est la productivité » est devenue l’expression favorite de Quadir, car, en plus de permettre aux populations munies de téléphones mobiles d’accéder à l’emploi, Quadir a été stupéfait de constater combien les télécommunications contribuaient à l’amélioration de l’efficacité économique et du bienêtre de la population. Plus encore que dans les pays développés, le mobile compense fortement l’absence d’infrastructures. En Occident, les trains et les bus arrivent à des horaires à peu près fixes. C’est loin d’être le cas dans les pays en développement ; les mobiles permettent alors de se renseigner sur l’heure à laquelle le moyen de transport que l’on envisage d’utiliser doit effectivement
  4. 4. 74 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ partir. Un paysan africain moyen ne dispose évidemment pas d’un entrepôt réfrigéré pour stocker sa récolte. En conséquence, on estime que 45 à 55 % de toute la production agricole de ce continent est perdue avant même de parvenir à la chaîne de distribution. Toutefois, le fait de pouvoir appeler un camion pour évacuer une récolte de fruits, par nature rapidement périssables, est une amélioration considérable, propre à réduire les pertes de façon significative. Une famille dont l’un des membres est malade pourra se renseigner par téléphone pour faire un premier niveau de diagnostic, qui, même s’il ne peut être comparé au standard médical duquel nous sommes familiers, n’en sera pas moins d’un secours précieux. En réalité, soixante années d’aide au développement, au cours desquelles des montants considérables ont été versés, auront été moins efficaces que les cinq à sept années au cours desquelles le téléphone mobile s’est largement répandu en Afrique, passant de 10 % à plus de 70 % de pénétration. Plusieurs études économiques1 démontrent qu’à partir du moment où un pays en développement s’équipe massivement de mobiles, la croissance économique accélère considérablement, tirée par des gains d’opportunité devenus massifs. En Ouganda, par exemple, la production agricole a sensiblement augmenté grâce aux vertus de CKWs, un service gratuit destiné aux paysans et accessible par SMS. Par le biais de CKWs, ceux-ci peuvent accéder à des conseils agricoles, comme la façon la plus appropriée de protéger 1. Voir Global Mobile Tax Review, Deloitte, African Mobile Observatory GSMA et Lions go Digital : The Internet’s Transformative Potential in Africa, McKinsey & Company, novembre 2013.
  5. 5. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 75 leurs cultures lorsqu’un parasite envahit certaines zones du pays ou sur la façon d’arroser par temps chaud. Le service peut aussi les inviter à récolter lorsque les conditions climatiques changent. CKWs les aide également à connaître les prix agricoles pratiqués sur les différents marchés de céréales, participant ainsi à une meilleure répartition entre l’offre et la demande. Les économistes se sont beaucoup interrogés sur les raisons qui ont fait que l’Afrique est soudainement sortie de sa torpeur, rencontrant une croissance de plus en plus forte depuis les années 2002-2004. De nombreux facteurs ont été étudiés, comme le retour des diasporas formées en Occident, la stabilisation du système monétaire, l’augmentation des revenus issus des matières premières, et beaucoup d’autres encore : aucun d’entre eux n’a paru aussi clairement déterminent que l’émergence des télécommunications mobiles. Dans un continent qui manque cruellement d’infrastructures, ce facteur a permis une explosion des gains d’opportunité. Qu’il s’agisse par exemple de stockage, de transport, de distribution, de santé, d’éducation ou de sécurité, des fonctions qui nécessitent des infrastructures de tous types, le fait de disposer du mobile a permis de pallier l’absence même de ces infrastructures. Des gains d’opportunité pour la multitude Mais il n’y a pas qu’en Afrique ou dans les pays en développement que les changements induits par le téléphone mobile sont spectaculaires. Nous l’avons oublié, mais nos vies à nous, Occidentaux, ont basculé dans une nouvelle organisation depuis l’arrivée du numérique
  6. 6. 76 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ et du téléphone mobile. Le simple fait de pouvoir prévenir lorsque l’on est en retard, lorsque l’on souhaite prendre ou décaler un rendez-vous, représente une augmentation extraordinaire des gains d’opportunité, tout comme rappeler à son mari qu’il doit acheter le pain en rentrant du travail. Ces bénéfices minuscules, nous les faisons désormais à chaque instant. Ils ont changé notre vie et parfois ils en ont changé le cours, comme le fait d’appeler un médecin après un accident de voiture, permettant ainsi de gagner de précieuses minutes dans un instant critique. Avec les smartphones, les gains d’opportunité s’accroissent encore. On peut accéder à toute une panoplie de services très sophistiqués, qui nous préviennent qu’il va pleuvoir lorsque l’on va sortir de chez soi, nous permettent d’accéder à distance à tous nos dossiers du travail, nous rappellent comment est organisé notre agenda du jour, nous permettent de lire le journal, d’être en contact permanent avec nos amis via les réseaux sociaux… L’information n’est plus réduite à cent quarante caractères, elle peut être très élaborée, elle devient accessible à l’ensemble de la population humaine et nous participons sans cesse à son élaboration. Au moment où Quadir Iqbal entreprenait de développer son opérateur de télécoms au Bangladesh, un téléphone mobile relativement simple – le Nokia 3210, par exemple – coûtait environ 2 000 dollars corrigés de l’inflation et une infrastructure de télécommunications restait une technologie sophistiquée. Mais la demande pour les téléphones mobiles étant potentiellement sans limite, ce sont les classes sociales aisées qui ont financé le développement industriel, lequel a permis à la classe
  7. 7. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 77 immédiatement en dessous d’accéder, à son tour, à la technologie mobile. Les prix se sont effrités sans discontinuer et l’on estime que le coût de production d’un appareil de base –  qui offre des fonctionnalités supérieures au Nokia 3210 de l’époque – est aujourd’hui de moins de 2  dollars, soit une baisse de prix de 99,8 % ! C’est donc en ce moment, en 2013-2014, que l’industrie des télécoms répond aux besoins du segment économique le plus pauvre de l’humanité  : le milliard et demi d’habitants de notre planète dont les revenus sont inférieurs à 1,5  dollar par jour. Telles que les choses sont parties, il est probable que vers 2017-2018, il y aura plus d’abonnés au téléphone mobile qu’il n’y aura d’êtres humains, certains d’entre nous ayant plusieurs abonnements. Les infrastructures de télécommunications ont suivi le même chemin : auparavant coûteuses, nécessitant un niveau significatif de maintenance, voraces en énergie, celles-ci peuvent désormais être déployées en quelques jours sur de grandes étendues ; les plus récentes ne consomment plus que quelques pour-cent de l’électricité qui leur était nécessaire au début du GSM, tandis que leur maintenance peut être administrée à distance. On estime qu’aucune ville de plus de 10 000 habitants n’est désormais à l’écart des réseaux de télécommunication mobile. L’Afrique centrale et les pays d’Asie centrale ont été les dernières grandes zones blanches, désormais en cours de couverture. Mais, alors qu’une première étape de la révolution se termine, une seconde commence : après avoir donné accès à la voix et aux messages courts, la vague des smartphones aux fonctionnalités très évoluées déferle désormais sur le monde. Pour les pays développés, la révolution est moins radicale, car la plus
  8. 8. 78 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ grande partie de ce qu’il est possible de faire avec un smartphone nous était déjà possible par l’entremise des ordinateurs personnels. Pour quatre milliards d’humains, les smartphones représentent cependant le premier et seul moyen d’accès à Internet. Une majorité d’entre eux n’utiliseront jamais un ordinateur personnel, un équipement désormais inadapté à un usage de masse, car trop lourd et trop complexe. Dès 2013, il y aura plus d’accès à Internet depuis un mobile ou une tablette que depuis un PC ; d’ici à 2015, les deux tiers de ces accès se feront en situation de mobilité. Le chemin qui a été parcouru en un peu plus de vingt ans pour le téléphone mobile devrait l’être en moins de cinq ans par les smartphones. En 2015 également, on prévoit que 69 % des Africains seront équipés de smartphones. Il s’agit là d’une révolution en ce qui concerne l’accès à la connaissance qui ne ressemble à rien de comparable dans toute l’histoire de l’humanité ; car, avec les smartphones, ce ne sont plus seulement quelques conseils que le médecin peut transmettre au malade ; à terme, c’est l’opportunité de faire, entre autres choses, de la vraie médecine, avec la même efficacité que si le médecin était au chevet du patient. Pour le développement de l’humanité, cela va avoir un impact considérable. Et sur ce point également, plusieurs études démontrent qu’il y aurait une incidence très significative de l’usage des smartphones sur l’accroissement du PIB1. L’information, la diffusion de la connaissance devenant totalement ubiquitaire, non seulement les utilisateurs peuvent bénéficier de conseils appropriés, mais ils peuvent aussi devenir des 1. Voir notamment What Is the Impact of Mobile Telephony on Economic Growth ?, Deloitte, 2012.
  9. 9. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 79 contributeurs très significatifs de la création d’un bienêtre collectif. Mais avant même les téléphones mobiles et les smartphones, quantité d’exemples, aussi remarquables les uns que les autres, témoignent qu’Internet est la source de gains d’opportunités sans pareils. Dans le camp de réfugiés de Dadaab, au nord du Kenya – l’un des pires au monde, où un demi-million de personnes sont enfermées depuis plus de vingt ans sans avoir le droit de travailler  –, un jeune Somalien, ayant réussi à accéder à un ordinateur dans une clinique mobile, apprend tout seul à coder et parvient finalement à exporter des services informatiques dans le monde entier ; à São Paolo, on constate une diminution drastique de la criminalité grâce à la mise en place d’algorithmes préventifs qui permettent de « prévoir » les lieux les plus dangereux. On ne compte plus les familles dont l’un des enfants, disparu, a été retrouvé grâce aux réseaux sociaux ; aux États-Unis, un mariage sur trois est désormais la conséquence d’une rencontre sur Internet. Les gains d’opportunité sont partout, ils ne cessent de croître et sont la source d’un bienfait mutuellement partagé. Connaissance collective, crowd et cocréation En 2007, le Kenyan Mway Kibaki se représenta pour un second mandat à l’élection présidentielle. Les fraudes qui avaient entaché le scrutin lui permirent de prétendre avoir gagné l’élection. Son opposant, Raila Odinga, contesta le résultat et l’ensemble du pays ne mit pas longtemps à s’embraser, avec pour conséquence, au bout de huit
  10. 10. 80 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ mois, la mort de près de 1 500  personnes, le déplacement d’environ 300 000 Kenyans et l’arrêt presque total de l’économie du pays. Pour ceux qui restèrent dans les faubourgs de Nairobi, la vie devint infernale. La police ainsi que les émeutiers se mirent à installer des barrages itinérants, dans l’intention d’arrêter et parfois d’éliminer leurs opposants. C’est dans ce contexte dramatique qu’est née la plate-forme Ushahidi, initialement développée par des blogueurs locaux. Accessible depuis un mobile ou par Internet, ce service permet de prévenir et de prendre connaissance des lieux qu’il est préférable d’éviter. Il est vite devenu un moyen efficace d’information pour la population de la ville, ainsi que pour les journalistes étrangers qui purent, de cette façon, identifier les lieux « chauds » qu’il leur fallait couvrir. Rapidement, il gagna une réputation de fiabilité pour la qualité de ses informations et quelques journalistes en parlèrent dans de grands médias, comme CNN et CNBC. Par la suite, des donations permirent d’étendre le service à de nombreuses autres zones de conflit en Afrique. Dès 2009, le site accéda à une notoriété mondiale et, aujourd’hui, des millions d’Africains et d’habitants de zones de conflits en font un usage quotidien, ce qui a ainsi contribué à rendre leurs déplacements beaucoup plus sûrs et à diminuer sensiblement toutes sortes de crimes. Ce qui est intéressant dans ce système, c’est la collaboration qu’il implique de la part des utilisateurs. Chaque personne peut devenir un acteur du service et signaler en temps réel un risque d’agression, qu’elle aurait constaté elle-même. C’est donc la communauté des utilisateurs du service qui crée l’information, et non plus une équipe de spécialistes ou de journalistes, comme c’était le cas avec la radio ou la télévision.
  11. 11. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 81 Wikipédia procède exactement de la même façon. Créé en 2001 par Jimmy Wales, le site éponyme est alimenté chaque jour par plus de cent mille contributeurs à travers le monde. Les chiffres donnent le vertige : Wikipédia est visitée chaque mois par plus de 480 millions de visiteurs et propose plus de 21 millions d’articles dans plus de 270 langues. Plus de 8 000 articles sont créés chaque jour sur les différentes versions linguistiques du site et on compte plus de  12  millions de modifications par mois. La connaissance, auparavant accessible par les livres, et donc payante, est, sous réserve d’avoir pu acheter un téléphone mobile, devenu massivement gratuite. Plusieurs études ont prouvé que Wikipédia avait un niveau d’exactitude similaire à l’Encyclopædia Britannica, qui vient de cesser de paraître en édition imprimée1. Les nombreux donateurs ont compris que Jimmy Wales est en train d’entrer dans l’histoire, au même titre que Gutenberg, pour être le premier à avoir permis à l’ensemble de l’humanité d’accéder à une encyclopédie exhaustive, gratuitement, n’importe où sur Terre et n’importe quand. En soi, il s’agit d’une avancée majeure pour l’humanité. La fondation Wikimédia –  qui édite Wikipédia – est entièrement financée par des dons allant de un à plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce mode de fonctionnement lui permet de garantir l’indépendance de l’information qui s’y trouve. La qualité de l’information est garantie par le fait que chaque lecteur peut corriger un article écrit par d’autres. Pour les sujets les plus polémiques, les biographies des hommes politiques par exemple, un système de modération par 1. J. Giles, « Internet encyclopedias go head to head », Nature, 2005.
  12. 12. 82 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ des experts, inspiré du processus de correction des articles scientifiques, garantit une qualité et une véracité satisfaisante du contenu. Tout cela a été rassemblé de façon gratuite et collaborative. Cela ne nous étonne plus tellement, mais, il y a quelques années, les doutes les plus explicites ont été émis par beaucoup sur le fait qu’il soit possible d’assurer une qualité éditoriale sur le long terme avec de tels procédés. Parfois, la cocréation peut prendre des formes très élaborées. Dans le cas d’OpenStreetMap, un million de participants ont réussi à reconstituer une grande partie de la cartographie de l’Europe, des États-Unis et de nombreux autres pays, réalisant ainsi la plus grande base cartographique unifiée jamais créée en open source. Le projet a été lancé par Steve Coast, alors qu’il n’était encore qu’étudiant à l’University College de Londres. Réalisant que l’agence nationale de la cartographie du Royaume-Uni vendait ses données alors même qu’elle était financée par le contribuable, il décida de lancer un projet totalement gratuit, reposant sur les contributeurs bénévoles, au même titre que Wikipédia. Au début, le projet n’ambitionnait de couvrir que le Royaume-Uni, mais rapidement il s’étendit à de nombreux pays. Les informations que l’on y trouve sont issues principalement de GPS, mais nécessitent un grand travail de la part des contributeurs afin de les qualifier et définir s’il s’agit d’un chemin, d’une route ou d’une autoroute. Le fait que ces données soient disponibles de façon gratuite sous des conditions claires n’est pas étranger à leur succès. Celles-ci peuvent facilement être enrichies pour y intégrer des informations contextuelles, comme les réseaux de transports en commun, d’énergie, ou même
  13. 13. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 83 des informations totalement privées, comme la localisation précise des marchandises d’une entreprise, par exemple. Que le service soit la propriété d’une fondation et non d’une entreprise commerciale, comme Google Maps, offre plus de garanties sur le fait qu’ils seront disponibles à long terme, sans modification majeure des conditions d’accès. On trouve à présent une très importante quantité de services cocréés, dans les sciences, l’ingénierie, le design, le marketing, la mobilisation politique, les plaintes collectives de consommateurs, etc. À chaque fois, le constat est à peu près le même  : les utilisateurs constituent une pyramide d’engagements, c’est-à-dire que si la très grande majorité des utilisateurs d’un service donné se contentent de prendre l’information qui les intéresse, une petite minorité va s’engager plus activement, tandis qu’une encore plus faible fraction prendra une part très active, allant parfois jusqu’à administrer le service. Pour qu’un service de cocréation puisse fonctionner de façon convenable, il convient de permettre à chacun de trouver sa place. L’autre clé du succès consiste à permettre à plusieurs types de compétences de collaborer à la création d’une œuvre collective. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la programmation : les logiciels open source sont un exemple remarquable de cocréation, faisant intervenir différentes disciplines, telles que la programmation, l’expertise en bases de données, en design, en ergonomie ; toutes ces compétences parviennent à collaborer pour créer, au bout du compte, une œuvre d’une grande valeur qui n’appartiendra à personne et sera la propriété de tout le monde à la fois.
  14. 14. 84 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ Les principes de la cocréation ne sont pas nouveaux. En 1968, l’armée américaine perdit un sous-marin sur le chemin du retour d’une mission dans l’Atlantique Nord, dans une zone d’environ 400 kilomètres carrés. Plutôt que de demander à trois ou quatre experts de haut niveau dans le domaine des sous-marins et des courants océaniques de se concerter pour lui donner la position probable où il pourrait s’être perdu, l’officier de marine John Craven choisit une méthode différente. Il réunit une équipe d’hommes ayant un large éventail de connaissances – des mathématiciens, des sous-mariniers, des sauveteurs en mer – et demanda à chacun d’entre eux d’offrir leur meilleure estimation du lieu où pourrait se trouver le sous-marin. Puis, une fois que chacun d’entre eux eut arrêté et remis à Craven la position à laquelle il pensait trouver le sous-marin, celui-ci pria tous ces hommes de bien vouloir confronter leurs hypothèses et de parvenir à une position commune. Alors que leurs positions individuelles étaient parfois éloignées de plus de dix kilomètres, l’on retrouva le sous-marin à moins de 200 mètres de la position arrêtée collectivement. C’est d’autant plus étonnant que les informations mises à la disposition du groupe étaient particulièrement limitées. Personne ne savait pourquoi le sous-marin avait coulé, ni n’avait la moindre idée de sa vitesse au moment de l’accident. Et pourtant, même si personne dans le groupe n’avait une connaissance précise de la façon dont s’étaient déroulés les faits, le groupe dans son ensemble est parvenu à reconstituer le déroulement qui a conduit à cet événement. Cette découverte a eu des conséquences importantes sur l’organisation de l’armée américaine, qui privilégie désormais la diversité des compétences dans les équipes qu’elle
  15. 15. LA CONNAISSANCE ET LES GAINS D’OPPORTUNITÉ 85 constitue. Toutefois, cette organisation restait limitée par le fait que les groupes de compétences pluridisciplinaires ne peuvent que difficilement être adaptés à des événements particuliers, peu susceptibles de se renouveler, comme la perte d’un sous-marin, sans devoir déplacer des gens sur des distances importantes. Mais Internet a aboli cette limite. Dans la recherche scientifique, nombreuses sont les universités et centres de recherche qui créent désormais des groupes de travail impliquant des compétences très variées, localisés sur plusieurs continents et reliés par une plate-forme commune. Dans le domaine du marketing, des services comme Eyeka.com permettent de faire collaborer des groupes voulant relever des défis d’innovation sur lesquels des entreprises buttent, parfois, depuis des années. Ce site, que j’ai fondé il y a sept ans, dispose à présent d’une communauté de plus de 250 000  créatifs, dont les compétences ne sont jamais plus efficaces que lorsqu’elles sont mutualisées, réunissant des experts aux métiers divers et provenant de plusieurs zones géographiques. D’une façon générale, la collaboration est devenue consubstantielle de l’Internet : elle s’y trouve au cœur. Ainsi, les critiques ont dû reconnaître que, au-delà de la quantité, Wikipédia a été capable de mettre en place un modèle qui soit au moins aussi qualitatif que des systèmes spécialisés. Une des clés de son succès est d’être parvenu à intéresser les spécialistes ; et l’une des clés de la collaboration, qu’il s’agisse de médecine, d’institutions publiques, d’urbanisme, est de parvenir à faire travailler ensemble la foule et les experts. À l’avenir, il y a fort à parier que de très nombreux processus seront des cocréations, tant ce principe semble supérieur en efficacité au savoir spécialisé. Les spécialistes
  16. 16. 86 L’ÈRE NUMÉRIQUE, UN NOUVEL ÂGE DE L’HUMANITÉ peuvent poser un problème que la foule va résoudre et réciproquement. C’est le cas avec Foldit.com, un jeu vidéo expérimental dont l’objectif est de parvenir à replier des protéines. Développé par des spécialistes de la chimie moléculaire du département d’informatique et de biochimie de l'Université de Washington, il propose aux joueurs de résoudre un problème que ni les ordinateurs ni les spécialistes ne savent traiter. Karim Lakhani, professeur à la Harvard Business School, a observé que, le plus souvent, ce sont des néophytes qui proposent des solutions complètement inattendues et généralement les plus efficaces. Ainsi, lorsque l’Institut Spill Recovery Ocean a soumis –  par le biais de la plate-forme Innocentive, spécialisée dans l’open-innovation – un problème concernant la séparation du pétrole et de l’eau stockés dans les barges utilisées lors des catastrophes pétrolières, la personne qui a résolu le problème était un expert en nanotechnologies n’ayant aucune expérience dans l’industrie pétrolière. Sa trouvaille a consisté à utiliser un processus initialement utilisé dans l’industrie du ciment et qu’il avait identifié dans le cadre de son travail. Crowd et gains d’opportunité dans le monde de la finance S’il y a bien un domaine où le crowd – la collaboration de la multitude  – peut créer des gains d’opportunité particulièrement significatifs, c’est celui de la finance. Aux États-Unis, Lending Club1, un site de prêt à la consommation, permet à des gens qui ont des difficultés 1. Lending Club  : www.lendingclub.com.

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