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Extraits du livre "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas"

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Extraits du livre "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas" Stephen BUNARD (Editions First)

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Extraits du livre "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas"

  1. 1. 221 « La vérité n’est plus la vérité depuis qu’elle te blesse. » Euripide Développez votre regard, pour ne rien laisser échapper Au-delà des gestes glanés à la volée, cette partie vise à mettre en pratique l’analyse gestuelle à travers de grandes affaires médiatiques ou via l’art du portrait à partir de la « statue » de la personne et de gestes régulièrement observés. L’analyse gestuelle en pratique Des séquences d’actualité à bras-le-corps Closergate : Hollande est-il favorable au « mariage Gayet » ? Lors d’une conférence de presse de janvier 2014 consacrée au départ à l’économie, le président français doit s’expliquer sur un sujet privé, à peine quelques jours après la sortie du magazine populaire Closer qui, images et arguments à l’appui, fait de Julie Gayet sa « supposée maîtresse ». Hollande fait profil bas. Pendant que le premier jour- naliste interroge Hollande sur l’état de son couple avec Valérie Trierweiler et explique « l’émoi » provoqué par cette affaire, le Président penche la tête vers l’avant (axe sagittal inférieur), les yeux se ferment quelques courtes secondes, à deux reprises, comme une recherche de compassion, il acte 001-304_CorpsTouBas.indd 221 10/02/14 15:17
  2. 2. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 222 de la gravité du sujet, de son caractère peu anodin, de son repentir, pour mieux se faire pardonner. Cette componction semble composée. Il a peur. Plus intéressant et hors de toute possibilité de préparation, on le voit écarquiller fugacement un œil, quand il évoque que ce n’est « ni le lieu ni le moment » pour aborder le sujet intime. C’est un signe de peur, qui n’est visible que sur son œil gauche (nous avons déjà vu que peut s’inscrire sur le visage gauche une émotion ou une pensée cachée, tandis que le visage droit – visage social – de Hollande semble en maîtrise de la situation). Il ne s’agit pas d’une peur panique mais il sait qu’il joue gros à ce moment-là pour convaincre, ça passe ou ça casse, il doit jouer serré. Ce stress de performance peut aussi être lié au souci de bien restituer les éléments de langage qui doivent l’aider à botter en touche. Il est dans l’hyper contrôle. Avant même de décocher un mot, les lèvres présidentielles rentrent dans la bouche et ce, à plusieurs reprises. C’est un marqueur de l’intensité du contrôle sur le discours, c’est une entrée en vigilance : « Je ne vous dirai pas ce que vous voulez savoir ». C’est une version édulcorée du « no comment ». Pour le président, le temps n’est pas venu de voir tomber les masques, ou les casques. Du canular ou du cochon ? À l’occasion du « Closergate », une vidéo de 2012 ressort, où Julie Gayet affiche par les mots son admiration du candidat Hollande avant l’élection pré- sidentielle. L’analyse gestuelle révèle clairement qu’elle en pince pour lui sacrément plus qu’elle ne le dit. Elle est troublée pour trouver les bons mots. Lorsque Julie Gayet évoque sa première rencontre « informelle », « par curiosité » avec François Hollande, elle porte sa main sur son menton, en signe de réflexion, ce geste semble artificiel, pas forcément réfléchi, mais cherchant à se donner une conte- nance comme si elle voulait montrer non consciemment que 001-304_CorpsTouBas.indd 222 10/02/14 15:17
  3. 3. DÉVELOPPEZ VOTRE REGARD, POUR NE RIEN LAISSER ÉCHAPPER 223 cela nécessitait de chercher dans les tréfonds de sa mémoire. Elle regarde également en haut à droite, elle improvise une réponse. Ses talents de comédienne semblent être à l’œuvre mais vont vite s’estomper. Elle se gratte surtout l’annulaire gauche avec le majeur. C’est un geste d’engramme (voir par- tie 2). Ce type d’auto-démangeaison entre doigts d’une même main révèle un non-dit sur un enjeu important pour la per- sonne, il est souvent visible quand on doit remplir un grand blanc : elle est gênée et cherche ses mots, improvise, comme si elle avait la nécessité d’être nuancée ou comme si elle avait peur d’en révéler trop. Elle rame un peu. La main gauche sur laquelle s’effectue ce geste est liée à l’affect et elle semble vouloir se cacher avec le concours du bras droit. Le majeur est lié à l’autre dans une relation « personnelle », tandis que l’an- nulaire renvoie à la famille, au clan, c’est le contexte général donné au sujet. On peut poser l’hypothèse que la relation avec Hollande a de l’importance pour elle. Jusqu’à envisager une « Giulia » ? Elle est en mode séduction. Lorsqu’elle dit « c’est un homme formidable », la potentielle « second lady » a un geste de séduction classique, elle remet ses cheveux en arrière, côté gauche, de la main droite, effectuant un croisement, comme si elle était en défense. « J’ai rencontré un homme humble, tellement formidable… » À ces mots, la paupière droite cligne plus rapidement que la gauche. Ce mouvement évidemment incontrôlable est toujours lié à une émotion fortement posi- tive et déterminante pour la personne. On retrouve ce geste chez ceux qui accomplissent des exploits sportifs. Elle est attirée physiquement. « Il écoute vraiment, ce qui est très rare. » À ce moment-là, la comédienne effectue un geste troublant, elle se gratte l’arc de Cupidon, la bordure renflée de la lèvre supérieure. Cet endroit du corps signifie presque toujours un enjeu sexuel autour du propos tenu. La 001-304_CorpsTouBas.indd 223 10/02/14 15:17
  4. 4. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 224 démangeaison indique une tension. Elle essaie de banaliser la conversation, elle a peur de se découvrir peut-être, mais son corps parle car elle est traversée par des sentiments plus forts que sa résistance à les dissimuler. De plus, pendant ce geste, on voit le blanc de ses yeux, au-dessus des pupilles, signe de peur, elle se demande peut-être si elle n’est pas allée trop loin, si elle n’en a pas trop montré. La démangeaison sur l’Arc de Cupidon, très connoté intimement, se termine par une caresse de la zone de la moustache, comme si la comédienne voulait nous dire qu’elle détient une légitimité à dresser un portrait élogieux du candidat. De quoi donner de la crédibilité rétrospectivement au Closerga(ye)te. Soit la relation existait déjà entre Hollande et Gayet, soit l’attirance de la comédienne pour le candidat suin- tait. Et qui sait, peut-être n’en avait-elle pas complètement conscience à ce moment-là. Affaire Leonarda : Hollande pourtant sûr de son coup L’affaire Leonarda va-t-elle définitivement miner le moral du président ? Elle amène le président Hollande à intervenir face caméra, ce mois d’octobre 2013. Lors de son discours, Hollande semble pourtant sûr de l’impact positif qu’aura sa proposition « humaine » de faire revenir, seule, la jeune Rom. Sa langue, une langue de délectation, sort d’ailleurs au moment clé où il y est fait référence. En revanche, les conditions de l’interpellation de la jeune fille dans un transport scolaire l’ont irrité sincèrement. À deux reprises, le sourcil droit de Hollande se lève pour se dis- socier de cet événement sur la même expression : « transport scolaire ». C’est choquant pour lui d’interpeller un enfant (tension avec langue de vipère sortie vers l’avant). S’il n’y a pas eu « faute » pour lui, et il est ferme sur ce point (le corps se penche en avant vers la droite, ce qui signifie qu’il 001-304_CorpsTouBas.indd 224 10/02/14 15:17
  5. 5. DÉVELOPPEZ VOTRE REGARD, POUR NE RIEN LAISSER ÉCHAPPER 225 est fermement résolu à tenir ce point de vue), il évoque un « manque de discernement dans l’exécution de l’opération », la langue de vipère revient, c’est encore une façon de mar- quer son désaccord avec ce qui s’est passé et de condamner l’acte. C’est donc particulièrement une interpellation dans un « établissement » (scolaire) qui perturbe le plus le pré- sident, et on peut le comprendre. Il y a moins de contrôle chez Hollande quand il dit que ce sont « les valeurs de la République » et qu’on doit tenir compte « des situations humaines », ses yeux clignent alors fortement (trouble psychoaffectif). Sur le mot « Leonarda », sa bouche montre un rictus arrière gauche (sa bouche semble comme étirée de manière unilatérale gauche vers l’arrière, c’est une microexpression partielle de la peur, qui signe le manque de maîtrise sur le sujet, qui montre que des choses lui ont échappé). Plus intéressant, car plus rare, ce même rictus se produit de manière unilatérale sur la droite, lorsque le président dit qu’il faut faire preuve de plus de « clarté », il s’agit là de la peur des autres, de leur perception, non pour ce qu’elle lui renvoie à lui personnellement mais pour ce qu’elle renvoie à son image sociale. Tout le problème de Hollande, c’est la « clarté », et il en fait non verbalement l’autodiagnostic (voir illustration). Quand le président évoque l’examen de la situation de la famille, ses deux sourcils se lèvent brièvement, il exprime ainsi l’importance du sujet pour lui. C’est la même chose quand il dit : « toutes les voies de recours ont été épuisées », ses deux sourcils qui se lèvent viennent conforter l’idée qu’on est allés au bout d’une procédure et que la seule possibilité était vraiment celle-là. À l’évocation de la « force de la loi » et son laïus sur l’école, Hollande sort du contrôle pour aller davantage rechercher 001-304_CorpsTouBas.indd 225 10/02/14 15:17
  6. 6. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 226 du lien avec les auditeurs, c’est alors son profil gauche qui est le plus visible. Ses deux mains s’animent, dirigées avec déter- mination vers l’auditoire pour convaincre. Les interpellations : Sarkozy et Hollande ou deux raisons d’être « surprésents » Nicolas Sarkozy face à des pêcheurs bretons en 2007 ou François Hollande face à une chômeuse de longue durée à La Roche-sur-Yon en août 2013, les interpellations offrent des moments de vérité car elles ne sont pas prévues à l’agenda du politique et livrent de précieuses informations sur la manière dont ils gèrent leur stress. Leurs communicants leur adressent Sur l’affaire Leonarda, François Hollande exprime une peur du regard des autres, comme le montre ce rictus droit tirant la bouche vers le bas. Divisez son visage en deux dans la longueur, cachez l’autre moitié et comparez ! 001-304_CorpsTouBas.indd 226 10/02/14 15:17
  7. 7. DÉVELOPPEZ VOTRE REGARD, POUR NE RIEN LAISSER ÉCHAPPER 227 souvent des injonctions paradoxales : maîtrisez vos émotions et vos gestes, montrez que vous êtes à l’écoute… Ce qui conduit le plus sûrement à un brouillage. Constats. François Hollande, face à la chômeuse de La-Roche-sur- Yon, va faire de la « surprésence » pour masquer la réalité : il veut fuir. Il va hocher fortement la tête pour montrer (et c’est conscient) qu’il ne perd pas une miette de ce que dit la dame, qui lui reproche précisément de ne pouvoir vivre qu’avec des miettes. On voit le président commencer son hochement, la tête partant en arrière, pour exprimer un « oui ». En synergo- logie, on parle de « faux oui ». Dans le vrai « oui », la tête part le plus fréquemment en avant. L’inverse trahit dans le cas de Hollande un manque d’intérêt, une volonté de distanciation dès les premières secondes. Souvenez-vous des axes de tête et de l’axe sagittal supérieur qui met l’autre à distance. Ensuite, le nombre de hochements et la façon dont ils sont accentués éveillent le doute sur sa sincère écoute. Il en rajoute. Comme les menteurs qui en font toujours trop verbalement. On doit s’interroger sur sa motivation inconsciente à vouloir à ce point lui montrer qu’il est présent. Sans doute parce qu’il ne l’est pas ! Il cligne peu des paupières au début, cela arrive plus tard, quand, pris dans les sables plus mouvants pour lui qu’émou- vants, il doit répondre à la femme. Sa main droite, dont on connaît l’omniprésence chez lui, tente d’expliquer, mais la spontanéité de sa main gauche fait défaut. Sa tête penche à droite au début aussi, signe de vigilance, elle s’incline égale- ment dans la direction où il cherche à s’échapper. Enfin ses sourcils (souvenez-vous, ils servent à prioriser les éléments de mon discours, ils se relèvent sur ce qui est important pour moi dans le propos que je tiens) restent relevés trop longtemps. Il veut convaincre du bien-fondé de sa visite, mais ces « appels de phares » avec les sourcils peuvent être inconsciemment perçus par la chômeuse et l’opinion comme une manipulation 001-304_CorpsTouBas.indd 227 10/02/14 15:17
  8. 8. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 228 elle aussi inconsciente du président. L’ensemble de l’échange se conclut par sa bouche qui fait une remontée unilatérale gauche, signant là gêne et agacement. En résumé, à vouloir être trop présent à contre-courant, le corps montre finalement une volonté de fuite. Nicolas Sarkozy fait aussi de la « surprésence » lorsqu’il se fait alpaguer par les marins bretons. Mais, alors que Hollande veut dissimuler son désir de fuite, le corps de Sarkozy lui en dicte plus que nécessaire, car il craint de ne pas être à la hau- teur de la scène qui se joue et il veut montrer qu’il est juste- ment bien présent. Ses épaules frénétiquement agitées crient sa crainte d’être à côté de l’enjeu. Ce ne sont pas les épaules sarkoziennes habituelles qui montent ensemble ou séparément et constituent l’indicateur de performance que l’on connaît. On retrouve en revanche cet emballement de ses épaules lorsqu’il stresse, par exemple lorsqu’il se fait entarter en 1997 lors d’une visite au Parlement européen. Ou pendant la cam- pagne présidentielle de 2012, face à un journaliste d’iTélé qui lui demande s’il se serait passé des gaz lacrymogènes reçus lors d’un déplacement dans une usine. Le candidat le traite alors gentiment de « couillon » (sic), mais ses épaules agitées en tous sens traduisent son souci de ne pas être sous-estimé dans sa maîtrise de l’échange. Face aux Bretons, le sourcil droit de Sarkozy remonte, c’est le code du dominant que l’on retrouve dans sa « statue ». « En Bretagne, il ne pleut que sur les cons », lui lance un pêcheur. Son sourcil droit remonte, Sarkozy l’attrape par la veste, plantant son corps vers l’interlocuteur, en avant sur la droite (position agressive), dans un sourire qui se veut badin. Le fait de poser la main sur l’autre est naturellement invasif. Mais le fait de se trouver quasi nez à nez, consciemment, induit qu’on franchit l’espace intime de l’autre (on a déjà parlé de 001-304_CorpsTouBas.indd 228 10/02/14 15:17
  9. 9. DÉVELOPPEZ VOTRE REGARD, POUR NE RIEN LAISSER ÉCHAPPER 229 la « proxémie » dans la partie 1), qu’on entre dans sa sphère pour lui demander des comptes. Albert II : un roi peu expressif, mais qui sait ce qu’il veut Le dernier discours du roi Albert II en juillet 2013 est marqué par la sobriété alors même qu’il est réputé être un joyeux drille et un bon vivant. Dans les premières secondes de son discours, le rictus arrière gauche de sa bouche nous révèle un moment d’émotion et de perte de contrôle, sans doute à la pensée des circonstances de sa propre arrivée au pouvoir, relatée peu après. Il présente à la caméra la partie droite de son visage, marquant ainsi non consciemment la solennité du propos. Ses mains restent immobiles, comme une figure imitative de l’inébranlabilité de la monarchie, posée comme un pilier, un îlot de stabilité dans une Belgique souvent agitée et qui fut désemparée par des mois de flottement gouvernemental. Il n’y a chez le roi aucun mouvement de sourcils, qui souligneraient pourtant les points importants de son discours, autant qu’ils participeraient de la perception que l’opinion peut avoir d’un bon communicant. On lit toutefois à travers les mouvements subreptices de ses pouces, symbolisant l’implication du « je » de l’ego, les préférences et les espérances du souverain. Le statut ouvriers/ employés, les réformes sociales, la protection des plus faibles, la justice sociale semblent des sujets particulièrement impor- tants pour lui. Ils font s’agiter les pouces royaux. Ne dit-on pas d’ailleurs de quelqu’un qu’il se tourne les pouces ? Ce n’est pas le cas de ceux, bien inconsciemment présents, du roi. Dans le domaine culturel, il évoque « de nombreux talents dont nous pouvons être fiers », ses deux pouces joints, ce qui signifie que ce sujet lui semble vraiment déterminant. Enfin, la qualité du dialogue pour la « cohésion » considérée comme « vitale » amène Albert II à des mouvements de tête 001-304_CorpsTouBas.indd 229 10/02/14 15:17
  10. 10. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 230 vers le haut, soulignant un attachement pour lequel il a pu et pourrait encore donner de sa personne plus fortement. Son invitation à « croire en l’Europe » conduit aussi à augmenter la mobilité du haut de son corps, ces deux sujets étant imman- quablement, de son point de vue, les clés pour l’avenir. C’est ce que l’opinion peut, non consciemment, percevoir, même si la ferveur de son souverain est peu démonstrative. Les transgressions des politiques : assumées ou assommoir ? Hélène Risser, qui anime l’émission Déshabillons-les sur Public Sénat, où je suis invité de temps à autre, me convie en novembre 2013 pour aborder ce sujet : les politiques cassent les codes et transgressent parfois les valeurs qu’ils défendent, est-ce du lard ou du cochon, sont-ils stratégiques, pour plaire à leurs électeurs, ou authentiques ? Trois cas attirent l’attention. Tout d’abord, le cas de Manuel Valls et ses déclarations au deuxième semestre 2013 sur les Roms qui ne pourraient pas s’adapter à la République française. Dans l’affaire Leonarda, face à Jean-Jacques Bourdin, sur BFM TV, le 25 septembre 2013, il revient sur des propos tenus la veille sur France Inter à propos des Roms, réaffirmant que « seule une minorité de Roms veut s’intégrer en France ». Dans l’échange le plus vif avec le présentateur, Valls utilise sa main droite fréquemment pour expliquer, en revanche la gauche est absente. On retrouve cela notamment chez François Hollande, quand c’est le cerveau gauche qui est suractivé pour convaincre. La tête de Manuel Valls penche aussi légèrement à droite (vigilance) et il regarde Bourdin en présentant la partie droite de son visage (analyse). C’est la configuration la plus dure qui soit. Pour couronner le tout, son corps est en avant sur la droite, ce qui est un indi- cateur de la fermeté de son propos et de son peu d’envie de faire machine arrière. Sans doute ce trait de caractère est-il 001-304_CorpsTouBas.indd 230 10/02/14 15:17
  11. 11. DÉVELOPPEZ VOTRE REGARD, POUR NE RIEN LAISSER ÉCHAPPER 231 non consciemment porté à son crédit par l’opinion dans un contexte où le gouvernement fait preuve selon les médias de « reculade ». (C’est Le Nouvel Observateur, pas suspecté d’être dans l’opposition, qui fait la liste des « reculades » du gou- vernement le 29 octobre 2013 sur son site Internet : écotaxe, Leonarda, taxe à 75%, procréation médicale assistée, affaire des « pigeons »). À Hollande la reculade, à Valls, du coup, la roucoulade avec l’opinion ? « Il ne faut ni discriminer, ni se voiler la face, ni faire preuve d’angélisme. Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s’y intégrer là-bas. ». Toute cette tirade est dite sur la main gauche, il y a donc plus de « douceur » dans le propos tenu par le ministre qui bascule sous l’assaut inconscient de son cerveau droit. Difficile du coup de lui faire un procès d’intention, de le comparer à des modèles de ministres précédents ou d’invoquer le caractère inhumain du propos. Le ministre n’oublie pas, si l’on peut dire, d’être de gauche avec sa main gauche très présente. « Donc les Roms ne veulent pas s’intégrer ici ? », insiste le journaliste. Ce que je rejette Valls verbalement : « ce n’est pas ce que nous voulons dire » et physiquement : sa tête part vers la droite en un geste de rejet. Nous avons vu au chapitre de la lecture des préférences que la tête pouvait se comporter, dans le placement gestuel, de la même façon que nos mains. Ensuite, Valls reprend en levant la tête (axe sagittal supé- rieur), rejetant encore une fois les propos et joignant, tertio, la main (main en rejet vers l’extérieur droit, voir plus haut la partie sur les mains) pour repousser ce qu’il a entendu. Triple rejet, donc, de l’interaction journalistique et de ce qu’elle voulait supposer. « Les Roms, poursuit le ministre de l’Intérieur, contrairement à ce que j’entends sont prêts à revenir en Roumanie, à condition que, là-bas, les conditions d’insertion 001-304_CorpsTouBas.indd 231 10/02/14 15:17
  12. 12. LEURS GESTES DISENT TOUT HAUT CE QU’ILS PENSENT TOUT BAS 232 et d’intégration puissent se mener. » C’est intéressant de voir que la logique diachronique (voir chapitre des préférences cachées dans la partie 2) ne fonctionne pas ici car Valls se posi- tionne à droite sur l’expression « revenir en Roumanie ». On pourrait s’attendre à ce qu’il se positionne plutôt à gauche, puisqu’il évoque le passé, comme un retour à la case départ. Mais pour le ministre, plus qu’un retour à la case départ, il s’agit là de la continuité d’un parcours. Deuxième cas, celui de François Fillon qui propose en 2013 de voter au second tour des municipales pour le candidat le moins sectaire, n’excluant pas formellement une consigne de vote en faveur du Front National. Nous avons évoqué lon- guement ce sujet dans la partie 1 pour expliquer comment les gestes ne « trahissent » pas toujours, puisque l’analyse ges- tuelle est ici plutôt au bénéfice de l’ancien Premier ministre. Cette analyse nous montre en effet que Fillon est authentique dans son propos et qu’il rejette l’idéologie du Front National. Le troisième cas est celui de Marine Le Pen, qui rompt le consensus informel supposant l’unité nationale au retour des otages français du Mali fin octobre 2013. Ses deux épaules restent en l’air (aveu d’impuissance à trancher), son sourcil gauche se lève (prise de recul, réflexion), elle a plus réfléchi en parlant qu’elle n’a préparé une diatribe. Son coup de main gauche sur le mot « habillement » révèle la cause exacte de son malaise, de son haut-le-cœur même : l’attente d’une autre mise en scène, celles de « bons Français bien identifiables visuellement » sur le tarmac. Peut-être est-ce par crainte que, dans un moment d’égarement, ce soit les ravisseurs qui aient été libérés ? « C’est un sentiment partagé par un cer- tain nombre de Français » est dit avec les mains en couteaux retournés (remise en cause de ce qu’on dit), peut-être pour s’en convaincre elle-même. Elle tente là un coup de bluff en parlant pour l’ensemble des Français. 001-304_CorpsTouBas.indd 232 10/02/14 15:17

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